
À l'arraché !
Michel Vastel
Le Soleil lundi 21 juin 2004
L'écart entre conservateurs et libéraux, à une semaine du jour de scrutin, se situe à l'intérieur de la marge d'erreur. Et la moyenne des quatre sondages publiés ces derniers jours donne 31,75 % des intentions de vote aux libéraux et 31,6 % aux conservateurs ! Bien malin qui prédirait le résultat d'une élection aussi serrée...
On croyait que les débats télévisés de la semaine dernière provoqueraient une vague, dans un sens ou dans l'autre. L'impulsion n'est pas venue pour les conservateurs, non plus que le rétablissement pour les libéraux. La seule certitude est que nous allons nous retrouver avec un gouvernement minoritaire. En 1972, les libéraux de Pierre Elliott Trudeau s'étaient accrochés au pouvoir avec 38,5 % des suffrages exprimés, contre 35 % aux conservateurs. Et en 1979, les conservateurs de Joe Clark avaient arraché le pouvoir avec 35,9 % des suffrages, contre 40,1 % aux libéraux.
Cette année, c'est bien différent. Il y a d'abord le Bloc québécois qui fausse le jeu démocratique. En 1988 par exemple, alors que la popularité de Brian Mulroney créait une situation semblable à celle d'aujourd'hui, les libéraux de John Turner avaient tout de même recueilli 30,3 % des suffrages exprimés au Québec, et seulement 12 sièges. Cette année, les sondages situent les troupes de Paul Martin aux environs de 25 % ! Dans l'état actuel des sondages, il ne resterait plus un seul député libéral en dehors de l'île de Montréal !
Par contre, l'Ontario ne va pas basculer dans un seul camp comme à l'époque de Jean Chrétien. Actuellement, il n'y a que deux ou trois points de pourcentage qui séparent les deux grands partis, et le NPD recueille régulièrement plus de 20 % des intentions de vote, laissant présager beaucoup de luttes à trois dont l'issue est imprévisible. Dans le reste du pays, il n'y a pas tellement de changement par rapport aux élections précédentes : l'Ouest va rester massivement bleu, et les provinces de l'Atlantique plutôt rouges.
C'est donc en Ontario et au Québec qu'il faut faire changer des choses. Et pour éviter un désastre pire que celui de John Turner en 1984 et en 1988, Paul Martin doit faire peur aux uns et aux autres en s'attaquant à Stephen Harper en anglais et à Gilles Duceppe en français. Pas facile...
Le chef conservateur s'est retrouvé dans l'eau chaude à plusieurs reprises ces derniers jours, sur la question de la pornographie juvénile et celle d'Air Canada. Le moins qu'on puisse dire est que cela n'a pas pris. Il faudrait de bien plus graves erreurs pour provoquer une désertion en masse des électeurs ontariens en appétit de changement. Même la question de la santé publique, ce clou sur lequel Paul Martin frappe depuis le début de la campagne électorale, n'ébranle plus en Ontario. Pour faire peur, il faudrait diaboliser le modèle albertain. Or, l'Alberta fait l'envie des Ontariens. De plus, quand le chef libéral parle de santé, les Ontariens pensent d'abord à la taxe santé imposée par le gouvernement libéral de Dalton McGuinty.
Gilles Duceppe aussi a commis une gaffe la semaine dernière en avouant que l'élection d'une majorité de députés bloquistes ne constitue qu'une première étape vers l'accession du Québec à l'indépendance. Le chef du Bloc a même fixé l'échéance à cinq ans. Si c'était Jacques Parizeau qui avait dit cela, ou Bernard Landry, cela aurait provoqué un tollé. Mais venant de Gilles Duceppe, cela n'inquiète pas. Jean Lapierre et les ministres du Québec ont beau tenter de soulever une tempête, Duceppe semble inattaquable cette année.
Match nul en Ontario et situation bloquée au Québec, les partis risquent de finir - comme presque toujours - à la situation où ils se trouvaient au début de la campagne électorale : 34 % des suffrages pour les conservateurs et 30 % pour les libéraux, le Québec faisant bande à part avec plus de 50 % des suffrages au Bloc. Les conservateurs de Stephen Harper sont encore loin des résultats combinés - 37,7 % - des candidats de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste conservateur et loin d'une majorité.
La surprise pourrait venir en fait des néo-démocrates de Jack Layton, dont on s'occupe peu dans cette campagne. Pourtant, à 20,5 % des intentions de vote la semaine dernière, ils se situaient à leur niveau de 1988 sous Ed Broadbent, alors qu'ils avaient obtenu 43 sièges, leur meilleur résultat de tous les temps. Jack Layton avait ciblé 55 circonscriptions au début de la campagne, puis a remonté ses ambitions à 65 sièges. Pour avoir la balance du pouvoir, il faudrait qu'il fasse élire plus de 50 députés et que Paul Martin rescape plus d'une centaine de députés libéraux.
En fait, cette élection est exceptionnelle parce que ni les conservateurs et surtout pas les libéraux ne veulent gouverner avec le Bloc québécois. Il n'y a donc pas de combinaison possible avec les tiers partis et le gouvernement qui sera élu devra compter sur son principal adversaire pour survivre ! Ce serait plus facile pour les conservateurs que pour les libéraux.
On raconte en effet que le Parti libéral du Canada a hypothéqué ses revenus de l'État ( en vertu de la nouvelle Loi sur le financement des partis) en se basant sur un résultat de 45 % des suffrages exprimés. Avec 30 % des voix le 28 juin, il se retrouverait avec une dette de plus de 6 millions de dollars. Divisés et endettés, les députés libéraux ne seraient pas pressés de faire face à une autre campagne électorale.
En fait, dans l'avion de Stephen Harper, on a commencé à dresser la liste des députés libéraux - en particulier ceux du Québec qui deviendraient automatiquement ministres ! - susceptibles d'être tentés de traverser le parquet de la Chambre des communes...

Communism taught Duceppe discipline and duty
The Globe and Mail Monday, June 21, 2004
Who would have thought that Gilles Duceppe, the dour former Marxist who's always played second fiddle to the more flamboyant Parti Québécois luminaries, would become one of the stars of this election campaign?
Mr. Duceppe won the French-language debate, which was not surprising. He also performed very well in the English-language debate, and actually impressed quite a few observers by his presence, his timely repartees and his knowledge of the files. Throughout the two debates, he was the most relaxed of the group; he even displayed a sense of humour -- something that came as a surprise to French viewers.
Since the debate, the Bloc has received, on average, a dozen complimentary e-mails a day from voters outside the province. Some of those, ignoring the party's commitment to Quebec separation, would even like the Bloc to run in their ridings.
Mr. Duceppe is a changed man. The wooden-faced, uncharismatic leader whose two previous campaigns had been less than lacklustre, has morphed into a self-assured debater and an elegant, almost charming, politician. In Quebec these days, he has rock-star status, and some already tout him as a possible replacement for PQ leader Bernard Landry, who will be 70 when the next provincial election is called.
Now, thanks to the sponsorship scandal and the Martin team's inept electoral strategy, Mr. Duceppe is about to become kingmaker to a minority government, with (probably) more than twice as many MPs as the NDP.
It's been a long way from obscurity to stardom for Gilles Duceppe, who spent his young adulthood closeted inside the totalitarian ideology of an extreme-left group, the Parti Communiste Ouvrier Marxiste-Léniniste.
The PCO lived with rigid, puritanical rules that Mao Zedong himself might have found a little rich. Members could have their choice of a spouse vetoed by the group. They shared their salaries, and any spare time was devoted to militancy. Even work was political combat.
The PCO made a specialty of infiltrating hospital unions: The highly hierarchical structure of hospitals helped foment the class struggle, and in the seventies, many Quebec hospitals were indeed devastated by wild strikes induced by extreme-left militants. Mr. Duceppe himself worked for a few years as an orderly at the Royal Victoria Hospital in Montreal, as part of his ideological commitment.
He stayed with the PCO until he was well into his thirties -- a very long time, indeed. At 33, Mr. Duceppe was still a practising Maoist, which led him to spoil his ballot in the 1980 referendum on sovereignty.
He later worked as an adviser for the Confederation of National Trade Unions, which regrouped most of Quebec's hospital unions and was a hotbed of left-leaning sovereigntists. He became the first elected Bloc MP when he ran in a by-election in the working-class riding of Hochelaga-Maisonneuve. In 1996, after Lucien Bouchard left the Bloc to become Quebec's premier, Mr. Duceppe won the leadership of the party against more flamboyant contenders, thanks to the help he received from Mr. Bouchard's staff. At the time, Mr. Duceppe was seen as a mere puppet of the PQ leader. But he grew in the job.
His long involvement with the PCO had left him with an authoritarian streak that pushed a few strong-minded MPs to break with the party, but it also left him with a dogged dedication to his duty, and he soon mastered the intricacies of federal politics. The least one can say is that he worked hard to get where he is.

"Le pays qui fait rêver les Français"
Louis-Bernard Robitaille
La Presse dimanche 20 juin 2004
Paris - S'il n'y avait pas eu ce satané Saddam Hussein, le bonheur du Canada aurait été sans nuage le 18 décembre dernier. Ce jour-là, L'Express devait faire sa couverture avec un dossier spécial très fouillé et sérieux sur le Canada.
" Mais voilà, explique le grand reporter Jean-Michel Demetz, en charge du dossier: trois jours avant, on avait capturé Saddam Hussein, et la couverture Canada s'est retrouvée en bandeau au bas de la page. "
Un large bandeau rouge annonçant " Le pays qui fait rêver les Français " et, à l'intérieur, 24 pages sur un pays de dimension moyenne où il n'y a ni guerre ni crise majeure, aussi tranquille que la Suède ou les Pays-Bas, dont les journaux ne parlent jamais.
Sauf cas d'espèce, les pays " moyens " doivent se résoudre à payer au prix fort un publireportage, dans le Monde, le Figaro ou ailleurs, pour obtenir le même volume rédactionnel. Il arrivera que tel grand journal consacre un dossier spécial à certains pays qui ont une cote de sympathie, mais il penchera plutôt du côté culturel ou touristique.
Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de reportages très sérieux, mais surtout louangeurs. " Les Canadiens forcent notre admiration, écrit Demetz en ouverture: taux de croissance, décentralisation, intégration des immigrés, hautes technologies... Voyage au pays des réformes réussies. "
Indéniablement, le Canada a marqué en France des progrès considérables depuis 10 ou 20 ans. " Il est vrai, dit Jean-Michel Demetz, que Pierre Elliott Trudeau faisait parler de lui dans les années 70. Mais c'était davantage à la rubrique people: parce que c'était un dandy et à cause de Margaret. Dans les années 70 et 80, il arrivait qu'on parle du Québec, mais rarement du Canada. "
S'il y a eu en décembre ce spécial dans L'Express, c'est d'abord parce que l'ambassade canadienne avait concentré beaucoup de moyens et d'efforts autour du 400e anniversaire du voyage de Champlain.
Mais en fait, la couverture médiatique des affaires canadiennes est plus régulière, indépendamment de ce 400e. Ça n'a l'air de rien, mais une équipe de France 2 a diffusé cinq petits reportages dans la même semaine, en avril, à l'émission Télé-Matin. Ces jours-ci, une équipe de TF1, la première chaîne télé en France, prépare une série de six reportages (l'Acadie, le pétrole en Alberta, les Îles-de-la-Madeleine, etc.) pour le téléjournal à la fin du mois.
De petits succès médiatiques que bien des ambassades étrangères à Paris rêveraient d'obtenir, y compris en payant le gros prix.
Certes, depuis plusieurs années déjà, le Canada dépense beaucoup d'argent par le truchement de son ambassade parisienne. Le Centre culturel canadien, qui est miraculeusement devenu très dynamique depuis l'arrivée de Robert Desbiens à sa tête, à l'automne 1998, dispose de locaux luxueux et de budgets impressionnants, surtout en comparaison de ceux du Québec. Et le service de presse, comme cela est normal, a largement les moyens d'organiser trois ou quatre voyages de presse par an.
La juge Louise Arbour devient pour un temps une vedette médiatique grâce au Tribunal pénal international? On en profite pour organiser des déjeuners, des interviews à la télé. Lorsque le Nunavut est institué, on comprend également que cela fait partie de l'imaginaire français. Résultat: une série de six pleines pages dans le Monde.
En fidélisant peu à peu certains journalistes, on les amène sur des sujets plus pointus et nouveaux: la place de no 2 mondial du Canada dans les biotechnologies, la progression fulgurante du nombre d'étudiants français dans les universités " canadiennes " (aujourd'hui 7000 étudiants, dont 75 % au Québec). Enfin et surtout, les succès canadiens pour ce qui est de la réduction des déficits et de la modernisation de l'État.
Le message que l'on veut faire passer est le suivant: le Canada est un pays de dimension moyenne, mais qui a réussi des réformes dans bien des domaines qui préoccupent aujourd'hui les Français: déficit, intégration des immigrés, etc.
Bien entendu, cette image continue de se confondre, chez la plupart des gens, avec celle du Québec. Le Canada ne s'est jamais privé d'utiliser à ses fins de communication les succès québécois, notamment dans le domaine culturel. Il est parfois assez comique de voir à Paris l'ambassade et la délégation s'arracher Luc Plamondon ou Robert Lepage.
Mais en même temps, les succès enregistrés par le Canada finissent tôt ou tard par servir le Québec. Si le Canada a si brillamment réussi dans sa réforme de l'État, cela vaut aussi pour le Québec: celui-ci a eu droit à deux pleines pages élogieuses, le mois dernier, dans le Point. Avec ce titre: " Raffarin s'inspire des recettes québécoises ".
" Pour l'immense majorité des Français, même renseignés, dit Martine Jacot, ancienne correspondante du Monde à Montréal, le Canada et le Québec se confondent volontiers. Jacques Villeneuve et Céline Dion sont québécois en début d'article et canadiens à la fin. Ou inversement. Quand les gens disent Canada, aujourd'hui, ils veulent essentiellement parler du Québec, éventuellement de l'Acadie. Un gros Québec avec quelques prolongements anglophones autour. "

Fournier pressé de passer à autre chose
Denis Lessard
La Presse lundi 21 juin 2004
Des tensions sont à prévoir entre le maire Gérald Tremblay et le premier ministre Jean Charest
Québec - Ironiquement, tout en vivant au coeur de la métropole, Jean Charest, bientôt, ne sera plus Montréalais. Résidant de Westmount, il aura depuis un an appuyé du bout des lèvres les fusions municipales. Jean-Marc Fournier l'a appris à ses dépens. Gérald Tremblay, lui, s'en souviendra longtemps.
Ce dernier a gagné son pari et sauvé les meubles. En conservant les villes les plus importantes du point de vue démographique, Gérald Tremblay obtient une légitimité maintes fois mise en doute depuis son élection. Mais une fois le combat terminé, les généraux font le compte de ceux qui sont venus ou non en renfort.
Et le résultat d'hier soir laissera des traces dans les rapports entre Montréal et le gouvernement Charest.
Ce ne sera pas plus rose entre Québec et l'administration Olivier, à Longueuil, qui a été disséqué hier. Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, n'est pas en cause- tous savent à l'hôtel de ville que c'est lui qui s'est battu, seul, pour faire accepter aux députés libéraux la barre des 35 % pour les défusionnistes, l'ingrédient qui a soudé bien des arrondissements à Montréal hier soir.
Mais le quasi-silence de Jean Charest dans le dossier des défusions, depuis sa déclaration de " préjugé favorable " à l'endroit des grandes villes lors du débat de la campagne électorale, l'an dernier, en aura déçu plusieurs.
En bout de course, il aura fait savoir par sa porte-parole qu'il avait voté en faveur du maintien des fusions- il a voté par anticipation, évitant ainsi que les caméras n'immortalisent cette prise de position.
À l'Assemblée nationale, Jean Charest a eu 1000 occasions de plaider en faveur du grand Montréal. À 1000 reprises, il a plutôt martelé la nécessité de permettre aux citoyens des villes fusionnées de force de se prononcer.
Les libéraux de Jean Charest ne se bagarraient guère sur la question des fusions municipales jusqu'aux élections fédérales de 2000. Brisant la règle de la non-ingérence du PLQ sur la scène fédérale, M. Charest avait soutenu alors qu'un " vote pour le Bloc est un vote pour les fusions ". La formule fit recette, et le Bloc en ressentit douloureusement l'effet au scrutin.
Par la suite, la défaite de Pierre Bourque aux mains de Gérald Tremblay, grâce à l'appui des banlieues désormais regroupées, semblait favorable aux libéraux provinciaux. Le maire et une bonne partie de son entourage venaient des cénacles du PLQ. Cela n'a pas empêché le PLQ de donner le feu vert au bouillant député de Hull, Roch Cholette. Le PLQ s'engagea en catastrophe à défaire les fusions forcées par les référendums qui ont eu lieu hier.
En finir... et vite
Devant ces résultats, Québec voudra en finir, et vite. Le titulaire des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, ne se cache pas, dit-on, pour marquer sa déception en cette fin de parcours. Essentiellement, du début à la fin, il aura été laissé seul au front dans ce dossier délicat.
Il veut désormais quitter les Affaires municipales " le plus vite possible ", confie-t-on, pour obtenir le portefeuille qu'il convoitait avant même les dernières élections, celui des Transports.
Jean-Marc Fournier estime avoir tenu parole contre vents et marées en tentant de concilier deux promesses quasi contradictoires: favoriser le fonctionnement des grandes villes tout en donnant la parole aux citoyens.
De compromis en adoucissements, toutes ses initiatives depuis un an ont dû être ajustées dans les coulisses pour satisfaire une phalange de députés élus à Montréal et à Québec dans des circonscriptions où se trouvent des villes fusionnées. De Pierre Moreau (Marguerite-d'Youville) à Geof Kelly (Jacques-Cartier), bien des élus libéraux martelaient à chaque occasion que leurs électeurs ne pardonneraient pas aux libéraux de ne pas respecter leur engagement.
Envoyé au front en avril 2003, Jean-Marc Fournier voulut d'emblée poser des conditions élevées: que les " défusionnistes " représentent au moins 50 % des gens ayant droit de vote. La barre fut ramenée à 35 % afin de calmer un peu les députés qui n'en voulaient aucune!
Aux Affaires municipales, on s'affaire déjà à trouver les présidents des différents comités de transition- ce devrait être chose faite dès mercredi. Les élections prévues en novembre 2005 pourraient bien être devancées- le maire Olivier dit déjà que la situation ne pourra perdurer pendant 18 mois.
À Québec, on ne s'inquiète guère toutefois devant la menace de bien des villes reconstituées, qui ont promis de contester en cour la loi 9 et la perte de leurs responsabilités au profit de la nouvelle " fiscalité d'agglomération ". Le sort fait par les tribunaux aux contestations musclées visant les fusions et la loi 170 a rassuré les spécialistes du ministère des Affaires municipales.
M. Fournier n'en demeure pas moins déçu d'avoir été laissé à lui-même par son patron.
Encore hier soir, des collaborateurs du premier ministre soulignaient qu'il n'y avait pas péril en la demeure, personne ne cesse de respirer en pensant aux défusions, expliquait-on. M. Fournier, encore une fois, sera envoyé en première ligne cet après-midi: Jean Charest ne prévoyait commenter qu'au cours d'une activité publique, en fin de journée, demain.
Ce qui avait commencé autour d'une pile de factures finit en règlement de comptes.

Défusions: la vague se brise :
L'ouest de Montréal s'isole. La Rive-Sud se disloque
Antoine Robitaille
Le Devoir lundi 21 juin 2004
Quinze secteurs de la grande ville de Montréal ont défusionné hier, mais le maire Gérald Tremblay a tout de même tenu à parler de «grande victoire pour Montréal» puisque de grands secteurs comme Saint-Laurent, Anjou et LaSalle resteront dans la grande ville. En revanche, sur la Rive-Sud, Longueuil éclate carrément alors que quatre secteurs sur cinq ont choisi de quitter la mégaville. Pour ce qui est de la ville de Gatineau, elle restera quasi intacte, ne perdant que Masson-Angers, et ce, par une marge infime: moins de cinq voix.
Dans la métropole, ce sont les bastions défusionnistes et principalement anglophones qui ont choisi de quitter: Baie-d'Urfé, Beaconsfield, Côte-Saint-Luc, Dollard-des-Ormeaux, Dorval, L'Île-Dorval, Hampstead, Kirkland, Sainte-Anne-de-Bellevue, Montréal-Ouest, Mont-Royal, Pointe-Claire, Senneville et Westmount. À l'autre bout de l'île, Montréal-Est fait figure d'exception et d'îlot défusionniste francophone. Dans l'ouest de l'île, le oui a échoué à Roxboro et à Pierrefonds, où plusieurs croyaient qu'il allait l'emporter. Anjou a aussi choisi de rester dans Montréal, tout comme Sainte-Geneviève et L'Île-Bizard ainsi que les grands secteurs de Saint-Laurent et LaSalle. Rappelons que selon les règles fixées par la loi 9, le oui ne pouvait l'emporter que si le nombre de voix en faveur de la reconstitution d'une ex-ville était de 50 % plus un vote et si cette même majorité représentait au moins 35 % des électeurs inscrits de l'ancienne ville. Dans le camp défusionniste, ces règles ont été constamment critiquées pendant la campagne. On y a vu une astuce de la part du gouvernement Charest en vue d'«empêcher les gens de récupérer leur ville», comme l'a souligné le porte-parole défusionniste Peter Trent hier.
Bonne nouvelle Commentant les résultats, Gérald Tremblay s'est montré extrêmement positif, même trop au regard de plusieurs observateurs, qui se sont demandé si le maire était «sur la même planète que nous». Mais selon le maire, il y a une «bonne nouvelle» puisque 87 % de la population de l'île, représentant 1 600 000 habitants, a choisi Montréal. «Montréal est plus fort qu'avant les fusions», a-t-il déclaré. Il a dit respecter la décision «démocratique» de ceux qui ont opté pour la défusion mais, selon lui, les vrais gagnants sont ceux qui «restent dans la grande ville». Entre autres grâce au modèle de décentralisation qui permettra selon lui aux arrondissements de cultiver leur identité tout en participant au grand tout. L'unité dans la diversité, en somme. M. Tremblay a dit souhaiter une transition en douceur , affirmant aussi espérer que le gouvernement mette en place les comités de transition le plus vite possible pour «passer à une autre étape», a-t-il déclaré, visiblement satisfait de tourner la page. En fin de semaine, il avait répété à plusieurs reprises: «Il est temps que ça finisse.» Dans les secteurs où le oui l'a emporté, un comité de transition sera mis sur pied afin de préparer des élections en novembre 2005. Mais certains prétendent que des voix pourraient s'élever afin de réclamer des élections anticipées. Certaines sources prétendent que le chef de l'opposition Pierre Bourque pourrait le faire dès ce matin. En principe, les villes seraient reconstituées le 1er janvier 2006. Mais comme le faisait remarquer l'attachée de presse du maire, Christiane Miville-Deschênes, il est difficile de dire à quoi le conseil d'agglomération, qui chapeautera la ville résiduaire et les villes reconstituées, ressemblera exactement: «Il n'y a pas encore de loi constitutive.» Pierre Bourque, qui s'était fait le promoteur de l'idée «une île, une ville», affichait une tête d'enterrement hier, s'affirmant «très très triste de voir disparaître un rêve d'unir les Montréalais». Lui qui avait promis de «livrer Montréal-Est» a affirmé que tout le monde est «coupable de ne pas avoir réussi». Mais il a toutefois tenu à dire que Gérald Tremblay était particulièrement responsable d'avoir organisé une «alliance contre nature» avec les forces défusionnistes pour obtenir le pouvoir, des défusionnistes qui ont trahi le maire Tremblay à la première occasion pour aller démembrer Montréal.
Longueuil À Longueuil, sur cinq secteurs, seul Greenfield Park est resté dans le giron de la grande ville. Boucherville, Saint-Bruno, Brossard et Saint-Lambert l'ont quitté. Le maire Jacques Olivier a semblé décontenancé par ces résultats, livrant un discours quelque peu confus. Lui-même citoyen d'une ville (Saint-Bruno) qui a opté pour la défusion, il a exprimé sa surprise de voir Brossard partir, surtout que c'est là qu'est sis l'hôtel de ville du Grand Longueuil. M. Olivier, qui avait récemment affirmé ne pas être certain de sa légitimité après un certain nombre de défusions, a cette fois-ci déclaré qu'il allait «administrer» le mieux possible la ville démembrée au cours des 15 prochains mois. Il a souligné qu'avec Greenfield Park, la ville centre obtiendrait 61 % des votes au futur conseil d'agglomération. À Gatineau, seul Masson-Angers a réussi à respecter les deux conditions de défusion, mais un recomptage est à prévoir. Par ailleurs, il y a bien eu une majorité de oui à Aylmer, mais ce camp n'a pas réussi à franchir le seuil des 35 %. À Buckingham et à Hull, le non l'a emporté par une forte majorité. En Mauricie, Shawinigan restera tel quel lui aussi. Les défusionnistes de Lac-à-la-Tortue, Saint-Georges et Saint-Gérard-des-Laurentides ont voté en plus grand nombre que leurs opposants, mais pas assez pour atteindre les 35 % requis. À Saint-Jean-des-Piles, le non a recueilli près de 70 % des voix. À Grand-Mère, les deux camps sont arrivés à égalité au fil d'arrivée, mais là encore, le seuil des 35 % a fait la différence.
Participation La participation au scrutin a été passablement élevée pour un scrutin municipal, dépassant le taux de 50 % dans plusieurs secteurs. Les électeurs ont commencé très tôt hier à affluer aux bureaux de scrutin.

Six comités de transition instaurés
Presse Canadienne
Cyberpresse lundi 21 juin 2004
Québec - La défusion de la plupart des riches banlieues anglophones de l'Ouest de Montréal n'entraînera pas un nouveau clivage linguistique au Québec, a soutenu lundi le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier.
«Je ne veux pas qu'on en arrive à la conclusion que c'est une affaire d'anglophones contre francophones, parce que ce ne serait pas juste», a dit le ministre Fournier lors d'un point de presse à Québec, au lendemain des référendums municipaux.
«Lorsque l'on regarde Montréal-Est, Boucherville, Saint-Augustin, lorsque l'on regarde plus de la moitié des secteurs démembrés, ce n'est pas une question de langue», a-t-il maintenu.
Pressé de questions par les journalistes, M. Fournier a dû par la suite se rendre à l'évidence et finir par admettre que dans «dans l'Ouest (de l'île de Montréal), il y a des anglophones qui ont décidé de quitter».
Mais s'il y a clivage linguistique, a-t-il insisté, ce ne sont pas les référendums sur les défusions qui en sont responsables.
La faute, selon lui, revient entièrement au Parti québécois, l'architecte des regroupements municipaux.
«S'il y a une tension linguistique, elle a été créée par les fusions forcées (...) Cette tension-là, elle était existante, préexistante et on tente d'y mettre fin.»
Le ministre est par ailleurs demeuré vague lorsqu'un reporter lui a demandé s'il s'opposerait à une initiative conjointe des banlieues à majorité anglophone de se constituer en une seule ville.
«Je n'ai pas l'impression que ça fait partie de leurs objectifs, a-t-il simplement répliqué. Ce n'est pas mon choix, ce n'est pas ma volonté.»
Mais pour le reste, M. Fournier considère que le Québec tout entier sort gagnant du redessinage de la carte territoriale, d'autant plus que dans les autres villes nouvelles, les défusions auront un impact marginal.
C'est le cas pour la ville de Québec, qui n'a perdu que deux banlieues sur 12, d'une importance mineure de surcroît, soit L'Ancienne-Lorette et Saint-Augustin-de-Desmaures.
Les municipalités regroupées reposent désormais sur une base solide, a mentionné le ministre.
«Je pense que le Québec sort gagnant. Le maire (Gérald) Tremblay de Montréal l'a dit, il trouve que sa ville est plus forte qu'elle était avant. Alors, le Québec sort gagnant parce que la ville de Montréal obtient une légitimité.»
En bout de piste, a-t-il poursuivi, «ce n'est pas tellement la grosseur des villes qui est importante, c'est la grandeur des villes qui est importante. Et cette grandeur-là, elle vient d'où? Elle vient de l'adhésion des citoyens».
Pour l'heure, le ministre a annoncé la mise sur pied de six comités de transition et la nomination de six mandataires qui auront à préparer la mise en place des villes reconstituées, conformément à la loi 9.
En outre, les comités de transition auront pour tâche de contrôler les dépenses, procéder au partage des ressources humaines et organiser les prochaines élections municipales.
En vertu de la loi, les scrutins devront se tenir en novembre 2005, pour une reconstitution municipale officielle au plus tard le 1er janvier 2006.
Toutefois, le ministre Fournier, pressé d'en finir avec le dossier des défusions, a convenu que des élections anticipées pourront se tenir dans certaines communautés.
«Il n'y a personne qui va disconvenir qu'on souhaite que ça se fasse le plus tôt possible», a-t-il fait valoir.
La première élection, surtout dans les petites communautés, pourra être devancée si les comités de transition complètent leur travail plus tôt que prévu.
Les comités de transition soumettront à M. Fournier un rapport d'étape à cette fin, le 30 septembre prochain.
Réactions de Bernard Landry
Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, s'est dit déçu, lundi, de voir son rêve d'«une île, une ville» pour Montréal brisé sur l'autel des défusions, mais il accepte avec résignation le nouveau découpage de la métropole.
«On va faire tout en notre pouvoir pour que les choses aillent au mieux dans des circonstances adverses. Il faut appeler tout le monde à aller chercher d'une mauvaise situation les meilleures perspectives d'avenir», a dit le chef péquiste, lors d'une conférence de presse, semblant vouloir faire contre mauvaise fortune, bon coeur.
Au lendemain des référendums sur les défusions, qui vont mener au démembrement de la ville de Montréal et à la reconstitution en municipalités de 15 arrondissements, dont plusieurs de l'ouest de l'île, M. Landry ne conclut pas que la nouvelle carte est susceptible d'attiser les tensions linguistiques.
«On convie tout le monde à un esprit de coopération auquel nous allons contribuer», s'est-il contenté de dire, sur un ton très posé.
Il n'a pas voulu insister sur le fait que les défusions pouvaient entraîner un clivage entre groupes linguistiques ou entre les populations mieux ou moins bien nanties.
«À Longueuil, le clivage ne sera pas linguistique, il est riches-pauvres, dans le cas de Montréal, il est linguistique et il recouvre aussi les riches et les pauvres, globalement», a-t-il dit, refusant de se montrer inquiet des conséquences sociales susceptibles de se manifester à la suite du nouveau contexte créé par le démembrement de Montréal.
Malgré le fait que le gouvernement libéral ait permis de mettre un terme à son «grand projet sociétal», M. Landry a donc préféré la main tendue à l'esclandre.
Ainsi, aux reporters qui se montraient surpris de son attitude conciliante — compte tenu que par le passé l'opposition péquiste s'est montrée très émotive dans ce dossier — il a répliqué: «Que peut-on faire de plus?»
«Il faut essayer que la situation ne s'aggrave pas. C'est pour ça que nous disons que nous allons être aidants», a-t-il ajouté.
En conséquence, même si le gouvernement Charest a procédé à «un des gestes les plus absurdes de l'histoire du Québec», si la population élit un gouvernement péquiste aux prochaines élections, il n'est pas question de revenir en arrière et de refaire l'histoire une nouvelle fois, a rappelé M. Landry.
Quant à elle, la porte-parole de l'opposition en matière d'affaires municipales, la députée Diane Lemieux, a dit que le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, n'aura pas le choix d'exprimer une «volonté gouvernementale très claire», quant à la possibilité pour les nouvelles municipalités de l'ouest de l'île de se regrouper en une seule ville.

Westmount redevient une ville
Caroline Touzin
La Presse lundi 21 juin 2004
Westmount, véritable berceau de la défusion, fêtera ses 135 ans cette année en tant que ville, au plus grand bonheur de son ancien maire et leader défusionniste de la première heure, Peter Trent.
L'arrondissement avait besoin de plus de 4900 votes en faveur du Oui pour redevenir une ville. C'est finalement 5344 personnes qui ont voté Oui et 529, Non.
" Welcome back to the city of Westmount ", s'est écriée spontanément la mairesse de Wesmount, Karin Marks, à l'annonce des résultats.
M. Trent s'est ensuite mis debout sur un bureau de son ancien hôtel de ville pour prononcer un discours enflammé, en majeure partie en anglais. " Malgré le fait que le Parti libéral ait essayé de nous arrêter, notre ville est de retour. Malgré le fait que le maire Tremblay ait mal informé les gens, notre ville est de retour ", a-t-il crié, enterré par les applaudissements déchaînés d'une centaine de défusionnistes.
Mme Marks a enchaîné en français en promettant que sa ville allait travailler main dans la main avec Montréal, reprenant l'image de l'une des affiches publicitaires de leur adversaire du camp du Non sur laquelle on voyait la main d'un petit enfant dans celle, ridée, d'un adulte. Même si Westmount ne fait maintenant plus partie de la métropole, la conseillère indépendante se présentera à la réunion du conseil prévue aujourd'hui.
" Ce sont les citoyens qui ont gagné ce soir, certainement pas les médias ni le gouvernement québécois ", a affirmé M. Trent à La Presse. L'homme accuse le gouvernement libéral de Jean Charest et les médias, particulièrement les journaux, d'avoir fait des menaces trompeuses aux citoyens pour rendre moins attrayantes les défusions.
Selon lui, le message des citoyens de tout le Québec est clair: plus jamais une ville ne pourra être fusionnée de force.
" Je préfère une ville un peu affaiblie que pas de ville du tout ", a-t-il affirmé, toujours souriant. Il continue toutefois de nier que les villes reconstituées ne retrouveront que 40 % de leurs pouvoirs d'avant les fusions.
M. Trent prend des vacances dès aujourd'hui et ne promet rien concernant son avenir politique. Il a toutefois répété que Montréal sera ingérable s'il n'y a pas d'élections anticipées, soit avant le mois de novembre 2005.
Le résultat en faveur du démembrement n'est pas étranger au travail du comité Défusion Westmount, actif depuis l'annonce des fusions municipales, il y a deux ans et demi. Près de 200 bénévoles étaient mobilisés, hier, pour mener la " bataille finale ".
" Bonjour, je suis du comité du Oui. Avez-vous l'intention d'aller voter aujourd'hui? Est-ce qu'on peut vous aider à vous rendre à l'endroit où vous pouvez voter? " Ces phrases ont résonné dans tout Wesmount durant une bonne partie de la journée.
Tout était planifié pour faire " sortir " les électeurs... absolument tout.
Aux 55 bureaux de vote, un bénévole notait les numéros des électeurs à mesure qu'ils votaient pour en faire une liste nommée " feuille de bingo ". À toutes les heures, d'autres bénévoles, des " coureurs ", faisaient le tour de tous les bureaux pour récolter les feuilles.
Ces sportifs des élections les distribuaient ensuite à d'autres gens travaillant dans l'une des cinq maisons appelées " satellites ". Des bénévoles avaient alors la tâche d'associer le numéro d'électeur avec son numéro de téléphone pour ensuite le rayer de la liste électorale. Tous les résidants de Westmount qui n'avaient pas encore voté ont ainsi été appelés.
À bord de sa voiture sur laquelle était posé bien en vue un autocollant " Je me souviendrai des fusions forcées ", Mme Marks a fait des allers-retours entre le local du camp du Oui, les cinq " satellites " et les lieux de scrutin durant toute la journée pour fouetter ses troupes.
À 14 h 30, elle chantonnait déjà " Freedom, freedom " (liberté) lorsque les taux de participation jusqu'à cette heure ont été révélés sur le site du Directeur général des élections du Québec. Et pour cause: le taux atteignait 40,41 % après avoir été additionné au vote par anticipation.
À 17 h, un appel du directeur du scrutin de l'arrondissement a encouragé les défusionnistes qui commençaient à montrer des signes de fatigue: le taux de participation avait atteint 51 %. Mme Marks pouvait aller préparer l'esprit en paix l'ancien hôtel de ville de Wesmount pour la réunion des bénévoles, prévue à 19 h. Même si les résultats n'étaient pas encore connus, personne ne croyait que cette rencontre serait autre chose qu'une fête.
Les Westmountais, comme les résultats du vote l'ont montré hier, n'ont jamais accepté que leur hôtel de ville devienne un hôtel d'arrondissement. Ils ont donc retrouvé leur hôtel de ville... avec moins de pouvoir, mais leur hôtel de ville quand même.

Le séparatisme anglo
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 21 juin 2004
Perspectives: Oublions Boucherville, Brossard ou Saint-Bruno: ces petites villes de province n'avaient rien pour devenir des quartiers d'une grande ville. Regardons plutôt le reste du paysage: qu'y trouvons-nous? Des villes nouvelles qui viennent de se donner, à bouts de bras, une légitimité dont elles n'avaient même pas besoin pour exister puisqu'elles formaient déjà des entités relativement homogènes sur leur territoire respectif. Désormais, Québec, Sherbrooke et Gatineau pourront se développer de façon harmonieuse, tous les citoyens partageant les mêmes problèmes, les mêmes défis... et le même compte de taxes.
En revanche, les choses sont très différentes à Montréal, où les citoyens de Saint-Laurent, Anjou et LaSalle ont décidé de rester alors que ceux de Westmount, Mont-Royal, Côte-Saint-Luc, Baie-d'Urfé, Hampstead ou Kirkland ont massivement choisi la séparation. L'ouest anglophone et riche vient de répondre un non catégorique au projet de ville commune. Pour eux, le nom de Montréal était synonyme de dépossession, d'assimilation au grand chaos français. Ils ne partent pas, ils seront là, juste à côté, mais plus isolés que jamais du reste du Québec. Le matin, ils viendront travailler à Montréal, et, le soir, ils retourneront chez eux, qui n'est pas Montréal mais quelque banlieue reliée par un fil imaginaire à Toronto ou Vancouver.
D'accord ou non avec l'approche du gouvernement précédent, force est de reconnaître que de tous les projets de fusion, celui de Montréal était le plus important pour le Québec en ce qu'il visait à regrouper des représentants de toutes les communautés locales au sein d'un même conseil municipal. De ville francophone et catholique, Montréal devenait enfin une ville du monde où chrétiens et juifs, francophones et anglophones partageraient les mêmes problèmes et les mêmes défis. En votant aussi massivement contre Montréal malgré les importants pouvoirs récemment consentis aux arrondissements, les anglophones et leur leader le plus en vue, Peter Trent, viennent de dire non à ce projet d'intégration.
Quant au premier ministre Jean Charest, il savait qu'en permettant ainsi le démembrement de Montréal, il prenait le risque de raviver la tension linguistique. Ce qu'on constate aujourd'hui, c'est qu'il a fait pire: il a présidé à la division cruelle et définitive de Montréal en deux entités distinctes: l'une francophone, l'autre anglophone. Quel incroyable gâchis!

Entre deux séparatismes
Michel Venne
Le Devoir lundi 21 juin 2004
Peter Trent vient de terminer sa campagne en faveur de la défusion de Westmount. Gilles Duceppe achève la sienne à la tête d'un parti politique souverainiste. Les deux prônent une séparation. Mais nous avons affaire à deux types de séparatisme.
Les affiches, les love-in, les arguments identitaires, la tenue même de référendums pour trancher la question, créent l'illusion d'une similitude entre les deux situations. Des souverainistes ont lancé des appels à vivre ensemble. Des fédéralistes chantaient les louanges de l'autonomie. Mais les mots, ici, n'ont pas la même portée qu'en 1995, car les motivations ne sont pas les mêmes et les enjeux sont complètement différents.
L'argument du «vivre ensemble» n'a pas la même signification lorsque celui-ci est employé dans le contexte du démembrement d'une ville comme Montréal et lorsqu'il sert à justifier le maintien du Québec dans la fédération canadienne.
Quoi qu'il advienne de Westmount, et peu importe la marge d'autonomie accordée à sa ville, Peter Trent restera québécois et montréalais. Les institutions politiques québécoises vont continuer de gouverner sa vie. Les pouvoirs conférés à sa ville seront limités par les lois du Québec. Une ville n'est jamais complètement autonome. Elle ne contrôle pas les migrations sur son territoire ni la circulation du capital, pas plus qu'elle ne détermine ses sources de revenu.
Puisque le territoire et l'autorité de l'Assemblée nationale sur les villes nous unissent inexorablement, ce qui doit être recherché est le meilleur arrangement institutionnel qui permette d'atteindre, ensemble, des objectifs communs. Telle était d'ailleurs l'intention véritable des fusions municipales: améliorer la coordination régionale, l'équité fiscale, la planification du développement économique, la protection de l'environnement et l'aménagement urbain.
Il n'est pas interdit de prévoir, au sein de ces institutions, des mécanismes préservant l'esprit communautaire local et l'accès à des services de proximité adaptés, comme le permettait la création des arrondissements.
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Le mini love-in de samedi était peut-être un clin d'oeil au référendum de 1995 mais n'avait guère de signification. Les électeurs de Westmount resteront parmi nous quel que soit le résultat du référendum (cette chronique a été rédigée avant le dévoilement des résultats). La «déclaration d'amour» faite aux Québécois par d'autres Canadiens, en 1995, avait une tout autre portée. Le référendum présentait en effet un choix réel entre rester ou partir.
Le séparatisme westmountais est un séparatisme de repli. Les défusionnistes sont des Québécois et des Montréalais qui, tout en continuant de faire partie du Québec et de jouir des avantages de la vie dans une métropole, refusent de partager les mêmes institutions. Il y a plus d'égoïsme que d'autonomie dans ce séparatisme-là.
Le sociologue Pierre Drouilly et le politologue Alain G. Gagnon, de l'UQAM, ont d'ailleurs montré que l'appui le plus fort aux défusions était enregistré dans les anciennes municipalités les plus riches ou encore là où la proportion d'anglophones est plus élevée. Soit que l'on veuille sauvegarder des privilèges matériels, soit que l'on veuille préserver le symbole d'une identité distincte.
Ces référendums permettent à une élite minoritaire de remettre en question une décision prise par un gouvernement légitimement élu agissant au nom du bien commun. Les défusions, soutiennent Drouilly et Gagnon, contredisent l'esprit de solidarité sociale et le projet interculturel qui caractérisent la société québécoise.
En ouvrant la voie du démembrement, le gouvernement Charest, disent-ils, n'a pas servi la démocratie mais la domination des riches et le multiculturalisme à la canadienne.
Le séparatisme de Gilles Duceppe est tout autre.
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À l'échelon national, ce qui se rapprocherait le plus du défusionnisme municipal n'est pas la souveraineté, mais serait une réforme du fédéralisme reconnaissant au Québec un statut particulier. Ce statut permettrait aux Québécois de continuer à faire partie du Canada tout en y jouissant de privilèges par rapport aux autres Canadiens. Son autonomie serait, cependant, toujours relative et plusieurs de ses politiques, limitées ou orientées par les priorités du Canada où le Québec restera toujours minoritaire.
Au contraire, le projet souverainiste s'appuie sur une volonté de voler de ses propres ailes sans demander quelque privilège, mais plutôt en acceptant de prendre la pleine responsabilité de son destin dans une relation d'égal à égal avec le Canada. Le souverainisme ne peut pas non plus être perçu comme une voie pour protéger des privilèges matériels puisque le Québec est plus pauvre que la moyenne canadienne.
La souveraineté conférerait au Québec les mêmes pouvoirs qu'à n'importe quel autre pays à la fois sur son territoire, mais aussi, par sa participation aux instances internationales, sur l'ensemble du monde.
Lorsque les Canadiens des autres provinces demandent aux Québécois de continuer à vivre ensemble, ils leur demandent de renoncer à ces pouvoirs et à cette liberté. En défusionnant, les municipalités dissidentes n'acquièrent aucune indépendance ni aucune liberté qui soient comparables.
Michel Venne est directeur général de l'Institut du Nouveau Monde. Il s'exprime ici à titre personnel.

Le mur de briques
Michèle Ouimet
La Presse lundi 21 juin 2004
Quinze municipalités quittent Montréal. Quinze, sur 28. Hier, Montréal a perdu la moitié des villes qui la constituent. Le chiffre semble énorme et la tentation est forte d'enterrer la grande ville créée en 2001 par le Parti québécois.
Mais ces 15 villes ne représentent que 13 % de la population de l'île, c'est-à-dire 220 000 habitants sur un total de 1,8 million. Dans le lot, Montréal perd des gros morceaux: Dorval, Pointe-Claire, Côte-Saint-Luc. Par contre, elle garde des arrondissements clés, comme Saint-Laurent et Anjou.
Ces 15 villes sont toutes situées dans l'Ouest-de-l'Île, sauf Montréal-Est, une petite municipalité de 3500 habitants qui résiste à l'envahisseur montréalais, comme le village gaulois aux Romains. C'est l'exception qui confirme la règle.
Et cette règle n'a rien de jojo. La fracture est là, soulignée à gros traits par les résultats d'hier. C'est l'Ouest qui quitte la Ville de Montréal, l'Ouest qui est surtout formé d'arrondissements relativement riches et où la population anglophone est importante. Encore là, il y a des exceptions. Pierrefonds, par exemple, a décidé de rester avec la grande Ville. Pourtant, 35 % de sa population est anglophone.
Mais tous ceux qui ont rejeté du revers de la main le spectre de la cassure linguistique et sociale devront revoir leur grille d'analyse. Plusieurs anglophones ont décidé de tourner le dos à la grande ville. Ils risquent d'être isolés et marginalisés. Dommage. Les gens aisés aussi ont décidé d'abandonner Montréal et de vivre repliés dans leur petite municipalité. Désolant. Dans cette bataille, tous les Montréalais sortent perdants.
L'avenir n'a rien de radieux. Bien au contraire. Tous les citoyens, défusionnistes et fusionnistes confondus, devront payer le prix de la décision du gouvernement libéral de lancer le Québec dans un festival de référendums.
Montréal, qui est la métropole du Québec, sera gérée par un conseil d'agglomération, une superstructure où siégeront les maires des villes défusionnées et le maire de Montréal, avec quelques conseillers triés sur le volet. Dans ce Conseil, les décisions seront prises au prorata de la population. Montréal, avec son 1,6 million d'habitants, écrasera systématiquement les villes reconstituées.
On se retrouvera comme au bon vieux temps de la Communauté urbaine de Montréal (CUM) où la banlieue et Montréal passaient leur temps à se chamailler. Ce modèle a déjà été mis à l'essai et il a échoué. Lamentablement. D'où les fusions. Trente ans plus tard, on revient à la case départ. C'est ce qu'on appelle tourner en rond.
Dans le conseil d'agglomération où ne siégera aucun conseiller d'opposition, les villes reconstituées seront condamnées à une perpétuelle opposition. Jamais, elles ne pourront imposer leur point de vue. Elles seront là, comme des potiches, à faire de la figuration. Elles ont voulu défusionner, diront certains, qu'elles vivent avec les conséquences! Mauvais raisonnement.
Montréal se dirige tout droit sur un mur de briques. Le conseil d'agglomération est une structure inacceptable, bancale et antidémocratique. Très malsain.
Montréal pourrait très bien se passer de cette superstructure. Les maires des 15 villes reconstituées pourraient siéger au conseil municipal de la grande Ville où l'opposition est présente. Ces maires n'auront pas de pouvoir, plaideront certains. C'est vrai, mais ils n'en auront pas plus au conseil d'agglomération.
À Longueuil, c'est le scénario catastrophe qui s'est réalisé. La Ville perd 40 % de sa population. Le maire Jacques Olivier a reçu une gifle magistrale. Que fera-t-il? Quelle légitimité a-t-il? Qu'arrivera-t-il à Longueuil? Comment la transition pourra-t-elle se faire sans que les gens se jettent des tomates à la tête? Les tensions sont vives et la campagne référendaire a été très émotive.
Les villes défusionnées ne seront pas recréées avant le 1er janvier 2006, c'est-à-dire dans un an et demi. En attendant, tout ce beau monde devra vivre ensemble. Ils devront diviser ce qu'ils ont douloureusement réussi à mettre en commun. C'est ce qu'on appelle avancer à reculons. Quel gâchis!
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE

La Langue maternelle
Nora Atalla, juin 2004
TRIBUNE LIBRE 21 juin 2004
J’ai rêvé
d’une terre
Qui porterait
son nom
Qui préserverait
sa prose
Et défendrait
ses gens.
J’ai imaginé
des frontières
Se dresser
en vigile
Sur des
bâtisseurs
Et sur leurs
descendants.
J’ai rêvé d’un
peuple
Armé de
lyrisme
Combattre
pour sa poésie
Au nom de sa
patrie.
Je n’ai vu
que ses enfants
Vaincus par
l’inertie
Déposer les
armes
Aux pieds de
la médiocrité.
J’ai imaginé
un pays
Dans un
océan d’idiomes
Qui trônerait,
unique
Et qui deviendrait
ma fierté.
Je n’ai vu qu’une
nation
Qui a
capitulé
Devant le
verbiage
Des
raisonneurs sophistes.
©Nora
Atalla, juin 2004 – www.nora-atalla.com

TRIBUNE LIBRE
Cynisme et conscience politique
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 21 juin 2004
Une autre campagne électorale qui s’achève. Une campagne semblable à toutes les autres, une campagne typique de nos campagnes électorales, avec le menu traditionnel : des promesses, des poignées de main, des attaques entre les candidats, des journalistes qui posent des questions en s’efforçant d’être objectifs. Avec en toile de fond le cynisme de l’électeur qui ne croit plus aux belles paroles, qui trouve les politiciens détachés de la réalité, qui est désenchanté par tout ce cirque et par la chose publique en général.
Si les citoyens sont aussi écoeurés, déçus, désillusionnés de la politique, c’est peut-être qu’ils s’en remettent trop aux politiciens et croient trop à leurs promesses. Ils vont faire confiance à celui qui promettra de construire un bout de route ou un hôpital et vont chier sur tous les politiciens s’ils n’ont pas ce qu’ils veulent. « C’est toutes des pareils ! », comme on entend souvent. Ils prennent trop les belles paroles de quelques démagogues pour argent comptant et ils s’en prennent à eux plutôt que de réfléchir avant de voter. C’est le signe d’une conscience politique pas très développée.
Des histoires comme le scandale des commandites sont également une occasion pour les citoyens de pester contre la politique, même si ce n’est qu’une petite gang de pleins de marde qui profitent du système. À chaque occasion, le réflexe premier du citoyen qui se sent trahi est de se dire : « Attendez aux prochaines élections, on va vous crisser dehors ! » mais pourquoi attendre les élections pour crisser dehors un gouvernement corrompu ? Dans certains pays démocratiques, le peuple n’attend pas les élections pour régler le cas des gouvernements qui abusent de leur pouvoir. Le cas d’Haïti est un exemple. Des anciens politiciens accusés de corruption sont traînés devant les tribunaux et condamnés pour avoir volé le peuple. Mais chez nous, où un soûlon peut tuer quelqu’un au volant de son char et s’en tirer avec une sentence minable, va-t-on poursuivre en justice et emprisonner un Jean Chrétien pour sa mauvaise gestion et les nombreux scandales impliquant l’argent du peuple détourné au profit des tizamis du régime ? On a fait un procès en destitution à Bill Clinton pour avoir couché avec une stagiaire, pourquoi ne pas amener ti-Jean le « Grand Shawiniganais » devant la Justice pour corruption ? Mais, à moins que ses anciens collègues libéraux se décident à lui faire payer ses magouilles, ce qui serait très surprenant, il semble qu’il ne subira pas le même sort que Pinochet ou Saddam Hussein dans un proche avenir, à notre grand désespoir. Il va profiter tranquillement de sa confortable pension en plus d’avocasser pour l’ancien cabinet d’avocats de son ancien chef...
Verra-t-on un jour au Québec une émeute populaire prendre d’assaut le Parlement et renverser un gouvernement qui se sera rendu coupable de corruption, avant ou après l’indépendance ? Il serait étonnant que ça arrive un jour : primo, ça n’est jamais arrivé dans un système d’inspiration britannique (à ma connaissance) et secundo, ça ne fait pas partie de nos habitudes, même si nous avons pris les armes une fois, contre un gouvernement pourri. Nous sommes un peuple respectueux de la démocratie et des institutions et nous pouvons changer de gouvernement pacifiquement quand on en a plein le cul. Mais nous sommes peut-être aveuglés par notre foi envers le système, ce qui nous empêche de réagir plus radicalement et de changer les choses par nous-mêmes au lieu d’attendre que le système se réforme de lui-même.
Mais peut-être le peuple n’a-t-il pas une conscience politique suffisamment développée pour changer les choses par lui-même, ce qui pourrait être une autre explication du cynisme vis-à-vis de la politique. En 212 ans de système parlementaire importé par les colonialistes britanniques, nous n’avons pas appris à voir la politique autrement que comme une affaire de partis politiques, de slogans creux, de publicités électorales, de promesses de politiciens et de sondages. Nous n’avons pas développé une vraie conscience politique mais plutôt une mentalité d’indifférence à l’art de gouverner la cité. J’en ai vu une belle illustration à la TV, lors du Grand Prix de Montréal…pardon, du CANADA: tous ces Québécois qui faisaient le pied de grue depuis des heures pour aller voir une course de bagnoles iront-ils coucher devant les bureaux de votes le 28 pour exercer leur devoir de citoyen? Coucher dehors pour voir des chars de courses ou une starlette US quelconque, y a pas de problèmes, mais dormir à la belle étoile pour aller voter ? J’aimerais bien voir ça un jour. En attendant, on a nos téléromans, nos courses de F1, nos festivals, nos rondes de golf pour donner tout son sens à l’adage panem et circenses et entretenir notre condition de peuple colonisé.
Baignant depuis la naissance dans notre angélisme et notre immaturité de citoyens pas tout à fait éclairés, nous ne sommes pas conscients du fait que la politique va bien au-delà des partis, des programmes et de l’image des chefs décortiquée par des spécialistes du marketing et de la pub. Que la politique est tout ce qui concerne la société mais aussi, que c’est une affaire d’intérêts et de rapports de force. Il suffit de voir la convergence formée du PLC, de Power Corporation et de Radio-Guanoda, ou encore les liens entre les partis et certaines agences de publicité ou entreprises, pour comprendre. C’est la même chose ailleurs : les liens entre les familles Bush et ben Laden, les liens entre Bush et les fondamentalistes chrétiens, Berlusconi et les médias. Le vrai pouvoir est entre les mains de quelques individus et entreprises qui se servent de la politique comme d’un instrument à leur avantage. Il faut avoir une conscience politique développée pour saisir tous les mécanismes et les jeux de coulisses que les médias ne montrent pas mais la société de consommation et de divertissements nous empêche d’ouvrir notre esprit, de se conscientiser à la chose publique. Et ça fait l’affaire de ceux qui veulent qu’on n’en sache pas trop, qu’on ne nuise pas à la bonne marche des « affaires »…
Une conscience politique, ça se développe chez un individu, comme chez un peuple et il ne faut pas attendre d’être à l’article de la mort pour le faire. Le foyer familial et l’école sont de bons endroits pour éveiller la conscience des jeunes à la chose publique. Pourquoi ne pas instaurer des cours d’initiation à la politique dès le secondaire ? La société s’en porterait peut-être mieux si on formait de bonne heure ceux qui auront pour tâche de poursuivre la démarche de notre peuple vers son émancipation nationale.

TRIBUNE LIBRE
Un vote stratégique pour le Bloc
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 21 juin 2004
« T’as un gouvernement qui t’vole à tour de bras ? Blâme pas l’gouvernement mais débarrasse-toé z’en ! »
(Pierre Bourgault)
Dans quelques jours, nous serons appelés aux urnes pour envoyer de nouveaux représentants au Parlement canadian. Quand on regarde le menu des partis fédéraux, on voit que les choix sont nombreux mais que le contenu est mince. Les Québécois sont sollicités par les différents partis mais pour qui voter ?
Allons-nous faire la gaffe de voter PLC, Pour Les Crosseurs, dont on connaît le bilan depuis 1993, et même avant, durant le règne de Trudeau ? Ils ont beau avoir remplacé un saltimbanque par un pirate qui cache son argent sous le soleil des Antilles, c’est le même parti qui mène depuis 35 ans un combat contre l’affirmation nationale du Québec et son indépendance. Paul Martin ou Jean Chrétien, qu’ossa change ? Martin a besoin du Québec mais pour avoir une majorité de sièges aux Communes ; pour le reste, le Québec des libéraux est une province comme les autres condamné à s’effacer devant la volonté d’Ottawa de bâtir son Canada d’un océan à l’autre. Et pour tenter d’influencer notre vote, ils s’enfoncent dans une campagne de peur, affirmant que si on vote pour le Bloc, on va faire élire les conservateurs et qu’il n’y aura aucun ministre québécois dans le cabinet. Pis après ? Le fait qu’il n’y ait pas de Québécois dans la députation et le cabinet conservateurs sera la preuve que le Canada est un pays essentiellement anglais et que le français est et restera voué à la marginalisation, donc qu’il faut se donner notre État français.
Il y avait des ministres québécois dans le dernier gouvernement libaral, comme dit Martin, et on connaît la suite. Il y avait des ministres québécois dans le gouvernement Macdonald, lors de l’affaire Louis Riel, et ils ont préféré laisser assassiner leur frère métis plutôt que de démissionner. Les ministres québécois au fédéral ne sont que des arrivistes et des carriéristes qui servent les intérêts du Canada avant ceux du Québec. On n’a pas besoin de ces engeances, de ces vers de terre. Quant à la campagne de « peur » des libéraux, c’est un geste de panique et de désespoir ; seuls les pas déniaisés vont croire au Bonhomme Sept-Heures. PLC, non merci !
Avant la fusion de l’Alliance et du Parti conservateur, les Rouges étaient presque toujours assurés d’une majorité de sièges mais depuis cette fusion, c’est moins sûr. Et avec un chef dont une majorité de Québécois ne croient pas les promesses et un sous-lieutenant (Lapierre) qui semble devenu un boulet pour son parti avec ses gaffes, les libéraux pourraient manger une claque, non seulement au Québec mais aussi dans le ROC (et ce serait ben bon pour eux !). Cela veut-il dire que nous devons voter conservateur ? On l’a fait il y a vingt ans, pour donner une leçon aux traîtres libéraux qui avaient renié leur peuple mais aujourd’hui, la méfiance s’impose. Les nationalistes mous et les fédéralistes québécois doivent oublier la « société distincte » et la « réconciliation dans l’honneur et l’enthousiasme » de Mulroney. Le « nouveau » Parti conservateur est contrôlé par l’ancienne gang de l’Alliance, elle-même refonte de l’ancien Reform à Manning l’anti-québécois. Harper tente de nous amadouer en se présentant comme l’ami du Québec mais il ne faut pas mordre à l’hameçon. Depuis longtemps, les anglos usent de toutes sortes de stratagèmes pour se rallier les Québécois mais ce n’est que de la poudre aux yeux. Ils nous aimaient quand il y avait du trouble dans les treize colonies et avaient besoin des Québécois pour défendre leur Empire contre les Yankees mais après, quand nous avons voulu nous libérer de leur trop encombrante « affection », ils ont sorti le gros bâton pour nous remettre à notre place. Ils nous aimaient en 95 mais ce ne fut qu’un flirt passager, disparu après le vote fatidique. Leur message est : « On vous aime mais ne nous dérangez pas trop avec vos revendications sinon… » On n’est pas si caves que ça, on a compris la patente ! Non merci pour les tories !
Jack Layton et le NPD semblent plus ouverts à la réalité québécoise et essayent de nous amadouer avec de belles paroles. Mais le NPD n’a jamais pu s’enraciner vraiment au Québec, qui serait pourtant un terrain fertile pour la gauche. Malgré les bonnes paroles de Layton, le NPD demeure un parti fédéraliste et la gauche québécoise doit décider si l’indépendance est sa priorité no.1 ou une priorité venant à la suite des autres. Comme nous ne disposons pas de tous les pouvoirs et de la totalité de nos impôts, il est difficile de mettre en pratique des politiques sociales progressistes. Je pense qu’il faut d’abord sortir le Québec du carcan canadien avant d’envisager des changements sociaux majeurs.
Que reste-t-il ? Le Parti Vert ? Je suis sensible aux questions environnementales mais quelle est sa position sur le statut du Québec ? Et il serait étonnant qu’un seul candidat vert soit élu au Québec alors vaut mieux passer notre chemin, malheureusement. Les autres partis sont des partis marginaux alors il est inutile de s’y attarder.
Un vote pour le Bloc québécois est donc la seule option raisonnable qui nous reste. Un vote stratégique d’abord et avant tout. Les fédéralistes attaquent le Bloc en affirmant qu’il est inutile, qu’il ne prendra pas le pouvoir, que ses députés ne pensent qu’à leur pension, etc… Certains indépendantistes pensent sans doute la même chose et ajoutent que le Bloc joue le jeu d’un système qu’il pourfend, donc qu’on n’a pas besoin d’envoyer des souverainistes à Ottawa. Il est vrai que le Bloc se prend parfois pour un parti fédéral comme les autres mais il a au moins un avantage sur ces derniers : il est la voix du Québec à Ottawa. Ce ne sont pas des liches-cul comme Lapierre, Dion, Pettigros, Robillard qui vont prendre position en faveur du Québec, même si ce sont des députés du Québec. Comment voulez-vous que vos intérêts soient défendus par des Québécois minoritaires dans un parti et un gouvernement dominés par des Canadians ? Sur plusieurs dossiers (la guerre en Irak, par exemple), la volonté du Québec se heurte à la volonté du Canada alors les francofônes de service du PLC sont écartelés entre l’opinion de leurs concitoyens québécois et leur allégeance canadian. Les députés du Bloc ne sont pas dans cette position plutôt inconfortable ; ils n’ont de comptes à rendre qu’aux Québécois, ils sont les chiens de garde de nos intérêts. Pettigros, en Chambre, affirmait que les Québécois voulaient des chiens assis dans la maison, à côté des maîtres. À regarder ces collabos bilingues, le ventre usé à force de ramper, je pense qu’on mérite mieux que ces caniches qui font les beaux et se contentent des gros « nonosses » que leur donne leurs maîtres.
L’inutilité du Bloc est un des thèmes favoris des fédéralistes. Si c’était le cas, aurait-on envoyé des députés bloquistes à Ottawa depuis 1993 ? Continuerait-on à soutenir un parti dont on sait qu’il est voué à l’opposition s’il était inutile ? Ce n’est pas le Bloc qui est inutile, c’est le gouvernement canadien. Les Québécois ont déjà un gouvernement à Québec alors on n’a pas besoin d’un autre gouvernement qui ne pense qu’à tout gérer par-dessus notre gouvernement national. Un gouvernement qui est limité dans son action car le Québec ne possède pas tous les pouvoirs d’un vrai État national. Ce n’est pas le Bloc qui « bloque » le Canada, c’est le fédéral qui étouffe le Québec ! Débarrassons-nous de ce gouvernement de trop, comme ça on pourra respirer plus à l’aise.
La politique n’est pas seulement une affaire d’idéologies ou de partis, c’est aussi une affaire de stratégie. L’an passé, 600 000 indépendantistes sont restés chez eux au lieu d’exercer leur devoir de citoyens et de patriotes. On sait ce qui est arrivé et il ne faut pas répéter la même erreur cette fois. Rester chez soi et ne pas appuyer le Bloc pour cause de divergences idéologiques est une mauvaise stratégie. C’est laisser le champ libre aux pires ennemis du Québec, c’est donner raison à ceux qui disent qu’on ne peut pas rester dans « l’opposition éternelle », qu’il faut être du côté du pouvoir, là où se prennent les décisions. Les décisions qui concernent les Québécois doivent se prendre à Québec et non à Ottawa. Les impôts que nous payons doivent être investis au Québec et pas à Toronto, Flin Flon ou Medicine Hat.
Je suis indépendantiste et je me vois mal voter pour un parti qui ne prône pas des idées semblables ou proches des miennes. S’il n’y avait pas le Bloc, nous aurions raison de boycotter le scrutin fédéral et de rester chez nous puisque ce n’est ni notre Parlement ni notre pays. Mais il se trouve qu’il y a un parti qui se veut le porte-parole de la nation québécoise dans ce Parlement qui ne nous reconnaît pas, donc je vais voter Bloc par intelligence et par désir de voir l’indépendance devenir réalité. Je préfère être représenté par un député d’opposition éternelle que par un carriériste qui ne pense qu’à la grosse limousine ou au Sénat.

TRIBUNE LIBRE
Majoritairement anglophones, ou riches, ou les deux...
Nic Payne
TRIBUNE LIBRE 21 juin 2004
Montréal, le 21 juin 2004
Ainsi donc, même si le citoyen Jean Charest a apparemment voté contre la défusion, Westmount, son lieu de résidence, a choisi de se défusionner, comme une trentaine d'autres anciennes villes du Québec dont plusieurs ont en commun d'être majoritairement anglophones, ou riches, ou les deux.
Le Premier Ministre Jean Charest, lui, même s'il disait très clairement souhaiter la réussite des villes fusionnées, s'est abstenu de prendre part au débat référendaire qu'il a lui-même déclenché sur cette question; Cela revient à dire qu'il refuse carrément d'assumer le leadership qui incombe à sa fonction et que, du même coup, il subordonne l'autorité de l'état dont il est le chef à la volonté de quelques entités municipales qui n'existent même plus.
Si m. Charest ne désire pas exercer le pouvoir que lui ont confié les Québécois, qu'il démissionne, et au plus vite, plutôt que de persister à nous affliger de son imbuvable cocktail d'opportunisme et de cynisme; Je ne paie pas mon Premier Ministre pour qu'il déclenche des référendums, à la faveur de divers groupes d'intérêt, pour ensuite s'en laver les mains.

TRIBUNE LIBRE
Les politiciens du Canada ne comprendront jamais rien de notre réalité
Robert Bertrand
TRIBUNE LIBRE 21 juin 2004
Les politiciens du Canada ne comprendront jamais rien de notre réalité. Il semble que la population pense différemment. Pas toute la population, il va sans dire !
Les politiciens libéraux-québécois qui seront élus par des citoyens du Québec se voudraient-ils d'abord et avant tout CANADIAN ? Les LIBÉRAUX nous ont habitués à cette façon de faire. Ils ne représentent pas les citoyens du Québec à Ottawa. Ils représentent Ottawa aux citoyens du Québec. C'est la démocratie CANADIAN. Elle est à l'envers du bon sens !
Ils ont été députés et ministres dans leur gouvernement Libéral. Ils ont été complices dans les actions des commandites, de la propagande, et cela depuis l'existence du Parti Québécois. Ils n'ont jamais travaillé pour les Québécois du Québec bien qu'élus d'abord au Québec pour représenter des Québécois.
Ils n'ont pas présenté le Québec au reste du Canada. C'est le reste du Canada, disons mieux, ce sont les financiers de leurs caisses électorales, les financiers des banques à charte du Canada qui les ont "acheté" pour chercher à nous vendre leur Canada. Les politiciens libéraux-québécois nous ont même déclaré une "guerre" larvée pour nous faire devenir CANADIANS en nous niant notre réalité québécoise. Deux milliards de dollars au cours des années pour nous vendre leur salade. Sans jamais présenter le Québec au reste du Canada pour mentionner nos différences.
Les médias ne sont-ils pas au service de leur Canada ? N'ont-ils pas été largement rémunérés pour être à leur service ? Qui donc a fait les lois pour qu'il en soit ainsi, sinon les LIBÉRAUX aidés en cela, très souvent, par les CONSERVATEURS ?
Maintenant, ne faut-il pas être clair ? LE QUÉBEC n'est pas comme le reste du Canada. LES QUÉBÉCOIS ne se disent pas CANADIAN. Non pas que l'on aime pas les citoyens et citoyennes du reste du Canada.
Ce n'est pas une question d'amour.
C'est une question de réalité, de mode de vie, de structures politiques qui sont vôtres et qui ne nous ressemblent pas.
On n'en veut plus de votre façon de faire.
Vous nous l'avez imposé depuis assez longtemps et là, on vous dit, aimablement, sincèrement, avec tous les ménagements qu'il faut : c'est assez, parce que c'est assez.
LES QUÉBÉCOIS ont un savoir-faire qui leur est propre. Le savoir-faire québécois, c'est dans l'agir démocratique. Dans l'urne. Si LES LIBÉRAUX ou l'argent des financiers ne viennent pas contrecarrer les actions démocratiques comme elles doivent s'exercer.
Et nous, qui nous apprêtons à voter pour le Bloc, nous sommes d'abord et avant tout des Québécois, du Québec qui avons des différences de pensées, des différences dans notre façon de vivre, des différences dans notre culture, dans nos comportements. C'est différent du reste du Canada.
Vous pouvez vous inspirez de notre savoir-faire pour adopter certaines lois, certains ajustements. Vous le faites, mais 25 ans après nous !
Toutes les lois adoptées à l'unanimité de notre Assemblée nationale pour avertir votre Gouvernement du Canada que cela ne faisait pas notre affaire, vous les avez rejetées du revers de la main, cherchant à nous imposer votre propre vision.
Des exemples ? Votre UNION SOCIALE. Votre Rapatriement de la Constitution. Votre loi C-20. La loi des jeunes contrevenants. Toute la question du déséquilibre fiscal.
Nous ne voulons pas vous imposer notre mode de vie, notre façon d'être. Nous vous disons que nous ne sommes pas comme vous, tout simplement.
Vous avez droit de vivre à votre rythme, suivant votre façon de faire. C'est tout à fait votre droit. C'est également "notre" droit de vous dire que c'est la fin.
That's all, folks !
Nous sommes là depuis plus de quatre cents ans. Nos racines ne nous lâchent pas! Nous avons produit de bons produits: la Nation Québécoise, le Peuple du Québec, et il nous faut finir notre tâche : le Pays du Québec.
Le Peuple du Canada que vous êtes, fier dans sa façon d'être, a le droit de vivre et d'être ce qu'il veut. Faites-le, à votre façon, chez vous !
Le Peuple du Québec que nous sommes, fier dans sa façon d'être, a également le droit, tout aussi légitime que vous, de vivre et d'être de sa comme il veut, chez lui, sur le territoire du Pays du Québec.
Nos modèles sont irréconciliables.
Les promesses des LIBÉRAUX et/ou des CONSERVATEURS, elles vous représentent peut-être. Nous voulons le croire.
Elles ne nous représentent nullement. Vous l'avez compris lors des débats des Chefs. Un dialogue de sourd.
Tirons les conclusions et agissons, chacun à notre façon.
DEUX PEUPLES. DEUX NATIONS, DEUX PAYS. DEUX RÉALITÉS qui vivent côte à côte, dans l'harmonie de nos réalités.

TRIBUNE LIBRE
GESCA - On her Majesty's Service
Nicolas St-Gilles
TRIBUNE LIBRE 21 juin 2004
Un système de propagande « québécois » au service du Canada
En suite à http://www.Vigile.net/ds-actu/docs4/6-14.html#tlml et http://www.LeQuebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=227&page=0 (par exemple et parmi moult autres textes), voici quelques illustrations du «travail» de La Presse (et autres journaux de Gesca, dont Le Soleil) à titre de service de propagande «québécois» - plus ou moins officiel...? - au service du Canada:
1) Dans un sondage-maison Cyberpresse (section «Qu'en pensez-vous?» de: http://www.cyberpresse.ca/elections/), nous lisons (désormais) ceci :
11 juin 2004
Pour qui allez vous (sic) voter aux prochaines élections ?
Parti libéral
0% (0 vote)
Parti conservateur
0% (0 vote)
Bloc québécois
0% (0 vote)
NPD
0% (0 vote)
Commentaire : je me souviens, autour du 12 ou 13 juin, d'avoir vu quelque chose comme 60% en faveur du Bloc Québécois (avec plus de vingt mille voix!). Puis Pffffitsst! Plus rien...
Question: Qu'en serait-il de l'accès à cette information si, en lieu et place des bloquistes, les «préférés» de messieurs Dubuc, Pratte (et Desmarais, père et fils) avaient au contraire tenu le haut du pavé...?
2) Dans La Presse (p. A 29) de ce samedi le 19 juin
(http://www.cyberpresse.ca/elections_federales/article/1,7198,0,062004,715968.shtml), nous lisons ceci :
Une victoire libérale toujours possible [a]
Cyberpresse et Denis Lessard (La Presse)
Dans Le Soleil du même jour (http://www.cyberpresse.ca/actualites/article/2,721,0,062004,715101.shtml), le même article (à quoi bon dès lors deux quotidiens, soit dit en passant...?) se voit coiffé du titre suivant:
Le pays se dirige vers une impasse politique [b]
Le Soleil
Commentaire : selon le dernier sondage « Ekos-LaPresse-Toronto Star », les deux principaux partis seraient actuellement au coude-à-coude, se partageant respectivement 29% (PLC) et 31,4% (PCC) de l'électorat à l'échelle du Canada (écart inférieur à la marge d'erreur). Les titres, on le devine (comme c'est presque toujours le cas chez Gesca dans les dossiers de cet ordre), cherchent nettement - faute de le faire franchement - à orienter l'opinion du lecteur. Ainsi, traduction simple:
[a] « Courage ! Tout n'est pas perdu. »
[b] « Il y a risque d'instabilité : Lecteurs, révisez vos intentions ! »
Question : une p'tite commandite de $100M avec ça...?
3) La sonde d'hier (18 juin) dans Le Soleil (http://www.cyberpresse.ca/soleil/) invitait (et invite toujours) les lecteurs à exprimer leur avis sur la session de l'Assemblée nationale du Québec (gouvernement libéral de Jean Charest) qui prenait fin ce jour-là même. Or pour l'heure, 27,320 personnes (!) répondent «Échec». C'est-à-dire: 98% des suffrages...
Question : Alors, en terminant, une question à M. Éric Clément, directeur de rédaction à Cyberpresse: dans quelques jours, monsieur Clément, fera-t-on subir à ce sondage le même sort qu'aux résultats - éradiqués - des intentions de vote tel que rappelé à l'item «1» de la présente???
J'ai appris au fil des ans à devenir très prudent, voire méfiant, à l'égard de l'information retransmise par le truchement de LaPresse et de l'ensemble des (gros-)bras de Gesca par-devers le territoire québécois - en particulier pour ce qui regarde la politique.
Sauf que maintenant je ne suis plus prudent : je vous ai tout simplement jetés. Car vous n'avez plus aucune crédibilité à mes yeux et à mon intelligence, bien moyenne par ailleurs.
Salut.
Nicolas St-Gilles
« électeur » québécois
19 juin 2004
Note -. Quelques destinataires hautement concernés : Conseil de Presse du Québec (info@conseildepresse.Qc.ca); Guy Crevier, président et éditeur /La Presse (gcrevier@lapresse.ca); Philippe Cantin, vice-président à l'information et éditeur adjoint /La Presse (philippe.cantin@lapresse.ca); Éric Clément, dir. de réd./Cyberpresse et dir. de l'info./La Presse (eric.clement@cyberpresse.ca); Yann Pineau, directeur de l'information à Cyberpresse (yann.pineau@cyberpresse.ca); Alain Dubuc, éditorialiste tous azimuts pour l'ensemble des 7 quotidiens de Gesca, ex-président et éditeur du Soleil (adubuc@lesoleil.com); André Pratte, éditorialiste en chef à LaPresse (andre.pratte@lapresse.ca); Lysiane Gagnon, chroniqueuse à La Presse (lysiane.gagnon@lapresse.ca); Michèle Ouimet, éditorialiste à La Presse (michele.ouimet@lapresse.ca); Mario Roy, éditorialiste à La Presse (mario.roy@lapresse.ca); André Provencher, président et éditeur du Soleil (aprovencher@lesoleil.com); Yves Bellefleur, réd. en chef au Soleil (ybellefleur@lesoleil.com); François Bourque, dir. de l'info. au Soleil (fbourque@lesoleil.com); Jean-Jacques Samson, éditorialiste au Soleil (jjsamson@lesoleil.com); lettres@cyberpresse.ca; election@lapresse.ca; opinion@lesoleil.com; forum@lapresse.ca
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
CHAREST ÉCHOUE À L'EXAMEN!
Pierre Dostie
Union des forces progressistes info@ufp.qc.ca
21 juin 2004
INCAPABLE DE GÉRER DANS L'INTÉRÊT PUBLIC, CHAREST ÉCHOUE À L'EXAMEN!
Montréal, le 18 juin 2004 Au terme de la session de l'Assemblée nationale,
l'Union des forces progressistes (UFP) accorde la note E, échec, au
gouvernement Charest qui a prouvé son incapacité à administrer les affaires
publiques dans l'intérêt de la majorité. « Des hausses des tarifs de
garderie, d'électricité et d'assurance-médicaments jusqu'aux attaques contre
les grandes villes, Télé-Québec et la Société générale de financement en
passant par la vente de l'eau en vrac, la relance de la méga-industrie
porcine et la construction de petits barrages sur nos rivières, le
gouvernement Charest a démontré qu'il gouverne uniquement pour le profit de
la minorité! », lance Amir Khadir, porte-parole national de l'UFP.
Durant la session, le Parti libéral a multiplié les hausses de tarifs : 2 $
de plus par jour pour les frais de garderie; 3 % de plus pour l'électricité
résidentielle en dépit des profits de 571 millions d'Hydro-Québec; 7 % de
plus pour l'assurance-médicaments. Les coups infligés à la société
québécoise ne s'arrêtent toutefois pas là. Le gouvernement Charest a
commencé à démanteler des institutions comme la SGF, Télé-Québec et les
CÉGEPS que nous avons construites pour assurer notre épanouissement
économique, culturel et éducatif. Sous prétexte de développement régional,
il a ouvert la porte à l'expansion des méga-porcheries polluantes et
autorisé l'exportation de l'eau pour le bénéfice de grandes entreprises
étrangères.
Sur le plan de la démocratie, aussi, les résultats du premier ministre
laissent nettement à désirer. Il a profité de sa majorité parlementaire pour
faire adopter sous le bâillon des lois rétrogrades. Ayant préparé en secret
une réforme du mode de scrutin, il reporte le dépôt du projet de loi qui
aurait permis des discussions larges. Il invente la loto-démocratie où des
personnes choisies au hasard auront le privilège de s'exprimer en quelques
minutes dans des Forums régionaux rigides. Il annonce aux syndicats des
négociations avec un budget dont le maximum est déjà fixé à 12,6 % sur six
ans, y compris l'équité salariale.
« Le premier ministre Charest prétend que le Québec va bien, mais de quel
Québec parle-t-il? », demande Denise Veilleux, porte-parole nationale de
l'UFP. Sûrement pas celui des familles monoparentales, des personnes
assistées sociales, des jeunes qui étudient ou travaillent au salaire
minimum! L'UFP compte profiter de l'été pour travailler à renforcer l'unité
des mouvements syndicaux, populaires et progressistes afin de stopper ce
gouvernement antisocial! », conclut-elle.

COMMUNIQUÉS
ENCORE DES ANNÉES D’INCERTITUDE
Parti Québécois de Montréal-Centre
Parti Québécois de Montréal-Ville-Marie
21 juin 2004
LA LOI 9 DU GOUVERNEMENT CHAREST AURA CONSACRÉ
LES DEUX SOLITUDES À MONTRÉAL ET PROMET ENCORE
DES ANNÉES D’INCERTITUDE À LA MÉTROPOLE DU QUÉBEC
Montréal, le lundi 21 juin 2004 – Christian Gagnon et Renée Collin, respectivement président
régional du PQ de Montréal-Centre et présidente régionale du PQ de Montréal-Ville-Marie,
tiennent le Premier ministre Charest et son gouvernement entièrement responsables du
clivage linguistique résultant des référendums d’hier. Les deux militants appréhendent
également que l’incertitude qui règne à l’Hôtel-de-ville depuis la promesse défusionniste
libérale ne se prolonge gravement sous la forme des multiples contestations juridiques de la
loi 9 déjà promises par les Peter Trent, Anthony Housefather et autres Bill McMurchie.
Les défusionnistes auront beau s’accrocher à l’exception de Montréal-Est, il demeure que les
référendums d’hier ont accentué une malsaine polarisation linguistique sur l’île, ce qui est la pire
chose qu’on pouvait souhaiter à la métropole du Québec. «Il ne nous reste plus qu’à rebaptiser
la rue Atwater du nom de «rue des Deux-Solitudes». Ainsi, chaque fois que Jean Charest se
rendra à son domicile de cette enclave cossue, la toponymie de Westmount lui rappellera
l’héritage empoisonné de son opportunisme électoral», ironisent Christian Gagnon et Renée
Collin.
Le regroupement des municipalités de l’île de Montréal était motivé par un souci d’équité fiscale
et de compétitivité de notre métropole sur le continent nord-américain. Les résultats d’hier
prennent plutôt l’allure d’un véritable triomphe de l’individualisme. Voilà qui met encore
davantage en lumière l’évidence à l’effet que le chef du parti libéral du Québec n’ait jamais cessé
d’être un conservateur. «Si le gouvernement du Québec se refuse le droit de redistribuer la
richesse, qui le fera ?», se demandent Christian Gagnon et Renée Collin. Et au cours des
années à venir, Montréal risque de s’embourber dans de stériles querelles pendant que les
nouvelles grandes villes de Toronto, Ottawa et Halifax se consacreront avec cohésion à leur
développement. «Et si au terme de ces longues tergiversations, les tribunaux donnent raison aux
défusionnistes et désavouent le modèle libéral de conseil d’agglomération, le ministre Fournier
ou son successeur risque fort de n’avoir d’autre choix que de se retrancher vers une solution qui
ressemblera énormément à la réforme Harel. Le ridicule libéral sera alors consommé», estiment
Christian Gagnon et Renée Collin.

COMMUNIQUÉS
Manifestation indépendantiste avec Pierre Falardeau
le 1er juillet à Québec
COMMUNIQUÉ MLNQ
21 juin 2004
Objet : Manifestation indépendantiste avec Pierre Falardeau
le 1er juillet à Québec.
Le
Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ) organise une
fois de plus à Québec le 1er juillet une manifestation afin de
protester contre la fête du Canada, fête du colonialisme canadien, fête des
commandites et célébration de la mise en minorité du peuple québécois.
En plus de son président l’ex-felquiste
Raymond Villeneuve, le MLNQ pourra compter sur la présence du
célèbre cinéaste Pierre Falardeau et de l’écrivain René Boulanger
qui seront également de la manifestation.
Bien
qu’organisée par le MLNQ, cette manifestation s’adresse à tous les
patriotes québécois qui ont à cœur l’accession à l’indépendance du pays du
Québec. L’invitation est donc lancée pour le rendez-vous à 11h15am devant
l’Hôtel de ville de Québec, et ce afin d’être à 12h00am sur la Terrasse
Dufferin pour la levée du drapeau canadien.
De même, le MLNQ profite de l’occasion pour dévoiler les appuis reçus à
ce jour pour sa pétition de protestation contre le Canada Day.
D’ailleurs, un des signataires, le comédien Pierre Chagnon (Au nom du père et
du fils), a signifié son regret de ne pas pouvoir être de la manifestation,
retenu par un tournage. « J’aurais bien aimé aller manifester à Québec,
notamment en compagnie de mon ami Falardeau, et je vous souhaite bon succès »,
a-t-il fait savoir aux organisateurs. Il en est de même du comédien Julien
Poulin, autre signataire de la pétition. En fait, la pétition est appuyée par
une quinzaine de personnalités d’importance et près de 3000 citoyens et
citoyennes. Pour la liste complète des personnalités signataires de la pétition,
voir le texte en annexe de ce communiqué.
-30-
Sources :
Raymond
Villeneuve
Président du MLNQ
(514) 279-1118
ou
Pierre-Luc Bégin,
v.-p. MLNQ
(418) 651-9493
(418) 260-2201
- - - - - - - - - - - - - - - - -
*Note aux
médias : Le MLNQ encourage la publication de ce texte. Merci.
LA FÊTE EST FINIE !
Pétition lancée par le
Comité " La Fête est finie! " du MLNQ
Considérant que l'Union et
la Confédération ont constitué la mise en minorité définitive du peuple
québécois et l'annexion par la force du Québec au Canada;
Considérant
que cette Union et cette Confédération avaient pour objectif avoué (rapport
Durham) la mise en minorité et l'assimilation du peuple québécois et des
francophones d'Amérique;
Considérant que les célébrations de la Fête de
la Confédération ou Fête du Canada ou Canada Day s'inscrivent en ligne
directe dans les efforts du gouvernement canadien pour bâtir à l'aide d'une
propagande agressive et coûteuse une identité canadienne uniformisante qui nie
l'existence même du peuple québécois;
Considérant que des sommes énormes
issues des taxes et impôts des Québécois sont englouties au Québec dans la
propagande entourant l'organisation de la Fête de la Confédération ou Fête du
Canada ou Canada Day alors que les besoins au Québec en santé, en
éducation et dans de nombreux autres secteurs sont criants;
Et
considérant que la Fête nationale du peuple québécois est le 24 juin et qu'on ne
saurait lui imposer à même l'argent de ses taxes et impôts la célébration de sa
mise en minorité et de la négation de son existence;
Nous, signataires,
désirons protester contre l'organisation à coûts faramineux de la Fête de la
Confédération ou Fête du Canada ou Canada Day en territoire québécois par
le gouvernement fédéral canadien.
Signataires en date du 1er
juillet 2004 :
- René Boulanger, écrivain.
- Michel
Brault, cinéaste.
- Pierre Chagnon, comédien.
-
Raoul Duguay, poète et chansonnier.
- Pierre Falardeau,
cinéaste.
- Andrée Ferretti, écrivaine et v.-p. du RIN en
1966-67.
- Claude Jasmin, écrivain.
- Gaston
Laurion, professeur émérite de littérature à l’Université
Concordia.
- Yves Michaud, ex-député, ex-délégué général du
Québec, ex-directeur du Jour, prés. de l’APEIQ et écrivain.
- Alfred
Mignot (Paris), Secrétaire général du Forum francophone international (FFI),
éditeur et fondateur du journal Vox Latina et président-fondateur de l'Académie
latine de France.
- Jacques Poisson, prés. du Mouvement estrien
pour le français (MEF).
- Julien Poulin, comédien.
-
Benoît Roy, prés. du Rassemblement pour un pays souverain (RPS).
-
René-Marcel Sauvé, officier de l’armée canadienne à la retraite et
écrivain.
- Raymond Villeneuve, prés. du Mouvement de libération
nationale du Québec (MLNQ).
Et près de 3000 citoyens et
citoyennes!
Pour consulter et signer la pétition du MLNQ : www.mlnq.net
- 30 -

COMMUNIQUÉS
On ne joue pas avec langue au Québec
Collectif Montréal 2e plus grande ville française du monde
21 juin 2004
Collectif Montréal 2e plus grande ville française du monde
Service des communications : 514 271-3638 ou bienvenue62@hotmail.com
Le 20 juin 2004
«Le Canada s'anglicise déjà avec les Libéraux, avec Harper ce serait le
retour des guerres linguistique»
«Décidément la langue française au Canada, affirme Gilles Rhéaume, dans un
courriel adressé aux quatre chefs de parti, au nom du Collectif, est
littéralement vouée à des turpitudes singulièrement récurrentes. La loi
sur les langues officielles, continue-t-il est une gigantesque imposture,
comme le prouve chaque année le rapport du Commissaire aux langues
officielles. Les droit du français au Canada s'amenuisant chaque jour
davantage.»
«Il y a longtemps qu'Air Canada n'offre pas de service bilingue, poursuit le
porte-parole, dans son adresse aux dirigeants politiques; sur tous ses vols,
même au Canada, il est souvent difficle de se faire servir en français.
Qu'en est-il vraiment de la langue de travail au siège-social de cette
société anglicisée jusqu'à l'os ?»
«C'est pareil dans l'armée, dans la fonction publique canadienne, chez les
sous-ministres et aussi au cabinet canadien où la langue de travail est
l'anglais tant les ministres unilingues anglais sont nombreux dans ce pays.»
«La place cardinale de Montréal dans la Francophonie, achève Gilles Rhéaume,
commande un redressement des droits du français au Québec. La législation
canadienne doit laisser plus de place au français et devrait respecter la loi
101 qui est un exemple de politique raisonnable. Au lieu de débattre sur
les affaiblissements à apporter à la loi déjà fort défaillante de Trudeau,
il faudrait que les chefs fassent savoir à la population s'il y a un autre
moyen que la souveraineté du Québec pour assurer à la langue nationale du
peuple québécois, sa pérennité sur son territoire.»
«Monsieur Harper, comme ses comparses du NON au Québec, comprendra aussi
qu'on ne joue pas avec langue au Québec.»

COMMUNIQUÉS
Projection d'En Attendant Martin (Satire sur Paul Martin)
21 juin 2004
lundi le 21 juin
19h00
centre culturel et communautaire Henri-Lemieux, 7644 rue Édouard
(Dans la circumscription de Paul Martin!)
www.enattendantmartin.ca
418-898-4092
dbernans@sdf.lonestar.org