
Média-phare indépendantiste
Le Journal “Le Québécois” souhaite un gouvernement conservateur
La direction du Québécois
Tiré du site du "Conseil de la souveraineté" vendredi 18 juin 2004
(Le Soleil) Journal phare du mouvement indépendantiste, Le Québécois prend officiellement position en faveur d’un gouvernement dirigé par Stephen Harper pour faire « apparaître » aux habitants de la Belle Province « qu’un seul choix s’offre à eux : ou bien s’assimiler au reste du Canada ou bien se séparer ».
Dans son numéro qui paraît aujourd’hui, le journal consacre un éditorial à faire la démonstration de l’impact positif d’une victoire des conservateurs. Idéalement, écrit-on, le gouvernement devra être minoritaire avec la balance du pouvoir aux troupes de Gilles Duceppe, ce qui permettrait ainsi « au mouvement souverainiste de marquer de nombreux points dans la guerre d’image qui l’oppose aux fédéraux ».
Idéologiquement frère du PQ et du Bloc québécois, le journal souhaite, sans surprise, qu’une vague bloquiste déferle sur le Québec le 28 juin. En d’autres mots, plus le Bloc sera fort et plus le gouvernement Harper sera faible, plus il serait « évident à tous que le Canada a une personnalité complètement différente du Québec et que celles-ci sont irréconciliables ».
Et, du même souffle, l’arrivée de Stephen Harper comme premier ministre « mettrait fin à l’hypocrisie que constitue le fait qu’à peu près tous les premiers ministres canadiens depuis 40 ans ont été des Québécois. Avec une élection du Parti conservateur, c’en serait fini du règne des rois nègres ».
Résultat, « dans cinq ans, il serait plus aisé de faire l’indépendance du Québec en ayant un gouvernement qui ne nous ressemble en rien et qui nous impose des idées qui nous font lever le cœur », prévoit l’auteur, Patrick Bourgeois.
Dans ce même numéro de juillet [sic], Le Québécois publie d’autres textes présentant les avantages d’un gouvernement conservateur. Jacques Côté, pas celui qui fut ministre péquiste de l’Habitation, compte plutôt sur les conservateurs pour faire le ménage dans les « magouilles » du « parti des fraudeurs ». Et, dans un contexte où les gouvernements s’enlisent, l’auteur affirme que « l’indépendance du Québec n’aura jamais eu un terreau aussi fertile. En fait, ce sont les conditions gagnantes que souhaitent tant de souverainistes ».
Joint au téléphone hier, M. Bourgeois a tenu à préciser que le journal n’était « pas lié au Bloc et au Parti québécois, mais qu’il y a une ligne éditoriale comparable ». Cela dit, plusieurs députés péquistes s’y affichent au fil des 32 pages. C’est le cas de Pauline Marois, Sylvain Simard, André Boisclair, Jean-Pierre Charbonneau, Richard Legendre, François Gendron, Stéphane Bédard, Stéphan Tremblay, Guy Lelièvre, Michel Morin, Serge Deslières, Claude Boucher, Lucie Papineau, Denise Beaudoin, Normand Jutras, Cécile Vermette, Agnès Maltais, Jean-Claude St-André, Luc Thériault et Léandre Dion.
***
Étant donné que certains ne s’en sont tenus qu’au titre de cet article du Soleil et que, par conséquent, ils nous ont accusés d’abandonner notre idéal indépendantiste, nous tenons à préciser, et ce, bien que ce soit spécifié dans ledit article, que nous appuyons encore et toujours le Bloc Québécois. Si nous souhaitons l’élection d’un gouvernement conservateur, c’est parce que d’une part, le Bloc ne peut pas former le gouvernement et d’autre part parce qu’avec les conservateurs, les choses seront enfin claires. Il sera dès lors évident que le Québec ne peut plus rien espérer d’un Canada qui évolue dans le sens contraire à ses valeurs. Partant de là, tous comprendront, nous croyons, qu’un seul choix s’offre à eux : ou bien s’assimiler ou bien se prendre en main en construisant un nouveau pays. Pour notre part, il y a longtemps que notre choix est fait…

Le Bloc consolide son avance
La campagne de peur des libéraux est un échec
Clairandrée Cauchy
Le Devoir vendredi 18 juin 2004
Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette
À dix jours du scrutin, le Bloc québécois consolide son avance au Québec. Depuis le début de la campagne, les troupes de Gilles Duceppe ont creusé l'écart qui les sépare des libéraux, les devançant maintenant par 18 points. Signe de l'échec de la campagne de peur libérale, six Québécois sur dix voient d'un bon oeil l'élection d'un gouvernement minoritaire conservateur où le Bloc détiendrait la balance du pouvoir.
Le sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette, réalisé auprès de 1000 Québécois dans les deux jours qui ont suivi le débat français, accorde 48 % des intentions de vote au Bloc québécois, contre 30 % au Parti libéral, 13 % au Parti conservateur et 6 % au NPD, après répartition des indécis. Il s'agit d'une chute de cinq points pour les libéraux et d'une hausse de trois points pour les bloquistes par rapport au sondage Léger Marketing publié en début de campagne. L'écart est encore plus marqué chez les francophones, où le Bloc récolte 56 % des intentions de vote, contre 25 % pour les libéraux.
La variation est cependant mince lorsqu'on considère le sondage pancanadien réalisé par la même firme quelques jours avant le débat, qui créditait le Bloc de 46 % des intentions de vote des Québécois contre 31 % pour les libéraux. «Les gens estiment que Gilles Duceppe a largement gagné le débat, mais en même temps, cela n'a pas un effet considérable parce qu'ils votaient déjà pour le Bloc québécois. La tendance se maintient», explique le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger. Il estime que les libéraux ont quant à eux atteint leur «niveau plancher» et qu'ils pourraient difficilement faire pire.
C'est que le Bloc a récolté une part importante du vote de contestation, ratissant beaucoup plus large que sa base habituelle. Près de la moitié de ses sympathisants veulent avant tout rejeter le Parti libéral alors que les autres appuient la formation pour son option souverainiste.
Fait à noter, «le vote des non-francophones est beaucoup moins monolithique qu'avant», observe Jean-Marc Léger. Le Bloc réussit une percée avec 18 % d'appuis, comparativement à 51 % pour les libéraux. «Le problème, c'est que souvent, à la fin d'une campagne, ce vote-là retourne au Parti libéral», précise le sondeur.
Si ces résultats se confirmaient le jour du scrutin, une vague bleue déferlerait probablement sur la plupart des régions, à l'exception d'une quinzaine de sièges montréalais, deux sur la Rive-Sud, trois en Outaouais et deux en Estrie. «Les libéraux ont un minimum de 23 sièges, le Bloc, un minimum de 33 sièges, puis il y a 19 sièges au milieu qui peuvent basculer d'un côté ou de l'autre. Pour l'instant, la majorité d'entre eux s'en iraient plutôt du côté du Bloc», analyse Jean-Marc Léger.
Les conservateurs ne sont toujours pas dans la course. Selon M. Léger, une percée conservatrice est envisageable seulement si le PC monte à 20 %. «Encore là, c'est un peu comme la Formule 1. Cela prend un bon pilote, dans la bonne écurie, la bonne année», illustre M. Léger en soulignant que les terreaux fertiles se résument aux comtés de Brome-Missisquoi (en Estrie), de Lotbinière et de Louis-Saint-Laurent (sur la rive sud de Québec).
L'épouvantail ne fait pas peur
À la lumière du sondage, les publicités négatives libérales martelant qu'un vote pour le Bloc équivaut à livrer le Québec à Stephen Harper sont un échec sur toute la ligne. Les Québécois pensent même, dans une proportion de 62 %, qu'il est avantageux pour le Québec que le Bloc québécois détienne la balance du pouvoir d'un gouvernement minoritaire conservateur. Soulignons que cette opinion est partagée par 43 % des électeurs libéraux et 83 % des bloquistes.
Ces résultats étonnent le président de la firme de sondage, qui souligne que les citoyens craignent habituellement un «Parlement à l'italienne, c'est-à-dire le bordel à Ottawa». «Aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse. Gilles Duceppe a réussi à les convaincre qu'un gouvernement minoritaire, ce n'est pas catastrophique, que cela donne du poids au Québec par l'intermédiaire du Bloc québécois. C'est une grande réussite de Gilles Duceppe pendant la campagne», commente M. Léger.
Près des deux tiers des répondants pensent que le prochain gouvernement sera minoritaire. Un peu plus de la moitié d'entre eux croient qu'il sera libéral et l'autre moitié, conservateur.
Les tentatives répétées de démoniser Stephen Harper, en le présentant comme un extrémiste de droite sur les questions sociales comme l'avortement ou le mariage gai, n'ont pas trouvé d'écho auprès de l'électorat. Les Québécois ne craignent pas les positions conservatrices à l'égard des droits des femmes (47 % ne s'en inquiètent pas, contre 42 %) et des homosexuels (52 % ne sont pas inquiets, contre 39 %). Les électeurs se préoccupent cependant un peu plus de la capacité du PC à atteindre l'équilibre budgétaire (50 %) et à améliorer le système de santé (49 %).
La crédibilité de Stephen Harper lui-même en sort indemne. Si cela se trouve, 28 % des Québécois apprécient davantage le chef conservateur alors que seulement 9 % en ont une moins bonne opinion qu'au début de la campagne. L'opinion reste inchangée pour 56 % des électeurs. «La campagne de peur des libéraux a été un échec. D'une part, les gens ont une meilleure opinion de Stephen Harper et, d'autre part, les libéraux l'ont démonisé avant le débat des chefs. Il y est apparu comme quelqu'un de raisonnable, de modéré. Le calcul n'a pas eu son effet», souligne Jean-Marc Léger.
Le vote se cristallise
S'il a peu influencé les intentions de vote, le débat aura au moins permis aux électeurs de confirmer leur choix. Contrairement à ce qui était le cas au début de la campagne, le vote semble de moins en moins volatil : 63 % des électeurs affirment que leur choix est définitif, alors que cette proportion n'était que de 54 % dans le sondage du 20 mai. Bien que le vote libéral se soit raffermi (61 % disent que leur choix est définitif), les bloquistes récoltent encore la plus grande proportion d'électeurs décidés, soit 71 %.
«On arrive près des résultats normaux. Les gens attendaient le débat des chefs; maintenant, cela se solidifie», note Jean-Marc Léger, précisant que le principal défi du Bloc demeure la sortie de vote, son électorat, généralement plus jeune, ayant moins tendance à se rendre aux urnes. La date du 28 juin, en plein été, longtemps après la fin des cours, coincée entre la Saint-Jean-Baptiste et le 1er juillet, n'aide pas.
Dans l'ensemble, la firme de sondage prévoit un taux de participation de 67 %, un peu plus du taux de 64 % observé en 2000, le plus bas dans l'histoire.
Le sondage a été effectué du 15 au 16 juin auprès de 1000 répondants. Il comporte une marge d'erreur de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.

Duceppe, cuvée 2004
Manon Cornellier
Le Devoir samedi 19 et dimanche 20 juin 2004
Le chef bloquiste est comme un bon vin qui a bien vieilli et mûri
L'homme sourit, trinque en levant sa bière et se permet quelques blagues. Gilles Duceppe version 2004 respire le calme et la confiance, une image que bien peu de gens associaient au chef du Bloc québécois il y a encore quelques mois. En fait, c'est une révélation, même pour des gens autour de lui.
Pour à peu près tout le monde, et surtout les caricaturistes, Gilles Duceppe est d'abord et avant tout l'homme au bonnet dont on s'est longtemps moqué. Bob Dufour, un vieux complice, s'en attriste.
«Le Gilles qu'on a vu en 1997, ce n'est pas le vrai Duceppe. Duceppe est bien plus brillant, intelligent, structuré et fort que ça. Mais en devenant chef, il avait des problèmes d'argent, d'organisation, de programme. [...] Il sortait d'une course à la chefferie qui avait été très éprouvante. Il y avait de la dissension dans le parti.»
Et la course de 1997 à peine terminée, les élections avaient été déclenchées. Il n'était pas prêt, le parti non plus. Tout était à faire, comme l'écrit Gilles Duceppe lui-même dans sa biographie publiée en 2000. La campagne s'était transformée en véritable comédie d'erreurs, allant du fameux épisode du bonnet à celui de l'autobus égaré sur une route de campagne.
Selon Bob Dufour, qui connaît M. Duceppe depuis 38 ans, il a fallu du temps à son ami pour s'en remettre et rétablir l'unité au sein du parti. Il relève par contre que M. Duceppe a mené une très bonne campagne en 2000, ce que beaucoup oublient. La plupart des organisateurs sont de nouveau aux commandes aujourd'hui. «Ça aide un chef à être lui-même. Mais au-delà de ça, il a aussi évolué, mûri et changé, et je le découvre moi-même», affirme M. Dufour.
Mais Gilles Duceppe est le principal artisan de son succès actuel. La très solide performance qu'il a offerte aux débats n'est pas le fruit du hasard mais d'une discipline de travail rigoureuse.
***
Fils du comédien Jean Duceppe, Gilles Duceppe est l'aîné d'une famille de sept enfants. La «tribu», comme il l'appelle parfois. Né dans Hochelaga-Maisonneuve, où il a grandi, il a hérité de son père une passion pour le sport et la politique. Exposé jeune aux idées les plus progressistes, il est toujours resté fidèle à ses idéaux de justice sociale et de redistribution de la richesse.
Alors que presque tous ses frères et soeurs ont fait carrière dans le domaine culturel, il a préféré l'activisme social au sein des milieux étudiants et communautaires. Au milieu des années 70, il rejoint le Parti communiste ouvrier et devient préposé aux bénéficiaires à l'hôpital Royal Victoria. Son appartenance à l'extrême gauche le mènera à s'abstenir au référendum de 1980, un geste qu'il regrette encore aujourd'hui. Il rompt avec le PCO au début des années 80 et devient organisateur puis négociateur syndical pour la CSN dans le secteur de l'hôtellerie. Une «excellente préparation à la scène politique», écrit-il en 2000.
En juin 1990, il complète une ronde de négociations pendant que l'accord du Lac-Meech s'éteint. Il s'offre pour être candidat bloquiste dans Laurier-Sainte-Marie, où une élection partielle doit avoir lieu le 13 août 1990. La suite est connue : Gilles Duceppe est élu avec presque 67 % des voix et devient le premier député souverainiste de l'histoire canadienne à entrer au Parlement fédéral.
Il devient l'homme de confiance de Lucien Bouchard et whip de l'opposition officielle en 1993. En 1996, lorsque M. Bouchard laisse son poste, il ne cherche pas à lui succéder, conscient que son rôle de préfet de discipline, qu'il a la réputation de jouer avec une grande sévérité, lui vaut l'inimitié de plusieurs députés.
Gilles Duceppe succède finalement à Michel Gauthier en 1997, mais son leadership sera souvent l'objet de grogne et de contestation. La crise la plus grave survient à la fin de 2002 et au début de 2003 alors qu'il est ouvertement contesté par les députés Ghislain Lebel et Pierrette Venne. Le premier partira de son propre chef, la seconde sera expulsée du caucus. «Il avait une façon assez tyrannique de diriger et il a toujours raison», soutient Pierrette Venne. Elle affirme que M. Duceppe a appris de Lucien Bouchard à «confier ses basses oeuvres à d'autres».
Suzanne Tremblay, qui a été députée de 1993 à 2004, ne partage pas ce jugement mais reconnaît que Gilles Duceppe «n'était pas très délicat». Elle dit avoir constaté des progrès depuis cette crise. «Il a senti qu'il devait faire un effort pour changer ou il ne pourrait pas faire les élections.»
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Mais il y a plusieurs points sur lesquels critiques comme supporteurs s'entendent : son intelligence, sa mémoire phénoménale, ses talents d'organisateur et de négociateur, sa rigueur et sa discipline de travail. Il est très exigeant envers lui-même comme avec ceux qui l'entourent. Pas question pour lui de critiquer sans offrir de solution de rechange ou sans avoir de preuves pour appuyer ses dires, résume le député Louis Plamondon, un député fondateur du Bloc. Il veut être au fait de tout et attache une grande importance à la crédibilité du parti, ce qui l'a mené à accorder beaucoup d'importance aux services de recherche mis à la disposition des députés.
«Il n'est pas autoritaire mais exigeant, perfectionniste même», ajoute M. Plamondon. Il est difficile de lui faire changer d'idée, mais c'est parce qu'il arrive presque toujours mieux préparé que tout le monde. S'il est insatisfait du travail réalisé, il peut s'impatienter, faire preuve de brusquerie. Il tolère mal le laisser-aller. «Il n'arrête pas de parler de rigueur, et c'est clair qu'il y en a qui trouvent ça dur, parfois», note Pierre Paquette, député et candidat dans Joliette. Mais en même temps, il n'hésite pas à consulter ses députés avant de prendre une décision, dit-il, jugeant les façons de faire de M. Duceppe très démocratiques.
Gilles Duceppe n'a pas changé ses méthodes de travail et, pourtant, il semble différent cette année, moins à cran, moins crispé, plus à l'aise dans sa propre peau. «C'est comme le bon vin, il a vieilli, bien vieilli et mûri, et il a impressionné beaucoup de gens cette année», avoue M. Plamondon.
Le changement a commencé à s'opérer en août dernier, lorsque le caucus lui a donné son appui pour les élections, croit Mme Tremblay. La levée de ce poids, pense-t-elle, a eu un effet positif sur l'attitude personnelle de son chef, un homme sérieux qui n'affiche pas aisément ses émotions.
«Il a une très grande qualité, soit d'être un homme extrêmement sensible, mais il faut être très proche de lui pour s'en rendre compte, comme s'il s'était fait une carapace pour se protéger. Il fait preuve d'une grande timidité pour exprimer ses émotions», dit-elle.
Elle a toutefois été témoin récemment de gestes d'empathie qu'il n'osait pas faire avant. Elle croit que l'arrivée de son petit-fils Émile et les sérieux problèmes de santé qu'a connus son épouse Yolande y sont pour quelque chose.
Car pour Gilles Duceppe, il n'y a rien de plus précieux que les liens familiaux. Tous s'entendent d'ailleurs pour dire que c'est son épouse, ses deux enfants et ses frères et soeurs qui l'ont aidé à traverser le «cauchemar» de 1997. «L'une des pires épreuves de ma vie politique», écrivait-il en 2000.
Bob Dufour parle aussi de la force intérieure de son ami. «S'il n'avait pas été tenace et courageux, il ne serait pas rendu là où il est actuellement. Ça prend un courage extraordinaire pour être sorti de 1997 en gardant la tête haute. Je l'ai toujours connu comme ça, et je pense qu'il s'inspire beaucoup de son père pour ça.»
Mais contrairement à son père, il lui aura fallu des années pour finalement afficher l'aisance nécessaire pour jouer son rôle. Heureusement pour lui, il y est parvenu au moment crucial : la campagne électorale. Et selon Louis Plamondon, l'autorité de M. Duceppe au sein du mouvement souverainiste s'en trouvera renforcée.

Le Bloc et le pot au lait
Michel David
Le Devoir samedi 19 et dimanche 20 juin 2004
Depuis un mois, les sondages se suivent et se ressemblent pour le Bloc québécois. À moins que les électeurs ne boudent les urnes, il paraît assuré de récolter une cinquantaine de comtés le 28 juin.
Stephen Harper a eu beau déclarer, en français comme en anglais, qu'aucun gouvernement fédéraliste ne se laisserait mener par un parti séparatiste, le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir indique que la perspective de voir le Bloc détenir un droit de vie ou de mort sur un gouvernement minoritaire conservateur est loin de déplaire aux Québécois.
De toute évidence, la campagne de peur concoctée par les libéraux a échoué. Si la perception que les Québécois ont de M. Harper a changé depuis le début de la campagne, c'est généralement pour le mieux.
On ne sait pas trop s'ils croient vraiment aux assurances qu'il a données en ce qui concerne l'avortement et les droits des homosexuels ou si ce sont les libéraux qui ont perdu toute crédibilité, mais le résultat est le même.
Paradoxalement, ce sont les électeurs libéraux qui paraissent le moins inquiets des intentions que Paul Martin prête au chef conservateur. Peut-être sont-ils mieux placés pour savoir que la panique lui fait dire n'importe quoi. Ou serait-ce qu'ils sont eux-mêmes plus ouverts aux idées de M. Harper ?
Au-delà des avantages concrets qu'il serait possible de tirer d'un gouvernement minoritaire, on peut imaginer que la pensée de voir le Canada anglais pour une fois soumis à leurs caprices procure une certaine satisfaction aux Québécois.
Leur grand drame depuis 40 ans est de n'avoir ni l'audace de quitter la fédération canadienne ni la force d'imposer les conditions auxquelles ils voudraient rester. La balance du pouvoir leur donnerait peut-être l'illusion d'y être parvenus, au moins temporairement.
***
Depuis le début de la campagne, Gilles Duceppe a réussi de façon remarquable à occulter la question de la souveraineté. Que M. Martin ne l'ait soulevée à aucun moment, pas même pendant le débat télévisé, demeure d'ailleurs un mystère. De la même façon, on se demande bien pourquoi le chef libéral n'a pas attaqué M. Harper sur le protocole de Kyoto, sinon qu'il désirait lui-même se ménager une marge de manoeuvre dans son application.
Cependant, dans l'euphorie du rassemblement que le Bloc québécois a tenu au Spectrum mercredi soir, M. Duceppe lui-même n'a pas pu éviter de faire le lien entre la victoire qui s'annonce et le projet souverainiste. «Imaginez le 28 juin quand on va gagner, imaginez quand on va se donner un pays !»
Si l'image de la «première période», reprise par le député Louis Plamondon, correspond bien à l'échéancier que les souverainistes ont en tête, c'est la réflexion de Gérald Larose sur la «rupture tranquille» qui traduit le mieux le fond de leur pensée.
En votant massivement pour le Bloc, les Québécois s'apprêteraient à «congédier leur élite fédéraliste» et à «se réapproprier [leur] espace politique». Le retour au pouvoir du PQ, suivi d'un référendum enfin gagnant, viendrait en quelque sorte compléter et officialiser ce processus.
Il y a aussi la question des valeurs. Tout en ouvrant la porte à une collaboration avec le Parti conservateur, M. Duceppe profite de chaque occasion pour souligner à quel point celles que ce parti véhicule sont éloignées du «consensus» québécois.
Un des principaux obstacles au projet souverainiste a toujours été que les Québécois partagent largement les valeurs dites canadiennes, disons modérément progressistes, dont le Parti libéral du Canada s'est toujours fait le porteur. Leur statut minoritaire peut leur donner l'impression de ne pas obtenir leur juste part, mais il ne leur pose pas de problème de conscience.
Si la balance du pouvoir échoit au Bloc québécois, sa décision de loin la plus importante sera de bien choisir le moment de renverser le gouvernement. Une querelle de compétences ou un différent d'ordre budgétaire ne serait pas d'un grand rapport. Il serait infiniment préférable d'invoquer une question de principe, par exemple le respect du protocole de Kyoto, ou, idéalement, une question d'ordre moral.
***
On peut cependant imaginer un tout autre scénario, dans lequel c'est le gouvernement Charest, donc le camp fédéraliste, qui tire avantage de la situation.
À moins de vouloir provoquer de sérieux remous à l'intérieur de son propre parti, où sa performance déçoit déjà suffisamment, M. Charest pouvait difficilement laisser paraître plus ouvertement sa préférence pour l'élection d'un gouvernement conservateur, dont la conception du fédéralisme serait beaucoup plus près de la sienne que celle des libéraux fédéraux.
M. Duceppe assure que son attitude à l'endroit d'un éventuel gouvernement minoritaire sera dictée uniquement par les intérêts du Québec. Or c'est au premier ministre légitimement élu qu'il appartient d'abord de définir ces intérêts.
Qu'il s'agisse du financement de la santé ou encore des congés parentaux, le Bloc serait très malvenu de rejeter une entente qui satisferait M. Charest, quoi que Bernard Landry puisse en penser. Les Québécois n'accepteraient pas qu'il pratique la politique du pire afin de favoriser le PQ.
Il est vrai que le gouvernement a fait preuve d'une rare maladresse dans la gestion des dossiers les plus divers, qu'il s'agisse du projet de centrale thermique du Suroît ou de la crise à Kanesatake. Encore cette semaine, on se demande quelle mouche a bien pu piquer le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, pour qu'il décide d'ouvrir un nouveau front avec l'exportation de l'eau en vrac.
Le plus gros handicap du gouvernement libéral demeure cependant la précarité de sa situation financière, qui l'a empêché de tenir ses engagements les plus importants : réinvestir massivement dans la santé et diminuer les impôts.
Il reste encore trois ans avant les prochaines élections québécoises. Il serait assez paradoxal que ce soit le Bloc qui force Ottawa à donner au gouvernement Charest les moyens de remonter la pente et d'obtenir un deuxième mandat. Ce serait comme Perrette et son pot au lait : adieu, veau, vache, cochon, couvée, référendum...
mdavid@ledevoir.com

À dix jours des élections fédérales
Les libéraux canadiens menacés d'une défaite
Ludovic Hirtzmann
Le Figaro vendredi 18 juin 2004
A dix jours des élections fédérales, le chef du gouvernement canadien Paul Martin vit une véritable descente aux enfers. Lors de sa nomination au poste de premier ministre, le 12 décembre 2003, le chef du parti libéral recueillait l'appui de près de 55% de ses concitoyens. Miné par les scandales - notamment l'attribution d'un contrat gouvernemental de publicité de 100 millions de dollars canadiens à une agence proche des libéraux -, son parti ne recueille plus aujourd'hui que 30 à 32% des intentions de vote.
Les conservateurs de Stephen Harper peuvent espérer quelques points de plus (34%), mais au vu des sondages, un fait semble assuré : aucun des deux grands partis n'aura la majorité absolue des 308 sièges de la Chambre des Communes. L'un comme l'autre devra trouver une alliance avec une autre formation pour pouvoir gouverner. Deux partis, les souverainistes du Bloc québécois et les néodémocrates du NPD, devraient jouer les arbitres, avec respectivement 11 et 18% des intentions de votes.
Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois, apparaît déjà comme le grand gagnant de cette campagne. Le Bloc québécois représente une incongruité sur la scène fédérale : créé uniquement pour défendre les intérêts du Québec sur les bancs de la Chambre des Communes à Ottawa, il ne présente des candidats que dans la province francophone. Mais le Québec est la province la plus peuplée après l'Ontario et dispose à ce titre de 75 sièges dont le Bloc peut espérer rafler plus de 60 selon les derniers sondages, soit quelque 20% des députés nationaux.
Quasi absents du Québec, les conservateurs ont déjà fait les yeux doux au Bloc québécois. Mais, lors du premier débat télévisé, Gilles Duceppe leur a fermé la porte au nez en énumérant son opposition aux dossiers sur lesquels Stephen Harper est accusé de vouloir revenir en arrière : la ratification du protocole de Kyoto sur le réchauffement de la planète, le bilinguisme, le droit à l'avortement ou le mariage des couples homosexuels. Paul Martin a tenté de diaboliser Harper en le faisant passer pour un extrémiste cherchant à façonner le Canada sur le modèle des États-Unis. En vain.
Les chances du premier ministre diminuent de jour en jour dans une Amérique qui n'aime pas les perdants. L'ancien premier ministre Jean Chrétien a refusé de prêter main forte à son ancien rival et s'est contenté d'un laconique «Bonne chance». Il y a quelques semaines encore, les stratèges du Parti libéral évoquaient la possibilité d'un retournement de tendance comme en 1974 lorsque Pierre Eliott Trudeau avait su mobiliser ses troupes pendant la campagne et gagner les élections. Mais Paul Martin n'est pas Pierre Eliott Trudeau. Il suit étrangement le parcours de John Turner, premier ministre libéral qui avait perdu les élections de 1984 après seulement quelques mois de pouvoir.

Le Bloc consolide son avance:
La campagne de peur des libéraux est un échec
Clairandrée Cauchy
Le Devoir vendredi 18 juin 2004
Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette
À dix jours du scrutin, le Bloc québécois consolide son avance au Québec. Depuis le début de la campagne, les troupes de Gilles Duceppe ont creusé l'écart qui les sépare des libéraux, les devançant maintenant par 18 points. Signe de l'échec de la campagne de peur libérale, six Québécois sur dix voient d'un bon oeil l'élection d'un gouvernement minoritaire conservateur où le Bloc détiendrait la balance du pouvoir.
Le sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette, réalisé auprès de 1000 Québécois dans les deux jours qui ont suivi le débat français, accorde 48 % des intentions de vote au Bloc québécois, contre 30 % au Parti libéral, 13 % au Parti conservateur et 6 % au NPD, après répartition des indécis. Il s'agit d'une chute de cinq points pour les libéraux et d'une hausse de trois points pour les bloquistes par rapport au sondage Léger Marketing publié en début de campagne. L'écart est encore plus marqué chez les francophones, où le Bloc récolte 56 % des intentions de vote, contre 25 % pour les libéraux.
La variation est cependant mince lorsqu'on considère le sondage pancanadien réalisé par la même firme quelques jours avant le débat, qui créditait le Bloc de 46 % des intentions de vote des Québécois contre 31 % pour les libéraux. «Les gens estiment que Gilles Duceppe a largement gagné le débat, mais en même temps, cela n'a pas un effet considérable parce qu'ils votaient déjà pour le Bloc québécois. La tendance se maintient», explique le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger. Il estime que les libéraux ont quant à eux atteint leur «niveau plancher» et qu'ils pourraient difficilement faire pire.
C'est que le Bloc a récolté une part importante du vote de contestation, ratissant beaucoup plus large que sa base habituelle. Près de la moitié de ses sympathisants veulent avant tout rejeter le Parti libéral alors que les autres appuient la formation pour son option souverainiste.
Fait à noter, «le vote des non-francophones est beaucoup moins monolithique qu'avant», observe Jean-Marc Léger. Le Bloc réussit une percée avec 18 % d'appuis, comparativement à 51 % pour les libéraux. «Le problème, c'est que souvent, à la fin d'une campagne, ce vote-là retourne au Parti libéral», précise le sondeur.
Si ces résultats se confirmaient le jour du scrutin, une vague bleue déferlerait probablement sur la plupart des régions, à l'exception d'une quinzaine de sièges montréalais, deux sur la Rive-Sud, trois en Outaouais et deux en Estrie. «Les libéraux ont un minimum de 23 sièges, le Bloc, un minimum de 33 sièges, puis il y a 19 sièges au milieu qui peuvent basculer d'un côté ou de l'autre. Pour l'instant, la majorité d'entre eux s'en iraient plutôt du côté du Bloc», analyse Jean-Marc Léger.
Les conservateurs ne sont toujours pas dans la course. Selon M. Léger, une percée conservatrice est envisageable seulement si le PC monte à 20 %. «Encore là, c'est un peu comme la Formule 1. Cela prend un bon pilote, dans la bonne écurie, la bonne année», illustre M. Léger en soulignant que les terreaux fertiles se résument aux comtés de Brome-Missisquoi (en Estrie), de Lotbinière et de Louis-Saint-Laurent (sur la rive sud de Québec).
L'épouvantail ne fait pas peur
À la lumière du sondage, les publicités négatives libérales martelant qu'un vote pour le Bloc équivaut à livrer le Québec à Stephen Harper sont un échec sur toute la ligne. Les Québécois pensent même, dans une proportion de 62 %, qu'il est avantageux pour le Québec que le Bloc québécois détienne la balance du pouvoir d'un gouvernement minoritaire conservateur. Soulignons que cette opinion est partagée par 43 % des électeurs libéraux et 83 % des bloquistes.
Ces résultats étonnent le président de la firme de sondage, qui souligne que les citoyens craignent habituellement un «Parlement à l'italienne, c'est-à-dire le bordel à Ottawa». «Aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse. Gilles Duceppe a réussi à les convaincre qu'un gouvernement minoritaire, ce n'est pas catastrophique, que cela donne du poids au Québec par l'intermédiaire du Bloc québécois. C'est une grande réussite de Gilles Duceppe pendant la campagne», commente M. Léger.
Près des deux tiers des répondants pensent que le prochain gouvernement sera minoritaire. Un peu plus de la moitié d'entre eux croient qu'il sera libéral et l'autre moitié, conservateur.
Les tentatives répétées de démoniser Stephen Harper, en le présentant comme un extrémiste de droite sur les questions sociales comme l'avortement ou le mariage gai, n'ont pas trouvé d'écho auprès de l'électorat. Les Québécois ne craignent pas les positions conservatrices à l'égard des droits des femmes (47 % ne s'en inquiètent pas, contre 42 %) et des homosexuels (52 % ne sont pas inquiets, contre 39 %). Les électeurs se préoccupent cependant un peu plus de la capacité du PC à atteindre l'équilibre budgétaire (50 %) et à améliorer le système de santé (49 %).
La crédibilité de Stephen Harper lui-même en sort indemne. Si cela se trouve, 28 % des Québécois apprécient davantage le chef conservateur alors que seulement 9 % en ont une moins bonne opinion qu'au début de la campagne. L'opinion reste inchangée pour 56 % des électeurs. «La campagne de peur des libéraux a été un échec. D'une part, les gens ont une meilleure opinion de Stephen Harper et, d'autre part, les libéraux l'ont démonisé avant le débat des chefs. Il y est apparu comme quelqu'un de raisonnable, de modéré. Le calcul n'a pas eu son effet», souligne Jean-Marc Léger.
Le vote se cristallise
S'il a peu influencé les intentions de vote, le débat aura au moins permis aux électeurs de confirmer leur choix. Contrairement à ce qui était le cas au début de la campagne, le vote semble de moins en moins volatil: 63 % des électeurs affirment que leur choix est définitif, alors que cette proportion n'était que de 54 % dans le sondage du 20 mai. Bien que le vote libéral se soit raffermi (61 % disent que leur choix est définitif), les bloquistes récoltent encore la plus grande proportion d'électeurs décidés, soit 71 %.
«On arrive près des résultats normaux. Les gens attendaient le débat des chefs; maintenant, cela se solidifie», note Jean-Marc Léger, précisant que le principal défi du Bloc demeure la sortie de vote, son électorat, généralement plus jeune, ayant moins tendance à se rendre aux urnes. La date du 28 juin, en plein été, longtemps après la fin des cours, coincée entre la Saint-Jean-Baptiste et le 1er juillet, n'aide pas.
Dans l'ensemble, la firme de sondage prévoit un taux de participation de 67 %, un peu plus du taux de 64 % observé en 2000, le plus bas dans l'histoire.
Le sondage a été effectué du 15 au 16 juin auprès de 1000 répondants. Il comporte une marge d'erreur de plus ou moins 3,1 %, 19 fois sur 20.

À droite, droite et droit devant
Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 69, 18 juin 2004
Le débat des chefs, tant dans sa version anglaise que française, a mis une nouvelle fois en lumière, mais avec encore plus d’intensité, la profonde fracture nationale qui divise le Canada. Il a également permis de prendre la mesure du déplacement vers la droite du centre de gravité de la politique canadienne.
À la face de millions de Québécois et de Canadiens, Paul Martin a carrément refusé de répondre aux questions répétées de Gilles Duceppe sur le scandale des commandites, sa direction politique et le détournement de millions de dollars vers la caisse électorale occulte du Parti libéral.
Ce scandale est d’une autre nature que les cas de prévarication qu’utilisent les partis d’opposition pour déboulonner un gouvernement. Nous sommes devant autre chose qu’une lutte de pouvoir entre deux groupes de la classe dominante par politiciens interposés.
Le scandale des commandites lève une partie du voile sur les moyens utilisés dans la «guerre» - selon l’expression des responsables de ce programme - que mène une nation pour maintenir sa domination sur une autre.
L’attitude des chefs des autres partis politiques était fort révélatrice. S’il s’était agi de cas classiques de corruption, MM. Harper et Layton auraient rivalisé d’indignation avec Gilles Duceppe. Mais ils n’ont évoqué que du bout des lèvres le scandale des commandites.
Nulle surprise du côté de Stephen Harper, dont le parti - sous ses vieux habits du Reform Party et de l’Alliance canadienne - s’était fait le promoteur de la partition du Québec et le concepteur du Plan « B » qui allait inspirer la Loi sur la clarté de Stéphane Dion.
On aurait cependant pu s’attendre à ce que le «nouveau démocrate» Jack Layton pourfende Paul Martin, d’autant plus qu’il avait, en début de campagne, pris position contre la Loi sur la clarté. Il n’en fut rien. Pire, lorsque sommé par Duceppe lors du débat en anglais, de se démarquer des positions chauvines de l’ancienne cheffe du NPD, Alexa McDonough, et de Bill Blaikie qui l’avaient tous deux rabroué pour sa position en faveur de l’autodétermination du Québec, Jack Layton a piteusement capitulé. «C’est de l’histoire ancienne, a-t-il déclaré en substance, il faut maintenant regarder vers l’avenir. »
Le débat des chefs a illustré de façon remarquable le virage à droite de la politique canadienne. Jadis, les leaders néo-démocrates David Lewis et Ed Broadbent avaient pour thème principal de campagne la dénonciation des «welfare corporate bums» et même Jean Chrétien a fait sa dernière campagne en promettant des «jobs, jobs, jobs». Mais n’eût été de Gilles Duceppe l’évasion fiscale pratiquée par la Canadian Steamship Lines de la famille Martin et le vol de 45 milliards de la caisse d’assurance-emploi auraient à peine été effleurés.
Une bonne partie du débat a été centrée sur les valeurs sociales (avortement, mariage entre conjoints du même sexe) ce qui, malgré les apparences, constitue une victoire pour Stephen Harper.
En effet, dans un important discours qu’il a prononcé l’an dernier devant le groupe conservateur Civitas, M. Harper définissait les conceptions fondamentales de sa politique en rappelant l’existence de deux courants de pensée fondamentaux du XIXe siècle, le libéralisme économique classique tel que défini par Adam Smith et le conservatisme social classique élaboré par Edmund Burke. Les deux courants, précisait M. Harper, ont fusionné au XXe siècle pour contrer le socialisme.
Aujourd’hui, avec la chute du mur de Berlin et les révolutions thatchérienne et reageanienne, le conservatisme économique a triomphé, précisait Stephen Harper. Même les partis libéraux ou social-démocrates ont adopté les politiques de diminution du rôle de l’État, de privatisations et de libre-échange.
Dans son volume Paul Martin, un PDG à la barre (Écosociété), Murray Dobin a bien décrit le virage fondamental opéré par le Parti libéral lors d'un colloque à Aylmer en 1991. Tournant la page sur l’orientation interventionniste qui avait été celle du Parti libéral depuis la conférence de Kingston en 1961, Jean Chrétien avait déclaré : «Le protectionnisme n'est ni à gauche, ni à droite, il est simplement dépassé. La globalisation n'est ni à gauche, ni à droite. Elle fait tout simplement partie de la vie. »
M. Harper sait très bien que Paul Martin, le grand responsable des compressions budgétaires qui ont suivi ce colloque, adhère au même credo économique, bien que M. Harper veuille aller plus loin dans la diminution du rôle de l’État en prônant, en échange d’une diminution d’impôts, l’abolition des subventions aux compagnies qu’il a qualifiées récemment de «welfare corporate bums»(sic)!
Le leader conservateur a dû également savourer, lors du débat anglais, le refus de Jack Layton de condamner l’Alena. M. Layton s’est contenté de dire qu’il renégocierait certains aspects du traité. Un revirement complet de la position traditionnelle du NPD. Et, bien entendu, M. Harper n’est pas sans savoir que le Bloc québécois est un chaud partisan du libre-échange.
Le conservatisme économique ayant triomphé, la lutte doit maintenant porter, déclarait M. Harper dans son discours devant le groupe Civitas, sur le terrain des valeurs sociales. Le véritable ennemi n’est plus le socialisme, mais le relativisme moral, la neutralité morale qui s’exprime, par exemple, dans la tolérance de la gauche à l’égard de la consommation des drogues, alors qu’elle mène campagne contre le tabagisme.
Le chef conservateur veut redonner plus de pouvoirs aux familles dans l’éducation des enfants, les appuyer par une législation sévère contre les jeunes contrevenants, et revaloriser l’institution du mariage en accordant plus d’importance aux valeurs religieuses.
La politique extérieure du Canada doit également reposer sur les valeurs morales du bien contre le mal. Une manifestation, selon lui, du neutralisme moral est la réticence de la gauche à combattre le terrorisme avec les moyens appropriés.
M. Harper est un habile politicien. Il prévient ses partisans de bien choisir le terrain des luttes à venir en s’assurant de ne pas diviser les rangs des conservateurs. «L’important, déclare-t-il devant le club Civitas, c’est d’aller dans la bonne direction, même si c’est lentement. »
De toute évidence, il pense que le temps n’est pas venu de remettre en question l’avortement, mais qu’il peut affronter la gauche sur la question des conjoints de même sexe, sachant que cela ne concerne qu’un très faible pourcentage de la population canadienne.
En centrant le débat sur les «valeurs», Paul Martin concède à Stephen Harper qu’il partage, à quelques nuances près, sensiblement les mêmes positions sur les inégalités sociales, le rôle de l’État, le réarmement du Canada, les relations du Canada avec les États-Unis& et les deux évitent de faire de ces questions l’objet d’un véritable débat public!

Le Canada de l'Ontario
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 19 et dimanche 20 juin 2004
Un demi-milliard de beaux dollars canadiens en cinq ans: voilà la somme que le parti de Paul Martin vient de consentir à l'industrie ontarienne de l'automobile. De ce demi-milliard, 200 millions sont déjà réservés pour GM et 100 millions pour Ford.
On s'attendait à ce que Paul Martin succombe un jour ou l'autre aux exigences de l'industrie et du gouvernement libéral ontarien qui, dans son dernier budget, avait aussi prévu 500 millions pour les multinationales de l'auto. Après tout, l'Ontario élit 106 des 155 députés fédéraux et abrite la quasi-totalité des 400 000 emplois générés par cette industrie.
Ce qui surprend, c'est que la nouvelle arrive non pas sous forme de promesse mais d'annonce officielle malgré le fait que ce gouvernement a perdu toute légitimité. Il faut aussi savoir que le dossier était loin d'être complet, comme des fonctionnaires l'ont avoué sous couvert de l'anonymat. Ce n'est d'ailleurs pas la ministre responsable, Lucienne Robillard, qui a fait l'annonce mais son collègue ontarien, Joe Volpe. L'aide serait tirée d'un nouveau programme de un milliard tout à fait improvisé dont d'autres industries, par exemple l'aéronautique (Bombardier), pourraient aussi profiter. Mais au moment d'écrire ces lignes, rien n'a été annoncé.
En octobre 1999, en réponse aux questions insistantes du Bloc québécois qui s'inquiétait de la menace de fermeture de l'usine GM à Boisbriand, le ministre ontarien John Manley et le premier ministre Jean Chrétien lui-même martelaient qu'il n'était pas question de verser des subventions à GM pour l'inciter à moderniser ses installations au Québec. Aujourd'hui, le même gouvernement offre 200 millions à GM pour trois de ses usines ontariennes. Pourtant, GM engrange plus de profits que jamais et n'a même pas commencé à rembourser le prêt sans intérêts de 220 millions obtenu en 1987 des deux gouvernements pour l'usine de Boisbriand, aujourd'hui démolie. Lorsque GM remboursera cet emprunt, en 2017, elle aura encaissé un gain d'intérêts net de plus de deux milliards exclusivement tiré du placement de ce prêt pendant 30 ans !
Stephen Harper, qui sera probablement appelé à former un gouvernement minoritaire, a promis de revoir les politiques d'aide d'Ottawa. Soit, mais en attendant, lui qui a autant besoin de l'Ontario que Paul Martin promet de respecter les offres libérales à l'industrie automobile. Mais le même monsieur Harper refuse de donner suite aux demandes de Bombardier, une compagnie canadienne et québécoise qui, contrairement à l'industrie de l'auto, a vraiment besoin de l'aide de l'État pour développer un nouveau modèle de jet régional et concurrencer ses rivaux étrangers lourdement subventionnés. Bombardier serait-elle trop rouge ou trop québécoise au goût de M. Harper ?
Pas de doute qu'en arrachant la balance du pouvoir le 28 juin, le Bloc et son chef n'auront pas la tâche facile. Mais ils seront en meilleure position que jamais pour faire comprendre aux politiciens fédéraux que le Québec a droit à sa juste part des impôts payés à Ottawa.
jrsansfacon@ledevoir.ca

Pendant ce temps, à Québec...
André Bélanger, Pour Option citoyenne
Alexa Conradi, Pour Option citoyenne
Françoise David, Pour Option citoyenne
François Saillant, Pour Option citoyenne
Le Devoir samedi 19 et dimanche 20 juin 2004
Depuis trois semaines, tous les yeux sont tournés vers Ottawa: qui remportera le match électoral? Un vrai conservateur comme le Canada n'en a jamais connu, représentant d'une droite morale, économique et politique qui fera du Canada, n'en doutons pas, un fier vassal des États-Unis, ce pays lui aussi dirigé par une droite aux accents fondamentalistes? Ou alors un libéral-conservateur dont le bilan politique et économique est entaché d'atteintes aux droits et aux prérogatives du Québec, de décisions appauvrissantes pour des millions de chômeurs et de mal-logés, de corruption et d'une vision le plus souvent mercantile de la solidarité internationale?
Les deux ont en commun de vouloir renforcer la «sécurité» canadienne, souvent au mépris des droits de nos concitoyens qui ne sont pas nés au Canada. Les deux participeront sans nul doute au bouclier antimissiles; les deux ont de bons amis chez les dirigeants de transnationales millionnaires. Tout cela n'est pas rassurant pour les personnes qui veulent bâtir un autre monde, plus solidaire, plus juste et plus égalitaire.
À Québec, un autre gouvernement libéral-conservateur concocte des politiques ou bien fait des annonces qui passent généralement inaperçues mais qui seront lourdes de conséquences.
Des exemples ?
- Le Forum antidémocratique sur l'avenir des cégeps, où un ministre se permet de lancer une énième réforme dont le seul but est d'économiser de l'argent sans se soucier des jeunes qui y perdront énormément pour ce qui est de la qualité de l'enseignement, de l'homogénéité des diplômes et de l'accessibilité des études supérieures dans toutes les régions.
- Le dépôt d'un projet de loi pour réformer (encore !) la sécurité du revenu, conçu en vase clos sans consulter les groupes concernés, qui ne reconnaît pas le principe d'une prestation minimale pour les personnes assistées sociales, propose la saisie des loyers non payés -- une mesure contestée par la Commission des droits de la personne -- et néglige d'inclure dans le texte une indexation automatique des prestations, poursuivant ainsi la spirale d'appauvrissement entreprise sous le précédent gouvernement.
- Le report du projet de loi promis depuis un an sur la réforme du mode de scrutin, à croire que ce gouvernement ne s'y intéresse plus que du bout des lèvres, lui qui nous avait promis l'adoption d'un scrutin proportionnel dans son premier mandat. Et, cerise sur le sundae, le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, réfléchit tout haut à propos de l'exportation de l'eau en vrac, une question que nous avons crue réglée après un débat public de cinq ans, une commission d'enquête et l'adoption d'une politique nationale de l'eau.
Le gouvernement de M. Charest n'a plus aucune légitimité aux yeux d'une bonne partie de la population québécoise, y compris plusieurs personnes qui disent aujourd'hui : «Je n'ai pas voté pour ça !» Il le sait, et voilà pourquoi il agit en catimini, presque à la sauvette, espérant qu'on ne s'en apercevra pas... Erreur ! L'automne sera chaud, n'en doutons pas !
En regardant le gouvernement québécois se comporter ainsi, au mépris d'une véritable démocratie et de nos acquis éducatifs, environnementaux et sociaux, sommes-nous en mesure d'exercer un choix éclairé sur le terrain fédéral ? Eh bien oui.
MM. Charest, Harper et Martin, malgré des divergences dans certains dossiers, partagent des valeurs communes : la croissance économique à tout prix, l'affaiblissement de l'État, la compassion individuelle plutôt que la solidarité sociale, le Québec devenu «une province comme les autres», la complaisance envers le gouvernement américain.
Ce n'est pas comme ça que nous voulons construire un autre Québec possible, centré sur la recherche du bien commun. Un Québec où l'économie est «verte», où la solidarité sociale trouve son sens dans un véritable partage de la richesse, où les hommes et les femmes sont véritablement égaux, où on développe des rapports politiques et commerciaux équitables avec les autres peuples du monde.
Ni Harper ni Martin ! Quant au gouvernement Charest, la population québécoise lui prépare un face-à-face pas mal plus difficile qu'un débat des chefs !

Défusions: une conception réductrice de la démocratie
Louise Harel
Ex-ministre des Affaires municipales et députée du Parti québécois dans Hochelaga-Maisonneuve
Le Devoir samedi 19 et dimanche 20 juin 2004
Ce qu'il y a certainement de plus néfaste dans la dynamique défusionniste enclenchée par le Parti libéral du Québec, c'est la conception réductrice de la démocratie qu'elle impose.
De prime abord, des formules comme «le droit des citoyens de choisir» sont toujours alléchantes. Comment ne pas s'incliner devant ce qui apparaît à première vue d'une telle évidence ? Quand on y regarde de plus près, on y trouve cependant les ingrédients d'une véritable imposture qui pourrait avoir de graves conséquences sur le fonctionnement démocratique de notre société.
1- Le faux «droit» à l'autodétermination municipale
C'est au nom du droit bafoué de choisir qu'en novembre 2000, durant la campagne électorale fédérale, Jean Charest, alors chef de l'opposition officielle, invitait les citoyens, dans tous les grands rassemblements d'opposants aux fusions municipales auxquels il participait (centre-ville de Montréal, Pointe-Claire, etc.), à voter contre le Bloc québécois.
Aux élections fédérales précédentes, en juin 1997, en déplacement à travers tout le Canada en tant que chef conservateur, M. Charest était pourtant resté muet sur la création «forcée» des nouvelles villes de Toronto, d'Ottawa, de Hamilton et de dizaines d'autres, qui faisait l'objet de vives oppositions et de référendums où le non l'emportait à plus de 80 %. Qu'à cela ne tienne, le mécontentement devant un tel changement était grand, et il n'allait pas laisser passer une si belle occasion d'en faire profiter l'opposition libérale, dont il était devenu le chef. [...]
Le résultat ne comptait plus : «Le Parti libéral ne sera ni déçu ni ravi d'un résultat ou d'un autre sur les fusions», déclarait le député de Hull, Roch Cholette, au journal Le Soleil en novembre 2002. Combien de fois par la suite entendrons-nous une telle déclaration, sur toutes les tribunes et à toutes les occasions, le gouvernement libéral se considérant comme strictement instrumental pour que s'exerce la «décision locale» ? L'exemple de l'aboutissement ultime de cette abdication de responsabilités gouvernementales est illustré par l'intention annoncée du citoyen Jean Charest de voter non à la défusion que son gouvernement a lui-même enclenchée !
Nous sommes bien loin de la pensée libérale de Claude Ryan qui, le 7 octobre 1999, à l'occasion d'une conférence sur les suites à donner au rapport Bédard, déclarait : «Il appartiendra au gouvernement de prendre les décisions qu'il jugera appropriées et de les soumettre à l'Assemblée nationale.» Il ajoutait au même effet quelques mois plus tard, le 13 mai 2000, sur la rive nord de Montréal : «Je suis aussi d'avis qu'après des années de tergiversations, le temps est venu d'agir dans ce dossier et que seule une intervention de Québec peut permettre de le faire efficacement et dans des délais raisonnables.»
2- Rupture dans la pensée libérale
Cette abdication gouvernementale à l'égard de l'organisation du territoire national non seulement apparaît éminemment antidémocratique à beaucoup de citoyens, exclus d'un exercice référendaire réservé aux seuls citoyens, souvent privilégiés, issus des anciennes municipalités, elle discrédite en plus les législations antérieures adoptées démocratiquement par des gouvernements de formations politiques différentes.
Au cours des 40 dernières années, pas moins de 16 législations regroupant des municipalités, dont 13 par des gouvernements libéraux, ont été adoptées par l'Assemblée nationale. Le premier ministre Jean Lesage et son ministre des Affaires municipales, Pierre Laporte, avaient énergiquement procédé à la création de la ville de Laval à partir d'une fusion «forcée» des 14 municipalités de l'île Jésus. En 1975, le premier ministre Robert Bourassa avait regroupé plus d'une quarantaine de villes.
Son ministre des Affaires municipales, Victor Goldbloom, déclarait alors à l'Assemblée nationale : «À certains moments de l'histoire, un gouvernement doit avoir une vision et doit prendre ses responsabilités. La tâche qui nous attend est, je sais, gigantesque, mais le gouvernement du Québec entend assumer pleinement ses responsabilités. C'est une question de devoir. Le gouvernement doit agir au nom du bien commun et au nom de notre avenir collectif.» [...]
3- L'arbitrage démocratique de l'Assemblée nationale
En 1969, c'est l'Assemblée nationale qui a imposé la création «forcée» des communautés urbaines de Montréal, de Québec et de l'Outaouais. En 1979, c'est l'Assemblée nationale qui a imposé la création «forcée» des municipalités régionales de comté (MRC). En juin 2000, c'est aussi l'Assemblée nationale qui a imposé la création «forcée» des communautés métropolitaines de Montréal et de Québec. [...]
Je ne prétends pas que les meilleures décisions aient été prises par le passé ou qu'elles le soient à l'avenir : j'affirme que le lieu démocratique, garant de la recherche du bien commun, où ces décisions doivent être prises est l'Assemblée nationale.
4- Pouvoir de taxation sans pouvoir de représentation
«Ce projet de loi donne aux citoyens le droit de choisir le maintien des municipalités actuelles ou la reconstitution des anciennes municipalités», disait le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, lors du dépôt du projet de loi 9 à l'Assemblée nationale du Québec, le 17 juin 2003.
En fait, la loi 9 contient une astuce pour, en apparence, reconstituer les anciennes municipalités et, en réalité, les subordonner aux villes centrales dans tous les grands dossiers, par le biais des conseils d'agglomération. En plus de multiplier par deux des administrations qui vont se superposer sur un même territoire puisqu'à la communauté métropolitaine, à la ville centrale et aux arrondissements s'ajouteront dorénavant le conseil d'agglomération (nouveau) et les villes de banlieue défusionnées (nouveau), le gouvernement impose un pouvoir de taxation direct sans suffrage universel des citoyens. C'est un modèle bâtard qui ne tiendra pas longtemps la route pour la bonne raison qu'il se manifestera rapidement comme ingérable. [...]
Il faut un très haut niveau de cohésion dans la poursuite d'objectifs communs pour que des élus locaux acceptent d'assumer des reproches de leurs électeurs pour des décisions auxquelles ils se sont opposés et des factures qu'ils peuvent contester en justice. Ces conseils d'agglomération seront des nids de chicane et il est fort à parier qu'un bon nombre de décisions seront contestées devant les tribunaux, les villes «résiduelles», comme les appelle l'actuel ministre des Affaires municipales, retrouvant leur capacité de mener d'interminables guérillas judiciaires.
On prévoit que le conseil d'agglomération de Montréal gérera un budget de deux milliards de dollars et exercera 18 compétences alors que la Ville de Montréal y détiendra un minimum de 31 des 51 sièges. Il est à prévoir des dizaines de contestations judiciaires pour exprimer l'insatisfaction des uns et des autres en ce qui a trait au niveau de services rendus ou du quantum des factures reçues.
Imaginons l'exercice laborieux d'une compétence attribuée au conseil d'agglomération, comme celle du logement social, qui pourrait être paralysée par la recherche de terrains vacants, rendus difficilement disponibles, par des villes de banlieue récalcitrantes.
5- Le boomerang «du droit de choisir» libéral
Dans le contexte du discours libéral actuel où le «chacun pour soi» est érigé en «droit de choisir», il ne serait pas surprenant de voir les défusionnistes de l'île des Soeurs brandir la volonté de leurs concitoyens, exprimée à 83 % en 2000, pour réclamer le démembrement de l'arrondissement de Verdun auquel ils appartiennent ou encore de voir surgir des référendums dans les nouvelles villes démembrées pour dire non aux conseils d'agglomération. Il n'y a pas de limite au détournement de la démocratie quand le gouvernement lui-même raisonne de façon démagogique et légitime comme un droit le refus de «vivre ensemble».

Vivre ensemble
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 19 et dimanche 20 juin 2004
Le débat sur les défusions aurait pu être l'occasion d'une prise de conscience du rôle des villes comme pôles de développement du Québec, aussi bien sur le plan social et culturel que sur le plan économique. Malheureusement, tout dialogue s'est avéré impossible avec les partisans des défusions, auxquels on en est réduit à rappeler en cette veille référendaire qu'il n'y aura que des perdants dimanche soir. Désolant!
Dès le départ, dès le moment où le gouvernement Bouchard entreprit des consultations en vue de créer de nouvelles grandes villes s'est constitué un camp du refus qui ne veut rien de moins que le retour à la situation prévalant avant les fusions. On pense qu'une fois les anciennes municipalités reconstituées, il suffira de poursuivre la lutte pour qu'elles retrouvent la plénitude de leurs anciens pouvoirs.
Les libéraux de Jean Charest ont été de cet avis un certain temps, mais une fois au pouvoir, ils ont été forcés de reconnaître qu'ils ne pouvaient pas défaire ce qui avait été fait. Comment, en effet, auraient-ils pu justifier une défusion pure et simple de la nouvelle ville de Mont-Tremblant, par exemple, et recréer l'iniquité fiscale qui prévalait entre l'ancienne municipalité de Mont-Tremblant, où se concentre la richesse foncière de la région grâce aux projets d'Intrawest (qui bénéficient de généreuses subventions gouvernementales), et l'ancienne municipalité de Saint-Jovite, qui a le rôle ingrat de fournir les services à sa riche voisine ? C'est une situation qu'on retrouvait à des degrés divers dans toutes les nouvelles grandes villes.
Pour se tirer d'affaire, le gouvernement Charest a tenté de réaliser la quadrature du cercle, c'est-à-dire permettre la tenue de référendums sur les défusions tout en les rendant par ailleurs le moins attrayantes possible. Les municipalités choisissant cette voie ne retrouveront qu'une partie de leurs responsabilités, l'essentiel des pouvoirs étant confié à un conseil d'agglomération qui réunira villes fusionnées et villes défusionnées mais où le dernier mot appartiendra aux premières.
Que gagneront les arrondissements qui choisiront la défusion, sinon la capacité de déterminer s'ils offriront un peu plus ou un peu moins de services dits de proximité ? La différence ne sera pas marquante avec le statut actuel des arrondissements, du moins à Montréal. Pour le reste, le seul privilège qu'auront les contribuables des villes défusionnées sera d'acquitter, sans mot dire, la facture que leur enverra le conseil d'agglomération, qui représentera en moyenne les deux tiers du total de leur compte de taxes.
Le journal The Gazette a surpris ses lecteurs cette semaine en en venant à la conclusion qu'au bout du compte, il n'y a rien à gagner à choisir la défusion. Entre deux maux, vaut mieux choisir le moindre, a-t-on conclu après avoir analysé froidement les choses. S'ils ne veulent pas voir les aspects positifs de la participation à la nouvelle ville, les défusionnistes, avant de voter demain, devraient soupeser les inconvénients de ne pas en être. La réalité leur dictera la même conclusion que The Gazette.
Si les défusionnistes n'ont rien à gagner en votant oui aux référendums de demain, en revanche, tous y perdront s'il s'ensuit un mouvement massif de défusions. Cela ne fera que maintenir, sinon accentuer la polarisation actuelle du débat, que l'on voudra poursuivre devant les tribunaux. Il n'y aura pas de dialogue possible, alors qu'au sein des grandes villes, on peut envisager de changer les choses. À Montréal, le maire Gérald Tremblay en a fait la preuve l'an dernier en décentralisant les pouvoirs de la ville centre vers les arrondissements en matière de services de proximité. Pour cela, il faut choisir de vivre ensemble et de poursuivre les mêmes objectifs.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Exportation de l'eau potable:
Mulclair persiste et signe
Jocelyne Richer, PC
Le Devoir vendredi 18 juin 2004
Le ministre de l'Environnement a fait son nid: le Québec doit exporter son eau en vrac
Québec - L'idée du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, est déjà faite: il faut exporter l'eau du Québec en vrac.
Avant même la tenue du débat qu'il souhaite à ce propos au cours des prochains mois, le ministre a fait son nid, convaincu que le Québec a depuis trop longtemps renoncé à des dizaines de millions de dollars de revenus qu'engendrerait l'exploitation de la ressource.
«Je crois que par dogme, on est en train de se priver d'un potentiel énorme», a-t-il expliqué, lors d'un entretien à la Presse canadienne, hier.
Non seulement M. Mulcair n'a nullement l'intention de reculer dans ce dossier, malgré les hauts cris de l'opposition et des groupes écologistes, mais le ministre se dit «ravi» de forcer le débat sur un sujet hissé dans certains milieux, selon lui, au niveau d'un dogme ou d'une religion.
«On est en train de nous dire que par religion, dogme, vérité reçue, on n'a même pas le droit d'en parler. Je trouve ça extraordinaire!» dit le ministre, qui entend bien bousculer les idées reçues et ne pas se laisser marcher sur les pieds par ses nombreux détracteurs.
«Le débat ne fait que commencer, a-t-il dit. Et ceux qui pensent m'intimider en me disant que je ne suis pas leur religion, dans laquelle ils m'inventent des commandements tous les matins, j'ai des nouvelles pour eux autres.»
À la question de savoir ce que le Québec aurait à gagner sur le plan environnemental à exporter son eau en vrac, il répond que «tant qu'on n'a rien à perdre sur le plan environnemental, si j'ai des milliards à aller chercher avec de l'eau, sans affecter les écosystèmes aquatiques, pourquoi je nous priverais, par dogme, de la possibilité d'avoir une activité économique importante?»
À partir du moment où deux critères sont respectés - «sécurité de la ressource et sécurité juridique» - il ne voit aucune limite à l'exploitation de la ressource hydrique.
Loi remise en question
L'opposition péquiste et les groupes écologistes font valoir quant à eux que le BAPE en était venu à la conclusion, en 2000, après enquête et écoute de 400 mémoires, qu'il valait mieux interdire l'exportation de l'eau en vrac, pour la soustraire à l'ALENA. Si l'eau était considérée comme une marchandise en vertu du traité, les lois environnementales du Québec pourraient être perçues comme des entraves au commerce international et devenir caduques.
L'Assemblée nationale a donc adopté une loi en décembre 2001 interdisant l'exportation d'eau en vrac.
Pour remettre en question la loi, le ministre se base sur l'article 4.1 qui stipule que le ministre doit tous les cinq ans se prononcer sur «l'opportunité de la maintenir en vigueur».
L'occasion était trop belle pour lui de relancer le débat, car il n'accepte pas la prémisse voulant qu'il existe un consensus à ce propos. «Le consensus est basé sur quoi? Elle est où, la science?», a-t-il dit, voulant insuffler plus de logique et de rationnel au débat.
«Notre engagement est clair: préservation de cette ressource renouvelable, son exploitation rationnelle, avec des règles très claires, sur le plan juridique, pour ne jamais la mettre en péril. Après ça, pourquoi on continuerait à laisser exporter, comme on le fait à l'heure actuelle, sans tirer un sou de redevance? Ça n'a pas de bon sens! C'est une ressource, on a de la chance. On devrait l'exploiter», avait dit le ministre, hier matin, en Chambre, aux questions de l'opposition.
Il a rappelé son engagement d'imposer une redevance aux grands utilisateurs d'eau (embouteilleurs, papetières et alumineries, notamment) au cours des prochains mois. Ces redevances pourraient rapporter au gouvernement, selon lui, des dizaines de millions de dollars par année, dont une partie serait redistribuée vers les régions.
«Il n'en est pas question, de mettre en péril cette ressource. On va la protéger, on va avoir une assise juridique, mais, si on peut, avec ces deux choses-là, aussi apporter de l'argent, aussi apporter des redevances, pourquoi ne pas le faire?», a-t-il demandé, en Chambre.
Le projet d'exportation n'effraie pas le premier ministre Charest, à première vue.
«Je n'ai aucune crainte sur le débat qu'on aura sur l'eau, aucune mais absolument aucune, parce qu'il n'a jamais été question d'exportation massive d'eau», a-t-il dit, lors d'un point de presse.

Eau en vrac: des motifs fallacieux
Serge Roy
Le Devoir vendredi 18 juin 2004
Libre opinion : Lettre au ministre de l'Environnement, Thomas J. Mulcair
C'est avec stupéfaction et indignation que nous avons pris connaissance de votre déclaration sur l'exportation d'eau en vrac. Nous comprenons très mal ce qui a pu vous mener à remettre en question les orientations adoptées par le gouvernement du Québec sur cette question. Il nous apparaît que les motifs que vous avez invoqués sont tout à fait fallacieux et pourraient dissimuler des intérêts particuliers qui n'ont rien à voir avec les intérêts des régions et encore moins avec l'intérêt général du Québec.
L'Association québécoise pour un contrat mondial de l'eau (AQCME) s'oppose fermement à toute ouverture pouvant conduire à l'exportation massive d'eau du Québec. Une telle approche consacrerait irrémédiablement un statut de marchandise à l'eau, statut qui ne lui convient nullement puisqu'il s'agit d'une ressource vitale qui doit être protégée et complètement soustraite de l'application des règles du marché.
Vous prétendez qu'il est nécessaire de faire ce débat maintenant. Pourtant, le débat a été fait il n'y a pas si longtemps dans le cadre des travaux de la Commission sur la gestion de l'eau au Québec, présidée par André Beauchamp. Quels intérêts et quelles motivations vous animent à peine quatre ans après la publication du rapport de cette commission dans lequel l'exportation en vrac de l'eau était rejetée catégoriquement?
Par ailleurs, votre déclaration survient à un moment où nous savons très bien que certaines grandes entreprises sont intéressées à mettre la main sur l'eau du Québec et du Canada à des fins strictement commerciales. Ouvrir la discussion sur l'exportation massive d'eau va placer le Québec dans une situation vulnérable face à ceux qui espèrent s'enrichir avec cette ressource pour répondre à des besoins et des usages qui pourraient être plus que douteux.
De plus, dans le contexte de l'application des accords de libre-échange, notamment de l'ALENA, vous savez très bien que le gouvernement du Québec pourrait se retrouver dans une situation dangereuse si une ou plusieurs entreprises se sentaient lésées par une réglementation ou une disposition législative qu'elles jugeraient contraire à leurs intérêts.
Il est également essentiel de tenir compte du fait que nous ne disposons toujours pas des données essentielles à une saine gestion de l'eau au Québec. Les effets des ponctions de quantités d'eau des nappes phréatiques sont mal connus, les conséquences écologiques d'une surconsommation dans certains secteurs ne sont pas évaluées, le caractère incomplet des connaissances sur les eaux de surface, notamment en ce qui concerne les quantités prélevées, sont quelques-unes des questions qui devraient vous inciter à plus de prudence.
M. le ministre, nous vous invitons à renoncer à votre projet de lancer un nouveau débat sur une question qui vient de faire l'objet d'un vaste consensus dans la société québécoise. La Politique nationale de l'eau adoptée par le gouvernement en novembre 2002 et appuyée par le Parti libéral du Québec, alors dans l'opposition, écarte la possibilité d'exporter de l'eau en vrac.
Il est vrai que la limite d'exportation de contenants de 20 litres peut déjà conduire à une exportation importante d'eau douce. Alors, au lieu d'élargir la faille qui s'est retrouvée dans la législation québécoise, il serait sans doute plus approprié et plus avisé de colmater cette brèche dans les meilleurs délais. Nous nous permettons également de vous suggérer de prendre tous les moyens pour assurer la mise en oeuvre complète de la Politique nationale de l'eau, ce qui n'est malheureusement pas le cas.
Pour l'AQCME, l'eau est un bien commun de l'humanité et les populations humaines ne sont que fiduciaires de cette ressource: elles ne peuvent pas en disposer comme bon leur semble sans considération pour les droits des générations futures et de l'ensemble des êtres vivants. Nous devons refuser de prêter à l'eau un caractère de bien de consommation comme un autre. Nous sommes absolument opposés à toute forme de marchandisation de l'eau.
Nous espérons, M. le ministre, que vous prendrez en considération nos commentaires et que vous ne ferez aucun geste irrémédiable. Nous nous attendons du ministre de l'Environnement qu'il protège l'environnement, et plus particulièrement l'eau, au lieu de le livrer aux marchands avides de profit.
Serge Roy : Président de l'Association québécoise pour un contrat mondial de l'eau
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
C’est assez, M.Turcotte !
Gino (GAB) Boucher, Amqui
TRIBUNE LIBRE 18 juin 2004
En réponse au texte de Nestor Turcotte publié sur VIGILE le 14 juin 2004 :
J’ignore ce que le PQ ou le Bloc vous a fait ou pas fait pour que vous soyez autant frustré à leur égard mais là, ça suffit ! Vos frustrations vont trop loin M.Turcotte. Tout d’abord les gens qui lisent la Tribune Libre sur ce site ont le droit de savoir que les 125 voix que vous avez récoltées aux dernières élections provinciales (14 avril 2003) ont fait perdre le député péquiste de Matane, Pascal Bérubé, par 33 voix et ce, au grand plaisir de l’adversaire libérale, Nancy Charest et son comité. Vous faites parti de ces soi-disant 400 000 électeurs indépendantistes frustrés qui ont boudé le PQ aux dernières élections. Ne vous sentez surtout pas responsable d’avoir causé ainsi l’élection d’un des pires gouvernements que le Québec ait connus dans son histoire en élisant Jean Charest et sa bande d’incompétents notoires !
Ceci étant écrit, voulez-vous nous les lâcher avec vos leçons de moralité une bonne fois pour toutes ? Consommez-la votre frustration qu’on en finisse ! Vous ne pouvez pas vous prétendre indépendantiste indéfiniment en tapant sans cesse sur ses partis respectifs ! Croyez-vous que vous allez changer la vision politique des gens en vous présentant sans cesse comme candidat indépendant pour faire acte de vengeance contre le PQ et le Bloc ? Croyez-vous être le seul indépendantiste au Québec a avoir été déçu par le PQ et le Bloc ? Moi aussi j’ai été déçu mais il n’y en a pas d’autre alternative et le parti parfait n’existera jamais ! Par contre, des gens qui chiâlent contre les partis parce qu’ils ont été vexés dans leur petites ambitions personnelles, il y en aura toujours. L’article que vous avez lu sur Cyberpresse, c’était de la poudre aux yeux tout comme le titre de votre lettre d’ailleurs qui fait très André Pratte et Alain Dubuc du journal LA PRESSE.
Le Journal de Québec, lui, a fait dire à M. Duceppe qu’une victoire du Bloc au Québec le 28 juin prochain serait le coup d’envoi d’un nouveau référendum ! Mais ça vous n’en parlez pas parce que vous n’êtes plus capable de rien dire de bon sur le Bloc ou le PQ ! De plus, hier le 16 juin 2004, M. Duceppe accompagné du chanteur indépendantiste Daniel Boucher et du groupe Loco Locass tenait un premier rassemblement depuis le début de la campagne au Spectrum de Montréal où il n’a pas manqué d’afficher haut et fort ses couleurs souverainistes devant une salle comble et surchauffée. Il ne vous reste plus qu’à retirer vos paroles qui ne tiennent plus la route ce matin M. Turcotte. Pour un supposé indépendantiste, j’avoue qu’à vous lire, je vous sens plus proche d’un vire-capot à la Jean Lapierre ou pire encore, un frustré de rejet à la Guy Bertrand. En terminant je vais répondre à votre question :
« Et si on était 2 millions d’électeurs à faire comme moi le 28 juin prochain ? » Si on était 2 millions à faire comme vous, eh bien on n'aurait jamais l’indépendance et en plus on servirait le pouvoir sur un plateau d’argent à ceux qui veulent notre peau depuis la conquête de 1760 ? Contrairement à ce que vous avancez, je trouve que pour une fois, M. Duceppe a tellement bien annoncé ses couleurs dans la campagne actuelle que ni Martin, ni Harper, ni Layton n'ont osé le défier au débat télévisé sur la question séparatiste ! Aux prochaines élections provinciales, si vous vous avisez de foutre la merde dans la campagne électorale du comté de Matane comme ce fut le cas la dernière fois, soyez certains que vous me trouverez sur votre route. Sans rancune aucune, je vous souhaite une bonne journée !

TRIBUNE LIBRE
Elvis Gratton existe et il travail pour LA PRESSE
Gino (GAB) Boucher, Amqui
TRIBUNE LIBRE 18 juin 2004
Il n’y a pas a dire, M. Pratte se surpasse dans son éditorial du mardi 15 juin. Plus aucune subtilité dans sa vision politique. Un peu plus et il nous écrit noir sur blanc de ne pas voter pour le méchant séparatiste Gilles Duceppe et de voter plutôt pour Paul Martin, le sauveur du Canada. C’est un vrai Elvis Gratton en poste pour La Presse qu’on a là !
Il écrit en parlant du débat électorale français du lundi 14 juin dernier : « Il (Gilles Duceppe) l’a fait avec une dose de démagogie, d’arrogance et d’impolitesse comme on en a rarement vue lors de tels exercices.» Mais bon sens, comment ne pas être un tantinet arrogant et impoli lorsqu’on a affaire à un crosseur de la trempe de Paul Martin ? Moi je trouve que malgré tout, M. Duceppe est demeuré très poli ! Vous voyez du feu où il n'y en a pas parce que c’est votre devoir de le faire M. Pratte ! Sinon, votre bureau va se rapprocher de la porte, n’est-ce pas !?!
Continuons : « Mitraillant le premier ministre d’une question à laquelle il n’existe pas de réponse simple : Combien reste-t-il d’argent dans la caisse d’assurance-emploi ? » C’est certains que lorsqu’on a vidé cette caisse, ça peut devenir très embarrassant de répondre à la question ! « Après que M. Martin se fut empêtré en donnant la réponse technique - mais exacte ! » Oups! J’en ai perdu un bout je crois ! Quelle réponse technique mais exacte ? Il n’a rien répondu du tout merde ! Il patinait dans ses mots jusqu’au moment où Duceppe lui a envoyé en pleine gueule « Zéro M. Martin, vous l’avez vidé la caisse de l’assurance-emploi !» Et Pan ! fin de la citation !
… Et ça continue de plus belle avec : « Le chef bloquiste a poussé l’injure jusqu’à lancer de longues attaques contre M. Martin alors que les règles empêchaient le premier ministre de répondre. » Pauvre M. Martin ! Dommage que les mêmes règles ne l’ont pas empêché de fourrer les chômeurs et les contribuables québécois ! Mais ça, M. Pratte refuse de le voir ou même de l’entendre !
… Et la meilleure !... : « M. Duceppe aura sans doute plu aux nombreux électeurs en colère, de même qu’aux gens de gauche qui rêvent de faire payer les riches. Mais il n’a pu démontrer en quoi les Québécois auraient avantage à abandonner leur influence au sein du gouvernement canadien contre des renforts envoyés au régiment des critiqueux. »
Il l’a très bien démontré et je préfère de loin le régime des critiqueux à celui des trous-du-cul dont vous faites malheureusement partie, M. Pratte ! Effectivement, tous les gens pauvres de la gauche souhaitent faire payer les riches et c’est totalement légitime ! Il faut être imbécile pour penser le contraire !
Et pour finir… M. Pratte y va d’un retentissant : « L’enjeu réel du vote du 28 juin : Participer à l’élection du prochain gouvernement du Canada, ou s’exclure de cet exercice démocratique fondamental en votant Bloc.» Ce gars-là est en campagne électorale pas à peu près, non mais !!?? On croirait entendre la Canadian Family au grand complet (Chrétien, Martin, Desmarais, Coderre, Copps, Frulla, Petitgrew et cie). Faudra vous calmer, M. Pratte, sinon vous finirez par perdre votre job pour cause de lèchage de cul compulsif ! Le régime de la peur c’est fini ! Elvis Gratton nous fait rire pour vrai maintenant !

TRIBUNE LIBRE
Il faut cesser de se faire du tort avec ça
Gino (GAB) Boucher, Amqui
TRIBUNE LIBRE 18 juin 2004
Je désire tout d’abord saluer l’initiative du Crapaud
Sonneur (Martin Lamontagne) qui m’éclaire à bien des égards avec cette liste
! En apportant des petits commentaires
personnels sur les artistes énumérés ci-dessous, vous constaterez que ce
n’est pas si grave que ça les artistes et la Fête du Cacanada! Il faut cesser de se faire du tort avec ça,
il n’y en a pas, ou plutôt, il n’y en a plus d’artistes du Québec prêts à
défendre leur couleur politique ! Nous avons une communauté artistique de
moumounes ou d’assistés sociaux qui sautent sur l’occasion pour pouvoir payer leur
loyer six mois d’plus, c’est ça la réalité des artistes d’ici ! Un des rares à
bouder la fête du Canada est le chanteur Daniel Boucher et j’espère qu’il
tiendra le coup longtemps ?? Il était
d’ailleurs avec Gilles Duceppe et Loco Locass hier au spectrum de Montréal pour
un grand rassemblement visant à faire sortir les jeunes de chez-eux pour
qu’ils aillent voter massivement pour le Bloc Québécois. Je salue son initiative ! Je suis moi-même
un artiste-musicien ( auteur – compositeur – interprète ) et pour avoir tant
essayé de percer et tant essuyé de refus des subventionneurs et des juges de
concours je peux vous en parler de notre belle communauté artistique de
lèches-derrières !! Alors voilà,
allons-y tous en coeur avec les p’tits commentaires de GAB-La Mitraille !
A
.Alain François – C’est
qui ça ?
.Andrée Watters – Avec
un nom comme ça, pas suprenant ! Elle ne se mouillera jamais anyway !
.Angel Forrest – Idem
à la précédente demoiselle !
.Annie Brocoli – BOF!
À quatre ans, moé aussi je m’en crissais de la fête du Canada !
.Antoine Gratton – Est-ce
le frère d’Elvis ?
B
.Bobby Hachey – Dans
l’temps de Willie Lamothe y paraît qu’ça votait libéral pas mal !
.Boogie Wonder Band – C’est
un band d’interprétations anglo-américaine de toute façon!
.Bruno Pelletier (souverainiste connu) - Décevant
C
.Caroline Néron – BOF
! Si ce n’était pas d’son cul, elle ne chanterait pas de toute façon !
D
.Dany Boudreau – Les
NB chantent toujours à la fête du Cacanada !
.David Usher – C’est
un bloke alors, faut-il en ajouter !!??
.Dj Daniel Desnoyers – Musique
plus power + Much Music Power = Cacanada Power !
.Dumas – Lui j’pense
qu’il a besoin de fric pour manger, alors…
E
.Edith Butler – C’est
la fille d’la sagouine ( joke !!)
alors, une NB = Vive le Cacanada !
F
.France d'Amour (souverainiste connue) - Décevant
G
.Gabrielle Destroismaisons – BOF !
.Gildor Roy – Ne se
mouilleras jamais sur des questions politiques !
.Ginette – Ginette Qui
?
H
.Hawksley Workman – C’est un bloke anyway !
I
.Ima – Avec Guy
Cloutier Production, personne ne peut
faire de politique, ça coûte trop cher !
K
.Kevin Parent – Yé ben
fin mais c’est un No-Name célèbre ( fier d’être québécois le 24 juin et fier
d’être canadien le 1er juillet ) ou encore un french-Bloke of Canada!
L
.La Chango Family – Ils
ont l’air de tripper ethnic et ça, c’est très winner à la fête du Canada !
.La Chicane – Tout
simplement des putes du soi-disant,
rock Québécois !
.La Volée d'Castor – Sûrement
en hommage au 5 cents de la monnaie canadienne !
.Lenny Gallant – C’est
un bloke anyway !
.Les B.B. – Des putes
du soi-disant, rock québécois, en pleine résurrection !
.Les Batinses – Pour
tous les genres, du punk-ska-country-rock-canadianos-québécos !
.Les Ours – Ils
sortent de leur hibernation et ils se sont trompé de fête !
.Les (peu) Respectables – The Respectables new sluts of quebecers rocks songs !
.Les Tubes – Avec un
pareil nom, il faut absolument conquérir le plusse meilleur pays du monde !
.Lulu Hughes – Chante
en anglais plus souvent qu’en français, c’est donc pas suprenant !
M
.Marc Déry – Décevant mais pas surprenant,
il ne s’engage jamais sur des terrains glissants !
.Marie-Chantal Toupin – Décevant mais si c’était
MARJO, ce serait pire encore !!
.Marsus – C’est qui ça
?
.Martin Deschamps – Décevant, un autre qui ne veut pas se mouiller politiquement !
.Mélanie Renaud – BOF
!
.Michel Louvin – BOF
et REBOF !
.Michel Pagliaro – Décevant mais, ça ne me
surprend pas car Michel ne s’est jamais engagé politiquement autrement qu’en
jouant à la fête du Canada !
.Michèle Richard – Sans
intérêt
.Mon ami Benoit – C’est
qui ça ?
N
.Nanette Workman –
C’est une Québécoise d’adoption que le business transforment en canadienne et vice-versa un peu comme Pagliaro mais au
féminin !
.Nicolas Guimont – C’est
qui ça !
.Noir Silence – Avec
« Made in USA » pis l’histoire du Castor canadien au top ten de leur
palmarès !
P
.Paolo Noël – Sans
intérêt
.Patou – Non mais,
quand même !!??
.Patrick Norman – Avec un drapeau de l’unifolié en guise de
foulard sur la tête !
.Plume Latraverse – Décevant mais il nous a
déjà fait l’coup plus d’une fois et de toute façon Plume s’est toujours crissé
de tout l’monde alors, crissons-nous donc de lui nous aussi !
R
.Richard Petit – Porte
bien son nom dans les circonstances ! Dédé Fortin doit se retourner dans sa
tombe !
.Roch Voisine – Un NB
de Moncton = Vive le Canada !
S
.Sagwa – C’est qui ça
?
.Sam Roberts – C’est
un bloke de toutes façons !
.Stefie Shock – Bof !
Lui, y peut ben chanter n’importe où tant qu’à moé !
.Steve Hill – Bon
guitariste mais, semi-bloke qui chante bloke alors…
.Suroit – C’est leur
spécialité à eux de jouer à la fête du Cadenas !
V
.Vilains Pingouins (sérieux j'ai de la misère à y croire) – Vraiment Décevant !
Y
.Yelo Molo – Décevant ! « Je me
souviens de rien ! Suis-je en catimini ? Suis-je un américain né en Californie
! »
C’est vrai que c’est navrant de voir ça mais le bilan n’est
pas si lourd que ça après tout ! Voilà le score finale de nos petits comiques
provinciaux !
1 x Vraiment décevant ( Vilain Pingouin )
3 x Décevant, sans plus ( Bruno Pelletier, France D’amours,
Yello Molo )
5 x Décevant mais pas tant que ça ! ( M-C Toupin, Plume,
Marc Déry, Martin Deschamps et PAG ) alors voilà, nous avons donc là 8
déceptions sur 56 artistes ! Du moins, en ce qui me conscerne les 48 autres
peuvent bien chanter où ils veulent je m’en contre-saint-ciboirise ! Ça ne m’affecte pas un poil !
Les mentalités sont longues à changer et tant et aussi
longtemps que nous ne serons pas un pays indépendant, je ne crois pas qu’il y a
lieu de faire le procès des artistes qui chantent à la fête du Canada même si
on a tendance à le faire quand même!
Plusieurs artistes québécois qui chantent à la fête du
Canada se disent avoir payé des impôts pour ce party-là et qu’en allant y
participer à gros cachet, ils se remboursent sauf qu’ils y prennent goût et ils
y retournent une fois, deux fois, trois fois… Il y a bien sûr l’image que
l’artiste véhicule en faisant partie d’une fête comme celle-là ! Il y a
immanquablement une association qui se fait, ça c’est certain ! Être un artiste
québécois et participer à la fête du Canada n’est pas un geste politique selon
moi ! Refuser l’invitation à en faire
partie par contre, ça c’est un geste politique ! Je rêve du jour où un artiste
québécois participera à cette fête du Canada et aura les couilles de dire au
publique sur place « Si je suis ici ce soir, c’est pour profiter de ma
liberté d’expression et vous dire en ce soir de la fête du Canada que je suis
fière d’être québécois et que le Québec sera toujours mon seul et unique pays
avec ou sans le Canada. Vive la liberté, vive l’indépendance ! »

TRIBUNE LIBRE
ILS VEULENT JUSTE NOTRE VOTE
Robert Bertrand, Québec
TRIBUNE LIBRE 18 juin 2004
On est tellement habitué, dans certains cas, de vivre la morosité, la déchéance. Certains semblent se complaire à vouloir nous la faire vivre.
D'autres, heureusement, nous permettent de voir certaines lueurs, de voir un certain cheminement. Questions d'appréhension, questions d'analyse, questions de vision.
Bien sûr, dans la peau des travailleurs d'élections, dans la réalité, sur le terrain, certaines angoisses sont sûrement vécues. Les expériences passées nous prouvent qu'il ne faut pas juste vivre d'espoir. Il faut du travail, de l'engagement, une volonté ferme de s'en sortir par nous-mêmes. Il faut que nos gens de toutes les classes de la société québécoise se rendent au bureau pour voter. On peut le faire à tous les jours d'ici le 28 juin. On n'a pas le droit moral de ne pas voter pour soi, pour sa société, pour son peuple, pour son pays.
Les Québécois, au cours des générations passées se sont tellement faits avoir par les belles promesses, par les beaux parleurs, par les belles gueules, par les belles rhétoriques. Les tricheries, les manipulations, les manigances, les tromperies, les promesses, les promesses, les promesses, tout y a passer pour nous convaincre de nous placer dans leur "girond".
Les Québécois se sont faits avoir tellement souvent, que, maintenant, tant les LIBÉRAUX que les CONSERVATEURS ne nous laissent rien savoir comme promesses, comme avenir comme Québécois. Cela n'a jamais été aussi clair que ça l'est présentement, au cours de cette élection. On nous offre rien, moins que rien en regard de notre vote. De la fumée. Voter parce que l'on a besoin de vous pour faire marcher "notre" Canada d'une seule Nation, d'un seul Peuple, d'un seul Pays ! Ce faisant, ils nient notre propre existence comme NATION, COMME PEUPLE, COMME PAYS DIFFÉRENT.
C'est arrogant, c'est du haut de leurs personnes, du haut de leur piédestal, du haut de leur Canada qu'ils acceptent de nous parler ! On devrait les en remercier en votant pour eux !
C'est clair, c'est l'évidence : LIBÉRAUX ET CONSERVATEURS veulent juste avoir nos votes pour leur permettre d'asseoir leur Canada sans marquer la différence du Québec, sans nous reconnaître, sans nous accepter pour ce que nous sommes : UNE NATION, UN PEUPLE, UN PAYS.
LIBÉRAUX ET CONSERVATEURS DU CANADA veulent qu'on soit comme eux; veulent qu'on soit des leurs; veulent après que cette élite "politicaillarde" nous ait niée, que nous-même ayons la gentillesse de se nier comme entité particulière.
LIBÉRAUX ET CONSERVATEURS contrôlent les médias d'information : journaux, revues, radios, télévisions, journaux régionaux en plus des Sénateurs qu'ils se nomment, des juges qu'ils se nomment, des représentants de leur Reine qu'ils se désignent. ILS ONT TOUS LES CONTRÔLES.
ILS VEULENT JUSTE NOTRE VOTE. On doit entériner ce qu'ils veulent et accepter ce qu'ils font comme ils le veulent parce que c'est eux qui le veulent.
LIBÉRAUX ET CONSERVATEURS veulent juste qu'on leur dise avec nos votes qu'ils seraient avantageux que de continuer à vouloir nous acheter avec leurs commandites, avec leur propagande, avec leur drapeau, avec leur feuille, avec leur mot : CAN CAN CAN.
Le BLOC QUÉBÉCOIS, c'est la représentation fidèle des Québécois qui veulent un Pays bien à eux. Voilà l'essentiel de ce que nous présente et nous représente le BLOC QUÉBÉCOIS.
En votant pour le BLOC, on vote pour la représentation de NOTRE NATION, de NOTRE PEUPLE. On s'affiche ouvertement et consciemment Québécois sur le territoire du Pays du Québec.
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
18 juin 2004