Actualité





Moins d'argent à la Fête nationale : Le ministre invoque la crise du logement

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 17 juin 2004

Québec - C'est par solidarité avec les victimes de la crise du logement du 1er juillet prochain que le gouvernement Charest a procédé à des coupes dans le budget de la Fête nationale, un geste qui a entraîné l'annulation du traditionnel défilé de nuit de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal.

C'est du moins l'explication qu'a fournie hier le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale. «La semaine d'après [le 24 juin], il y a des problèmes importants à l'égard du 1er juillet: la crise du logement. Et si la Fête nationale est une fête de solidarité des Québécois, je pense que le moins qu'on puisse faire, c'est se dire qu'on est capables d'avoir des budgets pour la fête et, en même temps, penser à ceux qui ne feront pas la fête la semaine d'après», a dit le ministre en réponse à une question du député de Labelle, Sylvain Pagé.

M. Pagé déplorait que le gouvernement ait décidé de réduire de 15 % les subventions destinées à l'organisation de la Fête nationale, une coupe de plus de 650 000 $. Le ministre a plutôt parlé d'une compression de l'ordre de 500 000 $ et d'une enveloppe qui s'établit maintenant à 3,5 millions. À son cabinet, on a toutefois confirmé qu'une somme additionnelle de 150 000 $ avait été retranchée d'une subvention de 200 000 $ consentie par le Fonds de la métropole.

En 2000, sous le gouvernement Bouchard, à l'occasion du millénaire, le budget alloué à la Fête nationale était passé de 2,1 millions à 4,2 millions. La Fête du Canada, qui a lieu pendant la crise du logement, dispose d'un budget de cinq millions pour l'ensemble du Québec.



Duceppe superstar

Alec Castonguay
Le Devoir vendredi 18 juin 2004

Le chef bloquiste fait bonne impression, même au Canada anglais

La popularité du chef bloquiste Gilles Duceppe à l'extérieur du Québec est spectaculaire depuis ses bonnes performances aux débats des chefs en début de semaine. L'organisation du Bloc a reçu des dizaines de courriels d'encouragement d'anglophones, alors que M. Duceppe doit multiplier les entrevues dans les médias du Canada. Plus étonnant encore, le Bloc apparaît maintenant sur l'écran radar des intentions de votes en Colombie-Britannique (3 %), au Manitoba (1 %) et en Saskatchewan (1 %)! Même le prestigieux New York Times se met de la partie et envoie son seul journaliste de la campagne électorale pour suivre le Bloc.

Gilles Duceppe photographié mercredi soir, lors d’un rassemblement partisan au Spectrum de Montréal. Agence Reuters

Si le Bloc reçoit régulièrement des courriels, positifs et négatifs, en provenance de plusieurs provinces durant l'année, la situation n'équivaut en rien à la décharge d'enthousiasme et de respect qui se manifeste depuis trois jours. «Juste hier, nous avons reçu une centaine de courriels d'anglophones du reste du Canada et ça continue à entrer, lance Louis Aucoin, directeur des communications pour le Bloc durant la campagne. Il y a des gens qui nous félicitent d'être le seul parti de gauche au pays, parce qu'ils n'aiment pas le NPD. D'autres veulent être candidats et se demandent pourquoi le parti n'est pas présent ailleurs qu'au Québec. C'est impressionnant et surprenant.»

La souveraineté

Et la souveraineté, cela ne rebute pas les Canadiens que le Bloc veuille quand même séparer le pays ? «Ça ne semble pas les déranger, il y a une forme de respect», dit-il. Le Devoir a pu consulter des dizaines de ces commentaires qui viennent d'anglophones de l'extérieur du Québec, question de voir leur réaction. Quelques messages devaient être mis en ligne sur le site Internet du Bloc en fin de soirée hier. Quelques exemples : «Je souhaite que le peuple canadien trouve un chef aussi compétent et admirable que celui que les Québécois ont la chance d'avoir. Si M. Duceppe était dans la course pour le poste de premier ministre, je voterais pour lui sans hésitation.» Signé R. B., Ontario.

«Cher M. Duceppe, Ce soir, j'ai regardé le débat. Je veux vous laisser savoir que vous avez été très impressionnant. Votre participation a amené une touche de classe et décidément, d'intelligence à ce débat.» A.B.

«Je suis de la Nouvelle-Écosse et j'ai suivi avec intérêt le débat des chefs en anglais. Je pense que le gagnant de la soirée était Gilles Duceppe. Le Québec sera bien servi par cet éloquent politicien.» E.W. Greenwood, Nouvelle-Écosse.

«Bonjour de l'Alberta. J'ai été très impressionné par le Bloc Québécois lors du débat et je sais qu'il ne formera jamais le gouvernement. Cependant, je crois que le Bloc est le meilleur parti pour former l'opposition officielle.» E.W. Sherwood Park, Alberta.

Et ainsi de suite. Le Bloc en reçoit une douzaine par jour depuis lundi soir, avec un sommet d'une centaine de courriels le lendemain du débat en anglais. Un respect et une admiration chez plusieurs anglophones, qui se reflète même dans les sondages. Hier, un coup de sonde Léger marketing du Journal de Montréal et de la chaîne de journaux Sun montrait que le reste du Canada jugeait que le gagnant du débat en anglais était Stephen Harper (26 %), devant Paul Martin (20 %) et Gilles Duceppe (12 %). Le chef du Bloc devance ainsi Jack Layton de 4 %, puisque seulement 8 % des 895 répondants estiment que le chef du NPD sort vainqueur de la confrontation.

D'ailleurs, la chaîne de télévision Global faisait voter des gens dans une grande salle à chaque segment du débat des chefs en anglais, question de tâter le pouls du public. Gilles Duceppe a remporté plusieurs échanges, dont les deux premiers, soit les plus écoutés au pays.

La firme SES Research, qui fait les sondages pour la chaîne de télévision parlementaire CPAC, laisse voir une fracture depuis le premier débat des chefs. Alors que le parti souverainiste ne récoltait aucune intention de vote dans le reste du pays -- normal, puisque le Bloc n'y présente aucun candidat -- le Bloc va maintenant chercher des appuis en Colombie-Britannique (3 %), en Saskatchewan (1 %) et au Manitoba (1 %). «C'est un peu fou, concède Louis Aucoin. Je ne sais pas ce qu'il se passe en Colombie-Britannique, mais la majeure partie des courriels qu'on reçoit viennent de cette province.»

Le directeur des communications du Bloc ajoute qu'il y a beaucoup de demandes d'entrevues de la part du Canada anglais depuis quelques jours. D'ailleurs, signe de la curiosité grandissante, la chaîne de journaux Sun, qui appartient à Quebecor, vient tout juste d'envoyer une journaliste pour suivre le Bloc quelques jours. Et le prestigieux quotidien New York Times vient de décider d'affecter un journaliste la semaine prochaine pour accompagner Gilles Duceppe. Le journal américain ne suivra qu'un parti : le Bloc. Évidemment, la possibilité d'un gouvernement minoritaire avec la balance du pouvoir au parti souverainiste contribue aussi à la couverture médiatique plus large.

En fin de journée hier, Gilles Duceppe donnait une grande entrevue à National, le pendant anglophone de l'émission Le Point, au réseau CBC. Si les questions d'actualité ont occupé une bonne partie de l'entrevue, plusieurs questions visaient seulement à faire découvrir l'homme.

Cette popularité semble donner une aisance et une confiance inébranlable au chef bloquiste. Durant l'entrevue au National, il a clairement dit à son auditoire anglophone espérer un référendum sur la souveraineté d'ici cinq ans, pour ensuite affirmer, pour la première fois de la campagne, qu'il aura «une majorité de sièges au Québec». «J'en suis sûr, a-t-il dit. Je ne sais juste pas combien nous aurons de députés.»

Cette popularité réjouit le chef bloquiste, qui se dirige vers un couronnement le 28 juin. Un succès bienvenu «après les moments difficiles que j'ai vécus [lors de la campagne électorale] en 1997. Je suis fier de tout ce qui m'arrive, j'ai travaillé dur pour ça.»



Les indépendantistes québécois en passe de devenir "faiseurs de roi"

Jean-Louis PANY
AFP International

MONTREAL, 16 juin (AFP) - Les indépendantistes québécois, que l'on disait moribonds il y a un an, peuvent aujourd'hui espérer détenir les clefs du pouvoir à Ottawa, quel que soit le vainqueur des élections fédérales canadiennes du 28 juin prochain.

"Il est fort possible qu'ils aient la balance du pouvoir", estime Alain Gagnon, professeur au département de science politique à l'université du Québec à Montréal (UQAM).

Au vu des sondages, un fait semble assuré: aucun des deux grands partis n'aura la majorité absolue des 308 sièges de la Chambre des Communes et il leur faudra séduire les indépendantistes.

Emmenés par le Premier ministre sortant Paul Martin, les libéraux surnagent autour de 30% des intentions de vote, minés par les scandales et l'usure du pouvoir après plus de dix ans à Ottawa. Les conservateurs de Stephen Harper peuvent espérer quelques points de plus.

L'un comme l'autre devra trouver une alliance avec une autre formation pour pouvoir gouverner.

Le conservateurs partent avec un handicap. Même s'ils remportaient le plus grand nombre de sièges, "ils ne peuvent faire alliance avec personne". Flambeau d'une "droite très ferme, ils sont isolés", relève Alain Gagnon.

Ce n'est pas le cas des libéraux, dont les idées centristes ne sont pas incompatibles avec celles du Nouveau parti démocratique (NPD) de Jack Layton, écolo-gauchiste, crédité de 15% à 20% des intentions de vote.

Mais, selon les projections, cela ne sera encore pas assez pour obtenir la majorité absolue.

C'est là que les indépendantistes québécois entrent en scène.

Le Bloc Québécois, dirigé par Gilles Duceppe, représente une incongruité sur la scène fédérale: créé uniquement pour défendre les intérêts du Québec sur les bancs de la Chambre des Communes à Ottawa, il ne présente des candidats que dans la province francophone.

Mais le Québec est la province la plus peuplée après l'Ontario et dispose à ce titre de 75 sièges dont le Bloc peut espérer rafler plus de 60 selon les derniers sondages, soit quelque 20% des députés nationaux. Du jamais vu.

Quasi-absents du Québec, les conservateurs ont déjà fait les yeux doux au Bloc Québécois.

Mais, lors du premier débat télévisé, son leader Gilles Duceppe leur a fermé la porte au nez en énumérant son opposition aux dossiers sur lesquels Stephen Harper est accusé de vouloir revenir en arrière: la ratification du protocole de Kyoto sur le réchauffement de la planète, le bilinguisme, le droit à l'avortement ou le mariage des couples homosexuels.

Les conservateurs devraient donc mettre beaucoup d'eau dans leur vin pour conquérir cet allié improbable. Qui plus est, le Bloc clame haut et fort qu'il n'a pas vocation à gouverner et Gilles Duceppe répète à l'envi son seul crédo: "si c'est bon pour le Québec, on appuie".

Une alliance libéraux-NPD pourrait en revanche chercher plus naturellement appui auprès des indépendantistes.

"Le Bloc est à gauche, à peu près là où le NPD se trouve au niveau fédéral, et ils peuvent se solidariser sur un ensemble de dossiers", souligne Alain Gagnon.

Sans entrer au gouvernement, le Bloc apporterait les voix nécessaires à la Chambre où il serait en mesure de dicter son agenda: forcer le gouvernement fédéral à reverser davantage d'argent aux provinces, contraindre l'Ouest pétrolier à se plier au protocole de Kyoto, donner priorité à la santé, renflouer la caisse d'assurance-emploi...

Pousser l'indépendance? pour l'instant, Gilles Duceppe assure que c'est un débat qui se tient au niveau provincial, à Québec.

Depuis sa création en 1990, c'est en tout cas la première fois que le Bloc Québécois se trouve en position de "faiseur de roi", une belle revanche pour les indépendantistes dont la formation provinciale, le Parti Québécois, avait été laminée aux élections de la province l'an dernier.



Sauve-qui-peut témoignage

J - Jacques Samson
Le Soleil jeudi 17 juin 2004

Chronique politique - Depuis 24 heures, c'est le sauve-qui-peut chez les candidats libéraux au Québec en vue des élections du 28 juin. Paul Martin devait en effet s'imposer avec une performance éclatante durant le débat de lundi pour redresser des intentions de vote qui tombent en vrille et satisfaire le besoin de changement éprouvé par trois électeurs potentiels sur quatre. Il n'y est pas parvenu. J'ai donc pensé rédiger un petit guide de survie à l'intention des honnêtes candidats susceptibles d'être balayés par le raz-de-marée annoncé.

Un noyau dur d'une vingtaine de comtés sont acquis aux libéraux, quoiqu'il advienne. Ces châteaux forts de l'ouest de Montréal, de l'Outaouais ou de l'Estrie, sont détenus pour plusieurs par des vedettes que leur chef voulait mettre à l'abri de tous les aléas. Celles-ci n'auront aucun mérite pour avoir conservé leurs sièges, alors qu'elles font pourtant partie, pour plusieurs, des problèmes qui valent aux libéraux le désaveu de la population. L'image du PLC au Québec sera donc encore plus mauvaise après la perte de plusieurs comtés qu'elle ne l'est actuellement. Le même phénomène est vérifiable pour le Parti libéral du Québec lorsque celui-ci se retrouve dans l'opposition. Son caucus est alors dominé par des députés anglophones et allophones et le parti doit reconstruire complètement en régions. Or cela se révèle encore plus difficile dû au fait que les citoyens de ces mêmes régions ne s'identifient aucunement dans les membres restants de l'aile parlementaire libérale.

Paul Martin ne court évidemment aucun risque, tout comme les Jean Lapierre, Liza Frulla, Pierre Pettigrew, Lucienne Robillard, Irwin Cotler, Stéphane Dion, Denis Coderre, Jacques Saada et autres. Mais ces gens sont associés à l'usure du pouvoir, à l'arrogance qui a caractérisé les dernières années et aux manoeuvres de mauvais goût durant la présente campagne, pour le conserver coûte que coûte.

Par contre, de bons députés du "Québec profond", pour reprendre l'expression malheureuse utilisée par le ministre Pierre Pettigrew, seront injustement les premières victimes de la vengeance des Québécois. Je pense aux Georges Farrah, des Îles-de-la-Madeleine, Christian Jobin, à Lévis, Claude Duplain, dans Portneuf, Claude Drouin, en Beauce, quoique ce dernier soit sûrement moins menacé, à Serge Marcil, de Beauharnois, et à un ou deux autres.

Voilà pourquoi, à partir d'aujourd'hui, le chacun pour soi est tout ce qui reste aux humbles candidats du PLC qui n'ont pas un gilet de sauvetage réservé, comme leurs collègues chouchous de l'ouest de Montréal. Il leur faut donc se détacher des stratégies dites "nationales", des lignes de presse aussi ridicules que démagogiques des Lapierre ou Frulla, prendre leurs distances de la publicité noire imposée par des pseudo-experts ontariens désemparés et qui ignorent tout des Québécois et de leur culture politique.

Ces bons candidats, déjà des députés appréciés dans certains cas, doivent se rappeler humblement aux bons souvenirs de leurs partisans passés ; ils doivent miser sur leur travail de terrain, leur ancrage dans le milieu, la connaissance acquise des besoins, l'avancement des dossiers locaux qu'il serait un peu bête de gaspiller, pour enfin suggérer aux électeurs, toujours en toute modestie, de voter pour eux et non pour le PLC, s'ils en sont maintenant incapables. L'humilité devrait colorer profondément toute la démarche. L'arrogance des grandes gueules libérales est devenue intolérable.

Dans la région de Québec, il peut même être très rentable de renier la députée-ministre-stratège improvisée Hélène Scherrer et Dennis Dawson, trop identifiés aux magouilles interminables pour faire culbuter Jean Chrétien et trop connus comme des stratèges nationaux de cette erratique campagne qui a accéléré leur chute à tous. Ceux-ci sont d'ailleurs eux-mêmes en difficulté, malgré toutes les ressources à leur disposition, ce qui est très révélateur quant à l'ampleur du désastre appréhendé. Il n'y a donc plus aucun intérêt pour d'autres candidats à être perçus comme des proches de ces deux vedettes qui auraient été assurées d'une influence déterminante dans un gouvernement libéral. Elles seront au contraire les cibles de toutes les dénonciations le 29 juin, si le balayage annoncé se produit. Vaut mieux se tenir loin des règlements de comptes.

Les loyautés ne sont que circonstancielles en politique et éphémères. Ne vous demandez plus ce que vous pouvez faire pour le chef et ses acolytes égoïstes mais ce qu'ils peuvent faire pour vous. Comme la réponse sera zéro, ou pire encore qu'ils s'effacent du décor pour arrêter de contaminer votre électorat, vous devez quitter ce navire sans remords. Rien ne vous oblige à couler avec lui !

Cette chronique m'a été inspirée, et en partie dictée, par des candidats, députés et organisateurs libéraux malheureux qui ne méritent pas d'être emportés par une vague et avec lesquels je sympathise. Ils ont déjà commencé à appliquer cette recette.

Le 28 juin, il ne faudra pas voter seulement avec ses émotions et dans un seul esprit de vengeance mais avec sa raison ce qui veut dire ne pas châtier aveuglément des innocents. Épargnons les bons éléments.

JJSamson@lesoleil.com



Démocratie à la carte

Drouilly, Pierre; Gagnon, Alain-G.
Les auteurs sont respectivement professeur au département de sociologie et professeur au département de science politique de l'UQAM.
La Presse jeudi 17 juin 2004

Les référendums de dimanche remettent en question la cohésion sociale qui caractérise le Québec



Au lendemain de la fermeture des registres ouvrant la voie à la tenue de 89 référendums sur les défusions municipales, le premier ministre Jean Charest voyait dans ces résultats une victoire pour la démocratie. Une analyse approfondie montre au contraire qu'il s'agit, à quelques exceptions près, de la domination des intérêts des riches sur le devenir collectif.

Le gouvernement de Jean Charest confirme ainsi son parti pris à l'égard des mieux nantis, tout en privilégiant des intérêts particuliers. La tenue prochaine de cette multitude de référendums offre l'occasion de faire le point tant sur les avancées de la démocratie municipale et la volonté de vivre ensemble que sur les projets d'une citoyenneté commune au sein des nouveaux ensembles de proximité proposés par le gouvernement du Parti québécois au cours de son dernier mandat.

À la faveur d'un vent d'individualisme, les libéraux ont profité de la grogne des biens nantis et de la frustration des résidants des communautés anglophones établies pour augmenter leurs chances de gains politiques lors du scrutin provincial d'avril 2003. À courte vue, la position libérale contribue à remettre en question la cohésion sociale qui caractérise le Québec depuis les années 1960 et incite les anglophones montréalais à se faire les porte-étendards du multiculturalisme canadien, fondé sur la juxtaposition des groupes ethniques, plutôt qu'à se solidariser avec le projet interculturel québécois qui est vu comme une avancée majeure dans l'ensemble des démocraties libérales qui ont fait de la gestion de la diversité culturelle et de l'affirmation citoyenne des priorités incontournables.

Dans la foulée de la Loi 9, adoptée par le gouvernement Charest à la suite d'une promesse électorale, 213 registres ont été ouverts à travers le Québec pour enclencher le processus de démembrement municipal. Cela concernait 58 % de la population. Des 3 222 616 électeurs inscrits, 234 159 ont signé les registres, soit 7,3 % (mais 4,3 % de l'ensemble des électeurs du Québec).

Dans 124 municipalités, représentant 70 % de la population visée par la demande de démembrement, le nombre de signatures n'a pas atteint les 10 %: 34 648 personnes ont signé les registres dans ces municipalités, et ils n'y représentaient que 1,6 % du total des électeurs inscrits.

Dans les 89 autres municipalités, dont la population représente 17,5 % de la population du Québec, 199 511 personnes ont signé les registres, soit globalement 20,2 % des électeurs inscrits. Le pourcentage de signatures ayant dépassé 10 % dans chacune de ces municipalités, il s'y tiendra donc un référendum le 20 juin prochain.

Une microdémocratie?

Cette vaste opération de consultation a introduit un concept nouveau dans la société québécoise, que nous appelons la microdémocratie. La situation est parfois tout à fait irréelle: 38 signatures ont suffi pour imposer un référendum à L'Île-Dorval, 39 à Métis-sur-Mer, 41 à Parent, 57 à La Croche, 72 à Saint-Jean-Baptiste, 74 à Lac-Tremblant-Nord, 83 à Gallix, 87 à Lac-Édouard, 97 à Saint-Luc-de-Matane, et 99 à Saint-Jean-des-Piles. En fait, il n'y a que 7 municipalités référendaires qui ont plus de 44 000 électeurs, soit la taille moyenne d'une circonscription électorale du Québec, qui elle n'a que le droit d'élire un député tous les quatre ans. À quand un référendum auprès des riverains de la rue Saint-Denis qui demeurent entre Bellechasse et Beaubien, ou ceux de la rue des Remparts à Québec? ou des propriétaires de condominiums de luxe situés à proximité de Westmount?

Nous sommes loin de l'esprit de solidarité et de partage qui devrait animer les rapports entre l'ensemble des citoyens du Québec. Où nous conduit cette démocratie à la carte? (...)

L'égoïsme fiscal des riches

Des 89 anciennes municipalités dans lesquelles se tiendra un référendum, plus de la moitié d'entre elles (48 sur 89), ont selon le recensement de 2001, un revenu familial moyen supérieur à celui de l'ensemble du Québec; et presque les trois-quarts des municipalités (91 sur 124) dans lesquelles ne se tiendra pas de référendum ont un revenu familial inférieur à celui de l'ensemble du Québec.

Évidemment, comme les villes défusionnistes se concentrent en milieu métropolitain (57 sur 89), dans lequel le revenu est généralement plus élevé, notre remarque ne pourrait que refléter l'inégalité des revenus entre les grandes villes et les régions. Comparons donc les revenus moyens familiaux des municipalités défusionnistes avec celui de leur ville centrale (à laquelle on attribue la valeur 100: on rapporte alors le revenu pour chaque ancienne municipalité à la valeur 100 pour obtenir un indice qui sera inférieur ou supérieur à 100 selon que les anciennes municipalités ont un revenu en-deça ou au-delà de celui de leur ville centrale).

Le cas le plus exemplaire est celui de Longueuil: les trois anciennes municipalités qui ont signé le registre à plus de 30 %, sont celles qui ont les revenus familiaux les plus élevés, Saint-Lambert (indice =190), Saint-Bruno (indice =160), Boucherville (indice =155). Elles sont suivies de Brossard (indice =126) où on a signé à 26 %. Par contre Saint-Hubert (indice =106) et Lemoyne (indice =72) ont signé à 2 % environ, et resteront dans Longueuil.

Même scénario à Québec: les plus forts pourcentages de signature ont été enregistrés à L'Ancienne-Lorette (indice =122), Saint-Augustin-de-Desmaures (indice =162), Sillery (indice =215), Lac-Saint-Charles (indice =107), Sainte-Foy (indice =133), Cap-Rouge (indice =178). Les plus faibles taux de signature ont été enregistrés à Loretteville (indice =110), Beauport (indice =113), Val-Bélair (indice =106), Charlesbourg (indice =112), Saint-Émile (indice =114). Vanier fait figure d'exception, avec 17 % de signatures mais un indice égal à 78. Toutes les autres municipalités ont des indices supérieurs à celui de Québec.

Dans les autres grandes villes du Québec, le même type de relation existe, mais parfois de manière moins nette: c'est le cas à Lévis, à Shawinigan, à Sherbrooke et à Gatineau. Par ailleurs, notre analyse explique pourquoi Saguenay et Trois-Rivières ne connaîtront pas de référendum: les écarts de revenu y sont très faibles. À Saguenay, ils varient de 84 à 104, et à Trois-Rivières de 94 à 120. Le gradient du revenu était trop faible pour y générer un vent de contestation de fusions.

À Montréal, les choses se passent de la même façon, mais doublées d'un enjeu linguistique.



Le bulletin de l'opposition

Michel David
Le Devoir jeudi 17 juin 2004

Le député de Gouin, André Boisclair, jette peut-être ses derniers éclats avant de prendre congé de la politique pour une période indéterminée. Il a un peu dérapé quand il a crié au «profilage racial» à propos du projet de loi visant à permettre au gouvernement de mieux contrôler la provenance géographique des immigrants, mais il sera difficile à remplacer comme leader parlementaire. A-.

François Legault (Rousseau) a réussi à obtenir du ministre des Finances l'engagement d'adresser à Ottawa une lettre réclamant officiellement le transfert de la TPS, qui n'a finalement jamais été postée. Rappelé à l'ordre par son chef, M. Séguin est devenu moins revendicateur depuis quelque temps, mais le mal est fait. B.

Pauline Marois (Taillon) a en commun avec son collègue et rival d'être opposée à un ministre, Pierre Reid, qui n'a besoin de personne pour se mettre les pieds dans les plats. Mme Marois maîtrise suffisamment les dossiers de l'éducation pour se dispenser d'élever la voix à tout propos. Peut-être compense-t-elle ainsi sa discrétion dans les affaires internes du PQ. B.

***

Mario Dumont (Rivière-du-Loup) a mis des mois à se remettre de la raclée qu'il a prise aux élections du 14 avril 2003, mais il a fini par retrouver son aplomb. Soit, sa contribution aux travaux parlementaires n'a pas été exemplaire au cours de la session, mais l'ADQ a de nouveau franchi la barre des 20 % dans les sondages et peut maintenant espérer être reconnue comme parti officiel à l'Assemblée nationale, avec tous les avantages que cela comporte. B.

«Petit à petit, le ruisseau perce le rocher», disait Claude Ryan. Louise Harel (Hochelaga-Maisonneuve) commence à grignoter la cuirasse de Philippe Couillard, dont l'étoile a quelque peu pâli. Les porte-parole de l'opposition en matière de santé ne connaissent cependant de véritable succès qu'à partir du moment où le ministre perd la confiance du réseau. Ce n'est pas encore le cas. B-.

Véritable batailleuse de rue, Diane Lemieux (Bourget) semble plus à l'aise dans l'opposition qu'au pouvoir. Ses coups ratent souvent leur cible, mais elle a réussi mieux qu'à l'automne dernier à faire ressortir quelques-unes des lacunes les plus flagrantes de la loi encadrant le processus de défusions municipales, de même que le caractère improvisé, au point d'en devenir loufoque, des forums régionaux. B-.

Si modérée qu'elle soit, la lettre adressée aux chefs de parti fédéraux a contredit Daniel Turp (Mercier), qui soutenait que le Conseil de la fédération ne serait d'aucune utilité dans le débat sur le déséquilibre fiscal. Il a mieux réussi dans ses efforts pour démontrer l'insignifiance de la politique internationale du gouvernement Charest. B-.

Stéphan Tremblay (Lac-Saint-Jean) prend manifestement à coeur son rôle de critique en matière d'environnement, au point d'avoir fait de l'écologie un mode de vie. Il fait bien ses devoirs, mais il éprouve certaines difficultés à faire régulièrement partie de la formation pour la période de questions. Le dossier de l'exportation de l'eau constitue une belle occasion pour lui. B-.

***

Après des débuts fracassants grâce au dossier des garderies, Jonathan Valois (Joliette) a eu moins de visibilité au cours des derniers mois. L'entente de principe sur les congés parentaux, malgré sa fragilité, a eu pour effet de lui couper l'herbe sous le pied. C.

Les syndicats ont forcé Monique Jérôme-Forget à mettre la pédale douce sur la «réingénierie», mais Sylvain Simard (Richelieu) n'a toujours pas réussi à «traverser» la présidente du Conseil du trésor à l'Assemblée nationale. Faisant partie du cercle des intimes de Bernard Landry, il demeure néanmoins un sérieux candidat à la succession d'André Boisclair, le cas échéant. C.

Cette fois-ci, Luc Thériault (Masson) a eu le bon goût de ne pas se formaliser du report de la réforme du monde de scrutin, que son parti ne demande qu'à voir s'empoussiérer sur une tablette. Comme dit le vieux dicton: «Si tu ne peux pas aider, tâche au moins de ne pas nuire.» C.

Camil Bouchard (Vachon) se serait sans doute avéré un excellent ministre, mais il n'est pas fait pour l'opposition. Je ne sais pas qui lui a suggéré d'intenter une poursuite contre le gouvernement pour son retard à rendre public le plan de lutte contre la pauvreté, mais c'était parfaitement ridicule. D'autant plus que le plan de Claude Béchard va au delà de ce que le PQ a fait durant ses années de pouvoir. C-.

Avec la crise de Kanesatake, Stéphane Bédard (Chicoutimi) avait une occasion en or de sortir de l'ombre. Malheureusement, ses questions sont souvent aussi difficiles à comprendre que les réponses du ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon. En sa qualité de leader adjoint, il devrait normalement être considéré comme un candidat possible à l'éventuelle succession d'André Boisclair, mais il n'a pas démontré qu'il a les qualités requises. C-.

Pendant des années, son poste de vice-président a empêché Claude Pinard (Saint-Maurice) de participer aux débats de l'Assemblée nationale. Sa récente intervention sur le Groupe Énergie valait la peine d'attendre. Il a permis au ministre du Développement économique, Michel Audet, de dénoncer, avec un sens de la repartie tout à fait inhabituel chez lui, les faveurs accordées aux amis de Bernard Landry. D.

Avec Hélène Robert (Deux-Montagnes) et Rosaire Bertrand (Charlevoix), André Boulerice (Sainte-Marie-Saint-Jacques) fait partie d'un trio de silencieux qui n'ont posé aucune question à l'Assemblée nationale. Depuis qu'il a été surpris à voyager aux frais de Royal Air Maroc, M. Boulerice est cependant le seul député péquiste à n'être responsable d'aucun dossier. S'il avait la bonne idée de quitter la politique, le PQ pourrait espérer gagner au moins une élection partielle dans la série qui s'annonce. D.

mdavid@ledevoir.com



Une négociation raisonnée

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 17 juin 2004

ÉDITORIAL - Il fallait s'y attendre: la politique de rémunération présentée cette semaine par la présidente du Conseil du trésor aux 600 000 employés de l'État, dont 450 000 syndiqués, a suscité de la colère chez les dirigeants syndicaux. Devant des demandes aussi peu réalistes que celles qu'ils avaient eux-mêmes présentées l'automne dernier, les leaders syndicaux pouvaient-ils s'attendre à autre chose de la part du gouvernement?

En novembre dernier, les organisations syndicales qui représentent les employés de l'État avaient annoncé qu'elles revendiquaient des augmentations de 12,6 % pour un contrat de travail de trois ans (4,5 %, 4 % et 4 %). De plus, fidèles à leur stratégie, elles excluaient les hausses attendues d'un règlement imminent du dossier de l'équité salariale et le coût des dizaines d'améliorations souhaitées aux conditions de travail. Extrapolées à tous les employés de l'État, syndiqués ou non, ces demandes auraient entraîné une hausse spectaculaire du budget du Québec au chapitre de la rémunération, qui accapare la moitié des dépenses.

Le processus de négociations étant ce qu'il est, c'est-à-dire toujours un peu absurde par ses tactiques et ses rapports de force menaçants, il était de bonne guerre que la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, réponde par des offres gouvernementales globales très inférieures aux demandes. Dans l'ensemble, Québec se dit prêt à ajouter 2 % par année pendant six ans (12,6 % au total), y compris le coût d'un règlement du dossier de l'équité. Voilà un pourcentage qui correspond à la hausse du coût de la vie.

Or les dirigeants syndicaux s'opposent radicalement à ce que le gouvernement inclue l'équité salariale dans le calcul de sa politique de rémunération. Selon la loi, l'équité ne fait pas partie des négociations régulières des conventions collectives, mais il serait irresponsable de la part du gouvernement de faire abstraction du coût récurrent d'un règlement dans l'élaboration de sa politique de rémunération globale. La loi sur l'équité ne permet pas de réduire le salaire des employés surpayés (généralement des hommes) par rapport aux autres, mais elle n'interdit pas de tenir compte du coût occasionné par la correction des écarts le moment venu d'élaborer la politique de rémunération globale de l'entreprise ou du gouvernement.

D'ailleurs, même si le principe de l'équité n'est pas négociable, en réalité, tout dans la façon de parvenir au résultat final l'est: le choix de la méthode d'évaluation des fonctions, la description de chaque tâche, la position de chaque catégorie d'emploi par rapport aux autres, etc. Les organisations syndicales le savent fort bien, elles qui ont investi énormément d'argent dans la mise en place d'équipes spécialisées et de techniques d'analyse de pointe pour tirer le meilleur parti de cette loi.

En annonçant qu'il n'entendait pas laisser la rémunération globale de ses employés croître de plus de 2 % par année d'ici cinq ans, le gouvernement répond aux attentes de la population, qui lui demande d'accorder la priorité aux soins de santé et à l'éducation. Le résultat final des négociations dépassera certainement ce pourcentage cible fixé par le Conseil du trésor, mais la marge de manoeuvre est restreinte, cela ne fait aucun doute.

Si le monde syndical est logique, lui qui réclame de l'État qu'il ne se désengage d'aucun service public, surtout pas de la santé et de l'éducation, il doit se montrer raisonnable. Après tout, on ne voit pas comment il serait possible de laisser croître de 5 à 6 % par année la rémunération des 600 000 employés de l'État québécois sans devoir augmenter les impôts ou lancer une nouvelle ronde de compressions majeures dans les services publics.

jrsansfacon@ledevoir.ca



Saisie des chèques d'aide sociale :
Le ministre Béchard a voulu susciter la discussion

Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 17 juin 2004

Québec - Le gouvernement Charest prétend ne plus avoir l'intention de saisir le chèque d'un assisté social si celui-ci fait défaut de payer son loyer, mais il se dit à l'écoute de toute autre proposition visant à contraindre les prestataires à respecter leurs obligations envers les propriétaires.

Le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, refuse pour l'instant de retirer de son projet de loi sur l'aide aux personnes la disposition controversée qui prévoit la saisie du chèque d'aide sociale. Il souhaite plutôt débattre de la question en commission parlementaire.

«Mon intention n'est pas de mettre en vigueur cette mesure. Elle est là [dans le projet de loi] pour avoir la discussion», a lancé M. Béchard en conférence de presse hier. Des consultations publiques se tiendront cet automne sur le projet de loi.

Claude Béchard n'entend pas livrer un «combat épouvantable» afin de permettre la saisie du chèque d'aide sociale en cas de non-paiement de loyers. «Ce n'est pas quelque chose avec lequel je me dis: "Je vais me battre là-dessus, ça me le prend absolument"», a-t-il dit.

Alors, pourquoi introduire dans un projet de loi une mesure à laquelle le gouvernement ne tient pas et qu'il dit même ne pas vouloir mettre en application? «On s'en va en commission parlementaire. Pourquoi ne pas avoir des discussions là-dessus? Pourquoi ne pas entendre les deux côtés?», a-t-il expliqué. Le ministre a rappelé que les propriétaires réclament «à tout prix» la saisie du chèque d'aide sociale et que les groupes sociaux, eux, condamnent cette mesure.

En vertu de l'article 53 du projet de loi sur l'aide aux personnes et aux familles, lorsqu'un prestataire fait défaut de payer son loyer, Québec entend saisir son chèque et en verser une partie directement à son propriétaire.

Claude Béchard s'est dit ouvert à d'autres propositions pour lutter contre le non-paiement de loyers. «On parle de 5 % de mauvais payeurs seulement et, parfois, ça peut donner une très mauvaise réputation à beaucoup de gens. Alors, on va regarder quelles sont les propositions», a dit le ministre.

Inquiétude

Les propos du ministre inquiètent Jean-Yves Desgagnés, du Front commun des personnes assistées sociales du Québec. «Quand un gouvernement dépose un projet de loi, c'est sérieux. Ce que tu ne veux pas appliquer, tu ne le mets pas là-dedans, tu n'en fais pas un débat en commission parlementaire. Si tu mets une mesure dans la loi, c'est que tu veux l'appliquer un jour ou l'autre. Et c'est ce que je pense que le gouvernement veut faire», a-t-il expliqué.

Le Front d'action populaire en réaménagement urbain s'élève contre la saisie des chèques d'aide sociale. Le non-paiement de loyers est davantage lié à l'incapacité de payer des assistés sociaux, note le groupe. Alors que la prestation de base à l'aide sociale est de 533 $ par mois, un logement avec une chambre à coucher coûte en moyenne 528 $ à Montréal et 506 $ à Québec.

D'importants obstacles juridiques attendent le gouvernement Charest s'il décide d'adopter cette mesure. Un avis juridique confidentiel du ministère de la Sécurité du revenu, dont Le Devoir a obtenu copie, démontre que la saisie du chèque d'aide sociale pour cause de non-paiement de loyers enfreint la Charte canadienne des droits et libertés et l'article 10 de la Charte québécoise, qui interdit la discrimination sur la base de la condition sociale. Cet avis a été produit en septembre 1995, au moment où le gouvernement péquiste planchait sur sa réforme de l'aide sociale.


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

LE MIRAGE CONSERVATEUR

Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 17 juin 2004

Au nom du changement, vague concept aux allures de coquille vide, des Québécois comptent curieusement appuyer le Parti conservateur de Stephen Harper. Influencés par les médias fédéralistes, ces électeurs sentent monter en eux de la culpabilité de voir le Bloc québécois « empêcher » le Canada d’être gouverné par un parti majoritaire, dont les élus proviendraient de toutes les « provinces ». Ces Québécois sont à ce point endoctrinés par des politologues à la solde d’Ottawa qu’ils en viennent à se croire responsables de l’échec du fédéralisme canadien! Incapables de voter pour le Parti libéral de Paul Martin, ils envisagent donc de soutenir les conservateurs parce que ce parti semble le seul à pouvoir maintenir la viabilité nationale du Parlement canadien.

Pourtant, la plate-forme politique du Parti conservateur ne répond en rien aux aspirations du Québec. Ce sont plutôt des mesures qui vont à l’encontre des valeurs québécoises que Stephen Harper veut adopter. Comme quoi, une campagne de désinformation bien organisée peut parvenir à tromper des Québécois peu sensibilisés aux dangers qui guettent leur patrie. Le Parti conservateur s’oppose au protocole de Kyoto : le réchauffement climatique est une lubie pour lui. Le Canada doit rebâtir son armée et arrimer sa politique militaire à celle des Américains. Les services en français hors Québec doivent s’attendre à être financés et organisés davantage par les groupes concernés, comme le font les membres des autres communautés culturelles. Les surplus provenant du déséquilibre fiscal financeront des baisses d’impôt plutôt que d’être remis honnêtement à Québec. Avec tout cela, il est tout simplement hallucinant de constater que certains Québécois donnent quand même leur appui aux troupes de Harper. Habituellement, ne change-t-on pas pour le mieux?

Il est vrai que les conservateurs profitent surtout de la division du vote fédéraliste au Québec. Peu de souverainistes croient qu’il est possible de tirer quelques avantages de Harper en formant une coalition semblable à celle qui a porté Brian Mulroney au pouvoir à Ottawa en 1984. Surtout que le débat de langue anglaise du 15 juin dernier n’a vu aucun chef canadien promettre au Québec un statut autre que provincial, confirmant que deux peuples fondamentalement différents ne peuvent s’épanouir également sous les mêmes lois fédérales. Plusieurs Canadiens anglais ont été impressionnés par l’exposé que Gilles Duceppe a prononcé en ce sens. C’est avec calme et professionnalisme que le chef bloquiste a expliqué que le Québec étouffe dans la fédération canadienne. Des anglophones en sont même venus à rêver d’un chef semblable pour leur pays, tout en reconnaissant mieux comprendre à présent l’espoir souverainiste des Québécois. L’on sentait même chez certains d’entre eux de l’excitation et le désir de participer à l’érection du nouveau pays!

Sans le travail des médias fédéralistes, le Parti conservateur ne compterait qu’une poignée de candidats au Québec. Ses idées menacent la différence québécoise car les ténors de cette formation politique proviennent pour la plupart de la défunte Alliance canadienne, elle-même issue du Reform party. C’est en conséquence avec détermination que les souverainistes doivent prévenir les supporters conservateurs du Québec qu’ils se font berner par la propagande canadienne: il n’y a aucun gain à espérer de ce parti qui relègue le Québec au rang de province, pareille aux autres.



TRIBUNE LIBRE

À M. Pierre Bourgault, Héros du Peuple Québécois

Jamais je ne vous oublierai

J-C Sylvain Guay
TRIBUNE LIBRE 17 juin 2004

Moi, Chevalier de la Souveraineté et de l’Indépendance du Québec, vous salue et vous remercie: pour le message de Liberté que vous nous avez transmis et pour l’héritage collectif que vous nous laissez en nous quittant il y a un an.

Homme de parole, homme d’action et homme de Liberté, M. Bourgault vous avez été un pionnier de notre cause. Vous l’avez tellement défendue que vous seriez mort pour elle. Tout au long de votre vie, vous avez appelé le peuple québécois à se prendre en main et à voler de ses propres ailes.

Maintenant que vous êtes libéré de la condition humaine et que vous avez passé l’arme à gauche, vous entrez dans la légende en gravant dans nos esprits l’image d’un grand homme de conviction, défenseur de la langue française et libérateur de peuple. Vous avez démontré qu’au moment où nous croyons vraiment ce que l’on dit, que nous faisons honnêtement ce que l’on doit faire, on peut convaincre et vaincre n’importe qui.

Aujourd’hui, tous disent que les temps ont changé et qu’il faut passer à autre chose. Pour ma part, je ne suis pas d’accord.

Il est vrai que les temps ont changé et que rien ne sera jamais pareil sans vous. Par contre la Lutte pour cette juste et noble cause que nous portons tous dans notre cœur continue, évolue peut-être, mais demeure en nous. Toujours d’actualité et contemporaine, cette idée pour une identité propre et reconnue va de paire avec la mondialisation des êtres humains. Malheureusement dans sa structure et dans sa philosophie de fédéralisme concentré, le Canada agit à l’inverse de la volonté du Québec. Parce qu’il centralise de plus en plus son pouvoir et son emprise par des programmes nationaux, il force et crée une identité canadienne qui, à mon avis, devient alors simplement virtuelle.

Opposés à cette vision «canadian»; ceux qui ont fait naître notre Affirmation Nationale et notre goût à la liberté, méritent de se reposer, mais surtout mérite notre respect. Comme Messieurs Papineau (chef et grand législateur), De Lorimier (grand chevalier, grand patriote et défenseur de la liberté), Mercier (premier chef d’état québécois), Lévesque (fondateur du M.S.A et du Parti Québécois), Duceppe, père (grand artiste et orateur québécois), Parizeau (chef d’état et grand vulgarisateur de la Souveraineté), Landry (grand chef d’état du Québec moderne), ainsi que plusieurs autres. Sans oublier vous, monsieur. Oui! Vous, Pierre Bourgault, qui étiez au début des années soixante, pendant la Révolution Tranquille avec le R.I.N., véritable Chevalier de l’Indépendance. À l’époque, vos discours se transformant en envolées oratoires ont enflammé le cœur et l’esprit du peuple québécois. À la même époque, devant une foule euphorique grâce à vous, le grand Général de Gaulle a crié sur le balcon de l’Hôtel de ville de Montréal «Vive Le Québec Libre». Même si je ne l’ai pas vécu, jamais je n’oublierai un tel moment aussi marquant de notre Histoire.

Quand je pense au passé : je ne suis pas triste, mais fier de nos héros et fier de vous, Monsieur Bourgault, surtout de l’héritage national que vous nous avez légué. Conscient que notre cause, ce grand rêve commun, est juste, noble et pleine de bon sens. Nous devons toutefois, ne pas être contre le Canada et les canadiens et ce, malgré tous les conflits, mensonges et calomnies. Mais pour le Québec et la fierté de ce que nous sommes, point final.

Le fait d’être et de devenir québécois ou québécoise n’est sûrement pas le fruit du hasard. C’est un long processus venu du rejet et du mépris de la majorité anglophone du Canada anglais et ce, sans mettre de côté leurs émules qui s’aliènent a ce conquérant en reniant leur origine et leur propre identité. Suite à cette prise de conscience, nous voilà après toutes ces années, transmise de génération en génération, la mémoire d’un peuple qui refuse envers et contre tous la soumission totale. Au contraire, le peuple du Québec s’affirme de plus en plus dans le monde comme une nation, un exemple de succès, de créativité et d’Indépendance et ce, pour tous les peuples opprimés, soumis et colonisés de la Terre.

Face à notre destin, soyons debout et solidaires. Tous ensemble mettons une fois pour toutes nos querelles intestines qui nous divisent, nos guerres de clochers qui nous séparent et nos discussions grandes et futiles sur des «défusions» coûteuses, cupides et inutiles de côté pour unir nos forces face à un adversaire caché dans l’ombre. Celui-ci solidaire pour nous faire disparaître en refusant par exemple de nous reconnaître comme simple société distincte et comme nation. Cela étant dit : nul autre que Paul Martin, futur Premier Ministre du Canada, a déclaré tout juste au lendemain des dernières élections québécoises : «Enfin le Québec peut être une province comme les autres». Voilà le vrai message que partage tristement une large majorité de «canadians». Après cela il faudrait dire merci, tout oublier et s’avouer vaincu en pleurant sur notre passé.

Jamais, au grand jamais! Pour ma part, ce n’est pas fini tant que nous n’avons pas gagné et obtenu justice. L’espoir, la volonté et le désir de faire naître notre pays québécois en terre d’Amérique pour le monde entier sont encore bien vivant; peut-être tout simplement en état d’hibernation, pour passer l’hiver semblable à une grenouille. Pourtant après avoir frôlé la mort, celle-ci est prête à rebondir une fois la glace fondue et le printemps revenu.

Oui! La bataille se poursuit et se transforme pour l’assaut final, où la victoire sera nôtre. Pas seulement pour nous Québécois de «souche», mais aussi pour tous ceux qui un jour sont tombés en amour avec le Québec et sa langue française.

Gens du pays, c’est à notre tour de faire l’Histoire; d’aller tous vers le monde, dans notre travail, dans notre entourage, dans notre famille et finalement dans nous-mêmes pour tuer la peur, le doute et la mort de l’esprit de Liberté qui nous animent.

Moi je me souviens de vous, M. Bourgeault, nous n’avons jamais eu de conversation en tête à tête, le temps nous a manqué. Cependant, en écrivant ses quelques mots, j’ai l’impression que vous me soufflez les mots à l’oreille pour m’inspirer et toucher les gens de notre pays. Moi! Chevalier de La Souveraineté et de L’Indépendance du Québec, reprends le flambeau avec d’autres en poursuivant ce grand rêve, le nôtre qui deviendra bientôt notre réalité.

En terminant, nationalement merci. Jamais je ne vous oublierai.



TRIBUNE LIBRE

Bonjour ma douce

Marcelin
TRIBUNE LIBRE 17 juin 2004


Bonjour ma douce,


Sujet : André Pratte (andre.pratte@lapresse.ca), La victoire de la démagogie (http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/6-15.html#lpap)
La Presse du 15 juin 2004

Tu te souviendras sans doute de notre conversation récente à propos des médias québécois, de Gesca en particulier (La Presse, Le Droit, La Tribune, Le Soleil...).

Eh bien à titre d'illustration - ou corroboration - «fidèle» de mon propos, je t'invite à lire cet éditorial tout récent de l'éditorialiste en chef à La Presse. Toi qui as vu le (même?) débat des chefs, tu seras d'emblée en position d'évaluer selon ta propre conscience la démesure du texte.

On y parle de la démagogie, de l'arrogance, de l'impolitesse de Gilles Duceppe...

S'il n'y avait pas de personne attitrée à laquelle on rapporte spécifiquement ces nobles qualités de gentilhomme, il est certain qu'on associerait spontanément celles-ci à l'auteur de ce texte même...

Il faut être vraiment dérouté, et en désarroi, je crois, pour ne pas se rendre compte soi-même (car Pratte n'est tout de même pas un imbécile, Alain Dubuc non plus [auteur de l'autre éditorial que je t'ai laissé il y a peu]: les deux principales «mamelles»* de maman-propagande Gesca) que l'on franchit carrément le seuil du ridicule avec des propos pareils.

Il n'est même plus nécessaire de se montrer «critique» : Power corporation se discrédite elle-même au grand jour.

Attends encore un petit peu, et dans un mois ces gens-là démontreront par a + b qu'une tempête de neige accompagnée d'un blizzard glacial s'abat sur un Montréal affaissé ...sous la canicule.

Un 15 juillet à 5 hres (renchérirait Serge Lama) ...

Ça fait mal, tout de même, de constater qu'une puissante désinformation est ainsi en oeuvre au sein d'une société comme la nôtre - évoluée, instruite, «informée», démocratique. Ce n'est pas le Brésil, je veux bien, ni le Chili de Pinochet. Mais pour combien de temps encore?

Et tout ça pour leur Canada chéri...

Bisou tendre sur tes lèvres délicieuses, ma séduisante Québécoise !

Marcelin
16 juin

* Cela dit sans injurier les tiennes qui - tu ne le sais que trop - me font autrement fantasmer...

PS : Pour l'abonnement, je te recommande le «moins plus pire» de tous : Le Devoir.





TRIBUNE LIBRE

TéléQuébec et le sens de l'État

Jean-Luc Gouin, Capitale nationale, Québec
TRIBUNE LIBRE 17 juin 2004


Objet : « Qu'adviendra-t-il de l'émission 1045, rue des Parlementaires ? » / http://LeDevoir.com/2004/06/17/57144.html
Réf. : http://www.TeleQuebec.tv/parlementaires/


Non seulement je privilégie personnellement, et entre toutes ses concurrentes, l'unique chaîne publique du Québec, mais le «1045» a toujours été pour moi un rendez-vous hebdomadaire précieux.

En outre, ce qui n'était certes pas dans le sac, d'emblée, le jeune David Lemelin et la nouvelle équipe ont réussi avec habileté à reprendre le témoin des mains de Mme Simard, la charmante animatrice qui avait jusque-là détenu avec professionnalisme les rênes de l'émission.

Aussi, retirer cette production des ondes - y songer même, à titre purement hypothétique - constitue une aberration sinon une injure à l'intelligence.

En conséquence, si Télé-Québec (et/ou le gouvernement libéral de M. Jean Charest, sans doute plus précisément) devait s'aventurer sur cette voie de la médiocrité (voire, à la rigueur, d'une certaine forme de «censure»?), alors à titre de citoyen j'«encaisserais» cette décision comme l'ultime gifle d'une administration qui visiblement s'entête contre tout bon sens à naviguer à vue de nez.

Y a-t-il à la fin un ou deux parlementaires au sein de cet appareil gouvernemental qui ait développé - sinon conservé - un authentique sens de l'État...?

Qu'en pensez-vous, en particulier, madame la ministre de la Culture et de la Communication?

Jean-Luc Gouin
Capitale nationale, Québec





COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

Modes d’accession à l’indépendance – l’accession à la souveraineté du Québec, de la consultation nationale à la reconnaissance internationale

17 juin 2004

Pendant la Saison des Idées, un des thèmes les plus abordés a été celui du mode d’accession à l’indépendance. Beaucoup d’idées ont été mises de l’avant. Les militantes, les militants, veulent être responsables dans les choix qu’ils préconiseront pour la suite des choses. Pour cela, pour fonder la réflexion et asseoir les positions, il faut s’instruire de la question et pouvoir interroger des experts qui connaissent bien le sujet. Le temps viendra ensuite de débattre et de décider lors du Congrès. Le Conseil régional a donc résolu d’organiser un lieu public pour scruter ce sujet d’importance capitale pour l’intérêt national. Et quelle belle façon d’amorcer la prochaine saison politique que de participer à une soirée permettant d’initier une réflexion documentée sur un thème aussi passionnant.

En les examinant sereinement, en les explorant lucidement, sans doute pourrons-nous mieux jauger des points de vue variés et des questionnements légitimes comme les suivants :

  • Quelles sont les voies qui s’offrent à un État de droit qui veut accéder à l’indépendance? Quels sont les modes d’emploi légitimes?
  • Devons-nous obligatoirement tenir un référendum? Un référendum pour demander quoi : le droit de négocier? le droit de procéder? pour entériner une situation de fait? pour accepter une constitution?
  • Une élection suffit-elle (pluralité des sièges, majorité en chambre)? Une élection référendaire ou à caractère référendaire avec plate-forme explicite serait-elle préférable
  • Quelle est la meilleure façon de procéder pour obtenir l’assentiment citoyen à l’émancipation nationale? Quelles façons de faire permettront de recueillir un accord suffisant pour assurer la légitimité de la démarche?
  • Quels aspects de la réalité particulière du Québec doit-on impérativement prendre en compte en décidant de la façon de faire? Quels sont les autres éléments à considérer?
  • Quelles sont les conditions de la reconnaissance internationale? Jusqu’à quel point celle-ci est-elle essentielle?
  • Devrait-on inviter des délégations d’organismes internationaux ou de pays respectés à venir observer notre façon de procéder et constater d’éventuelles interférences extérieures au processus?
  • Comment encadrer la démarche pour rendre l’ingérence canadienne visiblement odieuse et pour rendre plus difficile toute interférence extérieure illégitime?
  • À quelles conditions un Parti souverainiste peut-il engager des fonds de l’État pour promouvoir la souveraineté?
  • Comment réussir cette fois?

    Ça va être passionnant!