
Allocution de Gilles Duceppe
devant l’Economic Club de Toronto
site du BQ
vendredi 12 novembre 2004
Toronto, le vendredi 12 novembre 2004 – Dans un discours prononcé devant l’Economic Club de Toronto, le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, a affirmé qu’Ottawa profite du déséquilibre fiscal pour s’adonner à des dédoublements inutiles hors de ses champs de compétences, alors que le gouvernement fédéral fait preuve d’incurie dans la gestion de ses propres responsabilités.
« Le désastre des pêches, le gouffre financier du registre des armes à feu ou l’absence de politique étrangère pour guider Ottawa dans ses dépenses militaires témoignent de l’incapacité du gouvernement fédéral à assumer ses responsabilités. Outre un soutien inconditionnel aux industries automobile et pétrolière, Ottawa laisse les entreprises canadiennes se battre sur le marché mondial à mains nues, face à des concurrents armés jusqu’aux dents. C’est le cas dans de trop nombreux domaines, comme l’aéronautique, le textile, le soutien à la recherche fondamentale, l’agriculture, le transport aérien et même le transport maritime », a déclaré Gilles Duceppe.
Le chef du Bloc Québécois a ajouté que le déséquilibre fiscal, encouragé par le gouvernement Martin, menace le développement économique et social du Québec et du Canada. « L’obstination du gouvernement fédéral à ne pas reconnaître le déséquilibre fiscal prive les gouvernements du Québec et des provinces, ceux qui ont l’expertise, des moyens financiers pour intervenir efficacement dans leurs champs de compétences, comme les infrastructures routières et municipales, la santé, l’éducation, la formation ou le développement de la petite enfance », a expliqué Gilles Duceppe.
« Le premier ministre du Canada a beau dire que ‘‘ chaque province a la capacité de trouver son propre chemin ’’ parce que le fédéralisme est ‘‘ flexible ’’, c’est faux. Jean Charest lui a d’ailleurs rappelé, lundi, à Charlottetown, ‘‘ [qu’] il y a un déficit entre les revenus et les responsabilités de chacun ’’. Contrairement à ce que prétend Paul Martin, il faut transférer au Québec et aux provinces des revenus autonomes supplémentaires pour leur permettre d’assumer correctement leurs responsabilités. Pour sa part, le Québec ne lâchera pas tant que le déséquilibre fiscal ne sera pas éliminé », a poursuivi Gilles Duceppe.
Pour rééquilibrer le partage des champs fiscaux entre Ottawa, le Québec et les provinces, rappelons que la commission Séguin proposait le transfert de points d’impôt ou des recettes de la TPS.
L’avenir du Québec comme du Canada passe par la souveraineté
Même si un nouveau partage de l’assiette fiscale mettait fin aux incessants marchandages entre le Québec, les provinces et le gouvernement fédéral, le chef du Bloc Québécois rappelle que l’élimination du déséquilibre fiscal ne réglera pas la question du Québec.
Pour Gilles Duceppe, l’avenir du Canada passe aussi par la souveraineté du Québec. « Trop souvent, le Québec ralentit le Canada, comme le Canada ralentit le Québec. Tournons-nous vers l’avenir. Assumons notre différence pour en faire une force plutôt qu’une faiblesse », a-t-il lancé.
Bien que la conclusion d’une entente de partenariat avec le Canada ne soit pas une condition nécessaire à l’accession du Québec à la souveraineté, le chef du Bloc Québécois estime qu’elle est souhaitable, tant pour le Québec que pour le Canada. « Une telle entente – dont les modalités devront être négociées entre les deux pays – serait toute naturelle pour le Canada. Ce serait aller à l’encontre des intérêts du Canada, particulièrement de l’Ontario, que de refuser un partenariat économique avec le Québec souverain », a conclu Gilles Duceppe.

Le déséquilibre fiscal permet à Ottawa d'envahir les compétences provinciales
JENNIFER GRAHAM
PC vendredi 12 novembre 2004
TORONTO (PC) - Ottawa profite du déséquilibre fiscal avec les provinces et les territoires pour outrepasser ses compétences et se mêler des dossiers provinciaux, a déclaré vendredi le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.
Les surplus fédéraux de 9,1 milliards $ sont la preuve qu'Ottawa reçoit des Canadiens beaucoup plus d'argent que nécessaire pour assurer ses responsabilités nationales, a dit M. Duceppe lors d'un dîner à Toronto.
"C'est comme cette émission des années 1950 'Papa a raison', sauf que c'est 'Ottawa a raison"', a indiqué le chef bloquiste après son discours qui a sonné le départ d'une tournée panCanadienne pour faire la promotion du point de vue québécois sur les questions fédérales.
Il a expliqué que le déséquilibre fiscal prive les gouvernements des provinces de ressources financières dont ils ont besoin pour prendre des décisions sur des questions qui relèvent de leurs propres champs de compétences - la santé, l'éducation et les services à la petite enfance, entre autres.
"Il y a 10 000 fonctionnaires au ministère de la Santé à Ottawa et ils ne s'occupent d'aucun hôpital, a-t-il dit. Ils n'ont pas l'expertise. Les garderies, ils ne connaissent rien là-dessus, mais c'est pourtant eux qui décident des normes nationales."
M. Duceppe a indiqué que le déséquilibre crée des problèmes d'imputabilité et amène le gouvernement fédéral à gaspiller les fonds publics. Il a réclamé la création d'une agence indépendante responsable des prévisions budgétaires.
"Nous devons mettre un terme à cette mascarade annuelle et faire en sorte que l'exercice du budget regagne sa crédibilité", a-t-il dit.
M. Duceppe s'est aussi servi du déséquilibre fiscal pour appuyer son discours sur la souveraineté.
"On veut faire ce qu'on veut avec notre argent et arrêter de blâmer Ottawa en étant maîtres chez nous", a-t-il dit.
Le Canada pourrait devenir un partenaire privilégié du Québec, a-t-il précisé.
"Nous travaillerons main dans la main afin de protéger les intérêts de nos deux pays", a précisé le chef bloquiste.
Néanmoins, M. Duceppe a laissé entendre qu'Ottawa devrait financer les principales entreprises de la province.
"Le gouvernement fédéral accepte de dépenser 500 millions $ dans l'industrie automobile qui se trouve essentiellement en Ontario, a-t-il dit. Le moins qu'on peut demander c'est que le gouvernement investisse autant d'argent dans l'industrie de l'aéronautique."
Se tenant sur un podium entre des drapeaux du Canada et du Québec, M. Duceppe a insisté sur le fait qu'il ne voulait pas déclencher de guerre des drapeaux.
Il s'agissait d'une référence directe à la récente controverse impliquant un député du Bloc québécois qui a refusé de donner des drapeaux du Canada à un groupe d'anciens combattants de l'Estrie pour le jour du Souvenir.

Modernisation de l'État
Grande-Bretagne - Les vices cachés des PPP
René Lewandowski
L'Actualité, n° Vol: 29 No: 19 1 décembre 2004
Le Royaume-Uni est un modèle pour les partisans des partenariats public-privé. Mais le rêve tourne parfois au cauchemar! Comment le Québec peut-il éviter les dérapages?
À Isleworth, les touristes sont au paradis. Dans cette petite ville d'Angleterre, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Londres, ils peuvent visiter le palais du roi Henri VIII, se balader dans les jardins d'un palace construit au 15e siècle sur les ruines d'une vieille abbaye, se remémorer les exploits d'anciennes vedettes du rugby dans un musée, casser la croûte dans l'un des restos bordant la Tamise.
Ces temps-ci, pourtant, ce sont moins les sites historiques qui piquent la curiosité qu'un établissement de santé, le West Middlesex University Hospital. Banquiers, fonctionnaires, consultants et journalistes affluent de partout dans le monde pour contempler ce mastodonte de béton et de verre. Parmi eux, la présidente du Conseil du Trésor du Québec, Monique Jérôme-Forget, qui est allée y faire un tour en septembre dernier. "Je suis en train de devenir un guide touristique!" dit, amusé, le directeur financier de l'établissement, Steve Turner, en me faisant visiter les lieux.
Entouré de maisons victoriennes, ce vaste complexe hospitalier bientôt centenaire a subi en 2002 une cure de rajeunissement qui en fait l'un des hôpitaux les plus modernes du Royaume-Uni. Grâce à la technologie numérique, les radiographies sont prêtes avant que les patients aient eu le temps de se rhabiller. Les commis de la pharmacie ont été remplacés par un bras mécanique qui, commandé par ordinateur, cueille les médicaments sur les étagères. Ce n'est toutefois ni sa modernité ni son architecture qui font de cet hôpital un lieu de pèlerinage pour gestionnaires, mais la façon dont les travaux y ont été financés.
La cure de jouvence de 150 millions de dollars du West Middlesex University Hospital a été entièrement prise en charge par un consortium privé, de l'élaboration des plans au dernier coup de pinceau en passant par le financement. Ni l'État ni l'hôpital n'ont eu à débourser un sou avant l'inauguration des nouvelles installations. L'hôpital paiera plutôt pendant 35 ans un "loyer" annuel (qui inclut les frais d'exploitation) de 20 millions de dollars, indexé au coût de la vie. Les employés d'entretien, de la cafétéria, les gardiens de sécurité, etc., changent de patron, mais pas le personnel médical. À la fin du contrat, l'hôpital reprendra ses droits sur le terrain et le bâtiment.
Ce modèle de partenariat entre le public et le privé - un PPP - a largement inspiré le gouvernement du Québec, qui s'apprête à lancer dans les prochains mois son propre programme. Le premier ministre Charest est d'ailleurs allé y voir de près lors d'un voyage en Grande-Bretagne, au printemps dernier. Car le Royaume-Uni est un peu le "berceau" des PPP.
Implantés timidement en 1992 par les conservateurs de John Major et propulsés par l'arrivée des travaillistes de Tony Blair, en 1997, les PPP sont devenus la formule privilégiée par le gouvernement pour moderniser les vieilles infrastructures du pays. Plus de 650 contrats de réfection ou de construction d'hôpitaux, d'écoles, de routes, de prisons, de lignes de métro, etc., ont été signés à ce jour, pour une valeur totale d'environ 125 milliards de dollars.
Les PPP - ou PFI, comme on dit au Royaume-Uni, pour private finance initiatives - ont le gros avantage de permettre au gouvernement de refiler au secteur privé les risques liés aux dépassements de coûts et aux retards, qui font la une des journaux là-bas comme ailleurs (pensez au métro de Laval). Selon le Trésor britannique, un PPP sur cinq dépasse son budget, contre sept sur dix lorsque l'État est le seul financier. Et près de neuf PPP sur dix sont "livrés" à temps, contre trois modèles traditionnels sur dix. "On a obtenu exactement ce qu'on avait demandé, dans les délais prévus et sans dépassement des budgets", confirme Steve Turner, du West Middlesex University Hospital.
Il est vrai que le secteur privé a intérêt à remplir ses engagements. Le consortium ne reçoit ses premières redevances qu'au moment où les travaux sont achevés. Et c'est lui qui supporte les dépassements de coûts. De plus, pendant les 25, 30 ans du contrat, les redevances peuvent être réduites si les services sont insatisfaisants. Une simple ampoule non remplacée dans le délai prescrit permet à l'organisme public de réduire son paiement mensuel. C'est écrit dans le contrat!
La formule gagne aussi en popularité dans le monde en raison de considérations politiques. Lorsqu'il est le maître d'oeuvre, l'État doit emprunter. Avec un PPP, c'est le privé qui assume "l'emprunt hypothécaire", l'État ne faisant que payer un "loyer". Simple gymnastique comptable, direz-vous, mais pas sans intérêt: un gouvernement peut ainsi rajeunir ses infrastructures sans accroître la dette.
L'introduction des PPP au Royaume-Uni ne s'est cependant pas faite sans heurt. Les syndicats y voient une occasion pour le privé de s'infiltrer dans les services publics, même si ces partenariats ne touchent que les services connexes (construction, entretien, etc.). Les employés déjà affectés à ces services sont transférés à l'entreprise privée aux mêmes conditions, mais les nouveaux ne bénéficient pas de conditions ou de salaires équivalents. Ce qui fait craindre aux syndicats britanniques une dégradation des conditions de travail à long terme.
À preuve, disent-ils, le succès de la formule pour les prisons - dont convient même le National Audit Bureau, le vérificateur général britannique. Selon les syndicats, "l'efficacité" des PPP dans ce domaine est attribuable au fait que dans certains cas le privé n'a pas eu à s'embarrasser de contraintes syndicales, puisqu'il s'agit de nouvelles prisons.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement Blair vient de s'engager, après d'intenses négociations avec Unison, le plus grand syndicat du Royaume-Uni, à ne plus autoriser de PPP qui proposeraient des réductions de salaires ou d'avantages, que les travailleurs aient été transférés à l'entreprise privée ou qu'ils se soient joints au consortium après la transaction.
Mais la grogne persiste. Récemment, le syndicat GMB (le quatrième en importance au pays, avec 700 000 membres, dont 40% de femmes) a même retiré son aide financière au Parti travailliste pour s'opposer aux "politiques de droite" de Tony Blair - son soutien à la guerre en Irak, mais aussi ses politiques de partenariats avec le privé.
"Les syndicats n'ont pas à dicter les politiques gouvernementales", dit Stephen Harris, directeur de l'International Financial Services London, regroupement de banques, d'avocats et de comptables dont l'objectif est de promouvoir l'industrie financière britannique à l'étranger. Ses confrères du privé et lui soutiennent, comme le gouvernement, que les PPP représentent un formidable instrument pour assurer de meilleurs services aux citoyens. Stephen Harris accuse les syndicats de s'y opposer pour des raisons idéologiques. Lors de la visite du premier ministre Jean Charest, au printemps, il a d'ailleurs enjoint celui-ci de mettre les syndicats de son côté avant d'enclencher son programme québécois. Stephen Harris ne fait pas mystère de son désir de voir des membres de son regroupement obtenir des contrats au Québec.
Pour répliquer aux attaques syndicales dans les médias, incessantes depuis les premiers PPP, l'homme d'affaires David Metter a créé en 2001 le PPP Forum, lobby de quelque 80 entreprises privées qui contre-attaque systématiquement, dans les médias et dans son site Web. Il faut dire qu'il y a de gros intérêts en jeu. Par exemple, Innisfree, le holding dont David Metter est PDG, a investi près de 600 millions de dollars dans des dizaines d'initiatives publiques et évalue à plus de 10 milliards les investissements des consortiums dont il fait partie, dans plus de 200 écoles et 14 hôpitaux.
"Je me fous d'où l'argent provient, du moment que c'est bon pour les enfants", dit Kenneth Williams, directeur de la Hornsey School, une école secondaire pour filles de Haringey, arrondissement plutôt pauvre de Londres. Un PPP a permis de rénover, de 2001 à 2003, son bâtiment principal et d'y ajouter un centre des arts. Les élèves, 1 300 jeunes filles dont les deux tiers viennent de milieux défavorisés, peuvent désormais y suivre des cours de musique, de théâtre, de danse, etc. Le tout a coûté 23 millions de dollars, que l'école remboursera à raison de 775 000 dollars par année pour le prochain quart de siècle.
Ces installations permettront à l'établissement d'attirer de nouveaux élèves, prédit Kenneth Williams. Il en est d'ailleurs ravi, lui qui voit des concurrents partout depuis que le gouvernement Blair a annoncé, en juillet, son plan en éducation, qui diversifiera les programmes et donnera encore plus de choix d'écoles aux parents. "Avant, je pensais comme un fonctionnaire; maintenant, je gère mon école comme une PME", dit le directeur.
Au Darent Valley Hospital, à Dartford, dans le comté de Kent, on a mis sur pied un comité mixte pour veiller à la qualité des services. Deux personnes attribuent, pour chaque service rendu, une note de 1 à 100: propreté des lieux, qualité de la bouffe, etc. L'hôpital ne paie le plein loyer que si les notes excèdent 95%. "Elles se maintiennent généralement entre 95% et 98%", dit Brian Shipley, directeur financier de l'établissement.
Mais tous ne sont pas aussi ravis.
À la Varndean School, école secondaire de Brighton, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Londres, le directeur, Andy Schoofield, est désespéré. D'entrée de jeu, il prévient que l'alarme d'incendie peut se déclencher à tout moment, parce qu'elle n'a pas été réparée. "Ça fait des mois que ça dure, mais c'est le moindre de mes soucis", dit-il. Depuis 2002, le directeur vit un véritable calvaire avec le promoteur Jarvis, qui éprouve de graves problèmes financiers (voir l'encadré, p. 56).
Jarvis n'a pas respecté les délais des travaux de construction et de réfection, dit Andy Schoofield. On a dû fermer l'école à plusieurs reprises et retarder la rentrée en 2003: des travaux n'étaient pas terminés et il restait encore des déchets dangereux dans la cour. Quinze mois après la date prévue, il manque toujours des meubles, des ordinateurs, de l'équipement pour le théâtre, certaines salles n'ont pas l'électricité... Les sols n'ont pas été nettoyés pendant plus de 18 mois. "Sentez vous-même, ça pue!" dit Tim Glebocki, élève de 15 ans qui me fait visiter les toilettes. Le directeur a voulu imposer des pénalités à Jarvis, mais la commission scolaire, signataire des contrats pour ses écoles, a refusé.
Bien que leurs partisans prétendent le contraire, les PPP ne réduisent pas toujours la bureaucratie. "On ne sait plus à qui s'adresser lorsque survient un problème", dit Andy Schoofield. Cinq filiales de Jarvis ont des employés sur place, en plus des sous-traitants. Un jour, durant un cours de musique, un professeur n'a pu réparer la fenêtre de sa classe, raconte mon jeune guide. Le contrat stipulait que cela devait être fait par un commis à l'entretien. Or, celui-ci devait en recevoir l'ordre de Jarvis, son employeur. Ce qui aurait pu être réglé en une demi-heure a attendu deux jours!
"Potentiellement, les PPP ont des avantages, mais ils ne sont pas une panacée", dit Patricia Leahy, la directrice affectée aux PPP au National Audit Bureau. À cause, entre autres, de leur manque de flexibilité.
Parce que les contrats sont blindés, les organismes publics se retrouvent coincés avec les mêmes fournisseurs pour de longues périodes. Ainsi, la Peacehaven School, dans le comté d'East Sussex, a signé un contrat avec un consortium. Trois ans plus tard, devant l'augmentation du nombre d'élèves, elle a désiré un nouveau bâtiment. Or, son contrat stipulait que toute nouvelle construction devait être confiée au consortium... qui a exigé cinq millions de dollars! L'école a abandonné l'idée.
Dans un pénitencier, on a continué de donner des cours qui n'étaient plus requis. Et dans un hôpital, raconte Patricia Leahy, on a poursuivi la livraison de repas dans une aile fermée! Mais il y a un problème plus fondamental encore, qui à long terme risque de mettre tout le secteur public en danger.
Dans le contrat PPP tel qu'il existe au Royaume-Uni, les entreprises privées sont considérées comme des créanciers privilégiés, un peu comme la banque a la priorité lorsque le proprio est incapable de payer son emprunt hypothécaire. Ce qui veut dire qu'écoles et hôpitaux ont l'obligation de verser leurs redevances avant même de payer les enseignants, médecins, infirmières. "Ça met de la pression sur le système", dit Margie Jaffe, directrice nationale du syndicat Unison, qui s'occupe des questions relatives aux PPP.
Que feront les dirigeants d'hôpitaux, déjà aux prises avec des budgets serrés, lorsque les besoins en santé augmenteront avec le vieillissement de la population? Ils ne pourront faire des coupes ailleurs que dans les soins aux patients, s'inquiètent les syndicats.
Cela pourrait arriver, mais pas de sitôt, selon Tim Gosling, analyste de l'Institute for Public Policy Research, groupe de réflexion progressiste qui publie de nombreux rapports sur les politiques du gouvernement: ce dernier s'est engagé à augmenter puis à maintenir le budget de la santé à 8% du PIB. Mais si le gouvernement devait réduire son budget de santé, alors oui, il pourrait y avoir des problèmes, poursuit l'analyste.
N'empêche, en mars dernier, le West Middlesex University Hospital a annoncé la fermeture d'un service pour essayer de réduire son déficit de 7,5 millions de dollars. Dans un article du British Medical Journal publié en 1999, cinq professeurs ont démontré qu'on a fermé 30% plus de lits dans les hôpitaux PPP qu'ailleurs.
Pour promouvoir son programme, le gouvernement de Tony Blair utilise le slogan "Value for Money", qu'on pourrait traduire par "On en a plus pour notre argent". Rien n'est pourtant moins certain.
Les partenariats avec le privé garantissent certes à l'État un prix fixe sur une longue période, mais est-ce le meilleur prix? Il est encore trop tôt pour le dire, selon le vérificateur général. Plusieurs éléments vont cependant dans le sens contraire.
Le secteur privé paie pour ses emprunts de 2,5 à 4 points de pourcentage de plus que le gouvernement, d'après Audit Scotland, le vérificateur général de l'Écosse. Comme les intérêts à payer sont refilés au secteur public dans le prix des loyers et que les contrats s'étalent sur 25 ans ou davantage, ce sont des dizaines de milliards de dollars de plus que doivent assumer les contribuables.
La question des taux a d'ailleurs soulevé un tollé parmi les anti-PPP il y a quelques années. De nombreuses banques ont accepté de refinancer la très grande majorité des ouvrages des consortiums à la fin des travaux, une fois les gros risques passés. Mais les loyers, eux, n'ont pas été révisés à la baisse! Au Norfolk and Norwich University Hospital, par exemple, le consortium Octagon HealthCare a touché 275 millions de dollars, soit près de la moitié des coûts de construction, selon la radio de la BBC. Divers consortiums ont ainsi empoché des millions, sinon des milliards de dollars.
En 2002, le gouvernement est intervenu en publiant son "code de conduite volontaire" pour les PPP signés avant le 30 septembre 2002: il "demande" au privé de remettre à l'organisme public 30% des gains provenant du refinancement. La plupart des consortiums s'y seraient conformés, selon le vérificateur général. Et pour les contrats signés après cette date, les gains sont obligatoirement partagés à parts égales.
Le secteur privé n'avait toutefois pas dit son dernier mot. En juillet 2004, la radio de la BBC révélait l'existence, très secrète, d'un marché financier secondaire des PPP, où écoles et hôpitaux se négocient comme le blé ou les métaux précieux! Un marché lucratif, où les investisseurs désireux de se départir de leur participation obtiendraient entre deux et trois fois leur mise, selon le vérificateur général. Au Darent Valley Hospital, à Dartford, Carillon a ainsi réalisé près de 28 millions de dollars de bénéfices en vendant sa part.
Certains se constituent de cette façon d'imposants portefeuilles spécialisés en PPP d'hôpitaux et d'écoles. Par exemple, Innisfree vient d'acheter un lot de 21 écoles pour la somme de 188 millions de dollars... Même à ce prix, les nouveaux investisseurs obtiennent, avec les redevances qu'ils touchent, des rendements de 11% à 13% par année, sans risques - les contrats étant garantis par l'État -, soit de quatre à cinq fois plus qu'avec les bons du Trésor!
Mais les promoteurs ne sont pas les seuls à profiter de l'industrie des PPP. Les frais de négociations font la fortune des cabinets de comptables, d'avocats et autres consultants. Les contrats couvrant de longues périodes, il faut en effet préciser chaque détail (le nombre de vis, de poutres, de fenêtres, etc.). Certaines négociations ont duré jusqu'à trois ans! "On est en train de garnir les poches de ces entreprises", dit Margie Jaffe, du syndicat Unison. À la Hornsey School, à Haringey, les négos ont coûté plus de 2,4 millions de dollars, soit plus de 10% de la valeur du contrat!
Mais, le vérificateur général en convient, la bureaucratie a aussi des avantages: elle force les fonctionnaires à mieux définir leurs projets. Selon Stephen Harris, le directeur du regroupement International Financial Services London, la négociation de PPP impose une discipline dans la conception de projets. "Cela oblige à réfléchir à ce dont écoles et hôpitaux auront réellement besoin pour les 25 prochaines années", dit-il.
Si les négociations sont longues, au moins assurent-elles que les budgets sont ensuite respectés, soutiennent d'ailleurs les pro-PPP. "Mais c'est une illusion!" dit Allyson Pollock, professeure à la School of Public Policy (Université de Londres) et bête noire des pro-PPP.
Allyson Pollock publie depuis des années des études scientifiques sur les politiques publiques en matière de santé dans le British Medical Journal, entre autres, et des rapports de recherche pour le compte des syndicats. Lors de notre rencontre, elle venait de publier un autre rapport sur les PPP, Public Risk for Private Gain, et le téléphone n'arrêtait pas de sonner. "Il doit être en train de trembler présentement!" me dit-elle en parlant du gouvernement.
Lorsque l'État gère un chantier, explique Allyson Pollock, les coûts augmentent généralement durant la construction, à cause d'ajouts au cahier des charges. Avec un PPP, "l'inflation a lieu durant les négociations". Des négos longues et secrètes. "On ne connaît pas le prix initial, que le prix final, lorsque le projet est rendu public."
Ces longues négociations, "c'est une bataille perdue d'avance pour les fonctionnaires", dit le Dr John Lister, recherchiste spécialisé dans la politique publique en matière de santé et dans les PPP. Éditeur de Health Emergency, journal militant fondé en 1983 qui dénonce les problèmes du système de santé, il a lui aussi effectué de nombreuses enquêtes pour le compte de syndicats.
On retrouve d'un côté de la table de négociation, dit-il, des fonctionnaires souvent sans expérience, et de l'autre, des hommes d'affaires aguerris. Cela se traduit par des projets de plus en plus grands, qui coûtent de plus en plus cher. Parce que le privé a tout intérêt à faire grimper la facture. Par exemple, raconte le Dr Lister, les 21 premiers hôpitaux PPP ont coûté en moyenne 177,7 millions chacun, et les 10 suivants, 475 millions chacun. Les trois plus récents: 1,42 milliard chacun!
Conscient de cette inégalité des forces, le gouvernement a créé en 2001 Partnership UK, un partenariat entre le Trésor britannique et une douzaine d'entreprises privées ayant des intérêts dans les PPP. L'objectif: enseigner aux fonctionnaires à mieux négocier avec le privé. Un peu comme si le gouvernement du Québec s'alliait au Conseil du patronat pour aider les syndiqués à négocier leur prochaine convention collective!
Au West Middlesex, on n'a pas fait les choses à moitié. Çà et là, des murs de verre donnent sur de petits jardins où les gens peuvent se relaxer. Un immense solarium laisse passer la lumière du jour. Le hall est dessiné comme un entonnoir: grand à l'entrée pour abriter une multitude de commerces, petit à l'approche de l'espace médical. Il y a un dépanneur de la taille de deux Couche-Tard, un fleuriste, un café - dans d'autres établissements, il y a même une maroquinerie et une boutique d'ordinateurs! Pendant toute la durée du contrat, les loyers - quand ce ne sont pas les revenus - reviennent au consortium. L'immense stationnement rapporte à lui seul une fortune.
"Ce n'est plus un hôpital, c'est un hôtel!" déplore Minke Fidelman, 84 ans, qui milite depuis une trentaine d'années pour faire en sorte d'accélérer l'accès aux soins.
Plusieurs salles d'attente sont minuscules. Aux urgences, les chambres sont tellement petites que les ambulanciers doivent faire passer les patients de la civière au lit... dans le corridor! "Ce serait trop dangereux de pénétrer dans la chambre avec une civière", dit un jeune ambulancier croisé à l'extérieur du bâtiment.
Il n'y a plus de soins orthopédiques ni de chirurgie vasculaire, deux activités transférées dans des hôpitaux avoisinants faute d'espace, dit Jean Doherty, 57 ans, l'amie qui accompagne Minke Fidelman. Et les listes d'attente n'ont jamais été aussi encombrées, soutient celle-ci. Récemment, raconte Minke Fidelman, un homme a attendu 18 mois avant d'obtenir un rendez-vous, pour se faire dire d'aller voir un spécialiste dans un autre établissement. "C'est dégoûtant", dit-elle. Jean Doherty est nostalgique: "Avant, on avait un vieil hôpital, mais au moins les soins étaient bons."
UN CONSORTIUM PRIVÉ
On crée généralement une nouvelle société pour chaque PPP: un SPV, pour special purpose vehicle. Il est constitué d'un constructeur, d'un exploitant (souvent une filiale du constructeur) et d'un ou plusieurs financiers (généralement des banques). Les opérations comptent deux volets: l'un de construction, l'autre d'exploitation.
IMMENSE STATIONNEMENT
Le consortium qui a construit le stationnement du Royal Victoria Hospital de Belfast a bénéficié d'une subvention de 5,5 millions de dollars pour les quatre premières années d'activités. Pour une construction qui en a coûté 5 millions! Profits nets que continuera de percevoir l'exploitant: 1,25 million de dollars par année. Pendant 20 ans.
L'EFFET JARVIS
Qu'arrive-t-il quand un important acteur du privé se retrouve dans la tourmente financière? Les écoles écopent...
Depuis le début de 2004, les actions du géant de la construction et de l'ingénierie britannique Jarvis ont perdu plus de 90% de leur valeur, à un point tel que la société était menacée de faillite en juillet. La raison de cette débâcle: une dette colossale, accumulée après avoir soumissionné - souvent au rabais pour obtenir les contrats, disent les analystes financiers - à nombre de projets PPP.
Les problèmes financiers de Jarvis causent des maux de tête aux fonctionnaires, qui comptaient sur elle pour construire, rénover et exploiter des dizaines d'écoles. On signale de nombreux cas de retards de construction - parce que des sous-traitants n'auraient pas été payés, selon la BBC. Résultat: des reports de rentrée des classes et des services rendus de piètre qualité.
À Haringey, arrondissement de Londres, plus d'un an après la fin des travaux, des déchets dangereux sont toujours dans la cour d'une école, mettant la sécurité des enfants en danger. Et en Écosse, il a fallu plus d'un mois pour réparer le toit d'une école endommagé à la suite d'une tempête.
Pour réduire sa dette, Jarvis a récemment vendu sa participation dans de nombreuses écoles à d'autres constructeurs. Mais que se passerait-il si la société devait déposer son bilan? En principe, les contrats prévoient que les autres membres du consortium - particulièrement les banques - doivent prendre le relais, explique Tim Gosling, analyste à l'Institute for Public Policy Research. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé récemment lorsque le constructeur néerlandais Ballast, en difficulté financière, s'est retiré de la construction de six écoles. Le consortium a trouvé un nouveau constructeur, et tout est rentré dans l'ordre, après plusieurs mois d'attente et d'incertitude.
Dans l'arrondissement de Tower Hamlets, à Londres, cela ne s'est pas déroulé aussi bien. Après que Ballast se fut retiré de la construction de 27 écoles, les autres membres du consortium ont également quitté le navire, laissant pendant plus d'un an plusieurs établissements à l'abandon et sans aucun service d'entretien. Le conseil municipal a donc dû trouver un nouveau constructeur, pour des coûts plus importants que ne le prévoyait le PPP. Ce qui fait dire au syndicat Unison que, contrairement à ce que l'on prétend, "les PPP ne procurent aucune certitude quant au transfert de risques du privé au public".

Les partisans du dégel et l'IEDM font mentir les chiffres
Vincent Larouche
L'aut'courriel n° 97, 15 novembre 2004
Les manifestations étudiantes de la semaine dernière contre les coupures dans l'Aide financière aux études semblent avoir touché plusieurs de nos commentateurs politiques. Dans La Presse, Le Soleil et Le Devoir, entre autres, on proposait une solution alternative au ministre de l'Éducation, Pierre Reid. Au lieu de couper dans les bourses d'études, pourquoi ne pas simplement dégeler les frais de scolarité de tous les étudiants? Les arguments évoqués rejoignaient ceux d'un document de l’Institut économique de Montréal (IEDM), que deux chercheurs avaient pourtant clairement prouvé frauduleux, dans le numéro d'octobre de l'aut'journal.
La publication par l'IEDM d’une "note économique" intitulée "La hausse des droits de scolarité réduirait-elle l’accessibilité aux études universitaires?" avait déjà fait couler beaucoup d’encre l’hiver dernier. En comparant la situation du Québec à celle des autres provinces, l’Institut présentait le gel des frais de scolarité comme mesure nuisible. Encore aujourd'hui, la majorité des médias se contentent de colporter les affirmations de l’IEDM sans les confronter aux chiffres et à la réalité. Dans une étude étoffée, Frédéric Lacroix et Patrick Sabourin se sont livrés à l’exercice.
Les auteurs remarquent d’abord que le " taux de participation" tel que défini par l’IEDM est " la proportion de jeunes de 20 à 21ans inscrits à temps plein dans une université ". Pourtant, selon la Fondation canadienne des bourses du millénaire (une des sources de l’IEDM), les étudiants de 20 à 21 ans ne constituent que la minorité de la population universitaire totale. Les étudiants qui préparent un diplôme d’études collégiales technique ou qui attendent quelques années avant d’entrer à l’université font donc baisser le " taux d’accessiblité " aux études universitaires, selon l’Institut.
L’IEDM affirme que des frais de scolarité plus bas sont associés à un faible " taux d’accessibilité ". Pour arriver à cette conclusion, il superpose les deux variables dans un graphique et trace une droite régressive, malgré la grande dispersion des données. " Pourtant, écrivent Lacroix et Sabourin, un simple test statistique de base suffit pour démontrer que la fameuse droite n’est pas statistiquement significative, c’est-à-dire que les points sont trop dispersés pour inférer relation. " Cet exercice de vérification si simple n’a été effectué par aucun des grands médias qui ont traité de la " note économique ".
Dans son calcul, l’IEDM utilise les données de la Fondation canadienne des bourses du millénaire. On omet toutefois de mentionner que, selon cette même fondation, la relation ne tient pas pour les provinces dotées d’un important réseau collégial, comme le Québec. L’Institut tente de faire passer le taux de fréquentation universitaire moins élevé du Québec pour un échec, alors qu’il s’agit plutôt d’une particularité due à l’importance du réseau des cégeps.
Lacroix et Sabourin font aussi remarquer que ce taux d’inscription à l’université ne donne aucune idée du taux de diplômation. " Qu’importe un taux d’inscription de 50 % si la moitié des étudiants abandonnent leurs études par manque de ressources financières en cours de route? ", font-ils remarquer.
Ils soulignent qu’une étude sérieuse sur le sujet devrait prendre en compte la composition socio-économique des cohortes d’étudiants qui fréquentent le milieu universitaire. Par exemple, une diminution du nombre d’étudiants des milieux plus pauvres indiquerait clairement que l’accessibilité baisse quand on augmente les frais de scolarité. Puisque ces données n’existent pas, déplorent-ils, il faut se rabattre sur d’autres variables pour peindre un portrait de la situation.
Lacroix et Sabourin s’appuient sur les données de Statistique Canada pour démontrer qu’au palmarès des provinces, le Québec est tout de même en cinquième place pour ce qui est du taux de diplômation, une variable que l’IEDM ne prend même pas en compte. Sur ce point, cinq provinces se retrouvent derrière le Québec. Celui-ci présente donc un profil comparable à la moyenne. Le Québec a même gagné deux places depuis 1986.
Lacroix et Sabourin rappellent aussi qu’en 1965, le rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme avait révélé que les francophones se classaient au 12e rang sur 14 dans l’échelle des revenus selon l’origine ethnique. Seuls les Italiens et les Amérindiens se classaient moins bien. Très peu de francophones avaient accès à une éducation post-secondaire à l’époque. Les tranches plus âgées de la population québécoise contribuent encore aujourd’hui à infléchir le taux de diplômation global à la baisse. En l’espace de trois décennies, des progrès immenses ont été réalisés au Québec : le taux de diplômation est passé de 6,2 % pour les 65 ans et plus à 24,1 % pour les 25-34 ans!
En examinant le taux de diplômation des 25-34 ans, le Québec se retrouve en troisième place, tout juste derrière la Colombie-Britannique, mais devant la Nouvelle-Écosse. Le taux de diplômation du Québec est supérieur à sept provinces sur dix. Seule l’Ontario se démarque nettement du lot et tire à la hausse la moyenne canadienne.
Ce qui fait dire à nos deux jeunes chercheurs que " la situation du Québec et sa progression sont enviables. Rien ne justifie de qualifier la situation du Québec " d’échec lamentable " ", comme l’a fait le vice-principal à l’administration et aux finances de l’université McGill, Morty Yavlovsky.
En conclusion, les auteurs servent une réplique bien sentie aux partisans du dégel des frais de scolarité, qui répètent sans cesse que le financement de l’éducation supérieure par l’État oblige le contribuable moyen à financer par ses impôts les études des enfants de familles aisées. " Un mécanisme permettant de faire payer les riches existe déjà, écrivent Lacroix et Sabourin. Il s’appelle l’impôt progressif sur le revenu! "

Un salaire étudiant?
Michel Venne
Le Devoir lundi 15 novembre 2004
Le gouvernement du Québec a pris une décision indéfendable en modifiant le régime de prêts et bourses pour les étudiants de manière à réduire les bourses pour augmenter les prêts. Belle économie de 100 millions cette année. Sur le dos des plus pauvres.
Québec cherchait de l'argent pour augmenter le budget des universités. Pour arriver au même résultat, il aurait pu dégeler les droits de scolarité. Il a probablement été très tenté de le faire. Mais il avait promis, quelques mois avant les élections, de s'en abstenir pendant quatre ans. C'était, d'ailleurs, une sage promesse. Il aurait pu aussi augmenter de quelques cents la taxe de vente ou la taxe sur le tabac, le vin ou les billets de loterie. Voire même augmenter les impôts. Mais c'eût été sacrilège pour un gouvernement néoconservateur.
Cette décision est mauvaise en soi et devrait être annulée.
Le gouvernement n'a que lui à blâmer. Les étudiants n'ont rien à se reprocher. Ils réclament le maintien du gel des droits de scolarité. Ils ont raison de le faire. Ce n'est pas parce que, en Ontario, on exige des étudiants des droits trois fois plus élevés qu'on est obligé de suivre la même logique.
Pour que le dégel ait un effet réel, il faudrait que la hausse soit substantielle. L'indexation serait nettement insuffisante pour combler les besoins. Or une hausse substantielle aurait un effet décourageant pour les classes moyennes. Des études ont certes montré que le nombre d'inscriptions à l'université au Canada anglais avait augmenté malgré une hausse des droits de scolarité. Mais d'autres études indiquent que les inscriptions dans les couches les moins fortunées de la population sont, elles, à la baisse.
***
On débat des droits de scolarité comme du tarif d'entrée au cinéma. Comme si l'éducation était un service à la carte que l'on peut s'offrir si on en a envie et si on en a les moyens. Or l'éducation n'est pas un service commercial. C'est un besoin essentiel, c'est même un droit. J'irais plus loin: c'est une obligation.
Pourquoi, sinon, instituer l'instruction obligatoire il y a plus de 40 ans au Québec? Un enfant est obligé de fréquenter l'école jusqu'à l'âge de 16 ans. En principe, après ce temps, il pourra se débrouiller minimalement dans la vie. Mais chacun sait, ou devrait savoir, que cette exigence est en-dessous du minimum vital. Quiconque ne fait ni son cégep ni l'université se condamne à des petits métiers. Mais surtout, il se ferme un champ de culture et de savoir qui ouvre les horizons.
En outre, l'éducation n'est pas un bien individuel. Les auteurs du rapport Parent, précurseur de notre système d'éducation, l'avaient bien compris. «Les bénéfices de l'éducation dépassent l'individu et la localité; le progrès de l'enseignement sert principalement les intérêts généraux de la société, de sorte qu'on peut et qu'on doit désormais considérer l'éducation comme une entreprise nationale.» Le financement de l'éducation est un investissement et non une dépense parce qu'elle «contribue à hausser la productivité du travail et à hausser le niveau de vie».
Si l'éducation est une entreprise nationale, «il appartient à la collectivité qui en bénéficie dans son ensemble d'en assumer tous les frais, chacun de ses membres étant appelé à apporter sa contribution, au moyen de l'impôt, selon sa capacité de payer et sans égard au bénéfice immédiat qu'il peut ou non en retirer», écrit la commission.
La commission Parent avait donc recommandé la gratuité scolaire sauf pour l'université, et ce, uniquement pour une raison pratique, car elle était d'accord en principe. Déjà, les étudiants payaient des frais qui s'élevaient, en 1965, à quelque 18 millions par année. En abolissant les droits de scolarité universitaires, Québec se serait privé de ces revenus versés sur une base volontaire.
Les étudiants ne réclament d'ailleurs pas l'abolition des droits de scolarité, mais leur gel. Mais à quel niveau? Il faut fixer le niveau du gel non pas en fonction d'un montant brut (1862 $ par an) mais en fonction d'un pourcentage. Présentement, les droits de scolarité représentent près de 20 % des revenus d'exploitation des universités au Québec.
En fixant le seuil par un pourcentage, cela permettrait de dégeler le montant des droits exigibles, mais cela seulement lorsque les autres sources de revenus des universités auront augmenté: l'État ne pourrait pas augmenter les droits en diminuant sa contribution.
***
En parallèle, il urge de réformer le régime d'aide financière aux études. L'endettement étudiant n'est pas une solution et il coûte de l'argent à l'État. Il faudrait remplacer les garanties de prêt par un programme de bourses non remboursables.
Dans son essai le plus récent, l'ancien conseiller du président François Mitterrand, Jacques Attali, va plus loin. Il suggère que toute activité utile pour la société devrait être rémunérée. Comme l'éducation post-secondaire, est une activité utile pour la société, pourquoi un jeune ne pourrait-il pas être payé pour étudier? Qu'est-ce qu'une bourse, sinon une forme de rémunération?
L'économie du Québec s'est considérablement améliorée depuis 40 ans à cause principalement de la hausse du niveau de scolarité de la population. Mieux payés, les diplômés universitaires auront bien le temps, dans la durée de leur vie professionnelle, de remettre en impôts ce qu'ils auront reçu en éducation (pourvu qu'on continue de les imposer...). Et toute la société bénéficiera d'une population mieux scolarisée. Le débat sur les droits de scolarité doit être abordé autrement. Nous ne sommes pas devant deux colonnes de chiffres. C'est l'avenir de la société qui se joue.
michel.venne@inm.qc.ca

Le nouveau parti inquiète le PQ
Pierre-André Normandin
Le Soleil lundi 15 novembre 2004
La venue d'un nouveau parti de gauche pourrait diviser le vote aux prochaines élections, commencent à craindre certains au Parti québécois. "Il ne faudrait pas qu'Option citoyenne serve à faire réélire le Parti libéral. La gauche ne serait pas bien avancée", prévient le député péquiste de Blainville, Richard Legendre.
Ce dernier estime même que sa formation aurait peut-être avantage à s'allier à Option citoyenne lors des prochaines élections. Interrogé à ce sujet, le porte-parole d'Option citoyenne François Saillant dit être ouvert aux propositions. "Mais on est encore loin. Les prochaines élections ne sont pas avant trois ans. On verra alors ce qu'ils ont à dire."
Déjà 1300 personnes ont rallié les rangs du mouvement politique fondé en mai par la militante Françoise David à la suite de la publication de son livre Bien commun recherché. D'ailleurs, la majorité des membres se décrivent comme souverainistes.
Pour l'instant, Option citoyenne jongle avec l'idée de se présenter comme un parti souverainiste, mais n'a pas encore tranché définitivement sur son statut. "La souveraineté est une solution concrète. Si les gens la veulent, ils savent que c'est vers le PQ qu'ils doivent se tourner", dit toutefois M. Legendre.
En pleine "saison des idées", le Parti québécois cherche justement à rajeunir son discours pour reconquérir les souverainistes qui l'ont délaissé aux dernières élections.
Selon M. Legendre, le Québec pourrait très bien vivre un troisième référendum d'ici 2009. 1,2 million de nouveaux électeurs âgés entre 18 et 30 ans se présenteront aux urnes, une clientèle habituellement favorable au PQ. "Mais il serait trompeur de nous les croire acquis", dit le député de Blainville.
M. Legendre milite pour que les priorités du parti parlent davantage aux jeunes. Ainsi, au lieu de mettre la santé au premier rang, le PQ devrait mettre plusl'accent sur l'environnement, la famille et la solidarité sociale. Et ce rajeunissement doit-il passer par un changement de leader ? "Pas nécessairement. C'est bien qu'il y ait un débat d'idée au parti et c'est normal qu'on ait l'impression que c'est un débat de personnalités parce que ce sont des gens qui poussent des idées", estime M. Legendre.
Le député de Blainville était d'ailleurs l'invité de l'association péquiste de la circonscription de Charlesbourg hier. La vingtaine de membres réunis ont élu une douzaine de délégués qui se rendront au congrès national du parti en juin pour le vote de confiance à l'endroit de Bernard Landry.
Selon le président du comité exécutif de Charlesbourg, Thierry Lorman, ceux-ci voteront selon leur libre arbitre. Il assure que son association ne penche pas plus en faveur de François Legault, même si l'orateur invité, Richard Legendre, se décrit comme un de ses proches collaborateurs.
PANormandin@lesoleil.com

Une capitale trop confortable
Simon Boivin
Le Soleil lundi 15 novembre 2004
Il faut secouer un peu la capitale. La sortir de son petit confort ankylosant, l'ouvrir au monde pour la confronter aux autres et y stimuler l'audace. Il faut qu'elle réapprenne à voir grand et qu'elle tourne la page sur ses guerres de clochers.
Ces constats émergent d'une table ronde organisée par LE SOLEIL et réunissant des acteurs de différents milieux de Québec. Tous profondément attachés à leur ville, ils devaient poser un regard lucide sur l'état des lieux sous le thème des obstacles à son développement. Qui aime bien châtie bien.
Au fil des ans, la présence massive de fonctionnaires à Québec et son statut de capitale l'ont aidé à affronter les aléas des différents cycles économiques. Mais ce même atout semble aussi être à l'origine de maux qui affectent aujourd'hui la Ville.
"En raison de la présence de l'État, c'est comme si on n'a jamais appris à développer notre esprit d'entreneurship", souligne Pierre Mainguy, professeur d'économie, qui plaide pour une plus grande diversification de l'économie de Québec. La culture de sécurité d'emploi a probablement étouffé bon nombre d'initiatives, renchérit Pierre Moisan, président d'Artmedia, en plus de creuser un écart générationnel. "La surreprésentation gouvernementale a peut-être fait en sorte que beaucoup de jeunes qui pensaient avoir une job dans la fonction publique avec leur bac sont frustrés de ne pas y avoir accès", dit M. Moisan. Une frustration des "X" qui ont l'impression que la génération précédente leur a fermé le tiroir-caisse sur les doigts. "Ils sont au devant de la scène avec moins d'espoir ou je ne sais quoi, mais il y a quelque chose qui fait que la démagogie a de la pogne", laisse tomber M. Moisan.
Un type de colère qui s'est canalisé dans le combat de CHOI et qui étale les divisions de la capitale, indique le chroniqueur Alain Dubuc. Des fractures entre les générations, mais aussi entre les "basses vilains" et les "faiseux" de la haute ville. Des clivages qui génèrent une culture de méfiance, une résistance au changement et une incapacité à créer une dynamique d'effort collectif. "Québec a une longue liste d'atouts, mais la mayonnaise a de la difficulté à prendre", commente M. Dubuc.
Consultante pour la Ville de Québec et ex-commissaire du Bureau du film, Lorraine Boily, elle, en a mal à sa ville. Les épisodes CHOI et Scorpion semblent l'avoir ébranlée. L'image de Québec en serait sortie particulièrement écorchée. "Je pense qu'on est en pleine crise, dit-elle. Mes amis de l'extérieur me demandent :"Mais qu'est-ce que vous faites ?". (...) C'est comme s'il n'y avait plus moyen de faire le point sur les choses positives."
La capitale est "blessée" et a "la fierté moins haute" que dans les années 70, constate Michel Létourneau, directeur général de l'Orchestre symphonique de Québec. L'échec de Québec 84 et l'incapacité à conserver les Nordiques pourraient en être responsables en partie, croit-il. "On a l'impression qu'on perd et qu'on ne se relève pas de ça, d'où la méfiance probablement, qui est assez pernicieuse", observe-t-il.
Il faut voir "grand" pour Québec et arrêter de penser que tout est toujours trop cher pour nous, indique Denis de Belleval, directeur général de la Ville de Québec. "On a l'impression qu'ici, la mariée est toujours trop belle", remarque-t-il.
Dans la branche des bienfaits de l'unité, le président de la Commission de la Capitale nationale, Pierre Boulanger, estime que la dynamique Rive-Nord/Rive-Sud doit être revue. "Ce qui se passe présentement est inadmissible, dit-il. Le fleuve devrait être un trait d'union qui nous rapproche globalement. On a un problème là-dessus.
M. Boulanger a aussi soulevé le défi démographique qui se pose à Québec. "Une épée de Damoclès" qui menace la capitale plus que la presque totalité des villes canadiennes. D'où l'importance, entre autres, de stimuler une immigration particulièrement anémique. Une étude de l'institut des études canadiennes de l'Université McGill place Québec au dernier rang des douze plus grandes villes au pays pour le taux d'immigration et la présence de minorités visibles. "Québec n'a pas assez d'emplois à offrir pour garder les familles immigrantes", affirme Yuho Chang, de l'Institut de recherche et de formation culturelles du Québec.
La difficulté à s'intégrer dans les clans tissés serrés de Québec, comme le fait remarquer Ann Cantin, du Centre des congrès, n'est certainement pas pour faciliter la vie des nouveaux arrivants.
D'autre part, la faible desserte aérienne et l'absence de trains rapides éloignent Québec du reste du monde, constatent plusieurs intervenants. "S'ouvrir au monde est une expression galvaudée, mais elle est plus vraie que jamais, constate John Porter, du Musée national des beaux-arts du Québec. Notre ville est intéressante, mais elle est aussi bien frileuse par rapport à tout projet. C'est un sacré problème.(...) Au fond, c'est un danger de la "Vieille" Capitale, frileuse, blanche, "drabe"."
"On a tendance à rester en vase clos et de se dire qu'on est bon entre nous, constate Pierre Thibault, président de la firme d'architectes qui porte son nom. C'est bien d'être bon à Québec, mais il faudrait être bon au Québec, au Canada, aux États-Unis, en Europe. Il faut faire circuler les idées. (...) La ville est très agréable, mais il faut que ça bouge, il faut "déploguer" les gens de leur TV."
SBoivin@lesoleil.com

Coming to grips with a Bush win
Brigitte Pellerin
The Ottawa Citizen, Thursday November 4, 2004
Chances are you’re not altogether happy with the result of the American election. We all know a majority of Canadians would have much preferred that Senator John F. Kerry trounce President George W. Bush. And for once, in their reaction, Quebecers are like other Canadians; just more so.
They are, in fact, outraged, horrified, revolted, and utterly floored. Which is weird, because Quebecers have been traditionally less anti-American than the rest of Canada (perhaps believing the whole country was as liberal as the parts of New England and Florida where they spend their vacations). But post-Clinton politics in the U.S. have taken a turn to the right, both in the White House and in Congress, and Quebecers have a lot of trouble with that concept.
To most of them, a Republican re-election was unthinkable. Why, didn’t Hollywood stars, as well as virtually every media organization they pay attention to (i.e. the New York Times and the Washington Post, to say nothing of the Quebec press) back Mr. Kerry? What, are they asking now, went wrong?
The short answer is that nothing went wrong; national security, specifically the war on terrorism, was the most important issue facing American voters who, unlike Canadians, know only too well they are a prime target. And whether Canadians agree or not, poll after poll shows U.S. voters trusted President Bush to protect them a lot more than they trusted Sen. Kerry. If the American presidential election had been about making friends with Canadians in and out of Quebec, things would no doubt have been different. But it wasn’t so they aren’t.
Like the majority in quite a few countries, Quebecers are reeling from the shock. Many think American citizens are too stupid for their own good. Otherwise, they wouldn’t have voted for such a unilateralist moron (let’s not get into how leading 30-odd countries including Britain, Poland and Australia into Iraq fails to qualify as multilateralism) whose shady operatives probably rigged the election so they can keep plundering Iraqi oil for the benefit of Halliburton. Or so the Loony-Left conspiracy theory goes.
It might seem illogical to question the intelligence of other voters when you vote en masse for the Bloc Québécois but refuse to endorse Quebec sovereignty in a referendum. But the existential illogicality of Quebecers on the "national question" helps explain why they can’t understand President Bush’s popularity. Love him or hate him, you usually know where George Bush stands. And American voters generally prefer to have a principled man in the White House even if they disagree with him or at least with some of his actions, rather than someone they perceive, fairly or not, as a congenital flip-flopper better at sounding good now than sticking to it later. Americans’ preference for a principled president is more enigmatic to your average Quebecer than the mystery of the Holy Trinity.
Add to that Mr. Bush’s obvious public "religiosity" and all you’ve got left are a handful of conservative-minded Quebecers (they do exist) supporting the American president’s views. The rest, the overwhelming majority of la belle province’s inhabitants, recoil in horror.
Why? Most Quebecers see socially conservative ideas as anti-fun and unpleasantly moralizing. Quebec is characterized by high rates of divorce, abortion, common-law relationships, single parenthood, and politicians advocating traditional family values aren’t exactly welcome there (especially if they suggest a possible connection between the province’s "progressive" social mores and Quebec’s sad rate of suicide.) Thus Quebecers tend to have an allergic reaction to anything that reminds them of the faith they have so recently but decisively renounced. Weekly religious attendance in Quebec, at less than 15 per cent (compared to 90 per cent in 1945), is lower than the 20-odd percent in the rest of the country and nothing compared to the United States, where the rate is slightly above 40 per cent. Wearing one’s religion on one’s sleeve, or what Quebecers call "les bondieuseries" (untranslatable, it is the French-speaking Roman Catholic equivalent of Bible-thumping), is reflexively rejected there as being somehow, well, retarded. As in, waaaaaay behind the times.
As a result, Quebecers’ visceral dislike of President Bush has a lot to do with his obvious rejection of moral relativism in all its forms. When the president says things like either you’re with us or against us, it rubs Quebecers the wrong way. How can one be so black-and-white, they wonder in genuine puzzlement. Quebecers can’t even make up their mind whether they want Quebec to be a separate country or not. To them, relativism is not a theory, it’s a way of life.
In this at least, Quebecers are like other Canadians but more so.

Quebec move undermines Canada, critics say
LES PERREAUX
The Globe & Mail November 15, 2004 Monday
Canadian Press Quebec - As Premier Jean Charest prepares for a trip to Mexico with French Prime Minister Jean-Pierre Raffarin, at least one federalist insists the trip will weaken Canada and its image on the international stage.
Critics have blasted Ottawa for allowing Quebec to act as an ally of France in a foreign country when the five-day trade mission begins this coming Tuesday.
"I think this is a terrible precedent to be set, and one the government will live to regret," said Michael Behiels, an historian at the University of Ottawa.
"Once you allow this in the case of Quebec, there is no reason other premiers won't insist on the same privilege to travel abroad with political heads of state. It's rather foolish."
Prof. Behiels, other academics and some pundits say the trip is part of Prime Minister Paul Martin's pattern of giving away power and weakening Canada.
They cite the recent health accord that gave special status to Quebec and point to suggestions the province could take part in international forums.
Mr. Charest shot back in a recent speech on the future of Canada, saying critics ignore the responsibilities of a provincial government.
"They speak with a total ignorance of the way our country works," he said.
In many areas like education and natural resources the provinces have much control over Canadian policy, Mr. Charest said.
"Yet, there are still people today in Canada who are surprised, who say `Oh gee, how could this happen? How could we let any province sit at this table and pretend to speak for the national interest?' It's an area where I have been frankly surprised by some commentators."
Prof. Behiels said premiers should make foreign trips and meet foreign leaders. The problem is the added precedent of Quebec working with France abroad. Canada looks weak on the international stage, he said.
"This sort of thing is looked at by the rest of the world in a different light," he said.
"They do not see these nuances, they do not see fine print. They see a premier of a province of Canada travelling with the prime minister of another country."
Prof. Behiels said Mr. artin has been guilty of "fuzzy thinking" on constitutional policy and the responsibilities of the federal government.
The federal and Quebec governments insist the Mexican trip is a simple trade mission like many conducted by premiers in the past.
Although Canada has helped arrange a meeting between Mr. Charest, Mexican President Vicente Fox and the Canadian ambassador to Mexico, a spokesman for Foreign Affairs Minister Pierre Pettigrew said Ottawa had no control over Mr. Charest's plans with Mr. Raffarin.
"There seems to be an understanding that we need to allow a trip," said Sebastien Theberge. "That's not true. We facilitate requests made through protocol, that's what we do."
However, the federal government once vetoed the international ambitions of another Quebec premier when former prime minister Jean Chrétien blocked a 1999 meeting between Lucien Bouchard and ex-Mexican president Ernesto Zedillo.
Mr. Theberge said federal policy has since changed.
Political scientist Gerald Baier said it's impossible to ignore the symbolism of the trade mission because of the history of French relations with Quebec and Canada.
Ever since French President Charles de Gaulle declared "Vive le Québec libre" from the balcony of Montreal city hall in 1967, critics search for any hint that France is fostering the Quebec independence movement.
"With the Gaullist influence on Canada-Quebec relations, the French government has quietly supported sovereignty in subtle, and in de Gaulle's case, not so subtle ways," said Prof. Baier, a professor at the University of British Columbia in Vancouver.
"It's really easy to say, `it's a trade visit' but there is a symbolic element to the visit. The Alberta premier doesn't go with the British prime minister on trade missions. There is no real parallel out there."
Meanwhile, Mr. Charest's government says the trip to Mexico may only be the first foreign junket where Quebec and France team up.
The Quebec government wants Mr. Charest and Mr. Raffarin to make a similar trip to a European country.
"The idea shared by Mr. Raffarin and Mr. Charest is that Quebec could help France with an open door" to North America, said Quebec International Affairs Minister Monique Gagnon-Tremblay.
"Then Quebec could go to a European country accompanied by France. That was the original intent and we think it could be good for business."

'Country' of Quebec: Charest joins France on a Mexican trade mission, Ottawa's 'gift' to a federalist premier
Graeme Hamilton
National Post November 15, 2004 Monday
MONTREAL - When the plan for a joint France-Quebec trade mission to Mexico was first announced in May of 2003, it barely caused a ripple. Montreal's Gazette buried the news on page 15. Le Devoir waited until halfway through its story on the visit of Jean-Pierre Raffarin, the French Prime Minister, to Quebec City before mentioning the unprecedented Mexican venture.
But those were the innocent days before the concept of asymmetrical federalism had leapt from dusty constitutional law texts on to the front pages. First Quebec won a side deal in the latest federal-provincial health accord. Then Liza Frulla, the federal Heritage Minister, suggested her Quebec counterpart could speak for Canada at some international gatherings. Now Jean Charest, the Quebec Premier, and Mr. Raffarin are heading off in a few days on a trade tag team. Indignation, anyone?
"We, as Canadians, need to recognize who speaks for Canada," Liberal MP Maurizio Bevilacqua said last month of the Charest trip. "In my world, it's the federal government. ... That is our domain and it should stay our domain." Liberal Senator Terry Mercer warned: "If we get on this slippery slope, I'm not sure what is at the bottom of the slippery slope."
Those inclined to see a nefarious plot in the Mexican mission need look no further than the trilingual franquemex.com Web site set up to attract companies to participate. In the English and Spanish versions, the site says, "Many influential people from France, Quebec and Mexico will be participating in this event." In the French version, however, it says, "Many influential people from the three countries will be participating in this event." Who would have thought the unilateral declaration of independence would come under a federalist premier?
Web site slips -- Freudian or otherwise -- aside, it is a stretch to see Mr. Charest's trip as a damaging blow to the Canadian federation. It is not even much of a departure from past practices. Quebec has long occupied a greater space on the international scene than any other province. With the Quiet Revolution in the 1960s, Quebec decided to assert itself internationally as well as at home. In doing so, it invoked a 1937 ruling by the Privy Council in London, which had declared that Canada's provinces have the right to implement international treaties that fall under areas of provincial jurisdiction.
"The power to implement treaties necessarily presupposes the power to conduct a certain degree of diplomacy, to have a presence on the international scene and to have representatives abroad," Monique Gagnon-Tremblay, Quebec's Minister of International Relations, said in a speech last September to a group of U.S. academics.
The province now operates more than 20 offices abroad, including ones in Paris, London, Tokyo, Washington and New York. No other province has anywhere near as many, although Alberta will have nine foreign offices when it opens one in Washington this year. The Quebec delegations are headed by political appointees, and when the separatist PQ is in power, federalists become nervous about the message the PQ's people are spreading on foreign soil. But Ms. Gagnon-Tremblay said there is no need to worry with a federalist government in Quebec City.
"I believe that our current government is in a strong position to assert Quebec's uniqueness throughout the world while at the same time contributing to the development and prosperity of Canada as a whole," she said.
Quebec's international aspirations go beyond its network of embassies lite. Since the 1970s, Quebec and New Brunswick have been recognized as "participating governments" in la Francophonie, meaning the premiers of the two provinces get to join heads of state every two years at the organization's summits. In fact, according to a description of Canada's involvement in la Francophonie on the Department of Foreign Affairs Web site, Ms. Frulla was not saying anything new when she suggested Quebec could occasionally speak for Canada. "On occasion, a provincial minister may head a Canadian delegation and speak on behalf of Canada," the Web site says. "This has been the case at ministerial conferences on education and on youth and sports."
As the only majority French-speaking province, Quebec enjoys a special relationship with France. Quebec premiers regularly head to Paris to meet with the president and nobody bats an eye. Mr. Charest met Jacques Chirac at the Elysee Palace last May without provoking a national incident. At the time, Canada's ambassador to France explained that the rule dictating that the Canadian ambassador be present when a premier meets a foreign head of state was waived because Quebec has a "privileged and direct relationship" with France.
Michel Audet, Quebec's Minister of Economic and Regional Development, who will join the mission to Mexico, said it is only natural that this relationship evolve to include joint prospecting for business opportunities. He will be accompanying 94 Quebec companies to Mexico City, leaving tomorrow and returning Friday. Some 74 French businesses will be represented, and 190 Mexican firms will take part. Mr. Charest will join the delegation on Wednesday. On Thursday, he will be hosted by Vicente Fox, the Mexican President, a meeting that will also be attended by Canada's ambassador.
"Our objective is to ensure a better presence of Quebec and Canadian companies in the Mexican market," Mr. Audet said in an interview. "There is no political objective for us in this operation. There are only economic objectives -- trying to help businesses and create jobs in Quebec."
There has been talk of a second France-Quebec mission, possibly to Poland, but that will depend on the results of this trip, he said.
He said he was surprised by the uproar in the rest of Canada that greeted the news of Mr. Charest's trip. "I didn't think people would see anything more than a business relationship that was being established and the development of markets for both parties. I think questions are being asked because it's a first," he said. "We are not at all eyeing federal powers. ... There is no plot here, no big Machiavellian design. It's a trade operation."
Some interpreted the trip as Quebec helping France get a foothold in Mexico at the expense of its provincial brethren. That is hardly the case, Mr. Audet said, pointing out that France's exports to Mexico are seven times greater than Quebec's.
Mr. Charest has been anything but apologetic about the project and about the province's desire to extract a better deal out of federalism -- what many outside Quebec view as special treatment. This evolution of federalism in which provinces get a bigger say in decision-making is "a reflection of Canada's coming of age as a country," he said in a speech last week in Charlottetown.
"The Quebec government and other provincial governments are not subordinate to the government in Canada. And the federal government is not the supreme guardian of the common good. In a federation, each partner guards the common good within its own jurisdiction."
Anne Legare is a professor of political science at Universite du Quebec a Montreal and the author of a recent book examining Quebec's relations with France and the United States. She said France views Quebec as an entry point into the Canadian market, and there could be spinoffs for the rest of the country from tighter trade ties between France and Quebec.
She said the federal government would likely find a reason to prevent a separatist premier from taking part in a similar venture, just like it thwarted Lucien Bouchard's wish to meet with the Mexican president in 1999. As a federalist, Mr. Charest faces constant attack from the sovereigntists for not doing enough to "protect Quebec's interest." Allowing Mr. Charest to position himself as a statesman raising Quebec's profile is "a nice gift" that can only help the federalist cause, she said.

Réfléchir - Pourquoi les médias ont-il raté le scoop des commandites?
Jean-Claude Leclerc
Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal. Il est aussi chroniqueur au Devoir.
FPJG 30, Juin 2004
http://www.fpjq.org/cgi-bin/bienvenue.cfm?section=14
Le «scandale des commandites» est aussi un échec journalistique. Du moins, on peut le supposer. Comment, en effet, des centaines de millions ont-ils pu ètre engloutis par Ottawa dans la «guerre aux séparatistes» sans que les scribes parlementaires ou les chroniqueurs poliiques n'en aient eu vent?
Le «scandale des commandites» est aussi un échec journalistique. Du moins, on peut le supposer. Comment, en effet, des centaines de millions ont-ils pu être engloutis par Ottawa dans la «guerre aux séparatistes» sans que les scribes parlementaires ou les chroniqueurs politiques n’en aient eu vent? Ou, s’ils ont été mis au courant, sans qu’ils n’aient jugé nécessaire d’en informer le public? (On présumera ici que journalistes et patrons de presse n’étaient pas de connivence avec le pouvoir fédéral pour acheter l’adhésion des Québécois à la fédération canadienne.)
À la veille d’une enquête publique et d’une élection où le scandale en question trouvera sans doute une actualité accrue, on peut tracer quelques pistes de recherche et de réflexion sur la performance des médias. Comprendre comment un tel dossier a été négligé pendant des années devrait permettre d’éviter d’en rater d’autres, non moins importants. La chose exigera, peut-on croire, une sérieuse révision des modes courants de couverture.
Comme le public, les médias lisent les faits selon des postulats, sinon des préjugés, pas nécessairement mal fondés, mais parfois réducteurs. Le système des caisses électorales en est un. On considère comme normal que le pouvoir donne des contrats à ses amis, et que ceux-ci versent en retour une commission à la caisse du parti. Ce sont là trois vases communicants qui ne sentent pas très bon, mais qu’on accepte comme un mal nécessaire.
Pourtant, les firmes de relations publiques ne sont pas des contributeurs au même titre que les sociétés d’ingénieurs et autres vendeurs de quincaillerie. Elles occupent une place névralgique dans le système politique et médiatique. Les journalistes pestent, certes, contre ces manipulateurs d’images. Mais combien voient la position dominante qu’occupent désormais ces redoutables concurrents?
Les entreprises de communication et de publicité contrôlent largement, non seulement les campagnes électorales, mais, à longueur d’année, une part du financement des médias eux-mêmes. Cette nouvelle forme d’inceste institutionnel n’est pas plus facile à dévoiler que le vieil inceste familial. Disons, à la décharge de la confrérie, que, l’arrivée de ce troisième larron dans la foire politique étant relativement récente, il n’allait pas de soi qu’on en ferait un sujet d’enquête.
Ce n’étaient pourtant pas les contacts qui manquaient, plus d’un scribe étant passé d’une rédaction à une entreprise de communication et vice versa. Alors?
Hypothèse: on ne se méfie pas assez des firmes honnêtes; comme la Croix-Rouge, de sanglante mémoire, elles sont pourtant capables d’infecter la nation.
Que les vieux routiers du journalisme n’aient jamais cherché de traces de la mafia dans les œuvres de charité, cela s’explique sans doute. Mais qu’après les révélations des décennies passées, notamment aux États-Unis, ils n’aient pas soupçonné que le gouvernement du Canada pouvait, lui aussi, utiliser des agences, des fondations et d’autres honorables intermédiaires pour déstabiliser des adversaires, cela est moins excusable.
Hypothèse: les médias raffolent des histoires d’espions, mais rares sont les journalistes instruits des méthodes de déstabilisation en usage dans l’État canadien.
Enfin, les commandites étant reliées à la crise de l’unité nationale, même si Ottawa n’avait pas usé de structures intermédiaires visant à camoufler ses objectifs, les journalistes n’auraient pas nécessairement attaché volontiers le grelot. Pourquoi?
Double hypothèse: le journaliste québécois, présumé souverainiste, aurait été peu crédible au Canada en révélant pareille entreprise, et son collègue canadien, acquis au fédéralisme, y aurait été peu populaire en découvrant le pot aux roses.
Mais, dira-t-on, les médias n’avaient-ils pas déjà fait état de ces commandites problématiques, bien avant que la vérificatrice générale ne dépose sa bombe au Parlement? Le mérite de Mme Sheila Fraser fut de présenter l’ampleur des sommes en cause et de confirmer l’existence d’un système, là où le public avait pu croire à des incidents «isolés» ou à une simple négligence «administrative». Elle-même n’est pas nécessairement allée au fond des choses.
Hypothèse: les médias ratent des histoires politiques majeures parce qu’ils s’en tiennent à une couverture parlementaire générale et n’investissent pas dans des domaines spécialisés comme les finances, la défense ou la sécurité nationale.
Que l’affaire des commandites ait filtré dans une lutte intestine entre deux clans du Parti libéral ou entre deux ministères, il importait que les journalistes, à défaut d’avoir eu le scoop, en donnent au moins la signification.
La suite des choses dira s’ils ont rattrapé leur retard ou s’ils ont failli une autre fois.

Commandites: nettement politiques
Gilles Toupin
La Presse lundi 15 novembre 2004
Pas une seule journée depuis le début de ses audiences publiques, le 7 septembre dernier, la Commission d'enquête sur le programme de commandites n'a cessé de faire des vagues, tant par la teneur de ses révélations que par la rigueur avec laquelle les procureurs et le juge John Gomery ont mené le bal.
Alors que les travaux sont interrompus jusqu'au 22 novembre (question de faire une pause et aussi de laisser la chance aux Communes de se prononcer sur un possible mais peu probable renoncement à l'immunité parlementaire conférée au témoin Chuck Guité lors de son témoignage du 22 avril dernier devant le comité des comptes publics), il s'impose de faire le point sur la preuve en devenir de la Commission.
Me Pierre Fournier, avocat de l'ancien ministre des Travaux publics Alfonso Gagliano, tentait mardi dernier de suggérer aux journalistes, dans è008 . 0000.00éune sortie évidemment intéressée et éminemment politique, que la commission Gomery avait jusqu'à présent trouvé bien peu de choses.
«Je crois que la démonstration à ce jour est beaucoup plus conservatrice que les déclarations faites par les membres du comité des comptes publics à l'époque à propos de ce qu'ils ont entendu des témoins, affirmait Me Fournier. On constate qu'il y a eu des manquements graves au respect de la Loi sur les finances publiques, mais je ne crois pas qu'autre chose que cela soit sorti de l'enquête.»
Vraiment? Il est vrai que le témoin clé du scandale des commandites, Chuck Guité, a admis qu'il avait enfreint volontairement les règles contractuelles en vigueur au gouvernement pour l'attribution des contrats à des agences de communication proches des libéraux, refusant notamment de tenir les concours réglementaires pour chacun des événements afin de choisir les agences qui devaient les gérer. Tout le monde était au courant de la façon de faire de M. Guité, a témoigné ce dernier, que ce soit au bureau du premier ministre, à celui du ministre des Travaux publics, au Bureau d'information du Canada ou encore au Conseil privé (le ministère du premier ministre). Personne n'a levé le petit doigt pour remettre les choses en ordre.
Mais ces manquements à la Loi sur la gestion des finances publiques, qui confirment les grandes conclusions du rapport de la vérificatrice générale sur la gestion du programme, ne sauraient cacher la direction politique omniprésente au sein des commandites. Le témoignage-choc de M. Guité a mis en lumière le contrôle permanent qu'exerçaient à la fois le bureau du premier ministre Chrétien sur le programme, par l'entremise du chef de cabinet, Jean Pelletier, ou encore par celle du directeur des opérations, Jean Carle. Chuck Guité a déclaré sous serment qu'il n'avait jamais décidé lui-même de l'attribution d'un contrat supérieur à 25000$.
Beaucoup de documents déposés à la commission démontrent la mainmise du politique sur le programme. Prenons seulement l'exemple de cette note de service de 1998, déposée dès le début du témoignage de Chuck Guité, qui démontre que quelque 2,4 millions de dollars en contrats donnés au Groupe Polygone Éditeurs ont fait l'objet de discussions entre M. Pelletier et M. Gagliano. Il s'agit d'un document non signé envoyé par M. Guité au ministre Gagliano. On y fait état de sept événements de commandites pour 1998-1999, dont cinq projets destinés au Groupe Polygone: 1,9 million pour des salons de chasse et pêche au Québec et 529000$ è008 . 0000.00épour l'Almanach du peuple. «Monsieur le ministre, écrit Chuck Guité, les projets mentionnés plus haut ont été discutés avec M. Pelletier hier. Il m'a demandé de lui faire parvenir la liste parce que je suis certain qu'il y aura des pressions pour que nous participions à ces projets. La liste sera envoyée à M. Pelletier ce matin parce qu'il m'a dit qu'il veut en discuter avec vous cet après-midi.»
La responsabilité politique semble donc évidente, bien que les avocats de MM. Gagliano et Pelletier tenteront en contre-interrogatoire de démontrer le contraire. D'autant plus que M. Guité a contredit devant la commission Gomery son témoignage du printemps dernier devant le comité des comptes publics, témoignage au cours duquel il avait assuré les parlementaires que les acteurs politiques n'avaient pris aucune décision au sujet des commandites. Mais si la Chambre des communes refuse de soustraire Chuck Guité à l'immunité qu'on lui avait accordée à l'époque, les avocats Pierre Fournier et Guy Pratte auront du mal à ébranler la crédibilité de l'ancien directeur du programme de commandites. Il faut cependant réserver son jugement sur cet aspect de l'affaire. Beaucoup de témoins, des sous-ministres, un ministre, des premiers ministres (Chrétien et Martin), de hauts fonctionnaires et des dirigeants de sociétés de la Couronne, impliqués dans diverses transactions liées au programme, doivent témoigner prochainement.
Ensuite, alors qu'elle se transportera à Montréal début février, la commission s'attaquera au nerf de la guerre. En passant au peigne fin la poignée d'agences de communication qui ont bénéficié des contrats, la commission tentera de savoir ce qu'il est advenu de tout cet argent - 250 millions en commandites entre 1997 et 2003 - et si les caisses du Parti libéral du Canada ont bénéficié directement ou indirectement de cette manne. La phase montréalaise de la Commission sera des plus révélatrices.
Nous savons en attendant que Chuck Guité n'a pas agi seul. Nous savons aussi, comme il l'a reconnu, qu'il aurait pu faire économiser à l'État des centaines de milliers de dollars en commissions inutiles aux agences de communication. Nous en savons donc beaucoup plus qu'au début de septembre, mais nous ne savons pas l'essentiel. Nous ne savons pas pourquoi un tel système -pour ne pas dire une telle vache à lait pour les agences- a été maintenu en place si longtemps malgré ses aberrations. La commission Gomery est sans doute une dure épreuve pour les Canadiens qui sont impatients de connaître le fin mot de l'histoire.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
LA LUCIDITÉ D’OPTION CITOYENNE
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 15 novembre 2004
Alors que Jean Charest fait le dos rond à l’Ile-du-Prince-Edouard, qu’il rabroue son ministre des Finances Yves Séguin vidé de son sang par un Dracula canadien, plusieurs membres du mouvement Option citoyenne réunis en congrès à Québec ont conclu que leur projet social ne pourra se réaliser qu’en jouissant d’une pleine liberté d’action. C’est donc enrichi d’un cadre politique national que l’État québécois sera le plus apte à soutenir le bien commun recherché.
Choisir la souveraineté pour atteindre des objectifs sociaux afin de mieux vivre ensemble au Québec ne surprend pas. C’est plutôt d’opter pour le contraire qui étonne car cela mène tout droit à des situations aberrantes comme de voir l’actuel premier ministre du Québec vertement condamner le fédéralisme canadien qui nuit au développement du Québec, tout en affirmant que ce système continue d’évoluer dans le sens des intérêts des Québécois… La porte-parole d’Option citoyenne, madame Françoise David, ne veut pas ajouter sa voix à cette cacophonie fédéraliste. Sans faire de la souveraineté son principal objectif, elle devra néanmoins trouver une façon de favoriser rapidement son avènement, de manière à mieux appliquer son modèle de développement. Sans cela, son parti se brûlera également les doigts, empêtré dans la gouverne provinciale. Son étoile pâlira, subissant le même sort que celle du Parti québécois.
Soucieuse de voir la démocratie s’exprimer librement, madame David pourrait préférer donner aux Québécois toute latitude de trancher au sujet de leur avenir, à l’élection de leur choix, à la majorité absolue des suffrages exprimés. Laisser « flotter » ainsi l’option souverainiste s’avère un scénario très plausible, selon le discours d’Option citoyenne. Ainsi, comme il le souhaite, le parti de gauche à venir pourra canaliser tous ses efforts vers l’établissement de politiques favorisant un meilleur partage des richesses dans la société civile. L’ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec évitera de gouverner en vue de tenir éventuellement un référendum, bien que l’hypothèque fédéral se fera sentir implacablement.
Comment réagira le Parti québécois, si Option citoyenne devait choisir la voie élective plutôt que référendaire, à la demande d’un nombre grandissant de souverainistes? Les péquistes ne pourront maintenir le statut quo car cette attitude tuera net leur espoir d’incarner le changement à la prochaine élection générale. Il aura déjà souffert de l’arrivée du parti Option citoyenne sur la scène politique : l’apparition de cette formation séduira inéluctablement une bonne part de la clientèle péquiste et s’appropriera une majorité des électeurs qui ont boudé le dernier scrutin d’avril 2003.
Option citoyenne a déclaré être ouverte à des discussions avec le Parti québécois, sans toutefois renoncer à son intégrité politique. Cette invitation ne peut demeurer lettre morte. L’impasse politique au Québec n’a jamais été aussi clairement démontrée par la déroute du gouvernement libéral de Jean Charest, menant ainsi le peuple québécois au portail de la liberté. Le Parti québécois a tout intérêt à s’arrimer à une démarche souverainiste élective si Option citoyenne s’y engage. Il montrera qu’il est capable de souplesse, de réalisme et contournera par le fait même une zone de turbulence qui apparaît pour l’instant inévitable et dommageable. L’addition des votes émanant de cette entente peut franchir la barre fatidique des 50%. L’ajout d’autres partenaires souverainistes accroîtra davantage les chances d’appliquer le consensus de 1995. Restera aux péquistes à offrir en retour à ses alliés temporaires quelque chose de concret, tel que l’emploi d’un nouveau mode de scrutin de type proportionnel suite à une victoire souverainiste. Les péquistes ne peuvent ignorer cette rencontre politique stimulante. Les délégués de ce parti doivent exiger de discuter de cette réalité, et de préparer le rapprochement à leur congrès de 2005.

TRIBUNE LIBRE
L'IMPUISSANCE de FRANÇOISE DAVID
Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE 15 novembre 2004
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L'instrumentalisation de la lutte du peuple québécois pour sa libération nationale, c'est-à-dire pour son indépendance politique et son émancipation économique, sociale et culturelle, effectuée par Françoise David me confirme dans ma perception d'elle comme un des grands opportunistes actuels de la politique québécoise. D'autant plus qu'elle plie déjà devant les arguments négatifs d'une partie des membres de son mouvement.
Peut-être qu'elle deviendra la preuve qu'il n'est pas si simple, quand on veut profondément transformer la société, de passer de l'action sociale à l'action politique, la première résidant dans les négociations avec le pouvoir, la seconde dans la fermeté de l'opposition au pouvoir.

TRIBUNE LIBRE
Quelle désolation
François Perrier
TRIBUNE LIBRE 15 novembre 2004
Réplique à Pierre-le-souveraineux - àplatventriste.
Le but d'étaler un texte dans un site Internet où il y a possibilité de réplique, est d'initier un dialogue. C'est donc avec trépidation que j'ai reçu avis du régisseur de Vox Latina que quelqu'un avait pris a parti mon texte qui déplorait 'l'àplatventrisme' de Bernard Landry, avec toutes ses pirouettes politiques au congrès du parti en octobre 2004, afin de se maintenir au POUVOIR - même dans la défaite abjecte.
Quelle désolation et vacuité dans la réponse de Pierre-de-Québec-l'anonyme. Dans sa logique 'souveraineuse' - Pierre fait X fois le mot souveraineté, sans parler une seule fois d'indépendance -- et il associe prestement ce mot souveraineté "à la gouvernance d'une pro-vince". Pro victis - pour les vaincus. Votre pseudo souveraineté Pierre, rime avec le mot "vaincus".
Quant à votre velléité de Sauveur - celle du "cheuf" - (que je partage, mais pour des raisons différentes), la vôtre est constante dans ce texte et votre dépendance envers ce mot se reflète dans l'usage de "tous les chefs" - "qui désire devenir le chef" - "les chefs du parti" - "les chefs du PQ" -- et cette velléité se recoupe dans l'usage du mot POUVOIR - comme dans "les voir au pouvoir", "prendre CE pouvoir", "le parti au pouvoir", prendre LE pouvoir".
Par contre, dans votre diatribe, aucune mention de la nation de souche française du Québec, ou du bon peuple québécois, lesquels sont dans votre optique néolibérale et internationaliste, de mère gens - "les gens qui s'offusquent", "des gens qui veulent" "des gens membres du PQ", "des gens qui préfèrent". De rationaliser Pierre - sachons cacher ce sain nationalisme ethnique, qui fait si peur à la nation civique pseudo pluraliste, et à la patrie patriotarde conservatrice.
Quand à votre "certaine stupéfaction" face au manque d'"analyse du pourquoi du changement" … et ce "n'en déplaise à ceux qui (parmi tous les "politiciens de salon" dont je serais) - ne comprennent pas ou n'acceptent pas" la direction néolibérale du PQ -- votre soif du pouvoir se reflète dans l'usage que vous faites de mots suintant de veulerie, tels les mots "s'ajuster" -- "modifier leurs discours", "ont changé leurs discours", "changement de discours" - le tout "sans faire de valse". Vous avez raison Pierre-de-Québec, d'affirmer que les souveraineux n'ont pas besoin d'ennemis -- ils s'auto suffisent.
Plutôt que de changer de parti, (on m'y a refusé l'accès sous prétexte que je n'étais pas Québécois), il s'agira plutôt d'en défenestrer la fraction néolibérale du PQ - ou mieux encore de la 'remettre à sa place' - puisque l'indépendance du Québec nécessitera aussi l'apport de 'souveraineux' - les moins cuistres parmi vous.
Mais vous avez raison de dire que mon analyse est souvent faible. Que voulez-vous j'ai, été élevé dans le joual de nos zélites et si je me porte garant de l'analyse - il n'en est pas de même pour ma capacité de l'exprimer. Parodiant alors les Belges (qui seraient d'inconsolables auto dépréciateurs) - j'avoue que "je suis joual, je suis médiocre - mais que je me soigne !"
Quand je lis certains textes doctes et éclairés - je me désole -- puis je lis ceux de nos zélites souveraineuses, celles "qui font semblant de rompre", et alors je me console. Puis, j'aime croire que tous mes textes se composent d'un sujet, d'une harangue, et d'une solution. Mais je plaide coupable - il y a trop d'assignations de blâmes et pas assez de reconnaissance, à ceux qui se distinguent dans leurs luttes contre les francos et anglos fédérastes à Ottawa, et celles à nos pseudo souverainisants à Québec. Suite à ma découverte d'une certaine 'spiritualité laïque', ceci devra effectivement changer.
Voici donc une courte liste de certains "musts sans quartiers" préconisés dans mes textes, depuis belle lurette.
1° Je préconise l'indépendance politique totale du Québec, malgré l'opposition de 'dépités' péquisses, tels Daniel Turp et Pierre Paquette, qui requièrent une union politique avec le Canada --, à la laundry-lavette. Et on comprend alors pourquoi la souveraineté péquissse fait deux bonds en arrière après chaque pas en avant.
2° Par contre, il devra y avoir un nécessaire partenariat économique avec le Canada, mais dans un cadre élargi aux deux Amériques, un partenariat que le Canada QUÉMANDERA du Québec, une fois qu’un parti politique indépendantiste (de coalition) aura mis en œuvre quelques 40 actions gagnantes bonifiant toutes les assises de notre nation française, sur une période de 8 ans de pouvoir continu. Versus les présentes "conditions gagnantes bouchardes" que le bon peuple québécois devrait réaliser tout seul, sans l'appui de la hiérarchie du PQ, laquelle se limiterait a lui procurer un bon gouvernement, tout en s'enrichissant.
3° Vu l'état absolument précaire et délabré dans lequel nos zélites souveraineuses et fédérastes ont plongé la nation française du Québec, il va effectivement falloir avoir recours à un énième "Sauveur" pour brûler les étapes de la réhabilitation du bon peuple québécois. Voilà pourquoi je présentais dans ces pages un éloge à Frédéric II, roi de Prusse, considéré le type parfait du "despote éclairé". Si le géographe Joseph René-Marcel Sauvé n'a rien du despote, il a toutes les qualités requises (reflétées dans ses écrits) pour remplir ce rôle de 'sauveur de la nation', y compris l'habitude de commander des hommes que lui confère son service militaire au 22e Régiment. L'âge vénérable qu'il a rejoint, serait garant de son effacement, une fois l'indépendance réalisée.
4° Le PQ étant quand même un cheval de bataille bien rodé, il faut le ravir à la faction néolibérale, qui l'a confisqué. Pour ce faire il faut que l'aile social-démocrate du parti, sous la gouverne de Mme Louise Harel, se fasse de l'avant. Mme Harel doit cesser de tergiverser - partira, partira pas - et se sacrifier pour le bien de la nation - et servir. Elle a exhibé sa poigne de fer, dans la réalisation de "Une Île une Ville française", jusqu'à ce que l'àplatventriste laundry-lavette usurpe le pouvoir au PQ et reconduise le bilinguisme à Montréal. Harel a aussi démontré ses habiletés de gestionnaire, son empathie pour le peuple, et pour la justice sociale, sans pour autant verser dans les excès de 'bureaucrataise' qui caractérisent les gauches, ou l'avidité pour le profit chez les droites.
5° Ceci dit, briser l'Amérique du nord britannique dans les 6 composantes caractérisant ses échecs, ne sera pas facile et va requérir la complicité active de CanadiAns bien-pensant, lesquels ont compris que le Canada ne pourra jamais se réaliser dans le rapetissement et le déni de la nation française du Québec, dans un génocide se perpétuant aujourd'hui en ethnocide, des promesses jamais remplies de bilinguisme à sens unique - et l'idée fofolle du multiculturalisme babélien à Trudeau. Des noms s'imposent tel celui de Ken Dryden, lequel avait préconisé des accommodements dans le bris du Canada en des composantes plus raisonnables en 1995, alors qu'il était escompté que le OUI l'emporterait. Dryden (il était une fois un gardien de but du club CanadiEns) qui ne parle plus français, s'apprête à le réapprendre, alors qu'il lance sa campagne au leadership du PLC).
Et ainsi de suite, Mossié Pierre-l'anonyme-de-Québec, souveraineux. Dixit JRM Sauvé, la (vraie) politique "est affaire d'intérêts, de rapports de force et d'effectivité. Elle n'est surtout pas affaire de théories creuses et de discours vides de sens." Fin de citation.
Ni de désirs, d'ajustements et de discours souveraineux modifiés, "sans faire de valses". Je comprends beaucoup plus que vous ne croyez Pierre - mais je n'accepte pas. Salutations non réciproquées.
N B : Dans un jeu de mots je laissais entendre que le texte provocant l'ire de Pierre avait été refusé par Vigile, quand en réalité c'est moi qui avais omis de le lui présenter. Dans une impartialité qui l'honore M. Frappier a depuis affiché un autre de mes textes.

TRIBUNE LIBRE
Les délires d’un journaliste ignare!
Pierre-Luc Bégin
Directeur des Éditions du Québécois
Patrick Bourgeois
Directeur du Journal Le Québécois
TRIBUNE LIBRE 15 novembre 2004
Québec – Didier Fessou est l’archétype même du journaliste à gages du groupe Gesca : prétentieux, fermé et incompétent lorsque vient le temps de traiter de la question nationale. Dans le cas de ce dernier journaleux du Soleil, ex-chroniqueur économique recyclé dans les « zarts zartistiques », on peut aller plus loin en affirmant sans ambages que s’il se permet de se peindre lui-même en tant que grand critique linguistique, il n’en demeure pas moins que le môsieur adepte du [sic] mal placé ne sait pas consulter un dictionnaire avant d’y aller de ses anathèmes à objectif humiliant!
De fait, dans l’article qu’il a fait paraître dans l’édition du 12
novembre du Soleil et intitulé un Canadien délirant, le Français,
Québécois d’adoption, ne se contente pas de critiquer les idées de Pierre
Falardeau qui se retrouvent dans le livre publié aux Éditions du
Québécois (Québec libre! Entretiens politiques avec Pierre
Falardeau), ce qu’il n’est pas à même de faire de façon sérieuse de
toute façon. Non, le pseudo intellectuel y va aussi d’une diatribe qui se
veut sanglante et qui a pour point d’appui principal une supposée faute
que Fessou était trop heureux d’avoir cru dénicher dans le livre,
excitation qui lui a fait perdre toute prudence élémentaire...
L’expression en question : « prendre en mains » qui, selon le journaleux,
ne devrait pas prendre de « s ». Ce dernier jubilant grâce à cette faute
s’est alors permis de questionner Falardeau pour savoir s’il est en plus
pour « l’indépendance de l’orthographe »… Aïe le bouffon!
Ouvre donc ton Grand Robert de la langue française! Et nous allons même
t’épargner des efforts en t’indiquant la page du tome VI de la deuxième
édition dudit Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue
française de Paul Robert qui traite de la question : page 155,
colonne de gauche. Et pourquoi pas retranscrire ce qui en est dit : «
PRENDRE EN MAIN ou EN MAINS, en charge, se charger de ». Ainsi, on peut
écrire cette expression en la mettant au pluriel ou au singulier. Plus
encore, les exemples fournis par le Grand Robert indiquent que lorsqu’il
s’agit de défendre une réalité à valeur concrète, comme c’est le cas dans
notre bouquin parlant d’un parti politique, le PQ, il est préférable de
mettre le « s »! Par exemple, on peut écrire : « Il a pris mes intérêts
en mains » avec « s », les intérêts de quelqu’un ayant valeur concrète
(au contraire de, notamment, « Il a pris mon éducation en main »,
l’éducation ayant une valeur abstraite), comme on peut donc écrire que
Parizeau a pris le PQ en mains, mains avec « s »! Quand on ne sait pas de
quoi on parle, on se la ferme. Et dans ton cas, « chose », ça veut
très certainement dire la retraite, puisque tu ne sembles pas habilité à
parler de grand chose de façon intelligente.
D’ailleurs, autre stupide erreur de la part du Fessou, à savoir que le livre en question est disponible au prix de 24,95$ et non pour 19,95$ comme cela est écrit à la fin du papier du type de Power Corporation... Tout aussi bête est son accusation quant au fait que Falardeau profiterait du système médiatique « à fond le tiroir-caisse » pour publiciser le livre par l’entremise des médias tout en crachant sur les journalistes... N’avez-vous pas constaté que les Éditions du Québécois constituent un organisme sans but lucratif dont chaque sou noir va à notre cause? Falardeau s’est déplacé à ses frais toute la journée à Québec pour promouvoir le livre et permettre aux Éditions d’exister! Même générosité de sa part pour la rentrée montréalaise lundi le 15 novembre! Il n’y a personne de grassement payé pour service rendu à la famille royale Desmarais chez nous. Et cela est mentionné noir sur blanc dans le livre comme dans les documents de presse envoyés aux ronronneurs des médias que tous les profits de nos produits ne servent que l’organisation et la cause... Coudonc, est-il venu au lancement et sait-il lire ce petit personnage?
Autre chose qui nous horripile chez tous les journaleux à la sauce Fessou... Leur irrespect et leur manque de subtilité lorsqu’ils sont en mission commandée. Imaginez-vous que le soir du lancement du livre de Falardeau à Québec, le type en question qui est mieux connu dans le milieu politique de la Capitale Nationale comme Didier « on le fesse où? » s’est présenté pour poser une seule question au cinéaste à qui il n’a laissé que fort peu de temps pour répondre. Le prétendu journaliste avait déjà toutes ses conclusions en tête et ne venait chercher que des citations permettant d’appuyer malhonnêtement ses dires dans son papier du lendemain. Dans le mouvement indépendantiste et au Journal Le Québécois, de telles pratiques journalistiques, on connaît. Et ce ne sont malheureusement pas seulement les journalistes de Gesca qui y ont recours. Même au Devoir que certains qualifient de séparatiste on pratique très souvent le journalisme de cette façon.
Il ne sert toutefois pas à grand chose de s’épancher trop longuement sur le sort qui est réservé au mouvement indépendantiste dans la presse fédéraliste. Nous allons donc dès lors frapper une fois de plus sur le même clou en vous demandant de nous pardonner ce radotage de jeunesse. Ce qui est impératif avant la prochaine grande lutte indépendantiste, c’est de se doter d’outils qui nous permettront de répondre efficacement à nos adversaires qui utilisent abondamment leurs médias alliés pour nous planter, nous, les indépendantistes. Ces outils nous permettraient entre autres de clouer le bec rapidement à un Didier Fessou qui a tenté de faire passer les militants des Éditions du Québécois pour une bande d’amateurs et Falardeau pour un con en relevant une faute dans nos écrits qui n’en était même pas une, journaleux qui ne sera que très peu dérangé par le présent papier, et ce, parce que son rayonnement ne sera que très limité (40 000 copies cinq fois par an, un site Internet visité par quelques milliers de personnes par semaine et une liste de diffusion de 5000 courriels contre les quotidiens de l’Empire Gesca, c’est bien, mais c’est très peu). Si nous avions une presse à grand tirage qui entre régulièrement dans une bonne proportion des foyers québécois, il est à parier que les Fessou de ce monde y songeraient à deux fois avant de nous faire des papiers merdiques comme celui qu’il a pondu dans les pages du Soleil ce 12 novembre.
Alors, au travail…
