Actualité

D'abord l'indépendance
Jean-Marc Léger, Journaliste
Le Devoir vendredi 15 octobre 2004
Libre opinion: J'observe avec inquiétude la tendance grandissante chez un certain nombre d'indépendantistes à vouloir prévoir et même décider d'avance quelles seraient ou devraient être les orientations fondamentales du futur Québec indépendant. Il y a là un glissement dangereux et une confusion préoccupante entre deux ordres de considérations radicalement différents l'un de l'autre.
Cette confusion se manifeste aussi, sur un autre plan, par la volonté d'élaborer et de faire adopter un projet de Constitution du futur pays. Au lieu de se consacrer uniquement à faire advenir ce pays, à faire triompher l'idée et l'idéal de l'indépendance, on se complaît en certains milieux à vouloir en définir la nature, la couleur et les orientations, et même, implicitement, à tenter de les imposer. Le Québec indépendant, certes, mais pas n'importe quel Québec : un pays qui adopterait tel régime souscrirait à telles et telles orientations... sinon, je ne suis pas preneur ! Expression navrante de confusion et d'infantilisme, voire de sectarisme inconscient.
On ne peut évidemment que souhaiter la multiplication des débats de tous ordres autour du grand dessein de l'indépendance mais en sachant éviter le mélange des concepts et des notions et, surtout, en se gardant de confondre, par exemple, le Parti québécois et l'indépendance, le parti et la patrie. Celui-là est l'affaire des militants, mais celle-ci est l'affaire de tous les citoyens.
Les premiers doivent être le fer de lance de la libération mais ils ne sauraient s'attribuer pour autant le droit de définir les orientations du futur pays et moins encore d'en adopter à eux seuls la Constitution, fût-ce un simple projet. Tout ce qui tend à orienter, à colorer le combat pour l'indépendance, à vouloir dessiner d'avance le visage du Québec souverain, traduit une grave confusion des genres et des étapes et représente une sorte de confiscation de la souveraineté nationale ou, au moins, d'une hypothèque prise sur celle-ci, fût-ce avec les meilleures, les plus généreuses intentions du monde. «La générosité non éclairée par la lucidité aboutit souvent au désastre» (Vauvenargues).
Analyser et imposer
Il est non seulement sain mais nécessaire que se multiplient les débats et les analyses, les rencontres de tous genres, sur les exigences, les implications et les conséquences de la souveraineté nationale dans le monde actuel et compte tenu, naturellement, de la situation propre du Québec. C'était d'ailleurs la principale raison d'être de la «saison des idées», initiative qui n'a pas pleinement répondu aux attentes, tant s'en faut.
De même, il est normal que le parti se livre périodiquement à sa propre autocritique. Cela ne lui confère évidemment pas l'autorité sur le pays, lors même qu'il doit être l'artisan principal, le fer de lance de la conquête de l'indépendance. Il ne saurait en tirer argument pour imposer ni la Constitution, ni les orientations fondamentales du futur pays qui relèveront, l'une et les autres, du choix du peuple québécois tout entier. Il appartiendra au parti de savoir gagner la population à ses vues lors des diverses consultations qui seront organisées : ce sera son honneur de faire en sorte que celles-ci soient inattaquables quant au respect rigoureux des formes démocratiques.
On ne pose pas de conditions à sa participation au combat fondamental : c'est infantile et antidémocratique. De surcroît, c'est presque un aveu de faiblesse, le sentiment que l'on ne saura pas gagner à ses vues la majorité de ses compatriotes et que mieux vaut, dès lors, prendre maintenant des gages.
Que certains courants au sein du PQ souhaitent une réflexion sur la future Constitution du Québec indépendant, cela est normal et sain et peut se révéler utile, mais à certaines conditions. D'abord, il ne peut s'agir que d'éléments d'un projet de Constitution. Ensuite, mieux vaudrait que la démarche implique aussi des indépendantistes non membres du parti. Enfin, il serait sans doute plus sage que pareille entreprise soit confiée soit à un groupe ad hoc, soit à un organisme faisant autorité, comme le Conseil de la souveraineté.

Parti conservateur
Pour gagner le Québec, Stephen Harper prône le "fédéralisme d'ouverture"
JOCELYNE RICHER
QUEBEC (PC) 15 octobre 2004
Un gouvernement dirigé par Stephen Harper n'accorderait pas plus de pouvoirs au Québec, mais tenterait plutôt de mieux servir les deux grandes communautés linguistiques du pays, la francophone et l'anglophone.
Après le fédéralisme asymétrique, l'heure est donc venue de prôner le "fédéralisme d'ouverture", un nouveau concept encore flou, plus linguistique que territorial, prôné par le chef du Parti conservateur en vue de reconquérir le Québec.
De passage à Québec, vendredi, M. Harper a lancé cette idée devant 200 militants, mais il a refusé par la suite de répondre aux questions des médias, et dire en quoi le Québec sortirait gagnant de l'application de son concept.
M. Harper dit vouloir se servir de l'exemple de la Belgique où "l'autorité fédérale a été partagée non seulement selon les régions géographiques mais aussi en fonction des communautés linguistiques".
"Au lieu de céder plus d'autorité aux provinces dans des domaines comme la culture et les relations internationales, le gouvernement fédéral pourrait peut-être, de concert avec les provinces, et en particulier le Québec, établir des institutions communautaires francophone et anglophone dans les juridictions des télécommunications et de la radiodiffusion comme le CRTC et Radio-Canada ou la Francophonie, le Commonwealth et l'UNESCO", a déclaré le chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes, durant son allocution.
Le but recherché consiste apparemment à ajuster le cadre fédéral aux besoins du Québec, mais seulement dans la mesure où les changements proposés "renforcent la relation entre francophones de tout le pays".
Mais à quoi fait-on référence au juste quand on parle "d'institutions communautaires"? Quels seront les nouveaux pouvoirs octroyés à ces institutions? Les pouvoirs octroyés aux communautés linguistiques viendraient-ils faire contrepoids à ceux des provinces ou à ceux de l'Assemblée nationale? La communauté anglophone du Québec acquérrait-elle ainsi de nouveaux pouvoirs?
Vendredi, il a été impossible de savoir exactement ce que M. Harper avait en tête avec son projet ou de préciser de quelle façon le Québec verrait son sort amélioré au sein de la fédération canadienne grâce au "fédéralisme d'ouverture".
Pour en savoir plus long, il faudra attendre mars 2005, alors que les militants conservateurs tiendront leur congrès, à Montréal. D'ici là, l'aile québécoise du parti tiendra un congrès à Québec, le 27 novembre, et le chef entend mener des consultations pour tester son idée.
"C'est une première étape", a convenu l'attaché de presse de M. Harper, Dimitris Soudas, se contentant de dire que l'idée de base serait étoffée au cours des prochains mois et qu'un document sur la position du parti en matière de relations fédérales-provinciales serait présenté aux membres lors du congrès de Montréal.
Quand une journaliste s'est approchée de la porte-parole du parti au Québec, la candidate défaite aux dernières élections Josée Verner, pour chercher à en savoir davantage, l'attaché de presse du chef s'est interposé pour éviter qu'elle fasse des déclarations à la presse.
Par ailleurs, M. Harper - qui n'a passé au total que deux heures à Québec avant de retourner à Ottawa - s'est prononcé en faveur d'une plus grande présence du Québec sur la scène internationale.
"Il y a un rôle historique pour les provinces dans des affaires internationales, surtout quand ces affaires sont dans les compétences des provinces", a-t-il dit, lors d'un point de presse précédant son allocution.
Le premier ministre Jean Charest "est un fédéraliste convaincu et je suis convaincu qu'il donnera une bonne image du Canada au Mexique et au reste du monde", a-t-il ajouté, en réplique à certains observateurs du Canada anglais qui ont dénoncé le fait que le premier ministre Charest mènera, en novembre, au Mexique, une mission économique conjointe avec le premier ministre de France, Jean-Pierre Raffarin.

Forum des générations
Charest évite les dossiers épineux
Robert Dutrisac et Tommy Chouinard
Le Devoir vendredi 15 octobre 2004
Le gouvernement crée plusieurs équipes de réflexion et s'engage à respecter deux promesses électorales
Saint-Augustin-de-Desmaures - Après trois jours d'échanges, le Forum des générations s'est soldé par la création de plusieurs équipes de réflexion et par l'annonce que le gouvernement respectera deux promesses électorales à compter de 2006. Il ajoutera alors une heure et demie d'enseignement par semaine au primaire et portera à deux heures par semaine le temps consacré à l'éducation physique.
Des sujets délicats, comme l'arbitrage entre les baisses d'impôt à court terme et la réduction de la dette au profit des générations futures, étaient complètement absents des conclusions du forum. La problématique à laquelle carburait toute l'opération depuis le lancement des 20 forums régionaux au printemps dernier - l'état précaire des finances publiques et le vieillissement de la population - aurait pourtant dû aboutir à quelques échanges sur la dette publique. Mais le gouvernement, qui cherchait à faire dans le dialogue positif, a évité les sujets épineux.
Les participants ont semblé apprécier cette absence de controverse. Même le président de la FTQ, Henri Massé, a jugé que l'exercice était valable.
Au cours de la conférence de presse tenue à l'issue de l'événement, le premier ministre Jean Charest a vanté les vertu du travail d'équipe et de la concertation. «C'est le propre de la société québécoise de fonctionner en mode de concertation comme on l'a fait. Et c'est une force pour nous», a-t-il soutenu. Alors qu'il y a un an M. Charest répondait à toute contestation par le fait qu'il avait obtenu un mandat clair de la population, son point de vue n'est plus le même aujourd'hui. «Je crois beaucoup à une démarche d'équipe même si vous avez un mandat», a-t-il affirmé hier. Entouré de onze de ses ministres et de Pierre Shedleur, coprésident des forums régionaux et premier vice-président aux ventes aux grandes entreprises et au secteur public de Bell Canada, le premier ministre semblait très satisfait des résultats du forum. Son entourage, qui comptait beaucoup sur cette opération mi-politique, mi-relations publiques, rayonnait.
Chapeautée par le ministre des Finances, Yves Séguin, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, une équipe de travail poursuivra la réflexion sur la pérennité du réseau de la santé et produira un rapport en juin 2005. M. Couillard dirigera également une équipe de travail sur la prévention en santé à l'intention des jeunes. Il rédigera un rapport intérimaire pour mars 2005 et un rapport final pour juin 2005. Le gouvernement lancera en novembre une campagne de promotion de saines habitudes de vie.
Après les diverses consultations qu'il a menées sur l'avenir de l'enseignement collégial et le financement des universités, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, reprend du service en présidant une équipe de travail «consacrée à l'examen de pistes pour assurer le maintien des services éducatifs de qualité». Le rapport est attendu en mai 2005. Le ministre dirigera une autre équipe de travail sur le développement de l'école communautaire. Il doit remettre un rapport en mai 2005.
Au delà de cette multiplication de rapports, M. Charest a fait la nomenclature d'une série d'actions gouvernementales dont la plupart étaient amorcées et connues. C'est le cas de la politique de conciliation travail-famille, dont on promet l'adoption pour le printemps 2005, soit après le prochain budget. On mentionne l'assurance parentale: les négociations se poursuivent toujours avec le gouvernement fédéral. On annonce une nouveauté mineure: la responsabilité du dossier des aînés passe du ministre de la Santé et des Services sociaux à la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge. Le gouvernement profite de l'occasion pour lui confier la bonne marche d'une autre «équipe de travail pour poursuivre la réflexion» sur les moyens de permettre aux aînés de participer pleinement au développement du Québec.
La nomenclature comprend des mesures de développement économique, la signature d'ententes de régionalisation en immigration, le dévoilement à l'automne d'un document de consultation sur le Plan vert et la mise en oeuvre d'une «stratégie action jeunesse». En matière de main-d'oeuvre, le gouvernement amorce des travaux sur la retraite progressive et signale le début de discussions avec le gouvernement fédéral pour le renouvellement d'un programme d'aide destiné aux travailleurs âgés.
Comme prévu, le gouvernement a signé hier deux protocoles d'entente sur la décentralisation et la régionalisation avec l'Union des municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités et les présidents des conférences régionales des élus. Enfin, le Forum des générations enfantera un autre forum, le Forum sur le développement social et économique des nations autochtones, qui aura lieu en 2005.
Des raisons de se réjouir
Les initiatives proposées par le gouvernement Charest au terme du Forum des générations sont à ce point vastes et embrassent tellement de sujets que tous les participants au Forum des générations, du milieu de la santé aux associations régionales, y voient une raison de se réjouir. «Ce genre de grand-messe n'a jamais réglé toutes les questions au Québec, mais, au moins, ça va nous permettre de continuer le dialogue», a expliqué le président de la FTQ, Henri Massé. Il a cependant précisé qu'il aurait «préféré des pistes de solutions plus précises» et le rejet catégorique de toute forme de baisse d'impôt de la part du gouvernement compte tenu de l'état des finances publiques.
«Le dialogue social qui prend forme ne nous satisfait pas complètement, mais c'est un pas dans la bonne direction», a pour sa part affirmé François Vaudreuil, de la Centrale des syndicats démocratique du Québec (CSD). «Un problème qu'on a, c'est que cette démarche-là n'a pas été assez inclusive. Il y a eu beaucoup de groupes absents», a-t-il ajouté.
Le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, s'est dit un «homme heureux», saluant la création d'une équipe de travail sur la compétitivité des entreprises et le marché de l'emploi, en plus de la concrétisation prochaine d'un projet de loi sur la retraite progressive. M. Taillon ne regrette pas le manque de mesures concrètes immédiates. «On a quelques mois pour bien réfléchir. Moi, je trouve que c'est la voie du succès, plutôt que d'y aller avec précipitation et des mesures improvisées», a-t-il expliqué.
Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, estime que le gouvernement n'avait pas besoin de tenir un tel forum des générations pour créer plusieurs équipes de travail. «C'est beaucoup d'ouvrage pour arriver à ça, a-t-il lancé. Les gens sont contents de la qualité des débats. Moi aussi. Les gens sont contents qu'on ouvre une voie d'avenir par les comités. Je suis content moi aussi. Mais on n'a encore aucun résultat.» M. Landry a promis que son parti fera un «suivi impitoyable» des conclusions du forum à l'Assemblée nationale.
Selon le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, le gouvernement a évité les «enjeux difficiles» au cours du Forum des générations. «De nombreux participants voulaient s'attaquer au remboursement de la dette. Mais le gouvernement n'était pas prêt. On parle de forum des générations, et il n'y a pas un mot sur la dette», a-t-il déploré.
Lors d'un entretien téléphonique, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, qui a boycotté le Forum des générations, a dit ne pas regretter son geste puisque «le gouvernement Charest en a fait un non-événement. Il a servi du réchauffé», a-t-elle dit. La CSN évaluera si elle prendra part aux équipes de travail créées par Québec.
Vingt-quatre heures après que les représentants des fédérations étudiantes des universités et des collèges eurent claqué la porte du Forum des générations, quelque 200 étudiants ont répondu à l'appel de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante et ont manifesté à l'extérieur du campus Notre-Dame-de-Foy pour protester contre les compressions de 100 millions de dollars au régime de prêts et bourses. Deux personnes ont été arrêtées et seront accusées de méfaits et de voies de fait. Quelques vitres de l'établissement ont été fracassées.

FORUM DES GÉNÉRATIONS
Charest rétablit les ponts
Mario Cloutier
La Presse vendredi 15 octobre 2004
Saint-Augustin - Jean Charest ne jure plus que par le travail d'équipe. Le premier ministre dit vouloir gouverner désormais en impliquant le " plus grand nombre possible " dans les décisions gouvernementales. Le Forum des générations l'a convaincu de " marquer un changement important dans l'approche ".
" C'est le propre de la société québécoise de fonctionner en mode de concertation. C'est une force pour nous. Il ne faut pas se priver de l'occasion de le faire ", a fait valoir M. Charest à l'issue de la rencontre de trois jours.
Le Forum aura coûté cinq millions de dollars au Trésor public, mais " ça valait la peine ", affirme le premier ministre. Après 2500 rencontres dans les forums régionaux au cours des derniers mois, et cette grande-messe réunissant 90 leaders socio-économiques, le premier ministre estime être sur une nouvelle voie.
" On a annoncé au point de départ qu'on ne cherchait pas l'unanimité. Ça nous a permis de pousser plus loin les discussions. C'est très sain et ça permet d'en arriver à des solutions ", soutient-il.
Dans les mois qui ont suivi son élection, M. Charest a répété qu'il avait été élu pour faire des changements controversés, comme les modifications au Code du travail et la modernisation de l'État. Après de nombreuses critiques des syndicats et des groupes sociaux, il affirme désormais qu'il " faut aller vers des formules différentes de participation qui permettent d'inclure le plus grand nombre ".
Ce changement de ton s'est fait entendre il y a quelques semaines à l'approche de la rencontre fédérale-provinciale sur la santé, pour laquelle le gouvernement libéral a obtenu un consensus québécois avant de se présenter à Ottawa. Hier, cette approche conciliante s'est même traduite par un hommage aux " 30 ans d'efforts de plusieurs gouvernements québécois successifs ", de souligner le premier ministre.
M. Charest n'a plus que de bons mots pour le " nous collectif ". La majorité des annonces d'hier concernent d'ailleurs la création d'équipes de travail qui devront produire, d'ici l'an prochain, plusieurs réponses aux questions à moyen et long terme posées par le Forum.
Le dossier de la pérennité des systèmes de santé et d'éducation sera, par exemple, confié à des groupes rassemblant des gens de plusieurs horizons, dont la société civile. " On va essayer de trouver la réponse que personne d'autre n'a été capable de trouver. C'est un beau défi pour le Québec ", de souligner M. Charest à propos du financement de la santé.
D'autres comités similaires se pencheront sur des approches en prévention à l'intention des jeunes, sur l'implication des aînés dans la société, sur l'entrepreneuriat et sur le développement des régions. Idem pour les domaines qui influenceront le cours de la démographie: l'immigration, l'adaptation de la main-d'oeuvre et le développement durable.
Québec s'engage également dans une décentralisation, " irréversible ", selon M. Charest, vers les régions. Des pouvoirs seront transférés avec les ressources nécessaires, promet le gouvernement, mais le protocole d'entente signé avec les CRE (Conférence régionale des élus) ne prendra force que dans un an.
Les mesures concrètes sont rares et déjà connues, mais le gouvernement a confirmé son intention de prolonger l'étude des élèves du primaire d'une heure et demie par semaine, dès septembre 2006. La mesure nécessite 140 millions et 2000 enseignants de plus. En outre, les petits devront obligatoirement recevoir deux heures par semaine d'éducation physique.
Les conclusions du forum ont offert un peu de tout pour tous, comme a semblé le démontrer la satisfaction d'ensemble. Le patronat et les syndicats ont félicité le gouvernement. Le président du CPQ, Gilles Taillon, s'est dit un " homme heureux ", tandis que le ton de mise en garde initiale du président de la FTQ, Henri Massé, avait fait place à un large sourire dans les dernières minutes du Forum.
Le chef de l'opposition péquiste, Bernard Landry a souligné qu'un tel plan d'action n'ira pas loin sans des moyens financiers accrus dont le déséquilibre fiscal prive toujours le Québec. " On va être les surveillants ", a-t-il promis. Le député de Richelieu, Sylvain Simard, ajoute qu'il n'a que " peu de réponses à donner aux citoyens de Sorel-Tracy sur les questions de départ du forum ".
Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'attend, quant à lui, à des résultats plus concrets puisque, dit-il, 11 sujets lancés par le gouvernement Charest étaient déjà sur la table de travail quand il est " entré en politique dans les années 1980 ".
À l'extérieur de la salle du Forum, des manifestants ont causé du brouhaha. La police a effectué deux arrestations, mais pas avant que des vitrines aient goûté à la médecine des 200 étu- diants qui criaient " on veut étudier, on ne veut pas s'endet- ter ".
Plus calmement, l'une des grandes absentes au Forum, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, estime que le Forum était " mort-né " et qu'il ne sert que du " réchauffé ", notamment sur les congés parentaux et le report du temps d'étude supplémentaire au primaire. Elle pense que les groupes de travail formés représentent des " simulacres de consultation ".
" Il a fixé la barre tellement bas au départ qu'il ne faut pas s'étonner que les conclusions ne volent pas très haut aujourd'hui. Ça continue de m'inquiéter si c'est ça le nouveau Jean Charest ", conclut Mme Carbonneau.
PLAN D'ACTION
PRÉVENTION
Équipe pour développer des approches en prévention à l'intention des jeunes, juin 2005.
Campagne de promotion de saines habitudes de vie, novembre 2004.
Une heure et demie de plus à l'école primaire, deux heures d'éducation physique obligatoires, septembre 2006.
SANTÉ
Équipe pour explorer les solutions devant assurer la pérennité et le financement du réseau, juin 2005.
ÉDUCATION
Équipe pour développer des écoles communautaires, juin 2005.
Équipe pour assurer le maintien de services éducatifs de qualité, mai 2005.
FAMILLES
Équipe pour impliquer les aînés dans le développement du Québec, juin 2005.
Politique de conciliation travail-famille, adoption au printemps 2005.
Création d'un Conseil de gestion tripartite des congés parentaux.
Transfert du dossier des aînés du ministère de la Santé au ministère de la Famille.
RÉGIONS
Équipe (incluant les Tables Québec-régions et Québecmunicipalités) qui définira les leviers de développement régional.
Mise en place de fonds régionaux, FIER (Fonds d'investissement économique régional) et PASI (Programme d'appui stratégique à l'investissement) pour développer notamment les ressources naturelles.
Réfection des infrastructures municipales avec les villes et Ottawa.
Relance du développement des ressources hydroélectriques.
Organisation d'un forum sur les nations autochtones, 2005.
MAIN-D'OEUVRE
Équipe pour définir des stratégies d'amélioration de la compétitivité, de la gestion participative et de l'entrepreneuriat, printemps 2005.
Équipe pour renouveler les effectifs en santé et en service sociaux, juin 2005.
Plan gouvernemental pour l'emploi, novembre 2004.
Projet de loi sur la retraite progressive, avril 2005.
Négociations avec Ottawa pour aider les travailleurs âgés.
Plan d'action de rapprochement entre les formations professionnelle et technique, février 2005.
IMMIGRATION
Équipe pour examiner les moyens de reconnaître les diplômes et expériences acquis à l'extérieur du Québec, printemps 2005.
Signatures d'ententes de régionalisation, décembre 2005.
Négociation avec Ottawa pour permettre le travail hors campus des étudiants étrangers.
DÉVELOPPEMENT DURABLE
Document de consultation, tournée régionale et commission parlementaire, mai 2005.
JEUNESSE
Dépôt de la stratégie actionjeunesse, printemps 2005.

Le Forum des générations
Reprise de dialogue
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 15 octobre 2004
ÉDITORIAL - Le Forum des générations s'est terminé hier avec peu de résultats concrets immédiats. Néanmoins, on a pu constater de la part du gouvernement Charest une propension nouvelle à écouter et à dialoguer avec les divers éléments de la société québécoise. Restera à apprécier, au cours des prochains mois, son degré d'écoute.
Le dialogue n'avait pas été jusqu'à ce jour la première vertu du gouvernement de Jean Charest qui, dès son installation au pouvoir, avait adopté une attitude volontariste. Envers et contre tous, il allait mettre en oeuvre son programme électoral, soulevant en quelques mois un degré de résistance rarement vu. Il devait, pour ne pas perdre toute légitimité, se trouver des appuis, d'où cette démarche de consultation enclenchée au printemps dernier sous la forme de forums régionaux que couronnait le Forum des générations.
Opération de marketing politique, ont dit plusieurs critiques du gouvernement libéral à propos de ces trois jours, constatant que, pour l'essentiel, ce forum n'avait accouché d'aucun programme d'action. L'observation est juste, mais une nuance s'impose. Si l'équipe de Jean Charest avait un urgent besoin de jeter des ponts vers ses divers partenaires sociaux, il ne fallait pas lui demander de procéder à un virage à 180 degrés. Après avoir vivement critiqué la concertation à la mode péquiste, il n'allait pas se mettre tout de go à négocier la formulation des priorités et des programmes gouvernementaux avec les partenaires socioéconomiques.
L'essence même de la démarche gouvernementale était la consultation. Il s'agissait d'abord de démontrer que ministres et députés sont à l'écoute de la population. À cet égard, l'opération s'est révélé fructueuse pour le premier ministre Charest puisque les échanges des trois derniers jours ont été francs et qu'il a réussi à prolonger le dialogue au sein d'une série de neuf comités qui poursuivront la réflexion sur autant de thèmes, mais en lui donnant cette fois-ci un caractère stratégique. Aujourd'hui, le vide est moins grand autour du gouvernement, qui retrouve une partie de sa légitimité.
Les réserves à l'endroit des libéraux ne seront pas toutes disparues par la magie de ce forum, loin s'en faut! Personne n'est ressorti de ces trois jours avec l'assurance que les libéraux sont véritablement prêts à jouer le jeu. Certes, les réactions du premier ministre et de certains de ses ministres pourraient nous laisser croire que nous assistons à un déplacement des priorités du gouvernement, le maintien d'un filet de sécurité sociale solide semblant maintenant prévaloir sur les réductions d'impôt généralisées. Mais attendons de voir ce qu'il en sera dans le prochain budget. Attendons de voir ce que sera ce bouquet de cinq politiques sociales qu'on s'est engagé à déposer au cours des prochains mois.
Certains groupes, notamment au sein du mouvement syndical, ont refusé de jouer le jeu du dialogue avec le gouvernement Charest, ne voulant pas lui servir de caution. Dans le contexte de la négociation en cours pour le renouvellement des conventions collectives, leur attitude se comprend. En revanche, il serait difficilement compréhensible que l'ensemble des acteurs socioéconomiques refusent le dialogue sous prétexte que ce n'est pas de la véritable concertation qu'on leur propose. Il faut faire le pari que la poursuite des échanges convenue hier sous forme d'équipes de travail sera fructueux. De fait, il pourrait l'être car ce gouvernement n'a pas le luxe de décevoir ses nouveaux partenaires. Il est soumis, s'il veut survivre à ce premier mandat, à une obligation de résultats.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Forum des générations
Forum de réconciliation
Brigitte Breton
Le Soleil vendredi 15 octobre 2004
Éditorial - Ce n'est pas la teneur des actions qui étonne lorsque nous faisons le bilan des trois jours du Forum des générations. C'est la différence de ton du gouvernement libéral. L'automne dernier, le Québec frôlait la crise sociale car Jean Charest et son équipe prétendaient avoir eu le mandat de tout changer rapidement. Cette année, le premier ministre préconise le travail en équipe. Pour relever le défi du déclin démographique et des finances publiques, c'est une approche plus prometteuse. À condition, évidemment, qu'elle soit maintenue et qu'elle aboutisse à des résultats concrets.
La conversion des libéraux à la concertation est bien sûr soudaine et circonstancielle. Si les troupes de Jean Charest ne s'étaient pas retrouvées si rapidement à la queue des intentions de vote, elles auraient continué de vouloir remodeler le Québec, en équipe restreinte. Leur impopularité les a forcées à modifier leur façon aveugle et bulldozer de gouverner.
Malgré l'opportunisme politique certain, il faut néanmoins se réjouir du changement de style et des intentions du gouvernement. Oui, le Parti libéral pourra y gagner en popularité. Oui, prétextant les discussions au Forum, il pourra là concrétiser une promesse électorale (par exemple les 90 minutes supplémentaires à l'école), là modifier la teneur d'une autre (les baisses d'impôt).
Mais la population aussi peut en tirer profit puisque si le gouvernement travaille de pair avec les régions et les organisations syndicales, patronales, communautaires et socio-économiques, les décisions qu'il prendra colleront probablement davantage aux besoins et aux orientations que veut prendre l'ensemble de la société québécoise. C'est mieux que la confrontation perpétuelle qui ne permet aucun progrès.
L'issue du Forum des générations démontre par ailleurs que les libéraux n'étaient pas aussi prêts qu'ils le prétendaient en campagne électorale. Des participants au Forum de Saint-Augustin ont beau faire valoir qu'un précieux travail pédagogique a été réalisé au cours des trois derniers jours, il ne faut tout de même pas être dupe.
Y a-t-il encore quelqu'un au Québec qui ignore que notre population est vieillissante, que cela entraînera des pénuries de main-d'oeuvre dans certains secteurs d'activités et dans certaines régions, et que la pression sera encore plus forte sur la demande de services sociaux et de santé ? Existe-t-il une seule personne au Québec qui ne sache pas que les finances publiques sont dans un état précaire et que le fameux déclin démographique risque de les fragiliser encore plus ? Bien sûr, l'éducation comporte son lot de répétitions. De là cependant à tenir un forum des répétitions et des lieux communs...
Bien des dossiers retenus comme prioritaires à l'issue du forum sont en effet déjà bien documentés et bien circonscrits. C'est le cas notamment en santé et en éducation. Pourquoi créer un autre comité sur la pérennité de notre système de santé alors qu'une commission d'étude, présidée par Michel Clair, a suggéré une liste de recommandations il y a quatre ans et que certaines sont en voie de réalisation ? Pourquoi faut-il une autre équipe de travail pour trouver des pistes pour assurer des services éducatifs de qualité sur tout le territoire, alors qu'une commission parlementaire a eu lieu ce printemps sur les universités et en juin, un forum sur l'avenir des cégeps ? Il faudra aussi attendre quelques mois pour rendre possible la retraite progressive, alors que les organisations patronales et syndicales réclament des actions en ce sens depuis des années.
Les bonnes intentions ne manquent pas. Reste à savoir maintenant de quels moyens nous disposerons pour les concrétiser. C'est à cette étape que nous pourrons mesurer la solidité de la cohésion gouvernementale et sociale affichée hier.
BBreton@lesoleil.com

Forum des générations
La victoire de Jean Charest
Alain Dubuc
La Presse vendredi 15 octobre 2004
Le sommet convoqué par le gouvernement Charest a suscité un grand scepticisme. Parce que cette rencontre, un peu floue, sans objectifs apparents, était l'aboutissement d'une démarche de forums régionaux qui a paru nébuleuse. Mais aussi parce qu'on a eu tendance à vouloir comparer le Forum des générations aux grands messes présidées par Lucien Bouchard, plus solennelles, plus théâtrales et aux objectifs plus facilement identifiables.
Mais, qui l'aurait cru, cet exercice a très bien atterri. La rencontre de trois jours à Saint-Augustin-de-Desmaures a d'abord été un succès personnel pour le premier ministre. Samedi dernier, j'écrivais que la recette du succès, pour Jean Charest, serait d'être aussi performant sur la scène québécoise qu'il a pu l'être à la rencontre des premiers ministres sur la santé. Et bien, c'était le Jean Charest qu'on avait pu apprécier à Ottawa qui menait les débats du Forum des générations, " focusé ", en maîtrise de ses dossiers, clair dans ses objectifs, efficace comme chef d'orchestre.
Ce sommet a aussi été un succès politique pour le gouvernement libéral. Un sommet, en effet, est d'abord et avant tout une opération politique, dont le but est moins de dorer l'image d'un gouvernement que de l'aider à surmonter les résistances à ses politiques. C'est en fonction de ces critères qu'il faut évaluer le succès ou l'échec.
Lucien Bouchard avait un problème concret et immédiat, et c'était de faire accepter un virage majeur pour lequel il n'avait aucun mandat et ainsi obtenir des appuis pour sa politique du déficit zéro. Le problème de Jean Charest est d'un tout autre ordre.
Et c'est la résistance massive à son projet de repenser les façons de faire de l'État et de remettre en cause des pans entiers du modèle québécois. Les résistances, prévisibles, à ce programme ambitieux, ont été exacerbées par des erreurs de l'équipe libérale ainsi que par la crise financière qui l'a privé de sa marge de manoeuvre. Cela a cimenté l'opposition à ses réformes, divisé le Québec et paralysé le gouvernement.
Si le gouvernement Charest pouvait avoir un objectif dans des rencontres au sommet, c'était bien d'abord de réduire cette fracture sociale et de rétablir les ponts avec une partie des forces sociales et politiques dont il était coupé. Le simple fait de réunir pendant trois jours les membres du gouvernement et de nombreux représentants de ce qu'on appelle la société civile, pour qu'ils se parlent et apprennent à se connaître, aurait constitué, en soi, un succès.
Mais le forum a permis d'aller plus loin, en réussissant à amener ces partenaires sur le terrain gouvernemental et à partager sa problématique, une réflexion sur la démographie et la crise des finances publiques qui, en partant, force à accepter la nécessité de réformes structurelles profondes.
Ce ne veut pas dire que Jean Charest a convaincu tout le monde de son point de vue, loin de là. Mais il a certainement réussi à contrer la démonisation dont il fait encore l'objet et à désamorcer l'incompréhension et les peurs que ses projets ont suscitées. Le premier ministre a donc, dans ce sommet, réussi à montrer où menaient ses projets, en quoi ils servent le Québec et en quoi ils sont compatibles avec les valeurs québécoises.
La dynamique a aussi joué dans l'autre sens. Les ministres, nombreux et silencieux, ont dû écouter. Il est évident que cela devra les amener, sinon à modifier leurs actions, à tout le moins à les moduler d'une façon qui épouse les préoccupations et répond aux craintes.
On l'a d'ailleurs vu dans la liste, un peu disparate, des projets issus du forum, regroupés en neuf priorités qui ont toutes en commun de concilier la logique libérale d'efficacité et de création de richesses avec les sensibilités sociales et régionales.
Cela n'a pas mené à beaucoup de résultats concrets. Ce n'était pas le but de l'exercice, ni la place. Il y a un endroit pour proposer et adopter des projets, et c'est à l'Assemblée nationale. Un forum comme celui-ci, qui rassemble essentiellement les principaux groupes de pression de la société, n'est pas un haut lieu de la démocratie mais plutôt une structure corporatiste.
Cela n'a pas mené à des consensus, et c'est tant mieux. Il y a des domaines où les désaccords sont profonds, comme la promesse libérale de réduire les impôts. La logique des consensus, dont le Québec est si friand, mène alors à des accords artificiels qui renforcent l'immobilisme de la société. Plutôt que des consensus, le forum a permis des débats fermes mais civilisés, ce qui est bien plus démocratique.
Mais ce qui est manifeste, c'est que ce gouvernement, isolé, impuissant, en chute libre dans les sondages, s'est manifestement ressaisi, qu'il est passé de la défensive à l'offensive et qu'il a enfin réussi à faire comprendre son message.
adubuc@lapresse.ca

Legault seems to be Landry's chosen heir
JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette October 15, 2004 Friday
Francois Legault wants to be leader of the Parti Quebecois. And he wants it badly. No other contender has worked harder to win the leadership race that's sure to follow Bernard Landry's departure the moment it happens.
This week, the incorrigible attention seeker penned a 27-page document outlining his "vision" while criticizing much of Lucien Bouchard's and Bernard Landry's work.
Full of cliches and buzz words like "change," "modernize" and "good government," the document had one purpose: to get Legault into the news before this weekend's PQ national council meeting. It worked.
Legault is quite a phenomenon. To get the support of PQ members, the 47-year-old multi-millionaire, recruited by Bouchard in 1998 for his pro-business leanings and his wobbly stance on sovereignty, transformed his image into that of a devout hard-liner and social democrat.
How he does it is fascinating. First, he acts like a sponge. He absorbs what pequistes tell him and repeats it to them until they believe he's sincere. Members now want a much harder line and left-leaning type of leadership? No problem. Legault delivers.
The fact Legault hardly ever mentioned sovereignty when he was a minister, or that he tried to convince Landry to hold a referendum instead on the patriation of tax points from Ottawa, seems to be remembered by few.
Second, he's built an impressive organization mostly made of young, ambitious disciples who get themselves elected to PQ riding and regional executive boards. Even the young PQ MNA recently elected in Laurier-Dorion is a Legault follower.
Third, Legault will soon undertake a "tour of Quebec's regions" at the same time riding associations will be selecting the delegates who will vote on Landry's leadership at the PQ's June convention. No doubt he'll recruit even more followers.
Fourth, he criticizes Landry's style of leadership, but never refers to him directly. Unlike Pauline Marois, he refrains from demanding a leadership race so as not to appear too treacherous.
So, the question becomes: How is it that Landry punished MNA Nicole Leger for having supported Marois's demand for a leadership race, but continues to let Legault manoeuvre so openly?
Here's my theory: Landry knows what he's doing. If he accepts Legault's manoeuvrings and keeps his anger for Marois, it's because he prefers Legault. By far. Although it might seem like Legault's ambitions have turned him into a open rival of Landry, he's not.
In fact, Legault was, is and remains Landry's heir apparent. To put it more bluntly: He's the only one Landry has that can keep Marois at bay, and she is the last person Landry wants to see lead the PQ. Even Bouchard brought in Legault hoping he'd lead the PQ once Landry got his kick at the can.
That's why Landry tolerates and encourages Legault's organizing and promoting himself, whereas he punishes Marois's supporters for smaller sins. That's also why he lets Legault even get away with criticizing him and the saintly Bouchard.
Landry knows politics and rhetoric. He knows that Legault's actions are part of his extreme makeover aimed at creating a novel image. Although Legault, as a minister, approved and applied the same policies he now condemns, he must try to distinguish himself from two leaders seen as too inactive on sovereignty.
Landry and Legault are not rivals. They only act like it. If this theory is founded, Legault will not take Landry's job away from him. Landry will hand him the PQ crown when he's ready to go and thinks his heir is capable of defeating Marois in a leadership race.
But if polls continue to look up for Jean Charest, Legault could be in less of a hurry to succeed Landry and risk losing the next election. Some say he might then prefer to order his supporters to vote for the current leader at the next convention. That would give him even more time to organize and tire out the older Marois.
Whatever happens, chances are Legault and Landry will remain united in their desire to keep Marois out. But there is one wild card in this equation: Gilles Duceppe. Will he try to succeed Landry when it is time? Could Landry even have two heirs apparent: Legault to keep Marois out for now, and Duceppe to get the final crown?
Sadly for sovereignists inside and outside the PQ, the real debate of ideas - the one spurred recently by Jacques Parizeau on independence and how to achieve it - is being buried by the noises all these leadership games make.
This weekend, only a short session will be devoted to the issue of sovereignty while members will debate an emergency resolution calling for the PQ to support Mario Dumont's proposal that Quebec collect all income taxes.
So chances are most of the talk in the corridors will be about the leadership issue, not about the PQ's raison d'etre. Pity.

Un déficit de crédibilité
André Pratte
La Presse vendredi 15 octobre 2004
Nous avons souvent défendu, dans cette page, la grande prudence budgétaire du gouvernement fédéral. Il nous a toujours paru préférable qu'Ottawa pèche par pessimisme au lieu de rêver en couleurs lors de la préparation de ses budgets. Cependant, le surplus " surprise " annoncé cette semaine par le ministre des Finances, Ralph Goodale, dépasse les bornes de la prudence.
Les raisons invoquées par M. Goodale pour expliquer l'explosion du surplus de l'année 2003-2004 (9,1 milliards au lieu de 1,9 milliard prévu dans le budget de mars dernier) ne sont pas convaincantes. Le dernier budget a été déposé le 23 mars 2004, une semaine à peine avant la fin de l'année financière. Il est peu vraisemblable qu'Ottawa ne voyait rien venir à ce moment-là.
Cela fait des années que les gouvernements canadiens, fédéral comme provinciaux, produisent des prévisions budgétaires qui sont ensuite contredites par les faits. Ils sont parfois victimes de la conjoncture. Mais à d'autres occasions, les documents budgétaires sentent la manipulation à plein nez. Ces manoeuvres partisanes stimulent le scepticisme des contribuables et incitent à la fraude fiscale.
L'an dernier, nous avons suggéré que les gouvernements du Canada se dotent de l'équivalent du Congressional Budget Office (CBO) américain. Pour le compte du Congrès, cet organisme non partisan suit à la loupe l'évolution des finances publiques. Chaque fois que la Maison-Blanche dépose son budget, le CBO en analyse et démaquille tous les éléments. Il publie aussi régulièrement des évaluations de l'impact financier de différents programmes gouvernementaux. Parce que le Bureau a accès aux mêmes données que les fonctionnaires- ce qui n'est pas le cas des économistes du secteur privé- il est en mesure de fournir aux parlementaires et au public des données d'une grande crédibilité.
Les Pays-Bas vont plus loin. Leur Bureau d'analyse de la politique économique révise non seulement les budgets du gouvernement, mais va jusqu'à évaluer le cadre financier des plateformes électorales des partis. Ainsi, les électeurs ne sont plus à la merci des tours de passe-passe comptables et des guerres de chiffres.
La chose est donc faisable. D'ailleurs, la formule retient de plus en plus l'attention chez nous. L'Action démocratique du Québec l'a incluse dans son programme lors de son dernier congrès. Et la création d'un " service parlementaire indépendant du budget chargé de fournir régulièrement des avis sur les prévisions financières du gouvernement " est l'un des cinq amendements au discours du Trône présentés par le Parti conservateur.
Le gouvernement Martin lui-même convient que quelque chose ne tourne pas rond, puisqu'il vient de confier à l'économiste en chef de la Banque de Montréal, Tim O'Neill, le soin d'effectuer " un examen approfondi et indépendant des prévisions économiques et financières du gouvernement ".
Le temps est venu pour les gouvernements d'aller de l'avant avec cette mesure qui aurait des effets très bénéfiques sur la qualité du débat démocratique. Le gouvernement Martin doit donc voter en faveur de l'amendement conservateur. Pour sa part, le ministre des Finances Yves Séguin, en mettant sur pied un tel organisme à Québec, contribuerait de façon marquante à la transparence des finances publiques.

Le Québec, un cas à part
Karim Benessaieh
La Presse vendredi 15 octobre 2004
Le week-end américain - Les Québécois sont carrément en désaccord avec le reste des Canadiens sur trois sujets
Les Québécois rejettent plus fortement Bush, sont plus opposés à la guerre en Irak et sont nettement plus déçus des États-Unis que les autres Canadiens.
En fait, selon le sondage CROP effectué du 16 septembre au 4 octobre auprès de 1000 répondants dans tout le pays, dont 400 au Québec, les Québécois sont carrément en désaccord avec le reste des Canadiens sur trois sujets.
D'abord, à la question " Croyez-vous que les États-Unis contribuent au maintien de la paix dans le monde? ", 70 % des répondants ont répondu non, contre 27 % qui ont dit oui. Au Canada, la tendance est inversée: une majorité, soit 52 %, est d'accord pour dire que notre voisin du Sud contribue à la paix dans le monde, contre 47 %.
Même division quand on demande aux Québécois et aux Canadiens si la démocratie américaine est un modèle à suivre. Non, répond la majorité au Québec, à 59 %. Dans le reste du Canada, on répond oui à 61 %.
Enfin, 59 % des Québécois ne croient pas que la guerre en Irak contribue à la lutte contre le terrorisme, alors que 37 % affirment le contraire. Dans le reste du Canada, c'est l'inverse: 55 % des répondants sont d'accord pour dire que cette intervention permet de combattre le terrorisme, contre 41 % qui n'approuvent pas.
Renversement de tendance
" Je suis un peu surpris de l'ampleur du sentiment québécois anti-Bush, dit le politologue Jean-François Lisée. On a même une opinion majoritairement défavorable des Américains. C'est un renversement de tendance. Il y a quelques années à peine, sous Clinton, après la signature de l'accord de libre-échange, il y avait une opinion très positive envers les Américains. "
Dans de nombreux domaines, les Québécois sont en effet beaucoup plus tranchés que les Canadiens. Ils voteraient à 71 % pour John Kerry, contre 11 % pour Bush. Le démocrate est moins populaire au Canada, où il serait le choix de 56 % des répondants, contre 23 % pour Bush.
À une majorité écrasante de 82 %, les Québécois affirment également avoir une opinion défavorable de Bush- alors que seulement 56 % des Canadiens partagent ce sentiment.
" Le conservatisme républicain est présent dans l'électorat canadien anglais, alors qu'il est absent au Québec. On le voit avec le Parti conservateur, qui est surtout fort dans l'Ouest, note M. Lisée. Au Québec, il n'y a pas de marché pour approuver les politiques de Bush au mérite, alors qu'il y a un marché pour ça au Canada. "
Tandis que la plupart des Canadiens (79 %) affirment avoir une opinion favorable des Américains, seulement 53 % des Québécois répondent en ce sens. 44 % vont jusqu'à avouer avoir une opinion défavorable.
" Qu'il y ait 44 % d'opinions défavorables envers les Américains, j'espère que c'est temporaire, dit M. Lisée. Ce n'est pas sain d'avoir presque la moitié des Québécois qui ont une opinion défavorable de nos principaux voisins. C'est probablement associé au rejet de Bush, mais on voit qu'il y a un peu de " pollution " dans les autres questions. "
C'est surtout au Québec qu'on affirme, en outre, avoir eu une moins bonne opinion des États-Unis au cours des dernières années. 76 % des répondants québécois affirment que leur opinion s'est détériorée, contre 61 % des répondants canadiens.
Alors que les trois quarts des Canadiens- 74 % plus précisément- trouvent important que les États-Unis jouent un rôle de leader dans le monde, les Québécois sont nettement plus tièdes. Un répondant sur deux, soit 49 %, est d'accord avec cet énoncé, tandis que 47 % le rejettent.
Le Québec et le reste du Canada sont nettement plus en phase sur les autres questions du sondage, avec des écarts bien plus réduits. On trouve partout important que le Canada entretienne de bonnes relations avec les États-Unis (89 % au Québec, 95 % au Canada), et on juge ces relations actuellement bonnes, selon 69 % des Québécois et 64 % des Canadiens.
Si les États-Unis sont un empire en déclin pour 58 % des Québécois, ils le sont pour 48 % des autres Canadiens. On trouve de part et d'autre que les Américains exercent trop d'influence sur les affaires internationales (84 % au Québec, 87 % au Canada) et que leur culture menace la culture canadienne (66 % au Québec, 58 % au Canada).
La majorité des répondants prédisent également que de nouveaux attentats contre des intérêts américains vont avoir lieu dans les prochains mois. C'est ce que croient 72 % des Québécois et 76 % des autres Canadiens. Malgré cela, une écrasante majorité- 78 % au Québec, 84 % au Canada- affirme ne pas avoir peur d'aller aux États-Unis.

«Variations» sur l'avenir de l'État belge
ÉTIENNE CEREXHE, Professeur ém. à l'Université catholique de Louvain et à la faculté de droit de Namur, Sénateur hr.
La Libre Belgique vendredi 15 octobre 2004
OPINION - POLITIQUE : Ou bien la Flandre fait sécession et la Belgique même amputée survit. Ou bien on maintient une structure fédérale sur le modèle espagnol. Ou bien s'installe un esprit de respect de l'autre
Nous laisserons aux historiens le soin de déterminer l'origine lointaine de l'État belge, tout en rappelant qu'en 1790, à la suite de la révolution brabançonne, les Autrichiens furent chassés et que la République des «Etats-Belgique unis» fut proclamée sur un modèle confédéral.
Après l'occupation française de 1794 à 1814, les grandes Puissances décidèrent au Congrès de Vienne en 1815 que la Belgique et les Provinces-Unies formeraient le royaume uni des Pays-Bas sous l'autorité du Prince d'Orange Guillaume Ier.
Les divergences nombreuses entre le nord et le sud de ce nouvel État aboutirent dans la nuit du 26 au 27 septembre 1830 à une révolution qui se traduisit par l'expulsion des troupes hollandaises qui occupaient Bruxelles et par l'installation d'un gouvernement provisoire. Celui-ci proclama le 4 octobre l'indépendance de la Belgique, qui fut internationalement reconnue, moyennant le respect de certaines conditions, à la Conférence de Londres en 1831.
C'est donc par voie de sécession violente que la Belgique s'est érigée en État en 1830.
Lorsque, d'une manière générale, on examine les modalités suivant lesquelles, au cours des dernières décennies, de nouveaux États sont apparus sur la scène internationale, on peut en dénombrer trois.
Il y a d'abord l'hypothèse du démembrement amiable d'un État, par consensus, avec pour conséquence la substitution de deux ou plusieurs États nouveaux. C'est ainsi que la République tchèque et la Slovaquie sont nées le 1erjanvier 1991 de la désintégration de la République de Tchécoslovaquie, et ce par un vote des deux parlements régionaux et un vote de l'assemblée fédérale qui consacra la disparition de l'État.
Un État peut ensuite accéder à l'indépendance en faisant sécession soit d'une manière pacifique, soit d'une manière violente. Ce fut le cas, comme on l'a rappelé, de la Belgique en 1830. Plus récemment, plusieurs États, la Croatie, la Slovénie... ont accédé à l'indépendance en se séparant de la République fédérative de Yougoslavie.
Enfin, la naissance d'un État peut procéder de l'exercice du droit à l'autodétermination, comme lors du processus de décolonisation.
A l'arrière-plan de tous ces cas de figure, il y a un principe commun: c'est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes consacré par l'article 1erpar.2 de la Charte des Nations unies. Si ce principe a été l'élément moteur de la décolonisation, il n'en a pas moins une portée générale qui a d'ailleurs été précisée par la résolution 1514 qui indique que les peuples «déterminent librement leur développement économique, social et culturel». La résolution 2625 a encore été plus précise en affirmant «qu'en vertu de leur droit de disposer d'eux-mêmes les peuples ont le droit de déterminer leur statut politique, en toute liberté et sans ingérence extérieure...»
Ces quelques réflexions permettent d'entrevoir les voies possibles pour l'avenir de l'État belge.
La Belgique est aujourd'hui un État fédéral composé de régions et de communautés qui, au cours des cinq réformes, ont vu s'accroître leurs compétences et leur autonomie. Si certains correctifs et certaines nuances peuvent encore y être apportés, on doit reconnaître que le fédéralisme belge basé sur la coopération peut être qualifié d'équilibré et d'harmonieux, malgré une certaine complexité qui tient à la nature sociologique complexe de la Belgique.
Et pourtant aujourd'hui on se trouve devant de nouvelles revendications émanant essentiellement de la Communauté flamande et visant à un accroissement des compétences des régions et des communautés dans différents domaines: les soins de santé, la politique familiale, l'impôt des personnes physiques, la circulation routière, toute la politique scientifique, la Justice, les chemins de fer,... Et demain de nouvelles exigences apparaîtront car, comme le déclarait l'ancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene: «La Belgique est un État en perpétuelle mutation.» Jusqu'à quand? Jusqu'au moment où l'État belge aura été vidé de toute sa substance et ne sera plus qu'une coquille vide? La question est posée. En effet, un État, comme un couple, ne peut vivre dans une situation conflictuelle permanente.
Si la Communauté flamande estime que le fédéralisme actuel ne répond qu'imparfaitement à son souhait d'autonomie, les Wallons et les Bruxellois par contre considèrent que les structures actuelles réalisent un équilibre plus ou moins satisfaisant entre le maintien d'une certaine unité et le respect de la diversité des régions et des communautés.
Dès lors que la situation actuelle est pour l'une des parties inacceptable, deux voies peuvent être explorées.
La première, c'est la voie de la sécession. Si les représentants de la Communauté flamande estiment que la coexistence avec les Wallons et les Bruxellois dans le cadre de l'État «fédéral» n'est plus acceptable pour eux et s'ils exigent un élargissement des compétences d'une ampleur telle qu'elles soient comparables à celles d'un État souverain, ils doivent être logiques avec eux-mêmes et, au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, proclamer leur indépendance. Disposant de tous les éléments constitutifs d'un État, à savoir un territoire, un peuple, des compétences et des institutions, leur reconnaissance par la Communauté internationale ne soulèvera aucun problème. Mais ils doivent laisser la Belgique, même amputée, subsister comme État fédéral. Et si certains envisagent la voie du confédéralisme, ils ne doivent pas oublier que le confédéralisme implique deux ou plusieurs États indépendants, qui, par un traité, décident de gérer en commun certaines matières. Mais chacun des États choisit librement son «partenaire» confédéral. On peut imaginer que la Communauté flamande indépendante veuille s'engager dans la voie du confédéralisme avec les Pays-Bas ou un autre État. Croire donc qu'on va reconstruire la Belgique sur une base confédérale relève de l'aventure.
Il y a une autre voie dans laquelle on pourrait s'engager, inspirée du modèle espagnol. L'Espagne est un pays quasi-fédéral dont les composantes dénommées «communautés autonomes» n'ont pas toutes le même statut. Certaines, comme la Catalogne ou le Pays basque, jouissent d'une très grande autonomie, notamment en matière fiscale, alors que les autres ont des compétences moins étendues. Ne pourrait-on imaginer que, dans le cadre de la Belgique fédérale et dans des domaines où la solidarité ne s'impose pas, la Communauté flamande se voit attribuer des compétences plus étendues que les autres régions et communautés. Ainsi, elle pourrait être compétente en matière de circulation routière, de transports par chemin de fer et de politique familiale, alors que l'État fédéral resterait compétent pour les autres entités. L'expérience espagnole montre qu'un tel système peut fonctionner, même s'il soulève des problèmes techniques, mais nous avons démontré dans le passé combien notre imagination était fertile pour apporter des réponses à des problèmes paraissant insurmontables.
La Belgique se trouve à un moment crucial de son existence.
Ou bien, on estime ne pas pouvoir accepter les revendications de la Communauté flamande et on la laisse faire sécession, tout en étant conscient que la Belgique même amputée pourra survivre et même bien vivre.
Ou bien on maintient la structure fédérale, mais en l'aménageant sur le modèle espagnol, c'est-à-dire en donnant à certaines entités, notamment à la Communauté flamande, des compétences plus étendues par rapport aux autres entités fédérées: une Belgique à deux vitesses.
Ou bien on considère que l'État fédéral mis en place en 1993, réactualisé par les accords du Lambermont, répond encore, moyennant quelques retouches, à l'objectif de maintien de l'unité de l'État belge dans le respect de sa diversité. Mais cet État doit être inspiré d'un esprit nouveau: non un esprit de revendications et de repli sur soi-même, mais un esprit de respect de l'autre, de dialogue, d'enrichissement mutuel et de coopération. A ces conditions, l'État belge a des chances de survie. On l'espère, on voudrait y croire, mais en entendant les déclarations de certains hommes politiques flamands et en y voyant l'évolution des mentalités, on ne peut s'empêcher d'avoir parfois quelques doutes.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
LE COURAGE DE CHANGER
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 15 octobre 2004
Ironiquement, c’est le jour même de la parution du texte de François Legault que j’ai essuyé un refus de participer au colloque sur les modes d’accession à la souveraineté, colloque qui se tiendra à Sherbrooke le dimanche 17 octobre dans le cadre du prochain conseil national péquiste. Pourtant, le libellé de la proposition qui demandait la tenue de cet événement invitait « toutes personnes désireuses d’apporter un éclairage sur le sujet à le faire. » La proposition unanimement adoptée à Québec par les délégués au conseil national à la fin du mois d’août n’excluait donc personne.
C’est depuis la défaite électorale du Parti québécois du 14 avril 2003 que je travaille, avec d’autres, à convaincre qu’un débat sur les modes d’accession doit se tenir au sein de ce parti souverainiste. L’attentisme qui le ronge suite au vol référendaire de 1995 et aux bassesses que le gouvernement canadien a ensuite multipliées, est grandement responsable du fort taux d’abstention qui a permis aux libéraux de Jean Charest de s’emparer du pouvoir à Québec.
La Commission Gomery, qui enquête actuellement sur le scandale des commandites, ne cesse de dévoiler de nouvelles preuves qui démontrent que le choix de la solution souverainiste a bel et bien fait consensus chez les Québécois il y a près de dix ans. L’investigation fédérale révèle qu’en plus de l’usurpation dramatique de cet accord historique, le Québec est l’objet de sanctions financières continues depuis 1996. Ce déséquilibre fiscal a déstabilisé l’État québécois de manière à convaincre nos gens de l’incompétence de ses élus souverainistes à l’Assemblée nationale. La formation récente d’un gouvernement fédéraliste à Québec n’a évidemment rien changé à la situation précaire: les baisses d’impôt promises ne sont pas au rendez-vous pendant que Ottawa continue de nager dans des surplus scandaleux.
Malgré les assauts du gouvernement canadien, l’appui à la souveraineté oscille autour de 47% depuis plus d’un an et a même franchi le cap de la majorité absolue lors de la dernière élection fédérale du 28 juin dernier. On ne peut donc pas admettre que cette option se porte mal. Des souverainistes ont-ils alors à être immolés sur un bûcher inquisitorial? Les tiraillements actuels au sein du Parti québécois vont-ils nous éloigner d’un objectif que la présente situation politique rend à portée de la main?
Une modernisation du discours péquiste demeure quand même nécessaire puisque le solide soutien dont jouit la souveraineté s’effrite sérieusement lorsqu’il est proposé de tenir un référendum. C’est ce qu’affirment tous les sondages qui ont consulté les Québécois depuis 1995. La mince victoire péquiste de 1998 (malgré l’obtention d’un nombre inférieur de suffrages face aux libéraux) suivi de la défaite de 2003 l’attestent également. Ajoutons qu’une récente enquête pilotée par la maison CROP a divulgué que 53% des Québécois ayant voté Oui en 1995 préfèrent dorénavant la voie élective pour doter démocratiquement le Québec d’un statut national.
« Le courage de changer » que souhaite le député de Rousseau ne peut faire fi de cette réalité. Il faut accepter d’écouter la volonté populaire qui redoute un ultime référendum qui n’offre pas de lendemain en cas de défaite. Face à un adversaire qui a miné la route référendaire, les Québécois démontrent une sagesse exemplaire en refusant de s’y lancer. Pour ces souverainistes, l’emploi de l’exercice référendaire, empoisonné par le coup de force de 1995, représente un obstacle qu’ils ne méritent pas d’affronter. Il faut saluer cette lucidité et faire montre de souplesse. Ainsi; avouons-le courageusement ; le référendum nuit dorénavant à l’option souverainiste. Persévérer malgré tout dans la voie référendaire ternit profondément l’image du Parti québécois et dénote sa résistance au changement.
Je voulais expliquer la légitimité du recours au mécanisme électif éprouvé au Québec depuis plus de deux cents ans, au colloque sur les modes d’accession à la souveraineté de dimanche prochain. Malheureusement, on aura décidé au Parti québécois de m’en refuser l’accès. Les conférenciers qui y seront présents sont sensiblement les mêmes qui ont participé, ça et là, à des événements semblables. Bravo à ces gens. Je respecte leur opinion et en a discuté avec eux. En tout respect; ce sont des « référendistes » car ils misent tous sur une consultation populaire comme ultime étape menant le Québec vers sa liberté.
En conséquence, le colloque qui prétend exposer des modes d’accession à la souveraineté à Sherbrooke le 17 octobre prochain ne respecte pas la proposition adoptée à Québec. Seulement le processus référendaire y sera au menu, ignorant ainsi un besoin d’information d’une large tranche de souverainistes. J’ose espérer que c’est également cette façon d’agir du Parti québécois qu’a déplorée publiquement François Legault, mardi dernier.

TRIBUNE LIBRE
Déséquilibre fiscal: sortir du cul-de-sac
Sasha-A. Gauthier, Vice-président du Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 15 octobre 2004
En politique comme ailleurs, l’adage veut que « l’argent est le nerf de la guerre. » Si le Québec peut actuellement exprimer sa différence et son originalité, ce n’est pas par le vote de beaux principes à l’Assemblée nationale, mais bien parce qu’il peut les appliquer grâce son propre pouvoir financier. Le déséquilibre fiscal, dénoncé par l’ensemble des formations politiques à l’Assemblée nationale, retarde manifestement le développement de notre société. C’est su et reconnu. Mais devant l’action anémique des gouvernements successifs à Québec, on peut largement constater que les réclamations liées au déséquilibre frappe un « mur des lamentations », puisque les réclamations répétitives finissent par ressembler bien plus à un état d’âme plutôt qu’une véritable stratégie politique d’avancement pour le Québec.
Dans la même veine, l’Action Démocratique du Québec est sortie récemment de son Congrès avec une nouvelle position nationaliste : « l’autonomisme ». L’ADQ est désireuse de prendre une plus grande part de la partie nationaliste du spectre idéologique au Québec, espace actuellement occupé – du moins officiellement - par le Parti Québécois.
Ainsi, l’ADQ propose de rapatrier unilatéralement des pouvoirs nous appartenant, ou devant nous appartenir, afin de placer le fédéral devant un fait accompli. Ce dernier, malgré une opposition juridico-constitutionnelle, serait forcé de plier l’échine devant l’obstination déterminée d’un gouvernement national désireux de défendre ses intérêts afin de répondre aux préoccupations de sa population. Reste à savoir jusqu’où l’ADQ est prête à aller afin de maintenir cette position.
Cette technique semble a priori vindicative puisqu’elle défie la constitution canadienne. Elle n’y obéit pas. Elle a pour seul corollaire l’intérêt du peuple Québécois, ce qui est fondamentalement la démocratie. L’idée n’est pas nouvelle. Par exemple, Maurice Duplessis l’a appliquée en créant unilatéralement Revenu Québec dès 1954 permettant ainsi ironiquement la révolution tranquille six années plus tard.
Plus récemment, l’idée de rapatrier les impôts revint dans l’actualité politique. Afin d’accomplir ce type de gestes, certains ont même réclamé des consultations populaires sur cette question. Puisqu’il s’agit de ne pas respecter une constitution au nom des droits et intérêts de notre population, cela exigerait selon les pourfendeurs de l’idée un référendum sur la question.
Et si l’Assemblée nationale pouvait le décider…
D’abord, il est important de signaler que nous n’avons jamais signé la constitution de 1982. La constitution qui est un contrat politique fondamental entre les citoyens nous a été imposée suite à un rapport de force. Les premiers ministres des provinces anglophones, sans mandat électoral, ont malgré tout été jugés représentatifs de leur population lors de ces importants changements. Cette constitution s’applique sur notre territoire et demeure effective. Pourtant, cette dernière nous fut imposée de manière anticonstitutionnelle comme nous l’apprend la cour Suprême du Canada suite à deux renvois publiés en 1981 et 1982. Il serait donc normal et légitime de ne pas respecter un document imposé par la force à un peuple qui n’en a jamais voulu.
Puis le British North American Act est-il né de l’approbation populaire directe? La réponse est évidemment négative. En effet, son principe fut adopté lors des débats à l’Assemblée législative du Canada-Uni à majorité simple des députés siégeant en 1865. Et ce, sans référendum ni mandat électoral sur la question (élection référendaire). Antoine-Aimé Dorion, chef des rouges à l’époque, a essayé de déclencher des élections sur le sujet afin qu’il y ait au moins un mandat populaire. Cependant, parce que consulter la population n’est pas un principe britannique, le président de l’Assemblée législative cessa rapidement le débat sur le principe d’une consultation populaire en faveur de la poursuite des travaux constitutionnels.
Sur la nature d’une constitution, Hans Kelsen, théoricien du droit constitutionnel et auteur de la « Théorie pure du droit », explique qu’une constitution est une « norme fondamentale dans un système juridique hiérarchisé » dont son origine est politique, et non pas juridique. Qu’une forme de « constituante » existe pour chaque constitution et cherche à maintenir l’ordre politique originel par le droit. Sur ce, il précise que « le droit est une technique de contraintes sociales étroitement liée à l’ordre social qu’elle a pour but de maintenir » (Théorie pure du droit, p. 64) Aussi, il faut retenir que notre ordre politique originel fut la Conquête, laquelle n’est liée à aucune forme de consultation populaire.
Donc respecter intégralement l’ordre constitutionnel canadien signifie s’y maintenir. Alors, seul un rapport de force politique permet des modifications constitutionnelles importantes. La question juridique reste importante, mais l’origine constitutionnelle étant politique, seul l’acte politique permet sa modification. C’est ce que Maurice Duplessis et Jean Lesage ont compris. C’est ce que nos décideurs actuels semblent moins bien comprendre.
En effet, la décision fédérale de ne pas remettre le pouvoir d’imposition directe emprunté aux provinces après la Deuxième guerre mondiale le fut unilatéralement. Le retour du pouvoir d’imposition s’est fait aussi fait unilatéralement en 1954. C’est unilatéralement que Jean Lesage s’est retiré de 29 programmes conjoints avec le gouvernement fédéral. C’est unilatéralement aussi que Québec a ouvert une Maison du Québec à Paris, épine dorsale de sa politique internationale.
C’est dans cette voie que l’ADQ semble s’engager. Sur cette même question, le ministre d’allégeance libérale, monsieur Yves Séguin, s’est positivement prononcé vers une telle avenue le 7 juillet dernier suite aux dernières élections fédérales et à la publication d’un document interne du ministère des finances de 53 pages intitulé Simplification de la fiscalité. Maintenant reste à connaître la position péquiste sur la question.
Le Parti Québécois doit franchir la nouvelle fenêtre politique qui vient de s’ouvrir à lui. Les événements lui permettent enfin de reprendre l’initiative dans le dossier constitutionnel et fiscal. C’est pourquoi les députés du Parti Québécois doivent déposer, et ce dès la rentrée parlementaire, un projet de loi faisant de Revenu Québec le seul percepteur des taxes et impôts au Québec et ce dès le prochain exercice financier. De cette façon, nous pourrons voir avec quel sérieux le PLQ et l’ADQ traiteront de cette question fiscale et constitutionnelle. De plus, nous pourrons constater les limites de leurs convictions pour la défense des intérêts des Québécois et donc, de répondre à leurs préoccupations.

TRIBUNE LIBRE
Les gestes de
souveraineté à poser pour parvenir à un Québec souverain
François Côté, président du Comité Étudiant du PQ de l’Université de Sherbrooke
Olivier Bergeron, président du Conseil Régional des Jeunes du PQ de l’Estrie
TRIBUNE LIBRE 15 octobre 2004
Avec le débat suscité par la proposition
Parizeau-Laplante et les remous provoqués par le spectre d’une élection
référendaire, les jeunes péquistes de l’Estrie profitent du climat de réflexion
provoqué par la Saison des Idées pour prendre position dans le débat actuel et
mettre cartes sur table.
Bien
que la proposition « Parizeau-Laplante » ait été assimilée à une
« élection référendaire », nous croyons important de rétablir ici la vérité.
Il s’agit bel et bien d’une politique de rupture à l’image de la loi 101, mais
certainement pas d’une « élection référendaire ». Cette
proposition, qualifiée d’illégitime par certains, faut-il le rappeler, implique
la tenue d’un référendum afin de faire entrer le Québec dans le concert des
nations.
S’inspirant
des idées de monsieur Robert Laplante, voici
donc ce que nous proposons : Plutôt que d’attendre les conditions
gagnantes, une démarche d’accession à la souveraineté cohérente, légitime
et constructive, comprenant la mise en place de diverses mesures concrètes.
Avant le nouveau mandat du PQ
Budget de l’an un
Il serait
intéressant de proposer un budget de l’an un. Cela serait, selon nous, une
manière de savoir en quoi consisteront les bases du pays du Québec et quelles
en seront les priorités. Ce budget devra être à la fois précis, mais flexible.
D’ailleurs, d’ici à la prochaine élection, le PQ devrait critiquer le budget du
gouvernement québécois actuel en se basant sur ce qu’aurait dû être un budget
pays, plutôt que de critiquer un budget province.
Après l’élection du PQ
Adopter une Constitution provisoire
Il
ne peut pas y avoir d’État, ainsi que de projet de société viable, sans la
présence d’une constitution. Ainsi, profitons de ce moment pour jeter les bases
d’un tel projet. La Constitution devrait comprendre 1) La déclaration du Québec
comme État de droit et pays indépendant, 2) la déclaration du Québec comme pays
de langue officielle française et des dispositions afférentes (la loi 101, par
exemple) 3) la Charte des droits et libertés 4) une Charte de l’environnement
5) des clauses sur les institutions démocratiques et la décentralisation 6) une
formule d’amendement souple mais qui requiert une majorité renforcée pour
diminuer la portée d’une des Chartes.
Une représentation internationale
provisoire
Le
critère de reconnaissance internationale est important. Il est donc capital
d’avoir déjà au préalable une présence diplomatique dans certains pays clés et
organisations internationales afin d’assurer la reconnaissance d'un Québec
souverain et ainsi, prendre part aux décisions internationales importantes.
Une citoyenneté provisoire
En prévision de
l’indépendance, établir une citoyenneté provisoire qui prendrait effet lors de
l’atteinte de la souveraineté. Cette citoyenneté, inclusive et ouverte ne
serait en rien discriminatoire envers les minorités ethniques et anglophones,
comme veulent l’insinuer certains de nos adversaires, mais reposerait sur des
critères simples et non discriminatoires propres à tout État de droit. Une
telle citoyenneté permettrait de mettre un terme à la confusion entourant la
question de qui serait Québécois après la souveraineté.
Une Cour constitutionnelle provisoire
Équivalant
à la Cour suprême du Canada, cette Cour serait le tribunal de justice suprême
au Québec qui prendra effet une fois le Québec souverain. Elle aurait
compétence générale mais aurait aussi comme mission d’entendre et de régler les
questions relatives à la constitution même du Québec. Il est important de
prouver à tous que le Québec a l’intention de demeurer un État de droit qui ne
laissera pas de place à l’arbitraire. Cela servira également à rassurer nos
voisins, notamment américains, quant au futur de cet État québécois.
Un programme de mobilisation nationale
Afin de parvenir à susciter
l’intérêt et d’impliquer le plus grand nombre de Québécois, une dizaine de
thèmes représentant les valeurs importantes aux yeux des Québécoises et
Québécois, pourront être utilisés afin de définir les chantiers importants d’un
Québec souverain. On peut penser, entre
autres, à l’Environnement (utilisation
des énergies renouvelables), à la Démographie.
(conciliation travail famille, intégrations des nouveaux arrivants) et à la Culture (diversité culturelle, soutient
aux artistes, démocratisation de la culture)
Charte de l’environnement provisoire
Pour
enchâsser de manière écrite les convictions du Québec en matière
d’environnement (respect du protocole de Kyoto, développement durable, principe
du pollueur-payeur, etc…) et ainsi consacrer nos politiques quant à la préservation de notre
environnement.
Certaines lois-clés provisoires
Notamment sur les
pensions de vieillesse et sur l’assurance emploi. Ces balises serviront à
rassurer les Québécois les plus craintifs face à la question nationale.
Un référendum constitutionnel
Une fois ces
balises en place, le gouvernement québécois devra faire participer le peuple à
un référendum. Il n’est pas question, nous ne le répéterons jamais assez,
de déclarer la souveraineté sans l’accord des Québécois. Ce référendum devrait
se tenir sous la supervision d’un comité d’observateurs internationaux qui, au
delà de s’assurer du bon déroulement du scrutin, serait un spectateur
privilégié dans l’accession d’un peuple à l’indépendance et contribuerait à une
reconnaissance accélérée face de l’État québécois. Quant à ce sur quoi le référendum pourrait
porter, nous croyons que cela devrait être carrément sur la Constitution du
Québec. D’aucuns prétendront qu’elle ne peut porter que sur la souveraineté,
afin d’assurer la légitimité du processus, nous prétendons, au contraire, que
d’appeler le peuple à ratifier la Constitution d’un Québec indépendant est
beaucoup plus légitime que de demander un « chèque en blanc » à la
population.
Un plan B
Finalement, il
est important de rappeler que de vaines promesses en l’air ne suffiront pas.
Les députés devront mettre leurs sièges en jeu pour faire comprendre à tous que
leur position ne sera pas du gargarisme intellectuel. Ils devront suivre cette
démarche dans la première ou la deuxième année du mandant et démissionner en
cas d’échec. Le principe directeur de cette démarche est le suivant : Un
vote populaire favorable suivant une majorité démocratique (et non pas celle
qu’Ottawa décidera !) à une Constitution d’un Québec indépendant fournit la
légitimité nécessaire au gouvernement pour enclencher les processus menant à la
souveraineté.
En cas d’échec
lors d’un tel référendum, à notre avis, l'un des scénarios possibles serait que
les députés du Parti québécois revoient le projet de constitution qu’ils ont
soumis au peuple, l’adaptent en fonction des doléances exprimées par la
population et déclenchent des élections où ce projet constitutionnel serait le
fer de lance de la campagne électorale. S’ils sont alors ré-élus, avec une
majorité de députés et un suffrage populaire à majorité absolue appuyant des
députés en faveur de la nouvelle constitution, alors le nouveau gouvernement
aura de facto la légitimité
nécessaire pour faire du Québec un pays.
Avec de telles balises, de telles
cartes sur la table, Ottawa aura l’herbe coupée définitivement sous le pied et
ne pourra plus brandir le spectre de l’incertitude. Dans cette conjecture, les
Québécois sauront exactement pour quoi ils votent; ce à quoi ils accèdent en votant OUI et ce à quoi ils renoncent en
votant NON.

TRIBUNE LIBRE
Gilles Vigneault - un homme, une culture, un pays
Fleur et pots de fleurs à Radio-Canada
Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 15 octobre 2004
Pendant que les bateaux Font l'amour et la guerre Avec l'eau qui
les broie
Pendant que les
ruisseaux Dans les secrets des bois Deviennent des
rivières
Moi, moi, je
t'aime
Celui-là même,
Pendant que
Je n'ai pas, à titre
d'auditeur, raté beaucoup d'occasions dans la dernière décennie d'exprimer ma
déception, ma colère même, à l'égard du réseau de la Société Radio-Canada -
antenne télévision et chaînes radiophoniques confondues.*
Programmation commerciale (voire «publicitaire»),
déliquescence de la qualité (expression verbale comprise), politisation des
ondes (Canadian Unity Intoxication). Bref, sauf coïncidence relevant du
my(ni)stère de la transsubstantiation, depuis l'arrivée des Robert Rabinovitch
(P-DG nommé par l'ex-premier ministre Jean Chrétien au lendemain de son
assermentation en 1993) et autres Sylvain Lafrance (grand manitou du réseau
radio), Radio-Canada s'est délestée massivement - par incurie, par incompétence,
par inculture sinon par cécité intellectuelle, je ne saurais dire avec précision
- d'un auditoire jusque-là solidement et affectueusement «attaché à ses
chaînes».
Pour ma part, et pour ces motifs-là mêmes, j'ai commencé à
déserter les lieux dès 1994. Et puis progressivement, de gifle en injure, par
dégénérescence continue en relais par les mousquetons 1998, 2002 et encore tout
récemment à la faveur de l'asphyxie définitive de la désormais défunte chaîne
(dite) culturelle, j'ai totalement abandonné Radio-Canada. De fait, il n'y a
plus aucune antenne radio qui me plaise, et en dépit d'un budget digne du
quart-monde (et compte tenu par ailleurs que je n'encaisse plus les chaînes
câblées que l'on facture deux fois plutôt qu'une par le biais de la publicité),
seule Télé-Québec parvient à l'occasion à me tenir en place devant le petit
écran de malheur.
Cela dit, une fois n'est pas coutume j'imagine, je
tiens aujourd'hui, gens de la première chaîne de Radio-Canada, à vous exprimer
rien moins que ma reconnaissance pour la diffusion de la série de haute valeur,
«Pendant que», actuellement présentée autour du phénomène et
phénoménal Gilles Vigneault (13-22 octobre, 14h, jours «ouvrables»:
http://radio-canada.ca/radio/profondeur/vigneault/). Les deux toute premières
des huit heures du documentaire - riche, animé et heureusement chanté - nous
invitent d'ores et déjà, en effet, à un concept qui, à n'en pas douter, restera
«dans la mémoire longtemps». Et puis enfin, détail mais joli, quelle délicatesse
d'associer à l'entreprise la toujours séduisante Geneviève Bujold - notre Ann
Boylen... de Kamouraska - à titre de présentatrice de ces bijoux taillés dans
l'or massif de la modernité québécoise.
Puissiez-vous Radio-Canada -
notamment par le truchement de vos archives dans l'univers de la Toile
numérique, et pour qui n'aura point eu la chance de syntoniser votre antenne aux
moments opportuns - favoriser la connaissance et la reconnaissance de cette
série fabuleuse auprès du plus grand nombre.
Merci Gilles.
Merci
d'avoir été, d'être là et, surtout, de demeurer pour au moins trois cents ans
encore auprès du pays-qui-entre-temps-aura-été-bâti.
Jean-Luc
Gouin LePeregrin@yahoo.ca Capitale nationale, 15 octobre 2004
(jour du cent soixantième anniversaire de naissance de
Nietzsche)
* Par exemple :
http://www.imperatif-francais.org/dossiers/dossiers.php?id_dossier=891,
http://www.imperatif-francais.org/dossiers/dossiers.php?id_dossier=1255 (ou
http://lequebecois.org/pdf/vol3-no3.pdf) et
http://www.soreltracy.com/liter/opinion/Gouin/2000/decembre/violence/violence.htm.
Et pourquoi pas aussi ceci: http://www.vigile.net/01-4/jlg-vigneault.html. Voir
également, dans le même ordre - d'indigence - d'idées, ces textes bien sentis de
M. Jean Dunois
(http://www.imperatif-francais.org/dossiers/dossiers.php?id_dossier=1470 et
http://www.ledevoir.com/dossiers/265/52543.html?265), de Mme Marie-Louise
Lacroix (http://ledevoir.com/dossiers/265/55400.html?265), de Mme Marianne
Vaucouleurs (http://www.ledevoir.com/dossiers/265/55744.html?265) et celui
enfin, encore tout chaud, de Mme Marie-Anne Vincent
(http://www.ledevoir.com/dossiers/255/65863.html?255).

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