Actualité

Entente électoraliste ?
Josée Boileau
Le Devoir vendredi 21 mai 2004
Mars 1997: Ottawa et Québec négocient pour transférer les fonds de l'assurance-emploi destinés à un régime québécois de congés parentaux plus généraux que sa contrepartie fédérale - une des idées lancées par Lucien Bouchard lors du Sommet sur l'économie et l'emploi d'octobre 1996.
Les négociations vont bien, indiquent les reportages de l'époque, citant même Bernard Landry, alors ministre des Finances du Québec. En effet, le fédéral a donné son accord de principe. Il n'y a qu'à discuter de problèmes techniques. «Quand ce genre de questions sera réglé, les choses iront très vite, croit-on dans la capitale fédérale», lit-on alors dans un article du Devoir.
Mais l'optimisme ne suffira pas. Il y a désaccord, à hauteur de 100 millions de dollars, sur la façon de calculer les sommes à verser. Les négociations vont donc achopper, puis reprendre en douce en 1999 (à l'automne, c'est même Ottawa qui réclame que Québec réactive le dossier!) avant de casser pour de bon en 2000. Elles seront finalement relancées en janvier dernier. À chaque occasion, un seul enjeu: l'argent, pas le concept.
Ce n'est que par exaspération face à ces calculs qui n'aboutissaient pas que le premier ministre Jean Chrétien avait pour un temps transformé le dossier en affaire de principe, refusant que le Québec ait son propre régime alors que le fédéral bonifiait le sien en 2001. Québec a renchéri par une poursuite en 2002. Sans surprise et de façon limpide, la Cour d'appel a donc reconnu en janvier dernier la compétence exclusive du Québec en matière d'assurance parentale.
Bref, derrière l'esbroufe politicienne, le fond de la question n'a jamais fait problème. C'est pourquoi les ministres concernés - Claude Béchard pour Québec et Jon Volpe pour le fédéral - doivent aujourd'hui nous présenter bien plus qu'une entente de principe pour que les Québécois puissent se réjouir d'une avancée dans ce dossier. Ce n'est pas la vertu mais les détails qui sont d'intérêt ici.
Or la formule de calcul doit encore être avalisée avant qu'une entente finale ne soit paraphée d'ici le 1er février 2005. À l'Assemblée nationale hier, M. Béchard laissait entendre qu'on a dépassé les formules qui faisaient problème: celles prévues à l'entente de principe sont toutes deux avantageuses pour les familles québécoises. On verra. Mais si le seul acquis consiste à pouvoir dire que le Québec pourra gérer son programme, alors on n'avait pas besoin d'une annonce qui ne sert que les intérêts électoraux de Paul Martin.
Par ailleurs, une fois l'entente avec Ottawa scellée, un autre débat restera à faire, celui que les Québécois, tous unis derrière l'idée d'un programme élargi, ont jusqu'à maintenant évité. On sait que les fonds venus de l'assurance-emploi ne suffiront pas à tout financer. Qui paiera la différence?
En 1999, on évaluait que le manque à gagner serait de 100 millions. En 2004, l'écart entre le coût du programme et ce que verserait Ottawa est de 250 millions, et il pourrait encore grimper. Demandera-t-on aux employeurs et aux travailleurs ou à l'ensemble des contribuables de les assumer? Que diront les PME de cette nouvelle charge? Et les travailleurs, auxquels on promettait des baisses d'impôt? C'est ici que l'esprit progressiste des Québécois sera encore une fois testé.

Candidat, Paul Martin souligne les risques à voter pour le Bloc
PC
Le Droit vendredi 21 mai 2004
Montréal - Paul Martin, devenu officiellement candidat libéral dans Lasalle-Emard hier soir à Montréal, a mis en garde les Québécois du risque que représente un vote pour le Bloc lors de l'élection fédérale à venir.
"Voter pour le Bloc n'est pas sans risque : c'est donner le pouvoir aux autres, c'est priver le Québec de sa force politique réelle au sein de notre pays", a-t-il lancé devant plus de 800 partisans enthousiastes.
Encore une fois, il a réitéré le message libéral voulant que "voter pour le Bloc, c'est aider l'alliance conservatrice et ça, c'est suivre le modèle de Mike Harris en Ontario."
M. Martin s'est d'ailleurs empêtré dans son discours en voulant comparer Mike Harris, l'ancien premier ministre ontarien, et Stephen Harper, le chef du nouveau Parti conservateur, concluant par un "Stephen Harris".
Pour saluer son choix comme candidat du Parti libéral du Canada dans la circonscription du sud-ouest montréalais, M. Martin était entouré de l'ensemble des candidats libéraux du Québec sur la scène. Les femmes avaient d'ailleurs été placées stratégiquement juste derrière lui, en compagnie de son lieutenant politique pour le Québec, Jean Lapierre.
En plus de s'attaquer au Bloc québécois - ainsi qu'à Stephen Harper et à peine au Nouveau parti démocratique - M. Martin a vanté les récents bons coups de son gouvernement. Il a complètement passé sous silence le scandale des commandites, duquel son gouvernement essaie de se distancer depuis des mois.
Pour étayer ses affirmations de "nouvelle approche" de gouvernement, M. Martin a cité l'accord - à être annoncé vendredi - sur les congés parentaux avec le Québec, les assouplissements à l'assurance-emploi en faveur des chômeurs saisonniers - annoncés il y a plusieurs jours - et sa volonté déclarée de donner plus de place au Québec sur la scène internationale.
La santé à l'été
Sur la délicate question de la santé, que martelait encore ces derniers jours le premier ministre du Québec Jean Charest, M. Martin a répété son engagement de s'y atteler cet été, lors de discussions avec les provinces.
"Nous allons faire les réformes requises et nous allons transférer les sommes nécessaires aux provinces, je vous le promets", s'est-il exclamé. Il n'a toutefois pas mentionné combien d'argent il verserait aux provinces ni quand, alors que cette demande est jugée pressante par les provinces et ce depuis des années.
Comme clin d'oeil aux Québécois nationalistes, M. Martin a d'ailleurs présenté les candidats libéraux fédéraux à ses côtés comme "des gens qui représentent la société distincte, des gens qui vont exprimer la différence du Québec" au sein du Canada.

Réquisitoire du Bloc contre Martin
PC
Le Devoir vendredi 21 mai 2004
Québec - C'est un véritable procès de Paul Martin que dresse le Bloc québécois dans un document qui a été rendu public hier soir, lors d'une assemblée publique à Québec.
Le Petit livre rouge du Parti libéral du Canada s'en prend au chef libéral qui «prétend incarner le changement» mais qui en fait poursuit l'administration de son prédécesseur Jean Chrétien.
Devant quelque 800 partisans, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a incité les Québécois à appuyer «un parti propre au Québec plutôt qu'un gouvernement marqué par la corruption et le patronage».
«Aller droit devant avec l'équipe Martin, c'est continuer dans la même voie du patronage, du gaspillage et des scandales», a dit M. Duceppe lors d'un discours au Centre des congrès.
Le document dévoilé par le Bloc rappelle que M. Martin «a été ministre des Finances, donc numéro 2 du gouvernement Chrétien pendant neuf ans». À ce titre, M. Martin «a signé les chèques du scandale des commandites, les chèques du Fonds secret pour l'unité canadienne, a coupé les fonds pour la santé et l'éducation, a pigé plus de 45 milliards $ dans la caisse de l'assurance-emploi, a baissé les impôts des grandes compagnies pétrolières, etc.»
Le document bloquiste note affirme aussi que «depuis que M. Martin est devenu ministre des Finances, les sommes d'argent envoyées par les riches Canadiens - dont lui-même - à la Barbade pour ne pas payer d'impôt ont augmenté de 369 %».
Le Bloc québécois met en doute par ailleurs les prétentions du premier ministre Martin qui affirme ne rien savoir du scandale des commandites.
C'est lui qui allouait les budgets pour le Fonds de l'unité canadienne, d'où provenait l'argent des commandites. De plus, M. Martin a été vice-président du Conseil du trésor.
Le Bloc conclut son document en demandant: «De qui les libéraux de Paul Martin défendent-ils les intérêts?» On suggère quatre réponses possibles: les intérêts des millionnaires, ceux des grandes compagnies pétrolières, ceux de «leurs petits copains» ou ceux des libéraux eux-mêmes.
Le leader parlementaire du Bloc et député de Roberval, Michel Gauthier, a de son côté soutenu que le slogan du Bloc, «un parti propre au Québec» lui va «comme un gant».
«Si le Parti libéral du Canada avait choisi un tel slogan pour lui-même, tout le monde serait mort de rire», a dit M. Gauthier.

Le pire critique de Séguin est Séguin lui-même
Léo-Paul Lauzon
L'aut'journal 14 mai 2004
Oui, je l’admets, je suis un tata impénitent. Oui, j’ai félicité le ministre libéral des Finances, Yves Séguin, sur la place publique pour sa franchise et son courage. Je l’ai même louangé en personne lors de ma présentation aux consultations prébudgétaires tenues au mois de février 2004. Admettez qu’il y avait matière à être allumé par ses déclarations fracassantes et ses promesses époustouflantes de rétablir un tant soit peu l’équité fiscale en taxant enfin ceux qui s’en tirent trop facilement en ne payant pas leur juste part d’impôt par l’utilisation abusive d’abris fiscaux et par la fraude, comme lui-même l’a répété à maintes occasions.
Premièrement, dans le journal Les Affaires du 1er novembre 2003, monsieur Séguin a dit : «Je m’adresse à la communauté d’affaires : est-ce normal que le gouvernement verse annuellement 5 milliards $ en crédits d’impôt pour des entreprises dont la majorité sont prospères?» En passant, ces crédits d’impôts sont dans les faits des subventions gouvernementales versées en argent sonnant aux entreprises même si celles-ci ne versent ou n’ont jamais payé une maudite cenne noire en impôts.
Deuxièmement, dans un article de Robert Dutrisac du Devoir du 29 janvier 2004 intitulé : «Séguin veut faire payer les riches » et en sous-titre : «Québec se tournera (sic) vers les entreprises prospères pour financer ses baisses d’impôt», le dit ministre a affirmé le plus sérieusement du monde que : «Le gouvernement du Québec est encore trop généreux (sic) envers les entreprises. Il est temps (sic) que les gouvernements disent : il y a une contribution sociale à aller chercher dans les poches des contribuables qui sont bien nantis et des entreprises qui sont prospères. Ça ne les mettra pas à terre».
Dans les faits, le ministre s’est tourné généreusement vers les entreprises prospères pour leur donner encore plus d’argent de l’État en réduisant davantage leur taxe sur le capital, une mesure fiscale qui coûtera au moins chaque année 74 millions $ au trésor québécois.
Mais, pour l’inégalable Michèle Boisvert, éditorialiste à La Presse, ce 74 millions $ annuel de cadeaux fiscaux consentis aux entreprises prospères déjà gavées par notre État ne représente que des «broutilles» (5 avril 2004).
Pour financer cette «vétille» aide gouvernementale, le ministre s’est «résigné» à couper sur les services publics «monumentaux» en réduisant de 16% le budget du ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, qui se soldera par l’abolition de 740 postes, en diminuant de 11% le budget du ministère aux Ressources naturelles et de 8% celui de l’Environnement.
Verser 5 milliards $ par année en aide gouvernementale à des entreprises prospères est tout à fait logique et nécessaire, mais verser 60 millions $ annuellement à Télé-Québec, notre télévision publique, c’est totalement déraisonnable pour un peuple d’environ 7,5 millions de Québécois entouré de 300 millions d’anglophones.
Troisièmement, dans un article de Stéphane Paquet de La Presse du 27 mars 2004, - soit trois jours avant le dépôt de son budget - intitulé : «Budget Séguin : les entreprises vont écoper», M. Séguin avait réitéré sa ferme intention de taxer la richesse afin de soulager pour de vrai la classe moyenne.
Mais ce sont encore les citoyens ordinaires et les commis de l’État qui vont plutôt écoper des suites du budget Séguin car le gouvernement a annoncé la vente pour environ 900 millions $ de biens publics dont plusieurs immeubles afin d’adapter et de réingénier le Québec. On deviendra encore plus locataire dans notre pays car, à l’avenir, on devra payer de gros loyers à des firmes privées comme SNC-Lavalin ou Bombardier à qui on aura cédé nos instruments collectifs.
Tous les ministres du gouvernement libéral du Québec, nous répètent à satiété que ce n’est pas le rôle de l’État de «gérer» des immeubles, des autoroutes, des hôpitaux, des aqueducs, des autobus, une télévision, etc. Par contre, une firme privée, subventionnée toutefois par le public, comme SNC Lavalin, qui gère seule des hôpitaux, des autoroutes, des centrales électriques, des camps militaires, des autobus et des métros, des aqueducs, des immeubles, c’est parfaitement correct ! Quelqu’un peut-il m’expliquer la logique? Pourquoi, collectivement, ne pouvons nous rien gérer alors que des petits intérêts privés sont capables de tout gérer en même temps au sein de la même entreprise?
Quatrièmement, dans un article de François Normand du journal Les Affaires du 1er novembre 2003 et intitulé : «Offensive majeure en vue contre l’évasion fiscale sophistiquée» et dans un autre de Michel Hébert du Journal de Montréal du 8 février 2004 titré : «Québec et Ottawa aux trousses des fraudeurs à col blanc», Yves Séguin a bel et bien dit qu’il s’attaquerait «vigoureusement» à ceux qui pratiquent régulièrement la fraude fiscale généralisée dans les paradis fiscaux et qui coûte, selon ses propres dires, «un manque à gagner annuel de un milliard de dollars au trésor québécois».
Même que, en novembre 1995, du temps qu’il était chroniqueur à la revue Affaires Plus, il avait intitulé son texte «Les tricheurs» et s’en était alors pris avec hargne, et en utilisant des qualificatifs que je n’oserais pas utiliser, pour condamner ceux qui volent des fonds publics par le biais des paradis fiscaux. Vous conviendrez avec moi mes amis que si piquer c’est voler, tricher l’est aussi.
Il avait terminé son article ainsi : «Pauvres contribuables que nous sommes, condamnés à payer à la place de ceux-là qui, occupés aux jeux interdits d’un paradis fiscal, trouvent quelques fois le temps de nous dire comment gérer les sous qui nous restent…». En fait, c’est pas seulement «quelquefois» que ces aigrefins nous disent comme gérer l’État mais tout le temps. Yves Séguin n’a jamais si bien dit, si la classe moyenne paie trop d’impôts, c’est à cause des riches et des entreprises prospères qui n’en paient pas ou pas assez grâce à l’utilisation abondante de subterfuges fiscaux et de subventions mis en place, tolérés et encouragés par «leurs» politiciens.
Maintenant qu’il est ministre des Finances et qu’il a tout le pouvoir voulu pour mettre fin à ces abus et à ces fraudes pratiquées par les nantis, qu’il décriait tant il y a de ça quelques années, pourquoi ne le fait-il pas? Parce que c’est un opportuniste, un carriériste et un vire-capot de première classe et de luxe en plus de ça. Ça veut dire que monsieur Séguin et son gouvernement, selon ses propres dires, distribuent l’argent de la classe moyenne et des pauvres à des riches et à des entreprises prospères. Yves Séguin est un humoriste cynique qui se méconnaît puisque dans un article de Jean-Philippe Décarie du Journal de Montréal du 20 décembre 2003, il avait déclaré : «Je suis là pour surveiller le cash québécois».

It's not about language, stupid - it's about services
Don Macpherson
The Gazette May 20, 2004
The PQ's Diane Lemieux never misses an opportunity to fret that demergers will separate anglophones and francophones.
Clearly, no one told Daniel Fournier, president of a committee seeking the restoration of Montreal East, that demergers were all about anglophones rejecting their francophone neighbours.
If French-speaking Quebecers fail to see the demerger campaign as an anglo isolationist thing driven by language, it's not because nobody's trying to get them to see it that way.
Not since the collective psychodrama over the language of signs in the late 1980s have the French-language television networks shown such interest in airing the views of anglophones, and in English to boot.
And here's a challenge for the French-language media: Try, just try, to do two consecutive reports on demergers without mentioning Westmount or Baie d'Urfe. It shouldn't be too hard, since there are 210 other former municipalities across the province where demerger referendums might be held.
Anne Myles, the caricatural, unilingual anglophone demergerist from Baie d'Urfe, might be the most famous city councillor in Quebec. And surely Peter Trent isn't the only articulate demergerist spokesman (it might help if the former mayor of Westmount just said no to interview requests, just for a week).
Hey, Radio-Canada and TVA, there are plenty of francophone demergerists in Longueuil who will give you soundbites in the language of your audiences. Since that's just at the other end of the Jacques Cartier Bridge from your newsrooms, you might even save on gas.
And in case the pattern of the coverage is still too subtle for the especially obtuse, then Diane Lemieux of the Parti Quebecois is only too willing to connect the dots for them.
The PQ opposition critic for municipal affairs never passes up an opportunity to fret loudly over the danger that demergers will divide anglophones and francophones in Montreal. (I know, a PQ member worrying over linguistic division. Ain't it rich?) In fact, Lemieux talks about it so much you wonder whether she isn't really afraid that people won't see demergers in linguistic terms.
This week, she said it is inevitable that French-speaking Montrealers will feel rejected by English-speaking ex-suburbanites. And by saying so, she was also implying that they will be justified in feeling that way.
"How do you expect them to react?" she asked, in an interview widely reported in the French-language media. "In east-end Montreal, they'll say, 'So, in the west, they don't like us? What don't they like about us? Why don't they want to be with us?'"
Although francophones in general and sovereignists in particular had treated anglophones fairly, "there will be some (anglophones) who will say to us, 'Well, we're not interested.'"
And Premier Jean Charest and Municipal Affairs Minister Jean-Marc Fournier "live on another planet" if they think language has little to do with demergers.
Oh? Then why isn't the demerger movement confined to the region west of Atwater Ave.? What's driving the strong demerger campaigns in overwhelmingly francophone Longueuil and Quebec City - and the borough of Montreal East, which borders on Lemieux's riding of Bourget?
Shouldn't her constituents also feel rejected by their francophone neighbours immediately to the east of them? Or is it only what her former leader called "ethnic votes" that are to be stigmatized once again?
It's Lemieux who's talking about language, not anglophone demergerists. Rather, they talk about the same things as their francophone counterparts - services, taxes, bureaucracy, identifying with a local community. And demergerist leaders insist they're willing to contribute to regional services that benefit east-end francophones, as they did before the forced mergers.
Actually, the only anglophones who raise linguistic arguments on the demerger question are the opponents of demerger, such as Robert Libman, who argue that the megacity has increased the political power of the English-speaking community.
Libman recently boasted to Ricky Blue in the West Island Chronicle that anglophones now control city hall in the province's largest city.
So anglophone demergerists are actually working against their linguistic interests. They're willing to give up their recently acquired political leverage in a city that, under the Charest government's Bill 9, will soak them financially. Instead of feeling rejected, Lemieux's east-end constituents should be laughing.
dmacpher@thegazette.canwest.com

De l'obsession ethnique
Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 20 mai 2004
Le mouvement de défusions municipales - cette boîte de Pandore ouverte par les libéraux - est déjà assez pénible sans qu'on ait besoin des déclarations incendiaires des Diane Lemieux et des Gérald Larose, qui font tout pour raviver des tensions linguistiques que rien dans la réalité ne laisse présager.
Mme Lemieux, la critique péquiste en matière municipale, n'avait rien d'autre à dire, sur un mouvement de défusion qui apparaît beaucoup plus fort que prévu, que de ressortir, en termes désespérément simplistes, la vieille rengaine antianglaise: " Dans l'est de Montréal, ils vont dire: Cou'don, dans l'Ouest, ils ne nous aiment pas? Pourquoi ils veulent pas être avec nous? "
En fait, " dans l'est de Montréal", il n'y a eu que Diane Lemieux pour réagir de la sorte. Au contraire, on note - et c'est dommage - un manque flagrant d'intérêt des résidants de la ville centrale pour la sauvegarde de la mégaville."
Loin de se sentir, comme le prétend Mme Lemieux, " victimisés " par les menaces de défusion, les francophones de Montréal-la-petite regardent passer le train sans passion. La passion, elle est dans le camp des défusionistes, et elle parle français autant qu'anglais, elle est à Sillery aussi bien qu'à Westmount, et à Boucherville autant qu'à Pointe-Claire.
Non seulement Mme Lemieux est-elle la seule personne (à part M. Larose) à voir un affrontement linguistique dans cette révolte de contribuables qui déborde largement de l'île de Montréal, elle prédit déjà que la défusion entraînera la " rupture " entre les deux communautés! Cet enthousiasme pour les scénarios catastrophe est suspect: Mme Lemieux saliverait-elle déjà à l'idée d'une nouvelle guerre linguistique susceptible d'apporter de l'eau au moulin de la Cause?
Mais la pauvre aura beau essayer, elle n'arrivera jamais à égaler Gérald Larose dans l'art de transformer un nid-de-poule en cratère nucléaire et une fronde municipale en guerre cosmique.
Faisant décidément flèche de tout bois, le président du Conseil de la souveraineté s'en est pris sauvagement à Robert Libman, membre du conseil exécutif de Montréal, l'accusant d'être en proie à une " obsession ethnique (qui) s'apparente à une forme de racisme ".
Qu'avait donc fait M. Libman pour s'attirer de telles insultes? Avait-il prêché la défusion en lançant des messages de haine contre les francophones?
Au contraire! Le conseiller des arrondissements de Côte-Saint-Luc, Hampstead et Montréal-Ouest, allant assez courageusement contre l'opinion prédominante de ses commettants, s'efforçait au contraire de défendre la mégaville. À ces fins, il donnait l'autre jour une entrevue au Chronicle, un hebdo du West Island, entrevue dans laquelle il fournissait des raisons pour voter contre la défusion.
À ses lecteurs anglophones, M. Libman expliquait que les non-francophones et les habitants de la banlieue ouest sont " au coeur de l'action " dans la mégaville; 40 % des membres du conseil municipal sont non francophones; sept des 11 membres du comité exécutif le sont également, et les réunions du caucus du parti au pouvoir se font en anglais à 60 %.
On peut tiquer sur la dernière statistique, mais l'argument est de bonne guerre quand on veut convaincre des anglophones de résister aux sirènes des défusionnistes. En fait, l'essentiel des propos de M. Libman correspond en tous points aux arguments que faisaient valoir les partisans francophones de la fusion pour convaincre la minorité anglophone de sortir de ses ghettos de banlieue.
Il faut avoir l'esprit vraiment tordu pour voir dans ces propos une " obsession ethnique " proche du " racisme ". Ce n'est pas de " l'obsession ethnique " que d'être soucieux des intérêts de sa communauté linguistique. À ce compte-là, que dire des innombrables textes péquistes qui parlent des intérêts des francophones sans jamais faire allusion à ceux des autres? Quant à l'allusion au " racisme ", c'est une remarque qui déshonore son auteur lorsqu'elle est brandie sans motif sérieux.
M. Larose a sommé le maire Tremblay de se dissocier des propos de M. Libman, lesquels sont pourtant d'excellents " arguments de vente " en faveur de la mégaville. Espérons que M. Tremblay ignorera cette missive hystérique.
Où est le drame à ce que 40 % des conseillers soient non francophones? Cela reflète assez bien la composition démographique de l'île. Où est le drame à ce qu'une légère majorité au comité exécutif ne soit pas d'origine canadienne-française? M. Larose croit-il que les membres bilingues de minorités ethniques et culturelles devraient être exclus des postes de commande? C'est là qu'elle serait, l'" obsession ethnique ".
Le seul point qui pourrait à la rigueur déclencher quelque agacement est l'affirmation selon laquelle 60 % des réunions du caucus se font en anglais. Même à supposer que cela soit exact, ce n'est pas un scandale. Les conseillers ont bien le droit de parler la langue qu'ils veulent dans leurs réunions privées. L'important est que la langue officielle de Montréal reste le français.

Quebec voters are eager to Bloc the Liberals
Josee Legault
The Gazette May 20, 2004
The battle for Quebec has begun. And it's all Ontario's fault. If Prime Minister Paul Martin had iron-clad support in Ontario, he wouldn't be obsessing over Quebec.
Yesterday's Ipsos Reid-Globe and Mail-CTV poll shows that Liberal support in Ontario stands at 49 per cent, the Conservatives at 27 per cent and the New Democratic Party at 17 per cent. This would give 90 seats out of 106 to the Liberals. But if the Tories hit 30 per cent or more, they could hope for 20 to 40 seats.
That's not exactly quicksand for the Liberals, but it is potentially shaky ground. Martin could face the anger of Ontarians who saw health-care premiums jump to $900 a year from $300 in Liberal Premier Dalton McGuinty's recent budget. Ontario also has a $6-billion deficit while Ottawa has surpluses.
With more such banana peels, numbers could shift in Ontario just enough to put the Liberals in minority-government territory.
It's a different ballgame in Quebec. While Tory Leader Stephen Harper might not be seen as the redneck monster Martin says he is, the battle is shaping up for the moment between the Liberals and the Bloc Quebecois. And guess who's winning?
According to yesterday's Leger Marketing poll done for The Gazette and Le Devoir, the Bloc stands at 44 per cent, the Liberals at 35 per cent, the Tories at 10 per cent and the NDP at seven per cent. But among francophones, the Bloc has a sizeable lead of 20 points which could give it 50 to 60 seats out of 75.
The desire to oust the 11-year-old Liberal regime, drowning in the aftermath of the sponsorship scandal, or at least punish it with minority status, fuels impressive support for the Bloc.
Given that Bloc Leader Gilles Duceppe's party cannot form a government and that no one expects a referendum soon, it poses no threat. Sovereignty is hardly mentioned in the platform with the main themes being integrity and the more traditional defence of Quebec's interests. That makes it safe even for diehard federalists to support it.
Coupled with the anybody-but-the-Liberals feeling, it prompted Action democratique du Quebec president Guy Laforest to make quite a sortie. First, he said, get the Liberals out. Second, get the Conservatives in. Third, the only way to achieve this in Quebec is to vote Bloc. End of story.
Even prominent provincial Liberal organizer Marc-Yvan Cote says he doesn't know which party he'll vote for. As for Jean Charest, he dances a painful dance between his own bad numbers that partly reflect on Martin, his natural dislike for the federal Liberals and the rope that ties his party to Martin's.
Siding openly with the federal Liberals doesn't come naturally to many people here. Even the bland, no-name Liberal ads headed for Quebec have no mention of the infamous ''L'' word. It's all ''L'equipe Martin.''
Another hint of this can be found in the Leger poll. When asked how they'd vote if they were sure the Liberals would form a minority government, support remains unchanged. No one's tempted to switch to the Liberals to save them from that fate.
But the most telling phenomenon of all is that while most Canadians in other provinces are shopping for a party that can govern, many Quebecers, including federalists who plan to vote Bloc, no longer even consider the need for Quebec MPs to be part of the federal government regardless of which party forms it. That in part helps explain why the alternative so far is the Bloc and not the Conservatives.
Quebec's real political weight within any federal government has become so relative that voting en masse to remain in opposition is neither here nor there.
After all, the enduring fiscal imbalance and the sponsorship scandal, prompted by the so-called war on separatists, happened in a government headed by a Quebecer surrounded by many senior Quebec ministers.
So did the patriation of the Constitution in 1982 and the death of Meech Lake Accord, which couldn't be stopped by a Conservative government headed by a Quebecer and a host of homegrown ministers.
It's partly this realization that makes Jean Lapierre's incantatory plea to exercise ''power'' fall on deaf ears. What power? The one that gets an agreement on parental leave because the Liberals are getting desperate here? What's the difference between being powerless in government and being powerless in opposition?
No one has expressed what lies behind this marginalization better than Peter Donolo, Jean Chretien's former communications director. In Maclean's magazine, he wrote that Quebec is now an indistinct society. ''More and more, the distinct society is distinctly Canadian.''
So is that the power Lapierre is talking about: the power to be distinctly Canadian? Sovereignists are not alone in refusing that. Many francophone federalists do, too.
That's why many Quebecers could vote in the next federal election in a very distinct way indeed.

We need the Bloc Quebecois for comic relief
Brigitte Pellerin
The Gazette May 20, 2004
OK, I've changed my mind. I don't think I want the Bloc Quebecois to disappear any more. In fact, it's very important the party gets enough votes to remain in Parliament. Politics is a grim business, and we need some comic relief.
We all remember the cheese-shop incident with leader Gilles Duceppe in his infamously silly hat. This year, I'm predicting interesting snapshots of Bloc members prowling campgrounds in search of vacationing electors to pester, a plan the party reportedly started preparing a few weeks ago. Isn't that just what you hope for during a week away from it all?
Fortunately, the existence of the federal sovereignist party is not exactly at stake, (never mind the baffling contradiction between ''federal'' and ''sovereignist''). Since the sponsorship scandal erupted in February, polls in Quebec have given the Bloc a fairly comfortable lead over Paul Martin's Liberals. So we can probably expect Duceppe's party to get roughly half the province's 75 seats. Phew.
To be sure, we can count on some comic relief from the Quebec wing of the federal Liberals, too. Starting with Prime Minister Paul Martin, who claims this election will be the ''most important'' in the country's history, which might or might not be related to his saying he ''needs'' Quebec (possibly as much as he needs Bono and the Rolling Stones) ''to achieve what I want to do as prime minister.'' Which could be everything, nothing or both. I'd say this election will be the most important ever in the whole history of one P. Martin Jr.
Far from retracting his overstated assessment, the prime minister added to it by claiming that this election, unlike others before it, including that one we had a few years back over the little matter of free trade or a couple on conscription during those World-War things, will feature choices that are ''really clear.'' Dear old Paul. One knee slapper after another.
He's not the only one. Health Minister Pierre Pettigrew, famous for his now-you-see-it-now-you-don't position on private delivery of publicly-financed health-care services, weighed in last week with an op-ed published in La Presse. In it - get this - he tells us that for Quebecers to vote for Duceppe is quite useless because it means giving up governing. After more than a decade of the Bloc's noisy irrelevance, you'd think they'd know that by now.
There's more. Pettigrew claims it's quite likely the increased generousity of Employment Insurance for seasonal workers ''might have occurred much earlier had we had 60 Quebec MPs within the Liberal majority!'' (Yes, he wrote that - complete with the exclamation mark!)
Coming from a guy who was the federal minister in charge of, er, the Employment Insurance program within a majority government, it's quite amusing.
Still, it doesn't come close to the Bloc platform, a sparkling 166-page document highlighting the party's five priorities, which no longer seem to include Quebec sovereignty. That prompted Martin's Quebec lieutenant Jean Lapierre, himself a former co-founder of the Bloc, to accuse his former party of trying to hide its sovereignist agenda.
Asked about it, Duceppe replied, apparently with a straight face: ''Read it and you'll see.''
If you've got time to waste, the platform is available (in French) at www.bloc.org. Hours of fun guaranteed. Especially the bit on Page 9 describing the Liberal party as an ''ultra-federalist party that protects the interests of its little friends.'' You might agree with the thought, but isn't the presentation a tad childish?
And how about the deep thought on Page 60 that, ''Quebec culture exists and constitutes one of the fundamental elements of the Quebec difference.'' Funny how often culture is part of a cultural difference.
These guys are priceless. I would miss them if they went away.
Brigitte Pellerin is an Ottawa-based freelance writer.

L'école d'un pays créatif et productif
Camil Bouchard
Le Devoir vendredi 21 mai 2004
L'école d'un pays créatif et productif: Il n'y a aucune nation en Amérique du Nord mieux placée que le Québec pour contribuer à un monde plus humain
«Une société produit toujours une école qui lui ressemble; et une société sans projet ne peut qu'inventer une école vide de sens.» - Gil Courtemanche, «L'école malaéè;..e de sens», Le Devoir, 8 mai 2004
La Révolution tranquille, par souci de démocratisation, a fermé les collèges classiques, a ouvert grand les portes des écoles secondaires et a mis fin, du même coup, à l'apprentissage précoce des humanités dont se nourrissaient les instigateurs de cette même révolution. Nostalgie? Non: constat.
Elle a aussi donné place, dans les décennies qui ont suivi, à une lente mais implacable dilapidation de la formation professionnelle. Les écoles d'arts et métiers ont disparu au profit de cheminements en formation professionnelle perçus, vécus et présentés comme les voies d'évitement à ceux pour qui le programme régulier n'avait pas d'autre attrait que celui de l'ennui. Résultat: démotivation, décrochage et taux de diplômes en formation professionnelle le plus bas dans les pays de l'OCDE.
La transformation de l'école reflétait la société d'alors: il fallait sortir de la grande noirceur, devenir moderne, donner à tous l'occasion de s'instruire et de s'enrichir («Qui s'instruit s'enrichit», pouvait-on lire partout... ). Cette réforme de l'école se déployait aussi au moment où tout commençait à basculer: urbanisation, féminisation de la main-d'oeuvre, appropriation du contrôle de leur vie par les femmes, reconfiguration des familles et de la dynamique familiale, abandon des pratiques religieuses, mondialisation des marchés, automatisation du travail, baisse dramatique de la fécondité, course effrénée au profit spéculatif.
L'insécurité économique allait aussi suivre avec ses cycles de récessions et de reprises toussotantes. La boussole des valeurs rassembleuses se détraquait. Adieu, cohésion et homogénéité des valeurs claires entre l'école, la famille, la religion et l'État. Bienvenue, éclatement, égarement, tâtonnement, nivellement: toutes les valeurs seront devenues tout aussi acceptables les unes que les autres dans la recherche timide d'un sens perdu.
Nous sommes passés du conservatisme bête à l'insignifiance béate. Nous sommes par conséquent passés de l'école autoritaire et unitaire à l'école servile et fourre-tout.
Quelle destinée?
Peut-être René Lévesque aurait-il pu nous sortir de cette insignifiance. Il proposait un projet inspirant: celui de se donner un pays, de dessiner ensemble et par nous-mêmes notre destinée. L'école en aurait été à la fois le ferment et le reflet. Comme dans toute société normale. Mais voilà, Lévesque a été poignardé lors d'une nuit des longs couteaux; nous l'avons ensuite abandonné, frileux et inconscients de nos compétences et de nos talents.
Mais aussi confus, ignorants de notre destination. Se donner un pays, oui, contrôler notre destinée, oui, mais quel pays, pour quelle destinée? La question ne s'est pas vraiment (im)posée: nous sommes restés avec un projet de pays malade de volonté parce qu'imaginé à partir de valeurs confuses ou contradictoires. Et, par conséquent, cette école, certes avec ses qualités mais malade de sens, dont nous parle Gil Courtemanche.
Nous voilà rendus là où il nous faut absolument être: à définir le pays que nous voulons avant d'y accéder pleinement et consciemment. À le définir avant de le choisir pour mieux y adhérer et pour mieux le construire de la force vive de ceux qui apprennent. En l'énonçant, nous définissons aussi l'école, instrument de socialisation et de développement premier.
Proposons à nos enfants un pays solidaire, pacifique, responsable, créatif et productif. Un pays que nous portons déjà dans nos traditions d'entraide et d'accueil, dans notre attachement à la négociation, à la coopération, à la résolution pacifique des conflits. Un pays qui trace la voie nord-américaine à Kyoto, qui se cambre devant les aventures gazières et qui s'est hissé parmi les cultures les plus créatives et les plus innovatrices au monde. Un pays généreux et riche à la fois.
Ce pays nous habite déjà: lorsque nos dirigeants tentent de s'en éloigner, la population se rebiffe, elle ne se reconnaît pas. Il n'y a aucune autre nation en Amérique du Nord mieux placée que le Québec pour contribuer à un monde plus humain. Le Québec apparaît au palmarès des nations les plus productives du monde. On y retrouve le taux de pauvreté parmi les plus bas au Canada, les écarts les moins grands entre riches et pauvres et le meilleur pouvoir d'achat pour les familles à bas revenus.
Nous pouvons désormais offrir consciemment à nos enfants, les yeux grand ouverts, ce pays que nous bricolons depuis des décennies. Et l'école qui vient avec.
Une solidarité qui s'effrite
Et il est plus que temps. Il nous deviendra bientôt impossible de le faire parce que nous aurons laissé s'étioler la fibre même, la base sociale même de ce que nous sommes en négligeant d'asseoir l'école sur des valeurs trempées, forgées, dessinées clairement. Parce que nous aurons permis trop longtemps que le vide s'installe et laisse de plus en plus de place à des valeurs d'une américanité dont le bien-être et la réussite se mesurent à l'aune de la consommation et du chacun-pour-soi.
Il n'y a qu'à constater le degré d'endettement de jeunes et de jeunes familles pour se rendre compte que nous sommes en train de fabriquer des ennemis, souvent inconscients d'en être, de la justice sociale, sauf pour de courtes bouffées de compassion, Guignolée aidant! Ceux-ci qu'on voit dériver vers la droite se sentent étranglés par le poids des impôts. Ils ne les voient plus comme un instrument de développement collectif mais comme un empêchement de vivre pleinement leur consommation.
À l'inverse, il y a un autre groupe, celui de l'échec, du décrochage scolaire, fait de ceux à qui on indique ultimement qu'ils ne sont pas des contribuables normaux capables de verser des impôts! Ce groupe de nos semblables renie l'État parce qu'il se sent trahi; il méprise les politiques, les fonctionnaires, la classe dirigeante, et, loin de chercher un pays, il se cherche une vengeance qui prend parfois la forme d'un sauveur démagogue. Ceux-là menacent aussi la social-démocratie parce qu'ils se méfient de l'équité et de l'égalité, qui sonnent creux à leurs oreilles. Ils aimeraient y croire mais y renoncent de peur d'être floués. Encore une fois.
Notre solidarité s'effrite. Il faut lui redonner une âme et des défenseurs: nos enfants et nos jeunes. Le pays solidaire, responsable, pacifique, créatif et productif ne se fera pas sans eux; il se fera pour et par eux.
École verte
À eux, il faut proposer une école où l'autonomie responsable devient la référence commune des apprentissages. Une école où chaque enfant, chaque jeune, apprend dès le plus jeune âge et jusqu'à la fin de ses études son rôle apprécié et indispensable de citoyen, où il devient possible de rêver par soi, pour et avec les autres. Une école où l'initiative et la créativité personnelles sont mises à contribution dans l'amélioration de l'environnement, de la communauté, de la société, du pays et du monde. [...]
Pour déployer cette école, nous disposons encore pour un temps de valeurs fortes, mais aussi d'initiatives inspirantes. La réforme de l'éducation amorcée depuis quelques années peut servir d'assise à cette école. Le Programme de soutien à l'école montréalaise, laboratoire de démonstration de cette réforme, en est un bon exemple. Installé dans les écoles de milieux défavorisés de Montréal, on y tâte des approches pédagogiques qui tiennent compte des caractéristiques des enfants et de leurs besoins. On y encourage une connexion plus serrée entre l'école, les familles et la communauté; on y soutient l'autonomie et la responsabilité des professeurs et des directions d'école. [...]
Mais il manque à ce programme un ancrage délibéré sur des valeurs bien cernées et cohésives, capables de rallier le réseau des partenaires du développement des enfants autour d'un projet de société. C'est ce que propose le réseau des établissements verts Brundtland (EVB).
Soutenu par la Centrale des syndicats du Québec et par Recyc-Québec, le réseau EVB rassemble des écoles où l'apprentissage se fait à partir de projets pour la réduction de la consommation, la récupération et le recyclage. Une école verte Brundtland enseigne, apprend et agit dans une perspective de développement durable. Elle réalise des actions de non-violence, de résolution pacifique des conflits, de paix. Les adultes et les enfants qui fréquentent ces écoles abordent les questions de désarmement, de coopération internationale, des droits de la personne, de solidarité locale, nationale et internationale. [...] Nous voilà devant une sorte d'«innovation pédagogique extrême» où on fait, notamment, la démonstration de la compatibilité entre humanisme et pédagogie appliquée.
Cela ne donne-t-il pas envie de faire un pied de nez à la morosité, envie de se sortir d'un «Québec hôpital» hanté par les soins de santé et d'entrer joyeusement dans un «Québec école», porteur de nos espérances et de notre développement?
Camil Bouchard : Député du Parti québécois et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'emploi et de solidarité sociale

L'école malade de sens
Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 mai 2004
Dans Le Devoir de jeudi, le sous-ministre de l'Éducation nous apprenait que les élèves s'ennuient au secondaire et que cela est particulièrement évident à partir du secondaire 3. Je ne veux pas discuter ici des mérites des réformes proposées; je suis loin d'être un spécialiste de la pédagogie. D'ailleurs, ma nostalgie du cours classique, qui était plus un apprentissage de l'humanité qu'un processus d'acquisition de compétences, me disqualifie probablement aux yeux des spécialistes. De plus, ma connaissance de l'école actuelle est relativement limitée.
Trois ou quatre fois par année, je suis invité à rencontrer des élèves de secondaire 5 à qui on a imposé la lecture de mon roman Un dimanche à la piscine à Kigali. Chaque fois, je m'attends au pire, à une sorte de rencontre obligée dont on espère qu'elle se déroulera le plus rapidement possible. Et jamais ce pire appréhendé ne se produit. Ce roman et mon métier de journaliste nous mènent à aborder plusieurs sujets, le Rwanda, bien sûr, et l'Afrique. Mais aussi le sida, de grandes interrogations philosophiques sur la vie, la mort, la bêtise, le racisme, l'importance de l'écrit, la transformation du Québec au cours des 50 dernières années, l'apparition des dieux et des religions dans l'imaginaire collectif. Chaque fois, je me rends bien compte que je leur parle de choses qu'ils ignorent totalement mais qui les passionnent au plus haut point. En fait, je leur donne un cours accéléré d'«humanités», comme on disait dans mon temps.
La première question est généralement lente à venir mais après, elles se multiplient et les interrogations individuelles se poursuivent bien après le son de la cloche, qui n'est pas perçu comme la fin d'une torture. Récemment, quelques élèves (des garçons !) sont venus me dire que ce que nous avions fait pendant ces deux heures, c'était de la philosophie et de l'histoire, voire de l'analyse politique, et qu'ils ne comprenaient pas pourquoi on ne faisait pas de philo au secondaire. Bien sûr, ils ne parlaient pas de l'apprentissage des systèmes philosophiques d'Aristote à Derrida, ils faisaient allusion à une faille systématique, à un manque qu'ils ressentent inconsciemment et qui peut se résumer ainsi : nulle part on ne leur enseigne la vie, la société, le monde. Dans leurs questions pointent toujours deux pôles : une incroyable ignorance de l'évolution de l'humanité et un désarroi absolu face à la complexité du monde, à l'injustice, à l'indifférence devant la souffrance et la pauvreté.
Ils savent bien que, d'une certaine manière, l'école sera toujours un peu ennuyante et ils sont bien prêts à admettre qu'il faut bûcher sur le français, l'anglais et les maths, encore que, dans ce dernier cas, on puisse se demander pourquoi on les oblige, à partir du secondaire 3, à se farcir le cosinus alors que 95 % d'entre eux n'auront besoin dans la vie que de connaître les tables de multiplications et le calcul du pourcentage pour les pourboires et les taxes. On leur parle de compétences à acquérir, de connaissances utiles qui mènent à un métier, mais ces ados demandent aussi ce qui leur manque le plus lourdement : un autre apprentissage, comment trouver leur place, leur rôle, leur utilité dans le monde, dans leur société.
***
Quand on a réformé le système d'éducation, pendant les années 60, trois pôles se partageaient l'explication de la vie et de la société. L'Église expliquait sa finalité et sa raison d'être, le modèle familial transmettait un système de valeurs et de comportements et l'école secondaire (classique ou publique) peaufinait les apprentissages essentiels tout en expliquant la marche de l'humanité. Ces systèmes régulateurs, ces institutions normatives ont au bout du compte disparu en même temps que la société est devenue un inextricable bordel de consommation, de profits éhontés, d'argent facile, de rémunérations rocambolesques. Or on sait combien, entre 12 et 17 ans, les enfants ont un besoin profond de modèles, de normes (quitte à les transgresser), un besoin qui, pour eux, est profondément plus essentiel que la connaissance des diverses formes de triangles ou du calcul différentiel et intégral. Le premier apprentissage qui fascine l'adolescent, c'est celui de la vie. C'est aussi la recherche angoissante de son identité dans un monde qu'il ne parvient ni à saisir ni à justifier. Il est comme une bouteille à la mer. Et cet apprentissage le plus fondamental, ils le font dans la rue, entre copains, devant la télé ou en surfant sur Internet.
Un des problèmes fondamentaux du secondaire, c'est que la société lui demande de former de bons petits soldats productifs et que les adolescents, eux, ont besoin d'apprendre qui ils sont. Le problème, c'est qu'il serait totalement injuste de demander à l'école et aux enseignants de remplacer tout ce que nous avons détruit comme systèmes normatifs. Est-il besoin d'ajouter que les enseignants font eux aussi face au même désarroi quant à leur rôle et à leur fonction dans la société ? L'école québécoise, il serait temps qu'on le dise et qu'on le reconnaisse, n'est pas malade de ses méthodes ou de ses programmes; elle est malade de la société québécoise car une société produit toujours une école qui lui ressemble. Et une société sans projet ne peut qu'inventer une école vide de sens.

Le repli sur soi
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 21 mai 2004
Le mouvement défusionniste peut à juste titre prétendre avoir remporté la bataille de la signature des registres. Sa victoire dans un nombre significatif d'arrondissements hier montre combien les partisans des défusions peuvent être opiniâtres. Le temps n'a d'aucune façon altéré leur détermination. Ils n'ont jamais accepté l'intégration de leurs anciennes municipalités aux nouvelles grandes villes et ils n'accepteront rien de moins que le retour au statu quo.
Cette première victoire des défusionnistes est la victoire du peuple sur les élites politiques, soutenait hier un collègue journaliste partisan des défusions. À certains égards, cela est vrai: en effet, le mouvement de résistance aux nouvelles villes repose sur une participation populaire. On pourrait même y voir une révolte contre la classe politique dans son ensemble. Mais il y a plus. Ce mouvement est aussi le refus d'une intégration sociale et culturelle dans un grand ensemble. Le refus d'une vision audacieuse de l'avenir des villes, qui auront à assumer un rôle de plus en plus grand en matière de développement.
À Montréal, la fracture culturelle et économique est évidente. Les arrondissements où auront lieu des référendums sont presque tous dans la partie ouest de l'île. Ce n'est pas un hasard. L'Ouest-de-l'île est le lieu de résidence de la communauté anglophone, qui se sentirait davantage rassurée de pouvoir contrôler ses institutions. Réflexe bien compréhensible, dira-t-on, mais aussi repli sur soi. C'est aussi dans l'Ouest-de-l'île qu'on retrouve les arrondissements généralement les plus riches de Montréal. Les plus pauvres sont à l'est. À cet égard, la question est toujours la même, que l'on soit de l'ancienne Mont-Royal ou de l'ancienne Sillery: pourquoi payer plus pour moins de services?
«Maudite banlieue!», a laissé échapper le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, il y a quelques semaines. Reçue par plusieurs comme une insulte, l'expression traduit bien la réalité du débat actuel. Les défusionnistes sont pour la plupart de purs produits de la culture de la banlieue. Au cours des dernières décennies, ils ont fui par milliers les villes centres à la recherche d'une meilleure qualité de vie. Ils ont fui les comptes de taxes élevés et, du même coup, leurs responsabilités envers les villes centres, où ils continuaient pour la plupart à trouver leur gagne-pain. Les problèmes de la ville centre ne les regardent surtout pas. Du moins, c'est ce qu'ils croient. Repli sur soi ici aussi.
La résistance à la réforme Harel, on le constate aujourd'hui, est plus grande qu'on ne l'imaginait au point de départ. Que Westmount, Baie-d'Urfé ou Saint-Bruno retrouvent leur statut d'autrefois ne serait pas tragique. La réforme Harel garderait tout son sens, ce qui ne serait pas le cas si un trop grand nombre d'arrondissements les imitaient. À moyen terme, les villes défusionnées auraient un poids politique que le gouvernement Charest pourrait difficilement ignorer. Elles pourraient exiger de retrouver le statut qu'elles avaient à l'époque des communautés urbaines, comme certains porte-parole défusionnistes ont commencé à le faire.
En permettant les défusions, le gouvernement Charest a ouvert une porte qu'il aura de la difficulté à refermer si les défusionnistes l'emportent massivement aux référendums du 20 juin. Leur victoire à la signature des registres leur donne un élan que les partisans des nouvelles villes n'ont pas au moment d'entreprendre la campagne référendaire. Ils n'ont plus qu'un mois pour faire comprendre à leurs concitoyens que le repli sur soi n'est pas une façon de préparer l'avenir. Il est temps pour eux de monter sur les tribunes.

Campagne référendaire: Charest refuse de défendre les grandes villes
PC
Le Quotidien vendredi 21 mai 2004
Québec - Le premier ministre Jean Charest n'entend d'aucune façon participer à la campagne référendaire sur les défusions, qui s'amorce vendredi, et encore moins de se porter à la défense des grandes villes.
"On a déclaré notre préjugé qui est favorable aux nouvelles villes, mais maintenant, la décision est entre les mains des citoyens, a dit M. Charest, jeudi à l'Assemblée nationale, en réponse au chef péquiste Bernard Landry qui l'exhortait à poser un geste concret en faveur du maintien des villes fusionnées.
En vain, M. Landry a tenté d'amener son vis-à-vis à s'engager à entreprendre une tournée des grandes villes "afin de faire courageusement campagne avec les maires qui veulent la réussite des grandes villes".
Il est temps que le premier ministre remplisse son engagement solennel de l'an dernier, a fait valoir le chef péquiste.
En effet, lors du débat des chefs de 2003, à deux semaines des élections générales au Québec, le chef libéral s'était commis sur la question, se disant "en faveur du succès des grandes villes". Décontenancé par cette déclaration surprise, le chef péquiste avait dû renoncer à attaquer son adversaire sur ce front.
Maintenant que la campagne référendaire se met en branle dans le monde municipal, le premier ministre doit livrer la marchandise, a dit M. Landry.
"Leur premier ministre leur a promis qu'il était pour la réussite des grandes villes. Est-ce que leur premier ministre sera (proactif) pour que les grandes villes réussissent ou s'il se défilera et se lavera les mains d'un enjeu majeur pour notre société", a-t-il lancé.
Mais le premier ministre est demeuré de glace. La position de du Parti libéral du Québec à l'égard du processus de défusion a été maintes fois exprimée lors de la dernière campagne électorale, a-t-il rappelé. Cette position se résume ainsi: ce n'est pas au gouvernement, mais aux citoyens de sceller le sort de leur communauté, a-t-il expliqué en substance.
Au contraire, le chef du gouvernement de tous les Québécois a le devoir de se prononcer sur un enjeu aussi important que celui de l'avenir des grandes villes, a répliqué M. Landry.
"Dans des référendums, quand on est un vrai démocrate, surtout quand on est chef du gouvernement, on se prononce. On ne peut pas demander aux citoyens d'exercer leurs devoirs de choix et dire: Moi, je suis le premier ministre du Québec, je m'en lave les mains", a-t-il dit, visiblement en colère.
Poursuivant sur sa lancée, le leader du PQ n'a pas hésité à tracer un parallèle entre le débat sur les défusions, et la campagne référendaire de 1995.
Si le premier ministre "laisse les gens se prononcer sans s'en mêler, pourquoi était-il vice-président du comité du non pour contrer l'avenir national du Québec en 1995", a-t-il demandé.
Optant pour l'esquive, M. Charest a reproché à Bernard Landry "d'offusquer la vaste majorité des citoyens et citoyennes du Québec qui demandent plus de respect".
Les propos du chef péquiste, a poursuivi le premier ministre, révèlent son mépris pour les citoyens qui ne partagent pas ses opinions, et pour ceux qui iront se prononcer sur l'avenir de leur nouvelle ville.
"Ne pas être d'accord avec lui, c'est être contre, apparemment, ce que lui déclare solennellement, par décret, être les intérêts du Québec", a fait remarquer M. Charest.

Plan d'action pour faciliter l'immigration
PC
Le Soleil vendredi 21 mai 2004
La ministre Courchesne plaide pour une plus grande participation des minorités culturelles au développement du Québec
Le gouvernement provincial a annoncé hier le lancement d'un plan d'action qui vise à assurer une plus grande participation des communautés culturelles au développement du Québec.
"Nos perspectives démographiques et la demande accrue de main-d'oeuvre, actuelle et prévisible, nous incitent à assumer un plus grand leadership et à renouveler nos façons de faire pour que les nouveaux arrivants et les Québécois des communautés culturelles puissent participer pleinement à la société", a indiqué la ministre québécoise des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne.
Le plan d'action Des valeurs partagées, des intérêts communs dispose d'un budget additionnel de 21 millions $. Le ministère souhaite ainsi que les interventions en matière de promotion, d'information et de recrutement soient mieux adaptées pour que les nouveaux arrivants entreprennent, à partir de l'étranger, leur parcours d'intégration sociale et professionnelle. Le plan vise aussi à améliorer l'adéquation entre les besoins en main-d'oeuvre du Québec et la sélection des travailleurs qualifiés qui sera réalisée.
La portée de ce plan d'action sera soutenue par des plans régionaux, élaborés notamment en partenariat avec les organismes des communautés culturelles.
Ce plan comprend aussi des mesures pour favoriser l'accès à l'emploi des personnes issues de l'immigration.
Au cours des dernières années, les personnes immigrantes ont représenté plus de 60 % de la croissance de la population active, contribuant ainsi à atténuer les effets liés au vieillissement. Selon les dernières statistiques, le taux de chômage dans la population immigrée atteint près de 12 %, alors qu'il est de 8 % dans la population totale.
Le plan devrait également permettre l'accélération de l'apprentissage du français. "La langue française est un élément central de l'identité québécoise. Il importe donc d'encourager la persévérance dans la fréquentation des services de francisation et de moduler l'offre de service selon les besoins diversifiés et les caractéristiques de certaines clientèles", a souligné Mme Courchesne.
Le budget total de la francisation, de 42,2 millions $, inclut une injection de 10,5 millions $ d'argent neuf.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
M. Pratte, vous perdez toute crédibilité
Marie-Louise Lacroix, Québec
TRIBUNE LIBRE 21 mai 2004
Objet : André Pratte, « Un leurre » (La Presse,
éditorial du 20 mai 2004) (Car bien sûr, M. Pratte voit plus clair à lui seul
que l'Assemblée nationale tout entière...)
À force de descendre bas,
si bas dessous la ligne de flottaison du discours sensé, dans votre propagande
pro-Canada à tous crins, M. Pratte, vous perdez toute crédibilité. Il est
étonnant que, selon toute vraisemblance, vous ne vous en rendiez aucunement
compte.
Ce n'est pas compliqué. J'en suis au point où je ne puis plus
lire, entendre ou apercevoir en quelque manière rien qui ne me rappelle le
groupe Gesca sans éprouver du coup un malaise qui me remonte dans la
gorge depuis le duodénum.*
À chaque
fois. C'est pénible, vous savez. D'autant plus que le bon dr. Couillard lui-même
n'y peut rien, mais là, vraiment rien! Bien au contraire...
C'est triste,
infiniment triste, de constater que dans une démocratie dont on pourrait être
fier (je parle de la québécoise...) le pouvoir phénoménal d'un groupe de presse,
pouvoir d'abord économique (le reste s'ensuit comme de source), puisse de la
sorte se vendre corps et biens à l'endoctrinement constant, quotidien, d'une
nation tout entière.
C'est dommage, M. Pratte, mais je dois être honnête
avec vous. Vous, vos Lysiane Gagnon et autres Alain Dubuc (ne parlons même pas
de tous ces p'tits soldats qui de Gatineau à Sherbrooke répètent la bonne parole
- faute d'analyse - aux quatre coins de la so banal province), vous
m'inspirez le mépris. Je suis désolée, mais je ne parviens pas à dénicher
dans ma gibecière à mots un terme plus clair ou plus concis pour désigner mon
sentiment. On peut s'en attrister certes, mais hélas! point le
changer.
Et n'allez pas croire. Ce n'est pas parce que je ne partage pas
vos idées (sauf rarissimes exceptions). Car les idées, elles, elles se
discutent. Mais la mauvaise foi, les amalgames, les sophismes, la malhonnêteté
intellectuelle, le travestissement des faits et les demi-vérités... non
pas!
Bref, Gesca est en soi et par elle-même une injure à la
démocratie et à l'intelligence.
Et Michel Vastel ne peut indéfiniment à
lui seul, et a contrario, faire office de caution morale à votre
forfaiture érigée en système.
Je vous plains, M. Pratte, M. Dubuc,** Mme Gagnon et vos (nombreux) pareils au sein ce
cette richissime entreprise. Car je me demande sincèrement si le vocable
«dignité» résonne encore à votre entendement quelque
signification.
Marie-Louise Lacroix, Québec, 20 mai
2004 (contribution personnelle au 24e anniversaire du (premier) Référendum
québécois sur la Souveraineté)
* Hormis quand je m'amuse à proposer à
mes étudiants d'identifier les couleuvres dans vos textes (ou ceux de votre
collègue, et condisciple du dieu Canada, Alain Dubuc). C'est réjouissant de
prendre acte ensuite (car penser constitue un acte, n'est-ce pas) de la
lumière qui émane de leurs yeux après... repérage des trappes et compréhension
des subterfuges. Le hic, c'est qu'un même plaisir réitéré, c'est bien connu,
s'émousse à la longue. Et voilà mon duodénum qui se remet de la partie... Reste
que ces jeunes gens ont maintenant compris, M. Pratte, c'est un acquis, que vous
êtes le Jean Lapierre of LaPresse.
** Avec trois textes/semaine dans les
sept quotidiens de Gesca, pour ce qui concerne cet individu, eh bien si
ce n'est pas là de la propagande «industrielle» à grande échelle, je suis la
reine des sottes et bonne pour la camisole. À n'en pas douter, vous auriez fait
une carrière formidable à La Pravda, M. Dubuc (question aussi, et
pourquoi non, de rester fidèle à vos idées de jeunesse). Une somptueuse
datcha avec ça...?
- Destinataires :
lysiane.gagnon@lapresse.ca, adubuc@lesoleil.com, MVastel@lesoleil.com,
andre.pratte@lapresse.ca, forum@lapresse.ca,
opinion@lesoleil.com
COMMUNIQUÉS

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20 mai 2004
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