
Toujours hégémonique
Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 6 octobre 2004
Le discours du Trône présenté hier par la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, est à plusieurs égards un calque du dernier programme électoral du Parti libéral. Il ne s'y trouve guère de surprises, si ce n'est un état d'esprit du gouvernement Martin qui, face à une opposition majoritaire, se pose fermement en maître du jeu politique.
Les gouvernements en situation minoritaire n'ont guère le choix des armes. Soit ils composent avec l'opposition en cherchant à nouer des alliances qui lui assureront une période d'accalmie, comme l'avait fait le premier ministre Trudeau, en 1972, avec le NPD. Soit ils tentent de se comporter comme s'ils détenaient une majorité. C'est le choix qu'a fait le premier ministre Paul Martin.
Un premier indice de cette attitude avait été donné par M. Martin lundi, lorsqu'il avait averti les trois partis d'opposition de ne pas l'empêcher de gouverner en rejetant un à un ses projets de loi. L'odieux d'une défaite du gouvernement vous reviendra, les avait-il prévenus. Hier, il a poursuivi sur cette lancée, avec un discours du Trône qui n'est ni plus ni moins qu'un acte de défi à leur endroit. Conservateurs et bloquistes, ces derniers tout particulièrement, pourront difficilement se rallier à un texte qui ne rejoint que très peu leurs préoccupations et celles des électeurs qui ont, majoritairement, voté le 28 juin pour l'opposition plutôt que pour le gouvernement.
Pour les Québécois, ce discours du Trône sera plus que décevant, dans la mesure où il fait fi de ce qu'il est convenu d'appeler le consensus québécois. D'aucune façon, le texte lu hier par Mme Clarkson ne reconnaît la spécificité du Québec. Au contraire, on peut même d'ores et déjà dresser la liste des conflits qui s'annoncent avec le gouvernement québécois sur les questions d'ordre fédéral-provincial. De la part d'un parti qui voulait reconquérir le Québec, la chose étonne.
De Paul Martin, on avait cru qu'il se distinguerait de son prédécesseur en adoptant une attitude respectueuse des compétences provinciales, ce que semblait confirmer la conclusion récente de l'entente sur la santé. Ce qu'on peut maintenant comprendre, c'est que son gouvernement sera interventionniste. Il cherchera à imposer aux provinces des objectifs, des normes ou des indicateurs nationaux dans presque tous les domaines, de l'environnement à l'enseignement post-secondaire en passant par les garderies, les municipalités, le logement social.
Au passage, le discours du Trône souligne certes l'intention du gouvernement actuel de respecter les compétences des provinces, mais du bout des lèvres. Nul mot, dans le cas du Québec, sur sa volonté de poursuivre dans la voie du fédéralisme asymétrique. Ce silence est inexplicable. Craint-on d'alimenter les critiques qui se sont fait jour à la suite de l'entente particulière convenue avec le Québec en matière de santé ou veut-on envoyer un message au gouvernement Charest pour qu'il modère ses attentes ? Dans un cas comme dans l'autre, il faut conclure que le Québec semble compter pour peu dans la stratégie électorale du gouvernement Martin. Ce gouvernement sera aussi hégémonique que le précédent, ce qui au Canada anglais s'est généralement révélé un atout pour les libéraux.
Il serait bien étonnant que ce discours du Trône soit le premier et le dernier actes du gouvernement Martin. Aucun des quatre partis présents aux Communes n'a intérêt à provoquer la tenue précipitée d'élections. Ces prochains jours, chacun pourra nuancer sa position. Pour l'instant, le jeu consiste à savoir qui, du gouvernement ou de l'opposition, fera le premier une concession. Le danger est évidemment que, de part et d'autre, on s'entête, ce qui n'est pas à exclure.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Le temps de gouverner
Jean-Marc Salvet
Le Soleil mercredi 6 octobre 2004
Éditorial - C'est sans succès apparent que Paul Martin a tenté de jouer les grands stratèges, hier. Mais il n'y a rien dans le discours du Trône livré par la gouverneure générale qui pourrait justifier que l'opposition fasse tomber le gouvernement élu en juin.
De façon générale, le discours lu par Adrienne Clarkson ne comportait aucune véritable surprise. Il en était même ennuyeux. Cela ne veut pas dire que son contenu est sans importance. Cela signifie que les axes privilégiés en santé et dans le domaine de la petite enfance, ainsi que ceux attendus pour les villes et au plan des relations internationales découlent directement du programme électoral libéral.
Comme souvent, c'est plutôt certains silences qui sont troublants. Par exemple, cet assourdissant silence à propos du bouclier antimissiles. Il faut aussi noter les nombreuses zones d'ombre. Pensons à cette promesse d'"examiner le régime d'assurance-emploi" sans qu'aucun objectif ne soit même évoqué ! Ou à cette "stratégie des compétences en milieu de travail" sans qu'on sache ce que cette intrusion dans un champ de juridiction provinciale signifie pour Emploi-Québec.
Mais le plus étonnant est dans l'attitude. Alors qu'on s'attendait à ce que Paul Martin tende de façon évidente une main aux Québécois soucieux d'un fédéralisme flexible, moins centralisateur, il s'est contenté des habituelles promesses de collaboration.
Le chef libéral a probablement voulu jouer de prudence avec une partie du Canada et certains de ses ministres en passant sous silence l'"asymétrie" récemment inscrite dans l'accord sur la santé. Mais il a pris un risque avec une partie du Québec et le Bloc québécois en ne disant pas un mot de cette entente particulière, comme si l'esprit ayant ouvert la voie à cet accord avait soudainement disparu. C'est une faute.
La situation de gouvernement minoritaire porte en elle des risques d'instabilité. C'est pourquoi il convient d'inviter les élus des deux côtés de la Chambre à s'acquitter de leur mandat de façon responsable, sans déclencher d'élections précipitées.
Gare aux dérapages qui surviennent lorsque les esprits s'échauffent ! Les jugements définitifs devront s'articuler sur des faits. Pas sur les vagues intentions du discours d'hier ou sur ses interprétations.
À partir de maintenant, le défi de l'opposition sera de s'opposer au gouvernement sans provoquer de scrutin général. Personne n'en veut et elle non plus. Les amendements que le Bloc et les conservateurs déposeront au cours des prochaines heures devront être soigneusement mesurés.
La seule chose que l'on peut prédire pour cette nouvelle législature, c'est que l'imprévisible sera à l'honneur. Tout le monde jouera tout le temps à se faire peur. Un jour, c'est sûr, ça fonctionnera. Mais on peut attendre. Le Parlement doit d'abord gouverner.
JMSalvet@lesoleil.com

Coup de poker provocateur
Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 6 octobre 2004
Perspectives - Paul Martin aurait voulu indisposer le Québec et se mettre le Bloc québécois à dos qu'il n'aurait pas fait mieux. Le discours du Trône lu hier a surpris, mais pas pour les raisons prévues. Les engagements et les promesses sentaient, comme on s'y attendait, le réchauffé. Il était difficile de faire autrement, moins d'un an après le premier discours du Trône de l'ère Martin et moins de quatre mois après les élections générales.
Mais trois semaines à peine après la conclusion d'un accord majeur en santé et la reconnaissance du fédéralisme asymétrique, les vieilles habitudes ont déjà pris le dessus. Un gouvernement Martin se mêlera, comme il l'avait déjà dit, de dossiers relevant des provinces comme les garderies, les affaires municipales et la formation de la main-d'oeuvre. Il cherchera même à mettre en place un processus unique d'évaluation environnementale. On répète tout au long du discours que tout cela se fera avec les provinces, qu'on travaillera avec elles, qu'on leur laissera de la flexibilité. Mais on n'a pas cru nécessaire une seule fois d'invoquer le recours possible à cette nouvelle approche asymétrique dont on était pourtant si fier dans la nuit du 15 septembre.
«Un accord historique», disait Paul Martin cette nuit-là.
Le ministre Pierre Pettigrew affirmait hier que le chef bloquiste Gilles Duceppe faisait «de la politique» avec ses critiques dans le but de «regagner du terrain» à la suite de la signature de l'entente «historique» avec le Québec.
Tellement historique, doit-on lui rappeler cependant, qu'on n'ose même pas la mentionner dans le discours inaugural du gouvernement! Si ce n'est pas là que doit être affirmé ce qui devait devenir le nouveau principe directeur des relations fédérales-provinciales sous Paul Martin, où est-ce?
La ministre des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, expliquait la chose en affirmant que «c'est un fait accompli». Selon elle, ce «principe général [...] est énoncé dans chacune des sections du discours du Trône. [...] Partout dans le discours du Trône, vous trouvez [cette référence au] travail avec les provinces». C'est un peu court, surtout que ce genre de vocabulaire se retrouvait dans tous les discours du Trône des dix dernières années. Comme changement d'esprit, on repassera.
Les libéraux semblent avoir oublié une autre décision importante prise durant cette nuit du 15 septembre. Le gouvernement fédéral a accepté de convoquer, pour le 26 octobre, une conférence des premiers ministres sur les «pressions financières» subies par les provinces. Il n'était plus question hier que de réforme de la péréquation.
On sait que Paul Martin et son gouvernement nient farouchement l'existence d'un déséquilibre fiscal mais, au Québec, l'unanimité est faite autour de cet enjeu. Tous les partis d'opposition fédéraux s'y sont ralliés. Quand les libéraux ont commencé à utiliser, le printemps dernier, l'expression «pressions financières», on a cru un instant qu'ils cherchaient à amadouer leurs critiques. On a compris hier, à leur silence, qu'ils s'en fichaient.
Les libéraux ont clairement fait en sorte d'accommoder suffisamment le NPD pour obtenir son appui. L'ancien chef néo-démocrate Ed Broadbent faisait d'ailleurs état de conversations avec des ministres libéraux pour pousser l'idée d'une réforme électorale, un point abordé dans le discours.
L'équipe Martin a par contre voulu, de toute évidence, isoler le Bloc et ainsi faire porter le poids d'une éventuelle défaite du discours du Trône sur les conservateurs. Ça sent la manoeuvre stratégique à courte vue et le pire est que les libéraux avaient l'air, hier, d'en être fiers quand on leur posait la question.
Le Bloc québécois ne peut, sans renier ce qu'il est, voter pour le discours tel que rédigé et on peut douter de la possibilité de l'amender de manière à pouvoir le satisfaire. Les amendements éventuels seraient trop substantiels pour passer la rampe.
La pression est maintenant sur les conservateurs de Stephen Harper. Le pari des libéraux est toutefois dangereux. Il est vrai qu'aucun parti ne veut de nouvelles élections si rapidement, mais pas au point de vendre son âme. Il est sûr aussi que le Bloc et le PC peuvent s'opposer sans faire tomber le gouvernement. Il leur suffit de garder assez de députés à l'écart.
Le pari est dangereux pour une autre raison. Si l'esprit qui se dégage du discours du Trône devait se refléter dans les programmes à venir à l'égard des villes, des garderies, de l'environnement et des provinces, les libéraux perdraient au Québec le petit capital de sympathie que leur a apporté l'entente asymétrique sur la santé. Or ce sont eux qui ont perdu de gros ballots de plumes au Québec le 28 juin, pas le Bloc.
Il y a peut-être une explication supplémentaire à l'attitude des libéraux: l'opposition au sein de leurs propres rangs, l'accord asymétrique ayant fait des vagues dans le parti. Cela pourrait expliquer aussi tous ces silences significatifs des dossiers majeurs, comme les mariages entre conjoints de même sexe et la décriminalisation de la marijuana. Paul Martin les présentait pourtant comme prioritaires en janvier dernier et il a fait sa campagne électorale en se drapant dans la Charte des droits et le respect des minorités.
Le discours du Trône n'est pas une liste d'épicerie, a répliqué Mme Robillard. Mais si on croit utile d'y répéter de vieilles promesses relativement modestes, comme celle de Canada Corps, on pourrait faire de même avec des enjeux nettement plus cruciaux.
Les ministres répétaient hier que le discours reflétait le programme qui les a fait élire. On n'en doute pas, mais cette plateforme leur a valu un gouvernement minoritaire et une raclée au Québec, ce qui signifie qu'il y manquait quelque chose. C'est-à-dire des accommodements, ceux qu'on ne retrouvait nulle part hier.
mcornellier@ledevoir.com

Ah ! ces coquins de libéraux !
Michel Vastel
Le Soleil mercredi 6 octobre 2004
Ottawa - Les libéraux ont-ils troqué le "blackberry" contre une calculatrice de poche ? Ils savent en tout cas que 134 plus 19 égalent 153 : le même nombre de voix que la coalition des Conservateurs et du Bloc. Il ne reste plus que quelques bras à tordre pour passer à travers l'épreuve d'un vote de non-confiance.
J'ai cru comprendre hier pourquoi Gilles Duceppe a l'air de mauvaise humeur depuis quelques jours. Il exigeait que le premier ministre le consulte. Il le souhaitait sans doute, ce qui l'aurait sorti du piège dans lequel il est pris. Il n'y a rien pour le Bloc québécois ni pour le Québec dans ce discours du Trône et Duceppe a raison de s'en plaindre.
Dans ce texte que Jean Chrétien aurait pu signer - après tout, il fut écrit par les mêmes mandarins, le greffier du Conseil privé, Alex Himelfarb, en particulier... - Paul Martin n'a même pas eu le courage de faire référence - faute d'utiliser le mot "asymétrie" qui donne des boutons aux pontifes du Canada anglais, à l'entente particulière qu'il a signée avec Jean Charest lors de la conférence des Premiers ministres sur le financement de la santé. Et il est vrai que le gouvernement Martin "empiète allègrement dans les champs de compétence du Québec." Gilles Duceppe n'avait donc d'autre choix que de dire qu'il "ne peut appuyer ce discours du Trône... Tel quel, tel qu'écrit."
Le bluff de Paul Martin - ou son "arrogance" ? - à l'égard du Bloc québécois est d'autant plus enrageant pour Duceppe qu'on a maintenant la confirmation que ministres et envoyés du gouvernement ont allègrement négocié ce discours avec le NPD. "Ils nous ont écouté !" de révéler candidement Ed Broadbent.
On aurait pu y penser d'ailleurs. Broadbent était président du caucus néo-démocrate au moment du gouvernement minoritaire de Pierre Trudeau entre 1972 et 1974, et chef du même parti en 1979, pendant le gouvernement minoritaire du conservateur Joe Clark. Il a de l'expérience, lui !
Évidemment, les "signaux" du gouvernement, dans ce discours du Trône, sont perdus dans un fatras de mots que la représentante de la reine ânonnait dans leur version française. Mais les ministres et les hauts fonctionnaires eux-mêmes se contentent d'un simple paragraphe qui, parfois, a donné lieu à de longues négociations au Conseil des ministres.
Autant Gilles Duceppe a tort de crier au loup pour de vagues allusions à l'intervention du gouvernement fédéral dans le domaine de la formation professionnelle, autant Ed Broadbent et ses collègues se sont contentés de peu. Pour affirmer que le gouvernement "nous a écoutés", les néo-démocrates soulignent l'absence de toute référence au bouclier antimissiles... "Ils feront ce qu'ils veulent !" dit Broadbent, ce qui est une façon de dire que le NPD ne sera pas obligé de voter, ni pour ni contre l'adhésion du Canada à la stratégie américaine.
Les néo-démocrates attachent aussi beaucoup d'importance aux engagements du gouvernement envers l'accord de Kyoto. Ces astucieux de libéraux ont même eu l'idée d'annoncer qu'ils recycleront les profits de la vente des actions de Petro-Canada pour encourager le développement de technologies environnementales. On me dit d'ailleurs que Stéphane Dion prend son rôle de ministre de l'Environnement avec un zèle exemplaire. Martin aurait-il été assez machiavélique pour demander à son ministre de rassurer le NPD ?
Enfin, tenez-vous bien, Ed Broadbent s'accrochait à quatre mots : "réforme du système électoral". Ils ont beau se trouver dans l'avant-dernier paragraphe du discours, ils sont importants. On se rappellera que Jack Layton, pendant la campagne électorale, avait promis d'exiger, d'un gouvernement minoritaire, la tenue d'un référendum sur la représentation proportionnelle. Layton n'aura peut-être pas son référendum, mais il se contentera, pour le moment, d'une commission parlementaire.
Et c'est ainsi que les gouvernements minoritaires survivent ! Les libéraux avec les sociaux-démocrates. Les conservateurs avec les créditistes du Québec, aujourd'hui remplacés par des bloquistes. On aura remarqué que "l'architecture" de la Chambre des communes a placé libéraux et néo-démocrates, côte à côte, du même côté de la Chambre. Conservateurs et Bloquistes de l'autre !
Tout cela explique sans doute la soudaine prudence de Stephen Harper. Il déposera aujourd'hui une motion de censure du gouvernement qu'il veut négocier "avec les autres partis". Il espère trouver une façon d'amender - "améliorer", a-t-il dit - un discours du Trône insipide et rempli d'idées recyclées. Par-dessus tout, il ne veut pas défaire le gouvernement, et précipiter le pays dans d'autres élections, avec le seul appui des "séparatistes" du Québec.
Paul Martin a pris soin de faire appel au sens des responsabilités des oppositions fédéralistes. "Le gouvernement fera sa part afin d'assurer le bon fonctionnement de ce Parlement minoritaire", a-t-il dit. Et il ajouta : "Le gouvernement entame cette nouvelle session en s'engageant, d'un commun accord avec tous les parlementaires - et indépendamment de toute affiliation politique - à faire des progrès réels pour les Canadiens (...) La population canadienne veut que ce gouvernement et que tous les parlementaires s'élèvent au-dessus de la partialité pour servir l'intérêt public..."
Le message ne peut être plus clair ! Hier soir, Paul Martin était à deux voix d'une majorité aux Communes. Et Stephen Harper a besoin du plein des voix "séparatistes" pour le remplacer. Que pensez-vous, va-t-il arriver ?
Quelques députés conservateurs tomberont en panne d'essence sur le Queensway à Ottawa le 20 octobre, jour du vote. À moins que ces coquins de libéraux n'aient convaincu quelques députés de Stephen Harper - ou de Gilles Duceppe ? - de voter avec le gouvernement.
Il faut s'attendre à tout avec ces rouges qui ont toujours su tirer avantage des pires situations aux Communes !
Mvastel@lesoleil.Com

La roulette russe de Martin
Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 6 octobre 2004
Le ton interventionniste du discours du Trône suscite la colère du Bloc québécois et met déjà le gouvernement sur la corde raide
Ottawa - Le discours du Trône préparé par le premier ministre Paul Martin et présenté hier a soulevé la colère du Bloc québécois, tout en indisposant le Parti conservateur, au point de jeter un sérieux doute sur l'appui que les libéraux pourront aller chercher auprès de l'opposition pour faire passer ce premier vote de confiance.
L'énoncé du gouvernement, sans grande surprise, reprend les thèmes importants de la plate-forme libérale, comme la santé, un système national de garderies et le nouveau pacte fiscal avec les villes. C'est toutefois le ton du discours, avec notamment son silence en matière de fédéralisme asymétrique, qui a mis le feu aux poudres et a suscité la colère du Bloc.
C'est que le discours du Trône lu au Sénat par la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, réitère les priorités du gouvernement libéral, mais avec de forts accents sur les villes, la santé, l'éducation et les garderies, tous des domaines de compétence provinciale. Malgré ces empiètements, décriés d'une seule voix par le Bloc et le gouvernement du Québec de Jean Charest dans le passé, le discours ne reprend pas une seule fois les mots «entente asymétrique» et passe complètement sous silence cette conception du fédéralisme.
Le gouvernement, qui se félicite de l'accord sur la santé sur plusieurs paragraphes, parle plutôt de l'obligation de toutes les provinces et territoires de «rendre des comptes en exigeant des points de repère fondés sur des preuves ainsi que des indicateurs comparables».
Mais la liste des orientations libérales qui irritent le Bloc ne s'arrête pas là. Outre le silence sur le fédéralisme asymétrique, le parti souverainiste se fait servir une fin de non-recevoir pour toutes ses demandes.
Ainsi, l'épineux dossier du bouclier antimissile n'est pas mentionné et le vote en Chambre sur le sujet est donc loin d'être assuré. Le Parti libéral fait bel et bien état de la réforme à venir sur la péréquation, mais ne souffle mot des «pressions financières» subies par les provinces. L'assurance-emploi n'est pratiquement pas abordée non plus, sauf la mention que le gouvernement «continuera d'examiner le régime pour s'assurer qu'il répond toujours aux besoins de la main-d'oeuvre canadienne». Autre tuile pour le Bloc: le discours se termine par une invitation, lancée par le gouvernement aux députés, «à se joindre à lui dans un même esprit démocratique, tous résolus à faire l'unité du pays».
Dans l'état actuel du discours du Trône, les libéraux devront donc se passer de l'appui du Bloc québécois, a lancé Gilles Duceppe. «C'est un discours du Trône typique d'un gouvernement libéral majoritaire, mais ils n'ont pas la majorité, a-t-il dit. Je m'attendais à quelque chose inspiré par ce qu'ils appellent le fédéralisme asymétrique. Il n'y a pas un mot là-dessus, pas un mot sur le Québec. On dirait que l'accord sur la santé est réécrit dans un certain sens. On parle de nombreuses interventions dans les champs de compétence du Québec en éducation, en formation de la main-d'oeuvre, même si un accord a été signé en 1997, dans les villes et ainsi de suite. Nous avons fait des recommandations la semaine dernière et il n'y a rien là-dessus.»
Les prochains jours seront donc cruciaux, a dit Gilles Duceppe. «Nous verrons l'amendement présenté par les conservateurs. Nous aurons nous-même un sous-amendement et on verra la réaction des libéraux.» Et si les amendements sont défaits ou que rien de substantiel ne change dans le texte? «C'est tout à fait clair, a soutenu le chef bloquiste. Tel que ce discours est rédigé, je ne l'appuierai pas et le Bloc ne l'appuiera pas.» Pour aller chercher son vote, Gilles Duceppe demande le «respect des consensus du Québec, dont le respect des compétences, et une solution au déséquilibre fiscal».
Si le Bloc s'oppose aux orientations du gouvernement contenues dans le discours, les libéraux auront alors besoin de l'appui des conservateurs pour aller de l'avant. Or, Stephen Harper continue de dire qu'il pourrait bien voter contre le discours du Trône, comme son rôle d'opposition officielle le laisse prévoir.
Le chef conservateur relève qu'«il n'y a rien sur le déséquilibre fiscal, le respect des compétences des provinces et l'imputabilité du gouvernement» et qu'il y a bien peu de choses sur un accroissement des ressources pour les Forces armées et une réforme sérieuse de la démocratie canadienne.
Est-ce qu'un vote des conservateurs contre ce discours ne serait pas jouer avec le feu, surtout si le Bloc s'y oppose lui aussi? «Pas du tout, tranche Stephen Harper. Ce n'est pas la responsabilité de l'Opposition officielle d'appuyer le programme complet du gouvernement. Les deux tiers des Canadiens n'ont pas voté pour ce gouvernement. Le Parti libéral ne peut pas s'attendre à arriver ici, simplement présenter son programme et penser que tout le monde va voter en faveur. Il y a des choses dans ce discours qu'on ne peut appuyer et nous allons proposer des amendements qui, je pense, pourraient rendre possible, pour un plus grand nombre de Canadiens, d'appuyer ce programme.»
Le chef du NPD, Jack Layton, a de son côté souligné que les libéraux faisaient miroiter aux électeurs, depuis plusieurs années, certaines des promesses contenues dans le discours du Trône, notamment l'implantation d'un système national de garderies. Le NPD s'attardera donc à la mise en application, car il peut «travailler sur la base de ce discours».
Les libéraux ont visiblement fait plaisir à Jack Layton en ouvrant pour la première fois la porte à une réforme du mode de scrutin, une demande de longue date du NPD. «[Le gouvernement] se penchera sur les besoins et les options entourant la réforme de nos institutions démocratiques, dont celle du système électoral», peut-on lire.
Les 135 libéraux - moins le président de la Chambre, nommé lundi, qui ne peut voter qu'en cas d'égalité - ont besoin de l'appui d'au moins 20 députés pour aller chercher la majorité et faire passer le discours du Trône. Le Bloc a 54 élus, le Parti conservateur 99, le NPD 19 et il y a un indépendant, soit un ancien conservateur qui devrait se prononcer avec sa famille politique. Le vote définitif n'aura pas lieu avant le 18 octobre prochain.
L'environnement à l'honneur... et plusieurs omissions
Le gouvernement a également mis un fort accent sur l'environnement, qui occupe une place importante du discours. On souligne que les objectifs du protocole de Kyoto seront atteints et qu'un plan sera mis en place pour y arriver (voir autre texte en page A3).
En matière d'économie, les premiers paragraphes du texte réitèrent l'engagement de ne pas faire retomber le pays en déficit et soulignent «que toutes les dépenses seront examinées pour réaffecter les sommes d'hier à des nouveaux programmes». Aucune baisse d'impôt n'est à l'ordre du jour. Par contre, les villes recevront bien leur part de la taxe fédérale sur l'essence, soit cinq milliards de dollars sur cinq ans.
Le gouvernement répète plusieurs intentions contenues dans son premier discours du Trône, prononcé le 2 février dernier, ou encore dans son dernier budget. Ainsi, en éducation, un projet de loi sera déposé pour mettre en oeuvre les Bons d'étude canadiens pour «favoriser l'accès à l'éducation postsecondaire». Les jeunes Canadiens pourront aussi «mettre leur enthousiasme au service du monde», avec la création souvent annoncée de Solidarité Canada, anciennement nommé Canada Corps.
La politique étrangère sera revue cet automne et Paul Martin n'abandonne pas son idée de créer un G-20, regroupant les grandes puissances mondiales et les pays émergents, comme la Chine et le Brésil. Le Canada doit jouer un rôle accru sur la scène internationale, mentionne le discours. Pour «renforcer la souveraineté et sécurité du Canada», le Nord canadien se voit accorder plus d'importance dans les priorités du gouvernement. Une stratégie globale sera mise en place dans ce domaine.
Le gouvernement omet toutefois de mentionner les dossiers du mariage des conjoints de même sexe et de la décriminalisation de la marijuana. Autre silence: les autochtones ne trouveront rien dans ce discours du Trône sur leur revendication d'autonomie territoriale. Le gouvernement s'inquiète, par contre, de la santé précaire des autochtones et juge le phénomène «intolérable».

Diversité culturelle: une étape déterminante est franchie
Line Beauchamp : Ministre de la Culture et des Communications
Monique Gagnon-Tremblay : Vice-première ministre et ministre des Relations internationales
Le Devoir mercredi 6 octobre 2004
Le 26 septembre dernier prenait fin une ronde de négociations intergouvernementales à l'UNESCO sur le projet de convention sur la diversité culturelle. Cette première rencontre d'experts gouvernementaux confirme l'importance des étapes franchies et autorise un optimisme prudent pour ce qui est de l'atteinte de l'objectif que nous visons, soit l'adoption, en 2005, d'une convention internationale qui assurera aux biens et services culturels un traitement particulier.
Pendant cinq jours, quelque 600 participants représentant 132 États membres de l'UNESCO et de nombreuses organisations internationales ont progressé vers un consensus relatif à ce que devrait être la future convention sur la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. Le Québec y était. Au sein de la délégation canadienne, il a à plusieurs reprises réaffirmé sa position.
Après une semaine de discussions intensives, plusieurs conclusions intéressantes ont été tirées. En effet, la plénière a reconnu que l'avant-projet déposé aux États membres en juillet 2004 constituait une bonne base de travail. Ce document, élaboré par un groupe d'experts indépendants dont faisait partie le professeur Ivan Bernier, de l'Université Laval, a permis de mettre en avant un cadre de discussions compatible avec les objectifs visés par le Québec depuis plusieurs années.
Les échanges ont de plus confirmé la pertinence d'avoir misé sur l'UNESCO, une institution qui a toute la légitimité pour traiter de questions culturelles. Enfin, la nature particulière des biens et services culturels et le principe du droit des États d'adopter des politiques culturelles ont été reconnus par nombre d'États présents. Ces constats illustrent bien le travail de mobilisation dans lequel se sont investis plusieurs gouvernements comme ceux de la France, du Canada et du Québec, avec l'appui manifeste de la société civile.
À ce propos, il faut souligner le remarquable travail accompli par la Coalition pour la diversité culturelle qui, grâce à l'engagement de Pierre Curzi et Robert Pilon notamment, a contribué à la création d'une vingtaine de rassemblements semblables dans autant de pays. Les progrès dont nous pouvons nous réjouir aujourd'hui sont d'ailleurs tributaires de ce partenariat étroit entre la société civile et les gouvernements.
De même, la convergence de vues et d'actions entre les autorités canadiennes et québécoises est un atout de taille. Il faut aussi souligner la continuité des positions du gouvernement du Québec qui, au delà des tentations de clivage partisan, a permis et permettra encore de parler d'une même voix forte. Rappelons que c'est le gouvernement précédent qui avait appuyé la décision de confier à l'UNESCO l'élaboration de la convention internationale.
Mentionnons aussi que la position du Québec a été réaffirmée par une décision du conseil des ministres le 3 septembre 2003. Nous défendons activement le projet d'une convention qui consacrera le droit des États et des gouvernements de soutenir la culture par leurs politiques, grâce à l'élaboration d'un droit applicable en matière de culture, non subordonné au droit commercial et assorti de mécanismes de règlement des différends. Cet enjeu est majeur pour le Québec. Si nous avons plaisir à voir les films québécois, à écouter la musique de chez nous à la radio, à lire des auteurs du Québec, le Québec doit pouvoir continuer de soutenir ses artistes, ses artisans et ses industries culturelles.
Ne pas ralentir
Mais si on peut à juste titre se réjouir du chemin parcouru, il est hors de question de ralentir la cadence. Pour aboutir à la convention internationale que nous souhaitons, il ne suffit pas d'avoir un objectif, il faut encore le faire partager par tous les autres pays. Il faut comprendre que la notion d'efficacité d'un traité international tient non seulement à la qualité de son contenu mais également au fait qu'il soit signé par une masse critique d'États et de gouvernements. Les signes sont encourageants, même si nous sommes encore loin du but.
Une des difficultés de la convention sera son rapport avec les autres instruments ou engagements internationaux. C'est d'ailleurs le seul point qui a fait l'objet de deux propositions différentes dans l'avant-projet. Pour remédier à l'impasse, plusieurs pays ont exprimé le désir de trouver une voie alternative qui permettrait d'arriver au consensus recherché à l'UNESCO, une voie favorablement accueillie par le Québec et le Canada, qui se proposent d'y contribuer activement.
Dans cet esprit, le directeur général de l'UNESCO a convié les experts gouvernementaux à une deuxième rencontre en février 2005. D'ici là, il nous faut donc poursuivre la démarche engagée, conforter les acquis et favoriser une solution qui assurera à la convention sur la diversité des expressions culturelles un statut d'égalité avec les autres instruments et engagements internationaux ainsi qu'un rapport de force approprié.
Si la partie n'est pas gagnée, elle est néanmoins bien engagée. Non seulement elle nous demande de renforcer notre partenariat, tant avec les autres gouvernements qu'avec la société civile, elle nous encourage aussi à maintenir la constance dans notre démarche. [...]

Un vent gaspésien
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 6 octobre 2004
ÉDITORIAL - Le gouvernement du Québec a finalement choisi les deux entreprises spécialisées qui construiront et exploiteront les 660 éoliennes réparties en huit parcs, ici et là en Gaspésie. Ensemble, ces machines totaliseront 1000 MW de puissance et, si tout va bien, elles devraient générer 3,2 térawattheures d'électricité par année. Histoire de relativiser l'importance du programme, disons que le Québec produit 180 TWh par année et que ses besoins devraient grimper à près de 200 TWh d'ici sept ans. Des 20 TWh supplémentaires dont nous aurons besoin pour satisfaire la demande, la production éolienne ne compensera donc qu'une fraction, à moins que le gouvernement n'ordonne à Hydro-Québec d'accroître ses achats d'énergie produite par le vent comme la Régie de l'énergie le lui a suggéré.
Évidemment, il faut se réjouir de la tendance qui semble se dessiner timidement, mais attendons avant de porter un jugement définitif. Après tout, il n'est même pas certain que les gens des régions où seront érigés les centaines de moulins à vent accepteront avec le sourire l'arrivée de ces tours géantes et des lignes de transport qui les accompagneront.
Il aura fallu attendre des années avant que nos politiciens s'intéressent autrement que par curiosité à la filière éolienne. Voilà une source d'énergie alternative renouvelable qui, pour la Gaspésie, présente l'avantage de créer quelques centaines d'emplois permanents et autant d'emplois temporaires grâce à la construction de deux usines, des parcs eux-mêmes et des lignes de transport d'électricité. Ce milliard représente l'injection d'argent la plus importante jamais effectuée dans la région.
Au cours des prochaines années, le Québec ne pourra se satisfaire de l'énergie éolienne, cela va de soi. Il faudra accélérer le développement du potentiel hydroélectrique négligé depuis une décennie et l'on doit aussi s'attendre à voir poindre plusieurs petits projets de cogénération. Mais comme le recommandait la Régie de l'énergie dans l'avis remis lors de l'étude du projet Suroît, Québec devrait aussi accorder plus d'importance au potentiel d'économie d'énergie et prendre en compte le contexte de rareté de la ressource advenant qu'un grand projet industriel énergivore comme une aluminerie demande l'assurance d'un bloc important d'électricité. Une seule aluminerie, comme celle qui était prévue par Alcoa à Deschambault, a besoin d'un volume annuel d'électricité plus élevé que ce que les 660 éoliennes de la Gaspésie pourront fournir, et ce, à un prix moitié moins élevé.
L'avenir énergétique du Québec exige du gouvernement actuel qu'il se dote d'une vision claire de l'orientation à suivre. Une vision qui lui soit propre et non pas imposée en coulisses par la direction d'Hydro-Québec, dont on connaît la réaction épidermique aux expressions «économies d'énergie» ou «énergie éolienne».
jrsansfacon@ledevoir.ca

La «gouvernance» mondiale n'est pas pour demain
Christian Rioux
Le Devoir mercredi 6 octobre 2004
«La bonne gouvernance», c'est d'abord la transparence, dit l'ancien premier ministre français Raymond Barre
Aujourd'hui s'ouvrent les 17es Entretiens Jacques Cartier qui, tous les quatre ans, quittent Lyon pour se tenir au Québec. Vingt et un colloques auront lieu pendant ces trois jours à Montréal, Québec et Sherbrooke. À cette occasion, l'ancien premier ministre français Raymond Barre a accepté de livrer au Devoir ses réflexions sur la gouvernance, l'un des thèmes abordés durant ces entretiens.
Paris - L'ancien premier ministre français Raymond Barre ne s'est jamais fait prier pour venir à Montréal. C'est lui qui, dans les années 70, instaura les visites alternées entre premiers ministres français et québécois. Alors que s'ouvrent les Entretiens Jacques Cartier, ce vaste forum universitaire auquel il a toujours associé son nom, Raymond Barre a pourtant préféré suivre les conseils de son médecin et demeurer à Paris.
De son grand appartement, près de l'école militaire, il n'entend pourtant pas demeurer silencieux sur l'un des thèmes principaux de ces rencontres. On l'oublie souvent, Raymond Barre est une étrange bête dans le monde politique français. Avant d'avoir été l'un des artisans du système monétaire européen, premier ministre de 1976 à 1981 et maire de Lyon, il a d'abord été professeur d'économie jusqu'à la fin des années 50.
Pendant que ses camarades fréquentaient déjà les cabinets de ministres, il donnait des cours savants et austères à l'Institut des sciences politiques de Paris. Au fil des ans, il ne s'est jamais vraiment départi de sa toge d'universitaire et de sa passion pour l'économie.
À 80 ans, le retour dans le vocabulaire des sciences économiques d'un vieux mot français du XIIIe siècle, gouvernance, l'intéresse au plus haut point. Le mot, qui nous revient par l'anglais (governance), semble pouvoir se passer d'adjectif tant il paraît implicite que tous ceux qui parlent de gouvernance parlent en réalité de bonne gouvernance.
La gouvernance a été au départ un problème qui s'est posé à l'intérieur des entreprises, note Raymond Barre. L'idée est apparue à la suite des scandales financiers alors que salariés et actionnaires réclamaient plus de transparence.
«On se rend bien compte que, dans un monde où la compétition s'est développée de façon intensive, il est nécessaire d'établir à tous les niveaux des règles du jeu.
Non pas pour exercer un pouvoir autoritaire, mais pour éclairer à l'intention des citoyens les objectifs poursuivis, les méthodes mises en oeuvre et les limites à ne pas franchir dans l'action. C'est pourquoi, dans les grandes sociétés, on a créé des comités d'audit ou des comités chargés d'examiner la rémunération des dirigeants. La bonne gouvernance, c'est d'abord la transparence envers les actionnaires et les salariés d'une entreprise.»
Raymond Barre est convaincu que, si l'on avait appliqué ces règles, on aurait pu éviter des scandales comme celui d'Enron, aux États-Unis, et du Crédit Lyonnais, en France.
La gouvernance politique
L'idée d'abord limitée aux entreprises s'est progressivement étendue à la vie politique. «Parce qu'on se rend bien compte que la vie de l'entreprise est l'espèce d'un genre et que d'autres secteurs de la société devraient adopter les mêmes règles de bon fonctionnement.»
Maire de la deuxième ville de France et président de la communauté urbaine de Lyon entre 1995 et 2001, Raymond Barre a pu mesurer le désir croissant de transparence des électeurs. Fait paradoxal, même si les citoyens s'abstiennent souvent aux élections, cela ne les empêche pas de réclamer de plus en plus de lieux de consultation et d'information.
«Les citoyens peuvent se désintéresser d'aller voter, ils sont pourtant de plus en plus intéressés par ce qui se passe dans la vie politique et sociale. Ils veulent savoir ce que font les dirigeants. Ils veulent qu'on leur rende des comptes. D'où la multiplication des débats, des comités de quartier. Les citoyens ne veulent plus être laissés dans l'ignorance.»
Pour Raymond Barre, la gouvernance n'est pas une simple mode, mais une nécessité provoquée par l'évolution des mentalités dans un monde de plus en plus complexe. On aura compris qu'il ne partage pas du tout les critiques qui n'y voient que la propagation en Europe et dans la vie politique des méthodes de gestion néolibérales anglo-saxonnes.
«Ce n'est pas parce que certaines méthodes de gestion sont anglo-saxonnes qu'elles ne sont pas bonnes. Ce n'est pas parce que la Security and Exchange Commission a fixé un certain nombre de règles pour les entreprises américaines qu'il ne faut pas les reprendre en Europe.» Il cite notamment l'interdiction dans les grandes banques américaines d'engager des analystes financiers qui participent aux achats ou aux ventes des valeurs qu'ils recommandent.
Raymond Barre en a tout particulièrement contre les règles qui obligent les entreprises à avoir des rendements à court terme très élevés et à produire des rapports trimestriels. «Ces comptes trimestriels ne renseignent pas vraiment, mais ils sont considérés en Bourse comme des rapports significatifs. C'est pourquoi beaucoup de grandes sociétés américaines choisissent dorénavant de ne plus publier que des rapports semestriels, qui sont beaucoup plus fiables. Je crois que cela va se développer. La gouvernance, c'est aussi de faire des règles qui permettent d'échapper à la précipitation des jugements.»
Raymond Barre ne partage absolument pas les idées de Bernard Cassen, directeur du Monde diplomatique, qui a déjà écrit que la gouvernance ne recouvre qu'une «privatisation de la décision publique».
Il pense au contraire qu'il faudra de plus en plus parler de gouvernance mondiale.
«Nous sommes arrivés à une époque où l'interdépendance de l'économie mondiale est si grande que les principes de la gouvernance doivent être étendus aux rapports internationaux.» La Chine aujourd'hui contrôle une partie de la dette américaine. Elle exerce aussi une influence considérable sur le prix du pétrole et des matières premières. Elle a donc intérêt, dit Raymond Barre, à ce qu'il y ait des règles établies. La mobilité sans précédent des capitaux ne fait qu'accentuer cette nécessité.
«Croyez-vous que c'est une bonne chose que les États-Unis puissent emprunter tous les jours un milliard de dollars pour financer le déficit de leur balance des paiements? Des règles générales acceptées par le G8 et le Fonds monétaire international favoriseraient le retour à l'équilibre des comptes extérieurs des grands pays.»
Mais comment en arriver là si même l'Allemagne et la France ne respectent pas le pacte de stabilité européen qu'elles ont elles-mêmes défini? Architecte du système monétaire européen, Raymond Barre reconnaît que «ces deux grands pays finiront pas menacer l'euro».
Comment alors espérer que des pays démocratiques et des dictatures, sans aucune culture commune, s'assoient à la même table pour se donner des règles internationales de saine gestion? Raymond Barre ne désespère pourtant pas. «Si, après la guerre, les pays ont pu créer la Banque mondiale, le FMI et la Charte de La Havane [dont l'OMC est l'héritière], ils devraient pouvoir en faire autant aujourd'hui.»
Dans un monde qui ne compte plus qu'une seule grande puissance, l'exercice risque pourtant d'être plus difficile. Cela sera long, convient Raymond Barre. «Ce sera d'autant plus difficile que cette gouvernance doit être multilatérale et que les États-Unis semblent devenus les champions déterminés de... l'unilatéralisme.»

Il faut dire non à Bush
Jocelyn Coulon
La Presse mercredi 6 octobre 2004
Le débat sur la participation du Canada au bouclier antimissile américain dans le cadre de l'accord NORAD promet d'occuper une partie de l'agenda politique canadien au cours des prochains mois. André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, y a contribué intelligemment lundi dans un éditorial où il prend position en faveur d'une participation. Permettez-moi d'offrir un autre point de vue.
Le bouclier antimissile est une chimère, un leurre. Les Américains sont en quête d'une mythique sécurité absolue dont ils estiment qu'elle jaillira tout droit des prouesses de la haute technologie. L'origine de cette illusion est facile à cerner. L'Amérique est une île, elle veut le rester et veut prendre toutes les mesures pour garder ce statut. Jusqu'au 11 septembre, ce fut relativement facile. Les attentats terroristes ont changé la donne et transformé l'obsession sécuritaire en une exigence existentielle. Pourtant, l'attaque n'est pas venue de l'extérieur, mais bien de l'intérieur. Ce rappel n'a toutefois pas d'importance, ni pour les idéologues en place à Washington, ni pour une population sciemment entretenue dans l'hystérie, la peur et la paranoïa. Les Américains construiront leur bouclier, et ce dernier ne servira pas plus que la ligne Maginot n'a servi à défendre la France contre les hordes nazies.
Le Canada est sur cette île et, plus que le Mexique, il est au coeur du dispositif de défense nord-américain. Si la menace se concrétise, les avions et les missiles ennemis risquent de traverser notre espace aérien avant de frapper des cibles américaines. Notre territoire a son importance, quoique la technologie pourrait permettre aux Américains de ne pas en tenir compte en abattant les missiles dès leur phase de lancement, c'est-à-dire, de chez l'ennemi, ou dans l'espace, là où les dommages seraient limités pour tous.
Pour les partisans canadiens d'une participation au bouclier antimissile, les arguments techniques et militaires ne sont pas les plus importants. Les arguments politiques pèsent plus lourds. Il est préférable, dit-on, d'être à la table avec les Grands, cela nous donne du poids et de l'influence dans les décisions. Selon l'ancien diplomate canadien John W. Holmes, " si nous n'établissons pas de règles communes, les Américains prendront en charge, seuls, la défense du continent ". Ces arguments sont pleins de bon sens. Malheureusement, même lorsque nous établissons des règles communes, même lorsque nous sommes à la table, les Américains, confrontés à la défense de leurs intérêts supérieurs, n'en font qu'à leur tête. Voici deux exemples.
La crise des missiles de Cuba, où le NORAD, justement, fut impliqué, porte à réfléchir sur notre prétendue influence. Le 22 octobre 1962, soit huit jours après avoir découvert la présence de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, le président américain s'adresse à son peuple et au monde pour annoncer les mesures qu'il a prises pour faire face à cette crise. Deux heures avant la déclaration télévisée de Kennedy, le premier ministre John Diefenbaker reçoit un émissaire américain l'informant des décisions déjà prises. Les Américains ont mis leurs forces aériennes au sein de NORAD en état d'alerte et demandent au Canada de faire de même. Diefenbaker hésite, mais son ministre de la Défense prend les devants en plaçant les forces canadiennes en état d'alerte. Piégé, le premier ministre n'a pas d'autre choix que d'entériner cette décision.
Diefenbaker sort ébranlé de cette affaire. La sécurité du continent nord-américain était menacée et l'administration américaine l'a tenu dans l'ignorance pendant huit jours et ne l'a averti, et non consulté, qu'à la onzième heure. Dans un discours prononcé après la crise, il rappelle: " Compte tenu de cette expérience, il nous faut bien comprendre que la consultation est une condition préalable à une action conjointe (...), car il n'a jamais été prévu que l'une des deux nations membres (du NORAD) adopterait automatiquement n'importe quelle position prise par l'autre. "
Plus près de nous, pendant la crise qui a précédé la guerre contre l'Irak en mars 2003, le gouvernement canadien a demandé à plusieurs reprises aux Américains de partager leurs renseignements sur la dangerosité de Saddam Hussein. À tout coup, Ottawa a essuyé une fin de non recevoir. Nous sommes pourtant des amis, des alliés. Oui, nous sommes à la table, mais jamais servis.
Si demain une crise impliquant le bouclier antimissile éclatait, ne vous imaginez pas que, le moment venu, les Canadiens auraient leur mot à dire.
En répondant oui au bouclier antimissile, nous mettons le doigt dans un engrenage. Dans dix ans, dans quinze ans, lorsque les Américains seront prêts à " arsenaliser " l'espace ils nous informeront à la onzième heure de leurs décisions et nous inviteront à y participer. À Ottawa et ailleurs, on fera alors valoir que les choses ont changé par rapport à 2004, que " la menace " est réelle et qu'il vaut mieux être " dedans " que " dehors " pour avoir une influence et ne pas être marginalisé.
Nous pouvons nous passer de cette participation au bouclier antimissile. Nous pouvons aider nos amis américains à protéger le continent en participant activement à la surveillance aérienne et à la protection des ports et aéroports et en renforçant les mesures anti-terroristes. Sur la scène internationale, nous pouvons jouer un rôle plus actif dans les opérations de paix en Afghanistan, au Darfour ou ailleurs. Mais pour cela il faut mobiliser des ressources et avoir du courage, deux denrées fort rares à Ottawa aujourd'hui. On préfère dire oui au bouclier antimissile. Après tout, il ne nous en coûtera rien, puisque Washington cherche uniquement un appui politique. Ça ne coûte que le timbre pour envoyer notre réponse.
L'auteur est professeur invité au Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.

GATINEAU, VILLE FRANÇAISE ET QUÉBÉCOISE !
TRIBUNE LIBRE mercredi 6 octobre 2004
Une campagne promotionnelle du français s'impose.
Impératif français demande au gouvernement du Québec et à la Ville de
Gatineau de participer à une campagne de promotion de la langue et de la
culture d'expression française en Outaouais. Cette campagne est rendue
nécessaire afin de contrebalancer les campagnes publicitaires en anglais qui
visent à attirer des anglophones à Gatineau.
Le 3 juin dernier, Impératif français dénonçait par communiqué (v.
ci-dessous) les campagnes d'anglicisation et d'ontariorisation de Gatineau
et de tout l'Outaouais.
Un article récent du journal LeDroit du jeudi 30 septembre 2004 nous apprend
qu'un Regroupement veut remettre ça, en beaucoup plus grand et de surcroît
avec votre argent : « un regroupement de constructeurs, de représentants de
l'immobilier et de gens d'affaires de Gatineau demandera à la Province et à
la Ville de participer à une campagne de promotion de 5 millions $ sur cinq
ans. Le but : convaincre davantage d'Ontariens de s'établir au Québec.»,
sans égard à la fragile situation culturelle de la région!
Le Regroupement, formé de l'Association provinciale des constructeurs d'
habitation du Québec en Outaouais, l'Association de la construction du
Québec, la Chambre immobilière de l'Outaouais et la Chambre de commerce de
Gatineau, va jusqu'à demander à Québec et à la Ville de Gatineau d'investir
chacun 300 000 $ par année pendant cinq ans de vos taxes et impôts dans cet
effort d'anglicisation et d'ontariorisation de la région. Le maire de
Gatineau, M. Yves Ducharme, a déclaré pour sa part recevoir « très
favorablement la demande » du Regroupement.
Aucun souci du fragile équilibre linguistique et culturelle de l'Outaouais.
Seuls les profits des membres des associations qui font partie de ce
regroupement importent. Nulle part, on ne se préoccupe de la situation
culturelle particulière de Gatineau et de l'Outaouais.
Il est probable que cette campagne, comme à l'habitude, sera lancée en
anglais. Pourquoi ne pas lancer cette campagne uniquement en français afin d
'attirer de nouveaux résidants de toutes origines qui viendraient bâtir un
Outaouais français, un Outaouais québécois?
Nous vous invitons à vous opposer auprès des élus à ce coup de force contre
l'environnement français de Gatineau et de l'Outaouais.
Jean-Paul Perreault
http://www.imperatif-francais.org

LES COUPES À BLANC... CULTURELLES
Communiqué émis par Impératif français le 3 juin 2004
TRIBUNE LIBRE mercredi 6 octobre 2004
« Welcome to Gatineau » !
Le 3 juin 2004 - Le mercredi 26 septembre 2001, le quotidien LeDroit titrait
« Vaste campagne (en anglais) pour attirer les Ontariens en Outaouais » :
« des organismes publics, huit constructeurs résidentiels et des sociétés
comme Gazifère et Rona ont dépensé plus d'un demi-million de dollars pour
financer cette campagne (anglicisante) sans précédent dans l'histoire de la
CCIO» dont les thèmes destinés aux Ontariens étaient « Live on », « Live
life » et « Live large » en Outaouais ! La SDEO et les villes de la région
auraient dépensé respectivement 137 000 $ et 110 000 $ pour inviter les
anglophones à venir s'installer en Outaouais. Tous se rappelleront aussi des
campagnes anglicisantes et aculturantes du genre « Make yourself at home in
the City of Hull ». At home !
D'aucune façon, ne se soucie-t-on des conséquences néfastes pour le fragile
équilibre linguistique et culturel de la région.
Un article du journal LeDroit du samedi 29 mai 2004 qui titrait à la une « À
vendre : Welcome to Gatineau » nous révèle que la tendance vers une
anglicisation et une «ontariorisation» plus poussée de l'Outaouais s'
accélère : « le propriétaire de Brigil Construction de Gatineau, Gilles
Desjardins, calcule que 70 % de ses acheteurs dans le parc Rivermead
proviennent de l'Ontario. » Il ajoute : « L'an dernier environ 40 % des 400
maisons de Brigil ont été vendues à des Ontariens. »
Il n'y a pas de doute possible, la région a raison de s'alarmer. Nous
observons une anglicisation et « ontariorisation » de Gatineau et
conséquemment de tout l'Outaouais. La complicité des pouvoirs politiques
pour un développement « à tout prix » y contribue grandement.
Un virage s'impose! À quand des campagnes en français pour attirer d'autres
Québécois et les francophones de l'Ontario à venir s'installer en Outaouais
?

Contre le français à l'hôtel de ville
Commentaires du porte-parole de CLF
Le Droit mercredi 6 octobre 2004
Commentaires du porte-parole de CLF - Commentaires recueillis au point de presse de Canadians for Language Fairness
Le porte-parole de CLF, Sebastian Anders :
« Dire que le Canada est un pays bilingue est une grossière erreur. C'est un pays avec une dualité linguistique, il n'est pas bilingue. La seule province du Canada qui est bilingue est le Nouveau-Brunswick. Le Québec n'est pas bilingue et cette province refuse de respecter les personnes qui parlent anglais sur son territoire. »
« Les politiciens de la Ville d'Ottawa n'écoutent pas les arguments de ceux qui sont contre cette loi (politique sur les services en français) et c'est pour ça que nous avons recours aux tribunaux. »
« Les mots anglophones et francophones n'existent pas dans le dictionnaire, c'est une invention des séparatistes du Québec. »
« Si vous lisez le règlement (politique sur les services en français), on voit que c'est illogique, que c'est un règlement stupide. »
M. Anders répond à une question à savoir s'il acceptera la défaite de sa cause, si les tribunaux donnent raison à la Ville d'Ottawa :
« On fera comme les séparatistes du Québec : à la prochaine bataille ! »

La nouvelle accueillie avec calme
Matthieu Boivin
Le Droit mercredi 6 octobre 2004
Poursuite de CLF - La décision de « Canadians for Language Fairness » (CLF) de déposer une requête contre la politique sur les services en français de la Ville d'Ottawa n'a ébranlé personne à l'hôtel de ville.
Cette politique est bonne autant pour les francophones que les anglophones et elle est là pour rester. Rencontrés dans les couloirs de l'hôtel de Ville d'Ottawa, plusieurs élus, dont une bonne manne d'anglophones, ont indiqué qu'il était primordial de maintenir cette politique dans son intégralité.
« Je suis conseiller municipal dans le quartier de Cumberland et 30 % des gens de mon secteur sont francophones. Nous offrons des services de qualité à ces personnes et nous devrions être fiers de vivre dans une ville bilingue. Cette requête va encore diviser les gens et n'apportera rien de bon à notre collectivité. » Même si elle a toujours avoué être contre cette politique, la conseillère Jan Harder a affirmé qu'elle ne s'impliquera pas dans cette histoire. « Je regarde vers l'avant et je ne veux plus penser au passé. Nous avons des choses beaucoup plus importantes à administrer. »
L'échevin Peter Hume a affirmé pour sa part que « la politique actuelle est bonne pour la ville et qu'Ottawa devra se battre pour la protéger. »
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
LA LUBIE DE MICHEL DAVID
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 6 octobre 2004
On a déjà lu mieux comme analyse politique de la part du chroniqueur du Devoir. Son texte paru dans l’édition du 5 octobre dernier camoufle mal son obsession référendaire. Les œillères de l’auteur l’empêchent d’admettre honnêtement qu’il y a d’autres façons d’obtenir l’assentiment d’une majorité absolue de Québécois face à l’option souverainiste. C’est ce qui l’a amené arbitrairement à se moquer de ceux qui réfléchissent actuellement à l’idée de construire une coalition souverainiste non-partisane.
Ainsi, après avoir jugé que l’Action démocratique de Mario Dumont n’adhèrerait jamais à un projet pareil sous prétexte que son programme politique présenté récemment à Drummondville refuse catégoriquement de rompre avec le lien fédéral, Michel David termine curieusement son billet en affirmant, comme par magie, que le député de Rivière-du-Loup pourrait finalement se laisser tenter de joindre le camp du OUI s’il devait y avoir un troisième référendum. Pourrait-on savoir ce qui le motiverait soudainement à faire volte-face? Serait-ce le résultat du vœu du chroniqueur d’espérer vivre une nouvelle joute référendaire qui lui permettra de se gargariser à loisir des situations où les belligérants risquent de mal paraître?
N’est-ce pas pourtant ce mécanisme consultatif que le chef adéquiste méprise ouvertement au plus haut point? Des partis politiques alliés contre les libéraux de Jean Charest, le temps d’une élection, ont en conséquence bien plus de chance de convaincre Mario Dumont de choisir aussi de combattre le camp du statut quo. Une coalition souverainiste non-partisane cherchant à rassembler 50% plus une voix par voie élective permettra également à l’ADQ d’affubler son objectif autonomiste d’une légalité qui lui manque cruellement en ce moment. Voilà le dénominateur commun susceptible de rallier les partis qui souhaitent voir le Québec se développer librement. Enfin, en évitant de risquer un ultime référendum sans lendemain face à un gouvernement canadien bien décidé à le saboter; il y aura « dépéquicisation » du projet souverainiste.
Cette démarche démocratique peut devenir intéressante s’il y a surtout promesse des partenaires d’utiliser un nouveau mode de scrutin proportionnel quelques mois après la victoire souverainiste. L’entente n’a donc pas à s’additionner d’un accord sur un projet de pays. Depuis quand est-il possible d’en façonner un capable de susciter l’unanimité des partis politiques? En tentant de faire croire que les membres d’une alliance indépendantiste multipartite auraient à réaliser cet exploit, Michel David essaie une nouvelle fois de persuader les souverainistes qu’il n’y a que le processus référendaire de valable. Une nation se construit progressivement, selon les gouvernements qui s’installent à sa tête. L’emploi de nouvelles institutions démocratiques facilitera l’accès des « petits partis » au parlement.
C’est à se demander si le chroniqueur du Devoir n’est pas rémunéré par les ténors du Parti québécois afin de propager sa lubie et de convaincre qu’il n’existe pas d’autres modes d’accession pour affranchir le Québec du carcan fédéral. À moins que Michel David s’apprête à offrir sa candidature pour joindre les troupes péquistes! Cette dernière hypothèse serait néanmoins surprenante car poser ce geste exige un certain courage. Ce que monsieur David ne possède visiblement pas à la lumière de son dernier texte, préférant confortablement demeurer aux limites de la fosse aux lions, et de rire de ceux qui osent y aller.
