Actualité





L'atout français

Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 7 mai 2004

Jean Charest revient enchanté de sa première mission en France à titre de premier ministre. Comme ses prédécesseurs, il a reçu les honneurs dus à un chef d'État, en l'occurrence le chef d'un État qui, s'il n'est pas indépendant, a par ailleurs vocation d'assurer la pérennité de la culture et de la langue françaises en Amérique. Cette responsabilité est ce qui justifie l'intensité de la relation nouée entre la France et le Québec il y a plus de 40 ans.

Cette visite officielle de M. Charest aura démontré à ceux qui, au lendemain des élections du 14 avril 2003, doutaient qu'il existe une continuité entre tous les gouvernements qui se succèdent à Québec en ce qui a trait à l'intérêt de ces relations. La France n'est certes plus le seul ami que le Québec a sur la scène internationale. La multiplication des efforts des dernières décennies pour tisser des liens commerciaux et politiques avec d'autres pays ont porté fruits. Cependant, la France demeure le seul allié sur lequel il est possible de compter, beau temps, mauvais temps.

Avec cette visite, Jean Charest a pu constater par lui-même l'importance d'un tel lien. Visitant l'UNESCO, dont le siège est à Paris, il a reçu de la bouche du secrétaire général de cet organisme l'assurance qu'une résolution visant à protéger la diversité culturelle serait adoptée d'ici l'automne 2005. Ce sera le couronnement de plusieurs années de débats et de réflexion pour distinguer les produits culturels des biens commerciaux qui pourront dès lors faire l'objet de politiques de soutien. Même si le Canada aurait préféré que le Québec n'intervienne pas directement dans ces débats, il a pu y participer activement et faire connaître son point de vue grâce, justement, au concours de la France.

À plusieurs reprises depuis que dure l'amitié franco-québécoise, Paris aura ainsi ouvert la porte au Québec. L'idée de missions commerciales conjointes France-Québec est à cet égard une avenue nouvelle. La première se déroulera au Mexique, la deuxième en Pologne. Si elles avaient lieu - il y a un doute à ce sujet en raison du possible remplacement du premier ministre Jean-Pierre Raffarin à la tête du gouvernement français -, le Québec bénéficierait de deux portes d'entrée dans ces pays, la canadienne et la française. Ce serait une situation pour le moins inédite.

Contrairement au premier ministre Robert Bourassa, l'actuel premier ministre québécois semble n'avoir aucune réserve à l'égard des liens du Québec avec la France. M. Bourassa craignait toujours que ses concitoyens ne retiennent des visites officielles que l'aspect protocolaire et les chicanes de drapeaux. Les temps ont changé. Dans un contexte de mondialisation, plus personne ne doute de la nécessité d'être présent sur la scène internationale. La France est à ce propos un atout pour le Québec.

bdescoteaux@ledevoir.ca



Jean Charest avocat d'un modèle culturel francophone

Montréal : envoyé spécial Charles Lambroschini
Le Figaro vendredi 7 mai 2004

Jean Charest, le premier ministre du Québec, vient de conclure sa visite à Paris par un plaidoyer devant l'Unesco en faveur de la Convention sur la diversité culturelle. Avec la France, qui plaide pour que le soutien des Etats à la culture soit autorisé, les Québécois sont persuadés que seule la résistance à Hollywood permettra de préserver un modèle francophone.

En ajoutant le pragmatisme nord-américain à sa différence francophone, le Québec a trouvé la meilleure recette diplomatique. Lorsque la Belle Province plaide pour la diversité culturelle, les Etats-Unis ont du mal à l'accuser de nostalgie protectionniste en matière de cinéma, de musique ou de littérature, puisqu'elle exporte 60% de son produit intérieur brut.

A l'issue de sa visite à Paris, le premier ministre Jean Charest avait donc la conscience tranquille lorsque le directeur de l'Unesco, Koichiro Matsuura, lui a annoncé qu'une résolution distinguant entre culture et commerce devrait être adoptée à l'automne 2005.

Pierre Curzi, l'acteur rendu célèbre par les films de Denys Arcand, et qui préside la Coalition québécoise pour la diversité culturelle, avance un argument incontournable : «Pour le Québec, minuscule îlot francophone dans un océan anglophone : il s'agit d'une question de vie ou de mort. Ce qui est en jeu, c'est notre identité. Pour résister au raz-de-marée d'Hollywood, pour tenir bon face aux grands studios américains qui investissent 100 millions de dollars dans un film, la seule réponse, c'est l'argent public.»

Ministre de la Culture, Line Beauchamp renchérit : «Puisque, dans le PIB des Etats-Unis, le secteur du divertissement représente une part bien plus importante que celles de l'industrie de l'armement ou de l'automobile, il est tout à fait légitime que le Québec se défende avec les moyens à son échelle. Un système de financement privilégié qui a permis à des films comme la Grande Séduction et les Invasions barbares de trouver un public international. Un arrangement pour les droits d'auteur qui autorise une déduction fiscale pour les premiers 15 000 dollars de revenu et l'étalement sur sept ans des 50 000 dollars suivants.»

Avec moins de 8 millions d'habitants, le Québec ne peut pas se sauver seul. Il lui faut s'appuyer sur les gros bataillons de la francophonie, autrement dit la France. C'est pourquoi Jean Charest, lors de son entretien avec Jacques Chirac, est longuement revenu sur le sujet. Il savait que le président de la République a une attitude tout aussi militante. La preuve, sa colère lorsque Jean-Marie Messier, encore patron de Vivendi, avait proclamé que le temps était passé du cinéma à la française qui prétend se réclamer d'une exception culturelle. A Montréal, la semaine dernière, Robert Pilon, l'adjoint de Curzi, s'exclamait : «Pour convaincre l'Unesco de nous entendre, Chirac a eu un rôle admirable.»

Mais les Québécois, respectueux comme tous les Nord-Américains de la main invisible du marché, ne veulent surtout pas succomber aux excès du mécénat étatisé. Ils refusent le piège des films sans audience et des musées sans public. Hervé Fischer, universitaire d'origine française et spécialiste mondialement reconnu du multimédia, insiste : «Le Québec a compris qu'il lui fallait produire une offre culturelle authentique.»

C'est ainsi que Daniel Langlois, génie de l'informatique, a imaginé des logiciels qui ont fait de Montréal la capitale mondiale des effets spéciaux pour le cinéma. Non content d'avoir permis à Steven Spielberg de faire gambader des dinosaures sur grand écran, Langlois, après avoir vendu ses brevets à Microsoft, a mis sur pied Excentris, une fondation qui a pour but d'organiser une diffusion de films entièrement numériques.

Ubisoft, une entreprise française de jeux vidéo, a été si convaincue qu'elle a fait du Québec une véritable base pour conquérir le reste du monde. Le professeur Fischer explique : «Ici, les 800 jeunes qu'Ubisoft a engagés inventent, en français des scénarios qui séduiront la planète entière, parce qu'ils ont été imaginés par des Nord-Américains. Voilà le vrai secret du Québec.»



Deschamps shows us time is running out

JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette May 7, 2004

Another one bites the dust. This week, Quebec's most revered comedian, Yvon Deschamps, now in his late 60s, finally gave up. On CKAC's morning program, he said he no longer believes Quebec needs to become sovereign.

Weighing his words carefully, the man who has been an independentist for decades, has now chosen a radically different path.

"There's a resurgence of nationalism and patriotism all over the world. For me, it's like someone who's agonizing. There's always a big breath before death. The concept of sovereignty is outmoded. It's already achieved in our heads and in our hearts."

Of course, Deschamps is entitled to his opinion. But this is no small change. In a dramatic front-page interview he gave to the Journal de Montreal on Nov. 8, 2001, he said exactly the opposite. "Quebec is at a dead-end.The national question must be resolved before the PQ goes into an election. It's urgent."

Deschamps even asked for then-Premier Bernard Landry to hold a referendum within the next year. "I'm scared. If we miss this rendezvous, we'll have to wait another 40 years. Each time Quebecers have given up on independence, we become mixed up, we become lost, like now."

He concluded, almost as a premonition of what he did this week: "I'm afraid that in the very near future, we won't even want to ask this question anymore."

If truth be told, Deschamps's statement is only the tip of the iceberg. For years now, many Quebec artists, though not all, have been jumping off the independence train, choosing instead the so-called nonpartisan one. In September 1994, as the PQ was gearing up for a referendum, the prestigious French newspaper Le Monde Diplomatique reported on just that.

It noted it was better for artists not to display their convictions publicly and that more of them were singing both at Saint-Jean-Baptiste and the Fete du Canada without a thought.

Then came another premonition. Le Monde asked: "Could it be that Yvon Deschamps, who expressed Quebecers' ambivalence in his famous aphorism 'what we want is an independent Quebec in a strong Canada,' might have been right before every one else?"

Today, Deschamps's new position is far from unique. On a larger scale, it only reflects the general atmosphere, the "air du temps," that permeates more and more the francophone elites of Quebec, especially the baby-boomer generation. Their favourite catch-phrase is "people don't want to hear about independence anymore."

There are exceptions, of course, But what we're witnessing here is the Barbarian Invasions syndrome, with boomers feeling nostalgic about those crazy 1960s and 1970s when they devoted their time and energy to independence, socialism and what not. As Deschamps said this week, Quebec nationalism was "an important step."

But Deschamps, like the movie's characters, now feels we've made it as a real nation. We have "our billionaires, the Cirque du Soleil and Celine Dion. We can can be proud to be Quebecers." So if we don't become a country, he says, "it's not a big problem."

So is the Barbarian Invasions syndrome only the product of too much comfort? For some, it could be. And it's starting to spread to younger generations. To be nonpartisan is now the fad. And to be non-partisan is not to focus on this "outdated" sovereignty thing too much. It looks better that way. It sounds more scientific and in certain fields of study and work, it helps get bigger subsidies from both governments and the private sector.

Columnist Michel Venne has just founded a new, "non partisan" institute - L'Institut du Nouveau Monde. So has former Lucien Bouchard adviser Jean-Francois Lisee, who recently has helped set up a new, "non partisan" international studies centre.

For some others though - and Deschamps might be one of them - the issue is quite different. While they are rightly proud of what Quebec has achieved and, I suspect, would still rejoice if it became sovereign, many also feel disenchanted by what the sovereignist movement has become since the last referendum.

Some sovereignists might well have become sincere federalists, but the PQ's empty rhetoric and broken promises on its option are turning off a number of people. Even the PQ's "season of ideas" was a disappointment. Every novel idea put forth by members was instantly shot down by their leader.

Frankly, it's a miracle support for sovereignty still hovers at 45-49 per cent. But for how much longer? Deschamps's sortie is another reminder time is running out. Without more inspiring leadership, time may be shorter than some think.

In larger terms, Deschamps observed as much in his 2001 interview. "Gone is the era of great ideas. There is no vision, no project for the future. To me, what politicians do now is management, not politics."



TPS: adéquistes, péquistes et libéraux sur la même longueur d'onde

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 7 mai 2004

Le ministre des Finances, Yves Séguin, ne sera pas seul pour demander au gouvernement fédéral de céder la TPS à Québec. L'Assemblée nationale a adopté de façon unanime hier une motion pour appuyer le gouvernement du Québec dans ses démarches auprès d'Ottawa afin d'obtenir ce champ fiscal d'une valeur de sept milliards par année.

C'est le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, qui devait présenter une motion conjointe à cet effet. Mais à la dernière minute, le leader parlementaire de l'opposition officielle, André Boisclair, a court-circuité le processus en présentant sa propre motion. Malgré l'imbroglio et les protestations indignées de M. Dumont, la motion suivante a été adoptée sans débat: «Que l'Assemblée nationale appuie le gouvernement du Québec dans ses démarches auprès du gouvernement fédéral visant à transférer au Québec les sommes provenant de la taxe sur les produits et services.»

On ne sait pas si le premier ministre Jean Charest aura ce texte en poche quand il rencontrera, aujourd'hui à Saguenay, le premier ministre du Canada, Paul Martin. Les deux hommes partageront la même tribune pour annoncer, une fois de plus, l'élargissement de la route 175.

À l'Assemblée nationale hier, c'est le ministre des Finances, Yves Séguin, qui s'est levé pour défendre l'idée du rapatriement de la TPS dans le but de corriger le déséquilibre fiscal. Fraîchement arrivé de son voyage en France, M. Charest a plutôt choisi de souligner «le très beau succès» qu'a connu cette mission officielle sur le plan bilatéral avec la France mais aussi sur le plan multilatéral avec l'UNESCO, l'OCDE et l'Organisation internationale de la francophonie. Pour M. Charest, «la démonstration est faite: la structure fédérale actuelle permet au Québec d'occuper une très grande place» sur la scène internationale.

À l'Assemblée nationale, Yves Séguin a donné l'assurance qu'il sera «un combattant» sur la question du déséquilibre fiscal. Mercredi, le ministre des Finances avait affirmé qu'il présentera bientôt une demande à Ottawa pour rapatrier la TPS. Hier, il a révélé que les provinces discutaient de cette question, bien qu'il soit cependant «prématuré» de parler d'un accord sur le transfert de la TPS. Mais il a promis d'en dire plus prochainement, «lorsque les collègues des autres provinces accepteront avec moi de rendre public le protocole que nous entendons suivre pour demander au gouvernement fédéral d'agréer à transférer la TPS aux provinces».

Au cours d'un point de presse, Mario Dumont a dit souhaiter que M. Charest aborde aujourd'hui cette question avec Paul Martin. «Le premier ministre, M. Charest, avait promis une bataille de tous les instants [sur le déséquilibre fiscal]. Son début de mandat a été marqué par une attitude attentiste, polie - d'aucuns ont dit molle -, qui a donné de mauvais résultats», a dit M. Dumont. «On s'attend de notre premier ministre à une attitude plus musclée sur un dossier où, aujourd'hui [hier], il a une position unanime de l'Assemblée nationale.»

Mario Dumont prévoit que les questions touchant l'autonomie des provinces, le respect des compétences et le déséquilibre fiscal seront au coeur de la prochaine campagne électorale au Québec mais aussi dans certaines autres provinces.

Le chef adéquiste n'a toutefois pas voulu révéler quel parti il compte appuyer. Mais il a souligné que les députés du Parti libéral du Québec se placeraient «dans une position inconfortable» s'ils défendaient les couleurs du Parti libéral du Canada, «un parti qui a trahi leurs propres demandes». M. Charest devrait sans doute demander à ses députés de faire preuve de «réserve» à l'endroit du Parti libéral fédéral, estime M. Dumont.



Quebec eyes GST to fund health care

RhéAl SéGuin And Heather Scoffield
The Globe and Mail Friday, May 7, 2004

QUEBEC; OTTAWA - The Quebec government is eyeing the next federal election campaign to pressure Ottawa into transferring the federal goods and services tax to the provinces as a lucrative means to cover spiralling health-care costs.

Yesterday, all of the parties in the National Assembly closed ranks in giving unanimous support to an opposition motion calling for the "transfer to Quebec of the funds derived from the goods and services tax."

Annual revenues from the GST total approximately $30-billion, of which the Quebec government estimated it would receive $7-billion.

Quebec Finance Minister Yves Séguin explained that Ottawa recently rejected a proposal made by the provinces to reform equalization payments to cover rising health costs. With an election just around the corner, Mr. Séguin said the timing was perfect for the provinces to change strategy and begin pressing Prime Minister Paul Martin on getting the GST.

The provinces will examine a proposal for the outright transfer of the GST to break the so-called "fiscal imbalance" that allows Ottawa year after year to generate surpluses while the provinces go deeper into debt, he said.

"The Canadian Prime Minister Martin let it be known that he was open to receiving suggestions. We [the provinces] are currently formulating those suggestions," Mr. Seguin said in the National Assembly yesterday. "Many provinces have expressed interest in examining the possibility . . . to demand that the federal government transfer the GST."

All of this was news to Ottawa. Finance Minister Ralph Goodale had heard of the proposal in the media yesterday morning and laughed off the idea, suggesting the provinces swap their provincial sales tax for the GST.

"I suppose there would be some political philosophers who would say, 'Fine, we'll exchange the GST for the PST, and see how that balances across the country,' " he said.

He accused the provinces of conveniently coming up with new ways for the federal government to give them more money, particularly for health care. "It seems to me there's a bit of a potpourri of suggestions here that are just a little bit all over the map," he said.

Ottawa has rejected most Quebec proposals for a new fiscal arrangement with the provinces.

Last week, Mr. Martin responded to another motion adopted by the National Assembly in March addressing the issue of the fiscal imbalance. He argued that Ottawa is committed to funding health-care services and added that Quebec had the "powers and independence under the Constitution" to raise taxes if it needed more money.

The response left Premier Jean Charest's government somewhat perplexed. Asked by Opposition Leader Bernard Landry which provinces support the idea of transferring the GST and what the government's plan of attack would be to get it, Mr. Séguin said it was premature for him to comment.

Mr. Séguin said it is a question of time before the provinces agree to release "a protocol that we will follow in demanding that the federal government accept to transfer the GST to the provinces."

Mr. Charest was urged to discuss the issue in Chicoutimi today, where he will meet Mr. Martin for another pre-election campaign announcement.

Mr. Séguin argued that in 1992-93, when former prime minister Jean Chrétien and Mr. Martin were in opposition, they entered the 1993 federal election campaign proposing that the GST be transferred to the provinces as a way to finance health-care services. "The idea was raised at the time, it has evolved and today it interests many provinces," Mr. Séguin said.



Transfert de la TPS : Ottawa oppose une fin de non-recevoir

Mylène Moisan
Le Soleil vendredi 7 mai 2004

Une heure auparavant, l'Assemblée nationale adoptait dans la confusion une motion pour obtenir l'argent

Moins d'une heure après l'adoption par l'Assemblée nationale - dans la confusion - d'une motion réclamant le transfert de la TPS, Paul Martin a répliqué que le problème d'Yves Séguin n'était pas le déséquilibre fiscal, mais "l'héritage des péquistes".

Le chef bloquiste, Gilles Duceppe, a voulu savoir lors de la période de questions si Paul Martin avait l'intention d'exaucer le souhait du ministre des Finances du Québec, qui lorgne la TPS pour assurer une certaine stabilité du financement des soins de santé. Le premier ministre n'a pas dit un traître mot sur la TPS, préférant attribuer les actuels problèmes des finances publiques du Québec à la gestion du Parti québécois. "Yves Séguin est le legs des péquistes", a lancé M. Martin.

Une heure plus tôt, les trois partis représentés à l'Assemblée nationale adoptaient une motion pour réclamer d'Ottawa le transfert des revenus de la TPS, représentant plus de 7 milliards $ pour le Québec. La motion devait être présenté par l'Action démocratique du Québec, mais André Boisclair, leader de l'opposition, a coupé l'herbe sous le pied à Mario Dumont.

Le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, s'est même levé pour confirmer que les trois partis s'étaient entendus au préalable pour présenter une motion conjointe. Avant la période des questions, l'attaché de presse du chef adéquiste distribuait même le communiqué sur ladite motion.

Tout de suite après la période de questions, M. Boisclair a court-circuité l'entente en se levant d'un bond. Le président de l'Assemblée nationale, Michel Bissonnet, n'aurait pas vu le chef adéquiste, qui soutient s'être levé avant le député du PQ. M. Bissonnet s'est excusé de ne pas avoir regardé en direction du chef de l'ADQ, mais a quand même donné la parole à M. Boisclair. Ce dernier a "proposé" de faire de sa motion une motion conjointe, elle l'était déjà. Il n'en fallait pas plus pour que M. Dumont sorte de ses gonds, fustigeant - en échappant quelques jurons - le non-respect flagrant des règles parlementaires.

"Notre règlement et notre tradition sont clairs. Les premiers, nous avons soumis aux deux partis une motion sur le sujet. deuxièmement, je m'étais levé avant lui", a lancé M. Dumont, visiblement ulcéré par la volte-face du leader de l'opposition.

Le chef adéquiste a tout de même accordé son consentement, arguant que, "compte tenu de l'importance du sujet, malgré ma plus profonde indignation devant le mépris de nos traditions du leader de l'opposition, il y aura motion conjointe. Il a trahi nos façons de fonctionner, on va vivre avec ça".

MMoisan@lesoleil.com


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

L’ATTENTISME PÉQUISTE

Patrice Boileau
Directeur des communications au Conseil exécutif péquiste de la circonscription de Chambly
7 mai 2004

Depuis le dernier référendum de 1995, le Parti québécois aborde l’article un de son programme politique avec beaucoup de précaution. L’objectif souverainiste est toujours là, mais semble enrobé d’un épais brouillard qui le rend difficile à apercevoir pour un grand nombre d’indépendantistes.

Des préalables sont effectivement apparus suite au dernier plébiscite. Il y a eu d’abord les célèbres « conditions gagnantes », puis « l’assurance morale de gagner » et dernièrement, « l’espérance d’une marée favorable ». Certains péquistes, sagement, vont même jusqu’à s’abstenir de proposer un calendrier référendaire.

Toute cette prudence ne surprend pas. Surtout depuis que le gouvernement fédéral de Paul Martin a déclaré qu’il reconduirait la même stratégie et ne respecterait aucune règle pour « sauver le Canada », s’il devait y avoir un troisième référendum. Pire : cette « transparence du gouvernement canadien » confirme l’efficacité de ses actions qui a mené au vol de 1995, donnant ainsi l’impression que la prochaine consultation populaire sera sans lendemain aux yeux des Québécois. D’où la lucidité des ténors péquistes de se comporter avec circonspection, conscients qu’un troisième revers aura des conséquences catastrophiques pour le développement du Québec.

Il est tentant de crier au génie à la lumière de l’impasse politique qu’ont créé les tactiques fédérales. L’exercice référendaire donne maintenant l’image d'une formule rebâchée dont les relents qui s’en dégagent font fuir de précieux appuis. D’autres font de même, terrifiés à l’idée de perdre une troisième fois, défaite qui sera fatale. On comprend mieux à présent ceux qui insistent à emprunter le même processus de marcher sur des œufs. L’attentisme devient, pour plusieurs péquistes, la seule stratégie applicable pour ne pas écœurer les Québécois avec ce mode d’accession à la souveraineté.

Sauf que l’attentisme constitue l’autre volet du subterfuge fédéral. Ottawa sait très bien que ce repli péquiste démobilise les troupes. 30% de l’électorat québécois, des indépendantistes surtout, a boudé le dernier scrutin de 2003. Plusieurs manifesteront la même réaction au prochain rendez-vous électoral s’il n’y a pas de vrai changement de proposé, ou iront vers d’autres formations politiques progressistes, intrigués à l’idée de les voir se débrouiller aux commandes d’une Assemblée nationale affaiblie par le déséquilibre fiscal. L’éclatement des forces souverainistes, jumelé à un tissu social québécois en mutation, finira par diluer le mouvement souverainiste.

Patienter au pouvoir s’avère également impossible puisque Ottawa a réussi à affubler l’Assemblée nationale d’une image d’incompétence, en confisquant ses recettes fiscales. Paul Martin se permet même d’ironiser en invitant Québec à majorer l’impôt des contribuables. Le gouvernement du Canada pourra ainsi mieux berner des Québécois en dépensant des milliards au Québec qui normalement devraient reposer dans les coffres de l’Assemblée nationale.

Il était possible de comprendre l’attitude défensive que le gouvernement du Parti québécois a préconisée durant quelques années après le référendum de 1995. Les compressions budgétaires que lui a imposées le gouvernement du Canada pour qu’il atteigne le déficit zéro l’a forcé à éteindre le feu dans sa maison. Cependant, maintenant que le brasier est contenu et que les bassesses d’Ottawa sont démasquées, cette posture existe encore uniquement parce que nous l’entretenons.

À l’automne, après l’élection fédérale où une forte riposte souverainiste aura été observée, le Conseil régional péquiste de la Montérégie tiendra un vaste forum sur les modes d’accession à la souveraineté. Un peu à l’image des grandes assemblées citoyennes que le Parti patriote a tenues en 1837, l’exercice vise à enclencher un mouvement indépendantiste contagieux qui culminera au Congrès national du printemps 2005. Seront invités les exécutifs de l’île de Montréal, ceux des autres régions et tous les souverainistes désireux d’y assister. Sous la présidence de madame Louise Beaudoin, des experts viendront débattre du meilleur moyen de permettre au Québec de se libérer le plus rapidement possible du traquenard fédéral. Membre du comité organisateur de l’événement, j’exposerai également mon point de vue qui, je le souhaite, mettra un terme à l’attentisme qui fait le régal du Canada.



TRIBUNE LIBRE

Arrogance et Malhonnêteté intellectuelle

Jean Dunois, Matane
7 mai 2004

Mot amical à l'attention de la communauté juive québécoise


Bonjour,

Références : http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=189&page=0 et
http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=191&page=0


J'ai toujours été habité par un «préjugé favorable» à l'égard des Juifs. D'ailleurs, je ne suis pas sans savoir que mon statut de citoyen minoritaire québécois, en Canada et en Amérique du Nord, y est pour quelque chose. Cette situation géo-politique crée sans doute plus aisément, par affinité sociologique, des liens avec d'autres communautés que l'on pourrait qualifier de «vulnérables». En outre, j'ai toujours considéré comme ridicule de stigmatiser une personne ou une société pour sa religion, sa langue, sa couleur de peau ou sa culture.

Toutefois, je constate de plus en plus que beaucoup de représentants et «ténors» de la  communauté juive s'autorisent aisément des comportements arrogants ou condescendants, méprisants même, alors qu'ils ne tolèrent point les remarques de qui que ce soit (même justifiées, même intelligentes, même informées et étayées) sans ostraciser immédiatement sur la place publique les «auteurs» de ces propos avec lesquels ils ne sont pas en accord. Il y a chez vous en effet (comme il fut dit dans ces textes), il me semble, une politique du deux poids/deux mesures: vous vous permettez de porter des jugements sans vergogne, souvent ex cathedra, mais vous recevez comme diffamation tout commentaire qui vous interpelle de manière critique.

Comme si... vous incarniez la vérité absolue en tout et tout le temps. Et que par conséquent la divergence d'opinion constituait d'office une offense à votre (infaillible) majesté.

Aussi je crois, avec Mme Vaucouleurs, qu'il n'y a peut-être pas de plus solides fossoyeurs de la réputation juive que vos propres porte-paroles. L'attitude générale que vous adoptez, par exemple, dans le débat Québec-Canada, a été pour moi déterminante quant à mon net refroidissement à votre égard. Comme si vivre au Canada - et en anglais de préférence - était «philosophiquement ou éthiquement supérieur» au fait de vivre en français dans un pays nommé Québec. Que sont donc ces manières, sinon l'exacte réplique de ces bêtes gens qui affirment que c'est «mauvais» parce que c'est juif...? Et ce, jusqu'à qualifier l'un de vos propres fils de «traître» il y a une dizaine d'années - en l'occurrence Salomon Cohen! Ce qui est aussi obtus, petit et malhonnête (et stupide, pour tout dire) que d'aller déclamer devant la Chambre des Représentants étatsunienne, comme le fit Pierre Elliott Trudeau (en 1977, je crois), que la séparation du Québec constituerait un «crime contre l'humanité»!!!

En un mot : pourquoi administrer aux autres la médecine dont vous êtes parfois la victime, et contre laquelle vous vous indignez et vous vous élevez avec raison??? À force de confondre «valeurs universelles» et vos propres intérêts corporatifs (ou grégaires) et à courte vue, vous finissez par vous discréditer aux yeux de tous. Comment accorder foi et authentique sympathie à vos plaintes, en effet, quand, de votre côté, vous ne ratez pas une occasion de discréditer gens et idées intellectuellement recevables sous prétexte d'indépendance d'esprit ...irrecevables eu égard à vos propres opinions ou parti-pris?

Il est dommage - et dommageable - que vous ne semblassiez pas vous rendre compte combien vous - les Robert Libman, les Anthony Housefather et autres Jack Jedwab, pour n'en nommer que quelques-uns au Québec - êtes les pires ennemis de votre propre communauté.

J'ai toujours été imperméable aux dénigrements ponctuels contre la nation hébraïque (la plupart du temps, je le répète, fondés sur l'ignorance, le préjugé ou la myopie intellectuelle). Or quand ces préjugés, cette ignorance et ce «mépris de l'autre» émanent de celle-ci, précisément, la conséquence immédiate, et lourde d'effets pervers, est qu'il devient très difficile d'accorder une oreille attentive et bienveillante à vos dénonciations subséquentes. Il m'apparaît donc clair que vous anéantissez de votre propre chef le capital de sympathie qui jusque-là vous était offert spontanément.

Car on ne se protège pas du racisme en opposant le racisme.
Et on ne se libère pas de la bêtise en utilisant les armes de la bêtise.

Bien amicalement à vous,

Jean Dunois

Matane, Québec
7 mai 2004





COMMUNIQUÉS




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6 mai 2004