Actualité







Une coalition fait état de ses craintes au sujet des PPP

Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 21 octobre 2004

La coalition «J'ai jamais voté pour ça» s'inquiète des liens jugés étroits entre le Parti libéral du Québec et plusieurs dirigeants de grandes sociétés partisanes des partenariats public-privé (PPP).

Devant une cinquantaine de manifestants réunis hier matin au centre-ville de Montréal, le porte-parole de la coalition, Denis Turcotte, a dénoncé le projet de «réingénierie» de l'État et en particulier l'idée des PPP. «Les PPP, ça risque de signifier "porte privilégiée au patronage"», a-t-il lancé.

À partir des listes publiques des donateurs à la caisse du Parti libéral du Québec, la coalition a relevé des faits qu'elle qualifie de troublants. Ainsi, des comptables de la firme Raymond Chabot Grant Thornton ont versé à titre individuel, comme le prévoit la Loi sur le financement des partis politiques, environ 50 000 $ au PLQ en 2003. Chez les consultants de KPMG, on compte pour la même année électorale des contributions totalisant 55 000 $.

Ces deux firmes font partie de la banque de 13 consultants retenus par le Conseil du trésor pour aider la ministre Monique Jérôme-Forget dans ses réflexions visant à remodeler l'État. Elles ont ainsi reçu des contrats de quelques dizaines de milliers de dollars.

Aussi, la firme d'ingénierie BPR s'est fait confier le mandat d'élaborer un plan d'action pour l'entretien et la rénovation des infrastructures liées à l'eau. Par ailleurs, la coalition a noté qu'au moins 28 personnes travaillant chez BPR ont versé des dons d'environ 33 000 $ au PLQ en 2003.

Les vérifications de la coalition «J'ai jamais voté pour ça» portent également sur la firme Secor. Les hauts dirigeants ont versé un peu plus de 6000 $ au PLQ en 2003. Denis Turcotte rappelle qu'un des associés, Marcel Côté, est un stratège libéral notoire.

Au cabinet de Mme Jérôme-Forget, on soulignait hier que toutes les entreprises choisies comme experts l'ont été à la suite d'appels d'offres publics. Quant au dossier spécifique des PPP, la ministre a réitéré sa volonté d'appliquer des règles de transparence dans le développement futur de tels projets.

Pour le porte-parole de la coalition, il demeure toutefois justifié de se demander si le gouvernement Charest n'est pas à la solde de certaines entreprises privées. Les PPP seront-ils vraiment au service du bien commun?, a demandé M. Turcotte.

«On n'accuse personne, mais on fait le constat que des administrateurs de firmes importantes qui reçoivent des contrats du gouvernement ont contribué largement à la caisse électorale du Parti libéral. On se pose donc des questions», a-t-il affirmé.

À une semaine de l'ouverture de la commission parlementaire chargée d'étudier le projet de loi 61 sur la création de l'Agence des partenariats public-privé, M. Turcotte a insisté pour que la population exerce son sens critique face aux intentions du gouvernement Charest. M. Turcotte craint que le nouvel organisme gouvernemental ne se retrouve en situation de conflit d'intérêts mais, surtout, qu'il ne soit pas tenu à quelque reddition de comptes que ce soit.





Une éthique politique de république de bananes

Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 23 octobre 2004

Opinion - Je continue à me surprendre - par naïveté, évidemment - de voir avec quelle indifférence nos concitoyens laissent leurs gouvernements travestir la vérité.

Je dois être un des derniers à m'être indigné de ce que le gouvernement fédéral, pour une septième année consécutive, affiche des surplus radicalement plus élevés que ce qu'il avait annoncé en début d'année. Pour s'en offusquer, encore faudrait-il que les gens accordent un minimum de crédibilité aux prévisions budgétaires d'Ottawa. Alors que le premier ministre du Québec, Jean Charest, présente comme un triomphe historique le fait d'avoir ramené d'Ottawa 500 M$ de plus pour la santé, le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, nous explique sans rire que son surplus de 9,1 milliards de dollars (G$), qui est cinq fois plus élevé que son estimation initiale, est dû à la formidable performance de l'économie canadienne pendant le dernier trimestre.

Nous avons plutôt affaire ici à une politique délibérée qui vise à empêcher tout débat public sur l'utilisation qu'il faudrait faire de ces surplus. Et dire que Paul Martin soutenait que le déficit démocratique serait sa grande priorité !

Quand un gouvernement engrange de tels surplus, c'est tout simplement qu'il taxe trop par rapport à ses besoins réels. Il peut dès lors investir dans des missions essentielles comme des balles de golf autographiées par le précédent premier ministre. On attend maintenant de voir quel nouveau raisonnement tordu on va inventer pour persister à nous dire que le déséquilibre fiscal est une invention des provinces.

Paul Martin nous a aussi ressorti la vieille litanie selon laquelle une convention comptable oblige le gouvernement à affecter au service de la dette tout excédent budgétaire. C'est faux, comme l'a déjà dit à plusieurs reprises la vérificatrice générale du Canada. Mais nous continuons à laisser faire. Il est certes légitime pour un gouvernement de se donner pour priorité le remboursement de la dette, mais il a alors le devoir de le dire franchement et d'obtenir un mandat démocratique à cette fin.

Un cadre irréaliste à Québec

À Québec, la transparence et l'imputabilité se portent à peine mieux.

Le cadre financier dévoilé par Jean Charest avant les élections prévoyait des baisses d'impôt de 1 G$ par année pendant cinq ans, des investissements supplémentaires de 2 G$ pour la santé, et cela sans faire de déficit ni alourdir la dette. Seuls les signataires du document le défendirent. Avant qu'il ne devienne ministre des Finances, Yves Séguin lui-même disait qu'il n'y croyait pas.

Comme de raison, dès le budget suivant, les baisses d'impôt réelles n'étaient que de 220 M$, et l'investissement en matière de santé fut deux fois moindre que promis. On alla jusqu'à comptabiliser comme des baisses d'impôt des mesures d'aide aux assistés sociaux... qui ne paient pas d'impôts !

Cette année, comme le gouvernement avait encore moins les moyens de réduire les impôts que l'an dernier, il s'est dégagé de sa promesse en donnant une tribune à tous ceux qui le pressaient depuis des mois d'y renoncer, pour ensuite nous dire qu'il faudrait être sourd pour ne pas entendre cette sagesse populaire. Il faut cependant se réjouir de ce que le gouvernement renoue le dialogue avec la société civile et entreprenne d'expliquer les conséquences concrètes de notre situation démographique.

Ici comme ailleurs, il faut travailler à briser ce cercle vicieux qui fait que la société civile, se sentant impuissante parce qu'elle a choisi de l'être, tourne le dos à ses représentants politiques, qui peuvent dès lors être tentés de tirer profit de notre indifférence.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca





Wooing the ethnic vote

Don MacPherson
The Montréal Gazette October 21, 2004 Thursday

The Parti Quebecois is showing a new ambivalence toward Quebec's minorities, extending one open hand to them while fending them off with the other.

Last weekend, the party's national council adopted a number of resolutions trying to build on a recent apparent breakthrough by sovereignist candidates among ethnic voters.

Two proposed special efforts to recruit new members from the minorities. Another called for the party to run more minority candidates in ridings the PQ expected to win. A fourth had the party make a "solemn" declaration that it was seeking the support of all Quebecers for sovereignty, with particular attention to immigrants, aboriginals and anglophones.

The resolutions were in obvious response to two recent electoral successes. The first was the election last June of a few minority candidates for the Bloc Quebecois, led by Maka Kotto, a native of the African country of Cameroon. The second was the PQ's surprise victory last month in a by-election in the Montreal riding of Laurier-Dorion, its first ever in a predominantly non-francophone riding.

The PQ's opponents have taken note. It is said that Kotto's win made the Liberals more open to running Yolande James in last month's by-election in the safe Liberal seat of Nelligan. James now is the first black woman to sit in the National Assembly.

But even as the PQ talks about appealing to minorities, its new emphasis on sovereignty might alienate them.

It was easy for minorities to vote for the Bloc in last June's federal election and the PQ in the Laurier-Dorion by-election (or at least, in the latter case, to abstain from voting against them) because sovereignty wasn't an issue in either.

And minority voters who did support the sovereignist parties might have done so because the latter are left-of-centre, in spite of the fact they are also sovereignist. It might be a different story in a general election in which the PQ seeks a mandate to begin the political separation of Quebec from Canada and then hold a referendum on separation itself.

Also, among some Pequistes, old attitudes toward the minorities and their rights die hard.

At its weekend meeting, the PQ council started the process leading to the party convention next June by voting to send proposed amendments to the PQ program to riding associations for debate starting next month. And while the party executive favours maintaining existing minority rights, some other bodies in the PQ want to restrict them.

One popular proposal, rejected at the last convention but being brought back for another try, is to extend to the CEGEP level Bill 101's restrictions on admission to English-language schools. This would prevent francophones as well as immigrants from attending English-language CEGEPs.

Another, new proposal would drastically reduce government funding for English-language universities by making it proportionate to the English-speaking population.

And a few proposals, while not mentioning immigrants, could have the effect of denying the vote in a sovereignty referendum to some.

These relate to the creation of a Quebec citizenship. The party executive says the "first actions" of a PQ government should include "presenting in the National Assembly a series of fundamental bills aimed at preparing Quebec to assume its status as a country, and notably laws on national citizenship, the Supreme Court of Quebec and the national symbols of Quebec."

The executive's proposal does not say explicitly that these laws would be adopted before a sovereignty referendum. But those presented by a couple of riding associations do say so.

None mention the right to vote. But sovereignists complain that before the last referendum in 1995, the federal government hastily granted citizenship to thousands of immigrants, who tend to be federalist, to make them eligible to vote.

But Ottawa couldn't do that next time, if only people with Quebec citizenship were eligible to vote in a referendum. And if polls again showed immigrants were overwhelmingly federalist, a sovereignist government could slow down the citizenship process making them eligible to vote in a referendum, just as Ottawa sped it up.





Le courage de Stephen Harper

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 21 octobre 2004

Quand Stephen Harper se met à citer Sir John A. Macdonald, George-Étienne Cartier et Maurice Duplessis, Brian Mulroney ne doit pas être très loin. En fait, non seulement le chef du nouveau Parti conservateur et le chef de l'ancien même parti se parlent-ils, mais ils ont le même rédacteur de discours - Paul Terrien, un ancien collègue de grand talent au journal Le Droit. Mais jamais Mulroney n'aurait-il commis la gaffe de comparer le Canada à la Belgique, ce qui veut dire que Harper a encore quelques croûtes à manger.

La référence au modèle belge est malheureuse car elle a aussitôt prêté le flanc à toutes sortes de sarcasmes sur les banquettes ministérielles et dans les journaux anglais du reste du pays. (Je ferais mon Français baveux si je rappelais que les Belges sont un peu les Newfies de l'Europe.) Mais ce n'est pas la principale raison pour laquelle l'évocation du modèle belge - une idée en passant, a suggéré Harper - n'a guère de sens : elle est aussi inappropriée.

En Belgique, les communautés linguistiques sont territoriales, alors qu'ici elles sont à la fois majoritaires et minoritaires dans toutes les régions du pays. Si on tient vraiment à suivre le modèle belge, on pourrait faire de Montréal - la seule métropole vraiment bilingue au Canada - "la Bruxelles de l'Amérique du Nord". Toutes les institutions communautaires viendraient s'y installer, contribuant ainsi à régler notre problème de chômage...

Trêve de plaisanteries, l'ensemble du discours de Stephen Harper est audacieux, tout à fait orthodoxe et vraiment courageux. Il mérite mieux que les sarcasmes de Paul Martin et de ses marionnettes ministérielles : le premier ministre ne s'est pas grandi, mardi, aux Communes. Lui aussi parlait d'ouverture au Québec lorsqu'il avait besoin de ses votes pour devenir chef du Parti libéral. Maintenant qu'il est chef du gouvernement du Canada, il parle comme Jean Chrétien et n'est que la pâle copie de Pierre Elliott Trudeau.

Le discours de Stephen Harper est audacieux parce que la majorité des membres de son parti et lui-même sont originaires de l'Ouest. Là-bas, on aime bien parler de fédéralisme asymétrique - que même Trudeau a reconnu en donnant aux provinces productrices de pétrole et de gaz naturel pleine compétence sur les ressources non renouvelables - , mais on reste Canadian first. Par exemple, selon Harper, son premier ministre, Ralph Klein, a refusé de profiter de l'arrangement "asymétrique" que Paul Martin a offert à Jean Charest pour l'administration du régime de santé publique.

Dans l'Ouest encore, on n'a pas oublié le flirt de Brian Mulroney avec les crypto-séparatistes du Québec. Oser, quelques jours après avoir pactisé avec le diable à la Chambre des communes, exposer sa vision du fédéralisme en français, à Québec, au "dîner bleu" marquant le premier anniversaire de son parti, c'était risqué de la part de Stephen Harper. (Je soupçonne d'ailleurs que la rage des "columnists", généralement unilingues, de Toronto, s'explique en partie par le fait qu'ils n'ont rien vu passer et qu'ils ont découvert le texte avec trois jours de retard !) Quand Stephen Harper sera premier ministre, il devra convoquer ses conférences constitutionnelles à Sainte-Rose-du-Dégelis et imposer le français comme langue des débats : il pourra chambarder le fédéralisme canadien de tout son saoul, sans que les Canadiens anglais se rendent compte de rien !

Le discours de Stephen Harper est également tout à fait orthodoxe pour un parti - celui de Cartier et de Macdonald - qui a imposé le fédéralisme comme modèle de gouvernement. Les "rouges" s'y sont opposés et les libéraux s'y opposent encore, par atavisme sans doute ! Les chefs conservateurs modernes, de Joe Clark à Stephen Harper, en passant par Brian Mulroney et Preston Manning, ont toujours été de grands défenseurs de l'autonomie provinciale. Harper n'a-t-il pas suggéré à son premier ministre, Ralph Klein, de suivre le modèle québécois ?

Ces mêmes chefs ont également reconnu le cas particulier du Québec, d'autant plus que la province à elle seule a toujours décidé des fortunes électorales de leur parti : avec deux députés du Québec, donc minoritaire, en 1979, avec 58 puis 63 députés du Québec, donc majoritaire, en 1984 et en 1988, avec un seul député du Québec et donc loin du pouvoir depuis. (Il y eut aussi Jean Charest, entre 1993 et 1998, qui ne put jamais faire élire plus de trois députés dans sa province.)

Ce qu'il y a de rafraîchissant chez Stephen Harper, c'est qu'il ne réagit pas comme un président du Conseil de l'unité canadienne : il ne traite pas les députés du Bloc comme des lépreux, l'expression fédéralisme asymétrique ne lui donne pas de boutons, et si la province de Québec veut s'appeler l'État du Québec et adopter sa propre Constitution, grand bien lui fasse. Le "fédéralisme d'ouverture" de Stephen Harper, c'est la capacité d'écouter avant de condamner.

Le comportement du chef du nouveau Parti conservateur est aussi courageux car c'est un chef menacé qui, en tendant la main au Québec, pourrait être emporté dans la géhenne où les Canadiens anglais enverraient volontiers leurs compatriotes francophones. Hier, des députés et même des collaborateurs de Stephen Harper ont commencé à nuancer ses propos : "Ce ne sont que des idées" disait l'un, qui peuvent "ne jamais se rendre nulle part", ajoutait une autre.

En fait, Harper pourrait couler avec ses idées trop généreuses pour le Québec. Des organisateurs du Canada anglais n'ont pas oublié qu'après les débats télévisés de la dernière campagne électorale, la proportion de Canadiens qui voyaient leur chef premier ministre n'a cessé de chuter, d'un point de pourcentage ou plus par jour. Et en août dernier, le même type de sondage, réalisé par la firme SES Research, suggérait que 16 % des Canadiens pensent que Harper ferait un bon premier ministre, comparativement à 36 % pour Paul Martin.

Ne nous faisons pas d'illusions : si la même perception demeure, à savoir que les Canadiens ne croient pas que Stephen Harper ferait un bon premier ministre, il lui arrivera la même chose qu'à Joe Clark et à Preston Manning : on le remplacera par un gagnant.

Tant il est vrai qu'il ne suffit pas d'être généreux pour le Québec et les francophones de l'extérieur du Québec pour réussir en politique au Canada. Mais c'est tout à l'honneur de Stephen Harper de prendre ce "beau risque"...

Mvastel@lesoleil.Com





PM threatens 'one Canada,' Liberal says: Asymmetrical federalism

Robert Fife , with files from Anne Dawson, Mark Kennedy, CanWest News Service
National Post October 21, 2004 Thursday

OTTAWA - Prime Minister Paul Martin is facing an internal uprising from arch federalists within the Liberal caucus who fear he is abdicating Canada's control over international relations to curry favour with Quebec and the other provinces.

Senator Terry Mercer, a confidant of Jean Chretien and former national director of the federal Liberal party, said yesterday Mr. Martin is taking the country down a "slippery slope" in giving unprecedented clearance for Premier Jean Charest to accompany his French counterpart on a trade mission to Mexico.

Mr. Mercer warned that the Trudeau-Chretien vision of "One Canada" is being jeopardized by Mr. Martin's embrace of so-called "asymmetrical" federalism espoused by Quebec nationalists led by former separatist and Transport Minister Jean Lapierre.

"We were the party of national unity and while I am a huge fan of Jean Charest and his Liberals in Quebec, I'm just very concerned that the message we are sending is that provincial premiers can go off and participate in international conferences," Mr. Mercer said in an interview. "You can't give this authority away."

Liberal MP and former Chretien Cabinet minister Maurizio Bevilacqua also came out swinging against Mr. Martin's new federalism that promotes a role for Quebec on the international stage.

"We as Canadians need to recognize who speaks for Canada," the Toronto-area MP told reporters yesterday. "In my world, it's the federal government.... That is our domain and it should stay our domain and there should be really no opening in that area."

While in Mexico next month, Mr. Charest and French Prime Minister Jean-Pierre Raffarin are scheduled to meet Mexican President Vicente Fox, setting a precedent for Quebec, which has long sought to represent itself on the world stage on a par with other nations.

Mr. Mercer said the Charest-Raffarin trip could come back to haunt Canada if the Parti Quebecois returns to power.

"People need to ask the question: What would happen if Mr. Parizeau or Mr. Landry or Mr. Landry's successor were premier of Quebec and we set this precedent and we can never seem to go back. If we get on this slippery slope, I'm not sure what is at the bottom of the slippery slope," he said.

Intergovernmental Affairs Minister Lucienne Robillard was unable to say yesterday whether the government would cede its jurisdiction over foreign affairs to a separatist premier as it did with Mr. Charest.

She referred all questions to Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew, who also refused to answer Mr. Mercer's query about the loss of federal control over Canada's foreign affairs.

"I don't answer hypothetical questions," Mr. Pettigrew said.Mr. Bevilacqua said no premier should be speaking for Canada.

"My point is, and I want to make sure it's very clear -- that in my world, in my politics, the federal government and the prime minister or a minister of the federal government are the people that speak on behalf of Canada."

Mr. Mercer said Mr. Martin's asymmetrical federalism is far more worrisome than Conservative leader Stephen Harper's flirtation with Belgian federalism.

"I am concerned that the Harper thing is going to distract us because it's funny and he's an easy target. He's shown he's a bit of goofball on national unity. He doesn't understand Canada and he doesn't understand Belgium either," Mr. Mercer said.

Some Tory MPs were privately fuming over Mr. Harper's Belgium speech and said their phones were ringing off the hook over it.

For his part, Mr. Harper took more ribbing from Liberals in the Commons and then suggested he was also looking at Spain for "new ideas" on federalism.

Admitting he had never been to Belgium, he said, "I talked obviously about one concept in Belgium. We've had a symmetry concept coming out of Spain.... If we're going to debate these things it's time we had some new ideas in this country."

Asked about the negative response from his caucus, he said: "It's always a leader's prerogative to announce some ideas and kick- start some national discussion. That's the approach we took here and we're moving forward."

(Ottawa Citizen)





Harper idea puzzles local Belgians: Increased bureaucracy feared; 'Mr. Harper should try living in Belgium a while before he talks,' expat says

MICHELLE LALONDE, The Gazette
The Montréal Gazette October 21, 2004 Thursday

Federal Conservative leader Stephen Harper's suggestion that Canada should imitate Belgium by setting up new government structures based on linguistic groups has some Belgian-born Montrealers shaking their heads.

"Mr. Harper should try living in Belgium a while before he talks," said Eric Le-housse, owner of Le Petit Moulinsart, a Belgian restaurant in Old Montreal.

"There are so many levels of government; if you took away all the people who work for the governments and the ministries, Belgium would be empty. It is a country where there are more civil servants than workers. That's a caricature, of course, but it's not far from the truth."

In a speech to party supporters in Quebec City Friday, Harper suggested a Conservative government might look at giving some federal powers to new community institutions representing French- and English-speaking Canadians.

Belgium has three distinct founding linguistic communities: Flemish, French and German-speaking.

It is also divided into three geographic regions: the Flemish Region where only Flemish is spoken, the Brussels-Capital Region where both French and Flemish are spoken, and the Walloon Region where only French is spoken.

The top level of government comprises three elected bodies: the Federal State, the Communities and the Regions. The Regions deal with such territorial matters as urban planning and employment. The Communities deal with issues related to language protection, culture and education. The Federal State assumes the rest of the federal functions, including foreign affairs, national defence, justice, finance, social security and most public- health responsibilities.

Below this three-pronged top level of government, there is a second, two-pronged level comprising the 10 provinces and the 589 municipalities.

"One of the reasons my father left Belgium 30 years ago was that we paid far too much in taxes," said Andre Dries, another Belgian-born Montrealer, who owns L'Actuel, a Peel St. restaurant.

Dries said he considers the government apparatus and taxes to be heavy enough in Quebec, and would not like to see more.

But others defended Belgium's system, saying it reconciles regional and cultural identities.

"Belgium is an extraordinary case and, until proven otherwise, I would say it is a federal system that works very well," said Jean Marc Urbain, a project director with L'Agence Quebec Wallonie Bruxelles pour la jeunesse, a Montreal organization working with Belgian and Quebec youth.

Pierre Ansay, Belgian envoy (for the francophone community and the Walloon Region) to Quebec City, said the Belgian system is "considerably more complex and more elegant than what Mr. Harper has indicated."

He noted that in Belgium there is no constant bickering about federal and territorial powers because the clear separation of powers makes it impossible for the federal government to nose into regional affairs or for regional governments to "opt out" of federal programs.

"This makes Belgian federalism profoundly original and a unique example in the world," he said.

But political scientist Louis Massicotte of the Universite de Montreal said the Belgian model has yet to prove itself, and puts Belgium on his top-10 list of federations most likely to fracture.

"It is not the most encouraging model we could choose," Massicotte said.

"I'm guessing that what appeals to Mr. Harper is the fact that two of the three territories in Belgium are rigorously unilingual."





Biotechnologies

Trois nouveaux fonds pour biotechs émergentes

Guy Paquin
Les Affaires samedi 23 octobre 2004

Dans l'attente de l'éventuel fonds mixte public-privé qu'elle réclame, l'industrie des biotechs bénéficiera de trois nouveaux fonds qui compenseront la disparation de certains fonds publics. Ils seront voués aux entreprises de haute technologie nées dans les universités québécoises et aux stades du prédémarrage et du démarrage. Deux de ces fonds ont déjà bouclé leur montage financier, et un troisième y travaille.

MSBI (pour universités McGill, Sherbrooke, Bishop et Innovation) couvre le même territoire que l'Office of Technology Transfer de l'Université McGill. Ce fonds est très original, et de plusieurs façons. D'abord, ses coffres sont fort bien garnis : il dispose de 46 M $. Ses fondateurs, des financiers professionnels, y ont mis du leur et ont su attirer une société de capital-risque du groupe Desjardins, Capital Régional Desjardins, qui a mis 10 M$ dans la cagnotte, et le Fonds de solidarité FTQ avec 10 M$ additionnels.

Il se distingue ensuite par son style de gestion, très éloigné de ce qui se voyait encore récemment dans les sociétés de valorisation de la recherche universitaire. Sa gestion s'inspire du modèle américain du capital de risque dans le secteur de la haute technologie, où les gestionnaires sont associés au risque financier et à sa rémunération, le cas échéant.

On n'y investit pas au compte-gouttes non plus. "Nous préférons de loin le tir groupé au saupoudrage", confirme Cédric Bisson, un des administrateurs du nouveau fonds et spécialiste des dossiers biomédicaux. MSBI est très sélectif et sa vérification au préalable se termine souvent par un refus.

Mais quand c'est "oui", c'est un gros oui. Ainsi, quand Resonant Medical est arrivée aux derniers stades du développement de son premier produit, MSBI a allongé 12,4 M $ sans sourciller. Resonant a mis au point un appareil d'imagerie pour salles de radiothérapie permettant de mieux cibler les tissus tumoraux.

De son côté, la société de valorisation de l'Université Laval, Sovar, a trouvé en septembre 2004 de quoi financer des entreprises débutantes pour les cinq prochaines années. Elle a su convaincre la Banque de développement du Canada et Fondaction de verser un total de 12,5 M $ dans sa tirelire.

"Nous croyons être en mesure de lancer de trois à cinq nouvelles entreprises par an pendant cinq ans", prévoit son président et directeur général, Pierre Pedneau. Il spécifie que la moitié des sociétés seront du domaine des sciences de la vie. Depuis les quatre dernières années, Sovar a lancé 11 entreprises avec la même proportion de biomédicales.

L'analyse des dossiers se fera en parallèle, l'équipe de Sovar et celle de la BDC se partageant le travail pour raccourcir le temps d'examen. "Il faut dépasser le stade du trop peu, trop long et trop tard dans lequel nous barbotons depuis ...trop longtemps."

Précisons que le fonds Sovar est ouvert, et que tout autre investisseur pourra être sollicité quand le jeu en vaudra la chandelle.

Second fonds CQVB

Jean-Maurice Plourde est un irréductible du financement des entreprises de biotechnologie. Le président-directeur général du Centre québécois de valorisation des biotechnologies se prépare à lancer un second fonds qu'il veut doter de 50 M $ pour travailler aux toutes premières étapes de la vie des entreprises. Contrairement aux deux fonds précédents, il ne se fixe pas de limites territoriales hormis celles du Québec.

"Je crois que les sociétés de capital-risque seront intéressées à regarnir leur pipeline en amont, sans avoir ellesmêmes à se livrer à l'examen des dossiers. La logique veut que pour qu'elles aient de bonnes cibles d'investissement en sciences de la vie aux stades plus avancés, il est normal qu'elles participent à la création de start-up."

Et le fonds mixte?

Qu'en est-il du fonds mixte public-privé réclamé à cor et à cri par l'industrie biotechnologique depuis que Jean Charest a gelé les sociétés publiques de capital de risque ? Ce fonds doit aussi investir aux stades précoces de la vie des entreprises.

Montréal International, sous la houlette de Michel Leblanc, a organisé une rencontre entre le ministre des Finances, Yves Séguin, et des leaders du milieu. Luc Vachon, président de BioQuébec, y était.

"Nous n'avons pas une réponse claire en ce qui concerne le fonds, mais il y avait devant nous une personne attentive et montrant une ouverture et une volonté certaines de trouver des solutions pour le moyen et le long termes."

Pierre Pedneau, quant à lui parle de "bonne oreille" et mentionne le ministère du Développement économique régional et de la Recherche.

dossiers@transcontinental.ca





Bouclier antimissile

Les relations canado-américaines dans la tourmente

Albert Legault : Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en relations internationales de l'Université du Québec à Montréal
Le Devoir jeudi 21 octobre 2004

En matière de politique étrangère, la défense constitue l'un des éléments les plus normatifs auxquels tous les gouvernements ont à faire face. Dans les années 60, le premier ministre Trudeau a flirté avec l'idée d'un neutralisme à la suédoise, sans succès, mais il a réussi à faire diminuer de moitié nos troupes en Europe.

Durant les années 50, le gouvernement Diefenbaker s'est fait refiler l'accord NORAD, qu'il a paraphé, sous pression certes, mais sans trop véritablement savoir ce qu'il signait. On le saura plus tard lorsque les États-Unis diront aux Canadiens qu'ils devaient s'engager à accepter que des têtes nucléaires équipent leurs forces militaires.

Durant les années 80, dans la foulée d'une étude JUSCAD (Joint US Canadian Air Defense) dont le contenu, à ce que nous sachions, est toujours secret, le gouvernement canadien a renouvelé sa participation au NORAD de crainte que les États-Unis ne fassent cavalier seul. En effet, la US Air Force voulait créer son propre commandement de la défense aérienne tactique (Tactical Air Command), ce qui aurait dissocié le Canada du cadre institutionnel privilégié du NORAD.

Aujourd'hui, les États-Unis veulent poster des sentinelles automatiques de l'espace en Alaska et ailleurs pour intercepter tout missile balistique menaçant son territoire. Or, en la matière, le Canada aurait peut-être intérêt à savoir exactement ce qu'il veut.

Les bons et les mauvais mensonges

Le projet de bouclier antimissile est truffé d'idées fixes bien connues. En premier lieu, il consacrerait - et c'est la seule chose importante - le pouvoir dominateur des États-Unis. En effet, Washington entend protéger sa capacité de projeter ses forces à l'étranger, c'est-à-dire refaire un Irak bis, en découdre avec la Corée du Nord si les circonstances les y obligent et pourquoi pas aussi avec l'Iran si ce pays succombait un jour à la tentation nucléaire avec tous les effets déstabilisateurs qu'une telle entreprise aurait sur l'ensemble d'un Moyen-Orient déjà fragilisé et malmené (voir «La tentation nucléaire de l'Iran» à l'adresse http://www.er.uqam.ca/nobel/cepes/).

Bien! Aucun président américain ne peut renoncer à une telle présomption d'invulnérabilité, encore que personne ne soit en mesure de dire si oui ou non un tel système serait efficace. Après tout, ils réussissent encore à vendre à leurs alliés des missiles Patriot, de meilleure qualité, il est vrai, que ceux tirés durant la première guerre du Golfe, où le taux de réussite a été de quatre véritables interceptions sur 44. Les essais antimissiles ne sont guère plus reluisants: c'est moitié-moitié. En outre, les États-Unis sont libres de déterminer leur destinée militaire comme ils l'entendent. On peut être en désaccord avec eux ou non. Ça ne changera cependant rien à leur décision.

En deuxième lieu, les États-Unis planchent depuis 50 ans sur la défense antimissile et vont continuer de le faire. Il y va du maintien de leur supériorité stratégique, du développement de technologies nouvelles et de leur volonté de conserver leur statut d'unipolarité militaire.

En dernier lieu, la civilisation nord-américaine, si tant est que la chose existe, sombre depuis très longtemps dans l'«ivresse technologique». Or, en la matière, rien n'indique que notre voisin du Sud ait tant soit peu l'intention d'avoir recours à d'autres méthodes pour assurer sa sécurité à l'avenir.

Il existe toutefois bien d'autres mauvais mensonges. Prétendre que le NORAD est indispensable au projet de bouclier antimissile est une fausseté vérifiée. Les États-Unis n'en ont que faire car ils peuvent fort bien se tirer d'affaire seuls. Aucun système d'alerte précoce contre une menace balistique n'est situé au Canada. Les BMEWS (Ballistic Missile Early Warning Systems) sont installés en Alaska, à Thulé (Groenland) ou encore à Fylingdales (Angleterre), et plusieurs de ces systèmes sont en voie d'upgrading ou d'amélioration. Le Canada n'y est pour rien. Nous avons d'ailleurs participé par le passé au repérage d'objets dans l'espace avec des caméras Baker-Nunn, mais nous nous sommes retirés de cette entreprise. Les États-Unis ont même déjà songé à s'adresser au Maroc pour tenter de remplacer le Canada dans cette tâche.

La seule détection qu'assure le Canada depuis l'espace et celle qu'il tire de ses satellites SAR (Synthetic Aperture Radar). Or ceux-ci sont trop hauts sur orbite et ne disposent pas d'une capacité de discrimination suffisante en temps réel pour pouvoir être utilisés à des fins de pistage de trajectoire balistique. Le Canada ne participe pas non plus à des missions de détection balistique à partir de bâtiments maritimes américains, dont certains sont dotés de puissants radars à pulsions phasées. La conclusion est simple: le Canada n'est pas dans la course de la détection précoce de missiles balistiques. Cette tâche est entièrement réservée aux Américains.

Pourquoi alors cette obstination à présenter le NORAD comme une bouée de sauvetage institutionnelle entre le Canada et les États-Unis (voir l'article de Stéphane Roussel dans Le Devoir du 25 septembre)? Tout simplement parce qu'un amendement du 5 août dernier étend désormais au NORAD en temps réel la fonction d'alerte antimissile, autrefois réservée au Space Command. Autrement dit, le Canada bénéficierait désormais de toute l'information nécessaire s'il s'avisait de participer au bouclier spatial avec les États-Unis.

Le communiqué du 5 août est cependant loin de dire toute la vérité. En réalité, le Japon, l'Australie, le Japon, la Grande-Bretagne et bien d'autres pays s'intéressent à la défense antimissile. Toute une série d'accords bilatéraux est en train d'être tissée entre Washington et ces pays. Le Canada a donc frémi à l'idée d'être laissé pour compte et a préféré dans ces conditions laisser une porte ouverte à une coopération bilatérale renforcée avec les États-Unis.

Une menace lointaine?

Cet amendement «sauvegarde et soutient le NORAD», nous apprend le ministre Pierre Pettigrew, «indépendamment de la décision qui sera éventuellement prise par le gouvernement du Canada». Mais où donc se situe la menace pour le Canada? Un missile tiré de l'Iran ou de la Corée du Nord contre les États-Unis n'effleurerait guère l'espace extra-atmosphérique au-dessus du territoire canadien.

Dans le cas d'un missile nord-coréen, un simple examen des trajectoires balistiques à énergie maximum - celle qui, pour un angle d'inclinaison de 23 degrés, donne la trajectoire la plus longue - indique que l'interception pourrait se faire depuis l'Alaska mais non au-dessus du territoire canadien.

Quant à un missile iranien, l'interception devrait pouvoir se faire à partir de plate-formes maritimes AEgis, sises dans la région de l'Atlantique Nord. Peut-être survolerait-il une partie du territoire du Labrador ou de Terre-Neuve, mais il est probable que l'interception pourrait avoir lieu avant qu'il n'atteigne ce point de passage plus ou moins obligé si la ville de New York était visée.

Le Canada ne peut donc sérieusement retenir de telles hypothèses comme une menace dirigée contre lui. À court terme, rien ne presse. À long terme, les choses sont différentes. Si les menaces se multiplient et que des pays se dotent de missiles plus perfectionnés, alors des trajectoires modifiées pourraient emprunter l'espace extra-atmosphérique canadien. Il serait bon, dans ces conditions, de connaître le nombre d'intercepteurs américains qui seront tirés au-dessus du territoire canadien, d'en connaître les trajectoires, de connaître leurs points d'impact et de limiter les dégâts qui pourraient résulter des retombées en débris, surtout s'ils contiennent encore - à la condition que tout n'ait pas été volatilisé dans l'espace - des matières radioactives ou autres substances dangereuses.

Le Canada serait bien vu de savoir ce qu'il veut. La question se résume à trois éléments: - ne pas se précipiter; - limiter au minimum sa participation au financement du système si jamais, d'ailleurs, on la lui réclame; - prévoir des mécanismes conjoints non seulement pour répondre à une alerte précoce et soutenue avérée mais aussi pour mettre en oeuvre toute opération post-interception.

Dans ces conditions, il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon coeur. Le bouclier spatial est une entreprise purement américaine et le Canada n'y joue aucun rôle. Il devient cependant un problème canadien du jour où l'essentiel des choses pourrait se passer au-dessus du territoire canadien. Nous n'en sommes pas là et il n'y a pas péril en la demeure.

Cependant, il apparaît tout à fait naturel que le Canada ne soit pas laissé pour compte. D'autant qu'il risque d'être le premier à subir des dommages sur son territoire si des intercepteurs entrent en action. Il n'est pas nécessaire d'appartenir à une «coalition d'idiots» (d'après la déclaration de la députée Carolyn Parrish!) pour comprendre l'essentiel de ce qui se joue entre les deux capitales!

Enfin, en guise de réponse et de contre-argumentation à tous ceux qui s'inquiètent de l'«armage», de l'«arsenalisation» ou de la «militarisation» éventuelle de l'espace, concédons que si d'aventure un tel système devenait opérationnel et fonctionnel, il aurait pour effet de rendre complètement désuet le système actuellement envisagé par les États-Unis.

Dommage que les États-Unis ne soient pas tout-puissants. Ils pourraient ainsi se passer du Canada... En réalité, c'est bien ce qu'ils ont menacé de faire, mais le Canada estime à juste titre qu'il n'est pas de son intérêt d'être ainsi effacé du tableau stratégique nord-américain. Pas pour l'instant du moins. D'autant que tous les aspects de la défense continentale, comme l'a correctement souligné Jean Bériault dans Le Devoir du 7 octobre, deviennent intimement liés en un faisceau de responsabilités indissociables.





Ce qui sépare vraiment l'Europe de l'Amérique

Zaki LAÏDI *
Le Figaro jeudi 21 octobre 2004

Une très large frange de l'opinion européenne souhaite la victoire de M. Kerry, tant l'impopularité planétaire de M. Bush n'est plus à démontrer. Mais en même temps, personne ne pense sérieusement qu'une hypothétique victoire de M. Kerry changerait fondamentalement les données de l'équation américaine mondiale.

D'où cette question que tout le monde se pose mais à laquelle personne ne parvient à répondre clairement : Qu'est-ce qui nous sépare de l'Amérique ? Un conflit de politiques qui s'éteindra avec le recul ? La défaite des néoconservateurs ? Ou bien, avons-nous affaire à un conflit de fond, qui oppose les deux rameaux d'une même civilisation ? En d'autres termes, sommes-nous dans le registre d'un conflit d'intérêts classique ou d'un divorce historique lié à un conflit de valeurs ?

En fait, s'il est difficile de répondre à cette question, c'est tout simplement parce que le conflit euro-américain est plus qu'un conflit d'intérêts et moins qu'un conflit de valeurs. C'est avant tout un conflit de vécus politiques. Nous sommes dans des phases historiques différentes et nous appréhendons le monde de manière différente. Cette différence ne tient pas au fait que nous soyons des pacifistes bêlants quand les Américains seraient des réalistes agressifs. Le fond de l'affaire est que les Européens ont épuisé leur besoin d'Empire et que, de manière lente, chaotique et contradictoire, ils sont en train d'inventer une nouvelle forme de souveraineté politique qui est la souveraineté partagée.

Ce n'est pas, comme le pensent les souverainistes, l'abandon pur et simple de la souveraineté au profit d'un super-État bruxellois. C'est un concept plus complexe, plus difficile et plus exigeant qui consiste à dire qu'il faut accepter de partager sa souveraineté avec les autres pour pouvoir la récupérer individuellement. Car la souveraineté, aujourd'hui, ce n'est pas le simple contrôle d'un territoire dont l'étanchéité devrait être garantie. Etre souverain aujourd'hui, c'est au fond avoir les ressources pour maximiser le bien-être de la collectivité politique à laquelle on appartient. Or, pour maximiser ces ressources, il faut commencer par les partager.

Un exemple le prouve : si, au plan commercial, nous faisons jeu égal avec les Américains, c'est parce que nous avons accepté le principe de partage de souveraineté : il n'y a plus de politique commerciale nationale mais la France, comme les autres pays, bénéficie des retombées d'une politique commune. Certes, on dira que le commerce est quelque chose de différent. Peut-être. Mais on observe aujourd'hui que les opposants à Maastricht et les pourfendeurs de l'euro en viennent à parler de l'euro comme d'un instrument de la puissance européenne.

Ce qu'il faut voir, c'est que la souveraineté partagée n'est pas seulement une pratique ; c'est, d'une certaine manière, une philosophie de l'action politique qui se décline dans trois domaines : celui de l'autonomie des États, celui de la légitimité internationale, celui, enfin, de la sécurité. Or sur ces trois plans, les divergences avec l'Amérique sont désormais profondes pour plusieurs raisons.

La première est que les États-Unis sont un pays fédéral dont le fédéralisme n'a rigoureusement rien à voir avec celui de l'Europe. En termes de compétences, par exemple, il y a des compétences fédérales et des compétences étatiques, mais pas de compétences partagées entre l'État fédéral et les États américains. Or le modèle européen est de plus en plus construit sur le modèle des compétences partagées entre Bruxelles et les États européens. Les Américains ont en réalité une vision beaucoup plus classique de la souveraineté des États que les Européens. Et c'est pour cette raison qu'ils sont farouchement hostiles à toutes les problématiques de gouvernance mondiale qui reposent sur l'idée que la souveraineté nationale n'est pas un absolu.

Les deux illustrations les plus fortes de cette différence ont été le protocole de Kyoto et le traité de Rome portant création de la Cour pénale internationale. Il est intéressant de voir que M. Kerry n'a pas l'intention de faire évoluer la position américaine sur ces deux sujets. Les Américains «absolutisent» la souveraineté alors que nous, nous la relativisons. Cela dit, on peut avoir deux regards sur le monde et s'entendre a minima. C'est ce que l'on peut espérer d'une nouvelle Administration américaine.

Ce rapport différencié à la souveraineté a une conséquence tout aussi forte sur le rapport à la légitimité. Parce qu'ils ont une longue expérience coloniale derrière eux, les Européens savent clairement que dans un monde globalisé, la construction de la légitimité internationale relève d'une démarche collective dans laquelle le monde non occidental joue et jouera un rôle croissant. Le scénario de la légitimité mondiale ne peut plus s'inscrire sur le mode d'un script hollywoodien, mais plutôt sur celui de «l'auberge espagnole».

Ce n'est donc pas en refusant de ratifier Kyoto, le traité de Rome ou la charte des droits de l'enfant que l'on créera un socle de valeurs communes. Dans cet ordre d'idées, il est faux de vouloir disqualifier l'Europe en prétendant qu'elle aurait peur de faire la guerre. Simplement les Européens, plus que les Américains, croient d'une certaine manière que la légitimité internationale ne peut pas être intégralement indexée sur la puissance et la force. Certains railleront cela en estimant que les Européens ne sont que des kantiens attardés. Mais les faits sont là. En matière de lutte antiterroriste, par exemple, il n'a jamais été prouvé que les Américains étaient plus efficaces que les Européens. On peut même penser le contraire.

Il existe enfin une troisième différence qui tient au rapport différencié que les Européens ont à la sécurité. Dans l'affaire irakienne, les États-Unis sont partis de l'idée que leur sécurité était en jeu. Outre le fait que cette hypothèse a été largement démentie par les innombrables rapports américains sur les armes de destruction massive, il est frappant de voir que les États-Unis n'acceptent pas l'idée qu'il y ait des conceptions de la sécurité différentes de la leur. Il faut certes lutter contre les armes de destruction massive. Mais il faut aussi se demander pourquoi certains pays cherchent à s'en doter. On peut naturellement se dire mécaniquement que ces programmes sont menés par des régimes dictatoriaux qui cherchent ainsi à se protéger. Dans certains cas comme celui de la Corée, l'adéquation est forte. Mais il n'est pas sérieux de voir la prolifération comme une pathologie. Au Proche-Orient, par exemple, il est totalement irréaliste de croire que le problème de la prolifération se réglera par la force. Ou bien, là comme ailleurs, de vouloir dicter à un pays ce que sont ses intérêts véritables.

L'exemple turc est emblématique. A aucun moment, les États-Unis n'ont tenu compte du fait que les Turcs avaient de leur sécurité une vision différente de la leur. Et c'est la raison pour laquelle la volonté des Turcs de coller encore plus à l'Europe s'est considérablement accrue depuis la guerre d'Irak. Un observateur américain disait récemment que le soft power européen influencerait de manière décisive le passage à la démocratie de la Turquie, tandis que le hard power américain avait détruit l'Irak. Le commentaire est probablement trop simple pour être totalement crédible. Mais il doit nous convaincre que l'Europe, avec ses immenses carences et ses contradictions, n'est pas aussi inefficace que l'on veut nous le dire.

L'autre exemple nous vient de Russie. Poutine a fini par accepter de faire ratifier, par la Douma, le protocole de Kyoto. Au regard de la tragédie de Beslan, le résultat peut paraître dérisoire. Mais si l'Europe n'a pu empêcher Beslan, elle est malgré tout parvenue à contraindre la Russie à ratifier Kyoto en échange de son entrée à l'OMC. Le protocole peut désormais entrer en vigueur.

Il ne faut naturellement pas surestimer ces gains politiques de l'Europe. Mais on aurait tort de les sous-estimer. Si Kerry accède à la présidence, il ne fait guère de doute que la politique américaine connaîtra des inflexions, tout simplement parce que les États-Unis ont découvert que la puissance était irrémédiablement soumise à la loi des rendements décroissants. Si, en revanche, Bush est reconduit, le statu quo l'emportera. Les inflexions auront nécessairement lieu, mais elles ne seront pas assumées.

En vérité, le monde attend que les États-Unis concèdent qu'ils sont allés trop loin dans la voie de l'unilatéralisme. Cette concession, toujours délicate à faire pour une grande puissance, Kerry pourra la faire plus aisément que Bush. C'est à la fois la seule et la plus fondamentale des différences qui les sépare.

* Politologue au Ceri et auteur de La Grande Perturbation (Flammarion 2004).





Faut-il rendre l'apprentissage de l'anglais obligatoire dès le CE2 ?

Virginie Malingre
LE MONDE | 21.10.04 |

Le rapport Thélot, constatant la dégradation du niveau des jeunes Français, proposait d'apprendre à tous les élèves un "anglais de communication internationale". La proposition, soutenue par le premier ministre, heurte les défenseurs de la francophonie, les syndicats et même les anglicistes.

Rendre l'anglais obligatoire à l'école, au même titre que le français ou les mathématiques. Jean-Pierre Raffarin y est favorable. Le premier ministre l'a clairement dit : c'est l'une des propositions de la commission du débat national sur l'avenir de l'école présidée par Claude Thélot (Le Monde du 14 octobre) qu'il compte reprendre. Celle-ci considère que tous les Français devraient maîtriser, au terme de leur scolarité, ce qu'elle appelle "l'anglais de communication internationale".

Dès lors, elle propose qu'il leur soit enseigné dès le CE2, l'élève pouvant ensuite choisir sa seconde langue vivante en 5e. A écouter Matignon, donc, cette réforme a de fortes chances de figurer dans la prochaine loi d'orientation sur l'école, annoncée pour la fin de l'année. Et les arguments ne manquent pas. Non seulement, aujourd'hui, 97 % des élèves ont appris volontairement l'anglais pendant leur scolarité. Mais en plus, ils l'apprennent mal : leur niveau est médiocre et ne cesse de se dégrader.

Dans les faits, l'affaire est loin d'être conclue. Les déclarations de Jacques Chirac à Hanoï, le 7 octobre, auraient pu inciter M. Raffarin à plus de prudence : "Rien ne serait pire pour l'humanité que de progresser vers une situation où l'on ne parlerait qu'une seule langue", a déclaré le chef de l'Etat, qui a toujours défendu " la diversité culturelle et la richesse des langues". "Il n'est pas exclu que cette question soit un point d'arbitrage. Il faut entendre les points de vue", commente-t-on à l'Elysée. Car une telle mesure rencontrerait de fortes résistances aussi bien du côté de la francophonie la plus traditionnelle, qui a des relais importants au sein du Parlement - notamment chez les souverainistes, mais pas seulement - que d'une partie du monde enseignant.

"C'est une faute stratégique. L'anglais est aujourd'hui la langue la plus parlée, mais ça ne va pas durer. Le poids de l'espagnol va encore monter aux Etats-Unis. Celui du chinois et du japonais aussi", estime Jacques Myard, député UMP des Yvelines. Qui ajoute : "S'il faut rendre une langue obligatoire, que ce soit l'arabe. En 1914, les officiers français apprenaient l'allemand, ils avaient raison."

Moins provocateur, Bruno Bourg-Broc, député UMP de la Marne et président délégué de la section française de l'Assemblée parlementaire de la francophonie (APF), qui rassemble 60 sénateurs et 90 députés, n'en est pas moins opposé à la proposition Thélot : "Le gouvernement ne peut pas parler de diversité culturelle et imposer l'anglais à l'école. Quand Claude Thélot affirme que ne pas être capable de parler anglais est un handicap majeur dans le cadre de la construction européenne, il commet un véritable contresens."

La position est en tout cas difficile à défendre à la veille du conseil des ministres franco-allemand qui doit se tenir à Berlin, le 26 octobre. François Fillon, également favorable à la proposition Thélot, y présentera un plan pluriannuel pour la remontée de l'apprentissage de l'allemand en France. Aujourd'hui, seuls 7,9 % des collégiens choisissent l'allemand en première langue, et 13,5 % en seconde langue, à partir de la 4e. Et même si le Land de Bavière a fait de l'anglais une matière obligatoire, le premier partenaire commercial de la France aura du mal à voir une cohérence entre le plan du ministre de l'éducation et son souhait de voir tous les petits Français apprendre l'anglais.

Les régions frontalières avec l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne ne devraient pas non plus apprécier. Aujourd'hui, tous cycles confondus, 43,8 % des élèves alsaciens apprennent l'allemand, et 50,2 % l'anglais. "Et que vont devenir les langues régionales, comme le corse ou le breton ?", s'interroge Jacques Legendre, sénateur UMP du Nord. Auteur d'un rapport en 2003 sur "L'enseignement des langues étrangères", ce proche du chef de l'Etat, dont il était un collaborateur à la Mairie de Paris, estime qu'"il est légitime d'inclure une langue étrangère dans le socle commun de compétences. Mais pas l'anglais. Idéalement, il faudrait d'ailleurs mieux commencer par apprendre une autre langue, car toute une série de facteurs poussent de toute façon à l'apprentissage de l'anglais". Claude Hagège, professeur au Collège de France aurait ainsi souhaité une loi pour interdire l'apprentissage de l'anglais en primaire.

"OBJET NON IDENTIFIÉ"

Les syndicats d'enseignants se soucient également de la diversification des langues. Le SNES, majoritaire dans le second degré, est, pour cela, fermement opposé à la proposition. Le Snuipp, majoritaire dans le premier degré, est plus ouvert : "L'anglais obligatoire, ça s'impose. Mais doit-il l'être dès le primaire ? En première langue vivante ?"

Dans l'entourage de François Fillon, on anticipe les crispations : "Les exclus vont râler. Des professeurs de français qui trouvent qu'il n'y a pas assez d'heures pour leur matière, des professeurs d'allemand qui ont de moins en moins d'élèves..." Sans parler des anglicistes "qui ne veulent pas d'un anglais d'aéroport", y poursuit-on.

A l'inspection générale des langues vivantes, effectivement, on s'offusque de l'opposition implicite que fait Claude Thélot entre "l'anglais de communication internationale" et l'anglais littéraire ou culturel. "Il y a une déterritorialisation de l'anglais que l'école ne peut plus ignorer. Mais l'anglais de communication internationale de M. Thélot est un objet non identifié. S'agit-il de l'anglais parlé par un Slovène à un Espagnol ? C'est absurde. On a tout ce qu'il faut dans les programmes actuels pour répondre à la demande de l'anglais", s'insurge un inspecteur général, qui ne veut pas admettre que l'enseignement d'anglais, tel qu'il est délivré aujourd'hui, n'est pas efficace.

"En choisissant le terme d'"anglais de communication internationale", nous avons voulu rompre avec ce qui existe et qui ne marche pas", explique un membre de la commission, qui parle notamment de l'échec de l'apprentissage des langues vivantes au primaire. "Concrètement, l'anglais de communication internationale n'est pas défini, c'est un anglais flottant", poursuit-il. Un anglais à inventer.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 22.10.04





Last but not least

L'éditorial du Monde
LE MONDE | 21.10.04 |

Voilà une de ces querelles dont raffolent les Français. En proposant de rendre l'enseignement de l'anglais obligatoire à l'école dès le CE2, le rapport de la commission Thélot était assuré de déclencher une belle polémique.

Dès à présent, le premier ministre s'est déclaré favorable à une telle initiative, tandis que l'Elysée, plus sensible à la "diversité" culturelle, se montre plus réservé. Déjà se lèvent la grande armée des défenseurs de la francophonie et les bataillons syndicaux prêts à défendre leurs prés carrés. Parmi les experts et les parents, enfin, chacun a son avis, même si chacun admet que l'apprentissage précoce d'une langue étrangère est un atout dont ne peuvent plus se dispenser ni les jeunes, ni le pays.

Le débat sur l'enseignement des langues à l'école primaire n'est pas nouveau. Lionel Jospin, François Bayrou, Claude Allègre, Jack Lang, tous les ministres de l'éducation nationale l'ont alimenté depuis 1989.

Le résultat est pourtant là : l'initiation aux langues vivantes en primaire relève encore largement du bricolage, faute de moyens humains et matériels ; les performances en langues étrangères des collégiens et lycéens français n'en ont pas profité ; pis, ces dernières années, leur niveau en anglais a eu tendance à baisser, comparé à celui de leurs homologues scandinaves ou espagnols.

Le rapport Thélot a donc le mérite de reposer nettement le problème en faisant de l'enseignement d'une langue étrangère, au même titre que le français ou les mathématiques, un des éléments fondamentaux du socle de connaissances que les élèves doivent acquérir, dès l'âge de 8 ans.

Mais il y ajoute deux propositions qui pourront être ressenties comme deux provocations. D'une part, cette langue étrangère devrait être l'anglais pour tous, soutient le rapport. En dépit des cris d'orfraie que cela provoque déjà, prenons le risque d'affirmer que c'est simple bon sens. 97 % des collégiens et lycéens apprennent déjà volontairement l'anglais. Autant en prendre acte et tenter de gommer, en le généralisant dès le CE2, les inégalités sociales qui permettent aux plus aisés de bénéficier de toutes les formes d'apprentissage privé ("mini-schools", séjours linguistiques, etc.).

D'autre part, le rapport met le doigt là où ça fait mal, en précisant que cet anglais devrait être "l'anglais de communication internationale". Concept mal défini, certes. Mais qui dit assez combien l'enseignement des langues en France sacrifie la capacité de communication et les performances orales au profit d'un enseignement trop classique, parfois compassé et souvent démotivant pour les élèves.

Last but not least, il serait urgent que cette réforme utile soit complétée par une autre, vitale. L'impérialisme de l'anglo-américain provoquerait moins de crispations si les ministres de l'éducation de l'Union européenne s'accordaient sur l'obligation d'enseigner deux langues étrangères dans tous leurs pays. Il y va de l'avenir du français et des autres langues européennes.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 22.10.04

TRIBUNE LIBRE







TRIBUNE LIBRE

L’attentisme

Pierre Trudel
Étudiant de deuxième cycle en finance
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2004

Il y a quelques semaines à peine, c'était sur la patinoire de « l'étapisme » que se déroulaient les débats des militants du Parti québécois. C'est maintenant sur la glace de «l'attentisme » que ces derniers jettent leur dévolu. Certains observateurs de notre paysage politique, à l'instar de beaucoup de détracteurs des souverainistes, se moquent de ce débat qu'ils regardent de haut. Ils l'associent aux autres discussions internes du Parti québécois qui ont, je le concède, parfois des allures vieillottes et ésotériques. Les détracteurs des péquistes s'en gargarisent d'autant plus qu'il se déroule sur fond d'une course au vote de confiance et à un moment critique du mandat du gouvernement Charest, qui regagne des points dans l'opinion publique.

Même s'il est difficile, particulièrement à ce moment-ci et dans les circonstances que nous connaissons, ce débat doit être fait. Si nous savons depuis quatre décennies le « pourquoi » de l'indépendance, si une large majorité d'entre nous s'entendent sur le « comment » et que nous sommes en train de nous donner une définition plus juste du « quoi », nous devons également répondre à la question du « quand ».

Depuis 1995, la stratégie des souverainistes (parce qu'il en faut bien une) a été caractérisée par « l'attentisme ». Nous avons d'abord attendu le leader messianique, celui dont le charisme ferait se bousculer les évènements en notre faveur. Une fois notre messie en place, rien n'avançant, nous avons attendu les conditions gagnantes. Pendant que nous étions en train de bien gouverner, alors que c'était plutôt les conditions perdantes qui s'accumulaient, certains se sont mis à attendre « l'assurance morale ». Ces derniers réunissaient ceux qui attendaient, et attendent toujours, la bourde spectaculaire d'Ottawa, l'arrogance médiatisée d'une poignée de villageois canadien-anglais, le fameux momentum, etc.

Les péquistes ne cessent de répéter que pour faire progresser la souveraineté, il faille en parler. « Sortir, parler, convaincre » disait Bernard Landry. En réalité, depuis la quasi-victoire référendaire, ils n'ont fait qu'attendre que les évènements viennent d'eux-mêmes. Pour qu'à nouveau nous allions au-devant des choses, que nous provoquions les évènements, il va falloir répondre à la question du « quand ».

En ne se donnant pas d'échéancier précis, les péquistes se sont enfermés. Ils ont commencé à se construire des scénarios qu'ils ont modelés à la lumière de leurs rêves et fantasmes. Ils se sont cloîtrés dans des débats souvent ésotériques et éloignés des préoccupations de leurs compatriotes. En se prononçant sur la tenue du prochain référendum, les souverainistes feront enfin face à la musique, ils devront prendre les véritables responsabilités qui incombent aux porteurs de leur noble projet de société.

L'histoire récente nous le confirme, nous n'avons rien gagné à attendre et nous ne devons rester prisonnier de « l'attentisme » plus longtemps. Le marché politique est saturé et notre option, si elle n'a pas régressé, a peu progressé depuis 10 ans : il serait inutile d'espérer largement mieux à court et moyen terme. C'est un mythe de croire, comme le laisse entendre Joseph Facal, que seulement en laissant passer le temps les indécis viendront vers nous et que nos opposants se rendront à nos arguments.

Les forces politiques sont en place, nous connaissons nos alliés et nos adversaires. Nous connaissons nos forces et nos faiblesses, nous avons appris de nos erreurs. Nous pouvons gagner, mais nous savons que nous devons travailler fort. Seul un calendrier référendaire, en provoquant le débat, va remettre chacun des acteurs devant les véritables enjeux et leurs responsabilités qui en découlent. C'est l'unique façon de véritablement coordonner, consolider et déployer nos forces pour parvenir à notre idéal. Il ne sert plus à rien d'attendre, il faut présenter notre plan de match et faire la mise au jeu.




TRIBUNE LIBRE

Vous êtes allé trop loin

Donald Longuépée, Gatineau
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2004

LETTRE OUVERTE À MON PREMIER MINISTRE : MONSIEUR JEAN CHAREST

Je n’ai pas voté pour vous en avril 2003. Mais vous êtes quand même mon Premier ministre. Et malgré nos vues divergentes, j’ai toujours respecté les fonctions que vous occupez.

Mais la semaine dernière, vous êtes allé trop loin. Vous vous êtes attaqué aux étudiants du Québec en augmentant leur endettement de 103 millions de dollars. D’un seul coup de baguette, vous avez transformé ces millions, de bourses en prêts. C’est plutôt au déséquilibre fiscal, illustré par les surplus de 9,1 milliards annoncés durant la même semaine par Ottawa, que vous auriez dû asséner un bon coup de baguette.

En préférant prendre cet argent dans la poche des étudiants plutôt que dans le coffre-fort du gouvernement fédéral, vous rendez-vous compte, monsieur Charest, que vous avez fissuré le lien intergénérationnel au lieu de le cimenter ! Vous aviez une chance unique de dénoncer l’étranglement fiscal d’Ottawa, mais vous avez fait le choix de fragiliser notre jeunesse comme vous l’avez fait en augmentant de 40 % les frais de garderies dans les Centres de la petite enfance. Vous auriez pu défendre avec une passion légitime la souveraineté de notre Assemblée nationale mais vous avez préféré vous conduire comme un allié objectif des arnaques de Paul Martin. En jouant le rôle d’architecte « provincialiste » vous vous faites l’apôtre du « Nation building canadian » et vous placez le Québec en position de faiblesse.

C’est peut-être cela votre géométrie constitutionnelle asymétrique. Pour être franc avec vous, monsieur Charest, Pythagore lui-même n’y comprendrait rien !

À l’heure où le réseau d’éducation doit faire face à un taux important d’études post-secondaires non complétées, à l’heure où nos bibliothèques souffrent de sous-financement et ont besoin d’une urgente cure de rajeunissement, à l’heure où le Québec a un besoin pressant de médecins, d’infirmiers, d’ingénieurs et d’une panoplie de professionnels, vous optez pour la mollesse asymétrique qui va à l’encontre du courage démontré par les Premiers ministres du Québec au cours des 40 dernières années.

À vous user les genoux de pantalon sur l’autoroute Jean-Lesage et sur la 417, dans votre pèlerinage vers Ottawa, ce n’est pas d’un dé ni d’une machine à coudre dont vous aurez besoin, mais de toute une équipe de couturiers. Le rapiéçage a ses limites monsieur le Premier ministre.

Monsieur Charest, votre comportement n’est pas digne de vos fonctions.




TRIBUNE LIBRE

SATANÉ RÉFÉRENDUM

Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2004

Il est navrant de constater que la bisbille au sein du Parti québécois découle de son entêtement à persévérer dans la voie référendaire. Pourtant, depuis le coup de force de 1995, les péquistes savent qu’une troisième défaite sera fatale pour l’avenir du peuple québécois. Aucun échéancier ne peut garantir l’élimination de ce péril. Pourquoi alors cette obsession à tenter d’élaborer un calendrier référendaire qui risque de provoquer l’implosion du parti souverainiste?

La société civile désire la souveraineté, mais ne veut plus d’un référendum face à un adversaire bien décidé à répéter les bassesses que la Commission Gomery est à mettre en lumière. Obtempérer au vœu des Québécois et utiliser le mécanisme électif n’est pas un raccourci, comme osent le prétendre fallacieusement ceux qui s’y opposent. Abandonner la démarche référendaire constitue simplement une réponse à un besoin largement exprimé au Québec. On est donc loin d’une radicalisation du discours souverainiste. Opter pour la voie élective, un outil consultatif et démocratique éprouvé depuis plus de deux cents ans, amènera un soulagement souhaité par la population.

La pression et la tension que l’on observe actuellement au Parti québécois sont finalement inutiles : elles sont le fruit des malversations que le gouvernement fédéral a perpétrées à partir de 1995. Il est grand temps que quelqu’un se lève dans ce parti et dénonce ce subterfuge. La société civile l’a découvert depuis longtemps et essaie d’en aviser les péquistes, au travers des nombreux sondages. N’est-il pas temps de lui faire écho, sereinement?




TRIBUNE LIBRE

Le scrutin proportionnel obtient l'appui de 60% des Québécois

Paul Cliche
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2004

Selon les résultats d'un sondage réalisé par la firme Ad hoc recherche pour le compte du journal Les Affaires, qui en publie les résultats dans son dernier numéro, le scrutin proportionnel obtient l'appui de 60% des Québécois tandis que le scrutin majoritaire actuel n'est le choix que du quart des 520 répondants; 15% sont indécis.

Le même sondage révèle que 67% des Québécois veulent que le gouvernement Charest mette à exécution son projet de réforme du mode de scrutin. On sait que le gouvernement libéral s'est engagé à déposer, cet automne, un projet de loi pour instaurer un système mixte avec compensation où quelque 60% des députés continueraient à être élus au scrutin majoritaire dans des circonscriptions comme jusqu'ici et les autres le seraient au scrutin proportionnel.

De plus, 75% des Québécois veulent que la réforme du mode de scrutin fasse en sorte que tous les partis soient traités avec équité pour qu'ils se voient attribuer le nombre de députés auquel la proportion de votes qu'ils reçoivent leur donne droit. La question posée était ainsi formulée: "Avec le système actuel il est très difficile pour les petits partis de faire élire un député. Il est possible qu'un parti ayant 20% des votes ne réussisse pas à faire élire un seul député. Selon vous, cette caractéristique de notre système électoral devrait-elle être modifiée?"

Enfin, 30% des répondants ont dit qu'il leur était arrivé de faire un choix stratégique; c'est-à-dire de ne pas voter pour le parti ou le candidat qu'ils préféraient de peur que ce vote ne favorise un parti ou un candidat qu'ils n'aimaient vraiment pas.

Ce sondage a été mené du 30 août au 6 septembre .Sa marge d'erreur maximale est de 4,3%, 19 fois sur 20. Pour obtenir plus d'information, consulter le site du journal: LesAffaires.com

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Voir dans le numéro d'octobre/novembre du journal Le Québécois cet article où le politicologue montréalais Henry Milner (qui a été candidat du PQ dans les années 70) affirme qu'une réforme du scrutin proportionnel mixte d'inspiration écossaise permettrait aux partis souverainistes du Québec de s'allier et d'obtenir ainsi une majorité à l'Assemblée nationale. Cela permettait d'enclercher un processsus vers la souverainteté qui aurait beaucoup plus de chances d'être couronné de succès que si le PQ l'entreprenait seul dans un régime électoral majoritaire uninominal à un tour comme actuellement, estime-t-il

Milner pense aussi qu'avec ce système, l'UFP (ou le parti qui pourrait résulter éventuellement de sa fusion avec Option citoyenne) pourrait jouir d'une représentation à l'Assemblée nationale digne de ce nom. Il pourrait ainsi faire pression de façon plus efficace sur les décideurs souverainistes pour qu'ils intègrent plusieurs éléments de nature à mobiliser à nouveau une gauche qui a considérablement déserté le mouvement souverainiste québécois depuis quelques années, et ce , à cause de l'influence totale qu'y exercent les péquistes et les bloquistes. Mais pour que cela se fasse, ajoute-t-il, il faudrait que le PQ accepte d'abandonner son hégémonie sur la conduite du mouvement souverainiste.

Milner craint, par contre, que la réforme du mode de scrutin promise par les libéraux ne se fasse pas parce que leur remontée dans les sondages, combinée aux problèmes internes du PQ, ne les incite à répéter l'expérience de l'élection d'avril 2003 où ils ont obtenu suffisamment de voix (13% d'avance) pour surmonter l'handicap de 5% à 7% (quelque 300 000 votes) qui les afflige vis-à-vis de ces derniers.

Une autre raison qui peut inciter le gouvernement Charest à ne pas présenter sa réforme, explique Milner, est l'opposition manifestée jusqu'ici par la grande majorité de députés péquistes. Ils boudent le processus parce qu'ils pensent qu'une telle réforme ferait en sorte que la réalisation de l'indépendance du Québec serait plus difficile qu'avec le mode de scrutin actuel. "Affirmer une telle chose, ce n'est ni plus ni moins qu'une erreur stratégique" dit le politicologue. Ce dernier renchérit en soutenant que les péquistes qui veulent maximiser ainsi le nombre de sièges péquistes démontrent que ce qui compte avant tout pour eux ce n'est pas l'avenir politique du Québec, mais celui du PQ.

Au contraire, dit-il, l'opposition péquiste devrait collaborer en jouant son rôle de façon contructive , c'est-à-dire en proposant des amendements pour bonifier le projet des libérau afin d'y faire inclure un deuxième vote et l'utilisation de listes, car sans de tels éléments éléments les petits partis seraient considérablement défavorisés, conclut-il. (Il aurait pu ajouter qu'il en serait ainsi pour la représentation des femmes et des communautés ethnoculturelles.)

Pour plus d'information, aller sur le site: www.lequebecois.org




TRIBUNE LIBRE

Causerie sur les Patriotes


TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2004

Mardi le 16 novembre, de 19 à 21 heures, à la Maison Ludger-Duvernay, sise au 82 de la rue Sherbrooke ouest à Montréal (H1X 2X3), Gilles Rhéaume prononcera une causerie consacrée aux Patriotes de 1837-1838 dont novembre est le mois commémoratif.

Pendant deux heures, nous revivrons les principaux moments qui ont marqué cette période parmi les plus déterminantes de notre histoire que les indépendantistes des années soixante du vingtième siècle ont ramené à l’avant-scène de notre imaginaire collectif.

Deux heures avec les Papineau, de Lorimier, Chénier sans oublier les Nelson, les Duvernay et les autres moins connus mais tout autant convaincus de libérer tout un peuple de la servitude étrangère.

Participation suggérée : 8$ RSVP : 514-843 8851 poste 270 (24/24h.)

Le 21 novembre à Saint-Denis

Afin de commémorer la victoire de Saint-Denis, un autobus partira de la Maison Duvernay, vers 9 heures du matin, pour se rendre sur les bords du Richelieu. Le retour est prévu vers 16 heures. Durant le trajet pour se rendre là-bas, Gilles Rhéaume brossera le portrait de Louis-Joseph Papineau tandis que sur le chemin du retour, il fera de même avec George-Étienne Cartier à partir du livre du dernier livre de Micheline Lachance «Lady Cartier». À Saint-Denis, nous ferons une visite commentée du champ de bataille et nous participerons à la messe ainsi qu’à la cérémonie au Monument aux Patriotes.

Participation suggérée : 25$ pour les adultes, 5$ pour les ados et gratuit pour les enfants. RSVP, les places sont très limitées.

Publications :

-«Les violations par le Canada des droits politiques des Québécois», mémoire déposé à l’ONU où le vol du référendum de 1995 est démontré… 5$ frais de port compris.

-Notes sur la Confédération de 1867. 3$ tout compris.

-Comptes rendus de lecture sur des livres consacrés aux Patriotes. 3$ tout compris.

Sur réception de la somme d’argent au 82, Sherbrooke ouest, Montréal, H1X 2X3, les documents vous seront expédiés.

RSVP : 514 843 8851 (24/24h.)




TRIBUNE LIBRE

LE CREDO DE L’UNITÉ À TOUT PRIX DU PQ

Hugo Saint-Hilaire, La Ligue pour l’indépendance du Québec.
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2004

Suite à notre article d’hier et à notre appel à fonder un nouveau parti politique souverainiste, voici ce que monsieur Stéphane Beaulieu, président du conseil exécutif du Parti québécois de Viau, nous a répondu:

« Je suis déçu de voir que vous ne canalisez pas vos énergies positivement.

Vous pouvez critiquer le PQ autant que vous le voulez. Je suis moi-même très critique envers ce parti dans lequel je milite depuis cinq ans. Toutefois, il est irréaliste de vouloir fonder un nouveau parti. La ligue pour l'indépendance du Québec ne fera que diviser nos forces au grand plaisir de nos adversaires.

L'ensemble des forces souverainistes doivent investir le PQ. Le timing est bon. Tout est sur la table en prévision du Congrès national de juin 2005.

Nous aurons à revoir nos structures et nos statuts, renouveler notre programme et clarifier notre démarche menant à l'accession du Québec à son indépendance politique. Nous avons une obligation de résultats. Les souverainistes doivent remporter les prochaines élections pour que le troisième référendum soit le bon. Unis, nous l'aurons notre pays! »

Et voici la réponse que nous lui avons donnée:

« Il est inutile de ressasser tous ces prétextes à ne pas vouloir agir dans l'unité qui ne servent qu'à excuser votre incurie maladive pour l'action. Vous au PQ, vous êtes tellement habitués à errer que vous ne vous en rendez même plus compte! Si au moins vos palabres faisaient avancer les choses, mais vous vous enfoncez depuis longtemps dans le marécage de la confusion. Et malgré les belles répliques articulées de vos représentants, la population perçoit très exactement à travers le brouillard de vos subtilités intellectuelles l'inanité de vos propos.

La Ligue pour l'indépendance du Québec affirme que le PQ a tué « l'esprit » de la souveraineté, de l'indépendance, et qu'il n'en reste plus que la « lettre », rien de moins! »




TRIBUNE LIBRE

Dégoût

Nicolas St-Gilles
TRIBUNE LIBRE 21 octobre 2004


Dégoût : Lettre succincte au gouvernement Charest

Monsieur le premier ministre
(commentairespm@mce.gouv.qc.ca)


Objet : « Un pilier de l'unité canadienne représentera le Québec à Toronto. Jean Charest nomme Jocelyn L. Beaudoin » (http://ledevoir.com/2004/10/21/66613.html?304)


M. le premier ministre Jean Charest, je suis dégoûté par votre gouvernement.

Vous êtes le loup qui estimez être le protecteur de la bergerie.

Ce n'est plus la déception que vous m'inspirez : c'est une extrême colère.

Et après la colère, dites-moi, que me reste-t-il comme instrument public d'intervention...?

Bien à vous,

Nicolas St-Gilles
Laval, Québec
21 octobre 2004

-> Autres destinataires : Conseil exécutif du Québec (Communic@mce.gouv.Qc.ca), Président de l'Assemblée nationale, M. Michel Bissonnet (courrier.president@assnat.Qc.ca).