
L'ADQ "autonomiste"
L'ADQ "autonomiste" en hausse
L'insatisfaction à l'endroit du gouvernement libéral s'accroît
Denis Lessard
La Presse jeudi 28 octobre 2004
Québec - Décriée par les adversaires politiques et tournée en ridicule par les commentateurs, la position " autonomiste " de l'Action démocratique du Québec a fait mouche et marqué des points auprès de l'électorat.
Un tout récent sondage CROP, réalisé pour La Presse, révèle que le parti de Mario Dumont est parvenu à arracher des appuis aux péquistes et aux libéraux en octobre. L'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest augmente, après une bien courte embellie, et, en dépit de ses querelles internes, le Parti québécois aurait remporté les élections si elles avaient été déclenchées cette semaine.
Réalisée du 14 au 24 octobre auprès de 1012 personnes, l'enquête prend le pouls de l'électorat après le congrès où l'Action démocratique a mis de l'avant " l'autonomisme " comme position constitutionnelle. L'enquête coïncide aussi avec le Forum des générations du gouvernement Charest, mais elle était passablement avancée au moment du virage de Bernard Landry sur l'échéancier référendaire, un geste qui a remis à l'ordre du jour les spéculations quant au leadership péquiste. Une telle enquête offre une précision de plus ou moins 3 %.
Premier constat: Mario Dumont arrache des appuis aux deux autres partis. Après avoir réparti les 14 % d'indécis selon leur position référendaire, CROP constate que l'ADQ aurait obtenu l'appui de 24 % des électeurs en octobre, six points de plus qu'il y a un mois. Or, libéraux et péquistes descendent d'autant. Le PLQ perd trois points passant de 39 à 36 %, tandis que le PQ recule de quatre avec 37 % contre 41 % à la fin septembre.
" La seule explication paraît être le congrès de l'ADQ et l'autonomisme, c'est intéressant de voir qu'une position aussi décriée dans les médias obtienne tant d'appuis ", observe Claude Gauthier, vice-président de CROP.
L'ADQ obtient 22 % d'appui chez les francophones, un gain de six points, devançant le PLQ d'un point, en chute de deux points auprès de cet électorat. Elle reste loin derrière le PQ qui recueille 40 % des intentions de vote francophones.
En revanche à Montréal, le parti de Mario Dumont fait une percée importante, passant de 10 à 18 % des intentions de vote. Les libéraux prennent les devants dans l'île toutefois avec 34 % des suffrages, contre 31 % aux péquistes. Les libéraux perdent cinq points en région, à 23 % dont deux vont au PQ (39 %) et trois à l'ADQ (21 %).
Selon Claude Gauthier, tout le remue-ménage au PQ paraît laisser plutôt indifférents les électeurs. Il est possible aussi que les dernières secousses autour du leadership de Bernard Landry se soient produites trop tard pour apparaître sur le sismographe de CROP.
Pas de balayage, mais " des élections cette semaine auraient mené à une victoire claire du PQ ", observe M. Gauthier. En fait, les intentions de votes de septembre étaient pour les trois partis exactement celles observées en février dernier quand le gouvernement Charest avait senti le besoin de mettre les freins sur ses réformes controversées et d'enclencher une vaste consultation auprès de la population.
Satisfaction et souveraineté
Autre mauvaise nouvelle pour M. Charest, pour la première fois depuis quatre mois, " l'insatisfaction " à l'endroit du gouvernement a augmenté en octobre. Désormais 62 % des gens se disent " plutôt ou très insatisfaits " du gouvernement, une hausse de quatre points par rapport à septembre. La proportion des " satisfaits " baisse d'un point, passant à 35 %. En septembre au moment où Jean Charest s'était fait le promoteur du " fédéralisme asymétrique " à Ottawa, les " insatisfaits " avaient subitement diminué de 5 %, une embellie envolée en fumée avec le coup de sonde d'octobre.
Les francophones surtout sont insatisfaits, les gens les plus scolarisés en revanche sont contents de la performance du gouvernement. " C'est assez fascinant, c'est comme si après cette embellie, les gens attendaient des gestes qui ne sont pas venus ", analyse M. Gauthier. Il observe que les " très insatisfaits " sont pas moins de quatre fois plus nombreux que les " très satisfaits ".
Aussi, bien que Bernard Landry ait paru radicaliser son discours souverainiste, pour se mettre au diapason de ses militants en fin de semaine, l'option souverainiste se porte fort bien.
Fin octobre, 47 % des électeurs auraient voté en faveur du OUI si on leur avait posé la question référendaire de 1995 sur la souveraineté-partenariat. Il s'agit d'une troisième hausse consécutive- on revient aux niveaux d'avant l'été dernier.
Fait révélateur, désormais 60 % des électeurs adéquistes sont fédéralistes- un changement par rapport à septembre où les deux camps étaient également représentés. " L'ADQ semble être allée chercher ses appuis du côté du Non, par conséquent auprès de libéraux potentiels ", observe M. Gauthier.

péréquation
Ottawa a «saigné» le Québec pour satisfaire le Canada anglais :
«Paul Martin a fait le macho», dit Yves Séguin
Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 28 octobre 2004
Québec - Le ministre des Finances, Yves Séguin, estime qu'Ottawa a fait du «Québec bashing» pour convaincre les autres provinces d'accepter l'arrangement sur la péréquation, n'hésitant pas à «saigner» le Québec pour satisfaire le Canada anglais.
C'est l'appréciation de la Conférence des premiers ministres sur la péréquation qu'a livrée, hier matin, Yves Séguin au cours d'une conversation informelle avec quelques journalistes alors que caméras et enregistreuses ne tournaient pas. M. Séguin s'était engagé à rencontrer la presse en après-midi, cette fois-ci devant les caméras, mais il s'est finalement dérobé.
«Martin a fait le macho», a dit M. Séguin, une attitude qui contrastait nettement avec celle que le premier ministre canadien avait adoptée lors de la Conférence des premiers ministres sur le financement de la santé à la mi-septembre. Le gouvernement fédéral «veut notre sang comme Dracula», a dit le ministre des Finances, ajoutant à la blague que, «la prochaine fois, j'arriverai avec ma valise remplie de gousses d'ail».
Selon M. Séguin, Paul Martin, en se montrant intraitable avec le Québec, a pu convaincre plus facilement les autres provinces d'accepter le nouvel arrangement sur la péréquation. «Il s'est fait du "Québec bashing"», a-t-il signalé. Quand on dit à la Colombie-Britannique, par exemple, qu'on va «couper» le Québec, c'est bien reçu, a-t-il souligné.
Rappelons que mardi M. Martin n'a rien cédé de plus au Québec, s'en tenant à la proposition, transmise en septembre aux premiers ministres provinciaux, de hausser à 10 milliards les paiements de péréquation aux provinces cette année et à 10,9 milliards l'an prochain avec une clause annuelle d'indexation de 3,5 % pour les années suivantes.
Yves Séguin n'a guère apprécié les tactiques des hauts fonctionnaires fédéraux qui ont informé leurs vis-à-vis québécois en fin d'après-midi mardi que le Québec avait reçu en péréquation 800 millions de trop, un chiffre sorti de nulle part. Les fonctionnaires fédéraux sont revenus plus tard en révisant à la baisse leur évaluation, a-t-il relaté.
Pour le ministre et ses fonctionnaires, ces échanges n'ont guère permis d'élucider la proposition fédérale. Résultats: 24 heures après la fin de la conférence, le gouvernement du Québec ne sait toujours pas quel montant il recevra en péréquation, ni cette année ni l'an prochain. Au cours d'un point de presse, le ministre fédéral responsable du Québec, Jean Lapierre, a lancé le chiffre de 441 millions pour l'année en cours.
Lors de la période des questions à l'Assemblée nationale hier, M. Séguin a indiqué qu'il attendait «une communication écrite» d'Ottawa d'ici quelques jours avant de juger de la proposition fédérale. «Une partie de la déception [ressentie au terme de la conférence] vient du fait que le gouvernement fédéral n'a pas été en mesure de nous transmettre les données, et ça fait partie du paradoxe de la péréquation qu'on a dénoncé d'ailleurs depuis plusieurs années», a dit M. Séguin. Les provinces ne connaissent que le montant global de 10 milliards. Pour ce qui est de la répartition entre les provinces, ça demeure «confus et incertain», a-t-il dit.
Revenant sur la déception qu'il a éprouvée à l'issue de la rencontre de mardi, le premier ministre Jean Charest n'a pas voulu remettre en doute l'efficacité du Conseil de la fédération. C'est le propre d'une fédération qu'il y ait «à la fois des intérêts divergents et des intérêts communs», a-t-il dit au cours d'un point de presse. Le Conseil de la fédération «a pu nous permettre d'en faire plus» jusqu'à maintenant, mais il «ne remplace pas le fait qu'il y a des intérêts divergents», a fait valoir M. Charest.
De son côté, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a critiqué «la stratégie lamentable» choisie par Jean Charest, qui s'est montré «triomphaliste» à l'issue de la première conférence sur le financement de la santé, ce qui le plaçait «dans une position d'extrême vulnérabilité» pour la deuxième conférence sur la péréquation. M. Charest s'est servi non pas de «l'encensoir catholique romain» mais de «l'encensoir grec orthodoxe», beaucoup plus volumineux, pour dire prématurément qu'il avait remporté la victoire, a illustré M. Landry.
Avec un surplus fédéral de près de 10 milliards au lieu des deux milliards prévus, M. Martin aurait pu faire davantage si vraiment «une nouvelle ère» était amorcée, estime le chef péquiste. Selon lui, le gouvernement Charest n'a plus d'autre choix que de renoncer à la promesse de baisser les impôts de un milliard, «une fantaisie et un fantasme libéral pour gagner les élections».

péréquation
'Macho' move by PM meant to hurt Quebec, minister says
Martin under fire from Charest government over equalization deal
RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, October 28, 2004
Quebec PQ - In refusing to bow to Quebec's demand for an even greater share of federal equalization funds, Prime Minister Paul Martin adopted a "macho" attitude toward the province to score political points in the rest of Canada, Quebec Finance Minister Yves Séguin said yesterday.
Away from cameras and microphones, Mr. Séguin told a group of reporters that the attitude was part of a "Quebec-bashing" operation aimed at boosting the profile of Mr. Martin's minority government.
Mr. Séguin said the federal government, which he compared to a vampire, is bleeding Quebec financially. He joked that he might have to carry garlic in his suitcase the next time he goes to Ottawa to keep "Dracula" from taking more from the provincial coffers.
His remarks underscored the strong resentment and disappointment Quebec Premier Jean Charest felt at the conclusion of Tuesday's first ministers meeting in Ottawa.
Mr. Charest has spearheaded the drive to bridge a so-called "fiscal imbalance," demanding that Ottawa substantially increase funding to his cash-strapped province. But his failure to make any major inroads on the issue suggests a growing rift between Quebec and the Martin government, which Mr. Charest attempted to play down yesterday.
The Premier said that while he had failed to rally all the provinces in his fight to eliminate the fiscal imbalance, Quebec will continue the battle through the Council of Federation, the body of premiers that he initiated less than a year ago.
"Following [Tuesday's] meeting, the Council of the Federation took the decision to continue the fight, because the fight against the fiscal imbalance must continue," Mr. Charest said.
"We will fight this battle in order to win it."
It is estimated Quebec will receive approximately $441-million in additional federal funding this year as a result of this week's deal to boost equalization payments to needier provinces.
Under the Constitution, the federal government has a duty to ensure through equalization payments that provinces have sufficient revenue to offer comparable services to all Canadians regardless of where they live.
Parti Québécois Leader Bernard Landry said the fiscal imbalance represents a $2.4-billion annual shortfall for the Quebec government. He said Mr. Charest, who emerged victorious following last month's federal-provincial meeting on health-care funding, gloated too early before having won the real battle over equalization payments.
"He was triumphant without having won the war," Mr. Landry said, criticizing the Premier's strategy heading into the meeting.
Mr. Landry stopped short of making a case for Quebec sovereignty but said that a rich and powerful province such as Ontario, which opposed major increases in equalization payments, will always have the upper hand in dictating Ottawa's course of action.
"Canada is not operational. It is not wise for a nation [Quebec] to give two-thirds of its taxes to another one [Canada]," Mr. Landry said, adding that the council is turning out to be a major obstacle for Quebec in its quest for a greater share of the federal pie.
"It is worse with the council than it was before in terms of money, in terms of strategy, in terms of coherence," he added.
"Ontario was never so aggressive against equalization payments than [Premier Dalton McGuinty], and he is a prominent member of the council with 10 million people in his province."

péréquation
Le Bloc présentera une motion de blâme
Nathaëlle Morissette
La Presse jeudi 28 octobre 2004
Ottawa - L'opposition, qui déplore l'attitude du gouvernement Martin dans le dossier de la péréquation, a bien l'intention d'en découdre une fois de plus avec le Parti libéral afin qu'il reconnaissance l'existence du déséquilibre fiscal. À l'issue de la rencontre fédérale-provinciale sur la péréquation, le Bloc québécois a vertement critiqué la position du premier ministre et décidé de présenter en Chambre, aujourd'hui, une motion de blâme.
Le Parti libéral a toutefois décidé en soirée que la motion bloquiste ne serait pas soumise à un vote de confiance et il a l'intention de voter contre cette proposition, a indiqué Marc Roy, porte-parole au bureau du premier ministre.
Les troupes bloquistes demanderont également au comité permanent des finances de mettre sur pied un sous-comité, chargé de trouver des solutions concrètes pour éliminer le déséquilibre fiscal. " Ce n'est pas l'argent qui manque, c'est la volonté politique, a déclaré hier le chef bloquiste, Gilles Duceppe, lors d'un point de presse. Je pense que Paul Martin tourne en rond. "
Les conservateurs et les néo-démocrates n'ont pas encore donné officiellement leur aval, mais ils semblent prêts à appuyer cette proposition. " Nous devons en discuter avec les membres de notre caucus, mais il me semble que c'est quelque chose que nous pouvons appuyer ", a mentionné le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, à la sortie des Communes. Les conservateurs abondent dans le même sens, assure Dimitri Soudas, porte-parole du PC.
M. Duceppe a également dit qu'il s'était entretenu avec le premier ministre du Québec, Jean Charest, et le chef du Parti québécois, Bernard Landry. Selon le chef bloquiste, ils sont tous les deux en accord avec une telle proposition.
La Chambre sera appelée à voter sur cette motion mardi. Si la proposition n'est pas soumise à un vote de confiance, les libéraux pourraient être forcés de reconnaître la notion de déséquilibre fiscal qu'ils ont toujours nié jusqu'à maintenant. Dans le cas d'un vote de confiance, l'étau pourrait également se resserrer autour du gouvernement Martin, car le pays risquerait d'être plongé dans des élections précipitées.
Ainsi le scénario entourant l'adoption du discours du Trône pourrait se répéter. Rappelons que les libéraux avaient alors refusé d'accepter une requête du Bloc qui réclamait des changements au discours concernant le respect des compétences des provinces et la diminution des pressions financières causées par le déséquilibre fiscal et ce, " tel que réclamé par le premier ministre du Québec ".
Comme ils ne souhaitaient pas se retrouver en campagne électorale, les libéraux ont dû revenir sur leur décision. Le Bloc a réussi à faire ajouter un sous-amendement portant sur le déséquilibre fiscal: " prévoir que, dans toutes les mesures visant à mettre le discours du Trône (...), les compétences des provinces soient intégralement respectées et que les pressions financières que certains appellent le déséquilibre fiscal soient allégées ".
Sur le dossier du déséquilibre fiscal, les troupes bloquistes n'ont pas l'intention de plier l'échine. L'issue de la rencontre fédérale-provinciale de mardi a été la goutte qui a fait déborder le vase pour le Bloc. Gilles Duceppe a critiqué vertement l'attitude de Paul Martin envers les provinces, le comparant même à son prédécesseur Jean Chrétien.
Il a déclaré que les 477 millions supplémentaires qui se retrouveront dans les coffres du gouvernement québécois pour 2004-2005 sont nettement insuffisants. " Pourtant, M. Martin avait les moyens d'agir. Il y a eu 9,1 milliards l'an passé de surplus accordés à la dette et, pour l'année en cours, on serait autour de 12 milliards, dit-il. La péréquation, ce n'est pas quelque chose d'abstrait, c'est quelque chose qui fait en sorte que le Québec est capable, dans ses propres champs de compétence d'offrir des services à la population, surtout en santé et en éducation. "
Or, M. Duceppe ajoute que la " nouvelle ère de coopération avec le fédéral n'a pas duré longtemps ".

péréquation
Un échec lamentable, dit Landry
Michel Corbeil et Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 28 octobre 2004
C'est en septembre que Jean Charest a préparé son propre échec - un échec "lamentable" - à la rencontre sur la péréquation qui s'est tenue, mardi, à Ottawa, affirme le Parti québécois.
Hier, le leader du PQ, Bernard Landry, a plaidé que le premier ministre du Québec s'est placé "en position de faiblesse" lorsqu'il s'est présenté comme le grand vainqueur d'une ronde de négociations où Ottawa a consenti à lui verser 500 millions $ pour la santé, il y a un mois.
"Le résultat est lamentable et la stratégie est lamentable aussi", a lancé le chef de l'opposition. Selon ses calculs, le déséquilibre fiscal s'est accentué et coûte maintenant 2,4 milliards $ au Trésor québécois.
En proclamant que la rencontre de septembre constituait un "triomphe global, a ajouté Bernard Landry, il a donné carte blanche à Paul Martin (premier ministre fédéral) pour dire "non" la deuxième fois, appuyé sur l'opinion publique du reste du Canada".
En Chambre, le ministre des Finances, Yves Séguin, a refusé de commenter les montants à recevoir. Pour la bonne raison qu'Ottawa ne lui pas confirmé les sommes exactes.
Croisé plus tôt dans la journée, M. Séguin n'a pas caché aux journalistes son agacement. Les hauts fonctionnaires fédéraux auraient contacté la délégation québécoise à 16 h 30, mardi, pour d'abord indiquer que les transferts au Québec seraient réduits de 800 millions $.
Quelques minutes plus tard, ils auraient soutenu s'être trompés et suggéraient que 250 millions $ seraient remis à Québec. En début de soirée, a raconté le ministre, ils revenaient à la charge pour dire que les paiements de péréquation seraient coupés, sans pouvoir en dire l'ampleur. "Comment se fait-il qu'on puisse interpréter les mêmes chiffre plusieurs fois dans la même journée ?", s'est-il interrogé.
Lors de son échange avec les médias, le ministre a fait savoir que Paul Martin s'est présenté "en mode macho". Il a précisé que des journaux du Canada anglais venaient de l'accuser d'être trop mou devant les revendications du Québec. "Il fallait du sang", a évoqué à la blague M. Séguin.
En matinée, le premier ministre n'a pas caché sa déception face à la conclusion de la rencontre de mardi. Mais Jean Charest a refusé d'y voir un échec du fédéral. "La bataille continue sur la question du déséquilibre fiscal parce que ce n'est pas fini", a-t-il insisté.
Le critique péquiste François Legault a avancé que le fédéral a accordé 400 millions $ supplémentaires, pour cette année. Selon lui, en tenant compte de l'argent pour la santé, le gouvernement Charest n'a arraché que 14 % des 3,3 milliards $ qu'il revendiquait en péréquation. Un tel pourcentage, "c'est un échec à l'école. C'est un échec pour M. Charest. Je pense que la nouvelle ère du fédéralisme qu'avait promise M. Charest a pris fin, hier", a-t-il conclu.
Mario Dumont a aussi vu un échec de Jean Charest à cette rencontre fédérale-provinciale. "Le premier ministre aurait dû rester ici, économiser les comptes de dépenses, et demander à M. Martin d'envoyer le chèque par la poste", a ironisé le chef de l'ADQ.
MCorbeil@lesoleil.com MMoisan@lesoleil.com

péréquation
Mauvais calcul
Michel David
Le Devoir jeudi 28 octobre 2004
Le premier ministre Jean Charest a fait un bien mauvais calcul en insistant sur la convocation d'une conférence des premiers ministres sur le déséquilibre fiscal à peine six semaines après son entente «historique» sur la santé, qui prend aujourd'hui des allures de victoire à la Pyrrhus.
En matière de relations fédérales-provinciales, M. Charest est généralement du genre à voir un verre au quart plein là où d'autres en voient plutôt un aux trois quarts vide. Cette fois-ci, il a reconnu sa déception sans détour.
Pour un homme qui connaît aussi bien le Canada anglais, il est étonnant qu'il n'ait pas prévu le backlash que la reconnaissance du fédéralisme asymétrique allait provoquer, particulièrement au sein du Parti libéral du Canada, où certains l'accusent presque de démanteler l'État fédéral.
Dans ces conditions, il était illusoire d'espérer faire reculer Ottawa une deuxième fois en six semaines. Au contraire, c'était lui offrir l'occasion de se refaire une virginité «nationale». Cette fois-ci, Jean Lapierre avait raison: «C'était écrit dans le ciel.»
Au fond, M. Charest savait très bien ce qui l'attendait. Alors qu'il avait fait le matamore durant les semaines précédant la conférence sur la santé, il était tout doux à l'approche de celle de mardi, s'employant plutôt à faire baisser les attentes.
Personne ne s'attendait à ce qu'on règle d'un coup le problème du déséquilibre fiscal. C'est comme un escalier qu'on gravit une marche à la fois. Après l'entente sur la santé, l'important était de continuer à monter. La progression s'est arrêtée net. Au contraire, selon les propres chiffres du ministère des Finances du Québec, le déséquilibre ne cesse de s'accroître.
Compte tenu des plantureux surplus fédéraux annoncés il y a deux semaines, la fin de non-recevoir opposée par Paul Martin aux demandes des provinces en ce qui concerne la péréquation constitue une véritable gifle. Pour ce qui est de l'ouverture, il faudra repasser.
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La semaine dernière, M. Charest faisait grand cas du fait que le versement de paiements de péréquation est une obligation dûment inscrite dans la Constitution canadienne, bien que les modalités soient laissées à la discrétion du gouvernement fédéral.
En principe, l'objectif est d'égaliser la capacité fiscale des provinces pour leur permettre d'offrir des services comparables. En privilégiant de plus en plus les transferts à toutes les provinces sur une base par habitant alors que les paiements de péréquation tendent à plafonner, Ottawa contribue au contraire à accentuer les écarts de richesse.
Il faut dire que la péréquation est versée sans conditions alors que la contribution fédérale au financement des services de santé est conditionnelle au respect de «normes» ou d'«objectifs» fixés par Ottawa dans un secteur qui relève pourtant de la compétence exclusive des provinces.
Le Conseil de la fédération a peut-être été très utile pour faire pression sur Ottawa dans le dossier de la santé, mais un front commun des provinces sur la péréquation est par définition impossible. Diviser les provinces devient même un jeu d'enfant pour Ottawa. Là encore, M. Charest ne pouvait pas ignorer cette réalité.
À tous égards, il est nettement plus avantageux pour M. Martin de plaire à Dalton McGuinty ou à Ralph Klein qu'à Danny Williams, même s'il a été un peu gênant que le premier ministre de la province la plus pauvre du pays claque la porte en déclarant que M. Martin ne se donne même pas la peine de le rappeler.
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Le plus malheureux dans cette histoire est peut-être Yves Séguin. Au moins, M. Williams passe pour un héros à Terre-Neuve tandis que M. Séguin a plutôt l'air du dindon de la farce. La semaine dernière, il refusait de dire quelle somme additionnelle il espérait recevoir au titre de la péréquation pour l'année en cours. Hier à l'Assemblée nationale, il se disait incapable de dire combien il a reçu exactement pour l'année en cours, sans parler de l'an prochain. Clairement, il estime s'être fait avoir.
Un jour ou l'autre, M. Séguin devra bien faire le bilan de ce qui a été accompli depuis qu'il a rendu public le rapport sur le déséquilibre fiscal auquel il doit son poste de ministre des Finances et en tirer les conclusions.
À l'époque, il établissait le manque à gagner dont souffrait le Québec à 2,1 milliards. Dans son dernier budget, ce chiffre était passé à 3,3 milliards. Après la conférence sur la santé et celle d'hier, la somme est de l'ordre de 2,4 milliards.
M. Séguin est particulièrement bien placé pour apprécier la redondance de la commission itinérante sur le déséquilibre fiscal que le Conseil de la fédération mettra sur pied. Pas plus tard qu'en mars dernier, lui et trois de ses homologues provinciaux avaient rendu publique une mise à jour, financée par les provinces, de l'étude du Conference Board sur laquelle s'appuyait son rapport de 2002.
L'encre était à peine séchée que le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, décrétait déjà que les conclusions du Conference Board reposaient sur des «hypothèses dépassées». Pouvez-vous deviner ce que M. Goodale dira en septembre 2005 lorsque le Conseil de la fédération publiera son étude?
Il y a aussi ce «comité d'experts», dont le gouvernement fédéral se réserve le droit de choisir le président, qui aura pour mandat de proposer des formules pour répartir la péréquation entre les provinces pauvres à compter de 2006-07. Après avoir isolé les provinces riches des pauvres, Ottawa ne devrait pas avoir trop de mal à diviser les pauvres entre elles. Bravo, M. Charest!
mdavid@ledevoir.com

péréquation
Fumeuse asymétrie
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 28 octobre 2004
ÉDITORIAL - Fort de l'appui des provinces riches, le premier ministre Paul Martin a finalement choisi de tenir tête à ses homologues des provinces moins fortunées et de maintenir les propositions présentées en septembre en matière de péréquation. Des efforts ont été faits pour corriger quelques défauts structurels de ce programme, mais cela ne suffit certainement pas pour corriger le déséquilibre persistant.
Une journée entière de discussions n'aura servi à rien: Paul Martin a maintenu sa décision de distribuer dix milliards de dollars au chapitre de la péréquation pour l'année en cours. Il s'agit d'une augmentation de 800 millions par rapport à ce qui était prévu dans le dernier budget, mais la somme reste inférieure de presque un milliard aux 10,95 milliards distribués en 2001-02.
Pour le Québec, cette décision unilatérale d'Ottawa ajoute 400 millions aux revenus de la province pour cette année, mais c'est encore moins qu'il y a deux ans et beaucoup moins que les 2,8 milliards projetés en rêve par le ministre Yves Séguin.
Le manque à gagner fait d'autant plus mal que le Québec doit d'ores et déjà rembourser 1,2 milliard perçu en trop l'an dernier, et ce, à raison de 240 millions par année pendant cinq ans. Ce remboursement est dû à la chute subite des droits calculée après coup par les fonctionnaires fédéraux en appliquant la méthode alambiquée utilisée par Ottawa pour évaluer la performance économique de chaque province. Même pour l'année en cours (2004-05), Québec devra probablement rembourser un autre demi-milliard ou plus perçu en trop, et ce, malgré l'ajout de ressources qui vient d'être annoncé.
Certes, la situation est moins pénible qu'elle l'aurait été sans l'accord sur la santé et sans la décision d'Ottawa de majorer légèrement la péréquation dès cette année. De là à conclure que le Québec et les autres provinces moins fortunées ont gagné le gros lot, il y a un pas à ne surtout pas franchir!
Cela étant, le nouveau programme fédéral comporte certains changements très positifs qui méritent d'être soulignés. D'abord, il y a la somme de dix milliards cette année, qui sera portée à 10,9 milliards l'an prochain et qui doit être partagé entre les provinces bénéficiaires. Ensuite, il y a cette clause d'indexation automatique de 3,5 % qui s'appliquera à partir de 2006-07, éliminant du coup les variations globales à la baisse en fonction des aléas de la conjoncture. En revanche, on ne connaît pas encore la façon dont cet argent sera réparti entre les provinces à partir de l'an prochain. Ottawa annonce donc la création d'un comité de cinq experts, dont deux seront nommés par les provinces, mandaté pour proposer un nouveau mode de répartition, mais Dieu seul sait ce qui ressortira de ce comité, que le Québec devra surveiller de près.
Contrairement à la rencontre de septembre, dont les provinces étaient sorties gagnantes, cette fois-ci, c'est Ottawa qui a marqué tous les points en s'appuyant sur la division entre provinces riches et moins riches. Heureusement, toutes les provinces ont convenu d'étudier à fond la question du déséquilibre fiscal au sein du Conseil de la fédération. Mais compte tenu des priorités du premier ministre Martin, dont la plupart empiètent sur les compétences des provinces (municipalités, services de garde et santé, encore), les chances sont très minces de réussir à convaincre ce gouvernement de l'existence d'un tel déséquilibre. Pour tout dire, l'entente de septembre dernier en santé a sans doute constitué la première et dernière manifestation de ce fumeux fédéralisme asymétrique dont certains se sont généreusement gargarisés il y a tout juste un mois.
j-rsansfacon@ledevoir.ca

péréquation
Péréquation : les provinces devront régler leur différend
Jean-Paul Gagné
Les Affaires samedi 30 octobre 2004
Éditorial - Ottawa vient de proposer une réforme de la péréquation qui aura pour effet de rendre plus prévisibles les paiements à ce titre aux provinces, d'éliminer leur fluctuation et de les accroître tout au long des 10 prochaines années.
Cela est positif, mais certains premiers ministres provinciaux, dont Jean Charest, espéraient une plus grande générosité du fédéral.
Certains premiers ministres s'étaient en effet rendus à Ottawa avec une demande de financement additionnel de 5,3 milliards de dollars (G$), ce qui représentait une croissance de 60 % sur les 8,85 G$ que le gouvernement fédéral prévoyait verser en péréquation pour l'exercice 2004-05 selon les estimations du 15 octobre.
Ottawa a plutôt décidé de porter à 10 G$ les paiements de péréquation en 2004-2005, à 10,9 G$ en 2005-2006, et de les accroître par la suite de 3,5 % par année. Il s'agit d'une somme additionnelle de 28,7 G$ pour les 10 prochaines années.
Cette réforme améliorera à la fois la planification budgétaire et le financement des huit provinces qui en bénéficient, mais elle ne règle pas le déséquilibre fiscal que les provinces estiment subir face au gouvernement fédéral.
Ottawa se refuse à admettre l'existence d'un tel déséquilibre, mais il reste que les provinces sont dans une situation financière beaucoup plus précaire (certaines sont même en déficit), le gouvernement fédéral ayant réalisé des surplus depuis quelques années. L'excédent du dernier exercice a été de 9,1 G$.
La fin de non-recevoir du premier ministre Paul Martin à un financement accru était d'autant plus prévisible que celui-ci ne se butait pas à un consensus des provinces, comme lors de la récente conférence sur la santé. Les provinces étaient même fortement divisées.
Puisque l'Ontario et l'Alberta ne reçoivent pas de péréquation, que la Colombie-Britannique et la Saskatchewan pourraient ne plus en recevoir dans quelques années et que Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse voient s'accroître leurs revenus provenant de l'exploitation des hydrocarbures au large de leurs côtes, il est facile de comprendre que les provinces n'ont pas les mêmes préoccupations sur les paiements de péréquation.
La rencontre des premiers ministres est devenue à ce point difficile que le premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, a quitté la conférence parce que le premier ministre Paul Martin n'a pas répondu à ses attentes sur l'atténuation de l'impact des royautés perçues par sa province sur l'exploitation du pétrole au large de ses côtes. Comme ces royautés augmentent la capacité fiscale de Terre-Neuve, ces recettes ont pour effet de réduire le montant de péréquation qu'elle reçoit d'Ottawa.
Par ailleurs, puisque la péréquation est un programme fédéral et que les provinces riches n'y contribuent pas, seul le fédéral peut décider du sort de ce programme. C'est d'ailleurs ce qui explique que les transferts versés à ce titre se sont accrus jusqu'à 11,95 G$ en 2000-2001 avant de retomber à 8,73 G$ en 2002-2003 dans le cadre des compressions budgétaires fédérales, qui ont eu un impact majeur sur les budgets des provinces. Ainsi, le Québec a vu ses transferts au titre de la péréquation passer de 5,4 G$, en 2000-2001, à 3,8 G$, en 2003-2004.
Les paiements aux provinces varient en fonction de l'évolution de leur population et de leur capacité fiscale, laquelle est établie à partir de 33 critères. Par exemple, une baisse de la population d'une province a un effet négatif sur la péréquation qu'elle recevra, mais une baisse de ses recettes fiscales a l'effet inverse.
Les provinces ont diverses récriminations sur plusieurs critères servant au calcul de la péréquation. C'est le cas par exemple de l'évolution de la valeur foncière des maisons, qui varie beaucoup d'une province à l'autre et qui entre dans le calcul de la capacité fiscale.
C'est aussi le cas pour le calcul de la norme nationale servant à l'établissement des paiements à chaque province. Cette norme est la capacité fiscale moyenne des cinq provinces à revenu moyen. Si les provinces riches en faisaient partie, la norme serait plus élevée et les paiements seraient plus élevés pour les provinces bénéficiaires.
Alors que les provinces ont décidé de créer leur propre comité sur le déséquilibre fiscal, Ottawa a accepté de créer un comité de cinq experts, dont deux représentants des provinces, pour étudier la formule de calcul de la péréquation et la répartition des paiements entre les provinces. C'est une bonne nouvelle, mais les provinces devront s'entendre entre elles davantage qu'elles ne l'ont fait lors de leur rencontre avec Ottawa si elles veulent voir avancer leur cause. Autrement, Ottawa bénéficiera toujours de leurs dissensions.
jean-paul.gagne@transcontinental.ca

péréquation
Vers l'équilibre
André Pratte
La Presse jeudi 28 octobre 2004
Comme cela est arrivé neuf fois sur dix dans l'histoire des conférences fédérales-provinciales sur les paiements de transfert, les premiers ministres des provinces sont sortis déçus de la plus récente rencontre avec leur homologue fédéral.
Comme les politiciens provinciaux maîtrisent à la perfection l'art de se plaindre, on tend à oublier à quel point la situation a changé depuis les grandes compressions des années 1990. Les provinciaux ont beau ajouter le mot « seulement »
devant chaque montant supplémentaire versé par Ottawa (comme dans « seulement un milliard »...), le fait est que les sommes en cause sont colossales. De sorte que les transferts fédéraux sont aujourd'hui revenus à un niveau comparable à celui qu'ils atteignaient il y a une décennie.
Au pire des compressions fédérales, de 1997 à 1999, les transferts pour la santé et les programmes sociaux avaient touché le fond, à 12,5 milliards par année. Depuis, ces transferts ont augmenté rapidement. A la suite de la dernière entente sur la santé, les provinces recevront cette année 25 milliards, deux fois plus qu'il y a six ans.
Pour le gouvernement du Québec, cela représente une augmentation d'environ 3 milliards par an !
En prenant pour base l'année financière 2001-2002, la Commission Séguin avait estimé le manque à gagner du Québec, causé par le déséquilibre fiscal, à 2 milliards. Depuis ce temps, les transferts fédéraux au Québec pour la santé et les programmes sociaux ont grimpé d'environ 1,5 milliard. En admettant que l'évaluation de la Commission soit exacte, une bonne partie du chemin a été franchie. De plus, les provinces ont maintenant l'assurance, en vertu de l'entente de septembre, que le Transfert canadien en santé augmentera de 6 % par année pendant dix ans.
Pour ce qui est de la péréquation, le Québec a reçu beaucoup moins que ce qu'il demandait. Cela n'a rien d'étonnant: il demandait la lune. Les provinces bénéficiaires recevront un milliard de plus cette année. Pour le Québec, cela
fait 477 millions. A la sortie des deux rencontres fédérales provinciales de l'automne, le ministre Yves Séguin a un milliard de plus à sa disposition.
Plus important, le fédéral a entrepris de corriger le plus grave défaut du système de péréquation, la variabilité des
paiements, qui rendait fous les ministres provinciaux des Finances. Dorénavant, le programme
sera tout simplement indexé de 3,5 % par an.
Pour se consoler de ne pas avoir tout obtenu ce qu'ils demandaient, les premiers ministres provinciaux ont convenu qu'une « commission itinérante » fera la tournée du pays pour parler de déséquilibre fiscal. Les provinces ne veulent surtout pas lâcher cet argumentaire qui les a si bien servies. Toutefois, les améliorations substantielles apportées aux montants et au fonctionnement des transferts fédéraux rendent beaucoup moins convaincante la thèse du déséquilibre fiscal.

asymétrie
Nécessaire asymétrie
Elle est non seulement compatible avec le principe fédéral, elle lui est inhérente
Benoît Pelletier
L'auteur est ministre délégué aux Affaires intergouvernemental es canadiennes et aux Affaires autochtones dans le gouvernement Charest.
La Presse jeudi 28 octobre 2004
J'ai pris connaissance de la lettre ouverte du sénateur Serge Joyal, publiée dans La Presse du 22 octobre 2004 au sujet du fédéralisme asymétrique. L'interprétation qu'il y propose de l'asymétrie dans le fédéralisme canadien me paraît bien sombre, voire apocalyptique. Selon lui, le fédéralisme asymétrique risque de fragmenter la fédération canadienne, d'effeuiller un à un les pouvoirs fédéraux, de mettre en péril l'unité du Canada, de rouvrir la boîte de Pandore constitutionnelle. Et Serge Joyal de se demander: " Que restera-t-il du Canada? Est-ce la fin du Canada? C'est-tu ça le pays qu'on veut? "
Cette opinion de Serge Joyal repose sur l'idéalisation d'un système où le gouvernement fédéral a le monopole du bien commun et où, en quelque sorte, il exprime le pays à lui seul. Dans ce paradigme, les provinces ne doivent être que des exécutantes des grandes décisions fédérales. Leur permettre d'affirmer, voire d'opposer une autre vision au gouvernement canadien, soit une vision fondée notamment sur les nécessités découlant de leurs situations spécifiques est perçu comme une menace au système.
Cette prémisse proposée par le sénateur Joyal d'un système centralisateur, qui a bien peu à voir avec le fédéralisme, fausse dès le départ la discussion en ce qui touche à l'asymétrie. Il faut plutôt situer cette question dans le cadre d'un fédéralisme fait d'équilibres, où les provinces, en exprimant des différences, et où le Québec, en affirmant sa spécificité, participent pleinement, avec le gouvernement fédéral, à la définition du pays.
L'asymétrie traduit l'idée voulant que le fédéralisme ne soit pas fait que d'une mise en commun de ressources, de valeurs et d'idéaux, mais qu'il repose aussi sur la diversité de ses composantes, sur la capacité de chacune d'elles de faire valoir son originalité et sur son droit intrinsèque de vivre sa différence. L'asymétrie est non seulement compatible avec le principe fédéral, elle lui est inhérente. Cela était déjà vrai en 1867, au moment de la fondation de la fédération canadienne, et cela l'est sans doute encore davantage aujourd'hui, en ce début de 21e siècle. (...)
Solutions concrètes
D'ailleurs, l'asymétrie s'est manifestée dans certains grands domaines de l'affirmation moderne québécoise et a fourni des solutions concrètes qui ont certes demandé, de part et d'autre, des efforts politiques, mais qui sont encore aujourd'hui des sources de stabilité et de fierté. Mentionnons, à cet égard, les asymétries importantes dans le domaine de la perception fiscale, des prêts et bourses, du régime des rentes ou de la participation du Québec à la Francophonie. Et cela fonctionne depuis de nombreuses années.
Ces mesures auraient pourtant dû sonner le glas du Canada, comme le sénateur Joyal le laisse entendre. Or, il n'en fut rien, bien au contraire. Si le Canada existe toujours ou, du moins, si le Québec en fait encore partie, c'est entre autres grâce à ces mesures asymétriques. L'asymétrie ne doit donc pas être perçue comme une menace, mais comme un véritable gain pour le Canada. L'histoire démontre que, loin de saper l'unité nationale et de favoriser l'éclatement des pays, l'adoption de mesures asymétriques, spéciales, permet aux membres fédérés de coexister harmonieusement avec l'autorité centrale, réduisant ainsi les tensions indues, les confrontations contre-productives, voire les demandes de sécession.
Au Québec, la " ligne dure " fédérale, lorsqu'elle fut appliquée, a grandement contribué à alimenter le sentiment séparatiste. Cette intransigeance a poussé dans le camp sécessionniste des milliers de Québécois qui cherchaient de bonne foi une réforme du fédéralisme canadien qui répondrait mieux à leurs aspirations collectives. (...)
Je conviens cependant que la pratique et l'usage de l'asymétrie au Canada doivent demeurer compatibles avec le principe fédératif lui-même. Après tout, ce n'est pas seulement d'asymétrie que l'on parle, mais bien de fédéralisme asymétrique, ces deux mots allant de pair et constituant les deux côtés d'une seule et même médaille. En effet, en accommodant la différence dans l'espace canadien, en l'élevant au rang de valeur, il faut aussi préserver la cohérence et la cohésion de l'ensemble, ainsi que l'intégrité du principe fédéral. Il faut trouver le point d'équilibre entre les intérêts dits centraux et les préoccupations plus particulières des entités fédérées, dont celles du Québec.
L'asymétrie comporte sa part de responsabilités, politiques et morales, à l'égard de l'ensemble des Canadiens. La bonne foi, la solidarité, la mise en commun des risques et des chances économiques et sociales, le partage de l'information et de l'expertise, ainsi que la participation pleine et entière au développement du Canada sont des nécessités fédératives que l'on ne doit pas perdre de vue.
D'ailleurs, il est évident qu'en choisissant le fédéralisme, le Québec accepte de participer au projet canadien. Il accepte de participer à la définition d'un bien commun général dans un cadre et un esprit fédéral. L'engagement du gouvernement du Québec à l'égard de la revitalisation du fédéralisme est une expression forte de cette participation québécoise. La coopération intergouvernementale, la solidarité francophone, le resserrement des liens et la recherche d'approches communes au sein du Conseil de la fédération sont tous des éléments centraux de l'approche du Québec.
La participation du Québec se conçoit également dans le respect de certains grands paramètres. Ainsi, les approches communes sur le plan intergouvernemental sont possibles et, dans bien des cas, souhaitables. Le Québec s'attend, par contre, au respect de sa spécificité et de son identité propre. Il reste attaché à son autonomie, une valeur tout à fait particulière, étant donné la situation minoritaire du peuple québécois dans l'ensemble canadien.
Le sénateur Joyal évoque le Québec d'une certaine époque qui avait besoin d'oxygène. Aujourd'hui, c'est notre fédéralisme que l'asymétrie vient oxygéner. L'asymétrie ne doit être ni banalisée, ni noircie au point d'être présentée comme un phénomène destructeur. Elle se révèle au contraire un moyen très utile d'aménager les rapports fédératifs en tenant compte des besoins propres au Québec et aux autres partenaires.
Le Canada serait-il donc devenu si fragile aux yeux du sénateur Joyal, qu'il ne pourrait plus se permettre de respecter ses particularismes intrinsèques, de faire preuve de souplesse, lorsque cela est opportun, ni de respecter la nature même du principe fédératif? Je n'ose le croire.

sécurité à Kanesatake
Balivernes et réalité
Josée Boileau
Le Devoir jeudi 28 octobre 2004
Le ministre Jacques Chagnon aura beau dire, la Sûreté du Québec aura beau en rajouter, le fait est là: il y a un problème de sécurité à Kanesatake. Tout le reste n'est que balivernes qui déforment la réalité.
La SQ fait valoir qu'elle traite des dossiers de violence conjugale ? C'est vrai. Encore faut-il préciser que ses policiers se rendent à la résidence concernée en compagnie de Mohawks qui s'opposent à James Gabriel. Leur présence ajoute à la tension qui règne, ce que les plaignantes n'apprécient pas du tout.
En fait, la SQ est incapable de faire son boulot sans l'aval de la milice créée par les opposants à M. Gabriel. Que M. Chagnon voie là un service local de surveillance comme on en trouve ailleurs est une insulte à l'intelligence. Kanesatake vit sous le joug de bandits, c'est le seul constat qui convienne.
De même, mesurer le niveau de sécurité selon le nombre de plaintes formulées ou de contraventions données est d'un ridicule consommé. Ce qui transcende les vols et les méfaits, c'est le climat d'intimidation qui sévit, tant à l'encontre des résidants qu'envers les titulaires de l'autorité. Obligation pour M. Gabriel de changer de local de travail parce que son propriétaire a été menacé, bureaux saccagés, voitures de police suivies ou sur lesquelles on fonce : voilà le vrai décompte à faire !
Que la loi du silence règne dans la foulée n'a rien d'étonnant : c'est là toute la force du crime organisé. Il faut alors donner aux policiers les moyens d'y faire face, pas les encourager à pactiser avec le diable.
Il est vrai que la situation est complexe, comme l'a maladroitement exprimé l'inspecteur-chef de la SQ en parlant d'interventions «modulées» à Kanesatake. Les Blancs, et ça remonte à bien plus loin que la crise d'Oka, sont mal vus sur le territoire. Personne n'a intérêt à ce que toute la population, en raison d'une intervention intempestive, s'unisse tout à coup contre un ennemi commun.
La politique des petits pas a toutefois ses limites : la médiation entre M. Gabriel et ses opposants, menée par un juge de la Cour fédérale depuis deux mois, a échoué. L'association Femmes autochtones du Québec a entrepris un processus de réconciliation dans la communauté, mais sans toucher aux aspects criminels.
Le ministre Chagnon a raison d'interpeller le fédéral, honteusement silencieux, sur la gouvernance à Kanesatake. Il doit néanmoins, de son côté, imposer la force de police tripartite (SQ, GRC, Mohawks) promise mais jusqu'ici bloquée par l'opposition des dissidents.
Si cela n'est pas nécessaire, alors que le ministre nous le démontre en osant aller faire un petit tour, par un beau dimanche, à Kanesatake.
jboileau@ledevoir.ca

Audience publique sur l'avenir de Télé-Québec
Croire en Télé-Québec
Normand Provencher
Le Soleil jeudi 28 octobre 2004
Au début, on l'a baptisé Radio-Québec, même si c'était de la télé. Dans le temps, que voulez-vous, on était fort sur les shows de chaises, genre Téléservice. Jos Bleau était assis devant la petite lucarne et regardait du monde faire de la radio. Jos Bleau ne regardait pas la télé, il l'écoutait, d'où le nom sans doute.
Ce n'est que beaucoup plus tard, en 1995, un lundi matin, si ma mémoire est bonne, qu'un patron plus allumé que les autres s'est levé durant une réunion. Après avoir ajusté son appareil, il s'est aperçu qu'on faisait de la télé à Radio-Québec et qu'il serait peut-être logique de s'appeler dorénavant Télé-Québec, nom d'un Tintinnabule. Le conseil d'administration, formé de gens rompus à l'innovation, a trouvé que c'était une excellente idée. On raconte que pour son éclair de génie, le cadre reçut une bonne prime et une fin de semaine pour deux dans les Laurentides avec son épouse.
Ne riez pas, une source bien informée dans le petit monde de la télé me jure que ça s'est passé à peu près comme ça, sauf peut-être pour la fin de semaine pour deux dans les Laurentides, c'était peut-être avec sa maîtresse, qu'importe, on finira bien par le savoir, j'ai mis un homme là-dessus.
Si Radio-Québec a un jour changé de nom pour devenir Télé-Québec, ce qui n'a pas changé, par contre, c'est la remise en question continuelle de son mandat. La survie de l'Autre télévision, comme on l'a aussi déjà appelée, est un thème récurrent dans la société québécoise. Télé-Québec est à la culture ce qu'est le débat sur la couleur de la margarine à l'agriculture.
C'est reparti depuis quelques jours. Le gouvernement Charest, soucieux d'avoir "moins d'État dans l'État" et de frapper dans le tas, a mis sur pied un groupe de travail sur l'avenir de Télé-Québec. Claude Bédard, un ancien de la boîte, est à la tête de ce comité. Si la chose vous intéresse, lui et ses adjoints seront en ville, demain matin, au Musée national des beaux-arts - l'ancien Musée du Québec, si vous préférez - pour une journée d'audiences publiques.
***
Télé-Québec ne vit plus à l'époque de Passe-Partout, du Club des 100 watts et de Parler pour parler. On l'oublie peut-être, mais plusieurs de ces émissions ont flirté avec le million de cotes d'écoute, à un moment où le mot n'avait pas encore le don de faire capoter les patrons de la télévision.
Le monde a changé, la télé aussi. Le zapping est devenu une discipline quasi olympique. Les chaînes spécialisées sont arrivées, la convergence, La Vie rurale et Anne-Marie Losique aussi et c'est surtout là qu'on s'est rendu compte que le monde de la télé ne sera plus jamais le même, pour notre plus grand malheur.
C'est dans ce contexte, où toutes les télés cherchent à séduire par tous les moyens ceux qu'on appelle le monde ordinaire, que le mandat éducatif et culturel de la chaîne publique est à nouveau sur le gril. On fait quoi avec Télé-Québec ? On privatise, comme l'a déjà suggéré le ministre des Finances Yves Séguin ? On ferme boutique ? On coupe encore dans les budgets ? On ressuscite Passe-Montagne et Fardoche ?
Et si on se félicitait d'abord de la chance d'avoir une télévision distincte des autres, audacieuse et originale, malgré son sous-financement chronique, une télé qui ne donne pas dans le vaudeville, la grosse farce plate, la facilité, l'humour à tout prix et la télé-réalité ? Ce serait déjà un bon début, non ?
***
Avec un budget de 60 millions $, Télé-Québec revient à 7 $ par année à chaque Québécois, moins que le prix d'un billet de cinéma. Des gérants d'estrade diront que c'est encore trop pour une télé qui va chercher seulement 3 % de parts de marché et dont l'émission la plus populaire, Ramdam, attire 300 000 spectateurs, pour la plupart des ados, mais ce serait faire preuve d'une vision bien courte de la réalité. Le réseau PBS fait encore moins et les Américains ne passent pas leur temps à remettre en question l'existence de cette chaîne éducative.
À quelle autre station, dites-moi, les ados québécois peuvent-ils voir des personnages qui leur ressemblent, comme ceux de Ramdam ? Certainement pas à Vrak-TV ou à Télétoon. Où brasse-t-on la cage comme aux Francs-tireurs ? Où vous met-on l'eau à la bouche de façon aussi épicurienne qu'À la di Stasio ?
Alors que Montréal s'impose comme le nombril du Québec, il est intéressant de voir que Télé-Québec est la seule télé à croire aux régions. Il faudra voir de quoi aura l'air la nouvelle émission Méchant contraste ! en ondes lundi soir prochain.
Il y a aussi 24 heures chrono, l'émission la plus stressante de la télévision, mais bon, je vous l'accorde, on pourrait la voir à Séries + ou ailleurs, mais pas nécessairement à Télé-Québec. N'empêche, on y a cru assez pour en acheter les droits.
Pour ce qui est du cinéma, alors là, dites-moi, sans la présence de Télé-Québec, où les films de von Trier, Lynch, Solonz et Ozon pourraient-ils être vus à la télé, à une heure raisonnable et sans pause commerciale en plus ? Et les documentaires ? Sans Télé-Québec, le cinéma à la télé ferait pitié. Radio-Canada en présente parfois du bon, mais à des heures impossibles. TVA et TQS, n'en parlons pas, avec leurs longs métrages charcutés comme des saucissons et leurs blockbusters américains, toujours les mêmes.
***
Le gouvernement Charest et tous ceux qui viendront après devraient cesser d'agiter des épouvantails devant Télé-Québec. Il faut cesser de taper sur la télévision publique québécoise. Elle a surtout besoin qu'on y croit et qu'on lui donne un tant soit peu les moyens de ses modestes ambitions.
Ouvrir la porte à la privatisation, ce serait le début de la fin. La sacro-sainte cote d'écoute ferait alors foi de tout. La qualité prendra le clos et se retrouvera dans le champ. Et un jour, qui sait, c'est à Télé-Québec qu'on verra Anne-Marie Losique jouer à la fermière nounoune...
Nprovencher@lesoleil.Com

Audience publique sur l'avenir de Télé-Québec
Les producteurs privés veulent que Télé-Québec leur confie tout
Paul Cauchon
Le Devoir jeudi 28 octobre 2004
Les grands syndicats plaident quant à eux en faveur d'un financement récurrent et pour la production interne
Tout le monde veut que le budget de Télé-Québec soit augmenté, mais la façon d'utiliser ces sommes peut varier considérablement. Ainsi, l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ), qui regroupe la quasi-totalité des producteurs privés du Québec, propose que toute la production d'émissions de Télé-Québec soit confiée au secteur privé et que ses bureaux régionaux soient fermés.
L'APFTQ plaide également pour que le financement de Télé-Québec soit stable et pluriannuel. Elle n'est pas très enthousiaste à l'idée d'augmenter la publicité en ondes.
À l'inverse, les grands syndicats comme la CSN, la FNC et la CSQ s'opposent à une privatisation grandissante de la chaîne, plaidant plutôt pour que Télé-Québec dispose d'un budget augmenté et, là aussi, établi sur plusieurs années.
C'est donc le financement de Télé-Québec qui a pris la vedette hier lors de la deuxième journée d'audiences publiques à Montréal devant le groupe de travail sur l'avenir de la chaîne.
Malgré le consensus en vue d'obtenir un financement pluriannuel, le président du groupe de travail, Claude Bédard, a semblé résister à l'idée : il a déclaré que cette formule lui semblait difficile à appliquer compte tenu du fait qu'un nouveau gouvernement a tendance à défaire ce qu'a décidé le gouvernement précédent. M. Bédard s'est demandé si une souscription publique (comme le fait PBS) pourrait être intéressante, ce qui n'a pas semblé susciter une adhésion spontanée.
La question du financement est d'autant plus cruciale que dans son mémoire, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) fait état d'une rumeur, non confirmée, portant sur une compression supplémentaire de dix millions qui serait imposée à Télé-Québec d'ici deux ans. La rumeur proviendrait du ministère de la Culture et des Communications. La directrice des programmes de Télé-Québec, Louise Gendron, a indiqué au Devoir n'avoir jamais entendu parler d'une telle information.
Sans grande surprise, les syndicats ont tous plaidé pour un renforcement de l'identité de Télé-Québec et ont fait valoir que les organismes qui financent les émissions des producteurs, comme Téléfilm, la SODEC et le Fonds canadien de télévision, devraient pouvoir financer les productions internes des télévisions publiques, ce qui requerrait une révision de leurs règles.
La FPJQ a également proposé qu'on établisse une masse critique suffisante d'émissions en information et en affaires publiques. «Le gouvernement doit clairement dire que l'information fait partie intrinsèque du mandat de Télé-Québec», affirme Claude Robillard, secrétaire général de la FPJQ, faisant remarquer qu'à Télé-Québec, c'est toujours le secteur de l'information qui est le premier sabré parce que ce type d'émission ne reçoit pas de financement des organismes d'aide à la production privée.
Du côté des producteurs indépendants, l'APFTQ précise que le mandat de Télé-Québec ne doit pas être diminué et qu'aucun genre d'émission ne devrait en soi être évacué de sa programmation. Mais la chaîne pourrait confier la totalité de sa programmation au secteur indépendant (elle le fait déjà dans une proportion de près de 84 %) et fermer ses bureaux en région pour investir ces sommes directement chez les producteurs privés régionaux. L'association propose également qu'une direction des régions soit créée à la haute direction de Télé-Québec pour s'assurer d'une présence régionale adéquate dans la programmation. Le porte-parole de l'APFTQ, le producteur Jacquelin Bouchard, fait valoir que «l'identité d'un réseau est d'abord créée par les responsables de la programmation».

Dieu, l'Amérique et Bush - Christ d'élections
Frédéric Denoncourt
Voir, n° Vol: 18 NO: 43 jeudi 28 octobre 2004
Dans son livre La Dernière Croisade: Les Fous de Dieu version américaine, la journaliste Barbara Victor se penche sur l'influence grandissante de la droite chrétienne, qui pourrait assurer la réélection de Bush. Quand Dieu loge à la Maison-Blanche.
"John Ashcroft parle en langue, c'est-à-dire qu'il marmonne, comme de nombreux Born Again Christians, des paroles inintelligibles pour éviter que son message soit intercepté par le diable."
Le 3 février 2003, George W. Bush déclarait: "On ne peut pas être président de ce pays sans croire en Dieu et sans être convaincu que nous formons une seule nation sous les ordres de Dieu." Ce passage du dernier ouvrage de Barbara Victor, une journaliste américaine qui a couvert le Moyen-Orient pour le compte du réseau CBS et qui a interviewé, outre W. Bush, Bill Clinton, Yasser Arafat et Ariel Sharon, en dit long sur l'influence qu'a acquis le facteur religieux aux États-Unis. Que de tels propos sortent de la bouche d'un mollah iranien, passe encore, mais qu'ils soient le leitmotiv du président d'un État démocratique ayant consacré la séparation de l'Église et de l'État depuis plus de 200 ans laisse songeur.
Intriguée par ce pays, le sien, dont les hommes politiques semblent plus obsédés par le fait de prouver qu'ils sont de bons chrétiens que par l'élaboration d'un programme en santé ou en éducation, Mme Victor a pris le bâton de pèlerin, à la recherche de la source de cette ferveur religieuse unique. Elle s'est rendue dans de nombreux États, notamment le Missouri, le Kansas, le Texas, le Maryland et le Colorado, pour rencontrer des Américains ordinaires, riches ou pauvres, républicains ou démocrates, hommes politiques ou hommes d'Église, dont le trait commun était d'être des chrétiens évangéliques, des Born Again Christians surtout, reconnus comme les plus fervents admirateurs du Christ. "Le livre est une analyse de la vraie Amérique. J'ai cherché à comprendre d'où vient cette religiosité qui pollue les États-Unis d'aujourd'hui. Et j'ai découvert que mon pays est devenu la proie d'extrémistes irrationnels", confie-t-elle.
Partout, Mme Victor a rencontré des fidèles au sourire illuminé, toujours ivres de bonheur, qui gigotaient, sautaient, hurlaient ou s'effondraient en pleine assemblée, pris de convulsions, devant leurs co-religionnaires, remplis d'admiration. Certains, en apparence équilibrés, lui ont juré que Jésus-Christ leur parle régulièrement et leur confie de grandes missions. Elle a vu des pasteurs haranguer des foules en les incitant à dire leur haine du "démon" qu'est l'islam et à prier pour leur guide, le président Bush. "Les gens que j'ai rencontrés sont convaincus que leur façon de vivre est la meilleure et qu'il n'y a pas de place pour les autres et leur façon de voir les choses. Ce sont des gens qui fonctionnent avec beaucoup de règles et d'interdits."
Si les États-Unis sont sans doute depuis longtemps le pays le plus pieux d'Occident, on assiste depuis 25 ans à une exacerbation du facteur religieux et à une pénétration du politique par celui-ci, pour le plus grand danger de la démocratie, analyse Mme Victor.
Deux événements ayant marqué l'imaginaire collectif des États-Uniens auraient tout bouleversé. Tout d'abord, la prise des otages en Iran en 1979 a marqué l'arrivée d'un nouvel ennemi, l'islam, et a favorisé l'élection de Ronald Reagan, le favori des chrétiens évangéliques. Mais surtout, bien sûr, les attentats du 11 septembre, qui sont venus confirmer les craintes de 1979. "Nous avons toujours besoin d'un diable à combattre. Longtemps ce fut le communisme; maintenant, c'est l'islam."
Un lobby puissant
Aujourd'hui, les Born Again Christians, qui représentent 80 millions de personnes, exercent plus que jamais une influence déterminante sur la vie politique américaine. Les plus puissants d'entre eux, George W. Bush et John Ashcroft, le secrétaire à la Justice, n'éprouvent aucune gêne à affirmer publiquement que, dans l'exercice de leurs fonctions, ils obéissent avant tout à Dieu. Ashcroft et Bush tiennent tous deux régulièrement des séances de prière dans leurs bureaux de travail, en compagnie de pasteurs chrétiens évangéliques, où ils implorent Dieu de leur montrer la voie à suivre. "John Ashcroft parle en langue, c'est-à-dire qu'il marmonne, comme de nombreux Born Again Christians, des paroles inintelligibles pour éviter que son message soit intercepté par le diable, qui réside selon lui au deuxième niveau des cieux. Le but est d'entrer directement en communication avec Jésus, qui comprend ce langage et qui, lui, loge au troisième niveau", poursuit Mme Victor.
Peu après les élections de 2000, Mme Victor s'est rendue à Crawford, au Texas, avec plusieurs journalistes, pour y interviewer W. Bush, qui annonçait déjà ses couleurs. "On était tous très choqués par ce qui s'était passé en Floride. Quand j'ai vu le président, j'avais envie de lui flanquer deux gifles. Il nous a dit que Jésus l'avait choisi comme président. Il disait qu'il savait qu'il était le meilleur, car Dieu le lui avait dit. Je suis si habituée d'écouter des politiciens qui disent des conneries qu'à l'époque, j'ai trouvé ça drôle, je me disais qu'il était cinglé, mais après, c'est devenu moins drôle, il est devenu dangereux."
Fondamentalistes made in USA
"Si l'apparition de Dieu dans le psychisme d'un individu n'est pas dangereuse en soi, elle devient une menace dès lors que des Américains militants cherchent à introduire la religion en politique, que la Bible, par exemple, sert de fondement à la politique étrangère du pays. Mais il y a un péril encore plus grand: certains Américains qui ne sont pas des chrétiens convaincus acceptent plus volontiers cette intrusion de la Bible en politique à cause des temps troublés que nous vivons", ajoute Mme Victor.
Professeur au Département de religion de l'Université de la Floride, Richard Foltz explique que cette ferveur religieuse proche du fanatisme existait en germe dès la naissance du pays. Phénomène surtout rural et touchant les États de la Bible Belt (sud-ouest du pays), cette grande dévotion est un trait marquant des États-Unis qui reste méconnu de ceux qui ne fréquentent que les grandes villes de la côte est. "Nous vivons vraiment dans un pays divisé. Et même si les gens ici le reconnaissent peu, ce phénomène est bien plus marqué que celui de vos deux solitudes au Canada. Le royaume de Dieu, c'est une hiérarchie, pas une démocratie."
Les Born Again Christians ont commencé à imposer leurs vues sous la présidence de Ronald Reagan, poursuit M. Foltz, alors que le secrétaire responsable des ressources naturelles et de l'environnement, James Watt, invoquait ses croyances religieuses pour ne pas restreindre l'exploitation des ressources naturelles non renouvelables et polluantes. "Sa politique était de consommer les ressources naturelles le plus rapidement possible car, disait-il, Jésus allait revenir bientôt sur terre. Il ne servait donc à rien de préserver ce type d'énergie. C'était il y a 20 ans, et ça continue..."
Depuis trois ans, le mouvement des chrétiens évangélistes a pris de l'ampleur. La crainte de nouveaux attentats a ouvert la porte à un discours irrationnel qui n'est pas sans rappeler celui des islamistes, croit Mme Victor. "La seule différence entre les chrétiens évangélistes et les islamistes, c'est que les islamistes sont prêts à mourir et que les chrétiens ne le sont pas, mais ceux-ci consentent néanmoins à tuer les autres, comme ces extrémistes qui tuent des médecins qui pratiquent l'avortement."
L'absence d'esprit critique
Terre de contradictions capable du meilleur comme du pire, les États-Unis le sont depuis leurs origines, rappelle Mme Victor. Étant l'une des premières démocraties à avoir vu le jour à la fin du XVIIIe siècle, le pays a dès le départ clairement séparé l'Église et l'État, tout en faisant des 10 commandements une de ses pierres d'assise... "Mais comment avoir un État laïc en se fondant sur les 10 commandements? Allez à Washington; tout est basé sur Dieu. Tous les politiciens ont Dieu comme copilote. Sans Dieu, on est foutu. Et même Kerry ne pourrait pas défaire tout ce que Bush a fait."
La culture anti-intellectuelle dans laquelle baignent depuis toujours les États-Unis a également favorisé la montée de la droite chrétienne, qui n'en a que pour des politiciens pieux et aux idées simples. "Aux yeux de beaucoup d'Américains, Kerry ressemble à un intellectuel. Son problème, c'est qu'il est nuancé, qu'il voit tous les aspects des choses, alors que la droite chrétienne voit tout en noir et blanc. Les Américains sont un peuple impatient. Ils sont persuadés d'être du bon côté, alors ils ont peu de patience pour les longues explications en ce qui concerne les lois ou les accords internationaux", précise M. Foltz.
Ce manque d'esprit critique est bien une caractéristique du peuple américain, admet Mme Victor, qui se dit convaincue de la réélection de Bush. C'est ce qui pousse trop souvent les gens à simplifier, à opter pour des positions tranchées. "Si le but de Bush était de reconstruire le Moyen-Orient, il aurait fallu débuter avec l'Arabie Saoudite, cette monarchie stupide et violente. Mais voilà le problème: les gens chez moi ne lisent pas, ils écoutent Bush. L'obsession des gens envers la sécurité sera déterminante pour l'avenir de mon pays. Et aujourd'hui, tous les gens ont peur et ils voient la vie en noir ou en blanc. Même les intellectuels de la côte est ont peur et sont persuadés qu'il y aura un autre attentat..."
Barbara Victor
La Dernière Croisade: Les Fous de Dieu version américaine
Plon
2004, 345 p.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Brigitte Pellerin crache sur le Québec
envoi anonyme
TRIBUNE LIBRE 28 octobre 2004
Cher Monsieur Frappier,
Brigitte Pellerin, une ex-québécoise établie à Ottawa et mariée à John Robson (journaliste de droite), crache sur le Québec régulièrement et ce, en page éditoriale du Citizen. Même lorsqu'elle n'a rien à dire sur le Québec, elle va trouver des comparaisons stupides pour appuyer ses conneries. Voici ce qu'elle a pondu la semaine dernière.
J'ai fait une traduction sommaire, que vous trouverez après l'anglais.
(sentez-vous libre de la ré-éditer). J'espère que vous allez la publier. Il est grand temps que quelqu'un lui ferme la trappe.
The mean streets of Quebec
Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday October 21, 2004
Why, oh why, do politicians keep trying to solve Quebec’s problems? They ought to know better. If Quebecers can’t be bothered to follow simple traffic rules and regulations when their own personal lives are on the line, what makes you think they’ll respect political ones?
Montreal police decided to crack down last week on jaywalkers and on drivers who wouldn’t dream of slowing down to give pedestrians time to cross the street. They issued $37 tickets for jaywalking and up to $148 for running a red light or ignoring crosswalks. Goal: Reduce collisions between cars and pedestrians.
Folks in downtown Montreal, asked by a Montreal Gazette reporter what they thought of the initiative, responded with that famous sarcastic shrug. "This is Quebec," said one. "As long as I don’t get hit, I cross." When pressed, Montrealers will tell you the real problem is not jaywalking but the countless motorists who blaze through crosswalks regardless of whether anybody on foot is currently using them.
They have a point. A few years ago, when I was living the car-free life in downtown Montreal, I would have had a very similar response to a crackdown on jaywalking: You’re not going to scare me with your $37 ticket. I’m going to keep jaywalking when I consider it safe, so please focus on trying to get motorists to stop actively trying to run me down.
Paranoid? Perhaps. But even paranoids have enemies. So never trust the signs in Montreal. Always make triply sure there’s no moving vehicle in sight before crossing at the crosswalk. Even on street corners where pedestrians have the right of way, Quebec motorists have no time to give you enough room to cross safely. Pay attention in Ottawa to the cars that stop with their wheels way ahead of the white line at red lights. Nine times out of ten you’ll notice they have Quebec plates. Especially if it’s their rear wheels ahead of the line.
Given this sad state of affairs, it’s not hard to understand why Quebecers (Montrealers particularly so) jaywalk constantly. If motorists won’t respect their right-of-way, it makes sense to cross whenever the opportunity arises. So no one respects traffic regulations: not pedestrians, cyclists, or drivers of cars, taxis and trucks. As a result, Quebec roads are a zoo; you take your chances while grumbling about all the other idiots who flout the rules. It ain’t pretty.
Even on a simple matter like life- and limb-saving traffic rules, Quebecers have too much law and too little order. What makes politicians think they’ll ever agree to any set of political rules designed to improve their society?
Yet Premier Jean Charest just concluded a Parti-Québécois-type "forum of the generations" designed to give citizens a voice in shaping solutions to Quebec’s long-term socio-economic problems. The exercise certainly proved that Mr. Charest can sit for hours on end pretending to listen to what societal stakeholders have to say. Which is long on visionary rhetoric and short on practical suggestions. About the only substantive measures on which forum participants seemed to agree was the need to postpone Mr. Charest’s promised $1-billion tax cuts for the second year running and the need to create yet more committees to continue the ongoing discussions on such varied issues as health, education and work-family conciliation.
As to PQ leader Bernard Landry, his new scheme to solve Quebec’s problems (or, more cynically, to remain at the head of his party despite increasingly brazen challenges to his leadership) is a promise to hold a referendum on sovereignty as soon as possible in the next PQ mandate and to proceed with a unilateral declaration of independence without negotiating with the rest of Canada first.
Conservative leader Stephen Harper, for his part, is taking great pains to show how much he prefers former prime minister Brian Mulroney’s advice to mine. Meeting a group of supporters in Quebec City last Friday, he proposed a "beau risque nouveau" to the province’s soft nationalists (it took several days for the English-language papers to unearth this rather unsettling piece of news, which was cleverly hidden on the front page of La Presse last Saturday). Inspired by the world-renowned Belgian model, Mr. Harper’s solution to the Quebec problem would involve, er, giving Quebecers whatever they want in exchange for their everlasting gratitude as measured by the number of Conservative votes they cast.
I only have one question: Given that Quebecers can’t be bothered to respect extremely simple traffic rules to save their own necks, what makes you think they’d respect any kind of political framework, no matter how irresistible you think it is? HONK! Why you…
This column first appeared in The Ottawa Citizen, Thursday October 21, 2004 (A-18)
© Copyright Brigitte Pellerin
Traduction sommaire :
Les rues misérables du Québec
Pourquoi les politiciens s’entêtent-ils à résoudre les problèmes du Québec? Si les Québécois ne peuvent pas suivre les simples règles de la circulation lorsque leur sécurité personnelle est en jeu, comment croyez-vous qu’ils respecteront les règles politiques?
La police de Montréal a décidé de s’en prendre aux piétons en traversée illégale (jaywalkers) et aux conducteurs qui n’envisagent pas le moins du monde de ralentir pour donner le temps aux piétons de traverser la rue. Ils collent des billets de 37 $ pour traversée illégale et jusqu’à 148 $ pour avoir brûlé un feu rouge ou ignoré les passages pour piétons. L’objectif : réduire les collisions entre les autos et les piétons.
Les Montréalais du centre-ville, à qui un reporter du Montreal Gazette demandait ce qu’ils pensaient de cette initiative, ont répondu avec un haussement d’épaules sarcastique, entre autres : "This is Quebec", et "As long as I don’t get hit, I cross" (tra : on est au Québec, à quoi d’autre s’attendre? - en autant que je ne me fasse pas frapper, je traverse). Si on les pousse un peu plus loin, les Montréalais vous diront que le véritable problème n’est pas la traversée illégale, mais les nombreuses motos qui se frayent un chemin à travers les passages à piétons, sans d’abord s’assurer qu’il n’y a pas de piétons.
Est-ce de la paranoia? Peut-être. Mais mLme les paranoiaques ont des ennemis. Ne vous fiez jamais aux panneaux de signalisation à Montréal. Soyez, non pas doublement, mais triplement certains qu’il n’y a pas de véhicule en mouvement en vue avant de traverser au passage à piétons. Même sur les coins de rue où les piétons ont droit de passage, les motocyclistes québécois n’ont pas le temps de vous laisser assez d’espace pour traverser en toute sécurité. Portez attention aux autos à Ottawa qui arrêtent (aux feux rouges) bien avant la ligne blanche : 9 fois sur dix, ils ont des plaques du Québec. Surtout si ce sont les roues d’en arrière qui sont devant la ligne blanche.
Étant donné ce triste état de choses, ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi les Québécois (les Montréalais en particulier) traversent constamment illégalement. Si les motocyclistes ne respectent pas leur droit de passage, on n’a pas d’autre choix que de traverser la rue quand le moment est propice. Il n’y a donc personne qui respecte les règlements de la route : ni les piétons, ni les cyclistes, ni les conducteurs d’autos, de taxis et de camions. Par conséquent, les routes du Québec sont un zoo; vous prenez une chance quand vous traversez la rue, tout en maugréant contre les autres idiots qui font fi des règles. Ce n’est pas joli.
Même sur une question aussi simple que les règlements de la circulation, les Québécois ont trop de lois et pas assez d’ordre public. Qu’est-ce qui fait croire aux politiciens qu’ils finiront par s’entendre sur une série de règlements politiques visant à améliorer leur société?
Jean Charest a quand même conclu un "forum des générations", dans la plus belle tradition du PQ, en vue de permettre aux citoyens de trouver des solutions aux problèmes socio-économiques du Québec qui perdurent. Cet exercice a prouvé que M. Charest est capable de s’asseoir pendant des heures à écouter ce que les différents intervenants de la société ont à dire. Ce qui est très long en termes de rhétorique visionnaire, mais très court en termes de suggestions pratiques. La seule mesure d’importance sur laquelle les participants semblent s’être entendus était le besoin de remettre la promesse de Charest de réduire les impôts de 1 milliard de $ pendant la 2ième année de son mandat, et de créer encore plus de comités pour continuer les discussions permanentes sur des questions telles que la santé, l’éducation et la conciliation travail-famille.
Quant à Bernard Landry, son nouveau projet pour résoudre les problèmes du Québec (or, pour être cynique, pour rester à la tête de son parti malgré les pressions qui se font de plus en plus fortes) est de promettre de tenir un référendum sur la souveraineté aussitôt que possible au cours du premier mandat et de procéder avec une déclaration d’indépendance unilatérale sans négocier d’abord avec le reste du Canada.
Stephen Harper peine à démontrer qu’il préfère les conseils de Brian Mulroney aux miens. A une rencontre à Québec avec ses partisans, il a proposé un "beau risque nouveau" aux nationalistes mous (ça a pris plusieurs jours pour que les journaux de langue anglaise "déterrent" cette information troublante, qui était astucieusement cachée sur la page couverture de La Presse samedi dernier). En s’inspirant du modèle Belge, la solution de Harper au problème québécois serait de donner aux québécois ce qu’ils veulent en échange de leur gratitude éternelle, comme en ferait foi le nombre de votes qui iraient aux conservateurs.
Je n’ai qu’une question : puisque les québécois ne se préoccupent même pas de respecter des règles de la route, qui sont extrêmement simples, pour sauver leur peau, qu’est-ce qui vous fait croire qu’ils respecteront toute forme de cadre politique, si irrésistible soit-il?

TRIBUNE LIBRE
"L'effet boomerang" ?
François Perrier
TRIBUNE LIBRE 28 octobre 2004
Se réfère à "L'effet boomerang" de la journaliste Manon Cornellier, paru dans Le Devoir du 27 octobre 2004.
Mme Cornellier, j'assume que puisque vous ajoutez une adresse courriel au bas de votre texte, que vous souhaitez recevoir de l'input, du feed-back. Eh oui, tous les deux mots sont du frança-de-France-servile - l'équivaloir du frança québécois standord. Alors que notre français de bon aloi est bien plus inventif, le néologisme "courriel" témoignant en ce sens. Voici donc une interprétation autre que la vôtre, et celle du Devoir-de-toutes-les-réserves, pour lequel vous bossez.
Notez que contrairement à votre affirmation en toute première ligne de texte "Cela faisait longtemps qu'on avait pas vu ça" -- Ralph Klein le premier ministre de l'Alberta avait déjà quitté le mois dernier une conférence fédéraste-pro-vaincus à Ottawa, exprimant ainsi tout le mépris que lui inspirait un gouvernement canadiAn centralisateur et unitaire. Et monsieur Williams ne faisait que l'émuler, sentant le moment propice au juste défoulement des Newfies baffoués, et toujours laissés pour compte. Peut-être faisiez vous référence à René Lévesque, lors de la nuits des longs couteaux, au siècle dernier ?
L'Alberta avec ses richesses pétrolières et sa population cowbow, est un véritable État en puissance, qui s'ignore. Y a-t-il là volonté de créer une Nation nouvelle (nation dans le sens américain du terme), cela reste à voir !
Toujours est-il qu'en Colombie britannique, où la population d'origine asiatique a dépassé en nombre les wasps (white anglo saxon protestants) depuis belle lurette, non seulement la langue officielle française d'un Canada constitutionnellement bilingue n'apparaît plus sur le radar des valeurs canadiAns, mais c'est la langue anglaise qui se fait 'niaiser' par le mandarin, langue semi-officielle d'un nouveau Pays en herbe.
Quant à l'Ontario, mastodonte industriel dont l'économie est imbriquée dans celles des États limitrophes, dont le géant dormant du Québec, l'État de New York, le Michigan et le Wisconsin --, l'Ontario n'en peu plus de subventionner tous ces 'morts de faim' canadiAns des autres provinces, entretenus comme des putes, OU maintenus dans une servilité appauvrie, par un système de péréquation qui mise sur la richesse abjecte des uns et la dépendance totale des autres.
Le Canada - l'Amérique du Nord britannique -- est devenu un monstre de prétention, un empereur nu, un niveau de gouvernement-en-trop, et il n'a plus sa raison d'être, RONGÉ par des politiques officielles non appliquées, tel le pseudo bilinguisme, le multiculturalisme babélien, et l'Indian Act raciste. Ces deux premières politiques d'ailleurs créées par l'apatride Elliott P. Trudeau, dans le but expresse d'étouffer sa propre nation de source française, qu'il méprisait tant à mesure qu'il contribuait à la marginaliser.
Il y a déjà deux Nations, et plusieurs États en puissance en cette Amérique-du-Nord. Aidez votre Nation de souche française à s'épanouir Mme Cornellier -- (et non pas (sic) "à survivre" comme dit le journaliste de droite élitiste, Jean-Marc Léger). Le temps est venu de réinventer le Québec-Canada à l'image des peuples qui s'y sont créés - soit --, et de l'ouest à l'est, 1° The Asian Republic of British Columbia, 2° American-Alberta-Saskatchewan, 3° La République MÉTIS du Manitoba ("nous" leur devons bien ça), 4° Multicultural Ontario, 5° La République française du Québec, 6° The RE-UNITED wasps Maritime provinces.
Je vous mets au défi de référer à cette missive, afin d'innover dans un débat stérile-issime.
