Actualité







Gilles Duceppe d'un océan à l'autre : Le chef bloquiste retourne expliquer la souveraineté à l'extérieur du Québec

Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 3 novembre 2004

Ottawa - Fort de sa popularité dans le reste du Canada depuis le dernier débat des chefs électoral, Gilles Duceppe reprend son bâton de pèlerin et retourne expliquer la souveraineté et la mission du Bloc dans plusieurs provinces. Selon les informations obtenues par Le Devoir, le leader souverainiste à Ottawa partira pour une dizaine de jours au début du mois de janvier et portera son message à différents groupes, notamment des syndicats, des hommes d'affaires, des étudiants et des professeurs d'universités.

La date avancée pour lancer cette tournée «coast to coast» est le 10 janvier prochain, soit quelques semaines avant la rentrée parlementaire de février. «Le but est d'expliquer la mission et le rôle du Bloc, les particularités du Québec et l'option souverainiste», explique l'un des conseillers de Gilles Duceppe.

Les dates ne sont pas toutes arrêtées et les différentes rencontres restent à finaliser, précise Karine Sauvé, l'attachée de presse du chef bloquiste. Mais les conférences et les entrevues données par Gilles Duceppe devraient être courues, dit-on au Bloc. «C'est sûr que la popularité de M. Duceppe dans le reste du Canada depuis le débat des chefs pèse dans la balance, souligne Karine Sauvé. On a reçu des dizaines de courriels de partout, même d'aussi loin que la Colombie-Britannique.»

Effectivement, à la suite du débat en anglais au mois de juin dernier, Gilles Duceppe était soudainement apparu plus sympathique aux yeux de plusieurs Canadiens anglais. Plus de 150 courriels de partout au pays félicitaient la performance du chef bloquiste. Les sondages de la chaîne de télévision CPAC ont même fait apparaître la formation souverainiste sur l'écran radar des intentions de votes en Colombie-Britannique (3 %), au Manitoba (1 %) et en Saskatchewan (1 %), et ce, même si le Bloc n'y présente évidemment aucun candidat.

Avec cette popularité en poche, le Bloc ira donc rencontrer les gens à l'extérieur du Québec. C'est la troisième fois que Gilles Duceppe part en tournée pancanadienne de la sorte, mais la première fois depuis près de cinq ans. En 1998, puis en 1999, il avait rencontré des hommes d'affaires, des syndicats, des intellectuels et des étudiants, principalement en Colombie-Britannique, en Alberta et au Manitoba. Le même genre de rencontre est au menu cette fois, mais on dit que M. Duceppe pourrait aussi s'entretenir avec des représentants des différents gouvernements provinciaux.

Ce voyage va dans le sens du Plan d'action 2005 adopté au dernier conseil général du Bloc, il y a deux semaines. «Le message du résultat électoral, qui a vu élire 54 députés bloquistes, est d'une telle force qu'il nous faut le porter à l'étranger par le biais de missions au Canada, aux États-Unis et en Europe», peut-on lire dans le Plan.

Au Burkina Faso

Mais avant son départ pour le reste du Canada, le chef du Bloc québécois devra faire sa valise une première fois, puisqu'il se rendra à Ouagadougou, au Burkina Faso, à la fin du mois de novembre, dans le cadre du Sommet de la francophonie.

Gilles Duceppe a été invité par le premier ministre Paul Martin à assister à ce 10e Sommet de la francophonie les 26 et 27 novembre. «C'est la pratique courante d'inviter un membre de l'opposition pour accompagner un ministre ou le premier ministre lors d'un voyage officiel quand la Chambre siège, explique Marc Roy, le directeur adjoint des communications de Paul Martin. On a demandé au Bloc et ce sont eux qui ont décidé d'envoyer M. Duceppe.» Ce dernier sera accompagné de deux députés du Bloc qui n'ont pas encore été désignés.





Parti Québécois - coalition sous haute tension

Suis-je un « pur et dur »?

Daniel Gomez
Sociologue et membre des Intellectuels pour la souveraineté.
Le Devoir mercredi 3 novembre 2004

Réponse à Michel David - Le PQ ne devrait plus se présenter comme un parti de l'alternance, mais s'affairer à préparer l'indépendance du Québec

«Les nations naissent rarement dans la candeur. Je me suis souvent demandé si, toutes proportions gardées, le véritable coup d'État réalisé par Pierre Trudeau lors du rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982 n'était pas l'acte fondateur de la nation canadienne. L'histoire le dira. Créer une nation, c'est faire un geste volontaire, toujours dramatique et parfois violent. Les pragmatiques à eux seuls peuvent difficilement accoucher d'une nation.» (Christian Rioux, Le Devoir, le 10 octobre 2004.)

En lisant cette lumineuse déclaration de Christian Rioux, je ne peux m'empêcher de regretter que Pierre Trudeau n'ait pas été indépendantiste. Cet homme avait le sens de l'histoire et de la politique. Il avait un projet national et il l'a imposé, même si cela a été fait contre la volonté de près du quart de la population canadienne. Ce que l'histoire retient surtout de lui, c'est qu'il fut le fondateur du Canada moderne.

Il est vrai que les nations naissent rarement dans la candeur, et il faudrait avoir la cécité politique d'un Bernard Landry et des leaders «pragmatiques» du Parti québécois pour croire que 51 ou 52 % de OUI à un référendum suffirait pour obtenir une souveraineté tranquille. Or, derrière le «radicalisme» de Bernard Landry lors du dernier conseil national de son parti, radicalisme que semble déplorer Michel David, on reste toujours fidèle à la stratégie étapiste chère à Claude Morin, même si les éléments du «plan Landry» sont en effet un peu plus radicaux. Mais s'il n'arrive pas à sortir de l'obsession référendaire, ce plan a cependant un mérite : il devrait faire porter les prochaines élections exclusivement sur la souveraineté du Québec. Le PQ ne devrait plus se présenter comme un parti de l'alternance voué à gérer une administration provinciale. Il aura comme mission essentielle et presque exclusive de préparer l'indépendance du Québec. Fini, donc, le double discours et les appels pathétiques de Bernard Landry qui, lors des dernières élections, demandait aux fédéralistes de voter pour lui.

Pourquoi le pouvoir ?

Il est possible, comme le souligne Michel David, que cette stratégie donne le pouvoir aux libéraux ou au parti de Mario Dumont. Et après ? À quoi sert le pouvoir pour un parti souverainiste s'il ne peut réaliser ce pour quoi il a été fondé ? À faire avancer la cause, répondraient David, Lisée et Morin. À la lumière du catastrophique score de 33 % lors des dernières élections, il ne semble pas que la cause ait tellement avancé. Elle avance peut-être bien plus lorsque ce sont des fédéralistes qui s'embourbent dans la gestion d'une province, de moins en moins gérable. Un parti politique qui veut avoir une envergure nationale ne doit plus se compromettre dans une gouverne provinciale. C'est la conclusion à laquelle sont arrivés de plus en plus de souverainistes.

Plutôt que de les caricaturer en les qualifiant de «purs et durs», comme les médias et M. David tendent à le faire, il vaudrait mieux s'attarder sur leurs motivations et leurs calculs politiques. Pour ce courant à l'intérieur du PQ, il est clair que l'étapisme a donné ce qu'il pouvait donner. Il faut maintenant aller plus loin, ne plus permettre aux Québécois d'avoir «le beurre et l'argent du beurre», c'est-à-dire d'avoir un gouvernement souverainiste dans un système fédéral. Le dramatique taux d'abstention au dernier scrutin provincial est d'ailleurs la preuve que ce scénario semble lui aussi épuisé. Il est temps de revenir aux vrais enjeux : il en va de l'avenir même du mouvement indépendantiste.

Enfin, il n'est pas évident qu'une défaite à un troisième référendum ait des conséquences politiques si graves que ça. Pas plus graves en tout cas que la défaite électorale d'un parti indépendantiste. Au contraire, si la question est très claire et qu'une partie très importante de la population continue de dire OUI, le débat reste ouvert. Mais si, après 40 ans de militantisme, le OUI est très minoritaire, alors le débat sera déchirant et se fera à l'intérieur du mouvement souverainiste.





Parti Québécois - coalition sous haute tension

Lassitude et grande fatigue

Normand Carrier
Le Devoir mardi 2 novembre 2004

Lettres: Sainte-Julie, le 25 octobre 2004 - Un grand nombre de nos chroniqueurs et éditorialistes des différents journaux invoquent souvent une grande lassitude pour aborder la souveraineté et le référendum qui pourrait en découler, car le sujet est dans le paysage politique depuis 35 ans. Il est impérieux d'admettre que le sujet peut devenir lassant.

Force est d'admettre que tous les analystes politiques et citoyens entendent quotidiennement parler du système fédéraliste dans lequel nous vivons avec sa pléiade de problèmes depuis le début de la confédération. Comment expliquer que ces mêmes citoyens ne se lassent pas d'entendre parler du système fédéral et de toutes ses imperfections ? Il y a une très grande majorité de citoyens pour affirmer que le système fédéral ne fonctionne pas à la satisfaction des québécois. Aucun des trois partis n'exprime sa satisfaction et tous parlent de déséquilibre fiscal, de système de santé sous-financé et soumis à la loi fédérale sur la santé, d'intrusions continuelles dans les champs de compétence du Québec, d'autonomie insuffisante pour faire fonctionner notre gouvernement, de décisions et lois faites pour la majorité pancanadienne et de dysfonctionnement chronique de la fédération canadienne.

Depuis le début, cette fédération chancelle et se dégrade à plusieurs égards. Comment expliquer la grande patience des défenseurs de ce système boiteux depuis toujours et leur grande impatience envers une solution qui se nomme la souveraineté politique du Québec, car ils ont eu le fardeau de la preuve durant ces 137 dernières années ?





Commission parlementaire sur le projet de loi 61

L'Agence des PPP ne serait pas incontournable

Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 3 novembre 2004

Québec - Les ministères et les organismes publics ne seront pas contraints de recourir aux services de l'Agence des partenariats public-privé si un projet d'infrastructures nécessite des investissements de moins de vingt millions de dollars.

C'est ce qu'a indiqué la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, hier, à la sortie de la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 61 sur l'Agence des PPP. Cette décision, qui circonscrirait les pouvoirs de l'Agence, devra cependant faire l'objet d'un amendement au projet de loi. En effet, selon le libellé actuel, un organisme public «doit recourir aux services de l'Agence pour l'évaluation de la faisabilité en mode de partenariat public-privé de ses projets d'infrastructures, pour le choix de ses partenaires, ainsi que pour la négociation et la conclusion de ses contrats de partenariat».

Comme d'autres organismes avant elle, dont les municipalités, la Société de transport de Montréal (STM) a souligné hier que l'obligation de faire appel à l'agence des PPP pour tout projet entraînerait un «alourdissement du processus administratif» et des «délais importants dans la mise en place d'un projet». Seulement pour l'année 2005, 35 projets de la STM, d'une valeur totale de 312 millions de dollars, pourraient être soumis à cette obligation, a indiqué le directeur général, Pierre Vandelac. La STM conclut déjà des PPP pour ses activités commerciales et l'entretien d'une portion des abribus, par exemple.

L'exemple de la STM

Monique Jérôme-Forget a indiqué qu'il n'est pas «souhaitable» ou «nécessaire» pour un organisme public comme la STM de recourir obligatoirement aux services de l'Agence pour des projets de PPP d'une telle valeur. «On n'a pas besoin d'une agence pour faire un contrat de huit millions», a-t-elle dit. Les organismes publics et les ministères n'auront pas à se tourner vers l'Agence pour «les projets de huit, dix, douze, quinze ou vingt millions», a-t-elle ajouté à la sortie de la commission parlementaire. Les organismes pourront toutefois demander l'aide de l'Agence au besoin.

Le recours au PPP est étudié par le ministère des Transports et la STM pour le renouvellement des équipements du métro de Montréal. Ce projet, qui nécessite des investissements de 2,4 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, se retrouverait, lui, entre les mains de l'Agence si l'option du PPP était retenue. Or Bombardier Transport, qui a conclu des PPP dans plusieurs pays (pour l'entretien et le renouvellement du métro de Londres notamment), estime qu'un tel partenariat ne s'applique pas pour le renouvellement des infrastructures du métro de Montréal en raison de l'urgence de la remise à neuf des équipements. Le prolongement du métro ou celui du circuit des trains de banlieue seraient des projets plus intéressants à réaliser en mode PPP, a indiqué le président de Bombardier Transport (Amérique du Nord), William Spurr.

Québec devra délier les cordons de sa bourse afin de susciter un intérêt pour les PPP auprès des entreprises privées, croit Bombardier Transport. L'entreprise considère que les frais de préparation des soumissions à des projets de PPP devraient être remboursés par l'État, que l'entreprise soumissionnaire soit retenue ou non. Selon l'expérience de la compagnie, la préparation de soumission est complexe et entraîne des coûts qui peuvent varier entre cinq et dix millions de dollars. Sans le remboursement de ces frais, le gouvernement réduira l'intérêt des partenaires potentiels et, par le fait même, la concurrence, a souligné Bombardier.

Par ailleurs, l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec dit accorder un appui «conditionnel» au projet de loi 61. «Les PPP ne doivent pas être l'apanage des entreprises de grande envergure seulement», au détriment des PME, a prévenu son président, Jean-Maurice Forget. Selon lui, les entreprises québécoises, dont les capacités financières ne sont pas celles des multinationales, devraient aussi profiter des PPP. «Il faut prévoir un mécanisme qui obligerait les partenaires qui auront à se procurer des biens, des services, de l'expertise, à le faire au Québec afin d'encourager les gens de chez nous», a dit M. Forget.





Commission parlementaire sur le projet de loi 61

Les inévitables enjeux éthiques

Yves Boisvert
Laboratoire d'éthique publique de l'École nationale d'administration publique et de la chaire Fernand-Dumont (INRS) Allison Marchildon
Laboratoire d'éthique publique de l'École nationale d'administration publique et de la chaire Fernand-Dumont (INRS)
Le Devoir samedi 30 et dimanche 31 octobre 2004

Le projet du gouvernement Charest pose une foule de questions pour lesquelles nous n'avons pas encore eu de réponses

La commission parlementaire concernant la loi sur l'Agence sur les partenariats public-privé (PPP) qui se déroule à l'heure actuelle vient confirmer ce que plusieurs soutenaient officieusement. En effet, il devient maintenant clair que la création de PPP constitue le changement majeur autour duquel s'articule la «réingénierie» de l'État québécois annoncée par le gouvernement Charest depuis son élection, en avril 2003.

Cette commission accentue aussi les insatisfactions liées à l'absence de consultation publique autour de la question des PPP. En effet, sur le fond, force est de constater que nous sommes maintenant devant un fait accompli, sans qu'il y ait eu de débat public préalable.

La marge d'intervention des citoyens se limite donc à la forme : comment les PPP seront-ils réalisés ? La question est tout de même pertinente si on considère que de tous les changements envisagés par le gouvernement dans le cadre de sa «réingénierie», c'est probablement celui qui porte le plus d'enjeux éthiques potentiels. En 1997, l'OCDE avait d'ailleurs souligné l'importance des implications éthiques qui émergeaient lorsqu'une administration publique nouait des liens plus étroits avec le secteur privé, de même que la nécessité de mettre en place les dispositifs nécessaires pour en minimiser les conséquences fâcheuses.

Ainsi, à défaut de soumettre la question du «pourquoi» des PPP à la consultation publique, ce qui en soi pose problème d'un point de vue à la fois démocratique et éthique, un vrai débat public sur le «comment» des PPP ne saurait en ignorer les implications éthiques.

Nous livrons donc ici un aperçu des principaux risques éthiques potentiels des PPP afin d'élargir et d'alimenter le débat actuel. Ces risques nous ont été signalés par des chercheurs et des praticiens qui ont réfléchi ou qui sont interpellés par la question, et ce, dans le cadre d'une recherche exploratoire que nous avons menée sur le sujet au cours de la dernière année.

Quels risques éthiques ?

Bon nombre des risques éthiques reliés aux PPP sont susceptibles d'être présents avant même que des partenariats ne soient effectivement conclus. On s'interroge d'abord sur les critères de création d'un PPP ou d'appels d'offres : le gouvernement se laissera-t-il guider par des analyses et des critères objectifs plutôt que par des convictions idéologiques lorsqu'il déterminera si un partenariat dans un domaine particulier est nécessaire ou pertinent ?

Une fois que la décision de créer un partenariat dans un secteur donné sera prise, tiendra-t-il compte des critères plus larges que des critères économiques (environnement, sécurité, conditions de travail, etc.) dans ses appels d'offres ? S'assurera-t-il de s'adresser à un bassin de partenaires potentiels suffisamment grand et non de préorienter ses appels d'offres vers une petite poignée de firmes déjà ciblées ? Dans la négative, il y aura alors risque non seulement d'engendrer des processus d'appels d'offres discriminatoires mais surtout de créer des partenariats sans plus-value, tant économique que sociale, pour la population québécoise.

L'attribution des contrats s'avère elle aussi truffée de risques éthiques potentiels. En effet, le gouvernement saura-t-il mettre en place des règles claires favorisant l'équité et la compétence pour guider le choix de ses partenaires futurs ? Sera-t-il en mesure de justifier à la population ses choix de partenaires, conseillers ou sous-traitants, et ce, en toute transparence, plutôt que de faire ces choix de façon et pour des raisons obscures ? À défaut de le faire, c'est ici l'intégrité des décideurs et la rigueur des décisions qui seront mises en doute.

Cela pourrait même aller plus loin et se traduire en trafic d'influence, en détournement des procédures administratives, en conflits d'intérêts ou en corruption blanche si des règles d'attribution des contrats et de reddition de comptes sur les choix des partenaires ne sont pas mis en place afin d'éviter que ce ne soient les amis du parti qui bénéficient des contrats de PPP.

La politisation croissante de la fonction publique, et par conséquent l'ingérence de plus en plus grande des acteurs politiques dans les processus décisionnels, porte à croire que ces risques pourraient être très présents dans l'attribution des contrats de PPP. De la même façon, la délégation accrue de pouvoirs aux élus municipaux pourrait entraîner le même effet lors de l'attribution des contrats au niveau municipal.

Partage des responsabilités

Ceci étant, d'autres risques éthiques peuvent se poser lors du partage des compétences et des responsabilités entre l'appareil public et ses partenaires privés.

Par exemple, il est possible que les entreprises du secteur privé soient intéressées à prendre en charge uniquement les services lucratifs, à faible niveau de complexité, et destinés à la majorité de la population, délaissant ainsi les services s'adressant à de petites clientèles (des cas lourds et complexes ou des clientèles situées en région éloignée). Le gouvernement acceptera-t-il que s'établisse une telle logique partenariale à deux vitesses ? Si tel est le cas, on peut s'attendre à ce que les valeurs d'équité, de justice et d'universalité qui guident à l'heure actuelle la prestation de services à la population soient de plus en plus esquintées à l'avenir.

À l'inverse, le gouvernement laissera-t-il à des entreprises privées le soin d'assurer certaines activités névralgiques (on peut ici penser à la gestion des eaux ou des banques de données informatiques) ? Une telle situation pourrait toutefois poser un problème du point de vue de la sécurité, de la confidentialité ou de la protection de la vie privée. Mais elle pourrait aussi entraîner une perte de compétences à l'interne de l'appareil public, ayant pour effet de créer une fragilité et une dépendance à long terme envers les entreprises privées afin d'assurer certaines fonctions pourtant essentielles ou particulièrement délicates.

On peut même aller plus loin et se demander ce qui se passera en cas d'échec ou de dérapage de la part d'un partenaire privé : celui-ci sera-t-il imputable ou est-ce l'institution publique partenaire qui devra porter l'odieux des crises et des problèmes ? Cette éventualité laisse planer le risque non négligeable d'une préséance des intérêts particuliers des partenaires privés sur l'intérêt public, ce qui sera accentué si des attentes claires et explicites envers ces partenaires ne sont pas établies dès le départ.

Les travailleurs

Il ne faudrait pas oublier les travailleurs du secteur public qui auront à interagir de façon croissante avec les partenaires privés. Ils feront nécessairement face à des situations totalement inédites. D'abord parce que leur rôle changera considérablement : auparavant exécutants, ils deviendront de plus en plus responsables de la coordination et de l'évaluation du travail des partenaires privés.

Cela appelle un questionnement : le gouvernement leur donnera-t-il la marge de manoeuvre nécessaire pour assumer ces fonctions, de même que les outils pour développer ces compétences ? Dans la négative, les fonctionnaires risquent fort de se sentir peu appuyés et peu respectés par leur employeur, ce qui aura nécessairement des répercussions sur la réalisation du travail.

Par ailleurs, ces nouvelles situations appelleront les fonctionnaires à devoir à la fois collaborer étroitement avec le partenaire privé et garder avec lui une distance nécessaire pour éviter la collusion. Le gouvernement saura-t-il inclure les fonctionnaires dans les réflexions qui entourent la création des PPP et les sensibiliser à leurs implications éthiques afin de les aider à maintenir cet équilibre fragile ? En effet, l'intégrité des fonctionnaires sera mise à rude épreuve par la création de PPP et il ne sera pas toujours facile pour eux, dans ce nouveau contexte, de défendre l'intérêt public et les autres valeurs de l'administration publique dont on leur demande d'être les représentants.

Équité, rigueur et transparence

Bref, les PPP sont truffés de risques éthiques potentiels. Pour les répondants à notre étude, la saine gestion de ces risques éthiques passe en général par des façons de faire, des stratégies et des dispositifs inspirés par l'équité, la rigueur et la transparence. Et cela touche tant les administrateurs publics et les hauts fonctionnaires que les fonctionnaires provinciaux, les fonctionnaires municipaux et les partenaires privés.

Pour l'instant, tout ce que le gouvernement nous propose en la matière, c'est une agence sur les PPP dont le mandat est surtout d'ordre technique et opérationnel. Et dans le débat qui entoure sa création, il semble vouloir évacuer les questions éthiques avec lesquelles cette agence devra aussi composer, tout comme il a évacué toute la question du «pourquoi» des PPP.

Si tel est le cas, il y a de fortes chances que les risques que nous avons soulevés ici (ainsi que les nombreux autres qui émergeront puisque notre liste est loin d'être exhaustive) ne soient pas traités adéquatement, c'est-à-dire dans une perspective de prévention. En bout de piste, cela entraînera des répercussions inévitables -- et, dans certains cas, graves -- sur l'étendue et la qualité des services rendus à la population québécoise.





Ottawa créera un réseau de garderies avec les provinces

Québec refuse de parapher l'entente intervenue hier

Sylvain Larocque, PC
Le Devoir mercredi 3 novembre 2004

Ottawa - Le gouvernement de Paul Martin et les provinces en sont venus hier à un accord de principe sur la création d'un réseau pancanadien de garderies, mais le Québec a refusé de signer.

À sa sortie d'une conférence fédérale-provinciale sur le sujet, le ministre québécois de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a expliqué qu'il s'attendait à recevoir des garanties de financement «sans condition» de la part d'Ottawa, mais en vain.

«C'est pourquoi nous tenons un point de presse distinct», a-t-il déclaré. C'est la première fois, depuis l'élection du gouvernement libéral de Jean Charest en avril 2003, que le Québec reste à l'écart d'un accord fédéral-provincial.

Quelques minutes plus tôt, le ministre fédéral du Développement social, Ken Dryden, avait pavoisé devant les journalistes en compagnie de ses homologues des autres provinces. «Je suis très heureux de vous informer que nous en sommes venus à une entente qui jette les bases d'un nouveau système national d'apprentissage et de garde d'enfants», a affirmé M. Dryden.

Les provinces et les territoires, à l'exception du Québec, ont accepté les quatre principes que veut imposer Ottawa dans la mise sur pied du futur réseau: la qualité des services, l'«universalité inclusive», l'accessibilité et la contribution au développement de l'enfant.

Le gouvernement fédéral a aussi réussi à inscrire à l'entente l'obligation pour les provinces d'atteindre des objectifs mesurables et de rendre des comptes à cet égard. En revanche, les provinces disposeront d'une marge de manoeuvre pour adapter les services à leurs besoins.

Aux fins de l'accord, Ottawa compte verser aux provinces, en cinq ans, cinq milliards de dollars, dont un milliard dès l'an prochain. La part du Québec serait de près du quart de ce montant, soit environ 1,25 milliard. Les provinces n'auront pas à investir elles-mêmes pour toucher l'argent, mais elles devront s'engager à respecter les principes convenus hier.

C'est ce qui pose problème à Québec. «On a déjà un service de qualité qui est universel, alors on ne voit pas pourquoi on ferait de la reddition de comptes, a souligné le ministre Béchard. On l'a dit: nous voulons l'équivalent [financier] de ce programme-là, qui sera versé sans aucune condition. On n'a pas l'intention de rendre de comptes. Nous allons participer pleinement et entièrement [à l'accord] quand nous aurons pleinement et entièrement cette assurance-là.»

Mais même s'il n'a pas signé le communiqué conjoint, Claude Béchard n'a pas claqué la porte de la réunion. «Le gouvernement fédéral ne m'a pas dit non», a-t-il relevé. Le ministre a ajouté qu'il était encore trop tôt pour prévoir si le concept de «fédéralisme asymétrique», cher au gouvernement Charest, allait pouvoir fonctionner dans ce secteur.

Pour expliquer son refus de s'engager à l'égard de la revendication québécoise, le ministre Dryden a soutenu que les discussions d'hier ne concernaient pas l'aspect financier. «On en parlera à la prochaine rencontre [en janvier]», a-t-il répété plusieurs fois. L'ancienne vedette du hockey a néanmoins reconnu que le Québec respectait déjà les quatre principes que veut imposer Ottawa.

Autres provinces

Les versements fédéraux doivent servir à créer des places abordables en garderie, mais aussi à former les éducateurs. Les ministres de l'Ontario et de la Saskatchewan ont précisé que le futur programme leur permettrait de doubler le nombre de places en garderie dans leur province. Elles n'ont toutefois pas pu dire combien coûteraient ces places subventionnées aux parents. À l'heure actuelle, le tarif des services de garde dépasse 20 $ par jour à l'extérieur du Québec.

Quant au ministre Béchard, il a rejeté l'idée d'utiliser les fonds fédéraux pour ramener à 5 $ par jour le tarif des garderies subventionnées au Québec. «Ça, c'est un choix qu'on a fait», a-t-il répondu, rappelant que les garderies à contributions réduites n'atteignent que la moitié des enfants québécois et que certains parents choisissent d'autres options.

Par ailleurs, M. Béchard a admis qu'il n'avait pas encore soulevé avec son homologue fédéral la question des déductions fiscales pour services de garde, qui coûtent moins cher à Ottawa en raison des tarifs moins élevés des garderies québécoises. «Nous voulons toujours régler ça», a-t-il assuré.





Ottawa créera un réseau de garderies avec les provinces

Sans conditions

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 3 novembre 2004

Asymétrique. Voilà ce que doit être la particularité du programme national de garderies que s'apprête à financer le gouvernement fédéral. Le cas du Québec se doit d'être traité à part des autres provinces pour des raisons évidentes. Avec bientôt 200 000 places subventionnées dans des garderies, les priorités en matière de soutien aux familles sont ailleurs, mais le Québec ne doit pas être privé de sa part de l'argent de ce programme pour avoir été à l'avant-garde dans ce domaine.

Cette position est celle qu'a défendue hier à Ottawa le ministre de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, avec laquelle tout le monde au Québec sera d'accord. En apparence, même la ministre fédérale des Relations fédérales-provinciales, Lucienne Robillard, abonde en ce sens, ne pouvant nier que les politiques sociales relèvent de la compétence exclusive des provinces. Mais encore faut-il conclure une entente, ce qui pourrait être plus difficile qu'il n'y paraît à première vue.

La première difficulté qui pourrait survenir sera de nature politique. Après l'accord particulier obtenu par le Québec en matière de financement de la santé, le mot «asymétrie» est devenu suspect à plusieurs au sein même du Parti libéral du Canada. Ne serait-ce que pour cette raison, l'entente que pourra proposer Mme Robillard au Québec ne pourra guère s'écarter du cadre général du programme proposé. M. Béchard insiste pour qu'on ne lui impose aucune condition, comme le premier ministre Paul Martin l'avait promis en campagne électorale au mois de juin dernier, mais cela reste à voir. Et tant qu'il n'aura pas vu, le Québec fait bien de ne signer quoi que ce soit, ce qu'il a fait hier en restant en marge des autres provinces qui venaient d'accepter les quatre grands principes qui seront à la base du programme.

Le Québec, comme les autres provinces, ne doit surtout pas précipiter la conclusion d'un accord. Il faut faire attention à ce à quoi on s'engage. Certes, la nécessité de mettre sur pied un réseau national de garderies ne fait pas de doute. Un récent rapport de l'OCDE a illustré à quel point le Canada, à l'exception du Québec, est en retard sur la plupart des autres pays développés. Le ministre fédéral du Développement social, Ken Dryden, disait il y a quelques jours que la création d'un réseau national de garderies est un projet aussi nécessaire et aussi ambitieux que pouvait l'être il y a 40 ans la mise sur pied d'un régime national d'assurance maladie.

Justement, sachant les problèmes qu'occasionne maintenant le financement de notre système de santé, les provinces doivent exiger d'Ottawa des garanties quant à la pérennité du financement fédéral. Arrivera-t-il ce qui est arrivé pour la santé ? Aujourd'hui, Ottawa propose aux provinces de leur donner un milliard par année pendant cinq ans sans contrepartie financière de leur part. On peut imaginer que, lorsque viendra le temps de renouveler ce programme, le gouvernement fédéral diminuera sa contribution tout en posant des conditions quant aux investissements qui seront exigés des provinces. Le scénario est bien connu. La prudence s'impose.

bdescoteaux@ledevoir.ca





fédéralisme asymétrique

A historic deal?

James Ferrabee, National Post
National Post November 3, 2004 Wednesday

MONTREAL - The term "asymmetrical federalism" is difficult to get the tongue around. For many people, it is even more difficult to understand. For still others who do understand it, it is an idea they have fought against all their lives.

"Asymmetrical federalism" means unbalanced federalism. Put another way, the asymmetry is that the same size does not fit all provinces, as it does by contrast in a symmetrical federalism. The term first appeared as a catchword in federal-provincial relations in the 1960s, when prime minister Lester Pearson was negotiating with the Quebec government headed by premier Jean Lesage (they are the folks who brought the "quiet revolution" to that province).

Lesage's slogan was "maitres chez nous" (masters in our own house). It caught the sense of Quebecers' desire to show the rest of the country that they could run their own affairs, if Ottawa would only let them.

Up to that time, Ottawa had been determined to keep the federal government's hand on the levers of power, making agreements with the provinces only if all the provinces were treated the same way. In other words, Ottawa upheld symmetrical federal-provincial relations.

When Pierre Trudeau succeeded Lester Pearson as prime minister, asymmetrical federalism became a banned phrase. Trudeau firmly maintained that neither Quebec, nor any other province, could "opt out" of federal-provincial programs or negotiate side deals with Ottawa. Jean Chretien followed Trudeau's line of thinking.

Most famously, both opposed the Meech Lake Accord negotiated by Conservative Prime Minister Brian Mulroney in the 1980s. They believed it gave Quebec special status to opt out or make side deals with Ottawa, and that did not fit their conception of how the Canadian federation should work.

Clearly, Prime Minister Paul Martin sides with Lester Pearson and Brian Mulroney more than he does with Pierre Trudeau and Jean Chretien when it comes to the kind of federalism he prefers. And evidently Quebec Premier Jean Charest knew this when he pressed for and won a side deal for Quebec in the latest medicare agreement. It may prove to be either a new departure in federal-provincial relations or a short diversion from the standard practice, like the pact Quebec made with Pearson 40 years ago.

The Pearson deal allowed Quebec to opt out of the Canada Pension Plan (then being initiated) and instead to set up its own fully funded pension plan with its own investment agency to administer it, the Caisse de depot et placement du Quebec. More commonly known as "the caisse," it is the richest and most influential pension fund in Canada and, with $108-billion in assets under administration, is a major force in the investment community throughout North America and round the world.

First and foremost, the caisse provides a pension for Quebecers, who contribute to the plan during their working years. Someone who has paid into the plan for 25 or 30 years, for example, can expect about $450 to $500 a month from age 60, and more if they keep working until they turn 65.

The caisse's policies and actions, though, have involved it in dozens of controversies during the last 40 years. Its interventionist policy has raised strong criticism in the financial community when it has steered its hefty resources to help or rescue companies that are big employers in Quebec or considered to be strategically important to the province. And its real estate deals have bubbled into heated debates between the caisse's directors and its critics. One such deal is the purchase of the Ritz Hotel in New York.

But the caisse has showered recognition on Quebec from financiers and investors around the world, as well as handing Quebecers of retirement age a healthy financial dividend.

What can we expect from the new side deal Mr. Charest has made with Mr. Martin? One certainty is that Quebec will become a centre for experimentation, with the public and private sectors competing to deliver medical services. Quebec already has more private clinics than any other province, and more are opening up weekly.

Charest and his government have not officially committed themselves to a new private-public model for the delivery of medical care services like the system operating in the United Kingdom. But two new super-hospitals have been approved for Montreal. And the provincial government's decision about whether they will be built with public or private monies, or a combination of both, will send an important signal to Quebecers and the rest of Canada.

A year from now, the recent pact between Quebec and the federal government will have matured. Only then will we know whether the new agreement is as revolutionary for the delivery of medical services as the breakthrough in the 1960s that allowed Quebec to have its own pension fund.





Funeste glissade de Radio-Canada?

CLAUDE JASMIN, Écrivain
Le Devoir mercredi 3 novembre 2004

La télévision publique et la radio publique ont été détournées de leurs rôles - Funeste glissade de Radio-Canada?
La société a mis la hache dans la culture pour passer au divertissement


J'ai déjà déclaré publiquement (à Bernard Derome) que le réseau français de Radio-Canada fut le vrai et courageux premier pionnier («l'indispensable détonateur») de notre salutaire Révolution tranquille. En cet automne 2004, je constate qu'il y a eu glissade fatale, que la télé publique et la radio publique se sont détournées de leurs rôles fondamentaux, de leurs fonctions normales, de leur orientation valeureuse comme de leur nécessaire mission culturelle. Jadis, on admettait volontiers que le réseau public offre aussi du divertissement. Variétés et jeux questionnaires populaires servaient à fidéliser une partie de l'auditoire.

Maintenant, constatation affreuse et déception effarante, c'est la débandade : tout est aux (nécessaires) divertissements et presque plus rien à la culture. Et notre CRTC, lui-même mollasson en déliquescence, ronfle, surveillant qui «dort au gaz».

Les dirigeants actuels de Radio-Canada s'affaissent, rendent les armes, baissent lâchement les bras. Volontiers, ils se prostituent carrément. Putains du populisme, à ne pas confondre avec le populaire. Pour la littérature, les arts plastiques, la danse, le concert ou la dramaturgie, il faudra repasser. Les directeurs actuels de Radio-Canada crachent là-dessus. La culture est devenue encombrante chez les programmateurs vendus aux fadaises et aux niaiseries.

On ferme ! Voilà le moto des inconscients impuissants aux commandes des ondes publiques, propriété pourtant publique des contribuables. Ce sont au moins (pour tout le réseau français) 300 millions de dollars de nos taxes et impôts que l'on brûle sur leur autel sacré des «crottes» d'écoute. Fermeture de l'active (ailleurs) vie culturelle à Radio-Canada : une honte, une imposture, navrante situation. Un cloaque nauséabond et pour les créateurs et aussi pour les jeunes créateurs des relèves. Aussi pour les publics variés et intéressés. Ce mépris du public est un lierre qui se répand davantage saison après saison. La déréliction en ce monde des ondes publiques s'enfle, la situation grossit, marais pestilentiel, affreux désert gagnant sans cesse du terrain année après année.

Il faut en alerter les représentants, élus par nous, de tous les ordres de gouvernement. En sont-ils scandalisés ? J'ose le croire, Par exemple, une Liza Frulla (qui fut une excellente ministre de la Culture à Québec), ô espoir !, déclarait récemment qu'elle s'interroge actuellement. À Radio-Canada, le vrai boss de ces dirigeants inconscients se nomme «démagogie humoristique pour public à abuser et à aliéner». La cible recherchée ? Plus de publicité avec réclames commerciales (observez bien) jusque «pendant» les génériques, ce qui illustre le mépris écoeurant des dirigeants actuels pour les équipes d'artisans et de techniciens. Une grossièreté encore jamais vue !

Un seul exemple de la dégradation actuelle ? Avant la télévision, dans les années 50, Radio-Canada invitait le talent en friche, la jeunesse, cela s'appelait Nouveautés dramatiques. Un Guy Beaulne (après Guy Mauffette) donnait leur chance à des débutants, les Yves Thériault, Hubert Aquin, Claude Gauvreau, Jacques Languirand -- et moi aussi -- et j'en oublie. Les jeunes auteurs pouvaient ainsi tenter de faire s'épanouir leur besoin de créer, de communiquer, de s'exprimer sur nos ondes publiques. Cela se faisait encore un peu il n'y a pas très longtemps. C'est terminé. Radio-Canada a mis la hache dans «la culture qui se fait», comme dans celle qui est classique ou d'avant-garde. C'est infiniment regrettable. Viendra-t-il quelqu'un de responsable pour stopper l'hémorragie ? Qui ? «Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?»





Colonisés à ce point ?

Michel Vastel
Le Soleil mercredi 3 novembre 2004

Je dois être dans le 49,9 % de Québécois qui en ont ras-le-bol d'entendre parler des élections américaines. Un pays qui n'est même pas foutu de fabriquer son vaccin contre la grippe peut-il être aussi important que cela pour nous ?

Envoyés spéciaux, cahiers spéciaux, émissions spéciales, "le monde retient son souffle"... Give me a break ! Et c'est la semaine que le gouvernement du Canada a choisie pour décriminaliser la possession d'un petit joint de marijuana ! On en a bien besoin en effet, ce matin, depuis que nous nous sommes réveillés avec un président des États-Unis qui ne connaît même pas le nom du ministre de la Défense du Canada... (Vous non plus ? Réponse (1) à la fin de cette chronique).

Puissants les États-Unis ? Dans la dizaine de pages du National Post consacrées aux élections présidentielles, les publicités sont celles de BMW, Infiniti, Lexus, et des montres Gucci ! Et mon vendeur de char préféré - importés, bien entendu, le char et le vendeur - suggère que c'est l'absence du hockey qui amène les réseaux canadiens de télévision à accorder tant d'importance à un événement qui ne changera pas grand-chose à notre vie. Le hockey non plus, lui ai-je fait remarquer !

Si, au moins, notre pays pouvait être le 5e État de l'Amérique. Nous aurions une cinquantaine de grands électeurs, comme la Californie. Nous aurions certainement eu, plusieurs fois et d'une mer à l'autre, la visite du président et du sénateur. On parlerait de nous dans le Washington Post et nous pourrions élire notre gouverneur plutôt que de nous le faire imposer par la reine d'Angleterre.

Nos planches de bois et nos retraités ne seraient plus bloqués à la frontière. Notre unique vache folle serait oubliée depuis longtemps. Nous aurions des hélicoptères tout neufs. Nos sous-marins ne prendraient pas l'eau. Et Bombardier ne se plaindrait pas que le pays soit trop petit pour le troisième fabricant d'avions civils au monde.

Fini le déséquilibre fiscal et les interminables palabres sur la péréquation. Le financement de la santé ? Faudrait voter pour Kerry pour en parler. Il n'y aurait peut-être même plus d'indépendantistes au Québec : à moins d'une secousse tellurique, le Québec ne peut pas se séparer de l'Amérique !

Ce serait le bonheur total. Peut-être même que c'est nous qui aurions fait pencher la balance électorale en faveur de... (Ici, inscrivez le nom du gagnant de la nuit dernière). Le chroniqueur du New York Times se serait installé à Drummondville pour passer la soirée électorale avec ces indigènes qui parlent la même langue que de Villepin, tandis que celui du Washington Post aurait passé la nuit dans un motel de Wayburn... (Vous ne savez pas où ça se trouve ? Réponse (2) à la fin de cette chronique).

Bien sûr, le monde nous haïrait. Jacques Chirac nous bouderait. Peut-être même que ben Laden nous montrerait du doigt. Qu'importe puisque nous ferions partie du plus grand pays au monde. Cela vaut bien le "plus meilleur" en passant. Et se faire haïr, c'est tout de même mieux que d'être ignoré.

Évidemment, le Canada n'existant plus, les Torontois et les New-Yorkais voyageant à l'étranger ne pourraient plus coudre des feuilles d'érable sur leur sac à dos pour faire croire qu'ils ne sont pas Américains.

Comme les gens de l'Ohio ou de la Floride, j'en ai ras-le-bol de cette orgie d'articles sur l'humeur des gens de plantation (ça, c'est en Floride). Est-ce que CNN fait des émissions spéciales sur les élections canadiennes ?

La seule fois où c'est arrivé - et encore ce n'était pas vraiment une "spéciale" mais plutôt une série de bulletins spéciaux - c'était en octobre 1995, quand les Américains ont cru que le Canada allait disparaître. Mais pour nous, Canadiens, il n'y avait rien d'autre à la télévision, hier soir, que les élections américaines... Heureusement qu'il nous restait quand même Télé-Québec et la période des questions à l'Assemblée nationale !

Puisque nous ne sommes pas Américains - pas encore... - nous nous sommes réveillés ce matin avec une gueule de bois digne d'un lendemain de gala de l'ADISQ. George W. et John F. s'accusent mutuellement d'avoir snobé le party de l'autre. Pourtant, ils n'avaient que 50 minutes d'avion à faire pour se serrer la main. Le président est vite rentré à Washington, comme s'il avait peur de se faire piquer sa Maison-Blanche.

George W. Bush est toujours "M. le Président". Il le sera pour le restant de ses jours. Mais si John F. Kerry a perdu, il retournera à l'anonymat encore plus vite qu'il n'en est sorti. La politique est ingrate pour les perdants.

Puisque nous ne sommes pas Américains - toujours pas... - le nouveau président ne nous demandera pas la permission de nous protéger nous-mêmes avec son bouclier antimissile balistiques, pas plus que l'ancien ne nous a demandé notre avis avant de déclarer la guerre à l'Irak. Les Wal-Mart et les Home Depot vont continuer à nous refiler leur camelote made in China et empaquetée aux États. Et General Motors, Ford ou Chrysler fermeront nos usines sans même prévenir notre gouvernement. Savent-ils que nous en avons un au moins ?

Ce matin, pour me remettre de ma soirée à regarder les reprises des périodes de questions à Québec et à Ottawa, je vais aller me promener du côté de Philipsburg (Dans quel État ? Réponse (3) à la fin de cette chronique), juste pour voir si les Border Patrol agents sont de meilleure humeur que la semaine dernière.

En passant, je compterai les camions immatriculés au Québec et qui, chargés de billots de bois, traverseront peut-être la frontière. Je compterai aussi les voitures immatriculées au Vermont qui transportent un chevreuil tout raide sur leur capot.

Peut-être que, une fois de plus refoulé et n'ayant rien de mieux à faire, je me rendrai à Ottawa, hésitant entre la Chambre des communes et l'ancien hôtel de ville. Paul Martin ou Chuck Guité ? Je prendrais n'importe quoi pour ne plus entendre parler de George Bush et de John Kerry.

Réponses : (1) William Graham ; (2) Saskatchewan ; (3) Québec...





Présidentielles 2004
Un impact limité sur nos vies

Alain Dubuc
La Presse mercredi 3 novembre 2004

L'élection présidentielle américaine, comme on s'y attendait, est encore une fois remarquablement serrée. Au moment d'écrire ces lignes, nous ne savons donc pas encore qui occupera la Maison-Blanche. Mais nous savons déjà que l'issue de ces élections aura un impact relativement limité sur nos vies. Si George W. Bush l'emporte à nouveau, le ciel ne nous tombera pas sur la tête, pas plus qu'une victoire de John Kerry n'annoncera des printemps rieurs.

D'abord parce que l'intensité avec laquelle les Canadiens et les Québécois ont suivi ces élections, et les inquiétudes qu'ils ont manifestées, s'expliquent essentiellement par leur profond désaccord avec la guerre en Irak, et par la méfiance que leur inspirent les valeurs et la culture politique du président Bush. Cependant, cet enjeu central des présidentielles, aussi fondamental soit-il, aura peu d'effets directs sur le Canada ou sur les relations canado-américaines.

Par ailleurs, les différences réelles entre les candidats, surtout dans les dossiers liés à l'économie ou à la politique intérieure, ceux qui risquent le plus de toucher le Canada, sont moins grandes qu'on pourrait le croire. La lutte très chaude que se sont livrés des démocrates et des républicains nez à nez a exacerbé les tensions et sans doute exagéré la polarisation de la société américaine. Au lendemain de ces élections brutales, il y aura un retour à la normale qui amènera le vainqueur à se recentrer et à vouloir panser les plaies d'un pays coupé en deux.

Cela n'annonce pas de grands virages dans ce qui a le plus préoccupé l'opinion publique canadienne, la gestion de la crise irakienne. Peut-être les Canadiens seront-ils rassurés par une victoire démocrate et peut-être leur sentiment de sécurité sera-t-il plus grand. Mais il n'en reste pas moins que le futur président, quel qu'il soit, disposera d'une marge de manoeuvre bien mince pour se sortir du bourbier irakien. La différence des doctrines sera en outre gommée par le fait que les deux candidats promettent, chacun à leur façon, une guerre sans merci au terrorisme.

Pour le Canada, la vraie différence, en politique internationale, proviendrait de l'abandon par John Kerry de la doctrine de l'unilatéralisme qui a caractérisé la présidence de George W. Bush. Cet unilatéralisme a empêché le Canada de jouer le rôle qui est le sien, celui d'un partenaire des États-Unis capable de concilier son amitié avec son puissant voisin et son rôle d'ambassadeur de la paix.

L'autre enjeu, c'est la place qu'occupe le Canada dans l'échelle des priorités américaines. L'étoile du Canada a pâli depuis que le Mexique s'est intégré à l'économie américaine à travers l'Aléna et depuis que la présence massive de Mexicains et de Latino-Américains sur le territoire américain a modifié la démographie électorale. Ces tendances lourdes ont été accélérées par la victoire, il y a quatre ans, d'un gouverneur texan dont les sensibilités étaient méridionales et qui n'a jamais manifesté pour le Canada le même intérêt que ses prédécesseurs Clinton, Bush père et Reagan. L'arrivée à la Maison-Blanche d'un sénateur du Massachusetts, géographiquement et culturellement proche du Canada, changerait la donne.

Une victoire de Kerry aurait un troisième effet, celui-là sur la politique intérieure canadienne, en aidant Ottawa à mieux travailler avec les États-Unis. Il est plus difficile pour le premier ministre Paul Martin, et encore plus parce qu'il dirige un gouvernement minoritaire, de travailler main dans la main avec les États-Unis, tant que ce pays sera dirigé par George W. Bush, en raison de l'hostilité à son égard de l'opinion publique canadienne. Un dossier comme celui du bouclier antimissile prendrait, par exemple, une toute autre dimension.

Ces conséquences possibles des présidentielles, aussi importantes soient-ils, n'ont toutefois rien de spectaculaire. Par contre, dans de nombreux dossiers où les enjeux sont pourtant majeurs, comme l'économie, le commerce, la sécurité, l'environnement, il n'est pas évident que le résultat des présidentielles aura des effets significatifs. Soit parce que les différences réelles entre les candidats sont difficilement mesurables, soit parce que tout se jouera au Congrès ou au Sénat, plutôt qu'à la Maison-Blanche. La vie politique américaine est largement la résultante d'un grand nombre de luttes locales autour d'enjeux locaux. Et ce sont le plus souvent ces batailles, parfois féroces, qui auront les effets les plus visibles sur les rapports entre les deux pays, notamment en ce qui a trait aux sursauts protectionnistes américains.

En fin de compte, la différence la plus marquante entre les deux candidats est moins politique ou économique que culturelle. Le Canada et les États-Unis se sont éloignés depuis le 11 septembre et l'invasion de l'Irak. À cet égard, John Kerry, par ses idées et son style, pourrait contribuer à rétablir les ponts et rétablir la confiance qui assurera la qualité des rapports entre les deux pays.

Adubuc@lapresse.ca





politique et religion

Quand la religion fait peur

Robert Verreault
Journaliste et doctorant en sciences des religions à l'UQAM
Le Devoir mercredi 3 novembre 2004

Le facteur religieux dans la campagne électorale américaine a suscité des commentaires empreints d'ignorance et de préjugés

La campagne électorale présidentielle est venue souligner, si besoin était, que la prise en compte du facteur religieux se révèle essentielle à la compréhension du monde contemporain. Malheureusement, loin d'aider à une meilleure compréhension des faits, bien des commentaires tenus ces dernières semaines à propos du rôle de la religion sur la scène politique américaine sont venus entretenir l'ignorance et nourrir les préjugés les plus grossiers.

Ainsi, l'auteur du livre La Dernière Croisade, la journaliste Barbara Victor, à qui l'on a prêté de nombreuses tribunes médiatiques, soutient que les 80 millions d'évangélistes américains sont, et je cite, des «fous» (voir Le Monde du 27 octobre). À l'en croire, ce sont tous des fondamentalistes qui s'opposent à l'avortement en toutes circonstances et aux expérimentations sur les embryons humains. Et tous ces fous, bien sûr, appuient d'un seul bloc George W. Bush. Cela est faux.

Non, les évangélistes ne sont pas tous fondamentalistes. Ces derniers ne constituent qu'un sous-groupe, légèrement minoritaire d'ailleurs, au sein d'un mouvement qui est loin d'être monolithique. Non, les évangélistes ne s'opposent pas tous à l'avortement en toutes circonstances. Près du tiers d'entre eux acceptent les interruptions de grossesse. Il s'agit d'une minorité, bien sûr, mais il importe de le signaler. Non, les évangélistes ne sont pas tous farouchement hostiles aux recherches sur les cellules souches embryonnaires : si 40 % des évangélistes souhaitent l'interdiction de telles expérimentations, 43 % d'entre eux la refusent. Non, les évangélistes ne votent pas tous en en bloc pour George W. Bush : en mars dernier 44 % d'entre eux soutenaient un autre candidat (Kerry pour 27 % d'entre eux, des candidats indépendants pour les autres 17 % ). Si les évangélistes blancs sont majoritairement républicains, les noirs, eux, sont majoritairement démocrates. Peut-être faut-il aussi rappeler que le premier «born-again» à occuper la Maison-Blanche fut le démocrate Jimmy Carter.

La diversité

On l'aura compris : il n'est pas question, ici, de dire minimiser le poids politique des traditionalistes américains, ni le danger que peuvent représenter les extrémismes, qu'ils soient religieux ou autres. Mais, précisément parce que la question est grave, il importe de faire preuve de rigueur et de nuance. Le paysage religieux américain est remarquablement complexe et, surtout, il change rapidement. De tous les pays du monde, c'est aux États-Unis que la diversité religieuse est la plus grande.

On y compte plus de 2000 groupes religieux. En 1992, les protestants composaient 63 % de la population américaine. En 2002, cette proportion était de 52 %. Ils seront bientôt minoritaires, si ce n'est déjà fait. Le mouvement religieux qui a connu, en pourcentage, la plus forte augmentation ces dernières années est... la Wicca, un mouvement néo-païen.

On observe aux États-Unis, le même phénomène que dans les autres pays industrialisés : de plus en plus de gens se détournent des confessions traditionnelles et préfèrent parler de leur «spiritualité» plutôt que de leur religion. Beaucoup changent de confession deux ou trois fois au cours de leur vie. Là comme ailleurs, nombreux sont ceux qui manifestent une attitude sélective, puisant dans diverses traditions les notions qui leur conviennent (la religion «à la carte» comme le veut l'expression désormais consacrée). On est loin de la vague fondamentaliste qui déferle sur la nation.

Traiter de fous, comme le fait Barbara Victor, 80 millions d'Américains est irresponsable. Affirmer, de même, que la guerre en Irak est une guerre religieuse est une affirmation pour le moins douteuse. Les Paul Wolfowitz et les Condoleeza Rice, dont on connaît le rôle dans le déclenchement de ce conflit, n'ont rien du fanatique religieux. Leurs positions sont bien davantage inspirées par les travaux d'un philosophe, Leo Strauss, dont ils ont accommodé la pensée à leurs convictions et à leurs intérêts. (Ce philosophe d'origine allemande s'inquiétait des dérives de la modernité qui mène, selon lui, à un relativisme excessif et au nihilisme. Son premier souci était la lutte contre la tyrannie.)

Idées reçues

Loin d'être exceptionnelle, l'attitude de Barbara Victor reflète la difficulté dont nous souffrons à observer les phénomènes religieux avec une certaine objectivité. Force est de constater, en effet, qu'après des décennies d'indifférence ou de mépris pour tout ce qui a trait à la religion, nous avons bien du mal à nous départir des préjugés que nous entretenons à son égard. Si nous aspirons à comprendre ce qui se passe non seulement chez nos voisins du Sud, mais aussi chez nous et ailleurs dans le monde, il nous faudra renouveler nos outils conceptuels et, pour ce faire, renoncer tout d'abord à certaines idées reçues.

Trop longtemps nous avons tenu la religion pour chose du passé. Trop longtemps nous n'avons voulu y voir que des superstitions, que le produit d'un stade infantile de l'humanité relevant de l'«irrationnel» et menant au fanatisme. Cet indésirable reliquat, était, disait-on, condamné à disparaître à plus ou moins brève échéance; il ne pourrait, à terme, que s'incliner devant les progrès de la science, les irrépressibles avancées de la Raison. Nous avions tort. La religion n'est pas forcément synonyme d'obscurantisme et de fanatisme pas plus qu'elle n'est pas intrinsèquement l'ennemie de la raison. Si nous voulons éviter les pièges de l'intolérance, distinguer les vrais risques des faux périls, il nous faut vaincre les peurs qu'elle suscite encore.

Inquiets, et à bon droit, de la question de la séparation de l'Église et de l'État, certains, comme John R. MacArthur (Le Devoir, 29 octobre 2004), brandissent l'étendard des Lumières et appellent à la venue d'un nouveau Jefferson. Ici encore, il faut faire attention. La modernité connaît elle aussi ses dérives et a engendré son lot de fanatisme.

Les idéaux des Lumières valent, bien évidemment, d'être farouchement défendus mais nous ne pouvons plus nous permettre de répéter, des siècles après Voltaire, qu'il faut «écraser l'infâme». Nous oublions trop souvent que les salutaires dénonciations de la tyrannie religieuse lancées par les philosophes des Lumières visaient des traditions, des institutions religieuses historiquement situées, souvent sclérosées et complices de régimes corrompus, vermoulus.

La position de ces philosophes, en fait, était plus anti-cléricale et anti-chrétienne qu'anti-religieuse. Voltaire et Jefferson étaient croyants. Rousseau prônait l'institution d'une religion civile. Par leur pensée, ces philosophes ont ouvert la voie à de nouvelles formes de religiosité qui cherchaient à s'affranchir des dogmes chrétiens. Une religiosité qui, au fil du temps, a pris des formes extrêmement diverses : culte de la Raison, scientisme, mais aussi religions civiles, dont la laïcité française, avec ses credo et ses rituels offre un exemple flamboyant.

À force de répéter les formules héritées des Lumières, nous en avons gardé la lettre pour en oublier, parfois, la substance. Nous ne pouvons plus nous permettre de confondre, comme nous le faisons trop souvent, religion et institutions religieuses. Nous viendrait-il à l'idée de limiter la sphère du politique à l'activité partisane ? Le religieux n'est pas qu'affaire de traditions; tout comme le politique, il est une dimension fondamentale et dynamique de l'expérience sociale et individuelle. Plutôt que de prêter foi aux propos les plus alarmistes et les moins rigoureux, nous devons nous attaquer à notre ignorance en la matière.



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

M. Duceppe, remettez donc à demain ce que vous ne devriez jamais faire!

Jacques Bergeron, Montréal
TRIBUNE LIBRE 3 novembre 2004

Moi qui croyais que nous avions élu le Bloc Québécois afin de défendre et promouvoir les intérêts du Québec?

Je suis très désolé de voir que le chef de ce parti prendra de précieuses heures, sinon de précieuses semaines, à expliquer aux Anglophones, ce qu'ils savent depuis très longtemps, à savoir; ce que veut dire la souveraineté ou l'indépendance du Québec. À moins que M. Duceppe ne veuille pratiquer son anglais, je ne vois aucune raison d'aller perdre son temps et ses énergies, là où il devrait les consacrer à promouvoir l'indépendance au Québec, chez ses concitoyens et concitoyennes.

Qu'il me soit permis de lui suggérer de convaincre ses députés d'aller convaincre le peuple du Québec du bien-fondé de l'indépendance pour notre langue, notre culture et nos protections sociales. Que dis-je, pour protéger ce que nous nous sommes donnés au cours des ans dans les domaines économique, social et culturel.

Pourquoi ne prendrait-il pas ce précieux temps afin de consulter ses électeurs sur des questions qui pourraient les intéresser au plus haut point? Ainsi, il lui serait possible de leur demander ce qu'ils rechercheraient dans un pays indépendant, en leur proposant de travailler à la mise sur pied d'un «Projet de constitution» du futur État que nous nous voulons voir naître, plus tôt, que plus tard.

Pourquoi ne pas les consulter, au lieu de perdre son temps à Toronto ou à Vancouver, sur la mise sur pied d'une carte d'électeur ou sur un mode de scrutin à deux tours, ou sur une élection référendaire?

Nous, de la section Ludger-Duvernay, sommes prêts à lui fournir les documents de travail nécessaires à cette consultation, qui par leurs formes et leurs contenus, peuvent être utilisés comme des moyens pédagogiques de promouvoir l'indépendance du Québec, pays de langue française.

Au lieu de perdre son temps à vouloir faire entendre son discours à des gens qui n'en veulent rien savoir, pourquoi ne pas convaincre les «99» (cent avec lui) députés indépendantistes de se mettre à l'ouvrage, comme lui et avec lui, afin de promouvoir notre idéal auprès de la population du Québec. Car il faut bien le comprendre, il y a urgence en la demeure, même s'il n'y a pas feu, de réaliser l'indépendance du Québec.

On ne peut se permettre d'attendre une prochaine victoire du Parti Québécois aux prochaines élections québécoises, car il se peut que celle-ci ne soit pas au rendez-vous lors de la prochaine joute électorale? C'est dès maintenant qu'il faut agir. Notre idéal ne peut attendre après la permission des Canadian pour réaliser l'indépendance du Québec! À moins que pour M. Duceppe, ce ne soit une question plus importante que celle que devrait prendre son peuple.

Dans l'intérêt de ma nation, la sienne aussi j'ose le croire, je l'invite à oublier cette «démarche du colonisé» et de s'atteler à la tâche de la promotion de l'indépendance du Québec.

Qu'il me soit permis de lui redire, que lorsque son peuple aura défini le genre de pays dans lequel il veut vivre, aucun obstacle ne saurait l'empêcher de faire du Québec un pays indépendant, capable de participer au bonheur des peuples dans le concert des nations libres et indépendantes.

Le pays du Québec n'attend que la démarche de ses députés indépendantistes afin de prendre le grand virage l'amenant comme participant aux nations Unies. M. Duceppe, vous ne pouvez pas décevoir vos électeurs indépendantistes, les «seuls» qui vous ont élus, en allant prêcher votre Évangile souverainiste à celles et ceux qui ne veulent pas entendre. Jamais ils ne pourront vous aider à convaincre vos concitoyens et concitoyennes de réaliser l'indépendance du Québec de langue française.

Remettez donc à demain, ce que vous ne devriez jamais faire!




TRIBUNE LIBRE

L'intégrisme des autres

Christian Gagnon, Montréal
TRIBUNE LIBRE 3 novembre 2004

Jusqu'en 1946, l'Empereur du Japon était dieu. Descendant du dieu-soleil, il accomplissait les rites, dans les trois sanctuaires de son palais, en l'honneur du dieu-soleil, des ancêtres de la famille impériale et des dieux célestes et terrestres. Les Japonais étaient encouragés par l'État à vénérer l'Empereur-dieu auquel ils devaient une totale soumission. Mais le Japon a beaucoup changé depuis.

Il y a aussi Elisabeth II, qui cumule à la fois les fonctions de reine d'Angleterre et de chef de l'église protestante de son pays. Mais cela demeure symbolique et sans conséquence sur les affaires de l'État.

Par contre, depuis bientôt trois siècles et demi, les rois du Maroc sont issus de la dynastie alaouite, que la tradition présente comme descendants en ligne directe du Prophète Mahomet. Et encore aujourd'hui au Maroc, c'est du sérieux. Et que dire de l'establishment religieux en Iran et de quelques autres.

Puis enfin, le Monde a maintenant son George W. Bush, réélu à la tête de la première puissance mondiale grâce à la forte mobilisation de la base religieuse conservatrice. 78% des partisans du président étatsunien ont cité les valeurs morales comme la principale motivation ayant déterminé leur vote, contre seulement 19% des électeurs de John Kerry. M. Bush rêgnera aussi sans partage sur le Sénat et la Chambre des représentants. Les couples homosexuels, les pro-choix en matière d'avortement de même que les partisans du contrôle des armes à feu et du multilatéralisme peuvent se le tenir pour dit.

Comme quoi, 11 septembre ou pas, beaucoup de nos voisins du Sud sont passés maîtres dans l'art de critiquer l'intégrime rétrograde des autres sans porter la moindre attention au leur.




TRIBUNE LIBRE

Madame Gagnon, vous êtes d'un ridicule incroyable

Laurent Migneault
TRIBUNE LIBRE 3 novembre 2004

Madame Gagnon,

Encore une fois, avec votre article Why Quebeckers back Kerry, paru dans le Globe And Mail du premier novembre, vous vous surpassez chère madame.

Comme toujours, vous vous basez sur un incident isolé pour confirmer vos dires. Les Québécois seraient anti-Américains parce qu'on aurait hué l'hymne national à un match de hockey... Est-ce l'unique incident anti-Américain à s'çetre produit en sol ''canadien'' sous la présidence de Bush?!?! Quel pourcentage de la foule a hué? Et les partisans présents représentaient-ils un échantillon représentatif de la population Québécoise? Vous êtes bien piètre statisticienne, ma pauvre, si vous croyez qu'on peut généraliser le comportement et la mentalité d'une population aussi complexe que celle du Québec en vous fiant à un échantillon ayant un profil si particulier (amateurs de hockey). Mais à quoi bon faire preuve de rigueur scientifique et journalistique lorsque vient le temps de faire du ''Quebec Bashing?''

Bien qu'on se targue de dire que le hockey est une religion au Québec, la réalité est toute autre et contrairement a nos amis du ROC, Radio-Canada n'a pas besoin de nous présenter deux matchs de hockey le samedi soir afin d'avoir un minimum de contenu ''really canadian''.

Il semble en effet que les savoureux commentaires racistes et anti-Québécois de Don Cherry soient l'unique arme de la CBC pour aller se chercher des cotes d'écoute (tout comme vos commentaires racistes et anti-Québécois servent à augmenter les tirages du Globe & Mail) devant les émissions États-Uniennes qui autrement accaparent les meilleures cases horaires de nos voisins canadians ou les Americains Junior comme certains les appellent. Or, depuis belle lurette, les Québécois ont trouvé d'autres activités culturelles qui leur sont propres (et non empruntées à leurs voisins du Sud) pour se divertir et donc, on ne peut évaluer la mentalité de notre société à partir d'un match de hockey. Eh non. madame Gagnon, nous ne sommes plus à l'époque où la religion et le hockey étaient suffisants pour décortiquer notre société. Bienvenue au 21e siècle...

Mais bon, vous faites vos choux gras de ces incidents isolés, à défaut d'avoir assez de rigueur pour appuyer vos dires de faits réels. On pourra bien sûr se souvenir de ce fameux article sur l'antisémitisme quasi-génétique des Canadiens-Francais suite à l'incendie d'une bibliothèque d'école Juive, et ce, avant même d'avoir pu prouver que les faits aient été l'oeuvre de ''Canadiens Francais'' et au même moment où on vandalisait des cimetières juifs en Ontario. Et vous avez vous-même mentionné dans votre article qu'on avait répertorié quatre fois plus d'incidents antisémites en Ontario qu'au Québec l'année précédente, mais à partir de ce seul fait divers, vous vous êtes permis de salir à nouveau la réputation et l'image de notre peuple (le vôtre?). J'aurais bien aimé vous voir la gueule quand on a découvert que les coupables n'étaient ni Canadiens-Francais, ni des Québécois pure laine (blancs, catholiques, chemises carrotées, ceinture fléchée, mangeux de bines et hueurs d'hymne national américain). Bah, déjà à l'époque, vous n'en étiez pas à une connerie près... Une de plus, une de moins...

Et donc, mis à part ce fait divers sur le hockey, que vient prouver votre article? Vous dites que ''Sur 10 sociétés sondées, l'anti-Américanisme était à son plus haut en France -- et au Québec, où 76% des répondants disent que leur opinion des États-Unis s'est détériorée depuis la guerre en Irak.'' Que l'opinion publique se soit détériorée parce qu'un pays a déclaré une guerre illégale sans l'accord de la communauté internationale (mais avec l'accord d'une majorité de la population) relève de l'anti-Américanisme? Allez-vous me dire que les Américains eux-mêmes, - se rendant soudainement compte du bourbier dans lequel ils s'étaient enlissés et changeant soudainement leur fusil d'épaule - ont fait preuve d'anti-Américanisme? Quelle connerie! Pour vous faire une analogie toute simple (question de vous permettre de la comprendre), si vous êtes ami avec quelqu'un et qu'il fait un geste ignoble, votre opinion de cette personne en sera détériorée, mais vous ne serez pas ''anti-cette personne'' pour autant! C'est-t'y assez simple?

Je crois que vous êtes tombée dans le piège du ''If you're not with us, you're against us''!

Vous dites aussi que 30% des gens de l'Ouest, mais seulement 11% des Québécois ont une opinion favorable de Bush... 15% des Québécois souhaitent sa réélection contre 39% au Canada. Et alors? Vous dites vous-même plus loin dans votre article que les Québécois ne devraient pas généraliser leur sentiment anti-Bush à l'ensemble de la population Américaine, mais vous vous servez du résultat de cette question pour dire que nous méprisons les Américains. La question ne traite que de Bush et non pas du peuple Américain! Si quelqu'un fait preuve de généralisation ici, c'est bien vous. Ah mais bon, j'oubliais, que l'on traite de l'antisémitisme ou de l'Anti-Américanisme congénital des Québécois, la généralisation, c'est votre affaire!

Mis à part le fait de prouver que les Canadians pourraient tres bien être un autre état américain, avec 39% d'entre eux qui seraient prêts a ré-élire Bush (probablement plus élevé que dans certains États américains), vos chiffres ne prouvent pas grand-chose sur l'Anti-Américanisme des Québécois! Alors que Jean Charest était à son plus bas dans les sondages, 75% des Québécois se disaient insatisfaits ou très insatisfaits de son travail. Serait-ce dire que 75% des Québécois sont anti-Québécois?

Et la cerise sur le sundae: 61% des Canadiens hors-Québec, contre 59% des Québécois trouvent que le modèle de démocratie Américaine est un bon modèle. Hey taobere, c'est-tu tiré par les cheveux celle-là rien qu'un peu! Wow, un gros 2%... Pousse, mais pousse égale, ciboire! Pouvez-vous me dire la marge d'erreur de ce sondage svp? Sûrement plus de 3% n'est-ce pas. Et est-ce que le fait de désaprouver la façon dont se passent les choses au niveau démocratique est foncièrement anti-américain? N'est-on pas en effet en droit de se poser des questions lorsqu'un pays est enfermé dans un système bi-partiste où il faut des centaines de millions de $ pour faire campagne? Et que dire du mode de scrutin et du système de Grands Electeurs lui-même contesté par bon nombre d'Américains? Sans oublier les scandales des dernières élections en Floride et dans d'autres États où, par exemple, des milliers de noirs (majoritairement démocrates) ont été rayés arbitrairement des listes? Que dire d'un système électoral où le candidat remportant le plus de votes n'est pas nécessairement élu comme ce fut le cas en 2000? Et selon Paul Cliche, une grande majorité de Québécois désirent changer leur mode de scrutin afin d'obtenir la proportionnelle. Le fait qu'une majorité de Québécois soient en désaccord avec leur mode de scrutin et, par conséquent, par leur modèle démocratique, en fait-il des anti-Québécois?

Madame Gagnon, vous êtes d'un ridicule incroyable. De quoi donner envie de balancer sa Presse par la fenêtre... et en visant bien le caniveau, on est certain de vous y trouver!

Tres cordialement,

Laurent Migneault

P.S. Excusez les fautes liées aux accents, je suis au Mexique et les claviers ne sont pas les memes que chez-nous... Les journalistes non plus heureusement!




TRIBUNE LIBRE

Comité Souverainiste de l’UQAM

Mathieu Bouthillier
TRIBUNE LIBRE 3 novembre 2004

Bonjour,

L’Organisation d’une grande manifestation souverainiste de nature régional dont le centre sera à l’UQAM puisque près du centre-ville, et ayant la double clientèle que sont les étudiants de l’UQAM puis des congressistes extérieurs. Le but d’un tel rassemblement est aussi de démontrer la vitalité et l’utilité de la souveraineté au Québec comme ailleurs dans le monde moderne.

Trois objectifs sont visés par la tenue de cet évènement :

· Faire connaître les groupes souverainistes du Québec;
· Inciter une réflexion sur la souveraineté et son mouvement au Québec;
· De montrer que la question nationale n’est pas unique au Québec.

Pour ce faire le Salon de la souveraineté comportera trois volets d’expositions :

Un volet «Kiosque» où les différents groupes souverainistes (Québécois ou externes) pourront s’exprimer et diffuser leur documentation aux étudiants et visiteurs;
Un volet «Conférence» où des orateurs invités s’exprimeront sur les sujets appropriés concernant la question nationale; Un volet «Activité de soirée» où un divertissement souverainiste est prévu. Deux soirées de spectacle en plus de trois projections nationalistes sont prévues.

Nous vous invitons à faire partie de cette grande activité d’envergure qui aura lieu du 15 au 19 novembre 2004. Il nous fera extrêmement plaisirs que vous participiez au premier volet.

Pour plus d’information ou confirmation veuillez contactez :

Mathieu Bouthillier

Tél. 987-3000 poste 4932
Courriel : Souverainete@uqam.ca




TRIBUNE LIBRE

VIGILE POUR LOUIS-RIEL

TRIBUNE LIBRE 3 novembre 2004

Bonjour,

Depuis quelques années, la Section Louis-Riel commémore le patriote métis Louis-Riel en tenant une vigile sur le territoire de sa section. Cette présence se perpétue grâce aux initiatives premières de Victor Charbonneau que nous pouvons considérer comme le père des vigiles pour les Patriotes.

Donc la Section Louis-Riel vous convie à cette vigile qui se tiendra dimanche, le 14 novembre 2004, entre 11h et 14h à la PLACE LOUIS-RIEL qui se situe sur le boulevard Langelier à 4 rues au nord de la rue Sherbrooke EST.

À cette occasion, nous distribuerons une enveloppe souvenir à tous les citoyens demeurant à la Place Louis-Riel et la rue Louis-Riel. Nous espérons que vous participerez à cette commémoration d’un patriote qui a donné sa vie pour sa patrie et dont le conquérant lui a enlevé sans aucun égard.

Michel Émery
Président
Section Louis-Riel (SSJB)
Courriel : michelemery@hotmail.com

P.J. Organisations politiques et patriotiques
Liens internet souverainistes




TRIBUNE LIBRE

Bombe littéraire et politique de Pierre Falardeau!

TRIBUNE LIBRE 3 novembre 2004

Les Éditions du Québécois vous invitent cordialement à venir assister au lancement du livre percutant de Pierre Falardeau: Québec libre! Entretiens politiques avec Pierre Falardeau.

Fruit de 24 heures d’entretiens avec notre cinéaste national, Falardeau livre dans ce bouquin le fond de sa pensée sur tous les sujets marquants qui balisent l’histoire récente du Québec et d’ailleurs: la Crise d’Octobre, le 11 septembre 2001, le féminisme, le conflit israélo-palestinien, la question amérindienne, l’art engagé, la lutte des Noirs américains, la mondialisation, le plan B fédéral, etc. Préface de Julien Poulin. Postface de Francis Simard. Huit pages de photos. Textes de Falardeau en annexes.

Venez rencontrer Pierre Falardeau qui prendra la parole et se soumettra avec joie à une séance de dédicaces.

Des canapés seront servis et une consommation gratuite de la bière La Militante sera offerte à celles et ceux qui se procureront le livre au prix spécial (sans taxe) de 25$.

Bienvenue à tous!

LANCEMENT À QUÉBEC :
Jeudi le 11 novembre 2004 de 17h à 20h (ou plus)
Caserne Dalhousie (Ex Machina) 103, rue Dalhousie, Québec, Québec

LANCEMENT À MONTRÉAL :
Lundi le 15 novembre 2004 de 18h à 20h
Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, Québec

Arrivez tôt et venez nombreux!




TRIBUNE LIBRE

En mémoire des Patriotes

TRIBUNE LIBRE 3 novembre 2004