Actualité





Le PLQ défend Charest

Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 15 mai 2004

Le président du parti lance une opération exceptionnelle de réhabilitation de son chef

Trois-Rivières - Le style de direction du premier ministre Jean Charest suscite l'inquiétude jusque dans les rangs libéraux, à un point tel que le Parti libéral du Québec sent le besoin de lancer une opération exceptionnelle de réhabilitation de son chef.

Le président du PLQ, Marc-André Blanchard, se porte en effet à la défense de Jean Charest dans une lettre qui est publiée aujourd'hui par Le Devoir en page Idées. Afin de rassurer les militants libéraux, dont plus de 300 sont réunis depuis hier soir à Trois-Rivières pour le conseil général du Parti libéral, M. Blanchard avance que Jean Charest est un homme politique du même acabit que l'ancien chef du PLQ et défenseur fort respecté des valeurs libérales, Claude Ryan, décédé en février dernier.

«Depuis les élections du 14 avril 2003, des observateurs de la scène politique et les leaders des partis d'opposition ont utilisé les raccourcis les plus faciles, en particulier en soulignant que M. Charest a été ministre sous le gouvernement de Brian Mulroney et chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, pour accuser le premier ministre de trahir les valeurs libérales si chères aux militants de son parti et à ses anciens leaders et de sombrer dans un conservatisme à tout crin, surtout emprunté au Canada anglais. On l'a accusé de sacrifier les travailleurs au profit des patrons, d'être un antisyndicaliste et de littéralement démolir les assises sociales et économiques de l'État québécois. Quand on y regarde de plus près, on constate que ces accusations sont grossières et non fondées», écrit-il.

Cette intervention du président du PLQ n'est pas étrangère au taux d'insatisfaction toujours aussi élevé à l'endroit du gouvernement Charest et au mécontentement de certains libéraux en ce qui concerne la façon de gouverner du premier ministre, qui serait contraire à la tradition libérale. Comme les médias, dont Radio-Canada, l'ont révélé au cours des dernières semaines, des libéraux s'inquiètent du fait qu'un groupe de conseillers, qui ne sont ni des élus ni des employés de l'État et qui n'ont donc pas de comptes à rendre à la population, aient davantage d'influence auprès de Jean Charest que les députés et même la majorité des ministres. Cette grogne dans les rangs libéraux survient seulement un an après la victoire électorale.

C'est dans ce contexte que Marc-André Blanchard s'efforce de rassurer les militants et de redorer le blason du chef, terni par les critiques. Sa sortie, peu commune, témoigne de la volonté des mandarins du parti de renverser une tendance négative au sein même de leur formation politique avant qu'elle ne devienne trop lourde.

Le président du PLQ dépeint Jean Charest comme un libéral «solidement ancré dans la culture et les valeurs de son parti». «Pour le militant libéral, souligne-t-il, les idées mises en avant par le gouvernement actuel ne sont pas une surprise. Elles ont été âprement débattues devant toutes les instances du parti: congrès des membres, conseils généraux, comité exécutif, commission jeunesse, commission politique, caucus des députés, etc. Comme il se doit, le chef du PLQ s'est approprié ces idées et en a fait la promotion avec succès.»

Pour dissiper tout doute dans l'esprit des militants, M. Blanchard rappelle que Jean Charest a reçu un vote de confiance de plus de 95 % des membres lors du congrès de 2000 et qu'«il a bénéficié du soutien et de l'affection indéfectibles des militants pendant ses cinq années comme chef de l'opposition, et ce, malgré une cote de popularité dans les sondages qui laissait croire que le PLQ allait être de nouveau défait aux élections générales».

Qui plus est, Marc-André Blanchard tente de frapper l'imaginaire des militants libéraux et des Québécois en associant Jean Charest au fort respecté Claude Ryan. Selon lui, MM. Charest et Ryan - dont M. Blanchard est le gendre - ont «beaucoup en commun», c'est-à-dire «des origines modestes, une descendance irlandaise, une vision commune de la place du Québec dans le Canada, un attachement premier aux libertés individuelles». «Ils adoraient la politique pour le débat d'idées, abhorraient les propos simplistes et les attaques personnelles. Ils n'ont dû compter que sur eux-mêmes, sur leur force de caractère, sur leur détermination et sur leur travail acharné pour bâtir leurs carrières respectives. Ils se comprenaient et se respectaient beaucoup», ajoute-t-il.

Marc-André Blanchard souligne que «Jean Charest n'a pas hésité à faire appel à l'ancien chef du PLQ» pour produire un ouvrage sur les valeurs libérales, en 2002. Or il omet de mentionner que, l'automne dernier, Claude Ryan avait lancé un avertissement qui résonne encore dans les officines libérales. Lors d'une entrevue accordée au Devoir - sa toute dernière intervention dans un débat public -, M. Ryan avait en effet rappelé la responsabilité du gouvernement Charest en matière de justice sociale et l'avait invité à la plus grande prudence dans son opération de «réingénierie» de l'État.

Dans son discours d'ouverture qu'il a prononcé hier soir, Marc-André Blanche a invité les 300 militants libéraux à faire davantage la promotion du Parti libéral et de son gouvernement. «On ne milite pas suffisamment, on n'exprime pas suffisamment nos points de vue. On laisse trop souvent la place à ceux qui n'ont pas voté pour nous», a-t-il lancé.

Dans son texte, Marc-André Blanchard passe en revue les décisions prises par le gouvernement Charest en précisant qu'elles respectent les valeurs libérales, comme le développement économique et la justice sociale. Par exemple, il cite les 2,5 milliards de dollars en cinq ans investis dans la lutte contre la pauvreté, la création des conférences régionales des élus et le gel des droits de scolarité, omettant toutefois de dire que l'endettement étudiant gonflera en raison de la hausse du plafond des prêts et de la réduction des bourses. Selon M. Blanchard, l'augmentation des frais de garde de 5 $ à 7 $ par jour assure la «pérennité du service public des garderies». Or, dans son programme électoral, le PLQ avait pourtant promis de maintenir la contribution parentale à 5 $ par jour. Le président du PLQ ne précise pas non plus que le gouvernement a renié son engagement de réduire les impôts de un milliard de dollars pour l'ensemble des Québécois cette année, préférant opter pour des primes au travail et un programme de soutien aux enfants.

Les modifications apportées à l'article 45 du Code du travail ont suscité de sévères critiques, confesse-t-il. «Je reconnais que le gouvernement aurait dû expliquer davantage que la raison de cette modification réglementaire était de permettre de créer plus d'emplois», indique le président du PLQ.

En dépit des commentaires positifs de M. Blanchard, force est de constater qu'un malaise tangible se manifeste chez les libéraux en ce qui a trait à certains projets du gouvernement Charest. Il suffit de consulter le cahier des résolutions politiques qui seront débattues ce week-end au conseil général pour le constater. La commission politique de la région de Montréal propose de demander au gouvernement de «respecter l'environnement» dans le développement énergétique, d'opter pour des programmes d'économies d'énergie et de «privilégier la production d'énergie électrique à partir de sources énergétiques renouvelables et non polluantes», comme l'éolien. Il s'agit d'une critique à peine voilée du projet de centrale thermique au gaz du Suroît.

Le PLQ a rendu hommage hier à Claude Ryan puisqu'il s'agissait du premier conseil général depuis le décès de l'ancien directeur du Devoir et ancien chef libéral. Pour l'occasion, Jean Charest a décidé de ne pas prononcer le traditionnel discours d'ouverture du conseil général, préférant prendre la parole pour saluer l'oeuvre de Claude Ryan, dont le décès a profondément bouleversé le parti. L'ancien directeur de cabinet de Robert Bourassa, John Parisella, et le fils de Claude Ryan, Paul Ryan, ont aussi témoigné devant les militants.



Jean Charest, Claude Ryan et les valeurs libérales

Marc-André Blanchard : Président du Parti libéral du Québec
Le Devoir samedi 15 mai 2004

Parti libéral du Québec - Claude Ryan conversait régulièrement avec les leaders politiques du Québec et du Canada. Ses discussions avec l'actuel premier ministre du Québec, Jean Charest, avaient toutefois quelque chose de spécial. En tant que président du Parti libéral du Québec et gendre de Claude Ryan, j'ai souvent eu à intervenir auprès des deux hommes et je peux témoigner du fait qu'ils avaient beaucoup en commun: des origines modestes, une descendance irlandaise, une vision commune de la place du Québec dans le Canada, un attachement premier aux libertés individuelles.

Ils ont tous deux assumé le leadership du Parti libéral du Québec au moment difficile des années d'opposition. Ils adoraient la politique pour le débat d'idées, abhorraient les propos simplistes et les attaques personnelles. Ils n'ont dû compter que sur eux-mêmes, sur leur force de caractère, sur leur détermination et sur leur travail acharné pour bâtir leurs carrières respectives. Ils se comprenaient et se respectaient beaucoup.

Afin d'alimenter la réflexion des Québécois à l'aube de l'échéance électorale, Jean Charest n'a pas hésité à faire appel à l'ancien chef du PLQ pour asseoir le socle historique et philosophique sur lequel il souhaitait appuyer ses engagements électoraux. Dans un ouvrage paru en 2002 sur les valeurs libérales et le Québec moderne, M. Ryan soutient que le Parti libéral du Québec s'est toujours défini à travers l'histoire contemporaine par son attachement à sept grandes valeurs: l'amour des libertés individuelles, l'identification au Québec, le développement économique, la justice sociale, le respect de la société civile, la démocratie et l'appartenance canadienne.

Depuis les élections du 14 avril 2003, des observateurs de la scène politique et les leaders des partis d'opposition ont utilisé les raccourcis les plus faciles - en particulier en soulignant que M. Charest a été ministre sous le gouvernement de Brian Mulroney et chef du Parti progressiste-conservateur du Canada - pour accuser le premier ministre de trahir les valeurs libérales si chères aux militants de son parti et à ses anciens leaders et de sombrer dans un conservatisme à tout crin, surtout emprunté au Canada anglais. On l'a accusé de sacrifier les travailleurs au profit des patrons, d'être un antisyndicaliste et de littéralement démolir les assises sociales et économiques de l'État québécois.

Quand on y regarde de plus près, on constate que ces accusations sont grossières et non fondées.

Valeurs ancrées

D'abord, les dernières années nous démontrent que Jean Charest est solidement ancré dans la culture et les valeurs de son parti. Pour le militant libéral, les idées mises en avant par le gouvernement actuel ne sont pas une surprise. Elles ont été âprement débattues devant toutes les instances du parti: congrès des membres, conseils généraux, comité exécutif, commission jeunesse, commission politique, caucus des députés, etc.

Comme il se doit, le chef du PLQ s'est approprié ces idées et en a fait la promotion avec succès. À cet égard, Jean Charest a reçu un vote de confiance de plus de 95 % des membres libéraux réunis en congrès en 2000 et a bénéficié du soutien et de l'affection indéfectibles des militants pendant ses cinq années comme chef de l'opposition, et ce, malgré une côte de popularité dans les sondages qui laissait croire que le PLQ allait être de nouveau défait aux élections générales.

Enfin, fait symptomatique, il est le premier chef du PLQ depuis Georges-Émile Lapalme à avoir subi une défaite électorale et à avoir pu conserver son poste pour les élections suivantes. Claude Ryan lui-même n'a pas eu cette chance.

Dès septembre 2002, le Parti libéral du Québec a déterminé ses priorités gouvernementales: augmenter l'accessibilité des soins de santé, améliorer la réussite scolaire, hausser le niveau de vie des Québécois et baisser les impôts, aider davantage les familles, donner plus de pouvoir aux régions et moderniser l'État québécois. Qui oserait dire que ces priorités ne sont pas conformes aux valeurs libérales?

Une fois élu, le PLQ est rapidement passé à l'action. Ses deux premiers budgets ont clairement démontré où était le coeur libéral. Au nom de la justice sociale, les budgets de la santé et de l'éducation ont augmenté respectivement de 12 % et de 6,1 %. Parallèlement, le gouvernement a entrepris une restructuration du système de santé pour en préserver le caractère public et universel et pour le rendre plus efficace. Il a simplifié la structure de travail, entrepris de réunir les établissements en réseau et assuré une plus grande présence des médecins en région.

En éducation, il a maintenu le gel des droits de scolarité pour quatre ans et, dans un souci de transparence, il a ouvert, à travers une commission parlementaire, un franc dialogue avec tous les groupes concernés en ce qui a trait à l'avenir du financement universitaire. En augmentant la contribution pour une place en garderie de 5 $ à 7 $ par jour, il a permis l'accélération du développement de places en garderie, l'atteinte de l'objectif gouvernemental de 200 000 places, et assuré la pérennité du service public de garderies. Enfin, il a investi 2,5 milliards de dollars en cinq ans dans la lutte contre la pauvreté et dans le logement social.

Développement économique et social

Au nom des libertés individuelles, il a rempli un de ses engagements pris en 2000 et procédé aux modifications législatives nécessaires afin de permettre aux conjoints de même sexe de se marier.

Au nom du développement économique, il a entrepris un nécessaire assainissement des finances publiques pour préserver le déficit zéro, recentré les interventions de l'État, baissé les impôts, sabré un demi-milliard de dollars dans les subventions aux entreprises, soutenu les travailleurs dans les régions en difficulté économique et facilité le recours à la sous-traitance pour nos PME.

Le premier ministre a réaffirmé à maintes reprises que, sous son gouvernement, le développement économique et le développement social ne seront jamais en opposition. Les critiques ont été sévères sur l'assouplissement de l'article 45, en particulier de la part des syndicats. Je reconnais que le gouvernement aurait dû expliquer davantage que la raison de cette modification réglementaire était de permettre de créer plus d'emplois.

Mais je constate également que chez les observateurs qui ont accusé injustement le gouvernement d'appauvrir les travailleurs - ce qu'infirme par ailleurs la plupart des études sur le sujet -, peu ont eu l'objectivité nécessaire de souligner que le gouvernement avait aussi relevé les conditions salariales des employés du vêtement, instauré les primes au travail et indexé les prestations d'assurance sociale.

Au nom de la démocratie et du respect de la société civile, il a entrepris une vaste décentralisation vers les régions en créant les conférences régionales des élus en remplacement des conseils régionaux de développement. Ainsi, les décideurs des régions, dûment élus et imputables devant leurs populations respectives, auront une prise directe sur le développement de leur région. Il a également tenu à favoriser l'expression des citoyens et à les associer aux défis de la gouverne en mettant sur pied des forums de discussion dans toutes les régions du Québec.

Le Parti libéral du Québec a également tenu sa promesse de réparer l'injustice provoquée par le Parti québécois en matière de démocratie municipale. Ainsi, il a permis aux citoyens qui résident dans les municipalités fusionnées de force de s'exprimer sur l'avenir de leur localité. Enfin, le gouvernement travaille actuellement à revoir le mode de scrutin pour y introduire des modalités de représentation proportionnelle.

Le Québec d'abord

Le Parti libéral du Québec est une formation qui s'identifie d'abord au Québec. Jean Charest ne s'est jamais gêné pour soutenir que les Québécois constituaient une nation libre d'assumer son destin comme elle l'entendait. Il s'est fermement opposé au projet de loi sur la clarté, à l'entente sur l'union sociale, au déséquilibre fiscal et aux interventions fédérales dans les champs de compétence du Québec.

Mais loin de conserver une attitude défensive, il croit que l'appartenance au Canada permet aux Québécois de s'épanouir davantage à tous les niveaux. Par conséquent, le gouvernement du Québec assume résolument le leadership de l'amélioration du fédéralisme canadien. Il a déjà permis la création du Conseil de la fédération et du Secrétariat sur le déséquilibre fiscal et a considérablement raffermi les relations du Québec avec ses partenaires de la fédération en multipliant les rencontres fédérales, provinciales et territoriales.

Claude Ryan avait désigné sept valeurs propres au PLQ. Respectueusement, j'en ajouterais une huitième: son ouverture au changement. Si le Parti libéral du Québec a gouverné le Québec pendant presque les deux tiers du XXe siècle, s'il a été en mesure de piloter la plupart des changements qui ont transformé de façon structurante le Québec, c'est qu'il est un parti résolument tourné vers le progrès, un parti pragmatique qui évolue dans la mouvance de son temps.

À l'inverse, d'autres formations politiques et d'autres leaders sont plus dogmatiques et incapables de véritable renouvellement, comme en fait foi la florissante «saison des idées» du Parti québécois de Bernard Landry, qui a finalement accouché d'un nouveau projet de référendum sur la séparation du Québec pour 2008...



Girophares

J - Jacques Samson
Le Soleil lundi 17 mai 2004

Éditorial - Le conseil général du Parti libéral du Québec, en fin de semaine à Trois-Rivières, qui s'annonçait comme un party d'autruches préférant s'enfoncer la tête dans le sable, a finalement été le théâtre de soubresauts rassurants quant à la vitalité du parti. Le Comité du suivi des engagements électoraux a servi des remontrances au gouvernement Charest pour des promesses non tenues, notamment sur des baisses des impôts pour tous les contribuables et en éducation. La vigilance des militants à ce chapitre est une assurance crédibilité pour l'avenir. Le président du PLQ, Marc-André Blanchard, était pour sa part estomaqué samedi de la dimension prise par la lettre qu'il a adressée au Devoir dans laquelle il soutenait que l'action politique de Jean Charest était bien inspirée par les mêmes valeurs libérales qui animaient son beau-père, Claude Ryan.

Après sa démarche inusitée de défense surprise du chef, M. Blanchard avait le regard d'un adolescent renversé par les conséquences insoupçonnées d'un mauvais coup.

La veille, à l'ouverture du conseil général du PLQ, c'est le fils de l'ancien chef, Paul Ryan, qui a appelé les libéraux à montrer une loyauté indéfectible à Jean Charest. Son éloquence et les phrases bien senties qu'il a utilisées pour louer les mérites de Jean Charest ont impressionné plusieurs élus et militants.

La machine médiatique s'est emballée inutilement, protestaient Me Blanchard et des proches collaborateurs du chef libéral. L'interprétation générale donnée à ces interventions illustre bien toutefois que si le leadership de Jean Charest n'est pas menacé à l'intérieur du PLQ, de profondes inquiétudes se sont installées chez les militants devant l'incapacité du gouvernement de redresser sa cote de popularité. Les sorties de MM. Blanchard et Ryan officialisent en somme les profondes difficultés que vit M. Charest. M. Blanchard m'expliquait bien qu'il a seulement voulu contrer certaines "hérésies" qui ont été véhiculées ces derniers mois, entre autres sur les conséquences possibles des modifications apportées à l'article 45 du Code du travail pour faciliter le recours à la sous-traitance. Il n'en reste pas moins que quand les proches d'un chef politique doivent multiplier les professions de foi, c'est que les convictions religieuses de celui-ci inquiètent ses commettants.

Au PQ, René Lévesque, Pierre Marc Johnson et Lucien Bouchard, devaient ainsi toujours répéter qu'ils étaient vraiment souverainistes. Dans le cas de Jean Charest, il est encore forcé cinq ans après son arrivée à la tête du PLQ, de prêter allégeance au "Québec d'abord" avant de se dire aussi Canadien et de réaffirmer sa foi dans les valeurs libérales, la justice sociale surtout.

Plusieurs ministres ont par ailleurs commenté sans retenue l'initiative de Me Blanchard, lui prêtant les mêmes objectifs que les membres de la presse, pendant que l'intéressé s'en défendait. La stratégie du président était cependant loin de faire l'unanimité. Certains disaient craindre qu'il ait fourni de nouvelles munitions aux adversaires du gouvernement. Les lignes de communications au sein de ce gouvernement souffrent toujours d'un manque de coordination. Elles vont dans toutes les directions en même temps. Les parrains de réformes ont par ailleurs toujours le fardeau de la preuve devant la population, faisaient valoir d'autres. Jean Charest doit donc être beaucoup plus présent auprès des militants libéraux et parmi la population pour faire de la pédagogie, nous a-t-on souligné fréquemment.

Les organisations syndicales et les autres groupes qui combattent le gouvernement Charest ont occupé tout le terrain, constatait entre autres la vice-première ministre, Monique Gagnon-Tremblay, dans une entrevue samedi. Le discours gouvernemental sur la restructuration n'est pas repris par assez de ténors, ont déploré plusieurs. Élus et non-élus devront donc se montrer davantage militants au cours des prochains mois pour faire de l'évangélisation, disaient-ils, faisant écho aux propos du président Marc-André Blanchard. Pour Yves Séguin, il était aussi important de remettre les pendules à l'heure en fin de semaine sur la "vaillance" (le mot est le sien) de Jean Charest dont trop de Québécois doutent injustement dans la défense des dossiers québécois face à Ottawa, surtout sur le déséquilibre fiscal et le financement de la santé.

Dans son discours de clôture, hier, Jean Charest a cherché à répondre à toutes ces attentes mais en réalité, le chef libéral a reçu plus que des feux jaunes en fin de semaine. Des girophares se sont allumés sur le respect des engagements électoraux mais aussi sur son style de travail et son ton trop peu convaincant.

JJSamson@lesoleil.com



Les 100 jours d'enfer de Paul Martin

Michel Vastel
Le Soleil samedi 15 mai 2004

Chronique politique - On se prononce normalement sur la qualité d'un nouveau gouvernement après ses "100 jours". Ceux de Paul Martin tombaient le 31 mars. Ce jour-là, son prédécesseur, Jean Chrétien, se trouvait à Londres et laissait tomber, en passant, que tout le brouhaha autour du Programme de commandites n'était pas justifié puisqu'il relevait d'un simple problème administratif... Et ce n'était pas un poisson d'avril !

Il n'y a pas eu de "100 jours" pour Paul Martin. Seulement 100 jours d'enfer qui se sont écoulés du 10 février à aujourd'hui !

Qui l'eût cru, le 15 novembre 2003 - il y a seulement six mois - , quand Paul Martin fut sacré chef du Parti libéral du Canada. "Je suis très fier de tout ce que nous avons accompli ces 10 dernières années, disait-il à Toronto. Mais aujourd'hui, le moment est venu d'aller de l'avant, de passer à une autre étape..."

Qui l'eût cru, le 12 décembre 2003, quand, enfin devenu premier ministre, il présidait son premier Conseil. Il avait frappé fort pour marquer sa volonté de tourner la page : 21 ministres et secrétaires d'État limogés, cela prenait des allures de purge. Mais aussi de règlement de compte. Les Anglais ont une belle image pour illustrer ce que le nouveau chef du gouvernement aurait dû faire : "Mieux vaut avoir votre ennemi dans votre tente qui pisse dehors, qu'à l'extérieur à pisser dedans !"

Qui l'eût cru encore, le 2 février 2004, quand Adrienne Première, notre somptuaire chef d'État, lut le premier discours du Trône de l'ère Martin, annonçant "le début d'un nouveau gouvernement, d'un nouveau programme, d'une nouvelle façon de faire les choses..."

Qui eût prévu la catastrophe qui allait tomber sur la tête de ce jeune gouvernement le 10 février 2004 ! Le rapport d'une comptable de 53 ans aux allures de jeune grand-mère indignée allait tout chambarder, peut-être modifier le cours de l'histoire. Fini, le rêve de "passer à une autre étape". Le nouveau premier ministre allait plutôt, pendant 100 jours et le dos au mur, défendre les excès du précédent gouvernement, celui dont il était le grand vizir.

"Je suis très fier de tout ce que nous avons accompli ces 10 dernières années..." Tout ? A-t-il dû la regretter cette phrase !

Pour calmer une opinion publique révoltée, le premier ministre se mit à faire rouler des têtes. L'ancien ministre Alfonso Gagliano est rappelé de sa chancellerie au Danemark, trois présidents de sociétés d'État sont licenciés, celui des Postes est suspendu avec salaire. Tout cela n'a rien à voir avec la fraude, d'ailleurs. Paul Martin veut tellement donner l'impression qu'il fait le ménage qu'il balaie furieusement dans tous les sens, se contentant de faire voler la poussière d'un meuble à l'autre. "Fini le copinage !", lance-t-il à Québec. Une autre phrase qu'il a dû regretter puisqu'il est bien obligé de recourir aux nominations politiques pour placer ses propres candidats.

Le 23 mars, un premier budget sans cadeaux, sinon cette promesse de 7 milliards $ aux municipalités qui, étalés sur 10 ans et saupoudrés dans l'ensemble du pays, permettront tout juste de réparer quelques coins de trottoirs et de boucher les nids-de-poule. Mais ce budget a aussi la particularité de commencer par trois pages d'excuses et la promesse que le gouvernement fédéral ne gaspillera plus jamais. Et surtout, au détour d'un petit paragraphe, on apprend l'existence d'une "réserve pour l'unité nationale" dont personne n'avait jamais entendu parler. En définitive, on parlera plus de ce petit programme d'une cinquantaine de millions de dollars par année que du gigantesque programme de dépenses de 186 milliards $ !

Au plan législatif, le bilan est plutôt maigre. Des 15 projets de loi que le gouvernement Martin a présentés en 2004, seulement 4 ont été adoptés. Et les 10 autres lois sanctionnées depuis le début de l'année sont toutes héritées de Jean Chrétien. C'est donc plus dans la forme que sur le fond que le nouveau premier ministre a fait sa marque.

Par exemple, des 45 votes par appel nominal tenus aux Communes sur des projets de loi, 80 % étaient des votes libres de deuxième catégorie, c'est-à-dire que les députés étaient libres de se prononcer pour ou contre le gouvernement. Il n'y eut que neuf votes - sur le budget et le discours du Trône - pour lesquels la discipline du parti fut imposée.

Paul Martin a vraiment voulu changer la façon de gouverner à Ottawa. Mais la liberté de penser et d'agir qu'il a accordée aux députés n'a pas toujours été récompensée. Le Comité permanent des comptes publics par exemple qui avait carte blanche pour enquêter sur la gestion du Programme de commandites n'a même pas été capable de produire un rapport !

Dans la foulée des dénonciations de la vérificatrice générale, Paul Martin a aussi rétabli le poste de contrôleur général du Canada et celui de contrôleur financier pour chacun des ministères fédéraux. Cela n'est peut-être pas très "vendeur" en campagne électorale mais cela aura des implications importantes dans les prochaines années.

L'aspect le plus agaçant de cette première session parlementaire, c'est que Paul Martin en fut régulièrement absent ! Depuis la mi-janvier en effet, ce premier ministre a voyagé comme aucun autre auparavant... Et aux frais des contribuables ! ( Pour des raisons de sécurité, le chef du gouvernement ne voyage qu'en Challenger et sa suite dépasse souvent la quarantaine de personnes ! ) Il a ainsi fait une dizaine de visites au Québec, parfois de simples mais fort coûteux allers-retours entre Ottawa et Québec, Montréal, Sherbrooke ou Rouyn-Noranda.

Cette fin de semaine tient presque de l'orgie. Alors que le Parlement a été mis en vacances et que les coûts de la "précampagne" du premier ministre sont supportés par Trésor public, il était à Lévis hier, sera aujourd'hui à Granby avec tous ses candidats du Québec, lundi à Laval et jeudi encore dans sa circonscription de LaSalle-Ville Émard.

L'abus est tel - plus de 50 voyages en trois mois et des promesses de 5 milliards $ - que le National Post réclamait hier que Paul Martin lance la campagne cette fin de semaine plutôt que d'attendre dimanche prochain. Ce serait plus équitable pour les trois autres partis, et nous économiserions quelques précieux dollars...

MVastel@lesoleil.com



Donné pour moribond il y a quelques mois à peine:
Le Bloc québécois trépigne d'impatience

Alec Castonguay
Le Devoir samedi 15 mai 2004

La récolte s'annonce bonne pour le parti de Gilles Duceppe

Militants, députés et candidats du Bloc québécois n'en peuvent plus d'attendre le début de la campagne électorale. Dans toute la province, ils trépignent d'impatience à l'idée d'en découdre avec le Parti libéral. Au menu du prochain mois: remettre les scandales et les faux pas du PLC à l'avant-plan et se présenter comme un parti en synergie avec les volontés des Québécois, peu importe leur allégeance politique.

Il y a six mois, la plupart des observateurs politiques et un grand nombre de députés, souverainistes y compris, avaient commencé à creuser la tombe du Bloc québécois. Le raz-de-marée Paul Martin devait engloutir la formation et la reléguer au rang de parti marginal. On lui prédisait une vingtaine de comtés dans le meilleur des scénarios et une mort imminente après les élections. Mais l'enterrement n'aura pas lieu.

Un hiver infernal pour le Parti libéral du Canada, marqué par un scandale des commandites qui a pris toute la place en raison d'un menu législatif famélique, aura permis aux militants du Bloc d'espérer le retour des beaux jours. Les récents sondages, qui placent le parti souverainiste à plus de 40 % des intentions de vote, laissent entrevoir la victoire du Bloc dans près de 50 comtés, une récolte digne de celle de 1993. Surtout que le Bloc a largement la faveur de l'électorat francophone.

Rien d'étonnant, donc, à ce que la machine du Bloc trépigne d'impatience à l'idée de partir en campagne électorale. Selon Alain-G. Gagnon, titulaire de la chaire de recherche du Canada en étude québécoise et canadienne de l'UQAM, «le Bloc a la chance de livrer une bataille dans des conditions parfaites. Ça ne veut pas dire que ça va durer, puisque bien des choses peuvent changer au cours d'une campagne, mais le timing est bon».

Il y a des semaines que le Bloc veut sillonner les routes de la province et porter son message. Les arguments sont éprouvés, les pancartes imprimées et les slogans peaufinés. L'arsenal est prêt. Inutile donc d'attendre le déclenchement officiel qui aura lieu dans une semaine. Depuis ce matin, le Bloc est en campagne, avec un horaire qui en témoigne.

Aujourd'hui, le parti dévoile sa plate-forme électorale. Demain, le conseil général servira à présenter les candidats et à haranguer les troupes. Lundi soir, l'investiture du chef, Gilles Duceppe, au Théâtre national de Montréal, rassemblera des centaines de militants. Puis l'autocar de tournée parcourra quelques régions jusqu'à la fin de la semaine, alors que les journalistes embarqueront pour le déclenchement officiel.

Dans cette euphorie, Gilles Duceppe essaie tant bien que mal de tempérer l'enthousiasme de ses militants. «Je leur répète de ne rien tenir pour acquis, a-t-il expliqué lors d'un entretien au Devoir. C'est zéro à zéro. Il ne faut pas être arrogant comme les libéraux, on voit que ça ne pardonne pas. Et c'est mépriser la population que de tenir leur vote pour acquis.»

Une plate-forme en cinq tableaux

Le Bloc, à l'image des autres partis, en est à décliner les grandes lignes de sa vision, surtout centrée sur les besoins du Québec. Le slogan «Parce qu'on est différent» témoigne de l'angle d'attaque du parti.

Aujourd'hui, à Longueuil, le Bloc dévoile une plate-forme électorale en cinq points. Chacun a un thème qui permet de remettre les erreurs du gouvernement libéral à l'avant-plan et de lancer des idées pour le futur. Le Bloc promet que toutes les idées seront chiffrées avec précision.

- Démocratie: «Personne ne peut prétendre qu'il n'y a pas 40 % de souverainistes au Québec, soutient Gilles Duceppe, certain que les autres partis vont remettre en question la pertinence du Bloc à Ottawa. Ces gens ont le droit d'être représentés.» Ce thème sera aussi l'occasion de montrer aux Québécois que le Bloc se fait le relais des consensus de la province. Déséquilibre fiscal, congés parentaux, loi sur les jeunes contrevenants, protocole de Kyoto, etc. Autant de sujets sur lesquels le Québec en entier est d'accord et doit se faire entendre dans la capitale nationale, dit-il.

- Développement durable: «Quel genre de société va-t-on laisser à nos enfants? Il y a l'environnement, mais aussi l'éducation et la santé. Pour Kyoto, est-ce que notre province va hériter des dégâts de l'Alberta ou est-ce que le gouvernement va reconnaître les efforts faits par le Québec?», soulève M. Duceppe. Les OGM et l'étiquetage obligatoire, l'élargissement du fleuve Saint-Laurent et une économie plus responsable sont des sujets qui seront abordés.

- Besoins de la population: «On a besoin d'un gouvernement intègre qui est à l'écoute des besoins de la population, dit Gilles Duceppe. Avec le Parti libéral, on a bien vu que ce n'était pas le cas. Les récentes annonces sur l'assurance-emploi, où le gouvernement a fraudé les travailleurs pour 45 milliards de dollars, montrent bien qu'ils ne sont pas à l'écoute des gens.»

- Territoire: pour le Bloc, vivre en région n'est pas un privilège, mais un droit. «On a besoin de politiques cohérentes pour soutenir les travailleurs saisonniers, l'agriculture et le développement de la forêt», souligne entre autres Gilles Duceppe. À l'intérieur de ce thème, le Bloc veut aussi proposer un vaste plan de transport qui touche les réseaux routier, maritime, ferroviaire et aérien.

- Place du Québec dans le monde: faire valoir les valeurs québécoises de pacifisme, accentuer le rôle du Québec dans les institutions internationales, plaider pour une mondialisation à visage humain, «affronter le premier ministre sur les paradis fiscaux» et proposer des lois plus sévères en matière de crime économique font partie de ce tableau.

Chien de garde du Québec

La plate-forme a beau s'articuler autour de ces cinq axes, il reste que certaines attaques et certains arguments sont valables sur plusieurs fronts: le scandale des commandites sera souvent évoqué, frais qu'il est dans la mémoire des électeurs. Le déséquilibre fiscal «qui coince tous les gestes du Québec, peu importe qui est au pouvoir», explique Gilles Duceppe, fera partie des lignes d'attaque régulières. La disparition de un milliard de dollars au ministère des Ressources humaines et d'un autre milliard dans le puits sans fond du registre des armes à feu seront à l'ordre du jour. La mésentente sur les congés parentaux et la réforme cosmétique de l'assurance-emploi sont aussi des irritants qui donnent des munitions au Bloc.

Une entente entre Ottawa et Québec pourrait toutefois survenir en début de campagne électorale dans le domaine des congés parentaux, ce qui permettrait au PLC de démontrer la nouvelle coopération que Paul Martin dit vouloir instaurer avec les provinces.

Dans son arsenal de campagne, le Bloc inclura le boulot qu'il a abattu à Ottawa. «Leur feuille de route est excellente, personne ne peut dire que les députés du Bloc n'ont servi à rien, soutient Alain-G. Gagnon. La pertinence s'est faite toute seule. Ils montrent que la défense du Québec est au coeur de toutes leurs interventions, peu importe quel est le parti au pouvoir à Québec. Ils ont fait avancer beaucoup de débats, notamment sur le besoin de transparence des institutions gouvernementales.» L'étiquette de chien de garde que les libéraux ont tenté de coller au Bloc, notamment par la bouche du ministre libéral Pierre Pettigrew, est reçue avec joie au sein du parti souverainiste. C'est justement l'image que le Bloc veut projeter.

Mais le Bloc devra se défendre d'attaques plus senties. Ses deux failles principales reposent sur leur représentativité uniquement régionale, celle du Québec. Les candidats se feront attaquer sur le fait qu'ils ne prendront jamais le pouvoir. «Les libéraux voudront montrer que c'est un vote perdu», soutient Alain-G. Gagnon.

Un autre handicap pourrait se développer en cours de campagne: si le Parti conservateur va bien ailleurs au pays, les gens pourraient voter pour les libéraux pour contrecarrer une ascension de Stephen Harper. «Les Québécois n'aiment pas l'instabilité, estime Alain-G. Gagnon. Si les politiques de Harper sont trop à contre-courant des valeurs du Québec et qu'il a des chances de remporter la victoire, peut-être que beaucoup de Québécois vont donner leur appui aux libéraux plutôt que de risquer un gouvernement minoritaire conservateur.» Comme une victoire majoritaire du PLC repose en grande partie sur le Québec, les libéraux pourraient s'en servir très rapidement en campagne.

L'image du chef du Bloc semble moins un problème que par les années passées. Les sondages montrent que la notoriété de Gilles Duceppe se porte bien. Il devra par contre éviter les gaffes de 1997, alors que l'image du bonnet lui a collé à la peau. Si Paul Martin projette l'apparence d'un bon gestionnaire qui a effacé le lourd déficit du Canada, Gilles Duceppe peut miser sur sa longévité, ayant été élu dès l'arrivée du Bloc à Ottawa.

Le Bloc reconnaît que faire sortir le vote sera «un gros défi», puisque le taux d'abstention risque d'être élevé avec des élections en juin. Les jeunes, majoritairement favorables au parti souverainiste, seront en vacances dans leur famille et seront donc plus difficiles à mobiliser. «Il ne suffit pas d'être fâché contre les agissements des libéraux et de s'indigner, dit Gilles Duceppe. Il faut l'exprimer par un vote. C'est ça, la démocratie.»



«Un parti propre au Québec» : Le slogan du Bloc fait bondir le PLC

Kathleen Lévesque
Le Devoir lundi 17 mai 2004

Dans l'imminence des élections fédérales, les premiers coups de semonce ont été tirés cette fin de semaine entre les deux principaux adversaires au Québec. Lancé samedi, le slogan du Bloc québécois «Un parti propre au Québec» a fait bondir hier le Parti libéral du Canada qui est passé à l'attaque.

Le lieutenant québécois de Paul Martin, Jean Lapierre, a mené les hostilités. À la sortie de la réunion de stratégie de deux jours qui a rassemblé les candidats libéraux du Québec à Granby, M. Lapierre était visiblement agacé que le Bloc québécois table, comme il le fait depuis trois mois, sur le scandale des commandites pour soulever le doute de la population sur la probité des candidats libéraux.

«Je n'ai aucune leçon de propreté à prendre du Bloc. [...] On a des candidats dont l'intégrité n'est pas en jeu. Je mets au défi les gens du Bloc de toucher à l'intégrité d'un de ces hommes et d'une de ces femmes-là. C'est facile, des accusations gratuites», a-t-il soutenu, rappelant qu'il ne s'agissait pas là d'une contribution au processus démocratique.

Cela dit, M. Lapierre a rappelé à l'adversaire bloquiste que ses prétentions devraient l'inciter à se montrer plus transparent envers les électeurs. Du coup, il s'en est pris à la plate-forme électorale que le Bloc québécois dévoilait hier devant ses militants réunis en conseil général. M. Lapierre a associé le cadre financier d'un budget fédéral présenté par le Bloc à du «pelletage de nuages». «Ils ne touchent à rien et ils ne livreront jamais rien. [...] Faire croire qu'ils vont avoir, par exemple, deux milliards d'infrastructures, c'est vraiment prendre les Québécois pour des valises. Je ne trouve pas ça propre», a-t-il tranché.

M. Lapierre a également vertement critiqué le Bloc qui n'appuiera dorénavant que les résolutions unanimes de l'Assemblée nationale. En agissant de la sorte, le Bloc ne reconnaît plus la légitimité du gouvernement élu du Québec, soit les libéraux de Jean Charest. Incisif, M. Lapierre a affirmé qu'il vaudrait mieux que les dirigeants du Bloc disent ouvertement qu'ils sont devenus les «valets du Parti québécois», attendant les «commandes» de Bernard Landry. «Qu'ils soient transparents. La propreté, c'est aussi dans les idées», a lancé Jean Lapierre soulignant au passage que le Bloc cachait notamment son option et son «maître à penser», Jacques Parizeau.

Par ailleurs, Jean Lapierre a laissé tomber, au grand plaisir de ses collègues candidats regroupés tout près de lui, le dicton qui dit «quand tu craches en l'air, des fois, ça te retombe sur le nez».

Pour le ministre Denis Coderre, il est clair que «la meilleure défensive, c'est l'attaque». «Pour un parti qui se dit propre, je trouve qu'il garroche pas mal de bouette», a-t-il fait valoir.

Malgré cette critique, M. Coderre empruntera vraisemblablement la même voie que ses adversaires. Dès aujourd'hui, il entame une tournée éclair des médias des régions de Drummondville, Trois-Rivières, Rimouski et Saguenay pour faire le bilan du Bloc québécois, un parti «cul-de-sac» comme l'a précisé son collègue Jean Lapierre.

Outre le scandale des commandites qui traîne dans le paysage des libéraux depuis deux ans, mais de façon plus aiguë depuis le dépôt du rapport de la vérificatrice générale en février dernier, il semble que le dossier des défusions municipales pourrait toucher l'organisation électorale dans certaines circonscriptions. «C'est très clair que d'avoir deux campagnes va nous causer des problèmes d'organisation. Mais en ce qui regarde les débats, je pense que non. [...] On a une grosse organisation. Est-ce que, pendant quelques jours, il y a des gens qui vont se partager dans le camp du oui, celui du non? C'est bien évident», a reconnu le candidat de Beauport, Dennis Dawson, candidat dans Beauport et proche conseiller de Paul Martin.

Ce dernier prononcera aujourd'hui à Laval un discours fort attendu sur la place du Québec au sein du Canada. Jeudi, l'assemblée d'investiture de M. Martin dans Lasalle-Émard agira comme un grand happening pour fouetter les troupes libérales.



Demande des provinces :
Martin rejette la cession de points d'impôt

Mylène Moisan
Le Soleil samedi 15 mai 2004

Après avoir balayé du revers de la main le transfert de la TPS aux provinces, le premier ministre Paul Martin a rejeté hier la cession de points d'impôt. Sa solution ? S'asseoir avec ses homologues provinciaux pour trouver une... solution.

En point de presse à Lévis hier, M. Martin a fermé la porte une fois encore à une des principales revendications du gouvernement du Québec pour corriger le déséquilibre fiscal, soit le transfert de points d'impôt. La semaine dernière, il avait cloué le bec à Jean Charest, qui avait en main une motion unanime de l'Assemblée nationale réclamant les recettes de la TPS. Les deux avenues privilégiées par le Québec sont donc des culs-de-sac aux yeux du premier ministre du Canada, qui n'avait rien de neuf hier à proposer en retour. Tout au plus s'est-il dit confiant d'en arriver à une solution lors d'une rencontre avec les premiers ministres des provinces au cours de l'été. "La meilleure chose, c'est de s'asseoir et de parler santé, de regarder la situation financière et de trouver une solution ensemble", a-t-il expliqué.

Il y a un an, alors qu'il attendait que Jean Chrétien tire sa révérence, M. Martin avait déclaré au Devoir qu'il n'avait "jamais été en faveur des transferts de points d'impôt. Pour moi, le vrai problème est de savoir si les provinces et le gouvernement fédéral ont les fonds nécessaires pour répondre aux besoins, et c'est là-dessus qu'on devrait se pencher au lieu de discuter du déséquilibre (fiscal)".

Hier, le député de LaSalle-Émard a ajouté que, "comme Québécois, je ne serais pas en faveur de ça parce que le Québec sortirait perdant par rapport à l'Alberta et à l'Ontario". Malgré des négociations qui font du surplace dans certains dossiers impliquant Ottawa et les provinces, M. Martin estime "qu'on a un nouveau climat et que ça va bien". Il a d'ailleurs confirmé une entente imminente sur la question des congés parentaux.

Réagissant à une nouvelle parue dans La Presse d'hier à l'effet que des fonctionnaires fédéraux ont contribué au programme électoral du Parti libéral, M. Martin a assuré que "la plate-forme a été préparée par le Parti et par les députés". Quant à savoir si certains employés de l'État ont pu y reconnaître le fruit de leur travail, le chef libéral a répliqué qu'"il ne faut pas s'étonner que certains sujets soient abordés, comme la santé. Ce sont des débats publics avec des arguments publics".

Ouvertement en mode préélectoral, M. Martin ne s'est pas caché de multiplier ses visites au Québec pour marquer des points, lui qui était à Saguenay vendredi dernier pour y annoncer l'élargissement à quatre voix de la route 175. "Le Québec, c'est chez moi. J'aime y venir aussi souvent que possible. Si vous me demandez si ça a un rapport avec les élections qui s'en viennent, c'est sûr. Je veux bien faire au Québec", a-t-il indiqué.

MMoisan@lesoleil.com



DISCOURS DU PREMIER MINISTRE À LAVAL :
Martin n'évoquera pas la société distincte

Sylvain Larocque
La Presse lundi 17 mai 2004

PC Ottawa - Le premier ministre Paul Martin prononcera aujourd'hui à Laval ce que son entourage présente comme un " important " discours sur la place du Québec au sein du Canada. On n'y trouvera toutefois aucune référence aux revendications traditionnelles de l'Assemblée nationale.

" M. Martin veut surtout faire une démonstration de son ouverture envers le Québec et de l'importance d'avoir le Québec comme un acteur à part entière qui s'implique, a indiqué une source bien informée à la Presse Canadienne. Le Québec a des choses à apporter à l'ensemble du pays. "

Aucune mention, donc, du statut de " société distincte " que réclament les gouvernements québécois depuis des décennies, ni de la possibilité pour Québec de se retirer des programmes fédéraux avec pleine compensation financière, une autre vieille revendication.

" Ça ne sera pas un discours sur les négociations constitutionnelles, a précisé la source. La reconnaissance de la spécificité du Québec, c'est dans l'action qu'elle s'exprime et il n'est pas mal à l'aise avec ça. "

Paul Martin répétera donc le message qu'il martèle depuis son accession à la direction du Parti, en novembre: Ottawa doit consulter davantage le Québec et les autres provinces avant de prendre des décisions pouvant les toucher.

" Au cours des dernières années, ce sont toujours les conflits qui ont déterminé la nature des relations fédérales-provinciales, a expliqué la source haut placée. Il s'agit tout le temps de savoir qui a gagné et qui a perdu. Dans le fond, avec ces chicanes entre les gouvernements, on laisse un peu les citoyens de côté. "

Le chef libéral voudra donc, une fois de plus, prendre ses distances de son prédécesseur, Jean Chrétien, reconnu pour son attitude cavalière avec les provinces. Mais à la veille du déclenchement de la campagne électorale, l'entourage de Paul Martin met un bémol.

" Ce n'est pas uniquement par rapport à Jean Chrétien, soutient-on. Il y a tout le temps eu ces tensions; tout est jugé à l'aune du cash qu'on (Ottawa et les provinces) met ou qu'on ne met pas. M. Martin veut changer cette mentalité-là en organisant des rencontres plus régulières, en s'entendant sur des ordres du jour communs. "

Statut particulier?

Du bout des lèvres, on laisse entendre que le Québec pourrait éventuellement, en raison de sa spécificité, obtenir un traitement particulier par rapport aux autres provinces.

" Nous reconnaissons qu'il y a un rôle parfaitement légitime pour les provinces en général, a expliqué la source. Et dans le cas du Québec, dans certains domaines qui sont plus précis... "

On donne l'exemple des négociations actuelles sur le programme fédéral de congés parentaux, que Québec veut rapatrier et bonifier. Et on souligne qu'Ottawa s'est engagé, au début de l'année, à amorcer des négociations avec le gouvernement de Jean Charest sur la place du Québec sur la scène internationale.

" Si tu pars avec cette attitude de collaboration, c'est bien évident qu'il y a certains secteurs d'activités où le Québec est plus en avance, où le Québec a des intérêts particuliers. Puis on ne se fera pas forcer la main pour travailler avec Québec dans ces secteurs-là, au contraire. On va le faire avec enthousiasme. "

Le discours que prononcera Paul Martin devant la chambre de commerce de Laval n'abordera pas, d'autre part, la question de la réforme du Sénat, réclamée par les provinces de l'Ouest et, depuis peu, par le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier.

Combattre le Bloc

Quoi qu'il en soit, l'opération vise indirectement à contrer les attaques du Bloc québécois, qui a lancé sa campagne électorale ce week-end. Les libéraux accusent toujours un retard dans les intentions de vote au Québec et pourraient perdre une dizaine de sièges au lendemain du scrutin, attendu le 28 juin.

Cet après-midi, le premier ministre se rendra à Mirabel afin de participer à une table ronde avec des dirigeants socio-économiques. En dépit des demandes répétées de nombreux intervenants régionaux, M. Martin n'annoncera aucun projet pour relancer l'aéroport, qui verra ses derniers passagers en novembre, avec le départ d'Air Transat.

Depuis la publication du rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, sur le scandale des commandites, en février, Paul Martin a multiplié les déplacements au Québec et ailleurs au pays afin de refaire l'image du Parti libéral. Ce sont les contribuables qui paient ces voyages, par l'intermédiaire du budget du cabinet du premier ministre.

" Il y a un élément pour lequel on n'a aucune gêne, c'est que ce premier ministre-là se promène d'un bout à l'autre du pays et aille rencontrer les Canadiens pour discuter de leurs préoccupations, de leurs espoirs et de leurs projets, a rétorqué un porte-parole de M. Martin. C'est légitime. "



Charest intervient dans la campagne fédérale

Tommy Chouinard
Le Devoir lundi 17 mai 2004

Le chef du PLQ veut des réponses sur le déséquilibre fiscal

Trois-Rivières - Le premier ministre du Québec, Jean Charest, met les libéraux fédéraux de Paul Martin dans l'embarras. À la veille du déclenchement des élections à Ottawa, Jean Charest demande à tous les chefs des partis politiques fédéraux de révéler comment ils entendent corriger le déséquilibre fiscal une fois au pouvoir.

Or seul le Parti libéral du Canada nie l'existence d'un tel déséquilibre et ferme la porte à tout transfert de points d'impôt ou de la TPS en faveur du Québec. Le Parti conservateur de Stephen Harper, le Bloc québécois de Gilles Duceppe et le Nouveau Parti démocratique de Jack Layton reconnaissent l'existence du déséquilibre fiscal et se sont déjà prononcés en faveur du règlement de ce litige qui oppose Ottawa et les provinces.

«Au nom des Québécois, je pose deux questions aux chefs des partis: en respectant les compétences des deux ordres de gouvernement, quand allez-vous assumer votre part du financement de la santé? Et comment proposez-vous régler la question du déséquilibre fiscal?», a affirmé Jean Charest, hier, lors de son discours de clôture du conseil général du PLQ, qui a réuni 700 militants à Trois-Rivières cette fin de semaine.

Se défendant bien de vouloir dicter le vote des électeurs, Jean Charest a souligné que les Québécois pourraient faire leur choix «à la lumière» des réponses que donneraient les partis fédéraux. Si ceux-ci refusent de se prononcer, Jean Charest a rappelé, en conférence de presse, que «les citoyens jugent des réponses et agissent en conséquence».

Cette prise de position du premier ministre du Québec arrive à point nommé puisque le premier ministre du Canada, Paul Martin, prononcera ce soir, à Laval, un important discours sur la place du Québec à l'intérieur du Canada (voir page A 4).

Jean Charest considère l'imminence du déclenchement de la campagne électorale fédérale comme «le moment pour poser les questions» et «le moment pour les chefs de parti d'y répondre». Manifestement, les libéraux fédéraux n'obtiendront pas l'appui espéré du Parti libéral du Québec à l'heure où la lutte s'annonce très chaude.

Si Jean Charest adopte une telle stratégie, ce n'est pas pour s'immiscer dans la campagne fédérale, a-t-il affirmé, mais bien pour prendre ses «responsabilités» de premier ministre et cerner «les enjeux qui touchent les intérêts du Québec, c'est-à-dire le financement de la santé et le déséquilibre fiscal».

Le premier ministre a rappelé que plusieurs «outils» s'offraient aux partis fédéraux pour corriger ce déséquilibre. «Ça peut être une autre formule que les points d'impôt, car ça peut ne pas être la formule idéale. Mais c'est une piste de solution. La TPS, c'en est une autre. Le transfert en argent, c'en est une autre. L'essentiel est d'avoir une solution qui permette de corriger le déséquilibre fiscal», a-t-il dit.

L'Assemblée nationale a adopté une motion unanime visant à obtenir d'Ottawa les revenus qu'il tire de la TPS au Québec, c'est-à-dire sept milliards de dollars par année. Lors des audiences de la commission Séguin sur le déséquilibre fiscal, le PLQ avait proposé le transfert de points d'impôt. Or Paul Martin a écarté ces deux options au cours des derniers jours.

Dans son discours de clôture, Jean Charest a souligné que le déséquilibre fiscal représentait un problème tel qu'il encourageait Ottawa à investir les champs de compétence des provinces. «C'est devenu un déséquilibre politique», a-t-il lancé.

La sortie de Jean Charest indispose toutefois des militants du Parti libéral du Québec. Le président de l'association libérale de la circonscription de l'Acadie, Terry Tatasciore, a confié au Devoir que cette initiative ne ferait pas l'affaire de bien des libéraux du Québec et que Jean Charest donnait un coup de pouce au Bloc québécois. «Le Bloc québécois va être très content. C'est dangereux de jouer ce jeu-là. On est un parti fédéraliste», a-t-il dit. M. Tatasciore faisait partie des quelques militants libéraux qui ne se sont pas levés pour ovationner Jean Charest lorsque celui-ci a demandé aux chefs de partis fédéraux de se prononcer au sujet du déséquilibre fiscal.

Le conseil de la fédération pourrait également intervenir dans la campagne électorale fédérale sur le même sujet. Ce front commun des provinces constituerait une première.



Martin déterminé à l'emporter au Québec

Denis Lessard
La Presse samedi 15 mai 2004

Lévis - C'est dans le but de maximiser les résultats de son parti aux prochaines élections que Paul Martin a multiplié depuis quelques semaines les tournées au Québec. C'est cette admission surprenante qu'on a pu entendre hier de la bouche du premier ministre au sortir d'une réunion avec les leaders du mouvement coopératif québécois.

" Suis-je au Québec parce ce qu'il est possible qu'une élection survienne? La réponse est oui... C'est ma province et je veux bien faire ici! " a-t-il laissé tomber en conférence de presse au siège social du Mouvement Desjardins.

Depuis quelques semaines, les stratèges du Parti libéral du Canada ont clairement ciblé le Québec pour les visites du premier ministre, qui en était hier à son troisième passage dans la Vieille Capitale. La semaine précédente, il s'était rendu à Chicoutimi pour la énième inauguration de la route 175 dans le parc des Laurentides, après être passé dans le Bas-du-Fleuve quelques semaines plus tôt.

Craignez vous le Bloc québécois? " Je suis ici chez moi, les dossiers québécois m'intéressent ", a dit M. Martin après avoir lancé: " Je n'ai peur de rien... Je vis au Québec. Je prendrai toutes les occasions pour revenir à la maison. " En fin de semaine, M. Martin sera à Granby, puis, lundi prochain, il fera un discours à Laval. Trois jours plus tard, il lancera sa campagne dans LaSalle-Émard. C'est désormais un secret de Polichinelle: les élections générales seront déclenchées le dimanche 23 mai, pour un scrutin le 28 juin.

Les sondages qui, pendant des mois, avaient montré une solide avance pour le PLC au Québec ont beaucoup fluctué. Le PLC était en sérieuse difficulté depuis la mi-février, mais il a remonté la pente plus récemment. Pour Hélène Chalifour Scherrer, ministre du Patrimoine, les prochaines élections ne seront pas plus difficiles que les précédentes pour le PLC. En 2000, les libéraux avaient fait élire davantage de députés que le Bloc québécois.

Nombreuses, les annonces récentes d'investissements ne sont pas électorales, a-t-il insisté.

Les étangs du Cap-Breton, dont l'assainissement a été annoncé cette semaine- une facture de 400 millions- étaient depuis des années " une disgrâce nationale ", et cette intervention était déjà prévue dans le discours du Trône. Idem pour l'annonce récente concernant la lutte contre le sida: " Les Canadiens veulent que leur pays prenne le leadership sur cette question ", a résumé Paul Martin.

Martin et Charest en désaccord

Au passage, le premier ministre a pris ses distances du gouvernement Charest en tournant le dos à sa revendication principale: le transfert de points d'impôt d'Ottawa vers Québec pour neutraliser le profond déséquilibre fiscal entre les deux gouvernements. Cette semaine, à l'Assemblée nationale, le premier ministre Charest a repris cette position (celle du PLQ) plutôt que d'appuyer le transfert de la TPS vers Québec, la solution mise de l'avant par son ministre des Finances, Yves Séguin.

Pour Paul Martin, la solution de M. Charest désavantagerait le Québec par rapport aux autres provinces. Ce transfert de points d'impôt " bénéficierait beaucoup plus à l'Alberta ou à l'Ontario qu'au Québec. Comme Québécois, je ne serai pas en faveur d'une telle idée ", a dit M. Martin. La péréquation ne permettra pas de compenser, prévien-il, rappelant son passage aux Finances. " La meilleure chose à faire est de regarder la situation financière avec les provinces ", ce qui sera fait cet été a-t-il dit.

Par la suite, M. Martin s'est rendu à Québec rencontrer l'ensemble des candidats du PLC pour les prochaines élections. Il a été reçu par une manifestation bruyante du FRAPRU (le Front d'action populaire en réaménagement urbain), des militants qui ont hâte de le voir passer aux actes en faveur du logement social. S'y trouvait aussi Christian Simard, frère du député péquiste Sylvain Simard, candidat du Bloc dans Limoilou. Pour M. Simard, Paul Martin, qui a été pendant des années aux Finances, est responsable du manque de logements abordables à Québec en particulier.

" Quasiment pas vrai... "

Le français parfois approximatif du premier ministre Martin a donné un tour amusant à la conférence de presse quand un reporter lui a demandé s'il était fâché de voir que l'opposition péquiste avait mis en garde les libéraux provinciaux de s'associer " à un régime corrompu et rongé par l'escroquerie ".

" C'est quasiment pas vrai ", a laissé tomber M. Martin. Par la suite, son équipe des communications, le directeur Mario Laguë en tête, a dû s'activer pour s'assurer que personne n'avait compris que le premier ministre avait accrédité, ne serait-ce qu'en partie, ces accusations.

Pour M. Martin, l'appui des libéraux provinciaux se fera sur une base personnelle, lui-même donnant un coup de main aux candidats du PLQ dans sa région aux élections générales.

Avec le Québec, " je pense qu'on a un nouveau climat et que cela marche très bien. Sur les congés parentaux, je suis sûr qu'on va trouver un terrain d'entente, une solution. Sur le déséquilibre fiscal, on devrait s'attaquer aux vrais problèmes: la santé, le savoir, les infrastructures ", a-t-il résumé.

En santé, il préfère parler d'objectifs communs plutôt que de conditions fédérales. Philippe Couillard, le ministre québécois de la santé, est sûrement d'accord avec l'idée de donner la priorité aux soins de premières lignes, au prix des médicaments et aux listes d'attentes. " Je crois qu'on trouvera un terrain d'entente sur les objectifs et la façon de les atteindre ", a dit M. Martin.

Quant à la promesse du conservateur Stephen Harper d'améliorer les régimes d'épargne-retraite, M. Martin souligne qu'il préfère accorder la priorité à " ceux qui n'ont pas pu mettre d'argent dans leur REER ".



Lettre ouverte à Paul Martin

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 17 mai 2004

Selon vos stratèges, vous allez plus tard aujourd'hui parler aux Québécois de votre vision de leur place dans la fédération canadienne. Il y a bien longtemps qu'on ne vous a entendu discourir sur un sujet qui tient très directement à coeur à vos concitoyens du Québec. En fait, si mes souvenirs sont bons, votre dernière intervention à caractère spécifiquement québécois remonte à la dernière campagne référendaire.

Il faut dire que l'événement vous avait sans doute traumatisé. En affirmant, sans nuances, qu'un million d'emplois étaient dans la balance référendaire, vous aviez commis une des plus grandes maladresses fédérales de la campagne. Depuis, on ne vous a guère entendu réfléchir tout haut sur ce genre de question.

Les occasions n'ont pourtant pas manqué. Les bourses du Millénaire, le programme des drapeaux et la Loi sur la clarté ont été autant de temps forts de la politique fédérale en ce qui a trait au Québec. Chaque fois, vous vous en êtes tenu à hocher du bonnet aux initiatives post-référendaires de Jean Chrétien. La campagne au leadership s'est également déroulée sans que vous ne reveniez sur la question. Ce n'était certainement pas faute de temps puisque la course à la succession libérale s'est étirée sur 18 longs mois. Votre discours de victoire en novembre dernier faisait moins de place au Québec que celui du chef conservateur Stephen Harper en mars et le congrès qui a y mené guère davantage de place au français que celui des Tories. Quant à votre premier discours du trône, il était muet sur le Québec.

Il est vrai que c'est dans la vieille capitale que vous avez choisi le mois dernier de prononcer un discours sur les commandites. Mais, comme dans le scandale lui-même, le public québécois jouait pour l'occasion un rôle de figuration imposée. Point n'aurait été besoin de changer une ligne à votre discours pour le livrer à Winnipeg ou à Victoria. D'ailleurs, vos conseillers l'avaient baptisé le Never Again Speech, un nom qui dit bien qu'encore davantage que Brian Mulroney et Jean Chrétien, les choses autour de vous se passent beaucoup dans l'autre langue.

Il y a quelques semaines, Stephen Harper prononçait devant la Chambre de commerce à Laval - celle-là même qui vous reçoit aujourd'hui - son premier discours officiel en sol québécois à titre de chef conservateur. Il se trouvera certainement des membres de votre entourage pour faire remarquer combien l'auditoire est plus fourni ce midi que le jour de la visite de M. Harper.

Mais calcul pour calcul, il aura également fallu cinq mois de moins à votre adversaire conservateur pour venir exposer de vive voix sa vision du fédéralisme aux Québécois. Et l'histoire ne dit pas de quoi vous auriez parlé aujourd'hui si votre parti n'avait pas piqué du nez dans les sondages au Québec au cours des derniers mois. La nécessité de ramener au premier plan l'option souverainiste du Bloc québécois n'est certainement pas complètement étrangère à votre intérêt renouvelé pour le sujet du fédéralisme.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que votre allocution est très attendue.

Comme à l'époque du référendum, vous donnez en effet des sueurs froides à vos alliés fédéralistes. L'un d'entre eux, un vétéran ontarien des guerres constitutionnelles, me disait justement la semaine dernière combien il s'inquiétait de ce que vous ayez jamais à défendre le Canada à l'occasion d'un autre référendum. Après tout, si la tendance se maintient et si vous avez le bonheur de décrocher une majorité le 28 juin, le Parti québécois pourrait être de retour au pouvoir bien avant la fin de votre premier mandat.

Or, il faut bien dire que votre traitement des soldats fédéralistes d'hier n'a rien de mobilisateur. Dans les milieux d'affaires fédéralistes, on n'est pas près d'oublier que vous avez consacré davantage d'énergie ces derniers mois à défendre les antécédents bloquistes de votre lieutenant Jean Lapierre qu'à tenir compte des états de service fédéralistes de Michel Vennat ou de Jean Pelletier. Et votre traitement, sordide, de Stéphane Dion n'a rien pour encourager d'autres intellectuels québécois à monter au front des idées pour défendre le fédéralisme au Québec à l'avenir. Comme vous le savez bien, il est tellement plus facile de se taire.

À Québec, il y a actuellement un gouvernement sur lequel repose le fardeau de la preuve du fédéralisme. Le moins que l'on puisse dire, c'est que, au rythme où vont les choses, Jean Charest va crouler sous le poids. En balayant l'existence du déséquilibre fiscal du revers de la main, vous faites du même coup bien peu de cas de la volonté des Québécois de s'assurer que le seul gouvernement qu'ils contrôlent ait les moyens de leurs ambitions.

Dans la foulée de l'affaire des commandites, vous avez juré que le temps où Ottawa tentait d'acheter la loyauté des Québécois avec leur propre argent était révolu, mais j'ai consulté en vain votre discours du Trône la semaine dernière pour trouver le passage qui traitait de l'urgence d'ajouter quelques miettes au régime de l'assurance-emploi.

En vous voyant octroyer par décret des circonscriptions à vos anciens organisateurs au leadership et nommer un député lieutenant-gouverneur du Manitoba pour faire de la place à un candidat-vedette de Winnipeg, je me suis demandé si vos engagements en matière de copinage valaient seulement pour les amis de Jean Chrétien et pas pour les vôtres.

Tout cela pour dire que, si jamais le Québec n'est pas au rendez-vous le 28 juin, ce sera surtout parce que vous lui avez fait faux bond.

Bonne campagne.

chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.



Des élections punitives

Michel Venne
Le Devoir lundi 17 mai 2004

Le résultat des prochaines élections fédérales, déclenchées selon toute vraisemblance dans les prochains jours, ne sera le prélude à aucun changement notable dans la conduite des affaires publiques au Canada.

Il y a cependant d'autres raisons d'aller voter. Les élections sont l'un des rares moments où les citoyens ont la possibilité de porter un jugement sur la classe dirigeante du pays. Ils jugent le gouvernement précédent autant qu'ils en choisissent un nouveau. Si l'électorat ne profite pas d'un scrutin pour exprimer la colère ou la déception qui l'habite, quand le fera-t-il?

Les électeurs pourraient s'abstenir d'aller voter en plus grand nombre encore pour manifester leur mécontentement. Cette attitude n'est toutefois guère productive, car elle a pour effet de conforter le pouvoir de ceux qui l'exercent déjà.

***

Aucun parti politique susceptible de prendre le pouvoir ne promet de modifications substantielles dans quelque secteur que ce soit.

Au Canada, le conservatisme fiscal et sécuritaire domine les politiques publiques depuis 1984, et rien ne semble sur le point de changer à cet égard.

On connaît l'adhésion de Stephen Harper aux thèses néolibérales les plus niaises. Quant à Paul Martin, il a contribué, comme ministre des Finances, à affaiblir la portée des programmes sociaux au lieu de les renouveler de manière à faire face aux mutations du marché du travail, au choc démographique et à la transformation de l'institution familiale. Un ancien chef conservateur, Joe Clark, lui a même donné son appui récemment.

Sur le plan des relations fédérales-provinciales, pour tout ce qui touche la question nationale, la dynamique d'extension des pouvoirs fédéraux va se poursuivre. Il n'y a aucune chance que le Québec soit reconnu comme une société distincte. Le surplace est assuré. Une ou deux fois par année, les provinces vont réclamer plus d'argent pour la santé à un État fédéral qui fera mine de dire non, puis qui cédera quelques deniers. Une routine infantile qui ne règle rien.

Ces élections ne permettront d'ailleurs pas non plus de régler les problèmes dans la santé. D'abord parce que ce ne sont pas les dirigeants fédéraux qui peuvent régler les problèmes de systèmes qui relèvent des provinces. Ensuite parce qu'Ottawa va encore refuser de financer ces systèmes convenablement. Enfin parce que les chefs politiques fédéraux s'en tiennent au discours convenu: ni dans un camp, ni dans l'autre, ne voit-on apparaître le début de l'ombre du commencement de la queue d'une remise en question des verrous qui empêchent ce système de respirer. Et je ne parle pas ici de privatisation.

***

Alors pourquoi aller voter?

D'abord pour protester contre l'apathie et l'autosatisfaction des gouvernants actuels.

Ensuite, pour les punir d'avoir dilapidé des fonds publics dans quelques scandales qui alimentent la presse étrangère autant que la dernière visite, vraiment too much du chanteur de U2. Commandites, registre des armes à feu, subventions du ministère du Développement des ressources humaines, autant de souvenirs qui nous sont ramenés à la mémoire par la présence dans le cabinet Martin de ministres comme Denis Coderre, Pierre Pettigrew ou Anne McLellan.

Les punir pour la démolition du programme d'assurance-chômage, qui ne couvre plus qu'un travailleur sur deux perdant son emploi.

Les punir d'avoir empêché la mise en place au Québec d'un régime de congés parentaux avantageux pour les jeunes couples et accessible aux travailleurs autonomes.

Les punir d'avoir utilisé les cotisations versées à la caisse de l'assurance-emploi pour réduire la dette du pays sur le dos des PME et des salariés qui versent ces cotisations que l'on a transformées en un impôt régressif. Ou d'avoir abandonné le financement du logement social. Ou d'avoir réduit la progressivité du système fiscal.

Les punir d'avoir pris les Québécois pour des deux de pique après le dernier référendum en parsemant la province de drapeaux et de subventions, révélant par le fait même une conception de la politique qui sied à une république de bananes.

***

Puisque rien ne changera substantiellement après les prochaines élections, voter pour un parti d'opposition ne coûte rien, et ça fait du bien.

Jean Lapierre vous dira qu'il vaut mieux voter «du bon bord». Vous lui répondrez que c'est ce que les Québécois ont fait en 2000 et qu'ils n'ont pas encore vu ce que ça leur avait donné de plus, sinon la honte d'être associés à ce que Paul Martin a vu comme l'un des pires scandales de l'histoire canadienne.

Vous ajouterez que, de toute manière, le mode de scrutin et les appuis acquis au PLC dans certaines régions du Québec assurent aux Québécois une représentation suffisante dans le futur gouvernement libéral, qu'il soit majoritaire ou minoritaire, pour pouvoir se payer, en plus, le plaisir de s'assurer une liberté de parole sur les banquettes de l'opposition.

Michel Venne est directeur général de l'Institut du Nouveau Monde. Il s'exprime ici à titre personnel.

michel.venne@inm.qc.ca



Les brebis de Télé-Québec

J - Jacques Samson
Le Soleil samedi 15 mai 2004

Éditorial - Le cas de Télé-Québec est très vite devenu un symbole lorsque l'on traite de réingénierie de l'État québécois. Or il s'agit peut-être du plus mauvais exemple si l'on veut discuter de correctifs à apporter. D'autre part, le charriage injustifié sur les périls qui menaceraient cette société d'État pourrait faire déraper une opération de dégraissage de l'appareil étatique pourtant indispensable.

D'abord, Télé-Québec ne peut servir d'exemple parce que la télévision publique québécoise a déjà subi une cure minceur radicale en 1995, sous un gouvernement péquiste incidemment. Son budget a alors été coupé de 25 millions $ et son effectif réduit de 300 employés d'un seul coup. De 731 personnes en 1995, il n'en reste plus d'ailleurs que 331 aujourd'hui. Sa programmation repose par ailleurs à 80 % sur des productions achetées du secteur privé, ce qui correspond à l'évangile du gouvernement Charest. Les bureaux régionaux ont été vidés.

Télé-Québec est aussi une mauvaise cible parce que son budget annuel de 57 millions $ représente exactement un millième du budget total de dépenses du gouvernement du Québec. Les économies encore possibles en sont vraiment de bouts de chandelles.

La seule question pertinente est donc celle que posait le ministre des Finances, Yves Séguin, en mars dernier : devrait-on fermer la boîte ? La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, et sa collègue de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, se sont empressées de donner la réponse. C'est un non catégorique. Mme Jérôme-Forget a seulement senti le besoin de bricoler un argument ridicule sur le rôle que Télé-Québec jouera dans la mise en place du gouvernement en ligne dans Internet. Il lui fallait bien sauver son image de dame de fer. Personne n'a rien compris à cette explication saugrenue et pour cause.

Dans la réalité, le gouvernement libéral n'osera tout simplement jamais enterrer une télévision publique éducative et culturelle, même si personne ne la regarde, pour ne pas porter l'odieux d'avoir sacrifié un supposé fleuron de notre identité distincte. Tous les autres discours ne sont que pures sornettes. La création d'un comité consultatif sur la mission de Télé-Québec, annoncée vendredi dernier par la ministre Line Beauchamp et la consultation publique de l'automne sur le même thème sont également des pertes de temps. Les conclusions sont écrites dans le ciel, après 20 ans de tergiversations libérales inutiles sur l'avenir de Télé-Québec. Le programme du PLQ prévoit d'ailleurs spécifiquement le maintien en vie de TQ, comme un acharnement thérapeutique, aux seules fins de rassurer les votants nationalistes que les libéraux courtisaient avant les dernières élections, alors qu'il n'est pas question dans le même sens des 280 autres organismes d'État qui feront l'objet d'un examen dans le cadre de la réingénierie.

Les promoteurs de la campagne pour soi-disant sauver Télé-Québec ne peuvent ignorer ces données. La présidente de la société, la journaliste Paule Beaugrand-Champagne, et l'animatrice Anne-Marie Dussault, aussi présidente de la Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ), font une joute purement politique contre le gouvernement Charest et son projet central de restructuration de l'État, sous le couvert de défendre Télé-Québec et leur gagne-pain. Elles s'allient de la sorte aux organisations syndicales et leurs satellites. Dans le cas de Mme Dussault, sa fonction de présidente de la FPJQ implique en plus un devoir de réserve qui ne semblait la troubler aucunement lorsqu'elle a dirigé une conférence de presse pour présenter une pétition de 365 noms dits "de prestige", et pour plusieurs en conflit d'intérêts, qui se portaient au secours de Télé-Québec.

Cette stratégie des noms "de prestige" est même d'un élitisme et d'un colonialisme culturel repoussants. Tout comme la métaphore de Mme Beaugrand-Champagne sur les vautours qui planent au-dessus des brebis de Télé-Québec, en parlant d'Astral (Historia et Canal D), relève d'une arrogance déplacée quand on diffuse des émissions comme Belle et bum, avec le très éducatif Normand Brathwaite, dont il serait intéressant de connaître le cachet pour cette indispensable contribution à la culture québécoise.

Calmez-vous un peu, personne ne vous enlèvera votre bébelle.

JJSamson@lesoleil.com



Le modèle québécois d'intégration culturelle est à préserver

Alain-G. Gagnon; Myriam Jézéquel
Le Devoir lundi 17 mai 2004

Pour une reconnaissance mutuelle et un accommodement raisonnable

Dans un monde traversé par la diversité, il est devenu irresponsable de proposer des modèles de gouverne sans égard pour la pluralisation identitaire. Les tenants du républicanisme - et ce, tant chez les fédéralistes canadiens que chez les souverainistes québécois - ainsi que les défenseurs du fédéralisme mononational n'ont de cesse de s'opposer à l'émergence de formes plurielles identitaires institutionnellement constituées ou symboliquement représentées. Ils considèrent celles-ci comme des coquetteries susceptibles de mobiliser les communautés contre l'État et ainsi d'éroder le ciment qui lie tous les citoyens à un seul projet communautaire.

Les modèles dominants de l'État-nation, de type unitaire français et de type fédéral américain ou canadien, pèchent par leur manque de flexibilité et par leur fermeture à tous projets identitaires perçus comme dissonants, susceptibles de remettre en question les fondements même de l'État déjà constitué.

Le modèle québécois de pluralisme culturel, en tant que modèle possible de synthèse des droits individuels et des droits collectifs, semble être une troisième voie entre les modes d'appartenance républicaine (française) et multiculturelle (canadienne). [...]

L'accommodement raisonnable

Dans le sillon des avancées philosophiques de Charles Taylor et, plus récemment, de Will Kymlicka et de James Tully, nous pouvons convenir que la politique identitaire est juste dans la mesure où sont respectées les conventions propres au constitutionnalisme - pensons aux principes «tullyiens» de continuité, de libre consentement et de reconnaissance mutuelle.

En bref, il importe que les groupes aient le sentiment véritable d'exister en tant que tel et qu'ils en viennent à se reconnaître mutuellement. Cette reconnaissance leur permet de participer pleinement à la vie publique, d'y échanger leurs idées librement et surtout de donner une impulsion aux grands débats de société sans laquelle il serait faux de dire que toutes les potentialités identitaires sont réalisées.

Une autre avenue nous est proposée du côté juridique. Alors que la France a voté en faveur d'une loi interdisant tout signe religieux ostensible à l'école publique au nom de la laïcité, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse au Québec, a conclu, dans les années 1990, à l'obligation d'accueillir les jeunes filles musulmanes dans la mesure où cette liberté d'expression religieuse n'entraînait pas de «contrainte excessive» en termes de sécurité. Si le port du kirpan à l'école n'a pas été autorisé en dernier ressort au Québec, ce n'est pas pour exclure le religieux de l'école mais, de l'avis de la Cour supérieure du Québec, par «devoir d'assurer la sécurité» des autres élèves.

Au-delà de l'inexistence légale de la laïcité comme principe juridique au Canada, le droit à l'égalité et à la liberté de religion garantis par la Charte canadienne des droits et libertés et par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec oblige à l'accommodement raisonnable envers ses minorités.

Au Québec et au Canada, les demandes d'accommodement raisonnable sont nombreuses et sont justifiées en termes de lutte contre les discriminations et de mesures favorables à l'intégration de la diversité dans une société libre, démocratique et plurielle. L'accommodement raisonnable oblige en effet à modifier une règle qui, dans son application, crée un effet discriminatoire (indirect) sur une personne ou un groupe en raison de ses caractéristiques particulières.

Comme mesure correctrice des discriminations et outil d'intégration des besoins particuliers, l'accommodement raisonnable entraîne la neutralité canadienne et québécoise plus loin que la laïcité française en matière de protection de la liberté de religion. Elle conduit à plus de souplesse dans l'accommodement de ses minorités. La société doit faire place à toute la diversité des individus dans la limite de l'harmonie du vivre ensemble. L'accommodement raisonnable devient de la sorte un frein à l'oeuvre de normalisation du droit qui tend à ériger les normes de la majorité en valeurs dominantes.

La notion d'accommodement raisonnable contribue à rendre le droit réceptif aux besoins particuliers des minorités, animé par un désir d'équité qui rompt avec une conception uniformisante de l'égalité. Sa justification s'inscrit aussi dans la politique québécoise d'intégration établissant un «contrat moral d'intégration» qui rend la société d'accueil et les immigrants solidairement responsables de résoudre les conflits de normes d'une façon qui articule le droit à l'égalité et à la cohésion de la société d'accueil.

L'accommodement raisonnable prend appui sur le droit reconnu à l'immigrant de progresser dans sa culture d'origine. La promesse de ces adaptations réciproques est qu'à long terme l'immigrant développe progressivement un sentiment d'appartenance à la société d'accueil jusqu'à devenir sa première appartenance.

Quand la clarté attise la xénophobie

[...] Prendre au sérieux une politique de la différence implique davantage que quelques arrangements politiques et quelques pratiques d'accommodements. Mais ce sont les contours de cet engagement qui restent à définir. Jusqu'où intervenir dans la sphère des droits collectifs? Jusqu'où avancer des mesures de discrimination positive sans entrer en conflit avec les principes reconnus d'égalité des chances, sans nuire à l'égalité des conditions? Les idéaux d'égalité peuvent-ils s'accommoder d'une certaine ethnicité opportuniste sans renier l'égalité des chances? Comment parvenir à ce que l'acceptation d'un certain communautarisme n'efface pas les différences individuelles?

L'État aura beau jeu de se barricader derrière une loi «claire». Et si cela ne suffit pas, il pourra détourner le débat par un «procès» sur les dangers d'un intégrisme religieux («la République ou la Barbarie»). Mais ce ne sont là que stratégies d'affrontement, de contournement et d'égarement politique qui contribuent à alimenter la xénophobie plutôt que de faire preuve de tolérance. Des stratégies contestables et un bien mauvais pari idéologique et politique en somme.

Dans la mesure où ces «laissés pour compte» de la citoyenneté ne se reconnaissent pas dans une identité commune, c'est qu'il revient à l'État de créer un espace plus ouvert aux identités complexes, en pensant les formes politiques de reconnaissance des identités plurielles.

En ce sens, l'affaire du foulard, de même que celles du kirpan et du turban, posent la question de l'expression des identités dans la sphère publique et relancent le débat opposant les tenants d'un libéralisme républicain étroit aux défenseurs d'une politique de la reconnaissance.

L'avenir des démocraties pluralistes passe par une «laïcité» intégratrice des différences. Contre l'intransigeance d'un anticléricalisme sans concession, de nouvelles voies s'expriment sur la nécessité d'une «laïcité ouverte», une «laïcité plurielle» capable de susciter le lien social. L'intégration doit être repensée car, réduite à une égalité formelle de droits, elle crée une citoyenneté amoindrie. [...]

Un budget qui mine le modèle québécois d'intégration

Sans partager les frayeurs «communautaristes» des Français jacobins ni adopter le multiculturalisme canadien, l'originalité de la politique interculturaliste du Québec a été de chercher à articuler l'identification à un pôle identitaire commun (la langue et les valeurs libérales communes) et le respect des particularismes (le pluralisme identitaire). Le Québec refléterait ainsi davantage cette société inclusive fondée sur une conception plus équilibrée de la citoyenneté, sur la base d'un «contrat moral» liant la société d'accueil et les immigrants dans une responsabilité partagée.

Force est de constater que le modèle québécois d'intégration a été frappé de plein fouet par le budget Séguin. Alors que le Québec, toutes formations politiques confondues, a fait des pas importants en vue de l'intégration des immigrants au cours des 25 dernières années, il s'en trouve au gouvernement qui proposent, au nom de la rationalité budgétaire, des coupures tous azimuts sans en mesurer l'impact social. [...]

Ainsi le ministre des Finances Yves Séguin a coupé de 56% la programmation d'intégration linguistique du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI), faisant passer ce poste budgétaire de 11,4 millions à cinq millions. Le programme de régionalisation des immigrants a aussi été amputé de façon importante, selon les données rendues publiques, dégringolant de 2,3 à seulement 1,7 million. Ces décisions à courte vue nuiront à l'insertion des immigrants sur le marché du travail et à leur intégration aux divers milieux de vie au Québec, faisant de Montréal le seul lieu d'interface.

Les gouvernements québécois nous avaient habitués à une autre manière de faire. Comment la ministre Michelle Courchesne, titulaire du MRCI, peut-elle affirmer qu'elle veut redonner à son ministère «sa mission essentielle, qui n'est pas le soutien social, mais l'accueil et l'intégration». Cela passerait-il par les compressions annoncées dans le budget aux allocations de formation qui passent de 150 à 30 $ par semaine? On sait déjà que 60 % des immigrants parviennent à bénéficier des programmes de francisation à l'intérieur de cinq ans après leur arrivée en sol québécois. Les ressources ne suffisent tout simplement pas, les incitatifs sont insuffisants et on voudrait diminuer davantage la contribution aux programmes d'insertion et de francisation.

Le gouvernement du Québec profite présentement d'une entente fédérale-provinciale sur l'immigration qui prévoit des transferts fédéraux de 157 millions pour cette année et respectivement de 164 et de 172 millions pour les années 2003-2004 et 2004-2005. Le gouvernement fédéral sera en droit d'exiger à terme des comptes dans ce champ de compétence malmené sur le plan budgétaire alors que nous aurions été en droit de nous attendre à des augmentations.

Il faut espérer que le gouvernement se ressaisira rapidement et mettra à la disposition des immigrants les ressources nécessaires à leur insertion sociale et à leur entrée éventuelle sur le marché. Les immigrants constituent une force essentielle au Québec de demain et leur apport à la consolidation du français comme langue commune est vital au modèle québécois d'intégration.

Or ce modèle ne pourrait-il pas servir de troisième voie entre la fusion et le différencialisme, entre l'homogénéisation et la fragmentation, entre l'assimilation et la séparation? [...]

Alain-G. Gagnon : Titulaire

Myriam Jézéquel : Chercheuse associée. Chaire de recherche du Canada en Études québécoises et canadiennes (CREQC), Université du Québec à Montréal



Immigration: Québec veut serrer la vis

Mylène Moisan
Le Soleil samedi 15 mai 2004

"Le contrôle est à 100 % usurpé par la ministre", dénonce un spécialiste

Le gouvernement du Québec entend exercer un plus grand contrôle sur la provenance des immigrants qu'il accueille, en se réservant, entre autres, le droit de cesser d'accepter les demandes provenant d'une région particulière.

Le projet de loi 53 déposé jeudi à l'Assemblée nationale prévoit des mécanismes pour juguler un flux trop important de demandes, advenant que les services d'immigration du Québec ne soit plus en mesure de les traiter à l'intérieur de délais raisonnables. Même si le texte ne fait pas explicitement mention du Maghreb, c'est précisément pour ce coin du globe que la législation prévoit cette importante modification.

Presque 20 000 demandes en provenance du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie attendent sur les bureaux d'une douzaine de fonctionnaires à Montréal. Depuis quelques mois, le gouvernement du Québec avise d'ailleurs les nouveaux requérants qu'ils devront attendre de cinq à sept ans pour une première rencontre avec un fonctionnaire en vue d'obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ).

À l'heure actuelle, le gouvernement encaisse 300 $ par demandeur plus 100 $ pour chaque membre de la famille supplémentaire, bien qu'il ne puisse donner suite à la requête avant un certain nombre d'années. Si le projet de loi est adopté, Québec pourra non seulement arrêter par décret de recevoir les demandes pour un "bassin géographique" donné, mais il renvoyera à l'expéditeur celles qu'ils a déjà reçues et qui n'ont pas été traitées.

Patrice Brunet, président de l'Association québécoise des avocats en droit de l'immigration, est littéralement "furieux" de voir que "la ministre s'arroge le pouvoir absolu de suspendre la réception des demandes un an à la fois. Avec la rétroactivité, quelqu'un pourra appliquer, se voir retourner sa demande, réappliquer et se voir encore retourner sa demande. On ne joue pas avec la vie des gens comme ça !"

Quant aux niveaux d'immigration, il reviendra à la ministre de les établir à l'intérieur d'un plan annuel, qu'elle déposera à l'Assemblée nationale. Ce plan devra contenir "le nombre maximum ou estimé de ressortissants étrangers pouvant s'établir au Québec ou de certificats de sélection pouvant être délivrés". Les objectifs pourront être établis en fonction des catégories de ressortissants ou selon un bassin géographique déterminé.

"Le contrôle est à 100 % usurpé par la ministre, qui a tous les pouvoirs pour établir la répartition, qui détermine seule les niveaux d'immigration. On sera mis devant le fait accompli une fois par an", dénonce Me Brunet, dont l'association aurait apprécié, à l'instar des autres organismes touchés par le projet de loi, avoir son mot à dire avant qu'il ne soit déposé à l'Assemblée nationale.

Par ailleurs, le projet de loi prévoit d'abolir, pour les ressortissants, l'obligation d'obtenir un "certificat du ministre pour recevoir un traitement médical au Québec". Au bureau de la ministre Michelle Courchesne, on explique que cette modification vise à éliminer l'actuel dédoublement entre le MRCI et la Régie de l'assurance-maladie du Québec, déjà chargée de cette procédure.

Aux prises avec la multiplication de ces démarcheurs qui invitent les gens de différents pays à venir au Canada, le gouvernement a également l'intention d'"établir des normes de qualification pour la reconnaissance des consultants en immigration". Une autre aberration, vilipende Me Brunet. "C'est complètement farfelu. Ça n'existe nulle part ailleurs qu'un gouvernement qui dispose d'une demande décide aussi de qui agira comme représentant devant lui. C'est du jamais-vu, en plus, qu'un gouvernement réglemente des professionnels au lieu de laisser ça à un ordre, comme ça se fait habituellement."

MMoisan@lesoleil.com



Maître de notre langue

Luc Perrier
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 mai 2004

Lettres : Montréal, le 5 mai 2004

Je félicite Bruno Roy de défendre si énergiquement ce «Montréal, ville internationale de langue française». Je partage entièrement ses opinions, particulièrement lorsqu'il dit, à propos de la charte montréalaise: «Jamais, cependant, dans l'un ou l'autre de ses articles, il y est question de préserver l'environnement linguistique de la majorité francophone à Montréal.»

Ne nous manque-t-il pas le pouvoir nécessaire pour résoudre cet épineux problème ? Quand le Québec pourra-t-il défendre son identité, décider de ses ports, de ses aéroports, de son territoire, de sa langue d'usage ? Quand penserons-nous librement, sans nous faire dicter le mode d'emploi par Ottawa ? Naturellement, campagne électorale oblige, après le coup de pied des commandites (le scandale du siècle), Paul Martin va nous en mettre plein la vue d'opérations cosmétiques et de saupoudrages de toute sorte. Pour mieux nous acheter. Comme si nous étions à vendre. Méfions-nous de ce renard !

C'est un pays qu'il nous faut, dans lequel nous serons maîtres de notre parler, sans demander à Ottawa la permission d'ouvrir la bouche. Ne sommes-nous pas fatigués de vivre sous tutelle ? Notre situation frise le ridicule. Et nous payons, à coups de milliards, ce détournement de fonds humains. Avons-nous les instruments nécessaires pour défendre notre langue sans l'ingrédient majeur, l'indépendance ?



Nouvelle solidarité francophone ?

Adrien Cantin
Le Droit lundi 17 mai 2004

Forum - Si on doit finalement mettre fin au climat d'indifférence, d'ignorance et de méfiance qui caractérise très souvent les relations entre Québécois et francophones des communautés minoritaires ailleurs au Canada, le Forum de la francophonie qui s'est déroulé il y a deux semaines, à Québec, est probablement un bon début.

Environ 200 personnes y participaient, à l'invitation du ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier.

Surtout des représentants des communautés francophones de l'ensemble du pays et des leaders Québécois de divers secteurs d'activités. Peu de politiciens, pas beaucoup de fonctionnaires. On y a discuté de l'état des relations entre les Québécois et les autres francophones du pays, de ce qu'ils ont en commun et de la pertinence d'établir des liens plus solides. "Amis francophones du Canada, tenez-vous le pour dit, à compter d'aujourd'hui, le Québec est de retour", a déclaré M. Pelletier au terme des deux jours de discussions.

Pour ceux qui n'avaient pas remarqué, le Québec et la francophonie d'ailleurs au Canada étaient rendus pas mal loin l'un de l'autre. Ce n'était pas arrivé par hasard. Aux États généraux du Canada français de 1967, auxquels tout le monde participait, les Canadiens français du Québec, comme on disait à l'époque, avaient annoncé aux autres qu'ils changeaient leur nom et qu'il ne fallait plus, désormais, trop compter sur eux.

Le schisme

Les Québécois, c'est ainsi qu'ils allaient maintenant s'appeler, avaient un projet de société à définir, un projet national, et ça n'incluait pas les "hors-Québec". Ceux-ci rentrèrent chez eux consternés, eux-mêmes forcés de se redéfinir, sans le grand frère sur lequel ils s'étaient toujours tellement appuyés. Au cours des trois décennies suivantes, chacun a construit sa maison le dos tourné l'un à l'autre. Le Québec a achevé sa Révolution tranquille et a fermement pris sa place au Canada, en Amérique du Nord et dans le monde. C'est aujourd'hui un état moderne et progressiste qui a donné à notre langue et à notre culture communes de solides garanties juridiques et un contexte dans lequel elles peuvent grandir et s'épanouir. Les autres, minoritaires, se sont équipés pour la guérilla et se sont donnés des outils de combat. Petit à petit, ils ont arraché de quoi survivre, souvent avec de lourdes pertes, réussissant quand même à raffermir leurs réseaux d'institutions et à faire des gains parfois considérables.

On connaît, bien sûr, l'histoire des luttes scolaires, sur le terrain et devant les tribunaux, et celle d'un certain hôpital qu'on a voulu fermer. Et il y en a eu d'autres. Des taloches, parfois vigoureuses, ont été échangées. Les francophones d'ailleurs au Canada, qui oubliaient difficilement l'insulte de 1967, ont parfois été perçus comme un boulet dans la réalisation du projet québécois.

Des insultes furent échangées ("dead ducks", "cadavres encore chauds", etc.), du mépris fut manifesté, de perverses alliances furent conclues avec des tiers et on s'ignora pendant de longs moments. Mais aujourd'hui, au bout du compte, Québécois et francophones d'ailleurs au Canada sont toujours là pour en parler, les uns et les autres beaucoup plus forts qu'ils l'étaient il y a 30 ans et, peut-être, disposés à renouer leur ancien lien de complicité.

Valeur ajoutée considérable

Ce serait une bonne chose pour les communautés minoritaires qui savent bien que le Québec est le coeur de la francophonie nord-américaine et qui ne demandent pas mieux que de suivre son leadership à condition qu'il respecte leurs particularités. Et ce serait aussi une bonne chose pour le Québec dont les leaders et les citoyens ne soupçonnent pas la riche contribution des francophones de tout le pays à son essor culturel et économique. Chaque année, par exemple, les conseils scolaires de langue française de tout le pays passent des commandes de plusieurs millions $ pour des manuels scolaires et du matériel éducatif aux éditeurs québécois. Pour certains d'entre eux, c'est la différence entre la survie et la faillite. L'intégration complète, récemment, des caisses populaires ontariennes, manitobaines et acadiennes au réseau Desjardins, a gonflé l'actif de cette société d'environ cinq milliards $ en plus d'enrichir considérablement le portefeuille des fonds mutuels Desjardins pour lesquels les caisses de ces communautés agissent désormais comme courtiers. Côté médias les revues, magazines et journaux québécois sont abondamment consommés par ce million de francophones disséminé ailleurs au Canada, qui représente plus de 15 % du marché francophone au pays. Le tiers des abonnés du journal Le Droit que vous lisez présentement et qui est de propriété québécoise, habite en Ontario. Le livre québécois vendu dans les librairies de langue française à Ottawa, Hawkesbury, Toronto, Hearst ou Sudbury (quatre de ces cinq villes tiennent annuellement un salon du livre français) représenterait une somme considérable, si on se donnait la peine de compter. Et cela n'inclut pas les commandes par Internet.

En plus des ventes de disques compacts, leurs tournées en Acadie, en Ontario et dans l'Ouest viennent arrondir de façon intéressante les fins de mois des artistes québécois de la scène. On s'en rendra compte, notamment, sur la grande scène du Festival franco-ontarien, le mois prochain, et aux fêtes de la Saint-Jean-Baptiste un peu partout dans ces communautés, le 24 juin.

Et, bien sûr, nous ne parlerons pas d'Antonine Maillet ou de Daniel Lavoie, de Diane Robert (la productrice de Denys Arcand) ou de Daniel Poliquin, de Carmen Campagne, d'Édith Butler, ou de Luce Dufault, ni même de Paul Desmarais, Jean-Louis Lévesque, Henri Bergeron ou Olivier Guimond, qui ont tous une chose en commun : ils sont nés à l'extérieur du Québec.

"Le Québec est de retour", disait Benoît Pelletier. Magnifique. Si on commence à travailler tous ensembles (sic) pour vrai, ça va être laid.

editorial@ledroit.com



Making lemonade out of amalgamated city

Ricky Blue
West Island Chronicle 12 mai, 2004

Montreal executive committee member Robert Libman has been talking about nothing but the de-merger referendum for the last two months. Proverbial wisdom rolls off his tongue.

“You’re damned if you do and damned if you don’t,” he said.

He supports the mega-city. I wanted to know why. A couple of years ago he was leading the fight to keep our little towns. “We knew that the Parti Québécois government wanted to stick it to the non-francophone suburbs. They wanted to wipe out what they saw as the last bastion of non-francophone power. They would force the suburbs to merge with Montreal and then watch as Montreal sucked them dry. Well, we fought it. We marched in the streets. We even challenged it in the courts.”

“You were magnificent,” I nodded.

“But we didn’t put all our eggs in one basket! When the courts ruled that municipalities were creatures of the provincial government so the forced merger was legitimate, we had a contingency plan. We united and took power away from Pierre Bourque. They wanted to wipe out the municipalities. We wiped them out! Thanks to the suburbs we took control of Montreal City Hall. That is what they had not foreseen. The suburbs could vote as a block and rule the city, while the east end remained divided. And by controlling the city we brought in the culture of the smaller communities. We might even get the government to recognize the autonomy of those communities. Isn’t it better to be in there and have a decisive unified voice than to be shut out?”

“So the mega-city is: The Revenge of the ‘Burbs!” I offered.

“Yes. And the city council of Montreal is very important to Quebec. Montreal has half the gross domestic product of the province. And we are changing the culture of that council. Forty per cent of it is now non-francophone. Seven out of 11 members of the executive committee are now non-francophone. Caucus meetings are conducted in 60 per cent English.” Fiendishly clever, I thought. While the French press blindly accuses the de-merger forces of being a recidivist group of anglophones, the ex-leader of the Equality Party himself is quietly taking over Montreal City Hall — and 50 per cent of the province — from inside. This stroke of Machiavellian misdirection won my profound respect.

“Look, if we had the chance to go back to what we had before it would be very difficult for me to defend the merger. But we don’t. Any town that de-merges now will be at the mercy of the agglomeration council, the clearest example of taxation without representation you’ll see anywhere in the free world. So I choose the lesser of the two evils.”

“But is it not unfair that a booming, business-friendly suburb like Kirkland be punished for its success?” I asked. “It is flourishing precisely because it is everything the City of Montreal is not.”

“We have to bring that pro-business, can-do, West Island culture to the City Hall of Montreal. Maybe that will help restore our city to its former glory.”

“Right on. So, do you have any regrets?”

“It has not been easy,” he admitted. “Former friends and colleagues criticize me personally. I am looking forward to June 21. All I can say is: Were we screwed? Yes. But let’s move on. Perhaps we can turn this lemon into lemonade!”

• Ricky Blue, a Beaconsfield resident, is half of the Bowser and Blue comedy act.

Source: The Chronicle


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Un petit nationalisme fier-pet

Nic Payne
TRIBUNE LIBRE 17 mai 2004

Montréal, le 16 mai 2004 - Quinze ans plus tard, la '' société distincte '', malgré son rejet -- on se demande encore pourquoi -- par le Canada, continue son petit bonhomme de chemin et a su se maintenir dans le vocabulaire socio-politique usuel québécois. Bien qu'en soi, elle soit toujours aussi puissamment insignifiante, le passage du temps a transformé cette expression en une sorte de symbole. La '' société disdincte '' représente aujourd'hui la quintescence du regardage de nombril québécois. Elle est devenue une sorte de bouée de dernier recours à laquelle s'accroche un peuple condamné à se regarder et à contempler sa différence pour se convaincre qu'il existe.

Même si on l'utilise souvent de façon cynique ou mi-sérieuse, cette sordide expression s'incruste dangereusement dans notre lexique. J'entendais récemment parler de la génération des quinze à dix-huit ans, qu'on appelle parfois, semble-t-il, '' les enfants de la société distincte ''... C'est épouvantable; que je ne voudrais pas être l'enfant de quelque chose d'aussi mièvre ! C'est comme si on les appelait " les enfants de l'échec '', ou du vide, ou du nombrilisme. Je ne sais pas qui a pensé à cette appellation burlesque mais franchement, ce n'est pas glorieux. À ce compte là, la génération X roule en Rolls Royce.

La tristement surprenante durabilité de la '' société distincte '' fait la preuve que le Québec est encore le royaume du ici, du chez-nous, du nous-autres et d'un petit nationalisme fier-pet qui fait tout sauf s'assumer.



TRIBUNE LIBRE

Les séparatistes de Baie D'Urfé...

Nic Payne
TRIBUNE LIBRE 17 mai 2004

Montréal, le 17 mai 2004 - Je comprends Baie D'Urfé de vouloir se séparer du grand Montréal. Baie D'Urfé, on le sait, abrite une nation qui jadis, après avoir fondé Montréal, fut conquise et confinée de force au statut de simple région administrative subordonnée au gouvernement central.

Après un déclin démographique dramatique, et malgré les objectifs d'assimilation ouvertement poursuivis par le conquérant, Baie D'Urfé demeure aujourd'hui titulaire d'une langue, d'une culture et d'une identité qui la différencient du reste de l'Amérique Du Nord.

Ces caractéristiques, de plus en plus minoritaires et sans cesse menacées d'affaiblissement, furent préservées à force de détermination, malgré un criant manque de reconnaissance de l'entité politique Montréalaise, par cette petite nation prospère, dynamique, exportatrice de talent et grande contributrice au développement de Montréal.

Dans ces circonstances, il est odieux de persister à noyer la fragile identité Baie D'Urfoise -- ou Baie D'Urfienne ? -- dans l'océan montréalais, dont les aspirations sont en perpétuelle concurrence avec les besoins légitimes des Baie D'Urfois -- ou Baie D'Urfiens --.

Au nom de la démocratie et du droit des peuples à l'autodétermination, appuyons sans réserve les séparatistes de Baie D'Urfé.



TRIBUNE LIBRE

CHANGER QUOI, MONSIEUR BÉCHARD?

Patrice Boileau
Directeur des communications au Conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly
Propos personnel
TRIBUNE LIBRE 17 mai 2004

L’ancien recteur de l’Université de Sherbrooke, monsieur Bruno-Marie Béchard, a confirmé qu’il briguera l’investiture libérale fédérale dans cette circonscription estrienne. L’ancien souverainiste déclare vouloir changer les choses au sein d’un nouveau gouvernement dirigé par Paul Martin. Présent à la conférence de presse, le laquais de l’employé de Bay Street, Jean Lapierre, cachait mal sa satisfaction de voir la nouvelle recrue dévoiler publiquement sa naïveté face à la déception qui l’attend. Car tous savent que la présence de francophones dans un gouvernement canadien ne fait qu’affaiblir le Québec. Cosmétique est le rôle des Québécois à Ottawa parce qu’ils ne totalisent que 20% de la population canadienne. On gouverne pour la majorité, pas la minorité.

Où diable monsieur Béchard voit-il l’ouverture chez Paul Martin, lui qui a asséné deux soufflets à Jean Charest dernièrement concernant les demandes de l’Assemblée nationale de récupérer davantage de ses taxes qu’elle envoie à Ottawa? Le nouveau maître à penser de monsieur Béchard montre bien, à l’aube de la campagne électorale, qu’il demeure intraitable et compte conserver la pleine maîtrise des sommes qu’il soutire du Québec.

Un gouvernement canadien administré par les libéraux de Paul Martin poursuivra sa tendance dominatrice. Malgré les travailleurs saisonniers des régions québécoises qui crèvent de faim, la caisse de l’assurance emploi à laquelle ils contribuent restera hors de portée. Lui seul décidera de l’ampleur des montants à allouer à Québec et des critères pour que l’Assemblée nationale les obtiennent. La santé a besoin de financement? Qu’à cela ne tienne : Ottawa voudra peut-être obtempérer, éventuellement, à ses conditions. Les municipalités souffrent parce que les paiements de transfert de Québec sont trop maigres? Encore là, un gouvernement Martin se chargera de les secourir en partageant ses recettes qu’il tire de sa taxe d’accise. Pas question de donner une chance donc à l’Assemblée nationale, de faire valoir son efficacité quant à la gestion de ses responsabilités constitutionnelles. Que Jean Charest hausse les impôts s’il manque d’argent : en promettant de les baisser, c’est qu’il doit bien jouir d’une marge de manœuvre, d’ironiser le chef de l’État canadien.

Il importe pour Paul Martin d’amplifier le plus possible le mécontentement et la morosité des Québécois envers Québec. Ce climat social de méfiance qui démobilise les gens face aux difficultés de l’Assemblée nationale perdure depuis 1996. La stratégie fédérale fonctionne à merveille. Elle a fait une autre victime et non la moindre: un recteur d’Université.

Complètement mystifié par l’astuce d’Ottawa, voyant l’avenir bloqué à l’Assemblée nationale, Bruno-Marie Béchard se tourne vers les Communes qu’il cible correctement comme source du problème. Cependant, totalement étourdi, l’homme s’est trompé de camp.

Le réveil sera brutal lorsque la députation ontarienne de sa « nouvelle famille » le sommera de se soumettre à son autorité canadienne, comme elle s’apprête à le faire avec Jean Lapierre.

Vaut mieux que les deux hommes évitent cet humiliant rappel à l’ordre: souhaitons-leur la défaite le 28 juin prochain. Maman Béchard, une ardente souverainiste dit-on, consolera alors son fils et le réintègrera dans sa vraie famille québécoise, qui lui pardonnera son égarement.



TRIBUNE LIBRE

Un parti propre au Québec

Félix Pinel
TRIBUNE LIBRE 17 mai 2004

Voici le nouveau slogan du Bloc Québécois pour la campagne électorale à venir. Un petit côté baveux et un petit côté subtil, ça me plaît vraiment. Le milliardaire-à-Paul-Martin va connaître un échec retentissant au Québec, c'est le retour du balancier!!! Notre pays, nous l'aurons!

Ceux qui ne voteront pas BLOC, cautionneront le fédéralisme canadien et ses ratés. Ceux qui ne voteront pas BLOC, cautionneront l'aliénation du droit démocratique des Québécois à l'autodétermination, car tous les autres partis ont appuyé la loi C-20, juste ça devrait être suffisant pour que tous les démocrates se rallient, souverainistes ou non. Le Bloc n'est pas une menace directe à l'unité canadienne, ne vous inquiétez pas (sic).

Pour les souverainistes qui ne voient pas la pertinence du BLOC, pensez à la visibilité que le BLOC procure à notre option, dans le Canada, mais aussi dans le monde. L'élection massive de bloquistes au Québec, de néo-démocrates dans les maritimes et de conservateurs dans l'ouest, va créer un régionalisme dangereux pour l'unité canadian.

Le PQ et le Bloc sont tous deux souverainistes, mais seul le PQ peut conduire à la sécession du Québec par la "voix"* démocratique. Le Bloc doit quant à lui initier l’implosion du Canada, qu'annonce le très pertinent JRM Sauvé. Les bloquistes élus devront dénoncer les abus du gouvernement canadien au Québec et partout au Canada. Ils devront aussi tenter de rallier des Canadiens d’autres provinces et territoires. Ils devront se faire champions du démembrement canadien!

L’indépendance du Québec annonce la mort du rêve canado-britannique (Coast to coast, Pfffea!). Le peuple canadien au grand complet sera bien mieux servi par une administration non-centralisée, ce territoire est tellement grand, les gens du BC jusqu'à l'IPE n'ont pas à être dirigés par la clique d'Ottawa, les Québécois non plus.

*La voix du peuple, l'exercice démocratique



TRIBUNE LIBRE

Le beau salaud Gérald Larose dénoncé par un pisse-vinaigre

François Perrier
TRIBUNE LIBRE 17 mai 2004

Je me réfère à la manchette de Vigile du vendredi le 14 mai 2004, "Robert Libman - un beau grand salaud (bastard)". Manchette suivit d'une autre "(Gérald Larose a demandé au maire Gérald Tremblay de se dissocier de cette manière de présenter les choses"). Celle-ci s'ouvre alors sur une dépêche en provenance de la Presse canadienne reprise dans Cyberpresse.ca, où on affirme que "M. Larose estime que l'analyse présentée par M. Libman, avec ses références ethniques, frôle un type de racisme dont ce dernier ne s'est jamais retenu d'accuser les francophones".

On nous en dirait tant !! Gérald Larose est lui-même un beau grand salaud, tout comme le sioniste Libman et j'appelle à la barre des témoins un texte déjà publié dans la TRIBUNE LIBRE DE VIGILE, le 4 mars dernier. Il y a des rappels qui ne sont pas superflus. Larose crie aujourd'hui au viol de la langue française à Montréal, alors qu'il est l'artisan principal de ce viol.

Une nation qui ignore les trahisons de ses 'cheufs' est destinée à mourir. À force de nous vautrer dans les 'àplatventrismes' de nos 'zélites' qui font semblant de vouloir notre bien, nous allons perdre le droit à l'existence. Nous avons donc le devoir "d'écraser" (dixit en 1995 le fédéraste Claude Garcia) tous les Robert Libman racistes, et écarter tous les "font semblant" du genre Gérald Larose. Comme dit si bien Chuck Guite, "nous sommes en guerre."

Enfant, je me souviens que "nous" les Canadiens-français étions une force dans l'Est ontarien. Elmer Smith dans son essai "Le Franco-Ontarien : Une histoire de prostitution" (Récit Le Nordir, 1996) décrit tous les accommodements grassement rémunérés à l'auge de l'État canadiAn, par nos bons Canadiens-français 'moneyables' -- tout comme la médiocratie péquissse à soudoyé nos zélites québécoises collabos, à coup de faveurs et de contrats entre petits zamis depuis 1982, alors qu'ils sont au pouvoir. (Smith, malgré son nom est un patriote canadien-français, de l'époque où nous avions encore un pouvoir d'attraction culturel chez les altérités).

L'Ontario français y compris l'Est franco-ontarien ne répondent déjà plus -- on préfère se définir "bilingues" plutôt que Canadiens-français. Les Acadiens se confondent en dénis formels des déportations subies et de l'ethnocide qu'ils endurent présentement aux mains de l'État canadiAn unitaire, unilingue et centralisateur. Montréal la métropole du seul État français d'Amérique, conduit ses affaires à 60% en anglais sous la direction d'un maire Tremblay éminemment vendu à la cause d'une "bonne entente" à sens unique. Alors que Gérald Larose s'indigne des propos racistes de Libman et Guy Bouthillier traite Raymond Villeneuve de "ti-cul", pour être descendu dans la rue afin de défendre la langue française. Ils rêvent du retour au pouvoir en 2007/08 d'un pécule àplatventriste élitiste péquiste, toujours sous la direction du 'tombeur' de la nation, Bernard Landry.

Ceci, afin de recommencer à temporiser, pour achever de vendre leur propre nation de souche française aux plus offrants. La louisianisation du Québec à brève échéance -- "Peace in our time" comme disait Neville Chamberlain en 1938. Les accommodements des Larose dans le sillon du 'turncoat' Benedict Arnold, ceux du collabo norvégien Quisling et du français Pétain d'un accompagnement dans la non ingérence. "Ma gang de malades" comme dit le chansonnier du joual Daniel Boucher -- membre émérite du Conseil de la pseudo souveraineté. Voici donc le texte publié dans la TRIBUNE LIBRE de VIGILE le 4 mars 2004, écourté quelque peu (ma non troppo) pour éviter des répétitions pourtant salutaires.

"Ma gang de malades" -- à chanter sur un air connu de Boucher. Se réfère aux deux communiqués émis par son président Larose le 23 février dernier, à propos des exactions que le Canada-anglais fait subir présentement aux Québécois.

Gérald Larose est de cette race des 'tombeurs' de notre pauvre nation française du Québec. Et un bien petit 'boy-à-tout-faire' des CanadiAns sur notre territoire national. Sans mentir, son ramage "faire semblant" et mensonger se rapporte à son plumage pseudo souveraineux, alors qu'il affaiblit toujours plus le pauvre peuple québécois français devenu l'ombre de lui-même, depuis que l'aile néolibérale civique et pluraliste du PQ s'est accaparée du pouvoir au sein de ce parti en 1978.

Par voie de communiqués Larose a fustigé le gouvernement canadiAn pour son centralisme unitaire. Puis commentant le décès de Claude Ryan, il qualifie "d'honnêtes" (SIC) les tentatives 'autonomistes' de ce dernier pour décentraliser le Canada. Faut dire, que tel que cité par la Presse canadienne le 19 mars 2001, M. Larose avait déjà affirmé que "Le français" (au Québec) "est admis par tous comme langue commune". (RE-SIC !!). Quand on peut dire de telles inanités on peut ensuite prétendre n'importe quoi, n'est-ce pas !! M. Larose en tant que président du Conseil de la pseudo-souveraineté, s'est rendu coupable en l'an 2000, de tout ce dont il accuse aujourd'hui Libman et le maire Tremblay.

PARCE QUE en tant que président de la Commission sur la langue française, et COMMENSAL du PQ civico-pluraliste, Larose détenait le pouvoir de corriger la situation précaire de la langue française au Québec, spécialement à Montréal. Aujourd'hui ses accusations gratuites et sournoises à l'endroit des CanadiAns Libman et Tremblay suintent d'hypocrisie !

Bien concrètement je peux témoigner des veuleries de M. Larose. J'étais présent dans la salle d'audience à la Maison du citoyen à Hull, le 6 décembre 2000, quand sa commission a siégé. Un groupe de francophones du Pontiac québécois étaient alors venus témoigner de toutes les exactions assimilatrices subies, génération après génération, sous la tutelle de l'Église québécoise et ses enseignants anglos catholiques complices, dans cette région frontalière pourtan