
Parler haut et fort
Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 8 juin 2004
La campagne référendaire sur les défusions a été repoussée dans l'ombre par la campagne électorale fédérale. On l'aurait presque oubliée, n'eût été du débat qui a opposé dimanche le défusionniste Peter Trent à Gérald Tremblay qui, pour une fois, est sorti de sa réserve et a livré une défense vigoureuse du nouveau Montréal.
Si ce «débat des chefs» de la dernière heure avait eu lieu ne serait-ce qu'un mois plus tôt, peut-être n'aurions-nous pas à Montréal autant d'arrondissements prêts à prendre le risque de la défusion. La vision rationnelle du maire de Montréal aurait pu convaincre une partie des défusionnistes que leur combat est vain, car l'autonomie qu'ils gagneront en quittant la grande ville ne sera que symbolique.
Gérald Tremblay avait bien saisi, dès son élection, que le nouveau Montréal ne pourrait survivre au vent défusionniste que s'il trouvait un meilleur équilibre entre la ville centre et les arrondissements. Rapidement, il a préparé une réforme administrative décentralisant vers les arrondissements les services de proximité et un certain nombre de pouvoirs. Les arrondissements retrouvaient ainsi une mission réelle et un lien direct avec leurs citoyens.
Les défusionnistes convaincus comme Peter Trent ne pouvaient toutefois se satisfaire de ce compromis. Ils voulaient retrouver leurs villes d'antan avec tous leurs pouvoirs, ce que Québec n'a pas voulu. Les villes reconstituées auront pour l'essentiel les mêmes responsabilités que les arrondissements avec toutefois moins de pouvoirs que s'ils restaient montréalais. Elles n'auront aucun pouvoir décisionnel sur les services communs aux municipalités de l'île de Montréal et sur les taxes qui financeront ces services. L'indépendance se paye, dit-on, mais ici le prix apparaît sans commune mesure avec l'autonomie gagnée.
Peter Trent fait valoir que l'important est que les villes reconstituées retrouvent leur statut juridique et leurs actifs, ce qui leur permettra de travailler à leur développement. Ce ne pourra être toutefois que le développement de services locaux. Par exemple, en matière d'environnement, de transport, de sécurité, elles devront se contenter d'un rôle de spectateur. Montréal pourra leur demander leur avis, mais ne sera pas obligé de les écouter.
La réalité des défusions, telle que voulue par la loi numéro neuf, est que les villes défusionnées devront vivre en marge du reste de l'agglomération. Lorsque le maire de Montréal lui reproche son refus de participer au développement de Montréal, Peter Trent lui fait une réponse qui montre à quel point Montréal ne l'intéresse tout simplement pas. L'avenir de Montréal passe par la région et non par l'île de Montréal, a-t-il lancé, feignant d'ignorer que le pivot du développement de la région demeure la ville de Montréal. Difficile de ne pas qualifier cette attitude d'isolationniste.
Le refus de participer à un grand ensemble est un geste irraisonné de la part des défusionnistes qui s'arrêtent uniquement aux inconvénients de la grande ville, trop grosse et trop bureaucratique. Ceux-ci sont immédiats alors que les effets positifs de la fusion ne pourront être mesurés qu'à moyen et long terme, ce qu'ils refusent de voir. Pour eux, il n'y a pas de compromis possible autre que le retour en arrière auquel ils croient d'autant plus facilement que le message que leur a donné le gouvernement Charest est perçu confusément. On croit les défusions possibles sans pour autant trop savoir ce que seront les villes reconstituées, car personne jusqu'ici ne l'a dit clairement. Gérald Tremblay semble désormais résolu à parler haut et fort. Tant mieux, mais à 11 jours des référendums, cela arrive bien tardivement.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Le Canada a connu six gouvernements minoritaires en 50 ans
Norman Delisle
Le Soleil mardi 8 juin 2004
PC - Les Canadiens ont élu des gouvernements minoritaires à six reprises depuis 50 ans à Ottawa.
Le dernier épisode d'un gouvernement minoritaire date de 1979. Lors des élections tenues le 22 mai cette année-là, les conservateurs dirigés par Joe Clark prenaient 136 sièges, 22 de plus que les libéraux de Pierre Elliott Trudeau qui en détenaient 114. Mais la Chambre des communes comptait aussi 26 néo-démocrates et 6 créditistes, de sorte que les forces de l'opposition combinée regroupaient 146 députés.
Ce qui devait arriver tôt ou tard se produisit. En décembre 1979, le budget présenté par le gouvernement Clark est battu aux Communes, provoquant un nouveau scrutin où les libéraux de Pierre Elliott Trudeau devaient sortir vainqueurs avec une majorité absolue.
Dans les décennies 1960 et 1970, ces mêmes libéraux avaient connu des problèmes, avec trois gouvernements minoritaires issus des élections de 1963, 1965 et 1972.
En 1963, il ne manquait que quelques sièges aux libéraux, alors dirigés par Lester B. Pearson, pour obtenir la majorité absolue.
Les libéraux avaient secrètement convaincu six députés québécois élus sous l'étiquette du Crédit social, d'appuyer le gouvernement Pearson. Cette stratégie, sévèrement critiquée dans le temps, avait permis une stabilité gouvernementale en Chambre jusqu'au scrutin suivant.
En 1957, c'était le nouveau premier ministre conservateur John Diefenbaker qui s'était retrouvé au pouvoir à la suite de sa mince victoire sur les libéraux, alors dirigés par Louis Saint-Laurent.
Le gouvernement Diefenbaker n'avait duré qu'un an, mais l'année suivante, M. Diefenbaker avait été réélu avec une des plus grosses majorités de l'histoire, soit 209 des 265 sièges des Communes, dont 50 sur 75 au Québec.
Mais jamais le phénomène du gouvernement minoritaire ne s'est produit au Parlement de Québec depuis plus d'un siècle, soit depuis 1900.
Cette possibilité avait néanmoins raté de peu sous Maurice Duplessis en 1944. L'Union nationale avait en effet fait élire 48 députés à l'Assemblée nationale (alors appelée Assemblée législative), contre 43 à l'opposition, dont 37 libéraux, 4 élus du Bloc populaire, 1 du Parti ouvrier et 1 indépendant.
Avant 1900, il y avait eu des gouvernements minoritaires au Québec, mais le partage des sièges entre la majorité et la minorité est une entreprise aléatoire, car plusieurs députés changeaient de camp, votaient avec leurs adversaires ou faisaient partie d'une coalition gouvernementale.
Les gouvernements minoritaires sont souvent appréciés de la population. Le parti ministériel veut alors préparer sa victoire pour le scrutin suivant en présentant des lois et des mesures populistes, susceptibles de plaire à l'électorat et d'assurer un meilleur appui populaire au parti gouvernemental.

La première période
Michel David
Le Devoir mardi 8 juin 2004
Si c'était pour reprendre sa comparaison avec une partie de hockey, ce n'était vraiment pas la peine d'écarter Jacques Parizeau de la campagne du Bloc québécois.
Depuis le début, Gilles Duceppe avait pris bien soin d'éviter toute déclaration qui permettrait aux libéraux de présenter un balayage bloquiste le 28 juin comme le prélude à un troisième référendum. Bernard Landry, qui avait promis de s'impliquer comme jamais, a également fait preuve d'une remarquable discrétion.
Durant les campagnes précédentes, il se trouvait toujours quelqu'un, plus souvent qu'autrement M. Parizeau, pour dire qu'un vote pour le Bloc était un vote pour la souveraineté. Cette fois-ci, même les «purs et durs» semblent avoir compris que ce n'est pas le moment de faire des vagues. Nous sommes déjà dans la troisième semaine de campagne et personne n'a encore accusé M. Duceppe de crypto-fédéralisme.
Le député de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour, Louis Plamondon, fait peut-être partie de ceux qui trouvent la campagne du Bloc d'une rare platitude, et il a décidé d'y mettre un peu de piquant. Selon lui, une réédition de la performance de 1993, ou mieux encore, constituera la première période du match revanche pour les souverainistes. Et c'est reparti!
Peu importe que la débandade libérale appréhendée soit essentiellement le résultat de la nausée provoquée par le scandale des commandites, le mouvement souverainiste en sera à coup sûr galvanisé. Il faut être cohérent: dans l'hypothèse d'un effondrement du Bloc, que pratiquement tout le monde prédisait il y a à peine six mois, on se serait empressé de rédiger l'épitaphe du mouvement souverainiste. Logiquement, il faudra conclure que le mort est bien vivant.
La première chose à faire, dans la perspective d'un autre référendum, est d'occuper le terrain et, conséquemment, d'en chasser l'adversaire. À cet égard, le 28 juin constitue bel et bien la première période: l'élection d'un gouvernement conservateur sans aucune racine au Québec, conjuguée avec l'impopularité du gouvernement Charest, créerait un vacuum qui justifierait que les souverainistes envisagent la suite de la partie avec optimisme. Le seul tort de M. Plamondon est de le dire maintenant.
***
Il est assez étonnant que les libéraux n'aient pas encore enfourché le thème de la souveraineté, qui a toujours servi de planche de salut à leurs cousins provinciaux quand les choses tournaient mal durant la campagne.
Les stratèges de Paul Martin ont apparemment décidé que Stephen Harper fait un meilleur épouvantail, mais la perspective d'un gouvernement conservateur qui ramènerait le pays à l'âge de pierre ne semble pas déclencher plus de panique au Québec qu'en Ontario. Selon le dernier sondage Ipsos-Reid, effectué à la toute fin de la semaine dernière, la cote du PC est même en hausse au Québec.
Les libéraux avaient essayé une recette de ce genre durant la campagne de 1988. À entendre John Turner, la signature de l'accord de libre-échange avec les États-Unis négocié par le gouvernement Mulroney allait entraîner à brève échéance la disparition de tous ces programmes sociaux dont les Canadiens étaient si fiers. Au Canada anglais, le discours libéral avait touché une corde sensible. Au Québec, personne hormis les syndicats ne s'en était ému le moindrement.
Il est vrai qu'à l'époque, le débat ne se situait pas sur le terrain moral. Les lamentations de Liza Frulla au sujet du droit à l'avortement auraient cependant plus de crédibilité si deux de ses collègues de l'Ontario ne disaient voir aucune différence à ce chapitre entre le PC et leur propre parti, qui serait tout aussi divisé sur les droits des homosexuels. Selon eux, M. Martin n'interdirait pas plus que M. Harper la tenue de votes libres sur des projets de loi privés concernant ces questions.
***
Pour exploiter le thème de la souveraineté, les libéraux sont malheureusement assez mal outillés. Son passage au Bloc disqualifie de facto Jean Lapierre, qui estime au surplus que la Loi sur la clarté est inutile.
En fait, pratiquement tout ce que dit M. Lapierre depuis le début de la campagne manque de crédibilité. À force de voir le lieutenant québécois de M. Martin multiplier les pitreries, les bloquistes l'ont surnommé Comical Ali. Il n'est pas étonnant d'apprendre que la députée de Laval-Est, Carole-Marie Allard, ait réclamé sa mise à l'écart: la campagne libérale au Québec est en train de tourner à la farce.
Plutôt que de lancer Stéphane Dion aux trousses de ce pauvre Jack Layton, le premier ministre aurait peut-être dû lui demander de retourner à la chasse aux séparatistes. Au point où il en est, il ne risque pas grand-chose à libérer le fauve, qui trépigne manifestement d'impatience.
Pour préserver son leadership, Bernard Landry s'est lancé dans une fuite en avant qui risque de l'enfermer dans un échéancier référendaire dont il aura bien du mal à se dégager, si les «circonstances raisonnables» ne sont pas au rendez-vous. François Legault semble encore plus pressé. Seule Pauline Marois refuse à ce jour de suivre le mouvement.
Il est cependant loin d'être évident que l'impatience des militants péquistes soit partagée par l'ensemble de la population. Le PQ devra expliquer ce qu'il en est exactement d'ici la prochaine élection québécoise, mais il semblait entendu que l'élection du 28 juin était d'abord et avant tout l'occasion de porter un jugement sur la gestion libérale des dix dernières années. S'il s'agit plutôt de la première période d'un nouveau match référendaire, qu'on le dise clairement. Et qu'on ramène M. Parizeau!
mdavid@ledevoir.com

L'occasion manquée
Michel Vastel
Le Soleil mardi 8 juin 2004
Quarante ans après la tentative de Robert Cliche, la percée du NPD au Québec ne se produira pas encore cette année. Ce n'est pas faute de bons candidats - Pierre Ducasse dans Manicouagan, le professeur Omar Aktouf dans Outremont, le syndicaliste André Frappier (FTQ) dans Papineau... C'est faute de caution morale des leaders de la gauche québécoise que le NPD ne décolle pas ici.
Olivia Chow, l'épouse du chef du NPD et elle-même candidate à Toronto, me racontait, la semaine dernière, qu'elle a fait beaucoup d'efforts pour recruter Françoise David. Pourquoi elle ? Les deux femmes militent essentiellement pour les mêmes causes : les exclus, la pauvreté des enfants, les droits des femmes.
Mme David a passé son tour comme elle avait passé son tour avec l'Union des forces progressistes lors de l'élection provinciale d'avril 2003. Après 10 ans à la tête de la Fédération des femmes du Québec, elle a maintenant choisi de lancer son propre mouvement - Option citoyenne - qui pourrait se muer en parti politique provincial...
Je ne veux pas singulariser Françoise David. On pourrait aussi parler de Nathalie Rochefort, éphémère députée de Mercier. Bien qu'elle milite au NPD, elle a refusé une candidature, comme le docteur Paul Lévesque et comme tant de conseillers municipaux de Montréal et de Québec. (Jack Layton ayant été lui-même conseiller municipal de Toronto et président de la Fédération des municipalités du Canada, il voyait dans ces conseils municipaux un bon bassin de recrutement.)
Ce dont le NPD a besoin, c'est de la caution publique de leaders respectés des mouvements progressistes du Québec, fussent-ils sympathisants de la souveraineté comme Pierre Ducasse. Jack Layton est d'ailleurs le seul chef de parti fédéral qui accepte cela. Contrairement à Paul Martin et à Stephen Harper, il n'a jamais demandé à ses candidats de renoncer publiquement à leurs convictions souverainistes et à faire une inconditionnelle profession de foi dans le fédéralisme.
La gauche québécoise - celle qui milite à l'UFP et parfois au Parti québécois - est mal à l'aise avec le NPD fédéral. Cela repose sur une perception dépassée du parti. Centralisateur, le NPD, par exemple ? Pas plus que le Parti libéral du Canada, et lui au moins reconnaît la nécessité de pratiquer un fédéralisme "asymétrique" qui permette au Québec d'adapter les programmes nationaux à sa réalité.
Parti des membres des coopératives de fermiers de l'Ouest et des grands syndicats de l'Ontario industriel, le NPD a toujours compté beaucoup d'immigrants dans ses rangs, ceux d'Europe de l'Est en particulier, qui ont du mal à comprendre que le Québec soit une "nation" et qu'il ait besoin, de ce fait, d'un statut spécial dans la fédération. Mais la nouvelle génération d'immigrants - comme Olivia Chow qui vient de Hong-Kong - voit les choses différemment : "Le fait que les Québécois veuillent être reconnus comme différents et être respectés comme tels, cela ne me dérange pas du tout parce que c'est justement cela aussi que demandent les immigrants", dit-elle.
Il ne s'agit pas de faire l'apologie du NPD dont le programme - préjugé favorable pour l'État fédéral et forte propension à la dépense - en dérange beaucoup. Mais quand on se dit progressiste au Québec, il est surprenant qu'on limite son choix au Parti libéral ou au Bloc. Ou à l'abstention !
Un cas d'espèce serait celui de la création d'un réseau de garderies à prix abordable et d'accès universel, comme il en existe au Québec. Ce genre de programme social a soudain été réhabilité, lorsque Paul Martin l'a promis à l'ensemble du Canada. (En passant, Jack Layton et Olivia Chow faisaient partie du conseil municipal de Toronto qui a créé le Children and Youth Advocate, lequel harcèle le gouvernement fédéral pour qu'il tienne sa promesse - de 1989 ! - de mettre fin à la pauvreté des enfants. Il a revendiqué, en 2000, le dépôt d'un "budget pour les enfants".)
La promesse du Parti libéral de créer 250 000 places de garderies revient à chaque campagne électorale depuis 1993. Les Québécois peuvent se dire que cela ne les concerne pas, puisque ce programme existe déjà ici. Sauf que le Québec recevrait malgré tout sa part des subventions fédérales - au moins 200 millions $ par année - dont Yves Séguin pourrait disposer à sa guise, y compris pour créer d'autres programmes sociaux.
Or, qui croit-on sera le mieux en mesure d'obliger le Parti libéral à respecter sa promesse cette fois-ci, surtout s'il est minoritaire ? Il n'est pas nécessaire d'être fin stratège pour conclure que ce serait le NPD, certainement plus que le Bloc québécois. La gauche québécoise devrait donc penser à un vote stratégique, au moins dans les circonscriptions où la partie est jouable. À moins que les mouvements progressistes, à force d'avoir contracté beaucoup de dettes pour le Parti québécois, n'aient conclu un pacte de non-agression avec le Bloc québécois ?
Reagan
Décidément, il ne manque pas de sujets de distraction dans cette étrange campagne : le décès de l'ancien président des États-Unis obligera peut-être Paul Martin, après avoir passé deux jours en Géorgie pour le Sommet des pays industrialisés, à faire un aller-retour en Californie pour assister à des funérailles officielles grandioses de Ronald Reagan vendredi.
L'Amérique de Reagan a été un partenaire difficile pour le Canada. Pierre Elliott Trudeau détestait ce président ultra-républicain, qui le lui rendait bien d'ailleurs ! Les deux hommes ont eu des rapports très orageux - à propos du déploiement de missiles balistiques en Europe, et de la guerre économique que l'Américain voulait mener à l'Union soviétique, "l'empire du mal". La présence de Margaret Thatcher, la "Dame de fer", à ces réunions n'arrangeait rien.
Puis tout s'est arrangé avec l'arrivée de Brian Mulroney au pouvoir en 1984. Qu'on se souvienne seulement du Sommet de Québec où les deux hommes ont lancé les négociations sur le libre-échange tout en chantant sur la scène du Grand Théâtre.
Si le passé est garant de l'avenir, les relations de George W. Bush avec un gouvernement conservateur de Stephen Harper pourraient être d'autant meilleures que les rapports étaient difficiles avec l'administration libérale.
MVastel@lesoleil.com

Le syndrome de Copenhague
J - Jacques Samson
Le Soleil mardi 8 juin 2004
Éditorial - La panique s'est emparée des libéraux fédéraux depuis une semaine et elle leur fait poser des gestes contraires aux règles élémentaires des communications politiques, au point de verser dans le ridicule.
La ministre Judy Sgro a d'abord pourchassé le chef conservateur pour l'interpeller au sujet de possibles reculs sur les droits des femmes quant à l'avortement. Un, il faut être en débandade pour qu'une ministre s'abaisse à chercher à perturber une activité électorale du chef de l'opposition. Deux, la même ministre avait appuyé à l'automne une résolution conservatrice réaffirmant la définition traditionnelle du mariage, tout comme la députée-ministre de Louis-Hébert, Hélène Scherrer. La défense des droits se pratique à deux vitesse dans les rangs libéraux, selon les clientèles courtisées ou le momentum politique.
L'ineffable Jean Lapierre, lieutenant québécois de Paul Martin, en a aussi remis mercredi dernier. Commentant une annonce du chef conservateur Stephen Harper, de réduire les crédits jetés dans le puits sans fond du programme de l'enregistrement des armes à feu, qui aura coûté plus de 1,5 milliard $, Lapierre a eu cette tirade: les filles de la Polytechnique seraient-elles mortes en vain ? Difficile de descendre plus bas dans la démagogie. Les libéraux ont lancé ce programme par électoralisme pour satisfaire un lobby qui s'était levé après le drame de la Poly. Ils ont forcé tous les honnêtes chasseurs à payer pour enregistrer leurs armes à feu, acquises légalement, alors que les criminels et les désaxés restent évidemment en marge du système inefficace des bureaucrates. Or non seulement Jean Lapierre cautionne ainsi sans nuances une mesure dont les coûts ont dépassé plus de 10 fois les pires prévisions mais il laisse sous-entendre que les conservateurs pourraient être responsables d'autres tueries semblables, si un gouvernement conservateur allégeait le système existant.
M. Lapierre disait jeudi au cours d'une entrevue au SOLEIL, avoir hâte que la campagne entre enfin dans la phase de la présentation du programme Martin pour que les électeurs soient confrontés à un choix clair.
Le lendemain pourtant, entouré des ministres Denis Coderre, Liza Frulla et Lucienne Robillard, il brandissait un document pastiche en conférence de presse qui se voulait le programme électoral du Parti conservateur dissimulé sous la couverture du programme du Bloc québécois, dans une démarche pédagogique, disait-il, pour nous faire comprendre qu'un vote pour le Bloc était un vote pour le Parti conservateur. Condescendants. les stratèges libéraux ont choisi d'infantiliser les Québécois. Ces derniers sont trop irréfléchis pour bien mesurer la portée de leurs votes, il faut leur expliquer avec des images et du théâtre pour enfants. La technique est une insulte à l'intelligence des Québécois.
Publicité malhonnête
La même approche a aussi inspiré la publicité diffusée par le PLC en fin de semaine à l'effet que voter pour le Bloc, c'est "livrer" le Québec à Harper, dépeint comme un redoutable dinosaure qui dans la foulée de Stockwell Day et de l'Alliance canadienne, préparerait un retour en arrière sur les droits individuels et des coupures de dépenses sauvages. Rien n'est plus malhonnête. Les droits des femmes, des gais ou des francophones ne sont pas plus menacés par les conservateurs que par les libéraux ; le financement de la santé est par ailleurs une priorité affichée par les deux partis. Les conservateurs ont aussi toujours eu plus de respect pour les compétences des provinces que les libéraux. Hier, c'était au tour du pourtant très intello Pierre Pettigrew de sortir les épouvantails.
Les libéraux commettent une grave erreur stratégique. Ils disent aux Québécois : voter Bloc québécois égale voter Harper, un requin de l'extrême droite. Ils cherchent ainsi à rendre les Québécois captifs ou otages du Parti libéral et ils misent sur le syndrome de Stockholm. Ce phénomène psychologique amène un otage à prendre parti pour son ravisseur. Or parmi les principes de base en communications politiques, il est bien établi que l'électeur déteste être tenu pour acquis et encore plus être pris en otage. Il faut au contraire que les politiciens valorisent son vote. L'électeur veut se sentir libre ; il aime que le politicien soit forcé de se sentir privilégié qu'il lui accorde sinon sa confiance, tout au moins son vote. Les communicateurs au service du PLC sont dépassés par la descente toujours incontrôlée de leur camp et ils en oublient l'abc de la psychologie de tout électeur et la psychologie du Québécois moyen. Le syndrome de Stockholm ne fonctionne pas en campagne électorale. Depuis l'affaire des commandites, les Québécois seraient plutôt sensibles à un nouveau syndrome que j'appellerais de Copenhague, (pour l'affectation au Danemark du ministre Alfonso Gagliano, responsable du programme de commandites) dont la manifestation la plus commune est de tourner le dos sur le passage de candidats libéraux qui abusent de la démagogie plutôt que de se répandre en mea culpa.
JJSamson@lesoleil.com

Pour une véritable modernisation de l'État
André Therrien
Président de la caisse d'économie Desjardins des travailleuses et travailleurs (Québec)
Le Soleil mardi 8 juin 2004
Opinions - La société québécoise est confrontée à des enjeux majeurs. De nouveaux défis nous sont posés, nés d'une conjoncture nouvelle. La population vieillit. Les communautés locales et régionales sont exposées à la concurrence causée par la mondialisation des économies. Les écarts s'accentuent entre les citoyens et les citoyennes plus favorisés et ceux qui le sont moins, entre les régions plus prospères et les régions dévitalisées. L'équilibre écologique est menacé. La croissance économique n'est plus un gage automatique de richesse collective.
Un modèle
Nous avons développé au Québec un vivre collectif qui nous a permis de relever les défis auxquels nous étions confrontés. Notre volonté de promouvoir l'égalité des chances pour tous, d'assurer un meilleur partage de la richesse, de nous doter d'instruments collectifs au service de l'économie, d'encourager la participation des communautés locales et régionales dans leur milieu s'est transposée en un modèle qui a bien servi l'intérêt général des Québécois.
En l'espace d'une génération, ce modèle nous a fait franchir des pas de géant. Nous avons réussi parce que ce modèle s'est constamment ajusté aux nouvelles réalités économiques. Parce que nous avons su jouer d'imagination et de créativité. Nous sommes profondément convaincus que les valeurs de solidarité et de coopération et la pluralité d'entreprendre qui sont au coeur de notre manière de faire constituent encore aujourd'hui des atouts majeurs de développement et de réussite collective.
Accueillir la différence
Nous saluons la volonté récente du gouvernement d'ouvrir un dialogue avec la population et tous ceux qui contribuent à développer le Québec. Toutefois, il serait bon de savoir si cette volonté laisse place à d'autres visions que celles qu'il a imposées sans discussion depuis son arrivée au pouvoir. Nous faisons référence, ici, aux importantes lois imposées par bâillon en fin de session dans le domaine du travail et des structures de développement local et régional. Ces lois nous affaiblissent comme société. Elles s'attaquent à des droits fondamentaux, celui à la syndicalisation et à une législation du travail qui met les travailleuses et les travailleurs à l'abri du cheap labor. Elles tendent à banaliser la démocratie participative en remettant aux seuls élus locaux et régionaux les rênes du développement local et régional.
Quant aux chantiers ouverts sur la modernisation de l'État, celui confié au Groupe de travail sur le rôle de l'État dans le capital de risque nous renvoie à un modèle de développement très simplifié de l'économie. Où les stratégies sont axées sur la maximisation des profits à court terme pour les entreprises. Où les acteurs de la société civile dans le développement économique se limitent aux seules chambres de commerce et entrepreneurs privés.
Ce que ce Groupe de travail propose est un modèle de développement économique qui ne tient qu'à deux pôles : le privé et le public. Ce modèle n'a rien à voir avec la réalité plurielle du Québec moderne et ses valeurs profondes. Notre société a le taux de syndicalisation le plus élevé en Amérique du Nord. Les lieux de concertation entre les différents acteurs de la société civile et les divers partenariats y ont favorisé une plus grande responsabilisation des collectivités locales et régionales. Le mouvement coopératif et l'entrepreneuriat collectif sont ici plus présents que dans d'autres sociétés.
L'économie plurielle représente une voie porteuse d'avenir à l'intérieur de laquelle l'économie sociale peut faire toute la différence dans le développement d'une économie plus humaine, solidaire et durable.
Développement durable
Notre véritable défi est celui du développement durable. Nous devons regarder avec d'autres yeux le développement de notre société et de nos communautés pour permettre une utilisation plus consciencieuse des ressources, où l'équité sociale est une valeur centrale, avec un rendement économique solide et sain. Bref, il faut encourager un développement où les entreprises sont écologiquement conscientes, socialement équitables et économiquement efficaces.
Le développement économique ne peut pas se mesurer à l'aune du seul rendement financier ou de l'unique croissance du produit intérieur brut (PIB). Ce serait trop réducteur des choses et du monde. Il faut sortir des sentiers battus et innover pour définir une pensée économique plus fortement ancrée dans les valeurs démocratiques de participation et d'éthique. Cette réflexion, visant à connecter l'économie et l'éthique, nous sommes de plus en plus nombreux à la faire dans l'économie sociale et la finance solidaire, les réseaux universitaires, les mouvements sociaux et les organisations syndicales, à ainsi privilégier des indicateurs qui prennent en compte l'impact de la croissance sur la réduction de la pauvreté et des écarts, la participation à la vie démocratique, l'accès à l'éducation et aux services de santé, la protection de l'environnement.
Consolider l'économie sociale
Au Québec, l'économie sociale représente plus de 7150 entreprises, 124 000 emplois et un chiffre d'affaires de 17,2 milliards de dollars. Ce qui équivaut à 6,7 % du PIB québécois et 3,4 % de la main-d'oeuvre. Des chiffres qui progressent d'année en année. Il s'agit d'une économie dont les retombées dans les collectivités sont importantes, tant pour la cohésion sociale, le nombre d'emplois et la création d'un patrimoine collectif que sur le plan fiscal en termes d'impôts et de taxes diverses retournant dans les coffres de l'État.
Le Québec doit continuer d'innover en misant sur une économie plurielle dans une perspective de développement durable en reconnaissant l'économie sociale comme partenaire à part entière. Elle répond à des besoins là où, souvent, le capital privé ou l'État refusent d'investir, jugeant les perspectives de profits insuffisantes ou les coûts trop élevés. Cette économie favorise l'engagement et la prise en charge des individus et des collectivités par eux-mêmes, ce qu'il faut appuyer et stimuler.
Les gouvernements doivent tenir compte de ces réalités en matière de capital de risque, de capital de développement et de financement, les besoins des entreprises de l'économie sociale et solidaire au Québec sont les mêmes que ceux des entreprises de l'économie libérale et il est important qu'elles puissent compter sur un circuit financier adapté à leur réalité.
Depuis plus de 100 ans, avec les valeurs de coopération et de solidarité, nous avons démontré que nous pouvions reprendre notre place sur tout le territoire québécois. Maintenant que les pouvoirs politiques veulent revoir les manières de faire, n'abandonnons pas ces valeurs essentielles à notre devenir.

La vérificatrice générale fustige l'administration de Claude Blanchet :
Graves lacunes dans la gestion de la SGF
Denis Lessard
La Presse mardi 8 juin 2004
Québec - Des investissements décidés à l'aveuglette, des mandats alloués sans appels d'offres et souvent même sans contrats, des bonis somptuaires pour les cadres et un conseil d'administration laissé dans le noir: la vérificatrice générale du Québec rend un verdict impitoyable sur la gestion de Claude Blanchet à la Société générale de financement.
Dans le rapport qu'elle dépose aujourd'hui à l'Assemblée nationale, et dont La Presse a obtenu copie, la vérificatrice par intérim, Doris Paradis, souligne que le processus de décision sur les investissements à réaliser " comporte des lacunes importantes ".
Sur l'étude des projets pouvant recevoir des fonds publics, la vérificatrice constate " qu'à maintes reprises la SGF n'a pas géré les dépenses pour l'étude des projets selon les règles de saine gestion ". On a trouvé, poursuit-elle, " des lacunes sur la justification des dépenses, les prévisions, le suivi des coûts et l'information livrée au conseil d'administration ". À l'arrivée au pouvoir des libéraux, le bureau du vérificateur général, qui relève de l'Assemblée nationale, avait eu le mandat de vérifier les décisions de la Société générale de financement entre 1998 et 2003, une période où la SGF avait investi plus de 2,3 milliards dans 221 projets totalisant 10,6 milliards.
Dans sa réplique écrite, M. Blanchet- le mari de Pauline Marois, titulaire des Finances sous Bernard Landry- se dit " extrêmement déçu " de constater que la vérificatrice générale n'a pas tenu compte de ses réponses dans la rédaction de son rapport final. Rappelant qu'il n'avait pas amené de documents avec lui quand il avait quitté la SGF au printemps 2003, il accuse la vérificatrice de ne pas lui avoir donné " le droit, le temps et les ressources pour répondre adéquatement aux conclusions du rapport ".
Dans son enquête entreprise en décembre 2003, Mme Paradis a constaté des " faiblesses importantes ", l'oubli des règles de " saine gestion ". Sur les études préalables aux projets, le conseil d'administration de la SGF était souvent forcé de prendre des décisions à l'aveuglette. Ce fut le cas dans le dossier du Technodôme, où la SGF a injecté cinq millions en études en reconnaissant, sans vérifications, une dépense égale du partenaire privé, les frères Reichman. La SGF soutient avoir vérifié la mise de fonds des Reichman, mais la vérificatrice n'en a, curieusement, trouvé aucune trace. Même système pour un projet d'investissement de disques d'ordinateurs: la SGF a donné 2,5 millions à un partenaire privé " sans s'assurer que les dépenses facturées avaient effectivement eu lieu ou que le montant était correctement établi ".
Sur un échantillon pris au hasard de 85 études préalables, des " lacunes " apparaissent dans 50 cas, touchant 34 des 57 projets de l'échantillon.
Mme Paradis n'est pas tendre à l'endroit du généreux système de bonis destinés aux cadres. Entre 1999 et 2003, la quinzaine de dirigeants les plus importants de la société ont obtenu des primes allant de 38 % à 50 % de leur salaire de base. Mme Paradis déplore que les calculs de ces cadeaux ne tenaient pas compte de la rentabilité de la SGF- avec des critères plus réalistes on aurait épargné, seulement en bonis, 420 000 $ de fonds publics de 2000 à 2002. Les objectifs fixés pour décrocher des primes de rendement étaient même inférieurs de 26 % aux prévisions du plan quinquennal de la SGF, un calcul " difficilement justifiable ", tranche-t-elle.
Même laxisme dans l'évaluation des bénéfices de retraite; huit dirigeants importants ont obtenu 3,8 années de participation au régime de retraite auxquelles il n'avaient pas droit.
Dans le dossier Gaspésia, la vérificatrice attaque durement l'administration Blanchet, qui n'avait pas donné tout le portrait à son conseil d'administration avant d'y injecter 35 millions de fonds publics en octobre 2001. La mise de fonds du seul partenaire privé, Tembec, venait de la radiation d'une dette de cette firme auprès d'Investissement Québec- les risques étaient nuls pour ce partenaire.
Dans le dossier de Mosel Vitelic, un projet de trois milliards, qui n'a jamais vu le jour, on constate que deux des trois millions nécessaires aux études ont été débloqués avant l'approbation par le conseil d'administration de la SGF. C'est le gouvernement fédéral qui a sauvé la mise: en décembre 2000, Développement économique Canada fermait le dossier en jugeant " inacceptable le montant de la participation attendue " des gouvernements. Refusant de lâcher prise, la SGF a englouti 550 000 $ supplémentaire dans ce projet, une étude où " on ne traite même pas des risques soulevés par le gouvernement fédéral ". Au surplus, cette étude a coûté 70 000 $ de plus que le montant prévu au contrat.
L'attribution des contrats de moins de 100 000 $ présentait " des faiblesses " dit le rapport, qui relève " des dérogations importantes dans l'attribution... et un manque de rigueur dans le suivi ".
Les contrats sans appels d'offres étaient monnaie courante sous Claude Blanchet. Sur un échantillon de 33 contrats de 20 000 $ à 100 000 $, la vérificatrice en a trouvé 22 sans appels d'offres au mépris des règles de l'organisme- un total de 2,5 millions pour cet échantillon. Pire encore, sur un échantillon de 68 mandats, 33, presque la moitié, furent accordés sans même qu'un contrat ait été signé- un total trois millions. Finalement, 10 mandats n'avaient ni appels d'offres ni contrats signés- un million de fonds publics.
Parmi ces mandats dérogatoires, on retrouve des dépenses de communications, 112 000 $ pour des décors et une brochure pour le 40e anniversaire de la SGF, et 113 000 $ pour préparer un rapport annuel. On trouve aussi 290 000 $ pour des conseils d'actuaire sur le régime de retraite et 288 000 $ à un conseiller en rémunération.

SGF: pas de dépenses exagérées sous Blanchet
Gérard Bérubé
Le Devoir mardi 8 juin 2004
Dans son rapport devant être rendu public aujourd'hui, la vérificatrice générale n'approuve pas les allégations de dépenses somptuaires et de généreuses primes versées aux cadres de la Société générale de financement (SGF) sous la présidence de Claude Blanchet. Quant à la politique de bonification reprochée alors, elle serait encore plus étoffée sous l'actuelle direction, malgré la contre-performance financière de la société d'État en 2003.
La vérificatrice générale, Doris Paradis, a été invitée l'an dernier à revoir les livres de la SGF à la lumière d'allégations faisant ressortir le versement de généreuses primes à la performance et le remboursement de somptuaires comptes de dépenses. Son mandat a été élargi par la suite, pour comprendre une réévaluation de la perte retenue, de 511 millions, au terme de l'exercice financier 2003. Dans son rapport devant être dévoilé aujourd'hui, la vérificatrice conclut que rien ne permet de retrouver de telles dépenses somptuaires. Tout au plus peut-on observer que, lorsqu'il y a dépassement par rapport à la politique liée aux frais de représentation retenus par d'autres sociétés d'État comparables, cet écart atteint les 5 %.
Dans la norme
Selon l'information obtenue hier, le rapport d'une quarantaine de pages de la vérificatrice retient que notes de frais et primes versées aux cadres ont été dans la norme. Dans le cas de la bonification des hauts dirigeants, l'enveloppe retenue par l'ex-p.-d.g. Claude Blanchet aurait atteint un sommet de 1 047 000 $ en 2001. Cette enveloppe s'est chiffrée à 1 058 000 $ l'an dernier. Pour une douzaine de personnes - contre 18 sous la présidence de Claude Blanchet -, a rappelé une source hier, et avec une SGF inscrivant l'an dernier sa pire performance financière alors qu'elle enregistrait l'une de ses meilleures années en 2001, avec un rendement de 8 %.
Le rapport de la vérificatrice renferme un chapitre sur le Technodome - un projet mort-né qui aura coûté à la SGF quelque 5 millions en frais afférents - et sur Papiers Gaspésia. Il retient également la perte affichée de 511 millions en 2003, malgré le fait que ce chiffre ait été contesté notamment parce qu'il ne comptabiliserait pas un gain non réalisé de plus de 200 millions sur des placements.
Et parce que cette perte résulte d'un exercice de réévaluation pour le moins austère commandé par Henri A. Roy, qui a été appelé à assurer l'intérim avec l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Jean Charest.
D'ailleurs, il a déjà été fait mention en décembre dernier qu'au début de son intérim, M. Roy n'a pas été sans multiplier l'envoi de notes internes invitant les dirigeants de ce secteur à refaire leurs calculs. Dans l'une d'elles, datée du 2 septembre 2003, il a indiqué demeurer «très inconfortable avec les valeurs attribuées et l'optimisme des prévisions». Tout en rappelant au cadre à qui la note était destinée qu'il «sera responsable d'améliorer la valeur à partir de cette juste valeur marchande...», la prime à la performance découlant de l'amélioration de cette valeur.

Sommet du G8 et priorités américaines :
La démocratie est-elle un produit d'exportation?
Zaki LAÏDI
Le Devoir mardi 8 juin 2004
Au regard du chaos qui règne en Irak et de l'impréparation manifeste de l'administration Bush à gérer l'après-guerre dans ce pays, on aurait pu penser que Washington serait amené par réalisme à réduire la voilure de son messianisme démocratique. Mais il n'en est rien. Le sommet du G8 comme le prochain sommet de l'OTAN donneront l'occasion à Washington de réaffirmer sa priorité politique au Proche-Orient: démocratiser le monde musulman.
Ce projet s'articule autour de trois axes: promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance, développer une société du savoir, renforcer la logique de marché dans cette région qui va de la Mauritanie au Pakistan.
Dans le projet de l'administration Bush pour la démocratisation du monde musulman, il y a une hypothèse majeure: le coeur des problèmes du monde se trouve désormais dans le monde musulman. Ce monde musulman, il convient donc de le mettre aux normes de la démocratie mondiale.
Cette simple affirmation a, à son tour, une implication que l'administration Bush a décidé d'assumer pleinement depuis le 11 septembre: au-delà de sa diversité, considérer que le monde musulman présente une cohérence caractérisée par quatre éléments complémentaires à ses yeux, soit la pratique d'une religion non sécularisée, l'absence de pluralisme politique, l'hostilité à l'Occident et l'hostilité à Israël.
Officiellement, l'administration américaine rejette la thèse du conflit des civilisations. Mais, dans les faits, elle s'en inspire profondément. L'idée est qu'il y a aujourd'hui un «problème musulman» qui menace la sécurité des États-Unis, comme il y avait un problème communiste. D'où, d'ailleurs, la tentation de renouer avec la stratégie d'Helsinki appliquée au monde musulman.
Démocratie et problème palestinien
De cette démocratisation, on attend donc tout: le développement économique, l'ouverture sur le reste du monde, l'atténuation de l'opposition à l'Occident, la fin de l'antagonisme avec Israël.
Pour l'administration américaine, ce dernier point est essentiel: pour elle, le fond du problème israélo-palestinien réside moins dans l'opposition de deux nationalismes - car cela impliquerait de ne pas prendre parti pour l'un d'entre eux - mais dans l'absence de démocratie dans le monde arabe.
Si la démocratie régnait dans le monde musulman, le problème palestinien connaîtrait une issue favorable. Dans toutes leurs déclarations privées et parfois publiques, les responsables américains estiment que le conflit israélo-palestinien n'est qu'un sous-produit de l'absence de démocratie dans le monde arabe. C'est là d'ailleurs que se situe la divergence politique la plus profonde entre l'Europe et les États-Unis, car personne en Europe croit sérieusement que le problème palestinien n'est pas avant tout un problème national.
Or la démarche américaine comporte des difficultés énormes. Et cela pour plusieurs raisons. La première est de nature historique. Croire que l'on pourra démocratiser par la force le monde musulman comme on a démocratisé l'Allemagne ou le Japon est un non-sens. Et cela pour une raison simple: la démocratie n'est pas que procédure, elle est avant tout culture.
Qu'est-ce à dire? Organiser des élections libres, rédiger une constitution démocratique, créer sur le papier des tribunaux indépendants, garantir les citoyens contre l'arbitraire étatique sont des facteurs fondamentaux pour construire une démocratie. Mais peuvent-ils suffire? Non, car la démocratie, c'est avant tout l'apprentissage lent, contradictoire et complexe d'une culture de la tolérance, de l'acceptation de l'autre qui dans tous les pays du monde accusent toujours un retard par rapport aux institutions.
Les procédures démocratiques peuvent s'inscrire dans le temps court. La culture démocratique est imperméable à la contraction du temps. Elle a besoin de temps, pour s'acclimater et s'épanouir; tous les débats et tous les malentendus sur le caractère plus ou moins exportable de la démocratie viennent de là: les uns privilégient les procédures - celles qui peuvent rapidement se mettre en place -, les autres la culture, c'est à dire l'intériorisation d'un rapport aux autres. Les deux sont indissociables et les acteurs extérieurs peuvent les relier. Mais si on peut importer de toutes pièces des procédures démocratiques, on n'a pas trouvé la recette pour importer la culture démocratique. [...]
Le fait national
C'est là qu'intervient la deuxième limite du projet américain: la force du nationalisme. Dans tous ces pays où le traumatisme colonial est encore fort et où la faillite des élites n'a rien fait pour l'atténuer et a tant fait pour le cultiver, le fait national reste puissant et incontournable. L'Irak nous en offre la tragique confirmation: la chute de Saddam a probablement été souhaitée par l'immense majorité des Irakiens, mais l'occupation américaine est désormais jugée comme totalement inacceptable.
Or le fait national est décisif car il brouille considérablement la relation entre dictature et démocratie. Tout le simplisme américain est là: il se situe dans l'idée que la démocratie est l'inverse de la dictature et que si la dictature disparaît, la démocratie ne peut qu'apparaître.
Or l'expérience de l'histoire montre que ce simplisme est plutôt l'exception et non la règle. La démocratie n'est le contraire effectif de la dictature que si l'espace social, culturel et identitaire dans lequel il peut s'épanouir est là. Si la société civile a été détruite, si la nation se sent humiliée à l'idée d'avoir eu besoin d'un étranger pour se libérer, le contraire de la dictature devient le chaos. Et si le chaos perdure, la demande sociale va vers l'ordre et la force et non vers la démocratie.
C'est pourquoi, plus la démocratie apparaîtra comme portée par des forces extérieures et notamment par les États-Unis, plus elle paraîtra illégitime. Cette difficulté est d'autant plus dure à surmonter que les États-Unis ont dans ces pays peu d'interlocuteurs et encore moins d'interlocuteurs représentatifs. C'est la grande différence qui sépare le monde musulman de l'Europe de l'Est.
Viatique démocratique
Il existe un troisième problème qui réside dans la persistance du problème palestinien. Pour certains, la non-satisfaction de ce problème et le soutien très fort des républicains à l'administration Sharon expliquent pour beaucoup le rejet musulman de l'Amérique. Pour d'autres, cette affaire n'est qu'un prétexte qui permet à des régimes non démocratiques de perdurer.
Ces deux explications ne sont pas si contradictoires. Il ne fait guère de doute que la nature peu démocratique de la totalité des régimes arabes n'a rien à voir avec le problème palestinien. Il fait encore moins de doute que tous les régimes arabes ont à un moment ou à un autre joué la carte de l'hostilité à Israël pour renforcer leur emprise sur leurs sociétés.
Mais cette réalité n'est pas contradictoire avec une autre réalité: l'absence de solution au problème palestinien et le soutien inconditionnel de Washington à la politique de M. Sharon a pour indiscutable effet de réduire la légitimité de toutes les forces sociales modernistes arabo-musulmanes qui savent à la fois que l'origine de leurs problèmes est à l'intérieur et non à l'extérieur de leurs frontières.
Si l'Occident et les États-Unis contribuaient au règlement du problème palestinien, la capacité de ces forces à se faire entendre serait plus grande et la crédibilité du projet américain s'en trouverait renforcée.
Mais nous n'en sommes pas là. D'autant que si le plan américain repose sur un mélange de bonnes idées d'un habillage désastreux, il a pour inconvénient supplémentaire d'être politiquement incohérent: car si depuis le 11 septembre, le problème islamique est au coeur de la politique américaine, il serait naïf de croire que la diplomatie américaine se réduit à la simple mise en oeuvre d'un programme d'exportation de la démocratie.
Dans les faits, le 11 septembre a développé un effet d'aubaine. La lutte contre le terrorisme sert de viatique démocratique auprès de Washington. Les régimes arabes cyniques ont parfaitement compris le sens de ce contrat. C'est la raison pour laquelle le projet américain peut avoir des conséquences encore plus néfastes qu'il n'y paraît. Face à des opinions publiques indignées et impuissantes, le projet américain permettra aux régimes arabes de tenir leurs rues tout en apparaissant aux yeux des Américains comme le meilleur rempart contre l'islamisme.
De cet échec proclamé du projet américain, les Européens auraient tort de se réjouir. Malgré leur rhétorique et leurs plans où la conditionnalité démocratique n'est pas absente, les Européens continuent cyniquement à jouer la carte exclusive des États.
Même dans les pays où la menace islamiste n'est pas évidente, on n'a jamais vu un État européen jouer délibérément la carte de la société civile, dialoguer avec l'opposition de régimes honnis, conditionner leur aide à de réels changements. De ce point de vue-là, on a en revanche vu plus d'une fois les chefs d'État européens s'empresser d'aller rendre visite à des chefs d'État élus à la faveur de scrutins préfabriqués sur le modèle soviétique ou sur le modèle colonial, voire sur une combinaison des deux.
Entre une Amérique qui veut démocratiser à la hache au mépris de toute une série de facteurs qui rendent peu probable la conversion démocratique, et une Europe mi-frileuse mi-cynique mais toujours peu imaginative, il existe des marges d'action qui feraient de la démocratie moins un produit d'importation qu'une production locale.
Zaki LAÏDI : Politologue, Centre d'études et de recherches internationales (CERI), Paris
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’AGITATION RACISTE DE STEPHEN HARPER
Patrice Boileau, Carignan,
TRIBUNE LIBRE 8 juin 2004
Il y en a marre de laisser des gens qui aspirent à diriger un État qui se veut un exemple international de tolérance, tenir des propos qui encouragent complètement l’inverse. Le chef du « nouveau » Parti conservateur a déclaré en Ontario qu’il cautionnera un mouvement partitionniste advenant l’indépendance du Québec. Le projet souverainiste des Québécois plonge ses racines dans l’histoire : il n’est pas animé par un désir revanchard, contrairement à l’idée de Stephen Harper. Soutenir le morcellement du territoire québécois exacerbe inutilement les tensions linguistiques et raciales. Un climat social malsain dans le West Island montréalais en découlera assurément. L’adhésion de Harper à cette idée sectaire relève en conséquence de l’inconscience. Entrevoir le dépeçage du territoire québécois sur de tels fondements soulève l’indignation.
L’ONU doit être saisie immédiatement de cette affaire. C’est au gouvernement de Jean Charest d’alerter l’instance internationale et profiter de la situation pour interpeller également le Parti libéral de Paul Martin qui se sert aussi de cet épouvantail pour apeurer les Québécois, qu’on jure pourtant aimer... C’est avec énergie qu’il faut rappeler que les frontières actuelles du Québec sont reconnues par la communauté internationale depuis près d’un siècle et s’inspirent de tracés beaucoup plus anciens.
Tous les Québécois qui vivent à l’intérieur de ce territoire jouissent de conditions de vie enviables. Personne ne peut le nier. Vouloir quitter le pays du Québec au lendemain de son indépendance se fera donc à fort prix: difficile effectivement de laisser une société progressiste dont les innovations influences les plates-formes politiques des partis canadiens. Souhaiter quand même partir peut se faire, mais n’entraîne pas l’amputation de portions de terres québécoises. On ne blague pas avec l’Histoire. L’Assemblée nationale du Québec doit profiter de la présente campagne électorale fédérale pour rappeler Ottawa à l’ordre. Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, doit en faire autant lors du débat télévisé du 14 juin prochain et sanctionner le racisme des libéraux et des conservateurs. Quel égarement !

TRIBUNE LIBRE
Paul Martin - une sorte de parasite de la santé...
Josée Poirier, Brossard
TRIBUNE LIBRE 8 juin 2004
Les chômeurs ont fait les frais du vol de la caisse de l'assurance-emploi
par Paul Martin qui se vante d'avoir éliminé le déficit. Si Paul Martin a
éliminé le déficit, il l'a fait sur le dos des chômeurs et de leur famille,
de même que sur les malades et le personnel soignant. En finançant la santé
à la hauteur de 11¢ par dollar dépensé par les provinces, Paul Martin
récupérait plus d'argent qu'il n'en mettait dans la santé. En effet, le
gouvernement fédéral retire en taxes et en impôts, 26¢ par dollar dépensé en
santé. C'est dire qu'il syphonnait à la fois les malades et les provinces,
une sorte de parasite de la santé...
COMMUNIQUÉS

COMMUNIQUÉS
26 mai 2004