Actualité





Paul Martin à Montréal :
"Les armes de destruction massive sont entre les mains des terroristes"

Gilles Toupin
La Presse mardi 11 mai 2004

Le premier ministre Paul Martin a affirmé hier après son discours sur la politique étrangère du Canada que Saddam Hussein avait été en possession d'armes de destruction massive et que ces armes étaient désormais entre les mains de terroristes.

" Maintenant qu'on sait fort bien qu'il y a une prolifération des armes nucléaires et que beaucoup d'armes qu'avait Saddam Hussein on ne sait pas où elles sont (sic), a-t-il dit, alors ça veut dire que les terroristes ont accès à tout cela. "

Cette déclaration, faite par le premier ministre en réponse à une question de l'auditoire du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), en a surpris plus d'un, à commencer par le porte-parole du Bloc québécois en matière de défense, le député Claude Bachand.

" C'est une grave erreur de perspective internationale, a commenté M. Bachand. Tout le monde cherche ces armes en Irak actuellement. Tout le monde a conscience que, probablement, elles n'existent pas. Alors de venir dire que ce sont les terroristes qui sont partis avec, on la trouve un peu grosse! "

M. Martin a soulevé une seconde fois l'étonnement lorsqu'il a émis une opinion pour le moins ambiguë. " La cause du terrorisme, a-t-il dit, ce n'est pas la pauvreté. La cause du terrorisme, c'est une haine. " Ce point de vue est surprenant puisqu'il est tout à fait à l'opposé de celui de son prédécesseur, Jean Chrétien, qui croyait profondément que la misère était un terreau propice à l'éclosion du terrorisme.

Constatant sans doute l'ambiguïté de ses propos, M. Martin s'est partiellement repris en ajoutant: " Mais c'est une haine qui sort du décalage entre le développement industriel mondial et le fait que certains pays n'ont pas les institutions capables de l'affronter. Et c'est là qu'il va falloir travailler ensemble. "

" Cette haine, a demandé devant les journalistes la porte-parole du Bloc en matière d'affaires étrangères, la députée Francine Lalonde, où s'alimente-t-elle, si ce n'est pas dans l'injustice flagrante? "

M. Martin, à qui on venait de demander si le renversement de Saddam Hussein rendait le monde moins ou plus menaçant, a estimé que Saddam Hussein avait contribué au problème du terrorisme. Il a affirmé qu'aujourd'hui cependant, ce problème était encore plus sérieux qu'il y a deux ou trois ans. " Je crois, a-t-il dit, que le terrorisme sera pour notre génération ce que la guerre froide a été pour les générations qui nous ont précédés. "



Benjamin Barber: pour en finir avec l'empire de la peur...

Elias Levy
La Presse mardi 11 mai 2004

Politologue et historien de renommée internationale, professeur de sciences politiques à l'Université de Maryland, ancien conseiller politique du président Bill Clinton, directeur de Democracy Collaborative - groupe universitaire de réflexion et d'action oeuvrant pour la démocratisation des sociétés civiles -, Benjamin Barber est un spécialiste chevronné de la politique étrangère des États-Unis. Auteur de 17 essais très remarqués, dont le best-seller international Djihad versus McWorld, cet intellectuel iconoclaste vient de publier aux Éditions Fayard L'Empire de la peur. Terrorisme, guerre, démocratie (version française de Fear's Empire). Un essai brillant et décapant dans lequel il reproche durement à l'administration Bush de tourner le dos à l'histoire de l'Amérique et de trahir les idéaux de ses pères fondateurs. Benjamin Barber nous a accordé une entrevue récemment.

Vous qualifiez les États-Unis de ce début du XXIe siècle d'" empire de la peur ". Cette appellation n'est-elle pas excessive?

À la différence des détracteurs invétérés de l'Amérique- malheureusement, ils sont légion par les temps qui courent- qui passent leurs journées à fustiger avec véhémence le gouvernement au pouvoir à Washington, peu importe que celui-ci soit démocrate ou républicain, moi, je suis un amoureux de la démocratie américaine et non un antiaméricain professionnel. Depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001, par leur attitude à l'égard du terrorisme, les États-Unis ont suscité cette peur même qui est la première arme employée par les terroristes. George Bush et ses principaux collaborateurs s'emploient avec une folle inconséquence à mettre en place un empire de la peur américain plus effrayant que tout ce que les terroristes pourraient imaginer. Promettant de désarmer tous ses adversaires sans exception, de déployer " la mère de toutes les bombes " et d'abattre le tabou interdisant l'utilisation tactique d'armes nucléaires, se jurant de plonger ennemis et alliés confondus dans le choc et la stupeur pour les réduire à la soumission aux quatre coins du monde, le phare de la démocratie que le monde admirait tant est devenu du jour au lendemain l'artisan de guerre le plus redouté de la planète. La politique étrangère de guerre et de paix que mène aujourd'hui l'Amérique pour abattre la tyrannie et fonder la démocratie repose sur une compréhension défectueuse des conséquences de l'interdépendance et de la nature même de la démocratie. L'empire de la peur engendre l'emprise de la peur, hostile tant à la liberté qu'à la sécurité.

Vous critiquez sévèrement la stratégie de " guerres préventives " menées aujourd'hui par les États-Unis.

La notion de guerre préventive constitue un changement fondamental dans la politique étrangère des États-Unis et dans la politique des nations souveraines. Les théoriciens de la guerre préventive sont résolument convaincus que la destinée spéciale de l'Amérique l'autorise à désarmer tous ses adversaires potentiels. Ils pensent que l'existence de l'Amérique est spéciale et mérite des mesures d'autodéfense spécifiques et exceptionnelles. Un raisonnement que les États-Unis interdisent aux autres nations du monde. Ainsi s'est opéré, peu à peu, un glissement qui a permis à l'administration Bush de légitimer, en s'appuyant sur la nouvelle nature des menaces contre le camp occidental- un terrorisme adossé à des États voyous, le passage d'une logique d'autodéfense - d'après le paragraphe 51 de la Charte des Nations unies, une agression contre un État autorise une riposte militaire immédiate - à celle de la guerre préventive, justifiée par les seuls critères américains.

Ainsi, faisant fi d'une logique régie par plusieurs siècles de droit international, les Américains ont désormais toute la latitude pour déterminer quels sont leurs ennemis à abattre. Les ténors de l'administration Bush sont sidérés lorsqu'ils constatent que le reste du monde peut difficilement accepter cette nouvelle vertu américaine comme critère universel. Imaginez un seul instant un droit international qui stipulerait que " les nations ne peuvent recourir à la guerre qu'en cas de légitime défense, sauf les États-Unis qui, parce qu'ils sont une nation exceptionnelle, peuvent le faire chaque fois qu'ils le souhaitent ". C'est absurde!

Pourtant, nombreux sont ceux qui croient que ces " guerres préventives " sont nécessaires pour contrecarrer le terrorisme.

Les stratèges de l'actuelle administration américaine, et certains de leurs alliés occidentaux, ne semblent pas encore avoir compris que les terroristes sont des individus opérant dans des groupes et non pas des États ou des organisations gouvernementales. On a beau attaquer des États- il est vrai que certains d'entre eux parrainent grotesquement des organisations terroristes-, on n'arrivera jamais à éradiquer ce terrible fléau. Nous avons annihilé l'impitoyable régime des talibans, mais ses séides, Oussama ben Laden et les principaux cadres d'Al-Qaeda continuent impunément à planifier de nouveaux attentats. Nous avons démantelé le régime sanguinaire de Saddam Hussein. Mais, il y a aujourd'hui en Irak beaucoup plus d'organisations terroristes qu'il y en avait à l'époque de ce satrape déchu. Détruire des États ne résoudra jamais ce problème.

D'après vous, l'opération militaire américano-britannique en Irak a-t-elle été un cuisant échec?

Absolument. L'administration Bush a berné le peuple américain en lui faisant croire que les armes de destruction massive que possédait Saddam Hussein constituaient une redoutable menace pour la sécurité des États-Unis et de toutes les autres nations démocratiques. Aujourd'hui, le même président Bush a été obligé de reconnaître qu'on n'a pas trouvé en Irak la moindre trace de ces armes. L'aventure irakienne s'est transformée en un horrible cauchemar. La majorité des Irakiens, qui ont été sauvagement persécutés et opprimés par Saddam Hussein, considèrent désormais les Américains comme des occupants. Même les chiites, que nous étions supposés libérer, sont très hostiles envers nous. Il existe un dénominateur commun entre la guerre que l'Amérique mène en Irak et la guerre que nous avons menée dans les années 60-70 au Vietnam: une grande méconnaissance de la nature du pays que nous occupons militairement. Chose certaine, nous ne pourrons jamais imposer la démocratie à la pointe du fusil à des ennemis à terre.

Vous reprochez aux États- Unis de vouloir exporter benoîtement la démocratie dans des pays ayant vécu pendant des décennies sous la férule de dictateurs féroces.

Malheureusement, les gouvernements américains ont tendance à confondre la démocratisation avec la libéralisation économique. Ce qui revient à confondre la propagation de la liberté avec la dissémination de McWorld- cette mixture alléchante de commercialisme américain, de valorisation de la consommation de produits américains qui a gouverné le processus de mondialisation. Quand la culture de Disney devient synonyme de l'éthique de liberté et que le consommateur finit par se confondre avec le citoyen, alors la démocratisation a déraillé. C'est cette vision marchande de la démocratisation qui est aujourd'hui au coeur même de la stratégie américaine de construction de la nation en Irak. L'Amérique croit que des marchés privatisés et un surconsommation agressive, affranchis des contraintes démocratiques, sont les instruments qui forgeront la démocratie. Elle est convaincue que les autres nations peuvent instaurer la démocratie du jour au lendemain en important des institutions américaines qu'il a fallu des siècles pour former et développer aux États-Unis. Ainsi, pour les Américains, démocratisation est très souvent synonyme d'américanisation et de privatisation de l'économie. Je crois que l'Iran des mollahs avec ses guerres idéologiques intestines entre conservateurs et réformateurs est en voie d'engendrer des résultats bien plus probants en matière de démocratie que ceux que les Américains obtiendront en Irak avec la pointe de leurs fusils. J'explique longuement dans mon livre comment la démocratie préventive et étapiste- au lieu de la démocratie imposée de force - peut transformer, avec le temps, le marais dans lequel naît le terrorisme en terreau productif, en y semant tout ce dont il manque - le savoir, la liberté, l'autonomie, des chances d'avenir, la sécurité...

Si les démocrates reprennent le pouvoir l'automne prochain, rapatrieront-ils les troupes américaines stationnées en Irak?

Rapatrier unilatéralement et brusquement les troupes américaines d'Irak serait une grave erreur stratégique qui ne ferait qu'aggraver la situation, déjà très chaotique, qui sévit dans cette contrée. Il faudra désormais vivre et composer avec nos erreurs. Si les démocrates reviennent au pouvoir en novembre 2004, ils essayeront très probablement de convaincre les principaux alliés européens des États-Unis et l'ONU de jouer un rôle important dans la reconstruction de la société irakienne. Bush n'a fait que les prendre pour des imbéciles! Il faut que le respect du droit international prime de nouveau la stratégie de guerre préventive qui n'est basée que sur des informations et des spéculations qui, dans le cas de l'Irak, se sont avérées totalement fausses.

L'enlisement des troupes américaines en Irak pourrait-il coûter à George Bush sa réélection à la présidence des États-Unis?

Si d'ici octobre 2004, l'administration Bush est incapable de stabiliser la situation très explosive qui existe en Irak et d'endiguer la vague de terrorisme qui révulse le pays et si des jeunes soldats américains et des civils irakiens continuent à se faire tuer tous les jours dans les rues et de Bagdad, je crois que George Bush va avoir beaucoup de difficulté à se faire réélire.

Ce dernier avait promis au peuple américain que la destitution de Saddam Hussein augurerait une nouvelle ère pour le Proche-Orient et renforcerait la sécurité nationale des États-Unis. Les amères réalités sur le terrain sont en train d'infirmer ses conjectures chimériques.

L'empire de la peur. Terrorisme, guerre, démocratie
Benjamin Barber
Éditions Fayard, 281 pages



La France, sans fla-fla

Alain Dubuc
La Presse samedi 8 mai 2004

Qu'est-ce qui se passe? La visite du premier ministre Jean Charest en France s'est faite sans manoeuvres de coulisses, sans chicanes triangulaires, sans contorsions diplomatiques. Et pourtant, ça a marché. Les rencontres toutes simples et sans fla-fla avec le président Jacques Chirac et le premier ministre Jean-Pierre Raffarin ont été chaleureuses et fructueuses, la visite a été constructive, assez pour entrevoir de réels progrès dans les échanges entre la France et le Québec.

Le succès, car c'en est un, ne tient pas à la personnalité de Jean Charest, qui n'a pas le genre de panache permettant de briller sur la scène internationale et qui n'est pas non plus particulièrement branché sur la France, et qui ne peut pas compter, comme ses prédécesseurs, sur une ministre spécialisée dans les affaires françaises travaillant d'arrache-pied à développer un réseau de contacts et à négocier la visibilité du premier ministre.

La différence est politique. Ce n'est évidemment pas que le premier ministre soit fédéraliste quand ses prédécesseurs étaient souverainistes, mais plutôt que Jean Charest ne met pas ses convictions politiques dans la balance. Pour la première fois depuis des années, les relations du Québec et de la France ne sont pas inféodées au débat sur l'avenir du Québec, un asservissement qui a perverti la nature et la qualité des relations entre les deux sociétés.

Les efforts des gouvernements Parizeau, Bouchard et Landry pour arracher un appui de la France à leur démarche a créé un état de dépendance. Le Québec, en demande, perdait du même coup sa capacité de traiter d'égal à égal. Je me souviendrai longtemps de cet épisode gênant où Lucien Bouchard, un homme pourtant fier et un diplomate aguerri, a lu aux journalistes un petit bout de papier où il avait noté la phrase d'appui à sa cause, fort tiède, que Jacques Chirac avait bien voulu lui consentir. Les magouilles fédéralistes dans l'autre sens, notamment celles de l'hystérique ambassadeur Jacques Roy, n'étaient pas plus glorieuses.

Cette politisation extrême, en plus d'affaiblir le Québec, a déformé nos rapports en laissant le monopole des relations avec la France aux mains d'un groupe qui reflète mal la réalité québécoise. Non seulement en raison de leurs convictions qui ne reflétaient pas les vues de la majorité de la population, mais surtout en raison de leur conception de l'identité québécoise et des liens franco-québécois, des francophiles, amis indéfectibles de la France, dont Louise Beaudoin, l'ex-ministre des Relations internationales est sans doute le plus bel exemple. La francophilie ne sert ni le Québec, ni la France.

Depuis des années, je fais passer un petit test à mes amis où je leur demande comment ils se définissent. Comme des Nord-américains parlant français? Ou comme des Français d'Amérique? On trouvera plus de gens qui se reconnaissent dans la première définition chez les Montréalais, chez les jeunes, chez les nationalistes modérés, et plus de ceux qui s'identifient à la deuxième question chez les gens plus âgés, chez les souverainistes de la première heure, dans des villes comme Québec.

Les Français d'Amérique, plus francophiles, parfois attachés à la " mère patrie ", correspondent moins à la réalité du Québec moderne, celui qui bouge, profondément nord-américain, dont l'évolution, depuis des décennies, s'est progressivement écarté des modèles européens.

Cela ne signifie absolument pas que les Québécois se désintéressent de la France avec laquelle les liens sont profonds, par la langue et les intérêts communs dans la francophonie, par la culture et ses intenses échanges, par la connaissance que les Québécois ont de la France, par certaines similitudes dans la vision de la société.

Mais le succès futur des rapports avec la France reposera bien plus sur nos différences que nos similitudes. Notre richesse, c'est notre américanité, bien plus que notre attachement nostalgique. Comme le disait le premier ministre Raffarin dans une entrevue au Soleil à mon collègue Michel Vastel: " J'ai toujours entendu dire que le Québec pouvait être la porte d'entrée de la France en Amérique du Nord, et la France la porte d'entrée en Europe. " Voilà l'enjeu. Le premier ministre français ajoutait toutefois: " Mais je l'ai plus entendu que vu. " Voilà le défi.

C'est un peu cet esprit qui a semblé présider aux échanges lors du voyage de Jean Charest. Notamment la diversité culturelle où le premier ministre a poursuivi sur la lancée de Mme Louise Beaudoin, la francophonie, les efforts de M. Charest pour souligner le sous-investissement français au Québec, mais aussi dans cette initiative, tout à fait nouvelle, de missions communes franco-québécoises au Mexique et ensuite en Pologne.

L'amélioration des liens avec la France est plus que souhaitable. Mais ces liens seront encore plus forts et plus riches s'ils sont moins politisés et s'ils reposent sur des rapports d'égalité et de partenariat. On y arrive.

adubuc@lapresse.ca



Le Québec, «sujet indirect» de la politique étrangère de la France

Anne Legaré
Le Devoir samedi 8 mai 2004

Dans sa chronique bimensuelle, Denise Bombardier saluait récemment la fidélité du premier ministre Jean Charest à l'endroit des relations du Québec avec la France, exprimée par la récente visite officielle de M. Charest en France. Ce commentaire était justifié. Cette relation est profondément inscrite dans l'héritage francophone du Québec et on peut se réjouir que, selon toute apparence, le gouvernement actuel n'ait pas entrepris de brader le capital culturel du Québec, comme il le fait avec son capital social.

Cependant, cet éloge de la continuité dans une relation devenue, au fil des ans, empreinte d'un esprit d'égalité, affranchie du complexe colonial, doit être placé dans son véritable contexte. Si les échanges franco-québécois démontrent une balance culturelle favorable au Québec, où s'inscrivent plus de 4000 étudiants français de niveau universitaire par année, en même temps que le marché français de la chanson québécoise poursuit son expansion, il n'en est pas de même pour l'intérêt que les Québécois manifestent à l'endroit de la France. La motivation des étudiants québécois pour les études universitaires en France stagne à son plus bas niveau et la visibilité de la France dans le quotidien culturel de la majorité des Québécois est de plus en plus rare.

Relation économique déficitaire

La relation économique [...] est déficitaire dans la mesure où ce sont encore les investissements britanniques et allemands qui occupent ici le premier rang, après ceux des États-Unis. Mais bien davantage, c'est la relation politique qui demande mûre réflexion dans la mesure où elle agit sur les dimensions précédentes. Or le volontarisme qui a jadis guidé les rapports entre la France et le Québec, lui, est révolu, malgré les rencontres épisodiques et il faut se demander pourquoi. Inversement, la signification du caractère dit privilégié de la relation du Québec avec la France a aussi changé depuis une dizaine d'années dans la mesure où le Québec n'a cessé de proclamer le même privilège dans ses rapports avec les États-Unis en même temps que la célébration de son «américanité». Alors, de quelle «relation privilégiée» parle-t-on?

Alors que la relation entre la France et les États-Unis était traversée de remous, le silence tactique du Québec reflétait-il son écartèlement entre deux relations également privilégiées, qui expliquerait l'incapacité de dire tout haut ce que chacun pense tout bas? De Jean Lesage à Jean Charest en passant par Jacques Parizeau, refusera-t-on de voir qu'il serait vain de parler de continuité? Et que doivent penser du poids actuel des relations franco-québécoises ceux qui oeuvrent d'arrache-pied à conquérir pour le Québec la reconnaissance d'un statut de relative autonomie?

Un «sujet indirect»

Deux explications éclaireront d'abord ce virage progressif. La première m'était fournie par un dignitaire du ministère des Affaires étrangères de la France dans le cadre d'une enquête que j'ai effectuée sur «les intérêts de la France à l'endroit du Québec» et dont j'ai longuement rendu compte dans un ouvrage récent (Le Québec, otage de ses alliés [...], VLB, 2003). Le Québec est considéré par la France comme un «sujet indirect» de sa politique étrangère. Qu'est-ce à dire?

Tant et aussi longtemps que les Québécois ne choisiront pas de s'affranchir du contrôle fédéral dans leurs relations internationales, le Canada demeurera le principal partenaire de la France et son intérêt premier sera de ménager la relation d'État à État. C'est ce que mon interlocuteur français a appelé «une alliance de raison» avec le Canada, qui préserve ce que la France appelle, à l'endroit du Québec, «une ardente obligation».

Dans cet esprit, la visite du premier ministre Charest traduit parfaitement la «non-indifférence» de la France en même temps que son effort de «non-ingérence» dans les affaires canadiennes. Tant et aussi longtemps que le Québec sera sous la gouverne du Canada, les deux États, le Canada et la France, partageront des intérêts communs, nourris par le caractère francophone que le Québec donne au Canada sur la scène internationale. Et la présence du Québec au sein du Canada continuera d'être mise à profit par ce dernier dans sa prétention à représenter la diversité culturelle.

D'autres fins

Se demander, dans ces circonstances, si la France reconnaîtrait un Québec souverain est purement inopportun. Cette visite a plutôt servi d'autres fins. Pour le Canada, elle a représenté la reconnaissance symbolique d'un fédéralisme pratiqué à la canadienne qui tire son attrait en France de sa composante québécoise, sans jamais lui reconnaître de véritables droits. La visite de Jean Charest à Paris a été l'occasion d'étayer cette démonstration en la menant, d'un côté, à incarner avec à-propos le bras provincial de l'État canadien et, d'un autre côté, en laissant la France consacrer, devant un Québec divisé, l'unité et la stabilité de sa présence à la fois au Québec et au Canada, quelles que soient les aspirations politiques des dirigeants québécois. Voilà une belle leçon destinée à ceux qui feraient une équation facile entre aspirations souverainistes et liens privilégiés avec la France!

Le discours souverainiste a pu en tromper plusieurs sur la profondeur du «désir de France». Cependant, en cette «saison des idées», n'est-il pas encore temps de tirer une ligne claire sur les effets de nos choix de politique internationale et la promotion d'une identité qui cherche sa pleine consécration dans des institutions étatiques? [...]

De nombreuses thèses troublent la vision de la relation des Québécois avec la France depuis quelques années. Elles sont formulées comme autant d'obstacles savants ou d'objections «naturelles» aux avantages calculés que pourrait représenter une préférence française, puis européenne, dans nos relations internationales. L'argument géographique et économique est le plus couramment invoqué. On oublie, par exemple, que c'est avec l'Union européenne que s'effectue une grande partie des échanges économiques et culturels des pays d'Amérique du Sud. [...]

Dans le monde qui s'est mis en place depuis Bretton-Woods, l'argument géographique est de moins en moins déterminant. Ensuite, l'objection culturelle est au mieux illustrée par les résultats d'un sondage effectué auprès des jeunes Québécois par la firme Louis Harris, la firme de sondages la plus importante en France. Interrogés «sur leur sentiment à l'égard de la France», 62 % des jeunes Québécois «se sentent assez ou très éloignés de la France», 43 % se sentent assez éloignés et 19 % très éloignés.

Devant ce constat qui est le fruit d'une double responsabilité, aussi bien québécoise que française, on se demandera si la culture doit être considérée comme un résultat naturel, inconscient, comme une conséquence géographique ou, au contraire, comme un processus volontaire, un long travail acharné à déjouer les pièges de l'évidence. Faut-il laisser aller passivement la perte de distanciation critique des jeunes Québécois [...] ou bien chercher ailleurs des repères plus susceptibles de renforcer la seule identité francophone nord-américaine?

À long terme

C'est à ces questions que doivent répondre les Québécois quand ils évaluent une visite de leur premier ministre en Europe et en France. C'est sur une mise en perspective à long terme que l'option culturelle d'une société dévoile ses significations. C'est donc à long terme qu'on pourra évaluer si la coopération franco-québécoise, décloisonnée et revisitée par une ouverture partagée devant des enjeux que soulève la mondialisation, aura atteint les objectifs d'universalité et de renforcement de la diversité qu'elle s'est fixés. Elle pourra être évaluée à sa juste mesure lorsque les Québécois seront prêts à redéfinir leur destin.

La mesure de l'action visible de la France dans les institutions culturelles et éducatives du Québec ne risque pas d'être trop élevée. Elle pourra seulement aider à insuffler des vents contraires au péril néocontinental et, comme l'écrivait Hubert Védrine à propos de la France, à permettre au Québec, à sa mesure, de cultiver sa «capacité d'initiative». Car, quoi qu'en disent les «gens d'affaires», selon ce que rapportait un récent sondage québécois, c'est encore le fait culturel qui commande le politique.

Anne Legaré : Professeur au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal et auteur de l'ouvrage Le Québec, otage de ses alliés - Les relations du Québec avec la France et les États-Unis, VLB, 2003



Le torpilleur

Michel David
Le Devoir samedi 8 mai 2004

Jean Charest aurait dû se douter qu'il ne pouvait pas s'absenter cinq jours sans que son ministre des Finances fasse des siennes. Depuis un an, on a pu découvrir que la seule chose prévisible chez Yves Séguin est son imprévisibilité.

Cette fois-ci, il faut toutefois reconnaître qu'il s'est surpassé. En annonçant son intention de réclamer officiellement le transfert au Québec des revenus de la TPS fédérale, il a entraîné son gouvernement sur une pente dangereusement savonneuse.

Hier au Saguenay, où il était plutôt prévu de célébrer autour d'un bout de route le retour à la bonne entente avec Ottawa, M. Charest n'a pas voulu désavouer son ministre, mais il aurait sans doute préféré le voir entreprendre un sit-in devant le parlement fédéral ou même une grève de la faim, comme M. Séguin l'a lui-même suggéré à la blague.

Il ne faut jamais sous-estimer à quel point un homme peut s'attacher à un rapport qu'il a mis au monde. Robert Bourassa n'avait jamais pensé que Jean Allaire s'accrocherait au sien au point de démissionner du PLQ après des décennies d'un militantisme de la plus grande docilité.

Avec le recul, on peut dire que son départ, en compagnie de Mario Dumont et de ses amis de la Commission jeunesse, a tué le parti dont Georges-Émile Lapalme et Jean Lesage avaient fait le fer de lance de la Révolution tranquille. Celui qu'on a aujourd'hui sous les yeux n'en a conservé que le nom.

Le ministre des Finances n'est pas naïf au point de penser qu'Ottawa se laissera impressionné par sa demande, même à la veille des élections. Si besoin était, Paul Martin s'est chargé de dissiper toute illusion hier. M. Séguin sait aussi qu'il ne pourra pas y renoncer sans perdre la face. Il pourra temporiser un peu, mais il lui faudra bien tirer un jour ou l'autre la conclusion politique d'une fin de non-recevoir.

C'est parfois à se demander si, après son ex-collègue Marc Bellemare, il n'est pas à la recherche d'une porte de sortie honorable, qui lui permettrait éventuellement de quitter le navire avant le naufrage. Après tout, il avait démissionné pour bien moins en 1990. La grande différence avec M. Bellemare est que ce dernier n'aimait pas la politique, alors que M. Séguin en raffole. C'est peut-être ce qui devrait le plus inquiéter M. Charest.

***

Sur le plan stratégique, la formation de la Commission sur le déséquilibre fiscal - et le choix de M. Séguin pour la présider - constitue sans doute la meilleure décision que Bernard Landry ait prise à titre de premier ministre.

Bon nombre de «purs et durs» y voyaient une dérive inquiétante vers le fédéralisme renouvelé. Il est vrai qu'il y avait là un élément de «beau risque», mais il s'agissait également d'un formidable outil pédagogique, dont les résultats ne devaient apparaître qu'avec le temps.

Dans l'hypothèse de son retour dans l'opposition, le PQ allait également laisser un héritage empoisonné aux libéraux, qui ne pourraient ignorer complètement le «consensus» qui s'était dégagé du forum d'octobre 2002.

À l'époque, M. Landry ne pouvait pas savoir que M. Séguin deviendrait ministre des Finances dans un gouvernement dirigé par Jean Charest. Il espérait plutôt l'attirer au PQ. Avec le recul, il doit se féliciter qu'il ait décliné son offre.

Même si, en matière de politiques sociales, M. Séguin ne détonnerait pas du tout au sein d'un PQ quelque peu recentré, ceux qui espèrent le voir traverser le Salon bleu se font probablement des illusions. Il n'empêche que le camp souverainiste a tout intérêt à le «renchausser» plutôt qu'à l'attaquer.

C'est d'ailleurs la stratégie que Jacques Parizeau avait décidé d'adopter à l'endroit de Robert Bourassa quand il était apparu que l'accord du Lac-Meech avait du plomb dans l'aile. Il ne s'agissait plus de critiquer les termes de l'accord, même si son adoption aurait pu porter un coup mortel à l'option souverainiste, mais d'empêcher M. Bourassa de réduire ses demandes.

Quand on s'est peinturé dans le coin, on peut toujours marcher sur la peinture, disait Jean Chrétien. Possible, mais chaque motion unanime adoptée par l'Assemblée nationale rendra la chose un peu plus gênante pour M. Séguin.

***

Bien qu'il continue à nier l'existence d'un déséquilibre fiscal, Paul Martin a clairement indiqué qu'il était disposé à accroître de façon significative la contribution fédérale au financement des services de santé, mais Ottawa entend poser ses conditions tandis que le transfert de la TPS aux provinces leur permettrait d'y échapper.

Pour le Québec, cela représenterait une somme de sept milliards alors que M. Séguin évalue son manque à gagner attribuable au déséquilibre fiscal à trois milliards. Même si le gouvernement fédéral compensait en diminuant ses transferts de quatre milliards, il n'en renoncerait pas moins à une part importante de son pouvoir de dépenser, c'est-à-dire de son poids politique. Au cours des prochaines décennies, l'ordre de gouvernement qui contrôlera le secteur de la santé, dont les coûts augmenteront de façon exponentielle, sera en mesure d'imposer sa vision du pays.

À quelques jours du déclenchement des élections, il faut reconnaître que M. Séguin a bien choisi son moment pour envoyer sa torpille. De petits malins suggéraient que Gilles Duceppe réclame une rencontre avec M. Charest et lui demande de dresser la liste des revendications que le Bloc québécois devrait fasse valoir pendant la campagne. Ce ne sera vraisemblablement pas nécessaire.

Pour le Bloc, l'avantage est double. Sur la question du déséquilibre fiscal, il peut légitimement prétendre interpeller le PLC au nom de tout le Québec. La requête de M. Séguin place également les députés du PLQ qui comptaient appuyer leurs cousins fédéraux dans une position assez inconfortable.

Remarquez, d'une certaine façon, les candidats de M. Martin pourraient aussi y trouver leur compte. Au cours de la campagne, tout sujet autre que le scandale des commandites sera le bienvenu.

mdavid@ledevoir.com



Pendant ce temps, au PQ...

Michel David
Le Devoir mardi 11 mai 2004

Mine de rien, Paul Martin a rendu un fier service à Bernard Landry en retardant de semaine en semaine le déclenchement des élections. La nécessité d'éviter tout déchirement de nature à nuire à la campagne du Bloc québécois lui a assuré des mois de paix à l'intérieur du PQ.

La «saison des idées» se déroule sur un mode plutôt pépère auquel ce parti ne nous a pas habitués. Même au PLQ, les lendemains de défaite sont généralement plus agités. Sans parler du PLC, où Jean Chrétien a été privé de la quiétude que procure normalement la victoire.

Au fil des semaines, Pauline Marois et François Legault ont bien échangé quelques taloches, mais ils ont plutôt l'air de deux jeunots que le vieux chef regarde se chamailler avec plus d'amusement que d'inquiétude.

Tant que M. Landry n'a pas confirmé officiellement son intention de rester, ils se sont imposés une sorte d'obligation morale de respecter sa «réflexion», même si tout le monde sait bien qu'à moins d'un renversement totalement imprévu de l'opinion en faveur des libéraux, il est déterminé à rester. À l'heure actuelle, la question n'est pas de savoir qui va éventuellement le remplacer, mais si on va tenter de l'empêcher d'obtenir un vote confiance satisfaisant au congrès de 2005.

Même si personne ne le bouscule, M. Landry aurait décemment dû annoncer sa décision au conseil national dont la tenue était prévue au début de juin, mais le lancement imminent de campagne électorale fédérale a fourni un excellent prétexte pour le reporter à la fin d'août, condamnant du coup les aspirants à sa succession à passer un autre été à faire campagne en marchant sur des oeufs.

***

Les sondages internes du PQ indiquent clairement que ses chances de reprendre le pouvoir sont meilleures avec M. Landry qu'avec tout autre chef, mais un congrès a sa dynamique propre. En octobre 1996, qui aurait cru que les militants péquistes pourraient infliger une pareille gifle à l'homme politique le plus populaire de l'histoire du Québec? Lucien Bouchard s'était senti insulté et humilié que seulement 76,7% des délégués lui renouvellent leur confiance, au point d'envisager très sérieusement de démissionner.

M. Landry, qui connaît le PQ infiniment mieux que son prédécesseur, sait bien qu'il peut y avoir un important décalage entre la position des délégués à un congrès et ce que pense l'ensemble des membres du parti, dont les sentiments ne reflètent pas davantage ceux de la population.

On croit parfois avoir tout prévu, et voilà que les interventions de quelques activistes à la langue bien pendue, plaidant qu'une course au leadership serait bénéfique au renouvellement des idées, viennent tout bouleverser.

Présentement, François Legault donne la nette impression qu'il vaut mieux pour lui que M. Landry demeure en poste, plutôt que de devoir affronter Pauline Marois, qui risque d'être là plus longtemps. De son côté, Mme Marois elle-même hésite manifestement à brusquer les choses. Dans l'entourage de M. Landry, la question est d'ailleurs moins de savoir si elle tenterait un putsch, que si elle se résignerait à solliciter un autre mandat sous sa direction.

Même si M. Legault et Mme Marois se ralliaient personnellement à M. Landry, rien ne garantit que leurs partisans en feraient autant. Certains peuvent très bien en arriver à la conclusion qu'ils n'ont rien à perdre à brasser un peu la cage. Un score comme celui que M. Bouchard a obtenu en 1996 aurait des allures de désaveu.

***

M. Landry a cependant une carte dans sa manche. Si, à l'approche du congrès, il se rend compte que les choses risquent de mal tourner, il peut toujours décider de prendre les devants en mettant ses adversaires potentiels au défi de l'affronter dans une course au leadership en bonne et due forme.

Dans ces conditions, il n'aurait pas besoin de recueillir l'appui de 80 % des délégués à un congrès, mais simplement la majorité des voix de l'ensemble des membres du PQ qui exerceraient leur droit de vote. Pour lui ce serait un jeu d'enfant. Il y aurait même de fortes chances que personne n'ose l'affronter. Si Pierre-Marc Johnson avait agi de cette façon, en 1987, Jacques Parizeau se serait probablement dérobé.

Peu importe le scénario qu'il choisira, M. Landry n'a cependant aucune raison de faciliter la tâche de ses adversaires en annonçant prématurément ses couleurs. Maintenant que Paul Martin tient ses coupables, dans la personne de Chuck Guité et Jean Brault, plus rien ne l'empêche de déclencher les élections. Au cours des prochaines semaines, les militants péquistes vont consacrer toutes leur énergie à la campagne du Bloc québécois. Inutile de les distraire avec des histoires de leadership.

Le jour où il annoncera son intention de rester, il devra également clarifier sa position sur la tenue d'un référendum. C'est à ce moment-là que la vraie partie va commencer. Parler de «circonstances raisonnables» est précisément le genre de chose qui risque de rendre son vote de confiance problématique au congrès. En revanche, comment peut-il s'engager à tenir un référendum coûte que coûte, peu importe les chances de le gagner? Un tel aventurisme en empêcherait plusieurs de voter PQ, si exaspérés qu'ils soient du gouvernement Charest.

Si M. Landry désire conférer d'avance un caractère référendaire aux prochaines élections, c'est son affaire, mais le Bloc québécois préférerait sans doute qu'il attende au moins au 29 juin avant de le faire.

mdavid@ledevoir.com



Les souverainistes et la relation France-Québec, une vraie politique

Louise Beaudoin
Le Devoir mardi 11 mai 2004

Libre opinion: Anne Legaré soutient dans un article publié dans Le Devoir de samedi ce qu'elle soutenait déjà dans son livre Le Québec, otage de ses alliés, paru récemment chez VLB éditeur, à savoir que la volonté d'intégration continentale, sans réserve aucune, de la part des souverainistes, au moment de l'adoption de l'accord de libre-échange Canada-États-Unis en 1988, a eu comme conséquence que le Parti québécois et le gouvernement dirigé par les souverainistes, de 1994 à 2003, ne se sont pas suffisamment intéressés à la France.

Nous avons débattu ensemble de cette question au Salon du livre de Québec en avril dernier, mais je voudrais, moi aussi, y revenir. Les souverainistes, d'après Anne Legaré, n'auraient pas eu de véritable politique à l'égard de la France et n'auraient pas suffisamment pris en compte la dualité de l'identité québécoise et l'ensemble de nos intérêts dans le monde. Le Québec aurait été l'«otage» de ses deux principaux partenaires qui se seraient servis de lui, dans un cas pour atteindre ses objectifs de domination du continent, dans l'autre pour se rapprocher du Canada.

Injuste

Cette analyse est injuste. Car même les plus continentalistes des souverainistes québécois sont très conscients des liens forts et nécessaires qui doivent nous unir à la France et à la Francophonie. C'est pourquoi le gouvernement du Parti québécois, qui reflétait dans sa composition les diverses tendances du mouvement souverainiste, a organisé la première Saison du Québec, en 1999, en France (la deuxième devait se tenir à New York en septembre 2001 et la troisième, malheureusement la dernière, a eu lieu en novembre 2003 au Mexique).

Le choix de la France était délibéré: nous avions décidé d'aller d'abord en France pour présenter le Québec actuel, dans sa diversité et sa globalité, culturelle, économique, scientifique et technologique, parce que nous considérions que c'est dans ce pays que ce que nous faisons a le plus de résonance. Par ailleurs, dès 1998, au moment où le Canada nous refusait même un strapontin dans les discussions qui commençaient sur la diversité culturelle, c'est avec la France que nous avons mis sur pied un groupe de travail qui a permis à deux juristes, Yvan Bernier et Hélène Ruiz-Fabri, de publier la première étude sur la faisabilité d'un instrument juridique international.

Il est bien évident que sans cette alliance franco-québécoise, jamais le gouvernement fédéral n'aurait accepté, malgré mes demandes répétées, que la ministre de la Culture soit membre de la délégation canadienne dans les divers forums internationaux discutant de ce dossier qui a une importance existentielle pour le Québec. Nos intérêts vitaux étant en jeu, nous avons été capables, sans hésitation, dès la première heure, grâce à la qualité de notre relation politique avec la France, de nous imposer et de prendre la parole en notre propre nom dans certaines conférences internationales et ainsi de nous opposer sur le fond des choses à la volonté américaine de contrer l'évolution positive vers l'adoption d'un traité concernant la diversité culturelle.

Le Conseil des ministres avait aussi décidé, en 2003, de créer à Paris, boulevard de Sébastopol, un Centre Québec Europe dont l'originalité résidait dans le fait qu'il devait réunir sous le même toit, entreprises et créateurs qui désiraient partir à la conquête de la nouvelle Europe. Enfin, lorsque nous avons nommé Clément Duhaime délégué général du Québec à Paris, nous avons accédé à sa demande de nouveaux fonds et de nouveaux postes pour qu'il puisse accomplir sa mission dans de bonnes conditions.

Dans la nature des choses

Ces quelques exemples montrent que, lorsque les enjeux stratégiques du Québec sont en cause, c'est d'abord vers la France que les souverainistes québécois se tournent pour les porter sur la scène internationale. Il y a donc eu et il y aura toujours une véritable politique à l'égard de la France; c'est dans la nature des choses.

Le mouvement souverainiste étant par définition un vaste rassemblement, plusieurs voix s'y font entendre: certaines sont résolument opposées à la politique américaine dans le monde et favorables au contrepoids que représentent, au moins à l'occasion, la politique étrangère française et la Francophonie comme possibles alternatives à une mondialisation unipolaire et néo-libérale.

Là, cependant, où nous nous rejoignons, Anne Legaré et moi-même, c'est lorsqu'elle affirme que les limites de l'action internationale du Québec, dans un cadre fédéral canadien, sont rapidement atteintes Pour aller plus loin et réussir ce que l'on a réussi avec la France ailleurs dans le monde, par exemple au Brésil qui, dans notre l'hémisphère, joue, depuis l'élection du président Lula, un rôle important pour contrebalancer celui de l'hyperpuissance, il faut que le Québec devienne un pays, au même titre que les 191 autres membres des Nation unies.

Louise Beaudoin : Professeure associée, Département d'histoire, Université du Québec à Montréal



Crime et pauvreté à l'ère du libéralisme

Jean-Marie Fecteau
Le Devoir mardi 11 mai 2004

Pour un savoir historique du social et du politique

Dans le cadre du congrès de l'ACFAS 2004 qui se tient cette semaine à Montréal, des dizaines de chercheurs de tous horizons feront part des résultats de leurs plus récents travaux. Nous publions cette semaine quelques textes rédigés à notre demande par des chercheurs de l'Université du Québec à Montréal, université d'accueil de l'événement.

Comment une société «tient»-elle ensemble? Comment est-il possible de penser un savoir-vivre (et un vouloir-vivre) collectif se déclinant selon les règles de la démocratie et du libre marché? Question fondamentale qui hante les sociétés, à partir de ce moment où on a renoncé à faire de Dieu l'explication première et dernière de l'univers, où on a voulu inventer un monde fondé sur la liberté et le respect de l'intégrité des hommes et des femmes qui le composaient.

En somme, il s'agit de faire sens de ce basculement radical du monde depuis maintenant deux siècles et de saisir les enjeux collectifs fondamentaux qui se sont déployés à partir de l'idée simple d'une liberté humaine vécue dans l'égalité. C'est un tel questionnement fondamental qui est à la source des recherches menées au Centre d'histoire des régulations sociales (www.unites.uqam.ca/chrs/) sur la mise en place du réseau de prise en charge du crime et de la pauvreté au Québec, depuis le milieu du XIXe siècle.

Une immense aspiration au bonheur

Dans cette entreprise, il nous fallait comprendre des enjeux qui sous-tendent les formes de régulation sociale mises en place à l'ère libérale et qui, à partir du plus profond du XIXe siècle, accouchent du monde actuel. La stratégie privilégiée pour ce faire implique de ramener ce libéralisme, triomphant au XIXe siècle, à ce qu'il était vraiment: une version limitée, mise au service des possédants, d'une immense aspiration au bonheur issue de l'écroulement brutal du monde ancien.

Ce libéralisme, malgré les parentés étymologiques, n'a nullement le monopole, même à l'époque de son apogée, des diverses solutions envisagées pour assurer un lien social qui soit fondé sur la liberté. Il n'est qu'une version étriquée, en mode mineur, de l'aspiration à la liberté, version soigneusement expurgée de sa dimension collective, des espoirs des dominés, et timidement ramenée au «réalisme» des possédants, puis vite coulée dans le ciment des institutions de régulation et de répression, dans le cadre rigide du droit bourgeois qui en constituera le rempart le plus solide.

Hypothèque close sur l'avenir, qui ouvrira néanmoins à l'Église québécoise un large espace d'action où elle pourra déployer sa puissance, tout en dénonçant ce même libéralisme, pourtant condition première de son expansion possible...

Car, au Québec plus qu'ailleurs peut-être, derrière l'appareil de l'Église s'est toujours profilée l'injonction libérale du libre marché et de l'État minimal. Nulle part ne peut-on saisir ce modèle contradictoire de société qu'en confrontant le discours libéral, même récupéré et filtré par le rigorisme religieux, à ses pires hantises: le crime et la pauvreté. Le crime, ce constant refus du jeu social gravé dans les codes; la pauvreté, spectacle permanent des inégalités qui révèle l'hypocrisie des discours sur le progrès des peuples.

Que faire de la marge criminelle?

C'est en étudiant les modes de prise en charge de ces problèmes sociaux fondamentaux, qui transcendent, en suivant leurs lignes de force, les césures fondamentales exprimées par les rapports de classe et de genre, que l'on peut le mieux, je crois, saisir les limites et les culs-de-sac de cette vision du monde, de cet univers institutionnel, de cette échelle de valeurs que constitue le libéralisme bourgeois et ses versions ultérieures.

Ainsi en est-il du crime. Au XIXe siècle, on lui invente la prison comme horizon. D'abord conçue comme instrument de la rémission du criminel (comme si en confinant dans l'espace raréfié de la prison, on pouvait enseigner les jeux et les enjeux de la liberté!), cette dernière est vite devenue le simple non-lieu, le temps mort et l'absence absolue d'une liberté vécue comme horizon inatteignable.

Source de toutes les peurs sociales et en même temps manifestation du chaos d'un quotidien souvent insupportable, le crime exprime l'aporie fondamentale de la liberté imaginée par ces «libéraux» dont certains encore aujourd'hui se réclament: une liberté dont les limites dont définies par la volonté des dominants, et où l'infraction est autant témoignage du réel intolérable que du refus de le vivre comme tel.

À partir de ce moment, les sociétés libérales, même à l'ère des États providence, ne sauront que faire de leurs marges criminelles, ballottées entre les pulsions hystériques de la «tolérance zéro» comme des mille guerres aux déviants et les moments utopiques de l'amendement recherché des criminels. Les sociétés carburant à la liberté bourgeoise avaient rêvé de repousser à leurs confins ultimes le résidu social constitué par les criminels. Elles se sont retrouvées toutes entières investies par les pratiques, individuelles et collectives, d'infraction.

Figure d'un échec

Ainsi en est-il, aussi, de la pauvreté. Comment imaginer qu'une société fondée sur la liberté d'entreprise, ouverte aux mille initiatives et inventions des citoyens, puisse déboucher sur des sociétés inégalitaires, où liberté du riche et liberté du pauvre se traduisent, pour l'un, en droit d'exploiter et, pour l'autre, en volonté de survivre?

La pauvreté, même reprochée constamment à l'individu et ramenée à ses tares personnelles, est l'image vivante de l'échec persistant et récurrent du libéralisme bourgeois à inventer une société meilleure. C'est pourquoi la place du pauvre dans l'économie de ces sociétés, comme dans le discours savant, est l'enjeu d'une lutte féroce de définition et de classement. Car dès le moment où la pauvreté est définie comme problème collectif, elle ouvre un espace politique sans fin où risque de s'étioler l'éthique libérale de la responsabilité personnelle.

Ainsi se découvre une deuxième aporie du libéralisme triomphant: celle où chaque mesure d'aide se heurte à la hantise de la déresponsabilisation, où chaque politique apparaît comme incitation à ne pas jouer le jeu social, mais où, dans le même mouvement, la responsabilité du pauvre pour ce qui lui arrive est toujours indexée sur la solidarité collective.

On aura compris peut-être qu'une telle histoire, malgré ses incursions dans un passé lointain, est terriblement actuelle. Non pas que les leçons du passé, comme une fausse sagesse le proclame trop souvent, soient garantes d'un avenir réussi. Mais le rythme historique saccadé qui a vu s'écrouler le rêve libéral d'une pauvreté disparue, du crime muselé, d'une humanité tirée vers l'avenir radieux promis par le progrès constant, cette histoire d'une promesse volée par les dominants, mérite d'être reconstruite et racontée. Car c'est elle qui a accouché du monde actuel.

N'en déplaise aux nostalgiques d'un certain libéralisme, il arrive que de très vieilles (mauvaises) idées empêchent l'émergence de projets novateurs et libérateurs, riches en devenir. En ce sens, l'histoire est là autant pour nous libérer du passé que pour le prospecter.

Jean-Marie Fecteau : Professeur au Département d'histoire de l'UQAM et directeur du Centre d'histoire des régulations sociales, chercheur au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES)



Le syndrome de Don Quichotte

Lysiane Gagnon
La Presse samedi 8 mai 2004

La campagne libérale, quoiqu'encore officieuse, est déjà en train de constituer un impérissable monument à la mauvaise foi.

Les libéraux ont enfourché le thème de la santé comme cheval de bataille. Cela serait intéressant s'ils avaient quelque chose de neuf à dire sur le sujet, et si la gestion des services de santé relevait du gouvernement fédéral.

À défaut de politique concrète à annoncer, les troupes de Paul Martin ont inventé une menace qui pèserait sur le système public de soins de santé - histoire, évidemment, de se faire passer pour les sauveurs du système.

L'ennemi est tout trouvé en la personne du chef conservateur Stephen Harper, que le PLC a systématiquement entrepris de diaboliser au-delà du bon sens. Le problème, c'est que M. Harper et son parti se portent eux aussi, au même titre que le PLC, à la défense du statu quo. N'importe. On leur fera un procès d'intention, en prétendant que le PC fera autre chose que ce qu'il dit s'il arrive au pouvoir.

Ce faisant, les troupes de Martin recyclent une vieille tactique de Jean Chrétien, qui avait mené les mêmes attaques en 2000 contre Stockwell Day. Mais cette fois, les libéraux tirent dans le vide, puisque la cible a disparu. Harper n'est pas Day, et le nouveau Parti conservateur n'est pas l'Alliance!

L'autre élément de la stratégie libérale est d'agiter une vague promesse de plan décennal qui lierait le financement fédéral à la prise en otage des provinces, sommées de se conformer aux " priorités " définies à Ottawa. Cela au mépris du fait que le gouvernement fédéral n'a jamais géré une seule institution de santé (sauf une poignée d'hôpitaux pour anciens combattants) et qu'il est totalement dénué d'expertise dans ce domaine.

La preuve en est que les grands problèmes qu'on vient de découvrir à Ottawa (listes d'attente, soins à domicile, médicaments, etc.) sont précisément ceux que les provinces tentent de résoudre depuis des années, avec difficulté évidemment, puisque le fédéral refuse de partager ses vastes surplus budgétaires.

Et que répond Paul Martin au Québec qui lui demande de régler cette flagrante injustice fiscale? Les provinces sont libres d'augmenter leurs impôts! disait-il cette semaine.

La remarque est d'une extraordinaire arrogance, surtout venant d'un homme qui promettait d'être plus flexible que Jean Chétien.

Tel Don Quichotte fonçant furieusement sur des moulins à vent, Paul Martin a passé une partie de la semaine à défendre un système de santé que personne, dans la classe politique, ne menace.

Ma foi, à force d'inventer des adversaires au Medicare, il est rendu à en voir dans son propre cabinet! D'où la semonce hystérique servie en plein caucus à son ministre de la Santé, qui avait eu le malheur de déclarer que les provinces pourraient " expérimenter " en confiant au privé la " livraison " de services- projet parfaitement conforme à la Loi canadienne sur la santé dans la mesure où ces services ne sont pas assumés par le patient.

Le pauvre Pierre Pettigrew a été sommé de faire amende honorable et s'est exécuté en lisant un texte préparé d'avance... et dégoulinant d'hypocrisie: à travers cette humiliante volte-face, le gouvernement Martin faisait semblant d'ignorer que le Canada est rempli de cliniques et de laboratoires privés et que, s'il fallait les fermer demain matin (comme l'exige le NPD), ce serait la catastrophe dans le système.

Mais encore une fois, ce fut l'histoire de l'arroseur arrosé. Hier matin, le Ottawa Citizen nous apprenait que le médecin personnel de M. Martin, le Dr Sheldon Elman, à Montréal, est propriétaire d'une chaîne de cliniques privées qui offrent, contre argent sonnant, des services d'imagerie magnétique et de radiologie!

Interrogé, M. Martin jure ses grands dieux qu'il s'est toujours servi de sa carte-soleil pour payer ses soins médicaux. On le croit sans peine, car tous les médecins sont payés par la RAMQ sauf l'infime minorité qui s'en est désengagée. Ce qu'il aurait fallu lui demander, c'est s'il a déjà payé des analyses de laboratoire avec sa carte de crédit, comme cela se fait couramment dans les cliniques privées. Sinon, à quoi servent exactement les deux plans d'assurance dont il bénéficie à titre de parlementaire et de retraité de la Canada Steamship Lines?

M. Martin affirme qu'il n'a jamais payé de sa poche pour des examens de résonance magnétique. Cela ne veut dire qu'une chose: c'est qu'il n'a jamais eu besoin de cette technologie qui sert essentiellement au dépistage des cancers. Mais- et voilà la vraie question- s'il avait dû passer par là, aurait-il attendu deux mois avant de savoir s'il souffrait d'un cancer? Ou aurait-il " payé de sa poche " pour s'éviter deux mois d'angoisse et accélérer le traitement?



Les boucs émissaires

Lysiane Gagnon
La Presse mardi 11 mai 2004

Les petits seraient-ils en train de payer pour les gros? C'est la question qui vient à l'esprit devant le dernier épisode du scandale des commandites.

Ce n'est que plus tard, une fois leur procès terminé, que l'on saura si la mise en accusation de MM. Guité et Brault pour fraude est méritée.

Mais le moment choisi pour effectuer ces arrestations a de quoi mettre la puce à l'oreille du moins soupçonneux des citoyens: à quelques jours du déclenchement des élections, et alors même que le comité parlementaire, par l'intermédiaire de sa majorité libérale, met brusquement fin à ses audiences, évitant ainsi d'avoir à convoquer MM. Chrétien et Martin...

L'opposition a raison de sonner l'alarme. Car tout se passe comme si l'on avait décidé en haut lieu de mettre un terme au débat en désignant deux coupables de (relativement) bas niveau, histoire d'enterrer- au moins durant la campagne électorale- la question cruciale de la responsabilité politique.

Certes, la GRC n'est pas ce qu'on appelle une police politique. Mais on a déjà vu qu'elle est fort capable de répondre aux pressions, tacites ou non, des gouvernements libéraux.

Citons, pour mémoire, les actes illégaux de la GRC à l'époque du FLQ, sa complicité dans l'affaire Airbus, le zèle suspect dont elle a fait preuve dans le dossier de François Beaudoin de la Banque de développement- une affaire qui sentait à plein nez la vengeance politique.

Il n'y a pas deux semaines, le lieutenant politique de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, déclarait avoir hâte que des accusations soient portées, histoire de nettoyer le tableau avant les élections. La GRC affirmait hier que l'enquête se poursuit, mais le fait est que, survenant à ce moment-ci, ces deux arrestations font drôlement l'affaire des libéraux. On se demande aussi s'il était nécessaire de menotter M. Guité pour sa comparution. Un fraudeur (si c'est le cas) n'est tout de même pas un assassin!

Se peut-il que M. Guité, qui n'était qu'un fonctionnaire même s'il en menait large, ait agi de sa propre initiative dans ces gigantesques transferts de fonds aux amis libéraux? Qu'aucun ministre du Québec, y compris Paul Martin qui était vice-président du Conseil du Trésor, n'ait été au courant de ce qui se passait, alors que les ténors libéraux et leurs sympathisants des milieux de la publicité forment un petit cercle où tout le monde se connaît, partage les mêmes courts de tennis et les mêmes terrains de golf? Que Jean Chrétien, ou son entourage, n'ait jamais été impliqué dans ce qui a été, au minimum, une très mauvaise gestion des fonds publics?

Parce qu'il est intelligent et plus habile que la moyenne des membres du comité parlementaire qui l'ont interrogé, Jean Pelletier, qui était à l'époque le bras droit du premier ministre Chrétien, a réussi à éluder les questions, mais il reste fort difficile de croire que toute cette affaire se serait passée exclusivement au niveau des fonctionnaires et des patrons d'agences publicitaires.

Sur le fond de la question, ce n'est pas tant la fin que les moyens qui sont répréhensibles. Il était parfaitement normal que le gouvernement Chrétien veuille défendre l'unité nationale. En fait, c'était non seulement son rôle, mais son devoir.

Ce sont les moyens mis en oeuvre envers cette fin qui sont condamnables. D'abord, le caractère secret du fonds (qui a aussi servi à financer des activités apolitiques au bon plaisir du bureau du premier ministre). Comment peut-on dépenser 800 millions de dollars de fonds publics en dehors de tout contrôle public? Même s'il ne s'était agi que de financer les scouts et les bonnes soeurs, la maternité et la tarte aux pommes, c'était immoral.

Et que dire de l'insondable bêtise des programmes voués à l'unité nationale!

Dans quel mépris fallait-il tenir les Québécois pour s'imaginer qu'il suffirait de parsemer le Québec d'unifoliés et de bandes-annonces signées " Canada " pour leur faire renoncer à la souveraineté?

Ne nous demandons pas pourquoi le rapport de la vérificatrice générale, qui mettait en quelque sorte un sceau officiel sur des rumeurs qui couraient depuis quatre ans, a suscité une telle colère au Québec: ce n'est pas qu'une question d'argent, c'est aussi une question de fierté. Personne n'aime être pris pour un imbécile. En outre, cette affaire a ressuscité chez les partisans du OUI les frustrations de 1995 en donnant l'impression que le fédéral avait " acheté " la mince majorité en faveur du NON.

Comble du ridicule, c'est durant les années suivant le référendum que le gouvernement Chrétien a le plus dépensé en propagande - au moment même où la menace s'était à toutes fins utiles volatilisée. La fièvre souverainiste avait retombé, et Lucien Bouchard ne pensait qu'au déficit zéro...



Les politiciens s'en tirent, rage l'opposition

Manon Cornellier
Le Devoir mardi 11 mai 2004

Ottawa - Le dépôt d'accusations criminelles contre Charles Guité et Jean Brault ne lève pas le voile sur une éventuelle direction politique du scandale des commandites, clame l'opposition à Ottawa qui veut des réponses. Mais le gouvernement s'y refuse, accuse-t-elle, et c'est pour cela qu'il cherche à mettre un terme, dans les faits, aux travaux du comité des comptes publics.

«Je suis très heureux qu'il y ait enfin des accusations portées [...] mais ça n'enlève rien à la nécessité qu'il y a que Paul Martin et Jean Chrétien, les responsables politiques, témoignent», a réagi le chef bloquiste Gilles Duceppe. Parlant des accusés, il a ajouté: «Ces gens ont été les exécutants. Ils n'ont pas [assuré] la direction politique.»

«Je vois [M. Guité] comme un pion et un bouc émissaire, mais pas comme le chef d'orchestre», a renchéri le député conservateur et président du comité, John Williams.

Selon les partis d'opposition, seul le comité des comptes publics peut, pour l'instant, tenter de trouver les responsables politiques de ce scandale. Or, le gouvernement veut que le comité rédige dès maintenant un rapport intérimaire, ce qui équivaudrait à mettre fin aux audiences publiques et donc aux travaux, le comité étant dissous avec le déclenchement des élections.

Le gouvernement se défend de vouloir museler le comité, mais il est clair qu'il n'entend pas abandonner son projet de rapport. La vice-première ministre Anne McLellan l'a encore répété avec insistance hier aux Communes. M. Duceppe a aussitôt accusé le gouvernement de manoeuvrer «dans le but d'épargner les dirigeants politiques du scandale des commandites». Le chef conservateur adjoint Peter MacKay a carrément parlé de «manipulation politique».

À sa sortie, Gilles Duceppe a fait remarquer qu'il restait des dizaines de témoins à entendre, dont Jean Chrétien et Paul Martin que le Bloc demandait de faire comparaître afin de trouver qui avait assuré la «direction politique» évoquée par M. Martin lui-même, en février. «La direction politique, c'est ça qui intrigue, qui inquiète, sinon indigne les Canadiens et les Québécois. On n'aura pas fait la lumière sur ça», a dit le chef bloquiste.

De passage à Montréal, le premier ministre Paul Martin a refusé de commenter le dépôt des accusations, jugeant en savoir moins que les journalistes. Ses troupes, elles, n'avaient qu'une expression à la bouche. «La police a fait son travail.»

«On n'a rien à voir avec le travail de la police. La GRC fait son travail. Elle était prête à faire son dépôt d'accusations. Alors on ne commentera pas», a indiqué le président du Conseil privé, Denis Coderre. Le ministre des Travaux publics, Stephen Owen, a nié toute influence politique, comme l'ont laissé entendre les conservateurs. «Ça montre plutôt que la GRC était assez avancée pour porter des accusations», a-t-il dit à sa sortie des Communes.

Le dépôt des accusations survient une dizaine de jours avant le déclenchement possible des élections. Cela permet aux libéraux de montrer que les enquêtes avancent et que justice est rendue. Mais cela leur interdit, a relevé le leader parlementaire bloquiste, Michel Gauthier, de réduire le scandale à un problème administratif. Le conservateur Peter MacKay craint cependant que les libéraux ne se servent des accusations comme prétexte pour refuser de répondre aux questions sur la responsabilité politique.

Harper: c'est «louche»

Les conservateurs étaient les plus méfiants hier. Le chef Stephen Harper, de passage à Toronto, a même qualifié de «louche» le moment choisi pour le dépôt des accusations. M. MacKay a relevé que le lieutenant politique québécois de Paul Martin, Jean Lapierre, avait souhaité il y a trois semaines que des accusations soient déposées rapidement. «Étant donné les commentaires récents du lieutenant politique du premier ministre au Québec, Jean Lapierre, [...] les accusions d'aujourd'hui soulèvent au mieux des soupçons», a-t-il déclaré aux Communes. Il a nié, à sa sortie, vouloir insinuer que la Couronne ou la police ait pu manquer d'indépendance.

Les autres partis ont refusé de mettre en doute le moment choisi par la Couronne. Ils en avaient plutôt contre les intentions des députés gouvernementaux au sein du comité.

Le comité des comptes publics a entrepris ses travaux à toute vapeur en février à la demande du premier ministre Paul Martin. Ce dernier avait, en plus, mis sur pied une enquête publique. Cette dernière ne démarrera vraiment qu'en septembre et son rapport n'est pas attendu avant la fin de 2005.

M. Martin comptait sur le comité parlementaire pour faire suffisamment la lumière sur le scandale avant la tenue d'élections ce printemps. Les travaux se sont toutefois enlisés dans la partisanerie. Sa crédibilité et son sérieux ont parfois été mis en doute.

Plusieurs acteurs importants ont été entendus. On pense à l'ancien ministre Alfonso Gagliano,à l'ancien directeur Charles Guité, à l'ancien sous-ministre Ran Quail, à la vérificatrice générale Sheila Fraser, à d'anciens fonctionnaires et à quelques dirigeants de compagnies. Les témoignages étaient souvent contradictoires, les conclusions, à peu près impossibles à tirer, d'où le refus de l'opposition de publier un rapport intérimaire. Cette question doit quand même être débattue cette semaine.



Arrestations et élections

Josée Boileau
Le Devoir mardi 11 mai 2004

Officiellement accusé d'avoir pigé dans la caisse, non seulement dans le dossier des commandites mais aussi dans celui des armes à feu, l'autre grand scandale de la politique canadienne, Charles Guité continue de remplir son rôle de bouc émissaire. Cela ne trompera que les partisans libéraux les plus farouches, pas le reste de l'électorat.

Enfin, un visage ! Deux en fait, mais c'est celui de Charles Guité qui compte, ce haut fonctionnaire qui narguait le Canada tout entier du haut de son cheval en Arizona, ce guerrier prêt à ratisser large dans sa lutte contre les séparatistes québécois, ce tenace qui jamais ne plierait devant l'adversité. Même son surnom en témoigne : dans un western, Chuck Guité ferait d'office figure de méchant. Un enfant lui-même ne s'y tromperait pas.

Sauf que les électeurs ne sont pas des enfants, et c'est l'erreur que les libéraux de Paul Martin risquent de commettre en accueillant comme une bénédiction l'arrestation, certes opportune mais non pas salvatrice, de M. Guité et de Jean Brault.

On passera outre aux sous-entendus de l'opposition qui lient ces arrestations à des pressions politiques : ces insinuations ne résistent pas à l'analyse. Les cas de fraude sont d'une grande complexité, il faut prendre le temps de les étayer, ce que la Gendarmerie royale a fait. De plus, ce n'est pas Ottawa mais Québec qui a le contrôle des procédures judiciaires.

On ne relèvera pas non plus le lien que l'opposition cherche à faire entre la fin des travaux du comité parlementaire qui enquête sur les commandites et les accusations déposées hier. Le comité n'a pas été à la hauteur des attentes, et prolonger l'exercice n'y changera rien. Les accusations criminelles, elles, suivent leur cours, tout comme l'enquête judiciaire à venir sous la houlette du juge John Gomery. L'État de droit est à l'oeuvre, les citoyens peuvent en être satisfaits.

Mais le regard politique, lui, est d'une autre tenue, et c'est celui-là que les libéraux de Paul Martin doivent craindre.

Qui croira que les moins de deux millions de dollars de fraude dont sont accusés MM. Guité et Brault résument à eux seuls l'essence des 250 millions engloutis dans le programme des commandites ? Même en y ajoutant les factures abusives de deux millions de dollars dont a été accusé à l'automne M. Paul Coffin, autre publicitaire montréalais, même en misant sur le fait que l'enquête policière continue, on est très loin du compte.

Et puis, le scandale des commandites a pris une autre dimension au Québec. La manipulation démocratique à laquelle se sont livrés sans remords les libéraux, et qu'ils défendent toujours aujourd'hui, alimente un ressentiment que l'entourage de M. Martin ne doit pas sous-estimer.

Il n'est quand même pas rien qu'une caisse secrète de 800 millions de dollars ait été destinée à l'unité canadienne, par l'entremise du bureau du premier ministre, sans que nul n'ait de comptes à rendre (ce fut d'ailleurs la base du programme des commandites). L'amour du pays, ça s'achète de toutes les manières : c'est la seule donne qui compte pour les libéraux fédéraux au Québec, dès lors réduit à quelque chose comme un petit peuple. Voilà un mépris qui laisse des traces, et ce n'est pas l'arrestation d'un Chuck Guité, ni de tous les publicitaires véreux de Montréal, qui y changera quoi que ce soit.

S'il veut garder son large sourire d'hier, M. Martin doit donc faire ses preuves. Où s'arrête la guerre, où commence l'ouverture aux revendications du Québec ? Des relations internationales aux congés parentaux -- sans même parler de référendum ! --, les dossiers ne manquent pas pour que le premier ministre se manifeste.

jboileau@ledevoir.com



Moderniser l'opposition

André Pratte
La Presse dimanche 9 mai 2004

Éditorial - Le plan de modernisation de l'État présenté la semaine dernière par le gouvernement Charest a suscité des réactions généralement tièdes, voire hostiles parmi les syndicats, les partis d'opposition et les médias. Le fait qu'on ait davantage dénoncé les intentions présumément cachées du gouvernement, plutôt que le document lui-même, est très révélateur.

Dans l'ensemble, le plan patiemment préparé par la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, est sensé, à la fois ambitieux et prudent. Il est parfaitement fidèle au programme électoral du Parti libéral. Si certains ont l'impression que les libéraux reculent, c'est que les adversaires du PLQ avaient réussi à démoniser ce programme: gong à la main, sur un ton de fin du monde, ils annonçaient le " démantèlement " de l'État québécois. Ce n'est pas ce que le parti de Jean Charest promettait de faire; ce n'est pas ce qu'il fera.

Le document Moderniser l'État ouvre la voie aux partenariats public-privé, les fameux PPP. Contrairement au bonhommes Sept-heures qu'agitent les opposants, il ne s'agit d'aucune manière de céder des grands pans de l'État québécois à l'entreprise privée. Le plan de Mme Forget est très clair à cet égard: l'option des PPP sera réservée aux " projets majeurs d'investissement ". Elle sera minutieusement balisée. Et elle sera retenue seulement lorsqu'il sera clair qu'elle est financièrement avantageuse par rapport à la méthode conventionnelle. Compte tenu du fiasco du chantier du métro à Laval, on voit mal suivant quel principe on peut rejeter du revers de la main cette nouvelle approche.

Le volet le plus audacieux du plan gouvernemental concerne la gestion des ressources humaines. Dans le respect des conventions collectives, Québec entend encourager une plus grande mobilité de sa main-d'oeuvre, chose particulièrement importante à l'heure où s'amorce une imposante vague de retraites. Répétons l'engagement écrit du gouvernement: cela se fera DANS LE RESPECT DES CONVENTIONS COLLECTIVES. Le " redéploiement " de la main-d'oeuvre ne se fera donc pas par une remise en cause de la sécurité d'emploi des fonctionnaires, mais par le soutien et la formation. Pour les syndicats, pour peu qu'ils sachent prendre un peu de recul, il y a là une occasion à saisir. À moins qu'ils préfèrent rester assis sur le système rigide et dépassé des mises en disponibilité.

Un élément du plan nous inquiète. Il s'agit de cette cible que s'est fixée la ministre de réduire de 20 % le nombre de fonctionnaires d'ici 10 ans, en remplaçant seulement la moitié de ceux qui partiront à la retraite. Nous sommes favorables à la réduction du nombre d'employés de l'État, rendue nécessaire par la situation financière précaire du gouvernement. Mais la détermination d'une cible précise, choisie arbitrairement, nous fait craindre le genre d'effets pervers que les libéraux ont tant dénoncés lorsque le gouvernement péquiste a décidé de réduire le nombre de professionnels de la santé. Qui décidera quels postes seront comblés et lesquels ne le seront pas? Suivant quels critères? Le gouvernement tient-il à tout prix à atteindre la cible, ou saura-t-il ajuster le tir s'il réalise que le chiffre ne tient pas debout? Jusqu'à preuve du contraire, l'approche nous paraît à la fois simpliste et risquée.

Pour le reste- création de Services Québec, gouvernement en ligne, réévaluation régulière des organismes et programmes gouvernementaux- tous conviennent qu'il s'agit de mesures nécessaires. Malgré leur méfiance, les syndicats doivent convenir que ces changements sont dans l'intérêt de la population québécoise, et collaborer de bonne foi avec le gouvernement, comme celui-ci les y invite.

Si les leaders syndicaux persistent dans une logique d'affrontement qui n'est plus justifiée, on conclura que c'est le mouvement syndical qui a besoin d'être modernisé. Le même constat pourrait s'appliquer au Parti québécois, s'il continuait à s'accrocher à une vision dépassée et étroite du " modèle québécois ". Cette semaine, pris de court par la modération du plan gouvernemental, les péquistes ont surtout reproché à Mme Jérôme-Forget d'en avoir pigé l'essentiel dans leurs propres cartons. Ce qui devrait les amener, nous semble-t-il, à cette conclusion logique: il s'agit d'un excellent plan.



Le verre à moitié plein d'une lilliputienne

Michel Vastel
Le Soleil samedi 8 mai 2004

Chronique politique - C'est une bien timide révolution que nous a proposée Monique Jérôme-Forget. Du bricolage plutôt que de la vraie "réingénierie". Le danger, quand on sert un verre à moitié plein ou à moitié vide, c'est de mécontenter tout le monde : les gourmands qui en voudraient plus, et les abstinents qui n'en voudraient pas du tout.

J'ai parlé de "verre à moitié plein". On sait donc à quelle enseigne je me loge. La présidente du Conseil du trésor, responsable de la modernisation de l'État, ne va pas assez loin, pas assez vite. Et en voulant ménager la chèvre et le chou, avec les syndicats de fonctionnaires en particulier, elle brouille son message au point où il ne passe pas.

Si, par exemple, son objectif était de réduire de 20 % la taille de la fonction publique, qu'elle le dise ! En insistant qu'elle réengagerait au moins la moitié des fonctionnaires partant à la retraite d'ici 10 ans, elle croyait adoucir son message. Mais les manchettes ont été aussi dévastatrices : 16 000 postes abolis d'ici 10 ans, titrait La Presse. Les titres sur une "réduction de 20 % de la fonction publique" auraient été tout aussi alarmistes, mais ils auraient au moins contenté ceux qui pensent que c'est bien le moins qu'elle pouvait faire : une révolution, c'est une révolution !

Mais assez pour la stratégie de communication qui n'est vraiment pas la marque de ce gouvernement ! Il y a des biais idéologiques inquiétants dans le court rapport. (Cent une pages pour expliquer la modernisation d'un État aussi tentaculaire que celui du Québec, c'est bien peu !)

L'obsession de Monique Jérôme-Forget pour le partenariat public-privé est décevante. Entre la nationalisation et la privatisation, il n'y a pas de juste milieu. Soumettre les expériences de privatisation à une sorte de tutelle de l'État va effaroucher le secteur privé qui n'aime pas ce concubinage. Le cas des infrastructures de transport est caractéristique : qu'a-t-on besoin d'un partenariat pour construire une nouvelle autoroute ? Nulle part ailleurs au Canada ou aux États-Unis n'a-t-on accepté telle demi-mesure. Il y a des voies publiques, gratuites d'accès, et des routes privées, à péage. Si Mme Jérôme-Forget pense que les entreprises intéressées à construire les autoroutes 30 ou 25 seront heureuses d'avoir sur le dos des fonctionnaires de la voirie provinciale, elle se trompe grandement !

Une fois les normes de construction et les standards de sécurité établis, qu'a-t-on besoin de mandataires de l'État pour surveiller ou contrôler la construction de routes, de centres d'hébergement, voire de prisons. On aurait pensé que Jean Charest, ancien chef du Parti conservateur, ferait preuve de plus d'audace. Les expériences lancées depuis longtemps en Ontario, en Alberta et même dans la très sociale-démocrate Saskatchewan - eh oui ! - auraient dû l'inspirer.

Mais voilà, il ne fallait surtout pas parler de "privatisation". La ministre insiste même : "Les ententes de partenariat public-privé ne constituent pas des privatisations [son souligné !] : en tout temps, le gouvernement conserve la maîtrise d'oeuvre de l'opération concernée..." C'est justement là le problème, Madame.

Le ministre revient encore une fois sur le projet de "gouvernement en ligne", la nouvelle mode des politiciens de la génération cybernétique. Disons que les expériences tentées à Ottawa, et à Québec en particulier, ne sont pas très concluantes. Chaque ministère - et chaque ministre ! - aime créer leur son site Internet. Ils sont tellement chargés - et flashés - qu'ils sont impraticables pour le citoyen, surtout s'il n'est pas équipé des ordinateurs les plus modernes dont se dote à répétition l'administration publique. La vraie révolution eut été de confier cette opération au secteur privé. Le gouvernement doit certes garder le contrôle du contenu, mais la machine et les logiciels n'ont pas à être conçus ni opérés par une génération de fonctionnaires qui ont été élevés dans le papier et n'ont jamais travaillé autrement que par "dossiers".

Monique Jérôme-Forget adore manifestement la formule des "Agences" - mais ne sont-elles pas surtout une façon détournée de se libérer des obligations de la Loi sur la fonction publique ? Mais il y a aussi du power grab dans cette opération : ces Agences se rapporteront au Conseil du trésor qui contrôlera ainsi toute l'opération de modernisation de l'État québécois. C'est le ministère des Finances, et Yves Séguin, qui ne doivent pas être contents !

La création d'une Agence du Revenu était par exemple une si bonne idée que le gouvernement du Parti québécois y avait déjà pensé. Mais il se trouve que le gouvernement du Canada y a pensé avant le Québec et que son Agence a déjà conclu, avec beaucoup de provinces, des ententes de collection des impôts et autres taxes. La question que Monique Jérôme- Forget ne se pose pas est la suivante : a-t-on besoin de deux Agences ? On est fédéraliste ou on ne l'est pas ! Si le Québec perçoit déjà la TPS du gouvernement fédéral, pourquoi ne percevrait-il pas aussi ses impôts sur le revenu ? Ou inversement, pourquoi le gouvernement fédéral ne s'en chargerait-il pas lui-même ? J'entends déjà les hurlements, mais la vraie réingénierie, c'est ça !

Et pour finir, comme tous les responsables de la fonction publique depuis 20 ans, Monique Jérôme-Forget promet de "rendre l'État à l'image de la société québécoise". Le défi est grand : les Québécois issus de communautés culturelles représentent 13 % de la population mais seulement 2,5 % de la fonction publique. Même chose pour les anglophones - 8 % de la population - dont moins de un pour cent sont fonctionnaires.

Il n'y aura que 16 000 embauches de fonctionnaires d'ici 10 ans ou 20 % de la fonction publique. Or, il faudrait engager 24,2 % de citoyens issus des communautés culturelles, d'anglophones, d'autochtones et d'handicapés pour "rendre l'État à l'image de la société québécoise". La seule façon de s'en sortir serait d'imposer des quotas d'embauche pour toutes les populations sous-représentées. Mais cela aussi demanderait beaucoup de courage politique.

Bref, devant le gigantisme du projet de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget a un peu l'air d'une lilliputienne...

MVastel@lesoleil.com



Charest ne livrera pas bataille sur la TPS

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 8 mai 2004

La correction du déséquilibre fiscal peut prendre diverses formes, dit le premier ministre

Saguenay - En présence du premier ministre canadien Paul Martin, Jean Charest a affirmé que le transfert à l'État québécois de la TPS fédérale, comme le réclament l'Assemblée nationale et son ministre des Finances, Yves Séguin, n'est qu'une formule comme une autre pour corriger le déséquilibre fiscal.

Comme tous les autres députés de l'Assemblée nationale, le premier ministre du Québec avait pourtant voté, jeudi, en faveur d'une motion appuyant son gouvernement dans ses démarches pour obtenir d'Ottawa le produit de la TPS perçue au Québec, un champ fiscal d'une valeur de sept milliards par année. Mais au cours d'une conférence de presse qui suivait la deuxième annonce du même engagement pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, soit la transformation en autoroute de la route 175 qui relie Québec et Saguenay, M. Charest s'est montré indifférent quant à la formule que prendrait Ottawa pour permettre aux provinces de faire face à leur situation financière. «Ça peut être une formule ou l'autre. Ce qui compte, c'est le résultat», a-t-il dit.

M. Charest a rappelé que le Parti libéral du Québec, lors des audiences de la commission Séguin, avait proposé une formule de transfert de points d'impôt des particuliers. Le premier ministre a révélé que, devant ses homologues des autres provinces, il a toujours dit que «ce n'était pas une religion, la formule comme telle».

Que le gouvernement fédéral reconnaisse ou non l'existence du déséquilibre fiscal, ça n'a guère plus d'importance aux yeux de M. Charest. «Nous avons présenté, depuis déjà un bon moment, une position sur le déséquilibre fiscal. Le gouvernement fédéral ne voit peut-être pas les choses de la même façon, mais ce qui compte, c'est le résultat», a-t-il dit. Le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec travaillent ensemble sur un grand nombre de dossiers, a rappelé le premier ministre: péréquation, santé, congés parentaux, place du Québec dans les forums internationaux. «Sur tous ces dossiers-là, on a fait des progrès dans la dernière année», a soutenu M. Charest.

Le premier ministre Paul Martin a confirmé qu'un transfert au Québec du champ fiscal de la TPS n'était pas une formule pour laquelle il penchait. «Je préfère d'autres mécanismes», a-t-il dit quand un journaliste l'a interrogé à ce sujet. «On a des objectifs communs. C'est la santé. La santé, c'est la priorité numéro un des Québécois et des Québécoises», a-t-il fait valoir.

M. Martin s'est défendu d'avoir suggéré au gouvernement Charest de hausser les impôts dans une lettre envoyée le 26 avril dernier au président de l'Assemblée nationale, Michel Bissonnet, et portant sur le déséquilibre fiscal. M. Martin a dit reconnaître que les provinces font face à des «pressions»: son gouvernement est disposé à s'asseoir avec elles pour trouver une solution.

Pour sa part, Yves Séguin estime que le transfert de la TPS est le meilleur moyen de corriger le déséquilibre fiscal et, de là, d'assurer un financement adéquat de la santé. Dans le passé, les transferts de points d'impôt du fédéral furent compensés quelques années plus tard par une hausse d'impôt de la part d'Ottawa, a déjà fait valoir l'auteur du rapport sur le déséquilibre fiscal.

Dans cette atmosphère pré-électorale, la présence de Jean Charest au côté de Paul Martin dans une région du Québec pour cette annonce racoleuse n'est pas anodine. Bien qu'il reconnaisse que le PLC et le PLQ soient deux partis «différents», M. Martin a souligné que «nous sommes tous libéraux. C'est donc très important d'avoir des libéraux, qu'ils soient des libéraux provinciaux ou fédéraux, c'est très important d'avoir des Québécois sur le terrain pour nous aider lors des prochaines élections».

L'entente de principe visant l'élargissement de la route 175 a été annoncée par Jean Chrétien et Bernard Landry en août 2002. Le protocole de financement devait être signé trois mois plus tard. Or les deux gouvernements en sont venus à un accord à ce sujet il y a quelques mois seulement. Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a écrit aux deux premiers ministres le 15 mars dernier pour que ce protocole soit officialisé par une signature publique. L'accord porte sur un investissement de 525 millions partagés à parts égales entre Québec et Ottawa. Cette somme ne couvre toutefois pas tous les coûts de l'autoroute qui doit être achevée en 2009, soit un total de 700 ou 750 millions de dollars. D'autres discussions devront avoir lieu.



Le groupe Loco Locass s'attaque aux libéraux de Jean Charest

François Cardinal, La Presse
Le Soleil samedi 8 mai 2004

La chanson "Libérez-nous des libéraux" de la formation rap est disponible dans Internet

Libérez-nous des libéraux. À la veille des élections fédérales et au moment où la grogne contre le gouvernement provincial prend de l'ampleur, le groupe rap Loco Locass jette une chanson dans la mare... qui pourrait lui attirer des ennuis dès le déclenchement de la prochaine campagne électorale.

Après les syndicats, les artistes se lancent donc dans la mêlée. Aidés par le groupe d'humoristes Les Zapartistes, les trois membres de Loco Locass ont pondu une chanson engagée et acérée contre les libéraux provinciaux, qui ne manque évidemment pas d'écorcher les libéraux fédéraux au passage.

"Face à la menace de la braderie, on brandit le poing de la patrie à la face des bandits", chantent-ils. "On est loin de maître chez nous, maintenant comme jamais, il y a un traître chez nous. Ça s'entend quand il (Jean Charest) parle comme un derrière de boîte de céréales."

Fait inusité : la pièce musicale, qui doit paraître sur le prochain album du groupe à l'automne, est en accès libre et gratuit dans Internet depuis le 1er mai. "Excédé par une année de réingéniaiserie, Loco Locass lance Libérez-nous des libéraux, peut-on lire dans le site Internet loco locass.net. Puisque cette chanson doit être gravée dans la mémoire collective, nous la mettons gracieusement à votre disposition."

En seulement six jours et sans aucune publicité, la pièce musicale a été téléchargée plus de 1200 fois, se réjouissait Chafik, hier après-midi, en entrevue dans un café du centre-ville de Montréal. "C'est un message politique, dit-il. Notre objectif n'est pas de faire de l'argent avec la chanson, mais bien de la faire écouter au plus grand nombre."

L'attaque contre les libéraux concerne tout d'abord le gouvernement Charest, mais il est aussi question, plus subtilement, des gouvernements fédéral et ontarien. "Il y a un étrange alignement des planètes à Québec, à Ottawa et à Toronto, souligne Biz. C'est pourquoi nous voulons être l'amplificateur du citoyen qui sacre dans la rue contre les libéraux."

En alliant différents rythmes tels que la turlute, la podorythmie traditionnelle et les mélodies latines, Loco Locass souhaite canaliser le ras-le-bol québécois contre "la politique scie à chaîne du gouvernement Charest et appelle en ce sens les Québécois à opposer un raffut global à la droite déguisée".

"Prêts pas prêts la charrue Charest, acharnée, charcute en charpie la charpente de la maison qu'on a mis 40 ans à bâtir, chante le groupe. Maintenant la table est mise pour quatre ans à pâtir, à pâlir à vue d'oeil, ahuris à la vue d'la bande d'abrutis qui bradent à bride abattue, qui vendent à rabais, par la bande, c'qui a pas de prix. Une fois l'mandat fini, le pays ressemble à un abattis."

Parce que la chanson s'intitule Libérez-nous des libéraux, les Loco Locass pourraient avoir à rendre des comptes lors des prochaines élections fédérales. "Avant les élections, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, précise Gilles Paquin, porte-parole pour la région de Montréal du directeur général des élections fédérales. Mais après le déclenchement, ça pourrait poser problème. Il faut voir si ça peut être assimilé à une contribution électorale."

Mais au-delà de la prise de position, les Loco Locass souhaitent notamment sensibiliser les jeunes à la chose publique en reprenant à leur compte le thème oublié de la chanson engagée. C'est d'ailleurs ce qui les a incités à ajouter un "forum citoyen" dans leur nouveau site Web.

"C'est le retour des tribuns, soutient Batlam. Il n'y a plus beaucoup d'orateurs au Québec. Il faut donc travailler sur le retour du verbe, sur quelque chose d'enthousiasmant."

Leur engagement politique, d'ailleurs, les mènera à produire un spectacle d'envergure le soir de la Saint-Jean-Baptiste aux côtés de différents groupes et artistes souverainistes : Les Zapartistes, Martin Léon et Les Charbonniers de l'enfer.

D'ici là, ils aimeraient bien que leur chanson tourne sur les ondes de la radio, une idée que ne rejettent ni CKOI ni CKMF à Montréal. Joints hier, tous deux ont soutenu que, s'il y avait une demande des auditeurs, ils ne se gêneraient probablement pas pour la faire jouer.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

LE DERNIER MANDAT

Patrice Boileau
Directeur des communications au Conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2004

Rarement, de toute l’histoire politique de la fédération, il y a eu un candidat aussi peu soucieux du bien commun pour solliciter le poste de premier ministre. Paul Martin accumule, depuis des années, les preuves qu’il n’en a que pour lui et ses amis. Parlez-en à madame Copps, monsieur Chrétien, et je vous laisse deviner les autres qui écoperont après l’élection.

Pendant que la population serrait les rangs afin d’atteindre le déficit zéro, le chef du Parti libéral du Canada s’emplissait les poches en camouflant une partie des recettes de son entreprise à la Barbade. Alors que le domaine de la santé souffre du sous-financement fédéral, un fonds secret dédié à la propagande canadienne en territoire québécois engrangeait environ un milliard de dollars de fonds publics. D’autres centaines de millions obtenus en recettes fiscales se voyaient hériter d’une mission semblable en finançant un programme de commandites, tout en rétribuant les amis du gouvernement libéral et la caisse de ce parti. Et dire que Paul Martin jure incarner une nouvelle ère politique, où tout sera fait autrement!

Rappelons qu’Ottawa, depuis 1997, a accumulé environ 35 milliards de dollars en surplus en privant le Québec de ses revenus fiscaux. Avec mépris, face aux difficultés budgétaires de l’Assemblée nationale à financer ses responsabilités, Paul Martin a ridiculisé Québec en l’invitant à puiser davantage dans les poches des Québécois. L’homme menace ainsi de donner le coup de grâce au modèle québécois qui a généré une richesse capable de permettre une certaine équité sociale qui fait l’envie de plusieurs États. Tout cela risque de mourir à cause de Paul Martin et de l’abdication de Jean Charest.

Ne faisant pas dans la dentelle, l’héritier de Jean Chrétien se permet même de servir du réchauffé aux Québécois en réitérant des promesses déjà connues. L’annonce de la construction de l’autoroute 175 reliant Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean en est un exemple. Le programme des congés parentaux élaboré par l’ancien gouvernement péquiste, longtemps bloqué par le gouvernement fédéral, connaîtra sous peu un dénouement alors qu’il devrait être déjà en place.

Paul Martin n’en a que pour ses amis de Bay Street. Un document pré-électoral a été remis récemment aux candidats de son parti. Rédigé uniquement en anglais, son contenu concerne surtout l’Ontario. Les intérêts du député de LaSalle-Émard logent à cet endroit. Le nouveau premier ministre de cette province, le libéral Dalton McGuinty, ne cache pas d’ailleurs son enthousiasme à l’idée de voir son ami Paul Martin demeurer au 24 Sussex. Il ne fait pas de doute qu’avec ce partenaire, l’industrie automobile ontarienne obtiendra les millions d’Ottawa qu’exigent les Grands de Détroit pour maintenir leurs installations dans la province. Restera la péréquation, amoindrie, pour le Québec.

Le fleuve Saint-Laurent sera dragué une fois de plus cet été, à la hauteur de Sorel, malgré l’opposition des environnementalistes. Ainsi en a décidé Paul Martin, en collaboration avec ses amis de Washington. De nouveaux navires à fort tonnage pourront y naviguer jusqu’à la voie maritime également modifiée pour les accueillir. Québec se chargera de trouver une solution pour ravitailler les villes riveraines qui auront vu leur nappe phréatique vidée au profit du nouveau chenal. Le port de Montréal pourra tenter de son côté de développer une industrie touristique où on soulignera aux visiteurs combien jadis ses installations bourdonnaient d’activités.

Les Québécois seront légion à désavouer Paul Martin à l’élection de juin prochain. Ils se riront des tentatives de persuasion de son laquais Jean Lapierre. Tous ont compris que la présence de Québécois dans un cabinet fédéral a fait reculer le Québec. La députation québécoise qui subit le bâillon à Ottawa est celle qui forme le gouvernement puisque tenue d’obéir aux directives de Bay Street. C’est donc lorsque affranchie de la ligne de parti que celle-ci peut dénoncer les assauts du gouvernement canadien envers le Québec. Le Bloc québécois devait avoir une présence temporaire à Ottawa il est vrai. Reste que cette équipe québécoise s’avère la seule qui puisse informer les siens des magouilles libérales. Nous devons la remercier pour ce travail car sans elle, qui s’acquitterait de cette mission patriotique? Comme cadeau, promettons leur que ce mandat sera le dernier.



TRIBUNE LIBRE

Un petit bijou de contradiction

Benoît St-Denis
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2004

Bonsoir M. Pratte,

Voici un petit bijou de contradiction comme on en trouve grâce aux archives de Vigile :

"Le fait que le PQ traverse une période difficile ne justifie d'aucune façon que le gouvernement se mette à financer un véhicule parallèle. Si le PQ est devenu un boulet pour son option, c'est son problème, pas celui de l'État. Il est vrai qu'Ottawa ne s'est jamais gêné pour investir l'argent public dans la défense de l'unité canadienne, parfois de manière outrancière. Mais un tort n'en justifie pas un autre."

VS

"Il nous semble tout à fait légitime que le gouvernement du Canada consentie argent et énergie à faire valoir son point de vue."

Et qui donc parlait de "tort" à ce moment et de "légitimité" aujourd'hui ?

N'importe quoi...

1 223 959$
André Pratte
La Presse Le mardi 19 novembre 2002

Éditorial - Un million 223 959 dollars: c'est le montant de l'allocation qu'a reçue l'an dernier le Parti québécois de la part du gouvernement. On suppose que cela lui a servi, en partie, à faire la promotion de la souveraineté du Québec. Alors pourquoi faudrait-il, comme le souhaite Jacques Parizeau, que l'État finance un nouvel institut chargé de faire la même chose?

Grand maître de l'astuce, M. Parizeau suggère, pour faire taire ceux qui s'indigneraient de cette aide gouvernementale à un organisme partisan, de financer de la même manière un groupe qui ferait la promotion du fédéralisme renouvelé. Or, le gouvernement du Québec a versé l'an dernier 1147698$ au Parti libéral du Québec. Cela est amplement suffisant pour lui permettre de défendre sa vision du fédéralisme.

En démocratie parlementaire, il revient d'abord aux partis politiques de faire les débats d'idées. C'est pourquoi l'État leur donne un coup de pouce, sous forme d'allocations directes (2,7 millions l'an dernier) et de crédits d'impôt (3,5 millions) accordés aux donateurs.

Le fait que le PQ traverse une période difficile ne justifie d'aucune façon que le gouvernement se mette à financer un véhicule parallèle. Si le PQ est devenu un boulet pour son option, c'est son problème, pas celui de l'État. Il est vrai qu'Ottawa ne s'est jamais gêné pour investir l'argent public dans la défense de l'unité canadienne, parfois de manière outrancière. Mais un tort n'en justifie pas un autre.

Les péquistes ne cessent de répéter que la souveraineté jouit encore de l'appui de quelque 40% des électeurs. M. Parizeau ne devrait donc pas avoir de mal à trouver des gens prêts à soutenir l'institut qu'il veut fonder. Et à le faire pour la cause... plutôt que pour un crédit d'impôt.

http://www.vigile.net/ds-souv/docs4/02-11-19-pratte-1000-cs.html





TRIBUNE LIBRE

Je ne vois plus du tout désormais d'alternative à l'Indépendance du Québec

André Nadeau
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2004


Mme Hélène Chalifour-Scherrer,
Ministre de Patrimoine Canada
(cc : à vos collègues)

En suite (notamment) à cette lettre ouverte :
http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=193&page=0

Bien que vous fassiez équipe dans un gouvernement qui ne mérite autre chose qu'un long, très long séjour dans l'Opposition, pour mépris de la population et malhonnêteté érigés en système depuis plus d'une dizaine d'années, je conservais un préjugé favorable à votre égard, personnellement, Mme Scherrer.

Mais je constate aujourd'hui que j'ai fait erreur également à votre sujet.

Le gouvernement du Parti libéral du Canada est pourri d'un travers à l'autre. Vous ne réussirez jamais par conséquent à reconquérir ma confiance. Et bien honnêtement, je ne vois plus du tout désormais d'alternative à l'Indépendance du Québec. Que... j'avais toujours repoussée à ce jour (quoique sans pour autant la mépriser radicalement).

Avec M. Paul Martin, je me disais qu'il y aurait peut-être une issue à «la Question nationale». Enfin. Mais de ce côté-là, je suis profondément déçu aussi. «La» politique du PLC - avec ou sans Jean Chrétien et autres Pierre Pettigrew, Denis Coderre, Lucienne Robillard ou Stéphane Dion (je ne vois pas du tout, mais vraiment pas, en quoi les Liza Frulla et Jean Lapierre changeront quoi que ce soit à la donne) - m'apparaît extrêmement claire aujourd'hui:

affaiblir par sabotage continu les pouvoirs du Québec (notamment par une fiscalité totalement déséquilibrée et l'invasion de ces pouvoirs avec vos surplus budgétaires à même les taxes/impôts des contribuables - mes propres taxes, mes propres impôts) de manière à occuper le terrain québécois au sens pleinement militaire du terme. Et ce, afin d'éliminer progressivement la spécificité, la personnalité, l'identité du Québec - réduite à terme, par ce processus calculé et constant d'inanition, à la folklorisation de type louisianais.

Or comment qualifier une Québécoise qui, comme vous, se prête à ce jeu, madame...? Je vous les laisse imaginer et nommer, ces qualificatifs. Car moi, vous savez, juste d'y penser ça me salit le coeur.

J'étais jusqu'à présent Canadien et Québécois. Mais puisque je dois maintenant choisir, je dois vous prévenir que je ne serai jamais Canadien sans être Québécois.

Aussi, et en toute cohérence, je ne serai plus jamais un supporter du Parti libéral du Canada. D'ailleurs, et bien entre nous, à voir combien l'autre Parti libéral brade mon État et tarde à défendre et promouvoir la nation dont je suis (ou sinon procède dans une extrême pusillanimité) - face à votre bulldozer qui chez vous fait office de «politique intérieure» -, eh bien j'estime qu'il me faudra sans doute, la prochaine fois, accorder ma confiance au Parti québécois.

Pour la première fois de ma vie...

Mes salutations (pas vraiment respectueuses, faut dire), Mme la ministre de Propagande-Canada!

André Nadeau
61 ans
Montréal, Québec

cc : Sites Vigile.net, LeQuébécois,org et Cyberpresse.





TRIBUNE LIBRE

Pas de pitié pour les traîtres

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2004

Les indépendantistes tchétchènes ont réglé son cas au bâtard de président pro-russe de la Tchétchénie. Voilà une bonne chose de faite. Lors de la première guerre d’indépendance de la Tchétchénie, il combattait l’occupant russe mais il a viré son capot de bord depuis pour devenir l’homme de main de Poutine dans la république caucasienne riche en pétrole. Les patriotes tchétchènes ont montré à la Russie qu’ils n’accepteraient pas d’être dirigés par des marionnettes de Moscou et encore moins par des traîtres.

Il en est ainsi chez tous les peuples qui ne sont pas maîtres de leur destin et qui sont sous la tutelle d’un autre peuple. Il s’en trouve toujours parmi les asservis pour faire semblant d’être du côté de leurs compatriotes mais qui n’hésitent pas à les trahir au profit de l’occupant pour s’attirer des faveurs, avoir des postes, des titres, des médailles ou des limousines de ministres. Qu’on pense à George-Étienne Cartier, ex-Patriote rallié à l’Union, devenu Père de la Confédération et fait baronnet par la reine Victoria ; à Wilfrid Laurier, qui prenait la défense de Louis Riel mais qui a laissé tomber ses frères francophones une fois premier ministre. Leur « descendance » s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui avec les Trudeau, les Chrétien, les Dion, les Petitgris, les Martin et autres petits Canadiens-français soumis et obéissants au service du Canada anglais et adversaires déterminés de l’indépendance du Québec.

Il est facile de comprendre pourquoi ces colonisés jusqu’à la moelle combattent les indépendantistes par tous les moyens qu’ils jugent bons ; ils profitent largement des bons côtés du système fédéral canadien tout en maintenant leur peuple dans la dépendance. Dès leur arrivée sur notre territoire, les Anglais ont compris qu’ils pouvaient se maintenir en s’alliant avec ceux qui viendraient manger dans leur main, comme des oiseaux attirés par les graines qu’on leur lance, en échange de la garantie du maintien de leurs privilèges. Voilà pourquoi le clergé a combattu la rébellion des Patriotes ; il avait peur de perdre sa position de collaborateur des Anglais et ses propres privilèges garantis par ceux-ci. Et les collabos d’aujourd’hui n’ont pas intérêt à ce que le Québec devienne un pays sinon, finies les belles « jobs » de ministres fédéraux, de fonctionnaires fédéraux, de sénateurs endormis, de gouverneur général, de lieutenant-gouverneur, d’ambassadeurs à l’étranger, de directeurs de cabinet, de secrétaires parlementaires, de présidents du Conseil privé de Sa Majesté, de juges à la Cour suprême, d’attachés de presse, de rédacteur des discours du premier ministre, d’assistants du président de la Chambre des communes, etc…

Les indépendantistes tchétchènes ont prouvé qu’ils ne badinaient pas avec la trahison. Le vire-capot Kadyrov a payé pour tous ceux qui, partout et de tout temps, ont renié la cause qu’ils prétendaient défendre pour assouvir leur appétit de pouvoir et de faveurs. Pour moi, l’indépendance du Québec, c’est du sérieux et j’enrage quand je vois un opportuniste, un nationaliste mou comme Robert Lanctôt, député élu sous la bannière bloquiste, passer chez les libéraux, ou encore des Pierre Bourque ou des Yvon Deschamps radoter qu’il faut tourner la page, que l’indépendance est dépassée, etc…. C’est viscéral, ça me met hors de moi. Comme si on trahissait la confiance que je mets dans l’individu, que je crois au départ sincère dans ses convictions. Ça montre aussi combien j’haïs ceux qui s’opposent à l’indépendance de mon pays, usant de toutes les tactiques, même si elles sont moralement discutables (mais quand on est en guerre, tous les moyens sont bons !), allant jusqu’à nous intoxiquer avec notre argent. Mais nous n’haïssons pas encore assez nos ennemis : comme disait un personnage irlandais du film 15 février 1839, notre problème est que nous sommes incapables d’haïr. Si nous sommes sérieux dans notre volonté d’indépendance, nous devons apprendre à haïr ceux qui y sont hostiles et élever notre haine d’un cran quand il s’agit d’un des nôtres qui ose franchir la limite qui sépare la loyauté et la trahison. Qu’il sache que celle-ci a un prix et qu’il pourrait avoir à regretter son geste.



TRIBUNE LIBRE

Je suis surpris...

Marcel Vaive
La Pêche - Outaouais
TRIBUNE LIBRE 11 mai 2004

Bonsoir monsieur Frappier,

Je suis surpris que vous ne parliez pas du congédiement de madame Edith Gendron fonctionnaire à Patrimoine Canada.

Madame Gendron fut congédiée pour ses convictions souverainistes.

Madame Gendron a été élue présidente du mouvement souverainiste "Le Québec, un pays" créé récemment dans l'Outaouais. C'est le PQ régional qui a créé se mouvement dans le but de faire connaître les idées du mouvement souverainiste dans l'Outaouais.

Patrimoine Canada allègue que madame Gendron ne peut conserver son emploi plus qu'elle est en conflit d'intérêt pour représenter Patrimoine Canada dans son travaille de fonctionnaire.

Ce congédiement a fait la manchette du quotidien Le Droit cette semaine et une manifestation a eu lieu le 5 mai au bureaux de Patrimoine Canada à Gatineau.

Plus de 200 personnes ont participé à la manifestation devant les bureaux de Patrimoine Canada.

Je vous remets copie de ma lettre dans l'opinion du lecteur du journal Le Droit dénonçant Patriomoine Canada d'avoir congédié madame Gendron pour ses convictions souverainistes.

Vous pouvez obtenir tous les renseignements sur cette affaire disgracieuse dans le journal Le Droit de cette semaine.

J'espère que vous mettrez à la disposition de vos lecteurs cette nouvelle sans précédent sur le congédiement d'un fonctionnaire fédéral pour des raisons politiques.

Cette lettre n'a pas encore été publiée dans la page éditoriale du journal Le Droit. Je vérifie sa publication tous les jours.

Voici copie de ma lettre au Droit :

"Une « séparatiste » au Ministère de la propagande fédérale

Après avoir entendu les railleries de nos politiciens fédéraux sur les commandites, après avoir assisté au cirque du Comité sur les commandites, voilà que les fédéralistes s'en prennent à une fonctionnaire à cause de ses convictions politiques.

Plutôt de s'en prendre à ceux qui ont volé, menti, fraudé et usurpé les Québécois de millions de dollars, il faut maintenant donner la raison pour laquelle on a dépensé cet argent.

La chasse aux « séparatistes » n'existe pas depuis que madame Gendron a été congédiée. Elle existe depuis les années soixante-dix. C'est sous le règne de Trudeau qu'elle a débuté. Souvenons-nous de la chasse aux « séparatistes » à Radio-Canada et dans les ministères fédéraux.

À les entendre, les méchants « séparatistes » ont envahi la fonction publique fédérale. Il faut les mettre dehors pour qu'ils ne corrompent pas les fonctionnaires fidèles aux convictions fédéralistes.

La secte libérale ne s'est pas embarrassée de moyens pour arriver à ses fins. Elle a donné des directives aux fonctionnaires fidèles pour qu'ils dénoncent les séparatistes dans tous les ministères et organismes fédéraux. C'est tout juste si l'on n'a pas offert une prime en récompense.

Qu'une fonctionnaire fasse preuve d'honnêteté dans ses fonctions, qu'elle soit respectueuse de ses engagements, cela est sans importance selon les mandarins fédéraux, puisque madame Gendron a péché pour son appartenance politique. Elle s'est placée en situation de conflit « d'intérêt » pour ne pas avoir respecté son engagement envers le Canada. Elle a désobéi aux règles du ministère de la propagande de Patrimoine Canada, lieu sacro-saint du fédéralisme canadien. Elle a osé avoir des opinions différentes des leurs. Il ne reste que le goulag pour les « séparatistes ».

Que les droits de madame Gendron soient bafoués, qu'on la mettre à la porte comme une vulgaire criminelle, cela n'a rien de surprenant de la part de ces fédéralistes pour qui être indépendantiste est un crime contre le nationalisme canadien. Nous continuons à payer nos impôts à Ottawa pour voir bafouer nos droits.

Madame Gendron est une femme courageuse et déterminée. Nous ne pouvons qu'être fiers et solidaires de son combat pour le respect de ses droits.

Le seul problème en ce qui concerne son congédiement, l'appareil judiciaire prendra beaucoup de temps pour rendre sa décision au moins un an ou deux ans. Avec cette démarche juridique, madame Gendron se retrouve sans emploi. Ses enfants devront attendre que les instances judiciaires rendent leur décision. Elle devra se trouver un autre emploi pour continuer à faire vivre sa famille. Voilà comment le fédéral traite ceux qui ne partagent pas son dogmatisme politique. Les Canadiens préfèrent s'en remettre aux bandits de grands chemins que sont les libéraux avec les millions qui payent la propagande qui sert à nous intoxiquer.

La seule solution valable pour madame Gendron et pour tous les Québécois, c'est l'indépendance du Québec.

Lors de la prochaine élection fédérale, nous nous souviendrons de l'affront fait à madame Gendron, nous voterons pour le Bloc Québécois."

Marcel Vaive





COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS


11 mai 2004