Actualité





L'avance des libéraux continue de fondre

Denis Lessard
La Presse vendredi 28 mai 2004

Québec - Le pouvoir libéral à Ottawa ne tient plus qu'à un fil. L'énorme avance que détenaient les libéraux de Paul Martin avant le scandale des commandites n'a pas arrêté de fondre depuis un mois, constate un tout récent sondage Ekos mené à l'échelle du pays.

L'enquête menée pour La Presse et le Toronto Star du 25 au 27 mai observe que l'avance des libéraux sur les conservateurs, qui atteignait 40 points avant le scandale des commandites, continue de diminuer. L'écart s'est rétréci de cinq points entre le début avril et la fin mai, laissant le PLC à huit points seulement devant le parti de Stephen Harper.

L'enquête menée auprès de 1306 personnes- avec une marge d'erreur de 2,7 points, 19 fois sur 20- place les libéraux à 38 % des intentions de vote contre 30,4 % aux conservateurs, et 18,1 % au NPD. Le Bloc ferme la marche avec 10 %, mais en réalité un solide poucentage de 45 % au Québec, neuf points devant le PLC.

Par rapport au précédent sondage Ekos, début avril, les libéraux chutent de trois points et les conservateurs montent de cinq.

" Les libéraux de Paul Martin maintiennent un léger avantage national devant la montée du Parti conservateur dirigé par M. Harper ", résume Ekos.

" Un gouvernement libéral minoritaire paraît être une conclusion optimiste pour Paul Martin, compte tenu des tendances ", observe Frank Graves président d'Ekos. En Ontario, champ de bataille crucial pour le résultat du 28 juin, l'avance libérale sur les tories est ramenée à 5 points seulement, au moment où le Nouveau Parti démocratique est en remontée. " La plausibilité d'un gouvernement Harper augmente de façon dramatique ", résume M. Graves.

Le paysage politique ontarien est " compétitif et imprévisible ", constate-t-il. Son vice-président, Andrew Sullivan, est plus explicite: " Si les élections avaient lieu demain matin, on peut penser que le gouvernement serait libéral... et minoritaire. Quand on regarde la tendance, M. Martin a un gros problème! "

Mais Paul Martin peut encore renverser la vapeur, souligne M. Graves. Près de deux électeurs sur trois disent qu'ils pourraient changer leur intention de vote. Il reste un mois de campagne et les éléments centraux des programmes électoraux sont encore à venir. Aussi, souligne le patron d'Ekos, M. Martin continue de jouir d'une large avance comme le meilleur leader pour le Canada.

Mais " l'appétit pour le changement est plus fort parmi un groupe croissant de Canadiens qui croient que le temps est venu pour un nouveau parti à Ottawa ", poursuit M. Graves.

La remontée des conservateurs et des néo-démocrates laisse prévoir " la course la plus serrée depuis 1988 ", la campagne que Brian Mulroney avait remportée sur John Turner, sur le thème du libre-échange avec les États-Unis.

Curieux retour de fortune pour Paul Martin, il y a quelques mois encore " le politicien le plus crédible au Canada ", actuellement " en position précaire ". Selon M. Graves, ce déclin s'explique surtout par " le continuel effet corrosif " du scandale des commandites, surtout au Québec. En outre, une question reste assez généralement répandue: Paul Martin a-t-il démontré qu'il a ce qu'il faut pour diriger le pays? observe le sondeur.

Finalement, fort mal reçu, le dernier budget du gouvernement libéral de Dalton McGuinty, en Ontario, a causé des " dommages collatéraux " et contribué à y faire pâlir encore l'étoile des libéraux. " Un des budgets les plus impopulaires de l'histoire politique contemporaine ", tranche M. Graves.

En revanche, ces tendances ne changent pas l'avis des électeurs sur le résultat des élections.

Les deux tiers des Canadiens ( 67 % ) pensent que Paul Martin demeurera au 24 Sussex. C'est seulement deux points de moins qu'au début d'avril, avant le départ bien chaotique de sa campagne. Ceux qui prédisent une victoire conservatrice augmentent légèrement, passant de 13 à 15 %.

En revanche, une majorité de gens prévoient que le prochain gouvernement sera minoritaire; 61 % tout comme au début avril, une hausse de sept points par rapport à l'enquête Ekos de février.



Santé: nourrir le monstre

Alain Dubuc
La Presse vendredi 28 mai 2004

Le premier ministre Paul Martin n'a pas attendu longtemps dans la campagne pour mettre sur la table ses propositions aux provinces pour le financement de la santé.

Il a tenu promesse. En injectant 9 milliards, il contribuera à régler des problèmes criants, répondra, en partie, aux besoins des provinces aux prises avec une impasse fiscale et stabilisera le financement du régime. Il atteint également le niveau de contribution financière du gouvernement fédéral prescrit par la commission Romanow.

Toutefois, on l'a dit et répété, cette intervention fédérale consacrerait la présence fédérale dans le monde de la santé. M. Martin, animé d'un esprit de partenariat, ne veut pas dicter de normes aux provinces, et les grandes priorités qu'il propose, réduire les listes d'attente, favoriser la première ligne, sont déjà les priorités des provinces. Mais il n'en reste pas moins que celles-ci verront l'aide qu'elles reçoivent assorties de conditions, et devront composer avec la présence du gouvernement fédéral en santé qui jouera un rôle de chef d'orchestre et de chien de garde. Ce que l'on demande plutôt à Ottawa, c'est de participer au financement de la santé et de laisser les provinces, qui connaissent la santé et qui ont le coeur à la bonne place, faire le boulot qui est le leur.

Mais le vrai problème n'est pas là. Il est hautement improbable que les propositions de M. Martin permettent de " restaurer le système de santé pour une génération au moins ". Au contraire, la démarche de M. Martin, aussi sincère soit-elle, renforcera le carcan qui empêche le système de santé canadien de s'adapter et de bien régler les problèmes qui le minent.

Sans changements majeurs, les dépenses de santé, qui sont en pleine explosion, vont continuer d'exploser. Et les sommes nouvelles promises par M. Martin ne serviront qu'à boucher temporairement un gouffre sans fond.

Grâce aux comparaisons internationales, on voit bien que l'argent, aussi nécessaire soit-il, ne règle pas tout. Avec ces nouvelles injections de fonds, les dépenses de santé au Canada redépasseront la marque des 10 % du produit intérieur brut. Le Canada rejoindra ainsi un club très restreint, où on ne retrouve que les États-Unis, l'Allemagne et la Suisse. Tous les autres pays dépensent moins que nous sans que la crise de la santé, que l'on observe partout, y soit plus aiguë. Au contraire, peu de pays industrialisés ont été obligés d'exporter leurs cancéreux.

Cela devrait nous renforcer dans la conviction qu'il ne sera pas possible année après année de nourrir le monstre qu'est devenu le régime de santé: il n'y aura jamais assez d'argent et il y a une limite à ce qu'une société peut systématiquement sacrifier ses autres priorités. Voilà pourquoi il est essentiel de contrôler la hausse des coûts en santé. Et pour cela, il faut faire des choix, sur la façon de financer la santé, sur ce que le régime peut couvrir. Il faut aussi explorer de nouvelles approches, pour rechercher l'efficience, pour introduire de la souplesse dans un système rigide.

Or, le principal frein à l'exploration de ces pistes de solution, c'est la loi canadienne de la santé. En imposant des normes extrêmement lourdes, avec une vision presque religieuse de ce que doit être un régime public, universel et gratuit, qui n'existe nulle part ailleurs en Occident, elle étouffe la plupart des approches innovatrices. Si le système canadien de santé est si mal en point, malgré les sommes importantes que l'on y consacre, c'est en bonne partie à cause de cette loi qui a entravé le processus de réforme.

Ce qui déçoit le plus dans le projet de M. Martin, c'est qu'au lieu d'assouplir cette loi rigide, il s'engage à la faire respecter telle qu'elle est. On a d'ailleurs vu comment le ministre de la Santé Pierre Pettigrew a dû ravaler ses prudentes ouvertures au privé.

En cela, le chef libéral Paul Martin reflète bien les désirs d'un grand nombre de Canadiens et de Québécois. " Le système de soins de santé du Canada est l'une des expressions de nos valeurs nationales " a-t-il dit. Hélas, il a raison. Le maintien tel quel de notre système de santé est devenu un dogme collectif dont l'ensemble de la classe politique est prisonnière. Même Stephen Harper n'ose pas toucher à cette loi, pas plus d'ailleurs que le Bloc québécois ou que le Parti québécois qui adhère aux mêmes valeurs.

Mais en faisant de la santé un enjeu électoral et en posant son parti comme un défenseur d'un régime que les conservateurs menaceraient, Paul Martin a élevé la barre et rend plus difficile encore des réformes qui s'imposent. Tant que le Canada n'osera pas revoir cette loi étouffante, son système de santé sera en crise. L'injection de 9 milliards ne fera que remettre à plus tard le moment de vérité.

adubuc@lapresse.ca



Que d'argent !

Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 28 mai 2004

La campagne électorale n'a pas une semaine que les promesses volent comme s'il n'y avait pas de limites à la capacité de payer du gouvernement canadien. Qu'est-ce que ce sera lorsque viendra le temps de faire le compte, à la veille du scrutin, de tous les engagements qui auront été pris?

Depuis sept ou huit ans, le gouvernement fédéral accumule sans fin les surplus. Sa marge de manoeuvre est telle qu'en ce début de campagne électorale, les partis politiques se sentent libres de promettre tant et plus pour la santé, pour le logement social, pour le développement régional, et ainsi de suite. D'ici le 28 juin, ce sont quelques dizaines de milliards qu'ils auront engagés pour les quatre prochaines années. Quel contraste avec la dernière campagne électorale au Québec, où c'était à qui en promettait le moins ! Et quand on promettait, on accompagnait l'engagement d'une formule de financement détaillée. Ces jours-ci, pas besoin de se demander à quel niveau de gouvernement le déséquilibre fiscal profite.

Promettre tient du réflexe chez les politiciens qui pensent que l'électeur leur pardonnera leur enthousiasme électoral. Devant la surenchère, le doute s'installe. On croit de moins en moins les promesses, même les plus solennelles, comme cet engagement pris par le premier ministre Paul Martin de verser neuf milliards de dollars de plus aux provinces pour la santé. Un sondage express TVA-Léger Marketing réalisé cette semaine révélait par exemple que 69 % des gens interrogés doutent qu'il respectera sa parole. La réponse aurait sûrement été la même si la question avait porté sur la promesse des conservateurs de réduire les impôts des Canadiens à un niveau inférieur à celui des Américains.

Ce scepticisme est chose méritée pour les politiciens. Trop souvent, ils disent une chose un jour et son contraire quelques semaines plus tard. Deux exemples : d'abord, celui de l'autoroute 30, dont le dernier tronçon a fait l'objet de promesses électorales de la part des libéraux au moins deux fois. L'autoroute 60, dit ironiquement le Bloc québécois. Deuxième exemple : celui de «l'argent souillé» des commandites, dont Jean Lapierre, le lieutenant québécois de Paul Martin, avait assuré qu'il ne servirait pas au Parti libéral à faire campagne. On ne sait plus si, quand et comment cet argent sera retourné au trésor public.

Le politicien qui promet sait bien qu'il ne sera pas toujours possible de remplir ses engagements. Il se dit que le lendemain des élections, il sera toujours temps de nuancer. Jean Chrétien a déjà dit à propos de l'autoroute 30 que c'était non pas une promesse de réaliser le projet mais «un engagement des députés à travailler [...] pour régler ce problème». On peut se demander si, une fois réélu, Paul Martin ne dira pas la même chose à propos des congés parentaux. Certes, une entente a été conclue à ce sujet avec le Québec juste avant le déclenchement des élections... tout comme le gouvernement Chrétien, à la veille des élections de 1997, avait signé un accord qui est resté lettre morte par la suite.

Pour être crédibles, les politiciens ne peuvent plus dire n'importe quoi, n'importe comment. Il leur faut préciser comment ils arriveront à tenir parole. C'est ce qu'avait compris Jean Charest l'an dernier en accompagnant d'un cadre financier le programme libéral qu'il soumettait aux électeurs québécois. D'emblée, celui-ci avait été contesté, mais on avait au moins pu juger un tant soit peu de la capacité du Parti libéral du Québec à gouverner. L'exemple est à suivre, ne serait-ce que parce qu'un tel exercice oblige les politiciens à un peu de retenue et les empêche de promettre à tort et à travers.

bdescoteaux@ledevoir.ca



Liberals can do nothing right in Quebec

Josee Legault
The Montréal Gazette Friday, May 28, 2004

Even the reviled Stephane Dion would make a better spokesperson than Pierre Pettigrew and Jean Lapierre

Here's an ad you might soon read in your morning paper: ''Outgoing, distraught prime minister desperately looking for a credible, likeable and media-friendly spokesperson to defend the Liberal brand name on French-language radio and television.''

But what happened to Jean Lapierre, you ask? Where's the communicator extraordinaire and former radio host famous for his endless network of contacts with the rich and the powerful?

As always, he has been a busy bee, but not an effective one.

This Monday, he acknowledged on CKAC the Liberals could form a minority government. It might be fine and dandy for any pundit to say that, but Lapierre is no longer a talking head. From Paul Martin's Quebec lieutenant, those words sent a demobilizing message to his own troops - something the increasingly discouraged Quebec Liberals need as much as they need a ringing endorsement from former civil servant Chuck Guite.

Seeing he couldn't spin the media into belittling the effect of his comments, Lapierre accused the media of spinning nasty things about him. The Liberal message gets through, he said, when there's no media ''filter'' between it and the voters.

Pretty ironic coming from someone who for years used his many gigs on radio and TV to spin just about anything to make it come out the way he wanted it to. If anything, Lapierre was Quebec's ultimate spin meister.

But no more.

For Liberals in Quebec and Ontario, Lapierre has another strike against him. He has the dubious honour of having managed to alienate a number of Liberals from both the Chretien and Martin clans.

His credentials as a founder of the Bloc Quebecois and his loose lips have made him suspect to many Martinites, while on the other side of the great Liberal divide, Lapierre is seen as one of Martin's most determined anti-Chretien terminators.

Be it Sheila Copps, Stephane Dion or that poor little Steven Hogue, who was quickly shoved aside in Chretien's own former riding, Chretienites have suffered Lapierre's disparaging remarks and his desire to throw them out like a bunch of rotten fish - to quote his famed description of the legacy left by Martin's predecessor.

Given that many of Chretien's most effective organizers are sitting this election out in reaction to the vengeful ways of the Martinites, the prime mInister might have been wiser to calm his lieutenant down instead of going as far as saying Lapierre ''incarnates the Quebec view.''

Excuse me?

So what about Pierre Pettigrew? Martin did send him out in the media trenches and it's not working, either. As pompous as he is vacuous, Pettigrew is also managing to do the Liberals here more harm than good.

His Richler-like attempts to paint the Bloc Quebecois as ethnically restricted to anything that's ''east of Saint-Laurent and south of Jean-Talon'' have been nothing short of embarrassing. This week, on Radio-Canada's Le Point, he was taken out like an amateur by the best debaters the Bloc, the NDP and the Conservative Party have: Michel Gauthier, Pierre Ducasse and Jean Fortier.

The cruel irony is even Stephane Dion, the most reviled Chretienite of all, would have done a better job than Pettigrew. But then again, maybe the Liberals' problem is not one of communication. Maybe it's about being unable to defend the indefensible - the way they've governed this country since 1993.

Campaign note: The Bloc has been no slouch, either, in the irony department.

Gilles Duceppe says a vote for the Bloc isn't a vote for sovereignty but for sovereignist MPs. Subtle yet elegant, right? That twist might explain why his party's platform trades the promotion of sovereignty for the more transpartisan ''defence of the National Assembly's consensus'' on such issues as fiscal imbalance.

This new position could also help the Bloc cozy up to Conservative leader Stephen Harper just in case he ends up forming a minority government. Should the Bloc hold the balance of power, the ultimate irony is that a sovereignist party would help a federal government solve the problem of fiscal imbalance.

Campaign goodbyes: The Bloc has entered this campaign minus three of its most passionate, selfless sovereignists. Longtime MPs Suzanne Tremblay and Yves Rocheleau retired, while maverick Ghislain Lebel, already an independent after many fallouts with Duceppe, also chose to go home. Their loss is mostly the Bloc's.

Campaign suggestion: Given the staggering lack of civilized relations in many of today's parties - which lead in part to these departures as well as the manner in which many Chretienites were treated by the Martinites - here's a suggestion: In honour of the Dale Carnegie of Quebec politics - the premier who was known for his more civilized approach to interpersonal relations - there should be a Robert Bourassa School of Respectful Human Relations in Politics.

Paul Martin, Jean Lapierre, Gilles Duceppe, Jean Charest and Bernard Landry should be first to sign up.



Duceppe veut mettre les pétrolières au pas

Karim Benessaieh
La Presse vendredi 28 mai 2004

Alors que le litre d'essence frôle les 1 $ et que les pétrolières se voient accusées de collusion, Gilles Duceppe estime qu'il est temps de mettre sur pied un organisme canadien de surveillance de cette industrie.

L'agence aurait notamment le mandat de s'assurer que les compagnies aient une marge de profit jugée raisonnable et qu'elles ne se concertent pas pour fixer les prix.

«La marge de profit au raffinage est profitable à 6 ¢ le litre. Or, c'est rendu actuellement à 21 cents le litre. C'est tout ça qu'on veut vérifier», a précisé le chef du Bloc lors de son passage hier dans la circonscription de Lévis-Bellechasse, près de Québec.

M. Duceppe estime que le Canada pourrait s'inspirer de certains États américains qui ont interdit aux pétrolières de contrôler toute la chaîne de production, de l'extraction à la pompe. «Est-ce que la concentration verticale pose un problème ? Quelle conséquence ç'a eu de l'empêcher dans certains États américains ? Voilà des tâches que pourrait avoir l'Office de surveillance des pétrolières.»

Actuellement, ce mandat revient au Bureau de la concurrence, un organisme fédéral que le chef du Bloc estime mal outillé. «Quand M. Finckenstein, (commissaire du Bureau de la concurrence), est venu témoigner au comité de l'Industrie, il a dit : «Je n'ai pas assez de moyens avec le Bureau de la concurrence pour vraiment intervenir». Parce qu'il n'a pas le pouvoir de convoquer des témoins.»

Cette proposition, le Bloc l'avait déjà faite lors des travaux du comité de l'Industrie et elle avait reçu l'approbation des libéraux, affirme M. Duceppe. «Paul Martin qui nous parle de déficit démocratique et qu'il promet d'écouter les députés… Il nous dit maintenant que ce n'est pas nécessaire (le Bureau de la concurrence).»

Le Bloc a par ailleurs publié en détail son plan pour régler le problème du déséquilibre fiscal qui priverait le Québec de quelque deux milliards par année. Sans cet aspect, toutes les annonces libérales de réinvestissement en santé ne sont que «des promesses vides», a soutenu M. Duceppe.

«Paul Martin doit refaire ses devoirs, il lui reste encore 32 jours. Il doit bonifier la formule de péréquation comme le demande le Québec et dire s'il entend faire en sorte que la TPS soit transférée au Québec comme le demande unanimement l'Assemblée nationale. Il doit régler ça si on veut régler les problèmes en santé.»

Pour le Québec, le Bloc demande une hausse des transferts fédéraux en santé et dans les programmes sociaux de 9,2 milliards en trois ans. Il réclame en outre l'équivalent des revenus de la TPS, ce qui rapporterait quelque 9,3 milliards en quatre ans.

«Le plan en santé de Paul Martin est décrié partout au Québec pour son paternalisme, et qui surtout ne répond pas à l'ensemble des besoins financiers du Québec, lancé M. Duceppe à la dizaine de journalistes présents. Les interventions (mercredi) de M. Séguin ont été très claires : il faut revoir l'ensemble de l'assiette fiscale, pour rééquilibrer l'ensemble de la fiscalité si on veut régler les problèmes de santé.»



L'individu avant le peuple - Les Patriotes et le libéralisme

Léon Courville, Économiste
Le Devoir vendredi 28 mai 2004

Lundi dernier, beaucoup de Québécois se sont réveillés étonnés de vivre la Journée nationale des Patriotes. On avait évincé Dollard des Ormeaux, qui alternait dans notre mémoire avec la reine.

Dollard avait une toute petite place dans notre histoire et son geste courageux n'en fit pas moins un perdant. Les Patriotes, en dépit de la noblesse de leurs intentions, furent aussi des victimes et des perdants. Ils prirent les armes, non préparés et avec peu de minutions; une toute petite victoire à Saint-Denis se transforma en une cuisante défaite. Cette période nous a profondément marqués.

Si je mentionne qu'ils ont été perdants, c'est pour souligner qu'on a peu ou pas de gagnants à honorer ou à vénérer et qu'on peut sans doute trouver là notre penchant à nous identifier aux victimes et aux démunis. Puisque ce sont leurs intentions et non leur succès qui ont inspiré leur nouvelle reconnaissance, allons voir un peu ce qu'elles étaient.

La pierre d'assise de tout ce mouvement fut le vote des 92 Résolutions. Pour certains historiens, ces résolutions dirigées contre l'empire britannique pour diminuer son emprise avaient comme indéniable avantage de retourner au législateur britannique les principes de la démocratie constitutionnelle qui lui étaient très chers. Louis-Joseph Papineau y voyait là un moyen de prendre les Britanniques au mot.

Or ces résolutions, et les idées dont elles procédaient, visaient certes l'émancipation d'un peuple mais d'abord et avant tout la liberté des individus. Fortement inspirées par la Constitution américaine et le mouvement de libération qui l'avait précédé, ces idées venaient des philosophes des Lumières. Il s'agissait pour l'individu de s'affranchir du joug du roi. Les individus s'organisant entre eux n'ont plus besoin de guide; la main de Dieu qui soutenait le bras du roi était en fait un sérieux obstacle à leur émancipation. Ce mouvement fut appelé libéralisme pour des raisons bien évidentes.

Dans une lithographie qu'il aurait lui-même commandée, on voit Louis-Joseph Papineau à Londres, en 1823, avec, à ses pieds, quatre livres : un de Montesquieu (Le Doux Commerce), un de Cicéron, un autre de Benjamin Franklin, l'infatigable émissaire qui fut chargé de nourrir spirituellement la Constitution américaine, et un de Charles James Fox, un libertaire romantique. Ainsi, au moment où, dans le monde occidental, le capitalisme et la démocratie s'implantaient, l'un allant essentiellement avec l'autre, ce puissant courant d'idées avait ses antennes ici, au Bas-Canada.

The Sons of Liberty

Les 92 Résolutions étaient aussi très proaméricaines; on reconnaissait que la France n'avait pas réussi son virage libéral. D'ailleurs, Papineau écrivait : «De tous ces gouvernements, celui dont le régime a sans comparaison produit les plus heureux fruits a été le républicanisme pur ou légèrement modifié des États confédérés de la Nouvelle-Angleterre.» Qui plus est, les Patriotes se sont eux-mêmes nommés les Fils de la liberté, une traduction littérale de Sons of Liberty, qui fut le ralliement de ceux qui évincèrent les Britanniques chez nos voisins du Sud.

Du libéralisme presque pur et de la complaisance, voire une admiration sans borne pour les Américains : voilà donc ce qui se cache derrière ce mouvement à la vie trop brève et dont l'échec nous fit manquer un passage crucial dans l'évolution de notre société.

Il va sans dire que l'opposition était aussi forte en dedans qu'au dehors. Ceux qui détenaient le pouvoir d'opinion d'alors, le clergé, ne pouvaient qu'être frappés de front par cet américanisme complaisant. N'oublions pas que la Constitution américaine prône la séparation de l'Église et de l'État.

Le libéralisme qui donne le pouvoir à l'individu pour l'ôter aux guides du peuple ne convenait pas davantage. Voici une citation puisée dans le livre d'Yvan Lamonde et attribuée au curé St-Germain : «Je ne puis m'empêcher de vous parler d'un autre genre de maladie qui travaille le corps social, fait des progrès rapides, et dont les suites sont d'autant plus fâcheuses que c'est le moral qu'il attaque. Cette peste, dont je veux parler, c'est le Libéralisme dont on peut dire avec l'Apôtre : Serguit ut Cancer.» Le clergé invoqua l'origine divine du pouvoir civil...

Fernand Dumont, parlant de ces années, écrira : «L'avortement des premières idéologies tient essentiellement à la structure sociale de l'époque. Seule la transformation économique radicale de la société traditionnelle aurait permis d'accéder à une existence nationale à la ressemblance de l'image que représentait l'élite bourgeoise; la politique ne pouvait être, comme pour la bourgeoisie elle-même d'ailleurs, qu'une impasse.» Sauf que... si le putsch avait réussi et que l'union du Bas-Canada avec le Haut-Canada n'avait pas été faite, on se serait probablement replié sur l'idéologie des Patriotes.

Le monde n'a pas beaucoup changé au Bas-Canada d'aujourd'hui. Nos élites d'opinion qui ont troqué la chaire pour le microphone sont très rince-Bush dans leur regard vers les États-Unis et, dans leur bouche, le libéralisme n'est qu'un quolibet dérogatoire, un fast food de la pensée pour nourrir les préjugés de l'orthodoxie.

Par ailleurs, je ne suis pas certain que ceux qui ont fêté les Patriotes aient pris toute la mesure des idées que ceux-ci exprimaient; je doute aussi qu'ils soient prêts à épouser la cause dans sa version moderne. À l'inverse, si les Patriotes revenaient aujourd'hui, il n'est pas farfelu de penser que leurs cibles politiques seraient ceux qui les appuient si fortement.



L'humiliation des Arabes

Paul Warren
Professeur de cinéma, l'auteur a vécu 12 ans dans le monde arabe.
Le Devoir vendredi 28 mai 2004

Libre opinion: Les Arabes, les Irakiens en première ligne, n'oublieront pas. L'Irak est fier. En langue arabe (et les mots, pour les Arabes, ont une force incroyable), 'iraq signifie la veine, le filet d'or dans le minerai de fer, l'eau de la vie ('araq), l'enracinement, la noblesse de race.

Les images obscènes que les soldats américains viennent de fabriquer de leurs prisonniers irakiens sont les dernières en date d'un long processus d'humiliation de la nation arabe. Fatalement, dans une folie ininterrompue de dégradation, on est descendu, en moins d'un an, de la tête de Saddam Hussein au corps des Irakiens.

Revoyez le gros plan de la tête de Saddam, affolée, sale, couverte de longs poils noirs, que des mains gantées de blanc fouillent à la recherche de la fourberie cachée. Une tête guillotinée, coupée du corps complexe de l'Irak. Une tête que la caméra américaine est allée dénicher au fond d'un trou, le trou du serpent venimeux. Revoyez Oussama ben Laden dans sa caverne de fauve, avec son rire de hyène, plein de barbe et drapé dans sa robe de bédouin.

De la tête du chef au corps des Irakiens. Des corps que les soldats américains imberbes ont dévoilés nus comme vers dans un entremêlement immonde. Quelles images n'ont-ils pas fabriquées des femmes voilées jusqu'au front ?

Revoyez les Arabes qu'a filmés Spielberg, dans ses Indiana Jones, qui se font cravacher par le héros américain sur son cheval et qui se sauvent comme des rats en s'enfargeant dans leur djellaba. Rappelez-vous cette séquence méprisante où Indiana fait face à son ennemi arabe qui l'attend pour se battre, le sabre de ses ancêtres au poing. Revoyez notre héros bien-aimé qui détourne la tête d'un air ennuyé, qui sort son revolver et qui flingue l'Arabe, à distance, nonchalamment, sans daigner le regarder, comme on chasse une mouche du revers de la main. Au grand plaisir déboutonné des spectateurs.

Repensez au film de Friedkin, L'Exorciste (1973), où un archéologue américain découvre, dans une grotte au nord de l'Irak, une tête en granite de satan, une arme de destruction massive, le mal incarné qui va atteindre les États-Unis et terroriser une famille de Washington.

Ce ne sont là que des exemples de l'Arabe méprisé ou démonisé. Il faudrait qu'un étudiant fasse son mémoire de maîtrise ou sa thèse de doctorat sur l'image de l'Arabe dans le cinéma populaire américain pour se rendre compte que le mépris est le thème dominant. Aussi dominant qu'il l'a été pour le Noir.

Je pense au livre sacré des Arabes et de un milliard de musulmans, moqué par l'Occident chrétien depuis 15 siècles. L'expression «s'en moquer comme de l'an 40» est une déformation linguistique de «s'en moquer comme de l'al-Qorân» (le Coran). Jusqu'à Molière qui se moque en déposant le Coran sur le postérieur de son bourgeois gentilhomme, dans la rigolade de la scène et de la salle. Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour trouver une traduction du Coran qui ne soit pas teintée de préjugés.

Ce n'est pas le petit film Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran qui va renverser la vapeur. Le réalisateur François Dupeyron a beau avoir les meilleures intentions du monde (il importe d'apaiser les musulmans de France) et nous montrer l'humanisme du Coran à travers M. Ibrahim (Omar Sharif), il n'arrive pas à se défaire du préjugé millénaire qui fait de l'Arabe Ibrahim un marchand malhonnête qui trompe sur la marchandise et qui initie son jeune ami à la duplicité.

On peut oublier la haine. Pas le mépris. Celui qui me hait me donne de l'importance. Je compte pour lui. Il est préoccupé par moi jusqu'à ne pas dormir la nuit. Celui qui me méprise me tient pour moins que rien. J'ai les ailes coupées. Je rampe. Je me cache. Je retrousse les babines et je montre les dents.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

…Et que faites-vous de Sheila ?

Gino (GABOU) Boucher, Amqui
TRIBUNE LIBRE 28 mai 2004

C’est assez drôle que Mme Sheila Copps, une championne du programme des commandites, n’ait pas été appelée à la barre des accusés dans le procès du programme que plusieurs ont baptisé «Le Programme de la Propagande Anti-Québécoise». Après tout ce qu’elle a fait, moi, j’aurais bien aimé entendre ce qu’elle avait à dire pour sa défense. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle vienne nous planter des drapeaux du Canada dans l’front pendant les campagnes fédérales et provinciales depuis 1992. Les drapeaux partout, les gros enseignes en fer forgé sur tous les bureaux du gouvernement canadian, Patrimoine Canada, Via Rail, l’exigence d’avoir le tag Patrimoine Canada à tout artiste supporté par « MUSICACTION» et j’en passe… Sheila serait-elle blanchie de tout blâme dans l’affreux programme en question ?

Malheureusement, je trouve qu’on l’a trop protégée jusqu’à maintenant ! Pourquoi est-ce qu’on ne l’interroge pas, Sheila Copps ?? Peut-être bien qu’en guise de vengeance envers le leader actuel du Parti Libéral du Canada, M. Paul Martin, elle nous apprendrait beaucoup de choses ! Beaucoup, beaucoup de choses ! Parle maintenant, Sheila, ou ferme-là pour l’éternité !



TRIBUNE LIBRE

La télé des assimilés

Gino (GABOU) Boucher, Amqui
TRIBUNE LIBRE 28 mai 2004

Il y a près de cinq ans de cela, moi et ma conjointe avons décidé de troquer les coûts mensuels de la télé câblée pour un terme sur une caméra vidéo. Les raisons : Arrivée d’un premier enfant, plus une seule minute à perdre devant la télé et merveilleux souvenirs à prendre avec la cam-vidéo. Après trois ans dans un logis à Rimouski à rager de ne pouvoir capter que les émissions stupides de TVA, nous étions ravis d’arriver à Amqui et de pouvoir prendre les émissions Radio-Canada car, c’est le seul poste que nous prenons chez-nous sans le câble.

Ma blonde, beaucoup moins politisée que moi, apprécie toujours Radio-Canada pour son contenu éducatif, ses émissions pour enfants et son contenu culturel. Je dois avouer que moi aussi. Par contre, le programme des commandites semble bel et bien éternel sur les ondes de la SRC!! Pis ça, ça énerve en ostie ! Je savais depuis très longtemps que le contenu des nouvelles était toujours à l’avantage des rouges et au désavantage des bleus. Là-dessus, je n’ai rien appris et ça continue de plus belle avec la campagne électorale qui suit son cours présentement. J’ai cependant découvert de vraies petites perles de mesquineries Radio-Canadian dans des émissions à l’air aussi inoffensif que Culture-Choc animé par Gregory Charles. Dans une émission de C-C, j’ai pu voir des anglos-canadians tirer à bout portant sur le Québec en tenant des propos désobligeants et dans une autre j’ai vu un portrait méprisant des francophones du Canada où on les présentait comme une tribu en voie de disparition, colonisés au max avec des coutumes presque tribales qui n’ont pratiquement rien à voir avec la réalité. On y disait même que le mets favori des québécois était « LA POUTINE » non mais franchement ! Même ma blonde était scandalisée devant tant de ridicule !

Avec la toute nouvelle « Une Émission Couleur de Radio-Canada » je crois qu’il s’apprête à battre des records de mesquineries. Laurent Paquin fait tellement lèche-cul de service dans cette émission de variété plutôt plate que ce n’est même plus subtil. Cette semaine, Dominique et Martin, dans deux sketches tellement moches que j’avais honte pour eux autres, ont voulu blaguer sur le congé férié de lundi. Ils ont perdu la face tellement ils ont mis l’accent sur le fait que le congé férié en question, était la fête de la reine. Partant sur le sujet lundi soir, ils l’ont étiré jusqu’à mercredi écorchant Dollard Des Ormeaux au passage et ne disant pas un mot de la Fête Des Patriotes. Laurent Paquin a même parlé d’un article de presse dont je ne me souviens plus du sujet; par contre, je me souviens de ce qui m’a frappé le plus dans sa déclaration - il a dit quelque chose comme « Un canadien sur dix est plus ou moins satisfait de … » et au même moment on vit l’article de presse apparaître dans le coin de l’écran et on pouvait y lire « Un québécois sur dix est plus ou moins satisfait de…» Il emploie le terme canadien au max, à un point tel que s’il reçoit Pierre Falardeau ( il ne le recevra pas, c’est plus que certain ! ) il va sûrement nous le présenter comme étant un grand cinéaste canadien ! OUF ! Il me semble voir la scène d’ici !!!!!! Je crois que Laurent se ferait brasser le canayen... pas à peu près par le père Falardeau !

Il faut être prudent quand vous écoutez «Radio-Cadenas» comme le dit si bien mon chum Falardeau !! Mon père était un séparatiste convaincu jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite comme camionneur et qu’il s’asseoit devant un téléviseur branché sur la SRC. Maintenant, il vote toujours pour le PQ et le BLOC et ne votera jamais pour les Libéraux sauf que la séparation lui fait plus peur qu’avant. Radio-cadenas a réussi à lui faire croire que son chèque de pension de vieillesse serait remis en question le jour de la séparation. Comme le reportage de Catherine Kovak il n’y a pas si longtemps… sur le fait qu’il y eut 118 québécois de moins a quitter le Québec cette année soit-disant à cause de la stabilité politique de la belle province. Mon cul oui ! En plus elle a osé terminer son reportage en disant de ne pas se réjouir trop vite de ce chiffre à la hausse puisque la venue d’un autre élection dans quatre ans et la possibilité d’un autre référendum sur la partition pourrait revoir ce chiffre à la baisse !! OUF! Arrête, Catherine, on a peur ! Tu veux une permanence à la SRC, comme Laurent Paquin et Gregory Charles, dis donc !!???



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La Journée nationale des Patriotes 2004 : un premier bilan

28 mai 2004

La Journée nationale des Patriotes 2004 : un premier bilan
Durant le week end du 22 au 24 mai ont eu lieu les commémorations de la seconde Journée nationale des Patriotes sous le thème «Unis pour la démocratie». Cette année encore, rien n’aurait été possible sans l’implication des sociétés nationales MNQ et SSJB. Nous avons donc dû surtout nous appuyer sur leur «machine» afin de mettre sur pied et de faire connaître les activités organisées. On a cependant remarqué un intérêt accru de la part des musées et des organisations professionnelles d’historien(ne)s....
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