
Le Québec est au bout de quelque chose
Gérald Larose,
Président du Conseil de la souveraineté du Québec
juin 2004
La présente campagne électorale, autrement plus intéressante que prévue, intrigante pour plusieurs et inquiétante pour quelques-uns, semble indiquer que le Québec arrive au bout de quelque chose et qu’une rupture irrémédiable va se produire.
Nous assistons, il est vrai, à de réels débats de société où les valeurs de gauche et les remèdes de droite se confrontent. L’éthique de gouvernance, le droit des femmes à l’avortement et les mariages entre conjointes et conjoints de même sexe entre autres, sont des sujets qui n’ont pas manqué, jusqu’à maintenant, d’amener chaque jour de nouveaux rebondissements. Mais au-delà de ces débats, une force est à l’œuvre qui, me semble-t-il, fera apparaître, plus tard, les temps présents comme une époque charnière.
Ils ne sont pas morts?
Depuis deux ans, des fabricants d’opinion, éditorialistes et chroniqueurs, particulièrement ceux rémunérés pour produire le commentaire fédéraliste, n’ont eu de cesse d’annoncer la disparition du Bloc Québécois. Selon leur dire, ce parti avait connu ses beaux jours. Il se trouve que ce parti connaît maintenant des sommets de faveur populaire. Encore là, nos commentateurs fédéralistes n’y décèlent que du conjoncturel, voire de l’accidentel : les commandites. En aucun temps, il ne leur vient à l’idée que s’impriment dans l’histoire du Canada et celle du Québec deux trajectoires qui s’éloignent toujours plus. Peut-être est-ce cela qu’ils veulent traduire quand ils s’inquiètent du comportement des Québécois et des Québécoises à vouloir opter massivement pour un parti qui n’a pas vocation d’assumer le pouvoir? Pire, à pousser la logique jusqu’à se priver de tout délégué qui pourrait représenter le Québec dans un éventuel gouvernement conservateur? Qu’est-ce que le Québec s’apprête à faire? Une colère? Un bras d’honneur? Ou un pas allant dans le sens de sa démarche historique?
Une volonté inextinguible d’exister
Depuis 1760, bien qu’à des degrés divers selon les périodes et les acteurs, l’histoire a tracé une ligne directrice qui se vérifie. D’un côté, le peuple «canadien-français» et depuis «québécois» veut exister, penser par lui-même, faire ses propres choix et vivre son originalité. D’un autre côté, là aussi au gré des évènements et des acteurs, le Canada a toujours eu la volonté de niveler, d’homogénéiser et de minoriser la réalité «canadienne-française» et maintenant «québécoise». En 1840, avec l’imposition d’un gouvernement de l’Union, c’était le carcan. En 1867, avec l’Acte du Nord Britannique, c’était la minorisation. Dans ce jeu, il s’est toujours trouvé une élite « canadienne-française» pour être à la fois le reflet d’une partie des aspirations du peuple et le relais des compromis canadiens.
Contradictions dans les élites québécoises
À partir de la Révolution tranquille, la volonté d’exister s’est transformée en un véritable combat économique, politique et identitaire. Le territoire a été précisé : Québec, là où il y a les masses critiques, les institutions et surtout la force d’un État (même amputé) pour créer les conditions d’épanouissement et de pérennité d’un vivre collectif en français de ce peuple original en Amérique du Nord. Dans ce contexte sont apparues les premières véritables contradictions dans les élites québécoises qui ont cheminé du nationalisme au souverainisme. Penser en fonction de nous-mêmes, développer nos stratégies selon notre génie propre, mettre au point notre propre modèle, c’est ce qu’ont assumé avec intelligence, parfois avec panache, les Lesage, Johnson et Bourassa. Plus tard, c’est un pays que réclament les leaders québécois, les Lévesque, Parizeau, Bouchard et Landry.
Pendant 40 ans, des Québécois pour minoriser le Québec
Un temps, sous Pearson, l’écoute fut attentive. Mais après, sous Trudeau et son «french power», la donne a changé. S’appuyant sur une députation québécoise plantureuse et enthousiaste, il fit s’abattre sur le Québec une pluie de coups fourrés et de législations «structurantes» construisant le Canada et minorisant le Québec. On lui doit entre autres la Loi des mesures de guerre, les mensonges de la campagne référendaire de 1980 (les têtes sur le billot) et la Constitution de 1982 dont aucun gouvernement québécois n’a voulu. Depuis, Chrétien et son bras financier Martin ont poursuivi l’œuvre en y mettant encore plus de substance. Ils ont coupé les vivres au Québec (caisse d’assurance-chômage et transferts), lui ont refilé des coûts (santé et aide sociale), ont envahi l’ensemble de ses compétences, l’ont ensablé dans un Clarity Bill et finalement, ont essayé de lui acheter son identité par des campagnes massives de commandites. Tout ça conçu et exécuté par des Québécois.
Dans la présente campagne électorale, quelque chose se passe. D’un côté, le Québec fait son débat. Le Bloc Québécois y mène une campagne en parfaite autonomie. De l’autre, le Canada fait le sien. On y débat de questions ici réglées. Et contrairement à ce qu’affirment certains, les Québécois ne sont pas distraits, ni inconscients, encore moins «dans une bulle» comme l’écrit Alain Dubuc dans son commentaire du 7 juin dernier. Les Québécois devinent de plus en plus ce qu’il leur en a coûté collectivement d’avoir permis pendant quarante ans à une certaine élite québécoise de contrôler en son nom la gouvernance fédérale. Certes, ils sont exaspérés par les agissements d’un certain nombre de tricheurs, de menteurs, de voleurs et de corrupteurs. Mais, plus fondamentalement, ils découvrent et comprennent que le rôle de ces Québécois n’a pas été de défendre les intérêts du Québec au Canada, mais les intérêts du Canada au Québec.
Aujourd’hui, des Québécois pour défendre le Québec
Le choix que s’apprêtent à faire massivement les Québécois et les Québécoises est celui de l’opposition. Consciemment, ils s’apprêtent à congédier leur élite fédéraliste. Tout aussi consciemment, ils vont s’abstenir d’envoyer tout délégué pour participer à la gouvernance fédérale conservatrice. Et très massivement, ils vont élire des députés à l’allégeance exclusive, celle du Québec. Le Québec s’apprête à approfondir le sens de sa démarche historique. D’abord, il va se réapproprier en totalité son premier espace politique, celui de la légitimité démocratique. Il commence par dire qu’en son nom, plus personne ne pourra ne pas le reconnaître comme peuple, le minoriser, l’inférioriser, lui confisquer sa démarche d’autonomie, lui fixer les conditions de son avenir en français, lui placer le parlement fédéral au-dessus de son Assemblée nationale, et. toute chose semblable définie par le Clarity Bill. En son nom, plus jamais. Voilà qui est clair.
Des Québécois pour se rapprocher du monde entier
Faire le choix de l’opposition et de la non-gouvernance, n’est-ce pas faire le choix de s’isoler. Au contraire, en élisant massivement des députés du Bloc Québécois, le Québec se rapproche d’abord de lui-même en éliminant ce qui fait écran à sa nature (de peuple) et à sa stature (capable de s’assumer). Il se rapproche également des autres et du monde entier en confirmant qu’il est aujourd’hui, encore plus qu’hier, en route pour acquérir le statut naturel et normal d’une nation libre, celui d’un pays.
Le plus rafraîchissant demeure le calme, la sérénité et la confiance avec lesquels le peuple québécois s’apprête à voter. Sans cris, sans heurts, ni même de bras d’honneur, il vivra quelque chose comme une rupture tranquille. Il faut dire que le momentum s’y prêtera : Le 24, il fêtera! Le 28, il votera!

"LETTRE À JACQUES PARIZEAU"
Lise Payette
journal de Montréal 23 juin 2004
Lise Payette à Jacques Parizeau
"En cette veille de la Fête nationale du Québec, je vous écrits publiquement pour deux raisons."
La première, c'est pour vous inciter à la désobéissance. Je voudrais que vous mettiez fin à votre silence et que vous repreniez la place qui est la vôtre dans notre société. La deuxième, c'est que vous dire que je fais de vous mon Patriote de l'année 2004 et que ce sera ma façon à moi de fêter le 24 juin. Vous méritez le titre et c'est un plaisir de vous l'offrir.
Vous aurez compris que j'en ai assez d'entendre ces «n'importe qui» vous ordonner de vous taire. De quel droit vous retirerait-on un droit de parole que vous méritez de plein droit alors qu'on l'accorde à tous ceux et celles qui, entre autres, depuis des semaines, disent n'importe quoi devant tout le monde?
Vous avez, parait-il, reconnu avoir dit une connerie, un certain soir de tristesse et de déception. Je vous assure que vous n'en avez pas le monopole. J'ai envie de dire: que celui qui ne l'a jamais fait jette la première pierre.
Je ne sais pas si vous avez entendu tout ce qu'on nous a servi de conneries autour des défusions depuis la dernière élection québécoise et durant la période dite «référendaire» qui vient de se terminer, mais il est difficile de faire mieux. Quant à la campagne électorale fédérale, les chefs fédéraux se surpassent.
Vous avez, pour votre part, une connaissance en profondeur du Québec, de son peuple et de ses institutions, une connaissance qui nous est infiniment précieuse. Vous avez fait partie de ceux qui ont construit le Québec moderne et vous avez, à force d'intelligence et d'imagination, doté ce pays de structures économiques et sociales qui font encore l'envie de ceux qui nous observent.
Vous avez mis votre vie au service de vos concitoyens sans jamais rien attendre en retour. Vous avez même accepté, sans protester ni même vous défendre, de vous retirer totalement la vie publique et de vous taire parce qu'on vous a dit que vous pouviez nuire à la suite des choses.
C'est contre ce jugement insensé que je proteste.
Je trouve le sort qu'on vous fait parfaitement injuste. Sous prétexte que quelques mots malheureux vous ont échappé un soir de défaite et de tristesse, on vous condamne à une absence que vous n'avez pas méritée. Ou alors, il faudrait faire taire tellement de monde en ce moment, autour de nous, que le silence serait assourdissant.
Il faut envoyer promener ceux qui vous disent de vous taire. Reprenez votre doit de parole parce qu'il est à vous et que vos lumières pourraient encore nous être utiles.
Si j'ai décidé de faire de vous mon Patriote de l'année 2004, c'est parce que c'est ma façon de fêter la Fête nationale cette année. Je le fais pour soulager ma conscience. Parce que je ne veux pas être partie prenante d'une injustice historique à votre égard et avec laquelle je ne suis pas d'accord. Pire, j'en ai honte.
Vous n'êtes pas éternel. Je sais que je ne vous vexe pas en le disant et que surtout, je ne vous apprends rien que vous ne sachiez déjà. D'ailleurs, personne n'est immortel. Une chose me frappe pourtant.
Chaque fois que l'un d'entre nous disparaît, le côté dithyrambique des éloges qui accompagnent les adieux m'étonne. Chaque fois, je me dis: «Si vous le pensiez vraiment, pourquoi ne pas lui avoir dit de son vivant?»
C'est le pourquoi de mon choix. Je trouve indécent qu'on vous fasse taire. Je sais, en plus, que ce silence vous aura enrichi. Vous aurez eu le temps de réfléchir, de prendre du recul, de voir les choses autrement et vous risquez d'être le seul à offrir des idées et des solutions nouvelles. Quelle aubaine. Je ne vois pas pourquoi nous devrions en être privés plus longtemps.

Une entrevue avec Jean Charest
Invitation à célébrer... la fierté :
«Les Québécois sont des gens qui croient en la tolérance»
Guylaine Boucher
Le Devoir mercredi 23 juin 2004
Longtemps accolée au mouvement souverainiste, la Fête nationale est devenue davantage, au cours des années, une occasion de rassemblement pour l'ensemble de la société québécoise. C'est à tout le moins l'analyse qu'en fait le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le modèle qu'il souhaite voir se perpétuer... sur fond de fierté!
Rejetant du revers de la main l'idée de voir dans cette fête un symbole politique, Jean Charest confirme au contraire qu'il apprécie la spontanéité avec laquelle la diversité de la société québécoise est soulignée à l'occasion des festivités entourant la Fête nationale.
«Au cours des dernières années, le concept de fête nationale a évolué beaucoup. C'est devenu un grand rassemblement pour les Québécois et l'occasion d'aller fouiller un peu dans nos racines, de célébrer cette diversité dont on est si fier aujourd'hui. Comme Québécois, nous aimons les accents, les couleurs qui maintenant nous différencient. Il y a là-dedans quelque chose qui confirme notre identité francophone, tout en démontrant que ces influences ne sont pas en contradiction avec ce que nous sommes, mais que ça vient plutôt ajouter. Il y a là-dedans un très grand respect envers l'autre. C'est, selon moi, ce qu'il y a de plus intéressant dans cet événement, ce qui reflète le mieux nos valeurs en tant que société.»
Des valeurs d'ouverture, de reconnaissance, d'accueil, mais aussi de fierté nationale. «Fondamentalement, les Québécois sont des gens qui croient en la tolérance et qui vivent dans un contexte de tolérance, tout en étant très lucides, parce que ces choses-là ne sont jamais acquises. Il y a un souhait profond chez nous de vivre dans une société où l'on est fier de notre identité, du fait que l'on soit francophones en Amérique du Nord, du fait que l'on fasse les choses différemment, que l'on ait un savoir-faire différent, mais ce n'est pas exclusif, puisque nous sommes aussi très ouverts sur le monde. De cela, nous pouvons être fiers.»
Le thème retenu cette année est d'ailleurs, selon lui, une invitation à faire émerger la fierté collective à l'égard des réalisations du Québec tout entier. «Les festivités de cette année nous offrent une occasion de dire que nous sommes fiers de nous, de ce que nous sommes, de ce que nous avons fait ensemble. La Fête nationale, ce n'est pas une affaire de dollars et de cents. C'est un événement qui existe bien au-delà de ce qu'on peut, d'année en année, y mettre en termes de ressources financières. C'est la fierté d'être Québécois et de le dire à voix haute. Je souhaite que ce soit le cas pour tout le monde.»

Une entrevue avec Bernard Landry
Jour de fête sur la terre aux « nous » multiples
«La vie d'une nation dépasse le mandat d'un gouvernement»
Réginald Harvey
Le Devoir mercredi 23 juin 2004
D'aussi loin qu'il se souvienne, le chef de l'Opposition à l'Assemblée nationale, Bernard Landry, a toujours célébré la Fête nationale au milieu de ses proches et entouré d'électeurs. Il ne s'embarrasse guère du contexte sociopolitique dans lequel baignera la cuvée 2004 de la Saint-Jean; il préfère saluer les grandes valeurs et réalisations québécoises demeurées intactes. Il se remémore deux fêtes qui l'ont davantage marqué, pour le pire et le meilleur, au cours de sa longue carrière. M. Landry convie les Québécois à fêter et il les incite, par la même occasion, à réfléchir sur l'existence de la nation.
Bernard Landry est inspiré par le thème de cette année, «À la nôtre»: «Il est assez clair que, dans le graphisme comme dans les textes, "la nôtre", ça veut dire "nous", et nous savons maintenant qui nous sommes: nous formons une nation composite avec une dominante venue d'Europe de l'Ouest il y a quatre siècles, mais qui a été enrichie par tous les continents et tous les pays de la Terre pour bâtir le groupe humain que nous sommes devenus aujourd'hui.»
Et il ajoute : «On ne s'appelle plus des Canadiens français, parce qu'il y a eu tellement d'apports différents qu'on manquerait de traits d'union; on s'appelle des Québécois et des Québécoises, et ce "À la nôtre" me fait penser à ce "nous" moderne et accueillant.»
Des assises québécoises solides
Au gré du hasard et des réalités, la Fête nationale survient cette année dans un climat d'effervescence politique, à maints égards et sur plusieurs scènes. Bernard Landry porte un jugement sévère sur la situation politique québécoise: «Je crois que le gouvernement actuel est mauvais, qu'il est un des plus mauvais que nous n'ayons jamais eus.»
Il s'empresse toutefois de situer cet événement dans une autre perspective: «La vie d'une nation dépasse le mandat d'un gouvernement. Les grands facteurs de fierté du Québec sont toujours en place, et l'un de ceux qui me remplissent le plus de joie relève du fait que nous sommes exemplaires sur le plan de la justice sociale dans notre continent, en particulier au chapitre de la répartition de la richesse.» Une mauvaise gouvernance à court terme ne saurait altérer cette richesse et bien d'autres: «Nous avons une capacité technologique très performante et un des niveaux d'éducation les plus élevés du monde, qui s'est construit avec les années. Nous possédons un rayonnement culturel à nul autre pareil. Tous ces acquis me gardent un degré de fierté et d'espoir extraordinaire dans notre destin national.»
Engagement et tristes souvenirs
Bernard Landry participe activement à la fête: «Je suis dans la vie publique depuis fort longtemps et ça se passe en famille d'une part, mais avec mes électeurs d'autre part. En compagnie de mes proches, je me mêle à des célébrations et je suis même invité, comme c'est le cas cette année et presque toujours, à prendre la parole au cours d'événements à caractère national. Je ne peux pas remonter dans ma mémoire à une Fête nationale durant laquelle je me suis tenu à l'écart de la population, sauf peut-être pendant que j'étais étudiant à Paris.»
Au cours de son existence, des fêtes lui sont apparues plus significatives que d'autres : «Il y en a eu une qui avait un petit côté tragique et prémonitoire; c'est quand Pierre Trudeau a pris place sur la tribune d'honneur sur la rue Sherbrooke et que cela a déclenché une espèce d'émeute au cours de laquelle Pierre Bourgault a été arrêté, etc. C'est une Fête nationale marquante parce que Trudeau, par la suite, a développé les actions les plus néfastes et les plus perverses contre le peuple québécois dans toute l'histoire du Québec.» Il illustre ses propos sans ménagement: «Par la suite, il a envoyé 500 personnes en prison sans procès, ce qui, dans une démocratie occidentale, est une chose tellement exceptionnelle que je n'en vois pas de précédent sur notre continent. Plus tard, il a changé la Constitution du Canada de 1867, contre la volonté de l'Assemblée nationale. Qui plus est, il a inventé cette doctrine, à savoir qu'on devait se servir des moyens dont dispose le gouvernement central pour changer la perception du Québec. Cette fête-là, qui coïncidait avec la montée de Trudeau, mais qui s'est déroulée dans le désordre et avec l'arrestation de Bourgault, préfigurait l'action néfaste de Trudeau. La suite s'est avérée conforme.»
Il mentionne une autre fête, davantage porteuse d'espoir mais découlant toujours des décisions politiques prises par l'ancien premier ministre du Canada: «C'est l'après-Meech, quand Lucien Bouchard est venu participer à la fête et au défilé, à ce moment où il a rejoint de façon symbolique la marche du Québec vers la souveraineté. Pourquoi? Parce que Meech a échoué et que c'était là une tentative de réparer les méfaits de Trudeau.»
Fêter et réfléchir
Bernard Landry revient vers le présent pour lancer ce message à ses concitoyens, à l'occasion de la fête de cette année: «Je les invite à fêter pour vrai; ça coïncide avec le retour de l'été, et cela même sur le plan scientifique à l'occasion du solstice. Je leur demande de garder du temps pour la réflexion pendant la fête. Dans ce but, le thème que je suggère, en tout respect pour les opinions de quiconque, c'est que notre nation fait partie du petit groupe de celles qui ne sont pas encore libres. La plupart le sont et le grand pays américain a fait cela en 1776. Les nations des Amériques sont libres depuis des siècles et la nôtre demeure une simple province du Canada. Ce n'est pas acceptable sur le plan de la dignité, de l'économie, des finances publiques, du rayonnement international, sur le plan de la culture et des sports.»
Cela dit, il conclut de la sorte: «On fête, oui! Mais, qu'on soit souverainiste ou qu'on ne le soit pas, on pense au fait que la question du Québec n'est pas réglée et on imagine une façon de la régler.»

Ces Québécois venus d'ailleurs...
Martin Kouchner
Le Devoir mercredi 23 juin 2004
Cinq rencontres. Une double question à chacun: que représente pour vous la Fête nationale du Québec? Être québécois en 2004? Ils sont tous nés ailleurs, mais ils sont des acteurs majeurs dans la société québécoise. Voici leurs réponses à ces questions, telles que recueillies par Martin Kouchner.
« Joindre l'action à la parole »
La Saint-Jean est d'abord d'une fête populaire. J'y ai assisté la première fois, dans les années 70, comme ado sympathisant du mouvement national québécois. J'ai alors saisi l'importance de cet événement en voyant l'engouement de mes amis et de mon entourage. Ici, comme en Iran, on ne connaît pas toujours les racines historiques d'une célébration, cela n'empêche pas de se laisser griser par elle. Bien sûr, il y avait la question identitaire. Mais j'allais surtout écouter Charlebois et Vigneault. L'événement était rassembleur et l'est encore plus aujourd'hui, alors que les aspects politiques sont moins mis en évidence. Doucement, il fait son chemin et le temps des parades à la ceinture fléchée n'est déjà plus!
Depuis les années 1970, la société québécoise a subi de multiples mutations, avec la québécitude qui s'est définie progressivement. Il est possible de la vivre de différentes façons. Moi, je me définis comme Québécois. Je partage les références culturelles et historiques de cette terre. C'est pour cela que, chaque année, je célèbre la Saint-Jean avec mes enfants. Mais, dans ma communauté, on ne commémore pas de façon collective cette date. Dommage: toute société a des rituels de fondation, des repères identitaires dans lesquels on puise une mémoire commune, l'occasion de créer une cohésion. À l'heure de la mondialisation, je crois que plus une identité est assumée, plus on peut s'ouvrir à l'autre. Cela demande une confiance collective importante, mais constitue une démarche indispensable pour offrir à chacun la possibilité de jeter ses racines dans ce sol. Or, je suis forcé de dire que ça ne fonctionne pas si facilement. On ne peut pas attendre de la Saint-Jean qu'elle gomme tous les problèmes. La société québécoise manque encore de respect envers les étrangers dans certains domaines. Par exemple, les diplômes des étrangers, médecins et infirmières, ne sont pas reconnus, ce qui confine parfois à la discrimination institutionnelle. Depuis vingt ans, les minorités sont peu représentées dans la fonction publique. Les postes qui confèrent du pouvoir leur échappent... Il faudra joindre l'action à la parole dans ces domaines pour arriver à une véritable célébration collective de la Fête nationale.
Amir Khadir, médecin spécialiste des maladies infectieuses, affilié à l'Union des forces progressistes (UFP), est arrivé en 1971 au Québec. Il est né en Iran.
« La fête de tout le monde »
En tant que fête nationale, celle du Québec devrait être la fête de tout le monde. Avant, elle concernait uniquement les Canadiens français. Progressivement, le champ sémantique a évolué, l'idée de célébration québécoise s'est imposée. Je salue donc les initiatives d'ouverture récentes. L'événement devient de plus en plus cosmopolite, mais ne l'est pas tout à fait, malgré les efforts de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB). D'abord parce qu'il est très lié à l'histoire du groupe majoritaire au Québec. Ensuite parce qu'il existe encore un flottement au niveau de la société elle-même, pour des raisons politiques. L'ampleur de l'événement reste liée à la couleur du parti au pouvoir. Les choses ne sont pas les mêmes selon que le PQ ou les libéraux sont aux responsabilités. De fait, elle a parfois été le lieu d'expressions politiques très fortes et cela arrive encore périodiquement. Au final, pour en faire la fête de tous les Québécois, il faudrait relancer le débat de l'identité québécoise...
Être québécois? La question est complexe et a beaucoup évolué. Mais, concernant les minorités culturelles: une fois que l'on a dit, avec la loi 101, que les immigrants doivent être intégrés dans la communauté francophone, il faut mettre en oeuvre des actions d'intégration. Dans la théorie, le respect des minorités prévaut. Dans la réalité, je me désole de voir que le programme d'accès à l'emploi, par exemple, ne se soit pas traduit dans les faits. Pourtant, depuis 1991, une unanimité de principe existe sur cette question à l'Assemblée. Et c'est un point important, le taux de chômage étant bien plus élevé dans certaines communautés culturelles, sans compter le manque de représentation sur la scène publique ou l'absence d'attribution de postes à responsabilités. Pourquoi n'avance-t-on pas plus rapidement sur ces questions? Je me dis qu'elles doivent encore représenter un enjeu politique... Mais je ne voudrais pas mettre de la pluie sur les paroles des organisateurs de la Fête nationale (NDLR: il rit ici de bon coeur), ces célébrations ont évolué dans le bon sens.
Jean-Claude Icart est chercheur au Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté (CRIEQ), à l'UQAM. Il est né en Haïti.
« Une société ouverte et juste »
J'habite depuis 40 ans au Canada et la saveur politique de la Saint-Jean a beaucoup évolué durant ce temps. La fête est devenue de plus en plus inclusive. On n'y voit plus uniquement des «pures laines» et des catholiques. Je dois reconnaître qu'à mon arrivée de France, à la fin des années 60, je m'y sentais un peu étranger, même si j'y ai été rapidement accueilli. Le milieu étudiant dans lequel j'évoluais était très solidaire et a beaucoup aidé à mon intégration. C'est ainsi que j'ai participé à mon premier défilé avec mes camarades de l'université. Progressivement, cette fête qui était la leur a remporté mon adhésion. Aujourd'hui, la célébration est un peu plus banale. Et elle a perdu de son relief avec l'atténuation de son coté nationaliste. Dans le même temps, les barrières se sont abaissées, permettant à des gens venant d'horizons divers d'y participer. Mais, désormais, je vais à la Saint-Jean comme à la Fête du Canada, et c'est devenu d'abord un jour de congé!
Produit de l'université québécoise, j'ai fait mes études et ma carrière ici. En toute modestie, je pense que j'ai influencé ce milieu, comme il m'a façonné. Et je crois qu'il y a là une interaction indispensable à l'intégration. En 40 années passées au Québec, à aucun moment je n'ai senti que l'on me barrait la route en raison de mes origines: c'est une société ouverte et juste. Lorsque je m'exprime, c'est en tant que citoyen de ce pays, pas en tant que juif, et c'est perçu comme tel. Je crois que nous avons développé une approche méritocratique, au sens noble du terme: on vous juge pour vos actes, pas en fonction de votre identité. Sans doute, cela va dans la bonne direction. La preuve en est que les propos nauséabonds sont plutôt rares et finiront par disparaître.
Jean-Charles Chebat, juif sépharade, chevalier de l'Ordre national du Québec, est professeur en marketing aux HEC-Montréal, titulaire de la chaire de commerce Omer-DeSerres. Il est né en France.
« En perpétuelle redéfinition »
La Fête nationale du Québec ne représente pas pour moi grand-chose, il faut bien le dire... Même si je reconnais la chance de pouvoir célébrer le fait d'être Québécois et de réfléchir à ce que cela signifie. Je suis née en Inde, j'ai vécu à Trois-Rivières, à Sainte-Foy et à Montréal. J'ai aussi passé beaucoup de temps en Europe, en Allemagne en particulier. En s'exilant, on comprend mieux la fierté d'être québécois. Il n'y a pas d'autres lieux où je souhaiterais vivre. Je suis fière d'être membre de cette société multiculturelle et en perpétuelle redéfinition. Mais je continue à percevoir les festivités de la Saint-Jean comme l'occasion d'une expression politique souverainiste. Je la fête donc à la maison, avec des amis, tout comme je célèbre la Fête du Canada. Lors de mon séjour en Allemagne, j'ai vu en Bavière des défilés de gens incroyablement fiers de leurs traditions et de leur culture. Ils les assument et les perpétuent dans une entité plus grande, le pays. On peut être fier, préserver ce qui nous définit et vivre ensemble.
Je ne crois pas que la société québécoise soit tout à fait construite, elle cherche encore ses repères. Mais je souhaite qu'elle ne devienne pas renfermée sur elle-même. Si tel était le cas, je ne crois pas qu'elle pourrait continuer à s'assumer: cela contribuerait à la figer. J'espère donc que les sentiments souverainistes vont se désintégrer naturellement dans une société en mouvement. Mais, aujourd'hui, il faut être réaliste, la société montréalaise en particulier est très fracturée - c'est différent en région. Chacun cherche à se constituer un «chez soi» en marge des autres. C'est en totale contradiction avec le Québec très cosmopolite que nous connaissons, mais c'est une réalité. Les gens y vivent côte à côte, mais pas ensemble.
Eisha Marjara, la réalisatrice de Je cherche Hélène (ONF, 2000), est née en Inde.
« Une nation souveraine... »
Je suis arrivé en 1968 au Québec, à une époque où il existait peu de communautés autres que les autochtones. Les seuls noirs francophones que l'on croisait étaient des étudiants africains pressés de rentrer chez eux. Ceux qui restaient, comme moi, se sont intéressés aux défilés parce qu'ils constituaient la seule possibilité d'échanges sincères et collectifs avec des Québécois d'origine. Au début des années 1980, la société s'est modifiée. Les immigrés et réfugiés sont devenus des citoyens canadiens. Accueillis et pris en main par le Canada, ils ont eu plus de mal à comprendre les revendications des Québécois. Je crois que, dans ce contexte, la fête possède une puissance symbolique très forte d'identité collective. Pendant longtemps, elle a été reprise par les indépendantistes et identifiée comme telle. Mais c'est une erreur de la limiter à cela, car elle constitue une bonne occasion de se parler en face. À mon sens, l'ouverture est totale au sein de la SSJB.
C'est un choix, celui d'avoir voulu vivre au Québec. J'aurais pu aller en Europe. Mais cette langue, cette culture m'ont attiré. Tous ceux qui arrivent ici doivent devenir québécois. Or, le fait que le gouvernement fédéral finance des communautés pour encourager la création d'écoles, la promotion de leur culture et de leur langue n'aide pas à leur intégration. À mon sens, si l'on parle encore de communautés culturelles, c'est que l'on n'est pas dans une société qui peut offrir des repères communs à chacun d'entre nous. Pour cela, il faudrait que le Québec devienne une nation souveraine...
Diemu Kalounda est professeur, retraité, de science politique à l'Université de Montréal. Il est né au Congo-Kinshasa.

Une culture propre au Québec
Gilles Duceppe
Chef du Bloc québécois
Le Devoir mercredi 23 juin 2004
Libre opinion : Le 24 juin, depuis 1834, les Québécois fêtent l'existence de la nation québécoise. Dans tous les coins du Québec, artistes, comédiens, musiciens et chanteurs unissent leurs talents pour célébrer le Québec. Porteurs de la culture, ils nous font chanter et danser notre répertoire vivant à travers des airs d'hier et d'aujourd'hui, reflet de notre histoire. Ensemble, nous célébrons la culture québécoise.
Au même moment, la campagne électorale fédérale bat son plein, amorçant la dernière ligne droite jusqu'au jour du vote, le 28 juin prochain. Cette campagne qui dure depuis déjà plusieurs semaines n'a pas rendu justice à l'importance que revêt la culture au Québec. Le Bloc québécois est le seul parti politique fédéral à s'être prononcé sur les enjeux propres à la culture québécoise. Nous considérons que c'est non seulement un enjeu majeur pour l'avenir du Québec mais aussi un enjeu fondamental de la diversité culturelle dans le monde.
Malheureusement, les décisions prises à Ottawa empêchent trop souvent notre cinéma, notre théâtre, notre télévision, notre littérature ou la chanson québécoise de s'épanouir et de rayonner à leur juste mesure. Plus encore, la diffusion électronique de notre culture est menacée par le laxisme du gouvernement fédéral et son incapacité à reconnaître notre spécificité culturelle.
La réglementation des télécommunications, c'est aussi la réglementation des canaux de diffusion de la culture que sont la radio et la télévision. Or, aussi bien les libéraux de Paul Martin que les conservateurs de Stephen Harper laissent planer des doutes sur leurs véritables intentions dans ce domaine.
Le gouvernement libéral a concocté un rapport au ministère de l'Industrie proposant la levée des restrictions à la propriété étrangère de nos industries culturelles et de nos canaux de diffusion. En clair, cela signifie de laisser les lois du marché et les puissantes multinationales américaines de la culture de masse nous imposer leurs produits culturels. Le Bloc québécois a constamment dû ramener le gouvernement libéral à l'ordre quand celui-ci a tenté d'assujettir la culture à des fins politiques.
Les conservateurs, pour leur part, menacent de briser les reins du CRTC, un organisme chargé de faire respecter, par exemple, la politique de quotas de chansons françaises à la radio, une politique qui soutient l'essor de la chanson française au Québec. Pour Stephen Harper, la culture n'est qu'une industrie comme les autres et, par conséquent, elle ne devrait pas être soutenue par l'État. Ce constat est dangereux et témoigne d'une incompréhension profonde de la spécificité culturelle de la nation québécoise.
La culture est également devenue un enjeu majeur de la mondialisation. Les États-Unis ont réintégré l'UNESCO il y a quelques mois parce qu'ils ont l'intention de faire la bataille contre la diversité culturelle. Cette bataille, c'est celle d'un géant des télécommunications et de la culture de masse qui veut contrôler tous les marchés culturels sans entrave aucune. Or le Québec est absent de ce forum international. Paul Martin a bien annoncé son intention de donner la permission au Québec d'y être éventuellement présent, mais il n'a jamais répondu à ma demande d'accorder au Québec une présence permanente et de plein droit à l'UNESCO.
Tout cela montre l'importance de défendre la culture québécoise à Ottawa, d'autant plus que les libéraux de Paul Martin, tout comme les conservateurs de Stephen Harper, ont voté l'automne dernier contre la reconnaissance de la nation québécoise. Pour eux, la fête nationale du Québec, ça n'existe pas. Le peuple québécois n'existe pas. La différence québécoise n'existe pas.
S'il y a encore des gens qui doutaient de l'importance d'aller voter le 28 juin prochain, voilà une autre raison majeure de le faire : la protection de notre culture, qui est un fondement de la différence québécoise. Quant à savoir pour qui voter, il suffit de mentionner qu'à ces élections fédérales, il n'y a qu'un parti qui ait fait de la culture un enjeu majeur. C'est aussi le seul parti qui soit propre au Québec : le Bloc québécois.
J'invite tous les Québécois, de toutes les origines et de toutes les régions, à fêter ce que nous sommes. Célébrons cette nation québécoise pacifique, fière et belle.

Gare aux séparatistes!
Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 23 juin 2004
Les ténors libéraux lancent une mise en garde aux Québécois
Stéphane Dion, Pierre Pettigrew et Jean Lapierre ont imploré hier les fédéralistes en colère de ne pas voter pour le Bloc québécois. En brandissant l'épouvantail référendaire, les trois ténors libéraux ont rappelé que la tentation bloquiste équivaut à «jouer avec le feu».
Voter pour le Bloc québécois afin de punir les libéraux, c’est «jouer avec le feu», selon Pierre Pettigrew.
Depuis Vancouver, le chef Paul Martin a également sorti l'artillerie lourde pour tenter de «sauver les meubles» au Québec. «Le parti de Gilles Duceppe n'a qu'un seul objectif, c'est sortir le Québec du Canada, a-t-il soutenu. À mes compatriotes du Québec qui pensent à voter Bloc, je dis : pensez-y bien. Une fois élus, les députés du Bloc n'auront qu'une chose en tête, c'est de faire avancer leur agenda; créer une division, une rupture dans le pays et faire un pas vers la séparation du Québec.»
La mise en garde survient à six jours du scrutin alors que les sondages tendent à démontrer l'avance qui apparaît insurmontable du Bloc québécois. D'ailleurs, fort des intentions de vote, le parti de Gilles Duceppe a décidé de charger les libéraux dans leurs propres châteaux forts de la région de Montréal et Laval.
Sur la défensive, les libéraux ont cherché à accentuer le message sur la signification d'un vote bloquiste. Jusque-là, le parti au pouvoir clamait qu'un soutien à l'équipe de Gilles Duceppe aiderait les conservateurs à remporter les élections. Hier, l'équation était plutôt de nature référendaire.
«Nous voulons faire un appel aux fédéralistes qui s'apprêtent à voter Bloc mais aussi à tous les Québécois qui n'ont pas particulièrement envie de s'embarquer de nouveau dans une démarche de référendum. [...] C'est jouer avec le feu», a prévenu Pierre Pettigrew.
Selon ce dernier, le plan de match des souverainistes est clair et comporte trois périodes : l'élection de députés bloquistes, le retour au pouvoir du Parti québécois et la tenue d'un référendum. «C'est leur donner cet élan. C'est leur donner le goût de la victoire qu'ils ont perdu dernièrement et qui a tant bénéficier à l'économie québécoise», a affirmé M. Pettigrew, qui estime que le chef du Bloc se nourrit de la colère populaire. «La colère est fort mauvaise conseillère», a-t-il ajouté.
À ses côtés, Jean Lapierre n'avait plus hier de lieutenant politique que le nom puisque son rôle semblait se limiter à passer la parole à ses deux collègues. Ainsi a-t-il passé le micro à Stéphane Dion, ex-ministre responsable de l'unité canadienne sous Jean Chrétien, qui était tombé en disgrâce avec l'arrivée de Paul Martin.
Tout comme M. Pettigrew, Stéphane Dion a dénoncé l'invitation de Gilles Duceppe à sanctionner le gouvernement du Parti libéral. «Le Bloc n'est pas qu'une soupape au défoulement, un réceptacle de frustration. Le Bloc est avant tout un parti indépendantiste déterminé à séparer le Québec du Canada et à nous replonger dans la tourmente référendaire», a-t-il lancé.
Du côté du Bloc québécois, le chef Gilles Duceppe n'a pas tardé à riposter à la nouvelle attaque libérale, l'associant à une campagne de peur. «Je pense que c'est du vieux matériel. C'est un peu de panique. Ils n'ont pas grand-chose à dire pour faire ces remarques. Le 28, on ne décide pas de la souveraineté. Ce n'est pas un référendum. Cependant, les Québécois font confiance à un parti souverainiste», a commenté M. Duceppe, qui faisait campagne à Montréal.
Le message qu'un vote pour le Bloc serait une «grave erreur» et ne permettrait pas d'offrir une véritable résistance contre un gouvernement conservateur a fait réagir M. Duceppe. Ces commentaires reviennent à dire que les Québécois ne savent pas ce qu'ils font s'ils votent pour le Bloc québécois et cela relève du mépris, a dit M. Duceppe. Et c'est cette arrogance, a souligné Gilles Duceppe, que les électeurs ne veulent plus entendre.
Selon le sondage Léger Marketing publié vendredi dernier par Le Devoir, 47 % des électeurs qui entendent voter pour le Bloc québécois le feront pour exprimer leur contestation à l'égard du Parti libéral. Par ailleurs, 50 % de ces électeurs bloquistes disent plutôt que c'est un vote pour le parti et la souveraineté du Québec.

Landry says Bloc sweep will hasten referendum
RhéAl SéGuin, Daniel Leblanc
The Globe and Mail Wednesday, June 23, 2004
QUEBEC and MONTREAL - An expected Bloc Québécois landslide in next Monday's federal election will set the stage for a referendum on sovereignty in 2009, Parti Québécois Leader Bernard Landry says.
"There will be a referendum in five years," Mr. Landry predicted in anticipation of an unprecedented Bloc Québécois breakthrough.
"With about 60 Bloc members in Ottawa and the more than 40 seats we have in Quebec, sovereigntists will be stronger than ever," Mr. Landry told The Globe and Mail. His party holds 45 of the National Assembly's 125 seats.
Mr. Landry's comments, combined with recent remarks by several Bloc and PQ figures, reflect a growing confidence in the sovereignty movement that a big win next Monday would bring a renewed push for a referendum.
Before holding such a vote, the PQ would have to win the next provincial election, expected in 2007, a result commonly predicted given the unpopularity of Premier Jean Charest and the provincial Liberals, who defeated Mr. Landry last year.
The PQ has already indicated it will interpret a strong Bloc vote as a clear sign of support for sovereignty. In a recent letter to PQ members urging them to contribute to the Bloc campaign, Mr. Landry stressed the importance of the election for the sovereignty movement.
"Well-defended in Ottawa by an experienced team, we will place ourselves in a favourable position for the next Quebec election and a victory in the next referendum," Mr. Landry wrote.
An Ipsos-Reid poll done last weekend showed the Bloc stretching its lead, with 53 per cent of decided voters in Quebec, 30 points ahead of the second-place Liberals.
Ipsos-Reid says its seat projection -- based on recent polls -- would give the Bloc almost 60 of the province's 75 seats.
Unlike Mr. Landry, the Bloc has been playing down the impact of the federal vote on the sovereignty movement.
Bloc Leader Gilles Duceppe spent yesterday campaigning on the positive role he says his party would play in a minority government. He has said repeatedly that the Bloc would hold the balance of power responsibly, regardless of its ultimate goal of Quebec sovereignty.
In a bid to attract federalists, the separatist leader has even boasted that he could help the Canadian federation work more efficiently.
Yesterday in Montreal, Mr. Duceppe refused to speculate on the timing of a referendum, saying it is a provincial matter and years away. He said the current campaign is about federal issues such as the employment insurance program or the fiscal imbalance between Ottawa and the provinces.
Mr. Duceppe said that the Liberals in Quebec, led by former cabinet minister Stéphane Dion, are using scare tactics by urging Quebeckers not to vote for the Bloc because of its sovereignty agenda.
"Mr. Dion knows as well as I do that we're not deciding on the issue of sovereignty on the 28th [of June]. It's not a referendum. But Quebeckers will be placing their confidence in a sovereigntist party. This they won't be able to deny," he said.
Mr. Duceppe also rejected the analogy that the election is like the first period of a hockey game, with the second period being a PQ victory and the third a referendum.
"Whether it's the first period or the first quarter, you know . . . the question is, is it good news? Obviously, if the Bloc wins, it's good news for the sovereigntist movement.
"It would take an imbecile to say the opposite," he said.
As leader of the sovereignty movement, Mr. Landry has never formally committed his party to holding a referendum if re-elected. And unlike former PQ leader Jacques Parizeau, he has never defined a strategy to promote sovereignty or a clear plan to achieve it.
Moreover, Mr. Landry, having lost the provincial election last year, faces a vote of confidence at the PQ convention in June, 2005. With that in mind, he needs a massive Bloc victory to revive both the sovereignty agenda and his leadership as he fights to maintain his grip on the party.
Mr. Landry hopes to tap into the newfound hope stemming from a Bloc win and prove to his critics that his battle is being fought out of personal conviction rather than personal ambition.
But he also will have to come to grips with the enormous clout his sometimes rival Mr. Duceppe will wield in Ottawa.
Regardless of the result of the coming vote, Mr. Duceppe said, "I won't say it's a victory for sovereignty, because we're not deciding sovereignty."
Still, he acknowledged that a large Bloc victory next week would be positive for the sovereigntist movement.
"It's always better to win than to lose," he said.

Souveraineté - Paul Martin invoquera la Loi sur la clarté référendaire
Joël-Denis Bellavance
La Presse 23.6.2004
S'il demeure premier ministre à l'issue des élections du 28 juin, Paul Martin n'hésitera pas à invoquer la Loi sur la clarté référendaire pour encadrer un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec advenant que le Parti québécois reprenne le pouvoir et tienne une troisième consultation référendaire.
Conscient que le Parti libéral risque de subir une cuisante défaite au Québec au main du Bloc québécois, M. Martin a aussi tenu à rappeler aux fédéralistes dans la Belle Province qu'un vote en faveur des troupes bloquistes de Gilles Duceppe risque de replonger le pays dans de vielles batailles référendaires.
M. Martin a tenu ces propos ce matin à Edmonton après que le chef du Parti québécois, Bernard Landry, eut prédit qu'une victoire massive du Bloc québécois lundi au Québec mettra la table à la tenue d'un autre référendum en 2009, soit dans cinq ans.
«La Loi sur clarté référendaire existe. Cela fait partie de la loi fondamentale du pays. Nous avons été très clairs qu'elle va demeurer la loi fondamentale du pays», a déclaré M. Martin
Un sondage CROP-La Presse-Toronto Star publié mercredi laisse présager un raz-de-marée bloquiste au Québec lundi. En effet, le Bloc québécois récolte 50 % des intentions de vote contre seulement 26 % au Parti libéral et 13 % au Parti conservateur.
Devant ces chiffres inquiétants à quelques jours du scrutin, Paul Martin a soutenu que son appel solennel à l'endroit des fédéralistes en colère qui sont tentés de voter en faveur du Bloc québécois d'appuyer le Parti libéral pour éviter un autre déchirement sur l'avenir du Québec au sein de la fédération canadienne porter fruits.
«Attendons de voir les résultats des élections de lundi. Je ne crois pas que le Bloc québécois devrait tenir quoi que ce soit pour acquis», a déclaré M. Martin aux journalistes.
«Je pense que toute la question de la souveraineté va jouer. Gilles Duceppe, lorsqu'il a pris la parole durant débat en anglais, a dit que selon lui ce n'était pas une question de souveraineté. Deux jours plus tard, Gilles Duceppe est allé dire que les élections avaient tout à faire avec la souveraineté et qu'il y aurait un référendum d'ici cinq ans. Hier, Bernard Landry est sorti en disant exactement la même chose que plus y il y aura de députés du Bloc, le mieux que ce sera pour un référendum sur la souveraineté d'ici cinq ans», a ajouté le chef libéral.
M. Martin, qui participera aux festivités de la Saint-Jean-Baptiste jeudi à Cornwall et dans région de Saint-Lazarre, a lancé à la blague que l'ambition de Gilles Duceppe était de remplacer Bernard Landry à la tête du Parti québécois.
Cela dit, M. Martin a dit comprendre la réaction de colère des Québécois à l'endroit du Parti libéral à la suite du scandale des commandites. Mais il a soutenu qu'il a pris toutes les mesures pour faire la lumière sur ce scandale qui a fait perdre des plumes à son parti dans les sondages non seulement au Québec, mais dans les autres provinces aussi.
«Je le regrette. Je suis le chef du parti, je suis le premier ministre du Canada. J'assume mes responsabilités. En même temps, je pense que les Québécois et les Québécoises se rendent compte qu'on a mis sur pied un commission d'enquête judiciaire pour aller au fond de cette affaire et tous ceux et celles qui ont été impliqués vont subir les conséquences de leurs actes. Mais je pense aussi que les Québécois et les Québécoises veulent regarder vers l'avenir. Ils comprennent fort bien que ce que Gilles Duceppe et Bernard Landry veulent, c'est de sortir le Québec du Canada, d'avoir des référendums et de nous déchirer», a-t-il lancé.
Plus tôt en matinée, M. Martin a prononcé un discours passionné devant des membres du Club Rotary au cours duquel il a soutenu que son adversaire conservateur Stephen Harper n'avait pas l'étoffe pour devenir premier ministre compte tenu qu'il n'a pas osé confronter le premier ministre de l'Alberta Ralph Klein sur son projet de réforme de la santé, lequel pourrait contrevenir à la Loi canadienne sur la santé. M. Klein doit dévoiler ses intentions cet après-midi à Edmonton.
Par ailleurs, M. Martin a affirmé que le parti qui comptera le plus grand nombre de sièges aux Communes à l'issue des élections de lundi devrait former le prochain gouvernement. Le chef libéral a ainsi mis fin aux rumeurs selon lesquelles il pourrait tenter de gouverner le pays même si son parti remporter moins de sièges que le Parti conservateur. «Le bon sens veut que le parti qui obtient le plus de sièges forme le gouvernement. C'est le bon sens.»

L'échec
Vincent Marissal
La Presse mercredi 23 juin 2004
Vancouver - Ailleurs au pays, surtout en Ontario, les nouvelles sont plutôt encourageantes pour Paul Martin, mais au Québec, un seul mot résume la campagne électorale libérale: échec.
Le scandale des commandites, bien sûr, a donné un rude coup au nouveau chef libéral en février, mais il n'aura pas été en mesure de renverser la vapeur malgré quatre mois d'efforts. Les stratèges libéraux au Québec ont échoué à imposer le statut " premier ministrable " de leur chef et n'ont pas non plus réussi à diaboliser le nouveau chef conservateur, Stephen Harper. Les publicités négatives n'ont rien changé à leur déconfiture, pas plus que la stratégie " voter-pour-le-Bloc-c'est-voter-pour-Harper ".
S'il rêve toujours de conserver le pouvoir, Paul Martin ne pourra compter sur le Québec, ce pourquoi il concentre ses jours-ci ses énergies à convaincre les électeurs de la Colombie-Britannique, de l'Ontario et des Maritimes qu'un vote pour le NPD favorise les conservateurs.
En suivant la caravane libérale cette semaine de Saint-Jean (T.N.) à Vancouver, on n'avait pas besoin d'un nouveau sondage pour comprendre que l'entourage de Paul Martin a jeté l'éponge au Québec. Le sondage CROP-La Presse de ce matin vient seulement confirmer ce qui était déjà évident.
Les libéraux en arrachent tellement au Québec que même des vedettes comme Jean Lapierre, dans Outremont, ou Lisa Frulla, dans Jeanne-Le Ber (anciennement Verdun-Saint-Henri-Saint-Paul-Pointe-Saint-Charles), doivent redoubler d'efforts malgré les majorités de 7645 et de 8929 voix obtenues pas leur prédécesseur en 2000.
Voilà deux cas représentatifs des problèmes des libéraux au Québec. Jean Lapierre, candidat vedette et lieutenant de Paul Martin, a connu une campagne difficile, au point où certains de ses collègues candidats ont refusé de l'inviter dans leur circonscription ou se sont plaints publiquement de sa performance.
Quant à Lisa Frulla, elle compte de nouveaux adversaires, y compris l'ancien député libéral de sa circonscription et sénateur (nommé par Jean Chrétien), Raymond Lavigne, qui a viré sa veste et appuie le candidat conservateur. Chez les libéraux, on chuchote même que le sénateur Lavigne raconte qu'il sera nommé ministre par Stephen Harper si ce dernier prend le pouvoir sans député au Québec. Les vieilles rancunes entre les clans Chrétien et Martin couvent toujours et, chose certaine, le feu va reprendre au lendemain de la débâcle libérale au Québec.
Depuis 30 jours, Paul Martin a abattu toutes ses cartes sur la table électorale, mais il continue encore ces jours-ci de perdre des plumes au Québec. Les gaffes de Stephen Harper n'y ont rien fait: les Québécois sont encore plus nombreux à aller vers le Bloc québécois. Pour les libéraux, regarder les sondages au Québec, c'est comme gager sur la longévité d'un bonhomme de neige sur une terrasse par 30 degrés. Tous les " indicateurs positifs " ont fondu.
D'abord, Gilles Duceppe écrase Paul Martin dans la catégorie " À quel chef politique faites-vous le plus confiance pour défendre les intérêts du Québec " (54 % à 19 %). L'argument " Paul Martin homme d'État " a disparu. Quant à l'argument " Paul Martin le Québécois ", ses concitoyens n'y ont jamais cru et la mauvaise qualité de son français n'a fait qu'empirer les choses.
Puis, 60 % des Québécois (67 % des francophones!) sont favorables à un changement de gouvernement. L'argument " Bon bilan du gouvernement libéral " s'est donc aussi évaporé. L'argument " Harper ne peut gagner " fond aussi, puisque 34 % des Québécois pensent qu'il remportera la mise lundi. C'est seulement trois points de moins que ceux qui prédisent une victoire libérale, une différence inférieure à la marge d'erreur du sondage. Et voilà pour l'argument " Attention, cet homme est dangereux " servi par les libéraux durant le dernier mois.
Quant à l'argument de mi-campagne " Un vote pour le Bloc, c'est un vote pour les conservateurs ", il n'a rien rapporté qui vaille aux libéraux. Les Québécois, visiblement, votent en toute connaissance de cause, puisque 65 % d'entre eux pensent que le prochain gouvernement fédéral sera minoritaire.
Ne reste donc plus qu'un argument aux libéraux au Québec: " Un vote pour le Bloc, c'est un vote pour la souveraineté. " Retour à 1993. Pas exactement le scénario auquel rêvait Paul Martin. Mais cet argument est destiné aux fédéralistes qui, fâchés contre les libéraux, seraient tentés de voter Bloc québécois ou Parti conservateur ou NPD. Mais le vote du Bloc est ferme, il n'y a donc pas grand-chose à aller récupérer de ce côté.
Le parti de Paul Martin, qui, selon les sondages de l'automne dernier, devait mordre à pleine bouchée dans le vote du Bloc québécois, en est donc réduit aujourd'hui à grappiller dans les miettes du PC et du NPD pour espérer sauver les meubles.
C'est donc dire que les trois partis fédéralistes ont échoué au Québec. Ils pourront bien sûr trouver toutes sortes d'excuses, mais ils devraient surtout se poser des questions sur leur propre relation avec le Québec. Même en additionnant les intentions de vote des libéraux, des conservateurs et du NPD, cela ne suffit pas à surpasser le score du Bloc (45 % contre 50 %). Et mauvaise nouvelle pour les libéraux (une autre), la journée du vote tombe quatre jours après la Saint-Jean-Baptiste, un puissant catalyseur nationaliste dont comptent bien se servir les bloquistes. Et ce n'est pas l'appel de Stéphane Dion, l'un des politiciens fédéralistes les moins populaires chez les nationalistes québécois, qui pourrait améliorer les choses pour Paul Martin.
L'argument " Attention! Référendum droit devant " pèse peu au Québec quand 50 % des électeurs affirment qu'ils voteraient Oui à un référendum. Le Bloc ayant eu la sagesse de laisser Jacques Parizeau à ses raisins, Paul Martin en était réduit à dire hier: " Faites attention, Gilles Duceppe et Bernard Landry vont interpréter le résultat de l'élection comme un pas vers la souveraineté. "
Lundi soir, devant des militants à Thunder Bay (nord-ouest de l'Ontario), Paul Martin a appelé ses troupes à la victoire le " 28 octobre ". Lapsus révélateur. Ces jours-ci, Paul Martin doit en effet se mordre les doigts de ne pas avoir attendu l'automne pour déclencher les élections.

La grande illusion
Alain Dubuc
La Presse mercredi 23 juin 2004
Pour un très grand nombre de citoyens, cette campagne électorale n'aura pas été simple. Elle force à des décisions difficiles et pas évidentes du tout entre le désir de changement et les risques du changement, entre le souhait de mettre fin au règne des libéraux et les inconnues ou les carences de ceux qui pourraient les remplacer.
En cette fin de campagne, c'est cette indécision, cette insatisfaction des électeurs face aux choix qui leur sont offerts que je voudrais explorer, dans trois textes dont les titres veulent illustrer les questionnements et les doutes suscités par les projets des trois chefs: " La grande illusion ", " La grande interrogation " et " La grande déception ".
" La grande illusion ", vous l'aurez deviné, s'adresse au projet de Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois. Ce qui est illusoire, ce n'est pas son succès au Québec, clair et convaincant, mais plutôt le sens qu'il faut lui donner et ses avantages réels pour le Québec.
Le Bloc québécois a sa place sur la scène fédérale, pour refléter le fait qu'environ 40 % des électeurs se réclament de la souveraineté. Dans cette campagne, le Bloc a également su canaliser la colère suscitée par le scandale des commandites et le désir de chasser les libéraux. Mais il n'aurait pas autant profité de ce coup de pouce providentiel sans les talents de Gilles Duceppe. En ce sens, le succès est bien mérité.
La démarche qui a amené bien des Québécois à appuyer le Bloc est donc parfaitement logique et légitime. Mais le fait que l'appui soit si massif comporte une conséquence, et c'est l'isolement du Québec.
Cette culture de l'isolement, on la sent bien dans la déclaration de Gilles Duceppe au début du débat des chefs en français: " Mesdames, Messieurs, bonsoir. L'élection fédérale c'est l'occasion pour les Québécoises et les Québécois de décider qui défend mieux leurs intérêts à Ottawa. " C'est carrément faux. L'élection fédérale, c'est d'abord l'occasion de choisir un gouvernement et un premier ministre. La vision, très réductrice, de M. Duceppe entraîne les Québécois dans une dynamique qui les pénalise de deux façons.
La plus évidente, c'est bien sûr qu'en envoyant massivement à Ottawa des députés bloquistes, le Québec s'exclut de l'exercice du pouvoir. Sans ministres québécois, il sera difficile de parler pour le Québec et d'insérer la réalité québécoise dans le processus de décision. C'est aussi la meilleure façon d'assurer une victoire conservatrice. Cela se défend si on en est conscients et si on est d'accord avec cette perspective.
Mais les espoirs que l'on met dans le rapport de forces que détiendrait le Bloc face à un gouvernement minoritaire conservateur paraissent bien naïfs. Encore faut-il que l'élection mène à un gouvernement conservateur et qu'il soit minoritaire. C'est compter aussi sur la capacité de trouver des terrains d'entente entre deux partis presque incompatibles. C'est enfin oublier le caractère terriblement éphémère des gouvernements minoritaires.
L'isolement a une autre conséquence, encore plus perverse. Les Québécois, par leur appui massif, se trouvent à adopter la culture du Bloc. Une culture de gérants d'estrade, d'éternels critiques, qui dénoncent et réclament sans jamais choisir, décider et agir. Une culture qui limite ses préoccupations à la défense des intérêts québécois, une vision trop étroite dans les nombreux dossiers où la dimension québécoise des choses n'est pas la plus pertinente. En faisant sa petite campagne électorale à part, le Québec s'est exclu des grands débats canadiens. Pendant que le Canada choisit entre les visions des libéraux et des conservateurs, une décision qui aura un impact aussi majeur au Québec qu'ailleurs, les Québécois regardent passer le train.
En prime, la victoire du Bloc ravive le débat sur la souveraineté. Même si M. Duceppe a pris soin de séparer les deux dossiers, il voit sa victoire comme un premier pas. " Imaginez le 28 juin quand on va gagner, imaginez quand on va se donner un pays ", lançait-il la semaine dernière. Gérald Larose, président du Conseil pour la souveraineté, estime que " le Québec s'apprête à approfondir sa démarche historique ". Avant de sauter aux grandes interprétations, n'oublions pas qu'en janvier dernier, le même Bloc, à 20 points derrière les libéraux de Paul Martin, était menacé de balayage. La remontée s'explique essentiellement par le scandale des commandites et n'a donc rien d'historique.
Lundi prochain, lorsqu'ils feront leur choix, de très nombreux électeurs feront face à un dilemme. Le dilemme de ceux qui appuieront le Bloc québécois, sauf pour les plus convaincus d'entre eux, sera le suivant: voter Bloc, c'est envoyer un message fort de rejet des libéraux, mais c'est jouer avec le feu en favorisant une victoire conservatrice et surtout, c'est consacrer l'isolement du Québec.
adubuc@lapresse.ca

Charest nie tout clivage linguistique
Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 23 juin 2004
Le Québec sort grandi de l'exercice des défusions, selon le premier ministre
Québec - Le premier ministre Jean Charest refuse de voir dans les défusions massives de 14 municipalités de l'ouest de l'île de Montréal le signe qu'un clivage linguistique et économique divise désormais francophones et anglophones.
«Les résultats des référendums ne relèvent ni d'un clivage linguistique ni d'un clivage économique, a affirmé hier Jean Charest, lors d'un point de presse. Ce n'est pas ça qui était l'enjeu. C'est le sentiment d'appartenance qui était l'enjeu.»
Le premier ministre a choisi d'attendre à hier après-midi avant de réagir aux résultats des 89 référendums qui permettent à 32 anciennes villes de défusionner, dont 15 sur l'île de Montréal. Le jour du scrutin, dimanche, M. Charest était à Sherbrooke dans sa famille pour célébrer la fête des Pères, avait-il laissé savoir.
Lundi, c'est son maître ès fusions, le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, qui a livré la première réaction du gouvernement aux résultats des scrutins.
«Le Québec en sort grandi. Les citoyens et citoyennes en sortent grandis, mais surtout confiants pour l'avenir de leurs villes, a dit M. Charest. Les villes sont plus fortes de l'appui des citoyens.» Plus jamais un gouvernement du Québec ne pourra faire des fusions forcées comme l'ont fait dans le passé les gouvernements Bouchard, Bourassa, Lévesque et Lesage. «Il sera dorénavant impossible pour tout gouvernement d'imposer un modèle de vie communautaire qui ne recueille pas l'appui des citoyens», a prédit le premier ministre. Le «déni de démocratie» dont fut responsable le gouvernement péquiste a été «réparé», a-t-il déclaré.
Le premier ministre s'est défendu de ne pas avoir livré bataille pour les nouvelles villes aux côtés des maires. «J'ai joué le rôle que j'avais à jouer», estime-t-il. Il a respecté son engagement électoral de permettre la tenue des référendums défusionnistes. «Ce n'est pas à moi à dicter leur choix [aux citoyens]. J'ai dit, moi, le préjugé que j'avais.» La réussite des grandes villes, ce que le premier ministre jugeait comme le meilleur choix pour le Québec, est restée jusqu'à la fin un «préjugé favorable».
Les défusions n'auront aucune conséquence néfaste pour Montréal, estime M. Charest. «La métropole va demeurer forte et va demeurer ce qu'elle est. Ça ne changera pas. L'agglomération va avoir des pouvoirs très importants», a-t-il dit.
Plus tôt dans la journée, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a blâmé M. Charest pour son absence du débat sur les défusions. «Il y a une façon pour un premier ministre d'être là, d'être présent avec les citoyens quand les grandes tourmentes sont en train de se vivre», a-t-il fait remarquer. «Le premier ministre ne peut rester en retrait de ses propres réformes.»
Mario Dumont soupçonne M. Charest, qui aurait été «mal à l'aise» avec les défusions, d'avoir cédé à des impératifs partisans et aux pressions de la députation libérale de l'ouest de l'île de Montréal. «Il y avait un gros bâilleur de fonds, une grosse source de revenus» dans ces comtés, estime M. Dumont. Les citoyens de l'ouest de l'île de Montréal «sont extrêmement forts, extrêmement puissants, et ils prennent finalement un contrôle assez large sur le Parti libéral» quand il est dans l'opposition, a signalé cet ancien libéral sous Robert Bourassa.
Jean Charest a qualifié de «pure fabulation» cette interprétation de M. Dumont.
Par ailleurs, le premier ministre a indiqué que ce sera aux comités de transition, qui doivent remettre leurs rapports d'étape le 30 septembre, de faire leurs recommandations pour que des élections anticipées se tiennent avant l'échéance prévue de novembre 2005 dans toutes les villes touchées par les défusions.

Référendums sur les défusions :
"Le Québec sort grandi", dit Charest
Le Soleil mercredi 23 juin 2004
En bout de ligne, "le Québec sort grandi" de la saga des défusions et les villes bénéficieront d'une impulsion nouvelle insufflée par la légitimité de la consultation, a affirmé, hier, le premier ministre Charest.
"Le Québec sort définitivement gagnant, la démocratie sort gagnante et, dorénavant, il n'y a plus un gouvernement au Québec qui pourra poser des gestes comme ceux du Parti québécois", a indiqué Jean Charest en point de presse.
Comme son ministre des Affaires municipales l'a fait la veille, le premier ministre a soutenu que les référendums n'ont révélé aucun clivage linguistique ou économique au Québec. "Pendant tout le débat, je n'ai jamais entendu un citoyen soulever ces questions-là, a dit M. Charest. Ce n'était pas ça, l'enjeu, mais plutôt le sentiment d'appartenance. (...) Il n'y en a pas, de clivage, ça n'a pas fait l'objet de la campagne. Le seul qui soulève ça, c'est Bernard Landry parce qu'il voit là-dedans une source de division qui le sert."
Tout le processus aura été "difficile pour certains, mais riche en enseignement" pour le Québec. M. Charest n'achète d'ailleurs pas l'argument voulant que Montréal, avec ses 15 démembrements, sorte particulièrement amochée de l'aventure. "La métropole, avec l'agglomération, avec la loi 9 (sur la réorganisation municipale), est protégée, assure-t-il. La métropole est là."
En ce qui a trait plus spécifiquement à Québec, où seulement deux municipalités ont été reconstituées, M. Charest a indiqué que "la capitale s'offre au monde avec une nouvelle confiance en elle".
Ce que les référendums ont apporté aux villes, c'est une légitimité que la fusion forcée rendait inaccessible, affirme le premier ministre. "Il y a maintenant une adhésion, une légitimité qui n'était pas là le 19 juin, a dit M. Charest. (...) Les citoyens en sortent grandis, mais surtout confiants pour l'avenir de leur ville. Et les villes et leurs représentants en sortent renforcés."
Le premier ministre s'est beaucoup fait reprocher son manque d'implication dans le débat sur la réorganisation des villes. Mais M. Charest n'a pas l'impression que sa fonction de premier ministre lui imposait de prendre part au duel d'arguments. "J'ai joué le rôle que j'avais à jouer, dit-il. (...) J'ai respecté l'engagement que j'ai pris et c'est aux citoyens de se prononcer. Ce n'est pas à moi à essayer de dicter leur choix. J'ai dit le préjugé que j'avais et on a fait la loi 9, les études et les registres."
Charge de Dumont
L'Action démocratique du Québec aussi voit les frontières de la langue et de la richesse tracées par les défusions. Pour Mario Dumont, le premier ministre était "extrêmement mal à l'aise" avec les démembrements, mais le financement du Parti libéral est tellement lié aux régions défusionnistes qu'il ne pouvait pas reculer. "On pourrait identifier la carte des défusions avec la carte linguistique ou celle des indices de richesse, et on aurait des corrélations, fait valoir M. Dumont. Si on mettait la carte du financement au PLQ, on aurait une corrélation encore plus grande."
Ce n'est pas par conviction que les libéraux ont inscrit les défusions à leur programme électoral, croit-il. "Ils l'ont fait pour des raisons partisanes, parce qu'il y avait un gros bailleur de fonds, une grosse source de revenus qui étaient des comtés qu'il voulait absolument", indique le chef de l'ADQ. Les propos de M. Dumont ont été qualifiés de "pure fabulation", plus tard, par le premier ministre Charest.
Si l'on cherchait un exercice démocratique de qualité, il va falloir repasser, estime M. Dumont. Même si personne ne s'était présenté pour voter Non, dimanche, les résultats auraient été exactement les mêmes. En effet, il n'existe aucun endroit où les défusionnistes ont atteint le seuil du 35 % tout en étant défaits par une majorité en faveur de la grande ville. "Si on juge l'arbre aux fruits, disons que c'est assez particulier ce que ç'a provoqué", dit-il.
L'absence de Jean Charest du débat n'est pas acceptable, selon M. Dumont. Une discrétion qui lui rappelle celle dont avait fait preuve M. Charest lors de la présentation par la ministre Monique Jérôme-Forget de son projet de réingénierie de l'État. "Je pense que c'est le devoir d'un premier ministre d'être là avec les gens et de ne pas proposer des grandes réformes en étant absent, en dehors du décor. (...) C'est lui qui a embarqué le Québec au complet dans ces dépenses d'énergies et d'argent-là, bien, il est l'ultime responsable."

Dumont accuse le gouvernement d'avoir agi à des fins partisanes
Gilles Normand
La Presse mercredi 23 juin 2004
Québec - Réagissant au résultat du vote sur les défusions, Mario Dumont a accusé le premier ministre Jean Charest d'avoir été " remarquablement absent " dans le dossier et d'avoir pris cet engagement électoral à des fins partisanes et non dans l'intérêt public.
" C'est M. Charest comme chef libéral qui a pris le dessus sur M. Charest comme premier ministre de tous les Québécois, et c'est ce qui a donné le fouillis qui a conduit à ce résultat final (...) Il n'y a personne qui est satisfait de l'attitude du gouvernement libéral parce qu'il a fait les choses pour les mauvaises raisons. Ils (les libéraux) ont fait les choses pour des raisons partisanes, ils n'ont pas fait les choses pour des raisons d'intérêt public ", a commenté Mario Dumont, qui estime que le démembrement de Montréal n'est pas un événement dont l'histoire du Québec pourra s'enorgueillir.
Le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ) voit même une relation entre la décision du Parti libéral de s'engager à mettre en place un mécanisme de démembrement des villes et le financement du parti dans certaines circonscriptions.
" Ce n'est pas la première fois que ça arrive dans l'histoire, que les gens de l'ouest de Montréal, pendant que le Parti libéral est dans l'opposition, ils sont extrêmement forts, extrêmement puissants et ils prennent finalement un contrôle assez large sur le PLQ qui a une influence ensuite sur l'ensemble de leurs politiques. (...) Je vous dis: prenez le financement au PLQ là, puis mettez-le sur une carte, puis vous allez voir les comtés avec des défusions. Je suis convaincu que vous allez faire une corrélation statistique ", a expliqué Mario Dumont.
Selon lui, Jean Charest, qui avait fait campagne à fond de train sur les défusions n'avait plus le choix que d'aller de l'avant une fois élu. " Je pense qu'il était très mal à l'aise avec les défusions, il était mal pris avec ça et ne se montrait pas trop en public ", a insisté M. Dumont en reprochant au premier ministre d'avoir été absent du dossier les jours précédant l'exercice, ainsi que le soir même et le lendemain.
Le chef de l'ADQ a tracé un parallèle entre le dossier des défusions et celui de la restructuration de l'État, un autre cheval de bataille du Parti libéral durant la dernière campagne électorale. M. Charest lui semble manquer de leadership également dans ce dossier où il le trouve tout aussi absent que dans celui des défusions.
" Quand on interpelle des gens pour faire des changements, des changements de culture, des changements d'attitude, je pense que le devoir d'un premier ministre c'est d'être là avec les gens, de ne pas proposer les grandes réformes en étant absent, en étant en dehors du décor ", lui a encore reproché M. Dumont.

Le retour des deux solitudes
Michèle Ouimet
La Presse mercredi 23 juin 2004
Robert Libman et Peter Yeomans devront probablement quitter le comité exécutif de la Ville de Montréal, l'équivalent du Conseil des ministres.
Leur présence est politiquement intenable. Yeomans est maire de Dorval, Libman de Côte-Saint-Luc, deux arrondissements majoritairement anglophones qui ont dit oui à la défusion dimanche. Le comité exécutif gère les affaires de Montréal et il n'a plus aucune compétence sur Dorval et Côte-Saint-Luc. Problème.
Comment Yeomans et Libman peuvent-ils continuer à siéger au comité exécutif d'une ville que leurs électeurs ont répudiée? Que fera Peter Yeomans si, par exemple, une de ses décisions heurte les intérêts de Dorval?
Peter Yeomans et Robert Libman ont deux points en commun: ce sont des anglophones et ils ont déjà été de féroces défusionnistes. Au fil des mois, ils ont laissé tomber leurs préjugés contre Montréal et ils ont commencé à y croire, à cette ville. Ils l'ont même défendue pendant la campagne référendaire. Pourtant, de nombreux électeurs leur ont mené la vie dure en les accusant d'être des traîtres.
Aujourd'hui, ils en paient le prix. Le maire Gérald Tremblay devra probablement exiger leur démission. Résultat: deux anglophones de moins dans des postes stratégiques à Montréal, une grosse perte.
Les fusions ont réussi à faire travailler côte à côte les deux communautés. Elles ont brisé l'isolement politique des anglophones, qui restaient trop souvent confinées dans leurs petites villes tricotées serrées. Les défusions ont tué cet élan dans l'oeuf. C'est le retour aux deux solitudes.
L'ouest de l'île de Montréal majoritairement anglophone a défusionné. Le clivage linguistique est évident, criant. Pourtant, le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, et le premier ministre, Jean Charest, s'entêtent à le nier.
Est-ce de la mauvaise foi, de l'aveuglement ou une incompréhension de la réalité montréalaise? Ou peut-être est-ce la peur, tout à fait légitime, d'agiter la question linguistique?
Les arguments de MM. Fournier et Charest ne tiennent pas la route. Lorsque les journalistes leur parlent de clivage linguistique, ils se braquent et brandissent l'exemple de Montréal-Est qui a défusionné même si elle est francophone et située dans l'est de l'île. Ils citent aussi en rafale Boucherville, Saint-Bruno et même l'Ancienne-Lorrette à Québec. Toutes défusionnées, toutes francophones.
C'est le sentiment d'appartenance à une communauté qui a motivé les défusionnistes, a dit Jean Charest hier. C'est vrai. Sauf qu'à Montréal, ce sentiment d'appartenance a une dimension linguistique. Évident, non?
Admettre que les anglophones ont majoritairement décidé de retourner dans leurs petites villes, ne signifie pas déclencher une guerre linguistique. Pas du tout. C'est tout simplement prendre acte d'un fait incontournable, gros comme le nez au milieu du visage. Nier cette réalité est malsain.
Les dégâts prendront du temps à émerger. Lorsque le conseil d'agglomération sera créé en janvier 2006, les 15 villes défusionnées, qui ne rassemblent que 13 % de la population, feront probablement bloc contre Montréal. Comme les décisions seront prises au prorata de la population, la grande ville détiendra tous les pouvoirs. Imaginez le portrait: petites municipalités contre le gros Montréal, anglophones contre francophones.
C'est la démocratie, dira Jean Charest. C'est vrai. Mais ce sera aussi l'impuissance d'une minorité face à une majorité qui lui imposera toutes les décisions. Y a-t-il une solution? Sûrement, mais ce n'est pas en se mettant la tête dans le sable qu'on la trouvera.

La volte-face de Mulcair
Pierre Jury
Le Droit mercredi 23 juin 2004
La semaine dernière, le ministre de l'Environnement du Québec, Thomas Mulcair, a entrouvert la porte à l'exportation massive de l'eau... avant de l'ouvrir toute béante, quelques jours plus tard.
Sous le prétexte du développement économique régional, M. Mulcair se prononçait avant même un débat sur le sujet, en faveur de l'exportation de cette ressource vitale et dont le Québec, favorisé entre tous avec ses 500 000 lacs et 4500 rivières, détient 3 % des réserves mondiales. Qu'est-ce qui a bien pu stimuler une telle volte-face chez lui ? Cela demeure une énigme.
Mais au fond, les raisons de ce changement de position chez lui importent peu. Il ne faut que démontrer son illogisme.
De toute façon, le débat a déjà été fait et il a duré cinq ans.
Les premiers travaux du Québec sur l'eau ont débuté en 1997, sous l'autorité de Lucien Bouchard. Il y a eu de vastes consultations à la grandeur du territoire et des centaines de citoyens et d'organismes ont soumis des mémoires. Cela a abouti à la Politique nationale de l'eau (PNE), lancée en grande pompe en novembre 2002.
Dans le monde de l'administration publique, c'était hier.
Il faut noter aussi que la Politique nationale de l'eau a fait l'objet d'un large consensus au sein des élus, des deux côtés de l'Assemblée nationale.
Avec sa PNE, le Québec détenait ainsi un guide d'intervention dont la mise à niveau se ferait à tous les cinq ans.
Voilà que moins de 20 mois plus tard, le ministre Mulcair ouvre clairement son jeu et souhaite en changer un bout, et pas le plus anodin : l'ouverture du marché de l'eau potable.
Entre temps, il y a évidemment eu l'élection d'un gouvernement libéral sous Jean Charest. Mais personne ne mettait en doute la Politique nationale de l'eau. Sa mise en place faisait partie de ses engagements.
Lors de son accession au cabinet, M. Mulcair supportait avec force la PNE qu'il qualifiait "d'un des bons coups du gouvernement antérieur". Un mois plus tard, il disait même vouloir en faire l'un de ses trois dossiers prioritaires, avec les sites d'enfouissement et les pesticides. Le seul bémol consistait en le financement de cette politique dans le cadre de budgets québécois serrés.
Aujourd'hui, Thomas Mulcair fait sienne une priorité... de miner la Politique nationale de l'eau, plutôt que de la renforcer.
La Politique nationale de l'eau adopte des principes qui vont à l'encontre de son commerce à grande échelle. La vendre à coup de camions-citernes ne respecte pas "une perspective de développement durable" ni sa reconnaissance "comme patrimoine collectif" - plutôt que régional, comme le souhaiterait aujourd'hui M. Mulcair.
La PNE ne mentionne qu'en passant que l'eau "ne peut pas être marchandée ni être soumise aux règles du marché parce qu'elle est irremplaçable et n'a pas de substitut". Pourtant, elle l'est déjà, et abusivement, accusent certains, qui voient camions après camions de bouteilles d'eau quitter le territoire. M. Mulcair y voit là une prise : si l'on permet sa vente en bouteille, pourquoi pas en vrac ?
Un abus n'en justifie pas un autre, M. le ministre. La ressource eau a besoin d'un champion qui achèvera la mise en place de la Politique nationale de l'eau et qui instaurera le programme de redevances pour les utilisateurs. Comme vous le supportiez en novembre 2002, comme vous entendiez le faire avant et depuis votre élection.
pjury@ledroit.com

Les sondages en campagne
- Méthodologie négligée en dépit de la loi électorale
Claire Durand
Professeure au département de sociologie de l'Université de Montréal
Le Devoir mercredi 23 juin 2004
Les campagnes électorales modernes se caractérisent généralement par la publication de sondages électoraux. La campagne canadienne actuelle ne fait pas exception. Dix sondages électoraux ont été publiés dans les quotidiens nationaux entre le 28 mai et le 15 juin, dont un seul fait uniquement au Québec.
La possibilité que les sondages influencent les campagnes et éventuellement le vote des électeurs a mené le gouvernement canadien à légiférer sur la publication des sondages électoraux. La nouvelle loi canadienne de 2000 fait obligation aux médias de donner des renseignements d'ordre méthodologique de façon à permettre au lecteur informé et éventuellement aux experts de juger de la qualité des sondages publiés.
Par exemple, lorsque deux sondages donnent des estimations différentes des forces en présence, il est important d'avoir les données suffisantes pour savoir s'il y a une véritable différence entre les sondages compte tenu de la marge d'erreur et s'il est probable qu'une information soit meilleure que l'autre.
Que dit la loi ?
La loi oblige donc les médias à publier avec l'article présentant le sondage des données de base : nombre de répondants, nom des commanditaires et du sondeur, marge d'erreur, libellé de la question, période d'entrevue, moyen de se procurer un rapport méthodologique détaillé.
De plus, la loi dicte les données méthodologiques qui doivent être présentées dans le rapport détaillé : mode d'échantillonnage, taille de l'échantillon initial, taux de validité, d'admissibilité et de refus, mode de pondération des données, proportion de répondants discrets et manière dont on les a traités, moment de la journée où les entrevues sont faites.
En 2000, la loi avait généralement été respectée formellement en ce qui a trait à l'information accompagnant les articles mais les rapports détaillés, lorsqu'ils existaient, ne comprenaient pas, à quelques exceptions près, toutes les informations exigées par la loi. Quoique des sanctions soient prévues par la loi, personne à Élections Canada ne semble s'être préoccupé de la faire respecter. Qu'en est-il en 2004 ?
Loi non respectée
Une première analyse des données publiées entre le 28 mai et le 15 juin montre que la quasi-totalité des médias présentent les données de base requises pour l'intention de vote pour l'ensemble du Canada. Par contre, la marge d'erreur présentée est habituellement basée sur l'ensemble des répondants. La véritable marge d'erreur, basée seulement sur les répondants effectifs et tenant compte des pourcentages, peut donc différer de celle qui est présentée.
L'omission la plus flagrante est toutefois que les intentions de vote sont présentées pour les régions (Atlantique, Québec, Ontario, Prairies, Alberta et Colombie-Britannique) sans que les données de base (nombre de répondants et marge d'erreur) soient présentées. Enfin, aucun média n'a fait état de la possibilité de se procurer un rapport méthodologique détaillé et des moyens pour le faire.
Comme, en 2000, les médias référaient habituellement les lecteurs aux sites Internet des firmes de sondage, nous avons donc vérifié si les données requises étaient présentes sur ces sites. Il s'avère qu'une seule des quatre firmes ayant effectué des sondages canadiens mentionne sur son site des données de base telles le nombre de répondants et la proportion de répondants discrets pour la question sur l'intention de vote dans les régions.
Par ailleurs, aucune firme ne donne le taux de réponse. Enfin, les données de base sur l'échantillon -- manière dont celui-ci est tiré, population de référence, inclusion des numéros de téléphone non listés -- sont minimales. En résumé, l'analyse montre que la loi n'est pas respectée par les médias. La situation est la même qu'en 1997, avant l'entrée en vigueur de la loi.
Les conséquences
Plusieurs études ont montré que la méthodologie utilisée pouvait expliquer certaines différences entre les sondages. Entre le 9 et le 11 juin, quatre sondages ont été publiés, donnant un portrait différent des intentions de vote au Québec. Léger Marketing donne le Bloc à 46 % et le PC à 31 %; CROP donne le Bloc à 44 % et le PLC à 32 %; Ekos donne le Bloc à 54 % et le PLC à 22 %; enfin, Ipsos-Reid, donne le Bloc à 50 % et le PLC à 24 %. Y a-t-il des différences significatives entre ces sondages et, si oui, à quoi peut-on les attribuer ?
Le tableau présente l'étendue des pourcentages réels auxquels on peut s'attendre dans la population compte tenu des marges d'erreur exactes (calculées au meilleur des données disponibles en fonction du nombre de répondants estimés et des pourcentages réels).
Ainsi, l'intention de vote pour le Bloc québécois pourrait, si on tient compte des marges d'erreur, être aussi basse que 39,7 % et aussi élevée que 58,6 %, soit presque 20 points de différence, alors que celle du PLC pourrait varier du simple au double, soit de 18,1 % à 36,3 %.
Notons que seuls les sondages CROP et Ekos diffèrent significativement entre eux alors que ceux d'Ipsos-Reid et de Léger ne se distinguent pas significativement des deux autres. Il faut également remarquer que les deux firmes canadiennes estiment le Bloc plus haut que les firmes québécoises.
Qu'est-ce qui permet d'expliquer ces différences ? Il semble raisonnable d'éliminer la possibilité que les intentions de vote pour le Bloc aient fluctué à ce point en quelques jours. Quoique de telles différences puissent se produire au hasard -- le fameux «une fois sur 20» --, les méthodologies utilisées sont des facteurs plus plausibles d'explication.
Il est difficile d'avoir accès à certaines données; nous avons donc dû en estimer certaines à partir des données disponibles ou demandées aux médias. La pondération utilisée peut être en cause. Les sondages réalisés par Ipsos-Reid et Ekos n'ont pas été pondérés en fonction de la langue, contrairement à ceux de Léger et de CROP. Comme les francophones au Québec ont plus tendance à collaborer aux sondages, il est possible que les sondages canadiens comportent une trop forte proportion de francophones, ce qui aurait dû être corrigé.
L'autre facteur d'importance, le taux de réponse, n'est pas rendu public, et ce, malgré l'obligation juridique. Les taux ont été divulgués pour CROP et Ekos parce qu'un même média commanditait les deux sondages et a voulu expliquer les écarts. Les taux de réponse obtenus par les sondeurs québécois sont en général plus élevés que ceux des sondeurs canadiens, ce qui pourrait expliquer les différences. Or, si CROP et Léger ont de meilleures estimations, l'estimation de l'intention de vote pour le PLC dans l'ensemble du Canada, qui tient compte des données pour le Québec, est légèrement sous-estimée par Ipsos et Ekos : le Parti libéral et le Parti conservateur sont donc vraiment à égalité.
La loi canadienne prévoit que certaines données méthodologiques doivent être disponibles pour qu'il soit possible d'éclairer les électeurs sur la validité des estimations des sondages publiés.
Il est démontré que la méthodologie influence la qualité des estimations et que les sondages publiés peuvent influencer le vote. Il ne semble pas que le Directeur général des élections se préoccupe du respect de la loi sur ce point, et ce, malgré que les mêmes problèmes soient survenus lors des élections de 2000.

Relations canado-américaines : l'amitié à quel prix ?
Rancourt, Jean-François; Auger, Julie
Le Soleil mercredi 23 juin 2004
Durant la dernière année, le gouvernement Chrétien a subi les pressions de groupes d'intérêt pour obtenir une attitude plus conciliante envers l'administration Bush. Paul Martin, de son côté, faisait de l'amélioration des relations canado-américaines une priorité. Son objectif visait à satisfaire les gens d'affaires en évitant à tout prix les représailles des États-Unis. Bien que des efforts aient été entrepris afin de répondre aux attentes américaines en matière de sécurité, les bénéfices promis par le gouvernement Martin tardent à venir. Son erreur serait double : miser sur un rapprochement par le volet sécuritaire et transformer la sécurité en monnaie d'échange.
Premièrement, les relations du gouvernement américain avec ses alliés traditionnels se sont considérablement détériorées, particulièrement depuis l'Irak. Les efforts du Canada en matière de sécurité ont donc peu d'impact, le président manifestant aussi peu de considération à son égard qu'à celui d'autres États. Ce privilège que confère le pouvoir d'agir unilatéralement, M. Bush l'utilise afin de se rapprocher de ceux qui partagent sa vision. Donald Rumsfeld affectionne notamment les pays de la "nouvelle Europe", dont les gouvernements sont malléables et font du charme à la superpuissance.
Deuxièmement, non seulement les efforts en matière de sécurité demeurent inefficaces, mais leur association à des "marchés stratégiques" n'est également pas souhaitable. Soumis au Sénat canadien, ce concept consiste à échanger mesures de sécurité canadiennes contre concessions commerciales américaines. Toutefois, lier différents dossiers ou adopter certaines politiques en échange de gains économiques remet en cause la tradition des relations canado-américaines. Pire, cette proposition met en péril une relation gagnante pour le Canada. Discuter sur un pied d'égalité, dans des comités paritaires, avec un voisin à la puissance disproportionnée comporte effectivement un avantage certain.
Malheureusement, Paul Martin jongle toujours avec l'idée de "marchés stratégiques", une option tentante afin de séduire le milieu des affaires dont il connaît l'appétit. Ainsi la publication de la politique de sécurité nationale à la veille d'une première rencontre avec le président ne peut être un hasard. Il s'agirait plutôt d'un témoignage de bonne foi. Le gouvernement Martin semble même avoir précipité la publication du document. Sa qualité graphique laisse à désirer et plusieurs "nouveautés" ne sont qu'apparentes. Et malgré cette campagne de séduction, Paul Martin a toujours les mains vides. Si le président promet par exemple la réouverture de la frontière au boeuf canadien lors de la première rencontre Canada-États-Unis au Sommet des Amériques de janvier et plus récemment en marge du G8, rien n'est encore moins certain.
Pourquoi ? Parce que les contentieux actuels reflètent la vague de protectionnisme déferlant aux États-Unis, où certains souhaitent limiter les importations et d'autres, plus radicaux, espèrent un moratoire sur l'immigration. Cette logique échappe parfois au président, qui ne peut faire ingérence et renverser à sa guise les décisions. Sans parler d'un manque flagrant de volonté, dont les producteurs de bois d'oeuvre font les frais. Alors que l'OMC et l'ALENA établissent que les États-Unis ne respectent pas leurs engagements internationaux, les sanctions à l'égard du Canada persistent néanmoins.
Peu d'évolution est à prévoir rapidement. La course à la présidence, l'Irak et les différentes enquêtes auprès de l'administration américaine occasionnent suffisamment de maux de tête au président et à son entourage. Cette frénésie ne doit toutefois pas éclipser le choix du futur premier ministre canadien quant à l'attitude à adopter.
Au cours du prochain mandat, les concessions trop importantes et une proximité accrue aux Américains seront à éviter. Modifier la politique étrangère canadienne ou adhérer à la vision de George W. Bush impliquent un prix trop élevé. La position canadienne sur l'échiquier mondial risquerait d'être affaiblie, voire absorbée par la puissance américaine. Ni la fluidité des passages à la frontière ne serait assurée, ni les contentieux actuels plus rapidement enterrés. D'ici les élections présidentielles, la meilleure option demeure l'attente. Un nouveau président pourrait effectivement conduire le gouvernement américain à modifier de lui-même son attitude envers le Canada.
Les auteurs appartiennent à la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangères et de défense canadiennes de l'Université du Québec à Montréal.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’apparente «fin de l’Histoire» selon les libéraux fédéraux
Olivier Legros
TRIBUNE LIBRE 23 juin 2004
Fédéralisme canadien, questions constitutionnelles et discours politique : l’apparente « fin de l’Histoire » selon les libéraux fédéraux.
Simplistes et démagogiques sont les propos des messieurs Pettigrew, Dion, Lapierre et Martin sur les débats concernant la souveraineté du Québec, la question référendaire, et, bref, le fameux dossier constitutionnel. À les écouter, ces questions sont « dépassées », « vieilles », voire carrément indignes d’être remises sur la table des négociations. Pourtant, force est de constater que ces questions sont essentielles à la bonne compréhension de la politique canadienne et québécoise. Le refus de discuter ouvertement de ces sujets, rendus complètement tabous et perpétuellement évités dans le discours politique du gouvernement fédéral, cristallise à mon sens la situation actuelle du fédéralisme canadien tel qu’il est depuis la période Trudeau, à savoir un fédéralisme centralisateur, paternaliste et irrespectueux de la constitution canadienne rapatriée unilatéralement de surcroît sans le Québec. Comment ensuite le gouvernement fédéral peut-il prétendre être à la recherche de solution en ce qui a trait à la question du Québec et aux fameuses questions des relations fédérales-provinciales ? Il ne s’agit pas ici de prendre parti, quoique je ne me cacherai pas derrière la façade neutre de l’intellectuel et de l’analyste. Il s’agit simplement de détruire le préjugé selon lequel l’enjeu de la souveraineté est soi-disant « dépassé ».
Vrai, deux référendums ont déjà été faits au Québec sur la question de la souveraineté. Par deux fois, le camp du NON l’a emporté, bien qu’en 1995, il s’en soit fallu de peu. Fréquemment, le préjugé populaire selon lequel la souveraineté du Québec est dépassée s’appuie sur les deux défaites consécutives des référendums. À mon avis, l’argument est léger et fébrile. Le gouvernement fédéral ne peut pas reléguer les questions de la souveraineté et du dossier constitutionnel, sujets si fondamentaux à la politique du Québec et du Canada, au néant simplement par les résultats de l’expression de l’opinion publique lorsque celle-ci s’est montrée divisée à un point tel où les Québécois se retrouvent polarisés entre deux camps. Cette opinion publique, doit-on le rappeler, peut s’avérer extrêmement volatile (nous n’avons qu’à comparer, par exemple, les pourcentages en faveur du OUI en 1980 et ceux de 1995) selon les différentes périodes historiques et il serait trop facile de qualifier un débat de vieux et dépassé simplement par les résultats d’un référendum. À écouter les canons libéraux lors des multiples discours de la présente campagne électorale, en ce qui concerne la souveraineté du Québec et le dossier constitutionnel, on en serait venu littéralement à une véritable « fin de l’Histoire » ! Certains clament à gauche et à droite que les Québécois ne veulent plus revenir sur ce débat, qu’ils ne veulent plus en discuter, etc. On s’approprie (ou plutôt s’invente) à qui-mieux-mieux la volonté populaire alors qu’il est clair qu’un fort pourcentage de Québécois désirent AU MOINS revenir sur ces questions.
À moins que le dossier constitutionnel soit ré-ouvert et/ou que la fédération éclate par l’accession du Québec à la souveraineté, les questions référendaires et constitutionnelles ne seront jamais « dépassées ». À ce sujet, la loi C-20 sur la clarté (sic) référendaire, n’est qu’un outil qui contribue à cristalliser le statut quo de par sa nature à ne pas être claire elle-même, et en étant fondamentalement anti-démocratique. En outre, il y a de bonnes raisons de croire qu’en faisant de ces sujets de véritables tabous, on compte éventuellement sur l’indifférence du public et sur l’amnésie générale bien connue des sociétés portée sur l’individualisme, qui, comme le rappelle Charles Taylor, constitue une « misère de la Modernité ».
À mon humble avis, le gouvernement fédéral se rendrait lui-même un énorme service en relançant de son cru les discussions sur la constitution, au lieu de toujours compter sur l’indifférence relative, la complaisance et l’aplatventrissement de certains. Nous avons pu le constater à maintes reprises au cours des derniers mois, la scène politique canadienne n’est peut-être pas aussi platonique et stable que certains pourraient être tentés de croire. Il en est de même pour l’État du Québec. Camoufler les questions au cœur des problèmes fondamentaux de la politique canadienne et québécoise derrière les qualificatifs de « dépassés » et de « vieux » n’est aucunement productif et rentable politiquement à long terme. La preuve, c’est que le mouvement souverainiste est sensiblement aussi fort qu’auparavant, n’en déplaise à Stéphane Dion et à son attitude relativement bornée. Il doit être plutôt déconcertant de la part des libéraux fédéraux de dresser le bilan des efforts financiers et politiques consacrés à la stratégie de la complaisance, du statut quo et de la centralisation pour tenter de remédier à la problématique du Québec. De la part des défenseurs du fédéralisme actuel, constater l’absence de progrès concrets après un quart de siècle sur les questions que cette lettre soulève doit être rude. Si l’on tire des leçons des dernières années et des discours actuels, rares seront les politiciens fédéralistes qui auront le courage et la volonté politique pour affronter les véritables problèmes et engendrer les réformes nécessaires du fédéralisme canadien actuel. Une chose est sûre : si le parti gagnant aux élections du 28 juin continue dans la même logique que le gouvernement actuel concernant la question du Québec, jamais ce sera terminé, à moins bien sûr d’un référendum gagnant.

TRIBUNE LIBRE
Martin prépare ses arrières : «nous sommes tous responsables»
Robert Bertrand
TRIBUNE LIBRE 23 juin 2004
Ce n'est pas un simple aveu : il nous confirme ce que tout le monde disait depuis bien longtemps mais qu'eux les LIBÉRAUX n'avaient jamais osé dire : Tant les Robillard, les Pettigrew, les Stéphane Dion (il était président du Conseil Privé d'où il pigeait ses fonds) les Cauchon, les Denis Coderre (Présent actuel du Conseil Privé : il dispose encore de 100 millions jusqu'en 2006 pour les commandites) et tous les autres ministres de par la responsabilité ministérielle.
Martin embarque tout le monde parce qu'il doit bien s'imaginer, au lendemain d'une défaite, le nouveau Premier Ministre n'aura pas le choix de faire la lumière, pas juste la lumière contrôlée par les LIBÉRAUX mais la lumière éclatante de la vérité.
Près de deux milliards au cours des années ont été consacrés par les divers Conseils Privés pour satisfaire les rapaces LIBÉRALES envers la démocratie québécoise qui se manifestait tant par des élections démocratiques que par des référendums démocratiques avec des lois de contrôles pour que le tout se réalise dans des normes non connues par les LIBÉRAUX et/ou les CONSERVATEURS.
Il doit se sentir bien bas dans les sondages et dans tout ce qui doit arriver à son bureau pour inclure tous les ministres des divers gouvernements LIBÉRAUX qui détenaient le pouvoir autocratique.
Et tous les journaux, toutes les revues, tous les médias tant électroniques que parlés ou écrits et télévisuels sous le contrôle des commandites, de la propagande LIBÉRALE, il faudra, un jour, découvrir les sommes versées à chacun d'eux et les journalistes qui possédaient et possèdent leurs propres émissions devront voir étaler les sommes d'argent qui les faisaient nous parler, à nous, Québécois, comme ils le faisaient sur les ondes.
Nos étudiants et étudiantes devraient faire des études particulières sur les sommes ainsi acquises par les divers médias et leur façon de devoir assouvir la volonté LIBÉRALE de manipuler, de garder captives les populations des comtés détenues de tout temps par les LIBÉRAUX.
C'est un aveu de culpabilité, rien de moins, que cet individu, en campagne électorale vient de livrer sur les ondes de leur radio canadian.
Le mercredi 23 juin 2004 / Scandale des commandites / Paul Martin: «nous sommes tous responsables» / Joël-Denis Bellavance / La Presse
http://www.cyberpresse.ca/elections_federales/article/
1,7198,0,062004,719788.shtml
Paul Martin estime que tous les ministres du gouvernement de l'ancien premier ministre Jean Chrétien doivent être tenus responsables du scandale des commandites.
Dans une entrevue accordée à Radio-Canada qui doit être diffusée jeudi soir, le chef du Parti libéral affirme aussi que Jean Chrétien doit aussi accepté une part du blâme de ce fiasco administratif qui a fait perdre des plumes aux libéraux dans les sondages.
«J'ai dit que, en tant que premier ministre, j'accepte ma responsabilité. C'est pour cela que j'ai mis la commission Gomery sur pied. Je pense que tout le gouvernement a manqué de vigilance. C'est une affaire acceptable ce qui s'est passé. Je pense que tout le monde dans le gouvernement doit accepter la responsabilité. Je comprends pourquoi les Québécois sont choqués», a déclaré M. Martin.
Interrogé par le présentateur du Point, Bernard Derome, à savoir si l'ancien premier ministre Chrétien doit aussi accepter sa part de responsabilité, M. Martin a déclaré : «Y compris tout le monde. On a une responsabilité comme gouvernement. On doit l'accepter. Je comprends très bien pourquoi les Québécois sont choqués. Je le regrette énormément. C'est pourquoi c'est tellement important de trouver des réponses et nous allons les trouver», a-t-il affirmé.
Durant l'entrevue, M. Martin a dit avoir confiance de remporter la victoire le jour des élections, mais il a aussi refusé de dire qu'il en avait la certitude. «J'ai confiance, mais il faut travailler très fort. Je peux vous dire que d'ici le 28 juin, nous allons travailler jour et nuit», a-t-il déclaré.
Par ailleurs, M. Martin a maintenu la pression sur le premier ministre Ralph Klein hier même si le ministre de la Santé de l'Alberta, Gary Mar, a dévoilé les grandes lignes de la réforme des soins de santé que prépare la province.
M. Martin s'est dit satisfait de constater que le gouvernement albertain compte investir davantage d'argent dans le régime de soins de santé, mais il a soutenu qu'il voulait quand même que M. Klein rende publique dès maintenant l'ensemble de la réforme contemplée. M. Klein prévoit déposer sa réforme le 30 juin, soit deux jours après les élections.
Depuis une semaine, M. Martin soupçonne son adversaire conservateur Stephen Harper de vouloir se faire complice de Ralph Klein dont la réforme pourrait contrevenir à la Loi canadienne sur la santé, de l'aveu même du premier ministre de l'Alberta.

TRIBUNE LIBRE
Il est peut-être temps...
Jacques Bergeron, Montréal
TRIBUNE LIBRE 23 juin 2004
Décidément les indépendantistes n'apprendront jamais.
Non contents d'avoir perdu la dernière élection à
cause d'un manque (grave) de stratégie, voilà que
notre ami Bernard Landry pavane avant l'heure. Et si
cette gaffe faisait perdre des votes au Bloc
Québécois, comme lors de la fusion des «villes»,
qu'est-ce que nous dirions?
Et si les gaffes du dernier gouvernement du PQ,
- comme le projet d'entente avec les innus, son
acceptation d'inclure le Labrador «officiellement»
dans la province de Terre-neuve, qui se nomme
maintenant Terre-neuve & Labrador, sans oublier encore
une fois les fusions des villes, qui même si elles
étaient justifiées, auraient dû être faites autrement,
ce qui a causé sa perte lors de la dernière élection, -
venaient encore une fois nuire au Bloc?
On pourrait
continuer encore longtemps sur le manque de stratégie
de nos ami-e-s indépendantistes qui, lorsqu'ils sont
au gouvernement, veulent changer le monde d'un coup,
en oubliant qu'ils ont été élus par nous
«indépendantistes», pour réaliser l'indépendance
du Québec et nous délivrer des attaches amoureuses du
gouvernement d'Ottawa.
J'affirme sans gêne aucune, que
le Québec n'a compté qu'un seul vrai stratège,
stratège que l'on a mis de côté pour ne pas faire peur
aux ethnies et aux anglais, M. Jacques Parizeau. Qui ne
se souvient pas des «Commissions sur l'avenir du
Québec», mises sur pied par le gouvernement Parizeau,
qui ont remis l'indépendance à l'ordre du jour?
Sans
ces commissions notre idéal était voué à l'oubli
puisque personne n'en parlait et qu'après le départ de
M. Parizeau, Lucien 1er, dit Bouchard, a tout fait
pour faire sombrer l'émancipation politique de son
peuple en laissant croire qu'il nous fallait atteindre
le déficit «zéro» avant de s'occuper de faire la
promotion de l'indépendance. Et après, ce fut la santé
qui retint ses convictions (sic) indépendantistes qui
faillirent précipiter notre idéal aux oublis.
Puis
notre ami Landry, tout imprégné du zèle de Lucien 1er,
en avait oublié que la meilleure stratégie pour
remporter l'élection était de promouvoir
l'indépendance du Québec, pays de «langue française»,
seul motif de faire l'indépendance.
Puis, le président
du Parti Québécois trouvait une idée géniale qu'il a
appelée la «saison des idées», comme s'il avait oublié
que les «Commissions sur l'avenir du Québec» n'avaient
jamais existé et qu'on pouvait y trouver toutes les
idées nécessaires à la promotion de notre idéal, même
la mise sur pied d'une constitution du Québec.
Vraiment
nos indépendantistes n'ont pas beaucoup de stratégie.
Je dirais qu'ils n'ont que des idées, mais ne savent
pas comment les utiliser. Ce n'est certainement pas en
faisant la promotion d'un projet de loi sur le mode de
scrutin à la proportionnelle que l'on atteindra notre
idéal, cet outil que Claude Ryan avait trouvé pour
combattre l'indépendance du Québec, sachant qu'en plus
de 40 ans, les indépendantistes n'avaient obtenu que
deux fois 50% du vote populaire.
Sachant cela, le PQ
accompagné de certains partis de la gauche dite
progressiste, qui n'a de progressiste que le nom, et
voulant surtout être présent à l'Assemblée nationale,
s'empresse de préparer un projet qui enverrait notre
idéal aux oublis de façon indéfinie. Heureusement
que le présent gouvernement a décidé d'oublier cette
affaire, car c'en était fait du Québec, pays
indépendant de langue française. Et voilà
qu'aujourd'hui M. Landry avec toute sa candeur
stratégique vient mettre son grin de sel dans
l'engrenage blocquiste.
Il est peut-être temps
d'appeler Mme David au secours, ou encore M. Henri
Massé et peut-être M. Robert Laplante, ou Serge
Ménard, afin qu'une de ces personnes vienne mettre
un peu d'ordre dans la stratégie indépendantiste.

TRIBUNE LIBRE
Les jeux sont maintenant faits
L'équipe de La Fronde
TRIBUNE LIBRE 23 juin 2004
Les jeux sont maintenant faits : Paul Martin et compagnie ne peuvent plus rien tenter pour changer les intentions de vote. Au Québec, malgré la campagne de peur libérale, le Bloc Québécois demeure le grand favori pour remporter près de 50 comtés sur 75.
En politique, les Québécois sont généralement difficiles à faire choquer. Ah! qu'ils sont patients pour avoir enduré si longtemps des hontes nationales comme Jean Chrétien. Qu'ils sont gentils d'avoir accordé leur confiance à des libéraux fédéraux qui, depuis 1995, tentent de corrompre en cachette la vie démocratique québécoise à coup de million$ et de drapeaux canadiens. Tout ça au nom de la Très Sainte Unité Canadienne. Bref, on peut faire beaucoup de mal aux Québécois avant qu'ils ne réagissent. Et s'ils finissent par se choquer, habituellement, ça ne dure pas très longtemps. Ça, les libéraux du Québec le savent très bien et ils ont le tour de jouer sur notre patience d'ange.
La brochette libérale québécoise des Jean Lapierre, Lisa Frulla, Pierre Pettigrew, Stéphane Dion, Denis Coderre & Cie savent jouer avec les peurs, les inquiétudes, les zones obscures de l'inconscient politique québécois. La brochette sait manipuler en jouant sur la peur garder le Québec en son pouvoir.
Cette fois, ils ont atteint la limite. Depuis quelques mois, une guirlande de sondages démontrent que le Québec risque d'échapper aux griffes de la brochette. Tirant de l'arrière face au Bloc, les libéraux de Paul Martin ont d'abord fait pleuvoir des milliard$ sur le Québec (toujours liés à des conditions inacceptables, bien entendu) et annoncé des grand$ projet$ (des annonces réchauffées pour la plupart). Ça n'a pas fonctionné.
Inquiets, ils ont martelé pendant 2 semaines "Un vote pour le Bloc est un vote pour Harper". Et, selon eux, Harper menaçait de faire reculer le Canada en 1950 et de représenter l'enfer pour les Québécois. Mais le Bloc a continué à monter dans les sondages. Les Québécois sont-ils devenus sourds à la peur? Désespérée, la brochette des Lapierre, Dion et Pettigrew a même été jusqu'à dire que voter pour le Bloc signifiait "s'embarquer de nouveau dans une démarche de référendum." (Le Devoir, 23 juin).
Quel argument-massue!
Franchement, il est temps que le 28 juin arrive. Ces discours de peur deviennent tannants à la longue: chère brochette, es-tu capable de proposer aux Québécois autre chose que la peur et la désinformation? Peux-tu changer de disque une fois de temps en temps? On dirait bien que non. Pauvre brochette, encore et toujours les mêmes refrains contre les "méchants séparatisses" et leur volonté de briser le beau Canada.
Hého! Youhou! Réveillez-vous les libéraux! Ce n'est pas un référendum qu'il y aura le 28 juin! C'est une élection fédérale. Et beaucoup de Québécois sont choqués contre vous, et ils vont vous le prouver. Votre petite stratégie de faire voter les gens un 28 juin – alors que nombreux seront ceux qui ont la tête ailleurs – n'est pas une man½uvre bien appréciée non plus. Ensuite, beaucoup de Québécois savent que Ti-Jean Charest, à moins de folie furieuse, ne déclenchera de référendum sur la souveraineté du Québec. Alors arrêtez d'agiter vos ridicules épouvantails séparatisses, vous vous êtes trompés d'élections.
Le plus désagréable pour la brochette, c'est que le 28 juin, elle perdra probablement le POUVOIR que le conquérant canadian lui a donné pendant des années. Si aucun des grands partis ne fait élire plus de 155 députés (ce qui assure la majorité absolue), il devra gagner l'appui du Bloc Québécois pour gouverner. Et alors? Le Bloc pourra donc influencer toute action du gouvernement et protéger toute atteinte aux intérêts & droits du Québec. Pour les libéraux du Québec, ce sera la frustration ultime. Il faut comprendre que, pendant des années, ils nous ont fait croire qu'eux seuls pouvaient travailler à Ottawa en faveur du Québec. Ils en sont venus à se croire indispensables. En votant pour le Bloc le 28 juin, les Québécois vont prouver que le pouvoir n'est plus une chasse-gardée des Lapierre, Frulla, Coderre, Dion, Pettigrew & Cie. Quelle défaite pour eux. Beaucoup de Québécois auront jugé que les députés du Bloc sont de meilleurs défenseurs des intérêts du Québec. C'est une bonne claque bien sentie et surtout bien méritée pour ces libéraux qui prétendaient avoir le monopole du pouvoir et de la Vérité.
Il y a quelque chose de triste dans tout cela. Le peuple québécois ne pourra jamais se débarrasser de cette fière brochette de Canadiens français toujours prêts à semer le doute, la division et à s'agenouiller devant le conquérant canadian. Dion, Pettigrew, Coderre, Lapierre, Frulla & Cie sont installés dans les comtés les plus fédéralistes qui peuvent exister sur la planète. Impossible de les voir un jour perdre une élection dans leur comté. Consolons-nous: si Paul Martin perd le pouvoir le 28 juin, ce sera un bon début! Et la brochette aura un bon ½il au beurre noir – ENFIN!

TRIBUNE LIBRE
L'élection des néoconservateurs : Peur, Paternalisme et Patronage
Dominic Courtois Montréal
TRIBUNE LIBRE 23 juin 2004
George W Bush se fait champion de ces trois manoeuvres: le président
américain ne s'entiche pas de subtilités, elles vont à l'encontre de son
image.
De Washington à chez nous, la politique néoconservatrice a la cote et aucun
pallier gouvernemental n'y échappe. Ainsi, après qu'il ait gouverné les
orgies financières des commandites à l'évasion fiscale, le nouveau boss à
Ottawa choisit enfin de nous offrir un peu de notre argent en proposant de
troquer le système de santé pour nos votes à l'élection fédérale.
Le procédé vous déplaît? Pensez-y, vous protesteriez au moment de répondre
à la préoccupation #1 de l'ensemble des électeurs?
Alors, écoutez bien la suite du discours : la torture américaine vaut mieux
que celle de Saddam, et M. Martin vous protège de M. Harper. La résultante
du système politique nord-américain est toujours le choix du moindre mal.
Le Québec ne voulant pas être en reste, nous nous sommes débarrassé des
aveugles qui nous gouvernaient et avons élu un gouvernement provincial qui
était prêt à nous remettre à l'heure continentale.
Peur : l'énormité de la dette doit anéantir vos attentes vis-à-vis Québec.
Paternalisme : la démocratie participative entrave l'action de nos
décideurs.
Patronage : public-privé, qui de mieux placé pour en décider que le privé?
Un petit conseil pour les réfractaires qui hésitent à se lancer dans le bain
néoconservateur: la misère des uns fait le bonheur des autres, alors
choisissez votre camp. Ah, mais ça vous dégoûte de la politique? Ne vous en
faites pas, une chute de libido accompagnée de l'apathie électorale sont les
effets secondaires de la médecine neo-con, qui soigne vos délires
sociaux-démocrates.
Notre Québec vieillissant (ayez-en peur!) étant profondément affligé, nous
avons élu de lui administrer cette médecine de cheval. Réingénérie :
éliminons nos services afin de les sauver. CDQ : arrêtons les
investissements structurants pour stimuler la richesse. Suroît : détruisons
l'environnement pour éviter la catastrophe. Défusions : déresponsabilisons
les riches pour promouvoir la démocratie.
La liste est longue, elle va
prendre quatre ans à écrire.

TRIBUNE LIBRE
La panique de Courtemanche
Charles Courtois Montréal
TRIBUNE LIBRE 23 juin 2004
J'ai été surpris par la réaction de Gil Courtemanche face au déroulement de la campagne fédérale en cours qu'il a publiée samedi dans vos pages.
Je ne lui reproche pas de vouloir appuyer le NPD pour des raisons progressistes ni de s'opposer à un pouvoir conservateur. Mais devant cette perspective, M. Courtemanche semble paniquer et prendre pour acquis une majorité conservatrice. Or l'élection d'un gouvernement libéral ou conservateur minoritiare semble beaucoup plus probable, ce qui donnerait une importance plus grande aux députés progressistes, du Bloc comme du NPD, car ni l'un ni l'autre des deux partis de droite ne pourrait dicter ses volontés.
Dans sa panique, M. Courtemanche oublie les propos du chef Layton qui évoque les collaborations du Bloc et du NPD sur les propositions progressistes. Ce n'est pas la faute du Bloc si Harper est plus populaire que Layton en ce moment au Canada anglais. Gil Courtemanche sombre alors dans une rhétorique non pas néo-démocrate mais libérale qui attaque les souverainistes.
C'est là que M. Courtemanche est véritablement à côté de la plaque, à mon avis. Il prétend que la question nationale occulte le progrès des politiques solidaires au Québec, en détournant les militants. Je crois que c'est le contraire qui est vrai. La sensibilité nationale est un facteur mobilisateur, qui tient les citoyens du Québec en alerte sur la Res publica et qui motive la participation citoyenne. J'en veux pour preuve la richesse des politiques sociales du Québec, la résistance plus forte opposée à Charest qu'à Harris, ou des taux de participation électorale plus forte au Québec qu'au Canada. Les luttes nationales sensibilisent les citoyens québécois à la chose publique.
La démocratie repose sur la souveraineté du peuple : le mouvement souverainiste se préoccuppe donc du fondement même de tout projet de démocratie et de solidarité citoyennes. Le Québec apporte une contribution à la lutte pour la diversité culturelle qui a une signification universelle et une résonnance dans le monde. Avec la question écologique, ce richesse culturelle est le patrimoine de l'humanité que nous devons défendre pour l'avenir. Il n'y a pas de question plus importante en politique.
Continuer dans un Canada centralisateur et officiellement bilingue, c'est accepter la minorisation toujours plus poussée des francophones et du Québec. Nous sommes déjà passés sous le seuil des 50% et maintenant des 25% du Canada. Ottawa investit toujours plus en Ontario, et c'est là que migrent les jeunes du Canada et s'installent les immigrants : l'Ontario croît deux fois plus vite que le Québec depuis 25 ans. Imaginons une partie des emplois et migrations liés à la fonction publique et aux ambassades à Québec plutôt qu'à Ottawa : quel dynamisme pour notre seconde ville ! Le gouvernement fédéral veut miner l'identité québécoise par le bas, à travers Montréal, et par le haut, en empiétant sur les compétences de Québec. La naturalisation canadian plutôt que québécoise nuit à notre avenir et à notre vie citoyenne.
Le mouvement souverainiste nous offre la possibilité de sortir du rôle de minorité canadienne-française pour pouvoir intégrer nous même des immigrants dans une citoyenneté québécoise qui offre un autre modèle que la ségrégation positive des anglo-saxons.
Dans le comté de Gil Courtemanche, le candidat Rebello incarne à merveille l'alternative d'un Québec progressiste qui s'ouvre à l'avenir et rassemble la diversité sans s'effacer dans le Canada. Il rejoint les idéaux de M. Courtemanche qui nous apprend cependant qu'il va voter NPD dans l'espoir de voir M. Rebello défait et Jean Lapierre élu. Avant d'accuser le Bloc de compromissions, M. Courtemanche devrait peut-être réfléchir, et prendre au sérieux l'indépendantisme comme vecteur de solidarité et de démocratie. Si une disparition lente du Québec et de sa culture ne l'émeut pas, qu'il nous l'explique, mais qu'il ne prétende pas que les fédéralistes au Québec sont les acteurs de la solidarité, de la démocratie et de la culture en gardant le vrai pouvoir dans une capitale anglophone.
Je lui pose la question suivante : est-ce que la souveraineté n'est pas le seul moyen d'assurer un avenir à la culture québécoise, et est-ce que les citoyens québécois vont mieux se reconnaître et participer dans le Canada du nation building ou un Québec indépendant ? Libérer la polis posera le fondement même de la démocratie et de la solidarité pour que le Québec citoyen participe à l'ONU et au village global.
Bien à vous,
Charles Courtois Montréal
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