Actualité





400e anniversaire de Québec :
Chirac promet une généreuse participation de la France

Martin Ouellet
Le Soleil mardi 4 mai 2004

PC Paris - Le gouvernement français a promis hier de prendre une part active aux célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec en 2008, mais ne s'est pas commis sur le projet d'escalier géant du maire Jean-Paul L'Allier, le sujet n'ayant pas été abordé.

"Oui, M. le président s'est engagé à poser un geste", a dit le premier ministre, Jean Charest, au terme de son tête-à-tête avec le président de la République française, Jacques Chirac, au palais de l'Élysée à Paris.

"Mais il faut comprendre que c'est à l'État français de décider ce qu'il veut faire exactement", a-t-il poursuivi.

Le maire L'Allier aimerait que la France contribue financièrement à l'érection d'un escalier gigantesque, reliant la haute et la basse ville de Québec. L'ouvrage serait en outre surplombé par une structure tout en hauteur rappelant la forme d'un wigwam ou, plus familièrement, d'un tipi indien.

Le premier ministre n'a pas cru bon de discuter de ce dossier précis avec le président.

"Sans parler de l'escalier, on a parlé du projet. Parce qu'on ne présume pas de la contribution française, a expliqué M. Charest. Des escaliers ou autre chose, ce sera finalement la décision du gouvernement français", a-t-il fait valoir, ajoutant par la suite, sans expliciter plus avant, que "ce sera au gouvernement du Québec de reprendre à son compte ce que la Ville de Québec a fait".

Par contre, l'obtention par Québec d'une étape du Tour de France, un autre projet piloté par le maire L'Allier, a fait l'objet de discussions directes avec M. Chirac, a précisé le premier ministre.

Le tour et le sommet

"J'ai soulevé le fait que le Tour de France était un projet important pour nous en 2008. Encore une fois, M. Chirac nous a dit qu'il allait faire sienne la position que le gouvernement du Québec allait lui transmettre. Alors, on va lui transmettre ce voeu", a commenté M. Charest.

Au moins une certitude : le premier ministre québécois a obtenu le soutien indéfectible de Jacques Chirac pour présenter, en 2008, le Sommet de la Francophonie dans la capitale québécoise.

Aussi, M. Charest a fait part au président de la République de la volonté du Québec "d'occuper une place plus importante dans les institutions internationales", comme à l'UNESCO ou au sein de l'OCDE, pour y faire entendre ses points de vue dans les domaines relevant de sa compétence (culture, santé, éducation).

Sur ce sujet, M. Chirac est demeuré discret et prudent, a avoué le premier ministre.

"M. le président a beaucoup d'expérience sur ces questions et ce n'est pas la France qui va se commettre sur une question intérieure. (Mais) je pense qu'il est important que la France sache qu'on est engagé dans une démarche qui nous amène vers une plus forte présence."

Plus tard dans l'après-midi, M. Charest a été reçu en entrevue télévisée par le présentateur Xavier Lambrechts, de l'émission L'Invité à TV5, qui lui a parlé de la chute vertigineuse de sa cote d'affection chez les Québécois, à peine un an après l'élection générale.

"Dans quatre ans"

"L'humeur de l'électorat peut changer et c'est à la fin du mandat que les électeurs pourront juger et, dans notre cas à nous, c'est dans quatre ans", a-t-il indiqué. Puis, il a réitéré avoir "tout à fait l'intention" de poursuivre ses orientations gouvernementales, même les plus impopulaires.

Au cours de cette entrevue, le premier ministre a aussi défendu la diversité culturelle en adoptant un ton sans complaisance à l'égard des Américains. "Il va falloir être très persévérant. Parce que nous savons, lucidement, que le gouvernement américain va combattre toute tentative d'exception (...) Pour eux, la culture, c'est le commerce."

En soirée, M. Charest s'est rendu au Musée de la marine où, à l'instigation de la Délégation du Québec à Paris, il a reçu quelques gros noms, comme l'animateur Bernard Pivot, Boutros Boutros-Ghali du Haut conseil de la Francophonie, Donald Johnston, de l'OCDE, et Abdou Diouf de l'Organisation internationale de la Francophonie.

Figuraient aussi quelques vedettes des variétés très actives en France et autres Québécois qui ne dédaignent pas ce genre de rendez-vous, notamment Denise Bombardier.



Le PM déplore le manque d'immigrants français au Québec

PC
Le Soleil mardi 4 mai 2004

Paris - Il n'y a pas suffisamment d'immigrants français au Québec, a déploré hier à Paris le premier ministre, Jean Charest, qui s'est engagé du même coup à assouplir "la bureaucratie" qui leur fait souvent barrage.

"Là où on a un travail à faire chez nous, c'est dans la reconnaissance des compétences. Il faut s'assurer que l'on aplanisse des difficultés bureaucratiques", a dit M. Charest, lors d'un point de presse à l'issue de sa rencontre avec le président français, Jacques Chirac, au palais de l'Élysée.

L'an dernier, le Québec a accepté les candidatures de 38 000 immigrants dont 6000 français, un nombre record attribuable à une campagne de recrutement d'une envergure sans précédent dans la "mère patrie".

En effet, avant 2003, de 3000 à 4000 immigrants français en moyenne débarquaient annuellement au Québec.

Une cour assidue a permis de presque doubler le nombre d'arrivants français mais ce n'est pas encore suffisant, a dit le premier ministre. "On veut augmenter (l'immigration française). Et cela va dans le sens de nos besoins démographiques, a-t-il expliqué. On a des besoins importants. Si on veut, sur le plan démographique, permettre au Québec de grandir, de croître, il faut que nous puissions agir sur l'immigration".

Séances d'information, conférences, cartes postales aux images d'Épinal, la Délégation du Québec n'a pas lésiné les efforts ces dernières années pour convaincre "les cousins" français de traverser l'Atlantique et vivre une nouvelle vie dans "la Belle Province", comme le veut l'expression folklorique encore en vigueur en Europe.

La démarche n'a pas été vaine certes, mais encore et toujours, de nombreux Français repartent chez eux, année après année, déçus de ne pas trouver du travail.

Des infirmières, des ingénieurs, des médecins, du personnel qualifié dont le Québec a grandement besoin, se butent, apparemment, à l'intransigeance des ordres professionnels qui leur exigent des examens pour pouvoir exercer leur profession.

Il ne faut pas passer outre "le devoir" des ordres professionnels de "confirmer les compétences", a souligné M. Charest.

Mais ce dernier soutient néanmoins qu'il est possible "d'aplanir les difficultés" et de "créer des conditions favorables à l'immigration."

La ministre responsable de l'Immigration, Michelle Courchesne, présentera sous peu de nouveaux objectifs d'immigration, qui traduiront les nouvelles orientations du gouvernement, a expliqué le premier ministre.

Mais cela se fera à "l'intérieur des quotas actuels", a-t-il précisé, soit autour d'une quarantaine de milliers de candidatures provenant de partout à travers le monde.



Le Québec réitère sa volonté de jouer un rôle international plus actif

AFP
lundi 3 mai 2004

PARIS (AFP) - Le Premier ministre du Québec Jean Charest a réitéré lundi, à l'issue d'un entretien avec le président Jacques Chirac, la volonté de la province francophone de jouer, au côté du Canada, un rôle plus actif sur la scène internationale.

"J'ai informé le président (Chirac) de la volonté du Québec d'assumer une place plus importante dans les institutions internationales", a-t-il dit aux journalistes à l'issue d'un déjeuner de travail avec M. Chirac à l'Élysée.

"C'est important que la France sache que le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec ont commencé une négociation qui nous amène vers une plus forte présence", a affirmé M. Charest qui a entamé samedi une visite officielle en France.

Il a souligné que cette volonté se manifestait dans le programme de sa visite au cours de laquelle il devait notamment rencontrer les dirigeants d'organisations internationales, telles que l'OCDE, l'Unesco et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le chef du gouvernement québécois a ainsi estimé que l'OIF, où le Québec jouit d'un siège à part entière, "pourrait jouer un rôle encore plus actif" pour aider à la bonne gouvernance et à la stabilisation en Haïti.

Jean Charest, dont le Parti libéral (PLQ, centre-droit) a succédé en avril 2003 aux indépendantistes au pouvoir pendant neuf ans, est toutefois un partisan inconditionnel de l'unité canadienne.

Interrogé pour savoir si Jacques Chirac lui avait apporté son soutien sur cette question, il a déclaré que "la France est intéressée mais (que) c'est une affaire intérieure qui touche directement le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec".

"Ce n'est pas la France qui va se manifester sur une question intérieure", a-t-il ajouté.

Pour sa part, l'Élysée a rapporté prudemment que M. Chirac "a été particulièrement heureux de recevoir" M. Charest "dans le cadre de la politique traditionnelle de la France de « non-ingérence, non-indifférence » vis-à-vis du Québec.

Le chef de l'Etat a aussi souligné "le niveau élevé des échanges culturels, économiques et politiques et la coopération très active en matière d'éducation, de jeunesse, de modernisation de l'Etat et de coopération décentralisée", selon l'Élysée.

D'autre part, Jean Charest a déclaré avoir évoqué avec Jacques Chirac le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec en 2008. "Nous comptons beaucoup sur la présence de l'Etat français" parce que "c'est aussi la présence francophone en Amérique que nous voulons célébrer", a-t-il dit.

Il a enfin déclaré vouloir augmenter le nombre d'immigrants français au Québec, en reconnaissant mieux les compétences professionnelles, alors que seuls 5.000 à 6.000 Français par an s'expatrient au Québec.



Québec : les enfants de la loi 101

De notre envoyé spécial Charles Lambroschini
Le Figaro 04 mai 2004

FRANCOPHONIE - Reçu hier à l'Élysée, le premier ministre québécois Jean Charest est un militant de la langue française

À l'issue de son entretien hier avec Jacques Chirac, le premier ministre québécois Jean Charest a réitéré la volonté de la province francophone de jouer, au côté du Canada, un rôle plus actif sur la scène internationale. « Il est important que la France sache que le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec ont commencé une négociation qui nous amène vers une plus forte présence. » Notamment dans le cadre de l'Organisation internationale de la francophonie. En réponse, l'Élysée a rapporté prudemment que M. Chirac a été « particulièrement heureux de recevoir » M. Charest « dans le cadre de la politique traditionnelle de la France de non-ingérence, non-indifférence vis-à-vis du Québec ».

Ils sont venus, ils sont tous là : Igor le Russe, Yasmina l'Afghane, Weena la Philippine. Et aussi des Indonésiens de Bali, des Chinois de Hongkong et Canton, des Palestiniens de Ramallah ou Djenine... Agés de 12 à 17 ans, les 1 700 élèves de Saint-Luc, une école secondaire dans le centre de Montréal, totalisent 107 nationalités, 95 langues et 90 religions. Mais, immigrés fraîchement débarqués, ils ont un objectif commun : apprendre à parler français pour devenir de vrais Québécois. Directrice adjointe de l'établissement, Faten Philippe, elle-même originaire d'Égypte, a la foi des missionnaires : «Beaucoup de ces enfants sont des immigrants forcés. Ils ont été chassés de leur pays par la guerre ou une catastrophe naturelle. Ils sont tristes parce qu'ils voient leur père désemparé. Ils ont perdu leurs repères parce que leur mère n'en a plus. La première responsabilité de cette école, c'est donc de les aider à construire leur personnalité d'adolescent.» Depuis les attentats du 11 septembre, la plupart des pays occidentaux sont allergiques aux immigrés. La France se méfie des Nord-Africains, trop souvent assimilés à la menace de l'intégrisme islamiste. Les États-Unis, pourtant historiquement accueillants aux étrangers, se font hostiles aux musulmans, facilement soupçonnés d'avoir tous partie liée avec le terrorisme. La Grande-Bretagne, échaudée pour avoir servi de base arrière à quelques-unes des cellules les plus agressives d'al-Qaida, restreint le droit d'asile. En comparaison, la politique d'immigration du Québec semble étonnamment généreuse.

La Belle Province est confrontée à un double handicap : un déficit des naissances devenu alarmant et sa situation d'îlot francophone dans un océan anglo-saxon. Depuis la «révolution tranquille» des années 60, l'Église catholique a perdu l'influence qui, après la défaite des armées de Louis XV face à la Grande-Bretagne en 1763, lui avait permis de convaincre les femmes de pratiquer la «revanche des berceaux». Aujourd'hui, les Québécoises ne font plus dix enfants mais, comme dans toutes les sociétés du monde industriel, seulement un ou deux. Pour assurer le renouvellement des générations dans cet immense espace, grand comme trois fois la France et peuplé d'à peine 7,5 millions d'habitants, il n'y a donc pas d'autre moyen que de s'ouvrir au monde.

Pour 2004, le Québec a prévu d'accepter près de 45 000 immigrants. Mais il faut aussi veiller à ce que ce flot soit converti à la francophonie. L'an dernier, la moitié des nouveaux arrivants parlait déjà français : 3 125 Marocains, 3 048 Français, 2 882 Algériens. Ce n'était évidemment pas le cas des 3 947 Chinois, 1 072 Indiens ou 783 Argentins. «Notre combat pour la langue, souligne Faten Philippe, est d'autant plus difficile que, pour tous nos jeunes, «parler anglais, c'est branché». Le rock qu'ils écoutent est américain, leurs émissions de télévision préférées viennent des Etats-Unis et ils sont vite tentés de croire qu'ils n'auront d'avenir que dans l'univers anglo-saxon.

À Saint-Luc, la règle est donc simple. Entre eux, les élèves gardent le droit de parler anglais. Mais avec leurs professeurs, seul le français est autorisé.» Lorsque le Parti québécois, champion de l'indépendance, a enfin gagné les élections en 1976, il a tout de suite pris des mesures pour organiser la reconquête linguistique du Québec, qui paraissait en danger de succomber au raz de marée anglophone. La loi 101 a décrété que le français serait la langue de l'enseignement dans toutes les écoles publiques et dans tous les établissements privés bénéficiant de subventions de l'Etat. Comme l'avait souligné dès 1972 la Commission d'enquête sur les droits linguistiques, le libre choix des langues d'éducation avait eu des conséquences catastrophiques : les immigrants optaient majoritairement pour la langue anglaise.

Depuis qu'il est revenu au pouvoir l'an dernier, le parti libéral, pourtant adversaire déclaré des souverainistes du PQ, poursuit cette politique sans aucun état d'âme. «Aujourd'hui, souligne Michelle Courchesne, le ministre de l'Immigration, quand on croise dans la rue des écoliers d'origine asiatique ou africaine, on est frappé de les entendre s'exprimer tous en français. Ce sont les enfants de la loi 101.» Une méthode systématique qui a été mise sur pied. À Saint-Luc, les nouveaux arrivants sont inscrits d'office dans des classes d'accueil où, pendant dix mois les trois quarts des horaires seront consacrés au français, le reste du temps étant réparti entre mathématiques, sports et activités artistiques. «Les plus jeunes, s'extasie Faten Philippe, sont de vraies éponges. Au bout de quelques semaines, ils servent d'interprètes à leurs parents quand ceux-ci sont invités à venir faire le point avec la direction de Saint-Luc.» Cette approche stratégique de l'immigration s'applique aussi aux adultes.

Il y a un partage des tâches entre le Québec et le gouvernement fédéral. Les immigrants «économiques», soit les deux tiers du contingent annuel, sont choisis selon les seuls critères de la province : jeunes, diplômés, et... parlant français. En revanche, l'asile accordé aux réfugiés politiques relève d'Ottawa. Pour que l'intégration ait les meilleures chances de réussite, les autorités québécoises font leur sélection loin en amont et elles se donnent un temps de réflexion : les candidats doivent attendre la réponse deux ans en moyenne, six mois pour les Français. Et ils doivent être solvables : le Québec exige assez d'argent de poche pour tenir trois mois, le délai jugé raisonnable pour trouver un premier emploi.

Au Carrefour d'intégration du boulevard de Maisonneuve à Montréal, l'échantillon des «stagiaires» est typique de ce volontarisme. La francophonie est largement représentée : un policier français, une coiffeuse du Bénin, des instituteurs de l'île Maurice et de Tunisie, des universitaires roumains et bulgares, une secrétaire marocaine. Mais il y a aussi un informaticien brésilien qui parle le français aussi bien que le portugais et un interprète ougandais capable de travailler autant en français qu'en anglais.

Mais la langue n'est que la première étape. Le chemin vers l'identité québécoise sera long et difficile. Faten Philippe en énumère les étapes : «A l'adolescence, les élèves de Saint-Luc sont d'abord loyaux à leur tranche d'âge et à leur communauté d'origine. Ils deviennent canadiens quand ils entrent à l'université et ils ne commencent à se sentir québécois qu'avec leur premier travail. Moi, l'ex-Égyptienne, je vote pour le PQ et je souhaite l'indépendance du Québec.»

Montréal : de notre envoyé spécial Charles Lambroschini



Deux visites de Monique Gagnon-Tremblay
- La France au coeur de la diplomatie

France-Québec Magazine hiver 2003-2004

Dans le gouvernement Charest, Monique Gagnon-Tremblay est vice-première ministre, ministre des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie. À ces titres, elle a effectué deux missions en Europe cet automne, en particulier en France.

D'abord fin octobre, Monique Gagnon-Tremblay est allée au Vatican en compagnie de l'épouse du premier ministre, Michèle Dionne, pour les cérémonies de nomination de nouveaux cardinaux dont Mgr Marc Ouellet, archevêque de Québec.

La vice-première ministre est venue ensuite à paris pour rencontrer le secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf ainsi que les ministres français Luc Ferry et Alain Lambert. Monique Gagnon-Tremblay a été reçue au Sénat par le président du groupe d'amitié France-Québec, Philippe Martini entouré de plusieurs membres. La présence de la ministre québécoise dans l'hémicycle a été saluée solennellement par le président de séance Serge Vinçon. Celui-ci a souhaité que "cette venue en France fortifie les liens indéfectibles qui nous unissent à nos cousins d'Amérique et nous renforce dans le combat pour la diversité culturelle et la défense de la langue française que nous partageons avec tant de conviction".

La vice-première ministre du Québec est allée également à Rambouillet pour la journée Champlain et a conclu, en soirée, le premier Congrès européen des études québécoises.

Mi-décembre, la ministre Monique Gagnon-Tremblay est revenue en France avant d'aller en Belgique. À Poitiers, elle a co-présidé, avec Luc Ferry, le conseil d'administration de l'Office franco-québécois pour la jeunesse et rencontré les acteurs politiques de la région lors du renouvellement du plan d'action entre le Québec et Poitou-Charentes.

À Paris, Monique Gagnon-Tremblay a prononcé une allocution sur les priorités québécoises devant l'Institut France-Amériques. Elle a signé une nouvelle entente sur la sécurité sociale avec le ministre Pierre-André Wiltzer et rencontré les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat Jean-Louis Debré et Christian Poncelet.

À l'issue de sa visite à Bruxelles, la vice-première ministre du Québec est revenue à Paris participer à la 19e session de la conférence ministérielle de la Francophonie. Elle a déposé officiellement la candidature de Québec pour le sommet de la Francophonie en 2008.



Montréal, ville internationale de langue française

Bruno Roy
Le Devoir mardi 4 mai 2004

La future Charte montréalaise des droits et responsabilités doit protéger la langue de la majorité française

Si l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) se présente aujourd'hui devant vous, c'est pour vous convaincre d'assumer une responsabilité qui, dans le projet de Charte montréalaise des droits et responsabilités, est totalement absente. L'inquiétude de l'UNEQ est grande et justifiée. Force est de conclure que, dans ce projet, l'absence de volonté de protéger la langue de la majorité française, découle soit d'une inconscience absolue, soit d'une absence de vision, soit d'une lâcheté politique impardonnable.

Quel sens, donc, donner à une Charte montréalaise des droits et responsabilités, si cette charte ne fait aucune mention liée à la préservation de la langue de la majorité à Montréal, la langue française? «Le projet d'une charte montréalaise, lit-on, veut mobiliser les citoyens et les citoyennes de Montréal»; jamais, cependant, dans l'un ou l'autre de ses articles, il y est question de préserver l'environnement linguistique de la majorité francophone à Montréal. Pourtant, la proposition de charte montréalaise se veut rassembleuse: «Des valeurs dont l'intégration dans une charte est de nature à enrichir notre avenir démocratique, à renforcer notre désir de toujours mieux vivre ensemble [...].»

Dans un mémoire intitulé Le Français, patrimoine de la nation (2001), l'Union des écrivaines et des écrivains québécois affirmait que l'idée que le français constitue le premier bien patrimonial de la nation, car il fournit un principe central, pour éclairer la réflexion et déterminer l'action. Ce qui, souvent, manque au débat sur la langue, c'est un phare qui éclaire tout le reste.

Quelle culture, en effet, ne recouvre pas une langue par laquelle l'identité s'exprime? Il est du devoir de la Ville de Montréal de sauvegarder cette langue française, d'en faciliter l'accès et de la faire fructifier. Montréal a la responsabilité de ne pas entraver l'épanouissement de la langue française sur son propre territoire. Celle-ci est un patrimoine universel dont elle est un des dépositaires.

Cette diversité des expressions culturelles que constitue notre langue fait partie du patrimoine humain, elle est un droit fondamental de l'humanité. Faut-il rappeler que la Déclaration des droits de l'homme reconnaît que le droit de participer et d'accéder à la culture est un droit fondamental. Ce droit est indissociable du droit civil et collectif à préserver les cultures nationales. Il faut se méfier du simplisme de la global culture, car il abolit les mémoires nationales comme les régimes totalitaires abolissent les consciences individuelles.

La propagande du multiculturalisme

Certains s'inquiètent qu'à trop vouloir montrer Montréal comme une ville multiculturelle, on risque de cacher ce qui la distingue de Toronto ou de Vancouver. D'aucuns prétendent que chaque communauté culturelle devrait avoir droit à la protection de son identité, de ses coutumes. En 1987, Lysiane Gagnon avait bien résumé la dynamique inhérente à toute culture ethnique: «Il y a ici une tendance au fractionnement, qu'on ne retrouve pas dans les sociétés dont la culture dominante est plus forte.»

Osons le dire: auprès de la majorité francophone, les anglophones forment la première des communautés culturelles de Montréal. Il importe donc de bien mesurer les enjeux d'un biculturalisme qui, souvent, se cache derrière une «mayonnaise» multiculturelle. Le dramaturge d'origine italienne, Marco Micone, a bien cerné lesdits enjeux: «Non seulement l'anglicisation des immigrants a minorisé les francophones, mais elle a eu comme effet de marginaliser ces Québécois venus d'ailleurs.»

Le caractère français de Montréal - l'effet est historique - est sapé par les interventions du gouvernement fédéral qui finance les atteintes portées à la Charte de la langue française et subventionne la bilinguisation du Québec, sous prétexte que les Anglo-Québécois constituent une «minorité de langue nationale». Le français n'est-il pas, au Québec, la langue officielle? La Ville de Montréal a-t-elle le droit d'ignorer cela? L'UNEQ est d'avis que la ville n'a pas le droit, qu'elle violerait même la Charte des droits et libertés. En vertu de sa Charte (article 1), Montréal, en effet, est une ville française. Elle doit par conséquent encourager la connaissance et l'usage du français et résister à toute tendance à la bilinguisation institutionnelle systématique. Rappelons que le préambule de la Charte de la langue française précise que celle-ci, tout en déclarant que «le français est la langue officielle du Québec», entend respecter les institutions de «la communauté québécoise d'expression anglaise» et celles «des minorités ethniques, dont elle reconnaît l'apport précieux au développement du Québec».

Par ailleurs, il n'incombe pas à la majorité française de Montréal de faire la promotion des cultures ethniques. D'autant que nous ne pouvons ignorer que ces cultures minoritaires ici ont leur expression majoritaire dans leur pays d'origine et qu'elles y sont moins fragilisées que la nôtre. Neil Bissoondath, dans son livre Le Marché aux illusions, croit la même chose: «Indépendamment de leurs origines, les gens n'immigrent pas afin de préserver leur culture et d'entretenir leur appartenance à une ethnie distincte. Si c'était leur désir, ils seraient restés chez eux, où l'environnement est plus favorable à la survie de leur culture et de leur ethnicité.» Or, particulièrement à Montréal, le multiculturalisme est insidieux, car il rend légitime et psychologiquement incontournable le bilinguisme institutionnel.

Une langue à partager

Si la ville de Montréal «a une fierté», c'est bien celle d'être française. C'est ce caractère qui fait son intérêt et son originalité comme métropole du Québec, comme grand centre urbain à majorité française, le seul à l'être sur ce continent (la deuxième plus grande ville francophone, après Paris). En effet, on ne fait pas la promotion de Montréal parce qu'elle est cosmopolite - toutes les grandes villes du monde le sont -, on doit faire sa promotion sur sa spécificité: Montréal, métropole française en Amérique du Nord. En effet, il faut voir Montréal comme une ville internationale de langue française.

En apprenant le français, l'immigrant, plus particulièrement à Montréal, assure son intégration à la société d'accueil. Cet apprentissage, toutefois, ne doit pas s'éloigner de la culture qui l'exprime. La langue n'est pas que la langue. Son apprentissage contient la culture vivante d'un peuple. On ne doit jamais l'en séparer,

La culture s'ouvre toujours sur le dialogue sans pour autant éliminer les perceptions individuelles et les préjugés. Le pluralisme ne peut effacer la notion de dualité linguistique qui est une notion historique à laquelle le Montréal culturel d'aujourd'hui ne peut échapper. La diversité des cultures ethniques à Montréal ne peut être sans effet sur la culture d'expression française et nous y voyons un indiscutable enrichissement puisque cet apport nous ouvre sur le monde. L'UNEQ reconnaît que ce contact avec les autres cultures est un facteur d'évolution de la culture de la majorité. Cet apport, lorsqu'il s'exprime en français, ne fait qu'encourager une dynamique d'échange. «Le français est plus qu'un choix, écrit Naïm Kattan. Il est nécessaire pour rendre ma parole accessible à ceux qui m'entourent. Et puisque j'adopte une culture en y participant, la langue devient un objet d'amour.»

Une langue commune, en faisant connaître la richesse de chacun des groupes ethniques, permet l'accès au fond culturel de la majorité. Non seulement les apports des minorités sont souhaités, mais leurs manifestations convergent et participent à une culture qui devient la leur. Sans nier les différences culturelles, la culture montréalaise se doit d'être une culture commune. Paris et New York n'auraient jamais été ce qu'elles sont si elles n'avaient pas profité des cultures des groupes ethniques qui ont choisi d'y vivre.

Plaque tournante d'une culture mondiale qui s'exprime en français, Montréal est au coeur d'un centre culturel dont le rôle pourrait devenir exemplaire à travers le monde. Une vision montréalaise de développement culturel, si elle s'inscrit dans la Charte montréalaise des droits et responsabilités, doit tenir compte de cette vocation particulière. Métropole du Québec, deuxième ville de langue française au monde, Montréal doit devenir un carrefour des cultures qui se rencontrent en français.

S'il faut garder une certaine distance critique par rapport à la réalité immédiatement politique, il faut aussi, et surtout, saisir que la confusion des discours participe du nivellement de la pensée qui conduit à ne plus distinguer ce qui relève du respect de soi et de l'ouverture à l'autre. Pourtant, au Québec comme à Montréal, nous sommes une terre d'accueil exemplaire. Le Québec ne craint pas la croisée des identités. D'instinct, il sait que celles-ci sont multiples. Voilà ce qu'il faut protéger.

L'UNEQ affirme que la population majoritaire de cette ville doit intégrer intimement les immigrants des divers horizons au développement d'une culture originale en Amérique, la culture québécoise. Par un processus de connaissance mutuelle, en effet, il s'agit de permettre aux allophones de s'inscrire dans une dynamique d'intégration à la culture québécoise et plus particulièrement montréalaise, et non plus de juxtaposer leur culture ethnique à la culture de la majorité. Voilà comment ces groupes pourront s'enrichir du sentiment de leur «nouvelle» histoire en terre montréalaise et québécoise. En effet, les racines ne sont pas seulement là où elles poussent, elles s'enfoncent là où on les plante.

Une culture vivante pose toujours la question de sa circulation. L'art d'habiter une ville, de la représenter, de la jouer, de la chanter, de l'écrire, tout cela en français, c'est l'art de faire vivre cette ville, à Montréal en particulier, dans l'accueil et le respect de toutes les cultures. Voilà pourquoi la Ville de Montréal doit officiellement s'engager à protéger la langue de la majorité à Montréal, la langue française. Non seulement parce que c'est une question de droit et de responsabilité, mais parce qu'il est aussi question du patrimoine de tout un peuple.

Bruno Roy : Président, Comité langue et souveraineté, Union des écrivaines et des écrivains québécois



Megacity language issue backfires on nationalists

HENRY AUBIN
The Montréal Gazette Tuesday, May 04, 2004

Mega-Montreal is putting some Quebec nationalists in a peculiar position.

In part for reasons of language, it was they who most firmly supported the municipal merger of Montreal Island. The Parti Quebecois government said Montreal Island's unification would help immigrants integrate into the French stream. That's because the PQ also made the new city government officially French-speaking: It hoped that municipal services would stand as a bulwark against anglicization at a time when the island's francophone presence is declining.

Oops.Things might not work out as intended.

At a pro-megacity meeting in Cote St. Luc last week, Mayor Gerald Tremblay said it was "not enough" that only one-fifth of the city's official Web site was in English. He said he wanted to have more of its content translated into English as well as Spanish. He also sounded open to upping the English content of some municipal services, although since provincial law deems the city of Montreal to be French, there's a legal limit to what he can do.

Tremblay's receptiveness to greater use of English is no different from what any politician seeking to lead the megacity has to show: Wooing the anglo vote is a political imperative. But some nationalists fear this realpolitik.

In yesterday's Le Devoir, sovereignist columnist Michel Venne wrote that Tremblay had committed a "grave error" in Cote St. Luc. The mayor's stance threatened the place of French, he said. "Since nine out of 10 immigrants to Quebec live at first in the metropolitan region, the future of Quebec partly depends on the French-speaking population's capacity to integrate these new Quebecers."

There are two kinds of municipal services on the island - those provided either by the megacity or by the boroughs (about half of which have a historical and legal right to bilingual services). At issue are those services that the megacity provides. The slim English content on the city's 85,000-page Web site betokens a wide trend. Many key public documents - the 2004 budget, for example - are in French only. As well, some citizens say it's harder to communicate in English with, say, departments in charge of taxes and fire-prevention - departments that bilingual suburbs once ran.

Language is far, far down the list the concerns are driving the demerger movement. Still, quite independent of the demerger issue, there will always be pressure for incremental change - pressure to which successful politicians must be sensitive.

For nationalists, the problem is that the megacity is inimical to language exclusivity. Let's return to the Web site as an example. Offering it in English and Spanish is essential for any global city seeking international job-seekers and investors. But in doing so, the megacity allows access to everyone, including the most impressionable immigrant in Pointe aux Trembles. Many megacity polices have an inherent capacity to dilute the primacy of French.

This is only one way in which the creation of the megacity could have a boomerang effect on nationalists. There's another.

I wrote a couple of years ago about an analysis of the results of the 2002 megacity election in a sovereignist magazine, L'Action nationale. No one has ever cogently refuted author Pierre Serre's conclusion that it was no fluke that a party friendly to federalism won that contest. He said the inclusion in Montreal of hundreds of thousands of suburban anglophones and allophones - groups with predominantly federalist sympathies - ensures that that a party aligned with sovereignty, such as Team Bourque, is unelectable in a two-party race.

As well, Serre's review of voting records of former suburbs in other parts of Quebec also showed that municipal parties with sovereignist leanings are unlikely ever to gain power in such other merged cities as Longueuil, Gatineau and Sherbrooke. In a future sovereignty referendum, says Serre, megacity governments will "propagate a message of belongingness to the Canadian community."

In creating the megacities, nationalists appear to have shot themselves in the foot not once, but twice.

Henry Aubin is The Gazette's regional-affairs columnist.

haubin@thegazette.canwest.com



Le mirage des fusions forcées

Bergevin, Jean-Marc; Boucher, Michel; Desbiens, Jacques; Dugas, Clermont; Migué, Jean-Luc
Le Soleil mardi 4 mai 2004

Débat - Les promoteurs des fusions forcées de 2001 prétendaient que les fusions municipales permettraient de réduire les coûts de production, de favoriser le développement économique, et d'améliorer l'équité fiscale. Ces prétentions sont-elles conséquentes avec la théorie économique et les expériences vécues ailleurs ?

Le cadre d'analyse de la dynamique des municipalités le plus reconnu par les économistes est celui formulé par Charles Tiebout. Selon lui, les citoyens, confrontés à une multitude de municipalités locales offrant une gamme diversifiée de services, choisiront la communauté qui satisfait le mieux leurs goûts et leurs besoins. Les citoyens ayant une forte préférence pour les services publics se concentreront dans les communautés offrant un haut niveau de services et conséquemment de taxation, et ceux qui demandent peu choisiront les municipalités ayant moins de services et d'impôts fonciers. La concurrence entre les diverses juridictions fera en sorte qu'elles se spécialisent pour satisfaire différentes clientèles. À l'équilibre, l'offre de services de chacune correspond aux préférences de ses citoyens.

Ainsi, une agglomération efficace serait composée d'une multitude de municipalités, une mosaïque urbaine où les citoyens sont à même de choisir le milieu de vie qui leur convient. L'attrait du modèle de Tiebout est qu'il s'agit justement du type d'organisation municipale que l'on retrouve dans plusieurs agglomérations urbaines dans le monde, et qui prévalait avant les fusions forcées au Québec.

Selon la théorie économique, la fusion des communautés locales compromet l'équilibre efficace résultant de la concurrence entre les municipalités. Les expériences vécues ailleurs le confirment, les publications scientifiques dénonçant les effets pervers des fusions forcées : hausse de coûts, baisse de qualité, désengagement des bénévoles, déficit démocratique et hausse de taxes sont les plus fréquemment évoqués. Aucune publication scientifique ne dresse un bilan positif des regroupements forcés, que ce soit sur le plan économique, démocratique ou social. Ce qui confirme que les fusions municipales sont inspirées par des groupes d'intérêt circonscrits, que la moindre mobilité et la monopolisation qui en résultent se font dans leur intérêt, au détriment de l'intérêt général. Il n'existe pas de conditions particulières qui permettent de supposer qu'il en sera autrement au Québec.

Dans le modèle qui prévalait avant la réforme, les municipalités locales d'une même région étaient chapeautées par des municipalités régionales (ou communautés urbaines) pour assurer la gestion des services d'agglomération pour obtenir des économies d'échelle, pour le schéma d'aménagement, l'assainissement, la gestion des matières résiduelles et le transport en commun. S'y ajoutaient la police (à Montréal), la promotion du développement économique et certains équipements. Ces municipalités régionales étaient sous la gouverne d'un conseil formé des maires des municipalités locales de la région, avec droit de veto pour les Villes de Québec et de Montréal.

Les municipalités régionales permettaient de dégager une vision concertée du développement économique, vision qui reflétait la diversité des populations de la région. Cette même diversité engendrait certes des débats d'idées et des divergences de points de vue, mais n'est-ce pas là le propre de la démocratie ? À ce propos, soulignons que la théorie économique prédit que les maires des villes-centres tentent d'éliminer l'opposition des maires des villes de banlieue, les fusions forcées étant l'instrument de prédilection pour la monopolisation du pouvoir politique à l'échelle municipale. L'exercice de la démocratie peut sembler coûteux, mais il procure des bénéfices fort supérieurs aux coûts.

Les mégacités sont-elles plus aptes à favoriser le développement économique que les mosaïques urbaines ? L'analyse des expériences étrangères nous enseigne qu'elles ne le sont pas. On retrouve, parmi les régions les plus dynamiques économiquement, des agglomérations urbaines comptant plus de 100 municipalités locales, comme Boston et Silicon Valley, entre autres. La concurrence que se livrent les municipalités locales est loin d'être stérile, elle est plutôt garante de l'efficacité de la production des services municipaux dont bénéficient également les entreprises. Dans un contexte de mondialisation, les villes doivent d'abord et avant tout offrir un environnement concurrentiel et fertile à l'expansion et à l'implantation des entreprises. Car, si la richesse se crée dans les villes, ce ne sont pas les villes qui créent la richesse.

Au chapitre de l'équité fiscale, on ne règle pas des problèmes fiscaux par des changements de structure. Il est simpliste, voire démagogique, de prétendre analyser l'équité du régime fiscal municipal en comparant uniquement les taux de taxes ou la valeur des propriétés des différentes municipalités locales. Un taux de taxes unique à l'échelle régionale est loin de garantir une amélioration de l'équité fiscale d'une agglomération. Dans les faits, nombre de ménages à faible revenu paient plus d'impôts fonciers aujourd'hui en raison des fusions. Au Québec, on dispose d'un instrument de choix pour contrer les problèmes d'équité fiscale à l'échelle municipale, soit le crédit d'impôts fonciers. S'il y avait un problème d'équité fiscale avant les fusions, il suffisait de bonifier le crédit d'impôts fonciers pour les contribuables et, au besoin, de réviser le mode et les sources de financement de certains services pour les rendre plus équitables.

D'aucuns prétendent qu'il existe une autre source d'iniquité dans notre régime municipal, soit celle engendrée par la consommation par des banlieusards de services municipaux pour lesquels ils ne paient pas. Cette croyance largement répandue n'a jamais été démontrée de façon suffisamment convaincante pour rallier la communauté scientifique. Même si c'était le cas, il serait préférable de résoudre le problème autrement que par des regroupements forcés. En effet, les banlieusards vont en ville pour des motifs bien précis : principalement le travail, les études, les divertissements ou le magasinage. Or, les propriétaires d'entreprises, de commerces ou d'écoles qui engendrent ces déplacements paient un taux de taxes foncières qui peut atteindre le double du taux résidentiel, notamment pour compenser les dépenses additionnelles que leurs clientèles occasionnent. Dans le Montréal d'avant la fusion, le secteur non résidentiel défrayait environ 70 % des services municipaux. Si cela était insuffisant, l'efficacité commandait que l'on hausse les taxes des secteurs d'activité économique déficitaires et non que l'on fusionne les municipalités.

En conclusion, les fusions n'améliorent ni l'efficacité de la production, ni le développement économique, ni l'équité fiscale.

Jean-Marc Bergevin, Michel Boucher, Jacques Desbiens, Clermont Dugas, Jean-Luc Migué

Respectivement M.Sc. Écon. et président des Citoyens pour la reconstitution de Sainte-Foy, PhD et professeur à l'ENAP, PhD et professeur à l'UQAC, PhD et professeur à l'UQAR, PhD et économiste, Sainte-Foy.



La polémique autour du Perdant

Michel Brûlé
Le Devoir mardi 4 mai 2004

Libre opinion: Le soir du 30 octobre 1995, j'étais avec une journaliste suédoise qui se trouvait au Québec pour couvrir la soirée référendaire. Quand elle a entendu la déclaration de Jacques Parizeau au sujet des «votes ethniques», elle a été renversée. D'ailleurs, cette phrase malheureuse a fait le tour du monde, diffusant une image négative du Québec.

J'ai toujours été un grand admirateur de Jacques Parizeau, mais ce discours revanchard m'a beaucoup déçu. Je suis indépendantiste parce que je suis convaincu que le Québec doit sortir du carcan fédéraliste s'il veut s'ouvrir sur le monde. Ayant séjourné dans plusieurs pays, j'ai pourtant peu souvent rencontré de gens connaissant l'existence même du Québec, et encore moins sa problématique. Partout, on croit que l'anglais est la seule langue parlée du Canada. À l'intérieur du Canada, le gouvernement fédéral a toujours cherché à jeter de la poudre aux yeux aux Québécois, notamment avec son concept des deux peuples fondateurs, mais à l'extérieur du pays, il montre un autre visage, celui d'un pays anglophone. Le Québec doit devenir indépendant s'il veut s'élever au rang de nation et être reconnu comme telle. Jacques Parizeau a eu tort de s'attaquer aux immigrants, car ces derniers représentent le monde qui nous regarde. En 1996, j'ai écrit un pamphlet intitulé PQ-de-sac dans lequel je dénonçais le manque d'ouverture du PQ à l'égard des communautés culturelles. Partout, dans les médias, je me suis fait planter. Huit ans plus tard, le PQ est toujours aussi fermé aux immigrants. Combien y a-t-il eu de députés et de ministres issus des communautés culturelles du Québec? Très peu! Est-ce que cette situation est représentative du multiculturalisme qui caractérise le Québec? À vous de répondre.

Si Charest n'était pas aussi impopulaire, le PQ serait dans un gouffre. Il ne faudrait pas que l'impopularité de Charest, peut-être passagère, empêche le PQ de faire son examen de conscience. Cette remise en question est nécessaire. Dans cette logique, je ne vois donc pas pourquoi on ne pourrait pas s'attaquer à René Lévesque et à sa stratégie. De même pour Landry. De même aussi pour Bouchard. Il est temps de se regarder dans le miroir et de se dire les vraies choses si, un jour, on veut réaliser l'indépendance. Martin Bisaillon a osé s'en prendre à un monstre sacré, René Lévesque. Remercions-le. C'est grâce à des gens comme lui que le discours indépendantiste pourra évoluer.

On m'a accusé de toujours chercher à publier des livres qui suscitaient la polémique. Si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, pour paraphraser Voltaire, je me contenterais de ne publier que de la littérature jeunesse et des sagas historiques. Par contre, il y a trop de choses à dénoncer au Québec pour que je me taise. Michel David, journaliste du Devoir, m'a reproché de «toujours être à la recherche d'un Livre noir de quelque chose». Je lui laisse sa citation de Talleyrand («Tout ce qui est exagéré est insignifiant»), mais il ne faut justement pas exagérer. J'ai publié les trois tomes du Livre noir du Canada anglais de Normand Lester. Louis Cornellier, lui-même critique au Devoir, écrivait dans ce journal qu'aucun des trois tomes n'était superflu. À cette série s'ajoutent Le Livre noir de Loto-Québec de Pierre Desjardins et Le Livre noir des États-Unis de Peter Scowen, traduit dans 14 langues!

Il est vrai que j'ai déjà pressenti Michel David pour écrire un livre sur Lucien Bouchard. Et puis après! Je passe mon temps à passer des commandes. D'autres éditeurs font la même chose. Quel mal y a-t-il à cela? Les rédacteurs en chef de quotidiens passent bien des commandes à leurs journalistes. Pour votre information, Le Perdant n'en est pas une. Martin Bisaillon m'a présenté son projet et je l'ai tout de suite accepté, car je souscris à sa thèse à 100 %. De toute façon, il ne faut pas penser que je m'immisce dans la rédaction d'un livre pour lequel j'ai passé une commande. L'écrivain a toute liberté d'étayer comme il l'entend la thèse que nous avons formulée ensemble.

Un sage disait: «Là où tout le monde pense pareil, personne ne pense vraiment.» Des gens comme Martin Bisaillon et moi voulons faire avancer le Québec. Pourquoi nous diaboliser?

Michel Brûlé : Éditeur, Les Intouchables



There's finally a book critical of Levesque

DON MACPHERSON
The Montréal Gazette May 4, 2004

If Martin Bisaillon's publisher was looking for trouble, the bar in the solidly Pequiste Plateau Mont-Royal seemed like a good place to find it.

The publisher chose the Le Verre bouteille for the launch of Bisaillon's book, which provocatively calls Rene Levesque, the beloved founding father of the Parti Quebecois, a loser.

In fact, that's the blunt title of the book: Le Perdant (The Loser). The cruel juxtaposition of the title with the cover photo makes Levesque look pathetic, even slightly foolish as, all at once, he sadly smiles, helplessly half shrugs and feebly waves while delivering his concession speech after losing the first sovereignty referendum in 1980.

The book had attracted plenty of pre-publication notice in the press, with one newspaper publishing its concluding chapter. One commentator attacked the book even before it was published, suggesting it had been commissioned by a publicity-seeking publisher hoping to start a controversy.

In an interview, Bisaillon said the book was entirely his idea, inspired last October by a television news report in which PQ leader Bernard Landry invoked Levesque's memory to stifle debate at a party meeting.

He wondered why, 19 years after Levesque's retirement from active politics and 17 years after his death, "he is still the only one of our premiers who has never been subjected to critical historical analysis."

The 33-year-old Bisaillon described himself as belonging to a new, post-boomer generation of intellectuals who aren't invested in the "myths" passed down by those who lived through the Quiet Revolution.

"Some people have told me I have no right to criticize Levesque because he gave Quebecers pride. As if we wouldn't have had any pride without him. And others said I was courageous. But if it really takes courage to write critically about Levesque in Quebec even today, then something's wrong."

Holding that 1980 referendum even though the sovereignists had no chance of winning is what Bisaillon, a historian, CEGEP teacher and journalist, considers one of a series of strategic errors committed by Levesque as PQ leader and premier.

While Bisaillon refused to be labelled either a federalist or a nationalist, he criticizes Levesque mainly from the latter point of view. He second-guesses Levesque on virtually every aspect of his strategy on sovereignty and later the constitution.

Bisaillon argues that Levesque actually weakened Quebec because of his errors, which allowed the imposition on Quebec of a new constitution restricting its powers.

He rejects the prevalent view in Quebec that the new constitution was imposed as the result of treachery on the part of the other premiers and Pierre Trudeau, who was then prime minister, in the so-called "night of the long knives." Instead, he blames Levesque's ineptitude as a negotiator, and holds Trudeau guilty only of outwitting Levesque at every turn.

Less than 90 pages long and written in less than six months, Le Perdant is a blunt instrument with which to assess Levesque's career. Although he was also a great reformer, Bisaillon disposes of the reforms of Levesque's government in less than a page. Yet these reforms were Levesque's greatest error, since they were achieved without sovereignty, and thus showed that sovereignty was unnecessary. Bisaillon also neglects to take account of the dilemma Levesque faced, forced to negotiate constantly between a party that wanted sovereignty and an electorate that didn't.

It's the mere fact of the publication of Le Perdant that is interesting. Even if one finds much in it with which to disagree, should one rejoice that, 17 years after Levesque's death, someone has finally published a book that is critical of him? Or should one despair that it has taken 17 years? Is the glass on that bar in the Plateau half-full or half-empty?

If it is Bisaillon's ambition to be an agent provocateur, he might prove to be as much of a failure as he considers Levesque. No sovereignist paid him the compliment of showing up at the bar to argue with him.

It's not necessary to refute or suppress an iconoclastic idea that disturbs a comfortable consensus. It's enough to ignore it.

dmacpher@thegazette.canwest.com



La réforme du mode de scrutin : Pour que l'Assemblée nationale devienne un miroir du Québec

Paul Cliche
Le Devoir mardi 4 mai 2004

L'éventualité de l'instauration d'un scrutin proportionnel au Québec inflige une démangeaison irrépressible aux tenants du statu quo

Participant au débat public sur la réforme du mode de scrutin depuis plus de 30 ans, j'ai observé que le type d'argument invoqué par la plupart des tenants du statu quo, c'est-à-dire du scrutin majoritaire à un tour qu'a légué l'Angleterre à sa colonie canadienne par la promulgation de l'Acte constitutionnel de 1791, était toujours le même. À l'instar de François-Simon Labelle dans sa lettre au chroniqueur Gil Courtemanche publiée récemment dans Le Devoir, l'éventualité de l'instauration d'un scrutin proportionnel au Québec semble leur infliger une démangeaison irrépressible, un genre de prurit qui les porte à brandir des épouvantails à moineaux en évoquant des scénarios catastrophe à forte connotation démagogique.

Pendant longtemps la ritournelle du parlement à l'italienne a fait recette, mais on oubliait de préciser que le même parti de droite était resté au pouvoir pendant toute la période d'instabilité parlementaire et que cette dernière provenait du fait que la possibilité d'une coalition socialo-communiste, seule capable de rétablir la stabilité, était bloquée par le veto de l'establishment catholique. Mais au moins M. Labelle innove, il a choisi la Pologne qui a compté brièvement un parti pour représenter les agriculteurs et un autre, dit-il, les buveurs de bière.

Il se garde bien toutefois de remettre les choses dans leur contexte historique. En effet, à la suite de l'élection de 1991 survenant durant la période agitée qui a suivi la domination communiste, la Chambre basse du Parlement polonais (le Sejm) s'est vue fragmentée entre plusieurs partis. Mais des correctifs ont prestement été apportés, de telle sorte que la situation s'est rétablie dès les élections de 1993 qui ont suivi la dissolution de la chambre par un président Walesa mis en minorité. Et voilà l'épouvantail à moineaux renversé...

M. Labelle accorde par ailleurs une vertu surfaite à la division du territoire national en plusieurs circonscriptions aux frontières souvent artificielles (ex: une rue qui coupe un quartier en deux). La plupart de ces entités sont factices et ne peuvent être des lieux de référence pour la vie politique citoyenne puisque ne servant qu'à l'élection de députés. Elles n'ont aucun lien avec la quotidienneté des gens, contrairement aux municipalités par exemple. De plus, l'importance qu'il attribue au lien électeurs-député est démesurée puisque, aussi bien au Québec qu'en Allemagne, des sondages ont prouvé que moins de 15 % des premiers avaient recours aux services du dernier. Pourtant, les tenants du scrutin majoritaire voudraient qu'on considère ce lien comme un pilier de la démocratie représentative. On les comprend puisqu'il s'agit d'un des rares arguments favorables à leur disposition.

La proposition de M. Labelle de recourir à un redécoupage de la carte électorale pour régler le handicap causé au Parti libéral par la concentration de ses votes dans les zones à forte composante anglophone n'est aucunement pertinente non plus parce que l'expérience a prouvé qu'il n'existait pratiquement pas de rapports entre l'égalité démographique des circonscriptions et les effets mécaniques du mode de scrutin majoritaire créant des distorsions entre les partis. L'élection de 1973 arrivant après un tel redécoupage de la carte a fourni un exemple probant à ce sujet, car elle a été celle où le parti vainqueur a été le plus surreprésenté avec celle de 1948 en 37 élections tenues depuis 1867.

Le sarcasme dont M. Labelle fait preuve envers les militants de gauche, qu'il traite «d'idéalistes calculateurs» parce que ces derniers continuent à réclamer un véritable scrutin proportionnel alors qu'on craint que le gouvernement Charest impose une formule favorisant son parti, rate également sa cible. Il n'y a rien de «naïf» à voir clair dans le jeu d'un gouvernement qui a promis une réforme et qui menace de ne pas livrer la marchandise. C'est plutôt de la perspicacité. Ce genre de tirade sent l'argutie gratuite.

Pour M. Labelle le fait que l'Union nationale, le Parti québécois et l'Action démocratique ont vu le jour depuis 1935 est la preuve qu'il n'y pas de blocage dans le système actuel, que ce dernier permet le renouvellement des idées. Il feint d'oublier que la diversité idéologique des trois partis, actuellement représentés à l'Assemblée nationale n'est pas très prononcée, car il sont tous trois néolibéraux puisqu'en faveur de la mondialisation et du libre-échange à l'américaine. Un vrai renouvellement des idées exigerait l'expression d'un véritable pluralisme politique avec la représentation des nouveaux courants à l'Assemblée nationale, comme les altermondialistes qui sont de plus en plus présents dans le société québécoise

Enfin, M. Labelle réclame que la question du mode de scrutin soit soumise à un référendum. Je concède que cesserait sans doute la formule idéale, si l'on se fie à l'expérience de la Nouvelle-Zélande qui a permis d'asseoir la réforme sur des bases solides. Mais il ne faut pas oublier que ce dossier a fait l'objet au Québec d'une saga qui dure depuis près de 40 ans et qui a donné lieu à plusieurs commissions d'études, consultations publiques, à la publication d'un livre vert, à la tenue d'États généraux, de centaines de colloques, à la parution de milliers d'articles, de livres. La question a aussi été à l'ordre du jour de congrès de tous les partis politiques depuis 30 ans. Il s'agit probablement du dossier le plus documenté de l'administration québécoise. C'est beaucoup plus que «les discussions entre initiés et gérants d'estrade de la chose politique» dont se gausse avec mépris M. Labelle.

D'ailleurs pour l'information de M. Labelle je veux lui rappeler que l'ex-ministre péquiste Jean-Pierre Charbonneau a tenté d'obtenir du premier ministre Landry qu'il y ait un référendum sur le sujet en même temps que les élections d'avril 2003 dans la foulée des États généraux, mais il a essuyé un refus. La commission parlementaire des institutions de son côté avait pris l'initiative, en décembre 1999, de tenir une consultation publique à la demande du Mouvement pour une démocratie nouvelle et avec la bénédiction officielle du chef du gouvernement. Mais, 15 mois plus tard lors du déclenchement des élections, les quelque 250 mémoires qui avaient été adressées à la commission ont été envoyés sur les tablettes sans qu'il y ait encore eu d'auditions parce que le leader parlementaire André Boisclair, qui agissait comme maître de l'agenda des commissions, n'avait pas permis à cette dernière de s'acquitter d'un mandat qui ne venait pas de lui. Ces mémoires sont depuis relégués aux oubliettes parlementaires. On a ainsi raté une occasion unique de faire participer les citoyens à la réforme et d'éclairer la population sur les diverses formules possibles.

Et c'est ce même parti qui réclame maintenant qu'on reprenne le débat au début et qu'il y ait un référendum. Pourtant, il n'a pas respecté, pendant ses 18 années d'exercice du pouvoir, un engagement inscrit dans son programme depuis 1969 et ayant fait l'objet d'engagements spécifiques aussi bien lors l'élection de 1976 que de 1994 («un an après la prise du pouvoir»). Je laisse le soin aux lecteurs de qualifier ce genre de comportement.

Paul Cliche : Auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique: le scrutin proportionnel



Et les menteurs furent confondus...

Michel Vastel
Le Soleil mardi 4 mai 2004

Opinions - Le choc des révélations de la vérificatrice générale sur la gestion du Programme de commandites une fois passé, les citoyens reviennent à leurs penchants naturels : lassitude face à un Parti libéral au pouvoir depuis trop longtemps, incertitude à l'égard des capacités de leadership de Paul Martin, et dégoût le plus profond pour tout ce qui touche à la chose publique...

Deux sondages effectués la semaine dernière révèlent que le témoignage du directeur du Programme, Charles Guité, n'a eu aucun effet sur la popularité du gouvernement... Au contraire ! C'est à partir de la mi-avril en effet que les libéraux ont commencé à remonter la pente, surtout aux dépens des conservateurs. Le National Post accorde 39 % des intentions de vote aux candidats de Paul Martin, et le Globe & Mail, 40 %. Il ne faut pas se surprendre de cette petite remontée.

Le rapport de madame Fraser laissait planer une odeur de scandale sur toutes les opérations gouvernementales. Les dénégations des uns et des autres ont fini par jeter un doute : peut-être ce "scandale" n'était-il pas aussi gros qu'on le pensait, peut-être que les fonds détournés n'étaient que d'une vingtaine de millions de dollars, et non une centaine comme la vérificatrice l'avait suggéré.

Et puis les vrais coupables ont commencé à parader devant le Comité des comptes publics. Il y eut d'abord le pitoyable témoignage de Myriam Bédard, qui n'est pas une menteuse à proprement parler, mais certainement un peu mythomane ! La crédibilité de l'enquête parlementaire en a pris un coup.

Puis il y eut quelques témoins-vedettes, Chuck Guité en premier lieu. L'homme a eu le culot de prétendre qu'il avait quitté un service des communications gouvernementales tout à fait en ordre, suggérant que d'autres que lui avaient détruit ou égaré des documents. La vérificatrice a relevé avec humour les contradictions de cet ancien fonctionnaire qui avouait lui-même laisser le moins de traces possible derrière lui mais qui s'étonnait que contrats, factures, chèques et autres pièces justificatives aient disparu !

Et il y eut encore le témoignage carrément invraisemblable du président de Postes Canada, accusant la vérificatrice de ne pas avoir bien fait son travail. Hier, Mme Fraser a remis les pendules à l'heure : il n'y avait pas de contrat signé et... "Dieu sait qu'on l'a demandé !", dit-elle. (On peut se demander pourquoi André Ouellet touche encore son salaire de président de Postes Canada après s'être ainsi parjuré devant le Comité des comptes publics... Mais ça, c'est une autre histoire !)

Les acteurs de ce roman-feuilleton ont tenté de s'en sortir en attaquant la crédibilité et la compétence d'un officier du Parlement. C'est leur parole ou celle de la vérificatrice générale. Mais comparez une photographie de Sheila Fraser et une autre de "Chuck" Guité ou d'André Ouellet, et demandez-vous lequel a le plus de chances d'être écouté, et cru, par monsieur ou madame Tout-le-Monde !

La cause est entendue et, à l'exception du Québec où cette opération-visibilité du gouvernement fédéral se retourne contre lui et joue en faveur du Bloc, les électeurs réfléchissent à leur prochain vote dans une perspective plus large. Seulement 5 % des Canadiens seront influencés par le scandale des commandites. Ce qui les préoccupe en premier lieu, c'est la santé dans une proportion de 18 %, les impôts ou l'honnêteté des politiciens - 14 %

Nous nous étions tous laissé impressionner par les sondages de décembre 2003 et du début de janvier 2004, qui annonçaient un véritable raz-de-marée libéral. Mais des intentions de vote à 50 % et plus pour les libéraux de Paul Martin étaient tout aussi anormales que des intentions de vote de 25 %. Si on élimine les pointes de la courbe de popularité du gouvernement libéral attribuables à l'arrivée de Paul Martin (ou au départ de Jean Chrétien ?), et à la stupeur provoquée par le rapport de la vérificatrice générale, on s'aperçoit que les intentions de vote à l'égard des libéraux sont restées stables, autour de 38 ou 39 %. C'est très insuffisant pour recueillir une majorité aux Communes.

Il y a d'abord le cas du Québec. Le choc est profond et dépasse le scandale des commandites. Les révélations sur le fonds secret dit de "l'unité nationale" enragent les Québécois. Il n'est donc pas surprenant que les mêmes sondages qui annoncent une remontée des libéraux dans le reste du Canada confirment en même temps l'avance du Bloc. Il n'y a pas grand gain à espérer pour Paul Martin ici.

Il faut aussi noter que le parti qui, aux Communes, a fait le moins de démagogie sur le "scandale des commandites" est celui qui réalise les plus gros gains dans les sondages. L'authenticité serait-elle payante ? Reposons-nous la même question que nous nous posions plus tôt à propos de la vérificatrice générale : comparons une photographie de Jack Layton et une autre de Stephen Harper ou de Gilles Duceppe et demandons-nous lequel a le plus de chances de séduire l'électorat !

Le Nouveau Parti démocratique devait se contenter de 6,9 % des suffrages exprimés en 1993, puis de 11 % en 1997 et de 8,5 % en l'an 2000. Depuis le départ d'Ed Broadbent - qui avait fait élire 43 députés avec 20,38 % des suffrages en 1988 - le NPD luttait pour sa survie et son statut de parti officiel aux Communes.

Depuis l'arrivée de Jack Layton, la popularité du NPD oscillait autour de 15 %. Elle frôle maintenant les 20 %, le résultat qu'avait obtenu Broadbent. L'organisateur en chef du parti, Jamie Heath, avançait une explication récemment : "Maintenant que Paul Martin fait de la surenchère à droite avec les conservateurs, nous récupérons tout le vote libéral de gauche. Et nous allons le garder !"

En Colombie-Britannique, en Saskatchewan et au Manitoba, les néo-démocrates sont nez à nez avec les libéraux et à quelques points de pourcentage des conservateurs. Le scandale des commandites ne leur a sûrement pas nui, mais leur insistance à parler de questions plus fondamentales y est aussi pour quelque chose.

Le Bloc québécois et le NPD ont donc plutôt bien résisté à la flambée de popularité de Paul Martin. Par contre, le nouveau Parti conservateur n'a pas du tout profité de l'élection de son nouveau chef. La dernière chance des libéraux, ce n'est pas la popularité de leur chef, mais l'impopularité de Stephen Harper !

MVastel@lesoleil.com



Le comité Sauvons Télé-Québec dénonce les compressions Séguin

Paul Cauchon
Le Devoir mardi 4 mai 2004

Les employés de Télé-Québec passent à l'offensive, en diffusant ce matin dans trois quotidiens, dont Le Devoir, une pétition de prestige comportant les noms de 350 personnalités qui appuient la mission actuelle de la chaîne.

Cette pétition de prestige s'ajoute à une autre pétition qui circule actuellement sur Internet auprès du grand public, et qui a recueilli quelque 18 000 signatures.

Le comité «Sauvons Télé-Québec» a été lancé par le Syndicat des employés de Télé-Québec, et il s'inquiète des impacts de la compression de cinq millions imposée en mars dans le budget de Télé-Québec par le ministre des Finances, Yves Séguin. Le comité s'inquiète également des déclarations contradictoires des ministres du gouvernement Charest, qui évoquent tantôt la privatisation de la chaîne, tantôt la transformation de son mandat.

«Pour nous, il n'est pas question ni de privatiser, ni de "moderniser" Télé-Québec, déclare Anne-Marie Dussault, qui était hier porte-parole du groupe. Cette remise en question a été faite en 1995, alors que la moitié des employés avaient été mis à pied, et que 80 % de la programmation est passée au secteur privé.»

L'impact de la compression budgétaire se fait déjà sentir. Plusieurs émissions actuelles ne savent pas si elles seront de retour, et une nouvelle émission pour les 6-9 ans qui devait être tournée cet été ne verra pas le jour. Selon les données actuelles, la programmation pourrait être touchée à hauteur de 2,5 millions.

Mme Dussault s'élève contre les déclarations de la ministre de la Culture, Line Beauchamp, qui faisait valoir la semaine dernière que Télé-Québec pouvait bien s'en tirer en diffusant plusieurs émissions qu'elle a en inventaire. «Pour diffuser une émission en inventaire, il faut un budget, il faut payer l'émission, ce n'est pas gratuit parce que c'est en inventaire!» dit-elle.

Le porte-parole de l'opposition à l'Assemblée nationale dans ce dossier, André Boisclair, déclarait par ailleurs il y a quelques jours au Devoir que la ministre «a menti à l'Assemblée nationale quand elle a déclaré que la programmation de Télé-Québec ne serait pas touchée par les compressions».

Le comité Sauvons Télé-Québec a préparé une série de chiffres pour faire valoir son point de vue, dont deux sont frappants: 53 % des téléspectateurs québécois viennent à Télé-Québec chaque semaine, et Télé-Québec coûte trois cents par jour à chaque Québécois.

Appuis de prestige

Le comité Sauvons Télé-Québec a l'appui d'environ 350 personnalités provenant de différents horizons, artistes, éditeurs, professeurs, dirigeants de groupes culturels, producteurs de films et de télévision.

Parmi les signataires on peut remarquer Mario Clément, actuel directeur des programmes de Radio-Canada, le maire Jean-Paul L'Allier de Québec, Marie-Claude Poulin, une des dirigeantes de TVA films, des amies de l'autre télévision publique comme Marie-France Bazzo et Christiane Charette, le sénateur Jean Lapointe, l'ancien p.-d.g. de la chaîne Jacques Girard, et ainsi de suite. Parmi les créateurs, comédiens et communicateurs, on trouve les noms de Dan Bigras, Normand Brathwaite, Paul Buissonneau, Richard Desjardins, Marcel Dubé, Jean-Pierre Ferland, Jacques Godbout, Marc Labrèche, Claire Lamarche, Robert Lepage, Antonine Maillet, Monique Mercure, Pierre Nadeau, Lise Payette, Luc Picard, Michèle Richard, Michel Tremblay, Réjean Tremblay, Gilles Vigneault, et ainsi de suite.



Le Suroît: pas pour les futurs besoins

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir mardi 4 mai 2004

Une surprise de taille attendait la soixantaine de participants qui se sont massés hier dans la grande salle de la Régie de l'énergie pour assister au début de l'audience sur le Suroît, Bécancour et les solutions de rechange à l'expansion de la filière thermique au Québec, qui semble destinée, selon Hydro-Québec, à prendre encore plus de place que prévu dans le portefeuille énergétique québécois.

En effet, il est ressorti assez clairement des témoignages et des questions de cette première journée d'audience que la centrale thermique du Suroît n'aurait aucun rôle ou interviendrait très peu pour satisfaire les nouveaux besoins à court terme du Québec. Pourtant, depuis des mois, on entend dire à répétition que cette centrale est la solution au déficit d'énergie prévu pour 2005-07.

Le président d'Hydro-Québec Distribution (HQD), André Boulanger, a répété que le Suroît était essentiel pour «assurer la sécurité énergétique» des Québécois, mais il ne voyait pas, a-t-il dit, les électrons de cette centrale répondre aux nouveaux besoins du Québec, prévus par sa division d'ici à 2011.

Il a émis l'avis qu'en raison de coûts très bas les centrales thermiques allaient certainement être en lice dans tous les appels d'offres et probablement en remporter la plupart. Quant à l'éolien, pas question d'en faire plus que les 1000 MW déjà imposés par Québec.

Or, présentement, la sécurité énergétique du Québec repose sur les barrages hydroélectriques. C'est donc vraisemblablement pour épauler cette production de plus en plus précaire parce que les grands réservoirs sont au plus bas, que le Suroît serait construit, quitte à écouler l'électricité excédentaire aux États-Unis.

Même si le président d'Hydro-Québec Distribution a soutenu que le Suroît pourrait se mettre sur les rangs dans un ou deux des appels d'offres en vue de livraisons entre 2008 et 2011, l'avocat de l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA), du groupe STOP et de Stratégies énergétiques, Me Dominique Neuman, a révélé un écrit d'Hydro-Québec Production qui décline vouloir participer aux appels d'offres prévus pour la période 2008-11, soit pour les 400 MW d'électricité modulable (livrable sur demande seulement) demandés pour 2008-09 ou les 500 MW pour 2010-11 au titre des besoins généraux de la province. C'est pourtant à cette époque que les projets hydroélectriques en préparation, comme Eastmain et Péribonka, et par la suite Eastmain 1 et Rupert, vont pouvoir amorcer leurs livraisons!

Depuis la division d'Hydro-Québec en trois services distincts, l'un pour la production et les autres pour le transport à haute tension et la distribution, c'est HQD qui définit l'ampleur des besoins du Québec, les défend devant la Régie, procède aux appels d'offres et signe les contrats. Ce sont ces prévisions de la demande qu'HQD défendait hier à l'ouverture des audiences pour expliquer notamment comment elle prévoit combler le déficit appréhendé à très court terme, soit entre 2005 et 2008.

Si l'on se fie aux explications du président d'HQD, ce sont plus de 3250 MW d'électricité thermique qui pourraient à court terme desservir le Québec, soit encore plus que la production de l'ancien mégaprojet de la Grande Baleine.

Ainsi, aux 960 MW du Suroît, prévu pour une mise en service en 2006, s'ajoute un tout récent appel d'offres de 250 MW, lancé la semaine dernière auprès des producteurs américains, pour des livraisons fermes dès 2005. Un autre appel d'offres, planifié pour l'automne prochain, cible 400 MW modulables en 2008-09, suivi d'un autre bloc de 500 MW pour les deux années suivantes. André Boulanger a dit hier que le thermique avait de fortes chances de remporter ces deux appels d'offres, comme si les centrales hydroélectriques en construction pouvaient se retrouver sans contrat pour livrer leur production, ce qui serait une «aberration», soulignait Me Neuman au Devoir. HQD veut aussi obtenir de la Régie la permission de lancer un programme de 800 MW en cogénération.

À ces projets s'ajoutent les 500 MW de Bécancour, que le BAPE a remis en question pour les mêmes raisons que le Suroît, et que Québec, dépité, a mis en veilleuse d'ici au nouveau verdict de la Régie de l'énergie, laquelle avait autorisé ce projet l'an dernier... André Boulanger a plaidé hier pour l'approbation «urgente» de Bécancour. Enfin, HQD ajouterait à ces 3250 MW potentiellement tous d'origine thermique le renvoi des milliers de clients du programme bi-énergie industriel et commercial vers les énergies thermiques, car Hydro demande l'abolition de ce programme pour en récupérer les MW.

Lorsque Me Neuman a demandé au président Boulanger à quels besoins précis des Québécois le projet du Suroît répondait, s'il ne voulait pas se mettre en lice pour les appels d'offres prochains, le porte-parole d'Hydro-Québec a répondu: «Vous le leur demanderez.»

Quels bénéfices alors les Québécois peuvent-ils attendre du Suroît? À cette question, André Boulanger répond que HQD a avantage à pouvoir compter sur un fournisseur fiable, soit HQP, qui puisse vraiment lui assurer des livraisons fermes en matière d'énergie patrimoniale ou qui pourrait répondre à des «besoins ponctuels».

Si le Suroît est aussi essentiel pour la sécurité énergétique, c'est que les réserves hydrauliques sont peut-être plus mal en point, commentait Me Neuman en marge des audiences, que ne le révélait l'automne dernier Le Devoir et que ce que prévoit Hydro-Québec dont l'état des réserves, récemment divulgué, se retrouve près du minimum normatif. Hier, les porte-parole d'HQD n'ont toutefois donné aucun indice supplémentaire qui permettrait de penser que c'est pour remplir les réservoirs trop bas ou pour récupérer une marge de manoeuvre en déclin qu'Hydro-Québec en est réduite à se lancer dans le thermique.

Le bloc d'énergie patrimoniale mis en cause ici est une autre fiction créée par la loi 116 qui a émasculé les pouvoirs de contrôle de la Régie sur les projets de production d'Hydro-Québec. Comme Québec a voulu masquer les véritables coûts de la production d'électricité pour en empocher les bénéfices, il a fait une concession aux Québécois qui ont payé les milliards d'actif d'Hydro en gelant le coût de livraison des premiers 165 TWh livrés chaque année par HQP à HQD au prix de 2,79 cents du kWh: c'est ce que la loi définit comme «l'électricité patrimoniale». Quant aux nouveaux électrons dont on aura besoin et que les clients hydroquébécois vont payer tout comme les «patrimoniaux», ils seront facturés aux prix du marché, c'est-à-dire assez voisins des prix continentaux pratiqués... aux États-Unis.

D'autre part, on a appris hier à l'audience, toujours en réponse aux questions de l'avocat de l'AQLPA, qu'Hydro-Québec ne réduisait pas ses prévisions de la demande en fonction des réductions réalisées grâce à l'efficacité énergétique. Elle le fait seulement pour les trois premières années de sa production. Mais de la quatrième à la dixième année de son plan d'approvisionnement, comme elle ne prévoit pas de réduction de la demande grâce à l'efficacité énergétique, elle postule qu'il lui faudra combler cette demande par des moyens de production nouveaux. À cause de l'audience du Suroît, Hydro-Québec a produit une première planification de l'efficacité énergétique sur dix ans. Mais elle a refusé de s'engager à poursuivre dans cette voie, préférant s'en tenir à trois ans jusqu'à nouvel ordre, ont dit ses porte-parole.

L'audience du Suroît va se poursuivre jusqu'à vendredi.



Le Suroît, d'abord pour exporter

Pierre Couture
Le Soleil mardi 4 mai 2004

PC Hydro-Québec a beau prétendre le contraire depuis des mois, tout indique que la centrale au gaz naturel du Suroît servira d'abord le marché des exportations, révèlent des documents déposés hier devant la Régie de l'énergie.

La centrale au gaz naturel de 800 mégawatts (MW) qui doit être construite à Beauharnois, sur la Rive-Sud de Montréal, ne servirait pas à combler la demande à court terme d'électricité des Québécois, mais bien à répondre d'abord à un objectif de rentabilité sur les marchés extérieurs.

"Il devient de plus en plus évident que le Suroît servira d'abord la cause des exportations", a soutenu l'avocat Dominique Neuman, qui parlait au nom de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), de Stratégies énergétiques et du groupe Stop lors de la première journée d'audience spéciale de la Régie sur le projet de centrale du Suroît.

Dans des documents présentés en preuve hier, la direction d'Hydro indique que l'énergie produite par le Suroît ne servirait pas à répondre aux appels d'offres prévus (modulable et à court terme) par Hydro-Québec Distribution (HQD) d'ici 2010.

La centrale de 550 millions $ ne posséderait pas les caractéristiques techniques lui permettant de fournir à la division Distribution les 400 MW d'énergie dite "modulable" qu'elle souhaite obtenir en 2008-2009. Et même si elle en avait la capacité, la centrale ne vendrait pas son énergie au Québec "à court terme", peut-on lire notamment.

Une information qui n'a pas été niée par le président de la division Distribution d'Hydro, André Boulanger, qui témoignait hier devant la Régie.

Plus tôt dans la journée, M. Boulanger a laissé entendre que la centrale du Suroît et les autres projets de la filière thermique - dont celui de TransCanada Energy à Bécancour - demeuraient "incontournables" pour assurer la sécurité énergétique de la province.

Bien qu'elle n'entrera en fonction qu'en 2008, la centrale du Suroît aurait pu prendre le relais pour faire le pont énergétique jusqu'en 2010. Ce qui n'est pas le cas. Hydro préférerait plutôt miser sur ses grands projets hydroélectriques - Eastmain 1-A, Péribonka, etc. - dont les turbines auront commencé à tourner depuis peu.

D'ici là, la filiale Distribution, qui prévoit d'importants déficits énergétiques annuels, devra se contenter d'électricité achetée à gros prix sur les marchés extérieurs. Hydro a d'ailleurs lancé un appel d'offres de 250 MW - livrables dès 2005 - la semaine dernière. Un autre appel du genre est prévu cet automne.

La société d'État anticipe d'ailleurs un déficit estimé entre 2 et 6 térawatt heures (TWh) d'électricité cette année. L'écart oscillera entre 4,3 et 10,6 TWh l'an prochain et pourrait se chiffrer jusqu'à 17,1 TWh en 2006.

Rappelons que les audiences publiques sur le projet du Suroît se poursuivent jusqu'au 21 mai. D'ici là, plusieurs groupes de pression défileront devant les régisseurs. Par la suite, la Régie de l'énergie aura jusqu'au 30 juin pour faire parvenir au gouvernement Charest son avis sur la question du Suroît.

PCouture@lesoleil.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Une conversation troublante!

Jacques Faille, Brossard
TRIBUNE LIBRE 4 mai 2004

Longueuil, le 3 mai 2004.

Le 13 novembre 2001, le Brossard Éclair publiait mes commentaires relatifs à la formation de la nouvelle grande ville de Longueuil. J’y disais essentiellement trois choses : que madame Louise Harel avait accompli un travail remarquable… que Jacques Olivier obtenait ainsi une occasion en or de se faire valoir… et que Jean Charest avait perdu sur toute la ligne. Je terminais en disant : c’est finiii!

Trente mois plus tard, il me semble que ce que je déclarais à l’époque est encore valable, sauf pour mes deux derniers mots. Parce que ce n’est pas encore fini...

Enfin, il fallait bien que Jean Charest s’invente au moins UN projet. J’avais, à peu de chose près, deviné sa stratégie. Je n’avais pas pensé à la question cependant. Vous vouliez une question simple? Je n’ai pas compris la question en français. Je vais attendre la version anglaise, peut-être que là…

Mais ça c’est de la petite bière... Piqué au vif par la curiosité de savoir ce qu’en pensaient les grands amis conservateurs de mon premier ministre, je me suis souvenu de la technique utilisée par certains à Ottawa. Je me suis donc muni d’un appareil qui pouvait capter les conversations téléphoniques de Jean Charest. Pendant plusieurs semaines, j’ai enduré l’écoute de conversations plates à en mourir. Puis enfin, récompense ultime pour ma patience, j’ai gagné le gros lot! Je vous livre l’essentiel d’une conversation entre Mike Harris, ancien premier ministre conservateur de l’Ontario et Jean Charest, grand défenseur de la démocratie au Québec. La traduction française est de moi.

Ring! Ring! Ring !
Mike Harris: Yesss !
Jean Charest: HI, Mike, it’s John !
MH: Johnnn ???
JC: John Charest !
MH: John! I wanted to talk to you.
JC: What about Mike ?
MH: For Christ’s sake John, have you fallen on your head ?
JC: Choque-toi pas Mike, tu ne comprends pas que c’est toujours plus compliqué, au Québec, de faire des choses intelligentes ?
MH : Mais John, t’avais pas à penser. C’est moi qui avais pensé, préparé et réalisé tout ça pour l’Ontario. Le Québec n’a fait qu’emboîter le pas. C’était du tout cuit. Plus que ça, mon John, en plus de construire des grandes villes en Ontario, j’ai envoyé un message clair au pays pour leur dire qu’Ottawa n’était pas Washington. Ottawa est seulement une ville de l’Ontario et en Ontario, c’est moi qui menais. Pas les fédéraux. Ainsi, en agrandissant la Capitale nationale, je rappelais que les villes sont des créations des provinces et en même temps, j'augmentais la superficie du territoire d’Ottawa afin de permettre à nos fédéraux d’avoir plus d’espace pour dépenser votre argent. Mais toi, t’as rien compris. Quand j’ai dit ça à ton ami Brian Mulroney, il m’a dit que c’est pour ça qu’il t’avait envoyé chez les libéraux du Québec. Peux-tu m’expliquer ce qu’il voulait dire? »

Là, j’en avais assez entendu. J’ai raccroché...



TRIBUNE LIBRE

Comment être souverainiste, davantage et mieux?

Nestor Turcotte, Matane
TRIBUNE LIBRE 4 mai 2004

«Nous sommes souverainistes, nous le sommes davantage et mieux», a affirmé hier (dimanche le 2 mai) Bernard Landry alors que se terminait à Montréal le cycle des consultations régionales de la Saison des idées du Parti québécois.

Lu, tel quel, dans LE DEVOIR, édition du lundi 3 mai 2004. Imaginons un instant l’affirmation inverse. Paul Martin, premier ministre du Canada, devant un auditoire déjà acquis à sa cause fédéraliste, dit, avec l’air le plus sérieux au monde : « Nous sommes fédéralistes, nous les sommes davantage et mieux», terminant ainsi un colloque sur la modernisation du fédéralisme canadien. Les journalistes se seraient vite dépêchés à ridiculiser une telle déclaration. Et les caricaturistes de tous les quotidiens du Québec s’en seraient donnés à cœur joie. Dans le cas de Landry, motus et bouche cousue! La phrase est passée et personne n’y a relevé une quelconque anomalie.

Comment peut-on être davantage souverainiste quand on l’est vraiment? Est-ce à dire qu’il y a des degrés dans l’affirmation d’un tel concept? Qu’il y a des souverainistes à moitié, au trois quart, et encore une peu plus? Qu’il y a des souverainistes mous, des un peu moins mous, des un peu plus durs et des purs et des durs? Qu’il y a des souverainistes qui le sont plus qu’hier et qu’ils le seront davantage demain? Et encore davantage dans un mois ou deux? Qu’il y a des souverainistes tièdes, des un peu plus chauds, des très chauds et des bouillants? Qu’il y a des souverainistes qui sont des adéquistes pas branchés, des souverainistes péquistes devenus confédéralistes, des péquistes souverainistes qui ne sont pas des indépendantistes, des souverainistes qui tendent vers l’indépendantisme et des indépendantistes tout court, qui n’ont pas à inventer des subterfuges pour cacher profondément ce qu’ils sont? Vite, il faut écrire un lexique pour que tout le monde arrive à comprendre quelque chose! Sinon, on se retrouvera une fois de plus dans la nébuleuse qui, depuis tant d’années, envahit le cœur de tant de Québécois, le temps d’un référendum, le temps d’une élection ordinaire.

Bernard Landry est souverainiste maintenant un peu plus qu’au début de la Saison des Idées. Il l’est davantage souverainiste par rapport à quoi? Et s’il l’est mieux depuis la fin de la Saison des Idées, est-ce parce que quelqu’un lui a suggéré une idée qu’il n’avait pas dans son vocabulaire séparatiste au l’aube de cette nouvelle saison? S’il fallait cette saison pour arriver à une telle conclusion, ce n’était vraiment pas nécessaire.

Il faut donc comprendre que l’ex-premier ministre est un peu souverainiste en lien avec le souverainisme confédéraliste qu’il pratique, mais il n’est pas, hors de tout doute, un authentique indépendantiste. Le jour, où l’ex-premier ministre du Québec affirmera son credo indépendantiste, les indépendantistes seront fixés. En attendant, il est un peu plus ceci, mais il n’est pas encore tout à fait ce que d’aucuns souhaitent qu’il soit. Il est mieux et davantage : on souhaiterait qu’il soit tout simplement.



TRIBUNE LIBRE

Le mur de la honte d'Anthony Housefather

Marianne Vaucouleurs
TRIBUNE LIBRE 4 mai 2004


Réf.
: http://www.ledevoir.com/2004/04/28/53191.html, http://www.ledevoir.com/2004/04/28/53176.html, http://www.ledevoir.com/dossiers/328/50880.html?328 et http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/4-30.html#tlmg

Att. :  Anthony HOUSEFATHER (anthony.housefather@eicon.com, arrondissementchm@ville.Montreal.Qc.ca et http://cotestluc-hampstead-mtlouest.ville.montreal.Qc.ca/)

cc : redaction@ledevoir.com, forum@lapresse.ca, opinion@lesoleil.com, Gérald Tremblay, maire de Montréal (maire@ville.montreal.Qc.ca), Jack Jedwab (jack@cjc.ca ou diversity-forum-diversite_culture@pch.gc.ca), Alliance Qu[e]bec (aqinfo@aQ.Qc.ca), B'Nai Brith Canada (bnaibrith@autoroute.net), Mitchell Brownstein (brownstein@accent.net), Storrs McCall (mccall@philo.mcgill.ca), Congrès juif du Canada (cjc-Quebec@cjc.ca ou canadianjewishcongress@cjc.ca), les sites «Vigile» et «Le Québécois».


D'entrée de jeu, M. Housefather, je désire vous informer que je partage sans aucune hésitation les avis exprimés dans les textes cités en rubrique.

Il est impossible d'émettre le moindre commentaire critique (ce qui est pourtant le propre de toute démocratie saine et digne de ce nom) sur la communauté à laquelle vous appartenez (le «cas» Yves Michaud en est l'exemple [assez] récent le plus retentissant) sans être de facto soupçonné d'antisémitisme.

En revanche, vous vous permettez de tenir des propos de nature telle que le Québécois dit «de souche» qui en formulerait de semblables se verrait - et avec raison - cloué au pilori.

Sur-le-champ !

Avec les gens comme vous, monsieur, il y a toujours deux mesures pour le même poids. Un membre de votre collectivité culturelle peut affirmer littéralement n'importe quoi à l'endroit des Québécois sans jamais être importuné. Ou si peu. À l'inverse, il est tacitement interdit de laisser entendre publiquement quelque imperfection, si je puis dire, relativement à la communauté juive.

Un phénomène se révèle on ne peut plus probant au sein de notre société, M. Housefather : les Québécois sont extrêmement ouverts, et cherchent à intégrer avec hospitalité et amitié les minorités qui habitent le territoire (ce dont d'ailleurs je suis personnellement fière). Ce sont certaines de celles-ci qui, au contraire, cherchent perpétuellement à s'opposer à toute véritable intégration. Le dossier du démembrement des cités actuellement en débat (voire le noble projet de la Libération nationale du Québec) en constituent on ne peut plus, il me semble, de flagrantes illustrations.

Vous avez deux visages et deux pensées, M. Housefather : la vertu c'est vous, et «les autres» sont tous de menaçants «Palestiniens»... Vous rejetez l'«autre» constamment, d'une part, vous vous indignez au quart de tour sous la bruine du plus léger soupçon de critique à votre endroit, d'autre part. En clair, et pour l'exprimer avec concision, vous vous ghettoïsez de toute votre énergie pour mieux prétendre ensuite que l'on vous pousse dans vos derniers retranchements.

M. Housefather, vous êtes un prestidigitateur sinon une caricature de la mauvaise foi.

Vous affaiblissez à vous seul la communauté juive montréalaise plus que n'y parviendrait jamais la totalité des présumés «antisémites» (1 pp million, peut-être, comme on dit des nanonismes biologiques???) de l'ensemble de la société québécoise.

M. Housefather, vous avez perdu toute crédibilité face à la nation québécoise.

Salutations.

Marianne Vaucouleurs,
Citoyenne québécoise,
3 mai 2004

* Site utile (???) : http://www.uni.ca/quorgs.html





TRIBUNE LIBRE

De notre irrépressible besoin d'un Sauveur

François Perrier
TRIBUNE LIBRE 4 mai 2004

7 mai 2001 au 21 juin 2001. Repris le 2 mai 2004 - CC 3 mai 2004.

TEXTE REFUSÉ À VIGILE ET VOX LATINA -- par des zélitissses "qui font semblant" d'être "purs et durs." On se demande en quoi le plus grand bien du peuple québécois est servi en bâillonnant un pamphlétaire -- souffrant lui-même de médiocrité congénitale -- sinon que la vérité sur nos 'zélites àplatventrissses' indispose. Banni et marginalisé, "je singe et persifle", comme dirait Sol.

---Sujet : De notre irrépressible besoin (à tous) d'un Sauveur : FRÉDÉRIC II, dit l'éclairé.

Dans la foulée d’une indépendance québécoise à réaliser par un leader intègre courageux et résolu, plutôt que 'bouchardement' charismatique, il existe la nécessité de sortir du nombre un vrai chef qui présiderait un gouvernement de salut national, tout en pratiquant la démocratie du plus grand nombre.

Voici un extrait d'un texte (librement manipulé), tiré de la “Storia Universale” de l’historien italien Cesare Cantù, (Vol. X - Unione Tipografica - Editrice, Torino 1884) -- texte qui fait l’éloge de Frédéric II, roi de Prusse (1712-1786) - le Grand - l’Unique - considéré le type parfait du despote éclairé. Notre Bernard Landry 'nationaleux', prostré 'commensalement' dans les coulisses du pouvoir, a démontré bien plus le physique fuyant et le tempérament sournoisement autoritaire du rôle, que des qualités de bravoure et de solidarité. Il doit être remplacé par un 'leader à couilles', avant même de penser mettre le bon peuple québécois à contribution.

Citation, “Frédéric II ... était petit et laid, beaucoup de mémoire, peu d’imagination. Exceptés les plaisirs de la table, il recherchait peu ceux du corps, beaucoup ceux de l’esprit, les bons mots, les propos mordants et médisants. Il eut des amis, non pas des favoris. Les traitant comme ses pairs, il savait les manipuler à l'occasion. Professant détester affectations et faussetés, et bien que prenant des airs de franche confidentialité, il simulait et dissimulait volontiers.

... Puriste de la logique, une volonté forte et l’obstination dans des desseins qu’il méditait longuement, le prédisposaient à la réussite. Devant le danger il était grand et riche en expédients. Il gagnait les batailles militaires donnant exemple de courage physique ; il fourvoyait les riches avec des titres pompeux, s'alliait les hommes de lettres par sa protection, faisait taire les consciences avec une liberté accrue, traitait les vaincus avec respect, et soudoyait les indigents de son aide. Frédéric trouvait dans les fatigues du gouvernement, le renouvellement de sa force physique.

... Bien qu'objet plus que tout autre monarque de son temps, de libelles diffamatoires et de pamphlets, Frédéric les laissa impunis, tolérant la liberté de presse. Croisant une foule attroupée autour d’une affiche satirique qui le ridiculisait, il la rendit plus accessible afin que tous puissent la lire avec une facilité accrue.

Il disait -- "Mon peuple et moi sommes d’accord : je lui laisse faire ce qu’il veut, et il me laisse accomplir ce qui me plait". Bien sûr, cette attitude découlait plus de sa confiance dans les baïonnettes que dans un quelconque libéralisme. Informé qu'untel le détestait, Frédéric ne manquait jamais de s’enquérir du nombre d’hommes de troupe dont ce dernier disposait. ... Quoique despotique, et de peu de sympathie envers un peuple dont il se moquait éperdument, Frédéric était universellement aimé. Les philosophes le proclamaient "un Antonio" (Marc-Antoine, cousin de César, et grand guerrier brouillon). Ses ennemis furent contraints de l’estimer. Bien que Frédéric ne voulait pas servir de modèle, ni en avait-il les attributs physiques, dans sa bravoure ses sujets retrouvaient le type même de leur nationalité, et son exemple su éveiller en eux leur propre courage.” Fin de citation.

Qu’en est-il de l’opprobre dont nous couvriront les CanadiAns devant un futur leader aussi expéditif ? Bof ! la démocratie étant un mythe, autant au Canada qu'au Québec, et sujette au “Toé tais toé” du “cheuf” -- ainsi que prisonnière d'une pseudo solidarité ministérielle -- autant dans la concentration des pouvoirs au PMO à Ottawa, que dans le Bunker à Québec -- qui s’en formalisera !? À preuve de putes -- le vote scélérat des 109 députés pantins à l'Assemblée nationale, à l’encontre du citoyen Michaud jugé coupable in absentia en 2001, pour pseudo antisémitisme, alors qu'il s'agissait d'un juste antisionisme.

Notre nation québécoise, géographiquement nordique de tempérament mais latine d’origine, n’a que faire de l’opinion d’autres peuples se réclamant de brutes tel Théodore Roosevelt et son “speak softly and carry a big stick” impérialiste ; d’un colonialiste raciste tel Winston Churchill (qui savait de l’Holocauste et n’a rien dit ou fait), ou de dictateurs sanguinaires tels Staline et Hitler. D’un Mackenzie King refusant lâchement l’entrée de réfugiés juifs au Canada en 1939, de Elliott P. Trudeau et John Chretien dont les buts avoués furent de maintenir leur propre nation de souche française inféodée aux CanadiAns. Quant aux hybrides Paul Martin et John James Charest, leurs noms mêmes se prêtent à l'assimilation dans la capitulation à une idéologie néolibérale internationaliste, jugée plus rentable.

Il y a beaucoup de fébrilité dans l’air politique, on y goûte presque. Elle se sent, ça se palpe, on en a de nouvelles manifestations à chaque jour. Des textes probants s'écrivent, des faits cachés que seuls les grands initiés connaissaient sont aujourd'hui révélés. Les contradictions canadiAns se multiplient, les 'àplatventrismes péquisses' pullulent, les ultimatums se précisent, les exigences politiques s’étalent au grand jour. On clarifie, on ponctue, on dénonce, tout en fractionnant une unité nationale canadiAn pluralisante et une pseudo bonne entente servile et à sens unique -- lesquelles n’ont d'ailleurs jamais existées.

Le Québec est maintenant mûr pour un plan d’action global d'indépendance nationale, à partir de la formation d'un gouvernement de salut national en 2007/08. Aujourd’hui, il incombe à “nous tous" de jouer -- il en va de notre intérêt et de notre épanouissement national collectif.

Plaise à Dieu que le successeur de Bernard laundry-lavette soit plus de la trempe d’un Frédéric II, que d’un sauveur bouchar.



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

4 mai 2004