
Le banderillero
Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 13 octobre 2004
Le purgatoire. On fait souvent référence à ce lieu mythique lorsqu'un parti politique est renvoyé par les électeurs dans l'opposition pour y expier ses fautes. Il s'agit toujours d'une période difficile qui généralement prend des allures de psychodrame se terminant par un changement de direction. S'il ne part pas de lui-même, le chef sera chassé par les militants.
Au Parti québécois, les choses ne se sont pas déroulées ainsi depuis la défaite d'avril 2003. Celle-ci n'a pas été reçue comme un échec, puisque les électeurs ont semblé regretter leur geste dès le lendemain de l'élection. À peine battu, ce parti retrouvait la tête dans les sondages, donnant l'impression à ses militants qu'il suffisait, pour reprendre le pouvoir, d'actualiser leur programme.
Le principal tenant de cette approche fut Bernard Landry qui, en faisant de la saison des idées une période de réflexion sur l'avenir, évitait que les projecteurs ne se braquent sur lui-même et sa performance comme chef du parti. Il semble toutefois qu'il ne pourra échapper à un «examen de conscience».
Le député de Rousseau, François Legault, lui a rappelé hier que le préalable à toute discussion sur l'avenir est un retour sur le passé, lequel n'a été fait que partiellement jusqu'ici. Il a deux fois raison. S'il prétend avoir la capacité de diriger le Parti québécois lors de la prochaine élection, il doit démontrer qu'il a bien compris les causes de la défaite, surtout que les électeurs prennent peu à peu leurs distances par rapport aux péquistes pour se rapprocher des libéraux.
François Legault soutient ne pas vouloir, par son intervention, contester le leadership de son chef. M. Landry en doutera certainement. Qui d'autre que celui qui a été ministre des Finances et premier ministre peut être perçu comme le responsable des erreurs qu'il faut aujourd'hui confesser ? De la même manière, il compris que c'est d'abord à lui que s'adresse le député lorsqu'il dit qu'il faut avoir «le courage de changer». Il s'agit d'une mise au défi de son chef à peine camouflée.
Les ambitions de François Legault sont bien connues. Il est, avec Pauline Marois, l'un des deux seuls aspirants sérieux à la succession de Bernard Landry. La députée de Taillon ayant échoué dans sa tentative d'obtenir un congrès au leadership, il doit se contenter de piquer des banderilles dans le dos de son chef pour l'affaiblir et être perçu, le moment venu, comme celui qui saura moderniser le Parti québécois pour en faire le porteur d'un «projet de pays concret» et l'incarnation d'une «gauche efficace». Il voudrait réussir ce qu'ailleurs Tony Blair et Bill Clinton ont réussi. Dans les circonstances actuelles, Bernard Landry ne tardera certainement pas à lui renvoyer la balle.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Le « tout faux »
Michel C. Auger
Journal de Montréal mercredi 13 octobre 2004
Même s’il s’en défend, François Legault vient d’ajouter sa voix à ceux qui exigent une course au leadership au PQ. Parce qu’on ne peut tout simplement pas être d’accord avec son texte et penser à voter la confiance à Bernard Landry.
En fait, le texte que l’ex-ministre a fait publier dans les journaux, hier, pourrait s’intituler Bernard Landry a tout faux tant il dit le contraire d’à peu près tout ce qu’a fait le chef du PQ depuis la dernière élection.
M. Legault ne demande pourtant rien de bien compliqué. Juste que le PQ fasse comme tous les partis politiques qui ont subi une défaite majeure et s’interroge sur les causes de sa défaite. Ce que M. Landry a systématiquement refusé de faire depuis l’élection d’avril 2003.
Le constat que dresse M. Legault est sévère, mais réaliste. Le principal problème du PQ, actuellement, c’est… le PQ. Un parti aux structures lourdes, au membership vieillissant — malgré l’élection de jeunes députés — et souvent plus intéressé par ses débats Internes que par ce qui arrive dans la société québécoise.
Le grand mérite du texte de M. Legault, c’est de voir un aspirant au leadership du PQ s’intéresser à la manière dont la population en général perçoit son parti.
Ce qui l’incite à demander au PQ de reconnaître des erreurs qui ont pu être faites, de bonne foi, pendant ses années d’exercice du pouvoir, comme les mises à la retraite massives pour obtenir le déficit zéro ou un trop grand interventionnisme dans l’économie.
C’est le genre d’exercice auquel un parti devrait tout naturellement se livrer après une défaite électorale. Mais Bernard Landry s’est toujours refusé à ce que le PQ se livre à quelque forme d’autocritique que ce soit.
La rapidité avec laquelle le gouverne ment Charest a réussi à se rendre impopulaire a permis à M. Landry de faire croire que l’exercice était Inutile et qu’il suffisait d’attendre la prochaine élection sans rien changer.
Les générations
De même pour la stratégie référendaire, puisque ce devait être le simple renouvellement des générations — la fameuse «alliance inter-générationnelle» — qui allait donner la victoire au Oui, sans qu’il soit nécessaire de changer le message ou la manière de le faire passer.
Bref, malgré la «saison des idées, — qui a, tout naturellement, conclu que les meilleures idées étaient celles que le PQ avait toujours eues —, le PQ n’a tiré aucun enseignement d’une défaite qui l’a vu obtenir son pire résultat en 30 ans.
Tout cela place M. Legault sur une voie de confrontation bien plus directe avec son chef que la demande de Pauline Marois de tenir une course au leadership.
L’autre intérêt du texte de M. Legault est d’éviter le piège typiquement péquiste de tout envisager par le prisme des débats byzantins sur l’accession à la souveraineté.
Dans son histoire, chaque fois que le PQ a réussi à susciter un véritable mouvement populaire, c’est parce qu’il a réussi à présenter la souveraineté comme l’outil dont le Québec avait besoin pour réaliser ses aspirations.
Or, depuis le référendum de 1995, on a souvent eu l’impression que le PQ ne proposait plus que la souveraineté pour la souveraineté. Un peu à l’exemple de Bernard Landry qui ré pète souvent ne pas comprendre pourquoi le Québec n’était pas encore un pays...
Le texte de M. Legault replace donc la souveraineté dans le cadre de ce qu’on appelle, faute de mieux, un «projet de société» et qu’il nomme plutôt un «projet de pays».
C’est une notion qui est patois controversée au PQ mais le simple fait de la ramender à l’avant-scène constitue aussi une forme me d’attaque frontale contre le leadership de Bernard Landry
Alors, quand on a, comme François Legault, autant de points de désaccord avec son chef, ce serait juste faire preuve de transparence que de demander son départ.

Le courage d'écouter
Alain Dubuc
La Presse mercredi 13 octobre 2004
François Legault, ancien ministre du gouvernement péquiste et candidat à la succession de Bernard Landry, a décidé de brasser la cage et de forcer un débat au sein de son parti. Dans un manifeste bien senti, intitulé " Le courage de changer ", il affirme que le Parti québécois doit se moderniser pour garder sa pertinence.
M. Legault a bien raison de reprocher au Parti québécois son refus de regarder la réalité en face. Un parti qui a subi une défaite électorale cuisante, comme ce fut le cas pour le PQ au printemps 2003, se lance d'habitude dans un exercice de remise en cause et d'introspection. La réflexion du PQ, baptisée " Le printemps des idées ", a été d'une étonnante prudence, ce qui a mené à un document décevant, bien pensant et prévisible, surtout soucieux de ne pas s'écarter de la ligne du parti.
Il se distingue donc en critiquant, poliment, certaines décisions du gouvernement dont il était membre, comme les mises à pied de médecins ou d'infirmières, les politiques économiques trop laxistes. Il se distingue aussi par un ton direct qui tranche avec la langue de bois de trop de ses confrères et consoeurs, par une approche pragmatique soucieuse de concilier l'efficacité et les idéaux social-démocrates.
L'ancien ministre de l'Éducation revient également à ses anciennes amours en proposant un projet de pays qui tourne autour du défi de l'éducation. On ne peut que se réjouir du fait qu'un politicien insiste avec autant d'énergie sur l'importance de l'éducation pour l'avenir d'une société dans ce monde où tout est devenu subordonné à la santé.
Mais si M. Legault parle du courage de changer, il manque à sa démarche un ingrédient essentiel pour y arriver, et c'est le courage de poser les vraies questions. Il n'y aura pas de vraie réflexion au PQ ni de vrai changement tant que ses membres n'oseront pas poser tout haut la question qui les hante et qui explique leur crise interne: pourquoi une majorité de Québécois n'adhère-t-elle pas à leur thèse?
Cela est d'autant plus décevant que, dans les premières pages de son manifeste, François Legault jetait les bases de cet authentique exercice de réflexion: " Les Québécoises et les Québécois, écrivait-il, veulent un gouvernement efficace, transparent et près d'eux. Ils ne comprennent pas pourquoi la parole donnée a souvent si peu de valeur en politique. Ils veulent qu'on les écoute et ils sont exaspérés par les politiciens qui croient toujours savoir ce qui est bon pour eux. "
Écouter les Québécois, ce devrait aussi être de noter que la souveraineté ne recueille pas l'appui d'une majorité de Québécois, qu'une proportion encore plus forte de ceux-ci ne souhaite pas se lancer dans ce combat, que les jeunes ne se reconnaissent pas dans ce projet. Écouter les Québécois, pour un leader péquiste, c'est prendre acte de cette réalité et réfléchir aux façons de revoir le programme du parti pour mieux épouser les attentes des citoyens.
Mais seulement M. Legault n'écoute-t-il pas, il fait exactement le contraire. Son manifeste est en fait une longue réflexion pour trouver de nouveaux arguments de vente de la souveraineté. Il propose une approche concrète, qui veut illustrer les bénéfices de la souveraineté pour les citoyens. Et démontrer que de grands projets, comme faire de l'éducation une priorité, sont impossibles dans le cadre fiscal actuel et ne seront couronnés de succès que si le Québec devient un pays. Un exercice qui devrait mener à un budget d'un État souverain. Nous reparlerons certainement un jour de cette thèse. Mais pour l'instant, arrêtons-nous à la méthode.
M. Legault retombe en fait dans le travers de ses prédécesseurs, le prosélytisme: trouver de nouveaux moyens pour faire passer un message qui n'a pas passé jusqu'ici. Au lieu d'écouter les Québécois, il cherche des façons d'amener les Québécois à l'écouter! M. Legault, du même coup, pour reprendre ses propres termes, devient l'un de ces " politiciens qui croient toujours savoir ce qui est bon " pour les Québécois.
Dans les faits, le Parti québécois, avec ses refus de prendre acte de ces nouvelles réalités politiques, est devenu l'un des facteurs qui expliquent l'écoeurement et le cynisme des Québécois, en imposant une distorsion à la vie politique et en coupant encore plus le monde politique du monde réel. Le PQ leur impose une polarisation qui ne correspond plus à leurs préoccupations, veut leur vendre un projet dont ils ne veulent pas, veut les entraîner dans des batailles qu'ils ne veulent pas mener. Le PQ a également érigé le mensonge rituel en pratique politique, par les promesses de référendums que tout le monde savait impossibles.
Pour réduire cette fracture entre le Parti québécois et les Québécois, il faudra une autre forme de courage, le courage d'écouter.
Adubuc@lapresse.ca

La pression monte d'un cran au PQ : Richard Legendre en accord avec Legault
Michel Corbeil
Le Soleil mercredi 13 octobre 2004
Le clan de François Legault continue de faire monter la pression sur le Parti québécois de Bernard Landry. Hier, le député Richard Legendre s'est dit totalement en accord avec M. Legault qui réclame du PQ un mea-culpa sur ses erreurs comme gouvernement et des gestes concrets pour moderniser le projet de souveraineté.
Au moment où LE SOLEIL apprenait que la direction de la formation politique de M. Landry a écarté une proposition visant à faire le bilan de la défaite électorale d'avril 2003, M. Legendre a repris la thèse défendue par François Legault, dans une longue lettre ouverte.
Le député de Blainville a fait sienne l'opinion voulant que le PQ doive battre sa coulpe "parce que tout le monde sent le besoin de rétablir le lien avec la population. Il y a une espèce de malaise démocratique".
M. Legendre fait partie des partisans de François Legault, un élu qui pourrait faire pression sur Bernard Landry si celui-ci n'apporte pas les changements désirés au PQ. Richard Legendre a insisté pour dire qu'il ne conteste pas le leadership de Bernard Landry.
"Nous sommes dans la saison des idées ou n'y sommes pas, a-t-il expliqué. François (Legault) est prêt à appuyer M. Landry. Mais il pense - et je suis en accord - qu'il faut présenter la souveraineté comme plus efficace et plus rentable."
M. Legendre a soutenu qu'un élément capital de la "modernisation" du PQ passe par des précisions à apporter au projet de pays, à l'origine de la naissance du Parti québécois. Pour la santé, la conciliation travail-famille ou l'éducation, a-t-il donné comme exemple, "il nous faut dire ce que nous pouvons faire avec la souveraineté.
"Il est difficile de vendre une maison sans avoir présenté la maquette", a poursuivi M. Legendre, soulignant que Bernard Landry avait repris cette image, lors du dernier conseil national. "Certains nous ont reproché d'avoir trop parlé de souveraineté, lors de la dernière campagne électorale. D'autres, de ne pas en avoir assez parlé. À l'évidence, il nous faut être plus clair."
M. Legendre a écarté l'idée que les changements soient dictés par la possibilité que l'Action démocratique du Québec puisse tenter la génération montante. "Les 18 à 30 ans sont majoritairement attirés par l'idée de pays et de souveraineté, a établi M. Legendre.
"Ce qui est différent maintenant, c'est que les jeunes veulent savoir pourquoi (ils endosseraient le projet du PQ). Il n'y a plus ce blocage chez eux de la peur d'avoir peur."
Par ailleurs, un autre supporteur de François Legault échoué dans sa tentative de débattre du déroulement de la campagne électorale de 2003. Pascal Bérubé, un ancien président des jeunes péquistes, a vu sa proposition être rejetée. Il y plaidait que le post-mortem porte sur la promotion de la souveraineté, l'action gouvernementale et l'organisation électorale, placée sous l'autorité de Pauline Marois, députée et concurrente de M. Legault dans une éventuelle course à la présidence du PQ.
M. Bérubé a plaidé que sa formation politique a "un devoir d'inventaire. Il a été refusé par la direction du parti. Ce qu'ils (les électeurs qui ont boudé le PQ) veulent, c'est la confession, l'amorce du chantier de l'humilité. Tant et aussi longtemps que nous n'aurons pas compris cela, ils se fatigueront de nos querelles intestines et de nos débats internes".
Pascal Bérubé a annoncé qu'il démissionne du comité directeur chargé de préparer le congrès de juin 2005. Il entend se consacrer "à la promotion d'idées, dont celle de l'examen de conscience".
Lui aussi a fait savoir qu'il ne vise pas à faire pression pour que Bernard Landry quitte la tête du PQ. La démarche de l'ex-candidat péquiste dans Matane représente "un défi pour tout l'appareil du parti. Si M. Landry réussit le test, il en ressortira grandi".
MCorbeil@lesoleil.com

Le Forum des générations
L'objectif n'est pas le consensus à tout prix
Jean Charest
Le Devoir mercredi 13 octobre 2004
[...] On a réuni autour de cette table des gens qui sont à la fois des milieux urbain et rural, des jeunes, des aînés, des syndicats, des représentants du patronat, du monde communautaire, du monde des affaires, des autochtones mais aussi des communautés culturelles. Il y a autour de cette table des hommes et des femmes qui représentent ensemble la somme de nos ambitions, de nos espoirs et de nos rêves.
L'événement qui nous réunit aujourd'hui s'inscrit dans une démarche entreprise il y a plusieurs mois. Et, dans cette déclaration d'ouverture, je veux vous présenter aussi simplement, aussi directement que possible le contexte de la démarche que nous avons proposée et qui a mené à la tenue d'une vingtaine de forums régionaux.
D'abord, le gouvernement du Québec, depuis son élection du mois d'avril 2003, a rapidement réalisé que nous étions devant deux grands enjeux qui ont un impact très important sur l'ensemble de nos décisions. Les deux enjeux présents partout ce sont les finances publiques et le déclin démographique
[...]
Dans le cas des finances publiques, pour résumer très rapidement, au Québec depuis une trentaine d'années, notre situation est très, très serrée. Le moindre imprévu, tous les gouvernements toutes tendances confondues vous le diront, le moindre imprévu peut très facilement changer l'équilibre budgétaire du gouvernement du Québec.
C'est en soi une situation anormale et on a voulu pousser plus loin la réflexion et le débat. Nous devons mieux comprendre pourquoi, d'année en année, notre situation financière est celle-là. Et nous devons nous interroger sur ce que nous devrons faire à l'avenir pour regagner les marges de manoeuvre que devrait normalement avoir l'État.
Le deuxième enjeu, c'est celui du déclin de la démographie. La démographie essentiellement ce sont deux choses. C'est le phénomène de la dénatalité auquel on ajoute le phénomène du vieillissement de la population. De temps en temps en parlant de démographie, on a tendance à associer le phénomène de changement démographique à des impacts négatifs alors que le déclin démographique est un phénomène avec lequel nous devrons vivre et qui aura des conséquences à la fois positives et négatives. Par exemple, les femmes qui atteindront 65 ans dans quelques années seront déjà très différentes de leur mère lorsque leur mère avait 65 ans. Elles auront vécu dans un contexte qui est très différent. Sur le plan financier, elles seront généralement plus indépendantes, elles seront en meilleure santé.
[...]
Mais l'important, ce que je retiens comme premier ministre du Québec dans le débat que nous allons faire ensemble, c'est l'importance de comprendre les changements. De les anticiper, de se préparer comme société pour que nous puissions justement tirer notre épingle du jeu pour que nous puissions tout mettre en oeuvre pour que chaque citoyen du Québec puisse participer pleinement dans la société québécoise.
Alors, voilà un enjeu sur lequel il faut absolument se pencher, réfléchir, anticiper et se préparer.
Sur le plan des finances publiques, le portrait est déjà assez complexe. Au Québec, nous sommes la province canadienne la plus endettée. Nous sommes les citoyens les plus taxés. On a fait le choix au Québec, de se donner de généreux programmes sociaux.
Et d'ailleurs, c'est intéressant, dans les forums, ce que j'en retiens, ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu, c'est que les citoyens et citoyennes du Québec ne disent pas d'arrêter de faire des programmes sociaux ou de reculer sur ce qu'on a fait. Au contraire. Les Québécois et Québécoises sont très fiers de ce qu'ils ont pu réaliser. Il y a là-dedans l'incarnation de nos valeurs.
Notre réseau de la santé et des services sociaux exprime nos valeurs de compassion et de justice sociale. Alors, il faut regarder tout ça avec beaucoup de fierté. On fait un peu le bilan de tout ce qu'on a pu réaliser dans une très courte période de temps. On a raison d'être fier et en même temps, c'est parce que cela évoque des valeurs auxquelles nous tenons beaucoup, que nous devons mesurer l'impact sur les finances publiques et ce que nous devons faire à l'avenir justement pour pouvoir préserver nos programmes sociaux.
[...]
D'un côté, nous sommes trop endettés, de l'autre côté, nous sommes trop taxés. Ça nous coûte plus cher et on gagne moins. Je n'ai pas besoin de vous faire un long portrait pour vous dire qu'il y a là un enjeu très important qui finit par se retrouver dans le budget d'un État qui d'année en année est toujours étiré à l'ultime limite.
Comment allons-nous, comme société, justement continuer à préserver nos programmes sociaux s'il y a moins de gens qui paient, si dans une région en particulier il y a moins de citoyens qui habitent cette région, qui occupent le territoire, un enjeu extrêmement important pour l'avenir du Québec. Alors, vous voyez très rapidement pour quelles raisons ce Forum devient pour nous, pour la société québécoise un lieu privilégié, un moment très important pour que nous puissions ensemble mieux comprendre, surtout mieux réfléchir et alimenter également notre capacité de trouver de meilleures solutions.
[...]
Vous êtes invités à participer, vous avez accepté de participer à un forum. Je tiens à vous préciser qu'un forum ce n'est pas un sommet. L'objectif de ce que nous allons entreprendre pendant les prochains jours n'est pas d'arriver à un consensus à tout prix. Ce n'est pas d'aller vers le dénominateur commun le plus bas. L'objectif c'est que nous puissions justement, dans certains cas, poursuivre une réflexion, dans d'autres cas, élaborer des stratégies et lorsque nous sommes prêts, passer à l'action.
Alors, je veux que vous vous sentiez très à l'aise pendant les trois prochains jours. De vous exprimer. D'exprimer des points de vue divergents. J'insiste là-dessus: on n'est pas ici pour demander à tout le monde de répéter la même chose. Ce n'est pas l'unanimité qui est recherchée.
D'ailleurs, je vais vous faire une confidence. Une chose que je rappelle à mon conseil des ministres de temps en temps, si les problèmes que l'on vous soumettait étaient faciles, si les réponses étaient évidentes, il y a longtemps que quelqu'un d'autre les aurait réglés à notre place.
C'est justement parce qu'il y a là deux enjeux qui font appel à beaucoup de créativité, qui font appel à nos meilleures ressources, que nous allons voulu réunir des Québécois et des Québécoises qui sont en mesure de contribuer par leur intelligence, leur expérience et leur énergie à nous aider à trouver les meilleures solutions.
Ce que nous savons, une fois qu'on a fait le tour des deux questions, c'est que le statu quo n'est pas une option. Le statu quo dans le contexte actuel du Québec n'est pas un choix. Nous devons bouger, nous devons changer nos façons de faire et nous devons chercher à amener le plus grand nombre de Québécois et de Québécoises à se saisir de ces enjeux, à mieux les comprendre et à contribuer aux solutions.
Dans les forums [préparatoires à cet événement], les gens [ont parlé] d'une plus grande souplesse. Cela paraît instinctif de faire appel à cette souplesse pour que nous puissions reconnaître les besoins particuliers. Pour qu'on se sorte du mur à mur et qu'on puisse reconnaître qu'il y a des façons de faire différentes et que si on veut préserver un certain nombre de choses, il faudra travailler ensemble et accepter de faire preuve de souplesse de part et d'autre.
Deuxième filon, c'est le renforcement des communautés locales. Encore là, instinctivement, la population sent que plus on rapproche les lieux de décisions de ceux et celles qui paient et qui reçoivent les services, plus les citoyens seront en mesure de tailler sur mesure les services qu'ils reçoivent.
Je veux vous rassurer on ne va pas compenser en deux jours et demi, 40 ans de déclin de la natalité. Et on ne va pas non plus en 60 heures refaire l'architecture de 50 milliards de dépenses de programmes. Il y a une chose que nous allons faire ensemble, nous allons faire équipe pour s'engager à réaliser des changements profonds tout en se rappelant que les vrais changements, les changements qui arrivent à long terme, commandent beaucoup de détermination. Cela commande une certaine patience et surtout beaucoup de volonté. Finalement, cela commande que, de part et d'autre, nous puissions faire un effort de lucidité pour anticiper et bien comprendre la nature des enjeux.
[...]
Une autre remarque que je voulais vous faire c'est une mise en garde, que j'ai reçue à quelques reprises lorsqu'on présente les enjeux du déclin démographique et celui des finances publiques parce qu'on a tendance à présenter des chiffres qui peuvent paraître un peu déprimants. La mise en garde a été la suivante: on me dit «vous peignez tout en noir, vous présentez un portrait qui est tellement noir que c'en est décourageant». Si on prend la peine de vous présenter le portrait tel qu'il est, ce n'est pas pour conclure que les choses vont rester comme elles sont.
Ce que nous faisons ici c'est exactement le contraire de la fatalité. En tant que premier ministre, lorsqu'on me présente les chiffres, je ne dis pas que ça va être comme ça pour toujours, au contraire j'ai l'intention de changer le cours des événements et la même chose devrait être vraie pour vous. Alors, oui, si on vous présente des faits qui paraissent durs, si vous voulez les remettre en question, allez-y. Mais le vrai débat n'est pas là. Les chiffres, on peut les interpréter différemment. Mais les grands défis des finances publiques et du déclin démographique demeurent entiers. Le vrai débat c'est comment peut-on changer le cours des choses. Est-ce possible de le faire?
La bonne nouvelle c'est qu'il y en a qui l'ont fait avant nous. La preuve c'est que nous vivons dans une société remarquable. L'histoire du Québec c'est une histoire de réussite, c'est l'histoire d'un peuple qui a su préserver sa langue, sa culture et qui a tiré son épingle du jeu sur le plan économique. Cette réussite va continuer. Aujourd'hui, nous sommes conviés à une étape importante dans notre développement pour que nous puissions à notre tour subir ce test des générations. Ce test doit être le suivant: quand on prend une décision, on doit être capable de s'interroger sur l'impact de notre décision sur les générations futures et sur celles qui nous ont précédés, qui méritent elles aussi de recevoir les services auxquels elles ont droit. Au Forum des générations, c'est un test important pour nous.
Je tiens à vous remercier d'avoir accepté de participer à un moment charnière dans la vie et l'histoire du Québec.
Merci.

Le Forum des générations
"Le statu quo n'est pas un choix", prévient Charest
Michel Corbeil et Simon Boivin
Le Soleil mercredi 13 octobre 2004
Le forum du changement... mais pas du "consensus à tout prix"
L'inquiétude et la résignation ont dominé l'ouverture du Forum des générations.
Hier, à Saint-Augustin-de-Desmaures, où une centaine de leaders de tous les horizons sont réunis pour trois jours, le premier ministre Jean Charest a ouvert la rencontre sur le choc démographique et les finances publiques, en insistant sur le fait que le but de l'exercice n'est pas d'aboutir "à un consensus à tout prix".
Devant un auditoire partagé entre tenants et opposants à sa promesse de baisser de un milliard de dollars les impôts des citoyens, M. Charest a soutenu "que le statu quo n'est pas un choix". Au monde municipal, qui accapare une dizaine de sièges autour de la table, il a réitéré sa volonté de décentraliser les pouvoirs "en vue de rapprocher les services des citoyens".
Jean Charest n'a pas voulu hausser les attentes par rapport à la rencontre. "Nous ne compenserons pas en deux jours et demi 40 ans de déclin démographique. Nous ne referons pas l'architecture de 50 milliards $ en programmes" gouvernementaux.
Il a également signifié qu'il n'a pas l'impression de brosser un tableau alarmiste de la situation lorsqu'il parle d'un Trésor québécois en mauvaise posture et d'un choc démographique à venir. "Nous n'essayons pas de noircir le portrait ou de présenter des solutions jovialistes", a-t-il commenté dans son discours de fermeture, hier soir.
"Les solutions ne sont pas évidentes, a-t-il enchaîné. Le vrai test est celui des générations. Est-ce bon pour nos enfants ?"
Les participants ont réagi de manières différentes, lors du tour de table à 72 portant sur les valeurs du Québec. Certains se sont montrés franchement inquiets. D'autres ont laissé entendre qu'ils jugent les propos du chef du gouvernement trop alarmistes.
Le président de la FTQ, Henri Massé, a laissé tomber que "les chiffres pour un politicien, c'est comme un lampadaire pour un ivrogne. Ça le soutient, mais ça ne l'éclaire pas. Nous ne nions pas que la situation (des finances publiques est) difficile, que la chute démographique mettra de la pression, a-t-il poursuivi en entrevue. Cela ne veut pas dire que c'est la catastrophe. Les "Bonhommes Sept Heures", les gens ne croient pas à cela".
L'économiste Pierre Fortin a cependant plaidé qu'il ne faut pas "se mettre la tête dans le sable. Le discours qu'on est poche sur toute la ligne est démolisseur et faux". À son avis, les problèmes de démographie sont tout de même réels.
Plusieurs ont manifesté leur appréhension. Le porte-parole de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante a plaidé que les participants ne peuvent pratiquer "l'aveuglement volontaire. Il faut au moins s'entendre, a repris Richard Fahey, sur les conséquences (de la chute démographique) sur l'emploi, les finances publiques et la santé".
Dernier de classe
Henri-Paul Rousseau, le président de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, qui gère le bas de laine des Québécois, a appuyé lourdement sur le fait que le "Québec est dernier de classe au Canada pour ce qui est du fardeau de la dette. Nous avons décidé de nous favoriser au détriment de nos enfants et de nos petits-enfants. Ce n'est pas très louable".
Le thème de la décentralisation sera abordé, au cours des séances à venir. Ce qui n'a pas empêché plusieurs représentants du monde municipal de faire allusion à une décentralisation qu'ils appellent de tous leurs voeux. Jacques Pelletier, de la Conférence des élus de Chaudière-Appalaches, a souligné qu'une telle opération devra "s'accompagner des ressources nécessaires".
Son collègue du Bas-Saint-Laurent, Michel Lagacé, a livré un plaidoyer pour le maintien de l'intervention gouvernementale. "Dans ce contexte difficile, il faut éviter de sabrer dans nos leviers de développement économique."
Peu d'intervenants ont parlé des diminutions d'impôt promises par les libéraux. Le président du Conseil du patronat du Québec, Gilles Taillon, s'est cependant fait insistant sur ce point. Sans surprise, le président de la Fédération étudiante universitaire, Pier-André Bouchard, a répété que le gouvernement doit abandonner son engagement de réduire les impôts pour plutôt prévoir un plan de réduction de la dette.
L'Allier : un long pont
Certains ont tenu à modérer, eux aussi, les attentes par rapport au Forum. "Ce n'est pas ma première grand-messe, a indiqué le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier. Ces exercices-là, on ne sait qu'à la fin si ça a été utile."
Il ne sera toutefois pas facile de concilier les positions de tout le monde, a-t-il poursuivi. "Le Québec est toujours à la recherche de très fragiles consensus, mais dans le cas qui nous occupe, les positions du gouvernement, des jeunes et des syndiqués sont assez éloignées, a analysé M. L'Allier. Si c'est ça le pont de la génération, il va être long."
Comme Bouchard
Les leaders du Parti québécois et de l'Action démocratique du Québec se sont montrés plus que sceptiques sur les fruits attendus du Forum.
Les prémisses du Forum sont "décevantes", a jugé le chef du PQ, Bernard Landry. "Le gouvernement a commencé par dire: "On garde le cap", rappelle M. Landry. Ça veut dire :"On ne changera rien". Mais on ne sait jamais ce qui peut arriver. Nous sommes ici pour faire notre travail d'opposition."
L'adéquiste Mario Dumont n'a pas manqué de souligner que Jean Charest se plaisait à se moquer de Lucien Bouchard quand ce premier ministre péquiste a mis sur pied des Sommets. Mais M. Dumont s'est félicité des thèmes choisis. Dette publique, conciliation travail-famille, défi des générations, "tout cela, c'est de la musique à mes oreilles, a-t-il déclaré devant les participants au Forum. Nous avons bâti notre plate-forme électorale là-dessus".
MCorbeil@lesoleil.com SBoivin@lesoleil.com

Le Forum des générations
Charest prend la mesure du fossé
Robert Dutrisac et Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 13 octobre 2004
«L'objectif n'est pas d'arriver à un consensus à tout prix»
Saint-Augustin-de-Desmaures - Le premier ministre Jean Charest estime ne pas avoir besoin d'un consensus «à tout prix» au terme du Forum des générations sur les finances publiques et les changements démographiques, forum qui s'est ouvert hier.
Si une majorité des leaders socioéconomiques présents au forum ont semblé vouloir jouer le jeu du gouvernement, d'autres ont exprimé des avis à ce point divergents sur quelques thèmes importants, dont la pertinence des baisses d'impôt promises par le Parti libéral, que Jean Charest a cru bon de ne pas placer la barre trop haut. «Je tiens à vous préciser qu'un forum n'est pas un sommet. L'objectif de ce que nous entreprenons n'est pas d'arriver à un consensus à tout prix, ce n'est pas d'aller vers le dénominateur commun le plus bas.
L'objectif est que, dans certains cas, nous puissions poursuivre les réflexions; dans d'autres cas, élaborer des stratégies et passer à l'action là où on est prêts», a déclaré Jean Charest lors de son discours d'ouverture du Forum des générations, hier après-midi.
Lors du premier tour de table qui réunit 75 participants (leaders socioéconomiques, universitaires, élus et deux chefs syndicaux, Henri Massé de la FTQ et François Vaudreuil de la CSD), plusieurs d'entre eux ont critiqué les constats sombres que le gouvernement a faits de la situation des finances publiques et du déclin démographique. «Nous, on ne croit pas au bonhomme sept heures», a dit Henri Massé.
Ils ont aussi réclamé que Jean Charest abandonne sa promesse d'une baisse générale d'impôt de un milliard par année. Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard, a demandé au gouvernement de remplacer cette baisse d'impôt par un plan de réduction de la dette publique et de diminuer aussi la dette des étudiants. Les conclusions du groupe consultatif sur l'état des finances publiques et les changements démographiques, qui ont été présentées hier par son président Pierre Shedleur, illustrent les divergences qui opposent les participants au Forum des générations.
Le groupe, qui a été créé à la fin d'août, n'a pu dégager des pistes de solutions communes à la fin de six jours de travail et plusieurs conférences téléphoniques. Les membres du groupe - dont Gilles Taillon du Conseil du patronat, Henri-Paul Rousseau de la Caisse de dépôt et placement, Henri Massé de la FTQ, l'économiste Pierre Fortin et l'ancien premier ministre Daniel Johnson - se sont peut-être entendus sur l'état préoccupant de la dette (115 milliards) et l'impact important du vieillissement de la population, ils évaluent différemment le «niveau de risque» que représente l'état des finances publiques. «L'urgence de la situation» et «les moyens à prioriser» varient également d'une personne à l'autre, a souligné Pierre Shedleur.
Le fossé entre les membres du groupe est particulièrement important au sujet de l'opportunité de baisses d'impôt. Lors de la table ronde, Gilles Taillon a dit espérer qu'il ne sera pas «le seul à défendre le sort des contribuables de la classe moyenne» en demandant au gouvernement de maintenir son objectif de baisses d'impôt.
Henri-Paul Rousseau a souligné que les finances publiques du Québec étaient «déséquilibrées structurellement». La dette publique québécoise est la plus élevée au Canada et la part du produit intérieur brut (PIB) consacrée aux dépenses publiques est également la plus élevée. Ce ne serait pas si grave si les Québécois pouvaient bénéficier d'infrastructures ou de services de meilleure qualité. Mais ce n'est pas le cas. «Nous sommes les derniers de la classe, a-t-il lancé. Notre État est bloqué.»
Optimisme
À la fin de ce premier tour de table plus exploratoire que conclusif, Jean Charest s'est montré optimiste en retenant que, sur le plan des valeurs, «on est très près l'un de l'autre». Dans son allocution, Jean Charest a invité la centaine de leaders socioéconomiques présents à faire une croix sur le statu quo et à être prêts à s'engager vers des «changements profonds» pour répondre à la précarité des finances publiques et au choc démographique. «On ne va pas compenser en deux jours et demi 40 ans de déclin de la natalité. Et on ne va pas non plus régler en 60 heures une architecture de 50 milliards de dollars de dépenses de programmes. La chose que nous allons faire est de faire équipe pour engager des changements profonds», a-t-il dit, précisant que ces changements ne doivent pas être reportés aux «calendes grecques».
Il en va, selon lui, de la préservation des programmes sociaux du Québec. Jean Charest a insisté sur l'urgence de remédier à la précarité des finances publiques. «On est endettés, on est taxés, ça nous coûte plus cher, on gagne moins. Au Québec, depuis une trentaine d'années, la situation est très, très serrée. Le moindre imprévu peut très facilement changer les équilibres budgétaires du gouvernement du Québec. C'est en soi une situation anormale. Il faut regagner les marges de manoeuvre que devrait avoir normalement un État pour pouvoir fonctionner correctement», a-t-il dit.
Pour illustrer les changements démographiques qui attendent le Québec, Jean Charest a rappelé qu'il existe présentement cinq travailleurs pour un retraité mais que cette proportion passera à deux pour un dans 25 ans. S'il a brossé un tableau qui peut paraître «très noir» et «déprimant» aux yeux de plusieurs, «ce n'est pas pour conclure que les choses vont rester comme elles sont», a précisé Jean Charest. «Nous faisons ici le contraire de la fatalité. Je vous présente des faits qui apparaissent durs, mais j'ai l'intention de changer le cours des événements. La même chose est vraie pour vous», a-t-il ajouté.
Jean Charest se fait plutôt optimiste. «Nous, les Québécois, avons survécu avec notre langue et notre culture parce qu'on a toujours eu cette capacité d'adaptation. On a toujours été capables au fil des ans de trouver cette volonté commune d'avancer vers de nouvelles solutions», a-t-il affirmé. Lors de son discours de clôture, le premier ministre a noté que «c'est exigeant de parler du long terme parce que le long terme ne fait pas partie de notre quotidien d'aujourd'hui. On vit dans un monde de court terme, de fast food, de prêt-à-porter. [...] Mais il faut maintenant voir plus loin».
Lors de son intervention, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a dressé un portrait beaucoup plus favorable de la situation socioéconomique du Québec. Le gouvernement de la «dixième économie au sein de l'OCDE» «a tout ce qu'il faut pour offrir des lendemains favorables», a-t-il dit, rappelant l'actif considérable que représente Hydro-Québec pour les Québécois dans un contexte de flambée du cours du pétrole.
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a rappelé que son parti, il y a dix ans, avait inscrit dans son discours le défi que représentait le déclin démographique du Québec. Au cours d'un point de presse, M. Dumont a dit que le gouvernement avait, avec la tenue de ce forum, «un objectif caché qui est d'enterrer morceau par morceau son programme électoral parce qu'il ne peut pas le réaliser».
À l'extérieur, quelque 300 personnes ont répondu à l'appel du Réseau vigilance et ont manifesté devant le campus Notre-Dame-de-Foy, de Saint-Augustin-de-Desmaures. La CSN, la CSQ et la plupart des groupes communautaires boudent ce forum. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, estime que «les organisations démocratiques» sont sous-représentées à ce forum alors que les organisations patronales sont sur-représentées.

Le Forum des générations
Un "sommet" qui ne monte pas bien haut
Denis Lessard
La Presse mercredi 13 octobre 2004
Québec - " Allez-y mollo si vous attaquez les baisses d'impôts. " Coprésident du Forum des générations, Pierre Shedleur chuchotait hier cet appel à la plupart des 78 participants, à quelques minutes du lancement de l'opération.
En fait, c'est un curieux exercice qui mobilisera toute la semaine le gouvernement Charest- pas moins de 10 ministres sont conscrits- pour écouter des interventions, toutes prévisibles, des ténors de la société civile québécoise. Avec un souci pédagogique évident, on a ressassé les statistiques déjà utilisées mille fois par le tandem Line Beauchamp et Pierre Shedleur en région. Dans des vidéos bien léchées, le gouvernement a voulu expliquer ce qu'était la génération des baby-boomers. RDI Junior, la pétillante brunette en moins.
On assiste à un " forum " et non à un " sommet ", a prévenu M. Charest. Pas question, a-t-il insisté, de " chercher le consensus à tout prix en trouvant dénominateur le plus bas ".
Et on ne reverra pas de sitôt ces séances solennelles de signatures entre le gouvernement et la société civile sur l'atteinte du déficit zéro, le clou du Sommet de Lucien Bouchard au printemps 1996.
Rien de cela cette semaine, et c'est de façon indirecte que les participants ont des échos de ce que M. Charest annoncera lui-même demain: la formation de quatre comités qui auront, au printemps, le mandat de proposer des solutions aux problèmes du financement de la santé, de l'éducation, de la précarité des finances publiques et du choc démographique à venir.
Baisses d'impôts Mais s'il a bien précisé qu'il n'attendait pas de consensus, le gouvernement Charest veut avant tout éviter une confrontation. C'était le message de Pierre Shedleur hier aux participants.
Il faut se rappeler l'origine de cette opération. Février 2003, le gouvernement Charest est assommé, en chute libre dans les sondages. Pour gagner du temps, et surtout couper court aux critiques qui l'accusent de foncer vers ses réformes sans écouter la population, on lance la série des consultations qui mobiliseront tous les week-ends Pierre Shedleur et Line Beauchamp.
Devant le magma informe des témoignages de plus de 2500 personnes, il faut, inévitablement, se rabattre sur un comité restreint, mandaté à la fin d'août pour risquer une synthèse, proposer des solutions. Or, convenait hier M. Shedleur, six jour de rencontres n'ont pas permis de décrocher un plan d'action clair pour le gouvernement. La question de la baisse d'impôts de 1 milliard par année promise par Jean Charest est source de division.
" Les opinions sont diverses quand à l'opportunité d'une baisse d'impôts dans le contexte actuel ", a résumé l'ancien vice-président de Bell Canada.
Derrière les portes closes, a-t-on appris, les choses étaient plus tranchées la semaine dernière. Tous les membres, hormis Gilles Taillon, le président du Conseil du patronat, réclamaient que Jean Charest remette à plus tard sa promesse de baisser les impôts, car une ponction de 1 milliard dans les recettes du gouvernement entraînerait des coupes sombres dans les services publics. Il a fallu l'intervention de l'ancien premier ministre Daniel Johnson, plus favorable à la réduction du fardeau fiscal, pour rééquilibrer le débat entre les tenants et les adversaires des réductions d'impôts.
S'il peut se passer de l'unanimité, Jean Charest ne peut en revanche sortir de l'exercice avec un fossé plus profond encore entre les groupes sociaux, entre les syndicats et le gouvernement. " Il y a de la grogne ", disait Henri Massé, accusant Québec de pêcher par alarmisme, quand, sous bien des rapports, la performance économique du Québec se compare avantageusement aux pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
C'est peut-être Henri-Paul Rousseau, le banquier du Québec, patron de la Caisse de dépôt, qui a le mieux résumé le dilemme: les finances publiques québécoises sont " structurellement déséquilibrées " et le Québec, qui s'est toujours sorti de situations difficiles par une pirouette " cette fois est bloqué ".
Pour plusieurs, dont l'économiste Pierre Fortin, des réductions d'impôts générales et généreuses seraient un cadeau de Grecs aux générations futures. Les baby-boomers en profiteront, mais les générations futures paieront la note. Clôturant la première journée de débat hier soir Jean Charest exhortait le forum à s'interroger sur les conséquences de ses décisions " sur nos enfants ".
En fait, on préparait déjà le terrain hier dans le sérail du premier ministre. Les fameuses baisses d'impôts seront en fait " des allégements fiscaux " destinés aux familles. Tout le monde sera content... peut-être.

Le Forum des générations
Sur la question démographique et les finances publiques
Pier-André Bouchard St-Amant : Président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ)
Le Devoir mercredi 13 octobre 2004
S'il est un constat maintenant reconnu au Québec, c'est que la population est de plus en plus «vieille». D'une part à cause de la faible natalité: il y a de moins en moins de bébés mis au monde. D'autre part, les «vieux» vivent plus longtemps, notamment grâce au progrès de la science médicale et pharmaceutique. À bien des égards, ce simple constat est lourd de conséquences pour le Québec: départs à la retraite plus nombreux que le nombre d'embauches, déplacement du poids politique chez les aînés et surtout, en d'autres termes, moins de contribuables.
Nous pouvons cerner une partie du phénomène démographique de la façon suivante: aujourd'hui, il y a 5,1 travailleurs pour un bénéficiaire des services publics. Dans 30 ans, si rien n'est fait, il n'y aura plus que 2,1 travailleurs pour un bénéficiaire. En termes budgétaires concrets, cela signifie de plus en plus de dépenses pour le trésor québécois et une diminution des revenus! Loin de nier ces faits, le gouvernement du Québec utilise ce constat pour convaincre la population du bien-fondé de ses lignes d'action politiques, nommément une série de compressions budgétaires. Comme les phénomènes démographiques, à l'instar du mouvement d'un glacier, sont largement prévisibles, il incombe aux pouvoirs publics d'appliquer des solutions à long terme. Malheureusement, cette approche est trop souvent balayée du revers de la main, notre système électoral favorisant des plans d'action dont la durée ne dépasse généralement pas un mandat.
Le premier ministre Charest avance essentiellement deux arguments pour justifier son engagement de baisser les impôts. D'une part, cela entraînerait une croissance économique et, d'autre part, «nous sommes les plus taxés en Amérique du Nord», comme il se plaît à le répéter.
S'il est une affirmation qui ne repose sur aucune évidence statistique, c'est qu'une baisse d'impôt entraîne une croissance économique. Un coup d'oeil à l'ensemble des pays du monde développé au cours des dix dernières années suffit à montrer qu'il n'existe aucun lien structurel entre la croissance économique et le niveau d'imposition d'un pays. Par ailleurs, les récents exemples où une telle mesure a été adoptée (les États-Unis sous George Bush et l'Ontario de Mike Harris) donnent à penser que les baisses d'impôt ne sont pas un remède au marasme économique et peuvent plonger les administrations dans d'importants déficits.
Pour ce qui est de notre niveau de taxation, il est globalement vrai que nous payons plus de taxes et d'impôts qu'ailleurs, notamment lorsque nous nous comparons avec le reste du continent. Toutefois, on oublie trop souvent que nous avons, pour l'instant, les services publics les moins chers en Amérique du Nord. Une comparaison avec les autres provinces n'est donc pas sans intérêt. Qu'on y songe: des services de garderie abordables, de bas tarifs d'électricité, un système scolaire (presque) gratuit et les frais de scolarité les plus bas en Amérique du Nord.
On le sait, l'argent ne pousse pas dans les arbres. Si nous diminuons les impôts, il faudra financer les services publics par la tarification (les utilisateurs) ou par l'emprunt, ce qui ne fait que repousser le problème. À cet égard, les citoyens auraient-ils plus d'argent dans leurs poches pour dépenser dans un système plus axé sur la tarification que dans le système actuel? En comparant le revenu disponible net (après services publics) de la majorité des familles québécoises à celles de l'Ontario, on observe que ce sont les Québécois qui, en bout de piste, ont le plus d'argent dans leurs poches! [...]
Se donner les moyens
Il faut comprendre que le Québec ne peut pas, à cause de sa petite population et de sa structure économique, concurrencer certaines économies émergentes (l'Inde, par exemple) qui comptent sur une main-d'oeuvre bon marché pour écouler une myriade de produits à faible valeur ajoutée. C'est donc sur notre expertise en recherche et en développement et sur notre capacité à concevoir des produits technologiques d'avant-garde que nous pouvons vendre plus cher, que repose la prospérité du Québec. Cela nous permet, entre autres, de préserver un niveau de vie intéressant pour l'ensemble des citoyens.
Ceci nous amène logiquement à aborder la question de l'éducation postsecondaire. Nous pensons ainsi que se priver de candidats à la maîtrise et au doctorat a pour conséquence de ralentir nos progrès en matière de recherche et de développement. Est-il nécessaire de rappeler que 75 % des emplois de demain nécessitent un diplôme d'études postsecondaires?
Un diplômé universitaire coûte entre 15 000 $ et 30 000 $ à l'État. Par leurs revenus plus élevés, les étudiants redonnent au gouvernement près de 17 fois ce qu'il en coûte pour les former par rapport à un diplômé du secondaire, soit 530 000 $. En tenant compte de la diminution du nombre de jeunes, se priver d'une véritable politique d'accessibilité des études postsecondaires revient à amputer les revenus actuels et futurs de l'État. Il n'est donc pas irresponsable, comme le claironnent certains, de prolonger le gel des frais de scolarité et de mettre en place un régime de prêts et bourses adéquat!
Il faut aussi anticiper les départs à la retraite. Les entreprises doivent favoriser des politiques de report de la retraite, voire de mise à la retraite progressive. De plus, il est de leur intérêt d'encourager le mentorat et les transferts d'expertises. Toutes ces mesures doivent trouver leur place dans les conventions collectives, les politiques de ressources humaines et les politiques de l'État.
Il faut également compenser en partie le manque de travailleurs par l'arrivée d'immigrants qualifiés au Québec. À ce titre, les étudiants internationaux universitaires et collégiaux constituent des candidats de choix. Non seulement ils sont jeunes, ils sont formés pour les emplois d'ici! Il faut donc mettre en place une politique énergique d'attraction et de rétention des étudiants internationaux car seulement 25 % d'entre eux demeurent au Québec au terme de leurs études. Dans cette perspective, il est clair qu'une déréglementation des frais de scolarité facturés à ces étudiants ne s'inscrit pas dans ce dessein. La dette publique s'élève actuellement à 113 milliards de dollars. Malgré les efforts consentis pour parvenir au déficit zéro, elle augmente toujours. Il importe de se rappeler que pour chaque dollar d'impôt versé, 11 ¢ vont au paiement de l'intérêt sur la dette. En cela, ce serait faire preuve de responsabilité intergénérationnelle que de commencer à rembourser ce qu'on s'est payé collectivement. [...]
Attention, toutefois: rembourser la dette ne doit pas se faire au détriment du financement des services publics. À ce titre, un plan de remboursement de la dette n'est responsable que dans la mesure où il n'y a pas de baisses d'impôt au menu.

Charest pourra rencontrer le président mexicain Fox
Raymond Giroux
Le Soleil mercredi 13 octobre 2004
Contrairement à l'époque des premiers ministres péquistes, Ottawa ne soulève aucune objection à cet entretien
Ottawa - Les premiers ministres du Québec se succèdent, la politique fédérale s'adapte, la longueur de leur corde aussi. Pas de problème, donc, Jean Charest pourra rencontrer le président Vicente Fox lors de sa visite au Mexique, les 17 et 18 novembre prochains.
Le gouvernement fédéral, contrairement à son attitude antérieure avec les premiers ministres péquistes, ne soulève aucune objection à cet entretien, a appris le Soleil de la part de hauts fonctionnaires responsables du dossier.
Il y a cinq ans à peine, le sous-ministre canadien des Affaires étrangères, Don Campbell, écrivait qu'"il n'est pas dans la pratique pour les premiers ministres de provinces de rencontrer le chef d'État du Mexique".
À l'époque, Lucien Bouchard venait de recevoir une invitation de l'ancien président Ernesto Zedillo, mais le premier ministre Jean Chrétien, qui citait alors l'animateur devenu ministre Jean Lapierre, accusait le Québec "d'emmerder" les étrangers avec leurs demandes de rencontres.
Interdit par M. Chrétien de recevoir le chef du Parti québécois et premier ministre du Québec dans le cadre d'une mission commerciale, en mai 1999, M. Zedillo avait pourtant déjà accueilli les premiers ministres de l'Ontario, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique.
En novembre 2000, le même M. Bouchard annulait sa visite à Mexico après que le Canada l'ait fait "désinvité" de la cérémonie d'assermentation de M. Fox prévue pour le 1er décembre de cette même année.
Le fédéral ne pose officiellement qu'une seule condition aux rencontres internationales du premier ministre du Québec : que l'ambassadeur canadien assiste à la rencontre, a confirmé un responsable du ministère des Affaires étrangères, ces derniers jours.
Dans ce contexte, disait selon cet interlocuteur au cours des pourparlers entre Québec et Ottawa, "si une rencontre est demandée, elle sera organisée. La présence de l'ambassadeur est la seule règle du jeu qui tienne, et est la seule qui sera appliquée".
"Le reste, ajoutait cet officiel, n'est que du commérage entre des gens qui ne sont pas trop bien informés de la situation".
Les autorités québécoises montraient récemment une certaine inquiétude à la suite de leurs premières conversations avec Ottawa, mais le fédéral n'a finalement pas posé d'obstacles à la rencontre.
"Cela marche sur des roulettes, a-t-on précisé aux Affaires étrangères, en se demandant d'où provient le problème". Confirmant l'élimination de tout nuage entre les deux gouvernements, M. Charest a officiellement demandé la rencontre, hier.
Le rendez-vous entre M. Charest et M. Fox posait certaines difficultés protocolaires, attendu qu'il se déroulera dans le cadre d'une mission économique commune entre la France et le Québec.
Une telle initiative constitue une nouveauté dans le paysage international canado-québécois, "une histoire assez particulière, comme on l'a dit dans la capitale fédérale, qui a mérité des conversations informelles".
Du côté français, un responsable de l'ambassade répond qu'il n'y a pas pour l'instant de rencontre tripartite politique de prévue entre MM. Charest, Fox et Raffarin.
Ce dernier, dit-on, croisera le président dans le cadre de l'exposition commerciale, et la France admet qu'"on peut effectivement comprendre que cela n'aille pas de soi", le tout étant en train de s'organiser.
Les Affaires étrangères disent que de toute manière, une éventuelle rencontre tripartite "ne change rien au protocole" et se tiendra si les deux premiers ministres le désirent.
"Il n'y a aucun problème de principe à une éventuelle discussion à trois, nous le disons très clairement, si cela se tient dans les règles du jeu", le responsable du gouvernement.
Du côté de la France, d'ailleurs, les relations privilégiées entre elle et le Québec font que M. Charest, comme ses prédécesseurs, a pu s'entretenir en personne, sans la présence de l'ambassadeur, avec le président Jacques Chirac, le printemps dernier.

Le moteur électrique d'Hydro en Chine
Hélène Baril
La Presse mercredi 13 octobre 2004
Son partenaire Dassault s'associe avec un constructeur d'autos chinois
Son démarrage a été long, mais le moteur-roue d'Hydro-Québec ira loin. Jusqu'en Chine en fait, où le groupe français Dassault vient de s'entendre avec le plus important constructeur chinois d'automobiles pour fabriquer un véhicule électrique adapté à ce marché, le plus important au monde.
Ce véhicule sera vraisemblablement équipé du système de propulsion conçu par la filiale d'Hydro-Québec, TM4, a indiqué hier son président-directeur général, Claude Dumas. " Avant d'aller en Chine, la direction de Dassault nous a demandé si nous étions ouverts à l'idée d'équiper une voiture pour le marché chinois ", a-t-il expliqué au cours d'un entretien téléphonique.
Prudent, M. Dumas a expliqué que TM4 n'a pas obtenu d'assurance que son moteur sera choisi pour équiper les voitures chinoises, mais en tant que seul fournisseur de système de propulsion électrique du groupe Dassault, ses chances sont très bonnes, estime-t-il.
La filiale d'Hydro-Québec a déjà commencé à se préparer à ce qui pourrait être une percée majeure pour sa technologie issue du moteur-roue, conçu par un chercheur québécois il y a plus de 20 ans. Il y a déjà 2 millions de voitures privées en Chine et la croissance du marché est phénoménale. " On est en train de s'y mettre, avec nos fournisseurs ", a fait savoir Claude Dumas.
L'échéancier est assez court, a-t-il ajouté. La voiture électrique chinoise devrait être prête à temps pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008, afin que le gouvernement chinois puisse montrer au monde que le pays fait sa part pour l'environnement.
Pour la petite équipe de TM4, qui emploie une soixantaine de personnes à Boucherville, sur la Rive-Sud, ça veut dire beaucoup de boulot. Concrètement, l'entreprise doit revoir la conception de son produit en fonction d'une production à gros volume et s'assurer de la fiabilité de ses sous-traitants.
Il faudra embaucher plus de monde et le président de TM4 n'exclut pas la possibilité de s'installer en Chine, si la voiture électrique devient un succès commercial. " Éventuellement, on pourrait penser à une délocalisation ", a dit Claude Dumas.
Les composantes du moteur proviennent de fournisseurs différents et sont assemblées à Boucherville par TM4. Certaines pièces essentielles, comme les aimants permanents, sont d'ailleurs importées de Chine.
L'entente entre le groupe Dassault et Wan Xiang, le manufacturier chinois, a été conclue dimanche dans le cadre de la visite à Pékin du président français, Jacques Chirac. Selon le président du Groupe Dassault, Laurent Dassault, " c'est le début d'une grande aventure " pour l'entreprise fondée par son père.
Le Groupe Dassault est l'actionnaire majoritaire de la Société des véhicules électriques (SVE), avec laquelle Hydro-Québec et sa filiale TM4 ont conclu une alliance. Le partenariat a produit la Cleanova II, une voiture électrique construite à partir d'une carrosserie de Renault Kangoo et équipée du système de propulsion de TM4.
Cette voiture a fait sa première apparition publique au Salon de l'auto de Paris, qui vient de prendre fin. La voiture destinée au marché chinois sera vraisemblablement conçue de la même manière, le moteur de TM4 pouvant être installée sur différents types de carrosserie.
La Cleanova II est un véhicule hybride à dominante électrique, c'est-à-dire qu'elle peut être utilisée en mode complètement électrique.
Elle sera mise à l'essai à partir du 21 octobre par la Société française des postes et devrait être commercialisée dans le deuxième semestre de 2006.
En fonction de cette échéance, TM4 accroîtra graduellement sa production de moteurs, " de quelques dizaines en 2005, jusqu'à quelques centaines en 2006 et quelques milliers par la suite ", a précisé son président.
Le système de propulsion TM4 équipe aussi une moto à quatre roues motrices conçue par Peugeot et baptisée Quark. Ce véhicule est un prototype dont la commercialisation n'est pas envisagée avant plusieurs années, a fait savoir le manufacturier.

Bilatéral : Paris s'alarme du manque de souffle de la présence française au Canada
Claude Fouquet
Les Echos mercredi 13 octobre 2004
Le Premier ministre canadien, Paul Martin, est en France aujourd'hui. Les parts de marché françaises au Canada stagnent, et l'investissement ne connaît pas d'accélération. Un plan d'action commerciale vient d'être adopté.
Après Moscou, et avant Budapest, le Premier ministre canadien, Paul Martin, arrive aujourd'hui à Paris, où il restera à peine plus de vingt-quatre heures avant de s'envoler vers la Hongrie. Si les relations diplomatiques et culturelles entre la France et le Canada sont au beau fixe - les deux pays célèbrent cette année les 400 ans de la présence française au Canada -, les relations économiques, elles, s'essoufflent. En 2003, les échanges commerciaux ont reculé pour la deuxième année consécutive, après dix ans de progression ininterrompue. Désormais, la part de marché de la France au Canada dépasse à peine 1,5 %. « Hors aéronautique, notre part de marché reste stable, à 1,1%, depuis 1999 », déplore Bercy.
La tendance est la même pour ce qui concerne les investissements. La France compte certes sur place 450 filiales, qui lui permettent d'être au deuxième rang, derrière les Etats-Unis et devant le Royaume-Uni. Mais les très importants investissements réalisés en 2000 - 32 milliards de d'euros - occultent une réalité beaucoup moins glorieuse : les flux moyens annuels tournent autour de 267 millions d'euros depuis 1996. Il y a quatre ans, la France était devenue le premier investisseur étranger grâce aux acquisitions de Seagram par Vivendi, de Newbridge par Alcatel et de Westburne par Rexel.
Pour tenter de redresser la barre, le gouvernement vient d'adopter un plan d'action commerciale qui, en une quarantaine de pages, propose des actions à mettre en oeuvre d'ici à 2006. Il s'agit de « redonner du souffle à une relation en demi-teinte » en confortant les positions actuelles mais aussi en développant les intérêts français dans le pays. « Il faut fortifier nos positions à l'Est pour mieux affronter le grand Ouest », affirme ce document. En clair, ne plus se complaire uniquement au Québec, qui absorbe 48 % des ventes françaises dans le pays (la part de marché tricolore est proche de 5%) et accueille, avec l'Ontario, 90 % des sièges sociaux de filiales françaises.
Des efforts de sensibilisation des entreprises tant en France qu'au Canada seront notamment lancés (multiplication des missions et des Salons, réalisation d'un guide « S'implanter au Canada », partenariat renforcé avec l'Agence des investissements du Québec...). Les pouvoirs publics souhaitent également favoriser les opérations de portage de PME par des grands groupes (via l'association « Partenariat France ») et doubler d'ici à 2006 le nombre des volontaires internationaux en entreprise (VIE) qui passeraient ainsi de 37 actuellement (25 au Québec et 12 en Ontario) à 70 ou 80.
Près de trois fois plus de filiales françaises au Canada que l'inverse
La France est le deuxième investisseur étranger au Canada, avec un stock de 31,6 milliards de dollars canadiens (20,1 milliards d'euros). L'Hexagone totalise 8,8 % du stock d'investissements étrangers, loin derrière les Etats-Unis (63,9 % du total) mais devant le Royaume-Uni (7,6 %). On compte 450 filiales françaises, qui emploient quelque 60.000 salariés. - De son côté, le Canada est moins fortement présent en France : quelque 160 entreprises canadiennes sont implantées dans l'Hexagone. En 2003, le rachat de Pechiney par Alcan explique la hausse de 3 % des investissements canadiens (7,3 milliards d'euros environ au total). La France représente 3 % du total des investissements canadiens.

Francophonie : Manifeste pour le français «langue juridique de l'Europe»
Guillaume Perrault
Le Figaro mercredi 13 octobre 2004
La cause peut paraître désespérée, mais la démarche ne manque pas d'allure : Maurice Druon, de l'Académie française, le procureur général près la Cour de cassation, Jean-François Burgelin, et le bâtonnier des avocats de la capitale, Me Jean-Marie Burguburu, rendent public ce matin un manifeste invitant le Conseil européen à consacrer le français «langue juridique de l'Europe».
Cette initiative, destinée à lutter contre le rôle prépondérant de l'anglais dans les institutions européennes, a reçu le soutien de personnalités politiques étrangères de premier plan : Mario Soarès, ancien président de la République du Portugal, Federico Mayor, ancien ministre de l'Education en Espagne et ex-directeur général de l'Unesco, Suzanna Agnelli, ancien ministre des Affaires étrangères d'Italie, Adrian Nastase, premier ministre de Roumanie, Siméon de Saxe-Cobourg, son homologue bulgare, ou encore Kiro Gligorov, président de la République de Macédoine. Dora Bakoyianni, le maire d'Athènes, et Bronislaw Geremek, ancien ministre des Affaires étrangères polonais, figurent eux aussi parmi les signataires, de même que l'écrivain albanais Ismaïl Kadaré.
Cet aréopage est-il représentatif des élites des différents pays membres ? Selon un rapport rédigé en juin 2003 par Michel Herbillon (UMP, Val-de-Marne), l'usage du français ne cesse de reculer à la Commission européenne depuis 1995. En 1986, environ 58% des documents faisaient l'objet d'une rédaction initiale dans la langue de Molière, contre 40% en 1997 et moins de 30% aujourd'hui. Les infractions à la réglementation linguistique se multiplient. Le député a ainsi recensé 500 offres d'emploi réservées aux candidats employant l'anglais comme langue maternelle. Le Quai d'Orsay souligne cependant : «La défense du français à Bruxelles mobilise toute notre énergie.»
Quoi qu'il en soit, Maurice Druon reste convaincu : «La variété et la notoriété des personnalités étrangères qui ont bien voulu s'associer à notre démarche prouvent combien le français peut devenir la langue juridique de l'Europe des Vingt-Cinq. Il suffit de le vouloir.»

Le concierge du département d'État
Jocelyn Coulon
L'auteur est professeur invité au Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.
La Presse mercredi 13 octobre 2004
Dans son numéro du 10 septembre 2001, le magazine hebdomadaire Time se demandait où était passé le secrétaire d'État Colin Powell après sept mois à la tête de la diplomatie américaine. En peu de temps, la formulation et la gestion de la politique étrangère lui avaient glissé des mains pour se retrouver entre celles des faucons de la Maison-Blanche. Et ceux-ci s'en donnaient à coeur joie: ils pulvérisaient l'accord de Kyoto, faisaient fi des traités de désarmement, sabotaient les relations avec l'ONU et bafouaient une partie de leurs alliés. De son côté, Powell, se contentait d'assister à des réunions un peu partout sur la planète. Il semblait déjà sur la voie de service.
Les attentats du 11 septembre lui donneront une seconde vie. Ils le propulsent sur le devant de la scène. Le chef de la diplomatie américaine est de toutes les tribunes, appelant le monde à la solidarité et à la construction d'une nouvelle alliance pour lutter contre le terrorisme de masse. Il est entendu. Jamais le leadership américain n'a été aussi efficace. En quelques semaines, la plus vaste coalition de tous les temps est rassemblée pour faire la guerre à l'Afghanistan et au réseau Al-Qaeda. Soudainement, le héros de la première guerre du Golfe devient l'homme politique américain le plus crédible et le plus populaire des États-Unis et du monde.
Pourtant, la gloire de Powell sera de courte durée. Dès le printemps 2002, Bush est déterminé à faire la guerre à l'Irak, quelles qu'en soient les raisons, et avec qui veut bien le suivre. Powell est effrayé. Il veut convaincre le président de répéter le précédent afghan, de réunir une grande coalition, de travailler avec l'ONU et, si possible, de régler l'affaire par la voie diplomatique. C'est sans compter avec les saboteurs. Le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et son adjoint Paul Wolfowitz ne l'entendent pas ainsi. Ils font tout pour dissuader le président de suivre Powell. Le secrétaire d'État est furieux. Dans une conversation avec son homologue britannique Jack Straw, il les traite de " tarés de la pire espèce " (fucking crazies). Il a les nerfs à bout.
Bush a pourtant déjà choisi la guerre, comme l'a révélé Bob Woodward dans son livre Plan d'attaque, mais il ne peut se permettre de perdre Powell. Le secrétaire d'État aura son bonbon. Il pourra passer par l'ONU, pour autant qu'il s'en tienne à obtenir une couverture légale à l'agression préméditée. Le plan semble bien se dérouler. Le Conseil de sécurité adopte une résolution très dure contre l'Irak. Mais la machine s'enraye. Les inspections fonctionnent, les alliés sont de plus en plus réticents. L'opposition à la guerre s'organise. À la mi-janvier, impatient, Bush tranche: la guerre aura lieu. L'ancien général est déçu, mais il accepte de jouer les figurants pour convaincre le monde de la justesse d'une intervention militaire. Le 5 février 2003, il présente au Conseil de sécurité les " preuves " américaines contre l'Irak. L'opération de relations publiques est un désastre. Les inspecteurs démolissent un par un ses arguments et le tournent en ridicule. Au Conseil, les États-Unis sont incapables de convaincre l'Angola, la Guinée, le Cameroun et encore moins le Mexique et le Pakistan de voter en faveur de leur résolution sur la guerre. C'est la déroute.
Depuis ce jour fatidique, Colin Powell est retourné dans l'ombre. Amer, il distille ses petites phrases assassines contre ses collègues. Il aurait été trompé par les services de renseignements. Sachant ce qu'il sait aujourd'hui sur l'absence d'armes de destruction massive, il n'est plus certain qu'il aurait appuyé la guerre. Il cherche constamment à se dédouaner, à réécrire l'Histoire, à se présenter comme l'ange face aux démons, le modéré face aux " tarés " du Pentagone.
Les lamentations de Powell le rendraient sympathique si, sur le plan diplomatique, il avait marqué quelques points. Le succès, très fragile, de la gestion du contentieux nucléaire avec l'Iran et la Corée du Nord, ne peut masquer les échecs et la paralysie sur plusieurs fronts. Le fiasco du processus de paix au Proche-Orient est complet, et Israël dicte la politique américaine. L'Afghanistan a tenu des élections, mais ce pays est littéralement abandonné aux seigneurs de guerre et aux trafiquants de drogue. Les relations des États-Unis avec l'Europe sont au plus bas. Les tentatives pour renverser le président vénézuélien, Hugo Chavez, ont transformé ce lamentable personnage en héros pour toute l'Amérique latine. Jamais les États-Unis n'ont-ils été aussi méprisés et haïs dans le monde, même au Canada.
À Washington, la machine à rumeurs fait courir la thèse d'un retour en grâce de Powell si Bush est réélu. Le président ne pourrait, selon cette thèse, maintenir longtemps son agressivité et son mépris pour la communauté internationale. Powell serait la clé permettant de retisser les liens. Balivernes! Un président discrédité par l'affaire irakienne, même fraîchement réélu, ne pourra plus convaincre le reste du monde de la justesse de ses politiques. Il a commis trop d'erreurs, il a insulté trop de pays et de dirigeants. Le fossé entre les États-Unis et le reste du monde, sciemment creusé par le président, n'est pas prêt de se combler. Quant à Colin Powell, il a mis une telle énergie à étaler ses divergences et ses récriminations envers ses collègues, qu'il paraît impensable de le voir de nouveau aux côtés de Bush.
Entre temps, l'ancien général n'a plus grand-chose à faire au département d'État. La politique étrangère est de nouveau concentrée entre les mains des conseillers de la Maison-Blanche. Lui garde l'immeuble et joue les concierges, en attendant la relève.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Justin Trudeau et autres jokers
René Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 13 octobre 2004
Comme son père et Stéphane Dion, Justin Trudeau s'exerce à la rhétorique réductive des demi-instruits et des demi-civilisés, largement outillés d'un piffomètre à pouvoirs.
Parlant du Canada et du Québec, il(s) emploient le terme divisibles ou potentiellement divisibles comme s'il s'agissait d'un morceau de gâteau ou d'une tarte aux fraises ou encore d'un quelconque problème mathématique en rapport avec la propriété des nombres.
Ce langage est aussi celui des oligarques, qui se partagent un territoire comme un gâteau, sans égard pour les statuts collectifs des populations, peuplades, tribus, clans, peuples, nations et États naturels qui les habitent. Les oligarchies sont connues pour faire pencher tous les rapports de forces et les jeux d'intérêts de leur côté, sans discernement, le pouvoir et l'argent étant envisagés comme des fins ultimes.
On ne va pas demander ni à Stéphane Dion ni à son fils spirituel Justin Trudeau de définir le sens, la portée, la signification et la dynamique territoriale d'un statut donné par rapport à un autre. Le statut de fait(de facto) relève de la géopolitique, celui de droit(de jure) relève de juristes et constitutionnalistes qui ne peuvent cependant agir dans un vide factuel comme celui qu'Ottawa a créé depuis sa fondation. Mais le statut arbitaire d'un État post-impérial comme Ottawa, facilement confondu avec un statut de droit (le droit du plus fort exclusivement), est bien connu des demi-instruits, outillés du piffomètre à pouvoirs et experts en expédients commodes.
Sous prétexte de "défendre le Canada", Trudeau fils et Dion fils, défendent en fait l'oligarchie qui contrôle plus de
85% des richesses de l'espace continental canadien.
Le Canada est d'abord et avant tout un continent à part au nord des Amériques, géographiquement très distinct et contrasté par rapport à ses voisins immédiats: États Unis au sud, Alaska au nord-ouest, qu'on peut presque envisager comme un pays à part, Groenland et Scandinavie au nord-est. En tant que continent, le Canada a été accaparé par un seul État post-impérial, arbitaire et unitaire dont il faut se défaire au plus tôt. Cela se voit maintenant.
Justin et Stéphane défendent également la bureaucratie et
la classe politique qui, à Ottawa, détiennent les clés du pouvoir perpétuel, grâce au piège du BNA Act de 1867, destiné à accaparer tous les pouvoirs au centre et au détriment des provinces, pourtant destinées en partant au statut reconnu d'États, de fait(de facto) et de droit(de jure), en conformité avec l'esprit et la lettre d'une authentique Confédération, ou Union d'États Souverains.
Comme les tenants du pouvoir absolu détiennent un contrôle quasi absolu sur les communications et la fiscalité, alors les défenseurs de la "cause fédéraliste" disposent de tous les moyens nécessaires pour transmettre leur message unitaire, renforcés par l'intimidation, la désinformation, les menaces à peines voilées d'intervention par la police et l'armée. La diplomatie se charge d'informer "correctement" la communauté internationale en conséquence, et l'argent aidant, cette diplomatie est crédible et crue comme la pure vérité.
Le Québec, foyer national d'un peuple et assise de son État naturel, ne pourra faire reconnaître ses statuts qu'au terme d'une lutte à finir avec Ottawa et l'oligarchie de Bay Street à Toronto. Toute la stratégie québécoise doit être orientée dans ce sens, toutes ses forces et toutes ses énergies.
Le principe stratégique de concentration maximale des moyens diponibles et de l'effort dans l'espace et le temps, avec son corollaire, celui de l'économie de l'effort et des moyens, doivent servir de régulateurs et de guides en tout temps et en toutes circonstances.
Les temps sont favorables pour entreprendre la démolition systématique de l'État fédéral, central, unitaire et arbitraire d'Ottawa. Compte tenu de la conjecture actuelle, alors que les libéraux ne sont plus en position de force, nous devons agir pour les obliger à liquider eux-mêmes la fiscalité et les communications en faveur des provinces, appelées à devenir des États. Comme l'enseigne Machiavel dans la Mandragore, nous devons faire en quelque sorte que ce soit l'adversaire qui fasse notre jeu, et non nous qui fassions le jeu de l'adversaire. Lorsque nous l'aurons compris, nous ferons un grand pas en avant. Et comme l'adversaire est déjà en train de boire sa mandrague, il sera de plus en plus en position de faire notre jeu.
Entre-temps, les Justin Trudeau, Stéphane Dion et autres jokers du même acabit pourront continuer de s'agiter sans obtenir aucun résultat valable.

TRIBUNE LIBRE
La démocratie participative, la seule voie pour régler la question nationale
Paul Cliche, porte-parole de l’Union des forces progressistes (UFP) en matière de réforme des institutions démocratiques
et
Jean-Pierre Charbonneau, député de Borduas, ex-ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la
Réforme des Institutions démocratiques et ex-président de l’Assemblée nationale
TRIBUNE LIBRE 13 octobre 2004
Depuis quelques mois, la question nationale est à nouveau à l’avant scène de la vie politique québécoise. Alors que le gouvernement libéral de Jean Charest tente désespérément de faire la démonstration que la population québécoise n’a plus besoin aujourd’hui de réclamer plus de pouvoirs politiques pour améliorer sa vie sociale, économique et culturelle, les nationalistes, eux, et en particulier les souverainistes de toutes tendances, reprennent leurs efforts en vue de rallier le peuple derrière l’idée que le statu quo, même plus respectueux du caractère distinct de notre société, ne peut plus suffire et qu’en conséquence, il faut entrevoir l’avenir avec une autonomie politique beaucoup plus grande (position de l’ADQ), sinon carrément avec la souveraineté (position du PQ et de l’UFP). En somme, une majorité de partis politiques qui rallient déjà derrière eux une majorité de citoyens et de citoyennes considèrent que le « maîtres chez nous » de Jean Lesage et de René Lévesque est toujours essentiel et pertinent.
Dans ce contexte, la question fondamentale qui prévalait il y a 45 ans, demeure : comment obtenir gain de cause et vaincre les résistances sur lesquelles tablent toujours et encore les forces du statu quo ?
À cet égard, les signataires de ce texte ont acquis depuis longtemps la conviction que le règlement de la question nationale ne pourra se faire qu’à travers un vaste et profond exercice de démocratie participative qui permettrait à l’ensemble des citoyens et des citoyennes de participer à la définition du voyage collectif qu’ils veulent entreprendre dans les eaux du XXIe siècle.
Nous constatons depuis quelque temps que notre conviction est partagée par beaucoup de gens, notamment par tous ceux et celles qui souhaitent que les contours de la vie politique québécoise de l’avenir soient définis par une constitution véritable et spécifique qui résulterait d’un exercice de participation citoyenne intense sous l’égide d’une Constituante, assemblée représentative plus large que l’Assemblée nationale, fonctionnant dans une dynamique non partisane. Cette idée avait d’ailleurs recueilli un très fort consensus lors des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques, en février 2003, auxquels avaient incidemment participé des membres de tous les partis politiques.
Toutefois, si nous adhérons et même proposons — dans le cas de l’UFP — la mise sur pied d’une Assemblée constituante, nous considérons que celle-ci doit être l’étape ultérieure d’une démarche devant au départ ratisser beaucoup plus large. À ce propos, la discussion et la réflexion citoyenne doivent se faire dans toutes les régions et même les localités du Québec, en mettant partout en place des forums publics qui constitueront autant d’agoras populaires de communication collective. Dans ces lieux privilégiés, les gens pourront s’exprimer librement sans que les experts ou les élites ne leur enlèvent leur droit de parole et ne tranchent à leur place. Ils pourront aussi tisser des liens de solidarité afin de commencer à développer la mobilisation populaire qui sera certes nécessaire pour sortir du cul-de-sac dans lequel notre société est enfermée depuis trop longtemps.
Il ne s’agit pas ici de refaire l’exercice des Commissions régionales itinérantes sur l’avenir du Québec qui ont précédé le référendum de 1995, essentiellement parce que les personnes qui ont alors assisté aux forums publics n’ont été, en général, que des spectateurs et des auditeurs plutôt que de réels participants. De plus, il ne faudra pas précipiter l’exercice comme ce fut le cas en 1995. Au contraire, il faudra prendre le temps qu'il faut afin d’assurer une participation massive historique qui, seule, permettra de bâtir la solide majorité populaire nécessaire pour permettre un règlement satisfaisant et définitif de la question nationale.
Aux sceptiques qui vantent la démocratie mais qui fuient comme la peste le pouvoir citoyen, autant qu’à ceux et celles qui préfèrent reprendre les sentiers battus traditionnels du prosélytisme et des campagnes menées selon le bon vieux mot d’ordre « sortir, parler, convaincre », nous répliquons que nos compatriotes n’ont pas d’abord et avant tout besoin d’être convaincus par des porteurs de la bonne parole. Ils ont surtout besoin de dire, voire de crier ce qu’ils désirent au plus profond d’eux-mêmes. Certains craignent l’expression de ces désirs. Quant à nous, c’est tout le contraire. Nous avons la conviction que la réponse populaire ira vigoureusement dans le sens du plus haut intérêt national.

TRIBUNE LIBRE
Faire connaître le
message de Pierre Bourgault
François Saint-Louis
TRIBUNE LIBRE 13 octobre 2004
Bonjour M. Frappier
La production de 10 000 autocollants avec la signature
de Pierre Bourgault l'an passé fut un franc succès.
Nous voulons récidiver cette année encore.
Pouvez-vous, s`il est possible en faire une pub et
donner par le fait même mon # de téléphone afin d`en
faire la distribution pour les cégeps et universités.
Nous avons également entrepris la production d'une
quantité de chandails au même motif à prix très
raisonnable pour ceux qui le désirent.
Notre but n'est
pas de faire de l'argent mais de faire connaître le
message de Pierre Bourgault.
Pour commander appellez
le # 514 271-3638.
Merci,
François Saint-Louis, 06.10.2004
Conseiller général SSJB-M.
