Actualité







Santé : poser le problème autrement - 1

Michel Venne
Le Devoir lundi 18 octobre 2004

Les ministres Philippe Couillard et Yves Séguin ont reçu le mandat de former une équipe pour explorer des pistes afin d'«assurer la pérennité de notre système de santé».

La réflexion gouvernementale, qui s'est terminée par le Forum des générations, est dominée par l'impact appréhendé des changements démographiques sur les finances publiques. Dans la santé, la question est posée de la façon suivante: la population vieillit; le vieillissement accentuera les pressions à la hausse sur les coûts du système; l'État n'a plus les moyens de payer; on ne peut pas augmenter les impôts; que faire?

La réponse qui vient spontanément dans bien des milieux est de recourir au secteur privé. Pour d'autres, cette solution serait une erreur magistrale. Les récriminations contre le déséquilibre fiscal (qui est réel) forment l'autre versant du même discours: plutôt que d'augmenter les impôts à Québec, on suggère à Ottawa de ne pas réduire les siens et d'envoyer l'argent aux provinces.

Si le débat est posé uniquement en ces termes, on n'est pas sortis de l'auberge. On se prépare une confrontation entre les tenants du privé et les opposants au privé. Recette infaillible pour une impasse politique. Il faut donc essayer d'aborder le problème autrement.

Le changement de perspective est nécessaire pour deux raisons. D'abord, pour avoir la certitude que l'on cherche des solutions aux bons problèmes. Ensuite, pour remobiliser les citoyens et les acteurs sociaux vers un objectif commun.

La semaine dernière, le premier ministre a insisté sur l'exigence d'envisager les choses dans le long terme. Il a raison. Le débat sur la santé ne peut pas se résoudre avec le nez collé sur le prochain budget.

Je reviendrai la semaine prochaine sur la question du financement du système de soins. Mais avant de poser la question sous cet angle, ne serait-il pas pertinent de se demander comment celui-ci pourrait nous coûter moins cher?

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Des experts vous diront qu'on peut réduire les coûts du système en réorganisant le travail. On peut aussi acheter des médicaments génériques, moins chers, modifier la rémunération des médecins, favoriser l'établissement de coopératives de santé. Sans doute d'autres avenues existent, mais dont on ne parle jamais.

Mais il y a plus basique encore. Pourquoi vouloir assurer la pérennité du système de santé? Sans vouloir être simpliste, il n'y a qu'une raison valable: pour que les Québécois vivent en bonne santé et, de ce fait, jouissent d'une meilleure qualité de vie. En outre, plus les Québécois sont en santé, moins ils consomment de soins. Voilà sans doute un bon moyen de réduire la pression sur le système: en diminuer le besoin.

Globalement, la santé des Québécois s'améliore ainsi que notre espérance de vie. Mais on pourrait faire mieux. L'espérance de vie à la naissance, qui est l'un des indicateurs les plus courants pour évaluer l'état de santé d'une population, reste moins élevée au Québec qu'en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. La mortalité infantile (un autre indicateur probant) a diminué de 37 % au Québec depuis 1980. Or elle a diminué de 50 % en moyenne dans les 21 pays de l'OCDE.

Comment améliorer ces scores?

Si l'état de santé de la population s'améliore, les inégalités subsistent. L'espérance de vie est d'un an inférieure à la moyenne dans les zones les moins urbanisées du Québec, celles où l'on assiste à une lente dévitalisation économique et sociale. Une statistique mérite d'être répétée, et qui fait toujours frémir: l'espérance de vie est de 13 ans inférieure dans les quartiers pauvres de Montréal comparés aux quartiers riches.

En somme, pour améliorer la santé des Québécois, et ainsi réduire la pression sur le système de soins, il faut agir pour réduire ces inégalités et agir sur ce que l'on appelle les déterminants de la santé: combattre la pauvreté pour vrai (23 % des gens les plus démunis ont de mauvaises habitudes de vie contre 10 % chez les plus riches), combattre la sédentarité (59 % des Québécois sont inactifs, contre 43 % en Colombie-Britannique où l'espérance de vie est de un an supérieure à la nôtre), réduire la pollution atmosphérique (les maladies liées au système respiratoire gagnent du terrain au Québec), etc.

On ne trouvera pas toutes les solutions à l'hôpital. Elles passent, entre autres choses, par un aménagement urbain qui décourage l'utilisation de l'automobile, incite à l'emploi du transport en commun, les déplacements à pied ou à vélo, ce qui non seulement réduit la pollution mais facilite la mobilité des personnes plus pauvres, des jeunes et des aînés, ce qui favorise l'insertion sur le marché du travail, l'accès à des services de tous ordres ou le maintien de la participation à la vie sociale et culturelle, tous éléments essentiels au maintien de l'équilibre psychologique et émotionnel, donc à la santé.

Aussi par des politiques vigoureuses de sport et de loisir (une heure de plus d'éducation physique à l'école est un début mais bien timide), qui favorisent l'activité physique, certes, mais qui en plus aident à la reconstitution de réseaux sociaux et ainsi à réduire l'incidence de troubles mentaux liés à l'isolement. Et la liste pourrait s'allonger.

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Le premier changement de perspective proposé est de faire porter le débat sur la santé plutôt que sur la maladie. Cela étant, nous ne cesserons pas d'être malades demain, et les coûts du système de soins continueront de subir une pression à la hausse. La question du financement se pose elle aussi. J'y reviens la semaine prochaine.

michel.venne@inm.qc.ca





Le gros risque de Stephen Harper

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 18 octobre 2004

À l'extérieur du Québec, à peine deux Canadiens sur dix appuient l'entente particulière sur la santé négociée le mois dernier par les premiers ministres Jean Charest et Paul Martin. Aussi bien dire que le fédéralisme asymétrique du premier ministre fédéral ne passe pas la rampe. Quant au projet du premier ministre du Québec de participer à une mission commerciale pilotée par la France au Mexique le mois prochain, il est encore moins susceptible de trouver des adhérents dans le reste du Canada.

Pourtant, jusqu'à présent, ni l'une ni l'autre de ces controverses n'ont fait de tapage aux Communes. À une époque pas tellement lointaine, les partis réformiste ou allianciste en auraient fait leurs choux gras. Mais depuis qu'elle s'est réincarnée dans un nouveau parti fusionné, cette mouvance, sans renoncer à son attachement au concept de l'égalité des provinces, s'est plutôt repliée sur le concept, plus rassembleur au sein de la famille conservatrice au sens large, de la défense des droits des provinces.

C'est ainsi que vendredi, lors d'un passage à Québec, on a entendu Stephen Harper défendre aussi bien l'asymétrie que la volonté du Québec de donner de nouvelles dimensions à sa personnalité internationale. Dans sa première allocution majeure en sol québécois depuis les élections, M. Harper a longuement parlé de ce qu'il décrit comme «un fédéralisme d'ouverture» et a indiqué qu'un éventuel gouvernement conservateur pourrait explorer des arrangements à l'européenne pour adapter le fédéralisme canadien aux réalités de la dualité linguistique.

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Il faut d'abord noter que quand Stephen Harper vient faire des discours au Québec, c'est parce qu'il a quelque chose à dire. Lors d'un passage à Laval à quelques semaines du déclenchement des dernières élections, il avait ainsi livré un énoncé d'intentions étoffé en matière de relations fédérales-provinciales. Dans un discours sur le même sujet prononcé au même endroit quelques jours plus tard, Paul Martin s'en était tenu à réciter un chapelet de voeux pieux.

À noter ensuite que, d'une allocution à l'autre, M. Harper persiste et signe. Avec son discours de vendredi, il a mis de la chair sur l'os de ses intentions de Laval. Là encore, sa cohérence le distingue du premier ministre libéral, difficile à suivre au fil de ses virages sur la même question. D'ailleurs, jusqu'à présent, Stephen Harper a présenté davantage d'arguments à l'appui de l'approche asymétrique de Paul Martin que le premier ministre lui-même. Il faut dire qu'elle correspond davantage à la vision du Canada du Parti conservateur qu'à celle des descendants de Pierre Trudeau. Mais la situation n'en est pas moins incongrue pour autant. Aurait-on pu imaginer Joe Clark vendre le rapatriement de la Constitution à la place de Pierre Trudeau ou John Turner être obligé de se substituer à Brian Mulroney dans la brèche de Meech?

Ce faisant, le chef conservateur joue à quitte ou double. Ses efforts au Québec ont bien des chances de ne pas se traduire en sièges, en tout cas à brève échéance tout en lui coûtant des plumes ailleurs au Canada.

À l'occasion de la récente rentrée parlementaire, les ténors libéraux ont fait un procès au chef conservateur pour son appui à l'amendement au discours du Trône présenté par le Bloc québécois. Le texte bloquiste avait beau se limiter à engager le gouvernement canadien à respecter sa propre Constitution, à l'extérieur du Québec, Stephen Harper a été largement accusé d'avoir vendu son âme au diable.

Dans les faits, la collaboration ponctuelle entre le Bloc et le Parti conservateur et les ouvertures de Stephen Harper au Québec sont au moins aussi susceptibles de faire froncer les sourcils du reste du Canada que les ententes asymétriques de Paul Martin. Car, à l'heure actuelle, les deux grandes formations sont engagées dans la même partie de qui perd gagne.

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L'obtention d'une majorité par le Parti libéral aux prochaines élections passe presque obligatoirement par le Québec. Les ministres ontariens ont beau grincer des dents, leur premier ministre n'a pas les moyens d'affrontements en série avec le Québec. À cet égard, la simple présence d'un gouvernement fédéraliste à Québec est de nature à tempérer les penchants fédéraux à la confrontation. La radicalisation proposée au Parti québécois par Bernard Landry ce week-end est d'ailleurs un atout supplémentaire pour Jean Charest dans ses tractations avec Ottawa.

S'il montait aux barricades sur les plus récents arrangements Canada-Québec, Stephen Harper pourrait certainement marquer quelques points contre Paul Martin en Ontario et ailleurs. Mais, à moyen ou à long terme, l'avenir du Parti conservateur passe tout aussi forcément par une percée québécoise que les espoirs libéraux d'une majorité gouvernementale. Sans un seul des 75 sièges québécois, les chances conservatrices de remporter un gouvernement majoritaire sont nulles. Et la recette qui consisterait diriger un gouvernement minoritaire conservateur à contresens des aspirations québécoises résulterait en un cocktail empoisonné pour ses propres auteurs.

Rien n'empêche que les Martin et Harper évoluent en terrain miné dans le reste du Canada. Ces jours-ci, le premier ministre ne parle à peu près jamais d'asymétrie ailleurs qu'au Québec; hier, le Parti conservateur, habituellement si soucieux de diffuser ses moindres faits et gestes, ne faisait toujours pas mention de la visite de son chef au Québec ou du texte de son allocution sur son site Internet.

La question n'est pas de savoir si libéraux et conservateurs courtisent actuellement le Québec au risque d'un ressac dans le reste du Canada, mais plutôt de voir qui de Paul Martin ou de Stephen Harper finira par en faire davantage les frais.

chebert@thestar.com
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.





Écoles anglaises pour les immigrants

Clairandrée Cauchy
Le Devoir lundi 18 octobre 2004

Un dossier délicat pour le nouveau chef de cabinet de Pierre Reid
L'ancien employeur de Jeff Polenz demande un assouplissement de la loi 101


L'ancien directeur général de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ), Jeff Polenz, qui occupe depuis deux semaines le poste de chef de cabinet du ministre de l'Éducation, sera appelé à traiter de la proposition de son ancienne organisation visant à permettre aux enfants d'immigrants de fréquenter les écoles anglaises.

Lors du Forum des générations qui s'est conclu jeudi, l'ACSAQ a rouvert l'épineux débat autour de la loi 101 en suggérant que des immigrants puissent envoyer leurs enfants dans les commissions scolaires anglaises, soulignant que celles-ci offrent des programmes bilingues ou d'immersion française performants. La suggestion sera étudiée dans le cadre des comités découlant du forum.

«Quand un parent ne peut pas s'impliquer dans la vie quotidienne à l'école, il y pense à deux ou trois fois avant de rester au Québec. Il ne peut aider aux devoirs, communiquer avec les enseignants, avec l'administration. Le moment est venu d'avoir une telle discussion», a déclaré vendredi le président de l'ACSAQ, Marcus Tabachnick, en faisant appel à «l'ouverture d'une communauté envers l'autre».

M. Tabachnick, qui a dit ne pas avoir directement abordé la question avec le cabinet du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a reconnu que le nouveau chef de cabinet connaissait «la situation de [sa] communauté». «Je ne suis pas certain que cela change quelque chose», a-t-il ajouté.

Au cabinet de Pierre Reid (où on a dit «prendre acte de la demande»), on a affirmé qu'il n'y avait pas «de lien à faire» entre les anciennes fonctions de M. Polenz et le traitement de ce dossier. L'attachée de presse de M. Reid, Caroline Richard, a reconnu que le nouveau chef de cabinet serait appelé à étudier cette question, comme toutes celles qui touchent l'éducation soulevées lors du forum.

La porte-parole de l'opposition en matière d'éducation, Pauline Marois, a dit estimer que M. Polenz serait peut-être plus sensible à la proposition de son ancien président, «mais peut-être aussi plus prudent par ailleurs», a-t-elle dit.

Mme Marois a rappelé que le passage des commissions scolaires confessionnelles aux commissions scolaires linguistiques visait précisément à s'assurer que les jeunes immigrants soient accueillis dans un milieu culturel francophone. «On doit tenir à cela. J'espère que le gouvernement sera vigilant, nous le serons à l'opposition», a-t-elle conclu.

La proposition a fait bondir la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM), qui s'étonne que le gouvernement ne l'ait pas rejetée d'emblée. La SSJBM souligne que l'école anglaise a gagné du terrain depuis 1991: la proportion d'élèves scolarisés en français a en effet diminué de 90,5 % à 88,6 %, alors que les effectifs des écoles anglaises sont passés de 9,5 % à 11,4 %.





La France et la Chine s'allient pour défendre la diversité culturelle

Emmanuel Schwartzenberg
Le Figaro samedi 16 octobre 2004

Convention internationale Les deux pays se sont mis d'accord pour élaborer un traité au sein de l'Unesco


Shanghaï : La France et la Chine ne se font pas de la culture la même idée. Le premier érige le culte de la différence en mode de vie et soutient une politique volontariste. Le second ne dissocie pas le monde marchand de celui des activités culturelles ; ce qui l'incite à développer une politique ultraprotectionniste. Il suffisait de voir Parade, le célèbre rideau peint par Picasso pour un ballet de Diaghilev, sur une musique de Satie, déployé dans le hall d'un centre commercial sur le lieu de passage des ferries et des transports en commun, pour comprendre que les Chinois n'ont pas la même attitude que nous lorsqu'il s'agit d'admirer une oeuvre d'art. Et que dire des salles de cinéma régulièrement implantées au dernier étage des centres commerciaux, qui mettent en rage Marin Karmitz.

Et pourtant ces deux pays sont en train, dans la foulée du voyage présidentiel, de participer à l'élaboration d'une convention internationale culturelle annexée à l'Unesco. Certes, la France, sous l'impulsion de son président, a pris depuis longtemps la défense de la diversité culturelle - c'est-à-dire le droit pour chaque pays de décider soi-même de sa propre culture - à l'échelle mondiale. Mais le soutien que la Chine lui apporte est déterminant. Il entraîne avec lui celui du Brésil et rend en quelque sorte irréversible le processus d'adoption du texte en 2005. Officiellement, la Chine préfère parler «de tradition et de modernité», mais, en fait, il s'agit pour elle de prendre place sur la scène mondiale et de participer à un dialogue culturel élargi qui s'installe à côté du discours américain omniprésent. Le fait que la Chine parraine et organise le réseau international pour la politique culturelle est synonyme d'approbation. Pour cet empire, il s'agit moins de contenir la libération des biens et services culturels que de lutter contre l'homogénéisation économique perceptible à chaque coin de rue. Sun Jiazheng, ministre de la Culture et président de l'Année de la France en Chine, ne s'y trompe pas quand il déclare : «La France se distingue par sa créativité, par ses capacités d'imagination, mais aussi et surtout par son esprit d'indépendance. C'est en cela qu'elle est pour nous source d'exemple.» Renaud Donnedieu de Vabres a honoré son hôte en jouant dans cette affaire de traité le rôle du pionnier. Il faut «que cette convention se situe au minimum sur le même pied d'égalité que les autres traités. Il faut lui donner une chance de dire le droit si une atteinte est portée à la diversité culturelle». Pour le ministre de la Culture, qui se veut rassurant, la convention Unesco ne remet pas en cause les accords existants, sauf s'il s'avère «qu'ils causent de sérieux dommages à la diversité des expressions culturelles ou constituent pour elle une sérieuse menace».

Le projet étudié actuellement par 71 pays parle de spécificité de biens et services, de primauté des droits de l'homme et de coopération internationale. Ce projet sera annexé au traité de l'Union européenne mais il n'y sera en aucun cas subordonné. La force d'un tel traité, s'il voit le jour, est symbolique autant que juridique. La Cour internationale de justice de La Haye pourrait être saisie de tout différend ayant trait à une question culturelle à moins que la convention n'institue, comme certains pays le souhaitent, une procédure d'arbitrage systématique.

Mode de vie, édition, littérature, presse, artisanat, audiovisuel, patrimoine culturel, la liste n'est pas close des priorités que chaque pays voudrait mettre en avant. Si la France inclut l'audiovisuel, les pays anglo-saxons considèrent que c'est une industrie. Le Japon, hostile pour l'instant à la convention, va encore plus loin et juge que l'automobile, les jeux vidéo, les technologies sous toutes leurs formes sont des éléments culturels. Pour lui, un tel traité serait un frein à l'expansion économique. L'Italie, elle, craint que la liberté religieuse ne soit entravée. La culture étant la particularité de chaque pays, il ne serait guère aisé de parvenir à un accord commun si la nécessité d'un tel traité ne se faisait chaque jour de plus en plus pressante.

Le Canada et la Nouvelle-Zélande ont signé avec les États-Unis des accords de libre-échange, de libéralisation économique dans tous les secteurs et ils ne peuvent plus aujourd'hui prendre des mesures de protection de leur système audiovisuel. Le Chili, le Maroc, l'Australie se trouvent liés par un traité identique avec les Américains et ils ne peuvent plus également adopter la moindre disposition pour défendre leur patrimoine culturel. Si la convention Unesco avait été signée, ces pays auraient au moins pu l'opposer aux États-Unis.

A ce jour, 25 pays sur les 148 appartenant à l'Organisation mondiale du commerce ont signé des accords avec les États-Unis, c'est dire si les 123 restants se trouvent concernés par cette réflexion. Grands absents du débat public, les États-Unis s'opposent à l'extension du principe de diversité culturelle. Pour eux, c'est moins l'idée d'un système de protection en tant que tel qui les préoccupe que la possibilité que cette convention favorise la mise en chantier, dans tous les pays rattachés à l'Unesco, de systèmes de défense de l'audiovisuel et de leur cinéma.

Depuis leur victoire dans la bataille de l'exception culturelle, les Français savent que les Américains acceptent que l'on fige les positions acquises mais qu'ils s'opposent à toute initiative nouvelle. Cette hostilité ne l'inquiète pas outre mesure car elle se pense gagnante sur plusieurs points. Si la convention échoue, la mobilisation que cette discussion aura suscitée lui permettra de rassembler une majorité au sein de l'Union européenne et d'y associer les pays entrants. Cette charte incitera les Européens à taire leurs divergences et à parler d'une seule voix. Avec les Chinois, la France joue un rôle moteur qui doit permettre à l'empire du Milieu de lui ouvrir les portes de la reconnaissance mondiale.

Le projet d'un Centre Pompidou à Hongkong, les expositions des Impressionnistes, l'ouverture d'un centre culturel à Pékin ne sont pas des opérations de communication destinées à favoriser les échanges économiques. Même si le succès déjà obtenu par Les Choristes, qui a dégagé 1,4 million de dollars de recettes, améliore l'image de la France. Ces initiatives contribuent à reconnaître la culture chinoise qui est, malgré la discrétion des officiels sur ce dossier, la seule question qui les préoccupe vraiment. Aujourd'hui, la Chine a autorisé vingt films étrangers seulement à être distribués sur ce continent. La France et l'Europe avec elle font le pari qu'en aidant ce pays à développer sa capacité de production et à préserver son identité, elle ouvrira davantage les portes aux cultures du monde.





Nouveau test pour l'exception culturelle

Grégoire Pinson
La Tribune (Desfossés) lundi 18 octobre 2004

Grégoire Pinson à Bruxelles - La question de la diversité culturelle va revenir au coeur des débats européens. La Commission demande en effet à être mandatée pour négocier, au nom des Vingt-Cinq, la convention internationale sur la protection des contenus culturels et des expressions artistiques, à l'ordre du jour de l'Unesco. Une première réunion d'experts gouvernementaux y a déjà eu lieu. Ce dossier est suivi de très près par la France, dans son ardent combat pour l'"exception culturelle". Or, si Bruxelles décroche son mandat de négociation, Paris n'aura plus qu'un strapontin d'observateur lors des tractations à l'Unesco.

Le nouveau commissaire à la Culture, Jan Figel, sera en première ligne sur ce dossier. Le candidat de la Slovaquie s'est efforcé de rassurer lors de son audition au Parlement européen. "Les biens et services culturels requièrent une attention spécifique eu égard à leur relation étroite avec l'identité culturelle, a-t-il expliqué. Une bonne gouvernance mondiale passe par un engagement clair en faveur de la sauvegarde et de la promotion de la diversité culturelle." Jan Figel a en outre promis de faire rapport régulièrement devant les parlementaires et le conseil, tout au long de la négociation.

Les craintes françaises ne sont pas pour autant totalement levées. Jan Figel a fait montre, lorsqu'il dirigeait avec Erkki Liikanen la direction générale "entreprises", d'un attachement affiché aux idées libérales en économie. En outre, même si la France assure qu'elle a convaincu un à un les nouveaux membres de la nécessité de défendre l'exception culturelle contre les thèses américaines, ce consensus présumé de l'UE élargie n'a encore jamais subi l'épreuve sur feu de négociations internationales.

Les autorités françaises regrettent à mi-mot que Viviane Reding ne soit pas en charge du dossier. Elle est en effet parfaitement sur la longueur d'onde française dans le combat pour la protection de la culture et des industries attenantes. Elle est ainsi habilement parvenue, contre ses collègues libéraux de la Commission, à préserver le système de financement du cinéma français. Un système pourtant totalement dérogatoire aux règles de la concurrence et du marché intérieur de l'UE.

Les acteurs clés

Jan Figel, commissaire à l'Education et à la Culture Ce chrétien démocrate slovaque de quarante-quatre ans, que rien ne prédispose particulièrement à s'occuper de culture ou d'éducation, sera amené sur plusieurs dossiers à travailler en symbiose avec sa collègue Viviane Reding.

Johannes Laitenberger, Chef de cabinet du commissaire Reding Chef de cabinet de Viviane Reding depuis quinze mois, Johannes Laitengerber pourrait, à quarante ans, être appelé à rejoindre le cabinet de José Manuel Barroso. Juriste de formation, il est entré au Conseil en 1996, puis à la Commission sur les affaires de concurrence.

Fabio Colasanti, Directeur général de la société de l'information Il a été chef de cabinet adjoint de Romano Prodi, pendant six mois en 1999, avant d'être nommé directeur général de la DG Entreprises. Il quitte ce poste en juin 2002, pour prendre la tête de la DG soeur, Société de l'information.

Gregory Paulger, Directeur de l'audiovisuel et du cinéma à la DG Société de l'information, Ce britannique et francophile convaincu, devrait être une pièce maîtresse de la future administration Reding. Quittant la direction générale (DG) Education culture, Il doit émigrer vers la DG Société de l'information avec l'ensemble de ses dossiers sur l'audiovisuel et le cinéma.

G. P





Les convergences artificielles

Michel David
Le Devoir samedi 16 et dimanche 17 octobre 2004

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, avait parfaitement raison. Le Forum des générations était essentiellement un exercice de relations publiques, dont le succès est d'ailleurs dû en bonne partie à la CSN et à tous ceux qui ont choisi de le boycotter.

Dans le concert de louanges qui a clôturé le forum, la partition jouée par les présidents de la FTQ, Henri Massé, et de la CSD, François Vaudreuil, sur l'air de la reprise du dialogue entre le gouvernement et la société civile a dû être particulièrement douce aux oreilles du premier ministre Jean Charest. Pour lui, le plus important était de dissiper cette fâcheuse impression que son gouvernement était facteur de désordre.

Force est cependant de constater que la réussite de l'opération repose sur un quiproquo savamment entretenu. La cause du divorce qui avait mené M. Charest à se transformer subitement en «apôtre de la consultation publique» après avoir bousculé tout le monde pendant six mois a été complètement évacuée des discussions.

Par une distinction d'ordre sémantique entre un sommet, dont on attend des résultats immédiats, et un forum, aux horizons plus lointains, le gouvernement a voulu éviter le piège de la «liste d'épicerie», invitant plutôt les participants à se projeter dans le moyen et le long terme.

Or c'est précisément dans cette perspective que s'inscrivait la «réingénierie» de l'État. En mai dernier, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, avait dévoilé les détails d'un «plan de modernisation 2004-07», précisant qu'il s'agissait simplement d'une «première vague» qui serait suivie de plusieurs autres.

C'était cela, la vision de l'avenir du gouvernement Charest, qui prétendait avoir reçu le «mandat clair» de la mettre en oeuvre. Si la décentralisation et la régionalisation ont réussi à trouver leur place dans un forum consacré en principe à la démographie et aux finances publiques, comment a-t-on pu escamoter un enjeu aussi fondamental ?

Au lieu de bouder et d'organiser un forum alternatif qui n'a presque eu aucun impact, ceux qui s'opposent à la «réingénierie» et autres PPP auraient pu en profiter pour relancer le débat, quitte à claquer la porte avec les étudiants, comme plusieurs l'avaient fait au sommet de 1996.

C'est d'ailleurs ce que Claudette Carbonneau se proposait au départ. «Je pense qu'il y a à ce forum une occasion de démasquer le vrai Jean Charest», disait-elle. Pourquoi l'avoir ratée ?

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Certes, la démocratie n'a pas de prix, et il est toujours bon de se parler. Le premier ministre vient de découvrir que «c'est le propre de la société québécoise de fonctionner en mode de concertation». Mieux vaut tard que jamais, mais encore faut-il se concerter sur quelque chose d'un peu concret.

Dans ses remarques de clôture, M. Charest se réjouissait de voir que «sur le plan des valeurs, on est au même endroit». Il aurait pu ajouter : «en compagnie d'une grande partie de l'humanité». Il est sans doute réjouissant de constater que la solidarité et l'équité ont toujours la cote au Québec, au même titre que la maternité et la tarte aux pommes, mais fallait-il vraiment déplacer tout ce beau monde pour le réaffirmer ?

Comme son mentor, Brian Mulroney, M. Charest a un certain talent pour la dynamique de groupe, à la condition de ne pas trop faire attention à ce qu'il dit. Sa façon de mélanger les pommes, les oranges et les lieux communs est parfois assez déconcertante.

Il y a quelque chose de risible, ou alors de très inquiétant, dans la description de tâche des comités dont a annoncé la création. Ainsi, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, dirigera un groupe de travail dont le mandat sera «l'examen de pistes pour assurer le maintien de services éducatifs de qualité». Au nom du ciel, que fait M. Reid depuis un an et demi ?

Un autre comité, coprésidé par les ministres de la Santé et des Finances, se penchera sur les moyens d'assurer la pérennité des services de santé. On se réjouit d'apprendre que MM. Couillard et Séguin feront aussi leur travail, en espérant que leurs collègues s'inspireront de ce bel exemple même s'ils n'ont pas eu la chance d'hériter d'un nouveau comité.

À lire la «liste des actions» publiée à l'issue du forum, où les promesses recyclées côtoient les projets déjà en cours et les choses qui vont de soi, on croirait à l'ébauche du discours inaugural que M. Charest pourrait lire à l'Assemblée nationale en mars prochain.

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Pour les partis d'opposition, condamnés à jouer les figurants, un sommet constitue toujours un moment difficile. Empêcher le gouvernement de tirer exagérément profit de la situation sans jouer les pisse-vinaigre exige un certain doigté. François Legault avait raison de souligner qu'on ne peut pas aborder la question des finances publiques en faisant abstraction du déséquilibre fiscal au sein de la fédération, mais son pitch souverainiste faisait un peu pataud.

Il faut reconnaître que Bernard Landry a fait de louables efforts pour se montrer positif, mais se lever pour applaudir M. Charest, comme l'ont fait les autres participants, y compris Mario Dumont, était trop lui demander.

La belle image d'harmonie projetée par le forum contrastait avec le climat orageux qui règne actuellement au PQ. Mercredi après-midi, tout le monde observait discrètement Pauline Marois et François Legault, assis côte à côte dans les fauteuils réservés à l'opposition officielle : allaient-ils s'adresser la parole ?

Au cours des prochains mois, alors que les couteaux voleront de plus en plus bas au PQ, M. Charest n'aura à la bouche que les «points de convergence» issus du Forum des générations, tout artificiels qu'ils soient. Tous ceux qui étaient là ont prononcé au moins une phrase qui permettra au premier ministre de s'en réclamer à sa convenance. Comme à la récente conférence d'Ottawa sur la santé, il faut reconnaître que c'était bien joué.

mdavid@ledevoir.com





La patience de l'araignée

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 16 et dimanche 17 octobre 2004

Après un mois de travaux, les procureurs de la commission d'enquête Gomery sur le programme de commandites en sont encore à tisser la toile des faits qui ont mené au scandale dénoncé par la vérificatrice générale Sheila Fraser. Une toile qui s'annonce gluante et à laquelle des politiciens, leurs complices et des patrons de firmes de communication auront fort à faire pour ne pas se coller.

Tous les jours depuis le début de l'enquête présidée par le juge John Gomery, des témoins appelés à répondre aux questions des procureurs nous en apprennent un peu plus sur la mécanique mise en place par le cabinet de Jean Chrétien afin de promouvoir l'unité canadienne au lendemain du référendum de 1995. Pour le moment, aucun politicien n'a été appelé à répondre aux questions des procureurs. La commission en est encore à bâtir les fondements de son argumentation à partir de documents et de témoignages livrés par de simples exécutants à qui les procureurs n'ont aucune difficulté à faire avouer que rien ne fonctionnait normalement dans ce programme.

C'est ainsi qu'on a appris, dès les premiers jours de travaux, que la greffière du Conseil privé (le ministère du premier ministre) avait informé M. Chrétien en 1996 qu'il serait tenu responsable de l'utilisation des fonds dont il avait lui-même demandé le transfert vers le programme de commandites. On a aussi compris que la nomination de Chuck Guité avait été imposée par le cabinet du ministre des Travaux publics de l'époque, David Dingwall, en contravention avec les règles habituelles de la fonction publique, ce que l'ex-ministre a toujours nié.

Cette semaine, une fonctionnaire du cabinet d'Alfonso Gagliano a affirmé que le programme de commandites était soumis à forte influence politique. Afin d'assurer le suivi discret des démarches des députés et ministres libéraux, cette adjointe spéciale avait créé un système de classement des demandes d'aide appuyées par des libéraux. Selon cette personne, cet outil avait l'avantage de ne laisser aucune trace écrite, d'où sa surprise d'apprendre que la commission en détenait une copie. Et contrairement à ce que l'ex-ministre Gagliano avait déclaré solennellement devant un comité des Communes, tout porte à croire qu'il serait intervenu très régulièrement dans le processus décisionnel.

À l'évidence, cette commission qui n'en est qu'à ses premiers balbutiements en a encore beaucoup à nous apprendre. Mais les dossiers sont complexes, et les acteurs en cause, coriaces et lourdement défendus. Devant toute preuve de leur implication, politiciens, conseillers politiques et hommes d'affaires auront beau jeu de plaider l'ignorance ou l'oubli en tentant de faire porter le blâme par les fonctionnaires.

Le programme de commandites ayant été géré de façon radicalement inhabituelle, entaché d'irrégularités et politisé jusqu'à la moelle, il ne servirait à rien que la commission accouche de règles et de normes qui existent déjà mais qui n'ont tout simplement pas été respectées. Ce que les Canadiens veulent savoir et ont le droit de savoir, c'est ceci : qui tirait les ficelles dans l'appareil gouvernemental et qui en a profité, tant parmi les politiciens que parmi leurs amis du monde de la publicité ?

Au rythme où vont les choses, il y a tout lieu d'espérer que cette commission fournira des réponses à ces questions. Cela vaut bien les millions qu'on y consacre.

jrsansfacon@ledevoir.ca





Réponse à François Legault - «Changement», ce mot cher à tous les politiciens

Patrick Finlay
Étudiant au doctorat en philosophie, Université de Montréal
Le Devoir samedi 16 et dimanche 17 octobre 2004

Monsieur Legault, Dans votre lettre publiée mardi dans les journaux, vous parlez non sans raison du cynisme de la population à l'égard de la classe politique. Il ne faut guère s'en étonner quand on constate ce qui se passe au sein de chaque gouvernement: les promesses ne sont pas tenues, on impute la responsabilité des problèmes au gouvernement précédent ou au fédéral et on élabore des projets à court terme uniquement dans le but de se faire réélire.

Les politiciens promettent toujours du changement, mais est-ce que les choses changent réellement ? Un arbre a beau changer de couleur avec les saisons, il garde toujours les mêmes racines.

Vous désirez renouveler le Parti québécois en faisant une plus grande ouverture aux jeunes afin de profiter de leur enthousiasme et de leurs idées. Votre intention est louable. Toutefois, puis-je vous rappeler que votre parti a déjà raté toute une occasion de le faire lors de la course à la succession de Lucien Bouchard ? Qui étaient les grands favoris ? Bernard Landry et Pauline Marois, deux personnes qui militent au sein du PQ depuis ses débuts. Les jeunes candidats d'alors, comme vous, se sont rapidement ralliés à l'un ou l'autre sous peine de se faire écarter des instances décisionnelles, privant ainsi le PQ d'une cure de rajeunissement idéologique qui lui aurait probablement évité d'être aujourd'hui qualifié de moribond.

Par ailleurs, les chefs du PQ semblent souffrir d'un mal étrange : chacun désire passer à l'histoire comme étant celui qui aura réalisé la souveraineté du Québec. Cette volonté égoïste fait en sorte que le PQ, une fois au pouvoir, se détourne de la première responsabilité de tout gouvernement qui consiste à administrer l'État. En quoi cela serait-il si différent avec vous à la tête du PQ ?

Longue liste

La liste des chefs atteints de ce mal étrange, pour ne pas dire obsessif, commence drôlement à s'allonger : Jacques Parizeau a démissionné après la défaite référendaire de 1995; Lucien Bouchard est parti non sans avoir tenté de réunir les conditions gagnantes; Bernard Landry s'accroche désespérément à son poste comme un naufragé à son radeau, affirmant être l'homme de la situation; enfin, Pauline Marois cherche par tous les moyens à prendre la tête du parti.

De cette liste, seul Lucien Bouchard, dont le passage a été de courte durée, n'appartient pas au noyau originel du PQ qui a gouverné le Québec sous René Lévesque, tandis que tous les autres font partie de la vieille garde fidèle aux sacro-saints dogmes souverainistes. Comment alors ne pas être sceptique à l'égard de votre désir de changer les choses au coeur même du PQ ?

Enfin, vous faites encore miroiter l'illusion que la souveraineté du Québec réglera tous les problèmes. Désolé de vous décevoir, mais je ne partage pas cette perspective utopique. Je suis comme saint Thomas : j'ai besoin de preuves concrètes pour avoir la foi en votre projet de société. Je commencerai à y croire une fois seulement que le PQ aura réussi à gouverner seul de façon autonome, en utilisant les ressources dont il dispose, sans quêter de l'argent ou quoi que ce soit à Ottawa, ou encore sans refiler la responsabilité des problèmes aux autres.

Le premier pas vers la réalisation de ce projet consiste donc à faire en sorte que le Québec n'ait plus besoin des paiements de transfert pour boucler son budget parce que la souveraineté passe nécessairement par l'indépendance financière. J'ignore à quel point la marche peut être élevée; je sais par contre que le Québec a tout le potentiel nécessaire pour y parvenir. Aurez-vous le courage d'aller de l'avant dans cette direction ? À vous de répondre.





Jean Charest saura-t-il écouter la société civile ?
- Le dialogue renoué

Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 16 et du dimanche 17 octobre 2004

Le Forum des générations a permis au gouvernement Charest de redorer son image; reste à voir quels seront les résultats

Québec -- Automne 2003. Syndicats et groupes sociaux descendent dans les rues pour protester contre les décisions du gouvernement libéral, de la hausse des frais de garde aux modifications apportées à l'article 45 du Code du travail. Le premier ministre Jean Charest fait la sourde oreille, impose le bâillon pour adopter à toute vapeur huit projets de loi controversés et juge que la grogne est alimentée par des «lobbys qui défendent le statu quo». «On a reçu un mandat très clair de la population pour faire un certain nombre de changements et on est en train de le remplir», affirme-t-il.

Automne 2004. Faisant face à une cote de popularité qui refuse de décoller, Jean Charest invite une soixantaine de leaders socioéconomiques et de «partenaires» (dont deux chefs syndicaux, soit Henri Massé, de la FTQ, et François Vaudreuil, de la CSD) au Forum des générations sur les finances publiques et les changements démographiques, un événement de trois jours qui suit la tenue de 19 forums régionaux. À la clôture du forum, le gouvernement Charest annonce la création de huit équipes de travail. «Je crois à une démarche d'équipe même si on a un mandat», explique Jean Charest.

En un an, le premier ministre a changé de ton. Et le Forum des générations laisse présager une reprise du dialogue brisé au cours des 18 premiers mois du règne libéral. Ce sont cependant les priorités d'action à venir du gouvernement qui démontreront si, oui ou non, son attitude a changé elle aussi. Et si Jean Charest, comme ses prédécesseurs tels Robert Bourassa, reconnaît, au delà des mots, qu'une certaine approche consensuelle est incontournable pour diriger le Québec.

Car il ne faut pas se leurrer. L'objectif premier de la démarche des forums régionaux et du Forum des générations, qui a coûté cinq millions de dollars, était clair : le gouvernement voulait redorer son image et se montrer à l'écoute de la population. Interrogé sur l'annonce-surprise de forums au conseil général du PLQ en février dernier, l'entourage de Jean Charest, dont certains membres parvenaient à peine à préciser la démarche, expliquait d'ailleurs que le gouvernement avait sous-estimé la grogne et qu'il devait réagir.

En matière de relations publiques, Jean Charest a gagné quelques points au cours des trois jours du forum, en dépit de l'absence de mesures concrètes immédiates. Jusqu'alors isolé, le gouvernement s'est révélé sous un jour plus rassembleur. Au lieu de donner l'image d'un chef emmuré, Jean Charest s'est montré entouré et attentif.

Or écouter est une chose. Agir en prenant en compte les avis de chacun en est une autre. Les prochains mois seront certainement révélateurs.

De tout pour tous les goûts ?

Les propositions déposées par le gouvernement Charest au terme du Forum des générations embrassent tellement de causes que tous les participants y ont trouvé une raison de se réjouir, d'où l'ambiance consensuelle à la clôture de l'événement. Chaque représentant retourne auprès des membres de son association soit avec une place dau sein d'une équipe de travail, soit avec une initiative gouvernementale, à laquelle aucun budget n'est cependant rattaché. Le gouvernement souhaite que cela suffise à satisfaire la base de chacune des associations et aie un effet d'entraînement.

Cet effet risque cependant d'être limité en l'absence d'engagements financiers. En effet, les annonces spectaculaires et les mesures concrètes immédiates n'ont pas été rendez-vous. Il ne fallait pas s'attendre à autre chose. «Ce n'est pas un sommet», «on n'est pas dans un processus budgétaire» et «le forum ne sert pas à régler des questions à court terme», avait prévenu la coprésidente du Forum des générations, la ministre libérale Line Beauchamp.

Le repositionnement stratégique du gouvernement Charest en laisse plusieurs sur leur appétit. Les étudiants ont claqué la porte du Forum des générations pour protester contre les compressions de 100 millions de dollars dans le régime de prêts et bourses. Il y a également eu au forum des absents importants auxquels le gouvernement devra porter attention. Il s'agit en outre de groupes sociaux qui ne digèrent pas, entre autres, le projet de réforme de l'aide sociale.

D'ailleurs, malgré l'incidence certaine de ce projet de réforme sur les finances publiques, le sujet n'a même pas été abordé au cours du forum, tout comme la lutte contre la pauvreté. Le même silence a prévalu en ce qui concerne les hausses salariales à venir des employés de l'État et la réduction de la dette. Ces deux sujets ont été évacués par Jean Charest malgré leur importance dans le contexte d'un forum sur les finances publiques. Exit également la «réingénierie» de l'État, sujet délicat s'il en est. Le gouvernement ne voulait surtout pas faire de vagues et ruiner l'ambiance consensuelle du forum.

Au cours de ces trois jours d'échanges, une foule d'autres sujets ont été abordés et, ainsi, effleurés. Mais le seul véritable débat a porté sur les baisses d'impôt promises par le gouvernement. Selon des spécialistes comme Pierre Fortin, économiste à l'UQAM, les baisses d'impôt sont difficilement justifiables dans le contexte de la précarité des finances publiques. Pressé par plusieurs participants, Jean Charest a décidé de renoncer à sa promesse et de proposer plutôt un allégement -- encore bien flou -- du fardeau fiscal des familles.

Les véritables débats de fond sont plutôt relégués aux divers comités de travail, comme ceux sur la pérennité du réseau de la santé et sur les services éducatifs. C'est au sein de ces comités que les discussions risquent d'être beaucoup, beaucoup plus corsées. Les comités devront faire rapport au printemps 2005. Le cadre des discussions qui sera choisi par le gouvernement, la place que les groupes pourront prendre au sein de ces comités et le traitement qui sera réservé à leurs conclusions seront déterminants pour connaître la valeur de tout cet exercice auquel Jean Charest convie aujourd'hui la société civile.





Des chiffres et des lettres - Ottawa rembourse-t-il vraiment la dette?

Manon Cornellier
Le Devoir samedi 16 et dimanche 17 octobre 2004

Les surplus servent plutôt à réduire le déficit accumulé. Nuance.

Ottawa -- Contrairement à ce que les Canadiens ont fini par croire, le gouvernement fédéral n'a pas utilisé la totalité de ses surplus pour rembourser l'hypothèque que représente la dette. L'année dernière n'a pas fait exception. Le gouvernement a affiché un surplus de 9,1 milliards de dollars à la fin de 2003-04 alors que la dette portant intérêt, elle, a légèrement augmenté. Le surplus a, par conséquent, servi à accroître la valeur des actifs du gouvernement.

«Si on prend la dette sur laquelle on paie des intérêts, ce montant a en principe augmenté de 620,7 à 621,1 milliards» en 2003-04, explique Daniel Paquette, vérificateur au Bureau du vérificateur général (BVG).

La dette portant intérêt comprend la dette contractée sur les marchés, comme les obligations d'épargne ou les bonds du Trésor, et les obligations du gouvernement envers, par exemple, les régimes de retraite de ses employés. La dette contractée sur les marchés a diminué de 2,2 milliards l'an dernier, mais les obligations du gouvernement ont crû de 2,6 milliards, ce qui s'est traduit par une hausse de 400 millions de la dette portant intérêt. Les actifs financiers, de leur côté, ont augmenté de 9,5 milliards, d'où un surplus de 9,1 milliards.

Il existe deux types d'actifs, explique M. Paquette. Il y a les actifs financiers, qui incluent l'argent en caisse, généralement limité, et les comptes à recevoir, les comptes d'opérations de change et les prêts, placements et avances faits par le gouvernement. Il y a ensuite les actifs non financiers, qui englobent les immobilisations, comme les édifices et les terrains, l'inventaire et les charges payées d'avance, comme des contrats d'entretien à long terme.

Jouer sur le passif et les actifs pour équilibrer ses livres est une pratique courante et acceptée. Le hic est que, lorsqu'il s'adresse à la population, le gouvernement entretient une confusion sur sa façon de procéder. Il utilise sans distinction des termes qui ne veulent pas dire la même chose. Il parle de «dette fédérale», et même de «dette», pour parler du déficit accumulé.

Le vérificateur Frank Vandenhoven, du BVG, explique que le déficit accumulé est le résultat de l'addition des actifs et du passif (ou dettes) du gouvernement. Et c'est l'évolution de ce solde cumulatif qui témoigne de la bonne santé financière du gouvernement.

À cet égard, Ottawa s'en tire bien. Le déficit accumulé est passé de 560,7 milliards en 1997-98 à 501 milliards à la fin du dernier exercice financier. La dette portant intérêt, elle, est passée durant la même période de 630,1 milliards à 621,1 milliards.

Le déficit accumulé a fléchi plus vite que la dette parce que la valeur des actifs a de son côté augmenté. On pourrait comparer cette approche à ce que ferait un citoyen qui, au lieu de rembourser ses dettes ou de se lancer dans des achats éphémères, déciderait d'utiliser des gains inattendus, un héritage ou un gain à la loterie, pour acheter une maison. Il n'aurait pas moins de dettes mais il aurait davantage d'actifs. Sa situation financière globale, son solde cumulatif en somme, serait du coup améliorée.

Même si sa méthode porte fruits, le gouvernement utilise un vocabulaire qui crée une fausse impression au sein du public. Il laisse croire qu'il effectue des remboursements sur la dette plutôt que de dire qu'il réduit son déficit accumulé, notent MM. Paquette et Vandenhoven.

Cette confusion n'est pas accidentelle, comme le montre le dernier discours du budget du ministre des Finances, Ralph Goodale. «Les Canadiens savent d'instinct qu'il faut rembourser la dette, que ce soit pour eux-mêmes ou pour le gouvernement. Et, de fait, nous avons remboursé jusqu'à présent une tranche de plus de 52 milliards de dollars de notre dette, ce qui représente des économies d'intérêt d'environ trois milliards de dollars chaque année», affirmait-il aux Communes en mars dernier. Ses prédécesseurs John Manley et Paul Martin ont aussi fait des affirmations du même ordre.

Cette semaine, aux Communes, alors qu'il était interrogé sur le surplus-surprise de 9,1 milliards pour l'année 2003-04, Ralph Goodale parlait encore de la «réduction de la dette» et du fait que cette politique permettait de réduire les coûts d'intérêt sur celle-ci.

Ces différences de terminologie n'ont jamais fait de vagues parce que le résultat final, le solde cumulatif du gouvernement, s'est toujours amélioré. Ces nuances ont par contre longtemps échappé au non-initié, surtout que le gouvernement n'a rien fait pour dissiper l'ambiguïté. La vérificatrice générale Sheila Fraser s'en est plainte à quelques reprises, en particulier en ce qui a trait à l'utilisation du terme «dette fédérale».

«Je crains que les Canadiens n'aient un tableau de la situation qui soit trompeur, ou, pire, inexact. Je crois que les résultats devraient être communiqués clairement aux Canadiens et j'encourage le gouvernement à présenter ses résultats financiers en utilisant une terminologie généralement reconnue et cohérente», écrivait-elle dans ses observations sur les états financiers d'Ottawa pour l'année 2002-03.

Le gouvernement invoque pour se justifier la nécessité de ne pas confondre les citoyens. «Le gouvernement a employé le terme "dette fédérale" pour une raison en particulier. Les sondages sur la compréhension qu'ont les Canadiens de la situation financière du gouvernement montrent que de nombreux répondants estiment encore que le gouvernement fédéral est en déficit même s'il a déclaré six excédents annuels consécutifs. L'emploi de l'expression "déficit accumulé" peut donner l'impression que le gouvernement fédéral est toujours en déficit. C'est pourquoi ce dernier a employé le terme "dette fédérale" pour décrire sa situation financière cumulative afin d'éviter toute erreur d'interprétation», lisait-on dans le budget de mars dernier.

Le résultat toutefois est une interprétation aussi fausse de l'utilisation des surplus et la création d'une impression que le gouvernement s'en est toujours servi pour rembourser la dette. Des actifs, on n'a jamais vraiment soufflé mot.





La parole aux combattants

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 16 et dimanche 17 octobre 2004

Essais: «Les Québécois de souche, écrivait l'historienne Béatrice Richard dans son essai Le Raid de Dieppe paru en 2002, semblent avoir oublié leur participation militaire à ce conflit, cultivant plutôt la mémoire de leur résistance à la conscription.» Il y eut, pourtant, ajoute aujourd'hui son collègue Sébastien Vincent, entre 84 000 et 90 000 volontaires canadiens-français pendant la Seconde Guerre mondiale et ils ont formé 20 % de l'effectif militaire volontaire du Canada. D'ailleurs, rappelle-t-il aussi, «le service militaire outre-mer est demeuré volontaire tout au long de la guerre, sauf vers la fin de novembre 1944. La conscription pour le service outre-mer s'est alors limitée à 16 000 Canadiens. Les conscrits tombés au champ d'honneur ne totalisent que 69 sur environ 42 000 décès au combat... »

Ces volontaires québécois, toutefois, n'occupent pas vraiment la place qui leur revient dans notre mémoire collective, d'où le titre de cet essai, Laissés dans l'ombre, qui entend leur donner la parole avant qu'il ne soit trop tard. Les survivants de cette épreuve, en effet, à 81 ans d'âge moyen, se font vieux. Aussi, il était temps de les faire témoigner et il faut saluer l'initiative de l'historien qui, à la faveur d'une nouvelle tendance en approche du fait militaire qui privilégie un déplacement de point de vue du haut vers le bas afin de «saisir le combattant dans sa dimension humaine pour cerner la vérité historique d'une bataille», en a rencontré quatorze.

Ces hommes, engagés par principe, par goût de l'aventure ou pour se sortir du marasme économique, reconnaissent aujourd'hui le caractère pénible de leur expérience, dont ils tirent pourtant une certaine fierté. Plusieurs se disent même heureux de l'avoir vécue parce qu'elle fut pour eux un moyen d'émancipation.

C'est, faut-il le rappeler, la liberté que ces combattants volontaires ont défendue, toujours au prix fort, à Hong Kong, en Islande, à Dieppe, en Sicile, en Italie, en Europe de l'Ouest et dans l'Atlantique (au sein, entre autres, de la marine marchande). Modestement, ils restent convaincus, avec raison, qu'ils ont contribué à la victoire finale.

Le récit de Patrick Poirier, infirmier aux Royal Rifles of Canada, fait prisonnier par les Japonais à Hong Kong en 1941, est particulièrement prenant. En trois années et demie de détention, le soldat est passé de 165 à 95 livres, il a subi à froid l'opération pour les hémorroïdes et toutes les privations à l'avenant. Sa mère, nous dit-il, ne mangeait plus pour partager son sort. Le drame d'Hiroshima, pour lui et ses semblables, fut une bonne nouvelle, celle de leur libération. «Je ne pourrai jamais pardonner aux Japonais, conclut-il honnêtement. Je les déteste encore, je crois.»

Rolland Gravel, lui, capitaine aux Fusiliers Mont-Royal, se souvient que c'est avec un cri de joie qu'il a appris qu'il participerait au raid de Dieppe, le 19 août 1942. Il n'en pouvait plus de l'inaction. Il y sera fait prisonnier par les Allemands. Son collègue Antonio Brisebois se souvient aussi : «Tout s'est passé tellement vite lors du raid de Dieppe. C'était comme lors d'un accident d'automobile, tu te demandes ce qui arrive et ce que tu fais. Les cris des blessés ont longtemps bourdonné dans mes oreilles. Je revois les aviateurs descendre du ciel en parachute. J'ai souvent fait d'affreux cauchemars. Dieppe, ça ne s'oublie pas.»

Jean-Paul Boucher, du Régiment de la Chaudière, se souvient pour sa part du soldat allemand blessé qu'il a épargné en Normandie : «Ce dernier a plongé son regard dans le mien, les yeux remplis de larmes. Sans rien dire, je l'ai hissé sur mon Bren Carrier et je l'ai amené dans un hôpital de campagne. Il m'a alors embrassé. J'ignore ce qu'il est advenu de lui. Par contre, le gars qui le menaçait m'a remercié de l'avoir empêché de commettre un geste impulsif.»

Paul Champagne, qui a aussi combattu en Normandie, justifie sa guerre en rappelant la cruauté des SS, «des tueurs fanatiques fidèles à Hitler jusqu'à la mort». Jean-Claude Dubuc, qui a participé aux campagnes de Belgique et de Hollande, distingue deux types d'ennemis : «Les jeunesses hitlériennes fanatisées combattaient cruellement et avec habileté alors que les conscrits de la Wehrmacht luttaient pour la forme. S'ils étaient capturés, ces derniers paraissaient soulagés, car ils savaient que les conditions de détention seraient souvent plus intéressantes que leur état de combattant.»

Pour plusieurs de ces vétérans, le retour à la vie civile, après la guerre, fut difficile. Enfin finie, bien sûr, l'horreur des combats, mais aussi l'action, l'exotisme et les permissions avec filles de joie et alcool à la clé. Antonio Brisebois estime même que le gouvernement fédéral a négligé les anciens combattants : «Selon moi, le gouvernement fédéral était bien organisé pour nous enrôler, mais il l'était beaucoup moins une fois la guerre terminée.» Georges-Étienne Dagesse, membre de la marine marchande qui avait pour tâche d'approvisionner les zones où combattaient les Alliés, déplore le fait qu'«il a fallu attendre 1992 pour que le gouvernement fédéral nous reconnaisse comme des vétérans».

Le colonel Pierre Sévigny, préfacier de cet ouvrage, et le sergent Paul Champagne n'auront pas vu ce livre puisqu'ils sont décédés avant sa parution. Cela indique assez l'urgence et la nécessité du projet de Sébastien Vincent. «Ici, précise-t-il en avant-propos, le lecteur ne lira point de témoignages édifiants de valeureux soldats combattant avec fierté et patriotisme. Pas question de mise en scène hollywoodienne, mais de la guerre, la vraie, celle qui se fait dans la boue, le bruit, l'angoisse et l'incertitude du lendemain.»

Cette mémoire vivante, la plus précieuse qui soit parce qu'elle dit à la fois le prix de la liberté et l'enfer dans lequel peut parfois nous mener la bêtise des hommes, ne devait pas rester dans l'ombre. Elle en est un peu sortie grâce à Sébastien Vincent et à ses généreux interlocuteurs.

louiscornellier@parroinfo.net

Laissés dans l'ombre
Les Québécois engagés volontaires de 39-45
Sébastien Vincent
VLB, Montréal, 2004, 288 pages





The Red Ensign - A Real Flag For A Real Country

Canada By Howard Galganov
Monday, October 18, 2004

Bastards was on the Montreal Best Sellers List for 13 weeks running. It covers the spectrum of people, companies and institutions in positions of trust and power who abuse that trust and their authority with virtual immunity.

The book is a quick read that tries to expose the phonies, and make some sense of the world around us.

***

I received several letters about my decision to fly the former Canadian Flag (Red Ensign - the current Ontario Flag) in the front of our Alexandria home, in place of the Maple Leaf.

Many of the letters I received supported my position. A few didn't.

I sent a letter to one of my readers who supported my position, and said to me that he was not aware of some of the things I wrote in the editorial that has spurred this reaction dated October 16, 2004.

So here is some additional history that helped influence my decision.

Quebec has been at odds with Canada since July 1, 1867, the date of Confederation. But never more so, than during the Second World War in which Canada participated above and beyond what our population should have ever expected.

Many levels of Quebec governments sided with the Fascists before, during and after the Second World War.

As a matter of history, Quebec was the North American home for the Nazi-supporting Vichy government during the War.

The Vichy "Embassy" in Quebec was a launching point in North America for Nazi spies represented by Vichy French nationalists. J Edgar Hoover of the FBI tried to convince US President Franklin Delano Roosevelt to authorize assassinations against prominent Nazi supporting Québécois. Unsuccessfully so.

To better illustrate Quebec's allegiances, during the Quebec nationalist June 24 holiday (St Jean Baptist Day), Quebec would not allow the Gaullist French to march in their wartime parade. But made certain the Nazi supporting Vichy did.

During the War, Montreal's mayor (Camillien Houde) was arrested in 1940, and was placed in an internment camp in Ontario until 1944 for extolling French Canadians to desert, or refuse to serve in the Canadian military, even though no one drafted was forced to serve overseas or see combat.

To resist Canada's war effort, the Fascist, Nazi supporting, Jew-Hating and anti-Canadian Bloc Populaire was established in Quebec by the likes of:

Montreal's Mayor Jean Drapeau, who was lucky enough to be in power at a time when the English and Ethnic communities were at their very most entrepreneurial.

Henri Bourassa, who was the founder and publisher of the Quebec nationalist newspaper Le Devoir, with a pan-Quebec influence amongst the French speaking intellectuals and elitists.

André Laurendeau was the editor of Le Devoir, and the chairman of the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism (1962). He was amongst the most strident of Quebec nationalists who believed in a two state solution for Canada.

Camille Laurin was the Parti Québécois Minister and father of the racist Quebec language (cultural) law Bill 101. His legacy lives today amongst the several hundred thousand English speakers who left Quebec, and continue to leave Quebec because of his racist policies.

The Bloc Populaire stood against Canada's participation in the Second World War, and led 70% of Quebec's population against the draft for Quebecers. When factoring in the English Quebec community at that time, the level of French support against the draft was probably more likely to have been 90%.

The Bloc Populaire's motto was: "Le Canada aux Canadiens (non aux Britanniques) et le Québec aux Québécois (non aux Canadiens anglais)" .

The English translation: Canada for Canadians (not for the British) and Quebec for Quebecers (not for English Canadians).

Another famous name from Quebec who also participated in the founding of the Bloc Populaire was Pierre Elliott Trudeau.

Adrien Arcand was not a co-founder of the Bloc Populaire. For him, the Bloc Populaire was too tame and moderate. Arcand was a prominent Quebec publisher and would-be politician, who had the support of more than one third of Quebec's voters.

Arcand's many publications were exceptionally anti-Semitic which advocated sending Jews to Hudson's Bay.

During his years of huge popularity, Arcand always referred to himself as Quebec's Fuhrer, modeled after his hero Adolf Hitler. In 1940, like Camillien Houde, he too was interned during the Second World War for being an enemy to the state.

On November 14, 1965, Arcand delivered a speech at the Montreal Paul Sauve Arena before 900 supporters, where he publicly acknowledged and gave thanks to a new Quebec Member of Canada's Parliament who defended him during his "resistence" to the war .

The name of the new Member of Parliament from Quebec; was Pierre Elliott Trudeau, who would later become Canada's 15th Prime Minister, who served from 1968 until 1984 with a brief interruption.

Strangely enough, Trudeau ran and won consecutive terms in a riding that was hugely Jewish. After becoming Prime Minister, Trudeau made it clear that he wanted his government to have as little to do with Israel as possible. Yet, his Jewish constituents never failed to give him their near unanimous support.

Trudeau's probably still laughing in his grave. And the Jews of the Mount Royal Riding are still proud to have repeatedly sent this creature to Ottawa.

When Arcand died in 1967, it was estimated that as many as 10,000 Québécois turned out at his funeral to give him a hero's sendoff with a Fascist salute.

I can't think of an instant that Quebec did something good for Canada, opposed to the countless times the rest of Canada did good for Quebec. And if that's what the Red Maple Leaf stands for, I'm proud to now be flying the Red Ensign which was the Flag of Canada when it was once-upon-a-time a REAL COUNTRY.





L'opération de séduction

Lysiane Gagnon
La Presse samedi 16 octobre 2004

Drôle d'animal que ce gouvernement libéral. On croit l'avoir saisi, puis le voilà qui se métamorphose.

Mai 2003: un proche de Jean Charest explique à un groupe de convives, lors d'un dîner, combien cette victoire va changer la culture politique du Québec: " Jean ne reculera pas: il a un mandat, et il est prêt à prendre le risque d'être battu aux prochaines élections pour changer les choses. "

Octobre 2004: clôture du Forum des générations. La montagne- le grand projet de réingénierie de l'État- a accouché d'une souris. Après un budget Séguin apprêté à la sauce péquiste, le gouvernement Charest s'est converti à l'idéologie péquiste des " sommets " auxquels il conviait, dans la bonne vieille tradition corporatiste, tout ce que le Québec compte de groupes d'intérêts.

Ce qui devait être un gouvernement déterminé est devenu une assemblée de penseurs qui dissertent sur la démographie, la natalité et la " pérennité " de ceci et de cela en compagnie d'experts non élus. Cinq mois de parlote en forums régionaux pour aboutir à la formation de comités qui multiplieront la paperasse sur des sujets aussi vastes que la dénatalité ou sur des sujets qui, comme le financement du système de santé, ont déjà été étudiés sous toutes les coutures!

Ce gouvernement, pourtant au pouvoir depuis un an et demi, en est encore à ergoter sur ce qu'il devrait faire. Quand les rapports de ses " équipes de réflexion " lui parviendront, et lorsqu'il aura fini par décider quoi faire avec ces rapports, il sera à la veille des élections. Pour un parti qui promettait de l'action, on peut dire que c'est raté.

Différence capitale d'avec les sommets péquistes, le forum de cette semaine ne devait pas aboutir à des consensus. Il s'agissait d'exercices consultatifs plutôt que décisionnels.

C'est heureux pour la démocratie. Ne l'oublions pas, l'idéologie des sommets péquistes, où gouvernement, patrons et syndicats s'entendent comme larrons en foire, remonte au franquisme et au fascisme mussolinien.

Ce sont de gros mots à jeter dans la mare, mais c'est de la même chose qu'il s'agissait. Cette alliance étroite entre élus et puissants corps intermédiaires dévalorisait la démocratie électorale, étouffait la dissidence et réduisait l'opposition au silence.

À une échelle évidemment beaucoup moins dramatique que dans l'Espagne et l'Italie d'avant-guerre, c'est ce qui s'est passé au Québec. Qui pouvait s'opposer à la poursuite de l'objectif du " Déficit Zéro ", une fois que le gouvernement Bouchard, les patrons et les chefs syndicaux se trouvaient dans le même lit?

C'est de là, par exemple, que découlent directement les mises à la retraite massives qui ont plongé les services de santé québécois dans une crise qui dure encore.

Lors des tractations de couloir où se prennent les vraies décisions, dans ces sommets théoriquement publics, Gérald Larose, alors président de la CSN, exigeait que les professionnels de la santé puissent se prévaloir, tout comme les autres fonctionnaires, des retraites dorées offertes par le gouvernement. Le ministre de la Santé, Jean Rochon, s'y opposait. Lucien Bouchard a cédé. Et voilà comment ce fameux sommet a abouti au gâchis dont François Legault fait mine, aujourd'hui, de se scandaliser.

Jean Charest a donc, et c'est à son crédit, transformé l'exercice en séance de consultation, opposant jusqu'à la fin une solide résistance aux réclamations de toutes sortes de non-élus qui exigeaient que le gouvernement renonce à son projet de baisse d'impôt.

Il ne s'agit pas ici de savoir s'il faut ou non des baisses d'impôt. L'important est que ce soit le gouvernement élu, et lui seul, qui prenne cette décision.

L'aventure des forums avait très mal commencé, en partie parce que ces exercices médiatiques ne sont pas dans la culture du Parti libéral.

Ce n'est qu'à la dernière étape, celle que présidait le premier ministre, que le gouvernement en a récolté quelques fruits. Même les participants les plus sceptiques ont apprécié l'expérience. Du coup, l'image amochée de Jean Charest s'en est trouvée singulièrement relevée.

M. Charest, qui en temps normal apparaît souvent distrait ou absent, donnait cette semaine, comme le mois dernier à Ottawa, sa pleine mesure. Il possédait bien ses dossiers, il était à l'écoute... Finalement, les participants au Forum se sont levés pour l'applaudir. Il a donné l'impression qu'il avait repris son gouvernement en mains. Ce dont il avait bien besoin, après son abyssale plongée dans les sondages.

Ce forum, encore davantage que les sommets péquistes qui produisaient quand même des résultats concrets, a été essentiellement une opération de relations publiques. Cet impopulaire gouvernement avait besoin de se faire des amis. Mais c'est cher payer, en ressources et en temps, pour une opération de séduction.





Comment séduire les immigrants? :
Le PQ déploie de nouveaux efforts pour recruter les néo-Québécois

Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 16 octobre 2004

Le Parti québécois pourrait déployer de nouveaux efforts de recrutement auprès des Québécois issus de l'immigration. À la faveur du passage récent de la circonscription multiethnique de Laurier-Dorion aux mains du PQ et de l'élection en juin dernier d'un député d'origine camerounaise sous la bannière du Bloc québécois, la volonté de courtiser les nouveaux arrivants reviendra en force à travers les débats prévus en fin de semaine au conseil national.

Des 17 propositions soumises aujourd'hui et demain aux militants péquistes réunis à Sherbrooke, sept révèlent une certaine préoccupation en ce qui concerne les liens entre le parti et les immigrants. Il ne faut pas pour autant y voir un quelconque virage mais plutôt un enthousiasme renouvelé grâce aux récents événements, soutiennent d'une même voix plusieurs péquistes.

«Le discours du PQ a toujours été inclusif, mais avec Laurier-Dorion, on passe à une autre étape», estime la députée Elsie Lefebvre, élue à l'élection partielle de septembre dernier. «Cela donne une nouvelle impulsion, surtout qu'avec la génération de la loi 101 [les immigrants des deuxième et troisième générations], on pense le Québec de la même façon. Ça donne l'espoir que tout est possible», ajoute-t-elle, fébrile devant la tâche qui l'attend. À l'ouverture de la nouvelle session parlementaire, mardi, Mme Lefebvre fera d'ailleurs son entrée à l'Assemblée nationale entourée de ses proches mais également de plusieurs citoyens immigrants de sa circonscription.

La députée Lucie Papineau, critique de l'opposition en matière d'immigration, renchérit: «Le contexte a peut-être donné un nouvel élan, mais ce n'est pas une nouvelle préoccupation. On s'engage sur cette voie de façon accrue.»

Ainsi, trois propositions portent sur le recrutement des Québécois issus de l'immigration. L'association péquiste de L'Acadie demande qu'un plan stratégique soit mis sur pied afin de viser spécifiquement les jeunes des communautés culturelles. Dans Westmount-Saint-Louis, on va jusqu'à proposer d'établir un objectif chiffré: 10 % du membership du PQ devrait être constitué d'immigrants ainsi que de citoyens autochtones et anglophones.

«Ce ne serait que normal qu'ils soient présents dans nos rangs. Mais ce n'est qu'une balise parce qu'on n'a aucun moyen d'identifier notre membership issu de l'immigration», explique Denise Laroche, présidente de l'exécutif péquiste de Westmount-Saint-Louis.

Les militants de cette circonscription souhaitent également que le PQ promeuve davantage de candidats issus de l'immigration là «où une victoire électorale est prévisible». Il n'est toutefois pas question d'imposer des candidatures dans les «comtés sûrs pour atteindre des quotas», précise Mme Laroche, qui dit surtout vouloir sensibiliser les militants de la base.

Même si le conseil national adopte ces résolutions en fin de semaine, cela risque de ressembler davantage à des intentions qu'à des gestes concrets. Il faut donc entamer un travail soutenu sur le terrain, d'autant que le PQ accuse un retard à cet égard comparativement au Bloc québécois, reconnaît-on dans les rangs péquistes. «Il faut établir de véritables contacts avec les communautés culturelles, chercher de nouveaux réseaux et créer des liens d'amitié réels», fait valoir Maria Mourani, présidente du PQ dans la circonscription de L'Acadie et présidente de la Commission de la citoyenneté au Bloc québécois.

«Au Bloc, on est en avance. Le chef Gilles Duceppe multiplie les rencontres. Il est en contact constant, et on a déjà soulevé de vrais débats, question d'intégrer les préoccupations des immigrants au programme politique. Pendant ce temps, au PQ, on en est encore à la construction de moyens», constate Mme Mourani.

Christian Dufour, politologue et chercheur à l'École nationale d'administration publique (ENAP), constate que le Parti québécois souffre d'une image injuste de fermeture à l'endroit des immigrants. «Ils se veulent désespérément ouverts. Ce n'est pas un changement, il s'agit plutôt de persévérance, avec des résultats mitigés toutefois. À cet égard, la victoire dans Laurier-Dorion, c'est un prix de consolation parce qu'il n'y a pas vraiment eu de percée», constate M. Dufour.

De fait, si le Parti québécois a arraché le château fort libéral de Laurier-Dorion, qui est globalement multiethnique, il n'a pas reçu d'appui massif des immigrants qui habitent très majoritairement l'ouest de la circonscription, appelé Parc Extension. Les résultats du vote n'ont pas montré de tournant. Seulement 9 % des électeurs de Parc Extension ont voté pour Elsie Lefebvre, soit 397 personnes, comparativement à 450 lors des élections générales d'avril 2003. Par contre, la députée péquiste a raflé 61 % des appuis dans le quartier Villeray, la partie est de la circonscription.

Mais ces résultats ne réduisent en rien les efforts de l'organisation locale. Cette élection partielle apparaît même comme un catalyseur pour la suite des choses, note Jean-Herman Guay, professeur à l'Université de Sherbrooke. «Ça ne me semble pas être un virage mais plutôt un changement de ton et une volonté plus ferme, surtout que, pour obtenir 50 % + 1 lors d'un éventuel référendum, il leur faudra convaincre les immigrants. Je vois un pas de plus dans une trajectoire amorcée depuis longtemps déjà», souligne-t-il.

M. Guay souligne que les efforts du PQ pour construire des ponts avec les communautés culturelles remontent à sa fondation par René Lévesque, qui avait horreur de tout discours ethnocentrique. En 1976, le premier député noir du Québec, Jean Alfred, avait été élu avec l'équipe du PQ. M. Guay rappelle également le discours de Lucien Bouchard destiné à la communauté anglophone au lendemain du référendum de 1995. L'ancien premier ministre avait expliqué le nationalisme du PQ, l'assimilant à un mouvement qui «embrasse la diversité et le pluralisme» plutôt que d'être mû par un concept d'homogénéité. La seule ombre au tableau est la déclaration de Jacques Parizeau, qui avait associé la défaite référendaire à l'argent et au vote ethnique.

«Au sein du PQ, deux nationalismes coexistent. Si on retrouve un nationalisme civique qui ressort surtout auprès des dirigeants du parti, il y a toujours eu une frange ethnique au PQ, comme si un vrai Québécois était un Blanc francophone et souverainiste. [...] Mais le nationalisme ethnique est complètement dépassé et même rétrograde», assure Jean-Herman Guay, qui souligne que le PQ a des atomes crochus depuis des années avec plusieurs communautés culturelles (latino-américaine et haïtienne, par exemple).

Au conseil national, les militants auront également à voter sur une proposition demandant l'appui des Québécois d'origine diverse pour «faire accéder le Québec au statut de pays».



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Landry mobilise plus qu'il ne se radicalise

Christian Gagnon, Président régional Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2004

Bien des théories ont été émises pour expliquer pourquoi le 13 avril 2003, le PQ n’a pas obtenu un troisième mandat d’affilée. L’une des fuites en avant les plus répandues veut que le plus faible vote populaire du PQ depuis 1973 trouve sa source dans le fait que les abstentionnistes (les plus nombreux depuis 1927) aient été pour la plupart des péquistes. Or, l’analyse rigoureuse des résultats électoraux montre plutôt que l’abstentionnisme a été uniformément réparti chez les clientèles des trois principaux partis.

Toute désagréable qu’elle soit pour les péquistes, la vérité est plutôt que beaucoup de souverainistes, démobilisés et en quête du «changement» tant recherché, ont opté pour des partis fédéralistes. L’avenir constitutionnel du Québec n’ayant à peu près pas polarisé les débats, de nombreux électeurs souverainistes qui avaient appuyé le PQ en 1998 n’ont pas perçu la souveraineté comme comptant parmi les enjeux électoraux de 2003. En bout de ligne, le Parti Québécois ne récolta finalement que 33% des suffrages exprimés alors que la souveraineté recueillait environ 45% d’appuis.

Outre le renouvellement de son programme, le salut du Parti Québécois réside donc dans le rapatriement de ces souverainistes au bercail péquiste. Bernard Landry doit rapidement rebâtir la crédibilité de sa détermination souverainiste. C’est ce qu’il vient de faire avec éclat au Conseil national de son parti.

Oui, fixer un échancier pour la tenue d’un prochain référendum constitue un risque. Mais les électeurs que cela rebutera ont toutes les chances d’être moins nombreux que ceux que cela remobilisera.




TRIBUNE LIBRE

Vous pouvez déjà lire la déception sur mon visage

Maya Lussier-Séguin
Conseillière au Parti Québecois- Montréal-Ville-Marie- jeunes
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2004

Ce texte reflète l’opinion d’une seule personne et non d’un groupe d’individus.

C’est en fin de semaine, à Sherbrooke, que s’est tenu le conseil national du PQ. Une rencontre où près de 400 représentants des différentes instances du parti se sont rassemblés pour proposer, discuter et voter des propositions qui feront, paraît-il, avancer le parti. Un conseil parmi tant d’autres où les péquiste ont encore et encore discuté sur les moyens d’accéder à la souveraineté.

Samedi, le chef a proposé une nouvelle façon de faire la souveraineté. La souveraineté : version améliorée pour certains, pour d’autres ( La Presse) version radicale! Il a proposé dix points (les 10 commandements comme l’ont baptisée les journalistes) sur ce que le PQ devra entreprendre lorsqu’il sera élu!

Devinez donc encore ce que l’on nous a servi dans le discours : un référendum à la moitié du mandat, discussion avec le Canada pour négocier des accords spéciaux avec le Québec, création d’une charte québécoise et tout cela parsemé de discussions par-ci, par-là…

L’enjeu majeur qui pose problème avec toutes ces belles promesses, c’est que pour réaliser nos projets, nous devons être élus! Et présentement, pour ceux et celles qui ne l’ont pas encore remarqué, nous sommes dans l’opposition. Lorsque, en 2002, le PQ a perdu ses élections, j’ai cru que cela ne nous ferait pas de tort, nous nous en allions dans l’opposition refaire nos forces, rebâtir la fameuse social-démocratie que nous sommes supposés représenter, nous allions nous réintégrer dans le peuple et foncer tête haute et digne vers les prochaines élections.

Vous pouvez déjà lire la déception sur mon visage . Nous, les péquistes, nous nous enlignons vers une élection où nous allons probablement être élus pour la simple raison que le parti libéral n’est pas aimé de la scène publique et où l’ADQ va probablement faire une remontée intéressante, pour eux, mais que nous ne réaliserons qu’en soir d’élection en nous regardant autour de notre bière dans le lieu de rassemblement et où nous allons encore dire : ‘’ bin voyons donc on n’aurait jamais pu prévoir cela.’’

C’est quand même très vainqueur… : on ne sera pas élus pour notre talent mais parce que l’autre est détesté. Mais comme nous avons l’habitude d’agir en bons péquistes, nous allons remettre nos oeillières, nous allons re-rentrer dans notre bulle du pouvoir, nous allons encore nous recroqueviller sur nous-mêmes, comme un fœtus dans le ventre de sa mère où tout est chaud et sécuritaire et lorsque viendra le temps de mettre en branle le ‘’ fameux ‘’ plan de la souveraineté, nous allons reculer, nous allons voir des choses qui, comme il est arrivé avec le fameux 1000 jours de monsieur Landry, ne nous seront pas venues en tête au congrès de Sherbrooke et durant la toute productive Saison des idées.

Après cela comment pouvons-nous nous étonner que les jeunes se désintéressent de la souveraineté (et encore là, nuançons : de l’idée de la souveraineté véhiculée par le PQ, car je ne suis absolument pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle les jeunes seraient désintéressés de la souveraineté comme nous le font savoir quelques jeunes haut perchés dans la structure.

Comment voulez-vous que l’on nous prenne au sérieux quand nous passons 95% du temps à organiser des rencontres pour parler entre nous, que certains de nos congrès coûtent le salaire annuel d’une personne de la classe moyenne et que nous préparons des dossiers qui seront lus par… combien de personne vous croyez?

Mais le plus fâchant, c’est que nous nous flattons la bédaine quand une bonne idée souverainiste passe et que nous nous fermons les yeux quand l’idée se porte moins bien. Les gens sont tannés de devoir s’associer au parti pour être souverainiste, la population est tannée de voir un projet de société entre les mains d’une bande de cravatés qui se prennent pour d’autres, les gens sont écoeurés et avec raison…

Nous avons l’air d’une bande de poules pas de têtes! ce qui ridiculise le travail acharné de militants de la base qui ne veulent que faire la souveraineté et n’entrevoient aucunement une carrière dans le milieu de la politique.

Alors, péquistes, je crois bien qu’il est temps d’arrêter de nous cacher la tête dans le sable et de revoir nos priorités… ce qui , à mon avis, créera de grandes lignes divergentes qui crèveront des abscès qui auraient dû laisser sortir leurs jus il y a de cela bien longtemps…




TRIBUNE LIBRE

UN PARI PÉRILLEUX

Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2004

Pressé de toutes parts par les souverainistes, le chef du Parti québécois Bernard Landry n’a eu d’autres choix que de présenter aux délégués péquistes réunis à Sherbrooke une démarche précise d’accession à la souveraineté. Bousculé par les gestes posés par des gens intéressés à lui succéder comme Président du parti, le député de Verchères a sans doute concocté sa stratégie de façon précipitée. Ce qui est très risqué.

En tentant ainsi de calmer le mécontentement d’une frange importante de souverainistes que des années d’attentisme ont suscités, le chef de l’opposition à Québec s’est engagé dans un plan d’action en dix points qu’il pourra difficilement modifier si des embûches devaient apparaître. Son intention de renforcer les symboles identitaires du Québec, de rédiger une constitution initiale et surtout de dépenser des fonds publics au travers d’un secrétariat à la souveraineté, pourrait produire une victoire électorale serrée. Maintenir malgré cela le cap vers un référendum promis en début de mandat, comme le somment de nombreux exécutifs de circonscription, serait d’une imprudence inqualifiable lorsque l’on sait qu’une troisième défaite est sans appel. Annoncer un report de la consultation populaire, selon la proposition du leader péquiste, entraînera alors des déchirements majeurs au sein du parti souverainiste.

Visiblement, tenter de planifier un calendrier référendaire dans un contexte où une troisième défaite n’a pas sa place, constitue la principale difficulté que le Parti québécois tente de surmonter depuis nombre d’années. Ce défi s’avère tout simplement impossible à relever car il n’a débouché que vers l’attentisme. L’engagement de Bernard Landry de tenir un référendum dans la première moitié d’un prochain mandat péquiste représente ainsi une décision hautement hasardeuse. Le geste semble donc carrément avoir été inspiré par la situation précaire que connaît actuellement le chef péquiste : ses chances de survivre au vote de confiance qu’il doit affronter au congrès de juin 2005 sont effectivement plutôt minces en ce moment. Sa témérité place toutefois maladroitement une épée de Damoclès au-dessus de tout un peuple. Ce qui est une erreur : l’avenir de monsieur Landry à la tête de son parti ne doit pas compromettre celui des Québécois.

La proposition qu’a exposée Bernard Landry au conseil national de Sherbrooke est néanmoins excellente. Il faut maintenant la fignoler et en présenter une version plus élaborée, à temps pour la prochaine joute électorale. Ajoutons-y un « budget de l’an un », comme le désire François Legault. Les Québécois seront enthousiasmés à l’idée de découvrir « les heureux choix » qu’ils auront à faire avec les nouvelles marges de manœuvres financières que l’actuel déséquilibre fiscal confisque. Ils seront surtout heureux de savoir qu’ils pourront enfin agir en fonction de leurs intérêts sans devoir, au préalable, subir d’interminables séances de quémandages stériles à Ottawa.

L’état lamentable dans lequel se trouvent les finances publiques du Québec semble avoir été complètement évacué par le chef péquiste, au moment de peaufiner sa stratégie. On ne peut pourtant occulter cette réalité. Les brèches à colmater sont béantes. Elles ont rendu instantanément impopulaires tous les gouvernements qui ont osé s’y attaquer depuis 1996. L’emploi de sommes ailleurs que dans les secteurs névralgiques soulèvera inévitablement le mécontentement chez les Québécois. Un climat pareil mobilise difficilement les gens, surtout vers une ultime joute référendaire. Pourquoi ne pas profiter du naufrage libéral à Québec pour justifier le recours à une élection décisionnelle, puisqu’il est évident que la situation politique actuelle a transformé l’Assemblée nationale en siège éjectable? N’est-t-il pas logique et légitime de vouloir éviter ce traquenard fédéral?

Un scrutin rendu décisionnel par l’intention péquiste de faire la souveraineté, s’il obtient la majorité absolue des voix, forcera les autres formations politiques à choisir leur camp, tout comme pour un exercice référendaire, mais sans le danger de vivre un troisième échec fatidique qu’espère un adversaire malveillant. Exit simultanément la terrible pression de devoir absolument respecter un échéancier référendaire. Les Québécois n’auront qu’à trancher au scrutin de leur choix.

Que restera-t-il du plan d’action de Bernard Landry si ce dernier échoue à l’épreuve du vote de confiance de juin 2005 ? Un nouveau chef maintiendra-t-il cette stratégie qui impose imprudemment un calendrier référendaire, même si une courte victoire électorale devait survenir? Il faut espérer que non. Tout comme l’actuel chef du Parti québécois qui pourra décider de quitter ses fonctions, le peuple québécois doit pouvoir également abandonner un chemin référendaire miné parce qu’il mène tout droit à un cul-de-sac politique, en cas de défaite. Il faut offrir aux Québécois la possibilité, dès 2007, de ragaillardir l’Assemblée nationale en la dotant de tous ses moyens financiers et législatifs, plutôt que de la voir encore anéantir un autre gouvernement. Au Parti québécois de proposer cette alternative salutaire et concrète qu’on nomme la souveraineté, libre de toutes contraintes référendaires.




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René Lévesque tel que je l'ai perçu au fil des ans...

Gilles Rhéaume
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2004

Mardi soir le 19, de 19 à 21 heures, au 82 rue Sherbrooke ouest à Montréal, je prononcerai une causerie sur René Lévesque tel que je l'ai perçu au fil des ans...

Nous revivrons les grands moments des années 60, 70 et 80.

Participation suggérée : 8$

Le dimanche 21 novembre, il y aura un tour d'autobus dont je serai le guide. Nous irons célébrer les Patriotes à Saint-Denis. Visite commentée du champ de bataille, plus deux conférences en route: l'une en mémoire de Louis-Joseph Papineau l'autre consacré à George-Étienne Cartier alors que je commenterai le dernier livre de Micheline Lachance, «Lady Cartier».

Participation: 25$ pour les adultes, 5$ pour les ados et gratuits pour les enfants. Les places sont très limitées. RSVP.

Mardi le 23 novembre sur la rue Sherbrooke de 19 à 21 heures : «Les Patriotes, un modèle pour 2004 ?».

Mardi le 14 décembre, au même endroit, à la même heure: «Jacques Parizeau : hier, aujourd'hui et demain !»

Pour réserver: au 514 843 8851 poste 270 (24/24h.) ou via Internet:
bienvenue62@hotmail.com




TRIBUNE LIBRE

L’UE, la Turquie et un certain génocide

Sylvio Le Blanc
Montréal (Québec)
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2004

Montréal, le 16 octobre 2004 - L’Union européenne fait bien d’entrouvrir la porte à la Turquie, et ne gagnera pas seule de la concrétisation de son entrée. Par exemple, si la mitoyenneté du christianisme et de l’islam se fait en bonne intelligence, cela irradiera, constituera un modèle pour le monde (durement mis à l’épreuve par les événements du 11 septembre 2001), donnera un coup de pouce aux musulmans pluralistes et modérés (qui croient en la séparation du temporel et du religieux) et portera un dur coup aux fondamentalistes et intégristes (dont plusieurs rêvent d’en découdre avec les impies). L’UE (dont la «Vieille Europe») concourra ainsi à la paix mondiale mieux que ne le fera jamais l’équipe de Bush.

Cela dit, une fois les conditions d’entrée remplies, l’UE devrait solliciter du pays d’Atatürk un ultime geste de bonne volonté, à savoir la reconnaissance de la perpétration par le gouvernement jeune-turc du génocide des Arméniens en 1915, qui aurait fait quelque 1 500 000 victimes[1]. Il faudra du courage de la part du gouvernement actuel, mais si la Turquie table sur l’avenir, elle n’aura d’autres choix que de faire la paix avec son passé. Peut-on imaginer l'Allemagne qui nierait encore, quelque 90 ans après les faits, l’holocauste dont ont été victimes six millions de Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale?

Les Arméniens – ceux d’Europe, de la Turquie et du monde entier – attendent cette reconnaissance pour verser du baume sur leurs vieilles blessures.

L’intégration définitive de la Turquie pourrait prendre, dit-on, une dizaine d’années, et le centième anniversaire de la grande tragédie interviendra en 2015. Cela donne à réfléchir.

Un pays comme la France, qui a officiellement reconnu le génocide, doit mettre tout son poids dans la balance. Si la Turquie s’obstine à nier, c’est qu’elle est de mauvaise foi, et l’UE ne devrait composer qu’avec des unionistes intègres.

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[1] Le Petit Larousse illustré 2000, page 1147 (sous «Arménie»).




TRIBUNE LIBRE

Liberté et dignité

Christian Archambault, Montréal
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2004

Tant et aussi longtemps que le discours du PQ ne s'en tiendra qu'aux questions pratico-pratiques telles que la fiscalité, les accords internationaux et autres mondanités, son espoir de réaliser l'indépendance nationale demeurera vain. La vie d'un peuple tout comme la vie des individus ne se limite pas aux petites difficultés de tous les jours, elle est aussi faite d'émotions et de sentiments.

Le PQ se doit de parler de notre histoire, de l'urgence de se débarrasser de notre aliénation et de notre aculturation collectives, de notre position d'inféodés face à l'état dominant, il lui faut aussi dénoncer l'odieuse manipulation par l'état canadian des minorités ethniques, en somme, de faire aussi appel aux émotions et aux sentiments de tous les Québécois.

L'indépendance nationale est avant tout une question d'unité, de liberté et de dignité. VLQL!