Actualité





New York-Québec: une région économique binationale

Rudy Le Cours
La Presse jeudi 13 mai 2004

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le gouverneur de l'État de New York, George E. Pataki, signeront quelques accords aujourd'hui à la clôture du deuxième Sommet économique Québec-New York, à Longueuil, où sont attendus quelque 400 participants.

Du nombre des ententes, une portera sur le capital-risque et rapprochera l'Association de la recherche industrielle du Québec (ADRIQ) et l'Upstate Venture Association of New York (UVANY).

L'objectif est de faire du corridor Québec-New York un territoire d'occasions d'affaires privilégié pour les " risqueurs " dans les secteurs de technologies de pointe et de biotechnologies, de faciliter les partenariats et d'encourager les transferts technologiques en provenance de régions tierces, d'Europe tout particulièrement.

À l'automne, une première sélection d'entreprises québécoises se rendra à Albany pour y rencontrer les gestionnaires membres de l'UVANY. Une activité semblable est en chantier pour l'hiver prochain, au Québec cette fois.

Cette entente s'inscrit en droite ligne dans la volonté du gouvernement québécois de mettre davantage à contribution le secteur privé pour la prise de risques dans des entreprises en démarrage ou en phases de précommercialisation.

Les participants venant des deux côtés de la frontière qui se réuniront aujourd'hui en plusieurs ateliers (transport, science et technologie, tourisme et énergie) chercheront à faire avancer d'un cran les travaux amorcés au cours du premier sommet de 2002 et au cours des Sommets annuels sur la frontière.

On s'attend ainsi à ce que progressent les travaux sur la fiabilité des réseaux de transport et de distribution d'électricité, devenue une priorité du côté américain après la grande panne d'août dernier dont le Québec avait été épargné. Plusieurs partenariats pourraient être signés. Hydro-Québec compte bien vendre son expertise en ce domaine et faire progresser aussi son dossier pour la levée des obstacles juridiques à l'exploitation permanente de la ligne de transport sous-marine entre les États du Connecticut et de New York.

Parmi les autres rapports d'étape, celui sur le rattachement de la région nord du troisième État des États-Unis en fait de population à la toile de fibres optiques du Réseau d'informations scientifiques du Québec (RISQ) est très attendu. En novembre, le RISQ avait signé avec le New York State Education and Research Network (Nysernet) et l'Adirondak Champlain Community Fiber Network un accord visant à rattacher les deux réseaux en créant une interconnexion, depuis Lacolle jusqu'à Roxton Point. De là, les New-Yorkais déploieront leur propre toile pour relier tout le nord de l'État. Une fois en place, le réseau servira aux échanges de données scientifiques interuniversitaires. C'est ainsi que les universités de Sherbrooke et d'Albany mettront à niveau leurs progrès sur les nanotechnologies qui font déjà l'objet d'une entente cadre signée en novembre.

Le Québec et l'État de New York forment des marchés naturels l'un pour l'autre. En 2003, le Québec a vendu des biens et services évalués à 7,8 milliards de dollars à destination de l'État de New York, son premier partenaire commercial international. Il lui livre surtout de l'aluminium, de l'électricité et du chocolat. Ses importations en provenance de cet État ont atteint 2 milliards dont l'élément principal était les circuits imprimés.

Les sommets Québec-New York sont un projet de la Fédération des chambres de commerce du Québec et de la Plattsburgh North Country Chamber of Commerce aux lendemains du 11 septembre 2001. Elles étaient poussées par leurs membres du secteur du transport routier et ferroviaire qui s'inquiétaient des ralentissements causés au poste-frontière Champlain-Lacolle par des nouvelles mesures de sécurité.

Les travaux ont d'abord porté sur la création d'une voie rapide pour les transporteurs commerciaux qui a nécessité des investissements de plus de 125 millions en voie de parachèvement



La réingénierie : la chèvre, le chou et quelques questions

Joseph Facal
Les Affaires samedi 15 mai 2004

Opinion - Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les réformes gouvernementales ne sont ni aussi positives que le prétendent leurs partisans ni aussi négatives que le disent leurs opposants. C'est exactement le cas du projet de modernisation de l'État dévoilé par le gouvernement Charest, qui n'est ni la réforme ambitieuse promise ni la liquidation de l'héritage de la Révolution tranquille que certains craignaient. Le document s'appuie sur des constats qui font l'unanimité, invoque des principes de bon sens auxquels il est difficile de s'opposer, propose des avenues très similaires à ce qui se fait ailleurs en ce moment, et reprend bien des choses déjà lancées par l'ancien gouvernement

La transformation du ministère du Revenu en agence était déjà entièrement ficelée, et le nouveau gouvernement n'a fait que donner suite. Les contrats de performance, que les libéraux ont raison de vouloir multiplier, avaient été lancés par François Legault. On doit à Jacques Léonard d'avoir, le premier, ouvert la fonction publique à l'idée des partenariats privé-public, même s'il aurait fallu aller plus loin. L'abolition de la Commission municipale du Québec était déjà proposée dans le rapport Facal de 1997 et aurait dû être faite depuis longtemps. Le changement d'adresse unifié est en chantier depuis des lunes. L'idée de ne pas remplacer tous les fonctionnaires qui partiront à la retraite fait consensus chez tous ceux qui connaissent réellement ces questions.

Rien n'était plus prévisible que les réactions entendues. L'État a joué un rôle si fondamental dans la construction de l'identité québécoise moderne que toute proposition de changement est automatiquement interprétée par certains comme une attaque contre l'identité québécoise elle-même. La politique étant ce qu'elle est, une réforme audacieuse sera toujours accusée de brader nos acquis collectifs et une réforme modeste sera présentée comme l'accouchement d'une souris.

Pourtant, à des degrés divers, des entreprises de modernisation de l'État sont en cours partout en Occident. Les raisons sont toujours les mêmes : difficultés budgétaires, déclin démographique, mécontentement des citoyens à l'endroit des services publics. Les objectifs visés sont aussi les mêmes : priorité à la qualité des services, transparence accrue, réduction des coûts, implantation des nouvelles technologies, partenariats avec le secteur privé, allégement réglementaire. C'est l'intensité qui varie : en Ontario, Mike Harris réduisit le nombre de fonctionnaires de 15 000 en deux ans, alors que le gouvernement Charest propose de le faire par attrition en 10 ans.

Le gouvernement devra cependant répondre rapidement à nombre de questions : comment sera assumée la responsabilité politique des agences que l'on projette de créer ? Qu'advient-il de l'idée de mettre de l'argent de côté dans un fonds dédié à la santé pour mieux répondre à l'explosion des coûts ? Comment expliquer que l'on se propose d'aller moins loin que l'ancien gouvernement pour ce qui est d'ouvrir la fonction publique aux immigrants ?

Par-dessus tout, le gouvernement doit, sans s'attendre à ce que les employés de l'État sautent de joie, les associer à la démarche pour les rassurer et ne pas les démotiver. Il ne faudrait pas s'imaginer qu'ils pensent toujours comme ceux qui parlent en leur nom. Tout gouvernement, qu'il soit de gauche ou de droite, qui souhaite moderniser l'État a surtout intérêt à renverser le fardeau de la preuve au plus vite : c'est à ceux qui s'opposent toujours au changement, sauf à ceux dont ils bénéficient personnellement, de nous dire ce qu'ils proposent pour mieux servir une population qui a parfaitement le droit de se montrer plus exigeante, puisque c'est elle qui paie.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca

Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec



Soyez Québécois, Monsieur Charest !

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 13 mai 2004

Chronique politique - C'est la deuxième fois que je vous adresse une requête personnelle, vous ne direz pas que j'abuse ! Cette note, comme celle du 7 avril de l'an 2000, porte le numéro de code ASW3 590 262. Vous et moi étant les seuls à en avoir la clef, j'espère que les mignons de votre Cabinet de premier ministre vous la communiqueront...

La raison de cet appel au secours est votre déclaration de mardi sur l'enjeu de la prochaine élection fédérale. À tout le moins on peut dire que vous faites preuve d'une neutralité bienveillante à l'égard de Paul Martin et de son parti. Ce faisant, vous ne défendez pas les intérêts du Québec. Pire : vous réveillez "cet animal difficile à nourrir" (l'expression est de vous) qu'est celui de la polarisation.

Au printemps de l'an 2000 et à l'élection fédérale de l'automne, votre neutralité à l'égard de Jean Chrétien pouvait s'expliquer par votre propre faiblesse. Vous faisiez face à un congrès difficile cette année-là. Cette année, vous n'êtes plus seulement chef de parti, mais premier ministre de tous les Québécois.

Je conçois que vous écartiez a priori toute sympathie pour le Bloc québécois. Mais votre ignorance des autres choix qui s'offrent aux Québécois me désole. "Ce serait normal que tous les chefs de partis politiques fédéraux se prononcent sur cette question (du déséquilibre fiscal)", dites-vous. Mais sur quelle planète vivez-vous ?

Le chef du Parti conservateur du Canada, Stephen Harper, a reconnu, cent fois plutôt qu'une, l'existence d'un tel déséquilibre et proposé des solutions. Si vous ne le croyez pas, demandez donc à votre collègue et néanmoins ami de l'Alberta, Ralph Klein.

Voici ce que Harper me disait, le 24 mars dernier à Ottawa... "Bien sûr qu'il y a un déséquilibre fiscal ! Ottawa a trop d'argent pour ses propres responsabilités et les provinces, comme les municipalités, manquent de ressources. Je veux réduire les impôts fédéraux et en profiter, par la négociation, pour créer un espace fiscal pour les autres paliers de gouvernement..."

Comparez cette attitude à celles de Paul Martin et de Pierre Pettigrew, qui non seulement nient l'existence d'un déficit, mais ont l'audace de vous suggérer d'augmenter vos impôts sans qu'ils aient la moindre intention de réduire les leurs !

Si je comprends bien votre logique, vous êtes encouragé par "les signaux" envoyés par Paul Martin et vous fondez beaucoup d'espoir sur la Conférence des premiers ministres de l'été... Après les élections fédérales donc ! À votre place, je me méfierais...

Jusqu'ici, le seul chef de parti qui ait quantifié l'ampleur du trou dans le financement de la santé est Jack Layton, du NPD. Cette semaine, il s'est engagé à verser aux provinces le quart des coûts de la santé supportés par les provinces, comme le proposait l'ancien premier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow, et comme l'ont réclamé unanimement les ministres des Finances - dont Yves Séguin, du Québec.

On dira que le NPD est "centralisateur". Mais les libéraux de Paul Martin, tout comme ceux de Jean Chrétien d'ailleurs, ne le sont-ils pas tout autant ? Certes, le NPD propose lui aussi la création d'une Agence nationale de la santé publique, mais à plusieurs reprises, il insiste aussi sur "la nécessité de travailler avec les provinces". Et on peut compter sur la vigilance de Lorne Calvert (Saskatchewan) ou de Gary Doer (Manitoba) pour remettre le chef fédéral à sa place. En fin de compte, il n'y a pas davantage de risques à appuyer le NPD que le PLC sauf que, dans le premier cas, les engagements financiers sont plus précis.

Mon cher premier ministre, vous ne pouvez pas d'une part vous faire le champion d'un Conseil de la fédération - pour lequel Benoît Pelletier s'est battu avec un acharnement exemplaire - et vous conduire d'autre part comme le vassal du gouvernement central. Comme dirait Robert Bourassa : vous n'avez pas le droit de vous "écraser" devant un type de fédéralisme chroniquement "dominateur".

J'espère vous avoir convaincu que les libéraux de Paul Martin ne constituent pas le seul choix qui s'offre aux fédéralistes du Québec. Je m'étonne même qu'en ancien chef du Parti progressiste-conservateur vous n'y ayez pas pensé par vous-même !

Les libéraux du Québec, et en particulier vos députés, ont le droit d'analyser les enjeux de la prochaine campagne électorale en fonction des intérêts du Québec, et non des vôtres personnels, ou de ceux de Paul Martin, ou de ceux de vos partis respectifs. Certes, on comprendra que vous-même, comme les quatre premiers ministres conservateurs des Maritimes, soyez tenu de rester à l'écart de cette campagne fédérale. Mais vos députés et les cadres de votre parti ont le droit de dire publiquement que les intérêts du Québec seraient aussi bien compris - sinon mieux ! - par Stephen Harper ou Jack Layton.

En 1996, alors chef du PC, vous m'aviez dit : "Le pire adversaire de Daniel Johnson, c'est Jean Chrétien..." Ce serait une grave erreur de croire que, Jean Chrétien parti, le Parti libéral du Canada a soudain changé et qu'il n'est pas lui-même "le pire adversaire" des intérêts du Québec. D'ailleurs, toujours en 1996, ne disiez-vous pas que "ce qui frappe dans l'histoire des libéraux provinciaux, c'est qu'ils n'ont jamais bénéficié de la présence du grand frère libéral à Ottawa".

Une dernière chose sur votre comportement de chef de gouvernement. Contrairement à nombre de vos critiques, je crois que vous en avez l'étoffe. Mais il est curieux de constater à quel point, au Canada, vous semblez mal à l'aise dans vos habits de premier ministre du Québec. Vous êtes un homme tout à fait différent lorsque vous vous trouvez à Washington ou à Paris. Peut-être qu'à l'étranger, vous vous sentez plus libre d'être Québécois. J'ai donc un conseil à vous donner : considérez que le gouvernement du Canada est effectivement un gouvernement "étranger", étranger aux intérêts du Québec s'entend. C'était un peu la recette de Robert Bourassa et cela ne lui a pas nui...

MVastel@lesoleil.com



La fièvre de la santé

Michel David
Le Devoir jeudi 13 mai 2004

Le chef du nouveau Parti conservateur, Stephen Harper, n'a sûrement pas oublié les images pathétiques de son prédécesseur allianciste, Stockwell Day, lors du débat télévisé entre les chefs de parti, en novembre 2000.

Pour contrer la publicité libérale, M. Day s'était muni d'une petite pancarte sur laquelle était écrit: «Pas de médecine à deux vitesses». Peine perdue: le pauvre avait dû jouer jusqu'à la fin le rôle du mécréant qui cherchait à détruire ce symbole par excellence de l'identité canadian qu'est devenu le medicare.

M. Harper a préféré faire sa profession de foi avant que la campagne ne débute officiellement. «Je soutiens pleinement notre système de santé public universel. Je crois que tous les Canadiens devraient avoir un accès opportun à des soins de santé de qualité, peu importe leur capacité de payer.» Amen.

Cela n'empêchera évidemment pas les autres partis de le présenter comme un fossoyeur du système puisqu'il propose d'ouvrir la porte au secteur privé pourvu que le financement des services demeure public, c'est-à-dire qu'on y ait accès simplement en présentant sa carte d'assurance-maladie.

C'est précisément une ouverture de ce genre qui a valu au ministre de la Santé, Pierre Pettigrew, d'être rappelé à l'ordre par Paul Martin, qui lui a imposé un humiliant mea-culpa. Lui-même accusé d'avoir bénéficié des services d'une clinique privée, M. Martin s'est pourtant défendu en assurant avoir utilisé sa carte d'assurance-maladie.

Hier, le chef du NPD, Jack Layton, est officiellement entré dans la danse en dévoilant lui aussi sa plate-forme en matière de santé. Toujours plus catholique que le pape, le NPD met libéraux et conservateurs dans le même sac: celui des partisans de la privatisation des services de santé. Tant qu'à y être, il s'en prend aussi au «gouvernement libéral-conservateur» de Jean Charest, soupçonné du pire avec ses partenariats public-privé.

***

En 1993, l'éphémère première ministre conservatrice Kim Campbell avait été vilipendée pour avoir déclaré que les campagnes électorales étaient peu propices aux débats de fond. Elle avait pourtant raison: le format des campagnes convient infiniment mieux au simplisme, à la démagogie et aux demi-vérités, sans oublier la langue de bois.

À cet égard, la santé constitue un véritable bouillon de culture. À l'approche des élections, le monde politique est saisi d'une véritable fièvre de la santé qui est extrêmement contagieuse.

On assiste actuellement à la répétition de ce qui est survenu au Québec l'an dernier alors que la «médecine à deux vitesses» était devenue le symbole de la grande noirceur dans laquelle on accusait l'ADQ de vouloir nous replonger.

Il est vrai que ses propositions initiales, notamment la possibilité pour le secteur privé de louer les installations publiques et d'y traiter plus rapidement ceux qui en ont les moyens, remettaient ouvertement en question le principe de l'égalité devant la maladie.

À la faveur d'un changement de porte-parole, l'ADQ avait cependant recentré son programme de façon significative. En fin de compte, elle s'était résignée à inscrire l'action d'un gouvernement adéquiste dans le cadre de la loi canadienne sur la santé. Celui-ci aurait simplement cherché à en «moderniser les modalités d'application» de concert avec les autres provinces.

Peu importe, le mal était fait. Comme dans le cas de Stockwell Day, la «médecine à deux vitesses» est demeurée collée à la peau de Mario Dumont jusqu'aux élections du 14 avril 2003. Alors que les insuffisances de la formule actuelle crèvent les yeux, cette condamnation sans appel avait pratiquement interdit toute réflexion sur l'opportunité de faire une plus grande place au secteur privé, même dans le cadre d'un système demeurant fondamentalement public.

Comme Paul Martin, Jean Charest avait eu un accès de fièvre quand La Presse avait révélé qu'il payait une cotisation annuelle de 900 $ à une clinique privée. Une porte-parole de Santé Canada avait expliqué que cela ne contrevenait pas à la loi puisque les services «médicalement nécessaires» demeuraient couverts par le régime d'assurance-maladie, seuls les services supplémentaires étant facturés à l'usager. Mais qui s'embarrasse de ces nuances en période électorale?

***

La très grande majorité des Québécois adhère aux principes qui sous-tendent la loi canadienne sur la santé. C'est particulièrement vrai des souverainistes, généralement plus attachés que la moyenne aux valeurs social-démocrates.

Pourtant, les montées de fièvre de la santé dans le reste du pays sont généralement le signe avant-coureur de mauvaises nouvelles pour le Québec dans la mesure où elles se traduisent généralement par de nouveaux empiétements fédéraux sur les champs de compétence des provinces.

Quand Stephen Harper et Jack Layton promettent tous deux la mise sur pied d'un régime pancanadien d'assurance-médicaments, comme l'a recommandé la commission Romanow, on peut présumer que Paul Martin, auquel on a reproché son peu d'empressement à donner suite à l'engagement pris par Jean Chrétien, voudra renchérir.

Au moment où le gouvernement Charest se retrouve encore une fois dans l'obligation d'augmenter les primes du régime québécois pour faire face à une augmentation des coûts de l'ordre de 12 % alors que les libéraux avaient promis de limiter la hausse des primes à celle du coût de la vie, l'injection de fonds fédéraux serait certainement la bienvenue, mais il faudra compter avec les grosses pattes d'Ottawa, qui ne donne jamais d'argent sans rien exiger en retour.

Tout serait tellement plus simple si on transférait la TPS aux provinces, comme le réclame Yves Séguin. M. Charest assure qu'il ne s'y oppose pas. C'est encore heureux!

mdavid@ledevoir.com



Une analyse économique des fusions forcées :
Ni productives, ni plus concurrentielles, ni équitables

Jean-Marc Bergevin; Michel Boucher et Jacques Desbiens; Clermont Dugas; Jean-Luc Migué
Le Devoir jeudi 13 mai 2004

IDÉES - Les promoteurs des fusions forcées de 2001 ont mis en avant plusieurs arguments économiques pour justifier leur vision, notamment que les fusions municipales permettent de réduire les coûts de production, de favoriser le développement économique et d'améliorer l'équité fiscale. Ces prétentions sont-elles conséquentes avec la théorie économique et les expériences vécues ailleurs?

Le cadre d'analyse de la dynamique des municipalités le plus reconnu par les économistes est celui formulé par Charles Tiebout (tee bow). Selon ce dernier, les citoyens, aux prises avec une multitude de municipalités locales offrant une gamme diversifiée de services, choisiront la communauté qui satisfera le plus leurs goûts et leurs besoins.

Les citoyens ayant une forte préférence pour les services publics se concentreront dans les communautés offrant un haut niveau de services et donc de taxation alors que ceux qui en demandent peu choisiront les municipalités ayant moins de services et d'impôts fonciers. La concurrence entre les diverses administrations municipales fera en sorte qu'elles se spécialiseront pour satisfaire différents groupes de clientèle. [...] Ainsi, une agglomération efficace serait composée d'une multitude de municipalités, une mosaïque urbaine où les citoyens sont à même de choisir le milieu de vie qui leur convient.

L'attrait du modèle de Tiebout est qu'il s'agit justement du type d'organisation municipale que l'on retrouve dans plusieurs agglomérations urbaines ailleurs dans le monde et qui prévalait avant les fusions forcées au Québec.

Selon la théorie économique, la fusion des communautés locales compromet l'équilibre efficace résultant de la concurrence entre les municipalités. Les expériences vécues ailleurs le confirment et toutes les publications scientifiques dénoncent les effets pervers des fusions forcées: hausse de coûts, baisse de qualité, désengagement des bénévoles, déficit démocratique et hausse de taxes sont les plus fréquemment évoqués.

Il n'existe aucune publication scientifique qui dresse un bilan positif des regroupements forcés, que ce soit sur le plan économique, démocratique ou social. Ceci confirme que les fusions municipales sont inspirées par des groupes d'intérêt circonscrits, que la moindre mobilité et la monopolisation qui en résultent se font dans leur intérêt, au détriment de l'intérêt général. Il n'existe pas de conditions particulières qui permettent de supposer qu'il en sera autrement au Québec.

Diversité et démocratie

Dans le modèle qui prévalait avant la réforme, les municipalités locales d'une même région étaient chapeautées par des municipalités régionales (ou communautés urbaines) pour assurer la gestion des services devant être produits à l'échelle de l'agglomération en raison de la présence d'économies d'échelle. [...]

Les municipalités régionales permettaient de dégager une vision concertée du développement économique, vision qui reflétait la diversité des populations de la région. Cette même diversité engendrait certes des débats d'idées et des divergences de points de vue, mais n'est-ce pas là le propre de la démocratie? [...]

Les mégacités sont-elles plus aptes à favoriser le développement économique que les mosaïques urbaines? L'analyse des expériences étrangères nous enseigne qu'elles ne le sont pas. On retrouve parmi les régions économiquement les plus dynamiques de la planète des agglomérations urbaines comptant plus de 100 municipalités locales, comme les régions de Boston, de la Silicon Valley et bien d'autres. La concurrence que se livrent les municipalités locales est loin d'être stérile: elle est plutôt garante de l'efficacité de la production des services municipaux dont bénéficient également les entreprises. [...]

Fiscalité

Au chapitre de l'équité fiscale, on ne règle pas des problèmes fiscaux par des changements de structure. Il est simpliste, voire démagogique, de prétendre analyser l'équité du régime fiscal municipal en comparant uniquement les taux de taxation ou la valeur des propriétés des différentes municipalités locales. Un taux de taxation unique à l'échelle régionale est loin de garantir une amélioration de l'équité fiscale d'une agglomération. Dans les faits, bon nombre de ménages à faible revenu paient plus d'impôts fonciers aujourd'hui en raison des fusions.

Au Québec, on dispose d'un instrument de choix pour contrer les problèmes d'équité fiscale à l'échelle municipale, soit le crédit d'impôts fonciers. Si problème d'équité fiscale il y avait avant les fusions, il suffisait de bonifier le crédit d'impôts fonciers pour les contribuables et, au besoin, de réviser le mode et les sources de financement de certains services pour les rendre plus équitables.

D'aucuns prétendent qu'il existe une autre source d'iniquité dans notre régime municipal, soit celle engendrée par la consommation par des banlieusards de services municipaux pour lesquels ils ne paient pas. Cette croyance largement répandue n'a jamais été démontrée de façon suffisamment convaincante pour rallier la communauté scientifique.

Même si c'était le cas, il serait préférable de résoudre le problème autrement que par des regroupements forcés. En effet, les banlieusards vont en ville pour des motifs bien précis, principalement le travail, les études, les divertissements ou le magasinage. Or les propriétaires d'entreprises, de commerces ou d'écoles qui engendrent ces déplacements paient un taux de taxes foncières allant jusqu'au double du taux résidentiel, notamment pour compenser les dépenses additionnelles que leurs clientèles occasionnent aux villes. Dans le Montréal d'avant la fusion, le secteur non résidentiel assumait environ 70 % des services municipaux. Si cela était insuffisant, l'efficacité commandait que l'on hausse les taxes des secteurs d'activité économique déficitaires et non que l'on fusionne les municipalités.

En conclusion, les promoteurs du modèle de gouverne municipale favorisant les regroupements forcés doivent trouver leur justification ailleurs que dans les arguments économiques [...]. Il serait enrichissant de connaître la position des autres disciplines concernées afin de savoir s'il existe des arguments valables et scientifiquement rigoureux pour justifier les fusions.

Jean-Marc Bergevin : Titulaire d'une maîtrise en science économique
Michel Boucher et Jacques Desbiens : Professeurs respectivement à l'ENAP et à l'UQAC
Clermont Dugas : Professeur à l'UQAR
Jean-Luc Migué : Économiste



Dérapage de la mémoire

Gérard Bouchard
L'auteur est professeur au département des sciences humaines de l'Université du Québec à Chicoutimi.
La Presse jeudi 13 mai 2004

Pour subvertir les démons de la Grande Noirceur, nous avons érigé un monument plutôt extravagant aux années 60

Grâce à la diligence des médias, nous sommes tous informés de la piètre qualité des soins de santé au Québec. C'est une plaie gênante à laquelle, comme chacun sait, nous sommes incapables de remédier, ce qui est encore plus affligeant. Cela aide à comprendre, par exemple, qu'il se soit élevé si peu de protestations sur la façon dont Les Invasions barbares (Denys Arcand) ont traité le sujet à l'intention de publics internationaux. La plupart des spectateurs y ont vu une critique sociale lucide, douloureuse mais pleinement justifiée.

Or, un important organisme de recherche (Mercer Human Resource Consulting) a publié récemment les résultats d'une étude effectuée sur 215 métropoles d'Occident et d'ailleurs. Il s'agit d'un palmarès basé sur la qualité des systèmes de soins et sur l'état de santé des populations. Vous aurez deviné où se classe Montréal. Au 150e rang? Au 200e? Non. Réponse: au 9e rang. Qu'est-ce à dire?

Il faudrait certes examiner attentivement la méthodologie de l'enquête. Mais il serait étonnant que des vices de méthode expliquent à eux seuls la remarquable performance montréalaise. J'en retiens deux choses. Premièrement, aucun des grands médias n'a fait état du communiqué de la Presse Canadienne annonçant le classement. Ignorant le mode de fonctionnement des médias, je ne commenterai pas ce fait, bien qu'il soulève une grosse question. Deuxièmement, comment expliquer l'écart extraordinaire entre la perception courante, déprimée, et ce qui, chez d'autres, serait un motif de fierté?

Autre exemple. Les principaux médias québécois ont fait grand cas la semaine dernière d'une autre étude comparative sur 12 métropoles nord-américaines- celle de Polèze et Shearmur de l'INRS. Montréal s'y classe très mal eu égard à divers indices de compétitivité. Étrangement toutefois, on semble avoir oublié (ou ignorer?) une étude semblable réalisée sur le même sujet en 2002 par le KPMG Consulting. Comparant 85 métropoles d'Occident et du Japon, elle classait Montréal au premier rang... Et cela, sans parler des études commandées par Montréal International, dont certaines conclusions étaient discordantes elles aussi.

Là encore, que faut-il en penser?

La Grande Noirceur

Je suis tenté de relier ce phénomène à la manière générale dont bon nombre de Québécois élaborent et perpétuent les représentations d'eux-mêmes- autrement dit: à la façon dont nous construisons notre identité. Le stéréotype de la Grande Noirceur servira ici d'exemple. La Grande Noirceur, c'est-à-dire l'ensemble des traits extrêmement négatifs associés aux Canadiens français de la période 1930-1960. Encore aujourd'hui, c'est un stéréotype qui se porte bien, refaisant surface à tout moment dans le discours des sciences sociales et des médias, ici et ailleurs. Il donne à entendre que la société canadienne-française de cette époque s'est très mal comportée en comparaison avec les autres sociétés, et il est à l'origine, chez plusieurs, d'un malaise, d'une sorte de mémoire honteuse. Et pourtant.

Lorsqu'on soumet à l'analyse comparée chacun des traits du stéréotype (comme je l'ai fait dans quelques publications), on découvre d'abord qu'ils ont tous effectivement des fondements empiriques, qu'il s'agisse de l'emprise sociale du clergé, des rigueurs excessives de la morale, des expressions de fascisme et de racisme, de violations des droits de la personne, de pratiques antidémocratiques, d'intolérance religieuse, de résistance à la modernité, de corruption des pouvoirs et des élites, d'insensibilité au problème social. En d'autres mots, le stéréotype n'est pas sans fondement.

Mais on découvre aussi que, sous tous ces rapports, le Québec s'est comporté comme les autres sociétés de ce temps. Il s'est beaucoup inquiété des grands désordres que laissait augurer la montée du communisme. Il a été perturbé par l'ampleur de la Crise économique, les signes de faillite du capitalisme. Il a hésité devant les bouleversements amenés par l'accélération de l'industrialisation et de l'urbanisation. Il a trouvé suspectes les alluvions de l'américanisation, etc.

Ce que je veux faire ressortir, c'est que d'autres sociétés dont le dossier historique est semblable à celui du Québec ou même moins reluisant ne vivent pas la même inhibition, ne se sont pas donné de " Grande Noirceur ". Fascisme? racisme? intolérance? violation des droits? Mais le Canada anglais? mais les États-Unis? et l'Australie, la Suède et la Norvège, le Portugal et l'Espagne, l'Irlande et l'Autriche, et tous les autres? Jansénisme? ruralisme? conservatisme? corruption? Qu'on refasse le tour, en l'étendant. J'insiste: il ne s'agit pas ici de blanchir la Grande Noirceur, mais seulement d'opérer une mise en perspective afin d'acquérir une juste représentation de soi et de congédier des inhibitions sans rapport avec la réalité, qui nourrissent un discours d'auto-dénigrement.

Le syndrome des petites nations

Un autre question se pose. Pourquoi en venons-nous périodiquement, par toutes sortes de chemins, à refaire si durement le procès de nous-mêmes et à nous mettre en devoir de démontrer que, somme toute, nous sommes " normaux "? C'est le symptôme le plus courant des petites nations qui ont été longtemps dominées et sont restées trop pénétrées du sentiment de leur fragilité. Elles cultivent la mésestime de soi et ont tendance à se percevoir à travers le regard de l'autre, auxquelles elles se croient volontiers inférieures. Si bien qu'à la fin, elles sont encore plus petites et ressentent encore plus vivement le besoin de démontrer qu'elles pourraient être grandes, plus grandes même que les autres- en quoi elles trouveront ensuite une autre raison de se désoler.

Je propose que nous nous regardions une fois pour toutes dans le miroir de l'autre, que nous nous convainquions enfin de notre bonne santé (cf: mon introduction...) et que nous passions à autre chose, conscients de nos forces et conscients de nos faiblesses- mais seulement des nôtres, c'est déjà bien assez. Finalement, cette Grande Noirceur nous a empêchés de nous voir. Nous commençons à peine à faire la lumière sur cette période de notre histoire, et nous le devons en grande partie à une nouvelle génération d'historiens davantage affranchie de la mémoire honteuse.

La Révolution tranquille

Ce dérapage de la mémoire en a entraîné d'autres. Celui de la Révolution tranquille, par exemple. Ma génération et celle qui l'a précédée ont tellement voulu effacer la parenthèse honnie de la Grande Noirceur qu'elles ont érigé un véritable barrage dans le cours du temps. Il fallait à tout prix que le Québec de 1960 inaugure un temps radicalement neuf, qu'il ne doive rien à son passé immédiat. Comme un bâtard, on ne lui reconnaissait pas d'ascendance. Là encore, un autre foyer de distorsions se formait. Il est assuré que la Révolution tranquille a apporté de nombreux changements en profondeur, tout à fait salutaires, et dont nous bénéficions tous aujourd'hui. Mais en plus, on lui a attribué la paternité de changements survenus au cours des décennies précédentes: le relèvement spectaculaire des indices de santé et de mortalité, le recul du religieux, la progression de l'alphabétisation, la diffusion des journaux, le déclin de la fécondité, la révolution agricole des années 1930...

Encore une fois, gardons-nous de verser dans le travers opposé; mais il évident qu'un rééquilibrage s'impose dans la vision de notre passé récent. Pour subvertir les démons de la Grande Noirceur, nous avons érigé un monument plutôt extravagant aux années 1960. Avec le résultat qu'aujourd'hui, se répand le sentiment d'un échec; nous n'aurions pas été à la hauteur de cette glorieuse décennie! Encore du masochisme. Pour rétablir la libre circulation de la mémoire, il faudrait maintenant niveler un peu: combler le " trou " de la Grande Noirceur, réduire la " bosse " de la Révolution tranquille.

Mais on voit bien qu'avant de se faire dans les archives, le travail doit se faire sur nous-mêmes, au présent. Car la mémoire est la fille de l'identité.



Un party d'autruches

J.-Jacques Samson
Le Soleil jeudi 13 mai 2004

Éditorial - Les militants libéraux ont traditionnellement fait preuve de beaucoup de discipline lorsque le PLQ exerce le pouvoir, du moins au cours d'un premier mandat, mais il y a des limites à s'enfoncer la tête dans le sable. Le conseil général de la prochaine fin de semaine, à Trois-Rivières, s'annonce en effet comme un autre gros party d'autruches.

Le premier ministre et chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, contre qui on entend de plus en plus souvent grogner dans les rangs libéraux, en raison de son style de direction trop replié sur une équipe de non-élus qui manquent de racines chez les militants et dans la députation, ne prononcera même pas de discours à l'ouverture du conseil, demain. Son attachée de presse invoque l'hommage qui sera rendu à Claude Ryan pour justifier la discrétion du chef. Il ne faut pas prendre les représentants des médias pour des valises. Ce précédent tient à une volonté d'exposer au minimum un premier ministre mal aimé de ses commettants. La présentation du plan de réingénierie de l'État la semaine dernière avait aussi été planifiée pendant le voyage en France de M. Charest. Il est rentré le lendemain de l'événement.

Le cahier des résolutions à caractère politique ou régional est par ailleurs d'une fadeur assommante. Il brille parmi les meilleurs dans le genre. Le programme de la fin de semaine prévoit bien des présentations des ministres Line Beauchamp sur l'opération forums régionaux et Monique Jérôme-Forget, sur la restructuration de l'État. Mais les militants n'ont adressé aucune résolution sur ces deux thèmes majeurs. Jean Charest avait improvisé à la clôture du conseil général de février en y annonçant la tenue de quatre forums régionaux suivis d'un sommet national en juin, dans une tentative pour contrer la vague de mécontentement à l'endroit de son gouvernement que montraient les derniers sondages. La manoeuvre se révèle un échec lamentable, lequel est devenu un sujet de dérision dans les cercles politiques.

Les militants libéraux n'ont d'autre part rien à proposer à la ministre Jérôme-Forget sur la réingénierie, la révision des programmes, l'examen de toutes les organismes gouvernementaux, les conditions entourant le développement des partenariats public-privé ou celles qui présideront au non-remplacement de 16 000 fonctionnaires.

Les mêmes militants libéraux avaient enjoint en février le ministre des Finances, Yves Séguin, de respecter le principal engagement électoral du PLQ sur les baisses d'impôt pour tous les contribuables, les plus taxés en Amérique du Nord, répétait à satiété Jean Charest. M. Séguin n'a pas donné suite à leur volonté dans son budget. Les militants préfèrent fermer les yeux.

Le cahier des résolutions régionales contient 11 textes, dont 5 portent sur des prolongements de routes. Ça ne vole pas haut.

Au chapitre des résolutions à caractère politique, le cahier s'ouvre sur une dénonciation de bon ton des ingérences fédérales dans les secteurs de la santé, de l'éducation et des affaires municipales. Les militants reviennent par la suite avec leur demande d'un programme universel (oui, oui, universel !) pour les aidants naturels. Ils réclament aussi une politique de soins à domicile et de meilleurs services dans les centres de soins de longue durée. Ce sont les plus vigoureux coups de fouet au gouvernement. Mais il faut savoir que c'est du réchauffé de la bouillie social-démocrate de février.

La jadis grouillante commission jeunesse demande au gouvernement de ne rien décider relativement à l'éducation postsecondaire avant la publication du rapport de la commission parlementaire élargie sur ce sujet. Elle souhaite aussi que la carte-soleil incorpore le consentement sur le don d'organes. Que les étudiants profitent de tarifs réduits dans le réseau de la SEPAQ pour le camping, la pêche et la chasse. Et preuve de sa ténacité, la commission jeunesse présente de nouveau sa résolution antipoutine pour interdire la vente "d'aliments malsains" et de boissons gazeuses dans les cafétérias des écoles primaires et secondaires. Ce n'est pas l'aile jeunesse qui va secouer le gouvernement Charest.

Un seul et même membre a enfin réussi à acheminer pas moins de sept résolutions à caractère environnemental surtout qui ont traversé tous les filtres et ont été insérés à la fin du cahier des participants. C'est dire à quel point la direction du parti a raclé les fonds de tiroirs pour récupérer suffisamment de matériel avant de publier son programme de la fin de semaine. Mais elle n'a pas trouvé un paragraphe de remerciements au vétéran Ronald Poupart pour avoir sauvé la peau de Jean Charest, qui l'a par la suite congédié !

Trop contents d'être au pouvoir, les libéraux se comportement comme si la victoire électorale d'avril 2003 était une fin en soi, dont ils veulent jouir au maximum sans se créer d'embêtements. Lorsqu'ils se réveilleront, il pourrait bien être trop tard.

Au moins, la proximité d'élections fédérales créera sûrement beaucoup d'animation dans les corridors du Centre des congrès de Trois-Rivières. Jean Charest réussira-t-il à faire mine d'ignorer que ses militants sont pour un bon nombre en campagne électorale. C'est le plus gros suspense de la fin de semaine.

JJSamson@lesoleil.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Vous n'êtes pas tannés d'entendre parler de la langue?

Texte écrit par Gisèle Tremblay
TRIBUNE LIBRE 13 mai 2004

17 MAI - À MONTRÉAL - IMPORTANTE SOIRÉE-DÉBAT SUR LA LANGUE FRANÇAISE ORGANISÉE PAR CONSEIL DE LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC

La densité des conflits irrésolus se modifiant dans la durée, par sédimentation, reprendre aujourd’hui le débat sur le statut du français au Québec c’est affronter simultanément plusieurs questions :

• la question de la reconnaissance de la situation problématique du français et de la place que ce problème occupe dans le conflit politique, au milieu du négationnisme ambiant;

• la question de l’évaluation objective d’une situation linguistique qui évolue sans cesse, avec des avancées et des reculs, au milieu d’intérêts politiques qui tendent à l’occulter;

• la question du harcèlement judiciaire contre le redressement linguistique, qui n’a jamais cessé depuis la loi 101 et qui se manifeste encore aujourd’hui par une cinquantaine de causes pendantes devant les tribunaux;

• la question de la honte et de la culpabilité associée à la lutte pour l’émancipation du français, comme à l’usage de moyens pourtant légaux et légitimes pour sa défense (par exemple, la clause dérogatoire), que certains voudraient faire passer pour «naturelles» mais qui sont le résultat d’une guerre psychologique que nous avons perdue;

• la question de la lassitude et de l’usure, pourtant inconnues dans l’autre camp, qui sont des euphémismes pour la lâcheté ordinaire, si prompte à céder devant l’appétit des honneurs et des avantages personnels, ou tout simplement devant l’effort et l’adversité;

• la question de l’inculture, politique et générale, qui conduit à une méconnaissance de la fonction du français dans nos vies : dans nos vies personnelles, qui tant appellent un affranchissement de la pensée; dans notre existence collective, qui languit après l’affranchissement politique.
Un peu d’analyse

Intériorisant les arguments de leurs adversaires, les dirigeants souverainistes ont jeté progressivement un voile de suspicion sur toute action publique ou collective pour maintenir ou restaurer le statut que la loi 101 avait dessiné pour la langue française ou que toute autre analyse de la situation pourrait aujourd’hui imposer. Or, cette suspicion, et la honte qui en découle, font partie du problème. Elles sont le résultat d’une lutte politique pour la conquête de l’espace linguistique au Québec. Tout combat pour le statut du français doit d’abord analyser la genèse et la fonction de ce malaise, qui réapparaît sans cesse dans notre vie collective comme une douleur fantôme.

De ces accès périodiques, le plus récent fut distillé sous Lucien Bouchard en manipulant les bilans linguistiques pour éviter d’intervenir, en discréditant systématiquement ceux qui refusaient de s’aligner sur cette position (militants, hauts fonctionnaires) et en décrétant immoraux la plupart des redressements proposés, en particulier les mesures législatives. Il faut retracer cette histoire, pour en démonter le mécanisme et le désactiver.

Pendant que les souverainistes eux-mêmes retraitent en se couvrant les yeux, des groupes anglophones militants, dont la langue jouit pourtant d’une suprématie sans conteste en Amérique, n’en continuent pas moins à manœuvrer sans état d’âme, avec l’appui de la majorité canadienne et de son État national, pour regagner pas à pas plus d’espace pour l’anglais au Québec. Là où une langue s’efface une autre apparaît : il n’y a pas de «vide» linguistique, mais un rapport de forces entre deux langues pour occuper l’espace.

À l’abri de ces sociodrames, les problèmes réels du français persistent et demeurent sans solution : à Montréal, où aux difficultés traditionnelles le maire Tremblay vient d’en ajouter une autre, confondant fusion politique et fusion linguistique; dans l’Outaouais et le West Island où réapparaît périodiquement l’ombre de l’assimilation; dans les milieux de travail et en éducation, dans les communications et la science, partout où nous avons démissionné sous l’opprobre.

Qu’en est-il réellement, quelle évaluation peut-on en faire?

Entre-temps, des reculs se préparent qui nous trouveront sans défense : la Cour suprême s’apprête à statuer sur l’accès des francophones à l’école anglaise, le ministre de l’Éducation se propose d’imposer l’enseignement de l’anglais dès la première année à l’école française. Le conflit linguistique se poursuit sans nous.

La souveraineté et la langue française

Dans la lutte pour la souveraineté, la question linguistique n’est pas un épiphénomène. C’est à cause même de notre différence linguistique (et culturelle) que nous a été imposée historiquement et qu’est encore maintenue aujourd’hui la tutelle politique dont la souveraineté doit nous libérer. Le problème du français n’est pas ethnique, mais politique. Il est rattaché au statut politique, depuis l’origine jusqu’à maintenant.

Les dérives du débat politique occultent un troublant renversement des termes. Le statut du français, l’accession à la souveraineté ne sont pas dépassés : nous sommes dépassés par les problèmes qu’ils posent. C’est à nous d’en faire l’analyse politique, puis de trouver une issue, pas à nos adversaires. Tant qu’il n’est pas résolu, un problème n’est pas dépassé, il n’est que refoulé. Et la seule façon d’en finir n’est pas de cesser d’en parler, mais de le régler. Oui, nous sommes tannés d’entendre parler de la langue : le but n’est pas d’en parler mais de la parler.



TRIBUNE LIBRE

Le NPD et la question identitaire québécoise

Martin Duval, Saguenay
TRIBUNE LIBRE 13 mai 2004

Le scandale des commandites et la course à la chefferie des conservateurs ont occulté une nouvelle donne au Québec : le NPD sort de sa torpeur et tend une main sincère aux québécois. En effet, depuis l’arrivée de Jack Layton à la tête du Nouveau parti démocratique, les intentions de vote pour ce parti sont passées de 8% à environ 20 % à l’échelle canadienne. Un canadien sur cinq s’apprête à voter pour le NPD et la campagne n’a pas encore débuté. Plus renversant encore, un québécois sur dix envisage de voter NPD, du jamais vu depuis quinze ans.

En quoi le NPD répond-il maintenant à la question identitaire du Québec ?

Le NPD reconnaît clairement dans sa plate-forme l’existence de la nation québécoise et son droit à l’autodétermination. Selon Jack Layton, le fédéralisme se doit d’être ouvert, fondé sur le principe de la co-décision avec les provinces et surtout asymétrique, c’est-à-dire pouvant faire preuve de souplesse et de flexibilité dans l’application des politiques. Ce faisant, le NPD réaffirme que le Québec doit avoir en main les outils nécessaires pour relever les défis uniques à titre de centre de l’une des deux sociétés d’accueil au Canada.

Cette notion de fédéralisme asymétrique représente une voie mitoyenne entre l’indépendance pur et le fédéralisme dogmatique de l’ère Trudeau-Chrétien. Il s’agit d’une vision pour le Québec qui répond aux aspirations identitaires historiques du peuple québécois. Une grande majorité de nos premiers ministres, de Lesage à Charest, en passant par Lévesque et Bouchard, ont vanté à un moment ou à un autre les vertus du fédéralisme asymétrique. Regardons de plus près deux citations.

René Lévesque, cette icône si souvent mal décodée, déclaraît quelques semaines après l’échec du référendum de 1980 : " La question fondamentale que le Québec se pose dans ses relations fédérales-provinciales est la suivante : est-ce qu’il est possible de renouveler le fédéralisme canadien de façon telle qu’à l’intérieur de ce système, le Québec puisse exercer tous les pouvoirs et détenir tous les leviers qui lui sont nécessaires pour remplir son rôle fondamental de foyer et de patrie d’une des deux nations constituantes qui forment le Canada ". Le NPD lui répondrait qu’un tel fédéralisme doit être envisagé.

Pour sa part, Lucien Bouchard, souvent très lucide par rapport à la question nationale, énoncait ainsi les conditions de réussite du fédéralisme : " Le fédéralisme a réussi là où il a été capable de flexibilité, d’efficacité de fonctionnement entre les divers paliers de gouvernement et de respect des identités des États membres". N’y a t-il pas plus belle définition du fédéralisme asymétrique ?

Plusieurs me répondront que les multiples tentatives de renouvellement du fédéralisme ont échoué, que le concept du fédéralisme asymétrique est voué à la même fin et que cela nous conduit inévitablement vers la souveraineté.

Si le fédéralisme a échoué, c’est parce que plusieurs leaders du Canada des quarante dernières années, en particulier Trudeau et Chrétien, ont dénaturé sa nature intrinsèque. Sous le règne des libéraux, le gouvernement fédéral devint un gouvernement paternaliste, autoritaire, arrogant et intrusif qui refusa tout compromis avec les provinces quant au partage des compétences. L’implantation du fédéralisme asymétrique ne nécessite pas a priori de nombreux changements constitutionnels, il fait plutôt appel à un important changement de culture à Ottawa.

Le Bloc québécois peut-il favoriser l’éclosion d’un tel changement de culture à Ottawa ? Impossible, puisque de par sa nature, le Bloc favorise le maintien du parti libéral à Ottawa et n’offre aucune alternative à la gouvernance actuelle. Comme l’expliquait récemment Suzanne Tremblay lors de ses adieux au Bloc québécois : la présence du Bloc à Ottawa pour la durée du prochain mandat est moins pertinente pour les souverainistes étant donné qu’il n’y aura assurément pas de référendum au Québec avant 2009.

Pour l’élection fédérale de 2004, l’enjeu prioritaire n’est pas la souveraineté du Québec. Qu’ils soient d’allégeance souverainiste ou fédéraliste, tous les progressistes partageant les valeurs de justice sociale et d’équité doivent maintenant s’unir : en se ralliant aux forces néo-démocrates, ils bâtiront ensemble une réelle alternative aux libéraux de Paul Martin. Les québécoises et les québécois ne doivent plus reléguer à l’arrière plan leurs valeurs au détriment d’une stratégie référendaire hypothétique.



TRIBUNE LIBRE

Protéger les citoyens du Québec contre ces plaies modernes

Philippe DUJARDIN
TRIBUNE LIBRE 13 mai 2004

Bonjour, Je vous écris pour vous proposer une idée au sujet de l'Internet et du programme de la prochaine campagne du PQ.

Nous vivons dans un pays fort agréable, un pays qui nous permet de vivre dans une sécurité réconfortante. On nous protège, c'est vrai. L'assurance auto, l'assurance médicament, les soins de santé gratuit, l'assurance emploi, celle pour les accidents du travail, etc...

Mais, car il y a toujours un mais, dans le domaine de l'Internet, pratiquement aucune protection n'est proposée. On se fait solliciter par des pourriels, contaminer par des virus, espionner ou voler à l'aide de chevaux de Troie (trojan), etc...

L'idée est la suivante: Le parti Québécois inscrit à même son programme électoral, l'achat ou la création d'une compagnie québécoise gouvernementale de lutte contre les virus et autres méfaits de l'informatique. Une fois au pouvoir, le Parti Québécois promet de distribuer gratuitement à la population un logiciel anti-virus et pare feu (firewall), voire même anti-spam, dans le seul but de protéger les citoyens du Québec contre ces plaies modernes.

En essayant surtout de ne pas trop ressortir l'image du bon vieux parti paternaliste, qui essaye de nous surprotéger et de nous couver (voir étouffer) comme une mère poule, je pense que l'impact publicitaire d'une telle mesure pourrait faire voter en notre faveur beaucoup de jeunes et moins jeunes qui sont plus préoccupés par leur ordinateur que la politique. Cette mesure aura certainement un effet positif sur le reste de l'électorat. De plus, grâce à la mondialisation du réseau Internet, ces logiciels se retrouveront sûrement sur la planète entière (il faut absolument qu'ils soient d'une qualité irréprochable), ce qui permettrait un rayonnement mondial du Québec et pourquoi pas l'affichage du magnifique fleur de lysée à chaque démarrage d'ordinateur. Je pense que pour se sentir en sécurité devant leur écran, moult personnes voteraient pour nous. Ce n'est pas forcement la raison qu'on aurait souhaité, mais il faut parfois faire avec. Un vote pour le PQ, c'est un vote de plus pour avoir la chance de vivre libre, on ne crache pas dessus.

Les coûts d'un tel projet, par rapport aux nombres de voix apportés et du rayonnement (publicité) planétaire pour le Québec, sont minimes. Il ne faut pas oublier les sommes colossales que font perdre à l'économie Québécoise tous ces virus. Un logiciel de protection gratuit et efficace est à mon avis, le meilleur moyen de lutter contre ce fléau. En effet les virus se propage énormément via l'utilisateur privé qui ne veut pas dépenser pour se protéger adéquatement. Ca prouvera en plus, notre leadership et notre expertise en informatique et dans les domaines de pointes. Ca démontra à tous que même vieux, ce parti est capable d'innové, de s'adapter aux réalités modernes et de prendre des mesures concrètes en conséquence. Sortir ce logiciel seulement en français serait mesquin mais de bonne guerre. Mais connaissant notre humeur pacifique et pour une question publicitaire, il serait mieux apprécié dans les langues les plus répandues au Québec (français, anglais, espagnol, grec, italien, portugais, ...). Si les sous vous préoccupent trop, on pourrait toujours imaginer un partenariat avec le privé (Videotron et le futur SympaticoQuebec, pour ne citer qu'eux) qui est aussi aux prises avec ce probleme.

Avant de vous déranger, j'ai quand même fait une petite étude autour de moi, toutes couches sociales, toutes ethnies, tous partis. Les gens sont unanimes; ils seraient fort sympathique envers un parti politique appliquant de tels mesures. Alors avant de se faire voler l'idée par le PLQ ou l'ADQ, il serait bien de voir politiquement sa faisabilité et d'aller de l'avant si cela s'avère intéressant. Si ce n'était pas le cas, je suis sincèrement désolé de vous avoir fait perdre votre temps.

En souhaitant que l'idée vous plaise, qu'elle soit nouvelle. En appréciant une réponse de votre part, même négative, juste pour savoir quel a été votre intérêt pour ce projet.

Je vous souhaite une agréable journée

Veuillez recevoir, messieurs dames, mes salutations les plus sincères.

Philippe DUJARDIN
mailto:quebeclibre@videotron.ca

PS: Envoyé à Pierre Cloutier pour transmettre au Cyber-comité du Parti québécois

PS: Si ce n'est pas trop demandé, on pourrait ajouter: Le PQ passera des lois permettant de poursuivre les responsables des pourriels sur son territoire ... et si on arrive à prouver un lien entre ces distributeurs et les compagnies qui les paient, qu'on puisse aussi condamner celles-ci. Le principe du pollueur payeur appliqué à l'Internet. (mais j'attends ça plus pendant la période de Noël, même si je n'y crois plus)



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12 mai 2004