Actualité





Duceppe le plus convaincant

Denis Lessard
La Presse mardi 15 juin 2004

Québec - C'est le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui fut, hier soir, " le plus convaincant ", selon un sondage CROP réalisé dans les minutes suivant le débat télévisé entre les leaders des quatre principaux partis fédéraux.

Étape cruciale dans la campagne électorale menant au scrutin du 28 juin, le débat d'hier fut suivi en totalité par 42 % des gens- 58 % de ceux qui l'ont commencé ont décroché avant la fin.

En fin de soirée, CROP a rejoint pour La Presse 245 personnes, des répondants qui, lors de précédents sondages, avaient accepté d'être relancés même en fin de soirée, après le débat télévisé. Une enquête identique, précise à plus ou moins 6 %, avait mis dans le mille à la fin mars 2003, observant une nette victoire de Jean Charest contre Bernard Landry, lors de la campagne électorale provinciale.

Quand on leur demande " lequel des quatre chefs a été le plus convaincant? ", à 57 % les Québécois répondent que Gilles Duceppe, qui en était hier à son cinquième débat, a le mieux fait valoir ses arguments.

Loin derrière, Paul Martin a été le champion du débat pour 21 % des gens suivi de Stephen Harper (8 %) et Jack Layton (6 %).

Inversement quand on leur demande qui a été " le moins convaincant ", 32 % choisissent M. Martin contre 7 % pour Gilles Duceppe. M. Harper a été mal perçu par 23 % des répondants et M. Layton par 35 %.

" M. Martin se devait de renverser la vapeur, de faire un coup d'éclat avec ce débat, ce qu'il ne semble pas avoir réussi. En revanche, M. Duceppe a protégé son avance ", observait hier soir Claude Gauthier, de CROP.

Ainsi au terme du sondage, 48 % des répondants disaient vouloir voter Bloc québécois- le parti de Gilles Duceppe conservait 90 % de ses appuis chez ces mêmes répondants dans les intentions de vote de la semaine dernière. En revanche, de ceux qui voulaient voter pour les libéraux la semaine dernière, seulement 68 % maintenaient leur choix- 14 % passaient chez les indécis, et 10 % optaient même pour le Bloc.

Individuellement, la performance des chefs montre encore l'avance de Gilles Duceppe hier soir. Quand on leur demande d'évaluer selon une cote de un à cinq la " performance " des quatre participants, M. Duceppe obtient une cote moyenne de 3,7. Ses trois adversaires sont quasi ex-aequo, Paul Martin et Stephen Harper obtiennent 2,7 talonnés par Jack Layton à 2,6.

En outre, 37 % ont soutenu que le débat d'hier soir avait amélioré leur perception du Bloc québécois tandis que 6 % estimaient avoir désormais une moins bonne opinion, un gain net de 31 % pour ce parti.

En revanche, la perception des libéraux s'est détériorée- 16 % estiment que le PLC a gagné de ce débat mais 20 % estiment qu'il a perdu des plumes, une baisse de 4 %.

Le NPD " qui partait de loin ", souligne M. Gauthier, obtient 22 % de plus après ces échanges, et le Parti conservateur gagne 19 % (30 % le perçoivent mieux mais il a déçu 11 % des répondants). Avec une méthode similaire, CROP avait misé juste l'an dernier lors du débat opposant Jean Charest et Bernard Landry durant la campagne électorale québécoise du printemps dernier. 46 % des 245 répondants avaient soutenu que Jean Charest avait été le plus convainquant, contre 33 % à Bernard Landry et 15 % à Mario Dumont.

Les indécis étaient passés de 17 % avant le débat à 12 % après l'affrontement. Dans les jours suivants, il était largement admis que le chef libéral avait eu la main haute sur son adversaire péquiste. Cette fois le nombre d'indécis est pratiquement inchangé par rapport au dernier CROP- 14 % contre 13 la semaine dernière.



Premier débat des chefs : Duceppe confirme sa "pole position"

Raymond Giroux
Le Soleil mardi 15 juin 2004

Stephen Harper essuie le plus gros des coups

Ottawa - Pas de mise hors de combat, pas d'échappée spectaculaire, mais le débat des chefs, hier, a confirmé la "pole position" de Gilles Duceppe dans la campagne électorale, au Québec, montré un Paul Martin en meilleur état que prévu, un Stephen Harper qui a tenu le coup et un Jack Layton somme toute discret et qui n'a pas joué au trouble-fête comme certains s'y attendaient.

Le chef du Bloc québécois a réussi à interpeller le premier ministre à plusieurs reprises sur le dossier des commandites, sans obtenir de réponses à sa satisfaction, et sur l'assurance-emploi, où il a réussi à le coincer à quelques reprises.

À l'inverse, aucun de ses rivaux n'a réussi à démontrer l'inutilité de voter pour le Bloc même si ce parti demeurera toujours dans l'opposition.

De son côté, M. Harper s'est bien involontairement retrouvé comme cible première de ses trois rivaux, lors du premier débat des chefs, hier soir, et ce, un peu à l'étonnement de ses conseillers qui y voient un mauvais présage pour le débat anglais de ce soir.

Autant M. Martin que M. Duceppe et le néo-démocrate Layton ont régulièrement assailli leur rival conservateur sur une série de sujets allant des questions de société au cadre financier de son programme.

Philosophe, M. Harper s'est dit par la suite heureux d'avoir eu "une première chance de s'adresser à un auditoire national en français. C'est ma deuxième langue et j'y travaille, a-t-il affirmé en point de presse. Je suis nouveau au Québec".

Les libéraux disaient avant le débat espérer simplement que M. Martin ressorte vivant de l'exercice, et cette opération de baisse des attentes a réussi : il est parvenu à placer ses messages sans trop de mal sur des dossiers comme la santé et les politiques sociales, par exemple.

Mais premier à ouvrir le feu, le chef bloquiste Gilles Duceppe l'a asticoté dès le départ, comme prévu, sur le scandale des commandites, un thème qui a servi de trame souterraine au débat, surgissant à plusieurs reprises au fil des interventions.

M. Martin a répliqué au chef bloquiste qu'il comprend la colère des électeurs et "qu'il s'est passé des choses inacceptables" dans cette affaire, mais qu'un vote pour le Bloc se traduit par un appui à M. Harper, dont les opinions vont à l'encontre des valeurs des Québécois.

Plus tard, le chef conservateur a renversé l'argument en lançant à M. Duceppe qu'"à cause de vous, les Québécois ne peuvent pas remplacer ce gouvernement" libéral.

M. Duceppe a cependant cloué le bec à M. Harper lorsque ce dernier a lancé que son parti "offre des options aux Québécois". "Les Québécois n'en veulent pas", lui a-t-il rétorqué sans hésiter, comme il l'a fait souvent au cours du débat.

Les échanges rapides ont permis aux quatre chefs de dévier régulièrement des sujets imposés par l'organisation du débat, de sorte que les affaires de la CSL, par exemple, et le dossier de la santé sont revenus sur le tapis sans que personne ne puisse intervenir.

Sur le déséquilibre fiscal, chacun a réussi à passer son message tel que répété depuis le début de la campagne, seul M. Martin glissant sur une pelure de banane en qualifiant ce concept de "jargon". Mais il a dit reconnaître "les pressions financières" exercées sur les provinces.

Le premier ministre a toutefois bien tenu son bout contre les attaques de M. Harper sur le budget fédéral. "Il y aura un trou noir de 50 milliards $ dans vos prévisions, lui a-t-il fait remarquer. Il va être obligé de faire des coupes profondes dans les services ou d'aller en déficit", a-t-il ajouté en regardant droit dans la caméra, à l'intention des téléspectateurs.

"Cinquante milliards de dollars en cinq ans, cela ne se trouve pas, je connais les chiffres", a-t-il dit, provoquant la réplique immédiate de M. Duceppe à l'effet qu'il se trompait régulièrement dans ses prévisions budgétaires.

M. Martin a d'ailleurs adressé son message directement au public le plus souvent possible, alors que MM. Harper et Duceppe, aux deux extrémités de la scène, tournaient naturellement leur regard vers MM. Martin et Layton.

Mais il a connu moins de succès contre M. Duceppe qui l'a quelque peu coincé sur la caisse d'assurance-emploi, lui demandant à répétition combien d'argent il restait dans cette caisse à l'heure actuelle. M. Martin ne répondant pas, M. Duceppe l'a fait à sa place en disant : "Zéro", voilà ce qu'il reste du surplus de 45 milliards $.

Sur la santé, le premier ministre a défendu son bilan et notamment la récente injection de 9 milliards $, tandis que le chef conservateur a dit vouloir respecter les compétences des provinces et "leur donner plus de fonds".

Sur l'avortement et le mariage gai, les quatre chefs ont repris leurs réponses connues, et M. Harper, là aussi, s'est retrouvé vulnérable et isolé au moins sur le second sujet.

"La Cour suprême est garante de ces droits", a notamment dit M. Martin, alors que le chef conservateur a dit qu'il "pense tolérer des positions différentes" des siennes parmi sa députation. Pour M. Duceppe, "ces questions sont réglées au Québec, et il est très dangereux de les introduire dans la campagne".

Les quatre chefs de parti se retrouvent ce soir, à la même heure, pour le débat en anglais, une rencontre d'une importance plus cruciale encore parce qu'elle rejoint directement 75 % des électeurs dans leur langue maternelle.

RGiroux@lesoleil.com



Un débat "historique"

Michel Vastel
Le Soleil mardi 15 juin 2004

Ottawa - Le débat télévisé d'hier soir passera à l'histoire, mais pas parce qu'il a décidé du résultat des élections du 28 juin. Jamais, en effet, depuis 1979 que j'observe des campagnes électorales fédérales, n'a-t-on vu un débat en français d'une telle qualité. C'était cela, l'événement d'hier soir. Le reste est anecdotique. Au-delà du 28 juin, jamais un chef de parti fédéral n'osera participer à une campagne électorale à moins qu'il n'ait une connaissance acceptable du français. Voilà le moment historique...

Pour le reste, tenez-vous tellement à un palmarès ? Stephen Harper fut sûr de lui, clair et ferme à l'occasion : A. Jack Layton fut calme, incisif, mais un peu trop dilettante : A-. Gilles Duceppe fut agressif, parfois vicieux, mais efficace après tout : B. Paul Martin fut égal à lui-même, trop souvent sur la défensive, balbutiant et éparpillé : C.

Pour ce qui est du fond du débat lui-même, on n'en saura pas davantage sur ce qui différencie les uns des autres. Ils ne sont pas d'accord entre eux ? La belle affaire, ils sont payés pour cela. Mais qu'est-ce que l'élection de l'un plutôt que de l'autre changerait à nos vies ? Moi, je n'ai pas trouvé de réponse à cela...

Le chef du Parti libéral "espère que ça va avoir une influence" sur l'issue de sa campagne. Il n'en est pas sûr et il a raison : il s'en est sorti sans trop de dommages et c'est tout ce qu'il pouvait espérer de mieux. Par contre, Stephen Harper voulait "se faire connaître" et il a réussi, à son avantage. Il a bien résumé l'enjeu de la campagne : "Si le Parti conservateur peut faire une percée au Québec, nous sommes le seul parti capable de former un gouvernement majoritaire." Il a tout à fait raison mais ni lui, ni ses deux collègues n'ont réussi à convaincre les Québécois qu'ils ont tort de mettre tous leurs oeufs dans le panier du Bloc !

Si un débat doit s'avérer décisif, ce sera celui de demain en anglais. Il n'aura pratiquement pas d'impact au Québec, mais il pourrait, justement, priver Stephen Harper d'une majorité, ou consacrer la chute des libéraux de Paul Martin.

Le premier ministre espérait avoir l'occasion de mettre en évidence ses propres réalisations et celles du gouvernement de Jean Chrétien, mais il a passé son temps à se défendre ou à attaquer les autres, Harper et Duceppe en particulier. Comment Paul Martin, dont la cote de popularité était à plus de 50 % il y a moins de six mois, a-t-il pu passer deux heures à la télévision sans jamais parler de lui-même et des raisons qui devraient nous inciter à voter pour son parti ?

Le chef de l'opposition officielle, qui eut vraiment l'air d'un futur premier ministre à plusieurs reprises hier soir, n'a pas, lui non plus, donné les détails de son programme de gouvernement. Accusant les libéraux d'avoir fait leur temps, et le Bloc de les maintenir en sursis, il ne nous a livré que des généralités.

En fait, ce qu'on aurait aimé entendre, c'est une confrontation directe entre le chef du gouvernement et le chef de l'opposition sur leurs politiques respectives. Par exemple, la politique fiscale des conservateurs et des libéraux est-elle si différente que cela ? Ou en ce qui concerne leurs projets quant à la santé publique, que changeraient-ils à l'administration des hôpitaux et des CLSC ? Ou la place qu'ils sont prêts à faire aux Québécois dans leur gouvernement dépend-elle seulement du nombre d'élus de chacun des partis ?

On n'a pas eu de réponse parce que les deux outsiders du débat, le chef du NPD et le chef du Bloc, se sont attachés à critiquer l'un et l'autre, indifféremment, et sur des points qui n'avaient parfois rien à voir avec la question. Ils ont été des trouble-fêtes et nous ont privés d'un débat éclairant...

Les échanges entre Jack Layton et Gilles Duceppe étaient parfaitement inutiles, une véritable perte de temps. Et il était curieux de voir Stephen Harper, plus souvent qu'autrement, opiner du chef aux déclarations de Gilles Duceppe sur la souveraineté des provinces, du gouvernement du Québec en particulier. On a hâte de le voir présider une Conférence des premiers ministres !

En fin de compte, ce fut du trois contre un, chacun des trois partis d'opposition s'efforçant de prouver que les libéraux avaient fait leur temps et que les deux autres partis d'opposition étaient inutiles, ou nuisibles. Si jamais le gouvernement issu des élections du 28 juin devait être minoritaire, on se demande vraiment comment ces quatre-là pourront coopérer, et comment libéraux ou conservateurs arriveront à gouverner...

Avant le début du débat télévisé, les stratèges des partis s'inquiétaient beaucoup de savoir quels étaient les thèmes retenus par les réseaux. C'était compter sans le conformisme des médias et des journalistes : la gouvernance et l'éthique, l'économie et les finances publiques, la santé, la justice et les questions sociales... Pour l'originalité, on repassera !

Ce ne fut guère plus emballant que l'une ou l'autre des 400 périodes de questions qui se déroulent à la Chambre des communes dans un mandat normal de quatre ans, la seule différence étant que les partis d'opposition pouvaient se critiquer les uns et les autres, ce qui ne faisait qu'ajouter encore à la cacophonie.

Il n'y a pas vraiment eu de K.-O. Seulement un peu de chaos. Le débat télévisé en anglais ne sera pas une deuxième manche. Il sera la première, et la seule...



Toujours vivant

Michel David
Le Devoir mardi 15 juin 2004

Perspectives: Tout ce que les spin doctors de Paul Martin disaient souhaiter, à la veille du débat télévisé en français, était qu'il en sorte vivant. Sur ce point, ils peuvent être rassurés: son absence de quatre jours semble avoir permis au premier ministre de récupérer suffisamment d'énergie pour terminer la campagne.

Gilles Duceppe et lui ont échangé coup pour coup durant toute la soirée. Les deux autres chefs ont surtout fait office de faire-valoir. S'il faut désigner un vainqueur, le chef du Bloc a eu l'avantage aux points, mais il n'a pas envoyé son adversaire au plancher. Ses attaques sur le scandale des commandites ou la Canadian Steamship Lines étaient un peu trop prévisibles. Comme les répliques du premier ministre. On avait l'impression de revoir le même film pour la douzième fois.

Il fallait cependant beaucoup plus qu'un match nul à M. Martin pour espérer renverser le cours de la campagne.

Soit, il a eu le dessus sur Stephen Harper, handicapé par son français hésitant, mais il n'a pas réussi à faire passer le chef du Parti conservateur pour le monstre de droite qu'il faut à tout prix empêcher d'arriver au pouvoir.

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. C'est avec la plus parfaite mauvaise foi qu'il a déformé le programme du PC, assimilé à une privatisation pure et simple du système de santé, alors qu'il ne propose rien d'autre qu'un plus grand recours au privé dans un financement strictement public, comme l'a déjà proposé Pierre Pettigrew.

Il a paru un peu décontenancé quand M. Harper lui a lancé que les gens ne voulaient pas de grands changements dans la société, mais simplement un changement de gouvernement. Sur le coup, le premier ministre ne semblait plus trop savoir s'il lui fallait incarner la continuité ou le changement. Que c'est donc compliqué, une campagne...

Duceppe a bien pris soin de ne pas laisser le chef libéral s'approprier la défense des valeurs progressistes. Ce qui ne l'a pas empêché d'attribuer à la démagogie des libéraux la soudaine irruption de questions comme l'avortement ou les droits des homosexuels dans la campagne.

Rien de ce qui s'est dit hier ne rend impensable un appui du Bloc à un éventuel gouvernement conservateur minoritaire. Soit, M. Harper a dit qu'il ne se laisserait pas dicter sa conduite par un parti séparatiste, mais on ne peut pas dire qu'il ait cherché la chicane.

Quant à Jack Layton, c'est M. Harper qui a probablement le mieux décrit sa performance, en disant qu'il vivait sur une autre planète que les trois autres. Le chef du NPD fait lui aussi de très louables efforts pour parler français, mais on a tout de suite compris qu'il aurait des problèmes quand il a déclaré qu'il fallait «élargir la porte aux conflits d'intérêts». Pour lui, comme pour M. Harper, le vrai débat a lieu ce soir.

Depuis le début de la campagne, on reprochait à M. Martin de ne pas insister suffisamment sur son bilan personnel. Hier soir, il a sauté sur toutes les occasions de commencer une phrase par les mots : «Quand j'étais ministre des Finances...»

Un homme qui se vante de connaître aussi bien les chiffres aurait dû savoir combien il restait d'argent dans la caisse de l'assurance-emploi. Le plus étonnant a cependant été de l'entendre dire que «la caisse est financée par le gouvernement canadien». De toute évidence, il ne regarde pas souvent ses talons de chèques.

Encore plus surprenant peut-être, le peu de place que la souveraineté a pris dans ce débat. M. Duceppe a déclaré d'entrée de jeu que ce n'était pas l'enjeu de l'élection, et tout le monde s'est contenté de cette mise au point. Pas un mot sur la première période. Lui-même ne devait pas en revenir.

Dans les circonstances, on aurait pu s'attendre à ce que M. Martin tente un coup d'éclat en faisant une ouverture sur le déséquilibre fiscal. Même pas. Le premier ministre est toujours vivant, mais il faudrait maintenant un miracle.

Les amateurs de boxe ont été nettement mieux servis par le face-à-face à TQS entre le maire Tremblay et l'ex-maire de Westmount, Peter Trent. Ce pauvre M. Trent aurait peut-être dû réclamer un test anti-dopage, tellement son adversaire débordait d'énergie. Sa tirade sur les riches cols bleus de Westmount était tout simplement imparable. Pour M. Tremblay, cela ressemble malheureusement à un sursis. Dommage.

mdavid@ledevoir.com



Pas de coup marquant

Lysiane Gagnon
La Presse mardi 15 juin 2004

Dans ce débat en français, Gilles Duceppe avait deux atouts incontournables.

C'était le seul des quatre chefs qui avait la chance de s'exprimer dans sa langue maternelle. C'était aussi le seul qui avait l'expérience de ces dures confrontations télévisées: il en était hier à son cinquième " débat des chefs ", alors que les trois autres en étaient à leur première expérience.

Il est donc assez normal que M. Duceppe ait dominé le débat. Le contraire aurait été vraiment incompréhensible.

M. Duceppe avait en outre l'avantage psychologique d'être en avance au Québec, les sondages donnant à son parti une avance considérable sur les libéraux. Or rien ne procure autant d'assurance que le succès. M. Duceppe, qui naguère avait toujours l'air d'avoir avalé un parapluie, est aujourd'hui relax et détendu.

Des quatre participants, c'était celui dont les coups portaient le plus, et celui qui pouvait le mieux ramasser sa pensée. Mais évidemment, à combattre sans péril, on triomphe sans gloire. Gilles Duceppe avait au départ la partie très facile, face à trois adversaires qui non seulement parlaient une langue seconde, mais qui doivent se préoccuper des intérêts de l'ensemble du Canada, alors que M. Duceppe pouvait parler directement aux téléspectateurs québécois comme si le reste du Canada n'existait pas.

À la veille du débat, les stratèges libéraux en étaient rendus à espérer simplement que Paul Martin " s'en sortirait vivant ".

Finalement, non seulement M. Martin s'en est-il sorti bien vivant, mais il a beaucoup mieux " performé " que ce à quoi l'on attendait... Ce qui prouve une fois de plus qu'il est préférable de susciter des attentes modestes plutôt que de trop gros espoirs.

D'abord manifestement nerveux, M. Martin a rapidement pris de l'assurance, et a réussi à faire passer tous ses messages, en particulier lorsque les chefs ont abordé la question des finances publiques et de la santé, tout en revenant constamment sur l'impuissance congénitale du Bloc qui ne sera jamais au pouvoir (un argument que M. Harper a également beaucoup utilisé mais avec moins d'efficacité verbale).

Dans les échanges à deux ou à quatre, M. Martin était étonnamment combatif. Jusqu'ici, il avait tendance à bafouiller en français lorsqu'il était tendu. Hier soir, cependant, il maîtrisait bien cette langue seconde qu'il parle normalement très couramment.

Jack Layton faisait un peu figure de la mouche du coche - une mouche omniprésente et bruyante, qui interrompait constamment ses interlocuteurs. Son sourire perpétuel, son index pointé vers la caméra et son langage relâché lui donnaient une allure de vendeur d'auto et me rappelaient ce fameux duo père-fils propriétaires d'un magasin de stores qui faisaient partie du folklore télévisé il y a quelques années.

Sa prononciation fautive (" coupeur " plutôt que " coupure ", par exemple), de même que sa tendance à tourbillonner d'un cliché à l'autre, rendaient ses interventions difficiles à suivre.

Stephen Harper a gardé du début à la fin un calme imperturbable. C'était le plus discipliné des quatre, et aussi le plus courtois. Loin d'interrompre les autres et d'élever la voix, il parlait à l'intérieur du temps prévu.

Cette sérénité aura pu surprendre agréablement ceux qui, influencés par la propagande libérale, croyaient que M. Harper était le diable incarné. Mais ce " profil bas " et ce ton monocorde, conjugués aux limitations posées par le fait qu'il parlait une langue apprise à l'âge adulte, tout cela le rendait un peu invisible et inaudible par rapport aux autres, qui prenaient toute la place. Il avait un peu l'air de l'invité poli qui n'ose pas trop interrompre ses hôtes ni se jeter trop impétueusement dans la querelle de famille.

M. Harper n'a pu percer l'écran. Prudent et réfléchi, il a cependant projeté une image de sérieux et n'a pas fait de gaffe.

Ce fut du reste la marque générale de ce débat: personne n'a trébuché, personne n'a porté de coup marquant. Et tous les leaders ont réussi à désamorcer les questions qui auraient pu leur nuire devant l'auditoire québécois.

D'entrée de jeu, M. Martin a admis que les gens avaient raison d'être fâchés contre le scandale des commandites. M. Duceppe a précisé que la souveraineté se réglait à Québec. M. Harper a posément et rationnellement expliqué ses positions en matière sociale.

Ce débat changera-t-il le cours de la campagne électorale au Québec? Probablement pas, encore que la performance de M. Martin aura peut-être ébranlé une partie de l'électorat qui voguait vers le Bloc sans regarder en arrière. Mais M. Duceppe, qui était très bien préparé, s'est drôlement bien défendu. Quant à M. Harper, il aura recueilli un succès d'estime sinon une avalanche de votes. En tout cas, il n'aura hérissé personne.



La victoire de la démagogie

André Pratte
La Presse mardi 15 juin 2004

Éditorial - S'il faut déclarer un vainqueur selon les critères réducteurs habituels, c'est Gilles Duceppe qui a gagné le débat d'hier soir. Il l'a fait avec une dose de démagogie, d'arrogance et d'impolitesse comme on en a rarement vue lors de tels exercices.

M. Duceppe jouissait déjà de l'avantage de la langue. Le chef du Bloc québécois a malheureusement abusé de cette position privilégiée, notamment en interrompant régulièrement ses adversaires au cours de la première heure du débat.

Parmi les critères généralement employés par les commentateurs pour juger du résultat d'un débat, il y a celui-ci: lequel des chefs a réussi à clouer le bec de son adversaire, de façon à produire un extrait mémorable pour les bulletins de nouvelles. M. Duceppe est le seul qui a réussi cet " exploit ", mitraillant le premier ministre d'une question à laquelle il n'existe pas de réponse simple: combien reste-t-il d'argent dans la caisse d'assurance-emploi? Après que M. Martin se fut empêtré en donnant la réponse technique- mais exacte!- Gilles Duceppe a conclu: " Zéro. Vous l'avez vidée! " Du bon spectacle, mais de la démagogie pure.

Le chef bloquiste a poussé l'injure jusqu'à lancer de longues attaques contre M. Martin alors que les règles empêchaient le premier ministre de répondre. En répétant ad nauseam ses attaques sur les subventions à l'industrie pétrolière et les " paradis fiscaux ", M. Duceppe aura sans doute plu aux nombreux électeurs en colère, de même qu'aux gens de gauche qui rêvent de " faire payer les riches ". Mais il n'a pu démontrer en quoi les Québécois auraient avantage à abandonner leur influence au sein du gouvernement canadien contre des renforts envoyés au régiment des critiqueux.

Les commentateurs annonçaient depuis des jours la déconfiture de M. Martin; le premier ministre s'est plutôt bien tiré d'affaire. Il maîtrisait bien ses dossiers et son français. Toutefois, M. Martin n'est pas assez bon communicateur pour avoir touché le coeur des téléspectateurs, ce qu'il lui aurait fallu faire pour contrer le populisme de Gilles Duceppe. En outre, pour une raison qui nous échappe totalement, le chef libéral n'a pas dit un mot sur le programme souverainiste du Bloc québécois. Comme s'il s'était laissé convaincre que les députés bloquistes ne défendront pas " les intérêts du Québec " tels qu'ils les conçoivent, c'est-à-dire en pavant la voie à un référendum sur la souveraineté.

Stephen Harper a fait de son mieux, compte tenu de sa maîtrise imparfaite de la langue. Les Québécois ont bien vu que l'homme était cultivé et intelligent. Mais le chef conservateur n'a pu répondre de façon convaincante à ses adversaires lorsque ceux-ci l'ont accusé de reculer sur des questions de principe.

Enfin, si les néo-démocrates comptaient sur le Montréalais d'origine Jack Layton pour marquer des points hier soir, il seront amèrement déçus. M. Layton a eu toute la soirée un sourire niais accroché au visage, qui lui enlevait toute crédibilité.

Le débat d'hier aura eu le mérite de placer les Québécois devant l'enjeu réel du vote du 28 juin: participer à l'élection du prochain gouvernement du Canada, ou s'exclure de cet exercice démocratique fondamental en votant Bloc.



Popularité, économie et résultats électoraux au Canada
- Les libéraux usés, mais encore au pouvoir

Éric Bélanger
Département de science politique, Université de Montréal
Jean-François Godbout
Department of Political Science, Northwestern University
Le Devoir mardi 15 juin 2004

Les électeurs canadiens reporteront-ils le Parti libéral au pouvoir le 28 juin prochain? Est-il encore possible de croire à l'élection d'un gouvernement majoritaire? Compte tenu du présent climat politique au Canada, il demeure très difficile de répondre avec certitude à ces deux questions. Au-delà des hauts et des bas de l'actuelle campagne électorale, pouvons-nous prévoir le résultat du scrutin en analysant les tendances de long terme du comportement de l'électorat canadien?

Lors de la dernière campagne fédérale, nous avions proposé dans les pages du Devoir (13 novembre 2000, p. A 7) un modèle politico-économique visant à prédire les résultats de l'élection du 27 novembre 2000. Ce modèle, basé sur les 15 élections fédérales canadiennes menées entre 1953 et 1997, tenait compte de la popularité du gouvernement sortant et de la situation de l'emploi telles qu'observées quelques mois avant l'élection.

Nous avions prédit à l'époque une victoire libérale avec 45 % du vote et 175 sièges. Notre prédiction s'était avérée, puisque les libéraux ont finalement remporté 41 % du vote et 172 sièges (ces résultats s'inscrivaient dans l'intervalle de notre marge d'erreur). Forts de ce succès relatif, et malgré le caractère apparemment imprévisible du prochain scrutin, nous avons entrepris de répéter l'exercice pour la présente élection.

Un modèle de prédiction canadien

Rappelons que notre modèle de prévision du vote repose sur deux variables principales : une mesure de nature économique, le taux de chômage national; et une mesure de popularité, à savoir le pourcentage d'intentions de vote accordé au parti sortant. Nous avons également ajouté une troisième variable à notre modèle, indiquant le nombre de mois consécutifs durant lesquels le parti sortant a occupé le pouvoir, afin de contrôler le facteur d'usure du gouvernement.

Il est à noter que les variables de chômage et de popularité sont prélevées au minimum trois mois avant la date de chaque scrutin. Ainsi, notre analyse exclut pour l'essentiel les effets que pourraient avoir les campagnes électorales sur le vote, l'idée étant que les résultats électoraux reflètent d'abord et avant tout les tendances lourdes de l'économie et de l'opinion publique en général.

Conséquemment, notre modèle suppose que les événements de campagne, généralement liés aux fluctuations des intentions de vote durant les quelques semaines menant au scrutin, auraient moins d'impact au total que les facteurs de long terme qui régissent le comportement électoral. Dans ce contexte, le rôle de la campagne serait plutôt d'informer la population sur la performance du gouvernement sortant et sur les solutions de rechange offertes par les autres formations politiques en lice.

Notre modèle prédit ainsi le pourcentage des voix que le parti au pouvoir devrait obtenir lors de l'élection, la logique sous-jacente étant qu'une relation linéaire statistique existe entre le taux de chômage, le niveau d'appui accordé au gouvernement et le vote pour le parti sortant. Cette relation doit pouvoir se vérifier historiquement; c'est pourquoi notre modèle est élaboré à partir des résultats des 16 dernières élections fédérales (tableau 1). Dans la moitié des cas, la différence entre le pourcentage prédit et le pourcentage observé est inférieure ou égale à 3 % des voix, ce qui se compare favorablement à la marge d'erreur typique rapportée dans les sondages d'opinion.

Il est toutefois important de noter que la marge d'erreur moyenne générée par le modèle est de 3,7 points, une marge identique à celle que nous avions obtenue dans notre article précédent, mais qui est tout de même non négligeable. Il est donc nécessaire de faire preuve de prudence puisque certains résultats surestiment ou sous-estiment de beaucoup le pourcentage du vote obtenu par le parti sortant.

Ainsi, pour 1993, notre modèle surestime par plus de 7,5 points le vote pour le Parti conservateur. De même, l'appui à ce parti est sous-estimé par près de 9 points en 1988, ce qui dépasse largement notre marge d'erreur. Bref, ces prédictions demeurent relatives, et c'est pourquoi il est important de ne pas minimiser le rôle que peut jouer la performance des candidats lors d'une campagne électorale.

Notre analyse présuppose en effet que tous les partis font des performances raisonnablement bonnes au cours de la campagne, ce qui n'est nécessairement pas toujours le cas. Ainsi, l'enjeu du libre-échange, au centre de la campagne de 1988, et la performance décevante de l'équipe Campbell, en 1993, expliquent probablement en partie pourquoi notre modèle donne des résultats moins précis pour ces deux scrutins particuliers.

Un gouvernement libéral minoritaire

Notre modèle prédit que le Parti libéral devrait obtenir environ 33,5 % des votes le 28 juin prochain. Compte tenu de la marge d'erreur, nous estimons donc que le résultat du vote pour le Parti libéral se situera entre 30 % et 37 %. Cette prédiction se base sur les intentions de vote prélevées par Gallup au mois de mars 2004, qui donnait 38 % aux libéraux au plus fort du scandale sur les commandites, et sur le taux de chômage de 7,4 % mesuré à la même époque.

L'estimation du modèle tient également compte du nombre de mois consécutifs durant lesquels le Parti libéral a été au pouvoir (128 mois). À titre de comparaison, le gouvernement de Jean Chrétien bénéficiait, trois mois avant l'élection de 2000, d'un appui de 56 % et d'un taux de chômage de 6,8 % après avoir gouverné pendant plus de 85 mois. Notre prédiction laisse donc présager la formation probable d'un gouvernement libéral minoritaire.

Selon nos estimations, le pourcentage prédit du vote libéral devrait assurer au parti environ 106 sièges sur un total de 308, une perte de plus de 65 circonscriptions électorales par rapport à l'élection de 2000. Toujours en tenant compte de la marge d'erreur de notre modèle, le maximum de sièges que les libéraux obtiendraient avec 37 % du vote serait d'environ 128, c'est-à-dire 26 sièges de moins que le minimum nécessaire pour former un gouvernement majoritaire Plusieurs facteurs peuvent être avancés pour expliquer ce résultat. D'abord, bien que relativement bas, le taux de chômage au pays demeure tout de même supérieur à la moyenne de la période couverte par notre étude (6,7 %). Un autre facteur qui sert à expliquer cette prédiction est lié au fait que le Parti libéral occupe le pouvoir depuis maintenant plus de dix ans. En supposant, par exemple, que le facteur d'usure du gouvernement libéral n'aurait débuté qu'avec l'assermentation de Paul Martin en décembre 2003, notre modèle prédit alors une victoire libérale avec 42 % des votes à la fin juin.

Enfin, il ne faut pas oublier que notre mesure de popularité est prélevée au plus fort du scandale des commandites en mars dernier, ce qui a pour effet direct de réduire considérablement l'appui envers le Parti libéral. Ainsi, en substituant la popularité du gouvernement libéral telle qu'observée trois mois avant le début de la campagne par celle mesurée un mois avant la publication du rapport de la vérificatrice générale (environ 43 %), les libéraux récoltent, selon notre modèle, plus de 36 % du vote.

Comparaison

Comment la situation actuelle se compare-t-elle aux six élections fédérales ayant produit un gouvernement minoritaire depuis 1953 ? Le tableau 2 résume ces six cas historiques d'après-guerre. On constate que les partis sortants en 1962, 1965 et 1972 ont pu garder le pouvoir en situation de minorité à la Chambre en récoltant entre 37 et 40 % des voix.

En fait, notre modèle indique que, pour qu'un parti sortant au Canada soit réélu majoritairement, il doit obtenir un minimum d'environ 41 % du vote national. Les deux seules exceptions à cette règle depuis 1953 sont la réélection du gouvernement Chrétien en 1997 et 2000, avec respectivement 38,5 % et 40,8 % des voix, surtout en raison d'une opposition divisée entre plusieurs partis.

La droite étant maintenant réunifiée, il apparaît clair que Paul Martin ne peut plus espérer faire exception comme son prédécesseur. Un deuxième élément qui tend à confirmer le peu de chances du gouvernement Martin d'être réélu majoritairement tient aux exemples de 1957 et 1979, où un gouvernement libéral a été défait pour être remplacé par un gouvernement conservateur minoritaire alors même que les libéraux obtenaient plus de voix que leur principal adversaire.

Notre modèle ne nous permet pas d'estimer le nombre de sièges qu'obtiendront chacun des partis d'opposition, mais l'ensemble de nos résultats n'excluent donc pas la formation d'un gouvernement conservateur minoritaire.

Bref, notre analyse basée sur un modèle politico-économique de prévision du vote laisse présager que l'appui au gouvernement sortant le 28 juin prochain sera surtout réduit par le poids de dix années de pouvoir libéral, de même que par le scandale des commandites qui aura contribué à en diminuer grandement la popularité.

D'une certaine manière, l'existence et la mise au jour d'un tel scandale sont en partie liées à la longévité au pouvoir d'un parti politique.

Quoi qu'il en soit, ces facteurs lourds du vote laissent donc présager la formation probable d'un premier gouvernement minoritaire en 25 ans au pays.



Le Bloc délaisse Le Québécois

Kathleen Lévesque
Le Devoir mardi 15 juin 2004

Le journal n'a pas bénéficié d'appui financier en juin/juillet

Le Bloc québécois poursuit sa stratégie de prudence et de discrétion. Pour son édition de juin/juillet, le journal Le Québécois n'a pas bénéficié comme à l'accoutumée de l'appui financier du Bloc québécois, afin de «ne pas créer de houle en pleines élections fédérales», comme l'affirme le rédacteur en chef Patrick Bourgeois.

Le Québécois est habitué aux polémiques. Cette publication de la Société nationale des Québécois de la Capitale publie souvent des textes qui ont tout du coup de gueule. En mars dernier, un texte du cinéaste indépendantiste Pierre Falardeau se réjouissant du décès de l'ancien directeur du Devoir et ex-chef du Parti libéral du Québec, Claude Ryan, avait soulevé un tollé. Comme bailleur de fonds, le Bloc québécois avait tenté de prendre ses distances.

Pour la présente campagne électorale, il était hors de question «de prêter le flanc». «On a joué prudemment. Je ne voulais pas faire déraper la campagne, a souligné Patrick Bourgeois. [...] Ils n'ont aucun droit de regard, mais notre ligne éditoriale s'apparente à celles du Bloc et du PQ.»

Au Bloc québécois, on précisait hier que le parti n'avait pas pris ses distances du journal, mais ne voyait pas l'intérêt de prêcher à des convaincus. «Au niveau stratégique, ce n'était pas une priorité d'acheter de la publicité. C'est comme une paroisse qui annoncerait sa messe dans son feuillet paroissial», a fait valoir Chantal Bouchard de l'équipe des communications du Bloc.

Nouveau numéro

Dans le numéro qui paraît aujourd'hui, Le Québécois publie la première chronique de son nouveau collaborateur, Jacques Parizeau. Ce dernier ne commente pas l'actualité. Sa participation relève davantage de la pédagogie; il présentera les différentes facettes d'un Québec souverain.

Pierre Falardeau signe également un texte dans lequel il écorche tous ceux qui ne pensent pas comme lui. Il vilipende les libéraux dont le parti est devenu régional, «le parti de l'Ontario, le parti des loyalistes québécois, le parti des unionistes du West Island. Un parti ethnique. Une succursale de Power Corporation», écrit M. Falardeau.

Ce dernier s'en prend également à Yvon Deschamps (voir autre texte en page une), à Amir Khadir qui a tourné le dos au Bloc québécois et appuie le candidat du NPD dans Outremont et surtout à Françoise David qui a lancé récemment un mouvement politique. Pierre Falardeau ridiculise ce projet politique qui a des allures, selon lui, d'une «liste d'épicerie de groupes communautaires, plus près d'un catalogue de bons sentiments style "Mère Teresa" que d'un programme politique de gauche». Toujours tranchant, M. Falardeau considère qu'en ne s'affichant pas souverainiste, Françoise David tourne en rond. «Ça sent le fédéralisme renouvelé, asymétrique, coopératif ou rentable à plein nez. Comme du Claude Ryan de gauche», écrit-il.

***

Le présent article peut laisser croire que le Bloc a refusé de participer au financement du dernier numéro du Québécois. Ce qui n’est pas le cas. C’est bel et bien Le Québécois qui n’a pas approché le Bloc pour ce numéro, et ce, afin d’éviter de prêter le flanc à des attaques faciles de certains journalistes qui ne demandent pas mieux que de faire dérailler la machine du Bloc, machine qui roule présentement à un train d’enfer. Nous tenions à le préciser.

- La direction du Journal Le Québécois, Site du Conseil de la souveraineté, 15.4.2004





Matane devient une capitale mondiale du diamant

Henri Michaud
Le Soleil mardi 15 juin 2004

Matane - Le gouvernement Charest confie, au Cégep de Matane, la mission de devenir le Centre canadien de valorisation du diamant.

"Le dévoilement de la stratégie d'accélération de la mise en valeur du potentiel du diamant au Québec se concrétise par des investissements importants, a soutenu le premier ministre Charest hier à Matane. Globalement, c'est près de 20 M $ qui seront investis dans la région pour le développement de ce créneau."

Dans un premier temps, Québec injecte 350 000 $ dans la création du Centre canadien de valorisation du diamant. Ce dernier aura pour objectifs d'assurer le développement de l'expertise des entreprises québécoises et canadiennes afin de maximiser les retombées économiques, de former une main-d'oeuvre qualifiée et de s'impliquer dans des projets de recherche et de développement.

"L'industrie diamantaire va connaître un développement important au cours des prochaines années, a ajouté Jean Charest. Elle représente 7 milliards $ annuellement dans le monde, mais la transformation de ces diamants atteint un chiffre d'affaires annuel de 58 milliards $. Nous voulons être prêts lorsque que des mines québécoises ouvriront, vers 2010 ou 2011, si les indices se confirment. Cette annonce est un signe qui marque également la nouvelle orientation de notre gouvernement face aux deuxième et troisième transformations."

Exploitation

Deux mines de diamants sont actuellement en exploitation dans les Territoires du Nord-Ouest. De plus, des travaux de prospection se poursuivent en Alberta, au Manitoba, en Ontario et au Québec ou un diamant brut de quatre carats a été découvert, dans le secteur du Mont Otish, au nord de Chibougamau.

Investissement

L'annonce de la création du Centre canadien de valorisation du diamant s'accompagne d'un investissement privé important. Une entreprise indienne d'origine, Diarough, compte investir près de 18 millions $ dans l'aménagement d'une usine de taille à Matane. "Les relations avec le gouvernement local, les incitatifs mis de l'avant par le gouvernement provincial et la stabilité de la main-d'oeuvre ont facilité le choix de Matane", raconte M. Saurin Parikh, un des propriétaires de l'entreprise.

En 2005, 30 travailleurs

L'usine doit ouvrir ses portes en janvier 2005 et embaucher une trentaine de travailleurs. Ce nombre devrait atteindre 50 d'ici quelques années. à son rythme de croisière, l'entreprise prévoit produire 11 000 carats par année.

Cette annonce s'accompagne d'un programme de formation sur mesure. à la fin du mois, 17 personnes se rendront en Inde, puis en Thaïlande, pour apprendre leur nouveau métier. à leur retour, elles formeront une douzaine de travailleurs en plus de bénéficier d'un programme additionnel de formation de 18 mois, en entreprise. Les coûts sont évalués à 3,5 M $ dont 1,6 M $ proviendront d'Emploi-Québec.

Charest rassure

Par ailleurs, Jean Charest s'est rendu en Haute-Gaspésie pour une rencontre privée avec des décideurs. "Nous voulons envoyer un signal clair à la population. Nous nous occupons de la région et nous travaillons à son développement, a soutenu le premier ministre au sortir de la rencontre. Nous avons discuté de projets d'infrastructures, de forêt et de plusieurs dossiers dont Ink Bank. Ce projet de recyclage de cartouches d'encre) chemine et nous espérons le voir se concrétiser."

Le premier ministre a également reçu une mission : celle de convaincre les promoteurs de Sural d'installer leur usine de quartz synthétique à Cap-Chat. Ces derniers auraient, selon nos sources, abandonné le projet de 20 millions $ en raison de la lenteur de l'appareil gouvernemental et d'Investissement Québec.



BCP contre Lanctôt
Le Dossier noir des commandites reste en librairie

Caroline Montpetit
Le Devoir mardi 15 juin 2004

L’auteur Jacques Keable et son éditeur Jacques Lanctôt ont refusé catégoriquement hier après-midi de retirer des tablettes des librairies l’ouvrage Le Dossier noir des commandites, L’industrie de l’unité nationale contre la démocratie québécoise.

C'est ainsi que MM. Keable et Lanctôt, avec leur avocat Pierre Marquis, ont répondu à la firme de publicité BCP qui leur avait, par l'intermédiaire de leur avocat Gérald R. Tremblay, envoyé une mise en demeure demandant le retrait des livres des librairies avant 17h hier.

La firme BCP, présidée par John Parisella, estime que le livre de Jacques Keable va «bien au-delà» de ce qui a été trouvé sur la firme dans le rapport de la vérificatrice générale du Canada, rendu au mois de novembre 2003, expliquait hier le responsable du dossier chez BCP, Jean-Louis Dufresne. Dans sa mise en demeure, BCP parle de propos «diffamatoires et injurieux» à son égard.

D'abord, de l'avis des deux parties, l'agence de publicité BCP n'a pas été impliquée dans le scandale des commandites comme tel. La firme BCP accuse donc Lanctôt de faire preuve de diffamation en incluant certains passages traitant de la firme dans un ouvrage portant un tel titre.

«Le livre porte comme sous-titre : L'industrie de l'unité nationale contre la démocratie québécoise, explique pour sa part Jacques Keable. Dedans, il y a un chapitre qui est consacré aux commandites, et un autre qui est consacré à la publicité. Dans le chapitre sur les commandites, il n'est pas question de BCP.» Selon lui, son livre est un ouvrage politique et polémique, qui ne contient «aucune fausseté».

Rappelons que BCP a par ailleurs demandé à la vérificatrice générale de vérifier un passage de son rapport voulant que BCP ait été désigné comme «fournisseur principal» de Tourisme Canada. À ce jour, la vérificatrice n'est cependant pas revenue sur les affirmations contenues dans son rapport.

Par ailleurs, BCP réfute certaines allégations de Jacques Keable, comme celle, par exemple, laissant entendre que les contributions faites par BCP au Parti libéral fédéral ont été augmentées proportionnellement et postérieurement à l'augmentation d'un contrat.

«J'ai 68 ans, cela fait plus de 40 ans que je suis indépendantiste, dit Jacques Keable, pour justifier le propos de son livre. Depuis le début des années 60, le gouvernement fédéral a fait des interventions dans la politique de manière très souvent illégitime et très souvent illégale. C'est systématique depuis la création du Conseil de l'unité canadienne en 1964.» Le plus récent volet de cette entreprise est le scandale des commandites, croit Keable, qui ajoute par ailleurs que BCP a «la peau très sensible», et qu'«ils réagissent vite».

Chez BCP, on entendait hier consulter l'avocat de la firme pour discuter des mesures à prendre pour défendre la réputation de l'entreprise.



Des médias influencés par les puissants, selon les Canadiens

SRC lundi 14 juin 2004

Une étude nationale sur les médias révèle que 76 % des Canadiens croient que les journalistes et les organes de presse sont souvent influencés par les gens qui ont du pouvoir ou de l'argent.

Ces résultats, rendus publics lundi au Festival de télévision de Banff, font partie de la toute première étude indépendante de la crédibilité des médias du pays. La chercheuse Donna Logan, qui dirige la faculté de journalisme de l'Université de Colombie-Britannique, estime que les médias ont du travail à faire pour démontrer leur indépendance.

Selon elle, les Canadiens ont le sentiment que « les reporters sont influencés par les dirigeants gouvernementaux, les fonctionnaires, les organismes puissants et les gens qui ont de l'argent », une situation qu'elle juge dérangeante.

On a aussi demandé aux participants s'ils trouvent que la couverture des médias est juste et équilibrée, ce qui a donné les résultats suivants:

Souvent: 37 %
Parfois: 42 %
Rarement: 15 %
Jamais: 3 %

Mais selon Mme Logan, l'enquête révèle aussi des constats positifs. « Les Canadiens considèrent que les médias font un bien meilleur travail au Canada que ce que pensent les Américains de leurs propres médias », dit-elle.

Auparavant, les analystes des médias se servaient de statistiques américaines, présumant que les Canadiens partageaient les mêmes attitudes. Mais le sondage a mis en relief certaines différences.

Ainsi, 48 % des Canadiens sondés croient que les médias contribuent à résoudre les problèmes de société, tandis que 58 % des Américains pensent au contraire que les médias entravent la résolution des problèmes.

Et alors qu'un Canadien sur trois croit que les nouvelles sont souvent inexactes, plus de la moitié des Américains avouent douter de ce que les médias leur disent.

L'étude, menée par le Consortium de recherche sur les médias canadiens, est basée sur des entrevues de 20 minutes avec 3012 Canadiens, réalisées en novembre et décembre 2003.



Mulcair rouvre la porte aux exportations d'eau

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir mardi 15 juin 2004

Le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, a remis en question hier un des piliers de la Politique nationale de l'eau en rouvrant la porte aux exportations d'eau en vrac pour créer des emplois en régions, une porte fermée par Québec par une loi après un débat public de cinq ans et une commission d'enquête.

Invité hier matin comme conférencier par le Centre international Unisféra de Montréal, le ministre s'est dit prêt à rouvrir le débat sur cette question malgré l'engagement électoral de sa formation politique de respecter intégralement la Politique nationale de l'eau. Le ministre québécois de l'Environnement était invité à dresser son bilan de la gestion des politiques environnementales sous le régime de l'ALENA.

«Pour l'eau, a déclaré Thomas Mulcair, il y a un important débat qui doit avoir lieu là-dessus.» Il affirme ne pas partager les craintes de ceux et celles, comme Maud Barlow, du Conseil des Canadiens, qui estiment que les gouvernements vont perdre compétence sur la gestion de leurs ressources hydriques le jour où ils auront créé un précédent en en faisant des marchandises commerciales, conférant alors aux règles du libre-échange préséance sur leurs pouvoirs législatif et réglementaire.

Pour le ministre, l'utilisation des ressources hydriques des régions aux fins de développement économique est essentielle «si on veut occuper notre territoire autrement que par la recherche de ressources primaires, puis [de laisser filer les bénéfices de] leur transformation ailleurs». Cette question, suggère-t-il, pourra être de nouveau débattue dans les forums qu'organise le gouvernement dans les régions. Pour lui, la «gestion de l'eau sur une base régionale» fait partie des débats à faire.

Récemment, Thomas Mulcair déclenchait un tollé en laissant entendre qu'il serait prêt à relancer la filière des petites centrales si les gens des régions acceptaient de céder leurs chutes à des promoteurs car, ajoutait le ministre, il n'appartient pas aux gens du plateau Mont-Royal d'en décider à leur place. Les adversaires de cette logique ont fait valoir qu'il s'agissait de ressources nationales et que toute la collectivité, et non la région fiduciaire, devait statuer sur leur sort.

Mais Thomas Mulcair persiste dans sa logique : «Est-ce que, régionalement, les gens ne pourraient pas, en s'appuyant sur un règlement, aller chercher quelque chose en exploitant la ressource eau d'une manière sécuritaire, d'une manière correcte, d'une manière susceptible d'assurer la qualité et la pérennité de la ressource ? Ou est-ce que ce débat est tabou ? Moi, je ne fais pas beaucoup dans les tabous !»

Le ministre a ensuite abordé de façon plus explicite la question des exportations d'eau en vrac, dont il a ridiculisé les règles actuelles. Il s'est ainsi demandé si c'était «rationnel» de limiter par règlement l'exportation d'eaux embouteillées dans des formats de 20 litres maximum. Quelle logique y a-t-il à autoriser par règlement 500 camions chargés de contenants d'eau de 20 litres et à interdire un seul camion citerne rempli d'eau, sous prétexte qu'il s'agit d'eau en vrac, demande le ministre ? Québec a institué par loi en 1999 un moratoire sur l'exportation d'eau en vrac pour deux raisons. Le gouvernement ne voulait pas que les eaux en vrac deviennent des «marchandises» au sens de l'ALENA pour fermer la porte aux exportations massives d'eau potable par camion, par trains et navires et peut-être même par pipeline. Une fois les eaux en vrac devenues une marchandise, Québec ne pourrait plus faire machine arrière et serait, selon plusieurs juristes, et cela même en période de pénurie, obligé de partager ses ressources hydriques avec les intérêts étrangers. Enfin, Québec a voulu limiter les exportations à des formats commerciaux afin que les exploitants ne puissent siphonner la ressource et la transformer en produit commercial ailleurs.

Pour Thomas Mulcair, le débat sur l'exportation d'eau en vrac doit néanmoins être teinté de prudence. Après avoir répondu à un des participants que l'ALENA ne menaçait pas, à son avis, la compétence des gouvernements sur leurs ressources hydriques, le ministre de l'Environnement reconnaît néanmoins l'existence de certains risques à créer le précédent d'exporter en vrac.

«Si une analyse rigoureuse, dit-il, indique qu'on risquerait de se mettre dans une position où en créant le précédent avec toutes les autres règles qui s'ensuivent sur le traitement national, etc., si là, on se rendait compte que ça affecte notre capacité de gérer notre propre ressource, ça ferait partie de notre propre analyse. Jamais on ne se mettrait dans une position où on ne pourrait protéger la ressource.»

Pour le ministre Mulcair, l'ALENA a eu beaucoup d'effets bénéfiques en jetant par terre des barrières qui empêchaient, par exemple, les professionnels d'exercer leur métier partout en Amérique. Les craintes généralement entretenues à l'égard du traité de libre-échange et de ses dispositions environnementales lui apparaissent en général non fondées et il en conclut même qu'il y a eu une «amélioration générale de la situation». Le Québec, dit-il, continuera de profiter de ce forum continental et le fera encore pour se plaindre notamment des émissions polluantes que ses voisins lui envoient par la voie des airs.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

DUCEPPE, HAUT LA MAIN

Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 15 juin 2004

Le débat des chefs du 14 juin dernier, en préparation du scrutin fédéral qui se tiendra le 28, a permis aux Québécois de constater à quel point le chef du Bloc québécois maîtrise ses dossiers. De tous les aspirants présents à l’événement, Gilles Duceppe fut le seul à utiliser des preuves concrètes pour appuyer ses arguments. Les autres se sont contentés de vagues promesses, d’attaques évasives, bref, de tous les clichés classiques qui motivent l’électorat à rester chez-soi le jour du vote.

J’étais d’ailleurs de ceux-là lors des deux dernières élections fédérales, si ma mémoire est bonne. Pas très élégant comme geste j’en conviens. J’en avais marre du cul-de-sac politique établi depuis 1995 et préférait bouder ce vote étranger qui consacre la tutelle de l’Assemblée nationale du Québec. Le Bloc québécois constituait alors à mes yeux un rempart pour me protéger des intrusions fédérales sans plus. Cette fortification m’apparaissait donc incapable d’offensives, de revendications pour les miens. Comme beaucoup de Québécois, j’en étais convaincu jusqu’à ce que le scandale des commandites, l’existence d’une caisse secrète servant à financer la propagande fédérale et l’usurpation des recettes fiscales du Québec par Ottawa soient débusqués par les députés bloquistes. Quel travail de la part de ces souverainistes! J’irai voter le 28 juin prochain.

Les médias québécois sont peu nombreux à reconnaître que Gilles Duceppe a remporté ce débat. On raconte plutôt que la joute oratoire était terne et qu’il n’y a pas eu de véritable gagnant. Paul Martin, en difficulté depuis le début de la campagne électorale, semble même hériter de la pitié de certains politologues : ils hésitent à lui porter le coup de grâce qu’il mérite, de peur d’être accusés par la suite d’avoir achevé un mourant. Combien d’analystes ont pourtant prédit que le chef libéral sortirait difficilement « vivant » du débat? Certes, finalement, Paul Martin n’a pas été envoyé au tapis. Reste qu’il n’est jamais parvenu à s’extirper des câbles. Force est de conclure qu’il a donc échoué dans sa tentative de remettre son parti sur les rails pour terminer la campagne électorale. En ce qui a trait les deux autres chefs; ils devront miser sur le débat de langue anglaise pour espérer faire des gains au Canada au dépend de Paul Martin. Au Québec, Jack Layton et surtout Stephen Harper ne séduisent qu’une poignée de Québécois. Ce dernier propose un programme politique qui frise l’insulte tellement il se situe aux antipodes de leurs valeurs. Étonnant qu’il se trouve quand même quelques Québécois qui le suivent.

Tous savaient que le chef du Bloc québécois se présenterait avec un blindage redoutable à ce débat. Voilà une certitude qui lui a presque nui étant donné que cette longueur d’avance lui conférait la victoire avant même le début des hostilités. Peut-être est-ce pourquoi plusieurs analystes ont fait montre d’une retenue malhonnête pour reconnaître l’avantage de monsieur Duceppe sur ses rivaux. C’est à se demander s’ils lui reprochent de s’être trop bien préparé pour l’événement! Bien que la souveraineté ne soit pas l’enjeu du présent scrutin, le débat des chefs a tout de même prouvé que le Québec recule parce que soumis aux règles fédérales. Dommage que Gilles Duceppe n’ait pas conclu la soirée en déclarant que seule la souveraineté assurera le Québec d’un développement optimal, invitant du même souffle les fédéralistes qui le soutiennent à y réfléchir.



TRIBUNE LIBRE

Mais ça ne faisait que commencer...

Nic Payne
TRIBUNE LIBRE 15 juin 2004

Voici quelques petits chiffres amusants au sujet de la couverture par le Téléjournal de Radio-Canada du débat des chefs le soir du 14 juin : Pendant l'introduction du téléjournal, nous avons pu voir Paul Martin pendant 43 secondes, Gilles Duceppe pendant 12 secondes, 3 secondes pour Jack Layton et 2 secondes, de dos, pour Stephen Harper.

Puis, le reportage de Daniel Lessard qui suivait donnait à M. Martin une belle exposition de 92 secondes, contre 53 secondes pour m. Harper, 47 secondes pour m. Duceppe et 27 secondes à m. Layton.

Jusque là, m. Martin dominait comfortablement, d'autant plus que les extraits choisis le faisaient bien paraître dans la grande majorité des cas. Mais ça ne faisait que commencer...

En effet, dans l'analyse qui a suivi, messieurs Derome et Lessard ont prononcé les noms Martin 9 fois, Harper 2 fois seulement, et Duceppe et Layton une misérable petite fois chacun. Si les commentaires étaient pour la plupart positifs, sauf pour m. Layton dont on a dit qu'il ne faisait que de la figuration dans ce débat, on atteignait des sommets dans le cas de m. Martin, m. Lessard affirmant même que '' s'il y a un gagnant, c'est peut-être monsieur Martin... ''.

Il a fallu attendre 33 minutes pour qu'on effleure peut-être un peu plus la réalité, quand les deux analystes du Point, une francophone et un anglophone, ont déclaré à l'unisson m. Duceppe détenteur d'un net avantage. Sauf que si la réputée et crédible chroniqueuse Chantal Hébert a fait montre de beaucoup de mesure et de retenue, l'analyste anglophone, lui, donnait plus franchement dans l'éditorial, qualifiant les attaques de m. Duceppe de démagogiques, et affirmant que '' le Bloc québécois ne sert à rien ''. On aurait voulu chanter : '' Comme d'habituuuuude... ''.

Notons aussi que m. Derome et l'ensemble de ses interlocuteurs en début d'émission, ont parlé de m. Martin pendant un total de deux minutes huit secondes, prononçant son nom 23 fois, contre un petit 34 secondes pour m. Duceppe, dont on a prononcé le nom quatre fois seulement. Même Stephen Harper n'approchait pas vraiment m. Martin, avec une minute quarante secondes d'attention, et son nom prononcé 13 fois. Jack Layton bénéficiait quant à lui de 51 secondes d'intérêt, au cours desquelles on a entendu son nom six fois, sauf qu'il fut le seul à recevoir des commentaires franchement négatifs.

Vous trouvez cette salade de chiffres indigeste ? Il faut pourtant reconnaître que, au cumulatif, m. Martin a occupé à lui seul dans ce téléjournal un espace équivalant à 80% de celui accordé à ses trois adversaires réunis, et ce n'est pas parcequ'on l'y critiquait plus que les autres...



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

L'UFP demande à Charest d'intervenir

COMMUNIQÉ DE PRESSE DE L'UNION DES FORCES PROGRESISTES
14 juin 2004