
VERS UN RAZ-DE-MARÉE BLOQUISTE LE 28 JUIN
Denis Lessard
La Presse Le mercredi 23 juin 2004
Québec - C'est à un véritable raz-de-marée bloquiste qu'on devrait assister lundi au Québec. Gilles Duceppe est en voie de rééditer l'exploit de Lucien Bouchard, qui avait arraché les deux tiers des circonscriptions en 1993.
C'est ce que laisse prévoir le plus récent sondage CROP réalisé pour La Presse et le Toronto Star. L'enquête réalisée auprès de 606 répondants, est précise à quatre points près. Réalisé sur cinq jours, du 16 au 21 juin- un taux de réponse de 40 %-, le sondage intègre des événements comme le débat télévisé des chefs et les déboires tout récents de la campagne conservatrice sur la pornographie infantile et la disparition du bilinguisme à Air Canada.
Si des élections avaient eu lieu cette semaine, le Bloc québécois aurait obtenu 50 % des suffrages contre 26 % aux libéraux, 13 % aux conservateurs et 6 % aux néo-démocrates, selon CROP, après répartition proportionnelle des 14 % d'indécis.
Pour le Bloc, il s'agit d'une hausse de six points par rapport à la précédente enquête, du 3 au 9 juin. Inversement, le Parti libéral chute de six points. Les conservateurs et les néo-démocrates perdent respectivement 1 et 2 points.
" On peut prédire un couronnement pour M. Duceppe lundi prochain ", affirme Claude Gauthier, vice-président de CROP, pour qui le Bloc pourrait même surpasser sa performance de 1993. Avec 49 % des suffrages exprimés, le nouveau parti formé par Lucien Bouchard avait, à sa première participation, obtenu 53 sièges sur 75 au Québec. Le résultat de lundi sera encore plus impressionnant pour peu que le taux de participation tienne la route. En 1993, le vote fédéraliste, plus important, était divisé entre conservateurs et libéraux, observe-t-il.
Et, pour la première fois depuis des années, l'option souverainiste a atteint 50 % des intentions de vote. Exactement la moitié des Québécois auraient voté OUI à la question du référendum de 1995 sur la souveraineté assortie d'un partenariat politique et économique, si une telle consultation avait eu lieu cette semaine. En mars, après le scandale des commandites, l'option souverainiste avait retrouvé ses 49 % du dernier référendum. Pour Claude Gauthier, la faveur souverainiste peut s'expliquer par la popularité du Bloc au moment ou les gens n'ont pas concrètement à se prononcer sur la question nationale.
Fait à signaler, 23 % des partisans du Bloc auraient voté NON à un référendum sur la souveraineté. Inversement, 22 % de ceux qui appuient les libéraux et 29 % de ceux qui appuient les conservateurs auraient voté OUI à la souveraineté.
Duceppe partout L'avance du Bloc est encore plus nette quand on observe des groupes particuliers. Il atteint 57 % des intentions de vote chez les francophones après répartition des 14 % de discrets. Les libéraux font moins de 20 % dans ce groupe, ce qui n'augure rien de bon pour les candidats de Paul Martin en dehors de la grande région de Montréal, indique M. Gauthier. Autre indice de la domination du parti de Gilles Duceppe, le Bloc a désormais le haut du pavé dans toutes les tranches d'âge, même chez les gens de plus de 55 ans, la chasse gardée habituelle du PLC.
Gilles Duceppe sort grand gagnant sous bien des aspects de cette campagne, qui suscite l'intérêt désormais de 51 % des répondants, 8 points de plus qu'il y a trois semaines.
Pas moins de 42 % des gens estiment qu'il est le chef qui a fait la meilleure campagne, comparativement à 24 % au début de juin. Paul Martin a fait meilleure figure, selon 15 % des électeurs, 2 points de mieux qu'au début du mois. Stephen Harper perd beaucoup de plumes, 12 % lui accordent encore la palme de la meilleure campagne, deux fois moins qu'il y a un mois.
Comme le CROP réalisé dans les minutes suivant le débat télévisé du 14 juin, celui-ci nous apprend que Gilles Duceppe a dominé l'échange: 56 % des gens pensent qu'il a été " le plus convaincant ", un point de moins que le 14 juin. La prestation de Paul Martin n'a pas survécu au temps: 10 % des gens le retiennent désormais comme le meilleur débatteur, deux fois moins que le soir du débat (21 %).

Lettre ouverte de Dion et Pettigrew
Gilles Duceppe dénonce la «campagne de peur» de Dion et Pettigrew
Lia Lévesque
Cyberpresse 22.6.2004
Presse Canadienne Montréal - Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe dénonce la «campagne de peur» des libéraux au moment où MM. Stéphane Dion et Pierre Pettigrew viennent de publier une lettre ouverte aux Québécois les mettant en garde contre «l'erreur grave» que constituerait un vote pour le Bloc, lundi prochain.
Leurs commentaires constituent «du vieux matériel», voire «un peu de panique», a commenté mardi le chef bloquiste, de passage à Montréal.
M. Duceppe les invite à respecter l'intelligence des électeurs québécois et à cesser de laisser entendre qu'ils ne savent pas ce qu'ils font s'ils votent pour le Bloc québécois.
Dans leur lettre, diffusée dans l'édition de mardi de La Presse, MM. Dion et Pettigrew affirment que voter pour le Bloc favoriserait l'arrivée au pouvoir «du gouvernement très conservateur de Stephen Harper». «Le Bloc n'opposerait aucune résistance valable contre un gouvernement Harper», écrivent MM. Pettigrew et Dion. «Les Québécois fédéralistes ne doivent pas voter pour ce parti indépendantiste. Ce serai une erreur grave.»
Ces commentaires reviennent à dire que les Québécois ne savent pas ce qu'ils font s'ils votent pour le Bloc québécois et cela relève du mépris, a répliqué le chef bloquiste, en conférence de presse dans les studios de Musique Plus, où il venait de participer à une émission sur les jeunes et les élections.
Et c'est cette arrogance, ce mépris, dit M. Duceppe, que les électeurs ne veulent plus entendre.
Le Bloc québécois amorce justement, mardi, une offensive dans les châteaux forts libéraux de la région de Montréal et Laval.
Ce «sprint» dans les forteresses libérales survient également au moment où un sondage Ipsos-Reid démontre une légère remontée du Parti libéral au pays. Celui-ci recevrait 34 pour cent d'appui populaire, contre 28 pour cent au Parti conservateur et 16 pour cent au NPD.

Visa le bleu, tua le rouge
Michel Vastel
Le Soleil samedi 19 juin 2004
Sherbrooke - Le Parti conservateur est en train de devenir au Québec ce que le Bloc québécois est au reste du Canada : une nuisance. En faisant appel aux fédéralistes du Québec, Stephen Harper risque en effet de nuire davantage aux rouges du Parti libéral qu'au Bloc. Les visites d'hier en Estrie, dans le Centre-du-Québec et dans la Vieille Capitale l'illustrent...
La stratégie des conservateurs repose sur l'analyse que Brian Mulroney fait de sa propre victoire en 1984. Selon l'ancien premier ministre, plus que les amateurs du "beau risque" de René Lévesque, ce sont des fédéralistes - les libéraux provinciaux - qui ont assuré son succès au Québec. "Les Québécois ne sont pas obligés de choisir entre la corruption des libéraux et l'isolement du Québec", dit Harper cette année. C'est un argument qui porte, auprès de la clientèle anglophone et des autonomistes partisans d'une fédération plus décentralisée.
Hier, je me suis promené le long de la frontière américaine dans l'autobus des conservateurs. À Knowlton, Peter Stasny croit vraiment à sa victoire contre le ministre libéral Denis Paradis. L'ancien candidat du Bloc en 2000, de même que le président de la section locale de l'ADQ, appuie sa candidature. Et les conservateurs veulent une revanche dans Brôme-Missisquoi.
La circonscription, de tradition bleue - Heward Graftey puis Gabrielle Bertrand - , est passée au Bloc en 1993. Lorsque l'élu est décédé dans un accident de la route, les libéraux ont fait campagne en disant aux 15 000 anglophones de la circonscription : "Ne votez pas pour les conservateurs, vous allez encore faire passer le Bloc..." Les conservateurs ont eu beau protester - "Tassez-vous vous-mêmes puisque nous sommes chez nous ici, une circonscription de tradition conservatrice..." - , rien n'y fit et Denis Paradis fut élu.
Cette année, le Bloc (Christian Ouellet), n'est pas menaçant et les anglophones aiment bien le jeune Harper. Et Stasny, qui se dit candidat d'un parti "autonomiste", fait des clins d'oeil aux nationalistes. Ce sera une vraie élection puisque les deux seuls prétendants à la victoire sont tous deux fédéralistes : le chantage à la menace séparatiste ne fonctionne plus !
"Dans Shefford, c'est réglé !" me lance un ancien organisateur de Heward Graftey, déménagé depuis quelques années dans la circonscription voisine. Diane Saint-Jacques serait donc battue ? "Par le Bloc (Robert Vincent)", précise Gérard Desroches. "On (les conservateurs) lui enlève assez de votes pour ça !"
Diane Saint-Jacques, bénéficiant de "l'effet Charest" à Sherbrooke, avait réussi à se faire élire en 1997 sous la bannière conservatrice. Mais en 2000, avec deux autres des quatre députés conservateurs du Québec, elle était passée chez les libéraux. Là encore, comme dans Brôme-Missisquoi, les Bleus du Québec, ceux de Brian Mulroney, ont comme un goût de revanche. "Cette année, on règle des comptes", me dit Gérard Desroches...
Dans Sherbrooke, enfin, Réal Leblanc mène un baroud d'honneur. Son chef est venu l'encourager hier midi, mais la force du candidat conservateur, si elle est réelle, ne fera que rendre la défaite du candidat-vedette des libéraux, l'ancien recteur Bruno-Marie Béchard, encore plus humiliante. Un sondage CROP - La Tribune, réalisé cette semaine auprès de 650 électeurs, accorde 63 % des intentions de vote au bloquiste Serge Cardin et 23 % seulement à Béchard ! On se demande ainsi ce que Stephen Harper faisait là, hier midi, alors que son candidat n'obtient que 6 % des intentions de vote...
Cela s'appelle "brandir la bannière !" Le chef conservateur veut montrer à la presse nationale qui l'accompagne - de l'Ontario donc ! - qu'il est bien reçu au Québec - ce qui est vrai... - et qu'il dirige le seul parti national - les libéraux risquant de disparaître complètement de l'Alberta.
Harper, à qui j'ai suggéré qu'il ferait peut-être, à son insu, le jeu de Gilles Duceppe, a prétendu qu'il pige autant dans l'électorat bloquiste que dans celui des libéraux... "C'est pour cela que Gilles Duceppe m'attaque", dit-il. Je pense plutôt que le chef du Bloc était à court d'inspiration hier !
Je pourrais ainsi continuer au fil de notre virée en autobus d'hier. À Richmond, Stephen Harper a droit à des ambitions puisque le conservateur, André Bachand, ne se représente pas. Mais les conservateurs risquent de mêler les cartes et de faire échouer la candidate libérale Christine St-Pierre (fille d'une grande famille de Victoriaville), que Bachand appuie ouvertement. En effet, selon une entente conclue entre Jean Lapierre et Jean Charest, André Bachand serait bientôt nommé directeur du Bureau du Québec à Ottawa en échange de sa défection. (Certains disent que l'ancien député ferait bien de régler ses dettes électorales avant - 40 000 $ au financier Rick Peterson de Vancouver - s'il veut avoir sa limousine de demiplomate du Québec dans la capitale fédérale.)
À Drummond, la candidate conservatrice, Lyne Boisvert, risque de faire confirmer la réélection de la bloquiste Pauline Picard. Et dans la région de Québec, Stephen Harper a beau continuer à distribuer les portefeuilles ministériels - à Josée Verner en particulier (Louis-Saint-Laurent) - , elle risque de faciliter l'élection de Bernard Cleary, vedette régionale du Bloc.
Arrogance
L'argument électoral de Stephen Harper au Québec - "Il n'est pas nécessaire d'être bloquiste pour être Québécois..." - éveille de réels échos cependant. Gilles Duceppe, maintenant assuré d'un triomphe et se voyant déjà courtisé par les péquistes, commence à faire preuve d'arrogance. Il prétend avoir l'exclusivité de la "propreté" en politique et surtout de l'identification aux intérêts des Québécois. Il a reproché à Stephen Harper de lui avoir volé son slogan - "Un gouvernement propre au Québec", par opposition au "parti propre" que constitue le Bloc, bien que condamné à l'opposition.
Et voilà qu'un de ses candidats sur la Côte-Nord conteste le nationalisme du chef du NPD au Québec. (Pierre Ducasse a pourtant voté Oui au référendum de 1995, et pour le Parti québécois l'an dernier !) S'il était un "vrai Québécois", dit Gérard Asselin, il devrait "prendre une carte du Bloc..."
Peut-être que les fortunes électorales montent à la tête de Gilles Duceppe, comme autrefois elles gonflaient celle de Jean Chrétien...

Duceppe, superstar?
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 19 juin 2004
Gilles Duceppe, superstar? Qui l'eût cru, il y a seulement un mois?
Non seulement a-t-il gagné le débat en français (ce n'était pas un gros exploit), mais il a fait si bonne figure au débat anglais que le Bloc a reçu plusieurs courriels de félicitations de Canadiens des autres provinces... dont certains voudraient avoir un candidat du Bloc dans leur comté!
L'austère maoïste des années 70, le chef sans charisme qui jouait toujours les seconds violons par rapport aux péquistes, est devenu une vedette à travers le Canada!
Le correspondant du New York Times est monté dans son autobus de campagne cette semaine, de même que des représentants de médias anglophones pour qui le Bloc avait été jusqu'ici quantité négligeable.
On en parle comme d'un successeur possible à Bernard Landry, mais sa carrière à Ottawa pourrait être fort intéressante, puisque le voilà placé pour détenir la plus grande part de la balance du pouvoir, avec (probablement) plus de deux fois plus de députés que le NPD!
Évidemment, M. Duceppe est loin d'être le seul artisan de son bonheur.
Il doit une fière chandelle aux libéraux, qui lui ont fourni les munitions idéales: un beau gros scandale tout fumant, conjugué à l'inepte stratégie électorale de l' " Équipe Martin "... sans compter l'énorme appétit de changement de l'électorat.
Le Parti conservateur ayant été incapable d'exploiter cette soif de changement, le Bloc n'avait plus qu'à surfer sur la vague antilibérale. Mais- et c'est là que commence la responsabilité de Duceppe- il a habilement tiré profit de l'occasion en or qui lui était offerte sur un plateau d'argent.
Désormais, à ceux qui lui diront que le Bloc enferme le Québec dans une opposition stérile, il pourra répliquer qu'il exercera un pouvoir réel, face à un (probable) gouvernement minoritaire.
Cela sera un triomphe éphémère, car aucun gouvernement minoritaire n'a jamais duré plus de deux ans, et à la prochaine élection, Stephen Harper, s'il manoeuvre bien, pourrait remporter un certain nombre de comtés au Québec.
Il n'empêche que si le PCC forme un gouvernement minoritaire sans un seul député québécois, ces prochains mois seront l'ère dorée du Bloc. M. Duceppe sera en mesure d'influencer directement le gouvernement, il pourra même passer pour un héros auprès de la gauche canadienne-anglaise, qui se félicitera de voir un parti " progressiste " barrer la route aux visées de la droite.
Les Québécois eux-mêmes, d'ailleurs, paraissent plutôt contents de la perspective d'un gouvernement conservateur tenu en laisse par le Bloc. Selon un récent sondage Léger Marketing, 62 % des électeurs pensent que la formule serait avantageuse pour le Québec.
En prime, ce scénario d'un Canada coupé en deux fera les délices des souverainistes, qui pourront recommencer à rêver qu'ils viennent de gagner " la première manche " vers la souveraineté.
Ce succès inespéré a fait de Gilles Duceppe un autre homme: relax, souriant, sûr de lui. Lui qui a si longtemps été considéré comme la marionnette du PQ- c'est effectivement grâce à l'appui de Lucien Bouchard qu'il avait réussi, en 1996, à se faire élire à la tête du Bloc contre des adversaires plus flamboyants que lui- sera demain la voix des souverainistes à travers le monde...
Étonnant parcours pour un homme dont la carrière s'est amorcée dans l'obscurité, voire la semi-clandestinité d'un groupuscule maoïste, le Parti communiste ouvrier marxiste-léniniste. Ce groupe se faisait une spécialité de noyauter les syndicats des hôpitaux, terreau idéal pour fomenter la lutte des classes car l'hôpital est par définition une structure hiérarchisée. M. Duceppe lui-même a travaillé comme préposé au Royal Victoria. L'histoire ne dit pas s'il a passé plus de temps à militer ou à s'occuper des malades.
Cet épisode de sa vie, qui a duré étonnamment longtemps- M. Duceppe était encore marxiste pratiquant en 1980, à l'âge de 33 ans, alors que la plupart de ses camarades avaient depuis longtemps déserté l'extrême-gauche- jette un éclairage sur l'homme.
De ce passage dans un groupuscule totalitaire et puritain (où l'on fonctionnait comme dans une communauté religieuse intégriste, avec lectures obligatoires, confessions publiques, mise en commun des salaires, examen idéologique des conjoints, etc.), M. Duceppe a gardé un autoritarisme et une rigidité qui lui ont aliéné plusieurs de ses députés. Mais également un sens de la discipline et du travail peu communs, qui lui ont permis de maîtriser rapidement ses dossiers.
La poigne de fer qu'il exerce sur son parti n'a pas que des mauvais côtés: comme il vient de la gauche internationaliste plutôt que du nationalisme traditionnel, il a éliminé toute trace d'ethnocentrisme d'un parti où foisonnaient les anglophobes, et peut aujourd'hui se présenter, comme il l'a fait à plusieurs reprises lors du débat anglais, comme un souverainiste qui respecte le Canada anglais.

Suburbs welcome separatist vote
Ingrid Peritz
The Globe and Mail Saturday, June 19, 2004
Rebellious communities to cast ballots on seceding from Quebec's megacities
Montreal PQ - The winds of separatism are blowing through Quebec again. Across the province, signs on countless lawns proclaim support for independence. Passions are high and divisions deep.
The fervour has nothing to do with the popularity of the sovereigntist Bloc Québécois in the federal election. This separatist movement is fuelled by rebellious suburbanites who vote in referendums tomorrow on breaking away from their cities and becoming independent again.
For the past 25 years, the mere mention of a "referendum" would prompt Montreal's English speakers to check the real-estate listings in Toronto and Calgary. Yet these anglophones are now among the most enthusiastic supporters of a Yes vote to secede from Montreal tomorrow. In the process, they will undo the mergers the provincial Parti Québécois government forced on them four years ago.
The unofficial spokesman for Montreal's separatist forces is Peter Trent, a former Torontonian who leads the anti-merger movement from the famously affluent redoubt of Westmount. Come Monday morning, it looks likely that Westmount and several other predominantly anglophone communities around Montreal will go their own, distinct ways.
"What we're doing is sending a message to Quebec City: Don't mess with us," Mr. Trent, Westmount's former mayor, said from his Scottish-style home high on a Westmount hillside. "You can't wipe out our cities without consulting us. People are still outraged, years later."
Critics say these suburban separatists want to have their cake and eat it too; they want to benefit from living near an international city like Montreal without supporting it. On another street in Westmount, Quebec comedian and nationalist icon Yvon Deschamps had planted two rare No signs on his lawn (they were torn down). Mr. Deschamps coined the famous phrase that what Quebeckers really wanted was an independent Quebec in a united Canada.
"At the heart of it," he said about Westmounters, "they want an independent Westmount within a strong Montreal."
De-merger fever spreads far beyond the ivy-covered manses of Westmount, where signs saying Take Back Our City rise from well-kept lawns. Liberal Premier Jean Charest opened the door to the undoing of mergers with a campaign promise to let the former suburbs reclaim their old boundaries.
Last month, 89 ex-suburbs across Quebec collected enough signatures to force referendums tomorrow, 22 of them on Montreal Island alone. Most are francophone ex-suburbs in Quebec City and off-island Longueuil. They share Mr. Trent's view that tomorrow's vote is about reclaiming smaller communities that were better at delivering services than larger, impersonal ones.
Yet the stakes are greatest in Quebec's economic heart and metropolis, Montreal. Mayor Gérald Tremblay says that now that Ottawa and Toronto have merged into megacities, Montreal has no choice but to follow.
Mayors dating back to the legendary Jean Drapeau dreamed of uniting the fractured suburbs on the island of Montreal into a single powerhouse. That is effectively what happened in 2000 when the PQ amalgamated the 28 municipalities on the island into a city of 1.8 million.
Montreal has regained much of the confidence lost during the politically tumultuous 1980s and 1990s. Still, the city ranks last among North America's 26 largest cities in terms of individual wealth, and while Montrealers get bogged down in merger debates, large-scale investment lands in Toronto, the mayor said.
"Montreal is at a crossroads," Mr. Tremblay said in an interview yesterday. "United we stand, divided we fall. If we're not united, we won't create the wealth to improve our quality of life. We all need each other."
Besides, voting Yes tomorrow won't give the old suburbs their city status back, he warned. The provincial government's Bill 9 forces the reborn suburbs to join an "agglomeration council" to which they will send about two thirds of their taxes, yet have no real voice. Many see these rules as an attempt by the Charest government to dissuade the ex-suburbanites from going through the expensive and messy process of a breakup.
So far, however, there is every sign that the separatists don't care. Like most votes for independence, this one seems driven as much by emotion as by reason.

Évitons un retour en arrière
Alain Dubuc
Le Soleil samedi 19 juin 2004
Demain, il se tiendra 89 référendums sur les défusions dans tout le Québec. Ils n'ont pas tous la même importance et il ne faut pas tous les traiter de la même façon. Les référendums dont les conséquences sont stratégiques sont ceux qui pourraient affecter l'intégrité et le potentiel de Montréal et de Québec.
Même s'il faut toujours saluer le gouvernement du Parti québécois d'avoir eu le courage de se lancer dans l'aventure des fusions, il faut rappeler que ce dossier a été entaché d'erreurs importantes dont on paye aujourd'hui le prix et dont il faut parler parce que leurs effets sont au coeur de ces débats référendaires.
Première erreur, avoir imposé le regroupement des villes sans débats suffisants. Deuxième erreur, avoir conçu un modèle de regroupement mur à mur qui s'applique à toutes les régions urbaines même si les problèmes, et donc les solutions, peuvent varier grandement. Troisième erreur, ne pas avoir profité des fusions pour régler le principal problème des villes, leurs coûts de main-d'oeuvre. Et la quatrième erreur, et non la moindre, la promesse irresponsable des libéraux de tenir des référendums qui ont créé le chaos actuel.
Le principal problème financier des villes, ce sont les coûts de main-d'oeuvre qu'elles n'ont pas pu, faute d'outils législatifs, contrôler comme l'ont fait les gouvernements fédéral et provincial. Les fusions auraient été le moment idéal pour résoudre la question. L'inaction a plutôt empiré le problème en encourageant une dynamique de rattrapage entre syndicats fusionnés. Ce manquement, à lui seul, empêchait les fusions de générer des économies d'échelle et donc des réductions de taxes.
Dans mon appui aux fusions, tant à La Presse qu'au SOLEIL, je n'ai jamais cru à ces baisses de taxes. Je crois surtout aux arguments stratégiques, au potentiel de villes plus fortes, capables de surmonter les guerres de clocher et de développer un sentiment d'appartenance et une synergie nouvelle. Les villes ont besoin d'une masse critique pour assumer une foule de nouvelles responsabilités - qualité de vie, infrastructure, développement économique, présence internationale - , mais aussi pour créer un rapport de force face à un gouvernement provincial trop régionaliste.
Mais ces arguments tiennent surtout pour nos deux grands centres urbains, Montréal et Québec. Dans la grande majorité des autres cas, il n'y a pas d'enjeux stratégiques, mais des débats sur le partage des ressources, la qualité des services municipaux, le compte de taxes et l'identité locale, qui peuvent se résoudre autrement que par des fusions.
Cette synergie nécessaire pour les grandes villes peut-elle être obtenue autrement que par les fusions ? On cite souvent le cas de Boston, qui compte sur une réelle dynamique urbaine même si elle est composée d'une multitude de municipalités. Mais on ne réécrit pas l'histoire et on ne réinvente pas les sociétés. Au Québec, les structures supramunicipales n'ont jamais été capables de mettre fin aux guerres intestines.
Cela étant dit, le débat que nous avons vécu depuis un mois est largement artificiel. La loi 9 mène à de mauvais référendums qui forcent les citoyens à choisir entre deux options qui ne sont pas nécessairement les leurs, le statu quo des villes nouvelles et le retour en arrière des démembrements. Ce faux débat imposé par la loi 9 a favorisé l'expression des citoyens les plus irréductibles et nous a donc fait oublier que les grands arguments stratégiques sont parfaitement conciliables avec les désirs exprimés par les citoyens.
Dans les faits, la majorité des Québécois se prononcerait certainement pour une formule mitoyenne, le maintien des grandes villes, assorti d'une décentralisation plus grande pour mieux permettre l'expression des identités locales et le contrôle sur les services de proximité.
Cependant, cette solution d'équilibre n'est possible que si les villes nouvelles résistent aux référendums. D'abord, en raison de la complexité pratique d'un retour en arrière. Mais surtout parce que la victoire des défusionnistes, à entendre les arguments invoqués lors des débats référendaires, déclenchera des dynamiques malsaines, d'égoïsme fiscal, de repli sur soi, de localisme à outrance, qui compromettront le développement des villes.
Mais ces référendums auront eu une utilité. Les citoyens partisans des démembrements ont envoyé un message, qu'il faut écouter. Au-delà de leur colère contre des fusions forcées, ils ont exprimé un attachement réel à leur environnement immédiat. Voilà pourquoi, si les villes nouvelles résistent bien à la vague des défusions, elles devront répondre clairement à ce désir de nombreux citoyens de mieux contrôler les services de proximité et de pouvoir préserver leur identité locale.
ADubuc@lesoleil.com

Louise Beaudoin : travelling avant
Gary Lawrence
Le Devoir samedi 19 juin 2004
Depuis qu'elle a quitté la politique, Louise Beaudoin voyage et rêve d'un concert de « pérégri-nations » souveraines. Mais si on sent que cette altermondialiste a des envies d'itinéraires planétaires, on l'associe encore et toujours à la francophonie, à la France et aux Français. À juste titre, car elle connaît autant les travers que les vertus de ses cousins d'outre-mer...
Avril 2003. Lorsqu'un certain frisé replet prend le pouvoir à Québec, Louise Beaudoin est déjà loin, très loin, en train de baguenauder en Gaule, arpentant l'Occitanie et profitant de la villa d'un ami, à Saint-Trop'. Puis, après une escale en Tunisie, la ministre déchue atterrit à Cannes, en plein festival. Mais cette fois, c'est une simple touriste qui vadrouille sur la Croisette.
« Ça faisait huit ans que je voyageais sans rien voir. C'est tellement frappant de parcourir le monde dans des conditions excellentes et, en contrepartie, d'être prise entre quatre murs, matin, midi et soir, dans un cocktail, une réunion ou une réception... Et puis, à la fin, j'étais tellement épuisée : la politique, c'est un vrai tue-monde », soupire la professeure de l'UQAM et chercheure en mondialisation.
Marcher, musarder...
Aujourd'hui, l'irréductible citadine veut marcher, musarder dans les villes et s'asseoir aux terrasses des cafés, rien que pour regarder passer les gens et le temps. « Y a rien de plus agréable, n'importe où au monde. » Golfeuse aguerrie et invétérée, elle grimpe toujours dans le premier avion qui passe, rien que pour prendre le tee, que ce soit en République dominicaine ou au pays de Jeb Bush. « Mes amis trouvent que le golf, c'est trop long... Mais c'est justement pour ça que ça me convient : ça me relaxe et ça me fait décrocher. Et puis, qu'y a-t-il d'autre à faire en Floride ? »
Longtemps abonnée à la Martinique et à la Guadeloupe, Louise Beaudoin tend maintenant à s'affrioler pour le Vietnam, l'Australie, la Nouvelle-Zélande... Même si, pour elle, le plus bel endroit du globe demeure l'île des Pins, dans le Pacifique Sud, elle aiguise aussi son appétit pour l'Amérique latine et le Moyen-Orient, en attendant d'échanger son condo outremontais ou sa maison de Charlevoix contre un pied-à-terre en Toscane, l'espace de quelques semaines ou d'un été.
Fascinée par la sédimentation des époques, l'historienne de formation craque également pour le Liban, qu'elle a découvert à travers le prisme de ses fonctions ministérielles. « Lors du Sommet de la Francophonie de Beyrouth, nous avons voulu laisser une trace de notre passage. Peu de gens le savent, mais le Québec a financé la restauration du site de Byblos, vieux de 3000 ans. Aujourd'hui, on peut s'y promener dans des sentiers aménagés et balisés de fleurdelisés... C'est chouette, non ? »
Sans doute, mais quand on lui parle de l'autre extrémité de la Méditerranée, l'agrément fait place à la passion, et ses yeux chavirent dans un bleu plus intense que celui de la mère des mers. « Barcelone, ah, Barcelone ! J'y suis allée souvent... C'est une de ces villes fantastiques où j'aime flâner, juste être là... Je ne me sens pas spécialement espagnole, mais tellement catalane... »
Si elle a un faible si fort pour la Catalogne, la dimension politique n'y est pas étrangère. « La même chose vaut pour le Brésil : un an avant l'élection de Lula, j'ai trouvé qu'il y avait là une de ces énergies... Pour moi, c'est entre les mains de cet homme que se trouve tout l'espoir de l'Amérique latine. Il ne faut pas que ça rate, cette expérience-là. » Bref, en un mot comme en cent, les pays qui se tiennent debout attirent Louise Beaudoin. Et à cet égard, c'est sans hésiter que l'ancienne directrice de Téléfilm Canada remet sa palme d'or à la France.
Hexagone with the wind
« Pour moi, la France demeure un grand pays. On l'a vu avec la guerre en Irak : qui peut encore tenir tête à l'hyperpuissance ? Si la France ne l'avait pas fait, je ne crois pas que le Canada aurait agi de la sorte. Il a fallu du leadership, et la France a été la plus vocale des opposantes. »
À ce titre, on se doute bien que l'ex-déléguée générale du Québec à Paris sait vraiment de quoi elle cause. « Pour moi, ce pays, ce n'est plus voyager, c'est chez moi, c'est ma seconde patrie. J'y ai étudié et je l'ai parcourue de long en large, depuis le temps que j'y vais. »
Au delà des racines et de l'histoire, s'il est un aspect de la France qui lui plaît particulièrement, c'est son côté rebelle. « Quand je regarde les manifs qui nous empêchent de repartir, de prendre le train, de marcher dans Paris, je me dis que les Français doivent se lever chaque matin en se disant : "Contre qui ou quoi devrions-nous gueuler ? C'est bien, je trouve qu'on est tellement convenus, en Amérique du Nord ; même si on se réveille de temps en temps, comme pour le Suroît ou l'Irak, en France, c'est un mode de vie que de protester et de s'intéresser à ce qui ne marche pas. Moi, ça me plaît ! »
Pour elle, la relation qui unit Français et Québécois est davantage fondée sur l'amour inconditionnel que sur l'amour-haine, même s'il subsiste quelques fragments d'incompréhension mutuelle. « Beaucoup de Québécois se sentent rebutés par ce qu'on appelle l'arrogance française, mais il faut prendre ça au deuxième degré et répondre aux Français sur le même ton. Et là, tout à coup, ils s'allument et ça les intéresse. Ça les étonne tellement ! »
Amoureuse des mots et du phrasé élégant, Louise Beaudoin apprécie aussi la finesse d'esprit de ses cousins. « Beaucoup de gens ne les trouvent pas drôles, mais moi, si. Ils ont une espèce de sens de l'humour cynique, d'autodérision qui verse souvent dans la dérision. Et puis, leur humour est souvent séduisant, et ceux qui aiment les femmes ont toujours ce petit plus... Cela étant, quand je regarde leur télé, je n'entends pas à rire et je trouve même ça désolant et navrant, à part Arte... », déplore l'ex-ministre de la Culture.
Du reste, le côté bon vivant du Gaulois moyen ne la laisse pas de marbre, même si elle est du genre à se faire porter pâle si on lui propose un circuit agrotouristique ou une balade avec un tastevin accroché au cou. « Je ne mange pas beaucoup, mais je mange bien. Je n'irais jamais faire une tournée gastronomique, et si vous voulez m'emmener faire le tour du Bordelais, ce sera non ! Ça me rend malade, je ne sais pas comment on fait pour entamer le tour des vignobles à 10 h du matin. » Sans doute le propriétaire du Coteau de l'Élysette trouverait-il réponse à cette question.
En attendant, le plus long périple que Louise Beaudoin compte faire au cours des prochaines années pourrait bien avoir lieu en terrain connu. Car l'ex-femme d'État n'a jamais enterré la possibilité de retourner sur la terre de ses anciennes amours, pour qu'un jour elle puisse enfin parcourir le plus beau pays du monde, le sien...
ghibou@sympatico.ca

Les machines à voter
J - Jacques Samson
Le Soleil samedi 19 juin 2004
Un concours de circonstances fait que le projet de réforme parlementaire parrainé par le leader du gouvernement Charest, Jacques Dupuis, a été présenté au terme d'une portion de session à l'Assemblée nationale caractérisée par son vide abyssal. L'action politique a été déplacée à l'extérieur du Salon bleu au cours des derniers mois, en raison des débats sur les défusions et la réingénierie de l'État, mais aussi d'une volonté des stratèges libéraux de faire baisser la pression après un bulldozage législatif un peu indécent en décembre dernier, marqué par un abus du bâillon.
M. Dupuis, chef d'orchestre de cette opération partisane, est donc en déficit de crédibilité quant à sa bonne foi pour changer les règles du jeu dans le but de revaloriser le travail parlementaire. Il aurait aussi dû s'abstenir d'orner le cahier des propositions du logo et du slogan Briller parmi les meilleurs, utilisé depuis six mois pour revamper l'image du gouvernement. Une réforme parlementaire est par tradition un exercice que l'on veut dépouillé de toute partisanerie au point que l'on s'astreint à obtenir l'unanimité des députés avant son entrée en vigueur. Ces choses étant précisées, plusieurs propositions soumises pour étude sont fort pertinentes.
Le nouveau plancher de six députés ou de 15 % des votes exprimés pour qu'un parti soit reconnu à l'Assemblée nationale a surtout retenu l'attention. Cela conduirait enfin à la reconnaissance officielle de l'Action démocratique de Mario Dumont (18,18 % des votes en avril 2003), qui aurait ainsi droit à des budgets de recherche plus élevés et à plus de temps de parole durant les travaux. Tous les partis au Québec disent préconiser une formule de représentation proportionnelle à l'Assemblée nationale, mais ils persistent en même temps à nier les droits des 694 122 électeurs de l'ADQ. La sincérité des convictions démocratiques des dirigeants du Parti québécois pourra être bientôt mesurée puisque c'est l'opposition officielle qui devrait sacrifier une portion de son temps d'antenne.
D'autres innovations présentent aussi de l'intérêt, en ce sens que les simples députés, de tous les partis, pourront davantage intervenir au nom de leurs commettants, en toute liberté. Une courte période de 15 minutes leur serait réservée, avant chaque période de questions, pour autant de brèves déclarations, en prime time. Il faudra encadrer quelque peu cependant l'utilisation de cette période pour qu'elle ne se transforme pas en lancinantes salutations nominales de tous les électeurs du comté. Un critère d'intérêt public est de mise. Une période quotidienne d'une heure serait aussi réservée pour des débats sur des motions ou des projets de loi, venant d'initiatives personnelles de députés. Ceux-ci pourront ainsi beaucoup mieux véhiculer publiquement les besoins de leurs commettants, surtout les simples députés du parti au pouvoir toujours transformés en plantes vertes dès le lendemain de leur élection.
La formule retenue pour les pétitions des citoyens, qui seraient dirigées vers une sous-commission, mettra fin aux assommantes chaînes de pétitions que les députés étaient forcés de lire en vertu du règlement, souvent à leur corps défendant. Il s'agit d'un recul par contre pour les pétitionnaires cherchant à brasser le gouvernement qui recevront un accusé de réception, mais qui seront privés de la visibilité que donnent les travaux au Salon bleu.
L'idée d'étendre les périodes des travaux de la mi-février à la mi-juin et de la mi-septembre à la mi-décembre s'impose depuis longtemps. Il est anormal qu'un Parlement ne siège pas pendant quatre longs mois consécutifs. La fin du bâillon omnibus portant simultanément sur plusieurs projets de loi rendra un peu plus gênants les abus dans le recours à cette mesure d'exception. L'objectif d'exiger le dépôt d'un projet de loi au cours de la saison précédant le vote sur son adoption est peut-être noble. La réalité politique laisse cependant penser que les bonnes intentions ne tiendront pas longtemps. L'exception deviendra la règle.
Les élus à Québec aspirent enfin, comme dans plusieurs autres parlements, à des votes libres, dans le respect de leurs convictions personnelles. La réforme Dupuis contient un modèle à trois échelons, selon la portée de chaque type de vote, avec un second vote pour confirmer le premier dans les cas de remise en question de la confiance dans le gouvernement. Le débat est lancé.
Toutes les réformes parlementaires au cours des dernières décennies visaient les mêmes objectifs de revalorisation du rôle du député et du Parlement et son affranchissement du pouvoir exécutif. Peu de progrès réels ont pourtant été réalisés. À certains égards, leur place s'est même rétrécie à mesure que l'appareil grossissait et que l'administration se complexifiait. Mais la raison profonde est que le pouvoir exécutif, le bureau du premier ministre et le Conseil des ministres, se fichent éperdument de l'institution. Les députés sont des machines à voter leurs diktats, en fonction d'obscures stratégies que d'humbles députés n'ont pas le privilège de partager. Et cela ne changera pas.
JJSamson@lesoleil.com

Vive le Québec!
La Dernière Heure 22/06/2004
Vive le Québec! : Une grande soirée aura lieu à Bruxelles, ce 23 juin, à la veille de la fête nationale
BRUXELLES Nos cousins québécois célébreront leur fête nationale jeudi prochain. Le thème choisi cette année: A la nôtre! Ne pensez pas immédiatement à un breuvage alcoolisé. Ce thème se veut un hommage à la richesse du patrimoine des Québécois, de leur langue et de leur culture si riche.
C'est le 24 juin 1834 que l'avenir du peuple québécois a été discuté lors d'un banquet champêtre. Le début d'une longue tradition. Et depuis 170 ans, ce peuple célèbre son identité en évolution au contact des gens d'origines diverses.
En prélude à cette journée historique, la Délégation générale du Québec à Bruxelles organise dans la capitale une grande fête populaire, le mercredi 23 juin, de 20 h à 2 h du matin! Tout le monde y est convié! Une bonne occasion de faire la fête et, pourquoi pas, de faire des rencontres avec nos amis d'outre-Atlantique
Des bières typiques de là-bas
L'année dernière, cette grande fête musicale avait rassemblé, dans la joie, quelque 700 personnes.
Le but de la soirée est, avant tout, de s'amuser entre amis, de faire des connaissances et de parler du Québec tout en buvant un coup. Vous pourrez d'ailleurs y déguster des bières québécoises, comme la Maudite, la Fin du Monde ou encore l'Irrésistible, des noms bien sympathiques qui donnent envie d'y succomber
Tout au long de la soirée, des groupes musicaux, tous originaires du Québec, vous feront danser sur des rythmes endiablés. Tous les styles seront représentés. Il y aura des chansonniers, des groupes de rock, des morceaux des années 80.
Cette fête est également l'occasion de rendre hommage à la jeunesse. C'est en effet le 20e anniversaire de l'Agence Québec Wallonie-Bruxelles, une coopération qui a permis d'envoyer, en 20 ans, 14.000 jeunes en stage, de part et d'autre de l'Atlantique. Plusieurs stagiaires viendront témoigner, au cours de la soirée, de leur expérience.
La fête nationale, proprement dite, sera célébrée aux quatre coins du Québec dans plusieurs centaines de festivités régionales et locales.
H. P. P.
Au Bouche-à-oreille, place Van Meyel, 16, 1040. Dès 20 h. Informations: 02.512.00.36.

Manque de carburant
Vincent Marissal
La Presse mardi 22 juin 2004
Huntsville, Ontario - Stephen Harper, du temps où il était président de la " Coalition nationale des citoyens ", rêvait de construire un mur coupe-feu autour de l'Alberta pour protéger la riche province de la voracité du gouvernement central d'Ottawa. Depuis qu'il est chef du nouveau Parti conservateur, M. Harper joue plutôt la carte de la décentralisation, mais, paradoxalement, le seul mur qu'il aura réussi à ériger, c'est celui qui se dresse désormais entre son parti et le Québec.
Fin de l'aide gouvernementale à Bombardier, dérapage sur la question de la pornographie juvénile, remise en question du bilinguisme et possible déménagement du siège social d'Air Canada, la dernière semaine aura fini de creuser l'immense fossé qui sépare le nouveau parti de droite des électeurs québécois. Déjà que M. Harper était " difficile à vendre " aux Québécois, de l'aveu même de certains organisateurs conservateurs, les lendemains du scrutin (quel que soit le résultat) s'annoncent pénibles pour les bleus au Québec.
Stephen Harper aurait voulu pousser encore plus de Québécois dans les bras du Bloc qu'il n'aurait pas agi différemment. Dégoûtés par les scandales libéraux, bien des électeurs ont d'ores et déjà décidé de tourner le dos à Paul Martin. Devant la possibilité de voir les conservateurs prendre le pouvoir, ils seront nombreux à avoir le réflexe de s'en remettre au Bloc, qui a réussi à se positionner comme le " meilleur défenseur des intérêts du Québec ".
Les positions controversées de Stephen Harper ne changeront probablement rien au sort des libéraux au Québec, mais Paul Martin, de toute évidence, essaie de marquer des points ailleurs au pays en présentant son adversaire comme un extrémiste. Ce pourquoi, d'ailleurs, M. Martin fait tant d'efforts pour associer Stephen Harper au premier ministre albertain Ralph Klein et à son plan de réforme de la santé dans sa province (plan devant être dévoilé le 30 juin et qui contreviendrait à la Loi canadienne sur la santé, selon les bribes d'information disponibles).
Dans l'immédiat, les dérapages de la campagne conservatrice comportent un autre gros avantage pour les libéraux: ils permettent à Paul Martin de donner un peu d'élan à sa campagne, qui manque sérieusement de carburant à moins d'une semaine du vote.
N'eût été des controverses dans la campagne conservatrice, les stratèges libéraux n'auraient pas eu grand-chose à se mettre sous la dent en cette fin de campagne. Manque de carburant ou manque d'altitude, toujours est-il que la campagne libérale n'arrive toujours pas à décoller, même si celle de Stephen Harper a ralenti ces derniers jours. Paul Martin a bien essayé, pourtant, au début de la campagne en dévoilant un programme politique complet, chiffré, il n'a pas lésiné sur les promesses en santé, pour les villes, pour les garderies, pour les personnes âgées... Rien à faire, le Parti libéral n'arrive pas à reprendre du poil de la bête.
Le hic, c'est qu'il reste six jours de campagne et la campagne libérale est à court de munitions, ce qui oblige les stratèges à puiser très loin dans leur imagination, ce qu'ils ont fait hier avec cette promesse de tenir la prochaine rencontre fédérale-provinciale sur la santé devant les caméras.
Si cette idée a immédiatement rappelé toutes sortes de douloureux souvenirs aux journalistes qui ont couvert les psychodrames nationaux de Meech, elle risque de provoquer un profond soupir d'ennui chez les électeurs. Fallait voir l'entourage de Paul Martin s'exciter à propos des détails de cette " importante " annonce et les voir tourbillonner autour des journalistes pour leur en expliquer toutes les subtilités pour réaliser à quel point le syndrome de la bulle électorale peut parfois affecter le sens de la perspective. Les libéraux se battent pour garder le pouvoir circonscription par circonscription, ils éprouvent de graves problèmes sur le terrain et leur chef se passionne pour des détails de procédure d'une rencontre aussi hypothétique, à ce stade-ci, que sa réélection.
Imaginez Anne McLellan ou Hélène Scherrer, deux ministres de Paul Martin dont le siège est menacé, essayer de convaincre des électeurs désabusés par 11 ans de gouvernement libéral en leur expliquant que la prochaine rencontre fédérale-provinciale sur la santé sera télédiffusée. La stratégie, on l'aura deviné, est de démontrer que les libéraux, contrairement aux conservateurs, sont transparents sur la question de la santé, mais ces derniers ont beau jeu de rappeler que c'est Paul Martin, alors ministre des Finances, qui a enlevé les milliards aux provinces. Quant au Bloc, il n'a qu'à dire aux Québécois qu'ils ne peuvent faire confiance ni à l'un ni à l'autre, ce qui s'est avéré leur meilleur argument en cette campagne.
Mais, bon, jouons le jeu. Supposons que Paul Martin sauve sa peau et convoque effectivement dans les prochains mois ses homologues provinciaux à une rencontre au sommet. Voyez un peu le scénario: le premier ministre libéral de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, est en chute libre dans les sondages et il n'a pas le choix de déclencher des élections en 2005 (il a lui-même imposé les élections à date fixe). Il voudra prendre l'enveloppe. Son voisin albertain, Ralph Klein, que Paul Martin caricature ces jours-ci en fossoyeur du système de santé publique à des fins bassement électorales, arriverait à la table dans de biens mauvaises dispositions.
L'Ontarien Dalton McGuinty voudrait bien l'argent, mais ses relations avec Paul Martin ont beaucoup souffert durant la présente campagne puisque les grands frères fédéraux l'accusent d'avoir bousillé leur campagne avec son budget. Jean Charest ne refuserait pas lui non plus le chèque, mais Québec ne veut rien savoir de conditions et vu l'état de sa popularité, il ne peut se permettre de paraître mou devant Ottawa.
Dans les Provinces atlantiques, Paul Martin ne devra pas compter sur le quatuor de premiers ministres conservateurs pour lui faciliter la tâche. Reste le Manitoba et la Saskatchewan, deux provinces dirigées par des néo-démocrates, qui ont élevé le medicare au statut de religion nationale.
Beau portrait. On est bien loin de l'image de Paul Martin, grand rassembleur de la famille canadienne.
Vincent.marissal@lapresse.ca

Ted Moses compte sur le Bloc québécois
PC
Le Devoir mardi 22 juin 2004
Chibougamau - Il n'a peut-être pas donné son appui officiel au Bloc québécois, mais le grand chef du Conseil des Cris du Québec, Ted Moses, n'avait que de bons mots pour les troupes de Gilles Duceppe, sur lequel il dit compter pour défendre les intérêts des autochtones aux Communes.
Profitant de la journée nationale des autochtones, le chef du Bloc avait invité M. Moses à une rencontre pour discuter des enjeux qui concernent la nation crie. Les deux hommes se sont rencontrés hier à Chibougamau, en Abitibi, où M. Duceppe faisait campagne. Le Bloc espère déloger le libéral Guy Saint-Julien dans la circonscription de Nunavik-Eeyou.
À l'issue de la rencontre, lors d'un point de presse, le grand chef a évoqué le rôle que pourrait jouer le Bloc dans un gouvernement minoritaire.
«Je reconnais que, dans cette élection, il pourrait y avoir un gouvernement minoritaire conservateur ou libéral et que le Bloc détiendrait la balance du pouvoir au Parlement», a fait valoir M. Moses, ajoutant qu'il voulait travailler avec le Bloc québécois.
En fait, le chef cri a admis qu'un éventuel gouvernement minoritaire pourrait être «bénéfique parce qu'on pourrait compter sur d'autres partis, comme le Bloc, pour s'assurer que les droits des autochtones sont respectés».
Lorsqu'on lui a demandé si la rencontre était le signe d'un appui officiel, M. Moses a souligné que ce n'était pas l'objectif et que, de toute façon, le Bloc n'avait pas besoin de ça pour gagner.
«M. Duceppe n'a pas besoin de mon appui, il est tellement en avance dans les sondages et sa popularité a encore augmenté depuis le dernier débat», a noté le chef cri, sourire aux lèvres.

L'homme de fer
Michel Vastel
Le Soleil mardi 22 juin 2004
Les Britanniques ont eu leur "Dame de fer". Les Canadiens auront peut-être leur "Homme de fer". Stephen Harper n'est pas du genre à reculer, même acculé au pied du mur. Il fonce tête baissée et advienne que pourra. Il est de cette école de politiciens qui préfèrent tenir une mauvaise promesse que de passer pour un faible... Cela vous fait-il penser à quelqu'un ?
Bien sûr que Stephen Harper serait différent de Paul Martin. Bien sûr qu'un régime conservateur serait différent d'un régime libéral. Mais pas plus, ni moins, qu'un gouvernement de Jean Charest ne l'est d'un gouvernement de Bernard Landry. C'est pour cela qu'il y a des élections après tout ! Et au Québec, pas plus que dans l'Ontario de Mike Harris, nous n'en sommes pas morts...
"Stephen Harper dérape." "Stephen Harper trébuche." On a le dérapage facile dans la presse canadienne, ces jours-ci. Le communiqué de presse du Parti conservateur sur l'attitude de Paul Martin face à la pornographie juvénile était-il grossier ? Bien sûr que oui et, vous pouvez m'en croire, Stephen Harper a piqué une belle crise dans son autobus, vendredi à Richmond ! Mais en public, plutôt que de s'en excuser, le chef conservateur a foncé en avant : en dépit des occasions qu'il a eues, le gouvernement de Paul Martin n'a rien fait pour interdire la pornographie dans Internet, même lorsque celle-ci se réclame de l'art (sic !). Le chef conservateur serait même prêt à recourir à la clause "nonobstant" pour imposer sa volonté à la Cour suprême. On peut penser ce qu'on veut de l'opinion de Stephen Harper, mais c'est ce qu'il pense et il agira en conséquence.
Le second soi-disant "dérapage", toujours ce week-end, avait trait à la Loi sur la participation publique d'Air Canada. Paul Martin s'est empressé de faire dévier le débat sur le bilinguisme, alors qu'il ne s'agit pas du tout de cela. Cela fait longtemps que le bilinguisme dans les transports aériens n'existe plus, et cette question ne concerne pas seulement la compagnie aérienne nationale. Depuis que le gouvernement libéral a privatisé les aéroports, les francophones sont moins bien traités que les touristes chinois ou japonais dans leur propre pays. [Selon le plan conservateur, la disposition concernant les services dans les deux langues officielles à Air Canada et chez tous les transporteurs aériens se retrouverait dans la Loi sur les langues officielles, ce qui serait plus logique et donnerait plus de pouvoirs au commissaire aux langues officielles pour la faire respecter. ]
Les vraies intentions de Harper concernent plutôt le siège social d'Air Canada et les libéraux se gardent bien d'en parler puisqu'ils s'apprêtaient à faire la même chose. [ D'ailleurs, la presse bien pensante de Toronto, qui trouve terrible qu'on ne parle plus français dans les avions d'Air Canada, se garde bien de protester contre l'éventualité du déménagement d'une autre siège social à Toronto ! ] Aucune raison, sinon la fidélité à l'histoire, ne justifie qu'une entreprise soit obligée de maintenir son siège social à Montréal plutôt que dans toute autre ville du pays. Pour être de bon compte, Stephen Harper dit que Petro Canada ne sera pas obligée, elle non plus, de maintenir son siège à Calgary. Implicitement, il confirme que la logique enverrait la direction d'Air Canada à Toronto, le centre du transport aérien au Canada, comme Petro Canada est située, en Alberta, près des centres de production pétrolière et gazière du pays.
Il va falloir s'habituer à cela, de préférence avant le 28 juin, plutôt que de sortir, à l'automne, d'autres pancartes disant : "Je n'ai pas voté pour ça !"
Harper est un vrai conservateur. Pour lui, toute intervention de l'État, surtout l'intervention réglementaire, mais aussi l'aide fiscale, les prêts aux entreprises, voire le partenariat forcé entre les secteurs public et privé, constituent une hérésie. On l'a déjà vu la semaine dernière dans un dossier plus sérieux, celui du soutien à l'exportation des industries du secteur aéronautique. Et, pendant qu'on y est, les élites montréalaises feraient bien de demander au chef conservateur ce qu'il ferait de la loi sur les brevets de produits pharmaceutiques.
Ce qui est surprenant, c'est qu'on s'inquiète seulement maintenant des intentions réelles de Stephen Harper. Si les libéraux n'avaient pas été menacés de perdre le pouvoir, en auraient-ils seulement parlé ? Il y a autant d'hypocrisie dans l'indignation de Paul Martin que de provocation dans certains projets du Parti conservateur.
L'activisme de Stephen Harper est-il tellement plus dommageable que le laissez-faire des libéraux ? Prenons justement le bilinguisme, puisque Paul Martin aime parler de cela. Non seulement dans les transports, mais également dans les communications, la politique sur les langues officielles n'est plus respectée depuis belle lurette. Que fait par exemple le CRTC pour obliger tous les câblodistributeurs à rendre le service de base de Radio-Canada - la première chaîne - disponible partout au Canada ? Il ne l'était pas en tout cas, pas plus que tout autre poste français, à Saskatoon quand je suis passé par là avec Paul Martin !
Et si on veut élargir le débat : est-ce plus grave de dire qu'on déchirera le Protocole de Kyoto ou de ne pas respecter les obligations qu'il impose ? Est-ce plus grave de dire qu'on n'aidera plus Bombardier ni l'aéronautique en général, ou de verser des milliards $ à l'industrie automobile en autant qu'elle se trouve en Ontario ? S'il n'y avait eu aucune intervention de l'État fédéral, l'industrie aérospatiale serait encore installée dans la région de Montréal !
On peut toujours tenter d'effrayer les électeurs, mais ce débat sur "l'agenda caché" de Stephen Harper n'a pas beaucoup de sens aujourd'hui : si le Parti conservateur prend le pouvoir à Ottawa, il sera minoritaire et il devra gouverner avec modération.
On oublie aussi le poids de l'histoire et des traditions du Parti conservateur du Canada. Quand on reproche aux militants de "l'Alliance conservatrice" d'être des radicaux, on oublie que, la plupart du temps, il s'agit d'anciens militants du parti de Brian Mulroney. Autrement dit, Stephen Harper peut toujours promettre une révolution, il n'aura pas les moyens de la faire...

Le 28 juin, date marquante de notre histoire?
Claude G. Charron
Le Devoir mardi 22 juin 2004
Peut-être comme un certain 22 juin 1960
Il y a des dates qui ont tellement marqué l'histoire des peuples qu'elles sont devenues le jour de leur Fête nationale. Nous avons ici le Dominion Day devenu, nation building oblige, Canada Day - Jour du Canada. Nos voisins du Sud ont leur Independence Day, et les Français oublient ce qui les divise le 14 juillet pour célébrer la Prise de la Bastille.
La Fête nationale du Québec ne commémore aucun événement signifiant. Avec les années qui passent, le 24 juin semble en soi devenir commémoratif, entouré qu'il est de dates ayant marqué notre histoire. Pensons au 22 juin 1960 considéré par un grand nombre comme la date du début de la Révolution tranquille.
Il faudra peut-être un jour y ajouter le 28 juin tellement certaines similitudes entre le terreau social qui prévalait au Québec avant l'émergence de l'Équipe du tonnerre et celui qui est à la source de l'actuel succès du Bloc québécois. De quoi nous donner des raisons citoyennes de célébrer la Fête nationale.
Le terreau social à la source du 22 juin 1960
Personne ne conteste le fait que le Québec d'avant le 22 juin 1960 constituait une société conservatrice, une situation qui découle directement de la défaite des Patriotes. Ceux-ci ne l'étaient pas. Papineau et les frères Nelson professaient les idéaux des antimonarchistes d'Europe et de ceux qui luttaient contre le joug hispanique en Amérique. Et parce que l'idéologie de ces libérateurs de peuples ne plaisait pas du tout au Vatican, Londres et l'establishment canadian ne pouvaient trouver meilleur allié que le Haut clergé pour qu'en terre laurentienne on accepte la soumission à César.
Cette situation n'a point eu que des désavantages. Elle a permis la survivance d'une société de parlants français en Amérique et le départ de France de nombreux religieux acceptant mal la décléricalisation des écoles, ce qui a permis en retour d'améliorer le degré de scolarisation des Canadiens français et de former de nouvelles élites. Aux graves problèmes de pauvreté sévissant suite au krach de 1929, ces élites seront portées à trouver des solutions dans l'idéologie corporatiste. Comment s'en surprendre? Pas question dans nos collèges classiques d'étudier Marx et Sartre. Quand il s'agissait de sortir de la Crise, les encycliques de Léon XIII se devaient de suffire.
Cette situation changea avec la fin de la guerre. Si un intellectuel de la trempe d'André Laurendeau avait eu jadis une grande admiration pour Mussolini et Franco, l'influence des Mounier et Maritain jouera à la suite de ses séjours en France. D'autres intellectuels et artistes aussi voyageurs que Laurendeau y reviendront gagnés par des courants de pensée plus radicaux, tels Borduas et ses amis qui, en 1948, signèrent le Refus global.
Le pouvoir ne tardera pas à réagir à un tel bouleversement. Le 29 octobre 1948, Paul-Émile Borduas est mis à la porte de l'École du Meuble. Le 6 mai 1949, la police provinciale charge contre les grévistes d'Asbestos. Le 10 février 1950, Mgr Charbonneau est contraint à l'exil, sa faute étant d'avoir organisé une quête dans son diocèse pour aider les grévistes d'Asbestos.
Le problème rencontré par ceux qui veulent faire débloquer les choses, c'est qu'ils n'ont pas de moyens efficaces d'atteindre l'ensemble de la population. Postes de radio et journaux, sauf Le Devoir, sont soit apolitiques soit, comme Montréal Matin, la propriété de parti. Duplessis a même la capacité de couper les vivres à l'Université de Montréal si jamais elle invite Pierre Elliott Trudeau à y donner des cours.
Tout change avec l'arrivée de la télévision en 1953. André Laurendeau, rédacteur en chef du Devoir, Gérard Pelletier et Pierre Trudeau, qui avaient ardemment soutenu les grévistes à Asbestos, deviennent des vedettes du petit écran. Des signataires du Refus global sont sur la liste de paie de Radio-Canada. Robert Rumilly, biographe complaisant de Duplessis, s'en émeut. En vain. La grève des réalisateurs de 1959 va accélérer le bouleversement des idées. La foule se presse à la Comédie canadienne pour entendre un René Lévesque craie en main qui refait son Point de Mire sur scène. Le 22 juin est en état de germination.
Le terreau social de 2004
On dit que René Lévesque avait décidé de faire de la politique au Québec quand il a vu l'indifférence des Canadiens anglais pour la grève des réalisateurs. Ça ne se passait pas dans leur cour, ça ne les intéressait pas. Ils le regretteront.
Lesage comprend l'influence de la télévision en intégrant Lévesque dans son équipe S'il est élu, il promet de négocier avec Ottawa pour que les Québécois puissent profiter d'un régime universel d'assurance hospitalisation. Faisons fi de l'autonomisme de Duplessis pensait-on à Ottawa. Erreur. Quand il fut le temps d'ouvrir le dossier d'un régime public de pensions, il y eut un dur réveil. Et bras de fer entre Ottawa et Québec pour savoir qui gérera les énormes sommes ainsi mises à la disposition de l'État. Québec gagnera. Ce sera sa dernière victoire. Trudeau était déjà en coulisses.
Parizeau y est également, et la Caisse de dépôt est l'idée de ce très spécial conseiller de Lesage. Les Canadiens anglais commencent à comprendre que la priest ridden society avait du bon. Le PLQ paraît un peu trop ressembler à l'Union nationale. Il est plus qu'autonomiste. Nationaliste. Occasion de s'en convaincre: les élections de 1962. Lesage se permet de décrier les trusts et adopte «Maîtres chez nous» comme slogan électoral, tandis que Lévesque exhorte ses compatriotes à se débarrasser de leur mentalité de «nés pour un p'tit pain».
De tels discours risquaient fort de voir le PLQ débordé par un nationalisme plus radical encore. Il le fut. Si le RIN ne fit point élire de députés aux élections de 1966, il aida à la défaite des libéraux et contribua à faire vibrer davantage la fibre identitaire des Québécois avec un chef charismatique et un «On est capable» qui, malgré tout, était moins signifiant que le slogan «Égalité ou indépendance» de Daniel Johnson.
Si les partis politiques se radicalisent autant, c'est sans doute parce qu'ils reflètent l'air du temps. La société québécoise est en effet alors en pleine effervescence. Poètes, romanciers, chansonniers chantent le pays à faire. On est de plus en plus fiers de se considérer comme Québécois. Le voyage de la reine est un désastre tandis que celui du général de Gaulle fait connaître le Québec dans le monde.
Ottawa se devait de réagir et, comme sauveur du Canada, quoi de mieux que Trudeau. Finies les folies! L'ancien dissident savait que la première chose qu'une armée fait en arrivant en territoire étranger est d'investir les studios de télévision. De là, la menace des vases chinois proférée par l'ex-directeur de Cité libre aux journalistes de la Radio-Canada. De là les postes stratégiques offerts aux amis dans une institution qui se vantait d'être à l'égale de la BBC comme modèle d'objectivité.
Cela reste insuffisant, car les adhésions au PQ s'accroissent? Nous auront donc droit au «Just watch me» de la Crise d'octobre et aux 500 personnes emprisonnées sans raison. Cela ne suffit pas encore. Pas plus que le rapatriement unilatéral de la Constitution. Pas plus que les 800 millions de dollars dépensés pour faire entrer le Canada dans la gorge des Québécois.
Aujourd'hui, le mouvement indépendantiste est plus vivant que jamais et, contrairement à ce que certains analystes veulent bien nous faire croire, les Québécois s'apprêtent à voter pour le Bloc bien plus parce qu'on a dépensé 800 millions beaux dollars en propagande que parce que cela a permis aux petits amis des agences de s'en mettre plein les poches. Les Québécois ont en plus l'impression qu'on leur a volé leur pays en novembre 1995. Comme à la fin des années 50, les digues sont en train de sauter.
Signes de changements: le Parti libéral a de plus en plus de difficultés à faire sortir son vote dans les centres d'accueil. Les personnes qui y logent ne se sentent pas autant Canadiens français que ceux qui y logeaient il y a 20 ans.
Autre signe: ce Québec qui se diversifie. Une majorité d'artistes de couleur chanteront cette année le 24 juin au parc Maisonneuve. Et si Dan Philips appuie le candidat Rebello, c'est parce que les néo-Québécois sentent bien que le Québec est plus progressiste que le reste du Canada. Les manifestations monstres de Montréal contre la guerre en Irak l'avaient déjà confirmé.
Claude G. Charron : Montréal

Le fond du baril
Lysiane Gagnon
La Presse mardi 22 juin 2004
Il est grand temps que cette campagne électorale se termine, car on a atteint le fond du baril.
Layton accuse Martin d'avoir tué des sans-abri. Martin se fait passer pour le champion du système public de santé, bien qu'il fréquente lui-même une clinique privée. Harper accuse Martin de mollesse envers la pornographie enfantine. Et Duceppe, l'homme dont le projet politique aurait pour résultat de transformer le reste du Canada en pays unilingue anglais, accuse Harper de vouloir sacrifier le bilinguisme à Air Canada...
La farce a assez duré!
Il reste que ce salmigondis de bêtises, d'accusations gratuites et de coups en bas de la ceinture en dit long sur les leaders et leurs stratèges.
À tout seigneur tout honneur, commençons par celui qui est encore premier ministre.
La dernière salve des libéraux est un autre signe évident de désespoir. Une avalanche de pubs, destinée au Canada anglais, associe Harper au premier ministre albertain Ralph Klein, qui a annoncé qu'il rendra public son projet de réforme de la santé deux jours après les élections. Au mépris du fait que M. Martin, au dire de M. Klein, a été mis au courant des grandes lignes de ce projet et lui a dit, en le regardant " dans le blanc des yeux ", qu'il n'y avait aucune objection, l'équipe libérale s'est déchaînée: ha ha! Voilà donc un autre pièce de l'" agenda caché " des conservateurs!
Pour faire bonne mesure, la pub libérale invente un axe du Mal, en ressuscitant d'anciens premiers ministres impopulaires au Canada anglais- Klein, Harris, Mulroney, Harper...
Drôle de tactique, qui n'aura pour résultat que de raidir encore davantage l'opinion albertaine contre les libéraux. Car Klein, réélu d'une élection à l'autre, est un peu l'incarnation de l'Alberta moderne. Quant à Mike Harris, il reste probablement, dans le champ de bataille sud-ontarien, bien plus populaire que Martin. Et Brian Mulroney est plus populaire au Québec que Martin ne le sera jamais.
Martin, qui, je le répète, fréquente une clinique médicale privée où les analyses de laboratoire sont défrayées par ses assurances privées (celles dont il dispose à titre de parlementaire et de retraité de la CSL), a rejoint le NPD dans sa condamnation de toute introduction du privé dans la santé. Ô hypocrisie...
C'est comme pour l'Irak: l'homme qui joue aujourd'hui les " peaceniks " était, il y a un an, plutôt en désaccord avec la politique d'abstention de Chrétien, et il a nommé un faucon à la tête du ministère de la Défense.
Idem pour le mariage gai: il était contre il y a trois mois, le voilà parti en campagne là-dessus, histoire de faire passer Harper pour un homophobe.
Les conservateurs aussi ont peur: ils semblent avoir plafonné, et leur rêve de former un gouvernement majoritaire s'effrite. D'où cette charge ridicule et bassement démagogique contre Martin sur la pornographie juvénile, au lendemain du jour où l'assassin de la petite Holly Jones a rejeté la responsabilité de ses actes sur la porno diffusée par Internet (comme si c'était la porno qui créait les criminels!).
Passons sur la bassesse de l'accusation. Sur le fond, la position conservatrice est indéfendable, en tout cas elle va carrément contre les libertés civiles.
Harper accuse les libéraux d'avoir voté contre un amendement qui aurait éliminé de la loi sur la pornographie la clause destinée à protéger la création artistique, alors que sans cette clause, des oeuvres comme celles de Nabokov (Lolita) ou de Michel Tournier (un pédophile " soft "), ou même les photos de bébé tout nu prises par de fiers parents, risqueraient de passer à la moulinette. Qui veut vivre dans une pareille société?
La position des conservateurs est en outre illogique. D'une part, ils réclament la répression totale de tout ce qui pourrait être interprété, par des zélotes ou des puritains, comme de la porno infantile. D'autre part, ils refusent d'étendre aux homosexuels la loi contre la propagande haineuse, pour protéger la libre expression des religieux qui trouvent l'homosexualité immorale. Alors quoi? La liberté d'expression pour les uns et pas pour les autres?
En fait, il y a plusieurs raisons d'être contre la loi sur la propagande haineuse, qui est une attaque tous azimuts à la liberté d'expression. Mais si elle existe, cette loi, elle doit " couvrir " les homosexuels autant que les autres minorités.
L'hypocrisie est partout. Que dire du Bloc, qui se présente comme le champion du bilinguisme, alors que ce parti se promet de " sortir " le Québec du Canada, ce qui ipso facto sacrifierait à jamais les minorités francophones, annulerait tout ce qui fait du Canada un pays institutionnellement bilingue et ferait d'Air Canada une société unilingue avec siège social à Toronto!
Oui, allons voter, qu'on en finisse!

Défusions: Fournier prédit l'apaisement des tensions linguistiques à Montréal
Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 22 juin 2004
Québec - Le départ en masse des villes à prédominance anglophone de la grande ville de Montréal permettra d'atténuer les tensions linguistiques sur l'île.
C'est du moins l'avis du ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, qui s'est réjoui, hier, des résultats des référendums sur les défusions. «La tension linguistique naissante, elle est née des fusions forcées», a dit le ministre au cours d'une conférence de presse. Les 22 référendums qui ont eu lieu dimanche sur l'île de Montréal conduiront à la défusion de 15 anciennes municipalités de la grande ville de Montréal, toutes caractérisées par une forte présence anglophone à l'exception de Montréal-Est. Ce que le gouvernement Charest a tenté avec ces référendums, c'est de rendre légitime la grande ville et «c'est justement d'apaiser des tensions linguistiques», a fait valoir M. Fournier.
«Cette tension-là, elle était existante, préexistante, et on tente d'y mettre fin», a poursuivi M. Fournier. Il a évoqué le discours du premier ministre Lucien Bouchard, au théâtre Centaur, qui a dit aux anglophones que la paix linguistique était désormais une réalité au Québec. Quelques années plus tard, avec le projet de fusion sur l'île de Montréal, «c'est 75 000 personnes dans les rues qui critiquent.
Alors là, il y a une tension qui est née», a expliqué le ministre.
«Mission accomplie», a lancé M. Fournier. «Le Québec sort gagnant» des défusions sur l'île de Montréal. «Le maire Tremblay l'a dit hier; il trouve que sa ville est plus forte qu'elle était», s'est réjoui le ministre. Montréal, amputée des 14 municipalités de l'ouest de l'île et de Montréal-Est, «est plus forte qu'elle ne l'a jamais été. Elle est plus forte de l'adhésion de ses citoyens», a-t-il avancé.
Appelé lui aussi à réagir aux résultats des référendums, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, estime, pour sa part, que Montréal, «une île, une ville» était «un projet idéal de coopération et de d'intégration». Il a trouvé «émouvant» de voir Robert Libman, l'ancien chef de Parti Égalité, défendre la grande ville de Montréal aux côtés du maire Gérald Tremblay. Ce projet, «c'est un grand dessein raté, un grand dessein saboté par Jean Charest», a-t-il dit. Plus question toutefois de revenir en arrière: les villes défusionnées le resteront, a réitéré le chef péquiste.
Bernard Landry n'a pas été tendre envers Jean Charest. «Le premier citoyen du Québec n'était pas dans la bataille, il ne fournissait pas d'explication, il ne faisait rien pour aider Gérald Tremblay. C'est une des raisons de l'échec», a-t-il dit, en critiquant le fait que le premier ministre, bien qu'il eût affirmé soutenir la réussite des grandes villes, ait choisi de se tenir à l'écart des débats référendaires.
Jean-Marc Fournier refuse de voir dans les démembrements une affaire «d'anglophones contre les francophones». Dans tout le Québec, il y a moins de la moitié des arrondissements visés par une défusion qui sont des villes à prédominance anglophone, a-t-il calculé. On n'assiste pas non plus à un clivage entre riches et pauvres, a soutenu le ministre, en montrant du doigt le rare exemple d'Outremont. Les arrondissements les plus riches qui ont choisi de filer à l'anglaise feront partie du conseil d'agglomération. «Qui va contribuer le plus au conseil d'agglomération? Ceux qui sont foncièrement les plus riches, ceux qui ont quitté», a dit le ministre.
Comités de transition
M. Fournier a dévoilé, hier, la composition des comités de transition des villes touchées par des défusions (Montréal, Longueuil, Québec, Gatineau, La Tuque, Îles-de-la-Madeleine et six autres petites municipalités regroupées). La création de ces comités de transition fut approuvée par un conseil des ministres tenu, hier matin, par téléphone. L'ancien président de diverses filiales de Bombardier, Pierre Lortie, dirigera le comité de transition de Montréal et Gilbert Charland, ancien chef de cabinet de Lucien Bouchard et sous-ministre, fera partie de son équipe. L'ancien maire de Montréal-Nord, Yves Ryan, préside le comité de transition de Longueuil tandis que Me Jacques O'Bready, ex-maire de Sherbrooke et ancien président de la Commission municipale du Québec, fera de même pour celui de Québec.
Chacun des comités de transition produira un rapport d'étape pour le ministre, au plus tard le 30 septembre prochain. Il est toujours prévu que les élections municipales dans les villes reconstituées ainsi que les grandes villes démembrées se déroulent en novembre 2005 pour la mise en place du nouvel échiquier municipal le 1er janvier 2006. Dans certains cas - les plus petites municipalités, par exemple -, les élections et la reconstitution pourraient avoir lieu plus rapidement. Mais il est clair que, sur l'île de Montréal, il est impossible que des élections puissent se tenir en novembre 2004, a précisé M. Fournier.

Les lunettes roses
Michel David
Le Devoir mardi 22 juin 2004
Perspectives: Gérald Tremblay a toujours eu le réflexe de nier la réalité quand elle lui déplaît. Au début des années 1990, alors que l'économie était à son plus bas niveau depuis 40 ans, le ministre de l'Industrie et du Commerce dans le gouvernement Bourassa admonestait déjà les journalistes: «Dites-le à vos lecteurs que ça va bien. Pourquoi ne dites-vous pas à vos lecteurs que ça va bien?»
Confronté aux commentaires pessimistes de tous les analystes, il trouvait encore le moyen de s'enthousiasmer. «La crise que nous traversons est riche de défis et de solutions», expliquait-il. Armé de graphiques et d'organigrammes multicolores, il semblait jouer avec ses «grappes industrielles» comme un petit garçon avec ses soldats de plomb.
Le jovialiste est réapparu, dimanche soir. Personne ne demandait au maire de Montréal de se couvrir de cendre, d'autant moins qu'il a fait tout son possible pour défendre sa ville et qu'il se bat maintenant pour sa propre survie.
De là à crier à «une grande victoire», parce que seulement 15 des anciennes municipalités de banlieue sur les 22 à tenir un référendum ont décidé de défusionner, il y avait cependant une marge.
Il y a dix jours, M. Tremblay avait fait tout un plat quand un journaliste lui avait fait dire qu'il avait concédé la défaite dans 11 municipalités et il saute maintenant de joie parce que quatre autres se retrouvent sur la liste définitive. Le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, qui avait pourtant bien plus de raisons de pavoiser, a été nettement moins triomphaliste.
Soit, cela aurait pu être encore pire, dans la mesure où de gros morceaux comme Saint-Laurent, Anjou ou LaSalle ne partiront pas, faute d'un taux de participation suffisant, mais les dégâts demeurent considérables.
On aura beau trouver toutes sortes de raisons à cet éclatement, Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la nouvelle carte de l'île pour constater que la ligne de fracture épouse presque parfaitement les frontières de la richesse et de la langue.
L'équipe éditoriale de The Gazette, dont l'appui à la nouvelle ville avait été une surprise de taille, constatait hier que l'île était plus divisée que jamais. Même quand on aura réussi à faire fonctionner à peu près convenablement cet assemblage hétéroclite, cette division entre les deux solitudes va s'incruster dans l'inconscient collectif. «Ils» ne voulaient pas de «nous».
***
Le premier ministre Charest a affiché, hier, le même détachement, pour ne pas dire l'indifférence, qu'au cours des quatre dernières années. À ses yeux, les référendums de dimanche ne méritaient pas qu'il modifie son horaire de la journée pour en commenter les résultats. À moins que les célébrations de la fête des pères, qui l'avaient forcé à voter par anticipation dans la plus grande discrétion, ne l'aient empêché de prendre connaissance des résultats.
M. Charest acceptera apparemment de répondre aux questions en fin de journée. Cette période de réflexion lui permettra peut-être de formuler un commentaire un peu plus étoffé que ce à quoi il nous a habitués.
Abandonné à lui-même encore une fois, Jean-Marc Fournier avait emprunté ses lunettes roses au maire Tremblay. Une fracture linguistique? Allons donc! Le ministre des Affaires municipales avait préparé une de ces formules en forme de pirouette dont il est friand: «Ce n'est pas une question de langue, mais de citoyenneté.»
De toute manière, «ce n'est pas tellement la grosseur des villes qui est importante, mais leur grandeur». On se surprendra ensuite que la population devienne cynique à l'endroit des politiciens!
Loin de créer des tensions linguistiques, les défusions vont au contraire apaiser celles qu'avaient fait naître les regroupements décrétés par le gouvernement Bouchard, a expliqué M. Fournier. Pourtant, jamais francophones et anglophones n'avaient semblé collaborer aussi étroitement à l'hôtel de ville.
***
Dans ses propres commentaires, Bernard Landry s'est bien gardé d'insister sur la dimension linguistique des défusions, mais il n'a pu s'empêcher de trouver paradoxal que ce soit le premier ministre le plus fédéraliste de l'histoire du Québec qui préside au démantèlement de Montréal. Il aurait pu ajouter: «... et apporte ainsi de l'eau au moulin souverainiste».
Diane Lemieux a pris soin de souligner que M. Fournier n'avait pas exclu de façon très catégorique la possibilité d'un éventuel regroupement sur une base volontaire des municipalités à majorité anglophone de l'ouest de l'île, comme l'avait déjà évoqué l'ancien député libéral de Nelligan, Russell Williams.
Le ministre des Affaires municipales a assuré qu'un tel regroupement n'était pas son premier choix, mais les défusions ne l'étaient pas non plus, et le gouvernement n'a pas fait grand-chose pour les prévenir.
À défaut de regretter ce gâchis, les libéraux devraient au moins s'inquiéter de l'amertume qu'ils ont créée. Dans son éditorial de la semaine dernière, The Gazette ne se contentait pas de recommander à ses lecteurs de voter contre les défusions. Le quotidien anglo-montréalais expliquait aussi que le conseil d'agglomération prévu par la «loi 9» avait fait des défusions un fruit empoisonné, ajoutant qu'il faudrait «se souvenir de ce coup de poignard dans le dos jusqu'aux prochaines élections au Québec».
La pilule sera encore plus difficile à avaler pour les défusionnistes que les règles imposées par Québec ont privés d'une victoire qu'ils croyaient acquise. L'ancienne mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher, qui a toujours été une libérale inconditionnelle, ne décolérait pas hier. Elle disait avoir «la rage au coeur» et qualifiait de «honte» le seuil de participation de 35 %. Le pire, c'est que les partisans des nouvelles villes n'en seront même pas reconnaissants au gouvernement.
mdavid@ledevoir.com

Préparer l'avenir
Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 22 juin 2004
ÉDITORIAL - La différence de comportement entre anglophones et francophones aux référendums de dimanche est remarquable. Les premiers ont dit non presque unanimement à l'appartenance à l'ensemble montréalais. Les deuxièmes ont très majoritairement opté pour les villes nouvelles nées de la réforme Harel. Le clivage est à ce point manifeste qu'on ne peut l'ignorer.
Le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, a pourtant pudiquement fermé les yeux hier sur ce phénomène, soulignant que de tous les arrondissements qui ont opté pour la défusion, moins de la moitié sont anglophones. Vrai, mais la réalité dit aussi que le West-Island a voté en bloc pour la défusion alors que les villes à majorité francophone demeurent unies, sauf exceptions.
Comportement minoritaire que celui-là de la part de la communauté anglophone? On peut le penser même s'il est vrai que, par tradition, l'institution municipale y fut toujours valorisée autant sinon plus que le gouvernement provincial.
Si on ne saurait reprocher ce comportement aux anglophones, on peut le déplorer, car il y a là un constat d'échec des efforts d'intégration des deux communautés qui ne pouvaient trouver meilleur creuset que la nouvelle ville de Montréal. Leur refus est clair. On ne veut pas de l'institution commune que pouvait être la grande ville. Qu'y gagnent-ils? Un sentiment de sécurité en ayant un plein contrôle sur les services de proximité pour lequel il leur faudra payer un fort prix en cédant à la grande ville, par l'entremise du conseil d'agglomération, le pouvoir décisionnel sur les services communs à l'ensemble.
Les tensions linguistiques sont réelles, mais elles étaient pré-existantes aux fusions, faisait valoir hier M. Fournier. Si cela est juste, cela n'excuse pas son gouvernement de n'avoir rien fait pour les apaiser. En ouvrant toute grande la porte aux défusions par la tenue des référendums, il n'aura fait que les aviver. La neutralité affichée par le premier ministre Jean Charest n'était qu'apparente. Personne n'a été abusé par son silence presque complet sur l'avenir des nouvelles villes. Heureusement que dans la communauté anglo-montréalaise des voix se sont élevées en faveur de la nouvelle ville, telles celles de Robert Libman et de Peter Yeomans qui, dans l'avenir, pourront contribuer à jeter des ponts.
La page étant tournée sur les référendums, il faut maintenant regarder vers l'avenir. Il faudra toutefois vivre avec la «loi 9» (Loi concernant la consultation des citoyens sur la réorganisation territoriale de certaines municipalités) qui définit les règles du jeu post-référendaire. Tous conviennent que les conseils d'agglomération qui seront mis en place sont une structure anti-démocratique. Malheureusement, on ne pourra y apporter de modifications sans soulever d'acrimonieux débats. Que diraient les arrondissements qui, satisfaits du contenu de cette loi, ont choisi de demeurer au sein des nouvelles villes?
Conséquence de cet épisode des défusions, la situation des villes risque d'être figée pour longtemps, possiblement jusqu'au retour des péquistes au pouvoir. On ne peut compter sur le gouvernement Charest qui voudra certainement se tourner vers d'autres dossiers moins contentieux. Pourtant, le développement urbain devrait plus que jamais être à l'ordre du jour. Les villes ont besoin de l'appui de Québec, sous forme de moyens tant financiers que politiques, pour assumer leur rôle en matière de développement économique, culturel et social. Après tout ce temps consacré aux défusions, il serait temps que le gouvernement Charest se réveille. Curieux tout de même que les politiciens fédéraux, dont ce n'est pas la responsabilité, parlent tant de développement urbain durant cette campagne électorale pendant qu'à Québec on consacrait son énergie à revenir en arrière.
bdescoteaux@ledevoir.ca

La taupe
J - Jacques Samson
Le Soleil mardi 22 juin 2004
Éditorial - Le dossier des défusions municipales continuera de hanter le gouvernement de Jean Charest jusqu'aux prochaines élections générales. Le premier ministre a d'ailleurs manqué de courage en faisant ajourner les travaux parlementaires jeudi dernier pour ne pas avoir à répondre à des questions de l'opposition au Salon bleu, après les référendums de dimanche. Cette pleutrerie n'est pas passée inaperçue et elle teinte incidemment de plus en plus la perception que les Québécois ont du chef de leur gouvernement.
M. Charest a créé de toutes pièces cette crise, en promettant d'abord avant les élections des votes référendaires puis en adoptant une procédure tordue qui passait par la signature de registres par plus de 10 % des citoyens, la publication d'études superficielles sur les coûts des défusions, l'exigence d'un plancher de participation aux référendums de 35 % des citoyens d'une ville en faveur d'une défusion et enfin, l'adoption de la loi 9 qui vide les villes reconstituées des pouvoirs d'une municipalité normale.
Non seulement Jean Charest a-t-il trompé les électeurs à qui il avait promis qu'il leur donnerait le droit de se prononcer sur les fusions forcées, mais il se terre le lendemain comme un gamin qui vient de casser malicieusement une vitrine et craint la punition. Tous les honnêtes citoyens qui se sont engagés avec sincérité, qui ont investi temps et argent personnel ces trois dernières années, qui ont dégagé dimanche une nette majorité en faveur de la défusion mais qui se sont butés à l'exigence du seuil de 35 % ne lui pardonneront pas d'avoir faussé ainsi les règles du jeu.
Dans 59 anciennes villes sur 89 référendums au Québec, 6 sur 12 dans la région de Québec, les citoyens ont opté majoritairement, soit à plus de 50 %, pour un retour à leur ancienne identité municipale. Ne parlons pas de légitimité retrouvée pour les villes centres nées des fusions, comme le ministre Jean-Marc Fournier l'a suggéré hier. Première conséquence directe de cet exercice, M. Charest aura beaucoup de difficulté à faire remonter le taux de satisfaction à l'endroit de son gouvernement.
À court terme, le gouvernement sera aussi aux prises avec des contestations de la loi 9, même si le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a désamorcé en partie la révolte dans la métropole en décentralisant les pouvoirs vers des mairies d'arrondissement, une formule que l'on ne retrouve pas ailleurs. La loi 9 prévoit cependant un droit de veto pour la ville-centre, qui contrôlera en vertu de l'article 94, l'évaluation foncière, les cours d'eau, la sécurité publique (police, pompiers, 9-1-1), le schéma de sécurité civile, la cour municipale, le logement social, l'alimentation en eau et l'assainissement des eaux, la gestion des matières résiduelles, le transport en commun, le développement économique, les centres des congrès, les ports et les aéroports, les parcs industriels et les dépotoirs à neige.
Des défusionnistes ont déjà promis de contester la constitutionnalité de cette loi devant les tribunaux. La loi prévoit en effet que le maire d'une municipalité reconstituée ne pourra qu'informer son conseil des sujets discutés à un palier supérieur et des décisions prises. La loi 9 contrevient ainsi au principe souvent évoqué du "no taxation without représentation". La loi 9 attache aussi les villes défusionnées à la ville-centre, ne laissant pas la possibilité à ses élus de conclure des ententes de services avec d'autres villes voisines ou même de convenir d'une fusion volontaire avec celles-ci. Le ministre Fournier a répété hier qu'il ne cautionnera pas de telles initiatives de fusions volontaires. Des contestations tardives de la norme de 35 % lors des référendums sont en plus à prévoir.
Le gouvernement Charest devra également superviser la transition qui s'annonce particulièrement complexe à Longueuil où le maire Jacques Olivier a été désavoué personnellement dimanche. Il est difficile d'imaginer que cette famille éclatée dans un climat malsain puisse cohabiter encore 15 mois. À Québec, la mise sur pied d'un conseil d'agglomération à la suite des seuls départs de Saint-Augustin et de L'Ancienne-Lorette (32 000 habitants) serait évidemment ridicule. Il n'y a aucune nécessité d'attendre 15 mois pour donner suite à la volonté exprimée à travers des ententes de services.
À moyen et long terme, le gouvernement québécois - et toute la population québécoise - devra enfin composer avec la balkanisation de Montréal sur une base linguistique. C'est de loin la conséquence la plus grave et la plus déplorable. Quinze arrondissements défusionnent sur les 22 où des référendums étaient tenus. C'est la fin du rêve, une île, une ville, avec toutes les implications financières pour la fourniture des services et quant au développement de ses institutions. La carte Montréal ressemble aujourd'hui à un damier. Sur le plan sociologique, ces référendums officialisent, bétonnent, l'existence parallèle de deux Montréal.
Le Parti québécois est responsable d'un premier gâchis, par ses fusions forcées à travers tout le Québec, selon un modèle unique de Gatineau aux Îles-de-la-Madeleine, essentiellement pour instaurer une fiscalité plus équilibrée à l'intérieur d'une agglomération et se soustraire aux pressions qu'il subissait pour combler les manques à gagner. Le Parti libéral du Québec en aura signé un autre, en trompant tous les Québécois sur ses intentions véritables et en provoquant la partition de Montréal. Et le lendemain, un premier ministre ne voit rien de tout cela ; il se terre comme une taupe.
Plus que tout autre, le dossier des fusions municipales a révélé depuis 1999 une dangereuse absence de leadership intellectuel et politique chez Jean Charest, incapable contrairement à ses prédécesseurs Bouchard et Landry, d'arrêter une orientation certes très contestable mais claire, de la défendre et de la mener à terme visière levée.
JJSamson@lesoleil.com

Sept voies d'enlisement pour les cégeps
François Garceau
Le Devoir mardi 22 juin 2004
Au terme du grand rassemblement collégial, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, est sorti de son mutisme et a dressé les sept voies d'évolution des cégeps. Rappelons-nous que le ministre avait donné pour mot d'ordre: «le statu quo est inacceptable». Tous les intervenants lors du Forum pouvaient proposer des solutions aux problèmes du collégial. Car le collégial est en soi un problème, c'est bien connu: il est une exception qu'on digère mal. Lors de son discours de clôture, le ministre a sorti de sa manche les sept voies de la rédemption, croyant, par cette profession de foi au néo-libéralisme et à la décentralisation des pouvoirs, sauver de l'immolation la brebis égarée de l'Éducation.
Dans son discours de clôture, dont Le Devoir publiait des extraits le lundi 14 juin, le ministre propose un buffet au rabais dans lequel tous les mets ont un goût amer pour les enseignants, les étudiants et les parents. Seuls les gestionnaires du réseau, les membres de la Fédération des cégeps, y voient de quoi satisfaire leur appétit vorace. La Fédé aime tellement les saveurs du mois que, dans la campagne à l'américaine dont a été victime le réseau qu'elle représente, elle n'a jamais défendu les grandes réalisations du réseau. Elle veut avoir le droit de mettre ses coudes sur la table et de manger jusqu'à satiété le plat que lui sert le ministre, soit le réseau en entier.
Puisque la Fédé a faim, explorons le menu que lui propose le ministre.
Point n° 1: l'autonomie institutionnelle
Elle est prévue dans la loi actuelle (vestige de l'ancienne ministre Lucienne Robillard). Si elle était appliquée, le réseau ne ferait plus partie ni en pratique ni en théorie du ministère de l'Éducation. Donc, les directions de collège auraient pleine autorité sur les négociations avec les employés, les diplômes (qui ne seraient plus nationaux mais locaux!), le cursus scolaire, l'admission, la tarification, etc.
Aussi, pas question selon le ministre de créer un nouveau filtre entre l'État et les collèges. L'autonomie institutionnelle ferait en sorte de créer une concurrence plus que malsaine entre les collèges, de donner des pouvoirs exceptionnels aux gestionnaires locaux et de réduire considérablement la valeur du diplôme collégial.
Point n° 2: diversification des profils institutionnels et point n° 3: l'engagement dans le développement de toutes les régions du Québec
Imaginez un conseil d'administration usant de son nouveau pouvoir pour diluer la présence des enseignants au sein des instances (commission des études et conseil d'établissement) ou adopter un programme à géométrie variable sans philosophie et littérature, par exemple. Imaginez un membre socio-économique vous dire que Socrate n'a jamais créé un emploi! Désormais, une telle chose se pourra.
Quant au développement des régions, on devrait plutôt parler de désengagement de l'État. Imaginez que les collèges de la région du Saguenay, forts de leur récente autonomie, se réunissent et se partagent les programmes «minimaux» (sciences humaines, sciences de la nature, etc.) sans égard à la distance entre les collèges (parfois plus de 80 km). Imaginez que vous êtes un étudiant qui habite Saint-Félicien. Pourquoi quitteriez-vous Saint-Félicien pour aller à Jonquière? Allez plutôt à Montréal! Et ne revenez plus jamais dans votre patelin parce que la vie se passe en ville, pas en campagne. Maria Chapdelaine et Menaud doivent se retourner dans leurs tombes.
Point n°4: gestion des parcours étudiants et point n°5: les contenus de la formation générale
Ces deux voies sont liées directement à l'autonomie institutionnelle. Celle-ci engendre des voies subordonnées qui transforment les gestionnaires-administrateurs du réseau collégial en spécialistes et théoriciens de l'éducation. Rien ne nous assure que ce passage sera une réussite, car on doit douter de la compétence des directions de collège dans l'appréciation des cours de la formation générale. Du jour au lendemain, ces gens auraient la capacité de savoir ce qui est bon pour les étudiants! Ils sauraient que Socrate est dépassé, qu'il faut, pour que les jeunes s'épanouissent, proposer un contenu plus près de l'actualité. Je me permets une suggestion: transcrire et relier les discours de George W. Bush.
Point n°6: modes de gouvernance et point n°7: liaisons entre les ordres d'enseignement
Dans la sixième voie vers la rédemption, le ministre ne suggère rien de moins qu'un mode de gouvernance plus souple, plus favorable au changement. En gros, le ministre y va d'une proposition qui fera saliver la Fédé, dont «beaucoup d'intervenants [...] ont déploré les possibilités de blocage au sein des instances décisionnelles [...] de même que les difficultés qu'il y a à exercer des fonctions de direction dans le cadre actuel de désignation» (Pierre Reid, «Sept voies d'évolution pour les cégep», Le Devoir, le lundi 14 juin 2004).
Parce qu'il est difficile de faire passer les idées de la Fédé et qu'un débat d'idées n'est jamais bon, surtout lorsque la partie adverse a des idées, des opinions et des faits qui montrent les limites et les dangers du changement, les directions de collège exigent du ministre que les règles soient changées afin d'instaurer une dictature intellectuelle. Une telle façon de faire permettrait aux directions de collège d'assurer plus adéquatement les liaisons entre les ordres d'enseignement, car on sait bien que les enseignants constituent le principal obstacle à ces liaisons, qu'ils sont opposés à la compétitivité, à la réduction de la durée des diplômes, aux partenariats privé-public, etc. Bref, les enseignants empêchent les directions de démontrer leur plein potentiel!
Finalement, le menu que propose le ministre est indigeste. Ce qui ressort le plus de cette nouvelle cuisine collégiale, c'est le manque total d'investissement de l'État dans ce qui distingue le Québec des autres nations. La décentralisation à outrance et la réorganisation de l'État feront une première escale dans les collèges, au risque de défigurer le Québec, d'affaiblir les régions, d'aliéner les citoyens.
Comme enseignant et citoyen, je ne trouverai jamais les justes mots pour décrire l'attitude du présent gouvernement libéral dans le dossier des cégeps. Le réseau n'est même pas à vendre, il est à donner... Ce gouvernement ne cesse d'improviser et de confier les intérêts des Québécois à des groupes néo-libéraux qui ne peuvent digérer qu'ici les choses se fassent différemment. Pour ces groupes, la différence québécoise est trop difficile à expliquer, trop difficile à vivre.
Comme enseignant, je fais partie de ces gens que le ministre veut bâillonner pour l'évolution des cégeps. Comme citoyen, je fais partie de ces gens qui ont été bâillonnés par le présent gouvernement l'automne dernier. Est-ce tout ce que vous savez faire? Pourquoi les mauvaises idées sont celles que les libéraux retiennent?
François Garceau : Enseignant, français et littérature, Cégep régional de Lanaudière

Demande d'enquête sur Canada Steamship Lines
Michel Munger
La Presse mardi 22 juin 2004
À une semaine des élections fédérales, trois Québécois ont demandé hier à l'Agence des douanes et du revenu du Canada (ADRC) d'enquêter sur la situation fiscale de la Canada Steamship Lines, la compagnie de navigation cédée par Paul Martin à ses proches il y a quelque temps.
Dans une lettre dont La Presse a reçu copie, Henri Laberge, Marie Royal et François Gosselin avancent que CSL doit plus de 100 millions de dollars au fisc. S'appuyant sur un reportage de l'émission Enjeux diffusé à Radio-Canada le 20 avril dernier, ils émettent l'hypothèse que l'entreprise dirigée par les fils de Paul Martin agit dans l'illégalité.
Selon le reportage en question, le siège social de CSL International, à Bridgetown à la Barbade, est en fait le cabinet d'avocats Clarke & Gittens qui ne ferait qu'approuver des décisions prises à Montréal. Or, selon la loi, une entreprise de transport maritime installée à la Barbade peut rapatrier ses profits au Canada à condition d'y prendre ses décisions d'affaires.
Le cabinet Clarke & Gittens abrite 107 entreprises, dont 12 seraient liées de près ou de loin à CSL ou à la famille Martin, selon le reportage de l'émission Enjeux.
Robert Jasmin, président d'Attac-Québec (Association pour la taxation des transactions financière et l'aide aux citoyens) appuie la demande d'enquête parce qu'il doute lui aussi que CSL respecte les règles. « Le gouvernement fait une campagne monstrueuse contre ceux qui font un peu de travail au noir, a-t-il dit en entrevue. On ne fait rien contre ceux qui cachent des millions avec des profits au noir. On trouve ça démentiel. »
Henri Laberge, ancien conseiller à la Centrale des enseignants du Québec (devenue la CSQ), a livré la lettre à la direction des enquêtes de l'ADRC hier matin. « Je savais déjà qu'on utilisait des paradis fiscaux, a-t-il déclaré. Ce qui était connu, c'était l'aspect immoral de l'affaire. On ne savait pas que c'était illégal (...) et c'est un siège social fictif à la Barbade. »
L'ADRC a refusé de commenter l'affaire. Pour l'heure, Canada Steamship Lines ne fait l'objet d'aucune poursuite quant aux 100 millions de dollars en question.
Martine Malka, relationniste de la société, dit que CSL International a établi son siège social à la Barbade, mais qu'elle respecte la loi. « Il y a des directeurs à la Barbade. La majorité sont des Barbadiens. Les décisions sont bel et bien prises à la Barbade », a-t-elle dit hier.
CSL International avait transféré son siège social du Liberia à la Barbade en 1995. Le Bloc québécois a déjà accusé le premier ministre Paul Martin d'avoir modifié la loi C-28 pour que l'entreprise échappe à l'impôt.
Mme Malka invoque l'article 81 de la Loi de l'impôt sur le revenu pour justifier la légalité des choix de CSL International. La loi canadienne exempte d'impôts les Canadiens ou les entreprises canadiennes qui effectuent du transport maritime international et qui ont leur siège social dans un autre pays, à condition que ce pays ait la même règle.
« C'est une politique de taxation qui a plus de 70 ans », a dit Mme Malka.
Invité à réagir, le Parti libéral du Canada a préféré ne pas faire de commentaire. Les libéraux rappellent que Paul Martin n'est plus lié à la propriété de Canada Steamship Lines.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Le dilemme des indépendantistes
Nestor Turcotte, Matane
aristote@ma.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE 22 juin 2004
Il y a aura des élections, lundi le 28 juin, dans le pays voisin du mien, le Canada. Indépendantiste depuis toujours, je n’ai donc jamais voté au Canada. Je me suis, ou bien abstenu ou, parfois, selon certaines circonstances particulières, j’ai annulé mon vote. Exemple : campagne fédérale de 1972, où il y avait eu une forte campagne en faveur de l’annulation prônée par le Parti québécois.
Le 14 avril 2003, lors du scrutin provincial, plus de 400,000 électeurs indépendantistes ne se sont pas présentés aux urnes. Les motifs invoqués furent multiples. Celui qui revint le plus souvent fut l’appel de Bernard Landry, lancé aux fédéralistes, à toute fin de la campagne, afin qu’ils aillent voter pour le P.Q. Certains invoquèrent aussi la plate-forme électorale du Parti Québécois, qui plaça (il faut le faire! ) la question de la souveraineté au 25e rang de ses priorités. L’abstention fit en sorte que le suffrage universel fut l’un des plus bas de ces dernières décennies. Environ 65 %.
Les indépendantistes, le 28 juin prochain, sont à nouveau placés devant le même dilemme que l’an dernier. Ils sont devant quatre partis qui prônent le fédéralisme et le Bloc québécois qui jappent contre les politiques fédérales mais ne proposent pas comme solution la sortie du régime qu’il condamne à peine du bout des lèvres.
Le Bloc se présente en vierge offensée, mais n’a pas le courage d’aller jusqu’au bout de ses convictions et dire carrément aux électeurs que «le temps du fédéralisme est terminé». Il profite de la grogne engendrée par le scandale des commandites, le déséquilibre fiscal, l’assurance emploi, les soins de santé, etc. pour faire le plein de votes, mais ne propose rien de positif. Et pour les indépendantistes, le positif, c’est la liberté de notre peuple acquise par un vote massif en faveur de l’indépendance nationale.
Solution encore une fois? L’indépendance du Québec. Elle est simple cette solution et elle devrait être rappelée dans tous les discours des bloquistes et par Gilles Duceppe en premier. Mutisme total sur le sujet.
A une émission de radio, sur les ondes de Radio-Canada (Matane), j’ai demandé, la semaine dernière, au candidat bloquiste Jean-Yves Roy, s’il entendait bien claironner cette solution, que dis-je? LA SOLUTION, à tous ces problèmes inventoriés, expliqués «ad nauseam» à la population depuis 1993. Je lui ai même suggéré d’organiser un ralliement indépendantiste régional ou local, avant la fin de la campagne, pour galvaniser les troupes indépendantistes et réaffirmer notre nécessité de sortir de la maison de fous qu’est le fédéralisme canadien. Impoli, il m’a envoyé paître, n’y voyant pas la nécessité d’organiser une telle rencontre, à la veille du vote. J’ai tiré la conclusion suivante : le chialage suffisait pour gagner le prochain scrutin.
Le P.Q. est-il un parti indépendantiste? Il y a longtemps et comme tant d’autres, que je suis arrivé à la conclusion qu’il ne l’est pas. Il est confédéraliste, à la Jean Allaire, à la Robert Bourassa. J’ai suffisamment de papiers dans mes dossiers pour le prouver.
Le BQ est-il un parti indépendantiste? Il y a longtemps et comme tant d’autres, que je suis arrivé à la conclusion qu’il ne l’est pas. J’ai aussi suffisamment de documents dans mes papiers pour le prouver.
Au Medley, la semaine dernière, Gilles Duceppe a lancé un vibrant appel à la cause souverainiste. Mais il s’est bien gardé d’en préciser le contenu. Le mot est là : le contenu n’y est pas. Et, depuis plusieurs années, la confusion existe. La preuve en est qu’on travaille toujours, tant au P.Q. qu’au BQ, à faire revivre un nouveau référendum qui porterait sensiblement sur la même question que celle de 1995. Au fait, je vous la rappelle :
Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente du 12 juin ? »
Derrière cette question alambiquée au possible, bien des indépendantistes se sont fait bernés. Ils ont crû que le Québec accéderait à l’indépendance par cette voie. Eh bien, non! Si la réponse avait été positive, en 1995, et que les négociations avaient bien fonctionnées, nous serions restés dans le Canada, avec des éléments de souveraineté, comme le prônait le Rapport Allaire. Pourquoi, pensez-vous, que Mario Dumont était dans le camp du OUI, en 1995? Tout simplement, parce qu’il avait compris, lui, que ce sur quoi on votait à l’époque, ressemblait comme deux gouttes d’eau à la thèse qu’il défendait. Battu sur son propre terrain, il s’est ensuite retiré du débat…
Pour vous convaincre davantage que ni le P.Q. ni le BQ ne sont indépendantistes, lisez bien ceci. Lors de son passage à Bruxelles, il y a deux ans, Bernard Landry avait affirmé, se rapportant à la fameuse question de Bruxelles de 1992 (celle de Robert Bourassa), qu’il voterait OUI à cette formulation. Je vous la transmets au cas où vous l’auriez oubliée.
Question de Bruxelles (Bourassa- 1992)
«Voulez-vous remplacer l’ordre constitutionnel existant par deux États souverains associés dans une union économique, responsables à un parlement commun?»
Je sais encore lire. Les mots ont encore pour moi un sens. Lorsque je compare la question référendaire de 1995 et celle de Bruxelles (celle de Bourassa, en 1992), je m’aperçois bien que les éléments communs de ces deux questions se rejoignent.
En votant oui, en 1995, le Québec votait pour rester dans le régime fédéral. En espérant que les négociations ne marchent pas ( et lorsqu’on négocie, on peut s’arranger pour que les choses aillent mal…), et que le Québec proclame, par la bande, son indépendance. L’astuce n’a pas fonctionné.
Landry, en affirmant qu’il voterait OUI à la question de Bourassa, a de quoi étonner. A ce que je sache, Bourassa n’était pas indépendantiste. Alors, si Landry affirmait, il y a deux ans, qu’il voterait OUI à la question de Bourassa, s’était-il converti à la thèse bourassienne, donc au lien confédéral? La réponse est : OUI. Landry et son petit frère jumeau Duceppe, qui aspire à devenir chef du gouvernement à Québec, ne sont pas des indépendantistes. Ils sont des confédéralistes. Le journaliste Michel Vastel en arrive à la même conclusion dans son livre Landry le grand dérangeant, p.428.
En votant P.Q., l’an dernier, les Québécois votaient pour le maintien du lien confédéral. Il n’y a plus, à l’Assemblée nationale, de parti indépendantiste. Il y a trois partis qui s’entendent, plus ou moins, sur la façon de réformer le fédéralisme canadien.
En votant BQ, lundi, le 28 juin, les Québécois indépendantistes, s’ils le font, voteront pour rester dans le Canada. On ne le dit pas ouvertement, mais c’est bien de cela dont il s’agit.
Logiquement, tout indépendantiste, lundi, ne devrait pas aller voter pour un parti qui veut les garder dans le lien fédéral. Mais les slogans, les tape-à-l’œil l’emporteront une fois de plus sur la réalité qu’on n’ose pas regarder. Les Québécois sont plus facilement contre quelque chose que …pour quelque chose. On votera une fois de plus par dépit plus que par conviction.
On se donne le vrai pouvoir de 1993 a été remplacé par Un parti propre au Québec. On préfère sans doute ces slogans creux et sans avenir, qu’un pays bien à nous, avec tout ce que cela comporte de sacrifices et de générosité.
Lundi, le 28 juin, comme mon pays est le Québec, et que je n’en ai pas d’autres dans mes tripes, et que je n’ai jamais exprimé mon vote dans un pays voisin ou étranger, je n’irai pas voter ou j’irai tout simplement annuler mon vote. Je respecte cependant ceux qui feront le geste inverse. On ne gage rien à s’invectiver de bêtises et à faire des attaques personnelles qui ne font pas avancer le débat. Saisons des idées, oui….mais dans le respect des uns et des autres.

TRIBUNE LIBRE
Abandon de la langue et de la fête nationale
Léandre Fradet, Québec
TRIBUNE LIBRE 22 juin 2004
Le Premier ministre abhorre-t-il la culture québécoise ?
Le gouvernement de J.J. Charest a gravement réduit son aide financière aux organismes chargés du cours d’apprentissage de la langue officielle du Québec aux immigrants.
Voilà que maintenant c’est au tour des célébrations de note fête nationale, à Montréal, qu’il porte honteusement atteinte ! La Société Saint-Jean Baptiste de Montréal nous a informé qu’il n’y aurait point de défilé de nuit, le 24 juin, parce que J.J. Charest a considérablement réduit ignominieusement sa contribution aux célébrations de la Saint-Jean. Privant ainsi nos compatriotes, particulièrement et surtout nos jeunes, de l’occasion de manifester dans la joie du défilé de nuit, aux couleurs féeriques, leur fierté nationale !
Ainsi donc, célébrer grandiosement notre fête nationale ne compte point pour J.J.Charest. Serait-ce alors ce pourquoi ne l’à-t-on jamais vu se mêler à l’immense foule enthousiaste de nos compatriotes célébrant, haut en couleur et dans la joie et la fierté, la fête nationale de la Nation !? Alors qu’ il ne manque point l’occasion de célébrer une certaine fête dite irlandaise et de s’y faire remarquer !
D’autre part, si le canadian J.J. Charest, étant premier ministre canadian et étant de surcroît dans la même soi-disant situation économique difficile, ôserait-il allègrement ne point subvenir financièrement de la même manière à un groupe ou mouvement canadian organisateur du défilé de la fierté canadian !? Point du tout !

TRIBUNE LIBRE
L’éternelle rupture
Pierre-Luc Bégin
V-P Mouvement de Libération Nationale du Québec
TRIBUNE LIBRE 22 juin 2004
C’est fait, la rupture est consommée: défusion de l’ouest de l’île de Montréal. Ou plutôt confirmée. Encore une fois. En effet, pour la Xième fois de l’histoire de ce pays, la communauté anglaise de Montréal vient de signifier aux Québécois son refus de vivre parmi nous. Les descendants d’Orangistes du West-Island viennent de nous dire une fois de plus leur désir de s’isoler dans leurs enclaves de puissants, à l’abri de ces quartiers peuplés de Québécois parlant leur lousy french. Ce n’est donc ni la fin ni le début de quelque chose, c’est l’histoire de la continuité d’un antagonisme deux fois séculaire.
Ainsi, qui peut bien se surprendre du fait que ceux qui résident ici depuis plus de deux siècles et demi sans ne s’être jamais intégrés à la majorité française refusent une fois de plus d’en faire partie? En fait, ce morcellement du territoire montréalais devrait réveiller les plus naïfs et leur faire voir la réalité en face. Quelle est cette réalité? Elle est que les Canadians d’ici refusent encore une fois, et depuis toujours, de marcher main dans la main avec la majorité québécoise à qui ils préfèrent tourner le dos, quand ce n’est pas montrer le majeur. Rien de nouveau là-dedans. Mais rien de moins non plus.
Si la situation à l’origine des défusions n’est donc nouvelle en rien, leurs conséquences pourraient cependant déboucher sur une augmentation importante du fossé entre Anglos et Québécois. Qu’on ne s'y trompe pas, le morcellement du territoire montréalais n’est rien d’autre que le prélude à la partition du territoire québécois en cas d’indépendance, question des plus explosive. Les Québécois ont donc le devoir de dire dès maintenant à ces fils de colonialistes WASP que nous n’accepterons jamais que notre territoire soit découpé en lamelles lorsque nous aurons affirmé notre volonté d’indépendance nationale, et ce, dûssions-nous en venir à des tensions extrêmes.
D’ailleurs, d’ici à ce que la question nationale du Québec soit réglée, nous devrons vivre avec les tensions que ne manquera pas de susciter cette nouvelle gifle des anglo-montrealers à la face des Québécois. Ainsi, qu’on ne se surprenne pas d’une vague de révolte à l’endroit de ceux qui refusent et refuseront toujours de partager le destin de ces pea soup de l’est de la ville. Ils viennent de prouver qu’il la mérite.

TRIBUNE LIBRE
Et le septième jour, Dieu recréa Baie d'Urfé...
J-Philippe Payette
TRIBUNE LIBRE 22 juin 2004
Santé! aux gens qui festoient après ce démembrement! Cheers! vous êtes finalement sortis du "joug" montréalais...
...mais maintenant que Montréal est un fromage gruyère, on devra jeter un regard sur vous, "bâtisseurs de trous". Vous qui viendrez malgré tout picorer dans notre assiette sans en payer les frais.
Et si on coupait la STM là où le M vient de tomber?
Notez bien que les gens qui conduisent en regardant le rétroviseur finissent souvent par prendre le champ. Idem pour les conducteurs à courte vue.
Tout ça est bien dommage.
Voilà un pas de plus menant à la Louisiane du Nord.
Comme le disait si bien Confucius: "Moi, je veux retrouver ma ville".
Belle sagesse.

TRIBUNE LIBRE
Let me tell you what Québec wants! (réponse à André Pratte)
Félix Pinel, Montréal
TRIBUNE LIBRE 22 juin 2004
Bonjour cher M. Pratte, suite à la lecture de votre éditorial du samedi 19 juin 2004 (What does Québec Want?), j’ai décidé de me prêter à l’exercice que vous proposez et de vous expliquer ce que le Québec veut. Avant tout, il me faut revoir certaines parties de votre texte qui relèvent de la pure fiction ou peut-être de la ligne éditoriale qui vous est imposée.
Vous écrivez : « Sous leur nouveau chef respectif, en effet, les deux grands partis nationaux proposent d’inaugurer une nouvelle ère dans l’histoire du fédéralisme canadien.»
Je me demande si j’ai loupé quelque chose dans cette campagne, y-a-t-il eu une quelconque proposition de réforme du fédéralisme de la part d’un de ces deux grands partis, comme vous dites? Certes M. Harper est provincialiste, cependant il est beaucoup trop rétrograde au point de vue moral et aligné sur les politiques militaires et étrangères des USA. Comment oublier que 250,000 Montréalais avaient marché en opposition à la guerre en Irak? Comme vous le soulevez vous-même, le Bloc ne peut être blâmé si les conservateurs ont un programme diamétralement opposé aux valeurs québécoises de solidarité, de liberté et de pacifisme.
Pour ce qui est de vos collègues libéraux, on ne peut quand même pas lancer la pierre (ha ha ha) au Bloc pour l’entêtement du PM à aller en élections sans avoir fait la lumière sur les commandites et sur son refus de publier le rapport sur le financement du parti. Mais voilà que vous entrez, à votre tour (sic), dans la démagogie[1] :
«Le leader libéral s’engage à travailler en collaboration avec les provinces dans un grand nombre de domaines. D’ailleurs, le Premier ministre est, généralement, un homme de conciliation davantage que d’affrontement. C’est également le cas de celui qu’il a mis en charge les (des?) dossiers de la santé et des relations fédérales-provinciales, Pierre (S.) Pettigrew. Le recrutement du nationaliste Jean Lapierre envoie le même signal…il semble y avoir un espoir…»
Jean Lapierre, franchement M. Pratte, cherchez un peu, vous trouverez mieux. Quant à M. P. S. Pettigrew, espérons qu’il saura mieux faire qu’au commerce et aux ressources humaines… Pour ce qui est du P.M., vous ne trouverez personne d’autre que Jean Charest, pour voir en lui un quelconque espoir d’amélioration de la fédération. À preuve, sur cinq grandes priorités, trois sont de compétences provinciales. Ce n’est pas là de la collaboration, mais bien de l’intrusion.
« What does Québec Want?»
Si vous prenez cette expression et que vous effectuez une recherche sur le moteur «Google», la première référence[2] que vous y trouverez provient des archives de la SRC.
Il s’agit d’un extrait de la commission Laurendeau-Dunton où :
«…ses membres se trouvent confrontés à la montée du nationalisme québécois et à l’incompréhension des autres provinces face à ce mouvement. La colère des Québécois est grande, comme le démontre ces extraits de la consultation publique tenue à Québec. Par ailleurs, au même moment, les Canadiens anglais se demandent « What does Québec want? »
C’était il y a quarante ans. Si vous vous posez encore la question, c’est qu’il y a un problème. La source de tous ces maux réside dans la négation de la Nation Québécoise par l’élite canadienne. La Nation Québécoise existe de fait, il lui reste maintenant à être reconnue juridiquement. Sur ce grand continent américain, le fait français ne représente même pas 1% de la diversité linguistique dominée par les langues espagnoles, anglaises et, même, portugaises.
Ce que le Québec veut, c’est un État souverain pour y développer et consolider son identité propre, mais vous, grands Canadiens, vous butez à emprisonner les Québécois dans votre grand rêve impérialiste, comme si nous vous appartenions. La seule chose que moi, souverainiste, serais prêt à accepter pour vous permettre de sauver la face et votre feuille d’érable, serait une union canadienne d’États souverains confédérés. Voilà, ce que le Québec veut, la liberté et la véritable collaboration. Si un parti national avait proposé une véritable réforme du fédéralisme dans le respect des valeurs québécoises, peut-être que le