Actualité





Martin suggère aux provinces d'augmenter leurs impôts

PC
Le Devoir mercredi 5 mai 2004

Québec - Le premier ministre du Canada, Paul Martin, invite les provinces à combler leurs besoins financiers en ajustant «leurs recettes à leurs responsabilités».

«Les provinces canadiennes jouissent des pouvoirs et de l'indépendance prévus par la Constitution pour faire leurs propres choix concernant les impôts, les dépenses et la dette. Les provinces disposent de la marge de manoeuvre voulue pour faire en sorte que leurs recettes correspondent à leurs responsabilités en matière de dépenses», écrit M. Martin dans une lettre transmise au président de l'Assemblée nationale, Michel Bissonnet. Ce dernier a rendu public le document, hier.

La lettre de M. Martin constitue la réponse du premier ministre fédéral à une motion votée unanimement par l'Assemblée nationale. La motion demandait au gouvernement fédéral de «reconnaître le déséquilibre fiscal» qui existe au Canada et de prendre les mesures requises pour le corriger.

Ottawa «est déterminé à développer avec les provinces un nouveau partenariat qui met l'accent sur l'intérêt des Canadiens», affirme le chef du gouvernement fédéral.

M. Martin reconnaît aussi «les pressions financières subies par les provinces dans plusieurs domaines prioritaires, dont la santé». Les engagements fédéraux ont consisté à avoir versé deux milliards supplémentaires pour la santé l'an dernier et à accepter de débattre d'«un plan d'action à long terme» au cours de l'été prochain.

Mais le premier ministre fédéral rappelle aux provinces que c'est à elles d'utiliser la marge de manoeuvre que leur reconnaît la Constitution pour récolter les recettes dont elles ont besoin pour faire face à leurs dépenses en santé.

Tous les gouvernements québécois des dernières années rejettent pourtant l'hypothèse de hausser davantage les impôts ou de recommencer à faire des déficits comblés par des emprunts. Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a maintes fois exclu toute hausse d'impôt pour les Québécois, qu'il considère comme les citoyens les plus imposés en Amérique du Nord.



Suicide: l'échec québécois

Isabelle Paré
Le Devoir mercredi 5 mai 2004

Au troisième rang mondial chez les hommes, le Québec voit encore grimper le taux de suicide

Même si le taux de suicide a chuté dans la plupart des pays industrialisés, le Québec connaît une montée inexorable et inquiétante des cas de suicide. Chez les hommes, ce taux a même bondi de plus de 60 % en 25 ans, hissant le Québec sur le podium des trois nations industrialisées les plus suicidaires.

Ce sombre constat est tiré des chiffres dévoilés hier par l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), au moment où s'ouvrait à Montréal le Congrès international sur la prévention du suicide, qui réunit plusieurs centaines de spécialistes et d'experts dans le domaine.

Ces données révèlent que le Québec n'a pas de quoi pavoiser en matière de prévention du suicide. De 1976 à 2001, le taux de suicide global au Québec est passé de 14,8 suicides par 100 000 habitants à 19,1, faisant des Québécois les Canadiens qui se suicident le plus. Mais, chez les hommes, ce taux a bondi de 19 à 30,7 suicides par 100 000 habitants, soit une hausse spectaculaire de 62 %, qui vaut aujourd'hui au Québec un taux de suicide masculin deux fois plus élevé que celui du reste du Canada. Bien que plus faible, le taux de suicide chez les Québécoises (7,7) surpasse aussi de loin celui qui est observé dans le reste du Canada (4,6).

Somme toute, 1334 Québécois se sont donné la mort en 2001, soit 1055 hommes et 279 femmes.

Le Québec: triste champion

Le Québec ne brille pas non plus dans les comparaisons internationales, se classant au troisième rang depuis 1998, parmi 20 pays industrialisés, pour le suicide masculin et au sixième rang pour le suicide féminin. De 1981 à 1998, les taux de suicide ont pourtant chuté de façon appréciable dans la plupart des pays scandinaves et de l'Europe, sauf en Espagne et en Irlande. Hors de l'Europe, la mortalité par suicide n'a augmenté qu'en Australie et en Nouvelle-Zélande.

«Au Québec, la progression est à la hausse, et cela, dans tous les groupes d'âge, même si elle est nettement plus marquée chez les hommes de 30 à 49 ans», a insisté hier Danielle Saint-Laurent, épidémiologiste à l'INSPQ.

Le taux de suicide québécois serait en effet tiré vers le haut par la surmortalité par suicide observée chez la génération des baby-boomers, et ce, depuis le début des années 1970. Avec le vieillissement de cette génération, on s'attend à observer une montée en flèche des taux de suicide chez les 65 ans ou plus au cours des prochaines décennies.

Mais, selon cette chercheuse, il faut aussi s'inquiéter de la surmortalité constatée chez les jeunes Québécois, qui est nettement plus élevée que celle d'autres pays industrialisés, à l'exception de la Finlande. Chez les jeunes filles de 15 à 19 ans, le taux de suicide a plus que doublé au cours de la dernière décennie, affirme-t-elle.

Pourquoi? Difficile à dire. Bien des facteurs culturels expliquent les différences entre les taux de suicide recensés dans divers pays. Chose certaine, les épidémiologistes soutiennent que les taux de suicide ont chuté dans certains pays où des efforts majeurs ont été déployés pour prendre en charge les personnes souffrant de problèmes psychologiques, notamment dans certains pays scandinaves ainsi qu'au Royaume-Uni et en Hongrie.

«Ils ont été très agressifs dans les traitements préventifs. Mais il est impossible de prouver le lien de cause à effet entre ces stratégies et la baisse des taux de suicide», soutient Danielle Saint-Laurent.

Au Québec, force est de constater que les efforts consacrés depuis 20 ans n'ont pas porté fruit, affirme cette chercheuse. Si rien n'est fait, le pire est à prévoir, ajoute Mme Saint-Laurent.

Ces chiffres viennent confirmer la thèse très controversée du Dr Diego de Leo, professeur à l'université de Brisbane et directeur de l'institut australien de la recherche et de la prévention du suicide, qui soutient que la plupart des grandes stratégies nationales de prévention adoptées dans le monde n'ont pas donné les effets escomptés.

Dans une étude publiée par le British Medical Journal au sujet de la fluctuation des taux de suicide survenue en Finlande, en Norvège, en Suède et en Australie après l'adoption de stratégies nationales de prévention du suicide, le Dr de Leo avance que les politiques de ce genre n'ont pas beaucoup d'influence sur les taux de suicide. «Il n'y a pas d'évidence que ces stratégies aient eu les résultats souhaités, soit l'objectif de réduction de 20 % qui avait été fixé. Il ne s'agit pas de dire que rien ne marche, mais il faut réévaluer nos programmes et trouver de nouvelles idées, a-t-il insisté. Les recettes utilisées sont simples, alors que ces problèmes sont complexes.»

Selon le Dr de Leo, les pays industrialisés ont péché en axant trop la prévention du suicide sur les problèmes psychologiques, privilégiant une approche médicalisée du suicide. «Nous sommes capables de traiter la dépression, mais pas le suicide. Si on ne vise que les patients psychologiquement à risque, on ne va nulle part, car 80 % des autres patients nous échappent», avance ce dernier.

Le professeur Brian Mishara, directeur du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE) et président du comité scientifique du congrès, soutient qu'on ne doit pas pour autant parler «d'un échec» des programmes de prévention du suicide. «Je suis convaincu que certaines actions peuvent sauver des vies. C'est vrai qu'on a trop misé sur le traitement des maladies mentales et c'est certainement le cas au Québec. Mais il y a d'autres choses qu'on pourrait faire et qu'on ne fait pas», dit-il.

Parmi ces actions qui restent à entreprendre, le professeur Mishara cite notamment un meilleur suivi en clinique externe des patients hospitalisés pour des problèmes psychologiques, le contrôle de l'accès à certains médicaments en vente libre, la construction de barrières anti-saut sur certains ponts, ainsi qu'une meilleure autoréglementation des médias, dont les publications influencent grandement certains gestes suicidaires.

«Il n'y a pas une seule solution au problème du suicide, mais une multitude d'actions à poser pour sauver des vies. Par exemple, récemment, deux journaux ont fait état dans leurs pages de suicides dans le métro. Le lendemain, il y a eu trois autres suicides le même jour, alors qu'on n'en compte normalement qu'une dizaine par année», dit-il.



Une fraction syndicale au sein du PQ ou un parti ouvrier indépendant ?

Louis Gill : Économiste
Le Devoir mercredi 5 mai 2004

Le mouvement ouvrier et l'action politique - Il faut chercher à réaliser la coalition de toutes les forces sociales

Le «club» politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQL) est un regroupement de dirigeants et de militants issus principalement des rangs syndicaux, qui déplorent l'absence des travailleurs organisés sur la scène politique et les conséquences qui en découlent pour la population travailleuse et les défavorisés de la société et qui ont décidé de s'engager dans l'action avec l'intention de changer le cours des choses. Voilà qui, à première vue, est extrêmement positif. Il est cependant regrettable que le regroupement qui vient de naître, au lieu de se joindre aux autres forces sociales actuellement engagées dans la construction d'une formation politique indépendante, ait choisi d'investir ses énergies dans le Parti québécois, un parti trop heureux de les accueillir en son sein pour des raisons évidentes de renforcement de ses appuis à des fins électorales.

Bien naïves cependant seraient les personnes qui croiraient le PQ disposé à des compromis programmatiques et encore moins à un partage véritable du pouvoir avec les syndicalistes qui souhaitent y constituer une tendance reconnue et organisée. Tout en se réclamant toujours d'une orientation social-démocrate, son chef s'est dit enthousiaste à l'idée de reconstituer cette «vaste coalition» qu'était le PQ à ses origines, une coalition «de toutes tendances et de tous horizons», dont le spectre s'étendait «du créditiste Gilles Grégoire jusqu'au syndicaliste Robert Burns» et affirmait clairement que l'ouverture à des tendances diverses ne saurait remettre en question la discipline républicaine.

Imaginons l'impact que pourrait avoir le regroupement SPQL si, au lieu d'investir le PQ, il consacrait toutes ses énergies et influences à convaincre le plus grand nombre de syndicats et de militants syndicaux et progressistes d'adhérer au projet de la construction d'un parti politique autonome représentatif du monde du travail et des organismes populaires et de contribuer à construire celui-ci en lui apportant son appui organisationnel. Je ne veux évidemment pas suggérer qu'un tel parti devrait émaner de cette seule initiative. C'est évidemment la coalition de toutes les forces sociales actuellement à la recherche d'une action politique autonome qu'il faut chercher à réaliser. Mais si cette coalition devait se réaliser sans la participation des syndicats parce que leurs militants les plus sensibilisés s'investiraient ailleurs, il lui manquerait sa partie constitutive la plus importante qu'est la fraction organisée du monde du travail, qui doit en être la colonne vertébrale.

Le regroupement SPQL a raison de dire qu'il faut «sortir la gauche de sa marginalité politique» mais il se trompe s'il estime que celle-ci n'était pas dans la marginalité politique, il y a 30 ans, sous prétexte qu'un certain nombre des élus du PQ provenaient alors du monde du travail, même s'ils n'y étaient qu'à titre individuel et ne disposaient d'aucun mandat du mouvement ouvrier. Il se trompe aussi lorsqu'il prétend que la gauche parviendra aujourd'hui à sortir de cette marginalité en optant pour une autre marginalité, celle qu'il revendique pour lui dans une niche au sein d'un parti qui lui est étranger.

L'argument décisif invoqué aujourd'hui comme hier à l'encontre de l'action politique autonome du mouvement ouvrier est la nécessité de régler d'abord la question nationale et, par conséquent, de ne rien faire qui puisse compromettre les succès électoraux du PQ, identifié à tort comme le seul porteur possible de ce projet sur le terrain politique. C'était le cas il y a 30 ans, c'est encore le cas aujourd'hui. Pendant combien de décennies encore faudra-t-il reporter le projet de construction de l'instrument politique sans lequel «la gauche» continuera de croupir dans sa marginalité et son impuissance et à être privée des moyens d'intervenir politiquement à son propre compte, y compris sur la question nationale?

L'exemple du Brésil

Les travailleurs brésiliens eux aussi ont eu à se poser cette question alors que leur mouvement tentait de se reconstruire sous la dictature militaire. Ils ont constitué leur centrale syndicale indépendante, la Centrale unique des travailleurs, la CUT, et leur parti politique indépendant, le Parti des travailleurs, grâce auquel ils ont fini par conquérir le pouvoir central du pays. Et il y avait au moins autant de bonnes raisons qu'on en trouve au Québec aujourd'hui pour tourner le dos à ce projet de construction du Parti des travailleurs et oeuvrer plutôt à faire de l'entrisme dans d'autres partis politiques, l'enjeu, de taille, étant alors le renversement de la dictature et des institutions qu'elle léguait. De plus, contrairement au Québec où il y a un désert politique total à gauche, il y avait déjà au Brésil, dans une vaste mosaïque politique, au moins deux partis, le Parti démocratique travailliste, rattaché à l'Internationale socialiste, et le Parti socialiste, d'orientation social-démocrate, au sein desquels les constructeurs du Parti des travailleurs auraient pu vouloir revendiquer une niche pour «éviter de diviser les votes», en reportant à plus tard la tâche de construction de leur parti.

Ce n'est pas ce qu'ils ont fait. Ils se sont attelés sans relâche à construire le Parti des travailleurs parce qu'ils le considéraient comme le seul véritable instrument de l'émancipation du peuple brésilien.

Né pour combler l'absence des travailleurs sur la scène politique, le SPQL a choisi la mauvaise voie. Au moment où les autres composantes du mouvement social semblent plus prêtes que jamais à s'impliquer dans la construction d'un parti politique autonome, il leur tourne le dos et appelle les militants à investir le PQ. Il faut souhaiter que cet appel ne soit pas entendu et que d'autres composantes du mouvement syndical fassent contrepoids à l'initiative du SPQL.



Une pente glissante

Julie Lemieux
Le Soleil mercredi 5 mai 2004

Éditorial - Le simple fait que le gouvernement Charest songe à investir 75 millions $ dans le projet d'expansion d'Intrawest au Mont-Tremblant laisse pantois. Car cette intention entre en totale contradiction avec la philosophie des libéraux, qui s'étaient donné comme mandat de cibler avec rigueur les interventions de l'État. La construction d'appartements de luxe serait-elle soudainement devenue une priorité pour le gouvernement québécois ?

Il n'y a pas encore un an, le premier ministre Jean Charest rejetait pourtant du revers de la main le projet de transformation du Mont Sainte-Anne en centre de villégiature, affirmant que le secteur récréo-touristique était à très haut risque et que ce genre d'intervention ne devait pas être privilégié par l'État. Que s'est-il passé pour que le gouvernement change ainsi son fusil d'épaule et envisage de donner un généreux montant de 75 millions $ à un projet du même acabit ?

Intrawest doit évidemment posséder une équipe de lobbyistes fort chevronnés. Mais le gouvernement serait mal perçu s'il renonçait à ses principes et cédait aux pressions du privé pour financer un projet qui ne relève pas de ses propres priorités et qui pourrait sans doute se concrétiser sans son aide. D'autant plus que l'argent proviendrait d'un fonds fédéral-provincial destiné aux infrastructures et qu'il y a beaucoup de vrais feux à éteindre dans ce domaine, tant au Québec que dans le reste du Canada.

Si les libéraux décident d'aller de l'avant avec ce projet, ils devront toutefois s'attendre à ce que d'autres régions, d'autres entreprises leur demandent par la suite d'être conséquents avec leurs gestes. Il leur serait ainsi difficile de refuser une contribution dans le même contexte à un projet de revitalisation du Mont Sainte-Anne, qui a fait l'objet de nombreuses promesses non tenues au fil du temps de la part du privé et des gouvernements. À commencer par celles générées par la privatisation du centre de ski par les libéraux eux-mêmes, quelques jours avant les élections de 1994.

Les leaders de la capitale, et particulièrement le caucus régional des députés libéraux, devraient d'ailleurs saisir la balle au bond et tenter de relancer l'idée d'un centre de villégiature au Mont Sainte-Anne. Il serait toutefois plus réaliste de revoir le montage financier afin de réduire l'apport de l'État et de se coller à l'approche d'Intrawest, qui avance 90 % des fonds pour le projet du Mont-Tremblant.

Au lieu de réagir après coup, la région aurait donc intérêt à mettre l'épaule à la roue, au cas où Québec déciderait de remodeler ses priorités et de prendre le "très haut risque" d'investir dans le secteur récréo-touristique...

JLemieux@lesoleil.com



L'avenir est aux grandes villes

Alain Dubuc
La Presse mercredi 5 mai 2004

Lundi, le maire de Toronto, David Miller, était de passage à Québec. Il y est venu, à l'invitation de son homologue québécois, Jean-Paul L'Allier, pour parler de l'avenir des villes et de leur nouveau rôle.

Au premier abord, l'alliance entre les deux hommes peut sembler bien improbable, Québec et Toronto étant terriblement dissemblables par leur histoire, leur langue, leur composition ethnique, leur population, leur vocation ou leur poids économique.

Mais ce qui a rapproché les deux hommes, c'est leur rencontre dans la Ville reine en janvier, quand le maire de Toronto a réuni ses collègues des dix plus grandes villes canadiennes pour créer un front commun et réclamer des gouvernements supérieurs un nouveau pacte fiscal; mais, en fait, un nouveau pacte politique.

Bien sûr, les plus militants antifusionnistes les plus exaltés de la Capitale ont vu la visite chez eux du maire torontois comme une manoeuvre anti-démembrement et dénoncé le " culot " du maire de cette grande métropole de quatre millions d'habitants. Ceux-là voulaient parler de comptes de taxes; celui-ci veut plutôt parler du défi des grandes villes.

Un dialogue de sourds qui illustre bien la médiocrité que le gouvernement Charest a imprimée au débat sur les défusions, en le faisant exclusivement porter sur les comptes de taxes. On a transformé un débat de société en chicane de comptables de troisième ordre.

On impose également aux Québécois un débat en porte-à-faux, car si la signature des registres mène à des référendums, ils devront se prononcer sur une question à laquelle la grande majorité d'entre eux ne veut pas répondre, un choix entre le statu quo et le démembrement sauvage. Pour la plupart d'entre nous, le débat ne porte plus sur l'existence et sur les frontières des nouvelles villes, mais sur le degré de décentralisation qu'elles doivent avoir, sur la meilleure façon de concilier les avantages du regroupement avec le respect des identités et la qualité des services de proximité.

Le débat actuel se fait à l'envers. On parle de structures quand il faut d'abord se demander quel rôle les villes doivent jouer, quelles sont leurs responsabilités, quels sont leurs besoins; et ensuite déterminer quel genre d'organisation permettra le mieux d'y arriver.

C'est à ce niveau que se situe l'intervention du maire Miller dont la thèse, partagée par ses collègues des grandes villes, tant Jean-Paul L'Allier à Québec que par Gérald Tremblay à Montréal, a trouvé un écho favorable de la part du premier ministre canadien Paul Martin. Les villes jouent de plus en plus un rôle central dans le développement de nos sociétés; ces responsabilités nouvelles, stratégiques, exigent des ressources accrues, mais aussi davantage de pouvoirs et d'autonomie.

C'est certainement vrai du point de vue économique. Les secteurs de pointe sont essentiellement urbains, là où se concentre la recherche, les ressources éducatives et le savoir. Le dynamisme et l'énergie, qui feront la différence entre la médiocrité et le succès, dépendent aussi des synergies et du climat que les milieux urbains pourront créer. La concurrence mondiale et la bataille pour les investissements se fait largement entre villes. Et ces pôles urbains, par qui passe le développement, ne pourront plus compter comme autrefois sur l'argent et l'appui de leurs gouvernements supérieurs. Leur succès dépendra d'eux-mêmes.

Ce rôle nouveau des villes comme pôle de développement, les villes sont mal équipées pour le jouer, d'autant plus que les infrastructures essentielles, routes, aéroports, aqueducs, qui sont dans la sphère des responsabilités municipales, ont été négligées depuis des décennies.

Les villes ont besoin d'argent, mais elles ont aussi besoin d'outils et de reconnaissance comme ordre de gouvernement incontournable, parce que ce sont encore une fois les villes, ou des organismes qui oeuvrent au niveau urbain, qui ont une part importante des responsabilités en éducation, en aménagement, en logement, en sécurité, en organisation de la santé, en loisirs, en culture. La qualité de la vie, un facteur important de développement et de succès, dépend donc beaucoup des villes. Ce sont aussi les villes qui sont confrontées aux défis sociaux les plus exigeants, comme l'intégration des immigrants.

Ces tendances, lourdes, évidentes dans le cas des grands centres urbains, se manifestent également dans le cas des plus petites zones urbaines.

Le déplacement des centres de pouvoir au profit des villes est inévitable. Un changement qui devrait éclairer le débat sur les nouvelles villes, car il faut créer des entités qui soient capables d'assumer ces responsabilités croissantes. Quand on sait qu'au Québec on n'a jamais réussi à bien faire fonctionner les communautés urbaines, la solution des fusions reste la seule.

La création des grandes villes nouvelles est aussi la seule façon de développer et de soutenir un niveau de leadership municipal capable de prendre en charge ces fonctions stratégiques. Un maire de grande ville, c'est bien plus que l'addition d'un certain nombre de maires de banlieue.



Visa le Blanc, tua le Noir

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 5 mai 2004

Chronique politique - "Chez nous, on a beaucoup (sic) besoin d'immigrants, a dit Jean Charest à sa sortie de l'Élysée. La France est un territoire fécond. Il s'agit de créer des conditions favorables à l'immigration..." Cette insistance à prospecter la France - blanche, catholique et francophone - envoie cependant un message embarrassant.

Les immigrants français sont parmi les plus difficiles, j'en sais quelque chose ! D'ailleurs, le temps de l'immigration européenne est révolu. Ce ne sont pas quelques milliers de Français ou de Belges qui combleront l'important déficit que le Québec accumule au chapitre de la démographie. Généralement diplômés, issus de sociétés plus avancées que le Québec, ils ne réussissent ici que grâce à la merveilleuse hospitalité des Québécois, et malgré le racisme latent des élites de la province.

Si je me suis plu ici, c'est parce que, dès mon premier Noël et grâce à cette merveilleuse institution malheureusement disparue - Vacances Famille - j'ai rencontré la famille Rondeau de Sainte-Élisabeth-de-Warwick. Ils avaient une ferme qui sentait bon le foin en été et le fumier de vache en hiver. "Grand-maman Rondeau", comme l'appelèrent immédiatement mes enfants, faisait admirablement bien la cuisine, la tarte aux framboises en particulier. Le "Grand-papa" ne détestait pas prendre un petit coup de rhum chaud en jouant aux cartes.

Il y avait la terre. Il y avait la bonne bouffe. Il y avait l'affection. C'était assez pour s'enraciner. Je parle des Rondeau, mais je pourrais évoquer la chaleur de tant d'autres Québécois, mes lecteurs en particulier, qui m'ont fait aimer ce pays au point d'en épouser toutes les causes. Oui, le Québec est une terre d'immigration. Mieux, une terre d'adoption !

Mais ses élites font trop souvent la vie dure aux nouveaux arrivants. Le premier ministre a évoqué les difficultés que posent les ordres professionnels, "difficultés qu'il faudra aplanir", reconnaît-il. Des ingénieurs chauffeurs de taxi, des médecins laveurs de vaisselle, des infirmières traitées comme des stagiaires, ce n'est pas rare ici. Le Québec, "corporatiste" à l'extrême, est frileux face à la concurrence qui vient de l'extérieur.

Ce sont là des comportements davantage inspirés par le mépris que par la nécessité de protéger l'intérêt public. Si on multiplie à souhait les difficultés d'accès à la pratique de certaines professions, en particulier dans le secteur de la santé, ce n'est pas parce que la chirurgie primaire ou le traitement de maladies virales soit tellement différent ailleurs. Disons-le tout net : les gourous des corporations professionnelles ne croient pas qu'une université ivoirienne ou cubaine soit capable de former de vrais médecins.

Et dans les médias - les préjugés contre les Néo-Québécois suintent trop souvent dans les commentaires et les éditoriaux. Certes, on s'émeut volontiers pour les Noirs ou les Arabes... Mais surtout quand ils restent chez eux !

Quant au chef du gouvernement du Québec, il aurait pu tout aussi bien regarder dans sa propre cour. Les membres des communautés culturelles ne représentent que 2,3 % de sa propre fonction publique : il n'y a pas de quoi pavoiser.

[Le gouvernement du Québec suscite aussi trop d'espoirs. En mars dernier, une délégation du CRD du Bas-Saint-Laurent était à l'île de la Réunion, présentant le Québec comme le prochain Klondike. "Pas moins de 640 000 postes sont à pourvoir à l'horizon 2006", disaient les représentants de la province. Venant des élites du Bas-Saint-Laurent, cela faisait sourire. "Plus de 70 métiers et professions offrent d'excellentes perspectives", disaient encore les envoyés du Québec. Il suffit, selon eux, d'avoir 2446 $ en poche, de quoi subvenir à ses propres besoins pendant trois mois, pour réussir ici. Ils auraient pu ajouter que, dans bien des cas, il faut un an ou deux pour obtenir le droit d'exercer sa profession au Québec !]

Mais il y a plus encore : une visite dans le site Internet d'Immigration Québec révèle un biais pour l'Europe et l'Amérique latine. Par exemple, les séances d'information pour les individus ou les gens d'affaires intéressés à immigrer ici ne sont disponibles qu'en Europe et en Amérique latine. Les "témoignages d'immigrants" ne viennent que d'un Mexicain installé à Sherbrooke, d'une Colombienne installée à Montréal, et de deux Français.

Il faudrait envoyer les fonctionnaires du ministère des Relations avec les citoyens à un Sommet des pays ayant en commun l'usage de la langue française : une vingtaine de pays africains, les trois pays du Maghreb, sans compter les petits pays d'Asie qui sont restés francophiles constituent un bassin de recrutement bien plus important que la France ou la Belgique.

Certes, les Français constituent, pour des raisons historiques, la deuxième plus grande communauté d'immigrants au Québec. Mais les Italiens, pour les mêmes raisons, sont encore plus nombreux. Et la nouvelle immigration vient de Chine et du Viêtnam, ou du Portugal et de la Grèce. Et je n'ai pas encore parlé d'Haïti...

Il est certainement utile que notre premier ministre aille racoler quelques Français mais on aurait aimé que, pendant la crise haïtienne, il rappelle avec autant d'enthousiasme que le Québec est déjà la terre d'accueil de 48 000 Haïtiens, presque autant que de Français.

Et que dire de tous ces pays d'Afrique, secoués par les guerres civiles et la famine, où des millions de citoyens rêvent d'un monde meilleur. Et que dire encore des Maghrébins qui, lorsqu'ils sont réfugiés ici, sont harcelés par la police et parfois renvoyés chez eux sans autre forme de procès.

Ils parlent tous français pourtant. Ils ont parfois fréquenté des universités européennes et leurs diplômes valent bien les nôtres. D'ailleurs, les propos de Jean Charest avaient une candeur presque hilarante. "La France est une terre féconde...", dit-il. Mais notre premier ministre fera-t-il preuve du même empressement lorsqu'on lui aura dit que les "féconds" en question sont généralement d'origine maghrébine ou africaine ?

Les silences des Québécois pendant les crises du Rwanda ou d'Haïti, conjugués avec "la grande séduction" lancée en France par Jean Charest, reviennent à suggérer que le Québec, par nécessité, est bien prêt à ouvrir ses portes à l'immigration, mais de préférence blanche et francophone, du genre de celle qu'on remarque le moins dans nos rues.

En visant les Blancs, Jean Charest atteint au plus profond d'eux-mêmes les Noirs qui ne font l'objet d'aucune attention de sa part...

MVastel@lesoleil.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

LA RESPONSABILITÉ CITOYENNE

Jean-Pierre Charbonneau, journaliste et député de Borduas
président de l’Assemblée nationale du Québec (1996-2002) et
ministre de la réforme des institutions démocratiques (2002-2003)
TRIBUNE LIBRE 5 mai 2004

Il s'agit du texte d'une conférence prononcée à l'occcasion du dernier congrès des Sciences humaines tenu en collaboration avec la Société des professeurs d'histoire du Québec le 24 octobre 2003

Être citoyen signifie être membre de plein droit d’une communauté structurée et organisée politiquement. Ainsi, un citoyen est une personne ayant le privilège, sinon le droit de participer à la vie collective, à l’organisation de la cité. Cela implique donc un double pouvoir, celui d’intervenir dans la réflexion et la délibération sur la recherche et l’organisation du bien commun et de l’ordre public, puis celui d’être associé directement ou indirectement aux choix de gouvernance du groupe concerné.

La possession des privilèges de citoyen implique de facto des devoirs, des responsabilités envers l’ensemble de la communauté. Droits et devoirs ne vont pas l’un sans l’autre, sans compter que les uns et les autres finissent par se confondre. Ainsi, le droit de participer aux délibérations, aux débats, et le pouvoir de choisir sont aussi des responsabilités citoyennes fondamentales. En fait, on peut ramener à trois devoirs premiers l’essentiel de la responsabilité citoyenne. Un citoyen, une citoyenne, doit absolument, et le plus possible,…

§ s’informer, apprendre, comprendre, savoir, être attentif, réfléchir, être sensibilisé(e), être conscient(e);
§ s’impliquer, être solidaire, participer, s’engager, discuter, débattre, s’exprimer;
§ choisir, décider, trancher, voter.

On pourrait épiloguer longuement sur chacune de ces dimensions de la responsabilité citoyenne qui, à bien des égards, tombent sous le sens. Cependant, il importe sans doute plus de s’interroger sur l’état de la responsabilité citoyenne chez nous.

Le niveau de la conscience citoyenne

Malgré les progrès énormes au chapitre de l’alphabétisation, de l’instruction et de l’information sous toutes leurs formes, on remarque que le niveau de connaissance sur les questions d’intérêt public est relativement faible chez une bonne part des citoyens et des citoyennes de notre société. Plusieurs indicateurs peuvent témoigner d’un bas niveau de compétences civiques et politiques au Québec. Parmi ceux-ci, on peut mentionner le taux d’analphabétisme, le niveau de scolarité, le taux de décrochage scolaire, les aptitudes de lecture et d’écriture, le degré de connaissance dans certaines matières comme l’histoire, la géographie, le niveau d’écoute de la radio et de la télévision, le type privilégié d’émissions, le nombre de médias disponibles, le tirage des diverses publications d’information, le taux de lecture des journaux, le niveau de concentration de la presse, le niveau de formation, de connaissance et d’éthique des journalistes, la participation aux activités d’éducation des adultes, la fréquentation des bibliothèques, le taux de pénétration des nouvelles technologies de l’information, etc. Pour l’ensemble de ces facteurs et pour d’autres indicateurs, la performance québécoise est à bien des égards plutôt faible si on la compare avec celle d’autres sociétés avancées comme le démontre entre autres le politicologue Henri Milner dans son ouvrage La Compétence civique — Comment les citoyens informés contribuent au bon fonctionnement de la démocratie tout récemment publié par Les Presses de l’Université Laval. Il faut lire aussi l’essai sur les médias d’aujourd’hui Les Oiseaux de malheur du journaliste André Pratte publié chez VLB. Ces lectures et bien d’autres sont des préalables à une réflexion approfondie sur les causes de notre incompétence et inconscience citoyenne.

Incidemment, l’importance de cette dimension de la responsabilité citoyenne a été reconnue de façon très claire par le Comité directeur des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques qui a œuvré pendant près d’un an, en 2002 et 2003. Un chapitre particulier du rapport final porte sur cet aspect sous le titre L’information, ainsi que la sensibilisation et la formation à la participation citoyenne. Le Comité directeur recommande d’ailleurs formellement :

§ « qu’une priorité soit accordée à l’information ainsi qu’à la sensibilisation et à la formation citoyenne, par la mise en œuvre de moyens concrets et accessibles, tels que du matériel didactique pouvant être mis à la disposition des communautés du Québec;

§ qu’une expertise de sensibilisation, d’information et de formation soit mise à la disposition des personnes, des groupes constitués et des instances publiques qui désirent s’investir dans la formation à la vie citoyenne auprès de leur population;

§ que le ministère de l’Éducation et le ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration soient saisis du mandat d’explorer de nouvelles pistes d’accès à la participation citoyenne de masse, telles que l’autoroute de l’information et la téléconférence. »

Le professeur Milner a raison d’écrire que prendre des moyens forts pour renverser le déclin des compétences civiques est devenu impératif, non seulement parce que la participation à la vie politique est plus active et mieux renseignée dans les sociétés où la compétence civique est forte mais aussi et peut-être surtout parce que la finalité politique est alors mieux servie puisque le progrès y est plus solidement et plus équitablement établi.

Le niveau de participation citoyenne

De ce qui précède, on peut facilement conclure que la participation citoyenne au Québec est passablement défaillante. Certes, peu de sociétés dans l’Histoire ont connu un épisode de participation citoyenne aussi élevé au plan démocratique que celui du Québec à l’occasion du référendum de 1995 (94%). Toutefois, la baisse de participation au dernier scrutin général du 14 avril 2003 ainsi qu’aux dernières élections fédérales, sans compter les faibles taux enregistrés régulièrement aux élections municipales et scolaires, sont des indicateurs d’un problème certain. Ce problème est particulièrement grave chez les nouveaux électeurs. Ainsi, à peine 26% des jeunes de 18 à 24 ans ont voté aux dernières élections fédérales. Et ce ne fut guère mieux aux élections pour l’Assemblée nationale du Québec.

On peut aussi constater que le militantisme pour différentes causes, à l’exception de quelques moments forts, est toujours le fait d’une petite minorité de personnes, souvent les mêmes. Les dirigeants politiques, syndicaux ou d’organismes associatifs et communautaires peuvent témoigner abondamment de leurs difficultés à mobiliser en général. Bien sûr, la complexité de la vie moderne fait que les bonnes causes sont innombrables et qu’il est impossible de s’engager dans tout à fond. Il n’en demeure pas moins que la solidarité citoyenne est assez faible et que la démission ou l’abandon civique a de quoi inquiéter. À ce propos, on doit aussi prendre en considération l’ampleur chez nous comme ailleurs de la crise de la représentation qui s’exprime particulièrement par l’écart croissant constaté entre représentants et représentés, entre élus et citoyens et par la méfiance sinon l’hostilité que témoignent les gens envers les membres de la classe politique, sinon envers la fonction politique elle-même, ce qui est encore plus grave.

On a déjà parlé des conséquences néfastes de la faible compétence civique et du niveau dramatiquement bas de la conscience citoyenne. Il faut ajouter aux causes précédentes toute la question de l’éthique politique. La corruption, le magouillage, le copinage, le favoritisme autant que la langue de bois, le mensonge et l’abus de pouvoir rendent non seulement les citoyens cyniques face à la politique et à ses acteurs mais ils les incitent à se retirer du jeu, à se laver les mains et à tenter seuls de s’occuper de leur sort. Certes, de temps à autre, l’indignation, la colère et le désir de changement provoquent de grandes mobilisations et un militantisme effervescent. Mais, entre ces sursauts de conscience et d’engagement, on assiste à de grandes périodes d’apathie et de décrochage, le tout aggravé par les effets culturels pernicieux du développement du capitalisme et de la société de consommation. Le matérialisme et l’individualisme qui dominent chez nous comme ailleurs n’aident en rien à favoriser la participation citoyenne et la solidarité sociale. Avec comme conséquences dramatiques qu’il est aussi de plus en plus difficile de gouverner car les individus autant que les groupes d’intérêt surchargent de demandes leurs élus et leurs dirigeants sans trop se préoccuper des capacités réelles de prise en considération de leurs demandes, ni sans trop s’inquiéter des conséquences de leurs propres requêtes sur les besoins des autres et leurs conditions réelles de vie sinon parfois de survie.

Le niveau de décision citoyenne

Outre les problèmes qui viennent d’être abordés, on doit se demander si la faiblesse de la participation citoyenne n’est pas aussi attribuable au peu de pouvoirs effectifs que les gens ont sur le processus décisionnel et sur les choix eux-mêmes. La réunion régulière du peuple dans l’agora et la démocratie directe donnant aux citoyens le droit de décider sur toutes les questions d’intérêt commun comme dans la Grèce antique est évidemment impensable. La fin de l’utopie a donné naissance, il y a longtemps déjà, à la démocratie représentative. Toutefois, les impératifs de fonctionnalité et d’efficacité doivent-ils limiter le pouvoir citoyen au seul choix des représentants et des dirigeants politiques ? L’usage du référendum, si peu utilisé chez nous, ne devrait-il pas être considérablement élargi afin de donner un sens plus réel à la démocratie qui, comme le disait Abraham Lincoln, est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ?

Quand, d’autre part, un mode de scrutin permet à une petite poignée d’individus d’exercer l’autorité politique avec l’appui d’une minorité de l’électorat, où est le pouvoir citoyen, où est la volonté populaire, où est la portée réelle du vote ? Quand un système politique confine les représentants du peuple à des rôles marginaux au profit des ministres, de conseillers non élus et surtout du chef du gouvernement, où est le pouvoir citoyen, où est le progrès démocratique par rapport à l’ère des oligarchies ? Quand un chef de gouvernement et une majorité parlementaire obligent le changement sans accorder un temps raisonnable à la délibération et sans écouter vraiment les opinions adverses, sans tenir compte de la colère populaire qu’il suscite, où est la démocratie, où est le pouvoir citoyen, où est la responsabilité citoyenne ? Quand la parole citoyenne est vue avec méfiance et qu’elle fait l’objet fréquemment de limitations et de manipulations, où est la démocratie ? Et que dire de l’incapacité des dirigeants politiques de prendre en considération les collectivités comme des ensembles organiques, ayant chacune leur personnalité propre et donc leur psyché particulière qui induit la nécessité d’une communication et d’une parole collectives pour chacune d’elle comme fondements de l’évolution sociétale.

C’est ici qu’entrent en jeu les institutions politiques. Celles-ci ne sont pas neutres à l’égard de la responsabilité citoyenne et il est faux de prétendre que toutes se valent ou que leur ancienneté est garante de leur adéquation aux besoins d’aujourd’hui et de demain. Malgré le standard en apparence élevé de démocratie qui prévaut chez nous, il nous faut déplorer des déficits démocratiques significatifs qui ont fait dire au Comité directeur des États généraux « qu’une importante mise à niveau des institutions démocratiques s’impose ».

Entre l’utopie de la démocratie directe et la réalité cahoteuse de la démocratie représentative, il faut introduire l’objectif de la démocratie participative afin que la responsabilité citoyenne se vive au Québec de façon beaucoup plus effective et saine. À ce propos, outre de nouvelles institutions politiques, nous avons besoin de développer une nouvelle conscience citoyenne fondée sur l’éducation, la prise de parole et l’éthique. À cet égard, les enseignants d’histoire autant que tous leurs autres collègues ont à la fois une mission et une responsabilité fondamentales. Cependant, celles-ci ne pourront adéquatement être assumées que dans un contexte d’une société où les dirigeants et les élites reconnaîtront l’importance capitale que doivent avoir les sciences humaines. Pour l’heure, est-ce vraiment le cas chez nous au Québec ?



TRIBUNE LIBRE

Je ne suis pas raciste mais je ne suis pas con non plus, bordel !

Gino (GAB) Boucher, Amqui
TRIBUNE LIBRE 5 mai 2004

J’ai lu et aimé plusieurs livres publiés par « Les Incontournables » mais, sois certain Michel que je vais contourner celui-ci ! Vas te coucher Michel, t’es Brûlé ! Oui, René Lévesque a fait de graves erreurs et oui il a perdu mais je trouve ça bien bas et bien cheap de publier un livre sur lui qui a pour titre « Le Perdant ».

Ça nous fait une belle jambe à tous les souverainistes. Un souverainiste publie un livre sur le père spirituel du Parti Québécois ayant pour titre « René Lévesque - Le Perdant ». Les libéraux fédéraux et provinciaux se roulent par terre titre le journal La Presse de ce matin pourrait-on lire à la une tellement c’est pathétique ! Non mais, est-ce qu’on aime ça se mettre dans la merde ? Pourquoi y a t-il toujours un ostie d’épais qui se prétend souverainiste en plantant ses semblables sans aucune retenue et en faisant pareilles bêtises ? Avez-vous déjà vu un fédéraliste en planter un autre en écrivant un bouquin complet pour lui chier d’sus ? Moi pas ! Il faut se serrer les coudes tout en admettant nos erreurs parfois mais, jamais en se traitant de perdant, bordel ! Des navets comme celui-là sont carrément des munitions aux camps adverses pour mieux nous planter et ridiculiser le projet de souveraineté pour lequel tant de citoyens du Québec aspirent.

En plus, comme si ça n’était pas assez, Michel vient en remettre sur l’histoire de Parizeau et sa déclaration qui a constipé tous les Québécois hypocrites de la belle province. La seule chose que je reproche à Parizeau dans sa déclaration d’octobre 95 « On a perdu à cause de l’argent et des votes ethniques », c’est qu’il a oublié d’ajouter les vieux qui ont peur de perdre leur chèque de pension de vieillesse et les éternels indécis ! Qu’on ne vienne pas me faire brailler avec les ethnies, ils sont tellement bien reçus au Québec qu’ils sont devenus avec le temps, encore plus chiâleux que nous autres mêmes ! Pour ce qui est du manque d’ouverture du PQ envers les immigrants, eh bien je suis d’avis que le parti doit s’ouvrir davantage aux régions du Québec qu’aux immigrants de Montréal qui, de toutes façons, vont voter pour le Canada ! Depuis quand faut-il compter sur les immigrants pour se faire un pays ! S’ils veulent faire du Québec leur pays, c’est tant mieux ! Sinon, c’est tant pis ! Le projet n’exclut personne sauf que s’il faut attendre que tous les immigrants du Québec soient pour la souveraineté pour agir, aussi bien dire jamais ! Je ne suis pas raciste mais je ne suis pas con non plus, bordel !

René Lévesque a payé le prix de ses erreurs, il en est mort ! Laissez-le dormir en paix de grâce et attaquez-vous plutôt à ceux qui restent pour redonner des couilles au Parti Québécois ! Je vais continuer d’acheter des livres des «Incontournables» quand même en espérant que MM Bisaillon et Brulé publient bientôt «Trudeau – Le Sale».



TRIBUNE LIBRE

LE TORT FAIT À TÉLÉ-QUÉBEC CONTREVIENT À L’ESPRIT DE LA LOI VISANT À LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ ET L’EXCLUSION SOCIALE

Christian Gagnon, Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 5 mai 2004

Montréal, le mardi 4 mai 2004 – Alors que la loi 112 visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale fixe l’objectif de favoriser l’accès à la culture pour les personnes en situation de pauvreté (chapître II, article 8), le plan d’action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté annoncé le 2 avril dernier par le ministre Béchard est resté complètement muet sur cette question.

Mais les coupures de 5 millions $ du ministre Séguin au budget de Télé-Québec et les remises en question du mandat et même de l’existence de la télévision publique québécoise exprimées par la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, vont carrément dans le sens inverse.

« Le gouvernement ne se contente pas d’ignorer l’accès à la culture dans le plan Béchard. M. Séguin s’est déjà acharné à l’amoindrir et Mme Jérôme-Forget se prépare lui donner le coup de grâce, sous les yeux indifférents de la ministre de la Culture, Line Beauchamp, et du Premier ministre Charest.

«Décidément, ce massacre est une œuvre collective », déplore le président du Parti Québécois de Montréal- Centre, Christian Gagnon. « Si les députés libéraux étaient sincères en votant en faveur de la loi 112 en décembre 2002, le gouvernement doit dès maintenant indiquer aux Québécoises et aux Québécois en situation de pauvreté comment il compensera les torts causés à Télé-Québec pour respecter l’esprit de la loi », conclut Christian Gagnon.



TRIBUNE LIBRE

Plus souverainiste que vous

Lucille Labrie
TRIBUNE LIBRE 5 mai 2004

Encore une fois vous publiez une lettre dans le Devoir qui ne sert qu'à dénigrer Bernard Landry et le Parti québécois. Vous vous demandez à tel degré est souverainiste le chef du PQ.

Je peux vous dire que celui-ci est sûrement plus souverainiste que vous. Vous qui avez servi aux dernières élections, qu'à faire diviser les votes d'une centaine de souverainistes qui a eu pour effet de faire élire un député libéral à Matane. Pourtant Pascal Bérubé, par sa jeunesse sa sincérité et son dévouement, aurait été un bon député.

Voilà ce qui est formidable pour notre chère cause, n'est-ce pas monsieur Turcotte!

Des critiques aux péquistes de votre part ont été émises cent fois plutôt qu'une, et on les connait par coeur, changez donc de discours et regardez de temps en temps dans votre miroir.

Je ne dis pas qu'il ne faut jamais s'auto-critiquer, les péquistes le font probablement plus souvent que vous.

Mais si seulement les militants pour le pays du Québec pouvaient se rassembler et cesser de se diviser, nous serions plus convaincants et rassembleurs et nous l'aurions notre indépendance lors d'un prochain vote populaire.



TRIBUNE LIBRE

LE SERMENT DU TEST EXISTE TOUJOURS AU CANADA !

Jean-Paul Perreault, président Impératif français
TRIBUNE LIBRE 5 mai 2004

Le 5 mai 2004 - Impératif français, organisme de défense des droits de la personne, tient à dénoncer les pratiques discriminatoires en vigueur au sein de Patrimoine canadien ( Scherrer.H@parl.gc.ca ) et du gouvernement du Canada, pratiques contraires à la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU (voir les articles 19, 20, 21 et 23). Les institutions fédérales exigent de leurs employés qu'ils renoncent à leurs libertés fondamentales et prêtent le « serment du test ». Elles les obligent ainsi à renoncer à leurs libertés fondamentales d'opinion, d'expression et d'association sous peine de perdre leur droit au travail comme l'illustre le plus récent congédiement de Mme Édith Gendron.

L'impact de ce congédiement est énorme puisqu'il touche la minorité de langue française. Combien de fonctionnaires fédéraux n'oseront-ils plus dénoncer la situation qui est faite à langue française au sein des institutions fédérales par peur des représailles qu'une telle dénonciation entraînerait : tablettage, prime au rendement refusé, isolement, harcèlement psychologique, dévalorisation, absence de promotion, etc. ?

Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU :

Article 19
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Article 20
Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques...

Article 21
Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.

Article 23
Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

Source :
Jean-Paul Perreault, président
Impératif français
Recherche et communications
Tél. : (819) 684-8460
Imperatif@imperatif-francais.org

www.imperatif-francais.org



TRIBUNE LIBRE

La télévision étatsunienne et les noms de 721 soldats tués en Irak?

Jacques Bergeron, Montréal
TRIBUNE LIBRE 5 mai 2004

Dernièrement un célèbre animateur de la télévision étatsunienne faisait part des noms de 721 soldats de son pays tués jusqu’à ce jour en Irak, au grand désespoir du président Bush, de ses conseillers et de tous ceux qui veulent cacher cette vérité sous le couvert des secrets de guerre afin de pouvoir continuer leur œuvre honteuse.

Comme les millions de téléspectateurs qui ont suivi cet événement de 40 minutes, qui ont dû paraître des heures au président et à ses conseillers, on ne peut être que d’accord avec l’action de cet animateur qui a décidé de passer outre aux directives de George W.

Au-delà de cet homme et de sa guerre contre l’Irak et son peuple, faut-il pour autant appuyer les religieux fanatiques islamistes de ces pays ? En poussant notre analyse un peu plus loin que la guerre des Bush, nous devons faire des choix déchirants pouvant ainsi nous éviter de tomber dans le piège des fanatiques religieux, qu’ils se nomment Sharon, ou Koméini ou Ben Laden, car il faut bien voir ce qui est le plus dangereux pour le monde libre et la démocratie?

Avec Bush, Sharon et consorts, nous avons la certitude que tôt ou tard ces gens vont disparaître de la scène politique. Mais qu’en sera-t-il demain des pays dont la (supposée) démocratie est assise sur les religions? Qui peut nous assurer que tous ces fanatiques voudront laisser leurs peuples libres?

Comment pouvons-nous être certains que ces dirigeants ne voudront pas transposer leurs dogmes sur d’autres continents?

Déjà, on peut les voir à l’œuvre partout où ils ont été accueillis ou se sont installés. On peut même dire que si nous ne sommes pas vigilants, comme nous l’avons vu en Espagne il n’y a pas si longtemps, et comme on peut le voir avec les religieux Islamiques fanatiques en France ou en Angleterre, ces derniers prônant la violence et la justesse de leurs guerres saintes, tous nos peuples épris de liberté seront bientôt aux prises avec le terrorisme véhiculé par ces «dictateurs religieux».

Pouvons-nous, et avons-nous le droit de demeurer silencieux devant les attitudes de ces gens et attendre que les bombes éclatent chez nous comme en Arabie cette semaine et en Espagne il y a à peine quelques semaines? Avons-nous le droit de nous fermer les yeux devant le fanatisme de ces gens qui ne craignent pas de faire de leurs enfants des «kamikazes terroristes», sous le prétexte d’une guerre sainte avec les autres peuples de la terre en assurant ces enfants que leurs «actions» les mèneront au paradis. Quel lavage de cerveaux et quel cynisme de la part de ces chefs religieux, capables d’utiliser des enfants pour atteindre leurs buts?

Ce que nous devons dénoncer dans les présentes guerres, celles des Bush et celles des dictateurs religieux islamistes, c’est la main mise d’individus sur la gouverne des pays, en utilisant les religions pour y parvenir!

Il nous faut dénoncer tous ces gens et tous ces pays dont la démocratie (sic) est assise sur la religion et les «dictateurs» qui l’utilisent, afin d’assurer leur pouvoir sur leurs concitoyens.

Il est de notre devoir, nous gens de pays libres, de dénoncer les pays dont la constitution est tributaire des religions. La plupart de ces pays (51 hier, et peut-être plus aujourd’hui) étant de religion Musulmane, mais pas exclusivement, puisque l’Angleterre et Israël ont aussi des constitutions assises sur des religions.

Nous ne devons pas pour autant, oublier le président George W Bush qui ne craint pas d’utiliser «sa religion», même si aucune n’est incluse dans la constitution des Etats-Unis, pour atteindre ses objectifs guerriers et soulever son peuple. Mais, comme ce peuple et la plupart des peuples des pays occidentaux sont des peuples libres, le danger peut être circonscrit assez rapidement par le jeu des élections libres que nous connaissons.

Ne perdons pas de vue que notre sympathie et notre tolérance vis-à-vis les religieux islamistes utilisant leur religion pour atteindre leurs fins, sont des éléments beaucoup plus dangereux pour nos pays et nos libertés qu’on voudrait le croire en certains milieux.

Il nous importe donc, de refuser de tomber dans le piège des «dictateurs religieux», ceux-là même qui utilisent et attisent le fanatisme de leurs ouailles, afin d’assurer leur hégémonie sur les peuples qu’ils ont assujettis à leurs religions.

Notre tolérance à l’égard de ces gens doit se limiter à la sympathie que nous avons pour leurs peuples opprimés.



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

5 mai 2004