Actualité





De l'obsession ethnique

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 20 mai 2004

Le mouvement de défusions municipales - cette boîte de Pandore ouverte par les libéraux - est déjà assez pénible sans qu'on ait besoin des déclarations incendiaires des Diane Lemieux et des Gérald Larose, qui font tout pour raviver des tensions linguistiques que rien dans la réalité ne laisse présager.

Mme Lemieux, la critique péquiste en matière municipale, n'avait rien d'autre à dire, sur un mouvement de défusion qui apparaît beaucoup plus fort que prévu, que de ressortir, en termes désespérément simplistes, la vieille rengaine antianglaise: " Dans l'est de Montréal, ils vont dire: Cou'don, dans l'Ouest, ils ne nous aiment pas? Pourquoi ils veulent pas être avec nous? "

En fait, " dans l'est de Montréal", il n'y a eu que Diane Lemieux pour réagir de la sorte. Au contraire, on note - et c'est dommage - un manque flagrant d'intérêt des résidants de la ville centrale pour la sauvegarde de la mégaville."

Loin de se sentir, comme le prétend Mme Lemieux, " victimisés " par les menaces de défusion, les francophones de Montréal-la-petite regardent passer le train sans passion. La passion, elle est dans le camp des défusionistes, et elle parle français autant qu'anglais, elle est à Sillery aussi bien qu'à Westmount, et à Boucherville autant qu'à Pointe-Claire.

Non seulement Mme Lemieux est-elle la seule personne (à part M. Larose) à voir un affrontement linguistique dans cette révolte de contribuables qui déborde largement de l'île de Montréal, elle prédit déjà que la défusion entraînera la " rupture " entre les deux communautés! Cet enthousiasme pour les scénarios catastrophe est suspect: Mme Lemieux saliverait-elle déjà à l'idée d'une nouvelle guerre linguistique susceptible d'apporter de l'eau au moulin de la Cause?

Mais la pauvre aura beau essayer, elle n'arrivera jamais à égaler Gérald Larose dans l'art de transformer un nid-de-poule en cratère nucléaire et une fronde municipale en guerre cosmique.

Faisant décidément flèche de tout bois, le président du Conseil de la souveraineté s'en est pris sauvagement à Robert Libman, membre du conseil exécutif de Montréal, l'accusant d'être en proie à une " obsession ethnique (qui) s'apparente à une forme de racisme ".

Qu'avait donc fait M. Libman pour s'attirer de telles insultes? Avait-il prêché la défusion en lançant des messages de haine contre les francophones?

Au contraire! Le conseiller des arrondissements de Côte-Saint-Luc, Hampstead et Montréal-Ouest, allant assez courageusement contre l'opinion prédominante de ses commettants, s'efforçait au contraire de défendre la mégaville. À ces fins, il donnait l'autre jour une entrevue au Chronicle, un hebdo du West Island, entrevue dans laquelle il fournissait des raisons pour voter contre la défusion.

À ses lecteurs anglophones, M. Libman expliquait que les non-francophones et les habitants de la banlieue ouest sont " au coeur de l'action " dans la mégaville; 40 % des membres du conseil municipal sont non francophones; sept des 11 membres du comité exécutif le sont également, et les réunions du caucus du parti au pouvoir se font en anglais à 60 %.

On peut tiquer sur la dernière statistique, mais l'argument est de bonne guerre quand on veut convaincre des anglophones de résister aux sirènes des défusionnistes. En fait, l'essentiel des propos de M. Libman correspond en tous points aux arguments que faisaient valoir les partisans francophones de la fusion pour convaincre la minorité anglophone de sortir de ses ghettos de banlieue.

Il faut avoir l'esprit vraiment tordu pour voir dans ces propos une " obsession ethnique " proche du " racisme ". Ce n'est pas de " l'obsession ethnique " que d'être soucieux des intérêts de sa communauté linguistique. À ce compte-là, que dire des innombrables textes péquistes qui parlent des intérêts des francophones sans jamais faire allusion à ceux des autres? Quant à l'allusion au " racisme ", c'est une remarque qui déshonore son auteur lorsqu'elle est brandie sans motif sérieux.

M. Larose a sommé le maire Tremblay de se dissocier des propos de M. Libman, lesquels sont pourtant d'excellents " arguments de vente " en faveur de la mégaville. Espérons que M. Tremblay ignorera cette missive hystérique.

Où est le drame à ce que 40 % des conseillers soient non francophones? Cela reflète assez bien la composition démographique de l'île. Où est le drame à ce qu'une légère majorité au comité exécutif ne soit pas d'origine canadienne-française? M. Larose croit-il que les membres bilingues de minorités ethniques et culturelles devraient être exclus des postes de commande? C'est là qu'elle serait, l'" obsession ethnique ".

Le seul point qui pourrait à la rigueur déclencher quelque agacement est l'affirmation selon laquelle 60 % des réunions du caucus se font en anglais. Même à supposer que cela soit exact, ce n'est pas un scandale. Les conseillers ont bien le droit de parler la langue qu'ils veulent dans leurs réunions privées. L'important est que la langue officielle de Montréal reste le français.



Un leurre

André Pratte
La Presse jeudi 20 mai 2004

À la veille de la campagne électorale fédérale, Jean Charest et Gilles Duceppe tiennent exactement le même discours au sujet du déséquilibre fiscal. Cela n'a rien d'étonnant: ce sujet a maintenant sa place au panthéon des consensus québécois. Voilà une bonne raison de se méfier.

La thèse du déséquilibre fiscal est extrêmement séduisante à prime abord. Cependant, plus on étudie la question, plus on réalise que cette thèse est fondée sur des affirmations incomplètes et sur des hypothèses douteuses.

1) Le gouvernement du Québec, comme celui des autres provinces, réclame qu'Ottawa soit aussi généreux qu'autrefois en matière de financement de la santé. Cette exigence fait fi d'une réalité brutale: à l'époque, le fédéral empruntait pour payer ses dépenses, notamment ses transferts aux provinces. C'est pourquoi il était dans le rouge jusqu'au cou.

2) Les provinces réclament que le fédéral augmente sa contribution à 25 % des coûts de la santé, de l'aide sociale et de l'éducation (notez en passant qu'on ne parle pas seulement de santé...). Cela représenterait pour Ottawa des dépenses supplémentaires de quelque 14 milliards par année! Cette somme dépasse de loin les surplus actuels du gouvernement canadien. Ces surplus, d'ailleurs, ne doivent pas faire illusion: en raison du poids énorme de la dette, la situation financière du fédéral n'est pas beaucoup plus reluisante que celle des provinces.

3) Les gouvernements provinciaux se plaignent d'être étranglés à la fois par la croissance des coûts de santé et par la pingrerie d'Ottawa. Or, après des compressions pénibles qui ont permis au fédéral de se sortir du trou, Ottawa a très substantiellement accru ses transferts aux provinces, et s'est engagé à le faire encore au cours des prochaines années. Ainsi, entre 2001-2002 et 2007-2008, donc en six ans, la contribution fédérale aura augmenté de 10 milliards!

4) Le consensus québécois s'appuie en grande partie sur les projections du Conference Board. Selon ces calculs, le gouvernement du Canada s'achemine vers des surplus gigantesques, tandis que les gouvernements provinciaux glisseront dans l'abîme des déficits. Il se peut que ces projections se vérifient. Mais pour l'instant, les chiffres faramineux mentionnés- un surplus de 78 milliards pour le fédéral en 2020- reposent sur des hypothèses douteuses.

Selon une de ces hypothèses, les transferts du fédéral pour la santé ne croîtraient pratiquement plus à compter de 2010. Pour le Québec, ces transferts seraient gelés à 2,3 milliards pendant une décennie entière. L'évolution passée des transferts fédéraux rend un tel scénario hautement improbable.

C'est en partie en raison de cette hypothèse qu'à partir de 2010, le surplus annuel du fédéral est supposé augmenter rapidement. Le Board fait ensuite une autre hypothèse douteuse: la totalité de ces surplus seront versés à la dette. De sorte qu'en une décennie, la dette du fédéral s'affaisserait de 560 milliards à 130 milliards!

De son côté, toujours selon les projections du Board, le Québec subirait une dynamique inverse, les déficits annuels croissants venant alourdir la dette, le service de la dette forçant une augmentation des déficits. Selon l'étude faite pour la commission Séguin, ce cercle vicieux devait s'enclencher dès 2001-2002. En 2003-2004, Québec devait enregistrer un déficit de plus de 2 milliards; en réalité, il ne fut que de 364 millions. En 2004-2005, le Board prévoyait un déficit de plus de 2,5 milliards; le budget Séguin annonce un déficit de... zéro.

Tout cela ne signifie pas que l'État québécois est dans une situation financière confortable; mais cela montre que les projections du Conference Board doivent être prises avec un grain de sel.

Le déséquilibre entre Ottawa et les provinces est moins fiscal que politique. Grâce à sa marge de manoeuvre budgétaire- qui existe bel et bien même si elle n'est pas aussi imposante que ne le soutiennent les provinces-, le gouvernement fédéral cherche à se mêler de plus en plus de la gestion des systèmes de santé. Le fait que ceux-ci relèvent des compétences constitutionnelles des provinces préoccupe les juristes; ce qui devrait inquiéter les citoyens, c'est que les prétentions du fédéral risquent de provoquer les blocages et les lourdeurs dans un secteur qui a au contraire grand besoin d'innovation et de flexibilité.

L'obsession du déséquilibre fiscal occulte un problème beaucoup plus important: l'écart entre la croissance rapide des coûts de la santé et celle des revenus des gouvernements, provinciaux ET fédéral. C'est à ce déséquilibre-là que les provinces devraient s'attaquer, au lieu d'agiter le leurre du déséquilibre fiscal.



Le facteur Harper

Michel David
Le Devoir jeudi 20 mai 2004

L'indignation populaire peut provoquer des raz-de-marée, mais c'est aussi une denrée périssable. Le grand drame des souverainistes est d'avoir dû attendre cinq ans après l'échec de l'accord du Lac-Meech pour pouvoir tenir un référendum.

À en croire le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir, l'effet du scandale des commandites s'est déjà largement dissipé, même si les Québécois, y compris les électeurs libéraux, ne sont pas dupes des prétendus efforts de Paul Martin pour faire toute la lumière.

Remarquez, il n'y a rien d'étonnant à ce que la santé, autrement dit leur santé, soit leur plus grande préoccupation. Cela ne signifie pas que ce soit la seule. On peut très bien en avoir assez d'entendre parler des commandites sans les avoir oubliées pour autant. Il y a une différence entre cinq ans et cinq mois.

Jean Lapierre n'aurait pas réagi aussi vivement au slogan du Bloc québécois, «Un parti propre au Québec», s'il avait cru à un coup d'épée dans l'eau. Ce jeu de mots sonne comme un acte d'accusation. À sa seule vue, les électeurs vont se rappeler que les libéraux ont les mains sales et qu'ils ne manifestent aucun respect pour la différence québécoise.

Pis encore, ils ont conforté le reste du pays dans l'impression déjà largement répandue selon laquelle la différence québécoise consiste à confondre magouille et politique. Déjà, Pierre Elliott Trudeau nous avait qualifiés de «dégueulasse petit peuple de maîtres-chanteurs». Décidément, ces gens-là prennent soin de notre réputation.

Le souvenir du scandale des commandites n'attirera sans doute plus de nouveaux électeurs au Bloc d'ici le 28 juin. La question est plutôt de savoir s'il réussira à conserver ses acquis des derniers mois. Même si le vote demeure volatile, les appuis du Bloc paraissent déjà plus solides que ceux des autres partis, selon les chiffres de Léger Marketing. Pour les consolider, il ne pouvait choisir meilleur slogan.

***

Que leur retard sur le Bloc ne soit plus que de neuf points - plutôt que quinze, selon le dernier sondage Ipsos-Reid - a certainement de quoi encourager les libéraux, même si un écart de 20 points chez les francophones à quelque jours du déclenchement des élections demeure inquiétant. La mauvaise nouvelle, c'est que Paul Martin a perdu ce qui constituait son atout essentiel, c'est-à-dire sa capacité d'incarner le changement.

S'il y avait une chose qu'il souhaitait, c'était bien de marquer une rupture avec l'ère Chrétien. Encore aurait-il fallu qu'il en prenne les moyens au lieu de se complaire dans les banalités. Jean Chrétien avait bien des défauts, mais il avait au moins de la couleur, tandis que M. Martin se révèle d'un drabe désespérant.

Ne pouvant lui-même jouer la carte du changement, il a décidé de transformer en vision d'apocalypse celui que constituerait l'élection d'un gouvernement conservateur dirigé par un Albertain prétendument réactionnaire et antiquébécois.

Nonobstant les fabulations de son organisateur pour l'est du Québec, l'ex-député péquiste Michel Rivard, qui évoquait une possibilité de 45 sièges au Québec, les chances que le PC effectue une percée significative demeurent très faibles. Les 10 % d'intentions de vote dont Léger Marketing le crédite demeurent en deçà du total des voix obtenues par le PC et l'Alliance canadienne aux élections de novembre 2000.

En revanche, le PC est le deuxième choix de 26 % des personnes interrogées. Cela tient en bonne partie à l'aversion que le Bloc inspire aux électeurs libéraux et le PLC aux électeurs bloquistes, mais cela signifie aussi que Stephen Harper ne fait pas si peur. En fait, les Québécois lui semblent moins hostiles qu'indifférents. Pour lui, c'est déjà un progrès notable.

Le danger de contribuer indirectement à l'élection d'un gouvernement Harper était précisément un des principaux arguments sur lesquels comptaient les libéraux pour dissuader les Québécois de voter pour le Bloc. Encore faudrait-il que l'épouvantail fasse son travail. Plus encore que les commandites, c'est peut-être le facteur Harper qui déterminera l'issue des élections au Québec.

***

Le sondage de Léger Marketing n'est pas de nature à inspirer plus de souplesse à Paul Martin sur la question du déséquilibre fiscal. Ce qui importe aux Québécois comme aux autres Canadiens, c'est qu'Ottawa investisse davantage dans la santé, peu importe la manière.

C'est presque à contrecoeur que le premier ministre Jean Charest s'est résigné à l'interpeller à l'issue du dernier conseil général du PLQ, où plusieurs voient dans le débat sur le déséquilibre fiscal un jeu très dangereux qui ne peut qu'apporter de l'eau au moulin souverainiste. M. Charest est allé aussi loin que pouvait le faire le chef d'un parti dont les membres appuient la maison-mère fédérale de façon massive et inconditionnelle.

À Québec, on sait très bien que les chances de convaincre M. Martin de céder de nouveaux points d'impôt aux provinces sont d'autant plus faibles que la population n'est pas prête à se mobiliser. Alors que le système de santé craque de partout, celle-ci ne comprendrait tout simplement pas que le gouvernement lève le nez sur l'argent fédéral sous prétexte que les conditions d'Ottawa ne font pas son affaire.

Si les libéraux réussissent à former un gouvernement majoritaire, M. Martin pourra légitimement prétendre qu'il a reçu le «mandat clair» - ça ne vous rappelle rien? - de mettre en oeuvre un plan de réinvestissement qui conférera au gouvernement fédéral un rôle de gardien de l'intérêt national en matière de santé.

Au cours des dernières années, le Québec pouvait au moins compter sur l'Ontario pour freiner les ambitions fédérales. En matière de relations fédérales-provinciales, l'actuel premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, est cependant considéré comme une lavette à Québec. Reste à espérer que le facteur Harper...

mdavid@ledevoir.com



Déséquilibre fiscal:
Le PLC est prêt à travailler avec Québec

Le Devoir jeudi 20 mai 2004

PC Québec - Les libéraux fédéraux ne reconnaissent pas le déséquilibre fiscal mais se disent prêts à «travailler main dans la main» avec le gouvernement Charest pour le régler.

«Je ne veux pas m'embarquer dans des concepts pour savoir s'il y a déséquilibre ou pas. Je constate qu'il y a des besoins que le gouvernement québécois a identifiés et que le premier ministre Paul Martin parle de concertation, d'ouverture et de définir ensemble de nouvelles façons de faire», a déclaré hier le président du Conseil privé, le ministre fédéral Denis Coderre.

Ce dernier était de passage à Québec pour y vanter, quelques jours avant le déclenchement des élections fédérales, les réalisations de l'équipe libérale locale. «Ce qui m'intéresse, c'est m'assurer que les deux gouvernements puissent s'asseoir ensemble et répondre aux besoins. On veut avoir des ententes concrètes dans les régions. Nous, on croit à la péréquation, il y a là-dedans des choses concrètes pour aider les régions et les provinces», a dit le ministre Coderre.

Selon ce dernier, peu importe la forme que la collaboration entre les deux gouvernements prendra.

«Je comprends que la population du Québec et le gouvernement québécois constatent certaines carences. Il faut mettre l'accent sur la notion de partage. Le premier ministre [Martin] a dit qu'on veut s'asseoir avec les provinces et définir ensemble les besoins et les moyens d'y remédier», a déclaré le ministre Coderre.

Une campagne sale

Il s'en est pris violemment au Bloc québécois, principal adversaire des libéraux au Québec.

«Pour un parti qui se veut propre, ils ont une campagne sale, a-t-il dit. Le Bloc est une franchise de la maison mère du Parti québécois. Ils peuvent jouer sur l'humeur des gens.»

Le point de vue libéral lors de la campagne au Québec sera de faire valoir que seuls des députés ministériels peuvent réaliser des choses.

«Il faut la capacité de réaliser des choses, pas faire 15 secondes de "clip" comme le Bloc. Nous, on réalise des dossiers», a poursuivi le ministre Coderre.

Le slogan des libéraux de la région de Québec sera «Québec mérite mieux», un slogan qui paraît un peu cruel pour les trois députés libéraux fédéraux de la région qui sont déjà en poste et qui disent abattre une tâche colossale.



Le vote favorable au Bloc se raffermit

Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 20 mai 2004

Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette

64 % des bloquistes disent avoir fait un choix définitif


Le Bloc québécois s'engage dans la prochaine campagne électorale avec des avances de neuf points sur le Parti libéral du Canada et de 20 points chez les francophones. Même si l'écart avec l'adversaire s'est quelque peu amoindri au cours des dernières semaines, le vote favorable au parti de Gilles Duceppe se raffermit.

Au fil de départ et après répartition des indécis, le Bloc québécois mène avec 44 % des intentions de vote, suivi par les libéraux avec 35 %. Le Parti conservateur du Canada obtient 10 % et le Nouveau Parti démocratique ferme la marche avec 7 % des suffrages.

Comme le révèlent les résultats de ce sondage Le Devoir-The Gazette-Léger Marketing, le vote demeure volatile: 46 % des Québécois interrogés affirment qu'ils pourraient encore changer d'avis. D'ailleurs, les conservateurs apparaissent comme étant un deuxième choix pour 26 % des Québécois.

De façon plus particulière, le deuxième choix de 39 % des libéraux serait le Parti conservateur alors que les bloquistes seraient divisés entre le PC (26 %), le NPD (24 %) et le PLC (22 %). Le Bloc québécois bénéficie toutefois de la plus forte proportion (64 %) d'électeurs dont le choix est définitif. En comparaison, 51 % des électeurs du PLC n'entendent pas changer d'avis.

Mais les jeux ne sont pas faits pour autant, soutient le sondeur Jean-Marc Léger. «L'élection sera serrée au Québec. [...] C'est fascinant. Il n'y a pas d'enjeux et peu d'intérêt, mais beaucoup d'éléments [sont] complètement imprévisibles», fait-il valoir.

De fait, le périlleux dossier des défusions municipales, qui aboutira à la tenue de référendums le 20 juin, chevauchera la campagne électorale fédérale. L'impact des défusions est difficile à mesurer pour l'instant, souligne M. Léger. Ce dernier note toutefois qu'à court terme, certains organisateurs dans les municipalités risquent de manquer au rappel des troupes libérales.

Aussi, le scrutin en début d'été risque d'amplifier le problème du taux de participation: certains électeurs seront déjà en vacances et pourraient bouder leur devoir. Lors des élections de 2000, le Canada a connu le plus faible taux de participation de son histoire avec 61 % dans l'ensemble du pays et 64 % au Québec.

S'ajoute également le scandale des commandites, qui a écorché le premier ministre Paul Martin. Mais sur ce point, il semble que les électeurs n'y voient guère de sujet de préoccupation. Seulement 5 % des répondants estiment que c'est le sujet qui aura le plus d'influence sur leur vote.

Or le Bloc québécois mise beaucoup sur ce scandale, tant et tellement qu'il en a fait le slogan central de sa campagne: «Un parti propre au Québec». «C'est un très bon slogan en début de campagne. C'est un choix judicieux, mais c'est moins sûr que ça va tenir la route tout le long des cinq semaines [de campagne]. À l'inverse, le slogan libéral, "Allons droit devant avec l'équipe Martin", est dangereux puisqu'il essaie de corriger une impression négative et cache le Parti libéral», affirme Jean-Marc Léger.

Ce sondage, réalisé auprès de 1005 répondants entre les 12 et 16 mai derniers et dont les résultats sont précis à trois points près 19 fois sur 20, tend à démontrer l'inconfort des électeurs face au scandale des commandites. Près de trois Québécois sur quatre (73 %) croient que Paul Martin n'a pas pris tous les moyens requis pour faire la lumière sur le scandale des commandites. Cet avis est partagé par 57 % des électeurs qui ont l'intention de voter pour le PLC.

Toujours sur ce thème, le sondage tend à montrer que 53 % des Québécois voient d'un mauvais oeil la tenue d'un scrutin. Ils jugent inacceptable le fait que Paul Martin déclenche un scrutin avant que toute la lumière ne soit faite sur ce dossier. Les bloquistes sont davantage (64 %) portés à croire qu'il faudrait attendre.

Aussi, malgré ses efforts pour se distancier de son prédécesseur Jean Chrétien, le premier ministre Martin incarne la continuité du régime libéral pour 61 % des électeurs. Il s'agit d'une hausse de six points comparativement au coup de sonde de Léger Marketing effectué en décembre dernier.

Malgré cela, Jean-Marc Léger estime que «les libéraux seront capables de parler d'autres enjeux et de contrôler l'agenda de campagne». Si les Québécois se disent peu préoccupés par le scandale des commandites, ils sont 29 % à désigner le dossier de la santé comme étant prioritaire. D'autres questions les préoccupent, dont l'emploi et l'économie (18 %), l'éducation (11 %), l'environnement et la qualité de vie (10 %), le déséquilibre fiscal (7 %), la souveraineté (5 %), le dossier de l'assurance-emploi (4 %), les défusions municipales (2 %) et les relations avec les États-Unis (2 %).

Le peu d'intérêt soulevé par l'option souverainiste du Bloc québécois place ce dernier devant un paradoxe, fait valoir M. Léger. «Si le Bloc n'en parle pas, les gens ne se sentiront pas interpellés. Mais s'il en parle, il semblera déconnecté», analyse-t-il.

Quant à la présence du Parti conservateur et de son chef Stephen Harper, les Québécois se montrent assez indifférents. On compte 27 % de répondants qui estiment qu'il serait désavantageux pour la province que M. Harper devienne premier ministre du Canada. Par contre, 30 % des Québécois interrogés n'y voient ni avantage ni inconvénient.

Ces résultats font dire à Jean-Marc Léger que Stephen Harper «ne fait pas peur» à la population du Québec, contrairement à son prédécesseur de l'Alliance canadienne, Stockwell Day. «Il y a un vote potentiel pour lui qui est inexploité. D'ailleurs, le Parti conservateur risque de nuire aux libéraux», souligne-t-il.

M. Léger ajoute que si les conservateurs font une véritable percée en Ontario, cela pourrait avoir un impact au Québec. Selon le sondeur, des sièges pourraient être gagnés par le PC dans la grande région de Québec, où un vieux fond conservateur a permis à l'Action démocratique du Québec de faire élire des députés lors des élections provinciales d'avril 2003.

Ces circonscriptions font partie de la vingtaine au Québec que M. Léger estime être au coeur de la bataille électorale qui sera lancée sous peu; les 55 autres circonscriptions apparaissent comme des châteaux forts partagés entre libéraux et bloquistes.



Congés parentaux: l'entente reste muette sur la part d'Ottawa

Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 20 mai 2004

Le nouveau programme entrera en vigueur le 1er janvier 2006

Québec - Il aura fallu l'imminence d'une campagne électorale pour qu'Ottawa accepte de conclure une entente de principe avec Québec dans le litigieux dossier des congés parentaux. Or les parents devront patienter jusqu'au 1er janvier 2006 avant de pouvoir bénéficier du nouveau programme québécois d'assurance parentale.

Qui plus est, l'entente de principe ne précise pas la part du financement de ce programme qui proviendra du gouvernement fédéral. Québec et Ottawa ne s'entendent toujours pas sur ce point crucial qui les oppose depuis 1996.

Le conseil des ministres du gouvernement Charest a entériné hier l'entente de principe conclue avec Ottawa au cours de la fin de la semaine dernière. Le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a reconnu que le déclenchement prochain des élections fédérales a permis de conclure la «meilleure entente possible». Il s'est bien défendu de donner un coup de pouce aux libéraux fédéraux de Paul Martin à la veille des élections. «Je n'aide pas Paul Martin, j'aide les familles du Québec», a-t-il lancé en conférence de presse hier.

Cette entente de principe comprend les mêmes dispositions que la loi 140 adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale en mai 2001. Ainsi, le nouveau régime permettra à tous les travailleurs de bénéficier d'un congé de 40 semaines avec 75 % du salaire ou d'un congé de 50 semaines avec 70 % du salaire pour les 25 premières semaines et 55 % du salaire pour les 25 suivantes. Les pères disposeront d'un congé de paternité non transférable de trois semaines à 75 % du salaire ou de cinq semaines à 70 %.

Le régime québécois sera plus généreux que le régime fédéral. À l'heure actuelle, Ottawa accorde un congé de 50 semaines à 55 % du revenu sur un salaire maximal de 39 400 $. Le plafond salarial admissible du régime québécois s'élèvera à 53 500 $. Le revenu minimum assurable passera quant à lui de 4380 $ à 2000 $. Les travailleurs autonomes seront admissibles au programme québécois alors qu'ils ne bénéficient pas du régime actuel. Et contrairement au régime fédéral, le programme québécois n'aura pas de délai de carence de deux semaines avant que les parents ne puissent toucher leurs prestations.

Pour une employée à temps plein disposant d'un revenu annuel de 25 000 $, les prestations du régime québécois s'élèveront à 15 024 $ pour un congé de 50 semaines plutôt qu'à 13 581 $, comme c'est le cas à l'heure actuelle. Autre exemple, une travailleuse gagnant 52 500 $ par année recevra au total 31 550 $ pendant 50 semaines dans le cadre du programme québécois alors qu'elle reçoit 21 010 $ avec le régime fédéral.

Le programme québécois d'assurance parentale coûtera de 850 millions à un milliard de dollars par année. Le ministre Béchard n'a pas écarté que les cotisations versées par les employés et les employeurs soient revues à la hausse par la Régie des rentes du Québec afin de financer le nouveau programme. Il a cependant assuré que cette opération se fera en concertation avec le patronat et les syndicats.

L'entente de principe ne précise pas le montant exact du financement provenant du gouvernement fédéral. Claude Béchard évalue la part d'Ottawa entre 650 et 800 millions de dollars. Jusqu'à maintenant, le gouvernement fédéral s'est contenté d'avancer un financement de 600 millions. «Oui, il y a un écart, mais c'est un écart qui est justifié par le fait que nous n'avons pas les données les plus récentes de l'assurance-emploi», a souligné Claude Béchard. Le ministre a indiqué que deux formules de calcul de la part de financement du gouvernement fédéral figurent à l'entente de principe. Or il s'agit des formules qui opposent Ottawa et Québec depuis plus de sept ans maintenant.

La première formule, celle d'Ottawa, consiste pour le gouvernement fédéral à payer en fonction des prestations de maternité versées au Québec. La seconde formule, celle de Québec, prévoit le transfert de la part des cotisations des Québécois dévolue aux congés parentaux. Comme le taux de natalité au Québec est plus faible qu'ailleurs au Canada, la seconde option est plus avantageuse pour le gouvernement Charest. Québec et Ottawa devront s'entendre sur la formule à privilégier avant d'en arriver à une entente finale. La volonté ferme du premier ministre du Canada, Paul Martin, d'en arriver à une entente avec le déclenchement des élections peut expliquer le fait que les deux parties n'aient pas eu le temps de parvenir à un accord sur ce sujet.

L'entente de principe prévoit qu'un accord final devra être conclu au plus tard le 1er février 2005. Cette disposition suffit à rassurer le ministre Claude Béchard en ce qui a trait au respect de cette entente par le parti qui remportera les prochaines élections fédérales. Le régime québécois n'entrera en vigueur que le 1er janvier 2006 si tous les échéanciers prévus à l'entente de principe sont respectés. M. Béchard justifie ce délai de mise en application par le fait, notamment, que les deux gouvernements devront procéder à des changements administratifs en matière de perception des cotisations.

Les négociations entre Québec et Ottawa sur les congés parentaux ont repris à la suite d'un jugement de la Cour d'appel du Québec survenu en janvier, qui a confirmé la compétence du Québec en matière d'assurance parentale. En février, Ottawa a porté ce jugement en appel, mais peu importe la décision de la Cour suprême, l'entente de principe prévaudra, a assuré le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. L'entente de principe stipule que Québec détient la compétence exclusive sur le programme de congés parentaux. «Le gouvernement fédéral ne pourra pas s'ingérer dans ce programme», a dit M. Béchard.

Le critique péquiste en matière de famille, Jonathan Valois, déplore que le niveau de financement provenant d'Ottawa ne soit pas précisé dans l'entente de principe. «Cette entente sert plus la famille libérale que les familles du Québec», a-t-il lancé lors d'un point de presse.

Claude Béchard et le ministre fédéral des Ressources humaines, Joe Volpe, procéderont demain à la signature officielle de cette entente de principe.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Il mérite un trophée, ce monsieur!

Roger Lalonde, Longueuil (arr. Brossard)
TRIBUNE LIBRE 20 mai 2004

Brossard, le 14 mai 2004

« Vous n’êtes pas tannés de vous faire voler au nom de l’unité canadienne? » (François Parenteau)

Récemment, à la télévision, une déclaration solennelle du député et ministre libéral Jacques Saada a donné tout un choc à mes 82 ans! L’index et le majeur pointés dans les airs, comme son maître Paul Martin, le député a soutenu ne pas avoir honte et être absolument d’accord avec les commandites. Ces commandites qui ont coûté des centaines de millions de $ pris dans nos poches afin, a-t-il dit, de « préserver l’unité canadienne »!

En toute franchise, je n’en reviens pas! En fait de théâtre, c’est réussi. Il mérite un trophée, ce monsieur!

Ce gouvernement Chrétien-Martin a utilisé nos taxes et nos impôts pour ses manœuvres douteuses et ses magouilles : pourquoi? Pour contrer la volonté du peuple québécois de voler de ses propres ailes!

Et le député de Brossard-La Prairie ose défendre la conduite immorale du gouvernement libéral, les détournements de fonds, les cadeaux aux amis, les cachettes, les documents introuvables, dont tous les médias font état? Tout ce que ces gens ont pu faire « au nom de l’unité canadienne »!

Justement, en parlant de « l’unité canadienne » du député libéral, je le mets au défi de me dire quand et où le Québec aurait consenti à signer le chiffon de la constitution canadienne de 1982. Au contraire, c’est à l’unanimité que l’Assemblée nationale du Québec avait rejeté ce document-là. Justement parce que le peuple du Québec n’y trouvait pas sa place! Et jusqu’à maintenant, le parlement d’Ottawa refuse toujours de reconnaître que les Québécois forment un peuple.

Pour les députés libéraux, la liberté des autres peuples, c’est très bien. Celle du Canada, celle du Maroc, celle de la Tunisie, celle d’Israël, celle des Etats-Unis, celle des autres, c’est toujours à encourager. Mais la liberté politique du Québec, ouach! Ça, c’est moche, n’est-ce pas?

Le peuple québécois bon et un peu naïf commence à s’ouvrir les yeux devant la manipulation et les tricheries de votre « gouvernement de commandites ». Le mépris ne dure qu’un temps. La vieille « gang » libérale règne depuis trop longtemps à Ottawa. Il nous faut du changement au plus vite.



TRIBUNE LIBRE

Saigner ou Soigner ?

Hélène Pisier
Rimouski
TRIBUNE LIBRE 20 mai 2004

Libman, Sroka, Housefather et cie

Point d'ancrage : http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/5-17.html#tlel

« Le discours raciste sur l'antisémitisme sert à protéger le racisme israélien.»
Israël Adam Shamir

Hélas ! c'est avec tristesse que je partage cette opinion.

À l'instar de M. LaHire, je suis consternée de constater combien vous - vous, les Robert Libman, les Anthony Housefather (respectivement président et conseiller d'un arrondissement de la ville de Montréal*) les Ghila Sroka et autres individus de même espèce - ne vous rendez pas compte à quel point vous stimulez le dépit chez les autres. À telle enseigne que j'en suis arrivée désormais à croire que vous en éprouvez une authentique jouissance...

Dommage que les David Levine, les Yakov M. Rabkin et les Salomon Cohen ne parviennent pas en Québec à se voir accorder au moins autant de visibilité publique que vous. Il faut dire que vous vous organisez fort bien pour qu'il n'en soit pas autrement.

Vraiment étonnant, en effet, que vous vous tiriez ainsi dans les pieds. Aussi comment ne pas repérer dans cet arrogant mépris de l'Autre - du Québécois en l'occurrence et, plus largement, de la langue française dont vous vous réjouissez du recul à la moindre occasion: qui est l'agresseur en la circonstance, dites-moi M. Libman, dites-moi Mme Sroka, dites-moi M. Housefather,** et qui est l'agressé??? - cette attitude dénoncée par Norman G. Finkelstein dans le trop bien nommé ouvrage, L¹industrie de l¹Holocauste (2001). À savoir: s'inventer des «ennemis», les provoquer ensuite pour mieux enfin - après les représailles escomptées - s'offrir en victime.

Comment donc se fait-il, j'aimerais qu'on me l'explique, que vous soyez incapables manifestement de saisir les implications malsaines, voire dangereuses, de ce comportement pathologique? Bien honnêtement, ça reste pour moi un véritable mystère.

Il faudrait assurément beaucoup de David Levine au Québec, à titre d'agents anticorps (des Martin Buber et des Freud aussi, et pourquoi pas un Einstein, un Marx, une Simone Weil, un Bergson, une Hannah Arendt et un Spinoza, pendant qu'on y est. Ah... j'oubliais Moshé Dayan: pour nous aider à réaliser l'Indépendance!). Et ce, pour la santé même le la communauté juive...

Dieu ! que ça nous changerait des mesquins sapements mille fois reconduits dans la société québécoise par les ci-interpellé(e)s de Côte St-Luc!

Car visiblement vous ne supportez pas - mais absolument pas - de vivre en harmonie avec les autres. À croire à la fin que vous préférez, et de loin, saigner plutôt que soigner.

Décidément Sigismund, illustre et regretté fils de votre famille nationale, aurait encore et toujours avec vous de quoi nourrir sinon ses fantasmes ses Psychopathologies de la vie quotidienne...

On ne crée pas les conditions de l'amour ou de l'amitié, ni même celles d'un simple dialogue, messieurs-dame, en adoptant systématiquement une attitude de déni, de morgue et de mépris. B-A ba de la vie sociale qui semble totalement vous échapper.

Mais encore faudrait-il apprendre à cesser de se percevoir - estimant de la sorte avoir tous les droits grevés d'aucun devoir - comme le centre de l'univers. Ainsi je procède avec mon fils. De cinq ans.

Hélène Pisier
Rimouski, Québec
20 mai 2004 (Ave René !)
* http://cotestluc-hampstead-mtlouest.ville.montreal.qc.ca/Fr/vie/comitesconsultatifs.asp

** Dans l'ordre cursif d'apparition :
http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2004/05/20040514-153824.html,
http://www.vigile.net/ds-medias/tribune-juive.html et
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/5-4.html#tlmv

Quelques coordonnées pertinentes (?) : info@amitiesquebec-israel.org, bnb@bnaibrith.ca, ghilasroka@videotron.ca, schecter.stephen@uqam.ca, anthony.housefather@eicon.com, rlibman@ville.montreal.Qc.ca, canadianjewishcongress@cjc.ca





TRIBUNE LIBRE

POUR EN FINIR AVEC L’EXCLUSION ETHNIQUE DES NATIONALISTES MODERNES

TRIBUNE LIBRE 20 mai 2004

Bonjour monsieur Frappier,

Voici un article de Joachim Lambert en réaction à l'article d'Alain-G. Gagnon et de Myriam Jézéquel, « Le modèle québécois d'intégration culturelle est à préserver », paru dans le journal Le Devoir du lundi 17 mai 2004. Merci.

Hugo Saint-Hilaire

Je suis Frankois, c’est-à-dire Québécois-Français et … Québécois. Québécois est mon nom civique, mon nom de citoyen. Frankois est l’ethnonyme de mon groupe d’appartenance, le nom de mon peuple.

Québécois est ambigu, ce n’est pas un ethnonyme. Confusion : nous ne savons plus si c’est un nom civique ou un nom ethnique. Impossible de m’affirmer si je suis incapable de m’identifier à mon groupe d’appartenance.

Il y a quelques années, nous avons assisté à un glissement de sens du mot francophone qui dissocie maintenant la langue de la culture. Le mot francophone rejoint la notion de bilinguisme de Pierre Elliott Trudeau qui a sabordé la notion de biculturalisme au Canada en opérant une scission entre langue et culture. Alors que le nom Québécois-Français, c’est-à-dire Frankois, maintient la liaison entre langue et culture qui forment un tout indissociable. À cause d’Adolf Hitler, la notion de nation ethnique a été traînée dans la boue et Pierre Trudeau, avec toute son intelligence et dans sa prétention, s’en est pris directement au peuple Canadien-Français pour faire disparaître cette notion qu’il jugeait arriérée et rétrograde mais qui, malgré son jugement sur la question, est noble et surtout voulue de Dieu. « Voulue de Dieu », voilà une expression qui a perdu tout son sens de nos jours, mais qui n’en demeure pas moins vraie.

Tous les habitants du Québec sont Québécois et égaux devant la loi des hommes : c’est la nation politique ou civique. Mais tous les habitants du Québec ne sont pas Québécois-Français : les Québécois-Français forment la nation ethnique majoritaire du Québec.

Au Québec il y a environ 200 ethnies, dont les Québécois-Français qui représentent 82% de la population. Il est objectivement faux de prétendre unilatéralement sous prétexte de grandeur d’âme que le Québec est une société pluraliste. Le Québec est ouvert au pluralisme, le Québec n’est pas une société pluraliste : affirmer que le Québec est une société pluraliste est une vision montréalaise. Il est vrai qu’en 2006, les Québécois-Français seront devenus minoritaires à Montréal, mais en nous martelant que le Québec est une société pluraliste, on nous impose une fausse image de la réalité : comme s’il y avait un gâteau divisé en 200 parties égales alors que ce n’est pas vrai! Un seul morceau fait les quatre cinquième du gâteau et ce morceau est Québécois-Français! Mais le dire est bien sûr, tabou! Et parler ethnique est tabou même dans le reste du Canada!

Prenez le cas de Madame Granger qui était candidate de l’Alliance canadienne aux élections fédérales et qui a osé dire que la Colombie-Britannique subissait présentement une véritable invasion « asiatique ». En 2002, la deuxième langue parlée à la maison au Canada était le chinois! Le chinois (le cantonnais) s’est imposé au Parlement de la Colombie-Britannique. Dans les guichets automatiques des banques de Vancouver aussi. Madame Granger avait raison de parler dans son langage imagé « d’invasion asiatique », mais tout le monde a joué les vierges offensées lorsqu’elle a prononcé ces mots. La réaction a été vive. Les Néo-Canadians l’ont traitée de raciste, elle a été vilipendée et on a voulu lui faire perdre son emploi alors qu’elle énonçait une vérité, un fait sociologique. Le phénomène dont elle a parlé a pourtant un nom savant, les spécialistes le nomme dans leur jargon : invasion interstitielle, c’est-à-dire l’insertion pacifique d’étrangers dans un corps social donné conduisant soit à l’assimilation par le sang, soit à la résistance. Les dires de Madame Granger se trouvaient encore confirmés le 4 janvier 2001 par la CIA (la Central Intelligence Agency), dans son rapport intitulé Tendances globales en 2015. Dans ce document, il est affirmé qu’ « Ottawa sera encore aux prises avec l’impact politique, démographique et culturel d’une forte vague d’immigration asiatique dans l’Ouest » !

Ce que David Rome a déjà dit en interview dans le magazine L’Actualité s’avère bien être vrai. David Rome, Juif montréalais décédé en 1996, était l’archiviste du Congrès juif canadien et le plus grand spécialiste juif de la pensée de Lionel Groulx : « Quand vous laissez entrer des gens, tôt ou tard, ils veulent aussi poser leurs propres règles ».

Ce n’est pas être raciste que de dire cela, c’est une loi du comportement humain en groupe : c’est comme ça, c’est la nature humaine.

Le même phénomène s’est produit avec Jacques Parizeau avec sa déclaration sur le vote ethnique : tout le monde sait que ce qu’il a dit est vrai! C’était une constatation. La majorité des anglophones votent « du même bord », comme aux Etats-Unis les Noirs et les Hispaniques votent tous du « bord » des démocrates, ils sont les premiers à le dire! Mais les Québécois-Français ne peuvent pas dire que les Québécois-Anglais et les immigrants « votent du même bord » : c’est du racisme! Et cela s’est reproduit encore avec l’affaire Michaud alors que l’intervention de Lucien Bouchard a laissé sous-entendre que Monsieur Michaud était raciste! Mais savez-vous au moins ce que signifie ce terme de racisme? Ce mot est synonyme de haine de son prochain! Il n’y a plus moyen de rien dire! Tout est marqué du sceau du racisme! Actuellement, la vérité n’a pas sa place au Québec. Mais l’heure est venue où elle doit s’imposer de force!

Actuellement, les Québécois-Français sont coincés entre l’auto-destruction et la liberté. Exemple : lors du congrès du « miroir » du Parti québécois le 24 novembre 1996, le Premier ministre Lucien Bouchard a affirmé que, au Québec, pratiquer l’unilinguisme français va à l’encontre des droits de la personne. Ainsi, que 82 % des Québécois, souhaitent survivre en français, cela est antidémocratique et honteux : « Je veux pouvoir me lever le matin, a-t-il dit, me voir dans le miroir, en sachant que je n’ai pas suspendu l’application des droits fondamentaux. » Tout ça après avoir affirmé huit (8) mois plus tôt, le 11 mars 1996, devant les anglophones au Théâtre Centaur : « Le nationalisme que nous bâtissons actuellement ne se définit plus comme celui des Canadiens-Français mais comme celui de toutes les Québécoises et de tous les Québécois. Ce mouvement ne cherche plus l’homogénéité, il embrasse la diversité et le pluralisme ». Une nation ethnique digne de ce nom, qui pratique l’autodénigrement de façon tellement implacable et destructrice, allant même jusqu’à l’auto-racisme, peut-elle survivre?

Mais seuls les Frankois, les Québécois-Français à la conscience réveillée qui relie au Créateur, à Dieu, au-delà des religions institutionnelles — protestantes, catholique, boudhiste, taoïste, etc. —, seront libres … avec tous ceux de leurs concitoyens des autres ethnies qui voudront aussi réveiller leur conscience et la respecter!

L’avenir appartient aux Frankois volontaires et à leurs frères spirituels des autres ethnies dont la conscience réveillée les relie au Créateur!

Coopération oui comme le disait Maurice Duplessis, assimilation jamais! Et ce, même si, comme le disait Jean Chrétien, l’assimilation est une réalité de la vie!

Pour les Québécois-Français, s’identifier avant tout comme Québécois ou francophone est une erreur, une fuite en avant : francophone ce n’est pas une identité, c’est une qualité! La reine d’Angleterre est francophone, le pape est francophone : ils parlent français. Lucien Bouchard et Jean Chrétien sont anglophones : il parlent anglais. Alors que le nom Québécois fait référence au statut de citoyen.

Bien sûr, de nos jours, s’identifier et se noyer dans un monde civique dit « francophone » est moins accablant sur le plan social et moral. Les Franco-Ontariens qui n’ont plus de territoire pour affirmer franchement leur francité se réfugient maintenant dans l’idéal de la Francophonie dans lequel ils pensent qu’ils survivront : faux : ils disparaissent à vue d’œil! Exemple : j’en connais qui viennent habiter au Québec, à Gatineau, parce qu’ils sont fatigués de toujours se défendre pour parler français!

La Francophonie, c’est le nirvana identitaire, la « bonne conscience » de « l’honnête homme », la dissolution de la conscience ethnique, de la conscience d’appartenir à un groupe ethnique … tout cela par paresse … de s’affirmer, par manque de courage, par peur de « qu’est-ce que les autres vont dire »! Le phénomène s’applique donc aux Québécois-Français partisans aveugles de la nation politique civique qui exclu complètement la notion de nation ethnique comme Pierre Trudeau l’a fait.

Voilà la vérité : actuellement, la nation ethnique québécoise-française, frankoise, est inclusive alors que ce sont les tenants de la nation civique qui excluent et occultent la nation ethnique québécoise-française, frankoise!

Les nationalistes modernes Québécois tentent depuis des décennies de nous faire croire que la nationalité ethnique est synonyme d’exclusion politique et civique, que ceux qui en font la promotion sont de méchants patriotes puisque seuls, disent-ils, les membres de l’ethnie majoritaire sont inclus dans le projet collectif : c’est faux! Ces bons patriotes du nationalisme civique dont l’ex-premier ministre Lucien Bouchard et son frère Gérard sont des chefs de file, ont construit leur bonne conscience civique en piétinant leur conscience identitaire! Cela va aussi loin que de vouloir s’en prendre à la symbolique québécoise-française en souhaitant un autre drapeau pour le Québec puisque ce drapeau est celui des Canadiens-Français, et faire disparaître aussi la devise du Québec : « Je me souviens ».

Passer de l’ethnicité à un concept appelé Francophonie ou nation civique, passer de Canadiens-Français à Québécois, n’a rien de réjouissant ni de salvateur : ça ne fait que confirmer que beaucoup de Québécois-Français préfèrent la non-existence à l’existence : comme si pouvoir se dissoudre en s’identifiant à tout, sauf à ce que nous sommes vraiment, est synonyme du bonheur le plus élevé qu’il soit!

L’inclusion des autres, ne consiste pas à se fondre pour disparaître dans la francophonie ou dans la nation civique afin de montrer que nous sommes un peuple ouvert. Être inclusif, c’est affirmer que nous sommes Frankois et que tous ceux qui épousent les valeurs frankoises le sont aussi. Comme l’a écrit Annie-Ève Collin à Monsieur Yves Michaud, une jeune étudiante de 18 ans au collège Ahuntsic : « Je souhaiterais qu’il y en ait d’autres qui ne se laissent pas affaiblir par des idées extrêmes de tolérance envers les autres qui aboutissent à l’intolérance envers soi-même ». Il est inutile de pervertir notre identité ethnique pour se rallier coûte que coûte les immigrants dans notre projet de pays indépendant. Tous les Québécois sont égaux devant la loi, mais la naissance d’un pays frankois, est avant tout la responsabilité des Frankois et non pas celle des néo-québécois puisque s’il n’y avait pas 82% de Québécois-Français au Québec, il n’y aurait pas de projet souverainiste. Si c’est ethnocentrique d’affirmer une telle chose, c’est aussi ethnocentrique de la part des associations ethniques comme le B’Naï Brith et la coalition Grecs-Italiens-Juifs, d’avoir incité leurs membres à rester dans le Canada comme ils l’ont fait lors du dernier référendum.

La notion de l’ethnie sera toujours dans l’actualité car elle est une réalité sociale incontournable. Même si les nationalistes modernes et les fédéralistes veulent en faire abstraction parce qu’ils se croient plus évolués, cela n’y changera jamais rien : nommez-moi un seul être humain sur cette Terre qui n’a pas d’origine ethnique.

La paresse identitaire conduit à la dissolution de la conscience identitaire qui conduit à la disparition! À la stérilisation, à l’extinction! Comme c’est le cas présentement alors que les générations ne se renouvellent plus! Et ce depuis 1970! 25% des Québécoises-Françaises ne veulent pas d’enfants! Et les couples en veulent très peu à cause d’un mode de vie superficiel et des valeurs matérialistes qui régissent notre société.

Être Frankois c’est plus que parler français! Frankois veut dire « libre »! Homme libre! Femme libre! Québécois, Québec veut dire « là où c’est bouché »! Ici, la symbolique parle d’elle-même! De plus, il ne faut pas oublier que Québec, comme nom de pays, nous a été donné par le conquérant britannique lorsqu’il a nommé sa nouvelle colonie et que les nationalistes modernes veulent devenir souverain en adoptant un nom qui nous a été donné par ceux-là même qui ont cherché à nous faire disparaître : la nation ethnique anglaise!

Être Frankois, c’est avoir la conscience réveillée et volontaire! La conscience, actuellement ignorée, doit être réveillée, elle fait partie de l’intuition, l’intuition qui nous relie au Créateur! C’est l’intelligence spirituelle! C’est ce que j’ai affirmé devant Gérald Larose et la Commission des États généraux sur la situation et l’avenir de la langue française le 6 décembre 2000, de même qu’à l’émission Droit de parole de Anne-Marie Dussault à Télé-Québec, le 12 janvier 2001.

De toutes les déculturations, celle de l’âme et de la conscience, celle de l’intelligence spirituelle est peut-être la plus grave. Inversement et positivement comment ne pas reconnaître que les ressorts les plus décisifs de la dynamique humaine se logent dans ce formidable cadeau de Dieu, à savoir notre âme et conscience. Tout au long de l’histoire les peuples qui ont été capables de rebondir, même après de lourdes épreuves, avaient en commun une force d’âme, une profondeur morale, une solide assise culturelle et une foi robuste.

En 1949, juste avant la révolution tranquille, comme Lionel Groulx, l’historien et diplomate anglais Arnold Toynbee écrivait ceci à propos des Canadiens-Français qui n’avaient pas encore rejeté leur ethnonyme, leur nom national :

J’ai l’idée que le peuple de l’avenir dans les Amériques pourraient bien être les Canadiens-Français. Si l’humanité est destinée à connaître enfin des jours heureux, alors je prédirais qu’il y a un avenir dans l’Amérique du Nord pour les Canadiens-Français. Quoiqu’il arrive, je ne crains pas d’affirmer que ces Canadiens de langue française seront là pour vivre les derbières heures de l’humanité dans l’Amérique du Nord.

Il serait utile de répéter plus d’une fois cette citation par un des plus illustres sujet de l’Empire britannique aux Frankois, aux Canadians, aux néo-canadiens et aux néo-québécois! Cela leur ferait comprendre pourquoi un petit noyau continue encore de lutter.

1- J. GRAND’MAISON, Au nom de la conscience, une volée de bois vert.



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20 mai 2004