Actualité





Le temps de la transparence

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 30 juin 2004

Les leçons à tirer de l'élection du 28 juin sont nombreuses. Sont interpellés au premier chef les partis politiques et leurs leaders qui auront à décoder le message que les électeurs leur ont transmis à travers le résultat de ce scrutin. Clairement, ceux-ci veulent un changement d'attitude de leur part.

Les politiciens ont été unanimes ces dernières années à déplorer le désintérêt grandissant de leurs concitoyens envers la politique. Ils y voyaient une forme de cynisme qu'eux-mêmes pourtant nourrissaient en laissant se multiplier les scandales au sein d'un gouvernement qui se croyait au-dessus des lois et des règlements. En élisant un gouvernement minoritaire, les Canadiens se sont donnés une police d'assurance contre le cynisme des politiciens.

Avec cette élection prend fin cette période de 11 ans où le Parti libéral jouissait d'un statut de parti unique en raison de la fragmentation de l'opposition en quatre partis, dont aucun n'arrivait à s'imposer comme solution de rechange au gouvernement. Aujourd'hui, les conservateurs peuvent sérieusement prétendre remplacer les libéraux. On retrouve au sein du parlement élu lundi un équilibre des forces qui est ce qui faisait le plus défaut depuis l'élection de 1993.

Gouvernement sous surveillance, les libéraux ne pourront définir seul ce qu'est la raison d'État comme ils l'ont fait dans le cas du programme des commandites. Ils ne pourront non plus renier leurs promesses électorales à la première occasion, comme cet engagement pris en 1993 d'abolir la TPS. S'ils devaient revenir sur une parole donnée, ils devront expliquer pourquoi plutôt que prétendre avoir été mal compris. La transparence sera la mère de toutes les vertus politiques.

Ce qui vaut pour le Parti libéral vaudra aussi pour les partis d'opposition qui, dans un contexte de gouvernement minoritaire, auront un rôle déterminant. Fini le côté mécanique des votes aux Communes où il suffisait de s'opposer sans que ces partis aient vraiment à peser leurs opinions. Désormais, ils participeront au processus décisionnel à travers chaque vote. Ils devront être cohérents avec les positions défendues en campagne électorale, sinon exprimer les motifs qui les amènent à les nuancer. Les électeurs n'accepteraient certainement pas les jeux de pouvoirs par lesquels l'opposition marchanderait son appui au gouvernement Martin. Le maquignonnage ne sera pas toléré.

Le Parti libéral est celui qui devrait pouvoir profiter le mieux de la nouvelle période qui s'ouvre. En lui laissant la direction du gouvernement, les électeurs ont donné à Paul Martin une deuxième chance pour montrer qu'il peut transformer la politique canadienne. Comme chef du gouvernement, il a en main tous les outils nécessaires pour s'affirmer. Il est le maître du jeu. Tout sera une question de leadership, ce en quoi ses six premiers mois à la tête du pays n'ont pas été concluants. À lui de l'être maintenant.

Les conservateurs ont aussi besoin de cette période de transition. Cette élection est arrivée trop tôt pour qu'alliancistes et progressistes-conservateurs aient le temps d'assimiler leur fusion dans le nouveau Parti conservateur. L'intégration des anciens «progressistes» ne s'est pas faite. Ceux-ci n'ont pas voté pour le nouveau PC comme le montrent les résultats de lundi soir qui sont inférieurs au total des votes obtenus à l'élection de l'automne 2000 par l'Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur.

À cet égard, le message des électeurs à l'endroit du parti de Stephen Harper est sans ambiguïté. On ne veut pas d'un parti de droite aux positions doctrinaires. Deux électeurs sur trois ont choisi de donner leur voix à des partis défendant des mesures progressistes.

***

Le Bloc québécois et le NPD ont été les deux seuls partis que les électeurs ont récompensés dans cette élection. Tous deux ont vu leur part des suffrages croître par rapport à l'élection précédente, le premier de 50 % et le second de 100 %. Il s'agit d'une prime récompensant le travail fait par ces partis dans l'opposition. On pourrait dire qu'ils avaient le beau rôle face à un gouvernement usé par le pouvoir, mais ils l'ont assumé avec rigueur et constance. Les électeurs ont apprécié.

Dans le cas du Bloc québécois, l'élection de 54 députés relève de l'exploit, ce qui lui donne un caractère exceptionnel. On voit mal comment ce parti pourrait faire mieux la prochaine fois. À cet égard, le Bloc entreprend une période délicate de son histoire où il lui faudra faire la démonstration qu'il peut faire plus que s'opposer, mais aussi contribuer à l'adoption de politiques auxquelles les Québécois tiennent. Bref, faire en sorte que les votes que ceux-ci lui ont donnés comptent.

bdescoteaux@ledevoir.ca



Le Bloc québécois naviguera au gré des enjeux

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 30 juin 2004

- Gilles Duceppe entend reprendre là où il a laissé
Les priorités du Bloc: la santé, le déséquilibre fiscal et l'assurance-emploi


Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, entend profiter du poids des 54 députés élus pour faire avancer en priorité les dossiers de la santé, du déséquilibre fiscal et de la caisse de l'assurance-emploi.

«L’importance n’est pas de savoir si on tente ou pas de défaire un gouvernement mais bien plutôt si on répond aux attentes de la population», a expliqué le chef bloquiste.

Au lendemain d'une victoire imposante, M. Duceppe s'est réjoui hier en conférence de presse que le statut minoritaire du gouvernement forcera désormais la tenue de débats de fond à la Chambre des communes. «Il y a trois partis d'opposition qui, selon les enjeux, ont la balance du pouvoir. [...] J'ai parlé de nouvelles façons de gouverner. Je crois qu'on peut maintenir la stabilité tout en débattant chacun des enjeux pour leur valeur propre. L'importance n'est pas de savoir si on tente ou pas de défaire un gouvernement mais bien plutôt si on répond aux attentes de la population», a expliqué le chef bloquiste.

Ainsi, M. Duceppe s'est présenté comme le défenseur des intérêts des Québécois. Il a averti les libéraux que le Bloc ne relâcherait pas son ardeur à combattre les conflits d'intérêts, le copinage et le patronage. «Le peuple québécois a clairement manifesté son refus de se laisser acheter à coup de drapeaux et de commandites. C'est maintenant la responsabilité du Bloc de s'assurer que le Québec soit respecté», a-t-il souligné.

Enjeu par enjeu

Pour ce qui est du déséquilibre fiscal, le Bloc n'entend pas s'empêtrer dans une chicane terminologique. Par contre, Gilles Duceppe a rappelé que le problème est reconnu par le Bloc, le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique ainsi qu'à l'Assemblée nationale, un consensus qui pourrait forcer le gouvernement libéral à en venir à l'évidence. «Si on arrive aux mêmes chiffres et qu'ils utilisent d'autres mots, il y a moyen de faire. Mais on veut régler la situation», a assuré le chef bloquiste. Ce dernier a ouvert la porte pour que le déséquilibre fiscal soit éliminé selon un plan de trois ou cinq ans.

Par ailleurs, M. Duceppe a précisé qu'il avait parlé lundi soir au premier ministre Paul Martin. «On s'est félicités mutuellement. Je lui ai dit que nous voulons discuter enjeu par enjeu, que nous ne sommes pas partisans de la politique du pire», a dit le chef du Bloc.

Pour ce qui est de la question de la souveraineté, qui a occupé la première partie de son discours aux militants lors de la soirée électorale, M. Duceppe s'est défendu qu'il y ait quelque élément nouveau que ce soit. M. Duceppe a toutefois fait remarquer que «les Québécois ont accordé leur confiance à des députés souverainistes».



PAS DE COALITION

Joël-Denis Bellavance
La Presse mercredi 30 juin 2004

Ottawa - Même si le Parti libéral a perdu sa confortable majorité à la Chambre des communes à l'issue des élections de lundi, Paul Martin écarte du revers de la main l'idée de former une coalition avec le NPD, estimant avoir un nombre suffisant de sièges aux Communes pour diriger un gouvernement minoritaire stable.

M. Martin, qui a réussi à sauver sa carrière politique en remportant 135 sièges et en permettant aux libéraux d'obtenir un quatrième mandat de suite, a indiqué hier avoir informé la gouverneure générale Adrienne Clarkson de son intention de gouverner sans obtenir l'appui formel de quelque parti que ce soit.

Le premier ministre, qui semblait manifestement soulagé de voir que le vent a tourné en faveur du Parti libéral au tout dernier tour de piste d'une bataille électorale sans merci, a précisé que sa priorité est de former son prochain cabinet afin de remplacer les ministres qui ont mordu la poussière tels que Hélène Scherrer (Patrimoine), David Pratt (Défense), Stan Keyes (Revenu) et Bob Speller (Agriculture).

M. Martin présentera d'ici une dizaine de jours sa nouvelle équipe ministérielle, qui devrait en principe compter des recrues telles que Jean Lapierre (Outremont), Ken Dryden (York-Centre) et Ujjal Dosanjh (Vancouver-Sud), et il commencera à préparer la conférence des premiers ministres portant sur le financement de la santé, en août. Il n'a pas l'intention de rappeler la Chambre des communes avant septembre, date à laquelle son gouvernement présentera un nouveau discours du Trône.

" Je crois que nous avons hérité d'un gouvernement minoritaire stable. Il y a des exemples de gouvernements minoritaires dans le passé qui ont accompli de grandes choses. C'est le cas du gouvernement de M. (Lester B.) Pearson. Il a réussi de grandes choses et il dirigeait un gouvernement minoritaire. En Ontario, Bill Davis (conservateur) a dirigé un gouvernement minoritaire pendant sept ou huit ans et il a connu beaucoup de succès ", a déclaré M. Martin en conférence de presse.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, croyait avoir remporté suffisamment de sièges pour détenir la balance du pouvoir, mais son parti a finalement terminé la soirée électorale avec seulement 19 députés, soit un de moins pour soutenir les libéraux et leur permettre d'atteindre le chiffre magique de 155 députés, la majorité.

Le Parti conservateur a remporté 99 sièges, le Bloc québécois 54 et un député indépendant, Chuck Cadman, de la Colombie-Britannique, a été élu. Ce dernier, qui a été élu en 1997 en portant la bannière de l'Alliance canadienne, avait perdu l'assemblée d'investiture du Parti conservateur au printemps. Hier, M. Cadman n'a pas écarté l'idée de rejoindre les troupes de Stephen Harper.

" Un mandat de la population "

" Je crois que les gouvernements minoritaires peuvent fonctionner. Je crois que nous avons reçu un mandat de la population d'agir dans certains dossiers. Nous avons évidemment l'intention de remplir ce mandat. (...) Mais nous allons tous devoir travailler très fort pour s'assurer que le nouveau Parlement fonctionne bien ", a déclaré M. Martin.

Ainsi, il n'a pas l'intention d'entreprendre des négociations avec ses adversaires, le néo-démocrate Jack Layton, le conservateur Stephen Harper ou le bloquiste Gilles Duceppe. M. Martin leur a toutefois parlé au cours des dernières heures pour leur offrir les félicitations d'usage après une campagne électorale où plusieurs coups ont été échangés.

Au sujet du recul de son parti au Québec, où les libéraux n'ont remporté que 21 sièges, M. Martin a rejeté l'idée qu'il ait déclenché précipitamment les élections afin de s'assurer de conserver les assises du Parti libéral en Ontario, quitte à sacrifier le Québec au passage.

" Est-ce que j'ai des regrets? Non. Avons-nous sacrifié le Québec? La réponse est catégorique. Absolument pas du tout. J'ai décidé de déclencher des élections parce que je croyais et je crois encore qu'il était nécessaire d'avoir un mandat avant de m'asseoir avec les premiers ministres des provinces sur la santé. En même temps, je voulais mettre de l'avant notre programme national de garderies modelé sur celui du Québec ", a-t-il affirmé.

Différence

Cela dit, M. Martin s'est engagé à rebâtir rapidement son parti au Québec. Il veut tout mettre en oeuvre dans l'espoir de regagner la confiance d'une majorité de Québécois, qui ont profité des élections générales pour infliger une correction aux libéraux à la suite du scandale des commandites.

" Il n'y a pas de doute que le dossier des commandites a été un facteur. Maintenant, nous sommes le gouvernement et c'est un gouvernement qui doit représenter toutes les régions du Canada et certainement un gouvernement qui doit représenter la province où je demeure et d'où je viens. Nous savons qu'il y a une différence au Québec et cette différence doit être représentée au sein du cabinet ", a-t-il affirmé.

Layton déçu

En conférence de presse plus tôt, Jack Layton avait exprimé sa déception de voir que son parti n'avait pu remporter que 19 sièges même s'il a recueilli le double des voix obtenues aux élections de 2000. Il s'est dit convaincu que son parti jouera un rôle influent aux Communes malgré tout et a prié Paul Martin de respecter ses engagements de la campagne, notamment au chapitre des investissements en santé et dans un réseau national de garderies.

M. Layton a soutenu que l'appel qu'a lancé Paul Martin en fin de campagne aux électeurs néo-démocrates de se rallier au Parti libéral pour empêcher Stephen Harper de prendre le pouvoir a porté ses fruits dans certaines circonscriptions.



Soigne ta gauche

Vincent Marissal
La Presse mercredi 30 juin 2004

On se demande beaucoup ces temps-ci ce que peut bien penser Jean Chrétien de la tournure des événements. Officiellement, on le dit peiné de voir ce qui arrive à son parti, mais officieusement, il n'est pas mécontent de voir Paul Martin apprendre à la dure le job qu'il lui a arraché l'an dernier.

Et Lucien Bouchard, lui, que pense-t-il en voyant Gilles Duceppe triompher avec un résultat à la décimale près de son "record" de 1993? On ne le saura pas puisque M. Bouchard observe scrupuleusement un devoir de réserve qui l'honore depuis qu'il a quitté la politique. On trouve néanmoins dans ses déclarations passées une profonde source de réflexion pour le Bloc québécois.

Voici ce qu'il disait, en novembre 1994, un an après avoir, lui aussi, fait élire 54 députés aux Communes: "La pire chose qui pourrait nous arriver, c'est qu'on serve de caution à une certaine résignation, à une certaine appréhension d'aller jusqu'à la véritable solution, la souveraineté du Québec."

Le Bloc québécois, ajoutait-il, ne peut devenir un " meuble de la Chambre des communes... Il n'est pas une option, mais un instrument. Il n'a donc de sens que pour servir à réaliser la souveraineté du Québec. "

Près de dix ans plus tard, il semble bien que les craintes du père fondateur du Bloc se confirment: canalisant toute la colère des Québécois contre les libéraux, le Bloc est devenu la police d'assurance antilibérale. Accessoirement, la grande délégation de bloquistes à Ottawa sert aussi de contrepoids au gouvernement fédéraliste hautement impopulaire de Jean Charest.

On dit souvent que l'électorat québécois sait faire preuve d'une grande finesse. Il l'a prouvé lundi en rétablissant un équilibre presque parfait: un gouvernement fédéraliste à Québec, un gouvernement libéral minoritaire à Ottawa et une forte représentation du Bloc à Ottawa pour " défendre les intérêts du Québec ".

De coup, le Bloc est en train de devenir, précisément ce que son fondateur craignait, un " meuble de la Chambre des communes " et non plus l'" instrument " souverainiste qu'il devait être. Gilles Duceppe a eu beau tenter un recentrage vers l'option lundi soir dans son discours, il ne pourra pas, en toute impunité, détourner le mandat que viennent de lui confier les Québécois. C'est bien lui, après tout, qui a passé les 36 derniers jours à affirmer qu'un vote pour le Bloc n'est pas un vote pour la souveraineté. Relancer la quête souverainiste, préparer le terrain du prochain référendum, cela aurait été possible (et probablement même inévitable) dans un climat de confrontation et d'incompréhension engendré par un gouvernement conservateur minoritaire. Pas avec un gouvernement minoritaire libéral qui n'aura d'autre choix que de gouverner en soignant sa gauche et en écoutant les provinces.

Gilles Duceppe est piégé par ses propres promesses de collaboration. Le Bloc s'installe donc à demeure à Ottawa en promettant de respecter les institutions parlementaires (ce que les bloquistes ont toujours fait) et en prenant l'engagement formel de soutenir le gouvernement si cela sert les intérêts du Québec (et non de faire la souveraineté à la pièce à Ottawa).

En plus, gracieuseté de la nouvelle loi de Jean Chrétien sur le financement des partis politiques, le Bloc recevra chaque année près de trois millions de dollars d'Ottawa en vertu de ses résultats électoraux de lundi.

En ces temps politiquement incertains, tout le monde devra mettre de l'eau dans son vin. Il n'y a pas que Gilles Duceppe qui devra se souvenir de ses promesses électorales. Paul Martin, aussi, lui qui a sauvé son gouvernement en faisant appel aux progressistes du pays. Plutôt ironique, d'ailleurs, de la part de Paul Martin, que l'on identifie davantage à l'aile droite du Parti libéral. Maintenant qu'il vient de réaliser l'inaccessible rêve de son père d'être élu premier ministre, Paul Martin devra s'inspirer de ses luttes pour les programmes sociaux. Ce faisant, il trouvera du côté du NPD et du Bloc les appuis nécessaires pour survivre au pouvoir.

En virant à gauche, Paul Martin s'est piégé lui aussi. Faut dire qu'il n'avait pas le choix. Fragilisé, il n'aura d'autres choix que de " livrer ", notamment, en santé et de régler l'épineux problème du déséquilibre fiscal.

En attendant, les élections de lundi ont réglé le problème du déséquilibre politique, qui faisait en sorte que les libéraux, installés confortablement au pouvoir sans véritable opposition, pouvaient regarder s'accumuler les milliards de surplus et traiter les provinces en manants de la fédération.

Les lendemains de victoire s'annoncent aussi difficiles pour le Bloc, qui se retrouve dans la position invraisemblable d'allié objectif du gouvernement libéral minoritaire. La difficile partie d'échecs qui s'amorce condamnera peut-être Gilles Duceppe à rester à Ottawa, même si un nombre grandissant de péquistes et de bloquistes le voient déjà remplacer Bernard Landry à Québec.

Dans les rangs bloquistes, des noms circulent déjà pour succéder à M. Duceppe, juste au cas... Parmi eux, Serge Ménard, l'ancien ministre péquiste et nouveau député du Bloc, Yvan Loubier, un vétéran député, Pierre Paquette, l'ancien syndicaliste très proche de Gilles Duceppe, et le jeune député Bernard Bigras, que l'on dit " dévoré d'ambition ".

Bernard Landry, lui, part ce vendredi pour un voyage de noces d'un mois. Il en profitera probablement pour réfléchir à son avenir politique.



Réaction de Québec à l'élection fédérale :
Charest croit que les dossiers du Québec feront des progrès

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 30 juin 2004

Québec - L'élection d'un gouvernement libéral minoritaire à Ottawa permettra au Québec de «faire des progrès importants» sur des questions qui font consensus ici, comme le déséquilibre fiscal et le financement fédéral dans le domaine de la santé.

C'est l'appréciation qu'a donnée, hier, le premier ministre Jean Charest, au lendemain de l'élection d'un gouvernement fédéral minoritaire. «Il y a un consensus plus fort pour aller vers un résultat que souhaite la population du Québec», a dit M. Charest au cours d'un point de presse.

En intervenant durant la campagne électorale, le Conseil de la fédération a permis «des avancées qui sont très intéressantes, au point où M. Martin a reconnu qu'il y avait des pressions fiscales majeures» sur les provinces, a souligné M. Charest. Le premier ministre s'est réjoui des réponses qu'a données Paul Martin à la lettre que le Conseil de la fédération lui a adressée durant la campagne comme aux autres chefs de parti politique fédéraux.

Pas plus ferme

Jean Charest n'entend pas se montrer plus ferme envers Ottawa. «La vraie fermeté, ç'a été dans le geste posé par le Conseil de la fédération, qui est un geste sans précédent», a-t-il valoir. «C'est la première fois dans l'histoire que les autres gouvernements [provinciaux] s'avancent», a relevé le premier ministre.

Dans la lettre qu'il a envoyée le 14 juin dernier au président du Conseil de la fédération, le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard Pat Binns, Paul Martin promet de discuter cet automne d'un «projet national conjoint» pour résoudre le problème de ces pressions financières. Il s'est également dit prêt à les rencontrer en prévision du prochain budget fédéral.

Avec le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, M. Charest entend «garder les ponts de communication ouverts». Le premier ministre a d'ailleurs joint M. Duceppe par téléphone le soir des élections, comme il s'est entretenu avec M. Martin, le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, et le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton. «Tous ceux qui voudront aider le gouvernement du Québec sont les bienvenus», a-t-il dit.

Jean Charest n'a pas voulu commenter le choix des Québécois, qui ont envoyé 54 députés souverainistes à Ottawa alors qu'un gouvernement fédéraliste est à la tête du Québec. Il a rappelé que M. Duceppe avait affirmé à plusieurs reprises que la souveraineté n'était pas un enjeu des élections. «Réinterpréter la campagne électorale après la fermeture des bureaux de scrutin ne serait pas une approche qu'apprécierait la population du Québec», estime M. Charest.

Landry est content

Pour le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, «il est certain que l'influence du Bloc, en présence d'un gouvernement minoritaire, sera extrêmement importante». Cela, ajoute-t-il, «lui donne une grande puissance».

M. Landry a maintenant accordé ses violons avec M. Duceppe: tout comme le chef bloquiste, il a dit interpréter le résultat des élections en faveur du Bloc comme un vote en faveur d'un parti qui est souverainiste et qui veut défendre les intérêts du Québec, ajoutant que la souveraineté, elle, serait décidée au Québec, lors d'un éventuel référendum. Et, pour tenir ce référendum, il faudrait d'abord que le Parti québécois reprenne le pouvoir, ce qui suppose au minimum quelques années d'attente encore.

Loin de sentir son propre leadership menacé par le succès du chef bloquiste, M. Landry affirme que «plus il y aura de leaders souverainistes populaires et mieux ce sera» pour la cause. Invité à dire clairement s'il était plus tenté, maintenant, de demeurer en poste à cause des résultats de ces élections fédérales, M. Landry a simplement laissé tomber, en souriant: «Disons que le vent est bon, si je puis m'exprimer ainsi.» M. Landry a répété qu'il annoncera sa décision cet automne.

Le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, estime que le gouvernement Charest doit «jouer ses cartes habilement» pour tirer parti de la situation, celle d'un gouvernement fédéral affaibli devant des provinces plus fortes.

Malheureusement, les régions du Québec seront mal représentées dans le cabinet de Paul Martin, car tous les ministres québécois seront choisis parmi des députés montréalais, à une exception près, a-t-il noté.

Quant au Bloc québécois, M. Dumont s'attend à ce qu'il fasse toute la lumière sur le scandale des commandites afin que «des gens [se retrouvent] sur le chemin de la prison». Toutefois, la sanction qu'a subie le PLC dépasse ce scandale. Elle vise des libéraux fédéraux qui ont «fait la sourde oreille» pendant des années dans une foule de dossiers: déséquilibre fiscal, congés parentaux, bourses du millénaire, etc.



L'heure a sonné pour parler de déséquilibre fiscal

Le Soleil mercredi 30 juin 2004

Les trois partis à l'Assemblée nationale vont talonner Ottawa

L'élection d'un gouvernement libéral minoritaire n'inquiète pas les ténors municipaux au Québec. Ils restent confiants que Paul Martin saura livrer la marchandise qu'il a promise en cours de campagne.

Hier, les chefs des trois formations ayant des députés à Québec ont présenté comme une bonne nouvelle le fait que Paul Martin n'ait pu décrocher une majorité d'élus à la Chambre des communes.

Le premier ministre Jean Charest a insisté sur le fait qu'à son initiative, le Conseil de la fédération, qui regroupe ses vis-à-vis des autres provinces, a interpellé les leaders des partis fédéraux. Du "jamais vu (...) qui a forcé les partis fédéraux à se prononcer.

"Sur le déséquilibre fiscal, nous avons fait des avancées très intéressantes, au point où M. Martin a reconnu qu'il y avait des pressions fiscales majeures" sur les provinces. M. Charest a indiqué qu'il a discuté, lundi soir, avec Paul Martin, de la rencontre au sommet qui réunira, cet été, Ottawa et les provinces pour discuter de ce sujet.

Dans ce dossier, comme dans celui du financement des soins de santé, a repris le chef libéral, "le résultat de l'élection générale nous permet de croire que nous ferons des progrès importants. Sur ces enjeux, a-t-il ajouté, ce que nous avons aujourd'hui est un consensus encore plus fort" entre les premiers ministres des provinces.

Jean Charest, fédéraliste de toujours, a refusé de voir un problème dans l'élection massive de candidats souverainistes du Bloc québécois. "Les ponts de communication sont ouverts avec tous les partis (...) et tous ceux qui voudront nous appuyer seront les bienvenus."

Pas un accident

Pour le chef de l'Action démocratique du Québec, les citoyens se sont assurés que les libéraux fédéraux ne sombreront pas dans les problèmes d'intégrité qui ont miné l'équipe de Jean Chrétien. Si la formule minoritaire comporte des "inconvénients", elle est avantageuse au plan de l'intégrité, a assuré Mario Dumont.

"Le genre d'écarts de conduite des gouvernements trop confiants, trop forts qu'on a connus avec les commandites, ce n'est pas possible avec un gouvernement minoritaire", a-t-il dit des libéraux fédéraux qui ont aussi été "sanctionnés" pour avoir fait "la sourde oreille" dans le dossier des congés parentaux et multiplié les empiétements.

Mario Dumont a cependant indiqué que le moment est propice pour que le gouvernement Charest arrache des concessions au fédéral. "Sur le déséquilibre fiscal, il y a une ouverture énorme." Le gouvernement fédéral se trouve "affaibli. Inévitablement, les provinces risquent d'être plus fortes. Le gouvernement (Charest) est appelé à jouer ses cartes habilement".

L'adéquiste a écorché au passage les bloquistes. Leur chef, Gilles Duceppe, a donné "l'impression (lundi soir) qu'il défendait l'agenda du PQ, non pas l'agenda des Québécois". Sur les commandites, il s'est demandé si les bloquistes feront "leur travail jusqu'au bout (...) pour voir des gens sur le chemin de la prison parce qu'ils ont fait disparaître 100 millions $".

Landry en confiance

Bernard Landry, le chef du Parti québécois, s'est réjoui du retour en force du Bloc québécois. Il a souligné que le parti-frère du PQ se chargera d'apporter à la Chambre des communes les consensus qui émergent à l'Assemblée nationale.

Il se fera le relais du Québec sur la question du déséquilibre fiscal. En matière de santé, il a réitéré que l'argent se trouve à Ottawa, mais que ce sont les provinces qui prodiguent les soins. Le gouvernement minoritaire apportera "un éclairage nouveau" sur les choix qu'effectuera Paul Martin, a-t-il prédit.

M. Landry a tenu à faire valoir qu'il ne se sent nullement menacé par Gilles Duceppe, dont le statut de meneur souverainiste est renforcé par son éclatante victoire. "Plus il y aura de leaders souverainistes populaires et mieux ce sera" pour la cause.

Bernard Landry doit faire connaître d'ici l'automne s'il demeurera à la tête du PQ. Sa réflexion se poursuit et, au lendemain du scrutin fédéral, tout ce qu'il laisse entendre, avec le sourire, c'est que "disons que le vent est bon, si je puis m'exprimer ainsi".



"Faites la lumière" sur les commandites"

Gilles Normand
La Presse mercredi 30 juin 2004

"Faites la lumière" sur les commandites" : Mario Dumont incite le Bloc québécois à ne pas trop s'identifier aux causes du Parti québécois

Québec - Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, met en garde le Bloc québécois contre la tentation de s'occuper des intérêts du PQ plutôt que celui de l'ensemble des Québécois. Il invite tout particulièrement la troupe de Gilles Duceppe à pousser pour qu'on aille au fond des choses dans le scandale des commandites.

" La sanction politique infligée aux libéraux ne suffit pas pour fermer le dossier. Quand il y a 100 millions qui disparaissent dans un pays, il me semble qu'on doit s'assurer que les enquêtes nécessaires vont aller jusqu'au bout ", a commenté M. Dumont au lendemain des élections.

Les responsables doivent être traduits devant les tribunaux et " peut-être prendre le chemin de la prison ". Les gens s'attendent à ça, a-t-il insisté.

Selon le chef de l'ADQ, les libéraux ont été " sanctionnés " d'une part pour le scandale des commandites, mais aussi pour s'être livré à des " empiétements à répétition " dans les compétences du Québec, pour " avoir fait la sourde oreille quant aux congés parentaux et les bourses du millénaire, et pour leur refus de reconnaître le déséquilibre fiscal ". " Je pense que les libéraux ont empilé les mauvais dossiers qui les ont conduits à être sanctionnés sévèrement au Québec ", a-t-il dit.

M. Dumont s'est dit étonné de constater, parmi les commentaires recueillis auprès du public par les médias électroniques, que les citoyens ne semblaient pas tellement touchés par le fait que le Canada sera désormais dirigé par un gouvernement minoritaire.

" On a vraiment le sentiment que c'est un peu ce qu'ils voulaient. On a l'impression qu'ils sont tous satisfaits qu'aucun parti n'en soit sorti avec un mandat majoritaire. "

M. Dumont non plus ne s'en fait pas. Bien qu'il ne donne guère de chances sérieuses au gouvernement Martin de se maintenir au pouvoir au-delà d'un an ou deux, il considérait " très malsain " qu'on ait été " dans un régime à parti unique depuis 10 ans ".

" Des dérapages aussi énormes, aussi extrêmes que le scandale des commandites ne peuvent arriver que lorsqu'un parti se sent trop confortable ", a-t-il indiqué.

Il a précisé que la présence d'un nombre aussi élevé de députés du Bloc à Ottawa ne lui inspirait pas d'inquiétude.

" C'est la décision des Québécois. J'ai quelques attentes. Je m'attends que ces gens-là défendent vraiment les intérêts de l'ensemble des Québécois et qu'ils ne transforment pas ça en une défense du programme du Parti québécois."

" Je m'attends aussi à ce que les députés du Bloc tiennent leurs promesses sur ce qu'ils nous ont promis en priorité: faire la lumière sur le scandale des commandites ", a précisé M. Dumont.

S'il persiste une crainte, c'est pour les régions du Québec qui ne seront guère présentes au Conseil des ministres, presque tous les députés étant appelés à le composer étant de Montréal et de l'extérieur du Québec. C'est là qu'il appartient à Jean Charest " de jouer ses cartes correctement ", puisque la nouvelle situation politique peut faire en sorte que les provinces soient plus fortes par rapport au gouvernement central.

" Jusqu'à maintenant, ça été un échec sur toute la ligne, mais Jean Charest doit maintenant se redonner une stratégie ferme de défense des intérêts du Québec ", a conclu le chef de l'ADQ.



Inouï

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 30 juin 2004

Kuujjuaq - Même le conservateur devenu libéral et créditiste jusqu'au fond de l'âme, Guy St-Julien, s'est fait battre ! Les Inuits représentés par le Bloc québécois au Parlement du Canada, ce n'est pas le moins inouï d'un lendemain de veille électorale dur à prendre comme une gueule de bois ! Mais là-haut, les rivières ont cassé et les ombles de l'Arctique sont plus faciles à attraper que des votes.

Dans l'avion de First Air, personne (sauf moi !) ne lisait le journal, ni ne discutait du résultat des élections hier matin. Chacun retournait à ses occupations, ou à ses plaisirs, loin des chicanes des politiciens d'en bas. Ce doit être à cela que pensait Paul Martin hier après-midi en martelant, à plusieurs reprises, sa propre interprétation du résultat des 38e élections générales : "un gouvernement minoritaire stable".

"Stable" : pourquoi pas, en effet ? D'ici les prochaines élections - à l'automne 2005 ? - , le premier ministre n'aura plus d'excuse pour gaspiller et mal gouverner. Le chef de l'opposition ne pourra plus dire qu'il n'a pas eu le temps de choisir ses candidats ni de débattre de son programme avec les militants de son parti. Le chef du Bloc québécois aura le temps de prouver qu'il lui faut 54 députés pour bien défendre les intérêts du Québec. Et le chef des néo-démocrates démontrera qu'il méritait mieux que 6 % des sièges à la Chambre des communes avec près de 16 % des suffrages exprimés. Peut-être même que le chef du Parti vert gagnera un lutrin au prochain débat télévisé des chefs de parti.

Ce lundi 28 juin 2004 ne fut pas une journée perdue puisque la route est semée d'embûches pour tous les partis politiques. La prudence les rendra plus sages. En fait, les débats au parlement pourraient se révéler tellement sereins et efficaces que les Canadiens y prendront goût et se paieront cinq gouvernements minoritaires en 10 ans, comme ils le firent au tournant des années 60 avec John Diefenbaker et Lester Pearson. Ce ne furent pas de si mauvaises années puisqu'elles nous apportèrent de grandes institutions nationales, un régime public de pensions et même un prix Nobel de la paix !

Je pense que les Canadiens étaient plutôt contents de leur coup lundi soir, d'autant plus qu'ils ont pu aller se coucher de bonne heure... Ou s'endormir sur le sofa du salon pendant les discours des chefs !

Quelques ministres, pas les meilleurs d'ailleurs, se sont fait battre. Mais quelques recrues ont été élues. Mes coups de coeur vont à Ujjal Dosanjh, futur ministre de la Colombie-Britannique, à Ed Broadbent, le doyen du NPD, à Maka Kotto, le nègre qu'on pourra écouter sans se fatiguer. Et à Belinda Stronach, bien sûr !

D'ici deux semaines, on connaîtra le nouveau Conseil des ministres. La situation au Québec - avec 21 députés libéraux - est tout de même moins tragique que dans l'Ouest où il suffisait presque de se faire élire pour devenir ministre. Plus de la moitié du Québec se retrouve cependant à la case départ de 1993, sans représentant au cabinet fédéral. C'est le "blackberry" de Francis Fox qui va être sollicité, comme le téléphone de Jean Pelletier autrefois, par les maires, les préfets de MRC et les ministres de Jean Charest.

Les priorités de Paul Martin - réduction des listes d'attente pour les chirurgies importantes, réseau de garderies, financement des infrastructures municipales - passent toutes par les capitales provinciales. Le Conseil de la fédération à Niagara, à la fin du mois, sera très suivi. Et la Conférence des premiers ministres, télévisée en direct, brisera peut-être tous les records de cotes d'écoute.

Puis ce sera le grand rendez-vous du discours du Trône au Parlement qui ne sera sans doute pas lu - Paul Martin fera son gros possible pour cela ! - par Adrienne Clarkson. Marc Garneau donnera un peu de hauteur à ce discours qui déclenchera le premier test pour Paul Martin, un vote de confiance.

Après ? Ce sera presque la routine parlementaire ! Il y a assez de choses à régler pour occuper le Parlement et donner à tous les élus la chance de prouver qu'on les a envoyés là pour travailler au bien public plutôt qu'à l'avenir de leur parti. Encore plus de votes libres, des élections à dates fixes tous les quatre ans, un groupe de travail sur la représentation proportionnelle, une autre réforme de l'assurance-emploi... Les oppositions seront tellement habituées à voir Paul Martin gouverner qu'elles en oublieront qu'il lui manque une vingtaine de députés !

Les questions contentieuses comme la réforme du régime de péréquation, le Protocole de Kyoto ou le bouclier antimissiles seront reportées à plus tard. Même le budget sera imbattable s'il prévoit assez d'argent pour les provinces, les municipalités et les militaires. En fait, dans un an, on ne se demandera plus combien de temps va durer le gouvernement de Paul Martin, mais plutôt comment précipiter sa chute.

Car après quelques mois d'un gouvernement minoritaire, le jeu démocratique est singulièrement faussé. Paul Martin aura hâte de déclencher des élections pour aller se chercher une vraie majorité. Mais les trois partis d'opposition redoubleront de politesse : "après vous, mon cher", se diront les chefs de parti.

La partie la plus délicate d'un gouvernement minoritaire est en effet celle de sa fin. Le gouvernement ne doit pas avoir l'air de précipiter les choses, mais aucun parti d'opposition ne veut être tenu responsable de sa chute. Pierre Trudeau réussit magnifiquement à planifier sa défaite en 1974. Joe Clark échoua lamentablement en 1979, passant pour un cancre qui ne savait pas compter !

Après avoir prouvé qu'il savait gouverner, Paul Martin devra convaincre les autres chefs de parti de le battre pour lui permettre de mieux rebondir ! Tout un défi...

Sur ce, je prends congé de vous, chers lecteurs. Les saumons et les truites de mer de la baie de Kangiqsualujjuaq m'attendent...

MVastel@lesoleil.com



Le partage du pouvoir

Gilbert Lavoie
Le Soleil mercredi 30 juin 2004

Éditorial - Nouvelle donne hier dans les résultats du scrutin fédéral de lundi : c'est le Bloc québécois qui a la balance du pouvoir à Ottawa. Une situation délicate pour Paul Martin, forcé de composer simultanément avec Gilles Duceppe et Jack Layton : il lui faudra des talents d'équilibriste pour gouverner, d'autant plus qu'il a promis une plus grande liberté à ses députés aux Communes.

Cette situation comporte un avantage indéniable : elle fait porter sur tous les partis une certaine responsabilité du pouvoir, d'un pouvoir partagé. Les Canadiens ont donné, lundi, une chance à tous les coureurs de démontrer leur sérieux.

La rentrée politique de Paul Martin a été sabotée par le scandale des commandites. Le premier ministre vient de gagner une année, peut-être deux, pour démontrer sa capacité de gouverner et imprimer des changements profonds au sein du Parti libéral. On verra finalement s'il a l'étoffe d'un vrai leader et la vision d'un grand réformateur. C'est sa dernière chance.

Stephen Harper n'a pas eu le temps nécessaire pour gagner la confiance du Canada central, et encore moins du Québec. Il a dû se lancer en campagne électorale avec un programme élaboré à la dernière minute qui a laissé planer des doutes sérieux sur l'influence de la droite orthodoxe au sein de son parti. Chef de l'opposition officielle à Ottawa, M. Harper aura l'occasion de démontrer s'il dirige un grand parti national ouvert aux courants d'idée de toutes les régions du pays, où s'il est encore prisonnier des dogmes de la défunte Alliance canadienne.

Gilles Duceppe a affirmé à plusieurs reprises que les Québécois ont fait confiance à des souverainistes à Ottawa. Mais ces souverainistes ont maintenant un pouvoir d'intervention réel auprès du gouvernement. Cela implique une obligation de résultats. Les bloquistes élus à Québec ou dans l'Est, par exemple, n'auront plus l'excuse de la députation libérale locale pour expliquer le retard de certains dossiers. En l'absence des libéraux, c'est à eux qu'il revient dorénavant de faire bouger les choses.

Jack Layton se retrouve également à la tête d'un parti qui pourra jouer d'une plus grande influence. S'il échoue, il pourrait être la victime d'une nouvelle polarisation des votes entre libéraux, conservateurs et bloquistes aux prochaines élections.

Aucun de ces partis n'a intérêt à déclencher des élections rapidement. Mais le prochain rendez-vous électoral viendra plus tôt que la normale. Les parlementaires ont du pain sur la planche. Il y aura moins de monde dans les délégations à l'étranger au cours de la prochaine année...



La victoire douce-amère du Bloc

Alain Dubuc
Le Soleil mercredi 30 juin 2004

Éditorial - La victoire du Bloc québécois a été éclatante : 54 sièges, près de 49 % des suffrages exprimés. Et pourtant, malgré cette réussite incontestable qui rejoint l'exploit de Lucien Bouchard, nous n'avons pas senti, dans le camp bloquiste, l'euphorie et les explosions de joie qui accompagnent normalement un tel tour de force.

La raison en est bien simple. Même si le succès électoral est incontestable, la dynamique politique qui s'est articulée sous nos yeux lundi soir constitue le pire scénario possible pour le Bloc québécois. Ses stratèges rêvaient d'un gouvernement minoritaire conservateur auprès duquel le Bloc détiendrait la balance du pouvoir. On se retrouve plutôt avec un gouvernement minoritaire libéral capable de faire alliance avec les néo- démocrates.

Le parti de Gilles Duceppe ne sera donc pas le power broker qu'il avait pu rêver devenir. Il ne disposera pas non plus d'un levier devant un gouvernement conservateur absent du Québec qui lui aurait permis d'exercer son influence. Et surtout, cette situation prive les leaders bloquistes de la réponse qu'ils pouvaient faire aux Québécois inquiets du fait qu'un appui trop massif à leur parti isolerait le Québec.

Dans les faits, le Québec, maintenant sous-représenté chez les libéraux qui forment le gouvernement, s'éloigne du pouvoir. C'est encore plus vrai de toutes les régions du Québec qui, sans députés libéraux et surtout sans ministres, auront bien du mal à faire comprendre leurs besoins et faire valoir leurs points de vue.

Ce scénario, même s'il est décevant pour le Bloc, ne le privera pas d'un rôle important à Ottawa. La configuration de la Chambre des communes, où l'addition des sièges libéraux et néo-démocrates est à une voix de la majorité, forcera le gouvernement Martin à de multiples alliances à la pièce où le Bloc aura sa place.

Encore faut-il mesurer le rôle réel que peut jouer un parti d'opposition à la Chambre des communes. Les députés, même nombreux, ont peu de pouvoir dans un système dominé par l'exécutif. Dans un dossier comme le déséquilibre fiscal, par exemple, qui sera le mieux placé pour défendre les intérêts du Québec et amener le gouvernement Martin à mettre de l'eau dans son vin : les bloquistes lors de la période des questions, ou le gouvernement Charest appuyé par ses homologues provinciaux ?

La vraie force du Bloc viendra du fait qu'avec 54 sièges et 48,8 % des voix, il peut clairement prétendre parler au nom du Québec. C'est ce parti qui, de loin, représente le plus de Québécois, et le fait que de nombreux fédéralistes ont choisi de l'appuyer lui donne une légitimité additionnelle. À condition bien sûr que le Bloc défende les intérêts de l'ensemble des Québécois et non pas seulement de ceux qui partagent leur idéal.

Mais de ce côté, Gilles Duceppe, lors de son discours prononcé le soir des élections, a été d'une grande clarté. Dans ce discours, très noble et très inclusif, il a bien dit qu'il entendait parler au nom de tous les Québécois, qu'il n'était pas un partisan de la politique du pire, que les Québécois, s'ils avaient appuyé un parti souverainiste, n'avaient pas voté, lundi soir, pour la souveraineté.

Il n'y a aucune raison de douter des engagements de M. Duceppe. Le chef bloquiste, depuis le début de la campagne, a toujours dit la même chose. S'il a été démagogue envers ses adversaires politiques, surtout libéraux, il a été d'une grande transparence dans ses engagements envers les électeurs.

Cette franchise s'explique sans doute par la lecture lucide que Gilles Duceppe a dû faire de sa victoire. Il est clair qu'elle tient largement au scandale des commandites et à une colère qui pouvait difficilement s'exprimer au Québec autrement qu'à travers un vote pour le Bloc. Le succès du Bloc est donc en bonne partie indirect, encore fragile, et ne représente pas un appui cimenté au parti. Le taux de participation, qui s'est effondré au Québec, avec 58 %, montre qu'il n'y a pas eu de ruée vers les urnes pour soutenir le Bloc.

Ce qui était évident, c'était la volonté d'un grand nombre de Québécois, le soir du vote, de punir les libéraux, de mettre fin à un règne devenu arrogant et de les chasser du pouvoir. Ils ont largement réussi puisque c'est ce revirement de l'électorat québécois qui a le plus contribué à faire perdre leur majorité aux libéraux.

Mais on peut se poser une question. Est-ce le Bloc qui s'est servi des Québécois en canalisant leur colère ? Ou si, au contraire, ce sont plutôt les Québécois qui se sont servis du Bloc pour passer leur message et arriver à leurs fins ? En ce sens, la victoire de lundi soir, ce n'est pas vraiment celle du Bloc, qui a surtout servi de véhicule à cette volonté. C'est plutôt la victoire de ces Québécois qui ont voulu punir les libéraux.



Un "Bloc" qui en cache d'autres

Claude Denis
L'auteur est professeur et directeur du Centre d'études en gouvernance de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.
La Presse mercredi 30 juin 2004

Le BQ est à peine plus populaire au Québec que les deux autres grands partis dans leur château fort respectif

À la surface des choses, le Canada est divisé aujourd'hui entre trois partis politiques dominants, chacun dans une région. En effet, le Parti conservateur est aussi dominant dans l'Ouest que les libéraux le sont en Ontario et le Bloc québécois au Québec. Disons-le autrement car, à trop parler de la tendance des Québécois à voter en... bloc, on oublie facilement que le Bloc est à peine plus populaire au Québec que les deux autres grands partis dans leur château fort respectif. Ainsi, alors que le Bloc obtient 72 % des sièges québécois avec 49 % du vote populaire, les libéraux vont chercher 71 % des sièges ontariens avec 45 % du vote. Dans l'Ouest, 74 % des sièges vont aux conservateurs sur la base de 45 % du vote.

Au lendemain des élections, l'arithmétique politique semble être la même qui a produit des gouvernements libéraux pendant presque tout le 20e siècle, et que seul Brian Mulroney a solutionné: un parti conservateur sans présence significative au Québec a peu de chances de gagner des élections. Pourtant, les divisions sous-jacentes à la situation actuelle sont différentes de celles des décennies précédentes. Par exemple, les libéraux étaient dominants au Québec jusqu'à Mulroney, alors que l'Ontario était divisé entre les progressistes-conservateurs, les libéraux et le NPD. Aussi, les divisions sont bien plus complexes que ne suggèrent les dominations régionales- ce n'est pas si simple que de dire que le Québec est nationaliste, l'Ontario modéré et l'Ouest radicalement à droite. Notons par exemple que les Ontariens n'ont pas eu peur de donner de fortes majorités à la droite dure de Mike Harris à partir de 1995; en ce sens, on peut penser que la droite unie de Stephen Harper est arrivée en Ontario au moins une élection fédérale trop tard.

D'autres clivages

Derrière les blocs régionaux, on peut identifier d'autres clivages d'une grande importance. D'abord, la division gauche-droite, ou plutôt centre c. droite: l'électorat canadien d'aujourd'hui, incluant celui du Québec, est en forte majorité centriste alors qu'il existe une minorité importante, d'environ 20 % à 25 %, très à droite sur une combinaison d'enjeux économiques, sociaux et militaires. Cette minorité est le noyau dur de l'appui au Parti conservateur, et l'électorat de centre-droite n'a pas été dupe du verni modéré de Stephen Harper. Tant que ce parti dépendra de cette base très conservatrice, il continuera d'effaroucher les centristes. À ce titre, Harper lui-même fait partie du problème d'image de son parti- ce que les libéraux ont bien compris en martelant son nom sans arrêt comme un " gros mot ".

Le deuxième clivage important qui se superpose aux blocs régionaux est l'opposition entre les grandes villes et les régions (qui incluent les villes petites et moyennes et les campagnes). Toronto a voté à 55 % libéral, avec 22 des 23 sièges; Vancouver a donné 4 sièges sur 5 aux libéraux, avec 42 % du vote- alors que l'ensemble de la Colombie-Britannique a élu 22 conservateurs sur 36 sièges. Montréal, évidemment, a fait comme les autres grandes villes (14 libéraux sur 18, 47 % du vote), mais à partir d'une dynamique très différente.

Quand on aura eu le temps de bien analyser les résultats, on pourra parler d'autres distinctions importantes- par exemple, les sondages indiquaient que les femmes allaient voter moins que les hommes pour les conservateurs, et on sait que les néo-Canadiens ont tendance à plus voter libéral que la moyenne de la population. Mais on peut d'ores et déjà dire que la combinaison de quatre clivages contribue grandement à comprendre les élections: Québec c. reste du Canada (un clivage qui recoupe la question régionale mais qui est politiquement distinct), dominations régionales, centre c. droite et grandes villes c. régions.

Il ne s'agit pas de dire que l'une ou l'autre de ces divisions est la bonne, mais plutôt de voir qu'elles ont toutes un rôle à jouer et qu'elles interagissent. La percée conservatrice en Ontario a peut-être échoué, mais 31 % de l'électorat ontarien (seulement 20 % à Toronto) a voté conservateur, et la plupart des déclarations controversées ont été faites par des conservateurs de l'Ontario. Au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, les conservateurs ont reçu respectivement 39 %, 42 % et 36 % du vote; l'Alberta leur a donné 62 %- 50 % à Edmonton, 60 % à Calgary et environ 75 % dans le reste de la province.

L'Ouest lui-même est donc fortement différencié selon les provinces et selon l'opposition grande ville / région, avec une dominance conservatrice exagérée par le système électoral; en Ontario, une importante composante conservatrice est mal servie par ce même système. Quant à la majorité de l'électorat ontarien, elle ressemble beaucoup à la majorité des Québécois dans sa modération gauche-droite, mais la fameuse " différence " québécoise vient brouiller les cartes- et coûter au Parti libéral les sièges qui lui auraient donné la majorité à la Chambre des communes.



Pourquoi pas une vraie confédération?

Marc Thibault
Saint-Pierre
Le Devoir mercredi 30 juin 2004

Depuis 1995, sentant un relâchement de la fibre fédéraliste des Québécois, Ottawa a dépensé un milliard de dollars en occupant des espaces publicitaires et en saupoudrant le Québec de bannières et de drapeaux canadiens alors que le système de santé s'écroulait en raison du déséquilibre fiscal.

Dans la même foulée de dilapidation des fonds publics, Adrienne Clarkson, la gouverneure générale, a dépensé en 2003 cinq millions de dollars en un seul voyage pour faire la promotion du Canada à l'étranger et utilisé à plusieurs reprises, aux frais des contribuables, un avion du gouvernement fédéral pour se rendre à sa résidence secondaire sur la baie Géorgienne, en Ontario. Bien que son poste ne soit qu'honorifique, elle a dépensé en 2002 la coquette somme de sept millions pour rénover sa résidence officielle, sur un budget total du bureau du gouverneur général de 35 millions.

Pendant qu'on attend dans les files d'attente des hôpitaux en province, 10 000 professionnels de la santé et autres fonctionnaires fédéraux de Santé Canada, payés avec nos impôts, s'amusent à faire des statistiques sur la piètre santé des Canadiens sans pour autant contribuer à rendre le système plus efficace.

De son côté, Agriculture et Agroalimentaire Canada fait de la recherche et la promotion sur les OGM à coups de millions de dollars provenant de nos deniers alors que l'ensemble des Canadiens est opposé à leur utilisation ! On ne peut pas continuer cette liste en passant sous silence le détournement des 40 milliards de dollars de l'assurance-emploi au détriment des travailleurs et des sans-emploi, qui va en contravention des responsabilités constitutionnelles du gouvernement canadien.

Outre ces nombreux scandales, la structure fédérale est obèse avec plus de 200 ministères et organismes qui s'ajoutent à plus de 210 ministères et organismes au Québec. On ne peut donc pas être surpris de savoir que les Québécois sont un des peuples les plus taxés de la planète !

Pas de parti national

Maintenant, si on examine la démocratie canadienne, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de parti représentant l'intérêt véritable de la population d'un océan à l'autre. Les libéraux voient à l'intérêt de leurs amis, les conservateurs voient à l'intérêt des cow-boys (et de leurs amis), le Bloc voit à l'intérêt du Québec et les néo-démocrates voient à l'intérêt de se faire connaître.

Qu'attend-on pour abolir ce système fédéral corrompu, souffrant d'embonpoint et gouverné par des ploutocrates ? Pourquoi ne parle-t-on pas de confédération pour résoudre ces problèmes de mauvaise gouverne, de démocratie et de déséquilibre fiscal ?

Une confédération est définie comme l'union de plusieurs États qui s'associent tout en conservant leur souveraineté. Un système où chaque province-nation ou groupe de provinces-nations aurait son propre «bloc» au sein d'un conseil confédéral et où seuls certains enjeux (par exemple, l'armée, la monnaie, les douanes) seraient gérés par l'organe confédéral n'est-il pas une piste à explorer ?

À l'heure actuelle, le concept de Canada n'est que source de conflits, d'insatisfaction, de dédoublements de compétences, de manque de contrôle et de gaspillage de fonds publics. Une gestion pleine et entière des finances publiques par les provinces permettrait de répondre plus adéquatement aux besoins des citoyens car il est coûteux et inefficace de gérer les services de proximité à l'échelle d'un si grand pays.



L'enjeu des villes pour les gouvernements
- Les barbares sont-ils vraiment à nos portes?

Marie-France Le Blanc
Chercheure associée, Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, Université du Québec à Montréal
Le Devoir mercredi 30 juin 2004

Lors du récent Forum national sur la croissance économique, les maires des grandes villes canadiennes ont interpellé les chefs des partis fédéraux et réclamé aux gouvernements supérieurs une plus grande reconnaissance. Certains ont exprimé leurs inquiétudes advenant l'élection des conservateurs, d'autres parlant même de «désastre total» et de «barbares à nos portes». Cette anecdote illustre la part croissante qu'occupe le gouvernement fédéral dans les affaires municipales.

Ceci ne doit pas faire oublier que, juridiquement, les villes demeurent les créatures des gouvernements provinciaux. Plus encore, le jeu des partis ne doit pas faire perdre de vue le rôle clé joué par les communautés civiques locales.

Une analyse comparative des expériences d'organisation territoriale de Montréal et Toronto montre bien à quel point les influences partisanes colorent les politiques des gouvernements provinciaux envers les villes. Elle permet aussi de constater, au lendemain du démembrement de Montréal, des différences notoires dans l'expression des communautés civiques locales, différences qui exercent une incidence déterminante sur la gouverne métropolitaine.

Influences partisanes et culture locale

Il n'y a pas de gouvernements métropolitains, généralement assimilés à des innovations progressistes, sans intervention du gouvernement de tutelle. Paradoxalement, ce sont des partis conservateurs qui, par le passé, ont créé ces instances institutionnelles : dans les deux cas, l'objectif était de limiter les contributions financières des gouvernements supérieurs.

À Toronto, dès les années 50, la question de la planification métropolitaine (manque de logements, hausse des loyers, déplacement d'activités économiques en périphérie) attire l'attention des élus, des fonctionnaires et des citoyens. La communauté civique joue un rôle déterminant lors de la création, en 1954, de la Municipality of Metropolitan Toronto par le gouvernement conservateur.

Cette instance a permis de reporter sur la prospère ville de Toronto le financement des infrastructures des villes de banlieue adjacentes. Jusqu'à la fusion, en 1998, elle a efficacement géré la métropole. Mais la question du développement dans les régions adjacentes de Peel, Halton, York et Durham a été laissée en plan. Depuis une trentaine d'années, plusieurs interventions de la province ont de ce fait contribué à créer un fossé entre le centre de Toronto et le reste de la région. Toronto constitue donc un cas de figure mettant en scène un gouvernement provincial plus ou moins bien disposé vis-à-vis de la ville centre.

Au Québec, en l'absence de consensus local, le gouvernement provincial a agi de façon unilatérale au cours du XXe siècle pour revoir l'organisation du territoire. À Montréal, dans les années 50, les acteurs -- surtout des élus locaux -- sont assez indifférents envers les enjeux métropolitains (diminution de l'importance économique de Montréal, planification du transport)... sauf lorsque le gouvernement provincial songe à imposer une fusion.

La gestion métropolitaine dans l'île de Montréal commence véritablement en 1970 avec la création de la Communauté urbaine de Montréal (CUM). Malgré des difficultés de fonctionnement lors de la première décennie, la CUM a permis aux municipalités de l'île de Montréal de bénéficier des services d'une grande ville et à la ville centrale de répartir le coût de certains équipements.

En bref, la comparaison des expériences de gestion métropolitaine dans ces villes suggère que les communautés civiques actives influencent les interventions des gouvernements supérieurs à l'endroit des villes centrales et facilitent l'adoption de mesures progressives pour les métropoles.

Évolution récente et différences persistantes

Les différences que présentent les agglomérations de Toronto et de Montréal continuent de se perpétuer, comme en témoigne leur évolution récente, que ce soit sur le plan des responsabilités municipales, de la gouverne régionale ou de l'expression de la communauté civique.

Brièvement, l'objectif premier du gouvernement conservateur de Mike Harris était de réduire les dépenses et l'État : les fusions n'étaient qu'un élément d'une vaste réforme visant à redistribuer les responsabilités entre le provincial et les municipalités. Au Québec, par contre, le gouvernement péquiste a invoqué à plusieurs reprises la recherche d'une plus grande équité fiscale et sociale.

Les expériences de Toronto et Montréal se distinguent par le traitement accordé aux enjeux régionaux. À Toronto, le regroupement des municipalités de l'ancien gouvernement métropolitain a été fait sans souci pour intégrer la megacity à la région du Grand Toronto. À Montréal, la création de la Communauté métropolitaine de Montréal, responsable d'assurer une coordination multisectorielle à l'échelle régionale, a précédé les fusions d'un an.

Mais surtout, les deux expériences se distinguent par la recomposition de la communauté civique à Toronto. Fortement ébranlée après la fusion, la communauté torontoise s'est depuis fait une nouvelle identité qui lui a permis de contrebalancer le gouvernement provincial et de se projeter comme une entité crédible sur la scène fédérale. Aux dernières élections municipales, les candidats à la mairie réclamaient un new deal entre Toronto, la province et Ottawa.

Montréal et les libéraux du Québec

À Montréal, ces dernières années, un certain rapprochement s'était effectué entre anglophones et francophones et des liens avaient été tissés entre les élus et divers groupes de la société civile. Mais les traditions civiques au niveau métropolitain demeurent bien fragiles.

Au lendemain des référendums qui ont recréé la totalité des entités de l'Ouest de l'île, la métropole montréalaise se retrouve avec une capacité de représentation affaiblie auprès du gouvernement provincial. Au conventionnel clivage entre la périphérie et le centre s'ajoute le clivage entre le West Island et Montréal. Les querelles qui naîtront au sein du conseil d'agglomération n'aideront en rien Montréal et la métropole demeurera vulnérable face aux interventions des autorités provinciales et fédérales.

On ne peut dissocier le processus de démembrement des orientations plus larges du gouvernement provincial. De façon générale, les libéraux sont peu sensibles aux besoins de la métropole : après les élections en 2003, le ministère des Affaires municipales et de la Métropole est d'ailleurs devenu le ministère des Affaires municipales et du Sport.

Les orientations partisanes exercent donc une incidence considérable sur le climat social des villes et sur leur gestion. Aussi, les maires des grandes villes ont bien raison de se soucier des engagements pris par les partis fédéraux.



Le Parti libéral canadien en sursis après les législatives

Carole Duffrechou
Libération mercredi 30 juin 2004

Pour gouverner sans majorité, les centristes devront former une coalition.

La peur de l'inconnu a été plus forte que le désir de changement. La colère des Canadiens envers le Parti libéral, usé par onze années de pouvoir et miné par un scandale politico-financier, ne s'est pas traduite dans les urnes de manière aussi dévastatrice pour le Premier ministre sortant, Paul Martin, que les sondages le laissaient penser. Lundi, sans enthousiasme, les électeurs ont opté pour un gouvernement libéral minoritaire (135 députés sur 308, soit 33 de moins qu'avant).

«Modeste» Grâce à la fidélité des électeurs libéraux de l'Ontario et des provinces maritimes, la vague conservatrice annoncée n'a pas déferlé. Le parti de Stephen Harper n'a fait élire que 99 députés ­ majoritairement dans les provinces de l'Ouest. La déception est grande pour ce tout jeune parti qui se voyait déjà maître à Ottawa et qui a recueilli 8 % de suffrages de moins qu'aux dernières élections fédérales (le Parti progressiste-conservateur et l'Alliance canadienne n'avaient pas encore fusionné). Mais les conservateurs, désormais unis, ont mis fin à la position dominante des libéraux, qui ne disposent aujourd'hui que d'un «mandat modeste». «Tant que personne n'a formé de majorité, le combat n'est encore ni gagné ni perdu», a prévenu Stephen Harper.

Après avoir fait montre d'un intérêt appuyé pour les conservateurs tout au long de la campagne, les Canadiens se sont donc choisi un gouvernement centriste qui devra compter avec une formation de gauche. Le Nouveau Parti démocratique (NPD), dirigé depuis dix-huit mois par le dynamique Jack Layton, a doublé ses voix et compte désormais 19 députés. C'est moins que ce qu'ils escomptaient, mais cela donne au NPD un rôle de premier plan à l'Assemblée. Jack Layton n'a d'ailleurs pas tardé à tendre la main à Paul Martin. «Le Parlement va avoir une nouvelle dose d'énergie», a-t-il lancé, radieux, à ses partisans. En faveur du système de santé public et du protocole de Kyoto, il a rappelé aux libéraux que son appui serait conditionnel à l'aboutissement de son projet de représentation proportionnelle. A eux deux, les libéraux et les néodémocrates comptent 154 députés, soit exactement la moitié des sièges de l'Assemblée. Dépourvu d'une solide coalition, Paul Martin n'aura donc d'autre choix que de gouverner en allant chercher des appuis selon les projets de loi.

Sursis Parmi eux, le Bloc québécois (BQ), qui envoie 54 députés siéger à Ottawa (seize de plus qu'en 2000). Gilles Duceppe, nouvelle star politique de la province, a précisé que la ligne de conduite de son parti au Parlement serait de «fonctionner enjeu par enjeu». Un an après sa défaite aux élections provinciales, le Bloc québécois répète le score inégalé de 1993 et récolte la moitié des suffrages des Québécois. Même si ce vote est souvent signe de protestation, un tel raz de marée bloquiste pourrait bien raviver le débat sur la souveraineté. La semaine passée, Bernard Landry, chef du Parti québécois, se réjouissait du regain de soutien à l'option souverainiste. Et, déjà, évoquait la tenue possible d'un nouveau référendum en 2009.

A la tête d'un gouvernement libéral (le quatrième d'affilée depuis 1993) en sursis, Paul Martin, qui devra sans cesse chercher le consensus, n'aura pas la tâche facile. Surtout, il devra rapidement convaincre ceux qui ont voulu le sanctionner tout en lui donnant une deuxième chance. Le dernier gouvernement minoritaire (celui du conservateur Joe Clark, en 1979) n'a pas duré plus de six mois.



Alcoa n'a pas encore renoncé à Deschambault

Hélène Baril
La Presse mercredi 30 juin 2004

Alcoa vient de mettre une croix sur la modernisation de son usine de Baie-Comeau, mais l'entreprise n'a pas abandonné complètement l'idée de doubler la capacité de son aluminerie de Deschambault.

Une augmentation importante de la production permet de rentabiliser plus facilement un investissement que des travaux de modernisation qui, à Baie-Comeau, n'auraient augmenté que marginalement la quantité d'aluminium produite, a réitéré hier le porte-parole d'Alcoa, Pierre Després.

Les négociations avec Québec ont achoppé sur le prix de l'électricité. La protection accordée par le gouvernement en cas de hausse de tarifs a été jugée insuffisante par Alcoa, mais son concurrent Alouette l'a trouvé acceptable, assez pour aller de l'avant avec le projet d'agrandissement de son aluminerie de Sept-Îles au coût de 1 milliard de dollars. " Il s'agit de deux modèles différents ", a précisé le porte-parole d'Alcoa.

L'agrandissement de l'usine de Deschambault serait peut-être possible en vertu des paramètres imposés par le gouvernement aux autres alumineries. Aucune nouvelle discussion n'a cependant été entamée avec le gouvernement au sujet de Deschambault, a souligné M. Després, qui rappelle qu'une première proposition d'investir 1 milliard dans l'agrandissement de l'aluminerie a déjà été rejetée par le gouvernement québécois.

Invitée à soumettre un nouveau projet, Alcoa s'apprêtait à le faire, à l'été 2003, quand elle a appris que l'entente conclue pour la modernisation de Baie-Comeau était elle aussi remise en question par le nouveau gouvernement libéral.

Les deux parties ont cependant encore du temps devant elles pour reprendre le dialogue. L'augmentation de la production à Deschambault est prévue pour 2013 et d'ici là, la situation énergétique du Québec pourrait s'améliorer.

Pour Baie-Comeau, toutefois, c'est bel et bien terminé. L'offre finale du gouvernement a pris fin lundi dernier à midi, et l'entreprise a confirmé que la plus vieille partie de l'usine est condamnée à moyen terme.

Hier, le porte-parole d'Alcoa a indiqué que la plus vieille partie de l'usine pourrait rester en opération plus longtemps, si les conditions du marché et les règles environnementales le permettent. Le nombre de mises à pied prévues, soit 900, pourrait être moindre parce que l'entreprise procédera par attrition.

Il s'agit quand même d'une catastrophe économique pour la Côte-Nord, que le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, a vertement dénoncée hier.

M. Dumont s'inquiète de la réputation du Québec auprès des investisseurs étrangers. Une fois le contrat signé, l'entreprise était " en droit de s'attendre à une continuité, la continuité des lois, la continuité des gouvernements, la continuité des signatures ", a-t-il dit.

" Quand on ne vit pas dans une république de bananes, normalement, ce qui est signé par un gouvernement est supposé en engager un autre ", a critiqué Mario Dumont.

Ces propos ont été jugés " irresponsables " par le premier ministre Jean Charest. " Ce n'est pas vrai qu'on va donner les ressources de l'État québécois sans qu'il y ait du développement en échange ", a-t-il rétorqué.

Le chef de l'opposition, Bernard Landry, qui avait conclu l'entente originale avec Alcoa, a mis l'échec des négociations sur le compte de " la nonchalance et l'insouciance " du gouvernement qui " met en péril la santé économique des régions du Québec ".

Avec la collaboration du bureau de Québec.



Jean Charest blâme Alcoa pour l'échec des négociations

Jocelyne Richer, PC
Le Devoir mercredi 30 juin 2004

Québec - Si le projet de modernisation de l'aluminerie d'Alcoa à Baie-Comeau a échoué, c'est à la direction de l'entreprise qu'il faut s'en prendre et non au gouvernement, qui n'a fait que prendre ses responsabilités, selon le premier ministre Jean Charest.

Lundi, la direction d'Alcoa annonçait qu'elle renonçait à donner suite à son projet, accompagné d'un investissement 1,1 milliard de dollars, faute de s'être entendue avec le gouvernement libéral, après six mois de négociations.

«Ce n'est pas vrai qu'on va donner les ressources de l'État québécois, sans qu'en échange il y ait du développement», a dit le premier ministre hier lors d'un point de presse. Il a dit déplorer, notamment, que la multinationale refuse de fournir des garanties qu'elle allait mener à terme son projet de modernisation.

Une première entente avait été conclue entre Alcoa et l'ex-gouvernement péquiste en décembre 2002. Depuis lundi, plusieurs voix se manifestent pour reprocher au gouvernement Charest d'avoir rouvert le dossier, geste qui a mené à l'abandon du projet.

Mais M. Charest maintient qu'il n'a fait que son devoir, étant donné que les demandes de l'entreprise étaient à ses yeux déraisonnables. «L'entente qu'avait signée M. Landry était inacceptable. Il n'y avait aucune garantie qu'ils allaient faire une modernisation. C'est pas vrai qu'on va flamber un milliard des poches des contribuables pour éliminer 250 emplois à Baie-Comeau et qu'on va applaudir ça et qu'on va rester les deux mains dans les poches», a-t-il ajouté.

Les négociations ont achoppé parce que le gouvernement a refusé de fournir à l'entreprise le plafond qu'elle exigeait quant aux hausses des tarifs d'électricité pour les décennies à venir.

La présence d'Alcoa représente quelque 3000 emplois directs et indirects dans la région, et on sait déjà que 900 travailleurs perdront leur emploi d'ici 2010, en raison de l'abandon du projet.

Pourtant, bonne ou mauvaise, l'entente aurait quand même dû être respectée, selon Mario Dumont. «Quand on ne vit pas dans une république de bananes, normalement, ce qui est signé par un gouvernement est supposé engager l'autre. Les compagnies qui agissent sur le plan international s'attendent à ce genre de choses-là», a-t-il fait valoir, jugeant que le gouvernement avait trouvé le moyen «d'avoir l'air d'une belle gang de sans-allure», dans ce dossier.

Landry proteste

À Montréal, M. Landry s'est défendu d'avoir signé un mauvais accord. «C'est une erreur majeure du gouvernement Charest que de laisser tomber un projet de un milliard qui était bénéfique à tous points de vue», a-t-il dit, en ajoutant que c'était «comme si on annonçait à Montréal que 150 000 emplois vont disparaître, vous vous rendez compte»?

Mais d'après les calculs du gouvernement, il en aurait coûté un milliard aux contribuables, si on avait cédé aux exigences de l'entreprise. Ce chiffre fait référence à l'ensemble des conditions qui faisaient l'objet de la négociation: prêt sans intérêts de 170 millions sur 30 ans, crédits fiscaux sur 10 ans sur les investissements et plafond tarifaire sur l'électricité qui aurait amené la réouverture de d'autres ententes similaires.

Malgré tout, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, croit que le dossier n'est pas clos. «Ce n'est peut-être pas un abandon d'un projet, c'est peut-être juste un report», a-t-il fait valoir lors d'un entretien téléphonique.

Il dit que les vieilles cuves Soderberg à remplacer dans l'usine pourraient tenir le coup «ultimement» jusqu'en 2015, ce qui donne encore plusieurs années à l'entreprise pour revenir sur sa décision. «Nous, on ne ferme pas la porte.»

Dans la foulée de l'abandon du projet de modernisation de l'aluminerie de Baie-Comeau, il semble bien par ailleurs que le projet de modernisation de l'usine d'Alcoa située à Deschambault (près de Québec) subira le même sort.



Libre-échange: après les biens, les services?

Éric Desrosiers
Le Devoir mercredi 30 juin 2004

Ottawa parle d'un ambitieux programme commercial; les opposants crient au kidnapping de la démocratie

Le libre-échange appliqué aux secteurs des services menace-t-il la souveraineté des États en matière de santé, d'éducation ou encore de culture? Absolument pas, jurent ceux qui craignent de voir de vilains oiseaux de malheur nous faire rater une occasion en or de faire de bonnes affaires à l'étranger. Sans aucun doute, dénoncent ceux qui y voient, au contraire, la dernière et la plus dangereuse invention des apprentis sorciers qui signent des accords commerciaux en notre nom.

L'opposition entre les deux points de vue ne pourrait pas être plus tranchée. Pour le ministre canadien du Commerce international sortant, Jim Peterson, cette chose, à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), que l'on appelle AGCS - pour Accord général sur le commerce des services -, était «l'une des plus importantes initiatives de notre ambitieux programme commercial». Mais comme ces prédécesseurs avant lui, il n'en jurait pas moins que jamais, au grand jamais, cet accord ne porterait sur des secteurs «qui reflètent nos valeurs très particulières, comme les soins de santé, l'éducation publique, les services sociaux et la culture. Ces secteurs, déclarait-il dans un discours en février, sont exclus de toute négociation. Ils n'ont jamais été sur la table et n'y seront jamais».

À en croire l'organisation altermondialiste ATTAC-Québec toutefois, l'AGCS aurait, au contraire, très exactement pour objectif «la libéralisation progressive et complète de tous les services, y compris les services publics, [et serait] poussé par d'importants lobbies et multinationales qui veulent mettre la main sur ces secteurs très lucratifs». C'est, dit le mouvement, ni plus ni moins que le «kidnapping de la démocratie sous nos yeux».

Mettre l'économie à l'heure du libre-échange

Créée dans le cadre du GATT en même temps que l'OMC, au terme du cycle de négociation de l'Uruguay en 1994, l'AGCS (GATS en anglais) vise à étendre aux services les principes du libre-échange, maintenant qu'ils s'appliquent de plus en plus aux biens. L'enjeu est important, rappellent ses promoteurs. Les services sont le secteur de l'économie mondiale qui connaît la plus forte croissance. Au Canada, ils comptent pour 66 % du PIB, 75 % de la main-d'oeuvre et 80 % des nouveaux emplois créés depuis 10 ans. Pourtant, ils ne constituent que 20 % du commerce mondial.

Théoriquement, l'AGCS peut s'appliquer à tous les services, que ce soit les télécommunications, l'ingénierie, la comptabilité ou la formation professionnelle. Il suffit, pour ce faire, qu'un pays membre identifie les domaines qu'il accepte d'ouvrir à la concurrence étrangère. Dans le présent cycle de négociation de Doha, le Canada s'est par exemple montré disposé à «améliorer l'accès de son marché» à tout pays qui lui rendrait la réciproque dans les secteurs des services financiers, des affaires, des communications, de la construction, de la distribution, du tourisme et du transport.

Certains services restent toutefois hors jeu. Les gouvernements parlent des services publics, comme la santé, l'éducation ou la culture. L'AGCS mentionne les services «fournis dans l'exercice du pouvoir gouvernemental», c'est-à-dire «ni sur une base commerciale, ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services».

Quiconque sait cela, et sait en plus que son gouvernement, comme l'a répété en février le ministre Peterson, n'a aucune intention d'offrir aux autres pays ses secteurs de la santé, de l'éducation ou de la culture, ne devrait normalement plus craindre pour la sauvegarde de ses programmes sociaux ou de sa culture, disent les défenseurs du libre-échange.

«Il est vrai que l'on a tout l'air d'avoir la ceinture et les bretelles, observe Richard Ouellet, professeur à la faculté de droit et membre de l'Institut québécois des hautes études internationales de l'Université Laval. Mais nos gouvernements ont beau avoir l'impression d'avoir complètement fermé la porte, celle-ci n'est pas barrée à double tour.»

Des failles dans la muraille

Auteur d'un rapport sur le sujet en matière de santé pour la commission Romanow, il en veut pour exemple la définition des services publics retenue à l'OMC. «La frontière entre public et privé est rarement aussi nette. Il existe des écoles privées subventionnées à 80 % au Québec et des écoles complètement privées, cite-t-il en exemple. Quant à l'assurance maladie, elle couvre certains soins et en laisse d'autres aux compagnies d'assurances privées.»

Ce qui complique les choses, poursuit-il, c'est qu'il faut aussi se défendre sur un autre front, celui de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Dans ce traité, ce ne sont pas les secteurs que l'on ouvre, mais ceux que l'on ferme à la concurrence étrangère qu'il faut spécifier. Les exceptions que le Canada y mentionne en matière de services publics visent à offrir la même protection qu'à l'OMC. Le fait qu'elles tiennent dans un malheureux paragraphe et qu'elles soient peu précises laisse malheureusement croire que l'on pourrait essayer un jour de les contourner, note l'expert.

«On a vu, avec le chapitre 11, comment le privé pouvait tirer avantage de la moindre occasion de forcer leur chemin contre l'État», fait remarquer Scott Sinclair, chercheur au Centre canadien de politiques alternatives, en référence à cette disposition controversée de l'ALENA accordant le droit aux entreprises privées de poursuivre les États si elles se sentent lésées. «Ces accords ont été négociés à une époque [les années 90] où les lobbies d'affaires dictaient littéralement les termes des accords et où le reste de la population ne comprenait pas vraiment ce qui se passait, poursuit-il. Vendus aux principes du libre-échange, nos négociateurs traitaient la défense des services publics et des pouvoirs de l'État comme des questions politiques qui n'étaient pas fondamentales.»

Il admet tout de même que les défenses élevées par le Canada sur ce front ont jusqu'à présent assez bien tenu le coup. Cela n'a pas empêché des attaques américaines contre la loi sur le contenu canadien des magazines, la Société canadienne des postes ou encore des règlements environnementaux.

Figé dans le temps

Il remarque cependant, comme plusieurs autres, que la pression est forte sur le Canada pour que ce dernier fasse de nouvelles concessions. On ne compte pas impunément pour principal partenaire économique «le système le plus privatisé au monde». Et le fait que le cycle de négociation de Doha, à l'OMC, ne semble pas en voie de se conclure en janvier comme prévu, tout comme, d'ailleurs, le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), ne les rassure guère.

Tout le problème, dit Jean-Yves Lefort du Conseil des Canadiens, est que la moindre concession à la table de négociations est sans retour. Il suffit que l'on élise un jour un gouvernement de droite qui s'avise de faire entrer le privé dans un secteur autrefois de domaine public pour que l'on ne puisse plus l'en faire ressortir. «On pourrait parler d'un effet de cliquet.»

Un autre problème est que les traités «gèlent dans l'histoire l'évolution de notre système public», poursuit-il. «Il est vrai que l'on a pu mettre à l'abri notre système d'assurance maladie, mais pourrions-nous encore en créer un s'il n'existait pas? Je ne pense pas.»

Les règles de l'OMC et de l'ALENA n'interdisent pas réellement à un gouvernement de faire marche arrière, reconnaissent leurs opposants. Elles obligent seulement les gouvernements à verser des compensations aux compagnies étrangères lésées par ces changements de cap. Un pays peut même retirer un service formellement offert en vertu de l'AGCS. Il lui faudra toutefois ouvrir aux pays qui en seraient directement lésés d'autres secteurs de services en forme de compensation.

«Ces règles sont faites pour éviter un jeu de yo-yo dans un domaine où les entreprises peuvent engager des sommes énormes», explique Richard Ouellet. «Que les entreprises assument leurs risques. C'est quand même un comble que de devoir payer pour avoir le droit de se gouverner», rétorque Scott Sinclair.

Il est certain que les pénalités financières et commerciales, et même le simple fait d'en brandir la menace, risquent de faire hésiter plus d'un gouvernement, observe Chantal Blouin, chercheuse principale en matière de commerce et de développement à l'Institut Nord-Sud. On peut se demander, dit-elle, si les Albertains seraient encore capables, si l'envie leur en prenait, de tourner le dos à l'héritage de Ralph Klein en matière de privatisation du système de santé sans se ruiner en compensations. Ou encore si le gouvernement du Nouveau-Brunswick aura finalement le culot d'aller de l'avant avec son projet de système public d'assurance-auto, inspiré du modèle québécois, en dépit des menaces de poursuites d'assureurs privés étrangers.

Le reste du monde

Quoi qu'il en soit, les risques que courent les pays riches en cette matière lui apparaissent bien modestes en comparaison avec les pays en voie de développement, où les services publics sont souvent réduits à leur plus simple expression. La pression qu'exercent sur eux les pays développés et leurs multinationales de l'eau, des télécommunications ou encore de la santé «est énorme», rapporte-t-elle. Plusieurs pays n'hésitent d'ailleurs pas longtemps devant le choix qui leur est présenté entre la défense d'une souveraineté impuissante et l'établissement de services publics aux mains d'entreprises étrangères. Et ce, même si cela doit considérablement miner leur autonomie future.

Ce phénomène est particulièrement grave en matière culturelle, pense Ivan Bernier, professeur émérite de la faculté de droit de l'Université Laval et expert international dans le domaine. «La culture, ce n'est pas seulement l'identité d'un peuple, c'est aussi son moyen d'exprimer une critique sociale et de véhiculer le projet d'un monde meilleur. Plusieurs pays en voie de développement ne disposent d'aucune mesure de protection culturelle. Souvent, ils n'ont même pas dressé leur [portrait] culturel.»

Quelles que soient les précautions que l'on prend, il n'y a qu'une solution à long terme face au «rouleau compresseur» de l'OMC. «On a compris qu'il fallait sortir de la rationalité commerciale», explique l'un des pères de la future Convention sur la diversité culturelle que l'on s'apprête à signer à l'UNESCO.

«L'OMC est présentement l'institution internationale la plus efficace parce qu'elle est la seule à s'accompagner de sanctions. C'est ce qui l'a amenée à s'imposer aux autres traités internationaux sur les droits sociaux, la protection de l'environnement, la culture ou le travail. Ce qu'il faudrait, c'est rétablir une cohérence entre les grands traités internationaux de manière à ce que l'on respecte les champs de compétence de chacun.»


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Les Québécois-Français doivent faire l'histoire

Bruno Deshaies
TRIBUNE LIBRE 30 juin 2004

Cher Bernard,
 
Un très brillant rappel de Lucia Ferretti de 2001 en relation avec le nouvel essai de Létourneau, Le Québec, les Québécois -- Un parcours historique (2004). N.B. Je n'ai pas vu et je n'ai pas lu le livre.
 
Le Québec de Jocelyn Létourneau
Louis Cornellier Le Devoir samedi 26 et dimanche 27 juin 2004 - L'ambivalence, quand elle est partagée, peut sans doute être une vertu politique. Elle peut même, parfois, et Jocelyn Létourneau en fait une fois de plus la preuve, être une vertu littéraire et inspirer de fort beaux livres. Elle devient paralysante, voire pitoyable, quand elle se transforme en refuge de la complaisance ou en baroud d'honneur du faible.

Passer à l’avenir... [Jocelyn Létourneau]
Lucia Ferretti, L'Action nationale, février 2001 (rappel)
« Après nous avoir dit comment il conviendrait de réécrire l’histoire, j’imagine que Létourneau a déjà la main à la pâte. À suivre donc, pour voir ce qui restera de toute cette rhétorique une fois l’auteur passé par les archives. »
 
De mon point de vue, les Québécois-Français doivent faire l'histoire plutôt que de passer leur temps à l'écrire seulement.  Et comment?  Et pourquoi?  La grande différence entre Maurice Séguin et tous les autres historiens au Québec tient au fait que son mode d'intreprétation des vivants est nettement plus actif que les descriptions du passé.  La pensée de Séguin est une inscription dans le présent (surtout par ses notes sur Les Normes) en vue de l'avenir en tenant compte de l'histoire et du passé (ce que fait d'ailleurs, à mon grand plaisir, Lucia Ferretti).
 
Ce rapprochement entre ces deux livres de Létourneau me plaît beaucoup.  Il montre à quel point le malaise est profond.  Encore un peu de temps et notre Gilles Duceppe prendra les allures de Louis-Hippolyte LaFontaine.  Il est devenu inconsciemment un annexionniste.  Il travaille dans le ventre du dragon canadian.
 
Je souhaiterais que ma chronique du 17 juin demeure active durant tout l'été (surtout à cause de la mention « relâche d'été »).  Les Québécois ont besoin d'une très grosse thérapie de choc (en particulier les chefs de file politique de toutes les tendances confondues au Québec).

LA PURETÉ THÉORIQUE de la définition de l’indépendance
17 juin 2004 - Une ribote d’indépendantistes ? - La situation idéologique des souverainistes au Québec est tellement compliquée que les indépendantistes eux-mêmes sont démotivés, découragés et très certainement désorientés. (relâche d'été).
 
Bon été et des loisirs reposant et réconfortant.
 
 
Bruno DESHAIES
 
 
Bruno Deshaies -- bd@rond-point.qc.ca
Directeur
Le Rond-Point des sciences humaines
http://www.rond-point.qc.ca




TRIBUNE LIBRE

Nous sommes prêts

Gino (GAB ) Boucher, Amqui
TRIBUNE LIBRE 30 juin 2004

Je suis très heureux de la victoire du Bloc d’hier ! Victoire écrasante, il va sans dire, si l’on regarde les majorités triomphantes des députés bloquistes élus en comparaison avec les victoires des élus libéraux peu nombreux et arrachées par la peau des dents. Un bloquiste dans l’ancienne circonscription de Jean Chrétien, wow ! Ça, ça fait mal ! J’ai bien aimé le discours de victoire de M. Duceppe, particulièrement lorsqu’il a remercié M. Parizeau pour ses précieux conseils. Ah, ce bon vieux Jacques !

Cependant, je suis très déçu de la ré-élection du clan Québécois des commandites au grand complet. Clan des commandites ? ? ! ! Je devrais plutôt dire, les bandits, les menteurs, les crosseurs, les faiseurs de peur que sont les Coderre, Frulla, Pettigrew, Lapierre et en prime le plus sale de tous, le très déshonorable traître envers sa patrie, j’ai nommé Stéphane Dion. Il doit ne pas y avoir beaucoup de Québécois de souche dans le quartier St-Laurent Cartiervillle pour mettre en poste un épouvantail à moineaux comme Stéphane Dion. En plus il l’emporte haut la main avec une majorité de 17000 sur son plus proche rival, le bloquiste William Fayad. Il faut soit en vouloir au peuple du Québec ou ne pas en connaître son histoire et ses luttes pour choisir un traître comme Dion comme représentant de sa circonscription. Lapierre, Frulla et Pettigrew par contre ont eu très chaud pour arracher aux bloquistes des victoires pas très honorables, disons-le ! Bernard Derome et Daniel Lessard n’ont pas manqué de signifier leur couleur hier lorsqu’ils ont mentionné que Lessard avait gagné sa gageure concernant la ré-élection de Denis Coderre.

Ce qui m’a le plus déçu par-dessus tout, c’est de voir le Nouveau-Brunswick en rouge d’un bout à l’autre sauf pour Acadie-Bathurst qui ont élu, de grâce, un néo-démocrate ! C’est pas de mes affaires me direz vous mais bon, il y a quand même une population francophone là-bas qui se fait fourrer par les libéraux et je trouve ça malheureux ! Vous avez sûrement vu pendant cette campagne électorale les gens comme vous et moi qui étaient interviewés une fois par semaine au Point de Radio-Cadenas ? Une dame d’un quartier modeste de Montréal en faveur du Bloc, un restaurateur Québécois et apolitique en Ontario, un couple gai Québécois indécis à Vancouver et un couple francophone du Nouveau-Brunswick colonisé à l’os ! Ces derniers nous ont servis des farces plates pendant toute la campagne, écorchant le Bloc Québécois au passage, pour nous dire en fin du compte qu’ils voteraient libéral le jour du scrutin.

Il est vrai, comme vous l’avez sûrement remarqué, que les Acadiens sont de plus en plus Radio-Canadianisés. Radio-Canada faisant office de machine à propagande pro-libérale essaye sûrement de nous montrer à quel point il fait bon d’être un francophone docile (Acadien) dans le plusse meilleur pays du monde ! ! «Le Livre Noir Du Canada Anglais» de Normand Lester et l’élection d’hier nous montrent encore une fois comment les Acadiens sont soumis aux Libéraux.

Malgré le scandale des commandites et les 45 milliards volés aux chômeurs de partout au Canada pour lesquels les pêcheurs et autres travailleurs saisonniers du Nouveau-Brunswick ont sûrement fait les frais, ils ont quand même redonné le pouvoir aux Libéraux. Il faut dire que les francophones de là-bas n’ont pas l’avantage de la majorité comme le Québec puisqu’ils ne sont que le tiers de la population.

J’espère que le vote d’hier sera l’introduction à ce que nous attendons depuis toujours en tant que souverainistes car nous risquons un jour de nous ramasser dans la même position que les Acadiens si on ne se réveille pas. Go Gilles ! ! ! ! Go Bernard ! ! ! Nous sommes prêts ! ! ! !



TRIBUNE LIBRE

Le respect, ça se mérite

Marcelin Gélinas
TRIBUNE LIBRE 30 juin 2004


Le Québec et sa géographie électorale...
Marie-Josée Gagnon    
mardi 29 juin 2004 - 07:39

Texte tiré de : http://www.ledevoir.com/2004/06/29/commentaires/0406290739979.html?333

Que le reste du Canada le veuille ou non, le Québec est différent, nous ne vibrons pas aux mêmes fibres. Tant mieux! Ce qui me chagrine le plus c'est de penser que les pires ennemis du Québec (Dion, Frulla, Robillard, Lapierre, Pettigrew) se présentent dans des comtés surs...Peu importe la valeur du candidat dans ces comtés ça reste ROUGE. Ces députés ont donc des victoires très faciles, ils n'ont pas de courage, ailleurs au Québec ils auraient été battu.

  -------------

Je partage tout à fait votre avis, Mlle Marie-Josée.

D'ailleurs... : http://www.cyberpresse.ca/opinions/reaction_2.php?idd=NzIyOTU2&id=MTgwMjE=

Ces gens-là se font la part belle en se planquant dans des circonscriptions qui votent «libéral», quelle que soit la personne (j'aurais envie d'ajouter: la «chose») qui brigue les suffrages sous les couleurs de ce parti.

Les nommés (Pettigrew, Dion, Coderre...) - mais pensons également aux candidats de l'Outaouais (circonscriptions québécoises ou fédérales confondues, aussi) - démontrent de la sorte une couardise et une pleutrerie, sinon rien moins que de la lâcheté (ne sacrifions pas la fourberie politique à la rectitude de même appellation), qui leur interdisent d'affronter avec honneur et panache des circonscriptions québécoises «types».

Comment en ces conditions, et nonobstant tout le reste (et hormis leur allégeance, en soi respectable si non toujours avisée...), éprouver quelque respect que ce soit pour de pareils ««compatriotes»»? Comment, en effet, accorder crédibilité et légitimité à des «ministres» semblables, incapables de combattre, ni de convaincre??? Sont-ce en conséquence autres «choses» que des pantins désespérément accrochés au pouvoir et au service exclusivement ou d'eux-mêmes, ou (et) de leur parti, ainsi que nous le vîmes sans détour depuis 1993...?

De ce point de vue, j'estime infiniment plus un Georges Farrah (défait dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, circonscription type du Québec) que les éternels vainqueurs de Saint-Laurent-Cartierville, Bourassa, Lac-St-Louis, Lasalle-Émard, Mont-Royal, Pierrefonds-Dollard, Westmount-Ville-Marie... qui triomphent constamment sans l'ombre d'un péril, ni même d'ailleurs la moindre égratignure.

Je regrette, messieurs-dames, mais je ne puis éprouver considération pour vous. Parce que le respect, ça se mérite. Tout simplement.

Faute de quoi, eh bien on est un usurpateur. Tout simplement.

Marcelin Gélinas
M.Gelinas@moncanoe.com
29 juin 2004, lendemain de veille

- Destinataires potentiels (liste non exhaustive, bien sûr) : coderd@parl.gc.ca, frulll@parl.gc.ca, robill@parl.gc.ca, martip@parl.gc.ca, pettip@parl.gc.ca, dions@parl.gc.ca, lapiej@parl.gc.ca





TRIBUNE LIBRE

"QUEBEC BASHING" - Ou comment réécrire l'histoire !

Impératif français
TRIBUNE LIBRE 30 juin 2004

Je suis tombé par hasard sur le site internet de Citoyenneté et immigration Canada. Je suis profondément outré par la mesquinerie et le mensonge colportés par celui-ci et particulièrement par sa composante Les artisans de notre patrimoine, chapitre 4

"Plusieurs réalités politiques le (MacKenzie King) retinrent lorsque vint le temps de réviser le règlement de l'immigration du Canada. Mentionnons, entre autres, la perception générale que l'immigration menaçait l'emploi, et l'attitude du Québec à l'égard des réfugiés en général et des Juifs en particulier. L'antisémitisme était répandu partout au Canada et, à certains endroits, les Juifs ne pouvaient pas occuper certains emplois, posséder de biens ou demeurer dans certains hôtels. Cette attitude était plus marquée au Québec où des journaux de langue française, à la fois nationalistes et de droite, fustigeaient les Juifs et où des politiciens canadiens-français, ainsi que diverses organisations, dénoncèrent l'idée d'admettre des Juifs qui demandaient asile au Canada. Face à un sentiment xénophobe aussi fort, le gouvernement de Mackenzie King maintint sa politique qui consistait à refuser d'admettre en nombre important des opprimés venant d'Europe."

Pas un mot sur les émeutes antisémites de Toronto, sur le financement de journaux antisémites par R.B. Bennett, premier ministre du Canada; sur l'antisémitisme de Mackenzie King, sur l'Orange Order qui réclamait une immigration uniquement anglo-saxonne, etc. On oublie de dire que c'est en Ontario que des magasins (Eaton et Simpsons) refusaient d''embaucher des Juifs... Seul le Québec est nommé !

J'ai porté plainte. N'hésitez pas à le faire. Ce site est du Quebec Bashing. Et pourtant c'est un site officiel du gouvernement du Canada...

Adresse utile :

L'honorable Judy Sgro, C.P., députée Ministre@cic.gc.ca
et Sgro.J@parl.gc.ca
Citoyenneté et Immigration Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 1L1

Raymond Ouimet
Auteur

Message diffusé par :

Président
Impératif français
Recherche et communications
C.P. 449, succ. Aylmer
Gatineau (Québec)
J9H 5E7
Tél. : (819) 684-8460
Téléc. : (819) 684-5902
http://www.imperatif-francais.org



COMMUNIQUÉS




COMMUNIQUÉS

MANIFESTATION CONTRE LE CANADA DAY

Un message du PQ-UL
30 juin 2004

Comme à chaque année, le gouvernement fédéral tient son Canada Day dans les murs de notre vieille capitale et, comme à chaque année, la résistance s'organise pour répliquer à cet acte de provocation. En effet, cette journée est l'occasion pour nos ennemis de célébrer leur conquête et l'assimilation de notre belle et grande nation.

La manifestation annuelle du 1er juillet (organisée par le MLNQ) est donc de retour cette année et elle se doit d'être à la hauteur de la grogne des Québécois envers l'État canadien. Le Parti Québécois de l'Université Laval invite donc tous ses membres et sympathisants ainsi que tous les indépendantistes du Québec à venir en grand nombre à ce rassemblement trop longtemps boudé par les élites de notre parti. Les forces souverainistes doivent cesser les guerres de clochers et s'unir dans la lutte pour l'indépendance si elles veulent triompher!

Apportez vos drapeaux et pancartes et venez crier à haute voix votre colère aux côtés du patriote Pierre Falardeau!

C'est donc un rendez-vous pour tous les péquistes et mlnquistes, bref tous les indépendantistes!

1er juillet 2004 - 11h15 am - Face à l'Hôtel de ville de Québec

Un message du PQ-UL.