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Discours d’ouverture

Conseil national des 16 et 17 octobre 2004
site du PQ

Bernard Landry s'adresse aux délégués et déléguées du Conseil national réunis à Sherbrooke

NOTES POUR UNE ALLOCUTION DU PRÉSIDENT
DU PARTI QUÉBÉCOIS
Discours d’ouverture

La version lue fait foi

Madame la 1re vice-présidente,
Membres du Conseil exécutif national,
Collègues de l’Assemblée nationale,
Chères militantes et chers militants,
Chères amies et chers amis,

Vous me permettrez, tout d’abord, de souhaiter la bienvenue à nos deux nouveaux député(e)s. Elsie Lefebvre, nouvelle députée de Laurier-Dorion, et Nicolas Girard, nouveau député de Gouin.

Leur jeunesse vient s’ajouter à celle d’Alexandre Bourdeau, de Jonathan Valois, de Stéphan Tremblay. Avec leur arrivée, notre parti peut dorénavant compter sur 5 député(e)s de moins de 35 ans.

Je voudrais remercier et féliciter nos deux autres candidat(e)s : Sahar Hawili dans Nelligan et Sylvain Lévesque dans Vanier. Nous devons être fiers d’eux.

Force nous est également de constater que les politiques conservatrices du gouvernement de Jean Charest ont été durement sanctionnées par la population lors de ces élections partielles. Il a perdu trois des quatre élections. La tromperie a ses limites.

L’ADQ de Mario Dumont n’a pas été en reste non plus. Son discours démagogique a été clairement rejeté dans 3 des 4 élections. J’aime mieux perdre dans l’honneur que gagner dans le déshonneur.

À vrai dire, le seul vrai gagnant de ces élections, c’est le Parti Québécois. Il en sort renforcé.

Nous sommes maintenant 46 député(e)s et tous ont été élu(e)s par du vrai monde.

Chères amies, chers amis,

Notre parti vient de vivre une grande année de réflexions et de débats, une « Saison des idées » qui illustre la vigueur intellectuelle de notre vie démocratique.

J’ai pris connaissance avec intérêt et respect des propositions issues des discussions auxquelles ont participé des milliers de Québécoises et de Québécois. Il y en a eu plus de 5 000.

J’ai aussi pris connaissance des préoccupations exprimées lors d’événements réalisés par d’importants mouvements sociaux, notamment le mouvement SPQ-libre et le mouvement altermondialiste Alternatives, dont sont membres plusieurs militantes et militants de notre parti.

J’ai enfin accordé une attention particulière aux idées émises par notre Comité national des jeunes, à celles issues de la tournée de nos trois mousquetaires ou encore de l’Université d’été de l’Institut du Nouveau Monde.

Que ressort-il de tout cela ? Quels consensus se dégagent de toutes ces réflexions et de tous ces débats ?

D’abord et avant tout, celui à l’effet que nous partageons un rêve commun, le rêve magnifique de faire du Québec un pays souverain. Et ce rêve, nul ne peut en douter, est un rêve légitime, réaliste et probable.

Parce que le Québec possède tous les attributs d’une nation, parce qu’au fil de notre histoire, nous avons créé notre propre manière de vivre en société. Enfin et surtout, parce que nous sommes une nation ouverte au monde, qui agit dans le monde et qui a un point de vue à faire entendre au monde.

Ce projet est fondé sur l’amour que nous ressentons pour le Québec. Il est fondé sur la conviction que nous avons raison de vouloir être une nation libre, créatrice, tolérante et pacifiste, en mesure d’apporter au monde une contribution originale.

Il est fondé sur des valeurs de liberté, de solidarité et de responsabilités partagées par des millions de Québécoises et de Québécois.

Et pas plus que nous, ces femmes et ces hommes ne sauraient se satisfaire des discours démagogiques d’un Mario Dumont sur une illusoire autonomie, encore moins des discours trompeurs d’un Jean Charest sur un pseudo fédéralisme asymétrique fictif.

La nation québécoise vaut plus que cela et nous voulons plus que cela pour la nation québécoise.

Nous avons, en quelques décennies, franchi des étapes essentielles vers la réalisation de notre projet. Nous avons parcouru, il est important de se le rappeler, une bonne partie de la route vers notre indépendance nationale. Mais il nous reste encore un bout de chemin à faire.

Nous nous sommes dotés d’un État québécois moderne. Nous avons construit des services publics de grande qualité. Nous avons fait des pas considérables dans la recherche de l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous nous faisons entendre de plus en plus dans le monde. Nous avons bâti une des sociétés les plus solidaires qui existent aujourd’hui en Amérique du Nord.

Sur le plan économique, le chemin parcouru est tout aussi considérable. Les Québécois ont créé une économie solide. Le Québec s’est résolument inscrit dans la grande révolution numérique en cours, de même que dans la libéralisation des échanges en Amérique du Nord dont il a été, il faut se le rappeler, un des principaux instigateurs.

Sur le plan social, nous avons construit une société dynamique et solidaire.

Sur le plan culturel, nous avons aussi créé une culture québécoise riche, vivante, reconnue et appréciée. Avec la Charte de la langue française, nous avons permis à des centaines de milliers de jeunes québécoises et québécois de toutes origines d’avoir la langue française et la culture québécoise en partage.

Nous avons réussi cela et nous pouvons en être fiers.

Au surplus, nous ne sommes pas moins d’une centaine de députés souverainistes à poursuivre le combat, tant à la Chambre des communes qu’à l’Assemblée nationale.

Mais toutes ces constatations ne dispensent pas le Parti Québécois de faire un examen sans complaisance de certaines de ses politiques et de repenser sa lecture des grands enjeux collectifs du Québec d’aujourd’hui.

Fidèle à ses valeurs et à ses idéaux, le Parti Québécois doit s’adapter à l’évolution de notre société et ne pas craindre de revoir les moyens mis de l’avant pour atteindre ses objectifs.

Par exemple, le rôle de l’État dans l’économie doit continuer de faire l’objet d’une réflexion constante, pragmatique et non dogmatique. La gestion efficace des réseaux de services publics, notamment en santé et en éducation, doit aussi continuer d’être au cœur des débats du Parti Québécois au cours des prochains mois. Celui-ci devra également offrir, d’ici le prochain scrutin, une lecture originale et des politiques novatrices pour faire face au défi démographique auquel est confronté le Québec.

Mais nous avons aussi à faire un effort supplémentaire auprès des citoyennes et citoyens du Québec. Nous devons aller les voir et discuter avec eux afin qu’ils nous expliquent comment la souveraineté nationale pourrait être plus attrayante à leurs yeux. Nous avons le devoir de mieux comprendre leurs aspirations et de mieux les traduire pour qu’ils adhérent à notre projet.

Et c’est d’espoir qu’il nous faut dorénavant parler.

Pourquoi nous faudrait-il aujourd’hui accepter la vision réductrice du Québec que nous propose Jean Charest et le portrait lugubre qu’il trace du Québec comme il l’a fait, cette semaine, au Forum des générations ?

Il est vrai que le choc démographique et l’état des finances publiques sont des défis que le Québec doit affronter. Mais le Québec est capable de les surmonter si on fait appel à sa créativité. Ce n’est pas ce que Jean Charest a fait cette semaine. Moi, je n’ai jamais eu peur de ces défis. Je n’ai jamais baissé les bras. Et je n’ai pas l’intention de commencer aujourd’hui.

En plus de baisser les bras, Jean Charest trompe la population du Québec : 500 M $ de notre argent qu’il est aller chercher à Ottawa pour la santé, mais qu’il ne mettra pas en santé. Il a même déclaré qu’il avait déjà dépensé ces sommes avant même la conclusion de l’entente. A-t-il déjà dépensé notre argent qu’il ira peut-être chercher à Ottawa pour la péréquation ?

Et parlons des supposées baisses d’impôts de 1 MM$ par année pour tous les contribuables, transformées en « diminution des pressions financières » pour certains contribuables.

C’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Incluant la dernière hausse d’Hydro-Québec, le gouvernement va chercher plus de 1 MM$ dans les poches des contribuables. Selon Jean Charest, les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord. Maintenant, Jean Charest vise-t-il qu’ils soient les plus tarifés ?

Et que dire des bourses d’études transformées en prêts pour les étudiants du Québec. C’est un fardeau fiscal de plus de 100 M$ qu’il impose aux étudiantes et aux étudiants du Québec. C’est pour cela qu’une génération a quitté le Forum des générations.

Parlons-en de ce Forum. Après nous avoir annoncé 6 grands Chantiers lors du Discours inaugural, il nous annonce maintenant une dizaine de groupes de travail qui feront rapport en 2005, même en 2006. Et leur slogan était : Nous sommes prêts !

L’Action démocratique du Québec maintenant.

Elle est dorénavant autonomiste. Si Mario Dumont veut parler d’autonomie, je vais lui en parler… Je ne veux pas, moi, que le Québec ne se gouverne qu’en partie, vous non plus ! Je veux qu’il soit complètement maître de son destin.

Moi aussi je veux que les contribuables ne remplissent qu’un seul rapport d’impôt, mais dans lequel il n’y aura que l’impôt du Québec, une fois souverain. Monsieur Dumont, le Québec n’est pas une succursale du ministère fédéral du Revenu.

De cette année de réflexions et de débats que nous venons de vivre émerge un autre grand consensus. Un puissant appel nous est lancé : Ne lâchez pas ! Soyez persévérants ! Soyez déterminés ! Donnez-nous un pays !

Ce projet doit maintenant s’incarner dans un véritable programme de pays. Préparer ce programme est la tâche politique prioritaire qui incombe à notre parti dans les mois à venir.

Ce programme de pays doit proposer, dans un effort collectif de renouvellement de nos idéaux socio-démocrates, des réponses réelles aux problèmes et aux aspirations des Québécoises et des Québécois. Ils pourront alors entrevoir très clairement et très concrètement les avantages que comporterait, pour eux, le fait que leur gouvernement national perçoive tous les impôts, signe tous les traités, détermine toutes les politiques.

Il doit toucher toutes les sphères d’activités d’un gouvernement souverain et être concret, crédible et enthousiasmant.

Mais il doit aussi se traduire en un programme qui comporte à la fois des engagements précis à court terme (avant l’indépendance) et à moyen terme (après l’indépendance) et qui informe sur les moyens que nous allons prendre, dans tous les secteurs, pour assurer une transition harmonieuse au moment de l’indépendance.

Ce programme, s’il doit bien entendu être élaboré au sein de notre parti et faire place aux propositions des membres, ne doit pas être conçu en vase clos. Ce doit être pour nous, au contraire, l’occasion de poursuivre le vaste dialogue entrepris avec la société civile québécoise et avec l’ensemble de la population.

Le moment est venu de tirer les leçons du passé, de faire le bilan, avec lucidité et franchise, des stratégies de nos adversaires et de celles que nous avons suivies.

Reconnaissons-le sans détour. Au lendemain du référendum de 1995, nous nous sommes repliés sur la gouvernance provinciale. Nous avons connu une regrettable démobilisation de plusieurs souverainistes qui nous a placés dans une situation de vulnérabilité face aux attaques vicieuses de l’État fédéral canadien.

Nous avons aussi, dans le passé, sous-estimé nos adversaires.

En effet, dès le référendum de 1980, il est apparu que les opposants au projet de souveraineté, particulièrement au sein de l’État fédéral, étaient disposés à transgresser toutes les règles démocratiques. Ils ont utilisé sans état d’âme tous les moyens à leur disposition, ils ont mis à contribution toutes les tactiques nécessaires, légitimes ou non, légales ou non, pour empêcher la concrétisation de notre projet politique.

Face à un tel acharnement et à une telle absence de scrupules de nos adversaires, nous ne pouvons plus douter, non seulement de la légitimité, mais aussi de la nécessité pour un gouvernement souverainiste démocratiquement élu de mettre les ressources de l’État québécois au service de l’émancipation de notre nation, dans l’honnêteté, dans la transparence et dans le respect de nos lois et règles administratives.

Je propose un plan de mobilisation qui s’articule autour de quelques grandes valeurs et implique la réalisation de nombreuses actions souveraines visant :

- à positionner la question nationale au premier plan du débat politique;

- à placer sans relâche l’État fédéral sur la défensive et à l’obliger à se révéler en contradiction fondamentale avec les aspirations du Québec ;

- à mobiliser et à rallier les diverses composantes de la nation québécoise dans le combat pour l’indépendance ;

- à tenir et à gagner le plus tôt possible un référendum sur la souveraineté.

Comment atteindre ces objectifs ?

Je veux aujourd’hui soumettre à votre réflexion 10 gestes qu’un gouvernement du Parti Québécois dûment élu pourrait poser en préparation de la souveraineté:

Premièrement, en utilisant pleinement les ressources de l’État québécois, le mobiliser derrière le projet souverainiste en créant, notamment, un Secrétariat à la souveraineté qui préparera et appliquera, dans tous les secteurs, des plans opérationnels de transition vers la souveraineté.

Deuxièmement, adopter une constitution initiale du Québec qui donne des garanties explicites à la nation et à la communauté internationale quant au respect des droits démocratiques des citoyennes et des citoyens, des droits de la communauté anglophone et des droits des nations autochtones dans un Québec indépendant. Elle entrera en vigueur dès la Déclaration de souveraineté et assurera la nécessaire continuité juridique jusqu’à l’adoption d’une constitution nationale par une assemblée constituante.

Troisièmement, déployer une politique internationale d’envergure, ce qui suppose, entre autres choses, d’accroître de manière substantielle le nombre et les ressources de nos délégations à l’étranger, de créer des missions d’observation du Québec auprès des grandes institutions internationales, particulièrement l’ONU, l’UNESCO et l’OMC, d’adopter une Déclaration générale de politique extérieure et de la sécurité internationale et de développer des alliances non seulement au sein de la francophonie, mais partout dans le monde.

Quatrièmement, renforcer nos symboles identitaires nationaux, ce qui implique, par exemple, d’adopter rapidement un hymne national du Québec, de mettre en valeur la culture québécoise par une vaste campagne de promotion , de mener une bataille pour que nos équipes sportives participent aux grandes compétitions internationales.

Cinquièmement, soutenir le Conseil de la souveraineté du Québec, qui d’ailleurs fait un excellent travail, pour qu’il aille encore plus loin et qu’il devienne une grande coalition citoyenne inclusive, arc-en-ciel et non partisane qui regroupe l’ensemble des partis, des organisations et des mouvements favorables à la souveraineté du Québec et en donnant à ce Conseil toutes les ressources dont il aura besoin pour mobiliser toutes les composantes de la population québécoise dans notre combat collectif pour la souveraineté.

Sixièmement, réaliser une vaste campagne d’information expliquant au Québécoises et aux Québécois les avantages de la souveraineté.

Septièmement, modifier la Loi québécoise sur les consultations populaires afin de prémunir la démocratie québécoise contre les transgressions dont elle a été victime dans le passé, notamment en s’assurant que seuls ceux ayant le droit de vote le fassent et que le prochain référendum se tienne sous la surveillance d’observateurs internationaux.

Huitièmement, sans toutefois, et j’insiste, en faire une condition d’accession à la souveraineté, préparer une proposition d’accord économique avec le Canada visant un partage équitable du patrimoine commun et assurant la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes entre les deux pays.

Neuvièmement, tenir le plus tôt possible un référendum, avec une question courte, simple et claire, sur l’accession du Québec à la souveraineté.

Finalement, après une victoire référendaire qui, j’en ai l’intime conviction et la ferme volonté politique, est réalisable dans le cadre de ce plan d’action et de mobilisation, faire adopter par notre Assemblée nationale une Déclaration de souveraineté du Québec.

La mise en œuvre de ce plan de mobilisation sera, j’en prends aujourd’hui l’engagement, au cœur de nos actions parlementaires, ministérielles et gouvernementales, le temps venu.

J’invite les militantes et les militants du Parti Québécois, de même que tous les souverainistes, à se rallier autour de ce projet que nous partageons, de ce programme de pays que nous entreprenons maintenant d’élaborer et de ce plan de mobilisation que nous mettons en œuvre à compter d’aujourd’hui.

Mes ami(e)s,

Ce présent Conseil national est important pour notre Parti. Il prépare la suite des choses.

Cette fin de semaine, c’est à nous, militantes et militants, de décider de la suite de ces choses.

Ou bien nous nous enlisons dans des débats stériles, qui ne nous mèneraient nulle part ou bien nous nous employons, sur l’excellente base que nous fournissent les rapports des Chantiers et la proposition d’amendement du Conseil exécutif national, à moderniser notre Parti, notre programme, et à préciser notre projet de pays.

Un projet de pays, un nouveau parti… il n’y a pas de chantier plus beau, plus enthousiasmant, plus grand !





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Un plan de mobilisation

Conseil national des 16 et 17 octobre 2004
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Un plan de mobilisation - Bernard Landry propose 10 gestes à poser par un gouvernement du Parti Québécois

Dix gestes qu’un gouvernement du Parti Québécois, dûment élu, pourrait poser en préparation de la souveraineté et qui s’articule autour de grandes valeurs :

- positionner la question nationale au premier plan du débat politique;

- placer sans relâche l’État fédéral sur la défensive et à l’obliger à se révéler en contradiction fondamentale avec les aspirations du Québec ;

- mobiliser et rallier les diverses composantes de la nation québécoise dans le combat pour l’indépendance ;

- tenir et gagner le plus tôt possible un référendum sur la souveraineté.

1- En utilisant pleinement les ressources de l’État québécois, le mobiliser derrière le projet souverainiste en créant, notamment, un Secrétariat à la souveraineté qui préparera et appliquera, dans tous les secteurs, des plans opérationnels de transition vers la souveraineté.

2- Adopter une constitution initiale du Québec qui donne des garanties explicites à la nation et à la communauté internationale quant au respect des droits démocratiques des citoyennes et des citoyens, des droits de la communauté anglophone et des droits des nations autochtones dans un Québec indépendant. Elle entrera en vigueur dès la Déclaration de souveraineté et assurera la nécessaire continuité juridique jusqu’à l’adoption d’une constitution nationale par une assemblée constituante.

3- Déployer une politique internationale d’envergure, ce qui suppose, entre autres choses, d’accroître de manière substantielle le nombre et les ressources de nos délégations à l’étranger, de créer des missions d’observation du Québec auprès des grandes institutions internationales, particulièrement l’ONU, l’UNESCO et l’OMC, d’adopter une Déclaration générale de politique extérieure et de la sécurité internationale et de développer des alliances non seulement au sein de la francophonie, mais partout dans le monde.

4- Renforcer nos symboles identitaires nationaux, ce qui implique, par exemple, d’adopter rapidement un hymne national du Québec, de mettre en valeur la culture québécoise par une vaste campagne de promotion de celle-ci, de mener une bataille pour que nos équipes sportives participent aux grandes compétitions internationales.

5- Soutenir le Conseil de la souveraineté du Québec pour qu’il aille encore plus loin et qu’il devienne une grande coalition citoyenne inclusive, arc-en-ciel et non partisane qui regroupe l’ensemble des partis, des organisations et des mouvements favorables à la souveraineté du Québec et donner à ce Conseil toutes les ressources dont il aura besoin pour mobiliser toutes les composantes de la population québécoise dans notre combat collectif pour la souveraineté.

6- Réaliser une vaste campagne d’information expliquant au Québécoises et aux Québécois les avantages de la souveraineté.

7- Modifier la Loi québécoise sur les consultations populaires afin de prémunir la démocratie québécoise contre les transgressions dont elle a été victime dans le passé, notamment en s’assurant que seuls ceux ayant le droit de vote le fassent et que le prochain référendum se tienne sous la surveillance d’observateurs internationaux.

8- Sans toutefois en faire une condition d’accession à la souveraineté, préparer une proposition d’accord économique avec le Canada visant un partage équitable du patrimoine commun et assurant la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes entre les deux pays.

9- Tenir le plus tôt possible un référendum, avec une question courte, simple et claire, sur l’accession du Québec à la souveraineté.

10- Après une victoire référendaire, faire adopter par notre Assemblée nationale une Déclaration de souveraineté du Québec.





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Souveraineté: Landry présente son plan d'action

SRC samedi 16 octobre 2004

Bernard Landry tente de déjouer les plans de ceux qui aspirent à lui succéder à la tête du Parti québécois. Devant les quelque 400 délégués au Conseil national du PQ qui se tient à Sherbrooke, il a présenté son plan d'action pour la souveraineté.

Dès son arrivée au pouvoir, un gouvernement péquiste dirigé par Bernard Landry utiliserait les ressources de l'État pour mobiliser la population en faveur de l'indépendance. Le chef péquiste prévoit la création d'un secrétariat à la souveraineté, l'adoption d'une constitution transitoire et l'élaboration d'une proposition d'accord économique avec le Canada. M. Landry a toutefois précisé que cet accord ne constituait nullement une condition d'accession à la souveraineté pour le Québec.

Un référendum devrait intervenir pendant la première moitié du mandat du PQ. S'il gagnait l'appui majoritaire de la population, une déclaration d'indépendance serait adoptée par l'Assemblée nationale.

Le plan d'action de M. Landry comprend également un renforcement des symboles identitaires du Québec, comme l'adoption d'un hymne national et l'envoi d'équipes sportives portant les couleurs du Québec aux événements internationaux.

Ce plan en 10 points sera soumis à l'approbation des membres du PQ au cours du prochain congrès de la formation, qui se tiendra en juin 2005. C'est également à ce moment qu'aura lieu un vote de confiance à l'égard du chef péquiste.

Pauline Marois parle de « climat tendu »

À l'ouverture du Conseil national, la députée péquiste de Taillon, Pauline Marois, qui ne cache pas son profond désir de changement à la tête de la formation, a qualifié le climat de « tendu ».

Dans un entretien au RDI, la députée de Taillon a avoué ne pas avoir apprécié la démarche de François Legault, qui a profité de l'ouverture des débats pour distribuer son petit fascicule de propositions pour le parti, intitulé « Le courage de changer ».

Dans cette brochure de 48 pages, M. Legault rappelle notamment l'ampleur de la défaite électorale d'avril 2003 et critique le parti tel qu'il est actuellement. « Le Parti québécois n'offre pas actuellement, dans ce qu'il est et dans ce qu'il propose, des réponses satisfaisantes », écrit notamment le député de Rousseau.

Mme Marois a regretté que M. Legault n'ait pas fait preuve de plus de discrétion, jugeant que cet autre candidat officieux à la présidence du parti avait déjà eu la possibilité de présenter son projet. Finalement, elle a confirmé qu'elle ne demandera pas une course au leadership lors de ce Conseil national.





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Conseil national du PQ: la tension déjà palpable

LCN 16/10/2004

(D'après PC) – La tension était déjà palpable, quelques heures seulement après l'ouverture du Conseil national du Parti québécois à Sherbrooke.

C'est ce qu'a confié la députée péquiste de Taillon, Pauline Marois.

Elle a reconnu que les tractations internes sont toujours en cours, entre ses partisans et ceux de François Legault, l'autre candidat à la future succession de Bernard Landry.

Toutefois, selon Pauline Marois, la campagne de plus en plus ouverte que mène le député François Legault au Conseil national nuit à la mise en oeuvre du plan présenté aujourd'hui par Bernard Landry.

Pour ce second conseil national en deux mois, les délégués devront se prononcer sur un projet d'amendement du programme. En outre, 17 propositions seront soumises aux militants.

Souveraineté

Le chef péquiste a dévoilé son plan d’accession à la souveraineté, qui serait mis en oeuvre dès l’élection du PQ.

Ainsi, il confirme qu'il utiliserait des fonds publics pour faire la promotion de l'indépendance, qu'il créerait un secrétariat de la souveraineté, et qu'il tiendrait un référendum le plus tôt possible.

Il évite toutefois de s'engager à tenir le référendum dans la première moitié du mandat, comme le suggère le député François Legault.

Le gouvernement péquiste adopterait une proposition d'accord économique avec le Canada et une politique internationale d'envergure comprenant l'envoi de délégations au sein d'organisations internationales.

Il adopterait un hymne national du Québec et mènerait une lutte afin que les sportifs défendent les couleurs du Québec dans le cadre de compétitions internationales.

Dès son élection, le gouvernement péquiste adopterait une constitution entrant en vigueur après un référendum gagnant, qui se déroulerait en présence d'observateurs internationaux.

M. Landry a invité les membres du parti à se rallier derrière ce plan de mobilisation. Faisant allusion à la course larvée au leadership qui se tient en coulisse, le chef péquiste a invité les membres à se lancer dans la modernisation du programme péquiste, plutôt qu'à s'enliser dans des débats stériles qui ne mènent nulle part.

Il invite ses troupes à cheminer dans la solidarité vers le congrès de 2005, où le Parti Québécois se dotera de son nouveau programme.





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Plan d'action pour réaliser la souveraineté
Landry se radicalise

Denis Lessard
La Presse Le dimanche 17 octobre 2004

Sherbrooke - Pour la première fois de son histoire, le Parti québécois se donne un échéancier contraignant pour la tenue d'un référendum sur la souveraineté. S'il est élu, le PQ tiendra sa consultation durant la première moitié de son mandat avec une question courte et simple.

C'est ce que propose la nouvelle mouture du programme du Parti québécois, rendue publique hier, pour adoption au congrès de juin 2005. «Et je suis d'accord avec cela», a soutenu hier Bernard Landry en marge d'un conseil national dominé par des tractations entourant son leadership.

Surprenant les militants, M. Landry y est allé d'un plan d'action en 10 points sur la stratégie d'un gouvernement péquiste pour réaliser la souveraineté, un plan où, notamment, il met de côté le partenariat politique avec le Canada anglais.

«Disons-le ouvertement, franchement, carrément: le coeur de notre parti est de réaliser la souveraineté du Québec. C'est mieux d'être transparent. Parler de mi-mandat est peut être mieux parce que c'est plus clair», a tranché le chef péquiste.

Ce faisant, M. Landry tirait le tapis sous les pieds de François Legault, qui, dans un manifeste rendu public cette semaine, réclamait que le PQ s'engage à un référendum rapidement après son élection.

Jamais le programme du PQ n'aura été aussi contraignant. Même quand Jacques Parizeau, avant 1994, parlait d'une consultation dans les huit à 10 mois suivant l'élection, le programme du PQ restait plus vague, évoquant, lui, un référendum «dans les meilleurs délais».

Devant les 400 délégués, clairement en réponse à l'appel du pied fait par Jacques Parizeau en août dernier, M. Landry a rendu public son plan en 10 points pour réaliser la souveraineté une fois le PQ élu. Aucun geste de rupture dans la stratégie du chef péquiste -pas question d'adopter une loi qui serait inconstitutionnelle ni de faire de gestes contraires aux lois canadiennes.

Fonds publics

Par contre, une fois élu, un gouvernement Landry se servirait des fonds publics pour faire la promotion de son option et créerait un Secrétariat à la souveraineté pour préparer la transition dans tous les secteurs.

Si le PQ est élu, le gouvernement préparera aussi la Constitution initiale du Québec, qui sera adoptée mais ne serait appliquée qu'au lendemain d'un OUI au référendum. Québec accroîtrait les ressources de ses représentations à l'étranger et dans les organismes internationaux. Le gouvernement adopterait rapidement un hymne national et ferait pression pour envoyer des équipes d'athlètes distinctes aux compétitions internationales.

Plus important, Bernard Landry a officiellement envoyé par-dessus bord hier le «partenariat politique» avec le reste du Canada. La formule de l'Union européenne, son credo jusqu'ici, n'est pas applicable à l'union du Québec et du Canada, 10 fois moins populeuse que l'Europe, a convenu M. Landry, un constat fait depuis longtemps par Pauline Marois.

Mais une seule question mobilisait les discussions de coulisses au conseil national; Bernard Landry dirigera-t-il encore les troupes péquistes aux prochaines élections.

Mais les réalignements proposés par M. Landry n'ont pas satisfait les deux principaux aspirants à sa succession à la tête du Parti québécois. Pour Pauline Marois, il est «un peu trop tôt pour préciser un échéancier» quant à la tenue d'un référendum.

Pour François Legault il reste bien des questions en suspens dans le plan de Bernard Landry: «Peu importe le chef qui sera en place, si on ne modernise pas le PQ, on ne gagnera pas les prochaines élections. M. Landry propose de bonnes pistes, mais il propose des gestes après les prochaines élections», observe-t-il.

Mais M. Landry n'a pas davantage satisfait les plus orthodoxes de son parti. Le député de l'Assomption, Jean-Claude Saint-André, a affirmé: «On reste enfermé dans l'étapisme, il y a beaucoup de ressemblances avec le plan menant au référendum de 1995. Cela ne me satisfait pas du tout.» Il n'est pas davantage d'accord avec les propositions de François Legault, qui réclame que le PQ fasse un mea-culpa: «Étrangement, M. Legault ne parle que des erreurs des autres ministres. Il aurait pu ajouter à sa liste son projet de loi qui augmentait les primes d'assurance médicaments sur le dos des plus démunis au Québec.»

La circonscription de L'Assomption a en vain tenté de présenter une résolution d'urgence demandant aux députés péquistes de soumettre un projet de loi faisant de Revenu Québec le seul percepteur d'impôts sur le territoire.

«Les militants sont muselés, on empêche les membres de se prononcer sur une question importante. C'est bien mal parti pour le congrès. Il y a quelque chose qui ne marche pas au Parti québécois, et il est temps d'y mettre le holà», a lancé le député Saint-André, qui montrait du doigt Bernard Landry. «C'est au chef de veiller au grain et cela n'a pas été fait», a soutenu le député. Il n'a pas manqué d'ironiser sur le fait qu'une résolution de félicitations à des athlètes québécois avait, elle, été jugée suffisamment urgente par les instances du parti pour être recevable.

«Je n'en reviens pas, je vais avoir une explication avec lui», a répliqué Bernard Landry. Dire que le parti est muselé dénote «un sens de l'humour extraordinaire», a raillé le chef péquiste.





conseil national du PQ

Une proposition pour faciliter la perception des impôts est rejetée

Norman Delisle
Presse Canadienne Le samedi 16 octobre 2004

Sherbrooke - Une proposition pour que Revenu Québec devienne le seul percepteur de l'ensemble des impôts et des taxes sur le territoire du Québec a été jugée irrecevable samedi au Conseil national du Parti québécois.

Le député de L'Assomption, Jean-Claude Saint-André, qui a présenté la proposition, a immédiatement dénoncé le fait.

«On a présenté la proposition dans les délais prévus. Elle a été jugée irrecevable. Au Parti québécois, on cherche à museler l'expression des membres. Dans une formation démocratique, c'est inacceptable. Il faut y mettre un holà. Cela va prendre un changement au niveau de la façon dont les dirigeants assument leurs responsabilités. C'est au chef (Bernard Landry) de veiller au grain», a déclaré le député Saint-André après l'incident.

Pour ce dernier, la déclaration unique de revenu aurait été «une façon exceptionnelle de faire progresser l'idée d'indépendance».

M. Saint-André a aussi fait valoir que le système de déclaration unique serait d'autant plus rapidement mis en place que l'Action démocratique du Québec et le ministre libéral des Finances, Yves Séguin, y sont favorables. L'ADQ de Mario Dumont a même inscrit une proposition en ce sens dans son programme.

Toutefois, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a rejeté la proposition. «Moi aussi je veux que les contribuables québécois ne remplissent qu'un seul rapport d'impôt, mais dans lequel il n'y aura que l'impôt du Québec, une fois souverain. Le Québec, M. Dumont, n'est pas une succursale du ministère fédéral du Revenu», a dit M. Landry.

À ce sujet, le Québec collecte déjà la TPS fédérale sur les biens et les services. Les montants collectés par Québec à ce titre sont par la suite remis au gouvernement fédéral.

Par ailleurs, une étude menée en 1995 révélait que l'obligation faite aux Québécois de remplir annuellement deux rapports d'impôts au lieu d'un seul, coûtait quelque 300 millions $ par année en énergie et en pertes de temps.

Dans toutes les autres provinces canadiennes, les contribuables ne remplissent qu'un seul formulaire d'impôt. L'argent collecté est par la suite réparti entre les deux niveaux de gouvernement à la suite d'accords provinciaux-fédéraux.





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Dure journée pour Legault, dure année pour Landry

Denis Lessard
La Presse dimanche 17 octobre 2004

Sherbrooke - Marie Malavoy ne hausse jamais le ton. La doucereuse universitaire tient toujours des propos lénifiants qui visent à épargner les susceptibilités.

Aussi, hier matin, la vice-présidente du PQ a-t-elle eu l'air de sauter les plombs quand, devant les députés péquistes réunis à huis clos, elle a attaqué François Legault. «On n'écrit pas le programme du PQ avec des je, mais avec des nous!» a-t-elle lancé sans équivoque. Elle a repris publiquement sa formule lapidaire au conseil national. À quelques mètres d'elle, sa cible, M. Legault, n'a pas répliqué.

Depuis plusieurs jours le clan de Bernard Landry appréhendait l'affrontement qui a lieu à Sherbrooke en fin de semaine, au conseil national. Mesure extraordinaire, il y a 10 jours, l'exécutif du parti avait convoqué les deux principaux aspirants à la succession de Bernard Landry, François Legault et Pauline Marois, pour s'assurer que le conseil national se déroulerait sans anicroches. L'affaire fut vite bâclée avec Mme Marois, dont la faiblesse de l'organisation apparaît davantage de semaine en semaine.

Il en fut tout autrement avec le député de Rousseau. Confronté aux rumeurs d'une opération imminente de son organisation, M. Legault a admis qu'un manifeste était en gestation, mais il a soutenu qu'il n'avait pas dessein de le rendre public.

En fait, son texte Le courage de changer parvenait le jour même à tous les journaux dans le but d'être publié le mardi suivant, après le congé de l'Action de grâce.

Aussi la semaine dernière, quand Sylvain Gendron, l'un des principaux organisateurs du clan Legault, a demandé qu'un exemplaire relié du manifeste soit distribué aux tables des délégués en fin de semaine, a-t-il reçu un niet catégorique. Tout au plus le directeur du PQ, Pierre Châteauvert, a-t-il consenti à ce que le credo du député de Rousseau soit distribué dans l'antichambre du conseil national, «où il y a des gens qui vendent des livres et des macarons».

Car pour le clan Landry, la manoeuvre était d'un mauvais goût consommé. La direction du PQ allait le jour même rendre public l'amendement qu'il compte apporter à son programme électoral, un rebrassage sans précédent du fameux «article 1» du parti de René Lévesque. Avec une telle diversion, les médias ont eu tôt fait de transformer le conseil national en joute Landry-Legault. Loin de galvaniser les souverainistes, l'affrontement risque de les démobiliser. «M. Legault a confisqué la démarche militante, c'est irrespectueux» a laissé tomber l'ancien député Roger Paquin, président de la Montérégie. Mme Marois aussi a désapprouvé la manoeuvre. En revanche, semblant ne rien comprendre de ce qui se passait, sa lieutenante, Nicole Léger, a approuvé la manoeuvre du clan Legault: «Les militants ont le droit de s'exprimer», a-t-elle laissé tomber.

Anodin en apparence, l'accrochage d'hier n'est que la pointe de l'iceberg. Une partie de bras de fer se joue actuellement dans les circonscriptions en prévision des assemblées qui, à compter du 13 novembre, choisiront les délégués qui auront à exprimer leur confiance à M. Landry au congrès de juin 2005. Proche conseiller de M. Landry, Harold Lebel a déjà été dépêché dans le Bas-Saint-Laurent pour convaincre les militants d'appuyer le chef. La première assemblée aura lieu dans Matane, le fief du jeune Pascal Bérubé, un des lieutenants de François Legault. Dans la région de Québec, l'organisation Landry admet qu'elle éprouve des problèmes: le directeur Châteauvert a dû aller «tordre des bras» dans Charlesbourg, où le président, Thierry Lorman, est pro-Legault. Dans Chauveau, le bureau de direction est aussi derrière le député de Rousseau.

Mais si la fin de semaine aura été difficile pour M. Legault, les mois qui viennent le seront davantage pour Bernard Landry.

Désireux de calmer l'aile plus radicale de son parti, qui s'exprime périodiquement par la plume de Jacques Parizeau, Bernard Landry a accepté de radicaliser passablement la démarche du PQ vers la souveraineté.

Le «partenariat politique» avec le Canada anglais était moribond, il est passé à la trappe hier. Seule une union économique sera proposée si le OUI l'emporte. Le gouvernement Landry pourra en outre utiliser les fonds publics pour faire avancer la souveraineté. Des lois seront adoptées pour renforcer le respect des règles entourant la tenue du référendum et on appellera des observateurs internationaux à la rescousse pour s'assurer de l'impartialité de l'opération - une demande faite à la mi-août par Jacques Parizeau.

Mais surtout, une première dans l'histoire du PQ, le successeur de René Lévesque accepte que soit écrit noir sur blanc un échéancier pour la tenue d'un référendum: «durant la première moitié du mandat», proposera le PQ. Tout un virage pour Bernard Landry, qui jusqu'ici se bornait à une consultation quand il aurait «l'assurance morale de gagner».

Le pari est risqué, car il est loin d'être certain que, dans l'ensemble de la population, on accueillera avec enthousiasme une telle radicalisation. Et hier, les plus orthodoxes au PQ n'étaient pas satisfaits. Pour des militants de longue date comme Marc Brière, d'Outremont, «c'est un méli-mélo de propositions déjà sur la table. Le fond des choses, c'est que M. Landry n'est pas l'homme de la situation. Gilles Duceppe ferait meilleure figure». George-Étienne Cartier, président de l'association de Jacques-Cartier, croit toujours que M. Landry aurait dû déclencher une course à la direction il y a longtemps déjà. «C'était pour éviter ce à quoi on assiste aujourd'hui, une course en coulisses», lance-t-il.

En durcissant le ton, Bernard Landry ne semble guère avoir amadoué son parti et ses éternels «radicaux libres». En fait, le plus content du discours de M. Landry risque d'être Jean Charest, dès la reprise des travaux, mardi, à l'Assemblée nationale.





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Les dissensions internes demeurent vives au sein du Parti québécois

NORMAN DELISLE
PC dimanche 17 octobre 2004

SHERBROOKE (PC) - Les dissensions demeurent vives comme jamais au sein du Parti québécois. Pour les calmer, le chef du parti Bernard Landry a proposé un plan en 10 points pour faciliter l'accès du Québec à l'indépendance.

Lors d'une réunion des 400 membres du Conseil national du parti, samedi dans les Cantons de l'Est, le député péquiste de Rousseau, François Legault, a fait distribuer une brochure de 48 pages qui rappelle l'ampleur de la défaite électorale d'avril 2003 et critique le parti tel qu'il est actuellement.

"Le Parti québécois n'offre pas actuellement, dans ce qu'il est et dans ce qu'il propose, des réponses satisfaisantes", écrit le député de Rousseau dans sa brochure.

M. Legault, tout comme la députée de Taillon, Pauline Marois, est un aspirant non officiel à la succession éventuelle du chef du PQ, Bernard Landry, si ce dernier venait à quitter son poste. La distribution par M. Legault de cette brochure, quelques heures avant que le parti ne lance son plan de relance de la souveraineté, a soulevé la grogne tant chez les partisans de M. Landry que chez Mme Marois elle-même.

"C'est choquant pour les militants", a commenté Mme Marois à l'endroit de François Legault.

La vice-présidente du parti, Marie Malavoy, a critiqué le ton utilisé par M. Legault dans son document. "On n'écrit pas le programme du Parti québécois avec des 'Je', on l'écrit avec des 'nous"', a dit Mme Malavoy, face au fait que le texte produit par M. Legault était écrit à la première personne.

Plan en 10 points

Quant à M. Landry, il a court-circuité la manoeuvre de M. Legault en proposant lui-même un plan en 10 points pour promouvoir la souveraineté une fois que le PQ reprendra le pouvoir.

Ce plan comprend notamment la tenue d'un référendum sur la souveraineté au plus tard à la moitié du mandat où le Parti québécois sera au pouvoir, avec une question "claire simple et courte".

Ce plan comprend également l'adoption d'une constitution temporaire qui assurera la continuité de l'Etat de droit entre le moment avant l'adoption d'une constitution définitive par l'Assemblée nationale.

On y retrouve aussi un renforcement des symboles identitaires du Québec comme l'adoption d'un hymne national et l'envoi d'équipes aux couleurs du Québec aux événements sportifs internationaux.

Par ailleurs, le Québec proposera au reste du Canada un accord économique visant un partage équitable du patrimoine commun et une garantie de libre circulation des biens, des capitaux, des personnes et des services entre les deux pays.

M. Landry a précisé toutefois que cet accord ne constituait nullement une condition d'accession à la souveraineté pour le Québec.

La proposition de M. Landry devra toutefois être précisé, croit le député François Legault. Il reproche notamment à la proposition de M. Landry de ne pas présenter un cadre financier clair pour un Québec souverain, comme un "Budget de l'An I".

"Je souhaite que notre projet de pays soit très concret, rejoigne le monde et dise ce que la souveraineté changera dans la vie du monde", a réagi M. Legault.

Pour M. Landry, le parti doit éviter d'ici son congrès de juin 2005 "les débats stériles qui ne mènent nulle part et doit plutôt réaliser son projet de pays".

M. Landry était quelque peu nerveux lors de son allocution devant les membres du Conseil national, comme en fait foi un lapsus qu'il a échappé en disant que le rêve d'un pays du Québec "est illégitime" avant de se reprendre et de dire qu'un tel rêve est "légitime".

M. Landry s'est aussi moqué des deux autres formations politiques de l'Assemblée nationale. Le Forum des générations tenu cette semaine par le gouvernement libéral a démontré que Jean Charest est encore en train d'analyser ce qu'il doit faire alors qu'il se disait "prêt" à gouverner lors de la dernière campagne électorale.

M. Landry a aussi assombri la victoire adéquiste dans l'élection complémentaire de Vanier le 20 septembre dernier en disant: "Il vaut mieux perdre dans l'honneur que de gagner dans le déshonneur".

C'est probablement le deuxième vice-président du parti, Jean-François De La Chevrotière, qui a le mieux résumé la journée. "Le Parti québécois a un don pour s'auto-pelure-de-bananiser", a dit M. De La Chevrotière.





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Landry's new plan for sovereignty

KEVIN DOUGHERTY
The Gazette Sunday, October 17, 2004

A Parti Quebecois government would push for a quick referendum, using taxpayers' dollars to promote its option, and would declare Quebec's independence without first negotiating with Canada.

Bernard Landry, whose leadership of the the PQ is being challenged by Pauline Marois and Francois Legault, unveiled his 10-point plan for achieving sovereignty yesterday at a weekend meeting of his party's national council.

Landry's plan calls for the PQ to campaign in the next election as more than an alternative to the Liberal government of Jean Charest.

Instead, the party would clearly state a vote for the PQ would set in motion the process of achieving sovereignty, the party's founding principle.

Once in office, according to the plan, the PQ government would go on the attack against the federal government. The goal would be to put Ottawa on the defensive and show up the "fundamental contradictions" between federalism and Quebec's aspirations.

The PQ would also mobilize supporters of sovereignty outside the party in the fight for independence.

The party has been holding internal discussions, dubbed "the season of ideas," to gear up for a party convention next June that will decide the PQ platform for the next Quebec election.

A confidence vote on Landry's leadership also will be held at the June gathering.

"I didn't communicate my ideas before today," Landry told reporters.

"I didn't want to crush the season of ideas," he added. "But all that I said today was written in my notebooks for months and months."

Legault, who like Marois served as a minister in the last PQ government, insists he supports Landry as leader.

But yesterday, Legault's supporters were handing out his booklet, Le courage de changer, which calls for sweeping changes in the party and an admission by the PQ it made mistakes when it was in power.

"There is cynicism about the Parti Quebecois," Legault said yesterday, calling Landry's list "a starting point."

Landry told reporters he wanted to keep the timing of a referendum vague, to allow the party membership to decide. The season-of-ideas consensus has been the referendum should be held in the middle of the party's next mandate.

"I can live very well with both expressions," Landry said. "Maybe the half-mandate is better because it is clearer."

kdougherty@thegazette.canwest.com





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Le Grand chantier se met en marche

site du PQ

Sherbrooke, le samedi 16 octobre 2004 – Le Parti Québécois a lancé cet après-midi le Grand chantier en présentant aux membres du conseil national son « projet de pays » et son « nouveau parti », deux propositions de refonte en profondeur du Parti. Ces propositions du conseil exécutif national et du comité de révision des statuts seront enrichies par les militantes et les militants lors des 125 congrès de circonscription. « Nous vous présentons un nouveau programme et de nouveaux statuts qui engageront notre parti, à partir d’aujourd’hui, dans une démarche claire et efficace qui mènera le Québec vers sa souveraineté », a déclaré le chef du Parti Québécois, Bernard Landry.

Après cette première étape, les délégués iront discuter des propositions dans leur circonscription et leur région. Le Parti Québécois a une longue tradition de démocratie et ces changements devront être discutés par l’ensemble des membres au Québec avant d’être adoptés lors du congrès national de juin 2005. « Il appartient aux femmes et aux hommes de notre parti d’améliorer ces propositions étonnantes par leur lucidité et leur audace », a indiqué Bernard Landry.

La Saison des idées a permis au Parti Québécois de redevenir ce lieu d'animation et de circulation des idées. Plus de 5 000 militantes et militants, experts invités, non-membres et représentantes et représentants du milieu des affaires ou communautaire ont répondu à l’appel et ont participé à un exercice d’animation et de réflexion politique sans précédent dans l’histoire du Parti.

Un projet de pays

« Le Parti Québécois est voué à la création et au développement d’un pays. Ce pays, le Québec, prendra la voie du développement durable et sera solidaire, démocratique, francophone, inclusif, pacifique, prospère, respectueux de l’environnement et créatif ». Le projet de pays proposé intègre d’abord une déclaration de principes qui expose les principes et les valeurs fondamentaux sur lesquels le Parti Québécois fonde son projet de pays.

Il présente ensuite un programme de pays composé de neuf enjeux collectifs, le premier étant de réaliser la souveraineté du Québec et de proposer un projet de pays. Les enjeux suivants constituent les grands défis que le Québec, à l’instar des sociétés modernes, doit relever. Chacun de ces enjeux est suivi des priorités d’action qui en découlent. C’est donc à travers la formulation de ces enjeux et priorités d’action que notre projet de pays concrétisera et incarnera les valeurs dont le Parti se réclame.

L’éducation et l’occupation dynamique du territoire

L’éducation et l’occupation dynamique du territoire sont pour le Parti Québécois des questions primordiales. C’est pourquoi elles sont traitées explicitement comme des éléments clés essentiels de chacun des enjeux, de manière à manifester leur interdépendance avec ces derniers.

Ainsi, cette proposition de programme invite le Parti Québécois à faire de l’éducation la priorité de l’avenir. Miser sur le renforcement de ce secteur permettra notamment au Québec de s’inscrire dans les courants actuels de mondialisation et de développement durable, d’assurer la revitalisation de ses régions et d’affirmer son identité culturelle.

Un nouveau Parti Québécois

D’entrée de jeu dans les statuts proposés, le Parti Québécois prend l’engagement de rechercher, au sein de toutes ces instances, à refléter la diversité de la société québécoise et à tendre vers la parité hommes-femmes. Ce nouveau Parti Québécois donnera davantage de place aux jeunes et il intégrera aussi dans son processus décisionnel, au plus haut niveau, les préoccupations relatives aux Québécoises et aux Québécois issus de l’immigration, aux femmes, aux aînés, aux relations internationales et au développement durable.

Les instances locales, régionales et nationales seront revues pour favoriser une gestion transparente, faciliter la marche à suivre et permettre d'organiser efficacement le travail sur le terrain. Les circonscriptions seront au cœur de ce nouveau Parti proposé. « La force de notre parti et de son organisation passe par une plus grande reconnaissance de ceux et celles qui militent dans toutes nos instances », a déclaré M. Landry.





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Le Conseil national du PQ prend fin

SRC dimanche 17 octobre 2004

Le Conseil national du Parti québécois s'est terminé dimanche après-midi, à Sherbrooke, par le discours du chef Bernard Landry. Les quelque 400 délégués péquistes repartent avec un plan de mobilisation et d'accession à la souveraineté en 10 points, qui représente un virage pour le parti.

Ce plan d'accession à la souveraineté présenté la veille par M. Landry a été vivement critiqué dimanche matin par Jean-François Lisée, un des conférenciers invités au Conseil national. L'ancien conseiller des premiers ministres Lucien Bouchard et Jacques Parizeau affirme que ce plan doit être abandonné.

Selon lui, même les Québécois souverainistes ne veulent pas d'un troisième référendum parce qu'ils redoutent par-dessus tout un nouvel échec. Jean-François Lisée ajoute qu'en s'obstinant à vouloir tenir un référendum dans la première moitié d'un mandat péquiste, Bernard Landry condamne sa formation à demeurer dans l'opposition. Les militants ont accueilli ses propos assez froidement.

Le plan du chef péquiste prévoit également la création d'un secrétariat à la souveraineté, l'adoption d'une constitution transitoire et l'élaboration d'une proposition d'accord économique avec le Canada. Samedi, M. Landry a toutefois précisé que cet accord ne constituait nullement une condition d'accession à la souveraineté pour le Québec.

Le plan d'action comprend aussi un renforcement des symboles identitaires du Québec, comme l'adoption d'un hymne national et l'envoi d'équipes sportives portant les couleurs du Québec aux événements internationaux.

Ce plan en 10 points sera soumis à l'approbation des membres du PQ au cours du prochain congrès de la formation, qui se tiendra en juin 2005. C'est également à ce moment qu'aura lieu un vote de confiance à l'égard du chef péquiste.

Plusieurs estiment que Bernard Landry tente ainsi de déjouer les plans de ceux qui aspirent à lui succéder à la tête du PQ. Les éventuels candidats à la présidence, Pauline Marois et François Legault, ont d'ailleurs été très actifs, samedi, en coulisses. M. Legault a même distribué des fascicules pour mousser ses idées sur la modernisation du parti, ce qui a fortement déplu à Mme Marois.





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Une victoire signifiera un référendum hâtif

Norman Delisle
Presse Canadienne dimanche 17 octobre 2004

Selon M. Landry, les chances d'une victoire d'un Oui référendaire à la souveraineté paraissent meilleures si un référendum est déclaré rapidement.

L'élection d'un gouvernement du Parti québécois amènera la tenue d'un référendum hâtif sur l'indépendance du Québec, malgré les risques qu'une telle opération soulève.

Le chef du parti, Bernard Landry, en a donné l'assurance dimanche à l'issue du Conseil national qui a réuni 400 militants du Parti québécois en fin de semaine en Estrie.

M. Landry a indiqué qu'un éventuel gouvernement péquiste déclencherait un référendum le plus tôt possible, et a dit qu'il se conformerait à la proposition formulée par l'exécutif du parti pour qu'on inscrive dans le programme que ce référendum soit tenu «durant la première moitié du mandat» d'un éventuel gouvernement du PQ.

Selon M. Landry, les chances d'une victoire d'un Oui référendaire à la souveraineté paraissent meilleures. En effet, les souverainistes bénéficieront d'une perspective nouvelle par rapport à la quasi victoire de 1995.

Le Parti québécois fera en sorte en effet que des observateurs étrangers soient sur place afin de surveiller le déroulement du scrutin et faire en sorte que ne se reproduisent pas les «manoeuvre dégradantes» par lesquelles le gouvernement fédéral a «volé» la victoire au camp du Oui en 1995.

De plus, la loi référendaire pourrait être modifiée afin de mieux policer les dépenses permises au deux camps. En 1995, le clan fédéraliste avait dépensé neuf fois plus d'argent que le camp du Oui pendant la campagne référendaire. La loi québécoise ne peut pas limiter les dépenses fédérales mais elle pourrait régir la location de panneaux publicitaires et les diverses formes de publicité, a signalé M. Landry.

Enfin, il compte sur le progrès que l'option indépendantiste aura accompli auprès des Néo-Québécois, particulièrement auprès des enfants instruits en vertu de la loi 101.

Ce dernier a rappelé la démarche positive de 1994 où le chef du Parti québécois en ce temps là, Jacques Parizeau, avait gagné l'élection générale en promettant la tenue d'un référendum dans l'année qui suivrait son élection, et avait par la suite quasiment gagné le référendum.

Difficultés

Malgré cet optimisme, Jean-François Lisée, ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, a rappelé aux membres du Conseil national les difficultés qui attendent les souverainistes lors du prochain référendum.

Selon M. Lisée, la souveraineté est une «destination qu'une majorité de Québécois souhaitent», mais ils craignent les soubresauts que l'accession à l'indépendance pourrait causer.

«On a deux adversaires: les fédéralistes et ceux qui ont peur de perdre», a dit M. Lisée.

Il a fait valoir que les sondages donnent environ 45 pour cent d'appuis à la souveraineté si elle est facilitée par un partenariat avec le reste du Canada, mais baissent à 38 pour cent d'appuis si on ne mentionne pas le partenariat.

C'est pourquoi Stéphane Dion et le gouvernement fédéral cherchent à «enfermer le Parti québécois dans l'option d'une déclaration unilatérale d'indépendance», a expliqué M. Lisée.

Ce dernier a invité les souverainistes à ne pas s'embarrer dans des positions stratégiques qui les condamneront à la défaite.

Un autre souverainiste, Robert Laplante, directeur du mensuel L'Action nationale, a plutôt invité un éventuel gouvernement péquiste à «poser des gestes de rupture» avec le Canada, afin de mobiliser la population québécoise. Des gestes de rupture comme l'adoption d'une constitution québécoise ou la création d'une citoyenneté québécoise.

Mais Bernard Landry estime que la solution idéale se situe entre les deux thèses. Il ne se laissera pas distraire par le pessimisme de Jean-François Lisée, mais rejette aussi les gestes de rupture qui ne bénéficieraient pas du soutien populaire des Québécois.





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Le temps emprunté

Michel David
Le Devoir lundi 18 octobre 2004

Bernard Landry a parlé, hier, d'une véritable «brisure» dans l'histoire du PQ. Il a parfaitement raison: jamais un chef péquiste n'avait encore accepté de se laisser enfermer dans un carcan référendaire aussi contraignant pour sauver son leadership.

Il est vrai que Jacques Parizeau s'était lui-même fixé un «horizon» de huit à dix mois, mais le programme officiel du parti lui laissait toute latitude d'agir «dans les meilleurs délais». C'est seulement après les élections de septembre 1994 qu'il s'était engagé, en conférence de presse, à tenir un référendum avant le 31 décembre 1995.

Après avoir sacrifié le modèle de l'Union européenne, qu'il avait défendu bec et ongles au congrès de mai 2000, puis s'être résigné à utiliser les fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté, ce qu'il avait toujours refusé, M. Landry a fait l'ultime concession à son aile radicale: si le PQ reprend le pouvoir, il promet de déclencher un référendum dans les 24 mois.

L'ovation que le conseil national a réservée au directeur de l'Action nationale, Robert Laplante, venu exposer sa stratégie basée sur des «gestes de rupture» illégaux, a confirmé la force du courant «pur et dur» qui entraîne présentement le PQ. M. Landry ne pouvait tout simplement plus y résister sans se noyer, c'est-à-dire se voir retirer la confiance des délégués au congrès de juin prochain.

Dans l'entourage du chef péquiste, on assure que c'est le plus loin qu'il ira pour satisfaire les impatients, mais cela revient à fermer la porte de l'écurie après le départ du cheval. À moins de se rallier à la thèse de l'élection référendaire ou d'écrire lui-même le futur hymne national, on se demande ce qu'il pourrait encore faire pour les amadouer.

***

M. Landry a fait certains efforts pour intégrer aux «dix commandements» d'un gouvernement péquiste des suggestions faites aussi bien par Pauline Marois que par François Legault, mais cela semble être peine perdue. Mme Marois ne pourra pas vivre avec un échéancier référendaire aussi contraignant. Elle vient même de trouver là un excellent prétexte pour tirer sa révérence sur une question de principe, si M. Landry passe l'étape du congrès de juin.

L'ardeur combative de François Legault a été un peu tempérée par l'agacement provoqué par son insistance sur la nécessité d'un mea-culpa, mais il prépare déjà les amendements qu'il entend soumettre aux associations de comtés. Après tout, la vice-présidente du PQ, Marie Malavoy, a bien dit que la proposition de programme dévoilée en fin de semaine était encore «perfectible».

De plus en plus de gens au PQ commencent toutefois à avoir l'impression que les ambitions personnelles de M. Legault lui tiennent lieu d'idées. Même la douce Mme Malavoy a fait une étonnante sortie contre ces «je» qui se croient plus importants le «nous».

S'il survit au congrès de juin, M. Landry vivra sur du temps emprunté, dans la mesure où cette radicalisation risque d'hypothéquer sérieusement les chances du PQ aux prochaines élections, en jetant dans les bras du PLQ - ou de l'ADQ - aussi bien ceux qui s'opposent à la souveraineté que ceux qui craignent une autre défaite du oui.

Dans les circonstances, il était assez savoureux de voir le chef du PQ se lever pour applaudir Jean-François Lisée, qui suppliait les militants de ne pas «se camper dans des postures stratégiques désincarnées de la conjoncture».

S'ils ne veulent rien entendre d'un rabat-joie comme Lisée, ils auraient intérêt à méditer sur l'avertissement que M. Parizeau lui-même avait lancé à ceux qui prétendaient bousculer Lucien Bouchard, comme ils bousculent aujourd'hui M. Landry.

«Il est clair qu'il n'y aura pas de souveraineté, s'il n'y a pas de référendum. Et il n'y aura pas de référendum, si le PQ n'est pas réélu. Dans ces conditions, est-ce qu'on pourrait s'occuper de la prochaine élection? C'est de ça qu'il faudrait s'occuper. Ce n'est pas de savoir à quelle date le référendum va tomber. Commençons par le commencement.» Non mais, est-ce vraiment si difficile à comprendre?

***

C'est au lendemain d'une victoire péquiste que les vrais problèmes commenceraient, si les conditions gagnantes n'étaient pas au rendez-vous. Sauf que M. Landry refuse d'envisager publiquement cette hypothèse, qui est pourtant très plausible.

Au printemps 1995, il avait dénoncé la précipitation de M. Parizeau, refusant de jouer le rôle du commandant en second de la Brigade légère, qui s'était fait massacrer sur les plaines de Crimée. On peut penser que celui de commandant en chef ne lui plairait pas davantage.

Peu importe les dispositions du programme, on doit présumer que M. Landry est suffisamment responsable pour ne pas se lancer dans un référendum qu'il n'aurait pas la conviction personnelle de gagner. Les conséquences d'un troisième non seraient trop désastreuses pour le Québec.

Bien sûr, rien n'empêcherait M. Landry de manquer à son engagement, quitte à démissionner de son poste de premier ministre, si la situation devenait intenable. Le problème est qu'en renonçant à un référendum qu'il aurait promis de tenir, il reconnaîtrait implicitement être incapable de le gagner. Pour le Québec, cela aurait des conséquences politiques aussi graves qu'un référendum perdu. Même pour sauver son leadership, M. Landry n'a pas le droit de prendre ce risque.

mdavid@ledevoir.ca





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Une opposition extraterrestre

Vincent Marissal
La Presse lundi 18 octobre 2004

Le PQ traverse une crise de leadership qui mobilise le plus gros de ses énergies et qui a forcé le chef Bernard Landry à faire des concessions majeures.

Jean Charest peut dormir tranquille. Et Mario Dumont peut espérer. Parce qu'entre les deux, le Parti québécois, empêtré dans une course larvée à la direction et dans la " stratégite " référendaire, semble avoir abdiqué son rôle d'opposition officielle.

Si on avait pris un passant, hier matin, rue King à Sherbrooke, et qu'on l'avait assis de force dans la grande salle de l'hôtel Delta où était réuni le Conseil national du Parti québécois, ce pauvre quidam en serait ressorti convaincu d'avoir été enlevé par des extraterrestres.

À un moment, hier midi, lors d'un débat animé par Jean-François Lisée et Robert Laplante, il a été question des différences entre l'accession à la souveraineté de la Lituanie, du Timor oriental ou de l'Érythrée et celle du Québec. Les conseils nationaux du PQ, c'est naturel, donnent toujours lieu à des discussions sur le projet souverainiste, mais la Lituanie, tout de même, avouez qu'on commence à être assez loin du quotidien de l'électeur québécois moyen.

La veille, Bernard Landry a présenté un plan d'accession à la souveraineté en dix points fort détaillés, un plan qui présume d'emblée l'élection du Parti québécois aux prochaines élections. Le hic, c'est que de l'aveu même de plusieurs militants péquistes, un retour au pouvoir dans deux ou trois ans est hautement improbable dans l'état actuel de leur parti. Enfin, les délégués du PQ ont passé une bonne partie de la fin de semaine à débat

tre du meilleur temps pour tenir le prochain référendum sur la souveraineté, référendum, faut-il le rappeler, dont ne veut pas entendre parler la majorité des Québécois.

À Sherbrooke, fief de Jean Charest, en particulier dans cet hôtel, témoin de tous les grands événements de sa carrière politique, l'occasion aurait pourtant été belle pour le PQ de varloper le gouvernement libéral.

Les péquistes auraient pu parler des résultats pour le moins mitigés du Forum des générations. Ils auraient pu pourfendre le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, qui multiplie les faux pas.

Ils auraient dû déposer des demandes spécifiques au gouvernement Charest en vue de la rencontre fédérale-provinciale sur la péréquation, la semaine prochaine à Ottawa (d'autant qu'un rapport faisait état hier matin d'une diminution draconienne des transferts fédéraux à Québec).

Il leur aurait été facile d'exiger plus d'argent d'Ottawa quelques jours après que l'on eut appris que le fédéral jouit de surplus quatre fois plus élevés que prévu.

Les péquistes auraient surtout dû blâmer sévèrement le gouvernement Charest qui tente de trouver une porte de sortie à sa promesse irréaliste de baisser les impôts d'un milliard par année. En regardant du côté d'Ottawa, l'opposition souverainiste à Québec aurait aussi pu dénoncer les réticences du caucus de Paul Martin au fédéralisme asymétrique, un principe défendu par le Bloc québécois et par une majorité de Québécois.

Elle aurait aussi pu noter, avec ironie, le tollé du Canada anglais contre le voyage au Mexique de Jean Charest avec le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. L'affaire démontre en effet assez clairement le gouffre qui existe entre le désir d'autonomie du Québec et la vision du fédéralisme des autres provinces.

Enfin, la commission Gomery, qui a éclaboussé la semaine dernière le Parti libéral et même le premier ministre Paul Martin, aurait dû, normalement, donner quelques caisses de munitions aux souverainistes.

Rien de tout cela ne s'est produit en fin de semaine. Pas tant parce que le Parti québécois ne veut pas, mais plutôt parce qu'il ne peut pas.

Même si personne n'a osé appeler un chat un chat, le PQ traverse une crise de leadership qui mobilise le plus gros de ses énergies et qui a forcé le chef Bernard Landry à faire des concessions majeures, comme d'accepter de s'engager à tenir un référendum dans la première moitié du prochain mandat d'un gouvernement péquiste. C'est donc dire que la prochaine campagne électorale québécoise portera là-dessus.

À la veille de la rentrée parlementaire à Québec, tout cela est du bonbon pour les libéraux de Jean Charest, qui pourront parler de l'obsession référendaire du PQ plutôt que de défendre leur maigre bilan de gouvernement.

Du bonbon aussi pour Mario Dumont, qui se targue d'être la voix du " vrai monde ". Or, les débats parfois ésotériques sur la stratégie référendaire qui ont animé ce conseil national sont à des années-lumière des préoccupations du vrai monde.

Quand viendra le temps de se lever à l'Assemblée nationale, Jean Charest pourra faire ses choux gras du triangle infernal Landry-Legault-Marois. Bernard Landry, poussé dans les câbles par les deux aspirants, mais qui refuse de les punir publiquement.

François Legault, qui affirme ne pas vouloir la tête de son chef, mais qui dénonce clairement ses politiques économiques du temps où il était ministre des Finances et par la suite premier ministre. François Legault, entouré d'une équipe d'organisateurs qui affirment ne pas mener une course à la direction (ils organisent au juste quoi, alors?), qui exige des changements, sinon...

François Legault, qui, répétons-le, ne fait pas campagne au leadership (allez-vous finir par comprendre?), qui s'est servi du conseil national tout le week-end pour faire son autopromotion à grands coups de " je veux ", de " je souhaite ", de " j'attends " et de " je demande " et qui a même distribué à tous les délégués une version reliée-papier-glacé de son appel à la modernisation du PQ.

Et Pauline Marois, plus tranquille, mais toujours aussi déterminée, qui dénonce publiquement les tactiques indélicates de son adversaire à cette course virtuelle.

Tout le monde a réussi à garder son calme durant la fin de semaine, du moins en public. Les manoeuvres du clan Legault ont toutefois sérieusement indisposé le chef et la direction du parti et il s'est dit beaucoup de gros mots derrière les portes closes.

Les grandes discussions sur la date du prochain référendum ou sur la nécessité d'adopter une constitution québécois ont alimenté les débats publics, mais en privé, une question revenait sur les lèvres de tous les délégués: Bernard Landry restera-t-il en poste jusqu'au vote de confiance de juin?

Les courses à la direction (larvées ou ouvertes) sont excitantes pour les organisateurs et passionnantes pour les journalistes, mais pour le commun des mortels, l'impression qui reste de cette fin de semaine est que les péquistes sont déchirés par une grave querelle interne.

L'autre conclusion de ce conseil national, c'est qu'en attendant que le PQ règle ses problèmes d'intendance, les Québécois ont perdu leur opposition officielle.

Vincent.marissal@lapresse.ca





conseil national du PQ

La boutique imaginaire du PQ

Jean-Simon Gagné
Le Soleil lundi 18 octobre 2004

Bienvenue à la visite guidée de la boutique du Parti québécois ! Pour ceux qui l'ignoreraient encore, le PQ est une organisation où l'on s'amuse comme des fous. Dans quelle autre famille politique, je vous le demande, un premier ministre se serait consolé des vicissitudes du pouvoir en rappelant " que même une horloge arrêtée donne l'heure juste deux fois par jour " ?

À l'ordre, je vous en prie !

Nous amorcerons cette visite par la cinémathèque. Signalons d'emblée notre film culte: Ici, il n'y a que des ego. La critique décrit l'oeuvre comme une comédie dramatique qui présente les jeux de coulisses d'une poignée d'anciens ministres aspirant à diriger le parti. Dans la plus récente version, plusieurs spectateurs ont été déroutés par les personnages interchangeables, pour ne pas dire biodégradables. Seuls les initiés ont semblé saisir les nuances microscopiques qui distinguent les Legault des Marois et les Marois des Landry, les longs nez des longues oreilles et les longues oreilles des longs nez.

Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais j'ai fini par développer un truc pour différencier les uns des autres. Devant une audience de 50 personnes, les longs nez cherchent à dénicher le traître qui aurait pu réussir à s'infiltrer dans la salle. Pour leur part, lorsqu'ils se trouvent devant une salle de 2000 personnes, les longues oreilles ne cessent de se demander qui ils ont bien pu oublier d'inviter.

Revenons au film Ici, il n'y a que des ego. Sans vous livrer le punch final, je me contenterai de vous dévoiler qu'à la fin, de compromis en compromission, le vainqueur est saisi d'un profond sentiment de lassitude. Contemplant le chemin rocailleux qui doit le mener aux verts pâturages de la souveraineté, il s'exclame, tel un personnage de Réjean Ducharme : " je laisserais bien tomber, mais je n'ai plus rien à laisser tomber ".

À l'ordre s'il vous plaît ! Le temps file et notre visite doit se poursuivre. Quittons la cinémathèque pour jeter un coup d'oeil sur la section référendum, de loin la préférée des habitués du parti.

Vous remarquerez, bien en vue, le jeu questionnaire du PQ. Un classique des longues soirées d'hiver qui fonctionne à l'envers de tous les autres.

Au PQ, la réponse est toujours OUI, il suffit seulement de trouver la question.

Pour les enfants, nous offrons aussi un magnifique jeu qui consiste à trouver cinq différences entre la gauche caviar et la gauche caviardée. Entre la souveraineté-association et la souveraineté-partenariat. Entre le programme social de Pauline Marois et celui de François Legault. Entre la Saison des idées de Bernard Landry et les bonnes résolutions de Jeannot lapin.

Parmi les autres objets dignes de mention, on trouve le fusil qui vous tire dans le pied à chaque fois. Sans oublier la chaise du Sauveur, qu'a occupée brièvement Lucien Bouchard et que plusieurs destinent désormais à Gilles Duceppe.

Dans une petite section un peu à l'écart, vous trouverez aussi un certain nombre de canevas de lettres ouvertes très commodes pour faire parler de vous dans les journaux.

Il y a celle qui demande de serrer les rangs autour de la souveraineté et des grands idéaux, au nom des intérêts supérieurs du Québec. D'ordinaire, c'est ce format que préfère Jacques Parizeau.

Il y a aussi celle qui appelle le parti à changer, à se mettre à l'écoute de la population, à se rajeunir. C'est le canevas qu'a emprunté François Legault, la semaine dernière.

On ne saurait terminer cette portion de la boutique sans mentionner les petites maximes du parti, que l'on vous offre sous forme de petits cartons destinés à être accrochés sur le rétroviseur d'une voiture, à la place du petit sapin odoriférant ou des dés en minous.

Mon préféré, c'est incontestablement la suivante: " nous réaliserons l'indépendance du Québec l'année prochaine, si Dieu nous prête vie. Sinon, nous la réaliserons l'année suivante ".

Nous conclurons cette visite par un bref coup d'oeil sur notre magnifique bibliothèque.

Avant d'entrer, je vous invite à méditer sur la devise qui orne la porte, pour rappeler l'importance que le parti attache à la question linguistique. " Tous les Québécois doivent être bilingues dans une langue et en parler une autre si possible ".

À votre droite, vous apercevez le rayon des dictionnaires, qui figurent immanquablement parmi notre liste de best-sellers. Ici, tous les dictionnaires expliquent enfin pourquoi, à en croire les ténors du PQ, la souveraineté n'est pas un synonyme d'indépendance, et pourquoi la souveraineté n'est même plus une garantie d'indépendance.

D'autres titres obtiennent un franc succès auprès de nos militants. Je vous en livre quelques - uns en vrac :

- C'est sa faute ! Tout sur le trait d'union entre les mots souveraineté et association, qui déchire le Parti depuis 37 ans.

- Comment éterniser une passionnante réunion sur l'évolution du champignon de la prune reine-claude dans un éventuel Québec indépendant ?

- Guide de voyage dans le désert: un aperçu de la jeunesse au Parti québécois

Preuve incontestable de notre mansuétude, la librairie propose aussi des livres rédigés par nos adversaires politiques.

J'en veux pour preuve la biographie de Mario Dumont: L'art de distribuer des coups qui ratent leur cible, d'attaquer tout le monde sans que personne ne s'en aperçoive, de lancer des flèches dont on est le seul à recevoir le poison. Et celle de Jean Charest : Un Québec asymétrique dans un Canada dysfonctionnel.

Jsgagne@lesoleil.Com





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Dans les nuages de l'opposition

Gilbert Lavoie
Le Soleil lundi 18 octobre 2004

Bernard Landry est sous pression. Sous pression de la part des Pauline Marois et François Legault qui rêvent de prendre sa place. Et sous pression de la part des militants péquistes qui ne veulent plus se faire promettre la souveraineté sur des agendas imaginaires. On l'a vu en fin de semaine à Sherbrooke, le Parti québécois tourne en rond sur les moyens à prendre pour atteindre son but. Après un an et demi dans l'opposition, les péquistes demeurent profondément divisés sur la route à suivre, et ils ont soif d'action. Mais leur chef, ballotté entre les tendances des membres et les ambitions de ses lieutenants, est en train de vivre le douloureux calvaire qui a eu raison de René Lévesque et de Lucien Bouchard.

Après Pauline Marois, qui a réclamé une course à la direction, voilà que François Legault vole le spectacle au Conseil national, en distribuant sa réflexion sur les virages à prendre. Autant Mme Marois que M. Legault se drapent de bonnes intentions : c'est la Saison des idées... Mais les intrigues de coulisses qui accompagnent ces initiatives ne laissent planer aucun doute sur le froid qui s'est installé entre Bernard Landry et deux de ses principaux ténors.

Comme si cela n'était pas suffisant, l'impatience des militants ajoute aux pressions. On l'a vu hier matin au colloque sur les méthodes d'accession à la souveraineté : les militants ont réservé une longue ovation à Robert Laplante, de l'Action nationale, qui réclame d'un gouvernement péquiste des gestes immédiats pour rompre les liens avec le Canada. Finis les référendums consultatifs, l'appel au peuple ne servirait qu'à faire ratifier les gestes posés.

Erreur grave ! a soutenu Jean-François Lisée, l'ancien conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard. Sondages à l'appui, il a soutenu qu'une telle stratégie assurerait Jean Charest d'un deuxième mandat. Lisée n'a pas eu droit à une ovation spontanée. Il a fallu que Chantale Renaud, assise aux côtés de Bernard Landry, se lève pour l'applaudir. Les militants ont suivi, sans grand enthousiasme. Le message était clair : libérés du pouvoir, les péquistes veulent rêver. Ils ne veulent plus se faire dire qu'ils doivent soumettre leurs aspirations aux contraintes de la politique.

Bernard Landry a cédé aux pressions en fin de semaine : après avoir juré qu'il ne déclenchera jamais de référendum sans avoir l'assurance morale de gagner, il acceptera dorénavant de promettre un référendum dans les deux ans suivant une victoire péquiste. Depuis quand donne-t-on ses plans d'attaque à l'adversaire ? disait-il pourtant, il n'y a pas un an...

Comme d'habitude, les péquistes sont repartis " unis " de Sherbrooke. Bernard Landry leur a promis qu'un prochain gouvernement souverainiste ne se gênerait pas, cette fois, pour utiliser les fonds publics à des fins de promotion de la cause. Il leur a même donné, en primeur l'appellation d'un éventuel ministère de la Défense. Ce serait le ministère du Maintien de la paix. Et comme les maladresses de Pauline Marois et de François Legault ont choqué l'establishment du parti, le chef a eu droit, encore une fois, à la sympathie de ses troupes. " Nous avons eu quelques nuages, mais de très belles percées de soleil ", a-t-il conclu, en faisant allusion aux remous causés par l'équipe Legault. C'est vrai. Mais le débat sur la stratégie référendaire n'a pas progressé. Et en écoutant les intervenants qui ont fait la file devant les microphones hier matin, on ne pouvait s'empêcher de conclure qu'ils étaient nombreux, malgré les percées de soleil, à être encore dans les nuages. Heureusement pour lui, Bernard Landry a été élevé dans cette mouvance. C'est peut-être sa seule chance d'y survivre, mais sa traversée du désert sera pénible.

GLavoie@lesoleil.com





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Landry: un référendum à tout prix

Kathleen Lévesque
Le Devoir lundi 18 octobre 2004

Le chef du PQ abandonne «l'assurance morale» préalable à une victoire

Exit désormais pour Bernard Landry la nécessité d'obtenir «l'assurance morale» d'une victoire avant d'enclencher un référendum sur la souveraineté.

Sur fond de course larvée au leadership, le chef du Parti québécois a réitéré hier, lors de la clôture du conseil national de son parti tenu à Sherbrooke, sa volonté de tenir un référendum coûte que coûte dans la première moitié de son mandat s'il est reporté au pouvoir.

Refusant de considérer le risque de s'astreindre à un tel échéancier, M. Landry a dit avoir déjà la «conviction» en son for intérieur que le prochain référendum serait victorieux. «Je ne laisserai pas notre volonté être distraite par des hypothèses négatives quand nous croyons, nous, aux hypothèses positives», a déclaré le chef péquiste.

Qu'est-ce qui a fait changer d'idée Bernard Landry qui avait jusque-là combattu l'idée d'avoir un calendrier trop précis? Il a d'abord souligné avoir écouté les 5000 participants aux débats des derniers mois sur la modernisation du PQ (la Saison des idées). Puis il a laissé entendre que le manque de scrupules du gouvernement fédéral pour écraser l'option souverainiste aurait attisé son empressement d'agir.

«L'Histoire nous apprend beaucoup de choses. Nous avons pris le pouvoir en 1994 avec l'engagement d'enclencher dans les 12 ou 15 mois un référendum. On a eu 50 % des voix malgré les manoeuvres dégradantes du gouvernement central. [...] Le temps de la naïveté est fini. Toutes les précautions sont prises et, à chances égales, nous allons gagner ce référendum», a-t-il déclaré.

M. Landry s'est défendu du fait que ce «virage crucial» puisse être associé à la remise en question de son leadership dans les coulisses de son parti. D'aucuns ont pourtant vu dans la radicalisation de son discours une réponse aux aspirants candidats Pauline Marois et François Legault. Ce dernier a causé un malaise en distribuant, dès l'ouverture du conseil national samedi matin, un petit document de réflexion sur ses attentes.

Chose certaine, le chef péquiste est engagé dans un mouvement pour gagner la confiance des militants. Au congrès de juin prochain, il devra affronter un vote de confiance. C'est également à ce moment que les délégués péquistes auront à adopter des statuts révisés ainsi qu'un programme revu et corrigé.

Ainsi, en fin de semaine, les militants ont été saisis d'une proposition globale d'amendement du programme. Mais avant même que cette nouvelle mouture du programme du Parti québécois émanant de l'exécutif national ne soit discutée lors des 125 congrès de circonscription puis lors des congrès régionaux (entre novembre et avril) et finalement au congrès national, M. Landry a déjà présenté un plan de mobilisation et d'action.

En dix points, ce plan qui se mettrait en place au lendemain d'une victoire électorale, propose notamment d'utiliser les ressources de l'État pour promouvoir la souveraineté. M. Landry a également suggéré d'adopter une constitution entrant en vigueur dès la déclaration de la souveraineté, de doter le Québec d'un hymne national, de réaliser une campagne d'information sur les avantages de la souveraineté et de conclure un accord économique avec le Canada afin de partager le patrimoine commun.

Cette position risque d'insatisfaire tant le clan Marois que le clan Legault. Pour l'un, il dénote un empressement qui pourrait prendre l'allure d'un obstacle insurmontable pour reprendre le pouvoir. Pour l'autre, le plan Landry est trop peu audacieux, ne se mettant en place qu'après une réélection.

Le changement de ton du chef du PQ a également soulevé des critiques de Jean-François Lisée. L'ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard a fait une présentation hier devant les quelque 400 militants réunis en conseil national. Il a estimé que le plan de M. Landry, qui rejoint la proposition principale pour tenir un référendum dans la première partie du mandat, n'était ni plus ni moins qu'un «passeport pour un deuxième mandat Charest» et ainsi, un très long séjour dans l'opposition.

Selon M. Lisée, toute radicalisation du discours provoque un rejet de la souveraineté dans la population comme le prouvent les différents sondages sur la question. «Il ne faut pas se camper dans des postures stratégiques désincarnées de la conjoncture», a-t-il conclu avant d'être ovationné par quelques militants dont M. Landry.

Quelques minutes auparavant, Robert Laplante, de la revue L'Action nationale, a également pris la parole, mais pour défendre une position diamétralement opposée. Alors que M. Lisée a défendu l'idée que le PQ ne devait pas faire exprès de rendre plus difficile l'accession au pouvoir, M. Laplante a vilipendé l'attentisme. «Les politiciens sont toujours en train de se patenter un espace pour finasser. [...] Il n'est pas important d'élire des souverainistes au gouvernement, mais plutôt d'élire un gouvernement souverainiste», a affirmé M. Laplante qui a soulevé la salle.

Par la suite, le député Jonathan Valois a pris la parole, étalant ses états d'âme et tentant, dans un exercice de patinage, de désamorcer le rapport des trois mousquetaires, dont il est partie prenante. M. Valois et deux de ses collègues ont sillonné le Québec pour sonder le coeur des jeunes au sujet de la souveraineté.

En conférence de presse, Bernard Landry a précisé que sa position se situait entre celles de MM. Lisée et Laplante.

Le conseil national a également été l'occasion pour la vice-présidente Marie Malavoy d'annoncer son départ en juin prochain. M. Landry a aussi nommé le député Sylvain Simard à la tête de l'organisation péquiste en vue des prochaines élections.

***

Le plan de Bernard Landry

Voici le plan de mobilisation et d'action que mettrait en oeuvre Bernard Landry au lendemain d'une victoire électorale. - 1- Utiliser pleinement les ressources de l'État pour promouvoir l'option souverainiste, en créant notamment un secrétariat à la souveraineté; - 2 - Adopter une constitution qui entrera en vigueur dès la déclaration de souveraineté; - 3 - Accroître de façon substantielle les ressources des délégations à l'étranger et adopter une déclaration générale de politique extérieure; - 4 - Renforcer les symboles identitaires en adoptant un hymne national du Québec; - 5 - Soutenir le Conseil de la souveraineté pour la mobilisation populaire; - 6 - Réaliser une vaste campagne d'information pour expliquer les avantages de la souveraineté; - 7 - Tenir le prochain référendum sous surveillance internationale et modifier la Loi sur les consultations populaires pour s'assurer que seuls ceux ayant le droit de vote le fassent; - 8 - Préparer une proposition d'accord économique avec le Canada (qui n'est toutefois pas une condition d'accession à la souveraineté) visant un partage équitable du patrimoine commun; - 9 - Tenir le plus tôt possible un référendum avec une question courte, simple et claire; - 10 - Faire adopter par l'Assemblée nationale une déclaration de souveraineté du Québec après une victoire référendaire.





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Lisee dampens PQ's enthusiasm: Former Parizeau, Bouchard adviser warns sovereignty push would help re-elect Charest

PHILIP AUTHIER
The Montréal Gazette October 18, 2004 Monday

They were living a dream and then in walked Jean-Francois Lisee.

With his unflappable pragmatism and slick power-point ready statistical show to back up his theories, the former adviser to both Jacques Parizeau and Lucien Bouchard tossed a serious dose of reality at Parti Quebecois rank-and-file members this weekend.

"I hate to be a killjoy," Lisee said, taking the stage only moments after the crowd had given separatist hard-liner Robert Laplante a standing ovation for his presentation of a fast-track referendum-election style plan.

"But I detest failure."

Lisee's message, delivered to a sovereignty workshop held yesterday at the PQ's national council meeting, was clear: Don't play with fire, kids.

Despite 45 years of debate, Quebec public opinion is still not massively sovereignist. Just to get to the 49-per-cent score in the 1995 referendum, the Yes side had to muster the support of all those who wanted independence, sovereignty, sovereignty-association and change in general, Lisee said.

That included the ambivalent crowd attracted to Action democratique leader Mario Dumont, who joined the Yes side that year. He did not mention him by name, but certainly Bouchard was part of that formula because Quebecers trusted Bouchard more than the hard-line Parizeau.

Bouchard pushed Parizeau into adding elements of an economic and political link with the rest of Canada to the Yes side's campaign. It nearly worked, but as Lisee noted, aligning the stars the way they were in 1995 is no longer possible.

Of course, if it were up to the people in the room - himself included - Quebec already would be sovereign, he noted, but the real world lays just outside the doors.

PQ rank-and-file members enjoy playing around with sovereignty theories at party national council meetings, but the average Quebecer has "integrated a fear of failure," into their mentalities after the No votes of 1980 and 1995, Lisee said.

Now would not be the time to look for shortcuts such as deciding to have a referendum-election or trying the stunt of pulling illegally out of the federation or federal institutions like the Supreme Court because the public will just not accept it.

Even boxing themselves into another referendum within the first two years of the re-election of the PQ - an idea Landry backs - would be dangerous.

"We are not alone on the ice. Our adversaries play hard, they ram into us. It's a passport for a second Charest mandate," Lisee said.

It was quite the presentation. True, Laplante got the louder ovation. But as Lisee noted, his more traditional route of an election first and then a referendum when the conditions are right may be less sexy, but it is safer.

At the end of it all, standing and giving the thumbs up, was PQ leader Bernard Landry, who liked parts of what he heard. It's no wonder. Landry spent his weekend becoming more radical in his views then he ever has in an attempt to save his leadership, but even he has his limits.

As he noted at a closing news conference, Landry is not in favour of anything illegal or illegitimate as Laplante proposes. Acts have to be supported by public opinion, he said.

Landry, however, was not wavering on the fundamental belief sovereignty is still possible. Things have evolved, he said. The younger generation will vote Yes, so will many of the so-called children of Bill 101 who might not have last time around.

The federal government will be prevented from "stealing," the last vote as well, he said.

"That's why I know that we will win the next one," he said. "We are dedicated to have our nation free, not to be a simple province of another nation."





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Landry vows action on Quebec sovereignty

Tu Thanh Ha
The Globe and Mail Monday, October 18, 2004

Promises referendum during first half of next PQ government's mandate

His leadership under challenge and his party uneasy about its declining relevance, Parti Québécois Leader Bernard Landry has promised his troops a more hard-hitting approach toward sovereignty, including holding a referendum within the first half of the next PQ government's mandate.

Mr. Landry outlined his pledge, part of a more aggressive plan to take Quebec out of Canada, at a weekend party council in Sherbrooke.

The gathering came just before the Quebec National Assembly resumes sitting tomorrow. Liberal Premier Jean Charest, whose government has slumped in the polls since its election in 2003, is expected to try to soothe the hard feelings he has triggered among trade unions and activist groups.

Meanwhile, Mr. Landry spent the weekend casting himself as a defender of the true sovereigntist faith.

Until now, he had always refused to make any firm commitment to hold a referendum in the next mandate should he win the election, a position that angered a vocal faction in the party.

In a 10-point plan outlined to delegates, Mr. Landry said he wants to see a referendum as early as possible if the PQ returns to government. Also, the party platform would be amended to require that a referendum be held in the first half of a PQ mandate.

"You know full well that I want our party back in power, and not in power for the sake of being in power but to achieve sovereignty: It's my deepest-held wish," Mr. Landry told reporters yesterday.

Mr. Landry's plan of action appears aimed at undercutting two younger challengers to his leadership, former PQ cabinet ministers Pauline Marois and François Legault.

Mr. Landry, who is 67, will enter his 70s by the next provincial election. He faces a confidence vote at the June PQ convention.

During the weekend, Mr. Legault angered his rivals when his supporters handed out pamphlets arguing that the PQ needs to update its ideas. Mr. Landry, without rebuking Mr. Legault, was keen to display his own desire for change, peppering his discourse with allusions to "renewal."

Mr. Landry said that if he is re-elected, he would use public money to promote Quebec independence, creating a government unit solely devoted to that task.

Citing the federal sponsorship program that Ottawa used to raise its visibility in Quebec, Mr. Landry told delegates that "faced with such an absence of scruples, it's clear it would be legitimate and necessary for a sovereigntist government to put the resources of the Quebec state into the emancipation of the Quebec nation."

Mr. Landry's plan also includes more cosmetic ideas, such as creating a Quebec national anthem and fielding Quebec teams at international sports competitions. He also proposes an economic union with the rest of Canada before a referendum is held, though Mr. Landry has ditched his earlier idea for a European-style political union with Canada.

Not all PQ members were happy with Mr. Landry's new approach. Jean-François Lisée, an adviser to his predecessor, Lucien Bouchard, told the delegates that campaigning on an uncompromising referendum-oriented platform could be political suicide.

"This is a passport for a second Charest mandate," he said.





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LE PQ A ENVIE DE MOURIR

Claude Charron
LCN 18 octobre 2004

Il y avait quelque chose de pathétique dans le message envoyé par le Parti québécois à la population du Québec hier.

Avec la conversion opportuniste de Bernard Landry aux stratégies du «tout-pour-le-tout» de Jacques Parizeau, le parti fondé par René Lévesque provoque une rupture avec son passé, renonce à la relation tourmentée qu'il a eu avec une population qui l'aimait, lui et ses élus, mais craignait son projet.

C'est désormais fini: on le prendra tel quel le PQ, quand on votera pour lui, il considérera qu'il a le mandat de préparer la souveraineté à même les fonds publics, rédigera constitution et hymne national pour nous mettre dans le mood d'un référendum à question courte, simple et claire. Si vous ne voulez pas vous rendre à cette étape, vous n'avez qu'à ne pas l'élire. C'est à peine si en refusant de former un gouvernement provincial, ils ne nous ont pas lancé par la tête que si on ne veut pas de la souveraineté, on n'a qu'à rester pogné avec Charest et Dumont, c'est tout ce qu'on mérite.

Ce «tout ou rien» mijotait depuis quelques mois. En soulevant le couvercle pour y ajouter ses épices malicieuses au mois d'août dernier, le vrai chef du PQ, Jacques Parizeau savait qu'il déclenchait une remise en question de la gestion pépère du parti et obligerait Bernard Landry à se radicaliser pour survivre quelques mois de plus. C'est fait. C'est triste, mais c'est fait.

C'est triste, bien sûr, parce que le Parti ne s'était jamais adressé aux Québécois sur ce ton et avec cette condescendance. Cette machine humaine que René Lévesque avait mise au service d'un peuple avant d'être au service d'une cause fait maintenant marche arrière.

La cause vaut aujourd'hui que le Parti envisage la mort plutôt que l'incertitude. Son impatience le tue déjà, sa sévérité le défigure et sa suffisance le rend désagréable. Je ne suis même pas sûr que René Lévesque aurait envie de les soutenir.

C'est triste aussi parce que cette dérive, irréparable si elle est entérinée au congrès de juin, trahit la fatigue et le désespoir qui ont gagné le gros des troupes.

Bon nombre de souverainistes se sont demandés s'il y avait encore espoir de victoire après l'amère défaite au référendum de 1995. Presque dix ans plus tard, le «oui» n'est toujours qu'à 40 ou 45%, le parti n'a fait que 33% l'an dernier, ceux qui ont continué à se battre sentent que l'odeur de la souveraineté n'est toujours pas dans l'air.

Alors on fixe des dates dans l'avenir en se disant que si le peuple ne répond pas favorablement à son offre, ils auront là la justification pour rentrer chez eux. Et que le diable emporte le peuple.





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Une nouvelle dynamique

Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 19 octobre 2004

Le Parti québécois est prêt à rompre avec la règle de prudence qu'il s'impose depuis 1995. S'il est réélu lors de la prochaine élection, il tiendra dans la première partie de ce nouveau mandat un référendum sur la souveraineté. Pour les souverainistes, mais aussi pour les fédéralistes, la dynamique politique vient de changer.

Depuis le référendum de 1995, il faut bien convenir que la souveraineté n'était plus bien haut dans l'ordre du jour politique tant au Québec qu'au Canada. La tenue d'un nouveau référendum était liée à la réunion de «conditions gagnantes» qui ne semblaient jamais près d'être réunies. Personne ne s'inquiétait sérieusement d'un parti devenu davantage un parti de gouvernement qu'un parti militant.

En proposant à ses membres de prendre, lors du prochain congrès en juin, l'engagement de tenir un référendum le plus rapidement possible, le Parti québécois replace la souveraineté au coeur de son action. Il n'y a pas à s'étonner que celui-ci veuille réaliser l'article premier de son programme. À être reporté indéfiniment, celui-ci perdait peu à peu sa pertinence.

Certes, ce choix comporte des risques, le plus immédiat étant d'être condamné à l'opposition. Devant la perspective d'un nouveau référendum, les électeurs pourraient vouloir alors réélire le Parti libéral en dépit des réserves qu'ils entretiennent envers le gouvernement Charest. Ce risque doit toutefois être mis en contexte. À deux reprises, en 1976 et en 1994, les électeurs n'ont-ils pas élu le Parti québécois en sachant qu'un référendum aurait lieu au cours du mandat qui allait suivre ? Ils l'ont fait en sachant qu'ils auraient l'occasion par la suite de rejeter le projet souverainiste. Cette garantie existera encore la prochaine fois si le projet d'amendement au programme mis au point en fin de semaine est ratifié au congrès de juin.

Le mérite de ce projet d'amendement est la transparence puisque les électeurs sauront exactement à quoi s'en tenir. Il n'y aura pas de peut-être. Il n'y aura pas non plus de piège. Élu, le Parti québécois n'aura pas le mandat de poser «des gestes de rupture» qui «enclencheraient» l'accession du Québec à la souveraineté. Le Conseil national n'a pas retenu les propositions peu démocratiques mises de l'avant par l'aile radicale du parti en ce sens. Le seul mandat qu'il pourra prétendre avoir sera de préparer la souveraineté, dans la mesure où cet enjeu aura été clairement posé lors de l'élection.

Le risque le plus important que prend le Parti québécois avec cet engagement sera de perdre ce troisième référendum. Le mouvement souverainiste devrait alors prendre acte de ce nouvel échec. Ce risque sera minimisé, croit la direction du parti, par la mise en place au lendemain d'une élection d'un plan de promotion de la souveraineté. Celui-ci ne garantira en rien la victoire, qui tiendra bien davantage à une conjoncture politique qu'à la mobilisation des ressources de l'État pour défendre l'idée d'indépendance.

Les souverainistes estiment, pour un certain nombre, que la conjoncture politique est en train de leur redevenir favorable, la récente victoire du Bloc québécois en étant le signe le plus certain. Rien n'assure que le scandale des commandites portera de la même manière le PQ vers sa réélection, surtout qu'en réinscrivant la souveraineté à l'ordre du jour politique, celui-ci vient de donner au Parti libéral l'argument qui lui manquait pour faire progresser sa quête d'un fédéralisme asymétrique.

En modifiant leur programme, les péquistes modifient la dynamique politique. Ils reprennent l'offensive. À charge pour eux de démontrer qu'ils sauront la garder et franchir la première étape que constitue la prochaine élection.

bdescoteaux@ledevoir.ca





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Comment se faire hara-kiri

Lysiane Gagnon
La Presse mardi 19 octobre 2004

Rendez-vous dans deux ans... C'est alors qu'on verra comment le Parti québécois s'organisera pour revenir sur les dangereux engagements que ses leaders viennent de consentir à son aile militante.

Référendum " obligé " dans la première moitié du premier mandat. Une question ne portant que sur la souveraineté, laquelle évacuerait donc toute notion d'association avec le reste du Canada. L'utilisation des fonds publics pour promouvoir la souveraineté. La fabrication d'une constitution et d'un hymne national (!) avant que la population se soit prononcée sur le principe de la souveraineté...

Bref, la recette pour le désastre! Il ne manque plus, pour rebuter l'électeur, que la " promesse " (ou plutôt la menace) de déclencher des coups de force illégaux, comme par exemple de rapatrier unilatéralement tous les impôts à Québec.

Seul un parti vivant dans une bulle hermétique peut s'engager dans pareille voie en chantant victoire. En tout cas, on entend d'ici les cris de jubilation des libéraux devant ce béat suicide de l'opposition.

Le plus triste est de voir Bernard Landry sauter à pieds joints dans ce bateau, reniant ipso facto toutes les convictions qu'il a affichées sans relâche depuis 30 ans.

À le voir aller, on se dit qu'il la veut vraiment désespérément, cet job de leader, s'il est prêt à tant de concessions aux purs et durs qui ont pris le contrôle du vase clos qu'est devenu le PQ.

M. Landry avait toujours fait preuve de prudence, pour des raisons évidentes: un gouvernement responsable, tout souverainiste soit-il, ne fait pas de référendum sans avoir des chances raisonnables de le gagner, et des politiciens intelligents ne s'enferment pas dans un échéancier immuable deux ou trois ans avant les élections.

Même Jacques Parizeau, le plus impétueux des leaders péquistes, n'est jamais allé aussi loin que Bernard Landry le week-end dernier. Encore en 1995, M. Landry reprochait à M. Parizeau son empressement à tenir un référendum sans assurance de pouvoir le gagner, en lançant qu'il ne serait pas le sous-commandant de la " brigade légère " (allusion à un massacre de la guerre de Crimée).

Autre revirement suspect, M. Landry jette définitivement aux orties son rêve d'une union de type européen entre le Québec et le Canada.

Le problème, ici, c'est que ce soit l'opposition des radicaux du PQ plutôt que le simple bon sens qui ait motivé cette volte-face. Il y a longtemps que M. Landry, dont on aurait cru la culture politique un peu plus développée, aurait dû se rendre compte qu'il n'y a aucun parallèle possible entre une union européenne à neuf, quinze ou vingt-cinq pays de poids variables (ce qui permet des alliances), et une union entre deux pays dont l'un est trois fois plus gros que l'autre.

Cet engouement qu'il professait il y a quelques mois à peine pour un modèle européen ne tenait pas debout. Tant mieux s'il y renonce, mais c'est de toute évidence pour de mauvaises raisons.

Il est fort prévisible qu'à l'approche des élections, le PQ sera forcé de renoncer à ce carcan référendaire, sous peine de voir la campagne dominée par ce thème avec les résultats que l'on devine, le mot " référendum " étant devenu, et pour cause, un mot-repoussoir synonyme de division et de " chicanes " inutiles.

Mais d'ici à ce qu'il se lance dans des contorsions qui seront pénibles à voir, le parti aura perdu énormément de crédibilité.

On parle beaucoup d'échéancier référendaire, mais en fait, la volte-face la plus significative du PQ a été de s'engager à ce que la question référendaire ne porte que sur la souveraineté, point à la ligne.

Voilà qui apportera au camp du OUI, si jamais il y avait référendum, le pire résultat de l'histoire- environ 25 % des voix, car tous les sondages montrent qu'à peine plus du quart des Québécois sont prêts à envisager une rupture radicale sans garantie d'association. C'est en incluant la promesse d'une association ou d'un partenariat qu'on arrive à des résultats tournant autour de 40 %. (En 1995, la personnalité de Lucien Bouchard et la coalition avec l'ADQ, de même que les arguments fallacieux voulant que la souveraineté ne menacerait ni le Parlement fédéral ni la citoyenneté canadienne avaient fait monter in extremis le thermomètre de plusieurs points).

La simplification de la question référendaire constitue une évolution saine et démocratique, la seule qui puisse garantir un résultat clair, car effectivement, tout référendum ne comporte que l'enjeu de la souveraineté, l'association ou le partenariat n'étant nullement garantis et dépendant exclusivement de la volonté du reste du Canada. Mais il reste qu'il s'agit, encore ici, d'une démarche suicidaire, dans la mesure où le PQ a tout intérêt à miser sur l'ambiguïté.





conseil national du PQ

Souveraineté : Le PQ se marginalise, selon Charest

Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 19 octobre 2004

Le chef de l'ADQ invite les nationalistes à rejoindre son parti

Québec - Le premier ministre Jean Charest estime que le Parti québécois s'est marginalisé lors de son Conseil national de la fin de semaine en s'enfermant dans un échéancier pour la tenue d'un référendum sur la souveraineté.

«Je constate qu'en sortant d'un forum où les Québécois, plus que jamais, veulent que nous fassions équipe, le Parti québécois a décidé de faire cavalier seul et, donc, de se marginaliser», a dit Jean Charest lors d'un point de presse qui a eu lieu juste avant la cérémonie d'assermentation de la nouvelle députée libérale de Nelligan, Yolande James, au Salon rouge.

Pendant les trois jours qu'a duré le Forum des générations, il n'a pas été question de souveraineté, a fait remarquer M. Charest. «Ça incarne très bien l'état d'esprit de la population du Québec et de ses leaders, qui n'ont pas demandé qu'on refasse des stratégies référendaires. Ils ont voulu qu'on fasse équipe et qu'on se concentre sur les enjeux qui les touchent dans leur vie de tous les jours», a dit M. Charest, soit la santé, l'éducation et la famille.

Le chef libéral n'a pas été le seul à faire ses choux gras de qu'il est convenu d'appeler la radicalisation du PQ et de son président, Bernard Landry. Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a invité les nationalistes à emprunter la voie autonomiste définie par son parti. «La position autonomiste de l'ADQ apparaît vraiment plus ancrée dans la réalité du Québec, dans la réalité des prochaines années pour défendre une position nationaliste, mais sans les montagnes russes assez risquées et assez incertaines que nous propose le PQ», a dit M. Dumont au cours d'un point de presse.

Le chef adéquiste entreprendra une tournée du Québec pour rejoindre ce qu'il appelle «les nationalistes lucides», ceux qui réclament plus de pouvoir pour le Québec «mais qui n'ont pas le goût de rejouer dans le film que M. Landry nous propose».

Selon M. Dumont, le Parti québécois refait les mêmes débats qu'il a tenus lors de son congrès de 1974. «Est-ce qu'aujourd'hui, en 2004, avec le genre de problèmes nouveaux, avec le genre de réalités nouvelles que le Québec vit, est-ce que la radicalisation de Bernard Landry pour revenir dans les ornières du début des années 70, est-ce que ça, c'est ce que le Québec a besoin [sic] demain?», s'est demandé Mario Dumont.

En outre, Jean Charest s'en est pris à Bernard Landry, qui a soutenu en fin de semaine que le référendum de 1995 avait été volé par les forces fédéralistes. «C'est insulter l'intelligence des Québécois que de prétendre que, lors du dernier référendum, ils ne se sont pas exprimés librement», a dit le premier ministre, en rappelant que le taux de participation au scrutin référendaire de 1995 s'était élevé à 94 %, un record.

M. Charest a également dénoncé l'intention exprimée par les troupes péquistes et leur chef d'utiliser les fonds publics pour promouvoir la souveraineté et préparer le prochain référendum. «C'est quelque chose que la population du Québec n'acceptera pas», a dit M. Charest.

De son côté, la leader parlementaire de l'opposition officielle, Diane Lemieux, a répliqué en rappelant que les forums régionaux et le Forum des générations de la semaine dernière avaient coûté au trésor public la rondelette somme de cinq millions. Pour cette «opération qui est largement une opération de relations publiques», le gouvernement Charest a dépensé plus que ce que coûte une campagne référendaire, a-t-elle fait observer.

Mme Lemieux a reconnu que les débats «intenses» qui ont cours au PQ ont de quoi amuser les libéraux. Le gouvernement doit toutefois rendre des comptes à la population lors de la session parlementaire qui s'ouvre aujourd'hui. «S'ils prennent le choix de s'amuser comme des gamins et de badiner, ce sera leur choix», a-t-elle dit.

La leader parlementaire a soutenu que les débats internes au PQ sur fond de course larvée au leadership n'auront aucune conséquence néfaste sur le travail d'opposition de la députation péquiste ni sur sa cohésion. Les députés ne seront pas distraits par les débats sur l'échéancier référendaire et les stratégies souverainistes. «Ce n'est pas une distraction, la souveraineté. C'est une vision du Québec», a-t-elle fait valoir. «Le PQ, ce n'est pas aussi un week-end [sic] de distraction. C'est un exercice qui a été sérieux, qui a été intense, j'en conviens, mais d'aucune manière, ça va nous empêcher [re-sic] de faire notre travail comme opposition officielle.»

Avec Tommy Chouinard





conseil national du PQ

Landry change son fusil d'épaule
Plus question de s'engager à tenir un référendum avant la mi-mandat

Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 20 octobre 2004

Québec - Moins de 48 heures après la dernière salve d'applaudissements au Conseil national du Parti québécois, Bernard Landry a fait volte-face et n'est plus d'accord pour s'engager formellement à tenir un référendum sur la souveraineté avant la mi-mandat d'un prochain gouvernement péquiste.

La nouvelle version du programme du PQ comporte l'obligation pour un gouvernement péquiste de tenir un référendum dans la première moitié du prochain mandat. «Je n'ai pas dit que j'étais favorable» à cette formulation, a-t-il dit hier, au cours d'un point de presse. Samedi au Conseil national, le chef péquiste avait pourtant affirmé qu'il était «d'accord» avec l'échéancier contraignant que contient le nouveau programme péquiste. Jamais dans l'histoire du PQ un chef péquiste, même Jacques Parizeau, n'avait accepté de s'enferrer dans un échéancier aussi précisément défini.

Bernard Landry préfère revenir à la formule qu'il a utilisée dans son discours devant les militants. «Moi, j'ai dit que je voulais que nous tenions un référendum le plus vite possible. Vous avez vu mon discours, vous connaissez la citation», a-t-il dit.

Le nouveau programme, issu des chantiers de la «saison des idées», doit être adopté par les délégués au congrès de juin 2005.

D'ici là, le chef péquiste a l'intention de travailler avec Pauline Marois, qui ne veut rien entendre d'un échéancier fixe, pour faire en sorte que le programme soit modifié en conséquence. «Elle travaille pour que ce que j'ai dit dans mon discours se réalise. Je suis très content de ça», a dit M. Landry. Il juge que les tenants d'un échéancier ouvert devraient réussir à imposer leur vue. «Si des femmes aussi bien implantées dans le parti que Mme Marois ont la même thèse que moi, il y a de bonnes chances qu'on y arrive», a-t-il dit.

En cas d'échec, M. Landry a laissé entendre qu'il se ralliera. «Je suis un démocrate et les militants décideront», a-t-il dit.

Hier, Pauline Marois réitérait son désaccord profond «avec le fait qu'on fixe une date pour la tenue d'un référendum au début de mandat». Elle s'emploiera à faire modifier la proposition du parti d'ici juin 2005. «Actuellement, on doit tous être placés dans une perspective qui est celle d'expliquer aux Québécois ce que cela changera dans leur vie que de se donner un pays. Et ça, c'est une grande responsabilité», a-t-elle fait observer.

En dépit de sa réticence à s'astreindre à un échéancier fixe, Bernard Landry reconnaît que cette proposition a soulevé l'enthousiasme des militants présents au Conseil national. «Nos militants sont enchantés. C'est une nouvelle dynamique», comme le signalait dans son éditorial d'hier le directeur du Devoir, a souligné le chef péquiste.

Mais M. Landry a tout de même pris acte des commentaires négatifs qui ont fusé à l'extérieur du parti. Il a admis que les libéraux de Jean Charest bénéficiaient de cette polémique. «La petite aide qu'il [M. Charest] a de la population vient de nous parce que nous avons le devoir de moderniser notre parti et de discuter. Mais regardez-nous quand ce sera terminé.»

Pour le député de Masson, Luc Thériault, il est clair que Bernard Landry s'est engagé, devant les militants péquistes la fin de semaine dernière, à tenir un référendum dans la première moitié d'un prochain mandat. Il sera d'ailleurs difficile d'éliminer l'obligation faite en ce sens dans le nouveau programme péquiste sans soulever la grogne des militants, prédit-il.

À ses yeux, tenir un référendum le plus vite possible, comme l'affirme M. Landry, signifie de le tenir à peu près à mi-mandat, le temps de préparer le terrain. Attendre à la fin du mandat inciterait la population à porter un jugement sur la gestion du gouvernement tout en se prononçant sur l'avenir politique du Québec.

Sans échéancier coulé dans le béton, il est aussi beaucoup plus difficile de mobiliser les militants, juge M. Thériault. Les péquistes ne sont pas pour autant des «caribous» impatients de se jeter à la rivière coûte que coûte. «On n'est pas des caribous. La journée où j'arrive à la rivière et il n'y a pas de pont, je ne me jette pas dedans. Mais j'aurai tout fait pour y arriver», a dit le député.





conseil national du PQ

Landry hasn't really changed mind

Josée Legault
The Montréal Gazette October 20, 2004 Wednesday

There was an air of surrealism at the weekend Parti Quebecois national council meeting. Even veteran party members needed a map to keep up with the players.

While a group of his personal organizers were handing out a 30-page booklet outlining his own "vision" of the PQ, Francois Legault went on denying he wants a leadership race.

Pauline Marois, on the other hand, continued to call for a leadership race, though it's painfully obvious she has precious few organizers of her own.

Leader Bernard Landry, though he denies his leadership is in jeopardy or that contenders even exist, underwent a stunning metamorphosis. He might deny that, too, but most PQ members in the hall knew he did it to boost his chances of winning the confidence vote he'll face at his party's convention next June.

The man who, until just a few weeks ago, refused to commit his party to hold a referendum unless he had the "moral certainty" of winning it, now appears to say the opposite. Taking what sounded like a Parizeau-style, hard-line turn, Landry now says winning a referendum is an absolute certainty and that his party would, therefore, hold one if the PQ is elected.

He also ditched the confederal, European-style union with Canada he's defended for decades. Even though he refused to spend public funds to promote sovereignty when he was premier - calling it "propaganda" - he now promises to do it.

The change is so sudden and so stunning it asks the inevitable question: How many Quebecers will find it credible that a 67-year-old man who defended a more hesitant approach to sovereignty for the past 30 years, wakes up one morning and turns into a clone of Jacques Parizeau?

For one thing, Landry took this turn to survive the confidence vote of his members for one reason only: A growing number of Pequistes support the Parizeau-style approach of Robert Lapante, director of L'Action nationale.

Laplante wants a PQ government to ask for a clear mandate to trigger the process to achieve sovereignty and hold a quick referendum to ratify a new constitution. If a majority votes yes, sovereignty would be immediately declared.

His new stance might sound similar to Laplante's, but there are at least two major differences: one that comes from the party's establishment and one from Landry himself.

Whereas Parizeau and Laplante say a referendum should be held within the first year of a PQ mandate, making Quebec automatically independent with a majority Yes, the proposal made this weekend by the PQ's program committee suggests a referendum be held within 21/2 years "within the first half of the mandate."

As for Landry, though his new stance was reported as "radicalized," the fact is he remains steadfastly opposed to any precise time-frame that he couldn't wiggle out of. In his weekend speech and again yesterday in a scrum, Landry insisted his position is to have a referendum "as soon as possible." Period.

Yesterday, he added he was working on this issue with Marois, someone who happens to be just as opposed as Landry to committing to a defined deadline for a referendum. So what's the difference between "winning conditions," "the moral certainty to win" or "as soon as possible?" Not much. Each is a vague, highly subjective call that only can be made by the leader, not party members within the party's program.

A PQ leader might say he'll hold a referendum, and even include it in the party's program, but that's worth nothing, as Parizeau knew in 1995, if there is no clear time-frame. Without a quick referendum, Ottawa would have time to spend oodles of money on national unity, whereas PQ ministers would get bogged down in governing.

Without a deadline, who knows? The subjective "as soon as possible" might never materialize in Landry's eyes, just as Lucien Bouchard never did want to see any winning conditions.

That might explain why this weekend, Landry rose to give a long ovation to former Bouchard adviser Jean-Francois Lisee after he advised PQ members not to commit to any precise referendum timing. Landry and Lisee are on the same wavelength.

That's why Landry keeps inviting him to talk at party functions and considers him one of his informal advisers.

The PQ leader has not Parizeau-ized his position. But he's sure trying to make it look that way. His real position remains what it was: No clear deadline for a referendum or for any declaration of sovereignty even if there's a majority vote.

As one former premier once told me: "Best to beware of dramatic and sudden metamorphosis, especially in politicians." Such changes rarely last.





conseil national du PQ

Une dérive

Joseph Facal - L'auteur fut ministre dans les gouvernements de MM. Bouchard et Landry. Il est aujourd'hui professeur à HEC Montréal.
La Presse mercredi 20 octobre 2004

Une dérive : Quand on se radicalise, on se marginalise, et on troque la possibilité de réellement parvenir à ses fins

La radicalisation que vit le Parti québécois survient après chaque défaite électorale. Pour deux raisons: d'une part, parce que des militants dépités ressentent le besoin de se cramponner à des certitudes et, d'autre part, parce que les éléments plus modérés, pour lesquels l'engagement bénévole n'occupe pas une place centrale dans leur vie, retournent vaquer à leurs affaires. Mais qu'une chose soit explicable ne la rend pas justifiable.

Commençons par récuser cette fausse opposition entre les souverainistes pressés et les souverainistes supposément moins pressés. Tous les souverainistes que je connais, moi le premier, ont hâte de voir naître le pays du Québec. Ce qui nous distingue, c'est ce que l'on pense qu'il convient de faire pour se rapprocher de ce jour. Je suis de ceux qui pensent que le désir de souveraineté ne justifie pas que l'on se piège soi-même et, pire, que l'on joue aux dés le destin d'un peuple.

Imaginons un instant que le PQ se présente devant l'électorat aux prochaines élections en prenant l'engagement de tenir un référendum coûte que coûte. Que fait-il s'il devient évident, une fois au pouvoir, que les chances de victoire sont minces? De deux choses l'une: il fonce tête baissée avec, en cas d'échec, des conséquences pires que celles des échecs de 1980 et 1995 puisque le projet souverainiste risquerait fort de ne pas survivre à un troisième rejet, ou il met les freins et renie son engagement, ce qui serait un aveu de faiblesse qui équivaudrait à une défaite référendaire.

On me permettra de rappeler que la défaite référendaire de 1980 a ouvert la porte au rapatriement unilatéral de la constitution par Pierre Trudeau et au plus grave recul politique de l'histoire contemporaine du Québec. La défaite de 1995 a ouvert la porte à un envahissement sans précédent par Ottawa des champs de compétence du Québec dont les conséquences néfastes se font sentir tous les jours. Ne tenir un référendum que si l'on a des chances raisonnables de le gagner, et ne pas s'enfermer quatre ans d'avance dans un échéancier rigide, n'est ni du défaitisme ni de l'envie de pouvoir. Cela s'appelle le sens de l'État et le devoir de responsabilité.

Adversaires de la souveraineté

À qui profite l'actuelle dérive? À tous les adversaires de la souveraineté. Toute la stratégie du gouvernement fédéral depuis 1995, particulièrement la loi sur la pseudo-clarté, visait précisément à amener les souverainistes à se radicaliser, pour les éloigner de cette partie de la population qui est ouverte mais pas encore convaincue par notre projet. Les libéraux de Jean Charest seraient pour leur part dispensés de défendre leur bilan de gouvernement. L'ADQ, enfin, attirerait des nationalistes sincères mais qui craignent un nouvel échec. Dans les sociétés réellement démocratiques, seules les majorités ont le pouvoir de modifier un régime politique. Or, on bâtit une majorité en attirant des gens vers soi et non en les précipitant dans les bras des adversaires.

Souvenons-nous du cul-de-sac dans lequel l'obligation de tenir un référendum coûte que coûte avait placé René Lévesque dès 1976, le contraignant à repousser continuellement l'appel au peuple. Même monsieur Parizeau, avant les élections de 1994, quand il exposait avec franchise sa volonté inébranlable de tenir un référendum " dans les meilleurs délais ", s'était gardé une marge de manoeuvre. Elle lui fut d'ailleurs bien utile quand son vice-premier ministre du temps, monsieur Landry, fit savoir qu'il ne serait pas le commandant en second d'une brigade légère qui courrait à sa perte. Je me suis toujours demandé par quel raisonnement tordu on peut en venir à associer les leçons du passé à du défaitisme ou à un manque de volonté.

Par ailleurs, on ne comprend rien à ce qui se passe en ce moment au PQ si on ne le considère pas à travers le prisme de la course à la direction qui s'y déroule. Pour avoir une chance raisonnable de remporter le vote de confiance sur son leadership lors du prochain congrès, monsieur Landry s'est senti obligé de jeter du lest en direction d'une certaine frange du parti. Il trouvera sans doute inconvenant qu'on lui rappelle avec déférence qu'il défend depuis trente ans, d'une part, l'importance de ne pas se camper dans une posture stratégique rigide et, d'autre part, de maintenir des liens institutionnels avec le Canada après la souveraineté. Balancer par-dessus bord des convictions de trente ans en une fin de semaine, pour les raisons que l'on sait, me donne le tournis. J'attendais autre chose d'un tel homme.

Nous ne ferons la souveraineté qu'en convainquant des fédéralistes et des hésitants des vertus de notre option. Peut-on sérieusement dire que nous en avons convaincu un seul ces derniers temps? Nos atermoiements stratégiques n'intéressent que nous-mêmes, et les commentateurs dont le métier est de suivre nos conclaves. La population, elle, attend encore que nous lui expliquions ce que la souveraineté rendra possible qui ne l'est pas dans le régime actuel. Notre fuite en avant dans des univers virtuels l'éloigne de nous en minant sa confiance dans notre sens des responsabilités et notre élémentaire lucidité.

Il nous faut comprendre que le marketing politique, les incantations volontaristes et les pseudo-raccourcis tactiques ne remplaceront jamais le patient travail de conviction et d'enracinement populaire. Il nous faut cesser de traiter comme des demeurés ou des lâches ceux que notre projet inquiète, et aller vers eux au lieu de nous désoler qu'ils ne viennent pas vers nous. Il faut nous interroger sur cette détestable impression d'arrogance intellectuelle que nous dégageons.

Quand on se radicalise, on se marginalise, et on troque la possibilité de réellement parvenir à ses fins contre la certitude confortable, mais ultimement stérile, d'avoir raison envers et contre tous. Il n'est cependant pas trop tard, d'ici au congrès de juin 2005, pour faire encore prévaloir le bon sens.





Crise de leadership et d'orientation

Le PQ est rongé par un cancer, dit Charbonneau

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 21 octobre 2004

Québec - Le Parti québécois traverse une crise de leadership que le chef, Bernard Landry, doit régler en signant rapidement un pacte avec les deux prétendants, Pauline Marois et François Legault, qui mènent une course larvée contre lui, ou encore en déclenchant une course à la présidence du parti.

C'est ce que le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, constatait hier, alors que la volte-face de M. Landry sur l'échéancier du prochain référendum continuait à remuer le parti. «Il y a contestation du leadership ouverte ou larvée», a dit M. Charbonneau au cours d'un point de presse.

«Il faut que cette crise de leadership se règle», estime M. Charbonneau, car la situation sera vraisemblablement intenable d'ici le congrès de juin 2005. M. Landry «doit prendre le taureau par les cornes», croit le député. «C'est à Bernard Landry et à ceux qui veulent le remplacer de régler le cul-de-sac» par la tenue d'une course au leadership ou la signature d'«un pacte pour que la course soit terminée».

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a réitéré hier son appui au chef péquiste. «J'appuie totalement Bernard Landry, il est le chef du PQ et il doit le rester.» M. Duceppe estime par ailleurs qu'il est «sain d'avoir un débat d'idées à l'intérieur du mouvement souverainiste».

À cette crise de leadership s'ajoute une crise d'orientation que le parti a voulue, en quelque sorte, en lançant la «saison des idées», analyse M. Charbonneau. Or il y a «un cancer qui ronge le PQ», un problème de méfiance de la part des militants envers «l'élite politique». Les militants n'ont pas compris que le PQ ne s'engage pas à faire un référendum lors des prochaines élections. La condition posée par M. Landry d'avoir «l'assurance morale de gagner» le référendum avant de le déclencher ne les convainc pas. «Ils ne veulent plus militer et se désâmer en se faisant dire: on ne sait pas quand on va ramener ça dans le radar», a souligné M. Charbonneau. Les militants veulent de solides assurances à cet égard.

À l'exception de M. Charbonneau, peu de députés péquistes ont voulu commenter le fait que M. Landry a changé son fusil d'épaule mardi, revenant sur son engagement, pris lors du conseil national de la fin de semaine, de tenir un référendum dans la première moitié du mandat d'un prochain gouvernement péquiste. M. Landry préfère maintenant sa propre formulation, soit de tenir un référendum «le plus vite possible».

Hier, le vice-président de l'Association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce, Marc Brière, a fait parvenir au Devoir une lettre pour exiger la démission de Bernard Landry. Partisan de l'étapisme, le militant de longue date reproche à M. Landry d'avoir cédé aux militants radicaux lors du conseil national. «Une telle fourberie appelle sa démission», écrit-il. Même si M. Landry a rectifié le tir depuis, M. Brière estime tout de même qu'il doit partir. «C'est la girouette pure. On perd toute crédibilité avec tous ces mouvements erratiques», a-t-il dit au Devoir. Rappelons que c'est M. Brière qui a présenté une proposition au conseil national du mois d'août dernier pour enclencher une course à la présidence. Seulement une poignée de militants ont voté en faveur de cette proposition, dont Mme Marois.

Avec Alec Castonguay





conseil national du PQ

Pire que le mal

Michel David
Le Devoir jeudi 21 octobre 2004

Il arrive parfois que le remède soit pire que le mal. En voulant rectifier une position indéfendable sur la date du prochain référendum, à laquelle il s'était résigné pour sauver son leadership, Bernard Landry a encore aggravé son cas.

Éberlués par la volte-face de leur chef à peine deux jours après le conseil national, quelques députés ont vaguement tenté d'expliquer que tenir un référendum «dans la première moitié du mandat» ou «le plus tôt possible» revenait au même.

Personne ne sera dupe, surtout pas au PQ, où chaque mot et chaque virgule sont examinés au microscope. Il ne fait aucun doute que M. Landry souhaite ardemment être en mesure de tenir un référendum, mais l'expression «le plus tôt possible» peut tout aussi bien signifier dans les 12 premiers mois du mandat que dans dix ans ou même jamais.

Il est clair que cette position est plus responsable. La question est plutôt de savoir comment M. Landry a pu envisager un seul instant de s'enfermer dans un échéancier précis. Sur un enjeu aussi fondamental, il ne suffit pas d'exprimer une préférence; il fallait écarter catégoriquement une avenue qui pourrait mener le Québec à la catastrophe.

M. Landry peut bien essayer de jouer au plus fin en renvoyant les sceptiques à son discours devant le conseil national, mais l'exécutif du parti n'aurait jamais pu proposer formellement de tenir un référendum dans la première moitié du mandat sans son approbation. En sa qualité de membre de l'exécutif, il est même signataire de cette proposition qui a été préparée par des gens qu'il avait lui-même chargés de rédiger les rapports issus de la «saison des idées».

***

Ce n'est sûrement pas la réaction négative de Pauline Marois ou encore de Joseph Facal qui l'a fait changer d'avis. Celle qui comptait le plus dans les circonstances était probablement celle de Gilles Duceppe.

Jusqu'à présent, le chef du Bloc québécois s'est montré un allié indéfectible. Publiquement, M. Duceppe a exprimé sa désapprobation de façon mesurée, mais il était apparemment consterné. Le Bloc, qui pourrait se retrouver en campagne électorale à tout moment, n'a certainement pas besoin d'un tel boulet.

Désormais, M. Duceppe ne pourra faire autrement que de s'interroger sur le jugement politique de son vis-à-vis péquiste, comme Lucien Bouchard s'interrogeait jadis sur celui de Jacques Parizeau. Inévitablement, il en viendra à se demander si M. Landry est toujours le plus apte à présider aux destinées de la famille souverainiste.

Au sein du PQ, l'effet sera tout simplement désastreux pour M. Landry. Marc Brière est généralement perçu comme un vestige d'une autre époque, dont les interventions théâtrales provoquent un agacement certain. Cette fois-ci, les modérés comme les radicaux seront sans doute nombreux à partager son sentiment qu'une telle «fourberie appelle sa démission».

Les militants péquistes pestaient jadis contre Lucien Bouchard, qui affichait une ardeur souverainiste renouvelée à chaque conseil national avant de retourner aux affaires courantes le lundi matin. Malgré tout, il n'a jamais retourné sa veste comme son successeur vient de le faire.

Comme M. Landry l'a dit lui-même, les délégués sont sortis enchantés du conseil national de la fin de semaine dernière. Leur déconvenue sera à la mesure de cet enchantement. Même ceux qui se réjouissent de le voir revenir à une position plus sensée se demanderont s'il n'en changera pas une nouvelle fois si son intérêt le commande. On ne virevolte pas comme ça sans perdre énormément de crédibilité.

Si M. Landry est conséquent, il devra maintenant s'employer à faire en sorte que la proposition de l'exécutif dont il fait lui-même partie soit battue lors du congrès de juin. Quoi qu'il en dise, l'entreprise s'annonce titanesque. Même s'il finit par s'y rallier au congrès, on le soupçonnera forcément de le faire sans grande conviction.

***

Hier à Québec, il était difficile de déterminer qui, de Jean Charest ou de Pauline Marois, paraissait le plus heureux de la tournure des événements. Samedi soir, Mme Marois avait quitté Sherbrooke l'air découragée, paraissant plus isolée que jamais. Elle apparaît maintenant comme celle qui a toujours défendu la position la plus responsable, même si cela risquait de compromettre définitivement ses chances de devenir chef.

Par un renversement d'alliances tout à fait inattendu, l'ennemie d'hier est soudainement redevenue une alliée, à défaut d'être une amie. C'est maintenant François Legault qui se retrouve seul dans son coin.

Depuis des semaines, M. Legault répète à qui veut l'entendre qu'un référendum à mi-mandat est encore trop éloigné à son goût. Cet empressement est d'ailleurs parfaitement conséquent avec le «programme de pays» qu'il réclame mais qui n'aurait plus grand sens si le référendum était reporté à une date indéterminée.

À l'Assemblée nationale, les mines étaient très sombres sur les banquettes de l'opposition. À son habitude, le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, a dit tout haut ce que ses collègues jugeaient préférable de garder pour eux, parlant de «crise» et même de «cancer» au sein du PQ.

Même ceux qui trouvaient aberrant de s'engager à tenir un référendum dans les 24 mois après la prise du pouvoir se demandaient s'il n'aurait pas été préférable que M. Landry s'en tienne à sa position de la fin de semaine plutôt que d'aggraver les choses en se dédisant. Il aurait voulu saboter la rentrée parlementaire de son propre parti qu'il n'aurait pas pu trouver mieux. Quand un chef de parti perd la confiance de ses députés, la fin est proche, et cette confiance est actuellement ébranlée.

mdavid@ledevoir





conseil national du PQ

Louvoiement péquiste

Jean-Marc Salvet
Le Soleil jeudi 21 octobre 2004

Après avoir applaudi à tout rompre la fin de semaine dernière, la frange des "purs et durs" doit se sentir épouvantablement trahie par les dernières "précisions" apportées par Bernard Landry sur la date d'un éventuel référendum. La volte-face du chef péquiste - c'en est une vraie - colle cependant beaucoup plus à ses positions traditionnelles que sa fuite en avant du Conseil national. Une fuite en avant casse-gueule et irresponsable.

La marmite bout au Parti québécois et la course à la direction fait qu'il n'y a personne pour réduire le feu en dessous. Coincé entre François Legault, Pauline Marois, les radicaux et les modérés, Bernard Landry peine à asseoir son autorité. Les messages totalement contradictoires qu'il a envoyés ces derniers jours n'ont rien fait pour diminuer la pression.

Dans la députation, le climat est pourri. Les rancoeurs et les frustrations s'accumulent. Des coups de Jarnac s'échangent en coulisses. Jean Charest peut bien afficher une mine réjouie.

Inscrire dans le programme électoral l'obligation de tenir un référendum sur la souveraineté dans la première moitié d'un prochain mandat est un piège et une absurdité. L'histoire a démontré que tous les échéanciers du genre ont été des boulets aux pieds du Parti québécois. On veut bien admettre avec le député de Masson, Luc Thériault, que les sceptiques n'ont pas la faculté de prévoir l'avenir, mais quand même !

Joseph Facal n'est peut-être pas l'"ex-ministre" préféré de tous les péquistes, mais ce souverainiste sincère a parfaitement raison d'affirmer que "le sens de l'État et le devoir de responsabilité" devraient convaincre les militants de "ne pas s'enfermer quatre ans d'avance dans un échéancier rigide".

Un affrontement majeur se prépare au PQ entre les pragmatiques et ceux qu'on appelait jadis les "orthodoxes", un affrontement qui pourrait se cristalliser bien avant le congrès de juin. Avec ce dernier épisode, on sait que François Legault est partisan d'un échéancier fixe et que Pauline Marois est contre. Bernard Landry louvoie péniblement entre les deux. Il sait plus que quiconque que le PQ est une machine broyeuse de chefs.

Disons-le franchement : si tout le remue-méninges effectué pour la Saison des idées ne sert qu'à enchaîner complètement ce parti, à en faire l'otage des "purs et durs", ce sera un grave recul et un triste échec. Pas seulement pour le Parti québécois, mais aussi pour le Québec, qui devrait normalement pouvoir compter, lors des prochaines élections, sur un parti de centre-gauche capable de disputer le pouvoir à ses adversaires.

JMSalvet@lesoleil.com





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Pourquoi la souveraineté?

André Pratte
La Presse jeudi 21 octobre 2004

Depuis la publication par la direction du Parti québécois d'un nouveau " projet de pays ", toute l'attention s'est portée sur la stratégie référendaire envisagée. Or, le " projet de pays " lui-même, qui constitue le gros du document, est encore plus révélateur de la position difficile dans laquelle se retrouve le mouvement souverainiste.

Depuis le référendum de 1995, et en particulier depuis la défaite électorale de 2003, les péquistes se sont donné comme défi de montrer aux Québécois en quoi la souveraineté changerait leur vie concrètement. C'était l'objectif premier du nouveau programme proposé. C'est complètement raté.

Voici ce que la souveraineté permettrait au gouvernement québécois de réaliser, selon le conseil exécutif du PQ:

accorder plus d'importance à la qualité de l'enseignement du français;
faire en sorte que les enfants apprennent trois langues;
améliorer l'enseignement de l'histoire du Québec;
soutenir le désir d'avoir des enfants;
instaurer un nouveau mode de scrutin;
renforcer l'éthique des parlementaires;
etc.

La liste se poursuit sur plusieurs pages. Une fois la lecture terminée, on ne peut que s'exclamer: " Mais qu'est-ce qui vous empêchait de faire cela lorsque vous étiez au pouvoir? " Pourquoi faut-il attendre la souveraineté pour " rendre la justice plus accessible ", " accroître la promotion des droits et libertés de la personne ", " mettre l'accent sur l'intervention précoce dans la lutte contre certaines maladies ", " humaniser les services publics "? Tous ces objectifs relèvent des compétences des provinces; pourquoi le gouvernement d'un Québec indépendant y arriverait-il mieux que celui du Québec canadien?

À cette question clé, les dirigeants péquistes n'ont qu'une réponse: grâce à la souveraineté, l'État québécois disposera de moyens financiers considérablement accrus. Cependant cette prémisse, fondation de tout l'édifice, n'est démontrée d'aucune façon. Et l'on sait que même Jacques Parizeau n'est pas parvenu à faire cette démonstration de manière convaincante.

La faiblesse de ce nouveau cru de l'argumentaire souverainiste est patente dès la déclaration de principes qu'on souhaite inclure au début du programme du parti. Huit des dix principes s'énoncent suivant la même forme: le Québec est... et sera... " Le Québec est et sera solidaire ", " le Québec est et sera démocratique ", " le Québec est et sera francophone ". C'est donc cela, la souveraineté: le Québec pourra enfin être... ce qu'il est déjà!

Le Québec s'est tellement développé au cours des 40 dernières années que la souveraineté a énormément perdu en pertinence. Les souverainistes ont longtemps pensé que l'indépendance était la condition de la survie du français, de la prise en main de l'économie par les Québécois francophones et de la mise en place d'une société plus juste. Or, tout cela s'est fait à l'intérieur du Canada.

À l'issue d'une série de rencontres avec des jeunes, trois députés du PQ écrivaient récemment: " Quels sont les enjeux actuels auxquels la souveraineté peut être une solution? Quels sont les défis futurs auxquels la souveraineté pourrait bien nous positionner? Les jeunes nous parlent de développement durable et de diversité culturelle. Comment alors articuler la souveraineté pour répondre à ces questions? Si ce travail n'est pas effectué, la souveraineté sera alors une vieille idée et le mouvement souverainiste un vieux mouvement. "

Nous en sommes là. Pourquoi la souveraineté? Le document présenté aux membres du parti ne parvient pas à répondre à cette question de manière crédible. Au contraire: pour l'essentiel, le " projet de pays " élaboré par les dirigeants péquistes est réalisable dans le contexte constitutionnel actuel.





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Un grand moment de duperie

Marc Brière
Vice-président du PQ de Notre-Dame-de-Grâce
Le Devoir jeudi 21 octobre 2004

Lettres: Au dernier conseil national du PQ, à l'issue du débat opposant Jean-François Lisée et Jonathan Valois à Robert Laplante sur la stratégie référendaire, j'ai déclaré que j'avais l'impression que nous venions de vivre un grand moment pour la démocratie!

Dans son discours d'ouverture, la veille, Bernard Landry avait pris l'engagement solennel de mettre en oeuvre un plan de mobilisation dont le point principal consistait à «tenir le plus tôt possible un référendum avec une question courte, simple et claire sur l'accession du Québec à la souveraineté». Donc, pas d'élection référendaire ou autre voie détournée de rupture pour mettre les Québécois devant le fait accompli d'une indépendance réalisée sans eux.

C'était clair et net : le bon sens et la démocratie venaient de triompher de l'aveuglement et de l'autoritarisme.

Mais je devais vite déchanter. À mon retour de Sherbrooke, les journaux m'apprenaient que, quelques heures seulement après son engagement solennel, Bernard Landry l'avait renié au cours d'une conférence de presse tenue en coulisses en se déclarant d'accord avec l'aile radicale (y compris François Legault) pour s'engager à tenir le référendum dans la première moitié du mandat d'un gouvernement péquiste.

«Un référendum à tout prix - Le chef du PQ abandonne l'assurance morale préalable à une victoire», titrait Le Devoir au lendemain du conseil national.

Ce revirement suicidaire ne s'explique que par l'entêtement de M. Landry à s'accrocher à son poste à tout prix. Après moi, le déluge ! Cela est déjà assez triste, comme le notait Pierre Foglia. Mais le pire est cette honteuse duperie de Scapin Landry. Une telle fourberie appelle sa démission.





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«Le PQ est rongé par le cancer»

Denis Lessard
La Presse jeudi 21 octobre 2004

Jean-Pierre Charbonneau se vide le cœur - Le Parti québécois est «en crise» et les dérapages des derniers jours sont la réapparition d'un «cancer qui dure depuis des années», a affirmé hier Jean-Pierre Charbonneau.

«Dire qu'il n'y a pas de crise serait vivre sur une autre planète», a lancé le député péquiste de Borduas, ajoutant ainsi à la pagaille qui sévit au sein du PQ depuis le conseil national de la fin de semaine.

«Il y a une crise au PQ, c'est évident... Je ne sais pas si une course au leadership va vider l'abcès, mais il est clair qu'il doit y avoir une clarification. S'il n'y a pas une accalmie d'ici le congrès, il va falloir que les choses s'accélèrent», a averti M. Charbonneau, qui refuse toujours de dire s'il appuie, ou non, Bernard Landry.

En fin de semaine, le chef du PQ se disait d'accord avec un référendum dans la première moitié du mandat.

Mardi, il disait préférer sa première formule, un référendum «le plus vite possible».

Pour le député Charbonneau, ces changements de cap soulèvent toujours les mêmes suspicions chez les militants. «C'est comme un cancer, c'est une crise dans ton corps. Il y a des poussées, des moments de répit. Le cancer qui ronge le parti a toujours été le même, sous Lévesque, Bouchard; avec Johnson, c'était pire qu'avec tous les autres. C'est un problème de confiance.»

«Le problème de crédibilité d'un leader est un ensemble d'attitudes, de comportements, de clarté dans le message... Je ne veux pas embarquer là-dedans», lance le député qui refuse cependant de «se figer dans un choix» pour l'instant, de dire s'il préconise un changement de chef.

Mais il estime sans détour qu'après son virage à 180 degrés sur l'échéancier référendaire, M. Landry devrait s'imposer «une retraite fermée» pour réfléchir à son positionnement.

Selon les informations de La Presse, la sortie percutante de M. Charbonneau résulte en partie de la violente prise de bec qui a opposé les deux hommes lors du caucus d'Orford, il y a deux semaines. M. Landry était sorti de la réunion évoquant le retour de «la paix et l'harmonie» au sein de l'aile parlementaire.

«Il y a eu une prise de bec, c'est vrai. Il m'a pris de front. Et à mon âge, on ne s'écrase plus», a expliqué hier à La Presse M. Charbonneau, refusant de commenter davantage ce qu'il décrit lui-même comme «un viril accrochage» avec M. Landry.

Pour de nombreux témoins, MM. Landry et Charbonneau se sont carrément engueulés pendant un long moment, devant tous les députés.

L'élu de Borduas tenait à expliquer son idée de la nécessaire coalition entre le PQ, l'ADQ et l'UFP pour battre le PLQ aux prochaines élections, une stratégie qu'il avait transmise aux médias quelques jours plus tôt.

Or, l'idée d'une coalition suppose que les formations politiques alliées s'entendent pour se partager les circonscriptions avant les élections.

«Cela veut-il dire que tu es prêt à ouvrir ton comté?» a demandé à trois reprises un Bernard Landry belliqueux, à un Jean-Pierre Charbonneau en transe. Avec Borduas, M. Charbonneau règne sur une des meilleures circonscriptions du PQ.

Dès le début de l'intervention du député, M. Landry l'avait d'abord épinglé publiquement. Il l'a accusé d'être resté ambigu quant à son leadership il y a quelques semaines. S'insurgeant de voir revenir sur le tapis une question qu'il estimait avoir été réglée en privé, M. Charbonneau, très émotif, a soutenu que le droit de s'exprimer avait disparu au parti.

Tout aussi cramoisi, M. Landry a répondu sur le même ton.

«De part et d'autre, ils se sont traités d'être ignoble», a dit un témoin. Comme si ce n'était pas suffisant, à la pause quelques minutes plus tard, les deux belligérants ont remis ça, sur un ton aussi virulent.

«Landry était en tabarnac et moi aussi. C'est tout, on a fait des blagues à la fin de la journée», expliquera plus tard M. Charbonneau.

«Est-ce que la course au leadership réglerait la problématique? Je ne le sais pas. Quelle est la meilleure personne qui nous permettra de rallier plus de gens, on le saura au congrès», a soutenu M. Charbonneau en point de presse hier.

Pour sa part, Pauline Marois s'est dite hier «contente» du changement de cap de Bernard Landry sur l'échéance référendaire. «J'aurais préféré qu'on évite ce qui s'est passé en fin de semaine. On ne doit pas s'enfermer dans un échéancier avec une date précise», a-t-elle constaté convenant que le PQ n'est pas au mieux de sa forme à ce moment-ci.