
Le courage de changer
- Un projet de pays pour le Québec
François Legault :
Député de Rousseau et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'économie et de finances
Le Devoir mardi 12 octobre 2004
Le Parti québécois doit avoir le courage de changer. Le courage de faire un bilan lucide de ses années au pouvoir et de reconnaître qu'il a sa part de responsabilité dans la désaffection du citoyen envers la politique québécoise. Le courage de revoir sa façon de gouverner et de repenser la manière dont il présente son option.
Dans ce texte, j'expose ma vision sur la modernisation du Parti Québécois et résume les orientations qu'il devrait, selon moi, adopter lors du Congrès national qui aura lieu en juin 2005. Une présentation plus complète est disponible à l'adresse Internet www.francoislegault.org.
Je souhaite que notre parti emprunte la voie du renouveau en se montrant sensible au malaise démocratique qui sévit au Québec et en tentant de répondre aux frustrations qui l'alimentent. Nous devons, pour cela, reconnaître nos erreurs et faire les changements nécessaires pour convaincre les Québécoises et les Québécois que nous sommes capables de mieux gouverner. Il faut aussi leur proposer un projet de pays concret, crédible et emballant, celui d'un Québec souverain qui donnerait enfin à l'éducation la place qu'elle devrait avoir au Québec.
Un bilan lucide
Il ne faut pas sous-estimer l'ampleur de la défaite du Parti québécois en 2003. En termes d'appui populaire, cet échec marque un retour en arrière de 30 ans. La moindre des choses serait de nous demander pourquoi nous avons subi un tel recul.
Dans l'opposition depuis plus d'un an, le Parti québécois a amorcé, mais n'a pas poussé jusqu'au bout, son examen de conscience. Nous devons essayer de mieux comprendre ce que les Québécoises et les Québécois ont cherché à nous dire l'an dernier. Cet exercice n'ira pas sans tiraillements et heurtera sans doute celles et ceux qui croient que le Parti québécois n'a plus à convaincre personne de sa capacité à bien gouverner.
Il est vrai que de grands progrès ont été accomplis grâce à l'action du gouvernement du Parti québécois. Mais il n'est pas moins vrai que des erreurs ont été commises, notamment dans la gestion du système de santé avec les mises à la retraite prématurée d'infirmières et de médecins. Il faut examiner notre bilan avec lucidité, non pas pour faire table rase du passé, mais pour mettre des moyens plus efficaces au service de nos idéaux progressistes.
Un malaise démocratique
Une sorte de malaise démocratique sévit au Québec en ce moment. Les citoyennes et les citoyens ont le sentiment de ne pas en avoir pour leur argent, d'être peu écoutés et de ne pas pouvoir faire confiance à une classe politique qui semble incapable de lui proposer un projet collectif stimulant.
Un coup de barre s'impose si nous voulons atténuer les frustrations qui alimentent le cynisme de la population envers la politique. Le Parti québécois doit se donner des principes de gestion encore plus rigoureux et présenter ses prochains engagements électoraux comme un contrat moral qu'il respectera scrupuleusement. Il doit aussi se rapprocher des gens, mieux écouter et mieux comprendre leurs besoins et leurs préoccupations, et non essayer de décider à leur place ce qui est bon pour eux.
À partir de ce dialogue, il faut proposer aux Québécoises et aux Québécois un projet qui rejoint leurs aspirations. Une vision du Québec de demain qui explique comment nous souhaitons relever les défis d'aujourd'hui, et qui prend la forme d'un projet collectif crédible, concret et emballant. Un projet qui puisse redonner aux citoyennes et aux citoyens, en particulier les jeunes, le goût de l'engagement politique dans le Québec d'aujourd'hui.
Les défis de la modernisation
Durant la Saison des idées au Parti québécois, nous nous sommes surtout parlé entre nous. Nous devons maintenant nous ouvrir à la population, être à l'écoute de ses besoins et de ses préoccupations. On attend du Parti québécois, à juste titre, qu'il revoie ses orientations et qu'il formule des idées nouvelles. Il faut maintenant répondre aux attentes.
Le Parti québécois doit se moderniser s'il veut éviter de subir le sort réservé à ceux qui font la sourde oreille aux messages des électeurs, comme les travaillistes britanniques, qui sont restés 18 ans dans l'opposition avant l'élection de Tony Blair en 1997, et les démocrates américains, qui ont été chassés de la Maison-Blanche pendant douze ans avant l'élection de Bill Clinton en 1992.
Pour regagner la confiance de la population et la réconcilier avec la politique, le Parti québécois devra relever trois défis en montrant qu'il est capable: - de gouverner avec plus d'efficacité et de transparence; - de mobiliser les Québécoises et les Québécois autour d'un projet de pays emballant et concret; - de se renouveler en redevenant un parti d'idées, ouvert à la jeunesse et à la diversité québécoise.
Un gouvernement efficace et près des gens
Le premier défi consiste à démontrer qu'un gouvernement progressiste, qui a le coeur à la bonne place, peut aussi être efficace. Je suis d'avis qu'une efficacité accrue passe par l'évaluation systématique de la qualité des services publics et par une décentralisation de leur gestion assortie de l'obligation, pour tous les établissements publics, de rendre compte de façon transparente de leur utilisation des fonds publics.
L'efficacité n'est pas une fin en soi. C'est une question de simple respect envers les contribuables. Mais c'est aussi la meilleure façon de servir les idéaux qui nous sont chers. Plus d'efficacité permet plus de solidarité et une plus grande équité entre les générations.
Un projet de pays concret et emballant
Le deuxième défi consiste à démontrer que le Québec pourrait faire mieux en contrôlant 100 % de ses impôts et en faisant ses propres choix. Dans la situation actuelle, la santé, même sous-financée, accapare toutes les marges de manoeuvre du Québec et étouffe les autres priorités, dont l'éducation. En mettant fin au déséquilibre fiscal, en éliminant les dédoublements entre les gouvernements du Québec et d'Ottawa et en faisant de meilleurs choix, nous pourrions dégager d'importantes marges de manoeuvre pour mieux financer nos services publics.
Il reviendrait alors à la population de décider comment investir ces nouvelles ressources en dessinant les contours d'un projet de pays, celui d'un Québec souverain.
Je souhaite pour ma part que l'éducation soit au coeur de ce projet de pays. L'éducation, qui est la clé de notre avenir, est actuellement négligée. La seule façon d'en faire une grande priorité nationale tout en finançant adéquatement la santé, c'est de rapatrier nos impôts et de faire nos propres choix. En bref, c'est de devenir souverain.
Un parti ouvert et renouvelé
Notre troisième défi, celui du renouvellement, nous commande de miser sur l'avenir. Et l'avenir, c'est la jeunesse, qui doit retrouver toute sa place au sein du Parti québécois. Le message de nos jeunes «mousquetaires», Alexandre Bourdeau, Stephan Tremblay et Jonathan Valois, doit être entendu. C'est en contribuant à l'élaboration d'un projet de pays dans lequel elle se reconnaît que la jeunesse du Québec se mobilisera de nouveau pour la souveraineté.
Le renouvellement du parti passe aussi par une plus grande ouverture aux membres des communautés culturelles. Nous devons leur donner toute la place qui leur revient afin qu'ils enrichissent davantage la vie de notre parti et qu'ils contribuent pleinement à notre projet de pays.
Les Québécoises et les Québécois s'attendent à ce que nous fassions un sérieux examen de conscience et que nous revenions avec de nouvelles idées, de nouvelles propositions. Notre capital de sympathie dans la population n'est pas épuisé, mais il apparaît désormais insuffisant. C'est un capital à regagner. Il nous faut mériter notre retour au pouvoir. Il nous faut repenser nos politiques pour offrir aux Québécoises et aux Québécois un gouvernement plus efficace et plus près des gens, un projet de pays crédible, concret et emballant, et un parti moderne, ouvert et accueillant. En ce sens, le temps des choix devra être celui du changement. Le Parti québécois doit changer. Il doit vraiment changer.

Legault exige un mea-culpa du PQ
Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 12 octobre 2004
Un «examen de conscience» s'impose avant le vote de confiance, dit le député
Québec - À la faveur de la Saison des idées, François Legault exige que Parti québécois fasse son mea-culpa en reconnaissant les erreurs du gouvernement péquiste, ce que le chef de la formation politique, Bernard Landry, a toujours refusé de faire.
Dans un texte de 25 pages intitulé Le Courage de changer, qu'il rend public aujourd'hui en prévision du conseil national du PQ de la fin de la semaine prochaine, François Legault appelle à la modernisation du Parti québécois, un exercice qui doit être précédé par «sérieux examen de conscience» pour mieux comprendre ce que les Québécois «ont cherché à nous dire l'an dernier». Le député de Rousseau a aussi envoyé une lettre ouverte aux journaux.
Le PQ n'a pas le choix, estime François Legault, «sinon il risque encore une fois d'échouer et, éventuellement, ayant perdu sa raison d'être, de disparaître».
Cet examen de conscience est essentiel. «C'est important de le faire pour être crédible dans les changements qu'on propose», a souligné M. Legault dans un entretien avec Le Devoir. «Il ne faut pas que ce soit associé à un individu», donc à Bernard Landry, a-t-il toutefois tenu à préciser.
Parmi les erreurs que les péquistes doivent reconnaître, il relève la mise à la retraite des médecins et des infirmières, une décision que le gouvernement Bouchard a prise afin d'atteindre le déficit zéro. Il dénonce les excès de la politique économique du PQ (dont Bernard Landry est le principal artisan). «Les sommes investies n'ont pas toujours été proportionnelles au nombre d'emplois créés, et le partage des risques avec le secteur privé aurait pu être plus équilibré», écrit-il. Comme son ex-collègue Joseph Facal, il estime aussi que le gouvernement péquiste n'a pas déployé d'efforts suffisants pour moderniser l'État. De plus, la gestion et l'organisation des réseaux publics, notamment en santé et en éducation, sont «déficientes».
Le député de Rousseau juge que la Saison des idées, telle qu'elle se déploie depuis un an, escamote les débats. Il croit que les rapports des chantiers de la Saison des idées n'allaient pas assez loin. «J'ai une crainte qu'on ne fasse pas les vrais débats», a-t-il dit.
Contrairement à Pauline Marois qui a réclamé une course au leadership, François Legault est prêt à se rallier à Bernard Landry en vue du vote de confiance du Congrès du printemps 2005 dans la mesure où il réussira à convaincre le chef. «On verra. Je veux travailler positivement à ce qu'on convainque M. Landry d'adhérer à plusieurs de ces idées-là. Je ne veux pas évoquer d'autres choses», a-t-il dit. À l'issue de ce vote de confiance, M. Landry pourrait mal paraître si les partisans de M. Legault décidaient de le bouder comme devraient le faire ceux de Mme Marois.
En vue du congrès, François Legault fera «la course aux délégués», selon son expression. Le député fera une tournée du Québec afin de rallier le plus de militants possible. «Je vais tout faire pour me battre pour [faire] passer ces idées-là», a-t-il expliqué.
Dans son texte, François Legault revient sur son idée de proposer «un projet de pays concret et emballant» à la population lors de la prochaine élection. Il ajoute maintenant que l'éducation sera au coeur de ce projet de pays. Le PQ doit également s'engager à tenir un référendum au début de son prochain mandat.
Comme «le Québec est ingouvernable» dans le cadre fédéral actuel, il ne faut pas, à l'instar des autres partis, proposer un programme de province. «Ce qu'on a de plus original à proposer et de plus fort, c'est d'avoir un programme de pays. Contrairement au Parti libéral et à l'ADQ, nous, on ne se contente pas de faire un programme avec 50 % de nos revenus et 50 % de nos pouvoirs», estime le député.
Dans un entretien accordé au Devoir au début du mois, Bernard Landry s'était montré ouvert à l'idée de définir, lors d'un prochain scrutin, «le dessin d'un Québec souverain». Pour M. Legault, c'est loin d'être suffisant. «Il faut que ce soit le principal objet de la prochaine campagne électorale pour le Parti québécois. Donc, c'est encore plus gros que de dire : "j'accepte qu'on fasse un peu le dessin".»
Pour nombre de députés péquistes toutefois, le Parti doit gagner les élections avec la plus grande marge possible et, pour cela, il doit jouer sur plusieurs tableaux. Lors de la dernière campagne, M. Landry n'a pas hésité à tenter de séduire les électeurs fédéralistes. De son côté, Pauline Marois entend proposer aux Québécois un programme de gouvernement au sein de la fédération actuelle quitte à cheminer par la suite vers la souveraineté. «Je ne suis pas d'accord», a dit M. Legault. Le PQ ne doit pas accepter de se battre sur le même terrain que les autres partis. Il doit plutôt «confronter le projet de pays avec leurs programmes de province».

Legault pourra-t-il régler l’Affaire Michaud?
François Gauthier
Président de Solidarité Yves Michaud
Communiqué de presse mardi 12 octobre 2004
Montréal, le 12 octobre 2004 - Solidarité Yves Michaud, organisme à but non lucratif voué à la défense de la liberté d’expression, rappelle que dans le « malaise démocratique » auquel se réfère François Legault il y a aussi l’affaire du vote de blâme contre Yves Michaud.
Dans son texte publié aujourd’hui, Monsieur Legault rappelle que le Parti québécois « a sa part de responsabilité dans la désaffection du citoyen envers la politique québécoise ». Il dit : « Je souhaite que notre parti emprunte la voie du renouveau en se montrant sensible au malaise démocratique qui sévit au Québec et en tentant de répondre aux frustrations qui l’alimentent. »
Monsieur Legault ajoute avec raison que « Les Québécoises et Québécois s’attendent à ce que nous fassions un sérieux examen de conscience … ».
Définitivement le Parti québécois a fait des erreurs honteuses dont plusieurs souhaiteraient ne jamais entendre parler. La honte, malheureusement, est souvent mauvaise conseillère car elle a pour effet non seulement l’inaction et le refus de reconnaître ses erreurs mais elle a aussi pour effet le refus de la réparation.
Solidarité Yves Michaud rappelle à la mémoire de tous que, vérification faite, Yves Michaud n’a pas tenu de « propos inacceptables à l’égard des communautés ethniques et, en particulier, à l’égard de la communauté juive » devant la Commission des États généraux sur la langue française comme cela fut dit à l’Assemblée nationale. Le vote de blâme n’avait donc pas de raison d’être. Malgré cette bavure honteuse les gouvernements successifs du Parti québécois n’ont pas su faire réparation. Nous saluons le courage de François Legault qui tente d’insuffler dans ce parti une éthique qui soit plus respectueuse des citoyens. Nous profitons donc de l’occasion pour l’inviter à rappeler à son parti que l’Affaire Michaud ne disparaîtra pas par magie; elle disparaîtra lorsque le caucus des députés reconnaîtra publiquement avoir fait une bavure.

Le Parti québécois, un fond d'écran sans icônes?
Jean Bourbeau
Le Devoir mardi 12 octobre 2004
Lettres: Drummondville, 5 octobre 2004
Il y a longtemps que je suis souverainiste. J'étais membre du R.I.N., avec Pierre Bourgault, le pédagogue libre. J'ai cru au Parti québécois avec René Lévesque, le visionnaire, et Lucien Bouchard, le souverainiste pragmatique. À ce moment-là, le parti et son chef avaient une vision du Québec indépendant et un projet emballant à offrir aux Québécois: promotion de la langue française; affirmation et mondialisation de notre culture québécoise; création d'une force économique en exploitant l'intelligence et les talents du peuple québécois.
Mais, maintenant, le parti semble davantage préoccupé par la date et les conditions gagnantes d'un référendum. Le Parti québécois a-t-il un projet à nous offrir pour un Québec souverain? Avec un Québec souverain, nous rapatrierons du gouvernement central des pouvoirs et nos impôts, alors que nous propose-t-il pour améliorer la qualité de vie des Québécois?
Quel est son projet en ce qui a trait à la santé et à l'éducation? Quelle est sa position sur l'euthanasie pour des hommes et des femmes qui n'ont plus aucune qualité de vie? Quel sera le rôle d'un CRTC québécois? Sur sa table à dessin se trouve-t-il des moyens efficaces et mesurables pour diminuer la violence verbale et physique, le taux de suicide chez les jeunes et améliorer le sort des aînés dans notre société?
Le premier budget d'un Québec souverain sera ventilé à partir de quelles priorités en ce qui a trait à l'économie, à la santé, à l'éducation, à la pauvreté et à la culture? Le Québec connaîtra-t-il un État providence ou un partenariat public-privé? Au nom de la démocratie, acceptera-t-il la représentation proportionnelle? Les municipalités demeureront-elles une créature du gouvernement ou deviendront-elles des gouvernements régionaux?
Aux dernières élections, le Parti québécois se souvient-il qu'il a récolté seulement 33 % du vote québécois? À la prochaine élection, j'ose espérer que vous ne nous demanderez pas de voter pour un Québec souverain, en nous disant simplement «Vive le Québec souverain» ou «notre chef est le meilleur».

La petite histoire des forums
Mylène Moisan
Le Soleil samedi 9 octobre 2004
Huit mois que le premier ministre Jean Charest a lancé l'idée des forums. C'était un dimanche de février. Personne ne l'avait vu venir avec ça, surtout qu'une proposition en ce sens avait été battue la veille...
La petite histoire de la naissance des forums en dit long sur la situation dans laquelle se trouvait le gouvernement quand ils ont été lancés. Le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement ne cessait de piquer. Les projets de loi adoptés sous le bâillon juste avant les Fêtes laissaient l'impression que le gouvernement allait trop vite, sans trop savoir où. M. Charest avait beau répéter qu'il avait eu un mandat clair de la population et bien écouté les Québécois, le message ne passait pas.
Le samedi 7 février, les quelques centaines de délégués réunis faisaient modifier une proposition de la Commission jeunesse du Parti libéral, qui souhaitait que "le gouvernement mette sur pied un forum sur la modernisation de l'État où seront invités les citoyens et les groupes d'intérêt pour être mis au courant des changement et où ils pourront exprimer leur opinion".
L'assemblée, de peur de voir l'événement noyauté par les syndicats, avait fait sauter l'allusion au forum et préféré une proposition à l'effet que le gouvernement explique ce qu'il avait en tête par l'entremise "d'adresses à la population". Vingt-quatre heures plus tard, le premier ministre clôturait l'événement en annonçant la tenue de quatre forums régionaux, quelque part au printemps, suivis d'une grand-messe provinciale, qui n'avait pas de nom. "Donnez-lui le nom que vous voulez", avait dit M. Charest, en point de presse, aux journalistes qui étaient restés sur leur faim.
Bizarrement, le bureau du premier ministre n'avait pas de communiqué de presse pour annoncer la chose. Après avoir proposé de distribuer des photocopies du passage du discours de M. Charest à propos des forums, les scribes avaient reçu une feuille sans entête gouvernementale, avec les thèmes des quatre rendez-vous prévus écrits à la hâte. Aucun détail sur l'échéancier, sur les villes qui accueilleraient les forums, ni sur les participants attendus. De quatre, les forums régionaux sont passés à 19, puis à 20, le gouvernement ayant scindé celui du Nord en deux.
Il y a deux semaines, les journalistes ont été conviés à un briefing technique sur ce qui s'appelait encore le forum national. Depuis, l'événement a été baptisé Forum des générations et les discussions à huis clos, prévues pour la majorité des échanges, ont été pratiquement éliminées de l'horaire.
MMoisan@lesoleil.com

Forum des générations: le plat de résistance servi au printemps 2005
Denis Lessard
La Presse mardi 12 octobre 2004
Québec - Des comités pour faire des propositions concrètes le printemps prochain, et une porte grande ouverte pour renoncer aux baisses d'impôts: une opération totalement improvisée lancée en début d'année sera conclue cette semaine.
Depuis le printemps dernier, tous les week-ends, la ministre Line Beauchamp et Pierre Shedleur, vice-président de Bell Canada, ont entendu plus de 2500 groupes ou individus dans toutes les régions, sur les problèmes démographiques, la précarité des finances publiques et les coûts de la santé.
L'opération consultation lancée par le gouvernement libéral, qui était alors en chute libre dans les sondages, constitue cette semaine un passage délicat pour le premier ministre Jean Charest.
Le plan initial du gouvernement se retrouvera dans les solutions proposées le printemps prochain, mais on ne pourra plus accuser Québec d'avoir fait la sourde oreille aux doléances de la population, explique-t-on. Dans la série d'entrevues données la semaine dernière pour préparer le forum, la coprésidente, Line Beauchamp, soulignait que l'événement servirait " à nommer certaines actions que nous on a déjà nommées, mises en place, et à les moduler aux besoins ".
Pendant trois jours, jusqu'à jeudi, une centaine de leaders de la société québécoise seront réunis pour discuter de propositions que Québec a déjà dans ses cartons: la formation de groupes de travail sur la démographie, les finances publiques, la santé et l'éducation, qui auront le mandat de proposer dès le printemps 2005, des solutions pointues aux problèmes identifiés.
Le mandat des quatre ou cinq comités qui seront lancés cette semaine est inscrit en toutes lettres dans le programme destiné aux participants.
En une page, on demande aux groupes de s'interroger sur l'impact de la démographie sur leur organisation, la répartition des immigrants en région et le maintien d'une main-d'oeuvre qualifiée partout au Québec. On demande aussi une réflexion sur la place des aînés, ouvrant la voie à la retraite progressive.
On demande aussi une réflexion sur la pérennité des services publics face aux pressions des coûts en santé, une porte ouverte à la création d'une caisse santé. Puis, pour rouvrir en douce la discussion sur le rôle des cégeps, le gouvernement évoque " une meilleure complémentarité des trois réseaux de l'éducation " pour que des points de service restent ouverts partout en région. Autre engagement, pris celui-là il y a deux semaines auprès des conseils régionaux des élus: Québec mettra en place un autre comité, avec la Table Québec-municipalités pour identifier les responsabilités qui pourront être transférées aux élus municipaux- et les sources du financement nécessaire.
Certaines décisions auront des conséquences plus immédiates, mais elles auront l'air de hors-d'oeuvre par rapport au menu du printemps prochain. Québec établira que les bâtiments scolaires dans des régions dépeuplées deviendront " des milieux de vie " et auront une vocation communautaire. Autre décision annoncée par M. Charest, l'accent nouveau mis sur la prévention, en santé notamment. Des campagnes de sensibilisation plus fréquentes et musclées sont au menu.
Encore hier, Pierre Shedleur, le coprésident du forum des générations, multipliait les coups de téléphone pour en arriver à un consensus entre les ténors syndicaux, ceux des milieux financiers et les patrons. En fin de journée hier, plusieurs sources au sein du cercle restreint du " comité consultatif " prédisaient qu'il y aurait " un consensus mais pas d'unanimité " sur l'opportunité pour le gouvernement de renoncer à la promesse d'une réduction annuelle de 1 milliard des impôts.
De Henri Massé (FTQ) à l'économiste Pierre Fortin, en passant par Jacques Ménard, de la Banque de Montréal, tout le monde s'entend pour affirmer que, compte tenu de l'état précaire des finances publiques, les baisses d'impôts promises ne sont pas souhaitables.
La semaine dernière le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, semblait tout fin seul à réclamer le maintien de l'engagement sur les baisses d'impôts, mais d'autres ténors des affaires l'avaient rejoint dans les dernières heures. Les conclusions du groupe de réflexion, que doit lire publiquement Pierre Shedleur aujourd'hui, ne seront définitives que ce matin.

Le Forum des générations ne doit pas servir de table de négociations, prévient la CSN
François Desjardins
Le Devoir mardi 12 octobre 2004
Les syndiqués du secteur public ne modéreront pas leurs revendications pour permettre au gouvernement Charest de réduire les impôts
Le Forum des générations, mis sur pied par le gouvernement Charest pour discuter des changements démographiques et des finances de la province, débute aujourd'hui sur fond de manifestation, mais, déjà hier, la CSN exhortait Québec à ne pas faire de ce rendez-vous de trois jours une «table de négociations du secteur public».
En fait, a estimé la présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Claudette Carbonneau, qui boycotte le Forum en disant déplorer un manque de clarté dans les objectifs recherchés, Québec devrait plutôt profiter des prochains jours pour laisser tomber son projet de réductions d'impôts d'environ un milliard.
«Il apparaît totalement irréaliste et incohérent de procéder à des baisses d'impôts alors que les besoins de la population sont criants, dans la santé et dans d'autres missions de l'État», a dit Mme Carbonneau. «Le gouvernement Charest tente de laisser miroiter des baisses d'impôts tout en se rabattant sur des tarifications, comme pour les garderies, les médicaments, le transport en commun et l'électricité.»
Le projet de baisses d'impôts pourrait même affaiblir la position du Québec à la conférence fédérale-provinciale du 26 octobre, a-t-elle dit, car Ottawa serait moins enclin à augmenter les paiements de péréquation si Québec s'estimait en position de réduire ses impôts.
La CSN dit toutefois ne pas fermer complètement la porte à des hausses de prélèvements, pour financer la santé par exemple, mais que cela ne pourrait se faire qu'à certaines conditions et en essayant de «donner accès, à tous, à des services de qualité qui freinent l'érosion et le glissement vers un système à deux vitesses».
Secteur public
Mme Carbonneau a par ailleurs vivement réagi aux propos de la ministre de la Culture, Line Beauchamp, publiés vendredi. Cette dernière, coprésidente du Forum, avait indiqué au Devoir que le gouvernement avait en effet des responsabilités, mais que les participants à la réunion devraient quant à eux s'engager à «poser des gestes» pour réduire la pression sur les finances publiques.
«Elle fait référence aux négociations du secteur public. C'est sa façon de dire, implicitement, que les salariés devraient modérer leurs revendications [...] Or le secteur public accuse un retard de près de 10 % par rapport aux autres travailleurs québécois», a affirmé Mme Carbonneau. Les secteurs public et parapublic, dont les conventions ont pris fin le 30 juin 2003, demandaient l'hiver dernier des augmentations salariales de 12,5 % sur trois ans.
La CSN n'est pas la seule organisation à boycotter le Forum à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ayant fait la même chose en disant y voir un exercice de relations publiques. La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a toutefois confirmé sa participation.
Quel que soit leur degré d'implication, les syndicats marcheront d'un même pas lors d'une manifestation cet après-midi en marge du Forum, organisée par le Réseau de Vigilance qui regroupe une soixantaine d'organismes communautaires, syndicaux et d'étudiants.
Le Réseau a d'ailleurs tenu la semaine dernière un «Forum alternatif», duquel s'est dégagé un consensus sur l'opposition aux partenariats public-privé, sur le maintien du réseau collégial public ainsi que sur le retrait du projet de loi sur l'aide sociale.

La CSQ dénonce le ton alarmiste du gouvernement
Guillaume Bourgault-Côté
Le Devoir mardi 12 octobre 2004
Avant même l'ouverture du Forum des générations, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a dénoncé hier le bilan «apocalyptique et alarmiste» que le gouvernement Charest «tentera d'imposer à la population» sur l'état des finances publiques et des changements démographiques. Une vision «noire» qui sert le dessein du gouvernement, estime la centrale, qui ne sera pas des acteurs participant à l'événement.
«On ne dit pas que les finances publiques et la démographie ne doivent pas faire l'objet de préoccupations», explique au téléphone le président de la CSQ, Réjean Parent. Il y a des lumières jaunes à considérer. Mais de là à dire que le Québec est en banqueroute générale, il y a un grand pas qu'on refuse de faire.»
Ainsi, la CSQ analyse que le vieillissement de la population - un phénomène mondial - ne mènera pas automatiquement à une explosion des coûts des services publics de santé et de services sociaux, notamment à cause de l'amélioration notable et continue des conditions de vie. Laisser entendre que les aînés accapareront toutes les ressources de l'État contribue «à créer un climat d'incertitude pour les jeunes [...] et creuse un fossé intergénérationnel», écrit la Centrale.
Côté finances (chômage, croissance du PIB, dette), la Centrale pense aussi que le gouvernement «dramatise à outrance» une situation «loin d'être catastrophique». «Ce n'est pas vrai que le Québec est à la dérive, dit Réjean Parent, mais ça sert les intérêts de ce gouvernement de le laisser croire et de noircir le tableau. Il y a un agenda politique caché derrière ça. Pour justifier son désengagement du bien public et commun, il doit trouver des prétextes. Là, c'est l'état des finances publiques et les changements démographiques [avec ses coûts]. Le gouvernement en met plus qu'il n'en faut pour créer une espèce de psychose dans la population.» La CSQ peste aussi contre la volonté du gouvernement de réduire les impôts. Tout comme la CSN, elle demande au gouvernement de surseoir à cette initiative.

Forum des générations
Les jeunes contre les baisses d'impôts
Michel Corbeil
Le Soleil mardi 12 octobre 2004
Oui, le Québec remporte le championnat nord-américain des impôts les plus élevés. Mais les services que les Québécois en retirent procurent un coût de la vie nettement avantageux par rapport au reste de l'Amérique, en particulier face à notre voisine, l'Ontario.
C'est armée d'une étude sur la fiscalité et les services aux citoyens que la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) s'amène, cet après-midi, au Forum des générations, tenu au cours des trois prochains jours à Saint-Augustin.
Lors de l'événement qui a pour thème central "l'équité intergénérationnelle", la FEUQ plaidera pour que Jean Charest abandonne sa promesse de baisser les impôts d'un milliard $ par an. "Si, en tant que jeunes, nous voulons le maintien des services, la première chose est de ne pas les baisser", a fait valoir le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, pour qui l'équité entre les générations passe notamment par le statu quo fiscal.
L'étude, signée par Frédéric Laurin, un Québécois inscrit au doctorat en économie à l'Université catholique de Louvain, en Belgique, confirme le leitmotiv que sert le premier ministre Charest depuis des années. Les Québécois paient davantage au fisc que partout ailleurs, sauf pour les contribuables les plus pauvres. Mais, affirme le document, il est faux de dire que les entreprises d'ici sont désavantagées. Le taux d'imposition des sociétés - et les coûts de production - est le plus bas en Amérique du Nord.
Le document passe en revue une série de services où l'État est engagé. Santé, frais de scolarité et de garde des enfants, électricité, assurances pour les automobilistes et transport en commun, autant de secteurs où les Québécois paient beaucoup moins qu'aux États-Unis ou même au Canada, soutient l'auteur.
"Au total, conclut-il, nos calculs montrent que le montant total des économies est généralement supérieur à l'écart des impôts. L'efficience des services, leur accessibilité et, dans certains cas, leur universalité sont rendus possibles grâce au taux d'imposition qui est plus élevé au Québec. Si cette situation vient à changer, poursuit-il, les coûts des différents services sociaux viendraient à augmenter, touchant ainsi négativement le revenu disponible des citoyens."
En entrevue, le leader de la FEUQ a soutenu qu'il faut garder en tête le revenu disponible dans les poches du contribuable. "Au Québec, nous ne sommes pas perdants avec le système actuel." Selon lui, les réductions d'impôts sont une fausse solution.
En Ontario, où le gouvernement conservateur de Mike Harris les a mi-ses en application, "cela a provoqué un endettement supplémentaire et des hausses de tarifs" dans plusieurs domaines, a enchaîné le leader dont le groupe exige l'adoption d'un plan de remboursement de la dette publique.
C'est à 15h45 que Jean Charest lancera les travaux du Forum, sur le campus Notre-Dame-de-Foy. Pierre Shedleur, un vice-président chez Bell Canada, recruté pour coprésider les Forums des citoyens qui ont précédé le présent exercice, brossera un portrait du vieillissement de la population et des finances publiques. La ministre Line Beauchamp, qui partageait la présidence avec M. Shedleur, exposera les attentes des citoyens.
Autour de la table, 72 porte-parole prendront place. Parmi eux, des organismes de tous les horizons, de la centrale syndicale FTQ au Conseil du patronat, en passant par les maires de petites et grandes villes et des représentants d'organismes sociaux et communautaires. Lors des échanges, ils auront droit à de courtes interventions, de deux ou trois minutes.
Jean Charest verra 11 de ses ministres participer. Le chef péquiste Bernard Landry et le leader adéquiste Mario Dumont y assisteront.
Au Forum, la contestation des orientations gouvernementales ne proviendra pas uniquement de la FEUQ. Et elle ne se limitera pas non plus aux acteurs qui ont répondu à l'invitation du gouvernement.
Des manifestants sont attendus, aujourd'hui même. Vendredi, les organisateurs prédisaient que quelques milliers de personnes brandiront des pancartes devant le bâtiment où se dérouleront les tractations. Parmi eux, des membres des syndicats de la CSN et de la CSQ, deux centrales qui boycottent le Forum.
Dans la salle, le gouvernement-animateur soumettra des "pistes de réflexion". Certaines portent sur la conciliation travail-famille, l'accueil des immigrants et la qualification de la main-d'oeuvre. D'autres traitent des façons d'assurer la pérennité des services publics en santé ou encore d'améliorer le système d'éducation.
En entrevue, la ministre Beauchamp a plaidé que le but consiste "à voir comment on peut préparer le Québec de demain sans sacrifier personne". Elle a insisté sur ceux qui incarnent la relève au Québec. "Les plus jeunes sont les plus imposés et les plus endettés au Canada. On ne peut leur léguer que cela."
Mme Beauchamp a insisté sur la nécessité que les participants dégagent des consensus pour "préserver les acquis et la pérennité des services". Cela vaut aussi bien pour les soins en santé que pour la "dernière école de village", selon Line Beauchamp.
Les responsables de l'événement sont revenus sur le fait que le Forum se veut "un point de départ" et non pas une ligne d'arrivée. "Un des principes , c'est que rien ne se fait en claquant des doigts, a fait valoir un conseiller politique. On peut l'illustrer avec l'accord récent (dans le domaine de la santé) avec Ottawa."
Données-chocs sur le choc démographique
- Régions : Le déclin de la population se fera sentir de façon inégale. Entre 2001 et 2026, la Gaspésie perdra tout près de 40 % de ses 15 à 64 ans ; la Côte-Nord, plus de 30 % ; la région de Québec, 15 % environ. À l'opposé, les régions de Montréal et des Laurentides augmenteront cette catégorie de population de 10 et 15 %.
- Naissances : Leur nombre a chuté de moitié en 44 ans, de 144 459, en 1959, à 73 600, en 2003. "L'accroissement naturel de la population (le nombre de naissances moins le nombre de décès) est ainsi six fois plus faible", mentionne le cahier du participant au Forum.
- Travailleurs : Entre 2011 et 2051, le bassin de Québécois âgés de 20 à 64 ans "pourrait diminuer de 750 000 individus".
- Retraités : Le Québec "compte cinq travailleurs pour une personne de 65 ans et plus. En 2030, cette proportion sera de deux pour un."
- Santé : "Si la tendance actuelle se maintient", la santé accaparera 85 % des budgets de l'État. Québec y consacre déjà plus de 40 %.
- Finances : La dette du Québec "ne cesse de s'alourdir", les Québécois sont "les plus endettés du Canada" et "la croissance économique sera aussi affectée puisqu'elle est fortement liée aux variations de la population en âge de travailler".
Source: INFOGRAPHIE LE SOLEIL
MCorbeil@lesoleil.com

Les grandes centrales syndicales promettent de manifester
Sara Champagne
La Presse mardi 12 octobre 2004
Si la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont décidé de boycotter le Forum des générations, leur présence n'en demeurera pas moins marquée. Les deux centrales se joindront au Réseau Vigilance, une coalition de 60 organismes, qui promet de manifester à l'ouverture du congrès aujourd'hui, à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec.
Ce forum, dont l'idée a été lancée en février dernier, doit réunir jusqu'à jeudi un peu plus de 50 représentants d'organismes sur le thème des finances publiques et des changements démographiques. Plusieurs organismes ont reçu l'invitation à ce forum à la dernière minute, dont la Fédération des femmes du Québec, qui a tout de même accepté d'y participer.
Opération de relations publiques
Selon la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, ce Forum est tronqué et n'est en réalité qu'une vaste opération de relations publiques pour le parti libéral.
Hier matin, la présidente a redemandé au premier ministre du Québec, Jean Charest, de renoncer à sa promesse de réduire les impôts et de consacrer plus d'argent à la santé, à l'éducation et à la lutte contre la pauvreté.
Pour sa part, le président de la CSQ, Réjean Parent, ne voit dans ce forum que l'occasion pour le gouvernement de se justifier pour privatiser les services publics. " La structure de ce forum ne se prête aucunement au dialogue. Nous disons non à un pareil cirque ", a lancé M. Parent. Près de 500 membres de la Centrale pourraient se rendre à l'ouverture du Forum, aujourd'hui, pour manifester.
Contrastant avec les deux autres grandes centrales, la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) a accepté de participer aux discussions.
" Notre présence sera tout sauf passive. La situation financière au Québec n'est pas rose, mais de là à noircir volontairement le portrait il y a une marge à ne pas dépasser ", a déclaré le président, Henri Massé.
Le gouvernement de Jean Charest aurait assuré la Fédération qu'elle aura l'occasion d'être entendue.

Un exercice pédagogique
Gilbert Lavoie
Le Soleil mardi 12 octobre 2004
Faut-il y voir un présage ? C'est à Saint-Augustin, une municipalité qui n'a pas encore mis le couvercle sur les défusions municipales, que s'amorce aujourd'hui le Forum des générations du gouvernement Charest. Saint-Augustin a voté en faveur de la défusion, mais son quartier cossu veut revenir à Québec. Comme quoi les changements imposés par les gouvernements prennent parfois des directions bien bizarres... Belle leçon pour Jean Charest et ses invités.
Retour au Forum. C'est donc à Saint-Augustin que le premier ministre et une dizaine de ministres accueillent cet après-midi les participants à cette grand-messe dont seuls les Québécois semblent avoir retenu la recette, depuis René Lévesque. Pendant trois jours, on y parlera du modèle québécois, du défi démographique et de la précarité de nos finances publiques.
Il est tentant de ne voir là qu'un vaste exercice de relations publiques improvisé à la hâte l'hiver dernier, par un gouvernement en baisse dans les sondages. Les partis d'opposition et les critiques habituels se chargeront d'en faire la démonstration, et c'est de bonne guerre.
Une appréciation plus complète de l'événement commande toutefois de faire la part des choses : dans un événement de cette ampleur, tous les participants et même les absents, feront des relations publiques. À titre d'exemple, ce n'est pas par hasard, que la CSN et la CSQ bouderont l'exercice. À grands coups de publicité, les deux centrales syndicales sont engagées dans une vaste campagne de maraudage auprès des travailleurs de la santé. C'est à qui défendra le mieux les syndiqués contre les visées du gouvernement. Dans un tel contexte, on ne fait pas copain-copain avec le premier ministre devant les caméras de la télévision...
Cela dit, le Forum des générations est bien davantage un exercice de pédagogie qu'un exercice visant à établir un consensus pour s'attaquer aux défis de demain. Nous sommes bien loin des grands sommets à la Lucien Bouchard, où le succès de l'exercice était mesuré à l'ampleur des sommes promises aux différents lobbies, et à l'addition des signatures autour d'un projet comme l'atteinte du déficit zéro. Les seules signatures qui marqueront la fin du Forum des générations seront probablement celles des procotoles d'entente sur la décentralisation, avec les représentants des Conseils régionaux des élus.
Le véritable but de ce Forum est d'amener les principaux leaders et institutions de la société québécoise à collaborer pour affronter les défis qui attendent leurs enfants, soit la démographie et le fardeau des finances publiques. Le véritable test sera la réponse des intervenants. Pas question ici d'une déclaration commune signée la main sur le coeur et assortie d'engagements précis, mais plutôt d'un rapprochement entre des interlocuteurs et des lobbies qui défendent généralement des intérêts opposés.
Ce genre d'exercice n'est guère porteur de compliments immédiats comme ceux qu'a mérités Jean Charest au lendemain de la conférence sur la santé, à Ottawa. Il est douteux que le premier ministre impressionne la galerie. S'il est un conseil à lui donner au début de cet événement, c'est de tasser les faiseurs d'images de son organisation. Les régions, qui attendent beaucoup de cette rencontre, ont encore en mémoire les promesses de la SGF de "turbo-propulser" leur économie, à la conclusion du Rendez-vous national des régions, en novembre 2002.
Si nous sommes aussi coincés par notre dette publique et le vieillissement de la population qu'on nous l'a dit dans les forums régionaux au cours des derniers mois, il est inutile d'attendre des solutions miracles du gouvernement et de ses interlocuteurs. Dans les circonstances, un examen lucide de la situation constituera un exercice pédagogique qui aura plus de retombées à long terme, qu'une série d'engagements qui seraient oubliés deux mois après leur signature.
GLavoie@lesoleil.com

Pas le temps!
Josée Boileau
Le Devoir mardi 12 octobre 2004
Si le Forum des générations avait été un exercice assez sérieux pour qu’on daigne le préparer soigneusement, une politique de conciliation travail-famille aurait été au cœur des travaux des participants. Mais le sujet ne sera qu’effleuré, alors qu’en parallèle, le ministre Claude Béchard planche sur sa propre politique qui ne manque pas de flou.
Dans le «cahier du participant» au Forum des générations, qui débute aujourd’hui, on trouve cette question : «Que pouvons-nous faire ensemble pour faciliter la vie des familles et leur permettre d’avoir le nombre d’enfants qu’elles désirent ?» Mais trois minutes top chrono pour en discuter — et encore, car c’est là l’ensemble du temps accordé par participant pour les cinq questions sur la démographie ! —, ça promet bien des généralités.
Mais cela n’a guère d’importance si l’objectif du gouvernement est de se servir du forum pour reporter les baisses d’impôts promises — quitte à créer des comités pour livrer des mois plus tard des recommandations sur des dossiers qui, de toute façon, occupent présentement les ministères.
D’ailleurs, le ministre de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a lui-même fait connaître, à la veille du forum, des éléments de la politique de conciliation travail-famille qu’il déposera cet automne. Sans doute entendra-t-on au forum de premières réactions à ces propositions. Mais, faute de temps, on en restera à l’épidermique au détriment de l’analyse de fond.
Arrivera-t-on, par exemple, à glaner assez de secondes pour s’arrêter à cette idée d’offrir une «banque de temps» aux employés ? La proposition semble généreuse, mais elle existe déjà. Depuis le 1er mai 2003, la Loi sur les normes du travail prévoit en effet dix jours de congé sans solde pour obligations familiales — que ce soit pour s’occuper d’un enfant ou d’un parent.
Que veut de plus le ministre : ajouter 40 heures à ces congés ? Les payer ? Qu’il se renseigne alors auprès de l’ex-ministre Jean Rochon, qui a présidé aux modifications de la Loi sur les normes : celui-ci lui dira que le patronat était tout à fait contre son projet de doubler ces jours de congé (la loi en prévoyait déjà cinq, mais seulement pour s’occuper d’un enfant mineur) et ne voulait rien entendre d’en rémunérer ne serait-ce qu’un seul. Ici, M. Rochon, qui avait déjà beaucoup brusqué les patrons avec sa nouvelle loi, a compris que la barrière était infranchissable. On peut dès lors imaginer que, même sur une base volontaire, peu de PME — car ce sont elles qui, dans les faits, sont visées — souscriront à la banque du ministre.
Même constat quant à son projet «d’inviter» les employeurs à offrir aux salariées en congé de maternité une formation pour qu’elles se remettent à jour avant leur retour au travail. Sait-il que plusieurs patrons ont encore de la difficulté à accepter le congé de maternité ? Aux consultations sur la réforme de la Loi sur les normes, plusieurs se disaient embêtés de devoir ramener à son poste une travailleuse absente depuis un an, alors qu’on a dûment formé quelqu’un pour la remplacer. S’il faut en plus donner des cours à l’absente !
Quant aux crédits d’impôt pour les entreprises pro-familles, ne profiteront-elles pas davantage aux gros employeurs qu’aux PME fragiles, qui voient leurs profits et leurs déficits varier selon les années ? À moins qu’on en fasse des crédits d’impôt remboursables.
Ces questions seront débattues lorsque le ministre déposera officiellement sa politique. Mais le forum aurait pu être une occasion d’élargir la discussion à d’autres acteurs en y apportant de la mise en perspective. Hélas, celui de M. Charest risque d’être le dernier endroit où se livrer à un vrai débat de société.
jboileau@ledevoir.ca

Lettre au premier ministre du Québec, M. Jean Charest
Michel Belzil, Président Fédération Québécoise des Municipalités et des partenaires de la Coalition des régions
Le Droit mardi 12 octobre 2004
Monsieur le premier ministre,
Aujourd'hui, nous, membres de la Coalition des régions, vous interpellons afin qu'un message cohérent et clair soit présenté à l'occasion du Forum des Générations. Ce Forum doit être l'occasion de soulever l'urgence et l'importance de non seulement sensibiliser l'État et l'ensemble des citoyennes et des citoyens du Québec à l'importance d'un engagement ferme du gouvernement à prendre en compte dans l'ensemble de ses politiques les situations préoccupantes que vivent les régions ; mais surtout, de tracer dès maintenant les bases d'une véritable décentralisation et de la mettre en oeuvre dans les meilleurs délais. La pérennité et l'équité entre les régions ne sont pas que des objectifs pour les représentants des régions, il s'agit d'un enjeu fondamental pour l'avenir et la prospérité de l'ensemble de la population du Québec. C'est pourquoi, le gouvernement doit maintenant passer de la parole aux actes et fixer des échéanciers clairs.
L'occupation dynamique du territoire constitue le véritable enjeu de la survie et du développement de nos régions pour les prochaines années. Il est urgent d'agir pour préserver nos acquis sociaux, économiques et démographiques en région. Pour les citoyennes et les citoyens des régions, cette préoccupation est immédiate et quotidienne. À cet effet, le portrait du solde migratoire des jeunes de 20 à 29 ans dans les régions de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, de l'Abitibi-Témiscamingue, du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay-Lac-Saint-Jean démontre des déclins variant de 16,4 % à 36,8 % pour la période 1996-2001. Pis encore, la mise à jour des perspectives démographiques confirme cette tendance. Selon le dernier rapport de l'Institut de la statistique du Québec de mars dernier, en 2026, la moitié de la population sera concentrée à Montréal. Ainsi, de 2001 à 2026, le poids démographique total des sept régions ressources risque de reculer de 11,2 %. Il faut mettre fin à cet exode.
L'économie québécoise, même si elle a connu une croissance sans précédent au cours des dernières années, ne s'est concentrée que dans quelques pôles urbains. Les régions ont aussi connu une croissance économique inégale. Certains facteurs contribuent à la migration et au déclin des populations, notamment le manque de diversification économique, le chômage chronique, les emplois saisonniers et les emplois tributaires de l'exploitation des ressources naturelles. Incidemment, plus de 200 municipalités québécoises sont qualifiées de dévitalisées. Les régions sont condamnées à vivre dans un cercle vicieux : un taux de chômage élevé entraîne inévitablement l'exode de sa population. Les services y sont difficilement maintenus, faute de masse critique pour en assumer les coûts. Il est alors plus difficile d'attirer de nouvelles familles et de nouvelles entreprises, voire même de conserver celles qui s'y sont déjà implantées. La priorité doit être mise sur l'économie et l'emploi.
L'exode des régions jumelé à une faible croissance économique de certaines régions exigent que la société québécoise prenne des moyens drastiques pour préserver l'occupation dynamique de son territoire. En ce sens, bien que de nombreuses initiatives locales et gouvernementales aient été menées au cours des dernières décennies, force est de constater qu'elles ont été insuffisantes puisque le problème demeure entier. Nous, membres de la Coalition, sommes prêts à agir.
Parmi les moyens structurants que l'ensemble des acteurs socio-économiques québécois identifient pour favoriser l'essor des régions, il y a la décentralisation qui permet un véritable développement local. D'ailleurs, depuis plus de 25 ans, tous les partis politiques se sont publiquement engagés à la réaliser, mais, pratiquement, sans y donner suite.
Pour que cette décentralisation soit efficace, les collectivités locales doivent disposer des ressources financières nécessaires, appuyées sur un mode de financement permanent. Elles doivent également détenir des revenus autonomes associés à une reconnaissance des leviers décisionnels. Une autonomie reconnue est essentielle pour éviter de devenir de simples exécutantes des décisions gouvernementales. Cette décentralisation implique la participation de tous les acteurs de développement du milieu. C'est précisément ce que vise notre Coalition.
Nous demandons au gouvernement de s'engager sur la voie de la décentralisation clairement et concrètement, estimant qu'elle permettrait de renforcer le pouvoir d'agir sur le milieu, de mieux relever l'immense défi d'attirer les jeunes, les familles et les investisseurs et de remédier au manque de souplesse des normes et des programmes gouvernementaux. Partenaires pour un engagement sur la mise en valeur, le développement et la décentralisation en faveur des régions du Québec.

Un succès possible si on ne joue pas au législateur
Ghislain Dufour
Conseiller principal, affaires publiques, Cabinet de relations publiques National et ancien président du Conseil du patronat du Québec
Le Devoir samedi 9 et dimanche 10 octobre 2004
Le Forum des générations: un exercice utile ou pas? Voilà une question difficile qui nécessite une réponse tout en nuances.
Pour y répondre correctement, je me rabattrai sur les expériences personnelles vécues aux sommets de La Malbaie en 1977, de Montebello en 1979, de Québec en 1982, de Québec et Montréal en 1996, tous des sommets organisés par des gouvernements du Parti québécois et boudés par le Parti libéral de l'époque. En fait, de 1985 à 1994, sous le régime du Parti libéral, cette forme de sommets n'a jamais eu lieu. Ils ont redémarré en 1996 sous le Parti québécois.
Pour moi, le Sommet de La Malbaie (1977) a été le plus utile de tous. Pourquoi ? Simplement parce que, au-delà des discussions sur certains enjeux, il a permis un rapprochement entre leaders politiques, patronaux, communautaires et syndicaux, rapprochement qui a permis à des gens aussi différents que Paul Desmarais (alors grand patron de Power Corporation) et Louis Laberge (ex-président de la FTQ, aujourd'hui décédé) de se parler publiquement et d'amorcer ainsi un début de concertation à la québécoise.
L'humeur des gens d'affaires
Le Sommet de Montebello, en 1979, a été bien différent. Au pouvoir depuis 1976, le gouvernement du Parti québécois avait eu le temps de proposer ou d'adopter plusieurs projets de loi (pensons à la loi 101 sur le français, langue officielle) qui provoquaient des discussions très corsées, pour ne pas dire enflammées. Mais là encore, ce sommet a été utile parce qu'il a permis au gouvernement de l'époque de mieux prendre l'humeur des gens d'affaires.
Le Sommet de Québec, en 1982, a été difficile, surtout pour les syndicats. René Lévesque, alors premier ministre, y a en effet annoncé une baisse de 20 % des salaires des employés de la fonction publique et parapublique. Utile, ce sommet ? Oui. Parce que, au-delà des insatisfactions normales exprimées par les syndicats, il a alors permis au gouvernement de vraiment discuter du difficile dossier des finances publiques.
Les résultats des sommets de Québec et de Montréal en 1996 ont été davantage interrogés. Bien qu'il ait été rafraîchissant de voir les Henri-Paul Rousseau, Laurent Beaudoin ou Jean Coutu dialoguer franchement et sans complaisance avec les Françoise David, Norbert Rodrigue ou Clément Godbout, plusieurs se sont ouvertement déclarés, et avec raison, contre le fait que les participants se soient donné un rôle de législateur. Impensable, diront-ils, que les participants aient approuvé, sans y être mandatés par qui que ce soit, la mise sur pied du Fonds de lutte contre la pauvreté, une forme de taxation qui est de la responsabilité d'un gouvernement, non des invités à un sommet. Cette taxe a d'ailleurs été renouvelée en faveur des jeunes.
Cette décision, ainsi que d'autres comme la fixation de l'atteinte du déficit zéro ou la réduction des heures de travail prévues à la loi sur le salaire minimum, ont d'ailleurs mené bien des leaders à se demander si d'autres sommets du genre étaient toujours un exercice utile.
La chance au coureur
Et voilà que la question est de nouveau posée : le Forum des générations sera-t-il un exercice utile ou pas ?
Bien prétentieux serait celui qui pourrait répondre à la question avant que l'exercice n'ait lieu. Pour notre part cependant, nous donnons «la chance au coureur» et souhaitons que ce forum se révèle très utile. Et ce, essentiellement pour quatre raisons :
- parce que les discussions tourneront exclusivement autour de deux questions : la situation démographique et les finances publiques;
- parce que ces deux questions sont au coeur même de notre avenir collectif;
- parce qu'il faut informer la population de ces deux enjeux, la mettre dans le coup et la convaincre que si on ne s'y attarde pas, on se prépare des lendemains difficiles;
- parce qu'il faut mettre en commun toutes les idées et les hypothèses de solutions des principaux leaders de la société à l'égard de ces deux questions, idées qui permettront au gouvernement actuel, et à ceux à venir, quelle que soit leur couleur politique, de dessiner des orientations propres à nous permettre d'aborder l'avenir avec sérénité. Une chose est sûre : les enjeux sont de taille !
Trois conditions
Ce forum ne sera cependant un succès que si, au minimum, les trois conditions suivantes sont réunies :
- que les participants s'entendent sur les constats relatifs aux deux questions soulevées;
- que les participants et le gouvernement se donnent des indicateurs de suivis des consensus qu'ils pourront réaliser;
- que les participants ne se prennent pas pour le législateur, comme ce fut le cas en 1996. C'est à l'Assemblée nationale et non aux participants invités de jouer ce rôle.
Personne, compte tenu des enjeux qui seront débattus à ce forum, n'a donc intérêt à le voir dérailler. Souhaitons que l'exercice soit utile.

Vers le Forum des générations du gouvernement Charest
- Un artifice, au mieux une régression
Gérald Larose
Professeur invité à l'École de travail social de l'Université du Québec à Montréal et président de la CSN de 1983 à 1999
Le Devoir samedi 9 et dimanche 10 octobre 2004
Il s'en trouve beaucoup pour affirmer que l'essentiel du coffre à outils dont dispose le Québec pour entretenir sa maison lui vient du temps de la Révolution tranquille. Au cours de ces années, ces outils ont beaucoup travaillé. Puis, il a fallu les aiguiser, en renouveler quelques-uns et en acheter d'autres neufs.
Jusqu'en 1982, l'État décidait seul, comme un grand ! Quand les taux d'intérêt à 21 % se sont mis à flamber les emplois et les finances publiques, l'État a convoqué les «principaux» acteurs économiques. Une première délibération publique a eu lieu. Quelques nouvelles idées ont jailli : Corvée-habitation, un fonds de travailleurs, une table nationale d'emploi et quelques autres.
René Lévesque présidait les destinées du Québec. Ce fut le début d'un nouveau type de gouverne, plus ouverte, plus transparente, plus participative, plus partenariale. Il l'a appliquée à des enjeux nationaux; plus tard, à des enjeux sectoriels et régionaux. Ce nouveau type de gouverne a favorisé le renouvellement d'un certain nombre de pratiques gouvernementales et étatiques.
Le retour de Robert Bourassa a mis fin à l'exercice. Tenté par une approche marchande, il s'est fait remettre trois rapports ultralibéraux qui n'en avaient que pour les privatisations, la déréglementation et l'allégement de l'État. Mal lui en prit. La cohésion sociale s'effritant, il a écarté les rapports et renoué avec la pratique inaugurée par René Lévesque.
Entre-temps, toute la société civile s'était regroupée à l'intérieur d'un Forum pour l'emploi élaborant des propositions communes sur l'emploi, le développement économique, le développement local, le développement de la main-d'oeuvre et l'environnement. Ont alors eu lieu des dizaines de sommets régionaux et sectoriels et ont été produites des politiques en développement régional (Picotte), en développement de la main d'oeuvre (Bourbeau), en développement industriel (Tremblay) et en santé et bien-être (Côté), mettant à contribution les partenaires du marché du travail et certaines forces des milieux.
Ainsi, petit à petit, le dialogue social s'est institutionnalisé. Le modèle québécois de deuxième génération, né sous René Lévesque, se consolidait.
1996, un saut qualitatif
La forme la plus achevée de ce nouveau modèle a certes été le sommet de 1996 sur le devenir économique et social du Québec. Le «camp du changement» avait misé sur un succès référendaire pour mettre en route «la société de projets» pour laquelle les forces vives de tous les milieux voulaient mettre tout leur «coeur à l'ouvrage». Le référendum n'ayant pas été gagné (on connaît maintenant les circonstances !), voulant toujours passer à l'offensive en matière d'emploi et de consolidation des services publics, plusieurs groupes ont réclamé un sommet.
Pendant huit mois, l'ensemble des décideurs ont planché sur la préparation, la tenue et l'organisation des suivis des travaux. Une négociation permanente a été menée au sujet des thèmes, des séquences et des résultats attendus, le tout dans un cadre permettant des allers-retours à l'intérieur des organisations.
1996 a marqué un saut qualitatif. D'abord pour ce qui est de la nature des participants. Jusqu'en 1996, les participants aux sommets collaient à la structure de la société «fordiste et providentialiste». En effet, outre les représentants de l'État et de ses principaux appareils et réseaux, seuls étaient convoqués le patronat et les syndicats. En 1996 se sont ajoutés le secteur financier, les entrepreneurs sociaux, les organisations de femmes, de jeunes, de personnes âgées et de défense de droits, les Églises et quelques autres. Toutes les forces vives étaient parties prenantes à la délibération publique.
Préparation inventive
La préparation des contenus a également été inventive. L'État s'est chargé de ses propres dossiers. Quatre autres chantiers (emplois, économie sociale, régions, Montréal) composés et dirigés exclusivement par les partenaires se sont également mis au boulot. Les présidences réunies de ces dossiers et chantiers ont constitué la coordination de toute l'opération. Le modèle a été repris pour les sommets suivants, notamment celui du Québec et de la jeunesse.
En 15 ans, ce type d'exercice a singulièrement renouvelé la gouverne, jusqu'alors exclusivement «hiérarchique» et parfois «marchande». Entendons par «hiérarchique» cette gouverne qui tire sa légitimité du poids hiérarchique de la représentation des décideurs politiques et par «marchande» cette gouverne tout orientée vers la rencontre des intérêts privés. Avant 1996, tous les sommets se sont tenus à la demande «hiérarchique» de l'État. À partir de 1996, c'est plutôt à la demande des partenaires qu'ils se sont tenus. Ainsi, d'exclusivement «hiérarchique» qu'il était, le modèle est devenu davantage «partenarial». [...]
Ces sommets sont l'occasion d'un travail de la société sur elle-même. Elle participe à l'identification de l'intérêt général. Comme toute négociation, les modalités de l'exercice sont difficiles. Cependant, il faut reconnaître que la plupart du temps, la contrepartie est digne d'intérêt. Notamment en 1996, l'État québécois s'est commis sur la révision de la fiscalité, l'équité salariale, les garderies à 5 $ par jour, les structures du développement local et régional, la reconnaissance de l'économie sociale et plusieurs autres questions. Les résultats ne sont pas nécessairement à la hauteur de toutes les attentes. Mais une pierre s'ajoute toujours à l'édification de la cohésion sociale.
Continuité ?
Qu'en est-il de l'exercice qui vient ? Est-ce la continuité de la gouverne innovatrice des 20 dernières années, plus particulièrement de celle qui prévaut depuis 1996 ? Soyons clairs : la réponse est non. Après s'être fait éjecter des régies régionales, des centres locaux de développement et d'autres organismes de consultation et avoir vu leur fonctionnement profondément perturbé par des législations imposées sans aucune forme de débat, les composantes de la société civile n'ont pas réclamé la tenue d'un sommet. Ce dernier a été pensé, organisé et convoqué par le gouvernement seul. Des contenus, il en a fait son affaire !
Les forums régionaux se sont tenus sur invitation, par tirage au sort. La méthode est singulière ! Elle traduit surtout une conception tordue de la démocratie. Plus précisément, elle a pour vocation principale de se substituer à la démocratie directe des organisations et de renforcer le poids hiérarchique du caractère représentatif des élus politiques. C'est le retour à l'approche «hiérarchique», voire à l'approche «marchande» lorsqu'on voit la coprésidence des forums publics échoir au secteur privé.
Qu'en est-il des contenus ? Uniquement les priorités gouvernementales ! Et les suivis ? Assurément tout aussi gouvernementaux !
Toute la méthode est à ce point étrangère aux innovations récentes en matière de consultation et de concertation que, contrairement à la période antérieure où l'ensemble des principales organisations se battaient pour être présentes autour de la table, l'immense majorité de ces grandes organisations a plutôt décidé de s'abstenir cette fois-ci.
L'approche partenariale nous avait appris à délibérer collectivement pour construire l'intérêt général. Dépassant la consultation, le processus avait fini par produire de la concertation. Les résultats ont souvent été intéressants. En empruntant les mêmes habits, il n'est pas dit que l'approche «hiérarchique», voire «marchande», produira les mêmes effets. Au contraire. Attendons-nous plutôt à y voir une parade, un artifice. Au mieux, elle aura été un retour, une régression.

Le Forum des générations
- Improvisation mixte sur le thème du consensus
Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 9 et dimanche 10 octobre 2004
S'agit-il de s'entendre sur les grandes lignes et de reporter les discussions serrées à plus tard ?
Québec -- Obtenir le consensus le plus large possible des leaders socioéconomiques après des mois d'affrontements et d'insatisfaction. C'est l'image forte que recherche le gouvernement Charest avec le Forum des générations, qui se tiendra du 12 au 14 octobre à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec.
Or l'improvisation de l'opération, lancée en catastrophe au moment où le gouvernement était au plus bas dans l'opinion publique, mine cette démarche de réconciliation. Et vouloir se raccommoder sans faire de concessions représente un pari bien risqué.
«On garde le cap sur ce qu'on a proposé, ce qui, de toute façon, fait l'objet d'un très large consensus au Québec», a en effet déclaré le premier ministre Jean Charest en annonçant la tenue de forums consultatifs au conseil général du Parti libéral, en février dernier. Le discours gouvernemental n'a pas beaucoup changé depuis. En entrevue au Devoir jeudi, la coprésidente du Forum des générations, Line Beauchamp, a affirmé que le forum servira à «nommer certaines actions que, nous, on a déjà nommées, mises en place, et à les moduler au besoin».
La centaine de leaders socioéconomiques qui sont invités au forum s'attendent cependant à beaucoup, beaucoup plus. Le gouvernement ne doit pas seulement déplorer le choc démographique et la précarité des finances publiques, les deux enjeux qui seront au coeur des discussions du forum. Les groupes veulent des engagements gouvernementaux. Et chacun a ses suggestions... Or Québec ne semble pas prêt à leur donner des engagements pour le moment. Line Beauchamp est en effet on ne peut plus claire à ce sujet : «Ce n'est pas un sommet. C'est un lieu d'échanges. On n'est pas dans un processus budgétaire.» Tout au plus le gouvernement pourrait-il saisir l'occasion pour revenir sur ses promesses de baisses d'impôt, qui donnent toujours des maux de tête au ministre des Finances, Yves Séguin, et qui sont décriées par de nombreux spécialistes.
Retournement de situation
Les attentes et les intentions de chacun sont fort contradictoires. Le succès de l'opération n'est donc pas assuré. Qui plus est, Québec insiste maintenant sur un nouveau principe, celui de la «responsabilité partagée» ou «coresponsabilité». Le gouvernement a pris «ses responsabilités depuis son arrivée au pouvoir pour amener le Québec vers des changements» et les leaders socioéconomiques doivent maintenant faire leur part, a souligné Line Beauchamp.
Il s'agit d'un retournement de situation, qui n'est cependant pas le premier dans le dossier des forums consultatifs. Comme une centaine de leaders socioéconomiques seront présents au forum (patronat, syndicats, étudiants, maires, commissions scolaires, etc.), le gouvernement constate bien le risque réel de se retrouver avec une longue liste d'épicerie. Il tente donc d'exercer une pression, lui aussi, sur ses «partenaires». Selon Line Beauchamp, ceux-ci devront promettre d'agir afin de répondre au choc démographique et à la précarité des finances publiques. Les syndicats devront-ils se faire moins gourmands afin d'atténuer la pression sur les finances publiques ? Le gouvernement cherche-t-il à rassembler derrière lui une majorité de leaders socioéconomiques en faveur de hausses salariales moindres pour les employés de l'État ? Les entreprises, pour leur part, devront-elles consentir à déployer davantage d'efforts afin d'améliorer la conciliation famille-travail ? Afin d'assurer une meilleure intégration des immigrants ? Il est loin d'être acquis que les leaders socioéconomiques accepteront de faire consensus si celui-ci implique de nombreuses concessions.
Il existe cependant une sortie de secours pour ce genre de grand-messe : s'entendre sur les grandes lignes et reporter les discussions serrées à plus tard, à l'intérieur de comités sectoriels. C'est exactement sur la création de groupes de travail, dont les conclusions seraient connues au printemps 2005, que planche présentement le gouvernement.
Le flou entourant les intentions réelles du gouvernement est en bonne partie responsable du climat de suspicion qui prévaut depuis quelques mois. Ce climat a mené à l'organisation, cette semaine, d'un Forum alternatif -- qui réclame que le gouvernement recule sur plusieurs de ses actions -- et au boycottage du forum officiel par des groupes sociaux et des centrales syndicales, la CSN et la CSQ, selon qui le Forum des générations se résume à un exercice de relations publiques.
C'est au moment même où il se trouvait au plus bas dans l'opinion publique, en février dernier, que le gouvernement Charest a lancé en catastrophe au conseil général du Parti libéral l'idée de forums consultatifs. Lorsque les journalistes ont demandé plus d'information sur cette initiative à la conclusion du conseil général, l'organisation libérale a distribué une simple feuille sur laquelle étaient inscrits quatre thèmes en vue des forums régionaux : santé et services sociaux, éducation et emploi, famille et développement économique, régional et durable.
L'opération a cheminé depuis avec la même improvisation. Les forums régionaux, qui sont devenus plus nombreux que prévu au départ, devaient se tenir avant le début de l'été. Plusieurs ont dû être reportés à la fin de la période estivale. Les Conférences régionales des élus ont été nommées responsables de l'organisation des forums régionaux. Certains ont déploré le manque de clarté de la démarche gouvernementale. Qui plus est, la période d'inscription des citoyens aux forums régionaux -- les participants ont été choisis au hasard, par un tirage au sort -- a dû être prolongée. Le gouvernement Charest a rendu public le document Briller parmi les meilleurs, dont l'objectif était de servir de base aux discussions des forums régionaux... mais qui reprend essentiellement le contenu de son programme électoral. Les débats du forum national devaient être publics; certains, cruciaux, se dérouleront à huis clos. Et ce n'est qu'il y a un peu plus d'un mois que le gouvernement a créé un groupe de travail sur les finances publiques réunissant des leaders syndicaux et des chefs d'entreprise. Le comité devait proposer des solutions concrètes en vue du forum, mais il ne déposera finalement qu'un état de la situation actuelle en matière de démographie et de finances publiques. Bref, le forum de la semaine prochaine s'inscrit dans une démarche en bonne partie improvisée.
Pour Jean Charest, le Forum des générations -- et surtout ce qui en découlera -- est déterminant. Sur le plan des communications, bien sûr, même si les absents pèsent lourd dans la balance. Mais il ne faudrait cependant pas oublier que le choc démographique et la précarité des services publics -- des problématiques sur lesquelles à peu près tout le monde s'entend sur le fond (pour ce qui est des solutions, c'est autre chose... ) -- font partie des discours depuis des années et qu'aucun plan d'action global clair n'a été proposé à ce jour.

LES PPP - JÉRÔME-FORGET REVIENT DE LONDRES MOINS ENTHOUSIASTE
Michel Hébert
Le Journal de Québec 8 octobre 2004
Il n'y aura pas de vague de partenariats public-privé au Québec. Le gouvernement aurait bien voulu, par exemple, assujettir à un PPP la rénovation du Centre des congrès et de Place Québec mais, faute d'investisseurs, il s'en chargera lui-même, dans une version plus humble, cinq fois moins coûteuse que celle prévue par le précédent gouvernement.
« On regarde ça mais ça ne nous apparaît pas comme idéal pour un PPP, la décision n'est pas arrêtée mais on m'a dit que ça se ferait plutôt en mode conventionnel; ce dossier est sur ma table actuellement », a déclaré la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, au Journal, hier.
Une version plus modeste du projet abandonné l'an dernier prendra forme en 2005-2006, prévoit-elle. La rénovation de Place Québec et du Centre des congrès avait été annoncée par le précédent gouvernement du PQ en décembre 2002. Il s'agissait d'un ambitieux projet de 100 millions prévoyant la rénovation de Place Québec, la restauration de la galerie marchande et de l'ancien centre municipal et l'ajout de cinq étages de bureaux à l'angle de Saint-Joachim et d'Honoré-Mercier.
Les libéraux voulaient vendre mais les potentiels acheteurs s'en sont désintéressés quand la ville leur a refusé l'utilisation des passages souterrains jusqu'au stationnement de Place d'Youville.
La Société immobilière est donc revenue au Conseil du trésor avec un projet sans association avec le privé et ne portant plus que sur la rénovation de l'ancien centre municipal, soit une dépense inférieure à 20 millions, selon la ministre. Quant au projet d'Estimauville, il n'est plus sur l'écran radar du Trésor.
Grands projets
Mme Jérôme-Forget revient tout juste d'un voyage en Grande-Bretagne où elle a appris de la longue expérience des Britanniques en matière de PPP. Elle en est arrivée à la conclusion que les partenariats avec le privé doivent être de grands projets pour qu'ils satisfassent les investisseurs et le gouvernement, notamment parce que les coûts « transactionnels » de base sont très élevés : études comptables, contrats bancaires complexes, assurances, etc.
« Essentiellement, les PPP sont de grandes restaurations ou de grands projets de construction, un contrat à long terme de grande valeur. Dans un PPP, le gouvernement n'est pas le seul gagnant. Il faut que l'entrepreneur et les créanciers qui y mettent leur argent y trouvent leur compte sinon ils ne voudront pas en faire », explique Mme Jérôme-Forget.
Actuellement, il n'y a qu'une poignée de projets sur la table du gouvernement, la plupart sont déjà connus et tous situés à Montréal ou dans ses environs : la construction des deux mégas hôpitaux, de l'îlot Balmoral où logera notamment l'Orchestre symphonique, les routes 25 et 30, et une prison sur la rive sud, en remplacement de celles de Sorel et de Valleyfield, jugées vétustes.
Ces projets seront placés sous la responsabilité de l'Agence des partenariats public-privé qui sera dirigée par Pierre Lefevbre, actuellement secrétaire associé au Conseil du trésor. « En matière de gros contrats, il s'y connaît », assure Mme Jérôme-Forget.

L'énigme Charest
Alain Dubuc
La Voix de l'Est mardi 12 octobre 2004
Jean Charest a marqué des points lors de la conférence des premiers ministres sur la santé. Le taux de satisfaction à l'égard de son gouvernement est passé de 25 à 36 %. Les libéraux, avec 39% des intentions de vote, ne sont maintenant qu'à deux points des péquistes. Ce n'est pas encore le paradis, mais le premier ministre québécois est certainement passé de l'enfer au purgatoire.
Mais si l'entente sur la santé a donc été un succès politique, elle ne suffira pas à effacer la fracture entre le gouvernement libéral et la population québécoise et à redonner à celui-ci la légitimité dont il a besoin. Un taux de satisfaction de 36%, c'est quand même la catastrophe, et un signe que quelque chose ne tourne pas rond.
Mais qu'est ce qui ne va pas? Fondamentalement, cet insuccès résulte de l'existence d'un vide: le fait que Jean Charest se comporte comme un gestionnaire quand les Québécois recherchent plutôt un leader, capable de leur proposer une vision et une démarche qui les mènera quelque part.
Le succès de Jean Charest lors de la conférence sur la santé illustre bien, à contrario (sic), ce qui lui fait défaut. S'il a su marquer des points à Ottawa, c'est bien moins parce qu'il a ramené quelques milliards de plus que parce qu'il a tout simplement été bon. Jean Charest, ferme, en maîtrise de ses dossiers, était porteur d'un projet qu'il était capable d'articuler avec clarté et passion. Ce qu'on appelle du leadership.
La recette du succès, en somme, serait donc assez simple. Si Jean Charest pouvait être aussi performant dans les dossiers domestiques - énergie, santé, finances publiques, réorganisation de l'État - qu'il l'a été dans les relations fédérales-provinciales, sa réélection serait assurée. C'est évidemment plus facile à dire car il y a, en quelque sorte, deux Jean Charest: celui qui fonce et qui tient son bout dans les affaires canadiennes et celui qui flotte et qui hésite dans les affaires québécoises.
On attribue souvent cette quasi-schizophrénie au fait que Jean Charest, longtemps politicien fédéral, ne se serait jamais adapté à son passage de la Chambre des communes à l'Assemblée nationale. L'explication est un peu courte. Tout autant que cette autre hypothèse, voulant que le gouvernement fasse du surplace parce qu'il n'a tout simplement pas de projet.
Jean Charest est arrivé au pouvoir avec un programme clair. Sans être un visionnaire, il est porteur d'une conception de la société, de réformes précises, d'objectifs ambitieux pour le Québec. Ce projet, ne l'oublions pas, il a été capable de le vendre avec assez de fougue pour remporter les élections du printemps 2003 de façon convaincante.
Ce qui lui a manqué toutefois, c'est le réflexe de maintenir cette tension après la campagne électorale, un silence aggravé par des erreurs stratégiques. Cela a paralysé le nouveau gouvernement et créé un vide dans lequel se sont engouffrés tous les opposants. Le gouvernement Charest ne s'en est jamais remis et fonctionne depuis sur un mode défensif.
Cette incapacité à exprimer sa vision est devenue un handicap d'autant plus considérable que le défi que voulait relever le gouvernement libéral était énorme. En voulant repenser le rôle de l'État et la façon de faire les choses, Jean Charest s'est attaqué à la culture politique et sociale dominante au Québec. Une culture du consensus qui affirme reposer sur la solidarité et la concertation entre partenaires, mais qui, dans les faits, repose sur le statu quo et sur un système d'alliances et de collusion mis en place par les gouvernements péquistes pour ses alliés naturels, notamment syndicaux.
Jean Charest avait des appuis dans ses efforts pour remettre ce modèle en cause, comme l'a montré le résultat des élections. Mais à condition de comprendre que cette culture dominante a des racines profondes et qu'elle a créé des habitudes et des dépendances. Il fallait convaincre les Québécois que ce grand ménage ne détruirait pas tout sur son passage et qu'il préserverait les valeurs auxquelles ils adhèrent. Jean Charest piétinera et décevra tant qu'il ne réussira pas à transformer ses idées en projets collectifs, tant qu'il ne pourra pas expliquer aux Québécois où ces réformes les mèneront et en quoi elles amélioreront leur sort, tant qu'il ne leur proposera pas une direction.

Le dindon de la farce
Michel David
Le Devoir samedi 9 octobre 2004
Au jeu du «poulet», on dira sans doute que c'est Paul Martin qui a cédé puisque c'est lui qui a téléphoné aux deux autres pour négocier le compromis qui a permis d'éviter le renversement de son gouvernement et le déclenchement de nouvelles élections.
Même si le premier ministre a encore une fois démontré qu'il n'est pas très doué pour le jeu politique, il pouvait difficilement en aller autrement. La partie est cependant loin d'être terminée. À la fin, tout le monde aura oublié le poulet, mais qui sera le dindon de la farce?
De toute évidence, Jack Layton se voyait très bien dans ce rôle si la partie avait pris fin abruptement jeudi soir. Son ralliement précipité au gouvernement, qui l'a en quelque sorte mis hors jeu, témoignait éloquemment de sa crainte de voir le NPD faire les frais d'une polarisation de l'électorat entre libéraux et conservateurs à l'extérieur du Québec, principalement en Ontario. D'ailleurs, ce n'est peut-être qu'une question de temps.
Certains reprochent déjà à Stephen Harper d'avoir fait le jeu des séparatistes en concluant une alliance avec le Bloc québécois. «Un pacte avec le diable», selon le Globe and Mail, qui prédit déjà le pire au Parti conservateur lors des prochaines élections s'il persiste dans cette voie. Cela reste à voir. Pour le moment, M. Harper sort la tête haute de ce psychodrame.
Vu du Québec et sans doute d'ailleurs au pays, Gilles Duceppe semble être le grand gagnant, à la fois sur la forme et sur le fond. Sur le plan tactique, il a très bien manoeuvré, comme en témoigne la crise d'hystérie de Jean Lapierre. La caution de Jean Charest vaut de l'or. De tous les premiers ministres québécois de l'après-guerre, y compris Jean Lesage, M. Charest est sans doute le seul que personne au Canada anglais ne soupçonne d'entretenir de coupables arrière-pensées.
***
Soit, le Bloc québécois a obligé le gouvernement Martin à avaler une couleuvre en le forçant à reconnaître dans le discours du Trône la nécessité d'alléger «les pressions financières que certains appellent le déséquilibre fiscal», mais ce n'était pas nécessairement le scénario qu'on anticipait.
La version originale du discours illustrait à merveille la conception impériale du fédéralisme, qui demeure fondamentalement celle du Parti libéral du Canada. Dommage que les circonstances aient mené le gouvernement à l'assouplir. S'il n'y avait eu aucun risque de le faire tomber, il aurait été beaucoup plus simple pour M. Duceppe de déchirer sa chemise.
Lors de la prochaine campagne électorale, qui se souviendra que c'est le poids du Bloc qui a forcé à la reconnaissance explicite du principe de l'asymétrie dans un texte signé par tous les premiers ministres du Canada à l'occasion de la récente conférence sur la santé?
On a découvert depuis que Pierre Pettigrew et d'autres qu'il n'a pas voulu nommer en rêvaient depuis des années sans oser le dire. Le prochain à sortir du placard sera peut-être Jean Lapierre, qui se souviendra lui aussi de tout le mal qu'il pensait du déséquilibre fiscal dans sa vie antérieure. Même Stéphane Dion, qui donnerait son sac d'école pour conserver sa limousine, pourrait nous surprendre.
Les électeurs sont rarement reconnaissants à l'opposition des bons coups du gouvernement. Tous ceux qui, sous le règne de Jean Chrétien, souscrivaient joyeusement au plan B en fermant pudiquement les yeux sur le scandale des commandites pourront maintenant brandir le discours du Trône comme la preuve irréfutable de leur appartenance à un gouvernement qui a fait du respect des compétences des provinces un principe directeur. Le Bloc? Allons donc, tout le monde sait bien que ces gens-là n'ont qu'une seule idée en tête!
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Finalement, le grand gagnant de la dernière semaine est sans doute Jean Charest. Grâce au Bloc, il s'amènera à la prochaine conférence des premiers ministres sur la péréquation, à la fin du mois, fort de la reconnaissance qu'il existe bel et bien un déséquilibre fiscal au sein de la fédération canadienne.
Si M. Charest est le gagnant, devinez qui est le dindon? Cette semaine, Bernard Landry a dû reconnaître que la dégringolade des libéraux est bel et bien terminée. Il leur promet des «surprises» lors de la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, le 19 octobre, mais ses députés reconnaissent en privé s'attendre à une session difficile.
Déjà, les informations selon lesquelles le gouvernement profiterait du Forum des générations pour se libérer de son engagement de diminuer les impôts de un milliard de dollars au prochain budget pose un sérieux problème au PQ, qui le presse d'y renoncer depuis des mois. Rien n'est plus mortifiant pour une opposition que de devoir applaudir une décision gouvernementale.
La commission parlementaire sur le projet de loi créant une agence des partenariats public-privé (PPP), au début de novembre, se voulait un autre temps fort de la session d'automne, mais la série d'entrevues accordées cette semaine par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, se voulait dangereusement rassurante. «On est encore au niveau de PPP 101 et on le sera encore longtemps», a-t-elle déclaré.
Dieu sait quels dossiers les pressions exercées sur le gouvernement fédéral par le Bloc québécois permettront maintenant de débloquer. Une entente finale sur les congés parentaux s'intégrerait parfaitement à la nouvelle politique de conciliation travail-famille que le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, prévoit rendre publique d'ici la fin de l'année. On entend déjà le téléphone sonner à Ottawa: «Allô, Gilles? Oui, c'est Jean... »
mdavid@ledevoir.com

La « clause Charest » ou comment se prémunir contre la sous-traitance
Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 9 octobre 2004
Il faudra un cycle d'environ trois ans pour voir si les changements à l'article 45 provoqueront l'hécatombe appréhendée
Il y a un an, les syndicats montaient aux barricades contre la loi favorisant la sous-traitance, décriant ce qui devait être une catastrophe sociale. De son côté, le Conseil du patronat dénonçait l'«immobilisme malsain», plaidant le besoin pressant des entreprises à bénéficier de plus de souplesse. Dans la précipitation de la fin de session parlementaire, le gouvernement de Jean Charest a finalement adopté, en décembre dernier, des modifications à l'article 45 du Code du travail. Depuis, c'est le calme plat. Mais ce silence masque une turbulence qui germe lentement, préviennent les syndicats.
À l'aluminerie d'Alcoa à Bécancour, 810 employés sont en grève depuis trois mois. Les négociations sont au point mort et rien ne laisse entrevoir un retour au travail à court terme. Outre le régime de retraite et les conditions salariales, la sous-traitance est au coeur du conflit. «Le gouvernement a facilité le recours à la sous-traitance. Il ne faut donc pas s'étonner si l'employeur veut prendre ce chemin-là. Il ne veut plus embaucher quand un travailleur quitte. Ce qui est derrière ça, c'est la volonté de faire de la sous-traitance», explique Clément Masse, président du syndicat des employés affilié aux Métallos (FTQ).
À l'été 2003, la question de la sous-traitance avait paralysé la brasserie Labatt alors que les intentions du gouvernement Charest étaient dans l'air. Après trois mois de grève, le syndicat affilié à la CSN n'avait obtenu qu'une protection partielle contre la sous-traitance, permettant à Labatt d'être plus concurrentielle mais laissant sans protection les employés embauchés après 1998.
À la FTQ, on compte huit conflits de travail au cours des derniers mois en lien avec la question de la sous-traitance. Il n'y a peut-être pas eu de dossier-choc sur la place publique, mais les négociations entre les parties sont maintenant plus ardues, estime le président de la FTQ, Henri Massé. «On a des syndicats qui ont réussi à négocier une clause sur la sous-traitance - qu'ils appellent la clause Charest - pour fermer dans la convention collective le trou qui a été créé dans le Code du travail», raconte M. Massé.
M. Massé reconnaît être intervenu personnellement auprès d'employeurs tentés par la sous-traitance, question de leur expliquer ce à quoi ils s'exposaient. Quelle entreprise osera servir d'exemple public et être la cible d'un véritable tapage syndical? «On s'est donné un pacte de solidarité à la FTQ. Si on décide de donner un coup à une entreprise, elle est avisée. Si un syndicat se fait attaquer sur cet enjeu-là, on ne traînera pas les pieds. On n'attendra pas qu'il y ait cinq ou six mois de grève. [...] Ça peut vouloir dire des appuis financiers pour améliorer les prestations de grève, du piquetage un peu plus musclé. Tout le pouvoir de nuisance qu'on peut avoir, on va s'en servir», promet le chef syndical.
À la CSN, les changements imposés par le gouvernement Charest sont toujours aussi indigestes. Avec la loi 31, il faut, pour que les conditions des travailleurs syndiqués soient protégées, qu'une entreprise cède une partie de ses équipements ou de ses employés. La CSN a convoqué des états généraux le 30 octobre prochain et le dossier de l'article 45 y sera abordé.
Pour la présidente Claudette Carbonneau, la bataille de l'automne dernier se poursuit maintenant sur le terrain des négociations. «Même s'il n'y a pas de grand litige, ça ne dément pas les craintes que nous avions. Je n'ai jamais pensé que les changements adoptés auraient des effets immédiats. Ça viendra avec le temps, d'ici deux ans peut-être», affirme-t-elle.
À la Commission des relations de travail (CRT), on ne note aucune recrudescence de la contestation. Depuis l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions du Code du travail, en février dernier, 29 requêtes ont été déposées. «Il n'y a donc pas de mouvement», confirme Serge Gagnon, de la CRT.
Même son de cloche au cabinet du ministre du Travail, Michel Després. «Il n'y a pas de cas de pratique déloyale ni de sous-traitance inconsidérée. [...] Il fallait clarifier la portée de l'article 45. Mais ça n'a pas ouvert de vanne», souligne Josée Delisle, porte-parole du ministre.
Mme Delisle explique qu'il faudra attendre un cycle d'environ trois ans pour voir des changements compte tenu du fait que la majorité des conventions collectives ont une durée de trois ou quatre ans.
«Tout ça, c'était prévisible», tranche Noël Mallette, professeur en relations du travail à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM. «Il y a sûrement eu des cas de sous-traitance, mais il n'y a aucun litige de signalé. On a une image fausse des relations de travail au Québec parce qu'on est porté à mettre en exergue les relations dans le secteur public et parapublic. Et ça, c'est davantage des relations politiques que des relations de travail, qui vont par ailleurs très bien au Québec.»
Du côté du Conseil du patronat (CPQ), on ne cache pas sa satisfaction devant l'élimination de cette «épée de Damoclès». «Si on ne voit rien, c'est que les choses se passent correctement. Ce n'est pas une ouverture à faire n'importe quoi. Il y a une démonstration à faire par l'entreprise que la majorité de ses activités principales ne sont pas touchées. À mon avis, les centrales syndicales ont trop crié au loup. C'était un symbole pour elles. Elles ont fait une guerre préventive», soutient Gilles Taillon, président du CPQ.
Henri Massé se défend d'avoir fait de l'esbroufe. «Si ç'avait passé comme une lettre à la poste, d'autres bouts de lois du travail y seraient passés aussi, dans la construction et les requêtes en accréditation, par exemple», croit-il.
Le professeur Mallette abonde dans ce sens. «Le gouvernement Charest a rompu un équilibre précaire en relations de travail. Il fallait que les centrales syndicales crient parce qu'elles auraient pu se faire déposséder d'un autre élément, craignant un effet de dominos. Quant au CPQ, son erreur stratégique a été de montrer son enthousiasme, forçant une amplification de la révolte du côté syndical», analyse Noël Mallette.
Et entre les deux parties, le gouvernement Charest n'a pas joué son rôle pédagogique, souligne M. Mallette. Il fallait vite se mettre au diapason des autres provinces canadiennes et donner une bouffée d'air frais à l'économie. Mais l'effet se fait encore attendre.

La semaine des petits coqs à Ottawa
Michel Vastel
Le Soleil samedi 9 octobre 2004
Jacques Parizeau a un jour suggéré qu'il faudrait "foutre le bordel à la Chambre des communes". Et Pauline Marois, constatant l'importance de la députation péquiste à l'Assemblée nationale, a déclaré : "Nous serons assez nombreux pour foutre la merde..." Nous en étions là cette semaine aux Communes. Le Québec n'y a malheureusement rien gagné.
Jeudi après-midi, par exemple, alors que tout le monde s'excitait sur la possibilité de la chute du gouvernement de Paul Martin, pas un seul des 54 députés du Bloc québécois n'a évoqué la vraie tragédie du jour, le licenciement de 1440 employés de Bombardier, portant le total des mises à pied depuis trois ans à 5727. Ça, c'est plus important qu'un débat de sémantique sur les mots à employer dans un sous-amendement au discours du Trône.
On aurait par exemple aimé savoir ce que le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, pense du fait qu'Air Canada achète ses appareils chez le concurrent de Bombardier, Embraer. Ou ce que son collègue à l'Industrie, David Emerson, fera de la demande de subvention de la même entreprise pour développer un nouvel appareil. Le Bloc a oublié de poser la question pour nous...
La comédie qui s'est jouée toute la semaine aux Communes n'a certainement pas impressionné non plus les membres des Forces armées : il y a l'affaire des quatre sous-marins, bien sûr, mais aussi le report, pour d'autres longs mois, de l'achat des hélicoptères, et l'absence de véhicules de transport adéquats pour les missions en Afghanistan. On constate, semaine après semaine, l'ampleur du désastre causé par 30 années de compressions budgétaires. Pire encore, n'eût été de la mort tragique d'un sous-marinier, les questions aux Communes eussent souvent ressemblé à un sketch du Festival Juste pour rire : un sous-marin qui prend l'eau, cela inspire beaucoup de blagues aux députés de l'opposition. Sauf qu'il y a une soixantaine d'hommes à l'intérieur.
La semaine n'a certainement pas contribué à rehausser l'image du Parlement. Si le pays avait été plongé dans une autre campagne électorale, le taux de participation au scrutin aurait encore une fois baissé d'un cran.
Reconnaissons que le discours du Trône n'était pas un chef-d'oeuvre littéraire ni ne constituait un programme inspirant. C'est justement parce qu'il était mal foutu que ce texte ne méritait pas de devenir l'objet d'un débat pouvant nous conduire à une crise politique !
Stephen Harper a innové en proposant des améliorations au discours du Trône plutôt que de présenter une motion de censure, comme le veut la tradition. Le grain de sel qu'a voulu y ajouter le chef du Bloc était inoffensif lui aussi. Tout cela n'était qu'un jeu pour rappeler à Paul Martin qu'il lui manque au moins deux voix pour gouverner sans se soucier des oppositions.
Paul Martin lui-même, et surtout son leader parlementaire, Tony Valeri, ont eux aussi joué les provocateurs. Déclarer par exemple que le sous-amendement du Bloc constituerait une question de confiance et que, s'il devait être accepté, cela provoquerait automatiquement la dissolution de la Chambre des communes, c'était tout aussi charrié ! L'expression "déséquilibre fiscal" était soudain devenue une question de vie ou de mort pour le gouvernement du Canada... Franchement !
Mais le Bureau des relations fédérales-provinciales a bien travaillé. Voilà que le sous-amendement du Bloc, tel que rédigé, compromettait l'indépendance du gouvernement fédéral et le soumettait aux revendications du Québec. Quelques coups de téléphone dans les capitales provinciales - à Fredericton et à Winnipeg en particulier - déclenchèrent un vent de panique et donnèrent soudain une autre tournure au débat. Même le puissant premier ministre de l'Ontario s'en est mêlé : "La proposition du Bloc ne sert pas les intérêts de l'Ontario", dit Dalton McGuinty. Et son collègue de Terre-Neuve, Danny Williams, de renchérir : "Le petit jeu du Bloc est de prendre avantage de la situation minoritaire du gouvernement fédéral pour faire avancer la cause du Québec."
Cela apprendra au chef du Bloc à se porter au secours de Jean Charest sans qu'on le lui ait demandé. Le résultat net de ces fanfaronnades de Gilles Duceppe est que le gouvernement du Québec sort encore une fois amoché de cette aventure. Dans les capitales provinciales, on n'aimait déjà pas trop les ententes "asymétriques" sur la santé. S'il faut qu'en plus le Québec arrive aux conférences fédérales-provinciales sur les transferts fiscaux ou la péréquation avec une sorte de "statut spécial" que lui conférerait le discours du Trône, c'est la levée de boucliers ! Merci Monsieur Duceppe ! Mêlez-vous donc plutôt du sort des nouveaux chômeurs de Bombardier !
Enfin, il devient évident que Stephen Harper ne détesterait pas se retrouver, même pour quelques mois et par accident, premier ministre du Canada. Voilà le jeu qu'il jouait réellement cette semaine, et avec la complicité des stratèges du Bloc. Gilles Duceppe a en effet accrédité la thèse selon laquelle, en cas de défaite du gouvernement libéral, la représentante de la reine n'aurait d'autre choix que d'inviter le chef conservateur à former un autre gouvernement. Duceppe voulait-il simplement "foutre le bordel aux Communes ?" Certains le croient.
Je pense plutôt que ce fut de l'inconscience ! Est-ce vraiment "défendre les intérêts du Québec" que de mettre au pouvoir un parti qui n'a recueilli que 8,8 % des suffrages exprimés et n'a pas réussi à faire élire un seul député ? Le Parti conservateur méritera sans doute un jour de prendre le pouvoir à Ottawa, mais pas sans le Québec ! (Celui qui a eu l'attitude la plus responsable à cet égard est le chef du NPD, Jack Layton, qui a su faire la distinction entre battre Paul Martin et mettre Stephen Harper au pouvoir.)
Gilles Duceppe serait bien avisé d'arrêter de se prendre pour le seul champion des intérêts du Québec. Qu'il laisse donc le premier ministre du Québec se défendre lui-même, là où cela doit se passer, c'est-à-dire dans les conférences fédérales-provinciales. Jean Charest a montré cet été qu'il en était capable...
Mvastel@lesoleil.Com

Un nouveau départ
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 9 et dimanche 10 octobre 2004
Une crise politique majeure a été évitée de justesse jeudi à Ottawa. Personne ne voulant être responsable du déclenchement d'élections précipitées, un compromis honorable a été trouvé qui devrait permettre au Parlement de fonctionner normalement ces prochains mois, et peut-être même mieux qu'au cours des dernières années.
Si elle a pu paraître puérile à certains, cette crise n'avait rien d'artificiel. Les résultats des dernières élections la rendaient inévitable. Comme des lutteurs qui entrent dans l'arène, le gouvernement et l'opposition avaient besoin de mesurer leurs forces respectives. Ce premier affrontement les aura convaincus que ni l'un ni l'autre ne peut pour le moment s'imposer comme maître du jeu parlementaire.
La situation dans ce nouveau Parlement est plutôt inédite. Minoritaire, le gouvernement de Paul Martin ne peut, contrairement à ceux qu'ont par le passé dirigés les premiers ministres Pearson et Trudeau, se composer une majorité par des alliances avec d'autres partis. Même en additionnant ses voix à celles du NPD, il n'en aurait que 153 contre les 154 que représentent celles du Parti conservateur, du Bloc québécois et du député indépendant Chuck Cadman.
Pour le premier ministre Paul Martin, qui sait pourtant compter, la nécessité de composer avec l'opposition aurait dû lui apparaître bien avant jeudi et le mener à présenter un discours du Trône qui intègre, du moins en partie, les préoccupations de ses adversaires. Il a plutôt fait le pari que ceux-ci n'oseraient pas d'entrée de jeu le mettre face à cette réalité pour ne pas avoir à porter la responsabilité de la tenue d'élections précipitées. Il a alors cru qu'il pouvait composer un programme gouvernemental entièrement axé sur la mise en oeuvre des promesses électorales libérales.
Ce pari, le premier ministre l'a perdu. Il a dû s'asseoir jeudi avec ses vis-à-vis conservateur et bloquiste pour chercher un compromis. Ce faisant, il a mis un genou à terre. Un seul toutefois, puisque Stephen Harper et Gilles Duceppe ne pouvaient pas se permettre de refuser la main tendue, n'ayant pas l'assurance de remporter le vote sur le sous-amendement du Bloc québécois au discours du Trône puisque l'indépendant Cadman s'était gardé de révéler à qui il donnerait son appui. Pour les libéraux, la neutralité apparente de celui-ci s'est transformée en atout crucial. À l'avenir, elle équilibrera le rapport de force entre le gouvernement et l'opposition.
Pour les bloquistes et les conservateurs, l'important était d'établir ce rapport de force qui leur permettra d'influencer directement les politiques du gouvernement Martin. Cette démarche était légitime puisque, le 28 juin dernier, près des deux tiers des Canadiens ont voté pour les partis qui forment l'opposition aujourd'hui. L'initiative de faire des lois et des politiques demeure toujours entre les mains de ce dernier, qui devra par contre constamment requérir l'opinion des partis adverses et intégrer leurs préoccupations à son programme législatif.
Le dénouement de cette crise servira bien le Parlement, qui pourra retrouver son rôle de contrepoids au pouvoir exécutif que le gouvernement Chrétien lui avait dénié ces dernières années. Il pourra être le lieu d'élaboration de compromis politiques plutôt que d'affrontements constants. La qualité du travail des députés en sera rehaussée. Si chacun veut bien jouer le jeu, ce sera un nouveau départ pour le parlementarisme canadien. Ne nous berçons toutefois pas d'illusions : en effet, dès que le gouvernement ou l'opposition estimera que la conjoncture électorale redevient favorable, les vieux réflexes reprendront vite le dessus.

L'oubli de la violence et la création des États-nations
Ángel Castiñeira
Professeur à ESADE, Barcelone
Le Devoir mardi 12 octobre 2004
Résumé d'une présentation livrée jeudi dernier dans le cadre de conférences sur les nationalismes majoritaires contemporains organisées par le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales et la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, de l'Université du Québec à Montréal.
Les nations, comme les personnes, ont tout autant besoin de continuité, de reconnaissance, de cohérence que de différencier les expériences partagées de leurs membres ou de construire et d'interpréter leur identité par des récits alimentés par leur propre mémoire historique : la mémoire collective.
On parle de mécanismes sociaux, d'objets matériels ou immatériels présents dans l'imaginaire social à l'origine d'une fonction remémorative : celle de rendre présent ce qui est absent, celle d'aider les groupes nationaux à se souvenir ensemble, à acquérir une identité commune et à réussir à passer de la multiplicité des expériences et des souvenirs représentés individuellement à l'unicité d'un souvenir commun.
Les membres d'une communauté sont en lien avec les souvenirs de leur génération et des générations passées et futures dans une succession de transitions projetées dans le temps : en tant qu'héritage (passé), compromis (présent) et projet (futur). Ceci explique pourquoi le lendemain est impossible sans la veille.
La construction de la tradition repose, pour une large part, sur la gestion du souvenir, sur les itinéraires de mémoire choisis, sur la façon d'identifier, d'interpréter et d'évaluer les liens entre les souvenirs et sur la façon de dramatiser les récits constitutifs ou de donner sens aux lieux «sacrés» de pèlerinage historique.
En Catalogne, par exemple, la cartographie de la mémoire comprend des endroits emblématiques (les montagnes de Montserrat et le pic du Canigou ou encore les monastères de Poblet, Ripoll) mais aussi des lieux associés à la honte, des lieux de mort, d'humiliation et de tristesse, reconquis ensuite symboliquement sous la forme de monuments dédiés à la vie : le parc de la Ciutadella de Barcelone (ancien arsenal de l'armée espagnole), le château de Montjuïc (où les troupes de Franco ont fusillé en 1940 le président catalan Lluís Companys), la statut dédiée à Rafael Casanova (héros de la défense de la ville de Barcelone pendant le siège des troupes espagnoles en 1714).
Ces sites constituent de véritables itinéraires de procession civique à l'intérieur de l'espace urbain avec une forte concentration symbolique.
«Je me souviens»
Au cours des processus de construction nationale, nous avons sélectionné uniquement les événements considérés comme importants à nos yeux et, dans la mesure où ils constituent les jalons de notre parcours, nous persistons dans la volonté de les préserver et de nous en souvenir. Nous ne nions pas l'existence de certains événements mais d'autres semblent exclus car ils ne sont pas suffisamment importants dans l'histoire que la nation se raconte et se commémore.
C'est la raison pour laquelle certains (les Irlandais du Nord et les Catalans) n'ont jamais oublié des événements précis et d'autres (les Anglais et les Espagnols par exemple) n'ont jamais rien fait pour s'en souvenir ou pour les interpréter de la même façon. On attribue à l'évêque nord-américain Fulton Sheen la phrase suivante : «Les Anglais ne s'en souviennent pas, les Irlandais ne l'oublient pas.» L'oubli social et surtout institutionnel de la violence fondatrice participe à la création de la plupart des États-nations.
La devise inscrite sur les plaques d'immatriculation des voitures québécoises, «Je me souviens», joue avec le devoir de mémoire au sujet des événements que le reste du Canada souhaiterait bien oublier.
Tzevetan Todorov a revisité récemment le cas d'une étude réalisée en 1995 par l'historien nord-américain John Dower sur les différentes méthodes utilisées par les États-Unis et le Japon pour se remémorer des événements liés à la bombe atomique lancée sur Hiroshima. Dower a démontré que la mémoire n'est pas neutre du point de vue de la morale. Ces événements ainsi qu'une sélection et une combinaison de ces informations ont donné lieu à deux versions complètement différentes : «Hiroshima synonyme de victimisation» (Japon) et «Hiroshima synonyme de triomphe» (États-Unis).
L'élément important dans la mémoire nationale du passé n'est donc pas la vérité mais sa signification. Ce n'est pas l'histoire rigoureusement décrite mais la perception subjective des épisodes (re)vécus, retrouvés ou transmis de façon émouvante qui est finalement importante dans la formation et la pérennité des nations.
Ce que l'on occulte
Cela n'empêche pas que, très souvent, la mémoire collective occulte certains dangers et certaines pathologies. Quelques-uns de ces dangers sont bien connus :
- le cas de la mémoire effacée (ceux qui nient l'existence du génocide juif);
- le cas de la mémoire manipulée (l'histoire classique écrite par les vainqueurs, généralement lors de la fondation des États);
- le cas de la mémoire blessée (mémoire de ceux qui vivent opprimés par les souvenirs de l'Holocauste ou qui souffrent d'un excès de mémoire : c'est le cas des conflits actuels dans les Balkans et au Proche-Orient);
- le cas de la mémoire réprimée liée à la peur d'assumer les responsabilités (comme sous la France de Vichy ou la guerre d'Algérie ou sous l'Espagne de Franco et de la guerre civile).
Il faudrait, à notre avis, ajouter un symptôme d'un autre type de pathologie, propre à ce que certains appellent la névrose identitaire, une blessure profonde de notre capacité d'autoreprésentation. Certaines nations dites sans État comme la Catalogne et le Québec vivent actuellement un processus semblable et parallèle -- ce que Jocelyn Maclure appelle le nationalisme mélancolique --, fruit d'une mémoire traumatisante habituée à devoir lutter entre le long purgatoire de résistance de la survivance et la menace constante d'assimilation et de colonisation.
Ainsi, face à l'image actuelle d'une Espagne ou d'un Canada «normalisé» avec une autoperception complaisante et optimiste, nous sommes nombreux, nous les citoyens des nations sans État, à ne pas savoir de quelles traditions nous souhaitons nous sentir héritiers. C'est pourquoi, dans les pays soumis à des processus de construction identitaire, la défense de l'identité nationale se transforme en lutte symbolique : déterminer la mémoire historique qui servira de cadre d'interprétation de notre vie en commun.
En bref, ou nous nous racontons ou ce sont les autres qui nous racontent.

Le projet d'agrandissement de l'École canadienne-française serait en péril
SRC mardi 12 octobre 2004
La Division scolaire francophone et la Fédération des francophones de Saskatoon accusent le ministère du Patrimoine canadien de « négligence inacceptable » envers les francophones en milieu minoritaire.
La DSF et la FFS reprochent à Ottawa de ne pas tenir ses engagements financiers dans le dossier de l'agrandissement de l'École canadienne-française de Saskatoon.
Les deux organismes ont rédigé une lettre destinée à la ministre Liza Frulla, lettre qu'ils font circuler dans la communauté. Une démarche semblable aurait été entreprise à Moose Jaw.
Dans la lettre, les francophones indiquent à la ministre Frulla qu'ils sont étonnés et déçus d'apprendre que le projet d'agrandissement de l'École canadienne-française de Saskatoon est en péril à cause d'un manque d'engagement financier du gouvernement fédéral.
Selon l'un des auteurs de la lettre, la présidente de la Fédération des francophones de Saskatoon, des fonctionnaires avaient promis, verbalement, de financer le projet. Si cette promesse n'est pas respectée, Anne Leis soutient qu'il s'agit d'un accroc sérieux aux objectifs d'Ottawa en matière d'appui aux langues officielles.
Les auteurs de la lettre s'interrogent à savoir si la communauté francophone de Saskatoon ne sera pas la prochaine victime de l'assimilation.
La ministre Frulla, n'a pu être rejointe, cependant, son attaché de presse affirme ne pas être au courant des engagements présumés du ministère. Il promet de vérifier. Il rappelle que la ministre n'était pas en poste quand ces supposées promesses ont été faites.
Réponse risible, selon Anne Leis. Toutefois, elle reconnaît que l'objectif de la campagne de la Division scolaire et de la FFS est justement de faire en sorte que leurs doléances se retrouvent à l'ordre du jour de la ministre.

Le scandale radio-canadien
Victor-Lévy Beaulieu
L'aut'courriel n° 89, 12 octobre 2004
Le CRTC oblige la station radiophonique CHOI-FM de Québec à fermer ses portes pour abus de langage, indécences dans les propos et grossièretés dans les images, notamment de la part de Jeff Filion qui s’amusait à péter en ondes le jour des funérailles de Jean-Louis Millette et durant un témoignage d’Andrée Lachapelle.
Dès l’annonce faite par le CRTC, les journaux de Québec se remplissent de publicités mettant en cause la liberté de l’information, Jean Charest et Mario Dumont prennent la défense de CHOI-FM, cinquante mille personnes descendent dans la rue en scandant le nom de Jeff Fillion comme s’il était un héros national.
Pendant ce temps, la Société Radio-Canada met la hache dans sa chaîne dite culturelle, la remplaçant par une radio musicale à diffusion continue, sans animateurs ni commentateurs. Le CIEL-FM de Jean-Pierre Coallier renaît en quelque sorte, les questionnements en moins et la mise en contexte disparue : le vide de la pensée, presque sidéral, au nom d’une musique altermondiste et suffisante par elle-même, d’où l’absence de réflexion même nominale.
Il est clair qu’en agissant ainsi, la Société Radio-Canada contrevient au mandat qui est le sien, verse dans la facilité et l’incompétence, pour ne pas dire dans la trahison tout court. Pourtant, le CRTC n’a absolument pas réagi, sans doute parce que ça ne touchait que les Québécois francophones, le Canada anglais gardant telle qu’elle a toujours existé sa chaîne dite culturelle. Quelques artisans protestèrent, quelques éditorialistes s’en mêlèrent, mais davantage pour la forme que pour le fond. Inutile d’ajouter qu’il n’y eut pas dans les rues de Montréal de manifestations contre le hold-up radio-canadien, et ni Jean Charest ni Mario Dumont n’en devisèrent devant les caméras et auprès du CRTC. Ce n’est pas seulement catastrophique et scandaleux, mais profondément affligeant puisque ce sont nos rapports intimes avec la culture, la nôtre, qu’on assassine ainsi.
Il est clair dans mon esprit que la chose ne se fait pas par inadvertance de la part de nos mandarins fédéraux. Depuis vingt ans, nous pouvons dire que notre culture est véritablement nationale, qu’elle occupe tous les champs du discours grâce à une créativité qui a peu d’autres exemples à nous donner, aussi probants, ailleurs dans le monde. Or, une culture doit être diffusée si on ne veut pas qu’elle se mette à tourner en rond et à s’étioler avant de mourir de sa belle mort. Le passé est plein de ces cas-là de génocide culturel.
Tandis que le gouvernement fédéral ne cesse pas de nous parler de la diversité culturelle, il pratique dans les faits une politique d’exclusion. Et cette politique-là d’exclusion, ce sont nous les Québécois francophones qui en subissons les conséquences par détournement de la pensée au nom d’un pragmatisme et d’une rationalité qui n’existent nulle part. « La chaîne culturelle coûtait trop cher et trop peu de monde l’écoutait », a dit son président, Sylvain Lafrance, pour en justifier le démembrement. Si on pousse cette logique-là jusqu’au bout, on peut le paraphraser en écrivant : « Les minorités coûtent trop cher et trop peu de monde s’y intéresse.»
Il faut dire que durant les dix dernières années, les administrateurs de la chaîne culturelle de Radio-Canada ont tout fait pour en pervertir la pertinence et l’originalité : coupures dans les budgets, particulièrement ceux qu’on attribuait aux régions qui furent ainsi forcées de cesser de produire, centralisant à Montréal et pour Montréal seule les subventions fédérales, comme si le reste du Québec, qui compte pourtant pour la moitié de la population, n’avait plus aucun droit sur une radio qui devrait pourtant lui appartenir autant que les auditeurs de la métropole.
La province éliminée de la chaîne dite culturelle, on en modifia la programmation, soit-disant par manque de moyens. Pour ne donner qu’un exemple, je cite le cas des grandes entrevues bien menées et bien réalisées qu’en un temps pas si lointain on pouvait entendre à Radio-Canada, avec toutes sortes d’artistes et d’artisans travaillant à rendre notre culture dans ses grosseurs. Je pourrais aussi parler des pièces de théâtre, des journaux d’écrivains, des récits de voyage qu’on y diffusait, et qui remportaient nombre de prix, aussi bien au Canada qu’à l’étranger, de même que toute l’attention qu’on accordait grâce à Michel Garneau à la jeune littérature. Dorénavant, ne serait-ce que pour vous informer, adressez-vous ailleurs, Radio-Canada ne faisant plus état de notre singularité culturelle.
On voudrait abolir notre être identitaire qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Que le CRTC ne soit pas intervenu dans cette sordide affaire, que la presse n’ait manifesté guère d’appuis aux artisans congédiés cavalièrement par Radio-Canada, que les groupes de pression, par ailleurs si rapides sur la détente, se soient confinés au silence, tout cela dit bien notre lâcheté intellectuelle et le peu de cas que nous faisons du meilleur de nous-mêmes, de notre inventivité et de notre génie créatif. Car il y a quelque chose de suicidaire dans notre façon de réagir à la fermeture de CHOI-FM d’une part et notre façon de ne pas réagir au démembrement de la chaîne dite culturelle de Radio-Canada d’autre part.
Tout se passe en effet comme si nous voulions conserver, protéger et défendre ce que notre société a de plus kétaine, de plus malodorant, de plus grossier et de plus sensationnel au détriment de ce que représente fondamentalement la culture, cette tentative de rendre l’homme meilleur qu’il ne l’est et plus beau que dans le simple quotidien de sa vie.
Ce choix pourrait expliquer à lui seul que Michèle Richard n’a qu’à chier sur la moquette dans une chambre d’hôtel pour que ça devienne une affaire nationale dans les journaux, à la radio et à la télévision. Des excréments comme substituts culturels, pour ne pas dire en guise de culture tout court. J’y trouve là ce qu’on peut reprocher de pire à nos médias en général et particulièrement à la nouvelle radio et à la nouvelle télévision de Radio-Canada : l’omniprésence du fait divers. Si on n’a plus prétendument d’argent pour y parler un tant soit peu de notre culture, on envoie aux quatre coins du Québec reporters et caméramen interviewer n’importe qui passant au feu ou ayant son sous-sol inondé ; on y mêle les voisins, les connaissances, le curé, le psychologue et le policier, chacun y allant d’un boniment dénué de tout intérêt.
Je ne suis pas certain que la démocratisation à ce point-là des ondes, surtout quand elles doivent être un service public comme celles de Radio-Canada, est porteuse de rêves véritables, ne serait-ce que ceux qu’une société dite normale devrait rendre signifiants et non pas totalement débiles, même si tout le monde en parle.
Aussi bien pour la radio que pour la télévision, Radio-Canada ne respecte plus rien du pourquoi de sa création ; et notre société d’État qui a beaucoup contribué à note émancipation collective est en train de faire de nous de simples consommateurs pervertis, consentants et silencieux, ce qui démocratiquement parlant est toujours de mauvaise augure pour n’importe quelle société qui s’y adonne dans tant d’inconscience.
Le CRTC ferait bien d’y voir et le psychiatre aussi. Ce n’est pas la besogne qui va leur manquer.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’IGNORANCE DE JUSTIN TRUDEAU
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 12 octobre 2004
« Si le Canada est divisible; le Québec l’est tout autant. » C’est ce qu’a béatement répondu le fils de Pierre-Elliott Trudeau, interrogé à savoir s’il pouvait reconnaître un vote souverainiste gagnant à 50% plus une voix. La scène s’est déroulée dans le cadre de la nouvelle émission de télévision de Radio-Canada : « Toute la ville en parle. »
Cet épouvantail créé par l’ancien ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion constitue l’ultime trouvaille du camp fédéraliste afin d’apeurer les souverainistes québécois. C’est que les menaces économiques brandies par Ottawa n’effraient plus personne au Québec. Depuis que le déficit zéro a été atteint malgré le carcan fiscal fédéral, il ne fait plus de doute quant à la viabilité d’un Québec souverain. Même des membres du gouvernement fédéraliste de Jean Charest à l’Assemblée nationale jurent que les Québécois jouiraient d’un meilleur développement si Ottawa levait la sanction financière qu’il a imposée après le vol de 1995.
Reste donc le recours à cet ignoble concept aux assises revanchardes : la menace de dépecer le territoire québécois au lendemain d’une victoire indépendantiste. Difficile effectivement d’y percevoir d’autres motifs. On y décèle même un relent de racisme puisque les nouvelles frontières qui redessineraient l’État québécois suivraient un parcours qui façonnerait des quartiers linguistiques et ethniques. Soutenir la thèse de la partition relève en conséquence de l’agitation raciste. La déclaration de Justin Trudeau à l’émission animé par Guy A. Lepage démontre donc que l’invité de ce dernier souffre d’une grande ignorance parce qu’il ne connaît visiblement pas la sombre portée d’une pareille affirmation devant des caméras de télévision. La désinvolture qu’il a affichée lorsqu’il a laissé tomber cette phrase nécessite une réplique musclée de la part des députés bloquistes aux Communes. Il est grand temps d’exiger du gouvernement libéral canadien qu’il admette sa maladresse d’avoir appuyé l’idée de son député de Saint-Laurent-Cartierville.
Le projet souverainiste des Québécois plonge ses racines dans l’histoire. Il concerne un territoire aux frontières internationalement reconnues depuis près d’un siècle, elles-mêmes influencées par d’autres tracées encore plus ancien. Qu’on soit pour ou contre, la thèse indépendantiste représente un objectif qui ne ferme la porte à personne. L’idéal souverainiste vise l’érection d’une société francophone qui réfère à l’évolution du peuple québécois depuis sa naissance lors du régime français. Il se situe donc à des années lumières d’un quelconque dessein de vengeance, au contraire de l’irresponsable intimidation à laquelle se livrent désespérément des membres de l’État canadien. L’inconscience de ces gens encourage des individus comme Justin Trudeau à répéter innocemment ce qu’il entend d’Ottawa, au risque de provoquer des tensions tout à fait évitables.
Il est grand temps que le gouvernement canadien soit rappelé à l’ordre par des instances internationales car des élus qui se targuent de diriger un pays exemplaire au chapitre de la tolérance, se vautrent à la fois dans la lie de ce que le racisme peut produire de plus rebutant. On ne peut laisser grandir cette chimère plus longtemps avant qu’elle n’éclabousse un peuple canadien qui ne cautionne assurément pas l’égarement intellectuel de certains représentants politiques à Ottawa.

TRIBUNE LIBRE
Chagnon et les Amérindiens
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 12 octobre 2004
Jacques Chagnon est-il un raciste ou un idiot ? Peut-être est-il plus idiot que raciste mais en tout cas, pour imputer à la culture les problèmes de violence envers les femmes amérindiennes, il faut souffrir d’ignorance crasse de ce qui concerne les peuples amérindiens et les nombreux problèmes qui affectent ces communautés. Chagnon me fait penser à cet autre avocat idiot pour qui la prostitution juvénile est une composante de la culture haïtienne. L’art de raisonner avec ses pieds…
Comment ces peuples, qu’on a faussement qualifiés de « sauvages » parce qu’ils n’appartenaient pas à notre « brillante civilisation » chrétienne, en sont-ils parvenus à une telle déchéance ? Comment des jeunes en sont-ils rendus à sniffer de l’essence? La réponse n’est sûrement pas dans la culture mais peut trouver son origine dans la façon dont les colonialistes, en particulier le colonialisme anglo-canadien, ont traité les peuples amérindiens.
Les Français ont eu, somme toute, de bonnes relations avec les premiers habitants et véritables découvreurs de l’Amérique (n’en déplaise aux Vikings ou à Christophe Colomb), sans qui nous ne serions peut-être pas là pour en parler. Jacques Cartier et ses hommes, ainsi que ceux qui sont venus après, ont eu de la chance de pouvoir compter sur des gens pas si sauvages que ça quand le scorbut faisait des ravages et que les hivers ne ressemblaient pas à ceux de leur pays d’origine. N’eut été de ces peuples qui connaissaient le continent comme le fond de leur poche, on n’aurait pas pu établir les bases d’un empire qui, s’il n’y avait pas eu la Conquête et la présence anglaise au sud, aurait fait de l’Amérique du Nord, une terre française et non anglaise.
On ne peut pas faire un portrait semblable des relations entre les Amérindiens et nos futurs « partenaires » anglais. Ceux-ci ont aussi eu une conduite bien plus « sauvage » et typiquement colonialiste, qu’ils ont répétée avec d’autres peuples tombés sous leur joug. Qu’on pense à Amherst, qui voulait propager la variole dans les tribus avec des couvertures infectées, aux Newfies, qui ont littéralement exterminé les Béothuks de Terre-Neuve et, pour compléter ce « charmant » tableau, les gouvernements britannique et canadien, qui ont eu une politique d’assimilation et créé les réserves.
En gros, le même sentiment de supériorité raciale qu’envers les Québécois. Dans ce contexte, nos frères autochtones devraient s’unir à nous pour se débarrasser du gouvernement néo-colonial canadien au lieu de nous regarder comme des colonisateurs qui veulent voler leurs terres pour faire des barrages. Nous partageons le même sol natal alors pourquoi nos voisins revendiquent-ils des portions de terres dites « ancestrales » ? Cette terre est la leur autant que la nôtre et ils n’ont pas à faire des sparages devant les tribunaux pour s’en approprier des bouts sur lesquels vivent des Québécois.
Pour revenir à notre crétin de ministre, il est facile de comprendre pourquoi les communautés amérindiennes sont aux prises avec autant de problèmes, des problèmes qu’ils ne connaissaient pas avant l’arrivée des Européens. L’alcoolisme, le sniffage d’essence, la violence conjugale, la criminalité ne font pas partie des traditions culturelles de ces peuples mais sont des produits de la politique colonialiste qui a plongé ces peuples dans la misère. Autre preuve que ce n’est pas un trait culturel, nous connaissons aussi des problèmes du genre dans notre belle civilisation du profit et de la consommation à l’américaine. La pauvreté et un avenir bouché, autant chez un jeune Amérindien que chez un jeune Québécois, ne peuvent pas faire autrement que mener à la déchéance et à l’autodestruction. Il ne comprend pas ça, le ti-ministre à l’esprit tordu ? Il y en a beaucoup qui ne sont pas mieux que lui…
Si on veut aider les peuples amérindiens à se sortir de cette situation indigne d’être humains, il faudrait cesser de les considérer comme un élément de folklore qu’on utilise lors de l’assermentation du gouvernement fédéral ou pour vendre du Lakota à la TV. Il faudrait, au contraire, adopter la même vision que les Patriotes qui, dans la Déclaration d’indépendance, reconnaissaient l’égalité de tous les citoyens du Bas-Canada, y compris les Amérindiens. Une vision plus progressiste, plus humaine que celle qui a amené à la création des réserves et aux problèmes actuels de nos voisins autochtones. Il faut souhaiter que ce qui n’a pu se réaliser en 1838 devienne réalité dans un Québec indépendant et que ce soit inscrit dans la déclaration d’indépendance et la future Constitution de notre pays.
3. Que sous le gouvernement libre du Bas-Canada, tous les individus jouiront des mêmes droits : les sauvages ne seront plus soumis à aucune disqualification civile, mais jouiront des mêmes droits que tous les autres citoyens du Bas-Canada. – Déclaration d’indépendance, 28 février 1838

TRIBUNE LIBRE
La persistance du mensonge
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 12 octobre 2004
Malgré l’accumulation des faits tendant à démontrer l’inexistence d’armes de destruction massive en Irak et de liens entre al-Quaïda et Saddam Hussein, George W. Bush continue à rabâcher les mensonges dont il a abreuvé les Américains et le monde depuis 3 ans. On peut le comprendre ; en pleine campagne pour se faire réélire, il a besoin de justifier sa politique « préventive » et d’entretenir la menace qui pèse sur l’Amérique, comme en témoignent ces hausses, fondées ou pas, du niveau d’alerte terroriste. Les Américains ont fini par en devenir paranoïaques mais c’est ce que recherchent les faucons de la Maison-Blanche pour pouvoir continuer de mener d’autres guerres « préventives » et consolider la domination US sur le monde.
Un autre des dadas favoris de Bush depuis la fin supposée de la guerre : l’Amérique et le monde sont plus en sécurité depuis que Saddam est en prison ! Ah oui ? Comme si l’invasion de l’Irak (et celle de l’Afghanistan auparavant) n’avait pas incité des centaines de musulmans à rejoindre les groupes de résistance ou la mouvance Ben Laden pour frapper l’Occident. Comme si l’invasion de leur pays n’avait pas engendré le désir de vengeance chez les Irakiens, qui infligent quotidiennement des pertes à l’armée d’occupation américaine. Et les bombardements de maisons irakiennes, sous le prétexte de neutraliser des terroristes mais qui tuent des hommes, des femmes et des enfants sans discernement, contribuent-ils à rendre l’Amérique et le monde plus sécuritaires ou à alimenter la relève qui voudra se sacrifier au nom du djihad ?
L’attentat de Madrid survenu le 11 mars dernier a été la démonstration flagrante que la chute de Saddam Hussein n’avait pas rendue le monde plus sécuritaire, malgré ce qu’en disent les va-t-en-guerre de la Maison-Blanche. Des pays qui ont suivi les faucons américains mais dont les populations étaient hostiles à la politique impérialiste de Washington se retrouvent maintenant dans la mire de Ben Laden. Et quand arrivera le prochain attentat majeur d’al-Quaïda aux USA ou en Europe, ce sera une preuve de plus que le monde n’est pas plus sécuritaire qu’avant les deux dernières guerres dites « préventives » des fondamentalistes américains. Seuls les gens qui ne demandent qu’à les croire vont gober ces foutaises. Il y en a toujours, de toute façon, pour qui se servir de sa raison est mission impossible.
Mais nous sommes en pleine campagne présidentielle alors en politique comme à la guerre, la vérité est toujours la première victime. En attendant, des civils irakiens, des soldats américains et des otages étrangers payent de leurs vies pour les mensonges des Bush, Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz et la déshonorante servilité de Blair et autres suiveux qui cautionnent la politique terroriste US.
Une nation hyper-puissante qui, sous de faux prétextes, en attaque une autre plus faible sans qu’il y ait eu la moindre intention hostile de la part de celle-ci, voilà la véritable menace. Le monde sera plus sûr quand il sera débarrassé d’un président bigot, belliqueux, impérialiste, qui se croit au-dessus des lois et institutions internationales, qui considère les gouvernements étrangers comme ses vassaux et les peuples comme des consommateurs de la culture d’Hollywood et de Disneyland. La défaite de Bush le 2 novembre prochain sera le premier pas vers la construction d’un monde vraiment libre de l’hégémonie américaine.

TRIBUNE LIBRE
Fédéralisme souverain
Louis La Bonté,
traducteur au gouvernement fédéral
TRIBUNE LIBRE 12 octobre 2004
Après avoir lu divers articles du Devoir écrits par des souverainistes appuyant l'élection référendaire, idée qui m’a été expliquée par Sasha-Alexandre Gauthier, vice-président du PQ de Montréal-Centre, j'ai eu une idée qui permettrait de clarifier les choses pour les fédéralistes.
Résumons d'abord le principe mis de l'avant : en premier lieu, le gouvernement élu aurait préalablement inscrit dans son programme qu'il gouvernerait le Québec pour les Québécois. Il refuserait de se faire dicter certains de ses intérêts par un autre gouvernement devant respecter des intérêts parfois conflictuels avec ceux du Québec.
Par exemple, le Parti québécois pourrait prévoir l'abolition du poste de lieutenant-gouverneur, symbole inutile du colonialisme; en cette période de compressions, où l'aide aux devoirs a été charcutée pour quelques centaines de milliers de dollars, il faut sérieusement se demander s'il n'y aurait pas mieux à faire que de payer des millions de dollars pour qu'une personne non élue représente le Québec auprès de la Reine d'Angleterre, et vice versa. La majorité des Québécois n'y verraient aucun inconvénient – au contraire! – même si cela revient à agir anticonstitutionnellement (eh oui, ce mot peut être utilisé). Si la constitution ne convient pas au peuple, il faut la changer!
D'où la nécessité de préparer une constitution proprement québécoise avant même l'élection du Parti québécois, en vue d'un référendum qui permettrait aux Québécois, pour la première fois de leur histoire, de sanctionner directement leur propre constitution. Le Québec pourrait alors exiger du Canada ce que celui-ci lui refuse catégoriquement de lui donner (il suffit de penser au défunt accord du lac Meech).
Voilà donc ma proposition pour rassurer un peu les fédéralistes, dont l'opinion ne doit pas être écartée : le projet de constitution pourrait comporter une disposition invitant le Canada à discuter avec le Québec d'une éventuelle confédération à l'européenne; d'une constitution qui inclurait *sans compromis* celle du Québec. Si le Canada est de bonne foi dans son désir de satisfaire pleinement aux besoins et aux demandes du Québec, il pourrait y avoir un avenir pour l'union morale et stratégique entre le Canada et le Québec. S'il refuse la constitution québécoise, la preuve sera faite que l'indépendance totale est la seule vraie réponse aux intérêts des Québécois.
D'ici là, ce qui importe le plus, ce n'est pas tant le débat sur la question que le contenu de la constitution provisoire dont se doteraient les Québécois. Elle doit être précise et éviter les erreurs du passé (constitution floue qui multiplie les différends découlant de la mauvaise foi ou des intérêts divergents).
La Constitution canadienne a déjà prouvé son immuabilité, et elle ne répond pas aux intérêts du Québec. La solution proposée me paraît une façon idéale pour le Québec de ne plus demeurer paralysé par ce problème, dont il paraîtrait que les gens sont « tannés d'entendre parler ». Mais quand il y a un problème, il faut en parler, car on ne le réglera en l'oubliant!
Après tout, il faut bien penser que la Constitution est la loi fondamentale qui régit toutes les lois structurant notre société. C'est loin d'être rien... c'est tout!

TRIBUNE LIBRE
Cours pratique de démocratie contemporaine
Louis La Bonté,
traducteur au gouvernement fédéral
TRIBUNE LIBRE 12 octobre 2004
Le Québec peut bien demeurer au sein du Canada, si tel est son choix. Mais ses citoyens doivent être conscients des enjeux de leurs choix et de leurs non-choix. Ils doivent aussi savoir qu’ils ont le pouvoir, en cette ère de l’électronique, de faire de leur belle province le premier pays de l’histoire à faire profiter la démocratie des dernières possibilités de la technologie. Par exemple, à chaque élection, les partis pourraient chacun inscrire une question de référendum sur un seul et même bulletin de vote, grâce aux urnes électroniques. En fait, le Québec pourrait se doter d’une constitution et d’un système électoral plus démocratiques qu’il aurait été possible de l’imaginer en 1867 et même en 1982.
Or, les fondements de la Constitution du Canada, rejetée depuis plus de 20 ans par tous les gouvernements du Québec qui se sont succédés à plusieurs reprises, reposent non dans le siècle passé, mais dans le précédent. La réalité a bien changé depuis, mais cela n’empêche pas un premier ministre du Canada de décider, le siècle dernier, de couler ces fondements constitutionnels dans le béton, au détriment du Québec. Le projet de réforme qui s’ensuit, signé au lac Meech, dans le parc de la Gatineau, est un échec cuisant : le minimum exigé par le Québec dépasse le maximum que les Canadiens sont prêts à lui concéder. N’en déplaise au Québec, la loi fondamentale, celle qui gère toutes les autres, est là pour rester. On l’invite simplement à contourner ses failles par de ponctuels accords administratifs.
Au mieux, donc, tout repart à zéro à chaque négociation. Tout maintien des acquis du Québec est considéré comme une victoire retentissante, alors qu’une simple constitution fonctionnelle garantirait cette condition dès le départ. Règle-t-on vraiment un problème en l’oubliant?
Le débat commence ici. Quelle voie emprunter? Doit-on quitter le Canada pour se doter d’une constitution à notre mesure? Peut-être… mais peut-être pas. La réponse revient au Canada, justement.
Compte tenu de l’immuabilité de la Constitution du Canada, il reste au peuple du Québec à rédiger la sienne et à l’adopter par référendum. Acte suprême de démocratie que l’histoire ne lui a jamais permis de poser.
Néanmoins, si les Québécois le veulent, ils pourraient lancer une invitation au Canada. Il lui serait donné d’accepter telle quelle la Constitution du Québec et de l’enchâsser dans la sienne propre. Si les intérêts du Québec et du Canada sont conciliables, il acceptera. Sinon, il lui faudra admettre que la symbiose n’est plus possible et que chacun doit veiller à ses propres intérêts, parfois conciliables, parfois non.
Ce qui n’empêchera pas les deux pays de faire front commun sur certaines questions (avec deux voix plutôt qu’une).
Nous voilà donc dans une alternative : continuer de se buter inutilement contre une Constitution défectueuse, ou poser clairement nos conditions et décider de la suite selon la réponse du Canada.
Ensuite, advienne que pourra.
