
La péréquation: un autre argument pour la souveraineté?
Norman Delisle
Presse Canadienne (PC) jeudi 18 novembre 2004
Seule la souveraineté peut empêcher le Québec de continuer à être victime de discrimination de la part d'Ottawa, estime le chef de l'opposition Bernard Landry.
Le ministre des Finances Yves Séguin attendait 2,8 milliards $ en péréquation et il n'a reçu que 279 millions $.
«En négociation, celui qui obtient 10 pour cent de ce qu'il demande doit honnêtement convenir qu'il s'agit d'un échec lamentable. C'est l'échec du gouvernement Charest, c'est l'échec du ministre Séguin, mais c'est l'échec du Québec aussi. Et c'est surtout ça qui compte», a déclaré Bernard Landry aujourd'hui.
Signalant que le Québec est pourtant géré par le gouvernement contemporain le plus fédéraliste de l'histoire, il connaît néanmoins «les échecs les plus lamentables en matière de relations financières et fiscales avec le gouvernement du Canada».
«C'est une belle occasion pédagogique de dire à nos concitoyens qu'il faut le plus rapidement possible que le Québec prenne le contrôle de tous ses moyens financiers, juridiques et internationaux», évalue le leader du Parti québécois.
M. Landry a également accusé Ottawa «d'ajouter l'injure à l'insulte» en récompensant certaines provinces dans le cadre de la péréquation pendant que le Québec est pénalisé.
«Le gouvernement fédéral traite de façon princière un certain nombre de provinces et leur fait un cadeau de 2,8 milliards $. Si le Québec proportionnellement avait eu le même traitement, M. Séguin serait au bonheur complet, car il aurait reçu 30 milliards $», a-t-il fait valoir.
M. Landry faisait allusion au fait que le gouvernement fédéral a offert des compensations financières spéciales à certaines provinces dans le cadre de la péréquation. Ces montants ont atteint 1,4 milliard $ pour Terre-Neuve, 650 millions $ pour la Nouvelle-Écosse, 582 millions $ pour la Saskatchewan et 192 millions $ pour la Colombie-Britannique.
«Les libéraux fédéraux rendent des comptes à ceux qui les ont élus et ils servent ceux qui les ont élus. Un gouvernement démocratique a tendance à pencher pour la majorité, ce qui n'est pas surprenant», a soutenu M. Landry.
«C'est une des raisons fondamentales de la nécessité de l'indépendance du Québec. Quand nous vivrons notre démocratie pleinement, le gouvernement du Québec penchera pour le Québec», a conclu M. Landry.
Quant au chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, il estime que le gouvernement Charest a connu «un échec lamentable» dans ses négociations fiscales avec Ottawa.
«L'approche du gouvernement Charest a été décevante. Après une entente honorable sur la santé, ils ont fait un gros party et ce fut un échec lamentable pour la péréquation», a dit le chef adéquiste.
«Le gouvernement Charest est retournée dans la chambre des joueurs après la première période en fêtant. Il a été battu en deuxième période», a expliqué M. Dumont.
Le chef de l'ADQ a également noté que le gouvernement Charest survit financièrement uniquement à cause des hausses de tarifs multiples qu'il a imposées aux contribuables québécois depuis son élection.

Ottawa traite le Québec de façon inéquitable,
selon Yves Séguin
Norman Delisle
Presse Canadienne (PC) jeudi 18 novembre 2004
QUEBEC (PC) - Le Québec est traité inéquitablement par Ottawa, croit le ministre des Finances, Yves Séguin.
La preuve, c'est que les paiements de péréquation n'ont augmenté que de 279 millions $ cette année, alors que le Québec attendait des revenus supplémentaires de 600 millions $.
Depuis deux ans, les revenus en provenance d'Ottawa ont chuté de 3 milliards $.
"Le gouvernement fédéral est particulièrement sévère à la baisse à l'égard du Québec. Jamais pour le Québec une baisse n'a été aussi forte depuis la Deuxième Guerre mondiale", a dit jeudi le ministre Séguin, lors d'un bilan de la situation financière du Québec.
Au sujet de la péréquation, le ministre a dit qu'il faudra "en corriger les lacunes. Nous sommes devant un gouvernement fédéral inflexible. C'est à se demander si les vrais fédéralistes ne sont pas qu'à Québec".
L'insuffisance des paiements fédéraux se produit au moment où le gouvernement fédéral connaît des surplus considérables, a rappelé le ministre Séguin. Ces surplus devraient atteindre 8,9 milliards $ cette année (2004-2005), après avoir été de 9,1 milliards $ l'an dernier et de 7 milliards $ l'année précédente. Au total, les surplus accumulés par Ottawa atteindront 70 milliards $ depuis 1997.
En même temps, le gouvernement fédéral a offert des compensations financières spéciales à certaines provinces dans le cadre de la péréquation. Ces montants ont atteint 1,4 milliard $ pour Terre-Neuve, 650 millions $ pour la Nouvelle-Ecosse, 582 millions $ pour la Saskatchewan et 192 millions $ pour la Colombie-Britannique.
Si le Québec avait touché des montants équivalents, il aurait reçu un chèque de 30,4 milliards $, compte tenu de sa population plus élevée, a calculé le ministre Séguin.
Le ministre des Finances a aussi mis en évidence le fait que certaines provinces pouvaient exclure leurs revenus pétroliers dans le calcul de la péréquation qu'elles reçoivent, tandis que le Québec doit inclure ses revenus provenant de l'hydroélectricité. "Cela donne un avantage additionnel aux provinces qui ont du pétrole", croit M. Séguin.
"Le plus important, c'est de convaincre le gouvernement fédéral de mieux régler cette situation. C'est dans l'intérêt du Canada", a soutenu le ministre des Finances.
Ce dernier a multiplié les termes très durs à l'égard de l'attitude du gouvernement fédéral. Il a parlé d'un "mur", d'un "discours monologue, inflexible".
Mais tous ces problèmes n'ont pas encore ébranlé les convictions fédéralistes du ministre Séguin.
"Je crois à un fédéralisme moderne. Je me bats pour cela. Tout ce que je souhaite, c'est qu'on traite le Québec équitablement", a-t-il expliqué.
Le Québec est "le deuxième plus gros actionnaire de la fédération", mais il n'occupe pas ce rang parmi ces partenaires. "On a beaucoup de travail à faire et on va le faire de bonne foi. Je n'abandonne pas et mon premier ministre (Jean Charest) n'abandonne pas. Nous sommes déçus mais nous avons décidé d'être constructifs", a conclu le ministre.

La troisième pointe
Michel David
Le Devoir jeudi 18 novembre 2004
Robert Bourassa utilisait jadis l'image du triangle pour décrire la zone de sécurité à l'extérieur de laquelle son gouvernement ne devait pas s'aventurer. Les trois pointes de ce triangle étaient le développement économique, la paix sociale et l'intégrité. Si un de ces éléments faisait défaut, il allait au devant de graves problèmes.
En ce qui concerne le développement économique, Jean Charest a bénéficié d'une conjoncture très favorable depuis son arrivée au pouvoir. S'il a des problèmes financiers, cela n'a rien à voir avec la performance de l'économie québécoise mais plutôt avec le déséquilibre fiscal au sein de la fédération canadienne. Yves Séguin peut bien crier au vampire, cela n'a pas le même effet négatif, au sein de la population, que les mises à pied massives qui accompagnent une récession.
Pendant les six premiers mois de son mandat, le gouvernement Charest a joué avec la paix sociale comme avec le feu, mais il a mis les freins avant que le climat ne dégénère sérieusement. La CSN cherche à raviver la flamme à l'occasion de sa «semaine du souvenir», mais le mécontentement est nettement moins généralisé qu'il l'était l'an dernier à pareille date.
Reste la troisième pointe du triangle. L'opinion publique tient rarement rigueur à un gouvernement de l'incompétence ou de la bêtise de certains de ses membres, comme si elle y voyait le reflet, sans doute un peu triste mais néanmoins fidèle, de la société. En revanche, elle est intraitable au chapitre de l'intégrité, comme Robert Bourassa l'avait appris à ses dépens au cours de son premier règne.
Paul Martin aussi pourrait en témoigner. Aux dernières élections, les 100 millions empochés par les amis du régime grâce au programme de commandites ont fait infiniment plus de tort au PLC que le milliard englouti dans le registre des armes à feu.
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Un premier ministre peut tolérer l'incompétence un certain temps. Ainsi, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, pourra conserver sa limousine jusqu'au prochain remaniement, sans que personne s'en formalise.
Dans ses fonctions ministérielles, la ministre déléguée aux Transports, Julie Boulet, n'a sûrement pas travaillé moins bien que lui, mais sa présence au conseil des ministres commence à devenir franchement gênante.
Depuis deux semaines, la période de questions à l'Assemblée nationale s'ouvre invariablement sur le rappel insistant de sa présumée violation du code de déontologie de l'Ordre des pharmaciens.
On comprend d'autant plus mal l'indulgence, pour ne pas dire la faiblesse, dont le premier ministre fait preuve à son endroit qu'il s'agit du deuxième incident de ce genre dans lequel Mme Boulet est impliquée.
Plus encore, à l'époque où le PLQ était encore dans l'opposition, le bureau de M. Charest l'avait clairement avertie du problème que poserait son statut de pharmacienne si le PLQ prenait le pouvoir.
On lui avait expliqué qu'un député ministériel, à plus forte raison un ministre, ne peut pas recevoir d'un organisme gouvernemental d'autre rémunération que son salaire. Or les honoraires versés à un pharmacien au titre de l'assurance-médicaments proviennent bel et bien d'une source gouvernementale.
C'est seulement en août 2003, soit plus de quatre mois après les élections du 14 avril, qu'elle a officiellement vendu sa pharmacie de Saint-Tite à deux jeunes collègues. Entre-temps, elle avait dû démissionner du conseil des ministres une première fois pour avoir accepté gratuitement des distributeurs de pilules d'une compagnie pharmaceutique.
Si cela ne semblait pas troubler la conscience de Mme Boulet, comment expliquer que M. Charest ait pris la décision de la nommer ministre déléguée à la Santé alors que son propre bureau l'avait informée que cela poserait un problème? La prudence la plus élémentaire ne suggérait-elle pas d'attendre que sa pharmacie soit vendue?
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C'est précisément au cours de cette période de quatre mois que se situe l'incident qui fait l'objet du débat à l'Assemblée nationale.
Il y a deux semaines, le ministre responsable des ordres professionnels, Jacques Dupuis, rendait hommage à Mme Boulet pour avoir eu le courage de se présenter devant les journalistes pour expliquer les circonstances qui l'avaient menée à fournir gratuitement des locaux attenant à sa pharmacie à deux médecins, ce qui contreviendrait au code de déontologie de l'Ordre des pharmaciens.
Mme Boulet avait soutenu qu'il s'agissait d'une entente temporaire, en attendant la vente de sa pharmacie. La semaine dernière, un reportage de Radio-Canada diffusé en Mauricie laissait plutôt entendre qu'un nouveau bail de cinq ans ne comportant aucuns frais de location avait été signé avant qu'elle ne soit officiellement vendue.
Si jamais c'est le cas, M. Charest ne pourra plus décemment soutenir sa ministre. Sur son vol de retour du Mexique, il aurait tout intérêt à réfléchir à la troisième pointe du triangle.
mdavid@ledevoir.com

Quebec trailing in election reform
Don MacPherson
The Montréal Gazette November 18, 2004 Thursday
Suddenly, electoral reform is a hot topic across Canada, and politicians are feeling pressure to change the voting system which elected them.
It's happening at the federal as well as provincial level, under Liberal governments as well as Conservative ones.
In the House of Commons this week, government House leader Mauril Belanger confirmed that he has begun consulting members of Parliament and outsiders on electoral reform, although he would not commit to proposing changes before the next election.
The Liberal government promised reform in its Speech from the Throne in October, and it is reported to be considering holding public forums across the country on the subject. Such forums would raise public expectations of action as a result.
Also last month, all parties in Parliament agreed to ask a Commons committee to recommend a process involving citizens and parliamentarians in an examination of the electoral system.
In Ontario this week, the Liberal government was expected to announce the creation of a citizens' assembly to discuss possible reform. Before the Liberals were elected last year, they raised the possibility of holding a referendum on changing the voting system. And after their election, Premier Dalton McGuinty created a government secretariat on electoral reform whose mandate includes considering fixed voting dates and Internet voting as well as a public consultation and referendum on changes.
In New Brunswick, the Conservative government is committed to considering proportional representation, or PR, in which seats are distributed among parties according to their respective shares of the popular vote. It created a commission to recommend a form of PR by the end of the year. Premier Bernard Lord has promised a referendum on changes to the voting system.
And in Prince Edward Island, the Conservative government appointed a one-member commission that recommended a public-information campaign, a citizens' assembly and a referendum on introducing an element of PR.
It's British Columbia, however, that is leading the way. Next May, it will hold a referendum on the proposal of its citizens' assembly for electoral reform for a voting system the assembly calls "BC-STV," for "British Columbia single transferrable vote." The Liberal government is committed to adopting the proposal if it is approved in the referendum.
Under the proposed system, the number of members of the legislative assembly would remain the same, but the province would be divided into fewer, larger ridings, each with two to seven MLAs. Instead of choosing a single candidate in the riding, a voter would rank as many candidates as he or she wished. The winners would be the candidates most preferred according to the ranking system.
Bravely and, for politicians, uncharacteristically, the B.C. legislature surrendered control of reform to the randomly chosen citizens who formed the assembly, from which politicians were excluded. This no doubt explains why the B.C. process produced a proposal more radical than what is being considered by other jurisdictions.
That B.C. and other provinces committed themselves to holding referendums on electoral reform might put pressure on Quebec to do likewise. The Charest government has promised to introduce a draft bill on electoral reform during the current fall sitting of the National Assembly, then to hold a public consultation on it. It would reduce the number of ridings to 75, with 50 other MNAs elected on a regional basis from among defeated riding candidates receiving the most votes.
Although the basic elements of the proposed reform have been public knowledge since The Gazette reported them last February, there's still no sign of the draft bill. There was no advance notice of it on the Assembly's order paper yesterday, and a spokesperson for the minister responsible for electoral reform, Jacques Dupuis, said it has not yet been submitted to the cabinet for approval.
Advocates of electoral reform have started to accuse the government of foot-dragging and are saying that Quebec, once in the vanguard of political reform, now is falling behind other provinces.

Modernisation de l'État
PPP: Québec ignorera les voeux du Vérificateur général
Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 18 novembre 2004
Québec - La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, apportera des amendements au projet de loi 61 sur l'Agence des partenariats public-privé (PPP) afin de répondre à quelques-unes des inquiétudes exprimées en commission parlementaire. Or d'importantes mises en garde formulées par de hauts commis de l'État sont en voie d'être ignorées.
Les recommandations du Vérificateur général du Québec et de la Commission d'accès à l'information (CAI) seront en effet absentes des amendements qui seront déposés au cours des prochaines semaines. Le Vérificateur général avait déploré que l'Agence des PPP pourra se soustraire à son examen alors que la CAI avait exigé que les contrats de PPP et les plans d'affaires aient un caractère public et que les entreprises privées engagées dans les PPP aient des obligations de transparence.
«Ce qu'ils ont dit, il faut s'en rendre compte, ils auraient pu le dire à l'égard de n'importe quelle autre constituante de l'État ou de n'importe quel autre contrat que signe le gouvernement avec le secteur privé. Je les encourage à poursuivre leurs représentations en vue d'un élargissement de leur mandat défini par leur loi constituante. Je n'y ferai jamais obstruction et, si je peux les aider, je le ferai sans hésitation», a affirmé Monique Jérôme-Forget en Chambre lors de l'adoption du principe du projet de loi 61 hier.
Selon le cabinet de la ministre, des modifications législatives, qui dépassent les responsabilités de la ministre, seraient nécessaires pour que le Vérificateur général et la CAI puissent obtenir tout le pouvoir qu'ils réclament sur l'Agence des PPP. D'ailleurs, a précisé Mme Jérôme-Forget, «le gouvernement travaille déjà à actualiser les lois constituantes du Vérificateur général et de la CAI. Nous nous soumettrons avec empressement aux nouvelles règles qui en découleront».
Monique Jérôme-Forget a tout de même assuré que les lacunes relevées au chapitre de la transparence et de l'éthique seront «manifestement abordées» dans les modifications au projet de loi 61. Or la ministre souhaite que les amendements en cette matière ne constituent pas des entraves à la conclusion de PPP. «Je vais me pencher sur le sujet, mais je ne veux pas non plus empêcher le Québec de faire des PPP et faire en sorte que personne ne veuille transiger avec nous», a-t-elle souligné.
Comme le souhaitait la Protectrice du citoyen, Pauline Champoux-Lesage, un amendement au projet de loi précisera que les membres du conseil d'administration et le personnel de l'Agence des PPP seront tenus de respecter le Règlement sur l'éthique et la déontologie des administrateurs publics. Mme Champoux-Lesage exigeait cette modification afin que les risques de conflits d'intérêts soient amoindris. Toutefois, comme l'agence n'est pas un ministère et que ses employés ne sont pas nommés en vertu de la Loi sur la fonction publique, l'Agence des PPP ne sera pas soumise au contrôle du Protecteur du citoyen.
Par ailleurs, les municipalités, les universités et les cégeps ne seront pas obligés de faire appel aux services de cette agence pour conclure un PPP. «Nous croyons en l'autonomie de ces entités», a affirmé Mme Jérôme-Forget.
Selon ce qu'elle a laissé entendre, le mandat de l'agence, trop large au goût de plusieurs groupes d'intérêt, serait restreint. Le projet de loi serait modifié afin que son rôle se limite à l'offre de ses conseils et de son expertise aux ministères et organismes publics. Les dispositions controversées du projet de loi qui visaient à lui donner le rôle de promoteur des PPP seraient éliminées.
Enfin, la ministre Jérôme-Forget a précisé que tout projet de PPP fera l'objet d'un appel d'offres public et qu'aucune offre de PPP non sollicitée provenant d'une entreprise privée ne sera acceptée. La ministre rejette ainsi les demandes des associations patronales. Celles-ci souhaitaient une ouverture du gouvernement Charest aux offres non sollicitées.
L'opposition péquiste réclame le retrait pur et simple du projet de loi. «Nous ne nous contenterons pas de modifications purement cosmétiques. Il faudrait que la Protectrice du citoyen, la CAI, le Commissaire au lobbyisme et le Vérificateur général disent qu'ils sont satisfaits des amendements proposés pour que nous ayons le moindre intérêt à poursuivre le débat avec le gouvernement», a affirmé hier le député péquiste Sylvain Simard lors d'un point de presse. Il reproche à la ministre ses «propos doucereux et lénifiants» qui n'ont selon lui aucune commune mesure avec le contenu du projet de loi 61, qui met sur pied une «machine à créer des PPP dans tous les secteurs de l'État».

Modernisation de l'État
Le Québec n'est pas à vendre !
Françoise David pour Option citoyenne
Monique Richard pour Syndicalistes et progressistes
pour un Québec libre (SPQ Libre)
Amir Khadir pour l’Union des forces progressistes.
L'aut'courriel n° 98, 18 novembre 2004
Montréal, le 18 novembre 2004 - Option citoyenne, SPQ Libre et l'Union des forces progressites font front commun pour exiger le retrait du projet de loi 61 du gouvernement Charest, qui prévoit la création de l'Agence des partenariats public-privé (PPP), et exigent son retrait immédiat.
Déclaration commune de la gauche politique québécoise sur les PPP
Dernièrement, le premier ministre Jean Charest se rendait à Boston rencontrer les financiers américains pour leur dire : « Quebec is open for business ». Une déclaration fort inquiétante au moment où, à Québec, la présidente du Conseil du Trésor, Mme Monique Jérôme-Forget, soumet le projet de loi 61, créant l’Agence des partenariats public-privé (PPP).
Les projets de partenariats public-privé ne sont pas chose nouvelle au Québec. De telles expériences existent depuis fort longtemps et l’ancien gouvernement péquiste avait en vue de les promouvoir davantage. Mais le projet de loi 61, pièce maîtresse de la réingénierie de l’État promise par le Parti libéral, entraîne une restructuration sans précédent de l’État québécois.
Bien qu’en commission parlementaire la ministre a surtout parlé des infrastructures comme domaine privilégié pour les PPP, un examen attentif du projet de loi permet de constater que tout est sur la table. Le champ d’intervention de l’Agence est illimité car, en plus des ministères, des organismes gouvernementaux et paragouvernementaux, des établissements de la santé et des services sociaux, des organismes municipaux, des commissions scolaires, des agences, il inclut « tout autre organisme désigné par le gouvernement », comme le stipule l’article 7 du Chapitre II. L’Agence des PPP exercera une quasi tutelle qui permettra de forcer la privatisation de nombreux secteurs d’activité du gouvernement et du secteur public.
Le gouvernement Charest justifie le recours au secteur privé par l’incapacité financière du gouvernement de financer le renouvellement de nos infrastructures, qui ont souffert d’un sous-investissement chronique par suite de la politique du déficit zéro. Mais c’est le gouvernement qui s’est lui-même imposé un carcan financier avec sa promesse de réduction des impôts d’un milliard par année pendant cinq ans.
C’est sans doute un habile tour de passe-passe comptable que de faire inscrire les emprunts dans le passif des partenaires privés plutôt que dans celui de l’État. Mais nous savons bien que les entreprises feront assumer ces emprunts, d’une manière ou d’une autre, par les contribuables québécois. Où sont les économies? Quand le vérificateur général adjoint du Canada a examiné les coûts du financement de 161 millions $ du Pont de la Confédération par l’entreprise privée, il a démontré que ceux-ci auraient pu être inférieurs d’environ 45 millions, si le gouvernement s’était procuré l’argent en ayant recours à son propre programme d’emprunt.
Où sont les économies quand le gouvernement s’engage à rembourser les frais des soumissions des entreprises? Dans le seul projet de l’îlot Balmoral devant abriter l’Orchestre symphonique de Montréal, le gouvernement a autorisé le versement d’une compensation de 800 000 $ aux compagnies éliminées.
Quel avantage y a-t-il pour la collectivité québécoise en bradant notre patrimoine collectif ? Déjà, l’Association des constructeurs de routes et de grands travaux du Québec et l’Association des ingénieurs-conseils du Québec craignent qu’ étant donné l’ampleur des sommes recherchées, plusieurs promoteurs proviennent nécessairement de l’extérieur du Québec.
Nous connaissons l’appétit des multinationales comme Suez-La Lyonnaise des eaux pour la gestion des aqueducs et des systèmes de traitement des eaux. Ou encore celui de la multinationale française Sodexho, de la britannique Compass Group et de l’américaine Aramark pour les services alimentaires, d'entretien ménager et de buanderie des hôpitaux et des autres institutions publiques. Ou encore de la multinationale Connex pour le transport public. Le Québec serait-il à vendre?
Quels sont les avantages des PPP pour les travailleurs et travailleuses ? Quelles seront leurs protections contre des baisses de salaires et de conditions de travail, maintenant que le gouvernement a modifié l’article 45 du Code du travail pour faciliter la sous-traitance et qu’il remet en question le plancher d’emplois chez les cols bleus et les employés de la fonction publique ?
Quels sont les avantages pour les citoyennes et citoyens de cette dilapidation du bien commun? Qui est encore assez naïf pour croire que les entreprises feront Suvre philanthropique? Qu’elles ne refileront pas les intérêts sur les emprunts, leurs profits, les salaires faramineux de leurs dirigeants aux consommateurs en introduisant ou augmentant les tarifs pour usage de services publics ? Et qu’elles ne demanderont pas de rouvrir les contrats si ceux-ci s’avèrent déficitaires?
Car partout où les PPP ont été appliqués, l’expérience démontre qu’en général, ils sont plus coûteux pour les contribuables et antidémocratiques car les tarifs accrus diminuent l’accès aux services à une partie de la population. Nos concitoyennes et concitoyens les plus mal nantis ne verront pas un sou des réductions d’impôts du gouvernement Charest, mais seront étranglés par des hausses des tarifs sur le transport en commun, l’électricité et bientôt des tarifs nouveaux sur l’eau et une série d’autres services publics dont nous avions convenu de répartir les coûts sur l’ensemble de la collectivité de la façon la plus équitable qui soit, c’est-à-dire par le biais de l’impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés.
Le gouvernement Charest ne peut plaider la nouveauté et la candeur en appui à son projet de partenariats public-privé. Les conséquences néfastes de ces projets ont été très souvent rapportés dans les médias que ce soit avec la privatisation de l’eau en Angleterre, Walkerton en Ontario ou encore celle des prisons aux États-Unis, pour ne prendre que quelques exemples parmi les plus connus.
De plus, on ne peut que s’inquiéter avec le Commissaire au lobbying, le Vérificateur général et la Protectrice du citoyen qui soulignent tous le manque de transparence de l’Agence. « Transparence, éthique, déontologie, imputabilité... tous ces principes fondamentaux sont négligés dans le projet de loi 61 », a déclaré la Protectrice du citoyen en ajoutant que « favoritisme, népotisme, gain personnel direct ou simple espoir d’un retour d’ascenseur risquent de favoriser l’intérêt particulier au détriment de l’intérêt public. »
Nous considérons que le projet de loi 61 est une entreprise sans précédent de démolition de plus de 40 ans d’acquis et qu’il aura un impact considérable sur la société québécoise. En ce sens, il est d’une importance aussi grande que les lois adoptées avec le bâillon, il y a un an, et qui avaient entraîné une mobilisation exceptionnelle.
Nous jugeons d’une importance cruciale que l’ensemble de la société québécoise soit bien informée des enjeux de ce projet du gouvernement Charest qui force le Québec à privatiser les profits sur les biens publics en refilant les risques et les coûts à la collectivité. Nous réclamons le retrait pur et simple du projet de loi créant l’Agence des partenariat privé-public, car nous croyons que la privatisation des activités de l’État réduit la capacité des québécois à protéger leur bien commun.

Modernisation de l'État
Gaspésia montre bien les limites de ce que l'État peut faire
Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 20 novembre 2004
Opinion - Il est parfaitement normal qu'une enquête ait été déclenchée pour faire toute la lumière sur le naufrage du projet de relance de l'usine Gaspésia à Chandler. Quand tous les faits seront connus, chacun assumera ses responsabilités. Mais il n'est pas trop tôt pour commencer à tirer des leçons d'un tel échec, avec toute l'humilité qu'il doit imposer.
Les principaux faits sont déjà connus : les dépassements de coûts tourneraient autour de 300 M$, dont 90 M$ seraient imputables à la faible productivité sur le chantier; 78 M$ s'expliqueraient par des modifications apportées au projet initial, et le reste découlerait du report de l'échéancier et de l'arrêt des travaux. Des petits entrepreneurs de bonne foi attendent encore d'être payés pour des travaux dûment effectués. Les trois actionnaires étaient le Fonds de solidarité FTQ (50 %), Tembec (25 %), et la Société générale de financement (25 %).
Les autres allégations, dont il faudra voir la teneur exacte, semblent tracer un portrait tristement familier au Québec : le chantier aurait été l'objet d'une furieuse rivalité intersyndicale entre la FTQ, la CSN et la CSD. Pris dans cette tourmente et complètement intimidés, deux des chefs de chantier choisis par Tembec ont dû quitter le chantier sous escorte policière pour leur protection.
Les gouvernements en concurrence entre eux
Le gouvernement de l'époque - dont je faisais partie - était guidé davantage par la volonté d'essayer de sauver une région qui se mourait que par des considérations de rentabilité économique pure.
Un échec aussi cuisant est évidemment venu apporter de l'eau au moulin de ceux qui mettent en cause toutes les formes d'aide gouvernementale à l'entreprise privée. Ils invoquent surtout que l'aide gouvernementale crée des distorsions déloyales sur le marché au profit de ceux qui en bénéficient. Elle a aussi, disent-ils, pour résultat fréquent de simplement déplacer des emplois plutôt que d'en créer.
Il y a du vrai dans ces critiques, sauf que ceux qui les formulent vivent dans un univers exclusivement théorique.
Pauline Marois, alors ministre des Finances, avait eu raison de commencer à faire le ménage dans l'aide gouvernementale à l'entreprise, et le ministre actuel, Yves Séguin, a bien fait de continuer.
Mais il faut aussi voir le monde tel qu'il est en dehors des manuels d'économie. Ce sont les entreprises qui mettent les gouvernements en concurrence entre eux avant d'aller s'établir chez celui qui leur déroulera le tapis le plus rouge.
Après 10 années de régime Harris, le premier ministre ontarien Ernie Eves offrait 625 M$ de fonds publics pour aider son industrie automobile; l'État de New York donnait 500 M$ US à IBM, qui n'en a sûrement pas besoin pour survivre; Nissan a obtenu 295 M$ US de l'État du Mississippi; et Hyundai a reçu 350 M$ US de l'État de l'Alabama.
La question est moins de savoir si le Québec peut se permettre de ne plus faire ce que tous ses concurrents font, mais de voir jusqu'où nous sommes raisonnablement capables de le faire, et d'apprendre à dire non quand le chantage est trop grossier et les retombées trop aléatoires.
Nous n'avons pas fini de tirer toutes les leçons du cas de la Gaspésia. La question de savoir ce qu'il est raisonnable de faire pour aider une région en crise permanente, comme la Gaspésie, demeure entière. J'y reviendrai.
Mais on peut déjà conclure qu'il est parfaitement illusoire de penser que la détermination gouvernementale la plus sincère puisse triompher quand les conditions de base de la rentabilité ne sont tout simplement pas là.
lesaffaires.redaction@transcontinental.ca

2003-2004 - Le Québec économique
ÉTAT ET DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE:
note: C : La diète Charest
Jean-François Parent
Commerce, n° Vol: 105 No: 12 Décembre 2004
Jean Charest a promis un État moins gros et plus efficace pour favoriser le développement économique. Voici le bilan deux ans plus tard.
L'interventionnisme coûte cher. De 1997 à 2003, le coût annuel de l'aide fiscale aux entreprises québécoises a augmenté d'un milliard de dollars. En fait, l'État interviendrait trop, et c'est ce que les Libéraux veulent changer. "Moins de la moitié de la richesse produite par les Québécois leur revient directement. Sur chaque dollar payé en impôts et taxes, 50 cents nous reviennent. Le reste sert à payer l'intervention de l'État", soutient Pierre-Emmanuel Paradis, économiste de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, section Québec. En accordant des subventions diverses et une pléiade de mesures fiscales de toutes sortes, c'est près de deux milliards que le gouvernement fédéral injecte annuellement dans les entreprises par l'intermédiaire du gouvernement provincial.
Et pour quel rendement ? "Il est difficile de le savoir, parce qu'il n'existe aucune mesure de l'efficacité de ces programmes", constate Jean-Yves Duclos, du Département d'économique de l'Université Laval. "On pourrait toujours évaluer si les investissements auraient été plus efficaces ailleurs?" avance Luc Bernier, directeur de la recherche et de l'enseignement à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP). Ainsi, qu'aurait donné une réduction équivalente des impôts des particuliers? Ou encore, une augmentation des dépenses de certains programmes, voire même un allègement de la fiscalité des entreprises?
Mais voilà, un tel calcul est complexe et fait appel à de multiples variables, comme la productivité, la croissance économique et le coût unitaire de la main-d'oeuvre. L'impact des programmes est donc difficile à déterminer. On sait, par contre, que le Produit intérieur brut (PIB) du Québec est inférieur de 20% à celui de l'Ontario et que le taux de chômage dépasse toujours la moyenne canadienne. C'est ce que constate Philip Palda, professeur à l'ÉNAP et chercheur associé à l'Institut Fraser: "C'est une situation qui dure depuis 20 ans et que le gouvernement ne semble pas vouloir corriger".
Mais quelle que soit la manière dont la question du rendement est posée, la réponse reste nébuleuse. Par exemple, le Fonds pour l'accroissement de l'investissement privé et la relance de l'emploi, malgré le milliard de dollars qu'il a coûté jusqu'à maintenant, n'a guère fait augmenter les investissements privés. Ceux-ci stagnent à plus ou moins 18% depuis 1998, comparativement à environ 36% chez nos voisins ontariens. Les investissements privés ont une influence directe sur la mesure de la croissance économique qu'est le PIB.
Presque deux ans après son élection, le Parti libéral du Québec a "jonglé" avec quelques mesures, il a diminué son aide, mais il a surtout laissé le monde des affaires sur sa faim. "Il y a bien eu quelques allègements dans la réglementation et un effort pour mieux cibler les programmes de subventions, remarque Daniel Charron, directeur de la recherche et de l'analyse à l'association des Manufacturiers et exportateurs du Québec. Mais l'un des plus gros freins à la croissance économique, la réduction de la taxe sur le capital, se fait attendre."
Le ministre des Finances, Yves Séguin, a ainsi réduit l'aide aux entreprises de 634 millions de dollars - 30 % sur deux ans. "Une bonne chose", affirme Philip Palda, qui ne croit guère aux vertus de l'interventionnisme. "Les subventions sont soumises à des considérations politiques, augmentant d'autant le risque de mauvais investissements", affirme le chercheur. L'économiste Pierre-Emmanuel Paradis rajoute : "C'est une forme de concurrence déloyale ; ce n'est pas parce qu'on se lance dans un secteur subventionné que l'on sera rentable." Pendant ce temps, les entreprises plus traditionnelles sont laissées pour compte.
Toutefois, s'il se retire de plusieurs secteurs, l'État doit s'engager dans d'autres. "Une réduction de l'aide aux entreprises doit s'accompagner de mesures compensatoires", poursuit Daniel Charron. Le problème avec l'approche libérale, c'est qu'en réduisant l'aide gouvernementale sans offrir une fiscalité plus concurentielle, on n'a aucun résultat. "En fait, l'aide gouvernementale directe ou indirecte n'est que très peu responsable de la performance économique des entreprises", signale Daniel Charron. Moins de 20% de la performance économique d'une entreprise est attribuable à la conjoncture économique ou à la performance sectorielle. "Autrement dit, explique Pierre-Emmanuel Paradis, c'est plutôt par elle-même qu'une entreprise connaîtra la réussite."
"Il faut cependant distinguer entre interventionnisme et soutien au développement", nuance Pierre-Emmanuel Paradis. L'économiste croit que l'aide au démarrage, à l'exportation et à la commercialisation, ou encore les crédits pour la recherche, le développement et l'innovation, sont nécessaires. "Il nous apparaît plus adéquat de financer les entreprises qui en ont besoin que de désigner des secteurs précis au détriment des autres." L'abolition des avantages fiscaux aux entreprises qui s'établissent dans des sites désignés - Cité du commerce électronique et autres zones de développement des biotechnologies - est ainsi vue d'un bon oeil par les observateurs.
S'il est trop tôt pour offrir un bilan valable de l'administration libérale sur le plan économique, il reste que certaines mesures apparaissent trop timides. Ainsi, l'enjeu de la fiscalité est de grande importance pour les lobbies entrepreneuriaux. C'est le cas de la taxe sur le capital, que les Libéraux s'étaient engagés à réduire. Elle représente le quart du fardeau fiscal des entreprises, qui sont ainsi taxées sur les investissements et même sur les emprunts qu'elles font pour financer leur expansion. "Il ne s'agit pas seulement de réduire les dépenses et les cadeaux aux entreprises, encore faut-il offrir une fiscalité attrayante, dit Gilles Taillon, président du Conseil du patronat. L'Ontario et le Canada aboliront cette taxe dans les prochaines années. L'Alberta et l'Île-du-Prince-Édouard l'ont déjà abolie. Pour l'instant, Yves Séguin prévoit la ramener à un niveau plus concurrentiel d'ici cinq ans.
Ce qui nous renvoie à la case départ, soit les investissements privés. Et qui dit investissements privés dit capital de risque. "Le Québec n'a que la moitié du capital offert aux États-Unis, par exemple", constate Annie Thibet, présidente de Réseau Capital. Le capital de risque québécois est de 2000 dollars par année et par habitant, alors que le capital américain s'élève à 4000 dollars par habitant et qu'il est de 3000 dollars en Ontario.
Le Québec dispose tout de même de quelques avantages concurrentiels. Les sociétés d'État, par exemple. "La Caisse de dépôt, la Société générale de financement, le Fonds de la FTQ ou encore Hydro-Québec permettent de financer des projets", souligne Luc Bernier, de l'ÉNAP. Les sociétés d'État permettent, entre autres, d'avoir des garanties de prêts ou encore de soutenir des entreprises énergivores... "Le cas d'Hydro-Québec est singulier, croit Daniel Charron. Alors que tous les pays cherchent à produire plus d'énergie, nous tentons tout juste de combler nos besoins." Sans militer pour offrir l'électricité au rabais, il reste que pour ce chercheur, l'énergie vendue ici est encore la moins chère au monde. "C'est certainement un facteur qui peut influer sur la croissance économique, surtout que nos voisins du Sud, énergivores, risquent de nous acheter bien des mégawatts..."
Pour l'ex-président péquiste du conseil du Trésor, Joseph Facal, il était également impératif de resserrer les mandats de ces sociétés. Yves Séguin a ainsi reformulé les mandats de la SGF et d'Investissement Québec; la SGF se concentrera sur les grandes entreprises, et Investissement Québec sur les PME. Par ailleurs, dans son plan de modernisation de l'État, le conseil du Trésor fait valoir "qu'une culture de l'évaluation" sera maintenant de mise dans les sociétés d'État et que celles-ci devront également être rentables. "Un bon point pour les Libéraux", reconnaît le professeur invité à HEC Montréal.
Mais au final, l'accueil réservé aux initiatives économiques libérales est plutôt nuancé. De bonnes idées, mais la vision ne semble pas au rendez-vous. "On ne sait toujours pas où le gouvernement veut en venir ; veut-il réduire la dette, restreindre ses dépenses, augmenter la création d'emplois, favoriser les particuliers?" se demande Jean-Yves Duclos, de l'Université Laval.
LA MODERNISATION DE L'ÉTAT QUÉBÉCOIS EN 13 POINTS
Un "super ministère" du Développement économique et régional et de la Recherche, qui regroupe les composantes principales ayant des répercussions sur le développement économique en matière d'industrie, de commerce, de recherche, de tourisme et de développement régional.
La mise en place d'un guichet unique de services aux entreprises: 10 grands programmes regrouperont dorénavant les 160 mesures, autorisations et programmes appropriés destinés aux entreprises.
Les Conférences régionales des élus. La responsabilité du développement économique régional est dévolue aux élus municipaux.
La révision de l'article 45 du Code du travail pour lever certains obstacles à la sous-traitance.
L'abolition de la taxe sur le capital pour les entreprises dont le capital versé est inférieur à 600000 dollars (selon le budget déposé au printemps)... lesquelles ne déboursaient que 2 % des recettes totales de cette taxe.
La réduction progressive, sur cinq ans, de la taxe sur le capital. La suppression, pour les PME dont la masse salariale se situe entre 250 000 dollars et 1 million de dollars, de l'obligation de comptabiliser leurs dépenses de formation de leur main-d'oeuvre et d'en faire un rapport.
Une révision du rôle et des budgets des sociétés d'État.
Une révision de la réglementation qui encadre les entreprises, prévue pour le printemps 2005.
Une réorientation du développement économique des régions, avec la création du Fonds d'intervention économique régional, doté d'un budget de 300 millions de dollars.
L'abolition du Fonds pour l'accroissement de l'investissement privé et la relance de l'emploi, destiné aux projets d'investissement de plus de 10 millions de dollars (5 millions en région). Les 250 millions de ce fonds sont remplacés par une enveloppe de 75 millions, gérée par le Programme d'appui stratégique à l'investissement.
L'abolition du congé fiscal de cinq ans pour les nouvelles sociétés - 75 millions de dollars par an.
Le resserrement des critères d'admissibilité pour les Centres financiers internationaux - 25 millions de dollars par an.

mission France-Québec
L'avenir des missions France-Québec n'est pas assuré
Jocelyne Richer
Cyberpresse jeudi 18 novembre 2004
Presse Canadienne - Mexico - Il est encore trop tôt pour dire si la rencontre d'affaires France-Québec, qui se tient présentement à Mexico, une première du genre, fera des petits.
Si le premier ministre Jean Charest semble avoir des réticences et se montrer prudent, le premier ministre de la France, Jean-Pierre Raffarin, semble plus enthousiaste et prêt quant à lui à planifier la prochaine mission commerciale conjointe.
M. Charest n'a pas voulu se commettre à ce propos, jeudi, disant préférer attendre un rapport sur les résultats de la mission mexicaine, avant de s'engager à renouveler l'expérience. «On va faire le constat de la mission actuelle. On va évaluer les résultats. On s'attend à ce qu'on nous produise un rapport détaillé», a dit M. Charest, jeudi matin, lors d'un point de presse donné conjointement avec le premier ministre français.
M. Raffarin a parlé d'organiser une mission conjointe en Europe de l'Est dans deux ans. Une des hypothèses sur la table consisterait à alterner les continents, une mission aurait lieu en Amérique, la suivante en Europe.
La rencontre d'affaires du Mexique 10e économie mondiale permet jusqu'à vendredi midi à 95 PME québécoises, 75 françaises et plus de 230 mexicaines de se rencontrer pour explorer les possibilités d'affaires.
M. Raffarin a dit que le France avait du retard à rattraper pour ce qui est de promouvoir les exportations des PME. Or, «les PME sont l'avenir du commerce international», selon lui.
À l'échelle du Québec, la France est un géant en ce domaine avec ses 100 000 PME exportatrices, contre seulement 1200 chez nous.
Pas moins de 250 entreprises françaises sont déjà implantées au Mexique, alors qu'à peine une dizaine de compagnies québécoises ont fait de même jusqu'à maintenant.
Le premier ministre français croit tellement à ce créneau qu'il entend faire grimper à 150 000 le nombre de PME exportatrices d'ici les prochaines années. «Il faut développer cette culture de l'exportation pour les PME», avait dit quelques minutes plus tôt M. Raffarin, lors d'une allocution devant les participants à la mission. Il faut à ce chapitre suivre l'exemple de l'Allemagne, a-t-il ajouté, devenu le plus grand exportateur du monde en 2003.
Dans un contexte de mondialisation des marchés, M. Charest s'est dit de son côté convaincu qu'il ne fallait pas voir de concurrence entre entreprises françaises et québécoises en vue d'accaparer le marché mexicain.
«On ne se sent pas du tout en concurrence. Au contraire, on se voit dans un environnement nouveau de mondialisation où on est appelés à faire des alliances stratégiques» pour assurer la prospérité de l'économie, a fait valoir M. Charest.
Le premier ministre Charest rencontre en début de soirée le président du Mexique, Vicente Fox, avant de s'envoler vers Montréal, pour participer durant tout le week-end au congrès du Parti libéral.

mission France-Québec
Charest praises Ottawa over trip
RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, November 18, 2004
Quebec PQ - The world is a big enough place for Quebec to have a role on the international stage, and Canada is a big enough country to allow it, Quebec Premier Jean Charest says.
"The other point of view would be that the world is such a small place that it would be a nuisance or would not be in keeping with the interest of Canada. I refuse to believe that Canada would be such a small country," Mr. Charest said yesterday.
Hours later, he joined French Prime Minister Jean-Pierre Raffarin on an unprecedented and controversial joint trade mission to Mexico. It is the first time a premier has gone abroad on a trade mission with a foreign leader. Ottawa approved the trip and Quebec hopes it will mark the loosening of the federal government's grip over policy on foreign trade.
Mr. Charest called the trip "a new, innovative" endeavour that he hopes to repeat in the near future and that other provinces should imitate.
"Everyone is free to do it [travel abroad and meet with heads of governments] and there is no contradiction with Canadian interests," he said.
As more and more international trade negotiations deal with issues involving areas of provincial jurisdiction such as culture, health, education and water exports, Quebec wants Ottawa to involve the provinces in designing policy.
Quebec holds that the federal government must give provinces a more important role in foreign matters to be effective in implementing its foreign trade policy.
"The federal government may have the power to sign treaties, but it cannot engage in our [provincial] area of jurisdiction," Mr. Charest said. "The alternative is that the federal government or anyone else say, 'I'm the only one who can deal with these issues,' and not have the ability to move on these matters because we will not be engaged."
The Premier said it is important for Quebec to work with a country such as France in seeking new business opportunities abroad. Ottawa has been co-operative and helpful, he added.
Prime Minister Paul Martin has been criticized for allowing a province to deal directly with a competing country to promote its own trade interests.
At first, federal officials were nervous about the trip, but accepted Quebec's arguments that a federalist provincial government would never undermine Ottawa's jurisdiction in foreign affairs.
Canada's ambassador to Mexico will be present when Mr. Charest meets privately with Mexican President Vicente Fox today.
Mr. Fox is not scheduled to attend any events in the presence of both Mr. Raffarin and Mr. Charest, to avoid giving the Quebec Premier treatment equal to that of the French Prime Minister.
Quebec is bent on avoiding any conflict with Ottawa during the Mexico trip because it is negotiating a special bilateral deal to have a seat at the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization. Quebec wants to speak on its own behalf in negotiations aimed at defining measures to protect nations' cultural diversity.

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MISSION AU Mexique : Plus de 400 entreprises se font de l'oeil
Mario Cloutier
La Presse jeudi 18 novembre 2004
Mexico - Les rencontres d'affaires France-Québec-Mexique ont commencé sur les chapeaux de roues hier à Mexico. Plus de 400 entrepreneurs se font de l'oeil dans des séances express ressemblant à du speed dating financier.
" C'est une mission commerciale qui innove. Elle est courte mais va être assez fructueuse pour les entrepreneurs. On va être très agressifs dans les prochaines années pour aller vers les nouveaux marchés ", a déclaré le premier ministre Jean Charest à son arrivée à Mexico.
M. Charest faisait ainsi allusion aux critiques de l'Alliance des manufacturiers et exportateurs québécois qui regrettent l'abandon par Québec de programmes d'aide à l'exportation, un soutien de plus en plus assumé par le gouvernement fédéral.
" Le gouvernement fédéral a un rôle majeur à jouer. On le fait en complémentarité, pas en compétition ", assure M. Charest avant de préciser que des missions auront aussi lieu en Chine et en Inde avec les exportateurs québécois.
Aussi, les rencontres d'affaires communes avec la France ne seront pas les dernières, ajoute-t-il. Depuis hier matin, 250 Mexicains, 94 Québécois et 74 Français échangent sur leurs différents produits avec des partenaires éventuels, à raison de 30 minutes par rendez-vous et de six à 12 rencontres quotidiennes.
À la blague, l'un d'eux a lancé hier: " Ce qu'on fait ici, c'est comme de la danse contact; ça coûte cher, on a du plaisir, mais ça donne rien. "
Cet avis n'est certes pas partagé par tous ses collègues québécois qui ont payé 3000 $ chacun pour le voyage, comprenant l'avion, l'hôtel et les rencontres d'affaires.
" J'ai déjà payé mon voyage avec deux des cinq rencontres que j'ai eues ce matin ", affirme Guy Fouquet, du groupe de génie-conseil S.M. International, une firme spécialisée en environnement et en agroalimentaire.
Gilles Filion, de la compagnie John Meunier inc., spécialisée en traitement de l'eau, pense aussi que la nouvelle formule de rencontre de gens d'affaires permet de " consolider des contacts et d'en créer de nouveaux ". Cette firme est déjà présente au nord du Mexique pour le traitement des eaux municipales et industrielles.
Par ailleurs, une bonne quinzaine d'entreprises québécoises mettent le pied au Mexique pour la première fois à l'occasion des rencontres France-Québec-Mexique. Elles devront se montrer patientes avant de trouver chaussure à leur pied et acheteurs à leur produits.
Entre-temps, elles peuvent contempler la réussite des Entreprises Michel Corbeil, de Rosemère, qui fabriquent des carrosseries d'autobus qui sont installées sur des châssis de grands constructeurs automobiles.
Au Mexique, l'entreprise lancera aujourd'hui un tout nouveau prototype d'autobus scolaire doté de GPS afin d'assurer la sécurité des enfants dans cette capitale agitée qu'est Mexico. Fabriqué en partenariat avec GM-Mexico, le Monark, du nom du papillon qui voyage chaque année du Québec au Mexique, a déjà reçu 1000 commandes dans le pays.
Le vice-président de la compagnie, Guy Charron, explique avoir reçu un " appui colossal " des gouvernements québécois et canadien pour ce projet. " On ne peut pas en demander plus ", ajoute-t-il. Autre facteur politique important pour cette compagnie: l'Accord de libre-échange nord-américain. " Nous aurions pu nous installer au Chili, en Équateur ou au Venezuela, mais nous avons choisi le Mexique pour le libre-échange, en tenant compte de la capacité d'une institution financière pour nous soutenir dans ce pays. "

mission France-Québec
Au Mexique, Charest se fait parler de corruption
Jocelyne Richer
Le Devoir jeudi 18 novembre 2004
pc Mexico - Le phénomène de la corruption au Mexique ne doit pas être considéré comme un obstacle à la bonne marche des relations d'affaires entre le Québec et le Mexique, estime le premier ministre Jean Charest.
«On ne serait pas ici si c'était un enjeu», a dit le premier ministre, hier en fin de journée, lors d'un point de presse, peu après son arrivée en sol mexicain pour participer à la rencontre d'affaires Québec-France-Mexique, qui se poursuit jusqu'à demain.
Des gens d'affaires qui participent à la rencontre, et même des fonctionnaires du gouvernement qui ont préparé la mission, sont pourtant d'avis contraire et ne cachent pas leur irritation.
Par exemple, la corruption qui sévit aux douanes mexicaines nuit à l'exportation des produits culturels québécois, selon le président de la maison d'édition Les Écrits des Forges, de Trois-Rivières, Gaston Bellemare.
«Les douaniers mexicains sont comme ça: ils ne trouvent pas vos livres. Il faut que tu sortes de l'argent pour qu'ils les trouvent. Ça marche aux pots-de-vin», a-t-il dénoncé lors d'un entretien avec la Presse canadienne.
M. Charest aura un entretien ce soir avec le président du pays, Vicente Fox, mais il n'a pas l'intention d'aborder cette délicate question.
Selon lui, le gouvernement mexicain a fait ce qu'il fallait pour régler le problème.
Dans les couloirs du chic hôtel Presidente Intercontinental, où se passe l'événement, le problème de la corruption semble pourtant un sujet de préoccupation, aux yeux de certains gens d'affaires.
Dans une conversation à bâtons rompus, un fonctionnaire du gouvernement a par ailleurs affirmé qu'au Mexique la corruption «faisait partie des moeurs».
Pour une micro-entreprise comme Les Écrits des Forges, cette situation est d'autant plus difficile à accepter du fait que le Mexique constitue son principal marché.
«C'est notre plus gros marché. Je vends plus de livres au Mexique qu'au Canada», dit M. Bellemare, qui représente également l'Association nationale des éditeurs de livres du Québec.
Chaque année, sa maison d'édition, qui compte une centaine de titres bilingues (français-espagnol), vend entre 15 000 et 25 000 recueils de poèmes aux lecteurs mexicains, qu'il s'agisse d'auteurs hispanophones ou québécois.
Il dit être à Mexico pour trouver le moyen «d'éviter la douane et les frais de transport», totalement prohibitifs selon lui. «On se ruine!», déplore-t-il, voyant ses bénéfices grugés par les intermédiaires.
Son but consiste à rencontrer des imprimeurs pour faire imprimer ses livres au Mexique et ainsi contourner les douanes.
La maison d'édition Les Écrits des Forges, consacrée exclusivement à la poésie, est une des seules entreprises du secteur culturel représentées à l'événement, qui vise à permettre à des entreprises des pays participants de voir les possibilités de partenariats et d'exportations.
Les Mexicains sont friands de poésie et «il y a sept ou huit poètes québécois qui sont très connus ici», assure M. Bellemare, en citant les noms de Nicole Brossard et Claude Beausoleil.

mission France-Québec
French call Quebec a country
MIKE DE SOUZA, The Gazette
The Montréal Gazette November 18, 2004 Thursday
We need more mexican workers: Charest; Arriving for trade mission, premier says controversy over gaffes raises trip's profile
Two French ministers accidentally stirred up controversy yesterday by referring to Quebec as a country as they officially opened a joint trade mission in Mexico.
The trip is designed to help more than 400 participating small and medium-sized businesses from Quebec, France and Mexico make contacts and open doors into foreign markets.
"We must recognize that today we have crossed one step in this (process) for three countries -- for two countries and Quebec - to do this in an international ambiance," said French Junior External Trade Minister Francois Loos, drawing laughter from the entrepreneurs at the meeting.
"I see that all the Quebecers were clapping."
Moments later, Christian Jacob, the French minister responsible for small and medium-sized businesses, made the same gaffe, referring to the three participating "pays" - countries.
"It was a slip. Quebec is a province," Loos said afterward.
The trip has drawn criticism from some federalists who say it's weakening Canada because Quebec Premier Jean Charest is being allowed to travel abroad with French Prime Minister Jean-Pierre Raffarin.
Economic and Regional Development Minister Michel Audet appeared ill at ease following the slipups by his counterparts.
He insisted his government is respecting the principles of federalism, saying some in the rest of Canada simply don't understand that Quebec is only trying to promote its own economic development with the trip.
But Charest laughed about the blunders, saying the issue is raising the trip's profile. There may even be similar trips in the future, he added after arriving yesterday afternoon.
"In 2003, we never thought it would attract so much attention," he said. "At the end, we're happy that it has perhaps created controversy in some places. ... We're acting as a government that has our economic interests at heart, and it's not in contradiction with the interests of Canada, not at all. But the formula is innovative."
Charest said he also hopes to use the trip to explore expanding the number of migrant workers who come to Quebec from Mexico for seasonal jobs in industries facing a labour shortage, such as tourism and agriculture.
"I want us to examine sector by sector wherever there are needs," said Charest, who will discuss the issue with Mexican President Vicente Fox today.
Charest explained the two governments could expand existing agreements without opening the door to cheap labour in Quebec.
"We know that as skilled workers come to Quebec, that it is our responsibility to ensure that they are treated as Quebec workers would be treated."
He also wants to discuss trade and cultural diversity with Fox. But despite warnings from a Quebec official yesterday, he doesn't see corruption as an obstacle to doing business in Mexico.
"The Mexican government has done a lot on the issue. ... (Businesses) have to be very careful, as they should be, when they're entering any new jurisdiction for which they have no previous experience, (but) we wouldn't be here if we actually thought that this was an issue."

mission France-Québec
Les promesses non tenues de l'ALENA pour le Mexique
Alberto Arroyo Picard
Chercheur à l'Université autonome métropolitaine de Mexico et auteur de plusieurs livres sur l'ALENA
Le Soleil jeudi 18 novembre 2004
Face au discours triomphaliste du président Vicente Fox, de passage à Ottawa récemment, il serait important que les lecteurs canadiens connaissent les dures réalités de la vie du peuple mexicain.
De plus en plus de Mexicains quittent leur pays et risquent leur vie en traversant la frontière à la poursuite du rêve américain. Les sommes d'argent que les travailleurs migrants mexicains envoient à leur famille depuis les États-Unis ont pratiquement quadruplé entre 1995 et 2003, passant de 3,7 milliards $ à 13,3 milliards $. Bien que l'on parle du Mexique comme d'une puissance exportatrice en Amérique latine, cela ne s'est pas traduit par l'entrée nette de devises étrangères puisque le déficit commercial continue de croître. L'argent envoyé à leur famille par les travailleurs migrants est, en fait, la deuxième source d'entrée de devises étrangères au Mexique.
On a promis aux Mexicains que le "libre-échange" leur apporterait plus d'emplois et de meilleurs emplois mais, en réalité, nous en avons moins et leur qualité s'est détériorée. Durant l'ALENA, il s'est créé 880 620 emplois en moyenne par année, mais la population active, elle, a crû de 1 391 209 personnes par année. Il ne s'est donc créé que 58 % des emplois nécessaires pour suivre la croissance de la population active. Et de ces nouveaux emplois, 59,5 % n'ont pas droit aux bénéfices normaux qu'accordent un travail. Dans le secteur manufacturier, là où les gains enregistrés grâce à l'ALENA sont réputés être les plus grands (surtout parce qu'il est responsable de 87 % des exportations du Mexique et qu'il a reçu la moitié de tous les investissements étrangers), l'emploi a en fait baissé de 12,8 %. Pour les industriels, les coûts de main-d'oeuvre ont chuté de 37,7 % en même temps que la productivité augmentait de 58,6 %. Au début de son mandat, le président Fox avait promis un million et demi de nouveaux emplois chaque année, mais le solde après ses quatre premières années au pouvoir est une perte nette d'emplois. En août 2004, il y avait 437 942 travailleurs de moins de couverts par la sécurité sociale par rapport aux chiffres du début du mandat de l'administration Fox. Et si on compare à la croissance de la population active, c'est à un déficit de 5 123 493 emplois auquel nous avons affaire.
C'est à n'en point douter le secteur agricole qui a subi l'impact le plus dévastateur de 10 ans d'ALENA. Les importations de maïs et de céréales oléagineuses, principalement des États-Unis, sont passées de 8,8 millions de tonnes métriques en 1993 à 20,3 millions de tonnes en 2002. Ces importations ont augmenté le chômage rural et causé la perte de notre souveraineté et notre sécurité alimentaires. Les supposés avantages que les consommateurs mexicains devaient tirer de la situation sont demeurés de la pure rhétorique. Entre 1994 et 2002, le coût du panier d'alimentation de base a augmenté de 257 %, alors que les fermiers n'ont obtenu que 185 % d'augmentation des prix de leurs produits.
Portrait partiel
Le gouvernement mexicain parle du grand succès de l'ALENA sur le plan macroéconomique. Les statistiques utilisées sont bien réelles, mais elles ne donnent qu'un portrait partiel de la situation. Par exemple, on dit souvent que les exportations ont triplé et que les investissements étrangers ont crû de 173,42 milliards $ US (dont 136,97 $ en investissement direct), soit trois fois et demie plus que la moyenne des années avant l'ALENA. C'est vrai. Mais l'objectif principal était plutôt que cet accord permette que l'économie mexicaine connaisse rapidement une croissance significative. Ce qui n'a pas été le cas. La croissance du PIB mexicain depuis l'ALENA n'a été qu'en moyenne de 1,2 % par année, le taux le plus bas de toutes les stratégies de croissance adoptées par les gouvernements au cours du XXe siècle. Le président Fox avait promis une croissance de 7 % il y a quatre ans et nous avons plutôt assisté à une croissance qui a été de 0,64 % jusqu'à maintenant.
De cette brève analyse, on peut conclure que les promesses de l'ALENA ne se sont pas réalisées pour le Mexique. Pire, les Mexicains et les Mexicaines sont aux prises avec une dégradation et une dénationalisation majeure de leur économie, une perte de la capacité de l'État d'impulser un développement économique authentique et une détérioration sévère de leurs programmes sociaux.
Conséquemment, le peuple mexicain demande à ce que l'ALENA soit renégocié sur le fond, ou abrogé. Pas plus tard que l'an dernier, on a vu la plus grande mobilisation de paysans depuis plusieurs décennies et leur principale exigence était la suspension du volet agricole de l'ALENA. Lors de la consultation populaire continentale de 2002, des millions de personnes se sont prononcées contre la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Il y a à peine quelques jours, le 12 octobre, nous avons assisté, dans presque tous les pays du continent, à d'énormes mobilisations qui s'opposaient à ce modèle de libre commerce. Pendant ce temps, le président Fox est au Canada pour parler d'intégration en profondeur. Nous voulons vous rappeler que le peuple mexicain ne veut pas davantage de libre-échange, il veut un développement durable fondé sur la justice sociale.

Le surplus d'Ottawa atteindra 12 milliards, selon Séguin
Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 18 novembre 2004
Québec - Le ministre des Finances, Yves Séguin, estime que le gouvernement fédéral continue à sous-évaluer ses surplus budgétaires: son surplus pour l'année en cours atteindra 11 ou 12 milliards plutôt que 8,9 milliards, comme l'a soutenu mardi le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale.
«Il est exact que les surplus déclarés [par Ottawa] sont parmi les plus élevés depuis la Deuxième Guerre mondiale» pour une période de six mois, a dit Yves Séguin à l'Assemblée nationale en réponse à une question du leader de l'opposition officielle, Bernard Landry. «On peut penser que les surplus du gouvernement fédéral cette année dépasseront les 11, 12 milliards», a ajouté le ministre des Finances.
«Moi aussi, j'aimerais avoir des surplus à gérer, mais c'est loin d'être le cas», a-t-il livré au Devoir au sortir de l'Assemblée. C'est aujourd'hui que le ministre présentera la Synthèse des opérations financières du gouvernement pour les six premiers mois de l'année. M. Séguin révélera aussi les conséquences pour les finances publiques du Québec du nouvel arrangement sur la péréquation imposé par Ottawa lors de la dernière Conférence fédérale-provinciale à la fin d'octobre.
«Le moins qu'on puisse dire c'est que le déséquilibre fiscal est bien là, [qu'il] est bien présent. Il se manifeste actuellement et sa preuve fait qu'on n'a même plus besoin de l'expliquer» à la population, a dit M. Séguin au chef de l'opposition. Selon les projections du ministre des Finances à Ottawa, le surplus que dégagera Ottawa en 2009 s'élèvera à 18,5 milliards, soit approximativement la prévision qu'en faisait la Commission sur le déséquilibre fiscal en 2002, soit entre 16 et 17 milliards comme l'avait calculé le Conference Board, a signalé M. Séguin.
Bernard Landry a rappelé que le premier ministre Jean Charest avait promis de livrer «une bataille en règle» pour éliminer le déséquilibre fiscal tout en évoquant «une nouvelle ère de collaboration». C'est «paradoxal», estime M. Landry: cette bataille en règle et cette collaboration «avec celui qu'il [M. Séguin] appelle un vampire». Le chef péquiste a invité le ministre des Finances «à cesser de hausser les tarifs [que paient les familles] et aller, avec notre appui, chercher ce qui nous est dû à Ottawa».

À qui tout cet argent?
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 18 novembre 2004
Une fois de plus, Ottawa se retrouve avec des milliards de dollars en excédents non prévus dont la majeure partie ira directement à la réduction de la dette. D'ici six ans seulement, ce sont plus de 60 milliards qui viendront ainsi gonfler le solde excédentaire fédéral malgré les engagements déjà pris à l'endroit des provinces en matière de soins de santé et de péréquation. C'est ce qui s'appelle rire du monde!
Quelles sinistres farces que ces mises à jour financières de mi-année, publiées en novembre par le ministre fédéral des Finances ! Non seulement l'exercice vient confirmer de façon systématique que les données contenues dans le budget présenté six mois plus tôt n'étaient pas fiables, il renferme à son tour des erreurs cachées qui lui enlèvent toute crédibilité. Récapitulons.
- Il y a un an, à la même date, le ministre des Finances prévoyait terminer l'année 2003-04 avec un excédent de 2,3 milliards. Au moment de présenter son nouveau budget, en mars 2004, il annonçait que cet excédent avait grimpé à 5,5 milliards. Finalement, en septembre dernier, nous apprenions que l'excédent réel avait été de neuf milliards, sans compter une augmentation des transferts de 2,3 milliards consentie aux provinces en cours de route. Total : 11,3 milliards.
- Pour l'année en cours, le budget de mars dernier prévoyait un excédent de quatre milliards, soit tout juste la somme affectée à la prévoyance. Or nous venons d'apprendre qu'il atteindra plutôt 8,9 milliards, et ce, malgré les nouvelles dépenses de quatre milliards annoncées depuis le budget. Total : 12,9 milliards... et il reste encore quatre mois !
Tout le monde en convient, le déséquilibre est systémique. Ottawa dispose de beaucoup plus de ressources que nécessaire pour livrer les services qu'on attend de lui.
Cela étant, plusieurs intervenants au pays souhaitent qu'Ottawa profite de la situation pour enrichir ses programmes et en créer de nouveaux. Or, selon les mêmes prévisions budgétaires qui lui permettront de dégager des excédents de 60 milliards d'ici six ans, Ottawa laissera croître ses dépenses de programmes de 5,2 % en moyenne au cours de cette période. Qui osera prétendre que c'est insuffisant pour financer un programme de garderies ou d'infrastructures à frais partagés ?
Pour ce qui est du remboursement de la dette, là encore, le ministre Ralph Goodale a inscrit une provision annuelle qui grimpera de quatre milliards l'an prochain à autant que sept milliards en 2009-10. Voilà qui est même excessif compte tenu du fait que, sans verser un sou de plus à partir l'an prochain, le ratio de la dette, qui s'élevait à 68 % du PIB en 1996, chuterait à 30 % d'ici cinq ans grâce à la seule croissance de l'économie.
Devant des données aussi extravagantes, on ne peut que rappeler au gouvernement fédéral que, pendant ce temps, les provinces continuent de tirer le diable par la queue, comme nous le démontrera la synthèse des opérations présentée aujourd'hui par le ministre Yves Séguin.
Puisque le gouvernement Martin refuse toujours aussi obstinément de reconnaître l'existence de ce déséquilibre fiscal, il ne reste plus aux contribuables canadiens et québécois qu'à exiger d'Ottawa qu'il cesse de les taxer au delà de ce qui est nécessaire. En corrigeant comme il se doit les prévisions du ministre pour les cinq prochaines années, on peut, sans risque, affirmer qu'Ottawa est en mesure de réduire les impôts d'au moins 50 à 100 milliards d'ici 2010 sans affecter ses programmes ni le remboursement de la dette. Ne serait-ce pas là un bon moyen de transférer une partie du pouvoir de taxation aux provinces tout en retirant le maximum de capital politique avant le déclenchement d'une prochaine campagne électorale ?
j-rsansfacon@ledevoir.ca

Le détrousseur venu du froid
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 18 novembre 2004
On passe peut-être trop de temps à s'interroger sur la qualité des prévisions budgétaires du gouvernement du Canada. Après sept ans, il n'est plus nécessaire de débattre de la crédibilité des ministres fédéraux des Finances : ils n'en ont plus aucune ! Mais d'où viennent ces excédents budgétaires ?
De votre poche, cher lecteur. De la nôtre, cochons de contribuables, "taillables et corvéables à merci".
Ralph Goodale est député de Wascana, en Saskatchewan, une province qui, sous l'influence des néo-démocrates, a développé une culture du bas de laine. Yves Séguin a comparé le ministre à "Dracula". Le surnom est un peu fort. Mais il est certainement un détrousseur de grand chemin. Après tout, il ne se passe plus d'année sans que la part de la contribution des particuliers au Trésor fédéral n'augmente de quelques milliards de dollars...
Le ministre des Finances a fait beaucoup de cas des 61,4 milliards $ qui ont été consacrés au remboursement de la dette depuis 1997. Ce n'est pas tout à fait vrai : le gouvernement fédéral a, par un jeu comptable, augmenté de 25 milliards sa réserve pour les régimes de retraite. C'est une sage mesure mais ce n'est pas un "remboursement de la dette" comme tel.
Vous avez aussi beaucoup entendu parler de la réduction de 100 milliards $ des impôts des particuliers que le gouvernement fédéral a consentie en l'an 2000 - juste avant la troisième campagne électorale de Jean Chrétien ! Le chiffre est tellement gros qu'il nous aveugle et que nous ne nous rendons pas compte, année après année, de l'amélioration de notre sort de contribuables. N'en soyez pas surpris : depuis 11 ans que les libéraux sont au pouvoir, les contribuables canadiens, véritables vaches à lait du régime, n'ont cessé de donner de plus en plus au percepteur.
En 1993, l'année où Jean Chrétien remplace Brian Mulroney, l'impôt sur les revenus des particuliers représente 51,1 milliards $, ou 44 % de toutes les recettes d'Ottawa. En l'an 2000, l'année des baisses d'impôt, les particuliers comptent pour 45,7 % de toutes les recettes de Paul Martin. Effectivement, après trois années de régime minceur, la contribution des citoyens à l'ensemble des recettes du gouvernement national tombe à 44,4 %. Mais en 2009-2010, d'après les projections du secteur privé que Ralph Goodale endosse, les impôts des particuliers représenteront à nouveau 47,9 % de toutes les recettes fédérales.
Pour l'instant, il semble y avoir une barrière magique qu'Ottawa n'ose pas franchir, celle du 50 % de toutes les recettes du gouvernement fédéral qui serait supportée par les particuliers. À ce niveau d'ailleurs, les contribuables descendraient-ils dans la rue ? Pas sûr ! Les gens ne sont pas plus scandalisés par l'effort fiscal qu'on leur demande qu'ils ne se rendent compte des réductions d'impôt qu'on leur accorde de temps à autre.
Regardons autrement les prévisions de cette semaine du ministre Ralph Goodale. Entre cette année et l'année 2009-2010, l'impôt versé par les particuliers va passer de 89 à 123,5 milliards ! C'est une augmentation de 39 %. C'est aussi - rappelez-vous le chiffre de 51 milliards $ en 1993 - deux fois et demie le montant que les contribuables canadiens versaient lorsque les libéraux sont arrivés au pouvoir. Et ce, malgré des soi-disant baisses d'impôt de 100 milliards !
Dans la même période de six ans d'ici 2009-2010, l'impôt sur les profits des sociétés va augmenter de 17,8 % et la part de la contribution des entreprises au Trésor fédéral va donc glisser de 14,9 % en 2003 à 13,7 % en 2009 !
Dans les six prochaines années, le gouvernement fédéral prévoit engranger des excédents budgétaires de 29,5 milliards $. En fait, si on tient compte de la "réserve pour éventualités" et de la "mesure de prudence", ce sont plus de 53 milliards $ que le gouvernement fédéral percevra de trop en impôts et taxes d'ici 2010. Au cas où cela ne vous aurait pas sauté aux yeux, l'augmentation des impôts sur le revenu des particuliers sera quant à elle de 44,5 milliards $. Ajoutez à cela une augmentation de 10,5 milliards $ du produit de la taxe sur les biens et services (TPS) et vous saurez d'où vient l'enrichissement du gouvernement fédéral.
Vu sous cet angle, le débat sur les excédents budgétaires déclarés par Ottawa, année après année, est bien différent. Les gouvernements des provinces considèrent que c'est de l'argent qui leur revient puisque, de toute évidence, le gouvernement fédéral prélève plus d'impôts que nécessaire alors que les gouvernements provinciaux n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Mais les augmentations considérables des transferts aux provinces ne se sont pas traduites par des améliorations spectaculaires des services provinciaux.
Les entreprises prétendent qu'il faut baisser l'impôt sur les profits des sociétés parce qu'ils sont plus élevés qu'aux États-Unis. Là encore, s'agit-il de maintenir des emplois au Canada, ou d'améliorer le sacro-saint rendement des actionnaires ? Il y a aussi les municipalités qui, lorgnant sur la corne d'abondance, réclament leur part : eu égard aux besoins en infrastructures comme le transport en commun, l'adduction d'eau, la voirie, les quelques milliards d'Ottawa ressemblent davantage à un saupoudrage électoral.
Et les particuliers dans tout cela ? En l'an 2000, Jean Chrétien avait justifié le lancement prématuré de sa campagne électorale en disant qu'il faudrait débattre de la répartition des excédents budgétaires avec les citoyens : on n'en a pas beaucoup parlé, ni en ce temps-là ni depuis.
Paul Martin a décidé que les réductions d'impôt viendraient "après" la création de nouveaux services de garde, le financement des infrastructures municipales, la modernisation de la défense et des forces de sécurité. Et le remboursement de la dette dont Ralph Goodale et Paul Martin parlent comme s'il s'agissait d'un concours olympique.
Et si Stephen Harper faisait campagne en promettant des baisses d'impôt pour les particuliers "d'abord" ? Au moins, les enjeux de la prochaine élection seraient clairs...
Mvastel@lesoleil.Com

Expatriation : Emplois à saisir... au Québec
Arnaud Gonzague
Le Nouvel Observateur jeudi 18 novembre 2004
La Belle Province ouvre grands les bras pour les «maudits Français», car elle aura beaucoup de postes à pourvoir dans les trois prochaines années. Mais attention, cet eldorado sélectionne les candidats. Qui devront être sensibles au charme rustique de ce pays vaste et prometteur
«Jamais le Québec n'a atteint un nombre aussi important d'emplois à combler.» Tabernacle! Le communiqué du ministère québécois de l'Emploi est formel: 655000 postes seront disponibles d'ici à 2007, dont presque la moitié sont des «nouveaux emplois engendrés par la croissance économique». Ce «sommet historique» est atteint au moment où, comme chez nous, les baby-boomers partent en retraite et où la relève est loin d'être assurée (l'indice de fécondité canadien compte parmi les plus poussifs d'Occident). Chimistes, architectes, avocats, ingénieurs civils, infirmiers, bouchers, pharmaciens, conducteurs d'autobus, gestionnaires... La liste des professions recherchées a de quoi faire saliver les jeunes Français empêtrés dans une conjoncture boudeuse. Chaque année, ils sont plus de 3000 à plier bagage et à émigrer vers ce nouveau monde francophone qui a tant à offrir.
Gildas Meneu est de ceux-là. Voilà huit ans que ce journaliste originaire de Saint-Brieuc est «tombé en amour» avec Montréal. «Cette ville cumule les qualités d'une métropole et celles d'une ville provinciale.» Exemple? A seulement 34 ans, il est propriétaire d'un trois-pièces de 100 mètres carrés situé dans le Mile End, quartier jeune et branché, pour lequel il débourse l'équivalent de 388 euros mensuels! Il possède une voiture qui lui permet, en moins de rien, «de [se] retrouver à la campagne pour déguster des produits du terroir». Comme beaucoup de Québécois, il termine son travail à 16h30 et «pousse» parfois jusqu'à 18h. Il a trouvé un marché de l'emploi souple, mais qui ne ressemble pas à la jungle darwinienne américaine. Car l'Etat providence québécois est de loin le plus protecteur du continent. Bref, à écouter Gildas, on se demande vite: où faut-il signer pour le rejoindre? Mais auparavant il faut se poser trois questions.
Etes-vous vraiment attendu?
Au Québec, les étrangers francophones sont particulièrement bienvenus car la province défend farouchement son identité linguistique contre le rouleau compresseur yankee. L'objectif de 30000 migrants annuels n'étant jamais atteint, il y a des places à prendre. Mais cela ne signifie pas que le premier Français venu puisse s'installer d'un claquement de doigts. Tout d'abord, il faut faire un choix: travailler temporairement ou s'installer pour la vie?
Dans le premier cas, il faut qu'un employeur québécois vous engage. Pas facile depuis la France... d'autant que l'entreprise devra entamer elle-même les démarches administratives. Elle doit notamment prouver aux autorités que votre profil est introuvable sur place et que, faute de candidats, elle ne peut faire autrement que de vous recruter! Dans les faits, certaines professions «en demande» ouvrent plus facilement les portes: les métiers du high-tech, des biotechnologies ou de l'informatique... (Listes sur le site Immigration Québec, voir encadré.) A noter pour les moins de 30 ans: il existe également des programmes spécifiques pour travailler, proposés notamment par l'Association France-Québec ou l'Office franco-québécois pour la Jeunesse.
Quant à ceux qui brûlent de devenir «résidents permanents» de la Belle Province, ils doivent s'attendre à un mini-parcours du combattant. En effet, les démarches d'installation sont longues, contraignantes et coûteuses. Cela afin de décourager les indécis. «Au total, il m'a fallu plus d'une année entre la première demande et le départ effectif», se souvient Jean-François Mart, montréalais depuis trois ans. Un célibataire doit verser près de 1300 euros (le double pour un couple!) en frais de dossier et en examens médicaux. L'hospitalité canadienne est regardante sur la taille du porte-monnaie, exigeant même en plus un pécule minimum sur le compte en banque: environ 1500 euros pour une personne seule.
Il faut également remplir un formulaire qui précise votre âge, votre cursus, votre niveau d'anglais... Trente points sont requis pour émigrer. La recette pour réussir? Avoir moins de 35 ans, un diplôme de troisième cycle en poche, parler couramment le français et un peu l'anglais. Certaines formations dites «privilégiées» permettent aussi de grappiller des points: chimie, physique, génie civil, mécanique, industrie, informatique ou encore orthophonie et études d'infirmière. On recherche également des architectes, designers ou traducteurs en langues rares.
Mais attention: si la liste des métiers «inadmissibles» (non exerçables par des étrangers) a disparu, certaines professions «réglementées» sont régies par des ordres professionnels québécois qui se livrent parfois à des sélections drastiques des candidats même réclamés par le marché du travail canadien (particulièrement pour les médecins, ingénieurs et architectes). Un refus ne vous empêchera certes pas d'émigrer... mais vous ne pourrez pas exercer sur place. Dur, dur! Le paradoxe, c'est que vous pouvez parfaitement figurer parmi les métiers «privilégiés» dont l'économie québécoise a besoin mais ne pas avoir le droit de le pratiquer!
Le paradis sur terre?
Tous les Français partis musarder au Québec en sont restés pantois. Mais quelle potion magique rend les Québécois si charmants? Même dans une ville gigantesque comme Montréal, les habitants sont souriants, attentifs et cordiaux. A la sortie d'une bouche de métro, levez le nez cinq minutes avec un air un peu perdu: un passant viendra vous proposer son aide. Inhabituel à Paris! Au supermarché, chez le «dépanneur» (l'épicerie du coin), ou dans le bus, les habitants aident spontanément. Sans le stress de nos grandes cités. «Au volant, ils roulent prudemment et il ne leur viendrait pas à l'idée d'agonir d'injures les autres», relate Jean-François. D'ailleurs, nos «engueulades» latines paraissent déplacées à ce peuple qui ne vit que pour le consensus. Tout comme nos incivilités bien franchouillardes (laisser une crotte sur le trottoir, chiper une place de parking...).
Mais la perfection n'est pas de ce monde. Et la vie au Québec diffère un peu de celle, mirifique, entr'aperçue par les touristes. «Je conseille toujours aux Français souhaitant émigrer de venir passer les cinq mois d'hiver», ricane Jean-François. Charmante sur les cartes postales, la saison hivernale québécoise est terriblement barbante. «Je ne connais aucun Français qui tienne plus de quatre hivers sans déprimer. Le blanc partout, la nuit qui tombe en milieu d'après-midi, ça lasse vite», soutient Alexandre Martin de Neufchâteau, conseiller bancaire, un Français qui a passé, lui, neuf hivers à Montréal. Autre détail qui compte: le quotidien gastronomique québécois... d'une platitude toute nord-américaine. Par ailleurs, la rustique simplicité des Québécois peut ravir... ou consterner. «Je souffrais terriblement de la pauvreté de la vie intellectuelle et culturelle», reconnaît Alexandre, qui est revenu en France en partie pour cette raison. Car la sophistication ou la «branchitude» ne sont pas le fort des Québécois, qui goûtent peu les ruminations abstraites, les références philosophico-littéraires et les grands concepts en «isme». «Le plaisir de discuter, de débattre et de s'engueuler est ce qui me manque le plus», confirme Gildas. On déconseillera donc l'expatriation aux citadins pur jus, vivant sous perfusion d'expos branchées, de théâtres, de librairies et de ballets de danse contemporaine. En outre, si le tutoiement est de rigueur, il faut se garder de confondre affabilité et réelle amitié, surtout au travail. «Les collègues sont très rarement des amis. Et vous avez beaucoup de mal à savoir ce qu'on pense vraiment de vous derrière les sourires», se souvient Alexandre.
De même, les relations entre hommes et femmes sont très égalitaires... mais plutôt distantes. Dans un pays où l'on se fait rarement la bise, elles ne reposent pas sur l'imbrication compliquée de charme et de domination qui fait le sel de la French seduction. La galanterie peut passer pour une démonstration de sexisme et la drague un peu appuyée pour de l'agressivité. D'ailleurs, les femmes ont tout autant le droit de draguer que les hommes... Du coup, il arrive aux femmes françaises de se sentir transparentes et aux mâles d'être carrément perdus!
Un pays pour self-made-men?
Enfin, gare aux erreurs de casting! Ceux qui se voient comme le personnage du film d'Elia Kazan, «America, America», émigrer vers le Nouveau Monde afin d'y faire fortune risquent de déchanter. Certes, le Canada est très nord-américain, les diplômes n'y ont pratiquement aucune importance et les employeurs laissent leur chance au premier venu. «Là-bas, vous pouvez être banquier un jour et devenir boulanger le lendemain», résume Alexandre. Certes, les «gens d'affaires» (entrepreneurs) peuvent rapidement mettre sur pied leur business, sans avoir à jongler avec notre fameuse «paperasserie».
Mais, premier hic pour les Rockefeller en herbe: la structure économique du Québec laisse bien peu de possibilités de faire fortune. «Les carrières et les salaires stagnent très vite, explique Alexandre. C'est un pays où la classe moyenne est vraiment majoritaire et les très riches peu nombreux. Je ne connais aucun self-made-man québécois. Ce genre de réussite économique n'existe pas plus dans la mentalité québécoise que dans celle des Français.» Et quand on lui demande de définir le Québec par rapport à la France, il lâche: «La vie y est plus facile mais aussi moins excitante.» Alors il prévient: «L'expatriation réussira surtout à ceux qui recherchent une meilleure qualité de vie et une petite existence bien rangée. Les dévorés d'ambition s'y embêteront.» A ces derniers, on conseillera plutôt un grand pays anglophone plus au sud sur la mappemonde...
A lire: «S'installer et travailler au Québec», par Laurence Nadeau, L'Express Editions, 19 euros. Absolument indispensable.
Les filières
Le site Immigration Québec : www.immigration-quebec.gouv.qc.ca
La Délégation générale du Québec offre des séances d'information, notamment à Paris: 66, rue Pergolèse, Paris-16e; tél.: 01-53-93-45-45. Site: www.mri.gouv.qc.ca/paris/index.asp
Association France-Québec, 24, rue Modigliani, Paris-15e; tél.: 01-45-54-35-37.
Site: www.france-quebec.asso.fr
Office franco-québécois pour la Jeunesse, 11, passage de l'Aqueduc, à Saint-Denis; tél.: 01-49-33-28-50. Site: www.ofqj.org

Bouclier antimissile
Washington baisse le ton :
Bush s'amènerait à Ottawa avec de bonnes nouvelles
Alec Castonguay
Le Devoir jeudi 18 novembre 2004
Ottawa - Alors que le président américain George W. Bush s'amène à Ottawa dans un «état d'esprit ouvert» et avec possiblement de bonnes nouvelles en poche pour sa première visite officielle au Canada dans deux semaines, le premier ministre Paul Martin doit composer avec une nouvelle frasque antiaméricaine de sa controversée députée ontarienne Carolyn Parrish.
La Maison-Blanche soulignait hier que le séjour de George W. Bush au pays les 30 novembre et 1er décembre prochains était «plus qu'une simple visite amicale» et qu'il y aurait des «discussions substantielles sur les priorités que les deux pays partagent», comme l'a expliqué hier après-midi le porte-parole du président, Scott McClellan.
Une séance d'information tenue à la Maison-Blanche avec quelques journalistes sur la visite de George W. Bush laissait voir une attitude d'ouverture et un optimisme certain de la part des officiels américains, selon le correspondant de CBC à Washington.
L'administration américaine aurait même baissé le ton hier sur le bouclier antimissile, alors que la décision du Canada de se joindre ou non aux États-Unis dans ce dossier est attendue depuis des mois maintenant. La Maison-Blanche «ne serait pas offusquée» si le gouvernement Martin tournait le dos à son allié, estimant que «le Canada doit emboîter le pas s'il se sent à l'aise», même si les Américains «espèrent que le Canada dira oui», selon des propos rapportés par la CBC. Le bureau du premier ministre Paul Martin a confirmé cette version hier.
Le ton aurait été aussi plus conciliant sur l'embargo partiel des exportations de boeufs qui continue à malmener les éleveurs de bovins au pays depuis l'annonce d'un cas de vache folle en Alberta il y a plus d'un an et demi. De bonnes nouvelles pourraient même être annoncées, dit-on. Le président Bush pourrait désigner le court chemin qu'il désire voir parcourir pour régler ce contentieux rapidement.
Par contre, aucun signal n'a été envoyé quant à l'épineux dossier du bois d'oeuvre. Paul Martin a déjà signifié qu'il en parlera à son homologue américain, tout comme du conflit sur le boeuf. La sécurité aux frontières sera aussi à l'ordre du jour, dit-on.
Les deux hommes prévoient également discuter de politique étrangère, le président Bush ayant promis en campagne électorale de réparer les ponts diplomatiques endommagés par la guerre en Irak. La Maison-Blanche a d'ailleurs choisi la date la plus rapprochée proposée par Ottawa pour la visite officielle du président.
Il semble que Washington remerciera le Canada pour son aide en Afghanistan et demandera qu'Ottawa ne délaisse pas son activisme sur la scène internationale malgré un gouvernement minoritaire qui l'oblige à garder les yeux sur sa politique intérieure. «Le Canada doit continuer à jouer un rôle important à l'étranger», selon les propos de la Maison-Blanche.
Le bureau du premier ministre Paul Martin a confirmé qu'il avait offert à George W. Bush de s'adresser au Parlement, comme le président mexicain Vicente Fox l'a fait récemment. La Maison-Blanche n'avait toujours pas accepté l'invitation hier soir.
Les trois chefs de l'opposition à Ottawa ont exprimé le désir de s'entretenir en privé avec George W. Bush, mais il était impossible hier de savoir si leurs requêtes seraient entendues.
Parrish dans une controverse
Ces bonnes nouvelles pour le gouvernement Martin ont toutefois été assombries par une autre controverse antiaméricaine déclenchée par la députée libérale Carolyn Parrish.
Dans le cadre de l'émission de télévision humoristique This Hour Has 22 Minutes présentée à l'antenne de CBC - l'équivalent de notre Infoman à Radio-Canada -, Carolyn Parrish se fait demander par l'animateur ce qu'elle pense de l'administration américaine. La députée reçoit alors une poupée à l'effigie de George W. Bush qu'elle jette par terre pour ensuite l'écraser sans ménagement, avec à la clé un grand sourire. L'émission doit être diffusée demain soir.
Un geste antiaméricain qui tombe à un bien mauvais moment pour le gouvernement Martin. Toute la journée, les collègues de Carolyn Parrish ont tenté d'éteindre le feu alors que d'autres se retranchaient derrière un «pas de commentaire».
Le ministre de l'Industrie, David Emerson, estimait que le gouvernement américain sait maintenant qui est Carolyn Parrish et n'en fait pas un grand cas. «C'est la continuité des commentaires qu'elle fait de temps en temps, a-t-il dit à sa sortie de la Chambre des communes après la période de questions. Je pense que l'administration Bush sait que notre gouvernement est profondément engagé à bâtir une alliance forte et positive avec les États-Unis. Je ne pense pas que Carolyn ou n'importe qui d'autre puisse changer ça.»
Le constat était plus sévère du côté du député libéral Roger Gallaway. «Personne ne va dire [que ces propos] sont un progrès, a-t-il lâché. C'est évident que c'est pathétique comme spectacle, mais je ne vais pas m'excuser pour elle. C'est vraiment un mauvais moment pour un tel geste.»
Jointe par Le Devoir, la principale intéressée a refusé de s'excuser, estimant qu'elle ne faisait que de l'humour. «L'émission m'a invitée à faire quelque chose de drôle et j'ai accepté, a-t-elle dit. C'est juste de l'humour, tout le monde regarde cette émission au Canada anglais et c'est drôle. Je ne pense pas que les Américains vont s'en faire avec ça.»
Et au caucus libéral, va-t-elle recevoir des critiques de ses collègues? «Peut-être des 10 % qui n'ont pas le sens de l'humour, pas plus», estime-t-elle. Le premier ministre, lui, ne l'a toutefois pas trouvée drôle. À son bureau, on souligne que Paul Martin «ne partage pas son humour» et que la députée «ne représente pas du tout l'opinion du gouvernement et du caucus libéral».
La députée libérale, réputée pour ne pas avoir peur de nager à contre-courant, n'en est pas à sa première controverse. Fortement opposée à la guerre en Irak et au projet de bouclier antimissile, Carolyn Parrish a déjà ouvertement traité l'administration américaine de «bâtards», de «coalition d'idiots» et George W. Bush de «va-t-en guerre».
«Nous savons tous qui est Carolyn Parrish, a lancé le chef conservateur Stephen Harper. La vraie question est: pourquoi Paul Martin laisse faire des choses comme ça à l'intérieur de son caucus?» Le premier ministre a par contre écarté hier la possibilité d'expulser Carolyn Parrish de son parti. Si les télévisions américaines s'emparent des images et que la controverse prend de l'ampleur, la situation pourrait changer.
La controverse autour de Carolyn Parrish a soulevé la question de l'accueil qui sera réservé par les députés à la visite de M. Bush compte tenu des nombreux différends entre les deux pays. En 1987, le député du NPD Svend Robinson avait chahuté le président américain Ronald Reagan à propos de son projet de... bouclier antimissile.
Jack Layton, le leader du NPD, a assuré que les temps avaient changé. Tous les partis ont promis un accueil «poli et respectueux» envers le président américain. Il pourrait toutefois en être autrement des manifestants, alors que des pacifistes promettent déjà d'exprimer leur frustration et leur opposition à la guerre en Irak à l'occasion de cette visite présidentielle, la première depuis le règne de George W. Bush à Washington.

Corridor Québec - New York : officiellement reconnu en 2005
François Normand
Les Affaires samedi 20 novembre 2004
Ce geste symbolique amènera le gouvernement américain à injecter des fonds pour améliorer les infrastructures de transport
Washington reconnaîtra dès l'an prochain le corridor commercial Québec - New York , ce qui permettra de financer la réfection et la construction d'infrastructures de transport dans l'État de New York avec des fonds publics américains.
C'est ce qu'a confirmé aux AFFAIRES Garry Douglas, président de la Chambre de commerce Plattsburgh-North Country, lors d'un colloque sur la sécurité transfrontalière, organisé par la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, le 12 novembre, à Montréal.
M. Douglas est très engagé dans ce dossier. Au fil des ans, il est souvent allé à Washington pour plaider en faveur d'une reconnaissance officielle du corridor, comme l'ont obtenu d'autres États. Selon lui, cette reconnaissance améliorera à terme la fluidité du commerce, car le gouvernement injectera des fonds spécifiquement pour améliorer ce corridor.
Françoise Bertrand, présidente de la Fédération des Chambres de commerce du Québec, est aussi de cet avis. Ce geste symbolique profitera à toutes les entreprises du Québec qui exportent aux États-Unis, sans parler de celles qui ont des activités dans l'État de New York.
Par exemple, une fois le corridor reconnu, le Canadien Pacifique (CP) aura accès à des fonds publics du gouvernement américain. "Ces fonds nous permettront d'investir dans notre réseau ferroviaire", dit la directrice des communications, Denyse Nepveu.
Dans l'État de New York, le CP exploite le Delaware & Hudson Railway. En 2003, la compagnie a investi 26 M$ en travaux de réfection sur ce réseau, mais seulement sur la portion entre la frontière et la capitale, Albany. Ce réseau relie Montréal et Toronto aux principaux centres du Nord-Est, soit Albany, New York, Buffalo, Newark et Philadelphie.
L'État de New York est le premier partenaire commercial du Québec aux États-Unis. En 2003, les échanges commerciaux ont atteint 9,8 milliards de dollars (G$). Sur ce montant, les exportations québécoises ont totalisé 7,8 G$, soit environ 15 % des exportations totales du Québec vers les États-Unis (53,4 G$).
Cinq priorités sont ciblées
Le projet de corridor Québec - New York est né d'une entente conclue en 2001 entre la Chambre de commerce Plattsburgh-North Country et la Fédération des Chambres de commerce du Québec.
Cinq secteurs prioritaires ont été ciblés : le transport et la frontière, l'économie, l'énergie, la technologie, ainsi que le tourisme et les événements sportifs internationaux.
Par exemple, en transport, la modernisation du poste frontalier Champlain-Lacolle est capitale. D'ici 2008, Washington investira 90 M$ US dans ces installations pour multiplier par quatre ou cinq sa superficie du côté américain. Il va sans dire que ces investissements profiteront aussi aux exportateurs québécois.
De ce côté-ci de la frontière, même si les gouvernements du Canada et du Québec ont investi pour améliorer l'accès au poste frontalier, il reste beaucoup à faire, estime Francoise Bertrand : "C'est certain qu'on doit faire mieux", dit-elle, en précisant que cela pourrait entre autres passer par la création de partenariats public-privé (PPP).
Aux États-Unis, il existe 43 corridors de commerce, dont sept touchent des régions du Canada, comme le corridor Québec - New York. Ces corridors ont été créés après l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange (ALE), en 1989, puis de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en 1994.
francois.normand@transcontinental.ca
EXPORTATIONS DU QUÉBEC AUX ÉTATS-UNIS
Proportion des Région exportations
Nord-Est 45 %
Centre-Sud (Texas, Floride et autres) 24 %
Midwest 23 %
Ouest 8 %
Source : Fédération des chambres du commerce du Québec, 2001

Stoolie: Canada pol in mob
GREG B. SMITH
DAILY NEWS November 18, 2004
http://www.nydailynews.com/news/crime_file/story/253857p-217343c.html
Alfonso Gagliano has held titles in Canada that include labor minister, deputy House leader, ambassador to Denmark and minister of public works.
In New York he held a different kind of title, according to secret FBI documents obtained by the Daily News: "made" member of the Bonanno crime family.
Gagliano was identified as a longtime soldier in the Bonanno crime family by Frank Lino, a former Mafia capo-turned-informer.
Lino is now cooperating with the FBI and federal prosecutors as they slowly take apart the mob family to which he once swore allegiance.
Gagliano's name surfaced as Lino described the Bonanno family's operations in Montreal, which has served as an outpost for the Brooklyn-based group for decades.
He said he and a group of top Bonanno gangsters traveled to Montreal in the 1990s to let the northern branch office know the family had a new boss, Joseph Massino.
The group met at a catering hall, and during the meeting, a Bonanno gangster, Joseph Lopresti, introduced Gagliano to Lino as a made man in the family, FBI documents state.
Lino made a point of telling the FBI that only actual members of the Bonanno family were allowed to attend the meeting at the catering hall. Associates were banned.
Gagliano attorney Pierre Fournier did not return calls seeking comment yesterday.
For years, Gagliano was a fixture in Canada's national politics, rising through the ranks of the Liberal Party.
But his most powerful position was undoubtedly Canada's minister of public works and government services, the office that oversees the Canadian mint and awards most of Canada's government contracts.
In that capacity, Gagliano found himself embroiled in a growing scandal over potential corruption in the awarding of contracts for government advertising.
In February, he was dismissed as ambassador.
There is an ongoing investigation into allegations that government funds were funneled to large contributors to the Liberal Party for no-work contracts.
Lino was shown an array of photographs and identified Gagliano, the FBI documents state.
When he began cooperating with the FBI, Lino admitted he was involved in six murders, several attempted murders, loansharking, extortion and gambling.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Une dette décentralisée
Christian Gagnon, Président régional, Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 18 novembre 2004
Les provinces ont réclamé depuis des décennies qu'Ottawa cesse de s'ingérer dans leurs compétences. Elles ont critiqué sur tous les tons la propension centralisatrice de fédéralisme tel que pratiqué par le Parti Libéral du Canada. Elles ont sans cesse réclamé plus de prérogatives. Les voilà enfin exaucées. Paul Martin leur cède plus que jamais une responsabilité dont la juridiction est clairement du ressort du gouvernement central : le remboursement de la dette fédérale!

TRIBUNE LIBRE
Similitudes...
Marie-Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE 18 novembre 2004
N.B. Je ne suis ni sociologue, ni politologue, ni historienne. Je suis simplement une citoyenne qui se pose des questions sur ce qui s'est passé dans les années soixante et ce qui se passe aujourd'hui. Je constate que le scénario est à peu près le même et je trouve cela inquiétant, navrant et surtout débilitant. Je crois bien sincèrement qu'on nous aveugle, qu'on détourne encore une fois l'objectif de l'indépendance au profit d'objectifs sociaux, bien que légitimes, qui n'ont rien à voir avec l'indépendance du Québec. Et Option citoyenne fait le jeu du fédéral comme l'a fait la révolution tranquille dans les années soixante i.e. porter l'aveuglement à son summum, à tel point que certains avaient oublié l'objectif initial qui était l'indépendance du Québec.
***
Dans les années soixante, le Québec s'est ajusté « aux normes mondiales » de l'époque, c' est ce que nous avons appelé la révolution tranquille. La mouvance patriotique, et surtout indépendantiste, se faisait de plus en plus pressante. Nous entrions dans un nouveau monde comme toutes les sociétés de l'époque, pas plus, pas moins. J'y étais.
Et curieusement, un sauveur nous était proposé : Jean Lesage. Un politicien directement propulsé et payé($$$) par Ottawa pour réaliser cette révolution tranquille où les nôtres aveuglés s'y sont précipités la tête la première. Nous avons assisté à des changements majeurs de notre société, principalement en éducation et en santé. Nous en avons parlé tant et tant, jusqu'à plus soif. Nous n'y avons vu que du feu sans plus nous poser de questions sur les conséquences de ces réformes. À tort ou à raison.
Ce n'est qu'aujourd'hui avec un certain recul que nous pouvons refaire le scénario de tous ces événements qui ont enflammé toute une génération. Et certains persistent dans leur aveuglement, puisque la révolution tranquille n'en a pas été une et n'aura été, à mon avis, qu'un ajustement aux normes mondiales de l'époque. Cette révolution a été conçue par le fédéral et ses propagandistes libéraux. Il connaissait bien les Québécois et encore aujourd'hui.
Depuis quelques années, je m'interrogeais sur cette insistance des médias parlés et écrits à nous entretenir à tous les jours, sur le système de santé, l'éducation, la justice, l'environnement, etc. comme à l'époque de la révolution tranquille et plus récemment, on fait dans le scabreux parce qu'il faut occuper l'esprit à autre chose qu'à l'indépendance. Et tout cela se fait dans le désordre le plus complet et sans de véritables consultations des citoyens. Les médias interrogent quelques personnes ou de pseudo-spécialistes, de préférence des journalistes dévoués à leurs patrons et voilà qu'on crie au consensus. Et nous sommes gouvernés depuis, par des consensus dont l'origine m'apparait assez suspecte.
Jean Charest tel Jean Lesage est un messager, un haut-parleur, une estafette du gouvernement fédéral. Il est en mission, cela est certain. D'ailleurs n'a-t-il pas dit au cours de la campagne électorale que le Québec referait une révolution tranquille? Il joue du chaud froid allant même jusqu'à condamner le gouvernement fédéral dans certains dossiers qui ne seraient pas assez asymétriques. Il joue au mécontent, et voilà que le gouvernement fédéral pour le récompenser, et donner bonne bouche aux souverainistes, l'autorise à représenter le Québec au Mexique, mais sous supervision de l'ambassadeur canadien, bien entendu. Il faut réaliser aussi que le gouvernement Charest est, à certains jours, coopératifs avec les syndicats qui, depuis l'an dernier ont été amadoués, il me semble. Jean Charest est un spécialiste de la douche écossaise. Il connaît bien cette méthode puisqu'il s'est nourri au fédéralisme unitariste canadian pendant des années. Jean Charest n'est pas le premier ministre du Québec, mais un envoyé du fédéral tels les Jean Lesage, les Gérin-Lajoie et autres piliers de la révolution tranquille.
Si vous observez bien ce qui se passe, vous vous rendrez vite compte que la gauche québécoise, telle la gauche des années soixante et soixante-dix, se fait manipuler par un certain discours propagé par les fédéraux, i.e. le vrai pouvoir que j'appellerais la cinquième colonne fédérale. Comment la gauche québécoise pourra-t-elle réaliser son programme si elle a les mêmes pouvoirs que les partis politiques officiels d'hier et d'aujourd'hui? Option citoyenne est la conséquence directe de tout ce tapage médiatique que nous avons connu depuis des années maintenant. Je les trouve assez naïfs ou bien très malhonnêtes. Comment madame David peut-elle penser agir dans le bon sens? Elle se fait manipuler par le fédéral. Comment des aveugles pourront-ils conduire d'autres aveugles? Je vous le demande.
Qu'avons-nous à l'horizon? À mon avis, on répétera le scénario de la révolution tranquille et nous continuerons à n'entendre parler que de « sôcial » sous la bienveillante tutelle du gouvernement fédéral qui a intérêt à nous entretenir dans tous ces débats. Pendant que le Québec francophone est en déroute, pour ne pas dire agonise, les fédéraux (Martin, Sheila, Harper, etc.) qui eux, savent mettre leur allégeance particulière de côté au profit de la canadianisataion du Québec, le sillonnent pour faire la promotion du fédéralisme en mettant sous le nez des Québécois affamés, les milliards accumulés sur le dos des contribuables québécois. La carotte! Pas encore le bâton, ce n'est pas nécessaire. Et que dire de l'affaire de l'aéroport de Pickering qu'on veut rouvrir, après avoir fermé l'aéroport de Mirabel. Il leur aura fallu près de trente ans pour détruire encore une fois le Québec dans ce dossier. Et il n'y a pas un jour où nous ne perdons pas de terrain à tous les points de vue. Et c'est le silence ici au Québec.
Pendant qu'on se déchirera au nom du social, le fédéral, et particulièrement Toronto avec la connivence du Parti libéral du Québec, videront le Québec de ses institutions, de sa culture et particulièrement de sa langue. Et nous applaudirons comme à la révolution tranquille quand la gauche québécoise obtiendra après bien des compromissions de médiocres victoires. Illusions! Illusions! Nous assistons présentement à la dernière étape d'un scénario fédéral conçu et réalisé, hélas par les nôtres.
Il y a bien d'autres similitudes, mais vous saurez bien les trouver vous-mêmes en réfléchissant un peu...
