
Landry veut bien esquisser les contours d'un Québec souverain
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 2 et dimanche 3 octobre 2004
Québec -- À la faveur de la «saison des idées», le président du Parti québécois, Bernard Landry, est maintenant prêt à faire siennes plusieurs propositions faites par les militants. L'utilisation de fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté ne lui apparaît plus inconvenant et la rédaction d'une constitution provisoire pour l'État du Québec peut être envisagée.
C'est ce qu'il a indiqué, hier soir, au Devoir, quelques heures avant de prendre la parole lors du premier forum organisé par le Conseil de la souveraineté du Québec. Bernard Landry se dit maintenant convaincu de «la nécessité d'avoir un cheminement le plus précis possible entre l'élection et le référendum», un cheminement qui pourra être appuyé par des fonds publics. M. Landry prévoit des «gestes très nombreux» mais rejette «les gestes de rupture, c'est-à-dire ceux qui sortent de la légalité et la légitimité». Il est d'accord avec l'idée de définir précisément «le dessin d'un Québec souverain» tel que le souhaitent les jeunes souverainistes.
Le chef péquiste reprend à son compte l'idée de tenir le prochain référendum sur la souveraineté sous surveillance internationale. Il préconise la formation, après un référendum gagnant, d'un gouvernement élargi réunissant élus péquistes, bloquistes, adéquistes et libéraux.
Le Conseil de la souveraineté tient son premier forum pour définir les moyens à prendre pour «arriver au pays, rapidement, démocratiquement, avec force et en toute transparence». On sait déjà que les quelque 300 participants débattront dans le détail de la proposition du directeur de la revue L'Action nationale, Robert Laplante, qui propose de tenir un référendum sur la constitution d'un Québec indépendant plutôt que sur la souveraineté.
M. Laplante prendra d'ailleurs part à une table de réflexion pour déterminer «ce qu'il nous reste à faire pour accéder à la souveraineté du Québec», peut-on lire dans le programme du forum. L'auteur-compositeur-interprète et vice-président du conseil de la souveraineté, Paul Piché, fait partie du groupe ainsi que la juriste Andrée Lajoie, de l'Université de Montréal, et le constitutionnaliste Maurice Arbour, de l'Université Laval, qui donneront la réplique à M. Laplante.
Hier, le forum s'ouvrait par un spectacle en hommage à Gérald Godin, suivi d'une allocution du président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, et d'une autre par le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry.
L'ancien premier ministre Jacques Parizeau sera présent, mais par l'entremise d'une entrevue pré-enregistrée, faite par M. Larose, et diffusée sur un écran. Il y a quelques semaines M. Parizeau a apporté son soutien à la démarche proposée par M. Laplante pour accéder à la souveraineté.
Rappelons que le directeur de L'Action nationale propose «un cadre stratégique» d'accession à l'indépendance qui commence par l'élection d'un parti souverainiste qui aura le mandat de mettre en place un appareil législatif et administratif pour réaliser la souveraineté en pratiquant «la politique de la rupture», pour employer l'expression de M. Laplante. Le gouvernement promulguerait une constitution provisoire et créerait la citoyenneté québécoise. Il fonderait une cour constitutionnelle pour affirmer les compétences du Québec telles que garanties par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867. Il formerait un comité pour écrire un projet de constitution d'un Québec indépendant, projet qui sera soumis à un référendum. Si la constitution est approuvé, le Québec devient un pays souverain.
Dans cette entrevue pré-enregistrée, M. Parizeau, qui est présentement à l'extérieur du pays, reprend son argumentation voulant que la mondialisation, qui affecte désormais la vie de tous les jours des citoyens, est devenue un argument en faveur d'un Québec souverain qui pourrait tisser des alliances afin de contrer une libéralisation dont il ne voudrait pas. «L'État nation, l'État que l'on contrôle, c'est notre meilleure protection contre les dérives de la mondialisation», dit-il. M. Parizeau, dans cet échange avec M. Larose, ne revient toutefois pas sur la proposition de M. Laplante.
Gérald Larose se range derrière cette proposition. «Ça n'a rien à voir avec une élection référendaire» comme l'avait erronément titré le quotidien La Presse, a-t-il tenu à préciser. «Je suis pour que la souveraineté soit intimement intégrée dans un projet de gouvernement», a-t-il dit.

Français: la nouvelle donne
Carole Beaulieu
L'Actualité, n° Vol: 29 No: 16 15 octobre 2004
L'ennemi du français au travail, ce ne sont plus "les maudits Anglais". : C'est la mondialisation.
"Les tendances sont positives", dit Nadia Brédimas-Assimopoulos, présidente du Conseil supérieur de la langue française. Je lui demande de répéter: les bonnes nouvelles sont rares en ce domaine et je veux m'assurer que j'ai bien compris. C'est le cas. Une étude inédite que le Conseil rendra publique d'ici quelques semaines montre que le français au travail "subit des pressions intenses", mais que globalement "les tendances sont positives, même si la situation demeure fragile dans les milieux de travail".
"Les pressions sur le français ne viennent plus de l'intérieur du Québec, ni même du Canada", explique Nadia Assimopoulos, sociologue diplômée de la Sorbonne qui a été vice-présidente du Parti québécois de 1984 à 1988. "Elles viennent désormais de l'extérieur et sont dues, notamment, à l'ouverture croissante du Québec sur le monde."
Les 30 plus grandes entreprises du Québec y emploient quelque 50 000 personnes, mais trois fois plus "à l'étranger". Quand les uns causent avec les autres, c'est rarement dans la langue de Gilles Vigneault. Ou si peu. "Même les PME sont touchées", explique Nadia Assimopoulos. Car elles doivent exporter. Et au rythme où le monde change, elles devront se mettre demain au mandarin! Comme les fournisseurs de Wal-Mart se sont mis au français (voir "La madame a de quoi se réjouir!", p. 35).
L'intégration des plus récentes vagues d'immigrants est aussi plus difficile. Les nouveaux arrivants sont moins souvent qu'avant des "Latins". Et ils semblent incapables parfois de comprendre "café" plutôt que "coffee" (voir "Je t'aime moi non plus", p. 24). Mais heureusement, il y a la loi 101.
"L'obligation d'envoyer les enfants à l'école française, c'est la pierre d'assise du progrès du français, dit Nadia Assimopoulos. Il ne faut y admettre aucune brèche."
Les premiers enfants de la loi 101 ont aujourd'hui la vingtaine. Ils sont bilingues, fréquemment trilingues, parfois quadrilingues. On les croise au quotidien dans des centaines d'entreprises, où ils accueillent de plus en plus souvent les clients avec un accent à la Daniel Boucher. Ils parlent le français comme ils parlent l'anglais, l'arabe, le mandarin, le vietnamien ou le grec. Ces jeunes sont le fer de lance d'un Québec qui veut faire connaître ses produits, ses films, ses spectacles, ses technologies. Dans toutes les langues! Mais qui veut vivre en français chez lui.
Les défis à relever restent de taille. Il faut que chaque Québécois maîtrise mieux le français. Ensuite, il faut se préparer à l'intégration économique des Amériques: 40% d'hispanophones, 38% d'anglophones, 20% de lusophones et... 2% de francophones. Deux pour cent! Hot, le français? Mieux vaut qu'il le soit!
La diplomatie québécoise s'adapte à la nouvelle donne. Début novembre, le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le premier ministre de France, Jean-Pierre Raffarin, iront bras dessus bras dessous, accompagnés chacun d'une centaine de gens d'affaires, prospecter le marché mexicain de la haute technologie.
En décembre, des représentants d'une dizaine de "régions partenaires" se rencontreront à Québec. Il y aura là la Californie d'Arnold Schwarzenegger, le Shandong, la Haute-Autriche et la région du Cap, en Afrique du Sud. Au programme: les technologies prometteuses.
Dans les grandes organisations internationales, le Québec porte le flambeau. C'est un Québécois qui conseille le patron de l'Unesco dans le dossier de la diversité culturelle - et la lutte pour donner du mordant à la convention qui protégerait la culture, parfois au détriment des intérêts commerciaux, est loin d'être gagnée. D'autres Québécois ont réussi à obtenir un sursis de l'Institut Pasteur, qui veut publier en anglais plutôt qu'en français!
La bataille n'est jamais terminée. Elle apporte son lot de frustrations. Surtout à Montréal. Mais quelque chose flotte dans l'air. Comme un vent de séduction.

La souveraineté à rebours
Jean Noiseux
Le Devoir vendredi 1 octobre 2004
Le « coup de butoir » des Québécois au Parti libéral du Canada le 28 juin avait préparé le terrain à l'entente sur la santé
IDÉES - La conférence de l'impossible, celle des premiers ministres sur la santé, a finalement évité l'échec appréhendé. Les provinces ont obtenu une augmentation substantielle des paiements de transfert en faisant inclure les charges financières des services sociaux dans les sommes à partager au même titre que celles des services de santé.
Le gouvernement fédéral n'a pas su utiliser les divergences d'opinion entre les provinces comme il l'avait si bien fait en 1982 lors du rapatriement de la Constitution. Pourtant, une majorité de provinces, surtout les Maritimes, auraient accepté l'argent à n'importe quelles conditions. S'il avait réussi à briser le front commun des provinces, toutes les conditions auraient été réunies pour que le Québec revive une nouvelle «nuit des longs couteaux».
Qui a gagné? La persévérance d'un Jean Charest ou la volonté politique d'un Paul Martin de régler le financement de la santé pour au moins deux générations, comme promis en cours de campagne électorale? Probablement les deux.
Mais si une entente a été conclue en seulement trois jours, c'est qu'un troisième acteur avait préparé le terrain à cet accord: l'opinion publique québécoise. Celle-là même qui avait donné un formidable «coup de butoir» au Parti libéral du Canada le 28 juin. Dans cette conjoncture particulière, le PLC et le Parti libéral du Québec avaient des intérêts convergents à négocier un accord devant des échéances électorales plus ou moins rapprochées.
Du non au oui
Les élections fédérales de 2004 ont montré que l'électorat québécois sait exprimer son mécontentement lorsque ses priorités, dont l'intégrité de la gestion de fonds publics, ne sont pas respectées. En cas d'échec de la conférence sur la santé, pourquoi ne pourrait-il pas réagir avec autant de vigueur contre un fédéralisme qui l'empêche de récupérer ses propres impôts pour stabiliser son système de santé, l'une de ses priorités les plus urgentes?
L'opinion publique se prononce rarement en faveur d'un projet, surtout si celui-ci est hypothétique. Par exemple: dégager une majorité claire lors d'un référendum sur la souveraineté du Québec. Par contre, la mobilisation est plus facile lorsqu'elle est dirigée contre le référendum fédéral de 1992, le parti politique d'un Paul Martin enlisé dans le scandale des commandites ou encore la loi sur la fusion des municipalités de l'île de Montréal. Et, pourquoi pas, contre un fédéralisme qui utilise son pouvoir de perception des taxes et impôts à seule fin d'étendre le champ de ses compétences pendant que tout le système de santé s'écroule.
L'électorat ne fait pas dans la dentelle et a une perception assez grossière des enjeux. Il ne sait peut-être pas exactement ce qu'il veut, mais il sait très bien ce qu'il ne veut pas. C'est pourquoi il va voter plus facilement contre et plus difficilement pour une proposition.
Il est peu probable que les Québécois votent un jour rationnellement pour la souveraineté ou pour le projet de créer un pays. Mais ils pourraient dire un non définitif au fédéralisme centralisateur actuel. Dans la logique référendaire, un non au fédéralisme signifie un oui à la souveraineté, de sorte que le Québec pourrait bien devenir souverain un peu malgré lui.
Dans ce contexte, le fédéralisme a bien plus à craindre de lui-même que de son ennemi juré, la souveraineté du Québec. Son incapacité à résoudre ses propres contradictions internes permettrait alors de réunir les fameuses «conditions gagnantes» de Lucien Bouchard. Maintenant plus que jamais, le sort du fédéralisme est entre les mains des fédéralistes.
Jean Noiseux : Spécialiste en sondages

Plus qu'un simple accord administratif :
L'entente sur la santé est une entente politique entre tous les premiers ministres canadiens
Christian Dufour : Politologue et chercheur à l'École nationale d'administration publique
Le Devoir vendredi 1 octobre 2004
IDÉES - Il fallait s'y attendre: certains essaient de diminuer le récent succès intergouvernemental québécois en matière de santé. Ils nous disent que le fédéralisme asymétrique n'est rien de nouveau, qu'il ne concerne de toute façon qu'un champ de compétence que le Québec a déjà et qu'il ne faut pas confondre une simple entente administrative avec un changement constitutionnel.
Étant donné que la suite des choses dépendra pour une bonne part de l'appui des Québécois à un processus qui suscite déjà des inquiétudes dans le reste du pays, il ne faut pas laisser ces assertions sans réponses.
L'affirmation selon laquelle le fédéralisme asymétrique n'est rien de nouveau réussit l'exploit d'évacuer tout le trudeauisme, soit le fait que le nouveau nationalisme canadien issu de la Constitution de 1982 a érigé en dogme la règle voulant que toutes les provinces soient traitées de la même façon. Ce fut l'une des principales causes de l'échec de l'accord du Lac-Meech.
Invoquer le Régime des rentes du Québec et la Caisse de dépôt dans les années 60 pour conclure que le fédéralisme asymétrique n'est rien de nouveau constitue un cas troublant de cécité sélective. On fait semblant de ne pas voir que la tendance lourde du dernier quart de siècle va clairement dans le sens contraire. Cela n'empêchera pas de redécouvrir cette tendance quand cela fera notre affaire et de s'en servir comme argument contre un Canada qui ne veut rien savoir de la spécificité du Québec.
De la même façon, c'est passer sous silence la tendance à la centralisation de la fédération canadienne au cours des dernières décennies que de dévaloriser l'asymétrie en matière de santé parce qu'elle ne s'appliquerait qu'à un domaine de compétence exclusivement provincial. On escamote le fait qu'en réaction aux référendums québécois de 1980 et de 1995, il y a eu au Canada un affaiblissement net du principe fédéral voulant que les champs de compétence soient pour l'essentiel séparés, chaque ordre de gouvernement étant souverain dans son domaine respectif.
Au surplus, cela ne tient pas compte de ce que le partage des compétences n'est pas aussi clair que les Québécois le voudraient bien. D'abord, la santé est considérée comme un secteur de compétence partagée par un grand nombre sinon par la majorité des Canadiens à partir des cinq conditions structurantes de la Loi fédérale sur la santé et un financement fédéral de plusieurs dizaines de milliards de dollars par année. Même au Québec, ce n'est pas un domaine de compétence aussi exclusivement provincial que le sont l'éducation ou les affaires municipales.
C'est donc un vrai succès que d'avoir réussi à faire reconnaître par tout le monde la pleine compétence du Québec sur la planification, l'organisation et la gestion des services de santé, quitte à ce que les autres provinces s'entendent avec Ottawa si elles souhaitent lui octroyer de nouvelles responsabilités dans le domaine. Dans une fédération tentée par la centralisation des pouvoirs au profit d'un gouvernement contrôlé par une majorité anglophone, il s'agit d'un déblocage majeur pour le Québec.
Le constitutionnaliste Gérald-A. Beaudoin rappelait dans Le Devoir de mardi que «c'est la première fois que l'on fait quelque chose de nouveau depuis l'arrêt de 1937 du Conseil privé sur le pouvoir fédéral de dépenser et les compétences des provinces. [...] Le pouvoir de dépenser finit quelque part et le partage des pouvoirs est toujours là. Québec l'a dit et l'a écrit. Tous ont accepté».
Une entente vraiment politique
Pour dévaloriser le succès du Québec, on invoque enfin qu'on serait en présence d'un simple accord administratif sans valeur constitutionnelle. Dans le même Devoir du 28 septembre, un ancien ministre québécois des Affaires intergouvernementales écrit qu'il faut présenter une proposition constitutionnelle globale pour «décréter [...], énoncer [...], prescrire [...], préciser [...], confirmer [...], stipuler [...], conférer [...], prévoir [...] [et] garantir» toute une série de droits du Québec. Bien sûr, on aurait préalablement fait approuver le tout par référendum... Comme quoi il y a vraiment des gens totalement incapables d'apprendre de leurs erreurs.
L'entente sur la santé n'est pas un accord administratif mais une entente politique entre tous les premiers ministres canadiens. Elle est susceptible d'affecter la Constitution du Canada dans la mesure où celle-ci, comme toutes les constitutions d'inspiration britannique, y compris la québécoise, n'est qu'en partie écrite, évoluant également par la bande, par le truchement des coutumes, des précédents et des conventions.
C'est en passant par toutes les nuances de gris que l'on va graduellement du noir au blanc. À ce stade, la stratégie de négociation de Jean Charest participe manifestement de cette mentalité britannique, attachant moins d'importance aux grandes reconnaissances de principes qu'aux précédents pragmatiques et à l'occupation effective du terrain politique. Quitte à ce que la reconnaissance formelle «à la française» vienne plus tard, à la fin du processus, à partir d'une réalité déjà là en grande partie.
Un mot, enfin, sur le point le plus occulté du dossier: le fait que le déblocage sur l'asymétrie résulte aussi de la pression d'un Bloc plébiscité par les Québécois sur les libéraux minoritaires de Paul Martin. Cela n'a rien d'étonnant si on se souvient que le mandat du Bloc à Ottawa est pour l'essentiel nationaliste et non souverainiste, paradoxale affirmation de la société distincte québécoise au sein du Canada. Comme si, indépendamment des convictions et des blocages des uns et des autres, la réalité québécoise était en train - peut-être - d'imposer sa loi.
Les Québécois ont tout intérêt à ce que les souverainistes qui les représentent à Ottawa soient conscients du fait que l'entente du 15 septembre est aussi leur rejeton à eux et agissent en conséquence. Car si les chances d'un déblocage durable apparaissent réelles, il ne faut pas se leurrer: rien n'est encore définitivement acquis.

Le PQ confronté de plein fouet à la jeunesse
Benoît Bouchard
Le Quotidien vendredi 1 octobre 2004
L'humeur du temps - Pour une première nouvelle à mon retour au pays, elle est particulièrement rafraîchissante! Je parle de l'annonce de la tournée de ces trois jeunes députés du Parti québécois, Stéphan Tremblay (Lac-Saint-Jean), Jonathan Valois (Joliette) et Alexandre Bourdeau, (Berthier), effectuée au début de 2004 et portant, entre autres, sur la souveraineté du Québec comme réponse aux problèmes que les jeunes Québécois identifient comme prioritaires.
J'ai lu le rapport en y portant une grande attention.
Notons, au départ, qu'il ne s'agit pas, loin de là, d'une démarche de complaisance. "Ce que nous avons entendu bouscule, choque et assomme", peut-on y lire.
Le document évite l'apologie de la souveraineté, ce qui aurait réduit sa crédibilité. Il présente plutôt un portrait réaliste des jeunes Québécois et de leurs préoccupations face leur avenir. Et celui du Québec, bien sûr, mais en fonction de questions beaucoup plus globales et planétaires, comme l'environnement, la démographie, le développement durable et l'éducation.
Il est fort intéressant de prendre connaissance des résultats de cette initiative, de découvrir, en plus de l'engagement de trois jeunes députés, une volonté manifeste de ne pas tricher sur les conclusions et, surtout, d'en faire part à leurs aînés du Parti québécois avec franchise et honnêteté.
"Nous ne pouvons plus accepter, sans en débattre, que l'avenir du mouvement souverainiste passe par les structures du Parti québécois" (page 12). La presse québécoise a évidemment titré avec ces commentaires, ce qui fait paraître le contenu du rapport plus spectaculaire.
Désuétude
"Les jeunes jugent la souveraineté désuète", lit-on encore. Le titre n'est pas faux. Mais, il me parait réducteur par rapport à un contenu qui, tout en s'adressant aux instances du Parti québécois, interpelle la population en général, quelque soit l'appartenance politique.
À l'exception des militants du PQ dont les choix sont un peu plus enrégimentés, les problèmes vont au-delà de la protection de la langue et de la culture. Nous reconnaissons facilement l'écart qui sépare cette génération avec celles qui l'ont précédée, particulièrement depuis les années 60.
Alors que ma génération, en particulier, a grandi dans l'explosion de la société québécoise à travers la réforme de ses institutions, l'épanouissement de son identité linguistique et culturelle, l'édification de ses symboles et la personnification très politique et très québécoise de ses leaders, la nouvelle jeunesse carbure à un niveau planétaire. Elle s'approprie des personnages issus de tous les continents et, surtout pas associés au milieu politique.
La méfiance des jeunes face à de l'histoire et, en particulier, celle du Québec, représente un corollaire de cet éclatement hors frontière même si elle est, en même temps, représentative d'une absence de perspective qui, tout en étant presque inévitable à 20 ans, demeure responsable de cette absence d'identité. Ce dont les jeunes ne semblent pas se préoccuper outre mesure.
Choix
Nous n'avons pas à être d'accord ou pas. Tel est le choix des jeunes et ils l'assument. Nous pouvons quand même affirmer qu'il est fort probable, qu'un jour, ils ressententiront le même besoin identitaire que tous ceux qui les ont précédés, même si celui-ci risque d'être fort différent.
Si l'ensemble des partis politiques et des politiciens est interpellé, il est évident qu'en étant membres du Parti québécois, pour certains, ou qu'en exprimant leur forte sympathie, pour d'autres, c'est clairement ce parti et son option qui sont en cause.
Quand les jeunes, qui ont toujours ressenti une attirance particulière pour l'indépendance du Québec, se demandent si la question de la souveraineté doit être politisée, c'est toute l'existence du parti de René Lévesque qui remise cause. Le ton est dur pour les leaders péquistes, quand on oppose un "programme constitué de préoccupations fortes, largement consensuel, à un liste d'épicerie de mesures pratiques".
Il est difficile de savoir comment la vieille garde du Parti québécois encaissera l'affirmation selon laquelle l'option souverainiste est "dépassée, désuète et vétuste". Derrière les hyperboles, il y a cependant un message pour tous les partis. Ce qui démontre que le 21e siècle est bel et bien arrivé!

Un siècle fou - Vive les vieux!
Jean-François Lisée
L'Actualité, n° Vol: 29 No: 16 15 octobre 2004
La population vieillit et on nous prévoit un chapelet de catastrophes. Mais le tableau n'est peut-être pas aussi noir qu'on nous le laisse croire.
La preuve est dans votre portefeuille: le vieillissement de la population a du bon. D'accord, vous n'avez jamais été enthousiasmé par la présence de la reine Élisabeth sur vos billets de 20 dollars. Mais si Liz II n'était pas si vaillante à presque 80 ans, reflétant ainsi la vigueur nouvelle des septua et octogénaires, c'est le prince Charles qui la remplacerait sur les billets. Êtes-vous aussi peu pressé que moi de vivre cette relève générationnelle?
Le vieillissement est déjà une réalité, les signes qui l'attestent abondent. On a bien raison de se désoler de l'hiatus dans la courbe démographique et de la faiblesse de notre taux de natalité, mais l'arrivée massive à la retraite de centaines de milliers de "bébéboumeurs" en pleine forme aura aussi pour effet d'améliorer notre qualité de vie à tous. Pourquoi? Parce qu'ils ont des sous, du temps, des muscles et une soif de culture.
Des sous: les leurs et ceux que certains d'entre eux viennent d'hériter de leurs parents, qui quittent eux-mêmes la planète de plus en plus tard. Le budget consacré aux loisirs fera donc un bond. De plus, ils ont le temps de faire le tour des auberges champêtres, des couettes et café en région, des bons petits restos, des terrasses, des bistrots. Ils stimuleront une offre touristique plus forte et plus diversifiée. Des muscles: ils veulent davantage de parcs, de pistes cyclables, de pistes de ski de fond, de terrains de golf et de tennis. Une soif de culture: ils courent les spectacles, festivals, théâtres et concerts (mais trouvent parfois la musique un peu forte).
Ils ont de l'aide. En effet, ce ne sont pas seulement nos "bébéboumeurs" qui s'y mettent, mais aussi ceux des États-Unis, qui seront en vadrouille plusieurs mois par année et qui laisseront chez nous une partie du pactole. Ces mouvements de population auront des répercussions démographiques certaines. À Montréal, depuis 30 ans, le départ des jeunes familles francophones vers les banlieues a beaucoup contribué à la fragilisation de l'équilibre linguistique. Le retour des jeunes retraités dans les condos du centre-ville donnera du tonus à la communauté francophone. Idem pour le regain de construction lié à la nécessité de recevoir ces nouveaux citadins. Un recul de cette tendance n'est pas à craindre: le New York Times nous apprenait cet été qu'on assiste à un boom des divorces chez les plus de 60 ans. Une fois les enfants partis, les parents encore ardents - Viagra et hormones de substitution aidant - veulent faire un autre tour du parc amoureux avant le baisser du rideau. Et qui dit divorces dit relance de l'immobilier...
Il faut plutôt se préoccuper de la convergence de deux tendances du nouveau siècle: la retraite massive et le réchauffement climatique. Que nos voisins du Sud vivent encore une série d'étés torrides et ils reluqueront avec envie nos chalets et maisons de campagne, plus cool que ceux de la Géorgie et moins ciblés par les ouragans que ceux de la Floride. Ils feront exploser les prix.
En flânant sur nos bords de lacs ou dans nos villes, on devine aisément la présence de retraités à la quantité croissante de fleurs et de décorations sur les terrains et autour des résidences. Il y a du temps d'investi dans ces aménagements et de la couleur en prime dans nos vies. La profusion de décorations de Noël est à l'avenant.
Le temps étant la ressource la plus abondante des retraités, ils le consacreront aux activités de mentorat, de bénévolat, mais aussi à l'action politique - la moyenne d'âge des militants n'est pas à la veille de baisser, au contraire.
Certains des aspects les plus néfastes du vieillissement ont aussi leur côté salvateur. La pénurie de main-d'oeuvre adolescente, par exemple, frappera durement l'industrie de la restauration rapide. L'association américaine des restaurateurs annonce qu'il lui manquera 1,5 million de salariés pour répondre à la demande au cours de la prochaine décennie. Au McDo, les cégépiens seront graduellement remplacés par des grands-mères, plus maternantes et plus conscientes des bienfaits d'une saine alimentation. Lorsque le superviseur regardera ailleurs, gageons que certaines d'entre elles ne pourront se retenir de dire aux jeunes clients: "Es-tu vraiment certain de vouloir un chausson avec ça? Pourquoi pas une bonne pomme?"
Jean-François Lisée est directeur exécutif du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal ainsi que de PolitiquesSociales.net.

La vie après le Suroît
Alain Dubuc
Le Quotidien vendredi 1 octobre 2004
Le projet de centrale au gaz du Suroît ne verra vraisemblablement pas le jour. Les pluies abondantes de cet été ont rempli de façon inespérée les réservoirs des barrages et fournissent ainsi à Hydro-Québec la marge de manoeuvre qui lui permettra d'éviter la pénurie.
Cet acte de Dieu vient donc clouer le dernier clou dans le cercueil de ce projet dont la justification reposait sur le risque, très réel, que le Québec manque d'électricité dans cette décennie avant que de nouvelles centrales hydroélectriques entrent en production.
Je ne suis ni surpris, ni déçu. Au début de cet été, j'en étais arrivé à la conclusion qu'il fallait mettre une croix sur le Suroît et penser à un plan B, parce que le coût social et politique de construire la centrale était tel que le jeu n'en valait pas la chandelle. Les pluies de cet été mettent ainsi le point final à un débat hors contrôle.
Mais il y a un danger, et c'est que cet apport providentiel d'eau dans les réservoirs crée un faux sentiment de sécurité et encourage les Québécois à retourner à la pensée magique.
Le Québec doit donc plutôt se servir de l'échec politique du Suroît pour apprendre de ses erreurs et pour repartir du bon pied. La mobilisation contre le Suroît exprimait une profonde crise de confiance envers Hydro-Québec, le gouvernement du Québec, les institutions, amplifiée par la peur et l'ignorance. Nous avons besoin d'un véritable débat sur l'énergie, pour apprendre, comprendre et s'entendre.
L'apport inespéré d'eau de pluie ne change rien à la situation de fond qui avait mené Hydro-Québec à vouloir construire une centrale thermique. Nous vivons une période nouvelle où le Québec ne pourra plus compter sur de l'énergie hydroélectrique abondante, inépuisable et à bon marché, où Hydro-Québec aura du mal à satisfaire la demande, où les stratégies économiques reposant sur l'électricité à rabais sont chose du passé, où l'ajout de nouvelles installations de production et de distribution ne se fera pas sans heurts.
Ce contexte radicalement différent sera renforcé par la grande crise qui plane sur le monde énergétique, notamment l'épuisement des réserves pétrolières, qu'un dossier de La Presse a remarquablement documenté ce week-end. Déjà, l'explosion du prix du brut à 50 $ commencera à bouleverser les règles du jeu.
Dans ce monde énergétique nouveau, nous sommes sans balises, sans politique énergétique qui préciserait nos valeurs, nos choix et nos stratégies. C'est d'abord nos dirigeants politiques qui doivent faire preuve de leadership en la matière. Jusqu'ici, ils ont été absents. A-t-on parlé d'énergie durant la dernière campagne électorale fédérale? A-t-on vu le gouvernement Charest proposer une quelconque direction? D'un atermoiement à l'autre, Québec s'est plutôt réfugié derrière les travaux de la Régie de l'énergie et maintenant derrière ceux d'une commission parlementaire prévue pour novembre.
Ce leadership devrait mener le gouvernement Charest à prendre le taureau par les cornes, à annoncer formellement l'abandon du Suroît, à expliquer pourquoi et à préciser les conséquences de ce choix. Pas pour étouffer le débat dont la commission parlementaire de novembre sera l'amorce, mais pour bien le mettre sur les rails.
Une politique énergétique globale ne peut pas, en effet, se borner à s'ajuster aux mouvements de l'opinion publique. Il existe une telle chose que des intérêts collectifs. Il existe aussi une telle chose que la démocratie qui, dans le domaine énergétique, ne repose pas seulement sur les combats des groupes de pression, mais sur le respect des travaux et des conclusions des instances dont nous nous sommes dotées pour servir d'arbitre en la matière, comme la Régie de l'énergie.
Une politique énergétique doit aussi mener à réaffirmer clairement un principe, celui de l'importance de notre sécurité énergétique, qui doit nous mener à pouvoir prendre les moyens de combler nos besoins, à miser sur la diversité des formes d'énergie et des sources d'approvisionnement, à investir dans les économies d'énergie. Les éoliennes ne régleront pas tout.
Elles nous forcera aussi à réaliser que les Québécois ne pourront pas tout avoir en même temps. L'électricité abondante, pas chère, produite par la magie du Saint-Esprit, cela n'existe plus. Les économies d'énergie, tout comme la diversification vers d'autres sources d'électricité, par exemple les si populaires éoliennes, ne seront possibles que si les tarifs de l'électricité augmentent.
Il suffit de voir les premières réactions d'indignation à la demande, formulée hier par Hydro-Québec, de nouvelles hausses tarifaires, pour comprendre que ce débat sur l'énergie est plus que nécessaire.

Affaires étrangères - Liza Frulla rappelée à l'ordre poliment
Joël-Denis Bellavance
La Presse vendredi 1 octobre 2004
Le Canada doit parler d'une "seule voix", souligne Jean Lapierre
PC Ottawa - Deux ministres influents du gouvernement Martin rejettent l'idée que le Québec puisse parler au nom du Canada sur la scène internationale dans les forums abordant des questions reliées à la diversité culturelle, comme l'avait laissé entendre la semaine dernière la ministre du Patrimoine, Liza Frulla.
Le ministre des Transports, Jean Lapierre, et sa collègue des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, ont donc remis les pendules à l'heure sur la délicate question du rôle du Québec sur la scène internationale après les remous causés au sein du Parti libéral par les propos de Mme Frulla.
" Le Québec peut parler en son nom sur la scène internationale dans les forums où il est question de culture. Mais pas au nom du Canada. Cela ne fait pas partie de la Constitution canadienne et tous les précédents sont à l'effet qu'en matière d'affaires étrangères, le Canada parle d'une seule voix ", a déclaré hier Jean Lapierre, le lieutenant politique de Paul Martin au Québec.
La ministre Robillard s'est montrée tout aussi ferme en affirmant " qu'aucune province ne remplacera la voix du Canada à l'étranger ", voulant ainsi tuer dans l'oeuf la controverse provoquée par les propos de Mme Frulla.
En visite officielle à Paris, la semaine dernière, Mme Frulla avait salué la nouvelle ère de collaboration entre Ottawa et les provinces à la suite de la signature de l'entente particulière obtenue par le Québec sur la santé. Elle avait soutenu que ce fédéralisme asymétrique pratiqué par le gouvernement Martin pourrait aller jusqu'à permettre au gouvernement du Québec de parler au nom du Canada à l'occasion de rencontres internationales portant sur la diversité culturelle comme celles de l'UNESCO.
Cela dit, Mme Robillard a tout de même rappelé hier que M. Martin a demandé en janvier au ministre des Affaires intergouvernementales de discuter avec les provinces de façons de mieux collaborer sur la scène internationale. Mais elle a indiqué qu'il n'y avait pas de négociations en cours encore à ce sujet.
En fin de semaine dernière, son homologue du Québec, Benoît Pelletier, disait avoir reçu du premier ministre Jean Charest le mandat de négocier un accord bilatéral spécial avec Ottawa afin que le Québec puisse avoir un siège à l'UNESCO (l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) et parler en son nom propre.

Follow the money
Josée Legault
The Montréal Gazette 1.10.2004
The Gomery commission is doing amazing work. With precision and non-partisanship, it is fast exposing the mounting ugliness of the sponsorship scandal. But what will matter most is that its final report help us answer these five crucial questions:
How much did Ottawa pay to get a majority No vote in the 1995 referendum? How much has it paid since to try to prevent another referendum? How did Jean Chrétiens government do it? Did its propaganda "war" benefit the Liberal Party financially? If so, how much public money dished out to Liberal-friendly firms through lucrative contracts was channelled back to Liberal coffers?
Such questions reflect the main motivations behind Chrétien's determination to defeat separatism, using any and every weans at his disposal, ethical or not.
One of the many signs of this void in ethics is the Ernst & Young report produced early on in 1996. The Gomery commission revealed it was considerably watered down in its final version in what appeared to be an attempt to cover up some of the more unethical mismanagement in the Public Works department, where contracts were handed to ad agencies for years without due process.
We know by now that this system benefited Liberal-friendly firms whose mission was to increase the visibility here of Canadian symbols and of the federal government itself. The overall aim was to strengthen the Canadian identity of Quebecers and thus abort another referendum.
Here, the political motivation meets the darker, financial one. Public funds paid out to these firms also appear to have served as generous rewards, possibly for one political party, but also for a number of individuals who, as managers of these firms, saw their standard of living increase dramatically through these years.
Not a pretty picture for a democracy. Thus the importance of the commission tracing the direct political responsibility of the sponsorship scandal to the Chrétien's office. There's no more doubt that such an onerous machine could only be managed from the PMO itself.
With this week's release of a secret report on national unity that was discussed amply, at a cabinet meeting Feb. 1 and 2
1996, the commission confirms that Chrétien's ministers, including newly elected Stéphane Dion, were also privy to what
has become known as Ottawa's Plan B, hard-line strategy. This plan would later come to include the Supreme Court reference on secession and the clarity bill.
The commission also revealed that from 1992 to 2004, no less than $793 million in public funds was spent on federalist propaganda of all kinds. Based on evidence tabled at the commission it also appears that some contracts to those ad agencies go as far back as 1994, before the election of the Parizeau government.
Since the failure of the Meech Lake Accord, national unity has cost us a fortune. Add to these millions that Brian Mulroney's government spent leading up to the Charlottetown Accord to help Robert Bourassa tame the post-Meech, pro-sovereignty wave.
From June 1990 to the October 1992 referendum on the Charlottetown Accord, Ottawa spent $260 million for such unity operations as the Keith Spicer commission, the Beaudoin-Dobbie and Beaudoin-Edward committees, constitutional conferences galore, federal and provincial Yes and No committees and mountains of "free'' publications. There was also the $22 million that Bourassa spent on the 1992 referendum and various commissions such as Bélanger-Campeau.
In comparison, what Jacques Parizeau spent before and during the 1995 referendum was chicken feed. A few tens of millions covered the costs of the Yes and No committees the Council for Sovereignty, travelling commissions and the so-called Le Hir studies.
If you follow the money since 1990, very little has been spent to promote sovereignty whereas over $1 billion went into selling Canadian unity.
Here's the real shocker: While Chrétien was throwing public money around to sell federalism, Lucien Bouchard spent zero tax dollars on the promotion of sovereignty. While Canadian embassies were fighting Quebec separatism on the world stage, he even closed a number of Quebec delegations to save money.
What Bouchard did do was laughable. . . To protest the Supreme Court hearings on secession, silly pins were made in the shape of the tower of Pisa - always leans in the same direction as the court does, get it?
To denounce the clarity bill, a ridiculous commercial was made. Without a word on sovereignty, it showed a big paper bird with parts if its body torn off by the wind as kids danced around and sang "Alouette, je te plumerai." The bird symbolized democracy under siege, get it? That really must have scared Ottawa.
For sovereignists, Bouchard's inaction facing Chrétien's huge propaganda machine should be the ultimate scandal.
But you can bet there'll never be a commission here on why the PQ government lay dead from 1996 and 2003 while Ottawa was painting this province red.

L’Amérique royaliste
Philippe Bernier Arcand
L’auteur est consultant en affaires publiques basé à Paris
La Presse vendredi 1 octobre 2004
Dans l’actuelle campagne présidentielle américaine, nous voyons presque autant les candidats que leur épouse et leur progéniture. D’Alexandra et Vanessa Kerry racontant comment leur père a donné le bouche-à-bouche à un hamster aux blagues d’un goût douteux des jumelles Bush en passant par les injections de Botox de Teresa Heinz Kerry, les enfants et les épouses des candidats sont sur le devant de la scène.
Si Tocqueville retournait en Amérique, verrait-il la société démocratique qu’il décrivait en opposition aux sociétés aristocratiques d’Europe ? La scène politique américaine ressemble au gotha des familles royales et princières d’Europe sauf qu’il ne s’agit pas de la Maison Tudor, de la Maison Bourbon des Deux-Siciles ou la Maison Habsbourg-Lorraine mais plutôt de la Maison Kennedy, de la Maison Bush ou de la Maison Clinton. Les membres de chacune de ces Maisons ont beaucoup de pouvoir, de prestige, d’argent et occupent les postes clés dans les médias, la politique et les affaires.
En Grande-Bretagne, en Espagne, aux Pays-Bas, en Suède, en Belgique, au Japon ou dans les autres monarchies du monde, on se passionne pour les enfants des monarques. À travers leurs magazines et journaux nationaux, on les voit naître, grandir, recevoir un diplôme d’une université prestigieuse en toge et mortier ou un brevet d’officier en uniforme militaire. Il n’y a pas une semaine qui passe sans que l’on photographie les héritiers au trône participant à une compétition équestre ou assistant à un défilé de mode. Quand les pays n’ont pas de monarchie, ils s’en inventent comme avec les Kennedy aux E.-U. ou les Gandhi en Inde.
Cette carence de monarchie fait en sorte que l’on s’approprie les familles des chefs d’État comme famille royale de substitution. Les magazines à potins étalent leurs vies, leurs mariages comme leurs problèmes d’alcool, de cocaïne, de jeu et de vie conjugale. Les médias américains se sont passionnés pour les amours de John F. Kennedy Jr, dit John-John, avec Daryl Hannah, Madonna ou Carolyn Bessette. Ils se sont aussi moqués de l’appareil dentaire de Chelsea Clinton ou des frasques imbibées d’alcool des jumelles Bush. De même qu’au Canada, Justin Trudeau ou Ben Mulroney sont surexposés dans les médias.
Le roi est mort ! Vive le roi !
Lorsque John F. Kennedy est décédé, on a prêté un destin présidentiel à ses frères Robert et Ted ainsi qu’à son fils JFK Jr. George W. Bush est fils de président, petit-fils de sénateur et frère de gouverneur. John Quincy Adams est devenu comme son père, John Adams, président des Etats-Unis. Les rumeurs de Washington et New York, prédisent que la sénatrice Hillary Rodham Clinton, l’épouse de l’ancien président Bill Clinton, sera candidate à la présidentielle en 2008. Au Québec, nous avons vu les deux fils du premier ministre Daniel Johnson Sr, Daniel Jr et Pierre-Marc, devenir à leur tour premier ministre. L’actuel premier ministre du Canada, Paul Martin Jr, est le fils du ministre Paul Martin Sr qui a tenté à deux reprises de remporter la course à la chefferie du Parti libéral du Canada.
Dans une Amérique de plus de 300 millions d’habitants, il devrait y avoir une grande diversité de candidatures aux postes politiques. Pourtant, on a l’impression que les candidats proviennent tous des même familles. L’Amérique aime les dynasties et se comporte comme si elle était royaliste. Les mariages servent à créer des alliances. Ainsi, celui du gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenneger, avec la journaliste Maria Schriver de la Maison Kennedy. A la dernière convention du Parti Démocrate, à Boston, les vedettes étaient Ron Reagan Jr, fils du président Ronald Reagan, et Chris Heinz, fils du sénateur John Heinz et beau-fils du sénateur John F. Kerry.
La société hyper-médiatisée dans laquelle nous vivons fait en sorte que la communication politique préfère la séduction à l’argumentation. Les enfants de l’homme d’État deviennent un outil de marketing pour améliorer son image. Dans toutes les campagnes électorales, nous voyons les enfants des candidats sourire devant les photographes pour prouver leur attachement aux valeurs familiales ou séduire l’électorat jeune. Ces enfants sont les princesses et les princes d’une Amérique sans famille royale.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Changement de paradigme au PQ ?
François Deschamps
TRIBUNE LIBRE 1er octobre 2004
Dans un contexte général de démobilisation où, tournant le dos à l’impasse constitutionnelle, les citoyens semblent préférer la poursuite du bonheur dans la consommation et le divertissement, on peut se demander quelle formation politique osera prendre l’initiative de la relance du débat. Pourquoi, après tout, diront certains, ne pas se contenter de la constitution par défaut à laquelle nous sommes liés et qui ne nous empêche pas de fonctionner ? Par ailleurs, le risque de ressassement est grand. Mais les chroniqueurs auraient mauvaise grâce de s’en plaindre : l’imbroglio suscite des gloses infinies. Quelle que soit du reste l’option que nous défendions, on a l’impression, depuis vingt-cinq ans, que ce sont toujours les mêmes vieilles rengaines qui figurent en tête de notre palmarès. Sans compter qu’en ces temps de conformisme et de simplification à outrance, le fait d’exprimer des idées un tant soit peu divergentes par rapport au courant dominant a de bonnes chances d’être perçu comme un acte d’insubordination ou l’expression d’un ego malade. Si l’esprit critique n’a pas la cote, l’étalage à vif des émotions et le voyeurisme, par contre, sont nettement plus porteurs. Entre la louange et le blâme, à vrai dire, il y a peu d’espace de manœuvre. Le « débat » autour de la remise en question de l’étapisme en fait foi. Sitôt engagé, il a vite été expédié dans la corbeille de recyclage. Il est préférable sans doute qu’il se poursuive loin des feux de la rampe.
Dans un texte publié par La Presse le 16 août 2004, Jacques Parizeau a endossé la remise en question de l’étapisme à laquelle s’est employé Robert Laplante dans un texte paru au début de l’année où il se propose de « revoir avec lucidité le parcours des dernières décennies pour faire le bilan, certes, mais surtout pour imaginer de nouveaux trajets. » L’idée de base consiste à renverser l’ordre des priorités entre élection et référendum. Comme le mentionne l’auteur, « l’accession à la direction de l’État devient le moment
inaugural ». Un gouvernement péquiste aurait alors le mandat de réaliser l’indépendance et jugerait du moment opportun pour consulter la population.
L’idée est ingénieuse à plusieurs égards, non seulement parce qu’elle restreint l’ingérence fédérale dans le débat, mais aussi parce qu’elle court-circuite le Clarity Bill qui, comme on le sait, neutralise la loi québécoise sur les consultations populaires, vouant à l’échec toute démarche d’émancipation de la tutelle fédérale. « Le cadre stratégique étapiste, écrit Laplante, a été retourné contre ses artisans. »
À première vue, il s’agit d’un retour du balancier à la position de départ ayant prévalu au PQ jusqu’en 1974, selon laquelle un vote pour un candidat péquiste était considéré comme un vote pour l’indépendance. On se souvient que la stratégie étapiste avait été adoptée suite aux performances décevantes aux élections de 1973. Avec 30% des votes, le PQ n’avait réussi à faire élire qu’une poignée de députés. Elle représentait un compromis raisonnable entre les diverses tendances au sein du parti. En dissociant gestion gouvernementale et mise en œuvre de l’indépendance par voie référendaire, les stratèges croyaient lever ainsi l’hypothèque qui semblait peser sur l’option indépendantiste auprès d’un électorat jugé peu réceptif ou encore trop craintif. Les partisans du fédéralisme ne se s’étaient pas gênés d’ailleurs pour semer l’équivoque quant à la mise en œuvre de l’article 1 du programme du PQ advenant une victoire aux élections, c’est-à-dire la séparation immédiate du Québec du reste du Canada sans autre forme de consultation. La voie était ainsi balisée à une vision cauchemardesque de l’avenir : spectre de « la piasse à Lévesque », flambée des prix de l’essence, isolement du reste du monde confinant au repli autistique, fuite des capitaux, exode massif des Anglos et, tant qu’à y être – pourquoi pas ? - une nouvelle persécution des juifs. La fin du monde, quoi !
Se rendant curieusement aux vues de leurs adversaires, les étapistes se sont ajustés en levant l’ambiguïté concernant l’accession à l’indépendance. Ne perdant pas l’objectif fondamental de vue, il fut jugé préférable de suivre une voie de contournement face aux résistances de la population plutôt que de jouer sur l’ambivalence. La victoire historique de novembre 1976 allait consacrer cette vue des choses en attendant le grand soir. Il n’est pas sûr toutefois que le PQ aurait été voué à l’opposition perpétuelle s’il n’avait pas modifié l’article 1 de son programme. Plusieurs facteurs en tout cas expliquent la défaite du gouvernement libéral. N’y voir que le résultat magique de l’étapisme est, à mon avis, une vue simpliste et tronquée qui bloque toute remise en question. De toute façon, la défaite au référendum de 1980 et la réélection inattendue de René Lévesque l’année suivante montrent à l’évidence que dans l’esprit des Québécois il n’y a pas nécessairement corrélation entre une bonne administration et la promotion de l’option souverainiste. Au moment décisif, les « preuves » qu’on croyait accumuler auprès de l’opinion se sont avérées insuffisantes. L’ambiguïté a seulement été déplacée. En définitive, comme le souligne Jacques Parizeau, la bonne gestion provinciale constitue même un argument qui conforte le point de vue des défenseurs du régime fédéral actuel. Penser qu’il en sera autrement dans 10 ou 20 ans relève de la dénégation pure. Mais on sait que les mythes ont la peau dure. À l’instar de la Présidente de Tourvel dans Les liaisons dangereuses, certains indépendantistes préfèrent s’accrocher à des mensonges consolants plutôt que de faire face à une courageuse remise en question.
Le changement de cap suggéré a provoqué de nombreuses résistances non seulement au sein du parti, mais aussi chez les défenseurs de l’État fédéral qui, toutes choses bien considérées, sont parvenus à s’accommoder très bien de l’étapisme. Dans son éditorial du 17 août, André Pratte n’a pas craint en tout cas de donner dans la dramatisation à outrance en parlant d’«un coup d’État, dans la mesure où une minorité s’emparerait du gouvernement pour mettre en œuvre une révolution que la majorité ne souhaite pas». À son avis, face au plafonnement de l’option indépendantiste, il ne s’agit rien de moins que d’extorquer l’assentiment des Québécois, compte tenu que l’accession au pouvoir pourrait se faire avec seulement 40% du vote. Le gouvernement n’aurait plus alors qu’à mettre le peuple devant le « fait accompli ».
Monsieur Pratte semble ici souffrir d’amnésie partielle, à moins qu’il ne pratique avec désinvolture l’érosion différentielle du sens critique. Comment peut-il omettre de rappeler que, dans tout le débat actuel, les Québécois n’ont jamais eu l’occasion de se prononcer pour ou contre leur adhésion forcée à la constitution par défaut à laquelle il sont soumis depuis 1982 ? Ils ont pourtant été eux aussi mis devant « le fait accompli ». On se souvient que le soir du référendum de 1980, Pierre Elliott-Trudeau, bon prince, avait profité de la solennité de la circonstance pour déclarer, s’il comprenait bien le « sens » du vote, que le « non » était en fait un « oui » à sa propre démarche… Ce tour de passe-passe a conduit comme on sait à la partie de poker de novembre 1981 et au rapatriement unilatéral de 1982. On peut parler ici à bon droit de gâchis.
Il ne s’agit pas, en fait, de revenir à la case départ - comme si dans la contemplation nostalgique des origines se cachait le secret de notre victoire finale -, mais plutôt de tirer des leçons du passé pour sortir du cul-de-sac actuel. Certes, on ne peut plus espérer tourner à notre avantage le flou stratégique ayant prévalu de 1968 à 1974 quant à la réalisation de l’indépendance. La Presse ne s’y est pas trompée d’ailleurs en ressortant le même vieil épouvantail à moineaux. Le jour même de la publication du texte de Jacques Parizeau, on pouvait lire en effet à la une : « Pas besoin d’un autre référendum ». Rien pourtant dans les textes de Parizeau et de Laplante ne laisse supposer une telle chose. Qu’est-ce à dire ? Simple effet de distorsion et d’occultation sans doute des porte-étendards du système fédéral qui ont l’ingénuité de croire qu’ils sont au-delà de toute querelle partisane. On a beau jeu ensuite d’alarmer l’opinion sur les tentatives d’escroquerie des péquistes. Réagissant à certaines critiques, André Pratte est d’ailleurs revenu sur la question dans un éditorial intitulé « Ici Radio-PQ ! ». S’agissant du traitement de la souveraineté dans les médias, les péquistes à son avis auraient tendance à imaginer des complots partout. Bien qu’il souligne le « mauvais procès » fait à Jacques Parizeau, l’éditorialiste en chef de La Presse refuse pourtant de concéder que son journal ait pu faire « fausse route ». Il esquive plutôt la question en se retranchant derrière l’opinion de Bernard Landry, Jean-François Lisée et Paul Bégin. Il a même l’étourderie de retourner les soupçons sur Jacques Parizeau en laissant entendre que ce serait l’ancien premier ministre qui déformerait sa propre pensée !
Pour qui sait lire, il ne fait aucun doute cependant que ce sont l’objet et le moment de la tenue du référendum qui changent. Mais notre bonne vieille Presse encore une fois a préféré semer la confusion dans les esprits en faisant sa une le 16 août dernier à partir d’une citation de Jacques Parizeau datant de… 1974, plutôt que de le citer d’après son texte de 2004 ! Dans le texte de 1974, M. Parizeau évoque effectivement la possibilité que le Québec sorte de la Confédération « sans référendum ». Après ça, on viendra dire avec Madame Lysianne Gagnon que ce sont les Péquistes qui revampent une « vieille idée » ! On repassera pour ce qui est de la probité intellectuelle et de l’objectivité dans les médias. Tous les coups sont permis, semble-t-il, quand la cause est noble. André Pratte a lui-même écrit le 20 août que « ce n’est pas la moralité du geste qu’il faut juger mais son efficacité ». Quand on connaît l’impact des grands titres, le procédé n’est pas innocent. Il confine à l’extorsion pure et simple de sens. Qu’on en juge : évoquant l’idée d’élection référendaire circulant parmi les mouvements de jeunes au PQ et au Bloc, Jacques Parizeau commente : « Le Québec était entré dans la Confédération canadienne sur un vote de ses députés, en dépit des demandes de référendum, il en sortirait de la même façon. » Enchaînant ensuite avec sa propre pensée, M. Parizeau poursuit : « On ne peut, cependant, aujourd’hui s’abstraire complètement d’un cadre ou d’un esprit référendaire. Après tout, cela fait trente ans que la stratégie du Parti québécois s’articule autour d’un référendum. »
On voit mieux avec le recul qu’André Pratte au fond a tout simplement joué le même numéro d’indignation vertueuse que Jean Charest a servi à Bernard Landry au moment du débat des chefs lors de la campagne électorale. On ne saurait être plus arrogant et plus malhonnête.
Jouant les censeurs vertueux, l’éditorialiste en chef de La Presse prétend que la proposition débattue au PQ bafoue le « sens démocratique le plus élémentaire ». Son point de vue est assez proche au fond de celui défendu par Claude Morin, le « père » même de l’étapisme dans un article intitulé significativement « La fuite en arrière » (La Presse, 18 août 2004). Titre trompeur encore une fois, car s’il y a quelqu’un qui donne l’impression d’être figé sur des positions anciennes, se prélassant même dans ce que d’aucuns pourraient qualifier de bienheureux sommeil dogmatique, c’est bien lui. À défendre aussi mollement l’option fondamentale du parti, on se demande s’il ne réussit pas tout simplement à faire le jeu des adversaires. Sa peur irraisonnée de l’isolement du Québec n’a d’égal que son souci récurrent de passer pour irréprochable non seulement auprès d’une opinion publique méfiante, mais surtout aux yeux mêmes des adversaires, ce qui est une aberration. L’inflexion ici est mise sur le « sens commun », lequel, de toute évidence, n’est pas la chose au monde la mieux partagée. En ce qui concerne en particulier le point de vue défendu par Jacques Parizeau, l’ancien ministre des affaires intergouvernementales, qui, de sa propre initiative, s’autorisait sans mandat, à l’époque même de l’adoption de sa stratégie, à jouer les informateurs avec la GRC, prétend que l’appui « incontestable » du peuple doit précéder toute déclaration de souveraineté à l’Assemblée nationale. On se demande à quelle hauteur le soi-disant « sens commun » dont il se réclame place-t-il la barre. Quelle que soit l’option que l’on défende, 50% + 1 après tout, semble tout sauf « incontestable ». N’y a-t-il pas là même l’expression de ce que Tocqueville appelait « la tyrannie de la majorité » ?
Dans une sorte de vision fataliste, Claude Morin se demande par ailleurs s’il est « acquis qu’un débat sur cette hypothétique constitution mobiliserait la population à qui on aurait refusé de la consulter sur son préalable, la souveraineté elle-même ». Faut-il rappeler ici que le sens de la proposition débattue vise au contraire à mettre l’accent, pendant la campagne électorale, sur le projet indépendantiste ? Qu’est-ce à dire ? Monsieur Morin a peut-être tendance à idéaliser les années 70, temps béni où il était facile de mobiliser les Québécois à propos de la souveraineté. Avec les résultats que l’on sait.
L’argument de la plate-forme du 50% + 1 mérite d’être examiné de plus près. On le sait. Dans les démocraties parlementaires, les consensus larges sont peu fréquents. S’ils surviennent, ils ne durent jamais longtemps. On passe rapidement à autre chose. Pour qu’une majorité substantielle se dégage, il faut attendre souvent des circonstances rares, comme la quasi unanimité qui s’est établie lors du jugement de la Cour suprême en 1988 concernant certaines dispositions de la Loi 101. Se pose alors le problème de l’agent « providentiel » saisissant l’opportunité. À vrai dire, une majorité incontestable sans volonté politique est vouée à l’effritement inévitable, comme le montre l’exemple pitoyable de Robert Bourassa. Rappelons-nous. Le premier ministre Bourassa avait bien affirmé alors que le Québec était à jamais une société distincte, mais cette déclaration pompeuse malheureusement n’est guère allée au-delà du simple effet de surface. Elle attend toujours d’être traduite dans une constitution. Si un tel consensus revient, il faut souhaiter en tout cas que le Québec soit dirigé par un leader capable de passer d’une logique de négociation à une logique de résolution de conflit par temps de crise.
Plus on analyse le texte de Claude Morin, plus on en vient à la conclusion qu’au fond il a plus peur de la réussite que de l’échec. N’affirme-t-il pas que le risque est grand « que le public réagisse contre la politique du fait accompli en rejetant la constitution proposée » ? Il est à craindre en tout cas que Claude Morin confonde ici tout simplement fait accompli et efficacité. Comme l’exemple de Pierre Elliott-Trudeau le montre à l’envi, par souci de transparence les politiciens n’ont pas à montrer toutes les cartes dont ils disposent. Tel est le jeu de la démocratie parlementaire. On pourrait aussi méditer à ce chapitre sur le retour du général de Gaule en juin 1958. Ne jouissant pas d’une position d’autorité, il a eu la prudence d’abord de naviguer entre des forces contraires avant de décider, l’automne venu, de faire connaître son projet de renforcement de la présidence par voie référendaire. Partant de rien dans les sondages, il est parvenu en trois mois à « soutirer » 80 % des voix, ce qui, on en conviendra, n’est pas mal du tout. S’il avait exigé « au préalable », comme condition de son retour, un renforcement de la présidence et l’appui « incontestable » d’une majorité de Français, jamais il n’aurait pu entrer en fonction. Il serait resté sur la touche avec ses bonnes idées. La leçon vaut d’être retenue : lors d’un plébiscite, dont la tenue doit être laissée à la discrétion du chef, il est souhaitable de voter sur des réalisations effectives plutôt que sur un paquet de bonnes intentions. Jacques Parizeau, au reste, suggère à bon droit que le délai entre l’élection du parti et le référendum sur la Constitution devrait même être assez court. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud.
L’argument du déficit démocratique avancé par Claude Morin et repris par l’éditeur en chef de La Presse repose sur la perception largement entretenue dans les médias que le projet doit dès le départ obtenir un large consensus dans la population. Cet argument est nul dans la mesure justement où, dans les démocraties, sans tenir compte du taux de participation déclinant, la plupart sinon tous les partis politiques, bien qu’ils gouvernent au nom de la « majorité », ne recueillent jamais 50 % du vote aux élections. Exiger que le PQ, lui, se fasse élire avec 50 % + 1 est une aberration à laquelle plusieurs membres vertueux s’accrochent. Comme nous le rappelle l’exemple désastreux de René Lévesque dans ses tentatives désespérées d’alliance avec les premiers ministres des provinces après le référendum de 1980, l’idée d’une caution référendaire inaugurale s’avère catastrophique au plan de la stratégie. Car, face à l’impasse éventuelle des négociations, le gouvernement doit avoir un plan de rechange. Or, il ne semble pas que le premier ministre d’alors ait jamais envisagé une telle possibilité. On salue en lui un démocrate au dessus de tout soupçon, quand il s’agit en fait d’un piètre stratège qui aura eu le défaut de croire jusqu’au bout qu’il était possible de réformer le fédéralisme sur des bases vraiment démocratiques en comptant sur la bonne foi de ses adversaires. La nécessité démocratique et le souci de transparence ne dispensent pas, à vrai dire, du sens de l’initiative en cas d’impasse.
Fait significatif, la proposition que soutient Jacques Parizeau a pour effet central, advenant une victoire du PQ, de doter l’Assemblée nationale du pouvoir souverain de décider de son statut. Comme il le remarque : « le Québec était entré dans la Confédération canadienne sur un vote de ses députés, en dépit des demandes de référendums. Il en sortirait de la même façon. » Voilà le fait décisif. L’arrière-plan historique de ce point de vue n’est pas du tout négligeable. Il nous ramène en fait au cœur même de la problématique Québec/Canada. Les Patriotes du Haut et du Bas-Canada se sont battus justement en vue de secouer le joug de la tutelle britannique en dotant l’assemblée élective du pouvoir souverain de décider dans tous les secteurs d’activité d’un gouvernement responsable. C’est là le point névralgique sur lequel se sont heurtés les partis en présence. Pour les Loyaux de l’époque, il était inacceptable d’accorder à une Assemblée dominée par les Canadiens-français le pouvoir souverain. Comme l’a bien vu Durham, on sait aujourd’hui qu’en novembre 1837, moyennant le « coup de force » des têtes dirigeantes du parti tory contre l’attentisme du gouverneur Gosford, la crise parlementaire a basculé dans un conflit armé. Comme le rappelait un journal anglais de l’époque, « silent leges inter arma » : « les lois se taisent au milieu des armes ». Les radicaux ayant été écartés, la victoire subséquente des troupes britanniques a été entérinée par l’Acte d’Union de 1840 et le renforcement de l’appareil répressif d’État, pavant le chemin à l’Acte constitutionnel de 1867. Les baïonnettes ont cédé la place alors au mythe émouvant du « pacte » entre partenaires égaux quand on sait très bien que les rapports entre les provinces et le fédéral sont des rapports de subordination. Comme Paul Ricœur nous y invite, on devrait réfléchir un peu plus au fait de retrouver toujours dans le droit un résidu de violence. C’est contre cette injustice au fond que s’inscrit la démarche souverainiste. Pas besoin de tirer la logique par les cheveux : le lien avec le cul-de-sac actuel s’établit de lui-même. Il est tout aussi inacceptable aux tenants du fédéralisme centralisateur qu’aux Loyaux de l’époque des Rébellions de concéder quoi que ce soit aux revendications du Québec. Les règles du jeu instituées par la Confédération de 1867 (principalement en ce qui touche le pouvoir de taxation et les droits résiduaires) a consacré la mise en tutelle du Québec dans des domaines vitaux. Le paternalisme institutionnalisé d’Ottawa dans les affaires internationales et le domaine de la péréquation est là pour nous le rappeler.
Ceci étant dit, il faut une bonne part de naïveté pour se demander, à l’instar de Jean-François Lisée (La Presse, 26 août), « en quoi cette stratégie [proposée par Jacques Parizeau] conduit-elle le gouvernement canadien à accepter le verdict québécois ». Réponse : quels que soient les critères retenus par les stratèges péquistes, Ottawa n’acceptera jamais de céder quoi que ce soit d’essentiel. Il faut arrêter Monsieur Lisée semble affecté lui aussi de ce qu’on pourrait appeler « la pathologie de la reconnaissance » dont semblent affligés ceux-là même qui devraient nous en affranchir. Est-ce que l’on croit sérieusement que l’indépendance va nous tomber toute cuite dans le bec parce que nous sommes de vertueux démocrates ? Si nous voulons l’indépendance, va falloir aller la chercher nous-mêmes. Pour paraphraser le mot célèbre de Kant, l’indépendance, c’est la sortie de l’état de tutelle dont nous sommes nous-mêmes responsables. Attendre du vis-à-vis fédéral bonne foi et compréhension relève de l’angélisme pur et simple. C’est comme si devant la nécessité d’une rupture, un des partenaires du couple essayait de maintenir à tout prix des liens avec l’autre. Ou comme si à la fin d’un match de hockey chaudement disputé, l’égalité persistant, une des deux équipes attendaient que l’autre lui cède la victoire. Que l’on songe à l’exemple de la révolution américaine. De la Déclaration d’indépendance de 1776 à la « reconnaissance » effective par la partie adverse, il aura fallu attendre six ans. C’est seulement au bout de ce long processus qu’on pourra reprendre le dialogue avec nos partenaires fédéraux et envisager, à travers une authentique reconnaissance mutuelle (cf., Charles Taylor, 1992, « The Politics of Recognition »), « l’être-ensemble » auquel nous destine la géographie. Sinon, aussi bien faire le deuil tout de suite de l’idée de l’indépendance.
Finalement, on devrait peut-être miser un peu plus sur ce fait paradoxal : depuis l’échec du lac Meech (1990), les défenseurs du fédéralisme renouvelé au Québec et les tenants de l’indépendance logent, au fond, à la même enseigne. On pourrait ainsi songer à une stratégie consensuelle fondée, dans un premier temps, sur la réforme à l’intérieur du système actuel sur une base égalitaire à laquelle s’ajouterait, en cas d’échec, la rupture du lien avec le régime fédéral. Comme le dit le proverbe : where there’s a will, there’s a way.
«Si les médias ne parviennent pas à éviter de telles aberrations, leur crédibilité continuera de s’effriter. Déjà, plusieurs sondages indiquent que les citoyens font de moins en moins confiance aux journalistes… Sans un quatrième pouvoir solide, les manipulateurs ont la voie libre. » (Pratte, Grands médias, grosses gaffes, La Presse, 25.09.04)

TRIBUNE LIBRE
Les errances de l'Ordre national du Québec
Laure Gardenelle
TRIBUNE LIBRE 1er octobre 2004
Re : « Un homme
en furax... » :
http://www.ledevoir.com/dossiers/304/65015.html?304
(www.mce.gouv.Qc.ca/g/html/onq/
et/ou Ordre-national@mce.gouv.Qc.ca)
J'ai été également
indignée par les nominations au «temple de la renommée civique» de ces Serge
Joyal, de ces Serge Savard et de ces Gil Rémillard.*
Si le premier
fossoyeur du Québec venu peut se voir ainsi «sacré» Chevalier, Officier
ou Grand Officier de cette «confrérie», quelles peuvent bien être
désormais, je vous le demande, la signification et la pertinence de cet
Ordre?
Encore tout récemment, Serge Joyal en personne s'inquiétait «pour
l'avenir du Canada» consécutivement à l'entente "administrative" sur la santé
entre le Québec et le gouvernement d'Ottawa. Ainsi donc, pour le
Québécois Joyal, un Québec qui respire une fugace bouffée d'oxygène aux
quinze ans (avant de retourner en apnée pour un autre quinze ans: la noyade
finira bien par survenir à la fin, on peut l'espérer), c'est encore trop. Car
c'est le Canada tout entier qui alors développe de l'urticaire. Plus trudeauiste
que «ça», on se prénomme Elliott.
Avec des Québécois de cette trempe,
très officiellement reconnus par la prestigieuse Société, il ne manque plus
qu'Alain Dubuc, Alfonso Gagliano et André Ouellet** dans l'aréopage pour
compléter le tableau.
Je ne tiens pas à me prolonger sur les collègues de
M. Serge Joyal. Il suffit de consulter les textes proposés par M. Gélinas pour
nourrir la réflexion.
Institution qui jusque-là distillait une
authentique fierté citoyenne chez moi, l'Ordre national du Québec a
décidément erré dans sa «récolte» de 2004.
Laure
Gardenelle
citoyenne québécoise
1er octobre 2004
* Il est vrai que ce dernier, contrairement aux précédents, ne s'est tout
de même pas construit une «carrière politique» en cassant des pierres sur le
Québec, mais reste qu'il a lamentablement failli dans sa tâche de la défense des
intérêts supérieurs du Québec en avalisant «au nom du peuple québécois» - tel un
vaincu lavé comme un os décharné - la répugnante entente de Charlottetown, en
1992 (qui d'ailleurs fut à raison repoussée par référendum aussi bien par
l'électorat québécois que par celui du Rest of Canada). Si c'est «ça» un
héros du Québec contemporain, eh bien aux prochaines collations des insignes je
proposerai deux ou trois des héroïnes de bande dessinée de ma fille. Au moins,
on s'esclaffera de bon coeur.
**
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-17.html#tljlg
