Actualité





Querelle de famille

Gilbert Lavoie
Le Soleil mardi 1 juin 2004

Éditorial - Il est plutôt étonnant de voir Jean Lapierre et Pierre Pettigrew, les deux hommes de confiance de Paul Martin au Québec, se plaindre aussi ouvertement des libéraux de Jean Charest pendant la campagne électorale. Après tout, n'est-ce pas Jean Lapierre qui vilipendait Jean Charest à la radio, quand ce dernier était chef de l'opposition et en difficulté dans les sondages ? Et n'est-ce pas Jean Lapierre qui flirtait avec l'idée de le remplacer à la tête des libéraux ? Même Pierre Pettigrew a laissé circuler son nom comme candidat possible à la succession de M. Charest, quand ce dernier était en difficulté. Et il faudrait maintenant que le chef du PLQ soit aux petits soins avec ces "alliés" ? C'est beaucoup demander.

Quand on y pense bien, Jean Charest ne doit rien aux libéraux fédéraux, pas plus qu'aux ténors fédéralistes du monde des affaires qui lui ont tourné le dos pour financer Mario Dumont, lorsque l'ADQ a fait un bond dans les sondages. En fait, il est bien bon, pour ne pas dire bonasse, notre premier ministre, avec les libéraux fédéraux. Il est allé s'asseoir aux côtés de Paul Martin à Saguenay, juste avant les élections, pour une conférence de presse bidon sur un projet d'autoroute annoncé deux ans plus tôt en grande pompe par Jean Chrétien et Bernard Landry. Et il ne sourcille même pas lorsque les stratèges fédéraux laissent entendre, sous le couvert de l'anonymat, que leurs difficultés sont en partie imputables à l'impopularité du gouvernement libéral à Québec...

En réalité, la bisbille pourrait être beaucoup plus grande entre les libéraux de Québec et ceux d'Ottawa. Le Plan santé, annoncé la semaine dernière par Paul Martin, va beaucoup plus loin dans les compétences provinciales, que ce à quoi on nous avait habitué sous son prédécesseur. Jean Chrétien n'a imposé aucune condition lorsqu'il a promis 2 milliards $ aux provinces au début de 2003. Paul Martin n'a peut-être pas annoncé de "normes nationales", mais il a lié son offre à plusieurs conditions. Un gouvernement Martin irait jusqu'à créer un groupe de trois personnes pour "corriger" les violations des provinces à la Loi canadienne sur la santé. Le ministre fédéral de la Santé aurait le mot final sur "les sanctions qu'il considère appropriées"... Beau climat de confiance.

Les intentions du premier ministre Martin sont peut-être nobles, mais les conditions et le langage utilisés dans le cas de la santé ne sont pas annonciateurs d'un fédéralisme plus souple. Le gouvernement Martin a raté une belle occasion de démontrer sa bonne foi aux provinces, lors de la présentation du budget Goodale. Il est bien malvenu de leur reprocher, aujourd'hui, une certaine tiédeur face à ses engagements électoraux.

GLavoie@lesoleil.com



Paul et Paul... et Paul

Denis Lessard
La Presse samedi 29 mai 2004

Québec - Faire campagne au Québec était toujours un chemin de croix pour John Turner. Mais, cette journée-là, tout allait bien. On lui avait rassemblé une grosse assistance à Jonquière, dans le cadre de cette campagne de 1984 qui avait duré tout l'été.

Dans son français hésitant, John Napier Turner avait salué la poignée de ses candidats régionaux, rendant un hommage particulier au vétéran local Gilles Marceau. Puis, pour souligner l'arrivée du sang neuf, il se lança dans une envolée: " Quant aux autres... ce sont des arrivistes! "

Bien sûr, Paul Martin n'a rien de ce politicien alors rouillé envoyé par Bay Street pour prendre la relève de Pierre Trudeau. Mais parfois le côté approximatif de son français donne des sueurs froides aux stratèges libéraux. Sous pression, forcé d'improviser, Paul Martin peut y aller de formules qui lui font frôler le précipice, des réponses qui n'ont rien à voir avec sa connaissance et sa maîtrise des dossiers. Et à l'approche du débat en français, où il aura à faire face à un Gilles Duceppe bien plus confiant que dans le passé, la question est préoccupante dans le cénacle du war room libéral.

Fatigue ou nervosité, ou simplement manque d'agilité en français- qui demeure sa langue seconde-, Paul Martin a multiplié les faux pas au cours des derniers mois.

Bien sûr, il y a la brochette des hésitations qui suscitent un sourire bien fugace. Devant les caméras, Paul Martin a déclenché les élections pour le 21... puis le 28 juin. Il a même failli les annoncer pour janvier... Puis il s'est risqué à prédire un gouvernement " mino... majoritaire ". Rien de bien significatif: le 12 mars 2003, quand il avait déclenché les élections, Bernard Landry s'était lui aussi trompé de date... même s'il lisait un texte!

Élevé en anglais, Paul Martin a parfois un peu de peine à passer en mode Molière. Brian Mulroney aussi a été élevé en anglais, mais quelques étés à conduire des camions avaient produit un sabir étonnant. Son niveau de langage devenait subitement plus familier dès qu'il passait en français, une langue qu'il émaillait de clichés vieillots, comme " belle lurette ", des reliquats évidents de la Soirée du hockey de René Lecavalier.

Paul Martin, lui, parlait récemment des programmes pour la " petite jeunesse " un fonds resté mystérieux dans la comptabilité fédérale jusqu'à ce que quelqu'un devine qu'il parlait simplement de la petite enfance.

En avril, de passage à la base militaire de Gagetown, il promettait que le Canada se mettrait " en avant, comme nous l'avons fait durant l'invasion de la Norvège ". " Norway " ressemble bien un peu à cette " Normandy "... qu'il reverra le 6 juin.

On change de registre toutefois quand le chef d'un parti devient incompréhensible. Pire encore quand il réplique fermement... avec une formule ambiguë. Il y a deux semaines, ses conseillers ont eu passablement de fil à retordre quand, à Québec, un journaliste lui a demandé s'il était vrai que les libéraux provinciaux refusaient d'appuyer son parti, " devenu trop corrompu ".

" C'est quasiment pas vrai! " répliqua du tac au tac le premier ministre. Problème de français? " Peut-être... un petit peu " a confié un membre de sa garde rapprochée.

Parfois, on nage dans la confusion. Le club sélect des membres du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) a eu droit à une pièce d'anthologie dans le petit sottisier de M. Martin quand le premier ministre a voulu préciser le discours qu'il venait de lire sur la politique étrangère du Canada.

" Maintenant qu'on sait fort bien qu'il y a une prolifération des armes nucléaires et que beaucoup d'armes qu'avait Saddam Hussein... on ne sait pas où elles sont... alors cela veut dire que les terroristes ont accès à tout cela. "

Paul et Paul ont peut-être accroché trop vite leurs patins, on aurait pu avoir Paul et Paul... et Paul!

Bien sûr, mis de côté, les supporters de Jean Chrétien rient sous cape quand le nouveau maître trébuche... Qui se souvient encore de cette autre pièce d'anthologie, une déclaration de l'ancien premier ministre: " Pourquoi aller acheter des carabines à répétition, des armes nucléaires pour s'amuser... C'est dangereux! Et quand c'est dans la maison, il peut y avoir un enfant qui se sert de cela! "

Tiens, toé!!!



L'appel du vide

Alain Dubuc
La Presse samedi 29 mai 2004

"On a le devoir d'expliquer aux gens que le Bloc est un parti qui est propre au Québec. C'est le seul qui n'est pas obligé de faire des compromis avec qui que ce soit au nom des intérêts du Québec. Les intérêts du Québec, les préoccupations de nos concitoyens et concitoyennes, pour nous, c'est ce qui nous motive, c'est ce qui fait l'objet de nos interventions. Donc c'est une intervention qui n'est jamais filtrée par autre chose. Alors c'est un gros avantage pour les Québécois de voter pour le Bloc. Le Bloc c'est le Québec. C'est les intérêts du Québec qui sont défendus par le Bloc. "

Voilà ce que Michel Gauthier, député du Bloc québécois et ex-chef de ce parti a expliqué cette semaine aux téléspectateurs du Point, à la Société Radio-Canada, lorsqu'il a été invité à définir le sens d'un vote pour le Bloc. Cette phrase, il faut la lire et la relire. Il faut la méditer. Parce que le raisonnement de M. Gauthier, dans sa naïve circularité, révèle de façon limpide la confusion qui entoure le projet bloquiste.

Ce n'est certainement pas la présence du Bloc qui agace, ni même son succès. Mais ce qui serait gênant, c'est que ce parti, avec ses limites évidentes, puisse profiter d'un raz-de-marée et devenir ainsi le véhicule d'expression d'un projet collectif.

Ce parti a encore sa place. Dans une province qui compte, grosso modo, 40 % de souverainistes, il ne serait pas sain qu'une partie importante de l'électorat soit exclue de la vie politique canadienne ou forcée d'exprimer des choix incompatibles avec ses convictions. Il n'est pas mauvais non plus que des voix souverainistes se fassent entendre à la Chambre des communes pour rappeler cette facette incontournable de notre réalité politique. Ce sont des arguments démocratiques fondamentaux que M. Gauthier n'a toutefois pas évoqués parce qu'ils ne sont pas compatibles avec les racines du succès récent de son parti.

Le Bloc a par ailleurs su devenir une opposition efficace, quoique largement axée sur le volet québécois de la réalité canadienne. Ce rôle a été renforcé par le scandale des commandites. Pour la plupart des Québécois francophones qui souhaitent exprimer leur colère en votant contre le Parti libéral, le Bloc est en effet la seule alternative. Le parti de Gilles Duceppe s'est rabattu avec férocité sur ce nouveau mandat qui lui a donné une nouvelle raison d'être. Dans les faits, depuis des mois, le Bloc est devenu un parti à idée unique: la dénonciation de la corruption et une croisade contre Paul Martin.

L'opération a été extrêmement rentable au plan électoral mais elle met encore plus en relief le côté bancal du Bloc, éternellement entre deux chaises et entre deux causes. Il faut voir le site Web du parti, qui propose moins un projet qu'une suite de slogans: " Le livre rouge du Parti libéral du Canada ", " Le scandale des commandites ", " Votre bouclier, on n'en veut pas ", " Non à la militarisation de l'espace ", " Touche pas à mon fleuve. Non à l'élargissement de la voie maritime ", " Paul Martin et les paradis fiscaux ", etc.

On le voit au slogan électoral, " Pour un parti propre au Québec " dont le double sens est doublement révélateur, en faisant en fait l'apologie du repli sur soi et de la passivité. Un parti qui ne dirige pas, qui ne fait pas de choix, qui ne décide pas, qui n'agit pas, ne risquera jamais de se salir.

Si le succès du Bloc a des causes, il a donc aussi des limites et des coûts. Le vote est un geste démocratique qui ne prend que quelques minutes de notre temps, mais dont les conséquences se manifestent pendant des années. Le mouvement de colère qui, à l'heure actuelle, nourrit le Bloc permettra certes à bien des Québécois d'exprimer ce qu'ils ressentent maintenant. Mais au delà de l'instant présent, leur décision aura une portée qui peut dépasser leur pensée.

On a dit souvent que les succès du Bloc québécois contribuaient à isoler le Québec et à l'exclure du pouvoir. À cela s'ajoute, cette fois-ci, la possibilité très réelle que les Québécois, en choisissant le Bloc, aient une influence déterminante sur l'issue du scrutin et contribuent de façon indirecte à la formation d'un gouvernement minoritaire ou même à une victoire conservatrice. Ce sont là des choix valides, à condition qu'on en soit conscient et que l'on souhaite de tels scénarios.

Les Québécois francophones, s'ils choisissent massivement le Bloc québécois, enverront un message collectif. Mais lequel? On saura contre quoi ils sont mais on aura bien du mal à avoir ce à quoi ils croient. Ils projetteront aussi une image d'eux-mêmes. Laquelle, sinon celle du repli sur soi et de l'exclusion?

adubuc@lapresse.ca



Le baiser de la mort

Alain Dubuc
La Presse mercredi 2 juin 2004

Le critique constitutionnel du Bloc québécois, Yvan Loubier, a accepté d'évoquer le rôle de son parti dans l'éventualité où les électeurs porteraient au pouvoir un gouvernement conservateur minoritaire. Une telle situation, a-t-il dit, donnerait au Bloc un rapport de forces pour défendre les intérêts du Québec comme il n'en a jamais détenu, même lorsqu'il formait l'opposition officielle.

Il faut louer la franchise du député bloquiste qui, en présence de son chef, Gilles Duceppe, a osé aborder franchement une question qui est sur toutes les lèvres mais que les politiciens, avec la langue de bois qu'on leur connaît, font tout pour éviter.

Mais au-delà de cette franchise, il faut se demander quel pourrait être l'impact de cette timide ouverture sur le cours de la campagne électorale, d'abord au Canada anglais, et ensuite au Québec.

Est-ce que cela sera un baiser de la mort? On a vu la sévérité avec laquelle l'arrivée de Jean Lapierre dans l'équipe de Paul Martin a été accueillie parce que celui-ci a été un fondateur du Bloc québécois. Imaginons maintenant comment les partisans les plus traditionnels du Parti conservateur, notamment les anciens militants de l'Alliance canadienne, accepteront l'idée d'un rapprochement avec un parti qui est encore clairement souverainiste, et pas trop loin du NPD.

Est-ce que cette main tendue aux conservateurs peut provoquer une réaction de tout ce que le Canada anglais compte d'anti-séparatistes viscéraux et nuire au processus selon lequel bien des Canadiens s'habituent doucement à l'idée d'un gouvernement dirigé par Stephen Harper.

On imagine mal les conservateurs faire des gains en campagne électorale en comptant sur le fait que leur capacité de diriger dépendra des concessions faites au Bloc québécois.

Il est vrai qu'en raison des traditions conservatrices et encore plus de ses origines alliancistes, Stephen Harper est, dans les faits, plus décentralisateur et plus sensible à la cause des provinces. Cela peut mener à une attitude plus bienveillante dans un dossier comme le déséquilibre fiscal. Mais cette ouverture n'est pas une ouverture au Québec, mais bien aux provinces en général et plus particulièrement l'expression d'une sensibilité face à l'aliénation des provinces de l'Ouest.

Il y a un grand pas à franchir entre cette vision du partage du pouvoir et l'hypothèse d'une ouverture plus grande aux préoccupations du Québec et à ses revendications les plus classiques. Rien dans la pensée de Stephen Harper ne permet de croire qu'au-delà d'une acceptation nouvelle du principe du bilinguisme, son parti ira beaucoup plus loin.

Cette ouverture peut avoir également des impacts au Québec parce qu'elle rappelle aux Québécois qu'un appui massif au Bloc a des conséquences précises qui dépassent largement le désir d'exprimer du mécontentement face aux libéraux. Ce vote facilitera la défaite des libéraux et donc ouvrira la porte à un changement radical de la vie politique canadienne, dont la portée est bien plus grande que les alternances de pouvoir auxquelles nous avons été habitués.

Le Parti conservateur est une créature nouvelle, bien plus allianciste que conservatrice, dont le programme et le dogme sont en telle évolution qu'on a bien du mal à savoir à quoi ressemblerait un gouvernement Harper. Les revirements de positions sont importants, sur le bilinguisme la semaine dernière, sur la pertinence d'appuyer les Américains dans la guerre en Irak cette semaine. Il y a là le processus normal de recentrage d'un parti qui s'approche du pouvoir.

Malgré ces inconnues, on sait déjà qu'une victoire de Stephen Harper marquerait un virage beaucoup plus profond que ce que le Québec a pu connaître avec l'arrivée de Jean Charest. Il ne s'agit pas de démoniser les conservateurs, comme M. Martin a eu tendance à le faire en ramenant l'enjeu de ces élections au choix entre deux voies, la canadienne, la sienne, et l'américaine, celle de M. Harper. Mais il est clair que la prise de pouvoir par les conservateurs représenterait un changement important, dont on mesure mal la portée et dont on n'arrive pas encore à définir les contours.

Maintenant qu'il ont entrouvert cette porte, les leaders du Bloc québécois devront préciser leur pensée. D'abord en expliquant si, selon eux, une victoire conservatrice serait dans l'intérêt du Québec et du Canada. Ensuite, en se demandant si les concessions qu'ils estiment pouvoir arracher compenseraient les virages prévisibles que les conservateurs imposeraient dans une foule de domaine.

Ils devront enfin expliquer en quoi le Québec pourrait sortir gagnant de l'avènement d'un gouvernement minoritaire dirigé par un parti qui est virtuellement absent sur la scène politique québécoise. Même si le Bloc québécois pense pouvoir exercer un rapport de forces, il n'en reste pas moins que le Québec serait totalement exclu de l'exercice du pouvoir et plus isolé qu'il ne l'a jamais été.

adubuc@lapresse.ca



Larose prédit les conservateurs majoritaires

Luce Dallaire
Le Soleil jeudi 3 juin 2004

Notre-Dame-des-Pins - Le président du Conseil de la souveraineté du Québec, Gérald Larose, a profité de son passage en Beauce, hier, pour prédire l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire le 28 juin.

"Le Canada aura choisi son gouvernement. Au Québec, il se peut qu'il n'y ait aucun représentant conservateur. Le Québec aura choisi son propre camp", a-t-il fait valoir devant une centaine de souverainistes réunis à Notre-Dame-des-Pins, certifiant du même coup que le contexte politique actuel favorise, selon lui, l'accélération du projet de souveraineté au Québec.

D'emblée, Gérald Larose a précisé que sa venue en Beauce, en période électorale, n'était que circonstantielle. La rencontre avec les souverainistes beaucerons, prévue depuis longtemps, s'inscrit à même la tournée des régions qu'effectue le président du Conseil.

Bien que les partis politiques soient névralgiques, ce n'est pas le Parti québécois seul ni le Bloc québécois seul qui feront la souveraineté.

"La souveraineté du Québec est le projet de tout un peuple. La contribution du Conseil est de faire avancer le projet, de développer des antennes dans chacune des régions, d'animer le mouvement social. Dans ce Québec qui se construit, a-t-il dit, chacun doit y apporter sa contribution."

M. Larose estime que le seul changement réaliste accessible est la souveraineté et que le processus est en cours. "Le Québec est devenu ingouvernable, observe-t-il. Ce n'est pas Bernard Landry qui l'a dit, c'est Jean Charest qui le prouve."

Pour sa part, le candidat bloquiste Jean-François Barbe sent un vent de changement planer en Beauce, une circonscription qu'il ne qualifie pas de "libérale", mais plutôt de fédéraliste.

"À Ottawa, rappelons-nous que les Beaucerons ont élu un créditiste, un conservateur, un indépendant avant de voter libéral. Aux dernières élections provinciales, a-t-il noté, Beauce-Nord a voté ADQ. Alors attention..."



Pharisiens à plumes

J. -Jacques Samson
Le Soleil samedi 29 mai 2004

Chronique politique - Alors que le Parti québécois réclame la démission ou le renvoi du ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, pour sa gestion chaotique de la crise de Kanesatake, ce dernier n'a pas hésité à s'appuyer sur les conseils de l'ancien ministre péquiste responsable du dossier autochtone, Guy Chevrette, dans sa recherche d'une solution pacifique à la guérilla qui déchire cette communauté mohawk depuis des décennies. Les deux hommes qui ont développé une relation de respect mutuel pendant leurs nombreuses années de présence commune à l'Assemblée nationale ont tenu un long déjeuner de travail récemment au Club de la garnison, à Québec. Un concours de circonstances m'a permis d'apprendre ce tête-à-tête, demandé par le ministre Chagnon pour profiter de l'expertise de Guy Chevrette. Ce dernier, devenu consultant en affaires publiques, n'a pas été rémunéré pour ses services-conseils.

J'ai aussi été amené à participer en janvier aux mêmes émissions d'affaires publiques que Guy Chevrette à Télévision Quatre-Saisons, consacrées à la crise à Kanesatake. Pendant les émissions comme à la salle de maquillage, lieu de confidences épicées s'il en est un, jamais Guy Chevrette n'a dénigré le ministre libéral de la Sécurité publique, même si des propos de Jacques Chagnon en janvier avaient eu pour effet d'affaiblir le leadership du grand chef James Gabriel.

Aussi invités alors autour de la même table, le représentant de l'Assemblée des Premières Nations, Ghislain Picard, et le négociateur autochtone, Bernard Cleary, maintenant candidat du Bloc québécois, se gardaient de lapider le ministre québécois placé dans l'embarras par les actes criminels d'une faction de cette bande mohawk. Je dirais que les deux éprouvaient au contraire une certaine gêne face à leurs frères délinquants qui ternissaient l'image des autochtones et contribuaient à alimenter les préjugés des Blancs. MM. Picard et Cleary tournaient plutôt leurs regards vers Ottawa, qui n'assumait pas ses responsabilités. M. Picard fut sans doute le premier à invoquer la nécessité d'une tutelle. Réputé pour sa modération et sa sagesse, Ghislain Picard ne faisait pas de cachette des activités criminelles qu'on disait fleurir à Kanesatake et qu'il fallait réprimer.

Autant la conjugaison des efforts des Chevrette et Chagnon ennoblit les politiciens, autant l'indignation affichée cette semaine par les députés de l'opposition comme par le chef Picard tient de la plus pharisaïque rectitude politique.

Tous savent que le ministre de la Sécurité publique a raison sur le fond quant au taux de criminalité chez les jeunes autochtones. Tous savent qu'il référait dans ses propos à la situation spécifique à Kanesatake et non à l'ensemble des peuples autochtones. Tous savent que des Mohawks ont déjà tué un policier de la Sûreté du Québec dans la pinède, à Kanesatake, avec une arme automatique ; qu'ils ont déjà séquestré en janvier dernier 60 policiers autochtones dans un poste de police, pourchassé des voitures de police et attaqué leurs occupants à coups de pierres, qu'ils ont souvent bloqué des routes, qu'ils ont incendié la maison de leur chef... Hier, ils ont brûlé quatre voitures de police. Quand Jacques Chagnon, un chasseur passionné, dit qu'à Kanesatake quelqu'un voit passer une corneille dont le cri l'énerve, il sort son .12 et tire la corneille, tous ont aussi compris qu'il s'agit d'une métaphore qui ne véhicule aucun racisme. L'incivilité est certainement plus répandue et notable à Kanesatake qu'ailleurs au Québec.

J'aurais utilisé la même figure de style sans gêne et je ne me serais sûrement pas excusé ensuite pour faire plaisir aux apparatchiks du premier ministre. Elle décrit bien la banalisation de la violation des lois et règlements qui prévaut sur ce territoire. Des Mohawks, James Gabriel en tête, jugent certes cette situation intolérable et veulent la corriger, mais personne ne peut nier qu'il s'agit de la réalité actuelle. Le député Stéphane Bédard, du Parti québécois, qui a pourchassé toute la semaine Jean Charest pour obtenir la tête du ministre Chagnon, croit-il que Guy Chevrette tenait toujours un langage très pointu lorsqu'il dépeignait les Metallic de Listuguj, à l'été 1998, avant qu'il réussisse à dénouer habilement ce conflit ? Le coloré politicien à la retraite est connu pour son vocabulaire imagé, et c'est un euphémisme. Il avait seulement l'habileté de faire écrire ses descriptions juteuses sans qu'elles lui soient attribuées. Guy Chevrette n'est pas considéré comme raciste pour autant.

Jacques Chagnon a par contre commis l'erreur il y a quelques semaines d'annoncer un déploiement policier tripartite sur le territoire de Kanesatake qui ne s'est jamais concrétisé. Le ministre a mis la charrue devant les boeufs et a péché par naïveté en prenant une volonté pour un fait accompli. Les choses ne sont jamais si simples dans les dossiers autochtones.

Le ministre de la Sécurité publique a enfin affiché sa position en faveur d'une tutelle de cette communauté par le gouvernement fédéral et l'Assemblée des Premières Nations en vue de la tenue d'élections vraiment démocratiques ultérieurement. Le Parti québécois, le Bloc, l'ADQ et le chef Ghislain Picard joueraient un rôle plus utile en poussant dans le même sens pendant la présente campagne électorale fédérale.

JJSamson@lesoleil.com



L'esprit Chrétien

Michel David
Le Devoir samedi 29 mai 2004

Il n'y a pas si longtemps, la perspective de voir Paul Martin succéder à Jean Chrétien angoissait les péquistes, qui voyaient en lui un deuxième Brian Mulroney.

Même s'il apparaissait hautement improbable qu'il puisse ou veuille vraiment changer la dynamique centralisatrice du fédéralisme canadien, le nouveau ton qu'il allait donner aux relations fédérales-provinciales risquait de rendre la souveraineté nettement moins attrayante.

À l'époque où M. Martin n'était encore qu'un dauphin en mal de putsch, son entourage le disait à la recherche de celui qui saurait lui écrire un discours comme celui que M. Mulroney avait prononcé à Sept-Îles en septembre 1984, ouvrant la voie au «beau risque». On laissait même entendre que Pierre Marc Johnson aurait été disposé à rendre certains services.

Finalement, M. Martin n'a jamais réussi à trouver son Lucien Bouchard. En comparaison, Jean Lapierre fait figure de Lilliputien. Ses talents d'amuseur public convenaient nettement mieux aux tribunes téléphoniques. Certes, il est assez divertissant de le voir multiplier les bourdes, mais la politique requiert d'autres qualités, comme son chef le lui a gentiment souligné.

On peut comprendre le désarroi des libéraux de Jean Charest, qui espéraient un nouveau Mulroney autant que les péquistes le craignaient mais qui découvrent aujourd'hui dans le chef de la maison-mère fédérale une sorte de réincarnation de Jean Chrétien. Ce dernier a fini par partir, mais son esprit est toujours là, et M. Martin, trop mièvre pour en imposer un autre, semble très bien s'en accommoder.

***

Peut-on imaginer une expression illustrant mieux l'esprit Chrétien que ce principe du donnant-donnant, que M. Martin entend faire prévaloir dans les discussions avec les provinces sur le financement des services de santé? Même l'ex-premier ministre, dont la subtilité n'était pourtant pas la qualité première, n'aurait pas osé exprimer aussi platement son intention d'empiéter sur les champs de compétence des provinces.

Par définition, l'adoption de lois par la Chambre des communes afin d'encadrer les futures interventions d'Ottawa en matière d'assurance-médicaments et de soins à domicile traduit l'arbitraire fédéral.

Le nouveau «pacte avec les villes et les collectivités» annoncé hier, qui ne reconnaît aux provinces qu'un rôle de courroie de transmission entre Ottawa et le monde municipal, procède du même réflexe envahissant.

Il était au moins permis d'espérer que le départ de M. Chrétien entraînerait un changement dans l'attitude des libéraux face au nationalisme québécois, qu'on s'est employé à noircir depuis des années, jusqu'à faire du projet souverainiste un véritable crime contre la morale universelle, pour mieux justifier l'intransigeance fédérale, qui a résulté dans le programme de commandites et la Loi sur la clarté.

La mise à l'écart de Stéphane Dion pouvait laisser croire qu'on cesserait d'y voir une manifestation d'ethnocentrisme. Là encore, l'esprit du plan B a survécu à son concepteur, qui doit bien se demander pourquoi il est tombé dans une telle disgrâce.

Son successeur aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Pierre Pettigrew, était tout à fait dans sa ligne de pensée cette semaine quand il a dit voir une mentalité d'exclusion dans le slogan du Bloc québécois, «Un parti propre au Québec». Il n'a pas voulu aller jusqu'à accuser le Bloc d'ethnocentrisme, mais son allusion au caractère hétérogène du quartier montréalais de Parc-Extension, qui fait partie de sa circonscription, suggère fortement que c'est ce qu'il avait à l'esprit.

Il faut dire que M. Martin avait lui-même donné l'exemple en évoquant «le vigneron officiel du Bloc québécois». De toute évidence, ce n'était pas à l'architecte de la Caisse de dépôt ou du REA qu'il pensait mais à celui qui a stigmatisé le vote ethnique le soir du référendum de 1995. Pour que M. Parizeau se tient tranquille, le chef du PLC aurait pu s'abstenir de cette petite mesquinerie. Le mieux qu'il a trouvé à balbutier, en guise d'excuses, est que lui aussi apprécie le vin. Vraiment navrant.

***

On comprend que le premier ministre Charest ait interdit à ses troupes, du moins celles qu'il est en mesure de contrôler, de prêter main-forte aux libéraux fédéraux, comme le rapporte ma collègue Kathleen Lévesque. Cette fois-ci, les intérêts du Québec coïncident avec ceux de son parti. Ni l'un ni l'autre n'ont avantage à ce que le PLC réussisse à former un gouvernement majoritaire.

Les nouveaux empiétements sur les champs de compétence des provinces projetés par M. Martin démontrent à l'évidence l'existence du déséquilibre fiscal qu'il persiste à nier. M. Charest a beau être conciliant, il y a tout de même des limites à la complaisance. Si le déséquilibre fiscal empêche vraiment le Québec de satisfaire ses besoins vitaux, comme le plaident ses ministres, un minimum de cohérence s'impose.

Un gouvernement minoritaire à Ottawa n'aurait d'autre choix que de se montrer plus respectueux à l'endroit des provinces tandis que M. Martin pourrait légitimement interpréter l'obtention d'une majorité de sièges comme le «mandat clair» de mettre ses projets à exécution.

Déjà au plus bas dans l'estime des Québécois, le gouvernement Charest ne peut tout simplement pas permettre à Ottawa de lui passer sur le corps sans ruiner définitivement les chances de réélection que le PLQ conserve encore. Si elle estime le statut et les pouvoirs du Québec menacés, la population aura de nouveau le réflexe de se tourner vers le PQ.

Le risque, en laissant les libéraux fédéraux à eux-mêmes, est évidemment de favoriser l'élection d'un gouvernement conservateur. Certes, Stephen Harper reconnaît la réalité du déséquilibre fiscal, mais si le PQ arrive néanmoins à reprendre le pouvoir, un premier ministre issu de l'Alberta, à la tête d'un gouvernement où les Québécois seraient virtuellement absents, deviendrait une formidable «condition gagnante» dans la perspective d'un autre référendum.

mdavid@ledevoir.com



Charest exaspère le clan Martin

Michel Vastel
Le Soleil lundi 31 mai 2004

"Le problème, c'est qu'il ne contrôle pas ses ministres"

Les lieutenants de Paul Martin au Québec sont déçus - certains carrément furieux ! - de l'accueil que le gouvernement du Québec a réservé au plan de cinq ans pour la réforme de la santé, rendu public mardi dernier. On déplore en particulier l'improvisation qui règne à Québec, alors que les conservateurs de l'Alberta, eux, ont soigneusement planifié une stratégie qui ne nuise pas au chef conservateur, Stephen Harper.

"Le problème, a confié l'un des plus anciens membres de l'entourage de Paul Martin au SOLEIL, c'est que Jean Charest ne contrôle pas ses ministres. C'est typique de la façon dont il gère tous les dossiers : questions autochtones, démembrement des grandes villes, cette campagne électorale. Charest gère mal, point à la ligne !"

On ne parlait que de cela, samedi après-midi, à ExpoCité de Québec : "À quoi jouent les libéraux de Jean Charest ?" En fait, ils ne jouent pas, ils improvisent ! Et ils ont surtout besoin d'une leçon de stratégie politique que pourrait leur donner le premier ministre, Ralph Klein. Le gouvernement de l'Alberta est aussi mécontent que celui du Québec des propositions de Paul Martin sur la santé. Mais il n'a rien dit et ne dira rien avant le 29 juin. Ralph Klein a encore un souvenir amer de la campagne de l'an 2000, au cours de laquelle Jean Chrétien s'est servi de sa mauvaise réputation en Ontario pour mieux attaquer l'Alliance canadienne de Stockwell Day. Cette année, il ne veut pas donner des munitions à Paul Martin pour diaboliser Stephen Harper.

Selon les confidences recueillies à Edmonton, la semaine dernière, dès la publication du plan fédéral, l'astucieux Ralph Klein a constitué un comité de ministres, députés et experts albertains de la santé et lui a demandé d'étudier les propositions du Parti libéral tout en lui faisant comprendre qu'il n'avait pas besoin de se presser. En attendant, il a une excuse pour ne rien dire !

Du côté de Jean Charest, on n'a certainement pas fait le même effort de planification stratégique. Le premier ministre du Québec a laissé ses ministres réagir - dans le désordre ! "Un pied sur l'accélérateur, un pied sur la pédale de frein, telle est sa façon de conduire le gouvernement", déplore un intime de Paul Martin !

Les libéraux fédéraux du Québec croyaient pourtant avoir tout prévu. La partie du programme libéral sur la santé avait été passée au peigne fin, le ministre Pierre Pettigrew avait parlé à ses collègues Benoît Pelletier et Philippe Couillard. Si on est très content de la réaction du docteur - "Ne transformez pas une bonne nouvelle en mauvaise nouvelle" - , on l'est beaucoup moins de l'ancien professeur d'université. Et encore moins d'Yves Séguin.

"Ça a créé de la confusion dans le message", de soupirer Jean Lapierre. Et le Bloc québécois de se frotter les mains...

"On n'acceptera, dans le domaine de la santé, aucune norme nationale", de lancer en effet M. Pelletier à l'Assemblée nationale, comme si le mot était placardé en grosses lettres dans le plan de Paul Martin. "Ce n'est certainement pas à la hauteur du financement que nous attendions", de renchérir M. Séguin. À entendre les ministres de Jean Charest, un gouvernement de Paul Martin serait pingre et dominateur, comme dans les pires moments de l'ère Chrétien.

"Faut croire que Pelletier n'a pas lu le document !" disait-on dans l'avion de Paul Martin. Et l'on faisait des blagues, suggérant de donner un cours d'informatique aux ministres de Jean Charest. Il suffit d'afficher le document sur un écran d'ordinateur et d'appuyer sur les touches "Ctrl+F". Combien de fois y retrouve-t-on le mot "normes" ? ZÉRO ! Et le mot "objectifs" ? Quatre fois, mais toujours accompagné de la mention : "en collaboration avec les provinces...

Dans les cercles fédéraux, les réactions au comportement des ministres de Jean Charest sont passées de la résignation à la colère à peine contenue. Pierre Pettigrew comprend que son collègue des Affaires intergouvernementales canadiennes doive donner la ligne : "Nous travaillons d'une manière différente, mais cela prendra du temps à changer le ton des discours à Québec", comprend-il.

Surpris de la réaction brutale de Québec cependant, il a décroché le téléphone et servi une petite leçon à son collègue : "Tu voulais régler la question des congés parentaux, je t'ai obtenu une entente de principe. Tu voulais un siège à l'UNESCO, tu l'as eu. J'ai même ouvert une porte à l'Organisation mondiale de la santé et à l'OCDE : qu'est-ce que tu veux encore ?"

Paul Martin ne peut compter que sur trois gouvernements "amis" dans cette campagne. Mais ils dirigent les trois plus grosses provinces : l'Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique. Martin ne s'attendait pas à des appuis formels de Jean Charest, sachant qu'au Québec "on est plus chatouilleux qu'ailleurs" sur ces questions de compétence.

Il avait par exemple pris soin de faire ajouter, dans son plan de réduction du temps d'attente pour accéder à des chirurgies dans cinq domaines importants comme le cancer, les maladies coronariennes ou les remplacements d'articulations, une petite phrase qui vaut son pesant d'or : "Le gouvernement travaillera avec CHAQUE province dans le but d'amener ces temps d'attente à l'objectif national d'ici la fin de l'année 2009..."

La façon dont le document est écrit signale donc l'intention d'un gouvernement libéral dirigé par Paul Martin de laisser chacune des provinces évoluer à son rythme et de la façon dont elle l'entend.

Échaudée par cette mésaventure du début de la semaine dernière, l'équipe de Paul Martin a décidé que cela ne se passerait pas de la même manière pour le Pacte avec les villes. Cette fois c'est Jean Lapierre qui devait préparer le terrain. Il a téléphoné à Yves Séguin et à Jean-Marc Fournier, et aux maires Gilles Vaillancourt (Laval) et Jacques Olivier (Longueuil). "C'est bien sorti !" disait Lapierre hier, soulagé.

Le test est important parce que l'ensemble du programme du Parti libéral sera rendu public jeudi matin dans la région de Toronto, puis Paul Martin fera un détour par Montréal pour le présenter aux Québécois. "On s'est assuré que rien ne déplaise au Québec, dit Lapierre : on a été super prudents."

MVastel@lesoleil.com



Les syndicats font irruption dans la campagne

Guillaume Bourgault-Côté
Le Devoir lundi 31 mai 2004

CSN, FTQ et CSQ réclament les milliards «volés» de l'assurance-emploi

Une semaine après le déclenchement de la campagne électorale, de nouveaux joueurs se manifestent. Les trois grandes centrales syndicales québécoises font front commun autour de la question de l'assurance-emploi et accusent Paul Martin et le gouvernement fédéral d'avoir «volé» des milliards de dollars dans la caisse, ce qu'ils qualifient de véritable «détournement de fonds». Et pour que le message passe clairement, la coalition syndicale, alliée à celle des Sans-Chemise (qui rassemble déjà une douzaine de groupes syndicaux, sociaux et communautaires), usera des mêmes stratégies que les grands partis: panneaux, affiches, publicités et question-slogan choc: «Qui a volé l'argent des chômeurs? - Moi je ne vote pas pour ça.»

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), la Centrale des syndicats nationaux (CSN) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) veulent donc rappeler aux électeurs que les années libérales à Ottawa ont fait mal aux travailleurs ayant besoin de prestations d'assurance-emploi. Les divers changements apportés au régime ont eu pour effet de «diminuer l'accès aux prestations, leur durée et le montant versé aux sans-emploi», dénoncent-ils. De 80 % qu'ils étaient en 1993, il n'y a maintenant plus que 45 % des travailleurs québécois qui pourraient aujourd'hui être admissibles à des prestations en cas de besoin - des chiffres avalisés par Ressources humaines Canada. «C'est un taux inacceptable, juge le président de la CSQ, Réjean Parent. Sur les 55 % qui n'y ont pas droit, au moins les trois quarts vivent en situation difficile. Il faut revenir au niveau d'accessibilité d'il y a 10 ans.»

Mais, plus encore, les syndicats estiment que le gouvernement fédéral a agi en «voleur» avec l'argent de la caisse. En diminuant le nombre de prestations accordées, il a «pu dégager des surplus [de plusieurs milliards] à même la caisse et détourner ces sommes à d'autres fins», affirme la coalition, qui regroupe aussi le Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE) et le Mouvement d'éducation populaire et d'action communautaire du Québec (MEPACQ). Le mouvement a rappelé que la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, avait évalué dans son dernier rapport à quelque 44 milliards de dollars les surplus détournés du compte de l'assurance-emploi par le gouvernement.

C'est pourquoi l'instauration d'une caisse autonome - et non plus partie du fonds consolidé de l'État - est au coeur des revendications de la coalition, avec l'allongement de la durée des prestations et une hausse des montants accordés. «Ça nous prend une caisse indépendante du revenu d'État, affirme Réjean Parent. C'est incroyable de penser que, sans mettre une cenne dedans, le gouvernement canadien a pigé à pleines mains dans une caisse alimentée seulement par les employeurs et les travailleurs, et qu'il s'est servi de cet argent pour soulager d'autres programmes, notamment des baisses d'impôts qui ont profité davantage aux revenus élevés.» Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, voit dans ce procédé «un vol qualifié. On leur a enlevé le pain de la bouche pour financer d'autres programmes [...]». Mme Carbonneau a illustré le problème en parlant d'une caisse dans laquelle on s'est servi comme si c'était «un plat de bonbons».

Martin dans la mire

La récente promesse de Paul Martin de réviser le régime, tout comme l'annonce d'un réinvestissement de 250 millions de dollars sur deux ans, n'ont fait naître que le scepticisme chez les groupes mobilisés. Claudette Carbonneau a parlé d'une «annonce à saveur électoraliste», d'une mesure «cosmétique». «M. Martin a eu de bonnes occasions d'apporter des changements quand il avait les rênes, dit Réjean Parent. Ça devient difficile de croire ce qu'il nous promet.» Le secrétaire général de la FTQ, René Roy, est quant à lui prêt à donner «la chance au coureur». Sauf que: «Ça nous prend des engagements concrets.» Et, en ce sens, les syndicats espèrent beaucoup de l'actuelle campagne. «Paul Martin commence à sentir la soupe chaude, croit René Roy. On va en profiter pour mettre de la pression.»

Pas seulement sur Paul Martin, d'ailleurs: chaque parti sera interpellé. «Mais chacun garde son indépendance de vote, on ne propose pas de ligne commune pour ça», précise Réjean Parent, tout en mentionnant que le Bloc et le NPD ont adopté «une position très semblable».



Un siècle fou
Éloge du syndicalisme

Jean-François Lisée
L'Actualité, n° Vol: 29 No: 10 - 15 juin 2004

Dépassés, les syndicats? Mais non. Selon la Banque mondiale et des experts de la mondialisation, il en faudrait même davantage, surtout dans le Sud...

On les enterre souvent, les syndicats. On les dit victimes des nouvelles technologies, du travail autonome, de l'individualisme. De la mondialisation, surtout. Maintenant qu'il faut être souple, rapide, compétitif et efficace, pourquoi s'encombrerait-on de tels dinosaures?

Étrange: un récent rapport de la Banque mondiale - qui n'est généralement pas un repaire de gauchistes - affirme que ce qui fait problème dans les pays du Nord et du Sud, ce n'est pas la présence des syndicats, mais bien leur absence ou leur trop grande faiblesse. Selon la Banque, le syndicalisme rend possibles partout de meilleurs salaires. Il réduit l'écart de revenus entre les travailleurs spécialisés et ceux qui n'ont pas la chance de l'être. C'est un facteur d'égalité des sexes, non seulement parmi les syndiqués, mais, par effet d'entraînement, dans la société tout entière. Il permet aussi la promotion des salariés des minorités raciales. Indirectement, son existence rend plus rentable le fait de terminer ses études.

Oui, mais à quel prix? Moins de profits, calcule la Banque. Mais aussi moins de productivité et de richesse nationale? Rien ne le prouve. Au contraire, la main-d'oeuvre syndiquée est plus stable, donc moins coûteuse à former; elle a d'ailleurs davantage accès à de la formation professionnelle et les entreprises syndiquées innovent tout autant que les autres. L'effet global sur le chômage dépend ensuite du niveau d'organisation syndicale et des négociations. Les pays qui s'engagent dans des négociations nationales avec leurs syndicats ont généralement moins de chômage et de conflits de travail que ceux qui font ces négociations dans le désordre, entreprise par entreprise.

Le syndicalisme comporte évidemment, comme tout autre pouvoir, sa part de dysfonctionnement et de dérapages. Mais le 21e siècle lui assigne des tâches nouvelles, dans le Sud comme dans le Nord. Dans un autre rapport récent, un groupe de sages réunis par l'Organisation internationale du travail déplore la faiblesse, dans les pays en voie de développement, des associations de salariés, jugées pourtant "essentielles" pour "soutenir un cercle vertueux d'élévation du niveau de vie et de croissance équitable". L'ouverture des frontières commerciales crée une richesse plus grande mais, les pays du Sud n'ayant pas la capacité ou la volonté de redistribuer correctement cette richesse, seule la force syndicale permet d'imposer cette redistribution. Les syndicats sont donc la pièce manquante d'une mondialisation plus équitable. Ils constituent aussi une sorte de vérificateur général social, une nécessité lorsque les États sont trop faibles.

Les lecteurs de cette chronique ont entendu parler récemment du départ d'entreprises vers l'Asie. Le cas de l'Inde doit nous réjouir. Dans cette démocratie où la liberté d'opinion et d'association est monnaie courante, l'action syndicale fera son oeuvre. Mais cette liberté manque cruellement en Chine, la nouvelle usine du monde, et l'absence de syndicats libres fausse toute la donne. On se plaît à rêver d'un Lech Walesa aux yeux bridés, d'un Solidarnosc chinois.

Dans le Nord, chacun constate que nos élus ont de moins en moins d'emprise sur la marche des choses. Leur pouvoir est confisqué par des tendances mondiales qui les dépassent. La société civile tente de compenser en créant des lieux de pouvoirs au ras du sol, dans les écoles, les quartiers, autour de sujets comme l'environnement, la protection du consommateur, les OGM. La jonction des syndicats aux forces nouvelles de la société civile crée un puissant contrepoids. Avec quel résultat? Qu'on en juge: en 2003, le gouvernement Charest avait des allures de celui de Mike Harris, le pied sur l'accélérateur. En 2004, il s'est transformé en gouvernement Bourassa, les deux pieds sur le frein.

La Banque mondiale elle-même, sans le savoir, envoie un message fait sur mesure pour le Québec de 2004. En général, écrivent ses experts, lorsqu'un gouvernement de gauche a en face de lui un syndicalisme fort, cela donne une bonne performance économique globale, car il y a volonté d'entente entre ces deux forces. Lorsqu'un gouvernement de droite a devant lui un syndicalisme faible, cela donne aussi une bonne performance économique, car rien n'empêche l'État et le privé de réduire les coûts. Ce qu'il faut cependant éviter, notent-ils froidement, c'est la situation où un gouvernement de droite fait face à un syndicalisme fort, car alors rien ne va plus.

Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal ainsi que de PolitiquesSociales.net.



Le rôle de l'État : symbole et garant de l'exception québécoise ?

Observatoire de l'administration publique de l'ENAP
Le Soleil lundi 31 mai 2004

L'état du Québec (15) - Régulièrement, depuis octobre, LE SOLEIL présente à ses lecteurs un portrait unique du Québec, un état des lieux qui le compare avec la situation qui prévaut dans d'autres provinces canadiennes ou d'autres pays de l'OCDE. Dans le 15e volet de cette série rédigée par l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP, les chercheurs présentent un constat sur le rôle de l'État.

Au terme de cette première série d'articles produits par l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP destinée à un large public et ayant pour but de mettre en perspective l'évolution de l'État du Québec au cours de la dernière décennie avec la situation dans les principales provinces canadiennes, il est pertinent de dresser quelques constats. À travers le relevé des ressemblances et des différences significatives, ces analyses mettent en lumière la singularité de divers choix de la société québécoise qui colore nettement les politiques publiques de son État et, à un degré moindre, l'organisation et le fonctionnement de l'appareil administratif gouvernemental de même que l'histoire récente des finances publiques.

C'est ainsi que l'analyse comparative des politiques publiques et des programmes menés dans les domaines de l'éducation, de la famille, de la culture et de l'organisation territoriale met fortement en relief les contours d'une exception québécoise. De 1990 à 2002 - période récente pour laquelle on dispose de données statistiques rigoureuses - les gouvernements québécois successifs ont fait preuve dans ces domaines d'une continuité remarquable tant sur le plan des orientations et des objectifs que sur celui de la conduite des actions visant à promouvoir l'intérêt général et le bien commun de la collectivité québécoise à travers les composantes de sa société civile : personnes, groupes communautaires, associations et entreprises.

Les résultats obtenus par les jeunes Québécoises et Québécois lors de campagnes internationales de tests évaluatifs administrés dans les pays du monde industrialisé placent le Québec dans le peloton de tête des sociétés occidentales validant par là même les choix faits en éducation primaire et secondaire. En matière de politique culturelle ou de politique familiale, tous les gouvernements québécois ont montré leur détermination à occuper pleinement ces champs de compétences que la Constitution canadienne place sous la juridiction des États provinciaux. Enfin, l'organisation territoriale, également du ressort exclusif des provinces, consacre, au moins quant au nombre des structures, l'exception québécoise sur le continent nord-américain.

Ces quelques exemples de politiques publiques relèvent principalement de deux des quatre rôles reconnus aux États démocratiques : celui d'État-Providence et celui d'État-pivot de l'organisation de la société. Une prochaine série d'analyses comparatives de politiques et de programmes publics pourrait opportunément mesurer en quoi et comment les convictions des citoyennes et citoyens québécois se reflètent aussi dans les actions entreprises dans le cadre des deux autres missions attribuées à tout État desservant une collectivité nationale : l'État puissance publique (justice, sécurité publique, relations internationales, immigration et impôts) et l'État acteur économique. Dans un monde où les négociations internationales qui se multiplient dans tous les secteurs restreignent les marges de manoeuvre des États, qu'ils soient fédérés, associés ou unitaires, de telles analyses comparatives permettent aussi de distinguer les pratiques des États-nations de celles des gouvernements qui se définissent comme de simples paliers administratifs déconcentrés.

Effacer les différences

En ce qui concerne maintenant l'organisation de l'appareil administratif central des États provinciaux, le cadre institutionnel canadien, c'est-à-dire le système politique de gouvernement parlementaire responsable inspiré du modèle britannique, efface en partie les différences entre les provinces. On constate toutefois certains écarts, notamment dans l'application des préceptes de la nouvelle gestion publique (responsabilisation élargie des fonctionnaires, contractualisation interne, imputabilité et transparence accrues à l'égard des élus et de la population). L'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique ont amorcé très tôt cette mutation - les premières lois en cette matière ont été adoptées par les Parlements dès 1995 - et s'appliquent aujourd'hui à raffiner les méthodes et les outils de la nouvelle gouvernance. Avec l'entrée en vigueur de la Loi sur l'administration publique en 2001, le Québec se trouve à mi-chemin de cette délicate phase de transition.

Les dissemblances entre les provinces sont encore plus minimes quand on procède à l'étude comparative des structures de l'administration publique chargées statutairement de conseiller les autorités politiques et de mettre en oeuvre les décisions du gouvernement et du Parlement en produisant directement les biens et les services publics ou en supervisant leur production et leur prestation par un tiers. En prenant en compte les populations desservies, les budgets en cause et la panoplie décrétée des services publics devant être rendus sous l'égide de l'État, le nombre de ces structures ainsi que l'analyse de leur statut juridique témoignent de notables similitudes interprovinciales.

En matière de finances publiques, les difficultés rencontrées au cours de la dernière décennie par les États provinciaux découlent du fait qu'ils se retrouvent coincés par une croissance plus faible de leurs revenus budgétaires par rapport à l'augmentation plus forte de leurs dépenses sociales notamment en raison des pressions exercées par le vieillissement de la population et l'augmentation du coûts des médicaments. Parallèlement à cela, le gouvernement fédéral voit sa situation budgétaire s'améliorer puisqu'il subit des pressions beaucoup moins importantes associées aux coûts des services publics dont il est responsable comparativement à celles assumées par les provinces, particulièrement dans le domaine de la santé.

Diminution de l'État

Confrontés à une récession économique et à un endettement diminuant leur marge de manoeuvre, les gouvernements au Québec se sont engagés au milieu des années 1990, comme partout au Canada, à redresser leur situation budgétaire. Leur effort a pour l'essentiel permis le retour en quelques années à l'équilibre budgétaire même si, en Ontario, le rythme fut plus lent parce que le gouvernement a adopté une stratégie différente de celle de ses homologues en réduisant simultanément dépenses et impôts. Cet assainissement des finances publiques s'est aussi traduit globalement par une diminution de la taille de chacun des États, une baisse de l'effectif de la fonction publique gouvernementale et des autres catégories de travailleurs du secteur public. Tous les secteurs d'intervention de l'État, y compris la santé, l'éducation et l'aide sociale, ont été mis à contribution dans le cadre de cette opération jugée prioritaire et soutenue par une large majorité de la population.

Dès le retour à l'équilibre budgétaire annuel, les gouvernements provinciaux ont consacré l'essentiel de leur marge de manoeuvre restaurée au secteur de la santé et, dans une moindre mesure, à celui de l'éducation. De fait, on assiste littéralement à un phénomène de heurt de la santé sur les autres missions de l'État. Toutefois, le Québec se singularise en préservant la part de son budget qu'il consacre aux autres missions que celles de la santé, de l'éducation et de l'aide sociale. Durement éprouvées par les coupures massives dans les programmes de transferts fédéraux et subissant de plein fouet la pression des coûts croissants des programmes sociaux, les provinces, à l'exception de l'Alberta riche de son pétrole, restent dans une situation financière précaire. L'Ontario affiche ainsi un déficit de plus de 6 milliard $.

Le Québec et l'Ontario consacrent aujourd'hui 15 % de leur budget au seul paiement des intérêts sur leur dette. Et le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces s'accentue. Grâce aux coupures dans les transferts aux provinces et dans les prestations d'assurance-emploi, le gouvernement fédéral bénéficie de surplus budgétaires confortables qui lui permettent de rembourser sa dette mais aussi de financer plusieurs initiatives directes dans des champs de compétence prioritairement provinciaux (exemples : bourses du millénaire, Fondation canadienne pour l'innovation, Centres de recherche universitaire, municipalités, etc.) ce qui ne manque pas de provoquer des tensions continues avec les autres États partenaires au sein de la Fédération canadienne.

Aujourd'hui, quel que soit le positionnement idéologique des gouvernements et des citoyens électeurs au sein de leurs sociétés respectives, la place et le rôle de l'État provincial sont encore une fois partout remis en question à cause de la problématique entourant les finances publiques. Les révisions annoncées et les méthodes choisies par les gouvernements pour les réaliser mobilisent l'attention de l'opinion publique dans chacune des provinces. Les débats qui s'ensuivent illustrent encore une fois les différences de valeurs et de conduites attendues du gouvernement concernant la gestion publique au sein de chacune de ces sociétés modernes et complexes.

Constats

L'exercice de la présente série d'analyses permet d'apprécier les indices conduisant à deux grandes constatations. Tout d'abord sur le type de gouvernance exercée au Québec. Il résulte des choix conscients faits par les Québécoises et les Québécois et leurs gouvernements successifs au cours des dernières décennies. L'originalité du modèle de la gestion publique québécoise repose sans doute pour l'essentiel sur la persistance de valeurs intrinsèques à la société québécoise : société de droit et valeurs juridiques, convictions culturelles, familiales et philosophiques héritées d'une tradition distincte de celle de ses voisines.

Le second constat n'est pas neutre si on envisage l'avenir des services publics. Profondément enracinée, la majorité francophone qui compose la société québécoise participe aux grands courants de modernisme socioculturels et socioéconomique du continent nord-américain. Toutefois, d'instinct, la majorité des citoyens de cette société considère traditionnellement que sa situation requiert "plus d'État" que les sociétés voisines, partenaires ou concurrentes. Cela ne lui interdit certes pas de s'interroger sur les responsabilités de l'État et ne la soustrait pas non plus à la nécessité d'un "mieux d'État". Mais les voies et moyens retenus peuvent souvent s'avérer, comme c'est le cas chez plusieurs de ses homologues étrangers, une exception par rapport aux modèles généralement suivis dans son environnement immédiat.

Il ne s'agit nullement ici d'une conclusion péremptoire mais d'un constat s'appuyant sur les informations et les statistiques publiques recueillies et analysées par les chercheurs de l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP. Puisse ce travail, grâce au journal LE SOLEIL, servir à actualiser l'information et la réflexion comparative de nombreux lecteurs, bien au-delà du cercle restreint des milieux universitaires ou de ceux des hautes fonctions publiques chargées de conseiller les autorités politiques.



Réingénierie de l'état
Un effritement éhonté de la capacité stratégique des ministères

Christian Rouillard, Isabelle Fortier, Alain-G. Gagnon et Éric Montpetit
Les auteurs sont des universitaires membres du Groupe d'étude sur les réformes de l'État (GERE)
Le Soleil mercredi 2 juin 2004

Opinions - Une nouvelle étape dans la démarche de réingénierie du gouvernement libéral a été franchie le 5 mai dernier, lors du dépôt du Plan de modernisation 2004-2007 par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. De manière quasi unanime, les médias ont conclu à un changement de ton, voire à un recul gouvernemental en ce qui a trait à la réinvention de l'État québécois.

Ne partageant pas cette interprétation, nous croyons que le gouvernement se donne plutôt les moyens de ses ambitions, que le Plan contient les germes d'une reconfiguration radicale de la gouvernance québécoise. Bien qu'il contienne plusieurs dimensions, comme l'illustrent ses 27 projets articulés à partir de quatre axes prioritaires (l'amélioration des façons de faire ; l'allégement des structures ; la réévaluation des programmes ; et, enfin, la planification des ressources humaines), la ministre Jérôme-Forget insiste sur ce que cette modernisation n'est pas un exercice comptable, mais plutôt un travail d'architecte.

Sans rejeter la métaphore architecturale employée par la ministre pour expliquer la nature du Plan, notre lecture suggère que celui-ci est essentiellement basé sur un exercice budgétaire centralisateur qui conduit à un affaiblissement des capacités stratégiques des ministères, tout autant qu'il trahit le peu de confiance du gouvernement eu égard aux responsabilités des fonctionnaires, tant du point de vue de leur expertise sectorielle que de la gestion publique elle-même. Bref, la "réarchitecture" représente un recul significatif pour l'administration publique québécoise.

La reconfiguration étatique

L'une des prémisses fondamentales de la reconfiguration étatique proposée est la séparation entre, d'une part, les services opérationnels, dont on veut systématiser le fractionnement en agences jouissant d'une autonomie supérieure en contrepartie d'une plus grande reddition de comptes et, d'autre part, la dimension stratégique et le développement des politiques publiques que l'on prétend vouloir laisser aux ministères. Or, cette séparation nette entre le stratégique et l'opérationnel est une vue de l'esprit : en effet, les modalités de mise en oeuvre des politiques publiques sont implicitement circonscrites dès la phase de leur élaboration, les moyens étant toujours conditionnés par les fins, tout autant que les politiques publiques continuent de se développer durant leur mise en oeuvre, à la lumière des mécanismes de prestation des services, incluant leurs multiples réajustements face à des ressources et des contraintes réelles qui se cristallisent largement dans le feu de l'action.

Autrement dit, c'est lors de la mise en oeuvre qu'une politique publique prend son sens réel. Considérer l'élaboration et la mise en oeuvre comme deux sphères d'activités mutuellement exclusives repose sur une lecture faussée et une compréhension superficielle du processus politico-administratif.

De même, bien que tout le monde soit d'accord avec l'objectif de simplifier les relations entre l'État et les citoyens, l'idée d'un guichet unique n'est certes pas la panacée que plusieurs semblent voir. L'agence Services Québec, qui agira en courtier centralisé des services gouvernementaux pour les différents ministères, devient un nouvel intermédiaire entre les citoyens et les ministères : ce nouvel interlocuteur privera donc les ministères d'un contact avec leurs clientèles, entraînant ainsi un certain appauvrissement des mécanismes de rétroaction et d'échange de première ligne.

Il nous semble paradoxal que le rapport affirme que "cet État moderne ne doit pas empêcher les citoyens de prendre en charge leurs affaires", alors même que l'on crée une instance additionnelle, porte d'entrée unique de surcroît, qui obligera le citoyen à contacter des "généralistes" du service à la "clientèle", plutôt qu'avec des "spécialistes" de la problématique pour laquelle il cherche des réponses auprès de l'État. En ce sens, l'allègement des structures est un défi beaucoup plus grand que ne le suggère le gouvernement libéral. Sans pour autant rejeter l'intérêt potentiel d'un guichet unique, force est d'admettre qu'une réflexion sur ses effets pervers s'impose avant de s'engager dans l'action, ce qui, de toute évidence, n'a pas encore été fait.

La proposition de créer une Agence des partenariats public-privé dont la mission sera de "...contribuer au renouvellement des infrastructures publiques et à l'amélioration de la qualité des services aux citoyens par la mise en oeuvre de projets de partenariat public-privé (PPP)" est encore plus problématique. Par sa nature même, cette agence retirera aux ministères tout autant leur capacité stratégique dans leur champ d'expertise, qu'elle les privera de la possibilité de développer leur propre expertise interne sur les partenariats public-privé.

Contrairement à la rhétorique gouvernementale, selon laquelle le recours aux PPP ne sera pas systématique, il y a un biais évident en faveur de ces derniers : l'Agence, qui jouira d'une grande marge de manoeuvre et d'autonomie, se situe, architecturalement et stratégiquement parlant, comme une solution en quête d'applications, dont la performance sera tributaire du nombre de PPP mis en oeuvre, puisque que c'est le seul moyen par lequel elle pourra "...contribuer à l'amélioration de la qualité des services aux citoyens". L'expertise centralisée qui sera développée à l'Agence des PPP sera essentiellement de nature financière et contractuelle, confirmant encore une fois la dérive comptable de la démarche gouvernementale qui, invariablement, gomme des enjeux cruciaux comme ceux liés au contenu des projets relevant expressément des champs d'expertise des différents ministères.

Le troisième élément architectural de la centralisation découlant du Plan de modernisation, (la création de l'Agence des services administratifs), complète le tableau de la dépossession des ministères de leur capacité stratégique à gérer leurs propres activités. Alors que l'objectif de performance de cette agence est de faire des économies, la centralisation des ressources humaines, matérielles, financières et informationnelles vers le Secrétariat du Conseil du trésor, confirme le manque de confiance du gouvernement à l'égard des gestionnaires publics en leur retirant cette flexibilité managérielle, pourtant centrale au fonctionnement des administrations publiques. La conséquence de cette dynamique centralisatrice est bien désolante : l'accroissement de l'autonomie et de l'imputabilité managérielles étant un jeu à somme nulle, les gestionnaires publics auront le mandat de "faire plus avec moins", tout en étant imputables de résultats dont ils n'auront pas le contrôle, puisque privés d'une partie importante des ressources multiformes nécessaires pour les réaliser.

Enfin, la "nouvelle" politique de gestion de la performance, dont les objectifs ne sauraient être plus généraux et abstraits, constitue une extension et une systématisation de la contractualisation des rapports de gouvernance interne déjà inclus dans la Loi sur l'administration publique promulguée par le gouvernement du Parti québécois en 2000. On dénote une dérive technocratique des mécanismes de mise en oeuvre par le biais d'indicateurs, de cibles, d'étalonnage, d'analyse du prix de revient et d'analyse coûts/bénéfices, qui n'est en soit rien de nouveau, mais qui ignore les difficultés déjà identifiées par des pratiques semblables introduites il y plusieurs décennies, comme la direction participative par objectifs (DPPO).

D'autre part, les prémisses de cette contractualisation des rapports misent sur la compétition et l'appât du gain comme facteur de motivation individuelle, tout en prétendant revaloriser le service public. À cet égard, les mesures d'incitation à la performance (primes au rendement et rémunération bonifiée) sont autant de facteurs de désabusement organisationnel - précisons que les hauts commis de l'État sont les seuls à toucher des primes suffisamment élevées pour constituer de véritables incitatifs. Il faut également souligner que la performance d'une unité organisationnelle est différente de la somme des performances individuelles : quiconque a déjà travaillé dans une organisation complexe sait que l'atteinte des objectifs individuels n'est en rien garante de celles des objectifs organisationnels. Cette difficulté est particulièrement grande lorsque les activités de l'organisation ne se prêtent pas à leur évaluation quantitative.

Loin d'être le non-événement ou le recul gouvernemental suggéré par plusieurs journalistes et autres observateurs de la scène politique québécoise, le Plan de modernisation 2004-2007 est, au contraire, en parfaite communauté d'esprit avec les discours et les textes précédents du gouvernement libéral : comme ceux-ci, il repose sur un mépris de l'administration publique qui n'a d'égal que son fétichisme de la firme privée. Avec l'arrogance que seule peut conférer l'ignorance, le gouvernement prétend que le Plan de modernisation concourt à "soutenir l'épanouissement de la société québécoise". Malheureusement pour nous tous, il représente plutôt une nouvelle manifestation de l'appauvrissement de la gouvernance québécoise que privilégie, consciemment ou non, le gouvernement de Jean Charest. En ce sens, malgré la rhétorique gouvernementale, il s'agit bel et bien d'une dépossession de l'héritage de la Révolution tranquille : toute modernisation de l'État québécois, en tant qu'instrument collectif de développement social, économique, politique et culturel, repose sur un accroissement de sa capacité stratégique et non sur une atrophie de cette dernière.

Tel est le propre d'un héritage : quelque chose qu'on s'approprie de manière dynamique, qu'on transforme à la lumière d'enjeux, de problématiques et de sensibilités différentes, mais qu'on fait fructifier avant de le transmettre, à notre tour, à ceux qui nous suivent. La société civile québécoise, actuelle et future, n'en mérite pas moins.



Race de monde!

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 31 mai 2004

Gagliano, Pelletier, Vennat, LeFrançois... tous congédiés relativement à des affaires qui ont discrédité la vie politique fédérale aux yeux des Canadiens. Or, voilà que ces personnages soudainement tombés en disgrâce poursuivent Ottawa, voire Paul Martin lui-même, pour perte de revenus, diffamation, congédiement illégal, atteinte à la réputation et quoi encore!

Bien sûr que ces individus ont le droit de faire appel aux tribunaux. D'ailleurs, ils n'y vont pas de main morte puisqu'à eux quatre ces proches de l'ancien premier ministre Chrétien réclament pas moins de 15 millions de dollars! On ne se prend pas pour un deux de pique quand on a eu la chance d'être un ami personnel du premier ministre et qu'à ce titre on a su profiter aussi grassement des largesses du pouvoir qui récompense si bien ceux qui lui sont fidèles.

L'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien, Jean Pelletier, réclame 3,6 millions pour avoir été viré par Paul Martin du poste de président du conseil de Via Rail. Pourtant, ce poste lui avait été offert en guise de cadeau d'adieu comme d'autres reçoivent une montre en or ou une simple poignée de main.

Quant à Alfonso Gagliano, rappelons-nous qu'il a d'abord été jeté du conseil des ministres où sa présence devenait embarrassante, mais au lieu de retourner sur les banquettes d'arrière-banc pour terminer son mandat, on l'a nommé ambassadeur pour services rendus à titre d'organisateur du Parti libéral au Québec. Aujourd'hui privé de sa sucette bien grosse et bien sucrée, voilà que le monsieur crie à l'injustice.

Mais quelle injustice? Si injustice il y a eu, ce sont les Canadiens qui en ont été victimes, eux qui ont pendant si longtemps payé le salaire d'un ministre qui affirme n'avoir rien su de ce qui se passait dans son ministère et qui, une fois «démissionné» de son poste, a continué de vivre aux crochets des contribuables à titre d'ambassadeur patenté sans compétence en diplomatie.

Répétons-le, ces gens ont le droit de faire appel aux tribunaux si ça leur chante. Peut-être même se trouvera-t-il quelque juge assez crédule pour leur donner raison. Mais cela n'empêchera personne de croire qu'en agissant de la sorte ces individus ajoutent l'indécence morale à l'opportunisme politique qui les a trop bien servis.

Il n'y a rien de mal à militer pour une cause ou un parti politique, au contraire. Ce qui dérange, ce sont les retours d'ascenseur consentis au mépris du bien public. Les citoyens en ont ras le bol des gens qui abusent ainsi du pouvoir à leur profit et à celui des copains. Si la tendance se maintient, ils le rappelleront bientôt.

jrsansfacon@ledevoir.ca



Le non du citoyen Charest

Michel David
Le Devoir jeudi 3 juin 2004

À moins de trois semaines des référendums sur les défusions, on ne peut pas dire que Gérald Tremblay ait manifesté une joie débordante en apprenant que Jean Charest a finalement décidé de voter non dans son arrondissement de Westmount.

Après avoir lui-même plongé le maire de Montréal dans ce merdier, c'est bien le moins que le premier ministre puisse faire. Encore heureux que mon collègue Robert Dutrisac ait pensé à poser la question à son attachée de presse. Autrement, M. Charest n'en aurait pas soufflé mot.

On est bien content d'apprendre qu'il accomplira son devoir de citoyen, mais il serait grand temps que cesse ce comportement schizophrénique qui amène continuellement le premier ministre à s'effacer derrière le citoyen Charest. Il ne semble pas lui venir à l'esprit qu'en sa qualité de chef du gouvernement, son devoir est de chercher à convaincre la population de s'engager dans ce qu'il croit être la meilleure voie.

Un de ses anciens collaborateurs a très bien illustré la façon dont il conçoit sa fonction. «M. Charest ne gouverne pas, il préside», expliquait-il. Selon lui, il fallait y voir l'effet de son long séjour à Ottawa, où les ministres s'en remettent davantage à la machine administrative. Dans le cas des défusions, M. Charest estime que son rôle consistait uniquement à mettre la balle en jeu.

La présidente du «Comité Westmount pour Montréal» a réagi avec dérision en apprenant qu'il avait l'intention de voter non: «Ça prouve que notre message commence à passer, si on influence le premier ministre!» Jusque-là, on l'avait sans doute pointé comme indécis!

***

En réalité, M. Charest n'a jamais compris en quoi le démembrement des nouvelles villes serait si dramatique. Pour lui, la seule chose importante était de classer le dossier au plus vite, de manière à ce que la poussière ait le temps de retomber avant les prochaines élections.

Lui qui se disait si inquiet du «trou noir» dans lequel un oui à la souveraineté risquait de plonger le Québec, en 1995, affiche aujourd'hui une remarquable sérénité à la perspective du démembrement de Montréal.

La semaine dernière, à l'Assemblée nationale, le ministre des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, n'était même pas en mesure de dire qui serait responsable de la partie du parc du Mont-Royal située sur le territoire de Westmount. Montréal deviendra bientôt le paradis des avocats.

Sans oublier la dimension linguistique. Au cours des dernières semaines, de nombreuses voix se sont élevées au sein de la communauté anglophone pour dénoncer ceux qui prétendent analyser le débat sur les défusions sous cet angle.

Le chroniqueur municipal de The Gazette, Henry Aubin, vient de publier, sous le titre Who's Afraid of Demergers?, une collection de textes qu'il a publiés sur le sujet depuis 1999. Dans un chapitre inédit consacré aux médias, il s'en prend à la presse francophone, qu'il accuse d'accréditer sans fondement la perception que la force du mouvement défusionniste chez les anglophones reflète un refus de cohabiter avec les francophones. Il me reproche personnellement d'avoir écrit que les défusions risquent d'être interprétées par plusieurs comme «une sorte de partition intérieure».

La vive opposition aux fusions dans des régions totalement francophones démontre à l'évidence que les anglophones ne sont pas les seuls adeptes du small is beautiful en matière municipale. De nombreux francophones partagent en effet ce besoin de s'identifier à une communauté ou sont convaincus que les services sont moins bons dans une grande ville. Il n'en demeure pas moins que, sur l'île de Montréal, la ligne de fracture défusionniste risque de se confondre avec la ligne de partage linguistique, le 20 juin prochain.

***

Dans sa chronique de mardi, Henry Aubin a fait une très intéressante analyse de la stratégie adoptée par Pierre Bourque, pour qui les référendums sur les défusions sont simplement le prélude aux prochaines élections municipales.

Le flair politique de Pierre Bourque peut avoir des ratés, comme l'a démontré son passage catastrophique à l'ADQ, mais il lui en reste tout de même assez pour sentir qu'une occasion inespérée de retourner à l'hôtel de ville pointe à l'horizon.

De toute évidence, une partie importante de la base électorale du maire Tremblay va disparaître. Légalement, il ne sera pas tenu de démissionner, mais son indéniable dévouement ne saurait tenir lieu de légitimité. Les élections normalement prévues pour novembre 2005 pourraient donc être devancées.

M. Tremblay assure qu'il sollicitera un deuxième mandat, mais le démembrement du Grand Montréal serait un coup très dur psychologiquement pour un homme dont le moral est parfois fragile. Quoi qu'il en soit, M. Bourque va avoir une bonne longueur sur les éventuels aspirants à sa succession.

Sur les 22 arrondissements où plus de 10 % des électeurs ont signé le registre pour réclamer la tenue d'un référendum, M. Aubin note que l'ancien maire a choisi de faire campagne dans les six arrondissements où le taux de participation a été le plus faible: LaSalle (11,2 %), Sainte-Geneviève (14,2 %), Pierrefonds (15,9 %), Anjou (16,9 %), Saint-Laurent (18,5 %) et L'Île-Bizard (21,2 %).

Il souligne aussi que tous ces arrondissements sont majoritairement francophones, comme le sont trois des quatre anciennes villes de banlieue, Lachine, Outremont et Montréal-Nord, où trop peu d'électeurs ont signé le registre pour qu'il y ait référendum. La quatrième, Saint-Léonard, est à majorité allophone. En revanche, celles où la participation a été la plus forte ont invariablement une majorité anglophone.

M. Aubin souligne un autre point. Dans toutes les anciennes banlieues où le référendum a été rejeté et celles où M. Bourque fera campagne, sauf L'Île-Bizard, les locataires sont en majorité. Là où le mouvement défusionniste est le plus fort, les propriétaires sont majoritaires.

D'un côté, les locataires francophones; de l'autre, les propriétaires anglophones. Bien entendu, il peut s'agir d'une coïncidence, mais je dois admettre que la démonstration est assez convaincante. Le citoyen Charest risque malheureusement de perdre son référendum.

mdavid@ledevoir.com



Le Québec entre la France et les États-Unis

Anne Legaré
Le Devoir vendredi 4 juin 2004

Louise Beaudoin, dans un article du Devoir du 11 mai, souhaite remettre les choses en place en ce qui concerne la politique du dernier gouvernement souverainiste à l'endroit de la France. Cette ouverture à un débat incomplet jusqu'à maintenant me paraît souhaitable et je me réjouis qu'elle y consente. Le but de ce débat n'est pas de mettre en cause le travail de Louise Beaudoin. Bien au contraire. Dans l'ouvrage Le Québec, otage de ses alliés. Les relations du Québec avec la France et les États-Unis, je souligne en juste part la «détermination» de l'ancienne ministre dans les dossiers qui concernent la relation du Québec avec la France.

Il ne s'agit donc pas ici d'attribuer des satisfecit au travail parfois salutaire de l'ancienne ministre au sein d'un gouvernement qui a semblé ambivalent, sinon divisé entre la logique d'une option américaine quasi exclusive et la nécessité d'un contrepoids traduit dans une option française et européenne forte. Cet enjeu est à la fois social, culturel et politique.

Dans ce contexte, ne faudrait-il pas profiter de la situation dans laquelle l'alternance politique met les Québécois pour tenter de comprendre et faire comprendre pourquoi, en tout premier lieu, nos intérêts seraient de tel côté plutôt que de tel autre. Cela, en approfondissant une question qui n'est jamais totalement tranchée ni totalement claire, celle très complexe de l'identité du Québec, une communauté francophone en perpétuelle transformation, traversée par la diversité de ses composantes et par les effets du pouvoir de son voisin américain. [...]

Ambivalence

Les efforts de Louise Beaudoin et l'amitié que nous porte la France n'ont-ils pas été contrés à maintes occasions, au cours des dix dernières années, par les intérêts partagés entre la France et le Canada? Comment expliquer le sentiment d'ambivalence à l'endroit de la France qui s'est fortement manifesté dans les milieux intellectuels québécois? La société québécoise n'est-elle pas concernée par la relative indifférence affichée par les étudiants à l'endroit des universités françaises?

Quel est l'impact sur l'identité québécoise des contraintes externes qui pèsent sur la politique internationale du Québec (subordination à la politique étrangère du Canada, solidarité indispensable dans l'alliance avec les États-Unis et avec le Canada sur les questions de sécurité, extension de plus en plus large du libre-échange, importance du marché américain pour nos exportations, etc.)? Quelles sont les positions de fond de nos gouvernements à ce sujet?

Le besoin de définir une politique internationale faisant contrepoids aux tendances continentales est-il partagé collectivement? Comment une telle politique pourrait-elle être expliquée aux Québécois? Quel poids doit-on donner aux liens franco-québécois par rapport à ceux que nous chérissons avec les États-Unis? Le mouvement entraîné par les échanges commerciaux avec les États-Unis peuvent-ils tenir lieu de seul déterminant d'une vision des intérêts du Québec à long terme?

Les citoyens ont-ils les outils nécessaires pour interpréter ou décoder en «termes identitaires» les nombreuses déclarations favorables à une plus grande intégration continentale en même temps que la volonté d'affirmation nationale ou étatique? [...]

Louise Beaudoin rappelle que l'option française n'a pas fait l'unanimité au sein du gouvernement souverainiste et que l'on doit quand même à son action d'avoir actualisé une «vraie politique» à l'égard de la France. [...]

Je fais état dans Le Québec, otage de ses alliés des contradictions internes du document produit par le gouvernement du Parti québécois et adopté par l'Assemblée nationale appelé Plan stratégique 2001-2004. Les liens avec la France y sont mesurés à «la place que la France occupera par rapport à d'autres partenaires européens» (p. 228). N'est-on pas justifié de penser que l'ambiguïté d'une telle déclaration est le signe d'un refus de prendre parti face à des points de vue qui divisent également les Québécois par rapport aux questions identitaires? Peut-on sérieusement se contenter de louer les efforts d'une action indéniablement productive mais qui demeure partielle? Agir davantage sur les représentations que se font les citoyens québécois, telle devrait être la priorité des deux partenaires impliqués dans une politique franco-québécoise tournée vers la promotion de la diversité culturelle.

Qu'on me comprenne bien: l'enjeu n'est plus de penser le Québec comme à l'ère de la survivance ni d'ériger la France en modèle ou en lieu de mémoire empreint de nostalgie. Il s'agit de dynamiser un débat pour que les relations internationales du Québec soient à moyen terme un outil de renforcement d'une identité spécifique.

À cette fin, je propose deux moyens. Le premier consiste à solliciter des acteurs politiques qu'ils mettent au service des citoyens une véritable politique de communication en matière de relations internationales. Le second moyen est de s'affranchir de toute réserve face au débat public afin de permettre à chacun de mieux saisir les tenants et les aboutissants de certains choix dont les conséquences concernent chacun. Louise Beaudoin n'aurait rien à perdre dans ce débat.

Anne Legaré : Professeure au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal et auteure de Le Québec, otage de ses alliés. Les relations du Québec avec la France et les États-Unis (VLB, 2003).



La langue fait peau neuve

Guillaume Bourgault-Côté
Le Devoir jeudi 3 juin 2004

Quelque 2000 modifications apportées au français

Des i et des u décoiffés, des mots soudés, des pluriels normalisés et des «anomalies» corrigées: la langue fait peau neuve. Depuis le début du mois de mai, l'Office québécois de la langue française (OQLF) recommande officiellement d'adopter de nouvelles règles d'écriture pour quelque 2000 mots du répertoire francophone. Des changements loin de l'ampleur de la réforme de 1740 - quand près d'un mot sur trois ont changé d'orthographe -, mais qui devraient néanmoins, selon les linguistes, permettre la simplification d'une langue réputée casse-cou. Du moins quand la période de tohu-bohu sera terminée.

Car il faudra s'y habituer: une affaire de quelques années avant que dictionnaires, grammaires scolaires ou correcteurs informatiques n'aient harmonisé le tout. «Nous sommes en pleine période d'adaptation», dit le chef des communications de l'OQLF, Gérald Paquette. D'ailleurs, le ministère de l'Éducation n'a toujours pas emboîté le pas, préférant attendre que l'usage des nouveaux termes soit répandu avant de le recommander.

Mais déjà, Le Petit Larousse et Le Petit Robert, best-sellers des ouvrages de référence, ont intégré environ 60 % des nouvelles graphies dans leurs dernières éditions. Le dictionnaire Hachette, lui, à l'instar du Grand Dictionnaire terminologique (l'outil de diffusion de l'OQLF, disponible dans Internet), y est allé d'une intégration totale. Côté informatique, le logiciel de correction Antidote a franchi le pas, mais ProLexis tarde encore. Et Microsoft devrait faire les changements dans la prochaine version de Office. Durant cette période d'adaptation, «qui prendra le temps que ça prendra», selon Paquette, les graphies nouvelles et traditionnelles seront toutes deux bonnes. Ognon ou oignon, nénufar ou nénuphar, boursouffler ou boursoufler, c'est le libre choix dans l'orthographe.

Cinq points

Ce projet de rafraîchissement de la langue traîne depuis 1990. Le Conseil supérieur de la langue française (un organisme parisien) avait alors proposé un plan de rectification de l'orthographe, rapidement approuvé et recommandé par l'Académie française, le Conseil de la langue française du Québec et le Conseil supérieur de la langue française en Belgique. Cinq points étaient concernés: le trait d'union, le pluriel des mots composés, l'accent circonflexe, le participe passé des verbes pronominaux et une catégorie fourre-tout appelée «diverses anomalies».

Ainsi, parmi les changements apportés, on remarque la suppression du trait d'union dans une série de mots tels portemonnaie, piquenique, boutentrain, poucepied et tirebouchonner. En échange, il faudra désormais mettre un trait d'union entre chaque terme qui compose un chiffre écrit, et non plus seulement pour les chiffres inférieurs à 100.

La plupart des accents circonflexes sur les lettres i et u disparaissent (gouter, paraitre); le pluriel des mots composés suit maintenant les règles du pluriel des mots simples (des après-midis, des sans-abris); on emploie l'accent grave plutôt que l'aigu dans un certain nombre de verbes et de mots (évènement, règlementaire, je cèderai, ils règleraient); le pluriel des mots empruntés à d'autres langues et des néologismes se forme de la même façon que pour les mots français et sont accentués conformément aux règles qui s'appliquent aux mots français (des matchs, des révolvers, des jazzmans); et finalement, certains trémas changent de place ou apparaissent, notamment dans aigüe, ambigüité, argüer.

Plus logique

Au Québec, comme en France d'ailleurs, l'intégration de ces nouvelles graphies a pris et prendra encore du temps. «Il y avait certaines réticences au début des années 90, dit Gérald Paquette, et on ne voulait pas faire cavalier seul. Le milieu de l'enseignement était particulièrement inquiet; il trouvait qu'on allait trop loin.» Ce même milieu n'est toujours pas convaincu, précise d'ailleurs Johanne Méthot, agente de communication au MEQ. «Il y a toujours des gens qui ne sont pas certains que les changements soient tous utiles. Nous, on préfère voir comment ça va se passer dans le reste de la francophonie avant d'agir définitivement.»

Mais l'OQLF, qui joue le rôle de grand maître en matière linguistique au Québec, a quand même jugé qu'il était temps de donner le départ. «Nous naviguons toujours sur la mince ligne entre conserver la richesse historique d'une langue et lui donner un peu de modernité, explique Paquette. Mais on doit être capable de nommer les réalités modernes en français, si c'est une langue vraiment vivante.»

Il fallait à l'OQLF certains supports avant d'agir. D'abord les dictionnaires, «car sans eux nos recommandations n'ont aucune force», dit Paquette. Puis, on avait besoin d'un soutien dans le milieu de l'éducation. À cet égard, l'OQLF a pu compter depuis quelques mois sur le «lobbying» du Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français (GQMNF), fondé par des enseignants universitaires afin de faire connaître les nouvelles façons d'écrire ces 2000 mots.

«On enseigne les règles depuis déjà cinq ans à l'UQAM, raconte la fondatrice du groupe, Chantal Contant, chargée de cours à l'université. Mais même aujourd'hui, on voit encore que les gens sont relativement peu au courant, ils pensent que c'est seulement une rumeur. Pourtant, on accepte les modifications [celles entrées dans les dictionnaires] au ministère de l'Éducation, ça fait partie des consignes de correction des examens du secondaire. On avait donc hâte que l'OQLF finisse par se prononcer. Ça nous fait passer de l'heure des débats et des contestations à celle de l'application.»

En tant que linguiste, Contant ne voit que du bon dans ces changements. «On vient corriger des situations absurdes, des règles hasardeuses qui compliquaient la compréhension de la langue pour rien. Je prends l'exemple des accents circonflexes: pourquoi on apprenait une comptine comme "le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme"? C'est illogique. Pour moi, la beauté d'une langue n'est pas dans ses incongruités.»

Même constat du côté du Groupe pour la modernisation de la langue (GML), basé à Paris et qui se charge de publiciser les décisions du Conseil supérieur de la langue. Romain Muller, membre du groupe et animateur du site orthographe-recommandée.info, est tout à fait favorable aux nouveautés. «On part d'un constat: l'orthographe a toujours évolué. Il n'y a aucune raison pour que ça se fige d'un coup.»

Il estime à trois ans la période de transition nécessaire. «Le vrai déclic se fait quand les grands journaux embarquent. Pour l'instant, Le Monde et Figaro utilisent encore les anciennes graphies, à cause de leurs logiciels de correction. Mais ça commence à se voir dans les communications officielles, et les prochains programmes scolaires seront adaptés. Les mots vont vite faire leur chemin.» Gérald Paquette donne en ce sens l'exemple du terme courriel: «Il est passé dans le langage courant en très peu de temps au Québec parce qu'il a été transporté par la population.»

C'est d'ailleurs à cette dernière que reviendra le mot de la fin, croit le porte-parole de l'OQLF. «On ne peut pas bousculer les gens dans la pratique langagière. On peut convaincre d'adopter, mais on ne peut pas imposer. En définitive, ce sont les gens qui décident au-delà des recommandations. C'est comme ça qu'en quelques années on est passé des chiens-chauds steamés aux hot-dogs vapeur... »


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

D'outre-Atlantique, une pensée pour la France

Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 4 juin 2004

Je n'aurai jamais idée

Qui pourrait en douter
Les dés étaient pipés
Pas de roi dans la Manche
Pour ces proies du D Day
Tombés là pour la France

Je ne surnageais point dans la marée
Vers l'une des plages du vieux pays

Je n'aurai jamais idée
De ce que fut ce Jour J

Mais quand même
Juste d'y penser
Comment n'pas chialer

En soi-même

Tous ces « ici gît »
Morts en Normandie.


Jean-Luc Gouin,
Depuis Québec, 6 juin,
60 ans plus tard et quelque 5000 kilomètres à tribord





TRIBUNE LIBRE

RÉPONSE À UN DIPLOMATE

Ou le Québec, un État de fait à reconnaître de jure

René Marcel Sauvé
TRIBUNE LIBRE 4 juin 2004

Voici des correspondances courriel échangées en date du mardi 1er juin 2004 entre Monsieur Albert Salon ancien Ambassadeur de la République française et Président actuel du FFI-France (Forum Francophone International) et Monsieur JRM Sauvé.

PREMIER COURRIEL

Monsieur Salon,

À vos questions précises au sujet d'un projet de constitution et de citoyenneté pour le Québec, je vais tenter de vous répondre, d'une manière aussi satisfaisante que peut le faire un géographe spécialisé en géopolitique, par conséquent en étude systématique des États tels qu'ils existent de facto, par opposition aux statuts pleinement reconnus de jure. Si ma réponse vous paraît ambiguë, je m'en excuse d'avance.

Il n'existe aucun effort officiel pour donner une constitution au Québec, ni pour créer la citoyenneté du Québec.

J'étais militant en 1976 au moment d'être retraité de l'armée et je travaillais dans Taillon, comté de René Lévesque (maintenant de Pauline Marois) lorsque nous avons obtenu la victoire surprise des élections du 15 novembre, victoire à laquelle ni René Lévesque ni les autres militants ne s'attendaient ni étaient prêts à assumer. Plusieurs d'entre nous avons proposé d'introduire tout de suite un passeport québécois mais Lévesque a renvoyé la proposition du revers de la main. De même la citoyenneté et la constitution. Il fallait d'abord gagner un référendum à tout prix.

J'ai pris sa réaction très au sérieux et je me suis demandé pourquoi il avait refusé, ce à quoi beaucoup de Québécois étaient d'accord.

René Lévesque a refusé par souci de l'observance de la LOI au pied du pied de l'archi-pied de la lettre. P.E. Trudeau n'a eu qu'à déclarer publiquement le soir du 15 novembre 1976: « Monsieur Lévesque n'a pas reçu de mandat pour faire la souveraineté du Québec », pour que Lévesque paralyse en partant.

La peur d'être qualifié d'HORS LA LOI, D'OUTLAW, par les Anglo-Saxons, ceux du Canada, ceux des États Unis et ceux de l'Empire Britannique, ou Commonwealth si vous préférez, la peur qui paralyse était présente à ce moment, peur entretenue par l'ignorance du sens, de la signification, de la portée et de la dynamique d'un statut.

Il suffit à un représentant d'Ottawa, de Londres ou de Washington de dire: « We won't recognize you » pour qu'une peur panique nous saisisse.

Tragiquement, monsieur Salon, NOUS, Québécois, ne savons pas ce que veulent dire les termes STATUTS et ÊTRE RECONNU. Pour nous, la politique demeure affaire de faveurs, ou d'affection, ou de revendication de pouvoirs, voir, de littérature et de folklore, non d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité. Tout au Québec est affaire d'émotions, non de principes. D'où le poids énorme de la LOI prise au pied de la lettre, la LOI qui fait peur, la LOI qui mène en prison et autrefois à la potence.

Sans doute, la mentalité héritée de nos ancêtres normands y est pour quelque chose. Le Normand cherche toujours à être "en loi". Il y trouve sa justification et souvent son leitmotiv.

De même notre conception religieuse, héritée du jansénisme, une religion de la casuistique et de l'observance des commandements au pied de la lettre, au détriment de leur esprit. Je n'ai pas vu de Je et Tu dans notre expérience religieuse, seulement le Ça qui tue l'esprit.

Vous qui êtes un cousin de France, monsieur Salon, non pas un maudit français mais un cousin, vous ne pourriez vous permettre de dire aux Québécois ce que je leur dis: « Bande de criss de caves, vous êtes bouchés par tous les trous et vous ne comprenez rien à rien ». En tant que héros national au Québec, je puis me permettre de le faire. Je ne recherche nulle popularité et nulle faveur, alors j'ai le champ libre pour dire ce que je pense.

C'est moi qui s'est servi de ma position d'officier d'état-major dans l'armée pour remettre à Parizeau les documents secrets qui prouvaient qu'une intervention militaire majeure se préparait contre le Québec en 1972, avec l'aide d'officiers britanniques en provenance d'Irlande du Nord.

Cette intervention s'inspirait en droite ligne des interventions militaires de l'Angleterre contre l'Irlande depuis l'époque de Cromwell, interventions qui ont contribué à réduire la population des Irlandais celtiques de 8 millions à trois millions d'habitants.

Le simple fait d'avoir remis ces documents a provoqué un arrêt des procédures dans les Quartiers Généraux de l'Armée Canadienne et un transfert du grand état-major de la Force Mobile du Québec vers Kingston. Personne n'a osé me mettre en accusation et me traduire en cour martiale. C'est moi qui avais le gros bout du baton car le Ministère de la Défense avait commis un acte illégal et de grande portée sur le plan international. Peu de temps après, j'ai été mis à la retraite avec une année de congé de réhabilitation payée par le Ministère et pleinement pensionné. Jamais je n'ai été dérangé, sauf pour une brève visite de deux officiers seniors de la GRC, pour me dire que mon dossier était fermé.

Désespérément, j'ai essayé de faire comprendre aux Québécois que la « question du Québec » n'est pas une question de « séparatisme » mais de STATUTS DE FACTO À RECONNAÎTRE DE JURE.

Posée de cette manière la question est autrement plus dangereuse pour Ottawa qu'une réduction des problèmes au degré d'une baudruche idéologique. D'où la persistance d'Ottawa de maintenir le Québec dans un combat idéologique dont personne ne voit le véritable enjeu.

La question posée en termes de statuts de facto et de jure est dangereuse pour Ottawa, car lorsque le Québec agira dans ce sens, les autres provinces en feront autant (c'est ce qu'elles attendent).

Ce sera la fin du gouvernement centralisateur et unitaire des United Empire Loyalists et de l'Oligarchie torontoise, qui possède 85% des richesses naturelles de l'espace continental canadien.

Si unité canadienne il y a après la fin du pouvoir central d'Ottawa, cette unité se réalisera sans inféodation aucune, par simple coopération, sur fond d'intérêts, de rapports de forces et de principes d'effectivité. Au Québec, les facultés de sciences politiques, qui dispensent un enseignement littéraire et souvent étriqué, ne comprennent toujours pas le sens du mot STATUT. (EN ANGLAIS STATUS, OU STATUSES)

Parlant STATUTS, je suis né à Montréal le 27 mars 1931, neuf mois avant la promulgation par l'Angleterre des Statuts Refondus de Westminster.

Donc, je suis né dans l'Empire Britannique et par conséquent British Subject. En Angleterre, mon passeport n'était pas estampé, mais en octobre 2003, lorsque je suis retourné à Londres pour un court séjour, mon passeport a été estampé, comme pour un étranger.

Je ne suis plus « British Subject » et ce sont les Anglais qui l'ont décidé, pas les « Canadians » qui vivent encore comme si la reine Victoria était toujours vivante. Comme la reine d'Angleterre est toujours et seule possédante en titre du territoire de cette expression géographique qu'on appelle Canada, alors nous demeurons nominalement ses « subjects ».

Quant à la reine Victoria (je suis né sous George V), les nouvelles de sa mort sont encore prises dans les glaces des iceberg de l'Atlantique nord. C'est l'impression que j'ai eue à Toronto et dans les Canadian Armed Forces.

Ces questions sont simple et c'est parce que j'en connaissais la portée, ayant été formé dans les institutions universitaires et militaires des Anglais et des Canadians, que je pouvais me permettre de tuer dans l'oeuf une tentative nouvelle d'intervention armée contre le Québec. Cette intervention de ma part, de même que les documents que j'ai remis pour prouver la véracité de ce que j'avançais. Ont semé la peur panique chez les chefs du Parti Québécois.

Qui prenait le plus grand risque? J'avais une femme et des enfants qui auraient été jetés dans la misère si j'avais été traduit en conseil de guerre et condamné. Les politiciens ne risquaient rien mais se conduisaient comme si l'échafaud était déjà dressé contre eux.

Je dois dire que j'ai été bien formé par les Anglais et les Allemands et je connaissais et connais encore le sens d'un STATUT et de ses PRINCIPES. Homme seul, j'étais en position de force et je pouvais me permettre de traiter de tous les noms ceux et celles parmi les militants du Québec qui ne comprenaient rien et moins que rien à des questions d'envergure en matière d'État. Une société inféodée revendique des droits. Nous sommes un État et n'avons qu'à exercer nos pouvoirs d'État et non à revendiquer des droits.

En quittant l'armée, j'ai remercié les Anglais de m'avoir bien formé et leur ai dit que je me servirais des connaissances acquises contre eux. Ils ont ri, sachant que personne au Québec ne me croirait si je disais par exemple que nous sommes plus forts que nous le pensons, que nous étions en position de force sans le savoir au moment du traité de Paris du 10 février 1763 et que nous l'avons été souvent par la suite. Nous le serons encore avec l'élection actuelle, qui devrait nous permettre de provoquer l'implosion du Canada. Peine perdue.

Prof à Toronto après mon service militaire, j'ai écrit et publié Géopolitique et avenir du Québec. Personne ou presque ne l'a lu, sauf Bernard Landry, qui m'a téléphoné et écrit à Toronto et, le cabinet de Jean Chrétien, qui en acheté toutes les copies disponibles dans les librairies d'Ottawa, probablement parce que Le Monde Diplomatique de septembre 1994 a publié un commentaire très favorable sur ce livre. Nul n'est prophète dans son pays.

Pourquoi on ne me lit pas? Langage trop simple, pas assez étriqué, pas assez littéraire, par assez « rationnel ». La géopolitique et la stratégie d'État sont relationnelles. La différence est énorme mais peu de Québécois le comprennent, d'où leur tendance à se conformer à la LOI au pied de la lettre, à rester littéraires et ne pas oser écrire de constitution ni promulguer la citoyenneté québécoise, pour la simple raison que l'État existe déjà et que nous pouvons émettre un passeport sans que personne ne puisse s'y objecter. Un passeport est un moyen de vérifier dans les faits qui nous reconnaît et nous aurions pu l'avoir fait depuis longtemps.

J'ai réussi à convaincre Bernard Landry à créer une patrouille des eaux territoriale avec la Sûreté du Québec, afin de créer les précédents nécessaires à notre reconnaissance de souveraineté territoriale sur nos eaux continentales. Aujourd'hui, cette patrouille existe. De même dans les aéroports. J'ai été agréablement surpris de voir la police de Montréal à l'aéroport de Dorval (alias PE Trudeau) avec une juridiction qui augmente. La GRC va quitter et c'est une affaire à suivre. Suivra une police de l'air, notre propre juridiction à nous sur notre espace aérien. Je travaille ensuite à créer une police des frontières afin de ne plus subir de « love in » comme en 1995.

Et ensuite, il y a la diplomatie. NOUS DEVONS encore apprendre à faire des représentations valides à l'étranger, monsieur Salon, à dire que nous sommes effectivement et de fait(de facto) un peuple, une Nation et un État et que nous entendons être reconnus comme tels. Dire que les Anglais ont été méchants pour nous est ridicule et ne nous mène nulle part. Les Anglais ont été autrement plus méchants envers les Yankees de Nouvelle Angleterre, les Acadiens, les Boers d'Afrique du Sud, les Australiens, les Irlandais, les Écossais et les Gallois qu'ils ne l'ont été envers nous. Pourquoi? Parce que la politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité et que dans le Saint-Laurent en 1760, les Anglais n'étaient pas en position pour tenter de nous chasser ou nous exterminer.

La diplomatie, vous en connaissez le sens, monsieur Salon. Essentiellement, il s'agit de faire valoir les précédents de facto afin d'en obtenir une reconnaissance de jure.

Ce statut d'État de facto, nous l'avons, monsieur Salon, mais une foule de Québécois ne le comprennent toujours pas.

L'indépendance, on peut et doit la définir selon le sens qui est offert par la géopolitique et aussi... la psychanalyse et la psychiatrie:

APTITUDE ET CAPACITÉ DE CHOISIR SES DÉPENDANCES.

À défaut de comprendre le sens, la signification, la portée et la dynamique de cette définition, nous allons continuer de faire fausse route.

Ce qui veut dire: L'État du Québec d'abord, reconnu de jure et de facto, ensuite, ou en même temps: abattre l'État centralisateur, unitaire, arbitraire et orangiste d'Ottawa. Les élections actuelles sont pour nous une occasion de provoquer l'implosion du Canada.

Sans État, la Nation ne peut pas être reconnue et il ne peut y avoir d'indépendance, qui est un à porteriori et non un à priori par rapport aux statuts d'État et de Nation.

La France est partie en 1760, pour des motifs de stratégie politique, qui ont remporté des succès et des revers, comme toute politique d'ailleurs, ainsi que le comprennent les gens qui ont un peu de maturité.

Et puis après? Le Ciel ne nous est pas tombé sur la tête parce que la France est partie. Au contraire, c'était pour nous l'occasion de faire nos preuves, nos propres preuves. Nous étions d'un coup devenus un peuple, avec possibilité de devenir Nation et de constituer les assises de notre propre État naturel. ET NOUS L'AVONS FAIT.

Moi, je remercie la France d'avoir quitté en 1760 et de nous avoir laissés seuls en face des Anglais et des Yankees. Cela prouve que nous étions capables de nous occuper de ces deux puissances, nous tout seuls. C’est pas un statut honorable çà ?

Qu'aurions-nous fait avec la France? Nous serions demeurés dépendants comme la Finlande est demeurée dépendante de la Suède pendant six siècles. C'est la domination russe qui a réveillé les Finlandais et leur a crié: « Existez, que diable ».

En partant, en nous laissant seuls avec les Anglais, nos ennemis séculaires depuis l'histoire de la Bretagne et de la Normandie, la France nous traitait comme des grands garçons et des grandes filles.

Mais c'est très bien ça. Amenez-nous en des Anglais. Nous leur avons déjà réglé leur compte dans le passé en Europe et nous pouvons encore le faire. Nous sommes peu nombreux et nous n'avons pas besoin de l'être non plus, puisque les conditions géographiques dans lesquelles nous vivons nous permettent de réaliser nos objectifs avec une concentration maximale de l'effort et une économie de moyens.

Notre statut est fait accompli mais les Québécois ne veulent pas s'en rendre compte et ils se comportent comme un peuple inféodé et habitué à la soumission servile et à vivre mentalement à partir de ce qui est dit ou est écrit par Untel et Untel.

Dans la mentalité québécoise, tout doit être écrit quelque part. Pas moyen de mettre dans la tête des Québécois qu'un STATUT existe d'abord suivant la loi sui generis des faits et des principes naturels qui gouvernent l'existence et l'Être. Trop ontologique et pas assez logique. J'ai encore du travail à faire pour changer cette mentalité de "losers" pour la remplacer par une mentalité de « winners », ce que nous sommes réellement, mais nous ne savons pas que nous le sommes et voilà notre problème.

J'espère avoir répondu à vos questions d'une manière satisfaisante monsieur Salon. Je dois maintenant retourner réparer les murs et faire la peinture dans notre appartement. Il y a du travail à faire. Pour moi, un métier manuel et la vie intellectuelle ne sont pas incompatibles.

Bonne journée

René Marcel Sauvé

DEUXIÈME COURRIEL

Monsieur Salon,

J'ai omis de répondre à votre question essentielle, celle que vous formulez au début de votre texte :

Vous dites :

Ici en France, nous ne voyons pas toujours clair sur deux points qui peuvent, nous semble-t-il, avoir au Québec une symbolique très forte et un effet d'entraînement politique.

Ma réponse est la suivante :

Ici au Québec, nous sommes loin de voir clair sur ces deux points.

Dans les conjectures de peur du « séparatisme » dont je vous ai parlé dans mon message précédent, la seule évocation d'une Constitution, du statut du citoyen et de la carte d'identité est passible d'exploitation politique immédiate par nos adversaires, qui vont chercher à nous accuser de vouloir « briser le Canada ». Ici, la culpabilisation s'ajoute à la peur et à l'ignorance.

Nous devons attendre d'autres conjectures, d'autres rapports de forces qui vont contribuer à changer les mentalités et à les maintenir dans une résolution définitive d'en finir avec Ottawa. Stratégiquement, nous devons à tout prix abattre Ottawa si nous voulons poursuivre notre progression vers les statuts reconnus de Nation et d'État. L'implosion de l'Empire Orangiste Canadian s'impose. Elle est souhaitable, réalisable et possible dans un délai assez court maintenant, ainsi que je l'explique dans un article précédent et portant sur l'implosion du Canada.

Cette nouvelle conjecture s'annonce avec les élections actuelles. Nous devons travailler de toutes nos forces à installer à Ottawa un gouvernement conservateur minoritaire, mais majoritaire dans l'Ouest, avec le NDP majoritaire dans les Maritimes et l'Ontario divisé comme il l'était au référendum de 1992, celui de Brian Mulroney. Avec le Bloc majoritaire à Ottawa, le Québec sera en mesure de mieux tirer son épingle du jeu. Ce sera pour les provinces l'occasion de se réclamer du statut d'État et l'Ontario ne pourra intervenir comme il l'a fait dans le passé, pour défendre les intérêts de l'Oligarchie de Bay Street. Que l'Ontario devienne un État à son tour et le règne des oligarques est condamné.

Je vous conseille donc de suivre de près les événements qui se produisent. Nous en tirerons ensuite les leçons qui s'imposent.

Salutations

René Marcel Sauvé



TRIBUNE LIBRE

Parti Québécois: toujours le même chef...

Dominic Cournoyer
TRIBUNE LIBRE 4 juin 2004

Personnellement, je n'ai pas de préférences pour un chef plus qu'un autre, mais depuis les dernières élections au Québec, est-ce que nous nous sommes questionnés à savoir qui serait la meilleure personne pour nous mener à l'indépendance et pour diriger le PQ? Landry avait déjà mentionné qu'il n'avait pas l'intention de se présenter aux prochaines élections et qu'il restait chef du parti en attendant une course à sa succession. Pourtant, ça fait plus d'un an... A t-il l'intention de rester longtemps? Si la tendance se maintient, le futur chef du PQ n'aura pas vraiment l'occasion de se faire connaître d'ici les prochaines élections. Il serait bientôt temps que le prochain chef du PQ prenne le titre de chef de l'Opposition pour s'assurer plus de visibilité dans les médias. Avec un gouvernement extrêmement critiqué, le nouveau chef pourra faire bonne figure. Sa cote de popularité pourra faciliter l'élection du PQ ainsi qu'une victoire référendaire.

Si Landry reste à la tête du PQ, est-ce parce que nous avons conclu que ce serait la meilleure personne pour nous mener à la Terre Promise ou bien nous le laissons faire simplement par laxisme?

Nous pourrions au moins demander une course à la cheferie qui incluerait même le chef actuel du PQ. Donc, si les militants concluent que le chef de l'Opposition actuel est la meilleure personne pour diriger le PQ, il aura passé le test. Mais au moins, réfléchissons-y. Qui serait la meilleure personne pour nous mener à l'indépendance? Plusieurs autres députés du PQ ont le caractère et le charisme pour diriger le parti, il faudrait y voir.

En fait, le meilleur chef du PQ serait tout simplement celui qui aurait le plus de chances de mener le PQ à une victoire électorale et surtout mener le OUI à une victoire référendaire. Pour savoir quelle personne est plus à la hauteur, les sondages peuvent très bien nous donner des indices.

Rappelons-nous, il ne s'agit pas de déterminer quelle personnalité politique sera la plus populaire auprès des membres du Parti Québécois, mais il faut trouver celui qui sera le plus populaire le jour des élections et plus particulièrement le jour du prochain référendum sur l'avenir de notre nation.

Il est temps de se questionner sur cette question de leadership. Bien que les idées, le programme et le parti aient une certaine importance dans la décision d'un électeur, il ne faut pas oublier que bien souvent les leaders jouent pour beaucoup dans les résultats des élections et des référendums. La clé de la victoire repose également dans le choix judicieux d'un chef de parti.



TRIBUNE LIBRE

PIERRE PETTIGREW ET LE BLOC PROPRE

Joachim Lambert
La Ligue pour l’indépendance du Québec
TRIBUNE LIBRE 4 juin 2004

- Réaction à l’article de Kathleen Lévesque dans Le Devoir du 26 mai 2004, Le slogan du Bloc exclut « les autres » croit Pettigrew. -

Aux dernières nouvelles, le Québec n’est-il pas habité par des êtres humains de toutes les ethnies ou, pour employer le langage de la rectitude politique, par toutes les communautés culturelles? Le Parti libéral du Canada doit être rejeté par les Québécois en général et les Montréalais en particulier, parce qu’il se complaît dans l’exclusion des Québécois-Français, la plus grosse « communauté culturelle » du Québec. En plus de faire référence au scandale des commandites, le slogan du Bloc « Un parti propre au Québec » signifie bien ce qu’il veut dire : un parti politique qui reflète bien la réalité sociale propre au Québec où vit une majorité québécoise-française en harmonie avec « les autres »; contrairement aux fédéralistes qui, eux, sont prêts à reconnaître toutes les ethnies possibles sauf, évidemment, la québécoise-française.

À moins que je sois en pleine crise de schizophrénie, ce sont donc les partisans du Parti libéral du Canada qui pratiquent l’exclusion ethnique, et non pas les partisans du Bloc québécois. Selon Pierre Pettigrew, jouer sur la différence comme le fait le Bloc est une façon de faire à proscrire en politique. C’est sans doute pourquoi les admirateurs de Pierre Elliot Trudeau sont vendus corps et âme au multiculturalisme qui lui, bien entendu, ne travaille pas à faire la promotion des différences ethniques dans la maison canadian, cette maison que les Québécois-Français n’habiteraient même pas puisque, selon monsieur Pettigrew, ils demeurent dans une niche à l’extérieur de la maison canadian. Selon ses propos tenus le 1er avril 2004 à la Chambre des communes à Ottawa, il invite le chien de garde du Québec, le Bloc québécois, à venir habiter avec les maîtres de la maison canadian multiculturelle et non pas à rester dehors dans la niche à chien, comparant ainsi le Québec à une niche à chien et révélant aussi par la même occasion qui sont les maîtres de la maison canadian et qui sont les chiens.

Au niveau symbolique, peut-il y avoir un discours plus méprisant? Ainsi donc, si pour l’historien national Maurice Séguin, « Les Québécois-Français subsistent comme peuple chambreur dans une des pièces les plus importantes (le Québec) de la maison construite et possédée par une autre nation (le Canada) », pour Pierre Pettigrew, nous n’habitons même pas dans une pièce la maison canadian mais dehors, dans une niche, comme un chien. Alors qu’attendons-nous pour avoir notre propre maison, qu’attendons-nous pour faire l’indépendance? Qu’attendons-nous pour faire du Québec un pays propre aux Québécois?



TRIBUNE LIBRE

Le quotidien ridicule

Étienne LaHire
TRIBUNE LIBRE 4 juin 2004



Article de Norman Delisle dans le Cyberpresse du 3 juin 2004 (http://www.cyberpresse.ca/elections_federales/
article/1,7198,0,062004,701582.shtml)

=> lettres@cyberpresse.ca; redaction@cyberpresse.ca; forum@lapresse.ca; opinion@lesoleil.com; André Pratte, éditorialiste en chef au journal La Presse : andre.pratte@lapresse.ca; Alain Dubuc, éditorialiste, ex-président-éditeur du Soleil (ses trois textes hebdomadaires sont publiés simultanément dans les sept quotidiens de la chaîne...): adubuc@lesoleil.com


Extrait : «[...] Selon La Presse, plusieurs organisateurs adéquistes travaillent actuellement pour des candidats conservateurs au Québec. Par contre, d'autres adéquistes détestent tellement les libéraux fédéraux que par stratégie, ils voteront pour le Bloc.»


L'ADQ a participé activement à la promotion de la Souveraineté du Québec à l'automne de 1995. Il y a donc une forte proportion de l'Équipe et des membres de ce parti - encore aujourd'hui - qui préconise l'Indépendance du Québec. Sans doute s'agit-il de la majorité absolue du contingent, voire une majorité massive. Quoi qu'il en soit quant aux chiffres exacts, le journaliste de Gesca préfère tout de même écrire que ces gens pourraient voter pour le Bloc québécois tout bonnement par stratégie... parce qu'«ils détestent les libéraux».

Exit ! d'un clignement des paupières l'éventualité que des gens de l'ADQ puissent appuyer le Bloc parce que ceux-ci espèrent tout simplement la réalisation de la Souveraineté du Québec, ou qu'ils ont tout simplement à coeur les intérêts supérieurs du Québec.

Or, voilà. Des « petites vites » comme celle-là, il en pleut tous les jours dans les journaux de l'Empire Gesca /Power Corporation. Suffit de ne pas avoir trop sniffé ou fumé pour s'en rendre compte au premier coup d'oeil.

On appelle cela de la désinformation (ou mésinformation, au mieux). Ici en l'occasion - manière de restriction mentale - sous la forme de l'abstention volontaire.

Et c'est ainsi, en dépit des colossales fortunes investies dans le massage inoculé dans les interstices des messages, qu'une certaine presse perd progressivement toute crédibilité aux yeux de qui les ouvre en ouvrant les pages de celle-ci.

Or les yeux finissent tous par tous s'ouvrir. Ce jour-là, le magnat est nu. À l'instar de l'ensemble de ses éditorialistes comme de bien entendu.

Gesca, La Presse, Le Soleil et cie sont à l'information ce que le parti libéral est aux unifoliés, aux commandites et aux lois C-20.

Le ridicule ne tue point, certes.
Il n'en reste pas moins indubitablement ridicule.

Étienne LaHire
LaHire@Q-bec.com
4-06-04




TRIBUNE LIBRE

Les bassesses d'un faux anonyme

Marie-Louise Lacroix
TRIBUNE LIBRE 4 juin 2004

Réf.: Texte d' André Lamarre en : http://www.cyberpresse.c