Actualité







Duceppe first Bloc leader to get invitation

Graeme Hamilton, National Post
National Post November 4, 2004 Thursday

MONTREAL - Gilles Duceppe, leader of the Bloc Quebecois, will be joining Paul Martin at this month's Francophonie summit in the west Africa nation of Burkina Faso, after accepting an invitation from the Prime Minister to accompany the Canadian delegation.

It will be the first time a leader of the separatist opposition party has taken part in the international gathering of 56 heads of state and government. Mr. Duceppe will not be able to participate in the entire official program but will have an opportunity to hold bi-lateral meetings with representatives from other countries -- though not heads of state.

The same invitation was extended to the Conservatives, who are sending two members of the Senate, and to the NDP.

In 1999, when the Francophonie Summit was held in Moncton, N.B., the sovereigntists were outraged when Jean Chretien's government shut them out of the meeting. "I think it's mean and petty," Bloc MP Pauline Picard said at the time. Bloc representatives were invited to participate in the last summit in Beirut in 2002, officials said, but Mr. Duceppe did not attend.

Sebastien Theberge, a spokesman for Pierre Pettigrew, Minister of Foreign Affairs, said the Martin government's open policy is not a function of the precarious minority Parliament. "We try always to be inclusive, whether it's a minority or not, in terms of parliamentarians accompanying delegations," he said.

Since the 1970s, Quebec and New Brunswick have been recognized as "participating governments" and have sent their own delegations to meetings of the Francophonie.

In Quebec, sovereigntists have viewed the Francophonie as a foothold on the international scene from which they can further their dream of independence.

According to Pierre Duchesne's biography of Jacques Parizeau, published this year, Mr. Parizeau went through the Francophonie to line up promises of recognition from a handful of French-speaking African nations in the event Quebecers voted to separate in the 1995 referendum. The manoeuvre infuriated Canadian diplomats.

Mr. Theberge said Ottawa is not concerned Mr. Duceppe will use the Nov. 26-27 summit to promote Quebec sovereignty.

"You'd have to ask him what his intentions are," he said. "I wouldn't want us to appear to you to be policing when we don't know what the efforts are going to be at this point."

Mr. Duceppe was not available for comment yesterday.





COMMISSION GOMERY

Guité: les bureaux de Chrétien et Gagliano impliqués

Isabelle Rodrigue
Cyberpresse mercredi 03 novembre 2004

Presse Canadienne Ottawa - Jamais Charles Guité n'avait admis une direction politique dans le programme de commandites. Mercredi, devant la Commission Gomery, il a vidé son sac. Pour la première fois, il a affirmé sans détour que des proches du premier ministre Jean Chrétien et que l'ex-ministre Alfonso Gagliano prenaient part aux décisions dans le choix des commandites et dans l'attribution des contrats aux agences de publicité.

Épinglette du drapeau du Canada à la boutonnière, l'ex-directeur du programme de commandites affichait autant d'aplomb que lors de ses témoignages antérieurs devant le comité parlementaire des comptes publics. Il avait toutefois mis de côté son ton frondeur, acceptant visiblement de collaborer avec la Commission d'enquête sur les commandites.

M. Guité semblait d'ailleurs impatient de mentionner le rôle de ses anciens patrons, n'hésitant pas une seconde à affirmer que Jean Pelletier, ancien chef de cabinet du premier ministre Jean Chrétien, et l'ex-ministre Gagliano prenaient des décisions dans les commandites.

«Dans le cas de M. Gagliano, est-ce que ça voulait dire des commentaires ou des discussions, ou bien des décisions?», a questionné le procureur de la Commission, Neil Finkelstein.

«Des décisions», a répliqué M. Guité, donnant la même réponse lorsqu'interrogé sur le rôle de M. Pelletier.

C'est la première fois que M. Guité, considéré comme un acteur clé dans toute cette affaire, va aussi loin. Devant le comité parlementaire des comptes publics, en avril dernier, il avait admis rencontrer M. Pelletier et M. Gagliano, mais seulement pour les informer de ses décisions. Il faisait alors une grande nuance entre une suggestion et une ingérence politique.

C'était avant que la Gendarmerie royale du Canada ne dépose contre lui, en mai dernier, cinq accusations de fraude et une accusation de complot de fraude, pour un total de près de 2 millions $ en rapport avec cinq contrats de commandites. M. Guité, dont le procès doit commencer en mai 2005, a plaidé non coupable à toutes ces accusations.

Devant le juge John Gomery qui préside la Commission, le fonctionnaire à la retraite a mis de côté toutes les nuances et a cessé de défendre ses supérieurs de l'époque.

Entre janvier 1995 et juin 1997, alors que Diane Marleau était ministre des Travaux publics, M. Guité affirme que le choix des événements à commanditer se faisait lors de rencontres avec M. Pelletier et parfois, également, avec Jean Carle, directeur des opérations au cabinet du premier ministre. Ces rencontres étaient régulières, parfois très fréquentes, a précisé le témoin.

«Nous analysions la liste (d'événements), a-t-il raconté. Cette liste pouvait contenir plus d'événements que de fonds disponibles. Alors, on analysait la liste, on décidait les événements à approuver, et ensuite on sélectionnait l'agence de publicité qui obtiendrait le contrat.»

Lorsque M. Gagliano prend les rênes du ministère des Travaux publics, en 1997, il sera lui aussi partie prenante de ce processus, a fait observer M. Guité, qui a ajouté qu'il pouvait tout aussi bien rencontrer l'ancien ministre des ses bureaux d'Ottawa ou de Montréal.

«Tout événement majeur, cela veut dire tout événement de plus de 25 000 $, avait toujours une implication ministérielle», a poursuivi M. Guité.

Dès 1998, le ministre Gagliano prendra d'ailleurs plus de place dans les décisions, éclipsant un peu M. Pelletier et M. Carle. Mais il y avait toujours des interventions du bureau du premier ministre, du bureau du Conseil privé ou du Bureau d'information du Canada, a souligné M. Guité.

Pour appuyer les affirmations du témoin, la Commission a rendu publique une note manuscrite d'événements à commanditer. Cette note émane justement d'une rencontre entre M. Pelletier et M. Guité, sur laquelle les deux hommes ont inscrit les montants alloués aux activités obtenant leur bénédiction et rayés les événements qui ne recevraient aucun fonds du fédéral.

Questionné sur les nouvelles règles en vigueur sous le gouvernement Chrétien, l'ancien directeur du programme de commandites et de la publicité a admis qu'il ne les respectait pas toutes. Ainsi, il avait mené un processus compétitif pour pré-sélectionner 10 agences de publicité, mais avoue qu'il passait outre la politique qui exigeait la tenue d'un concours entre ces agences pré-sélectionnées pour l'obtention de tout contrat. Le processus aurait alors été trop lourd, difficile à gérer et surtout, extrêmement long, a fait valoir M. Guité, que plusieurs de ses anciens collègues ont décrit comme un homme expéditif.

M. Guité n'a pu dire si, oui ou non, ses supérieurs savaient qu'il faisait fi de cette règle.

Mais ce n'était pas un secret que vous ne respectiez pas cette règle?, a interrogé le juge Gomery.

«C'est exact», a répondu M. Guité, dont le témoignage se poursuit jeudi.





Le "Oliver North" canadien

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 4 novembre 2004

Il y a du Oliver North chez ce Charles Guité, qui comparaissait hier devant la Commission d'enquête sur le Programme de commandites et les activités publicitaires. Il ne portait pas d'uniforme, mais il était le "bon soldat" d'une guerre légitime contre les "sécessionnistes" du Québec. Et il a répondu à toutes les questions d'un ton froid et avec un regard direct sur son inquisiteur qui semblait vouloir dire : "N'avez-vous donc pas honte de poser de telles questions ?"

[En 1988, le lieutenant-colonel américain, membre du Conseil de sécurité du président Ronald Reagan, avait financé l'aide américaine à la contre-révolution en Amérique centrale avec des ventes clandestines d'armes à l'Iran. L'un de ses inquisiteurs, président du sous-comité du Sénat sur les affaires étrangères, s'appelait... John Kerry ! Chuck Guité n'a tout de même pas vendu d'armes pour financer sa guerre aux séparatistes... Seulement des drapeaux, beaucoup de drapeaux.]

La seule certitude que nous ayons obtenue de l'ancien directeur du Programme de commandites, après cette première journée de comparution, c'est qu'il dirigeait une vaste opération politique, piétinant toutes les règles qu'il avait lui-même contribué à mettre en place quelques années plus tôt. Ainsi, il avait hérité - des conservateurs de Brian Mulroney - d'un programme de communications gouvernementales et de publicité régi par des règles assez strictes : tous les contrats, quoique réservés à une short list de firmes proches du parti au pouvoir, étaient soumis à une évaluation rigoureuse. De plus, le jour de son assermentation comme premier ministre du Canada, le 4 novembre 1993, Jean Chrétien avait fait savoir que, "désormais", tous les contrats de publicité seraient ouverts à toutes les entreprises, et pas seulement à celles qui étaient proches de son propre parti. M. Chrétien précisait même que les ministres ne devraient pas se mêler de la distribution de ces contrats.

Toutes ces belles intentions ont soudain été jetées aux orties, non parce que les dirigeants du Parti libéral se plaignaient que leur chef ne se soucie pas assez de remplir la caisse électorale, mais parce que le pays était en danger. "C'était la guerre !" Et voilà que, tel un Oliver North fier d'avoir fait son devoir, vers 11 h 30 hier, Chuck Guité a raconté "sa campagne du Québec". Il a aussi fait passer tous ses maîtres politiques pour de fieffés menteurs.

Y a-t-il eu intervention du bureau du premier ministre dans la distribution des subventions de commandites et l'attribution des contrats aux agences qui devaient simplement distribuer les chèques du gouvernement ? "Bien sûr que non !" de dire l'an dernier les porte-parole de Jean Chrétien, son directeur de cabinet, Jean Pelletier, en particulier. "Que si !" de révéler hier Charles Guité. Peu de temps après le désastre référendaire en effet, notre Oliver North national a hérité d'un nouveau maître politique, Diane Marleau, une femme qui ne comprenait rien à la guerre.

C'est à partir de ce moment, début 1996, que, pendant un peu plus d'un an, Chuck Guité prenait directement ses ordres du bureau du premier ministre, faisant tantôt affaire avec Jean Pelletier, tantôt avec l'adjoint exécutif, Jean Carle. "Monsieur Pelletier était impliqué dans la sélection des agences", de préciser le directeur du Programme de commandites.

Le 11 juin 1997, Jean Chrétien considère que sa gaffeuse de ministre a assez dérangé et nomme son fidèle lieutenant du Québec, Alfonso Gagliano, à la tête du ministère des Travaux publics. Pendant un an, a-t-on encore appris hier, le directeur du Programme de commandites prenait ainsi ses ordres à la fois du directeur de cabinet du premier ministre, Jean Pelletier, et du ministre Alfonso Gagliano. Quelquefois, les uns et les autres pouvaient se faire remplacer, mais il n'en demeure pas moins que c'est le bureau de Jean Chrétien qui supervisait directement cette opération de propagande au Québec. Il est à noter que jamais Chuck Guité n'a évoqué des rencontres semblables avec ses supérieurs immédiats, le sous-ministre des Travaux publics ou le greffier du Conseil privé... Sauf pour parler de ses promotions personnelles, qui ont été fréquentes et météoriques !

Au bout d'une autre année, vers 1998 donc, c'est le ministre Alfonso Gagliano qui, seul, donnait des ordres à Chuck Guité.

Alfonso Gagliano ? Vous vous rappelez peut-être que, devant le Comité des comptes publics de la Chambre des communes, le printemps dernier, le même ministre a juré, la main sur le coeur, qu'il ne rencontrait pas souvent son fonctionnaire responsable du Programme des commandites. "Trois ou quatre fois par année peut-être", précisa-t-il.

"Combien de fois ?" de demander le procureur de la Commission Gomery à l'intéressé lui-même, Chuck Guité...

- Régulièrement", répondit celui-ci. Mais on peut parler "régulièrement" à quelqu'un sans que cela soit fréquent.

"Combien régulièrement ?" d'insister le procureur...

- Normalement, chaque semaine... À Ottawa ou à Montréal. Il nous arrivait même, de temps en temps, de souper ensemble."Je ne connais pas beaucoup de fonctionnaires à Ottawa, surtout pas des sous-fifres classés EX-3, aussi familiers avec leurs ministres ! "Et à 90 %, de préciser encore Chuck Guité, nous parlions du Programme de commandites..."

Ayant moi-même eu le plaisir de partager la table du ministre, j'imagine les deux hommes distribuant la manne fédérale au-dessus d'un bon plat de spaghettis... "Ça, tu le donnes à Groupaction... Me passerais-tu le sel, s'il te plaît ?" "Claude Boulay se plaint qu'il n'a pas beaucoup de contrats depuis quelque temps..." "Donne-lui celui-là : 750 000 $, cela devrait le calmer... Encore un peu de vin ?"

La seule question que n'a pas posée le procureur de la Commission Gomery est la suivante : "Qui payait le repas ?"

L'ancien directeur du Programme de commandites en a encore pour plusieurs jours devant cette Commission. Ses procureurs ont amassé tant de documents qu'on se demande ce qu'ils ont encore dans leur manche. Pour mémoire, Oliver North s'est fait prendre, en partie, parce qu'il ne pouvait expliquer la présence, dans l'un de ses placards, d'une somme de 15 000 $ (US) en espèces sonnantes et trébuchantes...

Mvastel@lesoleil.Com





Commandites: anomalies au ministère de Martin

Alec Castonguay
Le Devoir jeudi 4 novembre 2004

Guité met en lumière le rôle joué par les bureaux de Chrétien et Gagliano

Ottawa - Journée en deux temps hier à la commission Gomery, chargée d'enquêter sur le scandale des commandites. Pendant que Chuck Guité, témoin clé et chef d'orchestre du controversé programme, confirmait les liens étroits qu'il entretenait avec le bureau de Jean Chrétien et le ministre Alfonso Gagliano, des documents rendus publics soulèvent de nouveaux doutes sur le rôle qu'a pu jouer le premier ministre actuel, Paul Martin, dans la sélection des agences de publicité retenues par son ministère des Finances à l'époque.

Alors qu'il y a moins d'un an, Paul Martin niait toute participation dans la sélection des firmes de communication et des agences publicitaires qui traitaient avec le gouvernement, les documents qui s'empilent à la commission Gomery continuent d'entailler cette version des faits.

Un document rendu public hier fait état d'irrégularités dans le choix des agences publicitaires en vue de «satisfaire les voeux» du ministère des Finances. Il s'agit d'un contrat de 600 000 $ octroyé en juin 1995 pour faire la promotion des obligations d'épargne du Canada, un domaine qui relève du ministère des Finances.

Dans une note interne rédigée par le ministère des Finances lui-même, on peut lire que «même si [la firme] DJC Research a obtenu le plus bas coût sur tous les points, deux contrats de 300 000 $ ont été donnés [plutôt qu'un seul de 600 000 $, comme prévu], un à DJC Research et l'autre à Ekos pour satisfaire les voeux des Finances». Puis, entre parenthèses, il est ajouté: «Earnscliffe faisait partie de l'équipe d'Ekos.»

Il est de notoriété publique aujourd'hui que la firme de lobbyistes et de communication Earnscliffe est proche de Paul Martin depuis de nombreuses années. D'ailleurs, plusieurs conseillers actuels du premier ministre sont issus de cette entreprise.

Le nom d'Earnscliffe dans l'attribution des contrats revient une autre fois dans la même note interne du ministère des Finances. Cette fois-ci, c'est en 1994, encore une fois pour la publicité des obligations d'épargne du Canada. L'équipe gouvernementale chargée d'aider les ministères dans la sélection des agences de publicité à l'époque s'inquiète des actions du ministère des Finances. L'équipe se nomme APORS (en anglais) et est dirigée par Chuck Guité.

On peut lire qu'«APORS est inquiet que l'appel d'offres puisse être perçu comme ayant été écrit pour favoriser une firme en particulier. Seule Earnscliffe a soumis une offre et a reçu le contrat de 214 000 $».

De plus, une lettre rendue publique la semaine dernière et passée inaperçue montre encore une fois que le ministère des Finances avait des comportements douteux lors de la sélection des agences.

Le 12 mai 1995, Paul Pednault, un consultant privé qui participait à la sélection des firmes de publicité avec le ministère des Finances, écrit à l'équipe de Chuck Guité pour lui faire part de ses inquiétudes.

«Depuis septembre 1994, j'ai eu à participer à plusieurs concours et sélections d'agences pour différents ministères, écrit-il à Chuck Guité. Les règles établies par le Conseil du trésor, à l'effet de garder un système ouvert et transparent, ont toujours été respectées par les différents clients du ministère, à l'exception du ministère des Finances hier.»

Il poursuit: «La sélection a été influencée par certains membres du ministère des Finances. À titre d'exemple, ces commentaires ont porté sur un conflit de personnalité avec des représentants d'agence, l'affiliation politique de certains ou le potentiel éventuel d'une agence sans qu'une telle démonstration soit apparente dans le document soumis par l'agence.»

Il termine en affirmant qu'«étant donné que les normes établies n'ont pas été respectées, certaines agences ont peut-être été brimées dans leurs droits à une juste sélection».

Il est toutefois impossible de savoir pour l'instant le niveau d'implication de Paul Martin lui-même et si les irrégularités de son ministère dans le choix des agences ont été commises à sa demande ou si son personnel agissait sans lui en parler.

Le rôle du bureau de Chrétien

Si le ministère des Finances dirigé par Paul Martin était pris à partie dans les documents rendus publics hier, c'est toutefois les agissements du bureau de Jean Chrétien et de l'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, qui ont été mis en lumière par le témoignage très attendu de Chuck Guité, le responsable du programme des commandites.

En poste entre 1994 et 1999, Chuck Guité a d'abord dirigé l'équipe gouvernementale qui s'occupait de la sélection des agences de publicité pour les différents ministères. Puis, son équipe a pris en charge le programme des commandites lors de sa mise en place, en 1996.

M. Guité a confirmé hier ce que les récents témoignages et les dizaines de documents déposés en preuve ont étayé depuis l'ouverture de la commission Gomery, à savoir que le bureau du premier ministre Jean Chrétien suivait à la trace l'attribution des contrats de commandite.

Le chef de cabinet de Jean Chrétien, Jean Pelletier, et le directeur des opérations du bureau, Jean Carle, rencontraient régulièrement Chuck Guité pour faire le point. «On identifiait les événements [à commanditer], les sommes et les agences», a dit Chuck Guité. Il rencontrait plus souvent Jean Carle que Jean Pelletier, a-t-il précisé. Et qui donnait le feu vert?, a demandé le procureur. «Moi, M. Pelletier et M. Carle», a répondu Chuck Guité.

La sélection des agences était faite à partir d'une liste sur laquelle figuraient des firmes de publicité qui avaient répondu avec succès aux critères du Conseil du trésor. Par contre, le coût de réalisation d'une commandite ou d'une publicité par une agence ne faisait pas partie des critères, ce qui a étonné le juge John Gomery et le procureur adjoint Neil Finkelstein.

«L'industrie ne fonctionne pas comme ça puisqu'on ne peut fixer un coût à un processus créatif», a expliqué Chuck Guité. Tout dépend de la nature du contrat et des exigences du ministère, a-t-il dit. «Ce n'est pas comme l'achat de matériel, le plus bas soumissionnaire ne garantit pas le meilleur rendement possible», a-t-il justifié.

Contourner les procédures

Autre étonnement des membres de la commission Gomery lorsque Chuck Guité a expliqué qu'il avait enfreint les règles de procédure du Conseil du trésor en refusant de faire des appels d'offres à chaque contrat, et ce, «pour aller plus vite». Il aurait été «long et complexe» de procéder à un concours pour chaque contrat de publicité ou de commandite, a-t-il dit. Voilà pourquoi les agences étaient sélectionnées à partir d'une liste préétablie, sans appels d'offres et sans mention de coût. «Je savais les capacités et les expériences de chacune en fonction du contrat à donner», a soutenu Chuck Guité.

Le bureau de Jean Chrétien savait-il qu'il n'y avait pas d'appel d'offres à chaque occasion? «Je ne sais pas», a répondu M. Guité. De son propre aveu, il n'en a pas soufflé mot à ses supérieurs, mais il ne l'a pas caché non plus. Le bureau du premier ministre savait que la sélection se faisait à partir d'une liste d'agences puisque Jean Pelletier et Jean Carle participaient au choix, a-t-il toutefois rappelé.

Chuck Guité rencontrait aussi «régulièrement» le ministre responsable du programme de commandites, Alfonso Gagliano. Contrairement aux affirmations de l'ancien ministre devant le comité des Comptes publics de la Chambre des communes au printemps dernier, il n'était pas rare que Chuck Guité discute de l'attribution des contrats et des événements avec M. Gagliano. «Je le rencontrais presque à toutes les semaines, parfois ici à Ottawa, parfois au restaurant, parfois dans son comté à Montréal, a soutenu Chuck Guité. Habituellement, il était avec son chef de cabinet, M. Tremblay. 90 % du temps, on parlait de commandites.»

Pour chaque commandite de plus de 30 000 $, M. Guité devait avoir l'approbation du ministre Gagliano ou du bureau du premier ministre. Un contrat inférieur à ce montant pouvait être octroyé de son propre chef et il devait se servir de son jugement. «Si une commandite venait du comté du premier ministre, je savais qu'elle serait acceptée, alors je l'approuvais», a affirmé Chuck Guité.

De plus, le bureau du premier ministre n'hésitait pas à mettre sa touche personnelle dans la sélection des agences, selon Chuck Guité. «Parfois, je leur disais que ce n'était pas approprié et ils répondaient que c'est quand même ça qu'ils voulaient», a-t-il dit.

Premier véritable témoin-vedette de la commission Gomery, Chuck Guité doit rester à la barre encore plusieurs jours. Alfonso Gagliano, Jean Chrétien et Paul Martin sont aussi attendus au cours des prochains mois.





Les libéraux n'exigent pas d'excuses d'Ottawa pour le «gâchis» de Mirabel

Norman Delisle Presse Canadienne
Cyberpresse mercredi 03 novembre 2004

Le gouvernement Charest refuse de blâmer Ottawa dans le «gâchis» du dossier de l'aéroport Mirabel.

Les députés libéraux de l'Assemblée nationale ont en effet refusé mercredi de s'associer à l'opposition péquiste pour exiger d'Ottawa des excuses à la suite du «gâchis» de Mirabel. La motion péquiste a été rejetée par 66 voix contre 44.

C'est la députée péquiste de Mirabel, Denise Beaudoin, qui a soumis à l'Assemblée une motion demandant qu'Ottawa «présente formellement et officiellement ses excuses aux citoyens du Québec» expropriés depuis 1969 pour la construction de l'Aéroport de Mirabel, qui a définitivement fermé ses portes en fin de semaine dernière.

La députée Beaudoin a signalé que 97 000 acres avaient été expropriées dans ce dossier et plus de 800 maisons détruites. «De plus, 3 126 familles, chacune avec une histoire singulière de souffrances, ont été expropriées inutilement. Collectivement, nous leur devons réparation pour ce qui a été leur Grand Dérangement. Il est essentiel que des excuses leur soient exprimées. Le gouvernement fédéral vient d'en exprimer aux déportés acadiens de même qu'aux internés canadiens d'origine japonaise lors de la Deuxième Guerre mondiale. De telles excuses font partie du processus de guérison», a dit la députée Beaudoin.

Pour le chef de l'opposition Bernard Landry, le projet fédéral d'aéroport à Mirabel a «été conçu dans une intention impérialiste. Ottawa était jaloux du fait que la nation québécoise avait des projets grandioses comme le barrage de Manicouagan. Une grande partie de la motivation fédérale, c'était de faire contrepoids à un très grand projet de l'histoire du Québec: la Manic», a dit M. Landry.

Pour la porte-parole du gouvernement, la ministre de l'Agriculture Françoise Gauthier, il ne faut pas exciter le ressentiment.

«Nous ne sommes pas ici pour activer le ressentiment. C'est justement pourquoi nous serons en désaccord avec cette motion. Comme parti politique, nous nous serions davantage associés à une motion qui aurait été positive, dans le sens de travailler pour faire en sorte que le gouvernement fédéral améliore les propositions qui vont lui être soumises par Aéroports de Montréal», a soutenu la ministre.

Pour le député libéral de Laval-des-Rapides, Alain Paquet, «si on demande à tous les gouvernements de faire des excuses sur des erreurs qu'ils ont commises, je vous dis qu'on n'aura pas suffisamment de journées à l'Assemblée nationale pour pouvoir demander des excuses à l'ancien gouvernement qui nous a précédés», a prétendu M. Paquet.

Plusieurs expropriés de Mirabel étaient dans les tribunes de l'Assemblée nationle pour assister à ce débat.

Ils étaient très amers face à l'attitude des députés libéraux dans ce dossier. L'une d'elles, Mme Françoise Monette, les a qualifiés de «sans coeur» tandis que pour un autre exproprié, Roméo Lafond, le gouvernement Charest «est cheap en torrieu et agit sous les ordres d'Ottawa» dans cette affaire.





RDI, district bilingue

Victor-Lévy Beaulieu
L'Autre journal, édition du 3 novembre 2004

Quand Pierre Elliott Trudeau était premier ministre du «plusse meilleur pays du monde», il aimait si peu Radio-Canada, nid de séparatistes, qu’il brandissait la menace de « mettre la clé dans la boîte » ou d’y faire un grand balayage pour que la chaîne française « ne montre plus que des vases chinois ». Mais plutôt que d’y aller aussi radicalement, Trudeau et ses successeurs libéraux jouèrent plutôt la carte de la ruse. On créa Télé-Film Canada et l’argent qu’il fallut y mettre, on l’enleva à la chaîne française, ce qui amena de draconiennes coupures budgétaires dont les effets néfastes ne tardèrent pas à se multiplier.

Jusqu’alors, la chaîne française de Radio-Canada avait contribué à cimenter l’appartenance québécoise par l’émergence d’une culture nationale dont rendait compte la popularité des téléromans, des télé-théâtres et des téléfilms qu’on y diffusait, pour la plupart représentatifs de l’évolution de notre être identitaire. C’était cela même que Trudeau ne pouvait pas accepter, à cause de l’acte politique de libération nationale que regarder la télévision pouvait en ce temps-là signifier.

Par le simple jeu des compressions dites budgétaires, on ne pouvait pas désâmer tout à fait Radio-Canada et ce n’est donc pas par hasard si en janvier 1995, RDI, le réseau de l’information, était lancé avec pompes et fanfares. Ce réseau-là, dit d’affaires publiques, serait plus aisément contrôlable puisqu’il suffisait, en le créant, d’y établir un organigramme donnant au gouvernement fédéral droit de vie et de mort sur le personnel de direction qu’on y embaucherait.

Furent donc nommés aux postes de commande d’intransigeants fédéralistes qui ne tardèrent pas à nous faire comprendre que l’unité nationale et canadienne était la raison d’être de la nouvelle créature. D’où l’importance qu’on accorda aux bulletins de nouvelles couvrant toutes les provinces canadiennes, de l’Île-du-Prince-Édouard à la Colombie-Britannique. En même temps, on mettait la hache dans les structures régionales de la radio et de la télévision publiques à travers tout le Québec, toujours au nom d’une efficacité administrative dont encore personne n’a évidemment constaté les bienfaits.

Dans les commencements de RDI, on voulait donner bonne bouche aux Québécois, de sorte qu’on ne lésinait pas sur la traduction : un ministre de l’Alberta, un policier de la Nouvelle-Écosse ou un écologiste de la Colombie-Britannique, s’exprimaient-ils en anglais qu’on nous en présentait simultanément la version française. Mais ça ne prit pas plusieurs années avant qu’on ne mit de côté les traducteurs, confiant au reporter-journaliste le soin de nous résumer les propos du ministre, du policier ou de l’écologiste après que ceux-ci se soient exprimés, évidemment en anglais. Aujourd’hui, certains bulletins nationaux de nouvelles diffusés par RDI accordent pas moins de quarante-pour-cent de leur temps d’antenne à des intervenants qui ne parlent que la langue anglaise et qu’on ne prend même plus la peine de traduire, comme si tous les Québécois étaient bilingues ou devraient le devenir.

En soi, la chose serait déjà très questionnable, mais elle ne représente qu’une partie de l’iceberg. Pour qui regarde le moindrement RDI, la réalité est encore bien pire puisque ce qu’on y fait dans les autres émissions d’information suit la tendance des bulletins nationaux : de plus en plus, les anglophones du Québec à qui on donne la parole le font dans leur langue, et là toujours, Radio-Canada n’assure plus la traduction simultanée. Quand le reporter-journaliste est un brin paresseux, les propos sont ramenés à une simple et courte phrase pas nécessairement représentative de l’ensemble des propos tenus.

Durant la campagne électorale américaine, le sommet de l’absurde fut atteint dans l’émission La part des choses qu’anime Martin Drainville. On y présentait des extraits plutôt longs des discours de Georges Bush et de John Kerry dans leur version originale, que des professionnels de la politique devaient commenter par la suite. Pour l’unilingue québécois, aucun moyen de se faire vraiment une idée, ni l’animateur ni les commentateurs ne faisant connaître pour la peine ce que Bush et Kerry avaient dit.

Il me semble qu’il s’agit là d’une arrogance et d’un mépris fort condamnables venant d’une société qu’on considère avant tout comme un service public. Que personne ne semble s’en rendre compte, et surtout pas les journalistes de RDI, dit bien jusqu’à quel point nous sommes devenus lâches collectivement. Car, qu’on l’accepte ou pas, cette façon de faire de Radio-Canada nous ramène tout droit à la théorie du Québec district bilingue, que les fédéralistes essaient de nous imposer depuis déjà des lustres. Ils y sont arrivés avec les grandes entreprises, car plusieurs institutions carrément québécoises nous offrent maintenant, telle l’université du Québec à Rimouski, de nous servir dans la langue de notre choix . . . comme si le français n’avait plus rien d’officiel, même pour un organisme dont la clientèle est à 99% québécoise !

Cette bilinguisation du Québec est sournoise et je ne comprends pas que les organismes voués à la sauvegarde de notre langue y accordent si peu d’attention. Je ne comprends pas non plus le silence du Bloc québécois là-dessus et pas davantage celui du Parti québécois. Il est vrai toutefois que durant les années qu’il occupa le pouvoir, le Parti québécois ne s’opposa ni à la fermeture des bureaux régionaux de Radio-Canada ni au démantèlement de Télé-Québec, envisageant même sa fermeture plutôt que d’en faire une institution véritablement nationale. Quand on vit dans une telle inconscience, c’est qu’on ne sait pas lire les signes. Ceux-ci sont pourtant clairs dès qu’on regarde un tant soit peu RDI et dès que nous saute aux yeux sa politique du bilinguisme de fait, car il faudrait encore une fois être bien naïf pour croire qu’elle n’a aucun rapport avec l’idéal de l’unité canadienne que promeuvent les fédéralistes. Fuck you !, comme disait l’autre, qu’on ne traduit pas non plus à RDI.





Landry ne craint pas de vague conservatrice

Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 4 novembre 2004

Québec - Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, ne craint pas qu'une vague conservatrice déferle sur le Québec à la suite de l'élection américaine.

Le Québec saura échapper à cette vague conservatrice, estime M. Landry. «Le Québec est en Amérique, mais le Québec est tellement différent. Nous ne sommes pas l'Amérique "mainstream" pour des raisons culturelles et linguistiques évidentes», a dit M. Landry alors qu'il répondait à une question en anglais dans un point de presse. «Sur à peu près tous les sujets», les sondages montrent que le Québec est «profondément différent» des États-Unis, que ce soit à l'égard «du mode de vie ou de l'opinion sur la guerre en Irak», a-t-il fait valoir.

Se qualifiant de «rooseveltien», du nom du président américain Franklin D. Roosevelt, l'instigateur du New Deal, donc «plutôt démocrate», M. Landry a reconnu qu'il aurait été «plus heureux» si les démocrates avaient pris le dessus sur leurs adversaires républicains. En plus de la présidence qui a échappé à John Kerry, les républicains ont fait des gains importants au Sénat et à la Chambre des représentants, accroissant les majorités du parti de George W. Bush. «Je ne crois pas au libéralisme et aux idées de droite, même pour l'économie, a-t-il rappelé. Comme l'économie du Québec est «très tributaire» de l'économie américaine, «ce n'est pas une bonne nouvelle», juge le chef péquiste.

La bonne nouvelle toutefois, c'est le taux de participation record à ces élections. «À une période où le devoir démocratique a tendance à s'effondrer un peu partout dans le monde, les Américains étaient loin d'être exemplaires en ce domaine et là, au moins, ils sont allés voter. Ça, c'est la bonne nouvelle», a dit M. Landry.

Pour le porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales, Daniel Turp, il est loin d'être évident que le président Bush donnera de l'importance au multilatéralisme et aux institutions internationales comme l'ONU, multilatéralisme que préconisent le Canada et le Québec. «On peut penser que Bush ne changera pas son fusil d'épaule. Les alliances ne seront pas nécessairement recherchées plus qu'elles ne l'étaient avant», a-t-il dit.

Le député de Mercier a fait observer que les Américains, en optant pour Bush, ont choisi la sécurité. «La stratégie de Bush de consolider son vote chez les Américains les plus conservateurs - la droite religieuse - a été couronnée de succès», a-t-il souligné.

M. Turp se dit par ailleurs inquiet des intentions des États-Unis à l'endroit de la diversité culturelle. «L'administration Bush ne semble pas très ouverte à l'idée d'une convention internationale» chapeautée par l'UNESCO, a-t-il dit. M. Turp s'attendait à une victoire de John Kerry.

Mario Dumont l'avait prédit

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, lui, a prédit la victoire de Bush, «qui n'était pas [son] choix de prédilection», a-t-il dit. «L'erreur de Kerry, c'est qu'il a fait campagne sur le terrain de l'autre. Il a pensé gagné sur l'Irak. Mais tu ne gagnes jamais sur le terrain de l'autre.» La force de Bill Clinton quand il a battu Bush père à l'élection de 1992, c'est justement d'avoir amené la campagne sur son terrain, c'est-à-dire les questions nationales comme l'emploi.

M. Dumont souhaite que le président Bush accorde désormais la priorité à l'économie. «Pendant qu'il s'est beaucoup occupé de l'autre bout du monde, il s'est un peu moins concentré sur l'économie américaine», a-t-il dit. «On est de grands exportateurs. Si l'économie américaine marche au ralenti, on va avoir les contrecoups», s'est-il inquiété. Ceci dit, «on n'est pas en face d'une révolution: c'est la continuité et on n'est pas en face d'une donnée inconnue», a fait valoir Mario Dumont.





Déception et inquiétude de la gauche québécoise

Kathleen Lévesque et Clairandrée Cauchy
Le Devoir jeudi 4 novembre 2004

Déception et inquiétude: c'est en ces termes que des personnalités publiques associées à un certain mouvement de gauche au Québec ont résumé hier leur réaction face à la réélection de George W. Bush à la présidence des États-Unis.

«C'est une mauvaise nouvelle pour les progressistes. Et cela risque d'avoir une influence ici. L'étau se resserre sur le Canada. Ça n'augure rien de bon, notamment dans le dossier du bouclier antimissile», a laissé tomber la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Françoise David, du parti de gauche en formation Option citoyenne, s'inquiète du nouveau mandat de quatre ans dont le président républicain vient d'hériter. Elle rappelle que Bush se fiche de l'environnement, qu'il est proche du milieu pétrolier, qu'il est obsédé par la sécurité et la militarisation de la planète et qu'il a une façon très guerrière d'aborder les relations avec le monde entier.

«Il représente tout ce qu'il y a de plus détestable. Il est la droite en personne. On oublie que le premier geste qu'il a fait comme président, ç'a été de couper les vivres à des organismes qui travaillent pour la santé des femmes. Ces organismes faisaient la promotion de la contraception et du libre choix à l'étranger. Depuis ce temps-là, il donne des fonds à des groupes qui prônent la chasteté auprès des jeunes comme moyen de contraception», s'est désolée Mme David. Selon elle, le taux de participation élevé est la seule note positive de ce scrutin.

La présidente du Conseil canadien pour les réfugiés, Janet Dench, a vu s'évanouir ses espoirs d'une Amérique plus ouverte aux droits des réfugiés et des immigrants. «Les droits des non-citoyens ne comptent pas beaucoup pour George W. Bush», a expliqué Mme Dench.

À l'instar des groupes de défense des immigrants américains, Mme Dench comptait sur l'élection des démocrates pour faire avorter un projet de loi visant à faciliter la déportation d'immigrants et empêcher l'entrée en vigueur de l'entente sur le tiers pays sûr, qui limiterait le passage de réfugiés entre les États-Unis et le Canada.

Pour Dominique Peschard, de la Ligue des droits et libertés, l'élection chez nos voisins américains et la poursuite des politiques sécuritaires transpireront au delà des frontières. «Depuis le 11 septembre 2001, des ententes comme celle sur la "frontière intelligente", qui prévoit un partage d'information sur les résidants des deux pays, n'ont jamais été discutées au Canada. On a vu ce que cela donne, le fameux périmètre de sécurité nord-américain, dans le cas de l'affaire Maher Arar», a fait observer M. Peschard, estimant que John Kerry aurait eu une approche plus nuancée en matière de sécurité.

Mais Amir Khadir, porte-parole de l'Union des forces progressistes, ne se fait pas d'illusions sur le clan démocrate. «Avec ses fourberies et son ignorance, Bush est un personnage qu'on aime détester au Québec. Mais les grandes politiques américaines n'auraient pas vraiment changé avec Kerry», a soutenu le Dr Khadir.

Selon lui, la réélection de Bush devrait ouvrir les yeux des Québécois et permettre d'approfondir leurs critiques face au gouvernement Charest. «Il y a une affinité idéologique. Jean Charest est un conservateur déguisé en libéral et il applique un train de mesures qui s'apparentent aux idées véhiculées par Bush», a dit Amir Khadir.

Sans établir un lien aussi étroit, le président de la FTQ, Henri Massé, a rappelé qu'il ne faut pas sous-estimer l'influence des États-Unis. «On subit toujours les soubresauts du vent de droite venant des États-Unis. Quand les Américains toussent, nous autres, on a la grippe», a lancé M. Massé.

Le chef syndical n'a pas caché sa déception compte tenu de l'implication politique des syndicats américains dans la campagne. Le gouvernement américain n'a jamais pris de mesures pour ralentir la relocalisation des emplois à l'étranger. Les lois du travail sont en nette régression. Le taux de syndicalisation est de seulement 13 %.





Déprime carabinée à gauche

Antoine Robitaille
Le Devoir jeudi 4 novembre 2004

La réélection claire de George W. Bush, confirmée hier, plonge les intellectuels de la gauche dans un profond désarroi. «Je n'ai rien d'intelligent à dire, sauf que mon camp s'est effondré et que je ne suis vraiment pas de très bonne humeur», répond dans un français élégantissime le grand professeur de relations internationales de Harvard, Stanley Hoffmann, 76 ans.

Cette réaction ne surprend guère de la part d'un critique de l'empire américain en général et de George Bush en particulier (il se montre entre autres très dur dans le documentaire de William Karel, Le Monde selon Bush). Mais toujours à gauche, la colère est tout aussi palpable chez certains penseurs qui ont suivi l'administration Bush, partiellement ou non, dans ses aventures militaires. Prenons le philosophe Michael Walzer, de Princeton: ce théoricien de la «guerre juste» a appuyé l'offensive en Afghanistan en 2001 et a même mené, en février 2002, le fameux appel de 60 intellectuels américains favorables à celle-ci. Codirecteur de la revue de gauche Dissent, il a toutefois qualifié de «guerre injuste» l'invasion de l'Irak (Le Devoir, 29 mars 2003). Hier, c'est son adjointe qui a répondu à nos messages. La réélection de George Bush? «Il fait dire qu'il est trop déprimé pour parler aujourd'hui. Ç'a été tout un choc pour lui, croyez-moi», nous a-t-elle dit, se confondant en excuses et ajoutant qu'il rappellera au cours des prochains jours, «lorsqu'il se sentira mieux». Même état d'esprit du côté de Michael Ignatieff, historien de Harvard d'origine canadienne, spécialiste des droits de la personne et classé parmi les liberal hawks (les «faucons de gauche») au moment du déclenchement des hostilités en Irak, une intervention qu'il a soutenue. «La nuit dernière, nous sommes restés éveillés en espérant un renversement de tendance et nous sommes maintenant fatigués et accablés», écrit-il dans un courriel laconique.

Parlons morale, nous aussi!

D'autres intellectuels, ouvertement démocrates, se font plus loquaces. La rage au coeur, Robert Reich, économiste et ancien secrétaire au Travail sous Bill Clinton, répond lentement à nos questions, à l'autre bout du fil, à Boston, environ deux mois après un entretien au Devoir au cours duquel il avait prédit la victoire de Kerry (voir l'édition du 7 septembre). La réélection de Bush constitue à ses yeux un «choc dévastateur pour la conception de la société américaine juste qui est la mienne». C'est en parlant «morale» (mariage homosexuel, patriotisme, religion, etc.) que George Bush et les républicains se sont fait élire, fait-il remarquer, alors que «nous, démocrates, avons présenté des plans et des programmes politiques». La morale? «Il est temps pour nous aussi de parler en ces termes», laisse-t-il tomber avant de dresser une liste des immoralités qui échappent curieusement aux «radcons» (les «radical conservatives», comme il se plaît à nommer les républicains actuels). «Il est immoral de baisser les impôts des riches au moment où on fait de terribles compressions dans les programmes sociaux. Il est immoral pour les dirigeants des grandes entreprises profitables de se payer des millions en salaires alors qu'ils mettent à pieds des milliers d'employés. Il est immoral de tuer plus de 100 000 Irakiens et d'envoyer plus de un millier de nos citoyens à la boucherie dans une guerre inutile. Nous aussi, nous pouvons parler de bien et de mal!»

Bref, il faut s'attarder à la moralité dans les boardrooms (les salles de réunion des grandes entreprises) plutôt qu'à celle dans les bedrooms (les chambres à coucher), comme il l'écrivait dans son dernier livre, intitulé Reason, par lequel il voulait fouetter l'ardeur de ses collègues démocrates. En vain... Hier, il ajoutait: «Et la foi! Nous aussi, il nous faut parler de la foi! Mais pas celle rattachée à une ou l'autre religion particulière, plutôt cette foi en notre capacité, en tant que société, de rendre ce monde meilleur.» Nul besoin de dire que Robert Reich, candidat défait au poste de gouverneur du Massachusetts en 2002, est «profondément apeuré» par l'ère politique qui s'ouvre. Évoquant les deux ou trois nominations que George Bush fera au plus haut tribunal du pays, Reich dit: «Il va se créer sa propre Cour suprême! Je suis inquiet de ce qui va arriver aux droits civiques, aux libertés civiles, aux droits en matière de reproduction.» De plus, il souligne que la politique étrangère de Bush ne sera plus limitée comme avant puisque «ce président n'a plus à se soucier de se faire réélire».

Robert Reich continue toutefois à dire, comme dans son dernier livre, que les Américains, en majorité, ne sont pas fondamentalement à droite et que si on décortique leurs valeurs dans des sondages d'opinion, celles-ci en font des démocrates. C'est pourquoi il faut selon lui éviter à tout prix de céder à la tentation de recentrer le parti, «comme on a tenté de le faire après la défaite au Congrès, en 1994». «C'est ce que plusieurs dans notre camp vont commencer à réclamer, et ils se trompent. Au contraire, il faut montrer du courage et de la détermination, cesser d'avoir honte de ce que nous pensons. Dire les choses comme elles sont. Mieux s'organiser. Présenter moins de grands plans et de grandes politiques et plus de passion pour la justice.»

L'inquiétude devant l'énorme pouvoir que possèdent désormais les républicains qui contrôlent toutes les «branches» du gouvernement inquiète Dick Howard, professeur à l'université de New York et auteur de l'ouvrage intitulé Aux origines de la pensée politique américaine (Buchet-Chastel). «Les fondamentalistes vont maintenant se croire légitimés d'imposer leur politique.» Heureusement, le système de «contrepoids» qui caractérise le fonctionnement du gouvernement américain n'est pas pour autant annihilé. M. Howard note que c'est un sénateur «libéral», Arlen Spector, qui dirigera la commission judiciaire qui sera responsable d'approuver ou de rejeter les nominations de Bush à la Cour suprême. «Il n'acceptera pas tout», dit M. Howard. Il souligne aussi qu'un président «a moins de pouvoir» lors de son deuxième mandat et il compte sur les disputes et les positionnements en vue des élections de 2008 pour assurer une diversité de vues.

Débat chez les neocons

À propos de dispute, il faut dire que le camp des «néoconservateurs» n'a pas fait totalement bloc derrière George Bush. Le philosophe Francis Fukuyama a par exemple confirmé hier au Devoir qu'il n'a pas voté pour le chef républicain. Rendu célèbre par sa théorie sur «la fin de l'histoire» au moment de la chute du mur de Berlin, M. Fukuyama était jusqu'à tout récemment associé aux faucons proguerre: en 1998, il avait signé, notamment avec Paul Wolfowitz, un «appel à l'action en Irak» publié dans le Washington Post. Mais récemment, dans la revue The National Interest, il s'en est pris violemment à l'argumentation pro-invasion de l'Irak d'un de ses anciens amis, le chroniqueur Charles Krauthammer («Il est Canadien, vous le saviez?», note le philosophe, un brin narquois). Fukuyama se demandait comment des néoconservateurs ont cru qu'ils pourraient déployer un «grand plan étatique» pour installer la démocratie à l'étranger alors qu'ils ont passé les dernières décennies à répéter que «l'ingénierie sociale» et la grande planification étatique ne pouvaient pas éradiquer la pauvreté ou quelque autre problème social que ce soit sans créer d'énormes effets pervers. Au reste, plus récemment, Fukuyama avait dénoncé le détournement du 11 septembre opéré par les républicains à leur convention de la fin de l'été. Aujourd'hui, il affirme que «Bush, avec le mandat qu'il vient de recevoir, se retrouve à ne pas payer pour ses gros mensonges au sujet de la guerre au terrorisme et ne sera donc pas poussé à se remettre en question». Fukuyama a-t-il voté pour Kerry? «Je me contenterai de dire que je n'ai pas voté pour Bush», a-t-il répondu.

Neocons heureux

La plupart des néoconservateurs se montraient très heureux de la victoire de George Bush hier. Jonathan last, du Weekly Standard, se disait rassuré «d'avoir un gagnant dès le mercredi et que cette affaire ne traîne pas plusieurs semaines comme la dernière fois». Selon lui par ailleurs, George Bush n'est pas le «monstre conservateurs» qu'on cherche à dépeindre: «il est plutôt modéré», dit-il. Même qu'à le démoniser, les «Bush-haters» ont grandement desservi le Parti démocrate. «Moi, si j'étais un démocrate, je souhaiterais que la victoire de Bush fasse taire les Michael Moore et compagnie. Ils ont beaucoup nui à la campagne de Kerry.»

Ce qui réjouissait hier le politologue de droite James W. Ceaser, de l'université de la Virginie, c'est l'ampleur de la victoire de Bush, qui confère aux républicains une position politique qu'ils n'ont pas eue depuis les années 20. Mais il ne faut pas s'inquiéter outre mesure car il y a encore des contre-pouvoirs: «Les républicains ne contrôlent pas encore le judiciaire. Au Sénat, pour faire quoi que ce soit d'important, vous avez besoin d'un nombre de votes très élevé.» Selon lui, les démocrates paniquent et se précipitent sur le seul organe du pouvoir sur lequel ils peuvent influer: les tribunaux. «Or les jugements favorables aux mariages homosexuels leur ont beaucoup nui.»

Au fait, le reste du monde n'aime pas tellement Bush, qu'en faites-vous? «Bof, c'est le reste du monde. C'est son problème», a répondu M. Ceaser.





L'Amérique outre Bush

André Pratte
La Presse jeudi 4 novembre 2004

Éditorial - Cette fois-ci, la victoire de George W. Bush ne fait aucun doute: le président a obtenu 3,5 millions de votes de plus que son rival. La consternation ressentie partout dans le monde est d'autant plus grande: comment les Américains ont-ils pu réélire ce vulgaire cowboy?

Le résultat de l'élection de mardi risque de transformer l'"anti-Bushisme" en antiaméricanisme, un courant déjà trop présent dans le monde. Jusqu'ici, on pouvait croire que Bush était président par accident; aujourd'hui, le peuple l'a bel et bien choisi.

Pourtant, il faut éviter de se laisser emporter par le réflexe antiaméricain. Les facteurs qui ont mené à la réélection de M. Bush sont complexes. Les États-Unis demeurent un pays divisé et diversifié à l'extrême. L'ancien candidat à l'investiture démocrate, Howard Dean, a eu raison de nous rappeler lors de son récent passage à Montréal que si Bush gagnait, il resterait tout de même 49 % des Américains qui ne sont pas d'accord avec lui.

Les Américains ne sont pas tous des fanatiques religieux, porteurs d'armes, mangeurs de hamburgers qui se moquent de la planète. Une première analyse des sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote (exit polls) montre que le résultat d'hier ne s'explique pas en clichés. S'il est vrai que 60 % des voteurs pratiquants ont voté Bush, on en trouve tout de même 40 % qui ont voté Kerry. Deux groupes d'Américains fort différents ont voté républicain à plus de 80 %: ceux pour qui l'enjeu le plus important de l'élection était la préservation des " valeurs morales ", et ceux qui étaient particulièrement préoccupés par le terrorisme.

Malgré la victoire de Bush, les Américains restent profondément divisés au sujet la guerre en Irak: 51 % approuvent la décision du président, tandis que 45 % sont contre. La moitié des électeurs sont mécontents de l'administration Bush, l'autre moitié en sont satisfaits. Les citoyens de 11 États ont voté pour que la Constitution de leur État réserve l'accès au mariage aux couples hétérosexuels. Mais dans l'ensemble du pays, 60 % des Américains se montrent favorables aux mariages gais ou aux unions civiles.

Bref, tout n'est pas bleu ou rouge. Néanmoins, la réélection du président républicain fait craindre que Washington persiste à en faire à sa tête sur la scène internationale. Elle confirme aussi le glissement vers la droite des États-Unis. C'est à se demander si, lentement mais sûrement, les Américains ne sont pas en train de s'isoler du reste de l'Occident, de se recroqueviller sur leur morale d'un autre temps.

Dans leur essai The Right Nation, publié l'été dernier, deux journalistes britanniques notent que sur presque tous les sujets qui font l'objet de controverses en Occident, les Américains sont plus à droite que les citoyens des autres pays: avortement, peine de mort, inégalités sociales, recherche sur les cellules souches, pratique religieuse... Pourtant, le livre souligne aussi qu'il existe " un fossé entre l'Amérique conservatrice et l'Amérique ": " La droite ne résume pas les États-Unis. " Une enquête réalisée par le Chicago Council for Foreign Relations le confirme. Ce sondage révèle que 71 % des Américains sont favorables à l'adhésion de leur pays au protocole de Kyoto. De plus, 64 % des personnes sondées pensent que, pour contrer le terrorisme, Washington devrait adopter une position plus équilibrée dans le conflit entre Israël et la Palestine. Ainsi, dans bien des domaines, les politiques de George W. Bush ne sont pas fidèles à l'opinion majoritaire.

Les gens qui détestent M. Bush trouveront bien longues les quatre prochaines années. Heureusement, à l'échelle de l'histoire, quatre ans, c'est presque rien. Un jour ou l'autre, le balancier reviendra vers le centre, et les États-Unis vers le monde.





Le miroir brisé

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 4 novembre 2004

Les Américains ont tranché: ce sera George W. Bush pour quatre autres années. Difficile de prévoir si cette victoire fera de lui un président encore plus fanatique et plus conservateur ou si, au contraire, cela l'incitera à prendre enfin le virage de l'ouverture sur le monde que la planète entière attend du chef de la plus grande puissance mondiale.

Tous savaient que, malgré le bilan désastreux de l'administration Bush, la partie était loin d'être gagnée pour le candidat démocrate John Kerry. Mais toute la soirée de mardi, ceux qui rêvaient d'une victoire démocrate ont attendu en vain dans l'espoir d'un retournement toujours possible de la situation. Après tout, le peuple américain ne pouvait pas être aveugle à ce point !

Depuis la première élection de George W. Bush, il y a quatre ans, le monde a changé à cause de sa réaction démesurée à l'attaque du 11 septembre 2001, que d'aucuns n'ont pas hésité à attribuer à sa conception ethnocentriste, religieuse et guerrière du rôle des États-Unis. Jamais dans son histoire ce pays avait-il suscité autant de sentiments contradictoires en si peu de temps, et ce, même parmi ses meilleurs amis.

Au lendemain du 11 septembre, nous avions été nombreux à soutenir le peuple américain, attaqué de lâche façon par le terrorisme islamiste. La décision de mener la lutte contre al-Qaïda sur son propre terrain, l'Afghanistan, avait reçu l'appui quasi unanime des pays membres de l'ONU, dont le Canada. Se sont ensuivis des gestes plus contestables tels l'imposition de mesures de sécurité teintées de paranoïa et l'arrestation de centaines de citoyens d'origine arabe. Mais c'est au moment d'attaquer l'Irak pour des motifs aussi obscurs qu'obtus que tout a basculé. Est alors apparu au grand jour le fanatisme d'une administration qui ne s'est jamais souciée d'avoir ou non quelque motif sérieux d'intervenir pour renverser le dictateur.

Depuis ce temps, l'Irak brûle, et personne n'est en mesure de prévoir si les États-Unis parviendront jamais à rétablir un semblant de paix et d'ordre, pour ne pas parler de démocratie. Car de la démocratie, il risque de ne jamais y en avoir dans cet Irak qui, laissé à lui-même, passerait aussitôt sous la coupe des extrémistes religieux.

Au Moyen-Orient, George W. Bush a aussi tout raté et, là encore, rien ne permet d'espérer que les choses changent sur un horizon prévisible.

Sur la scène intérieure, rien ne va plus sur les plans économique et social. En quatre ans, les États-Unis ont vu éclater l'une des bulles spéculatives les plus spectaculaires des temps modernes. Ils ont fait face à une récession qui a laissé des millions de personnes sans emploi et subissent depuis une hausse record de leurs déficits, tant commercial que budgétaire. Dès l'annonce de la réélection de Bush, le prix du pétrole est reparti à la hausse et le dollar a repris une direction ascendante.

Pourtant, malgré tout cela, la majorité des Américains a choisi de reconduire George W. Bush. C'est dire à quel point les gens de la rue n'ont pas la même perception de leur président que le reste de la planète, à quel point ils sont convaincus que l'invasion de l'Irak constituait un geste défensif et à quel point encore ils sont attachés aux valeurs traditionnelles de réussite individuelle et de croyance exacerbée de l'Amérique du passé, celle des pionniers.

Le miroir s'est brisé : quatre années de malheur ? Osons seulement espérer que George W. Bush comprenne enfin que si les États-Unis peuvent toujours gagner des guerres, ils ne pourront jamais faire partager leurs ambitions et leurs rêves par les autres peuples du monde sans d'abord s'en être fait des amis.

j-rsansfacon@ledevoir.ca





La réélection de George W. Bush - Où est la fracture politique?

Charles-Philippe David
Frédérick Gagnon
Élisabeth Vallet
Les auteurs sont respectivement directeur et chercheurs à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand à l'UQAM. Ils ont également collaboré à l'ouvrage Les Élections présidentielles américaines, paru aux Presses de l'Université du Québec.
Le Devoir jeudi 4 novembre 2004

Les Américains sont globalement de plus en plus conservateurs, qu'il s'agisse de politique, d'économie ou de questions de société

À la veille du discours de John Kerry, concédant la victoire à George W. Bush, l'élection 2004 avait un étrange relent de la campagne 2000.

Tout semblait devoir se jouer dans un mouchoir de poche, et tous les ingrédients y étaient : l'Ohio était un État susceptible de «faire» l'élection, 72 % des électeurs ont encore utilisé les fameux bulletins à perforer à l'origine de l'imbroglio floridien et même l'OSCE avait souligné les risques que posaient les bulletins provisoires. Le maelström juridique que l'on prédisait n'aura pas eu lieu. Si le système électoral et l'image de la démocratie américaine en sortent moins altérés qu'il y a quatre ans, le Parti démocrate, quant à lui, accuse le coup. Certains avaient parlé de fracture politique, mais elle ne s'est pas traduite dans le résultat aux urnes. D'autres prédisaient un taux de participation record favorable à Kerry, mais Bush sort de ce scrutin légitimé et sans doute renforcé. D'aucuns prédisaient l'hallali du système électoral américain. Il semblerait pourtant qu'il ait une fois encore prouvé qu'il résiste à l'épreuve du temps. Il y a pourtant des enseignements à tirer de ces élections du 2 novembre, et ils sont de taille.

Une défaite rapidement concédée

En Ohio, ce sont ces bulletins provisoires qui ont tenu en haleine les Américains jusqu'au matin du 3 novembre. Ils pouvaient être utilisés par des électeurs qui se disaient inscrits sur les listes électorales mais dont les noms n'y figuraient pas. Si l'intention était noble, elle aura tout de même donné des sueurs froides aux observateurs impuissants du décompte. En effet, dans cet État clé, l'écart entre les deux candidats est pour l'instant de 136 000 voix. Or, dans le même temps, il y aurait jusqu'à 250 000 bulletins provisoires en attente de décompte. On pouvait donc imaginer que Kerry puisse, à la dernière minute, emporter l'État clé de cette élection. Pourquoi Kerry a-t-il si vite concédé la victoire ?

Premièrement, de façon générale, chaque parti a campé sur ses assises et chacun a conservé ses bastions traditionnels. Mais les données n'étaient pas tout à fait les mêmes : en raison du recensement conduit en 2000, la répartition par État des 538 grands électeurs avait été amendée en fonction des flux démographiques. En gagnant les mêmes États qu'en 2000, Bush disposait cette fois-ci d'un capital supplémentaire de sept grands électeurs.

Deuxièmement, c'est une vague conservatrice qui a déferlé sur les États-Unis. À tous les niveaux électoraux, aux questions référendaires, le conservatisme est patent et les libéraux sont défaits. Et dans le cadre de l'élection présidentielle, l'évidence est là : George W. Bush a remporté la majorité des suffrages populaires (51 %). Il ne sera plus le «président accidentel» du début de l'année 2001. Il bénéficie de l'onction populaire, de la légitimité qui lui avait fait défaut en 2000. Par contraste, Kerry ne pouvait pas se permettre de prolonger indéfiniment les arguties juridiques alors qu'il ne disposait du soutien que d'une minorité de la population (48 %). Il n'avait pas la légitimité dont bénéficiait Gore pour se lancer dans une bataille juridique de plusieurs semaines. L'opinion publique américaine n'aurait sans doute pas compris.

Troisièmement, les résultats partiels et les sondages à la sortie des bureaux de vote attestent de plusieurs tendances de l'opinion publique qui ne jouent pas en faveur de Kerry. En effet, le sénateur n'a fait aucune percée significative auprès de tranches particulières de l'opinion publique. En dehors des jeunes de 18 à 29 ans -- cette fameuse génération Y --, Kerry a en effet cédé du terrain dans plusieurs strates de la population américaine. Ainsi, plus soucieuses de la sécurité de leurs enfants, les soccer moms sont devenues des security moms, favorables à Bush. Plus logiquement, Kerry a perdu du terrain chez les personnes âgées, plus sensibles au discours sécuritaire. Pis encore, il a véritablement cédé du terrain chez les Hispano-Américains, dont on observe le glissement progressif vers les républicains depuis 1996. Sa base électorale s'érodant, Kerry était de moins en moins fondé à poursuivre une bataille qui pouvait être interprétée défavorablement par l'opinion publique.

Un résultat décevant

Ce n'est pourtant pas la détermination et les stratégies qui ont fait défaut chez Kerry. Sa campagne, malgré un faux départ, a réussi à s'imposer progressivement durant les deux derniers mois, au point de rattraper George W. Bush, largement en avance sur son adversaire démocrate au début de septembre. Kerry a ainsi gagné les trois débats présidentiels, dont le premier a assené un dur coup au président Bush, mais cela ne s'est visiblement pas traduit dans les intentions de vote. Il a choisi un candidat à la vice-présidence qui était censé lui rapporter des dividendes dans le sud du pays. Le résultat est décevant là aussi : aucune percée, aucun progrès dans une région jadis dominée par les démocrates. Le charismatique John Edwards courbe l'échine devant la machine républicaine dans son État de la Caroline du Nord. Et si Kerry a pu compter, en fin de campagne, sur quelques apparitions de l'ancien président Bill Clinton -- notamment dans l'Ohio --, qu'à cela ne tienne : l'État de l'Arkansas, dont Clinton est originaire, reste aux mains des républicains. Enfin, comble d'ironie, les nouveaux électeurs inscrits et réputés en principe voter en faveur de l'adversaire du président sortant accordent deux tiers de leurs suffrages à Bush. Comment expliquer un résultat guère conforme aux prédictions en de telles circonstances ?

Ce «raz-de-marée» républicain permet deux constatations préliminaires. Premièrement, les enjeux de sécurité et de politique étrangère favorisent généralement le président sortant. Kerry a eu beau exposer les nombreuses contradictions et mauvaises décisions de Bush en ce domaine, les électeurs sont demeurés globalement favorables aux positions du commandant en chef et peu enclins à vouloir changer de direction -- d'autant que Kerry n'a pas véritablement expliqué en quoi aurait consisté le changement et en quoi il aurait su mieux faire que Bush face au terrorisme et à l'Irak. La vidéo inattendue d'Oussama ben Laden n'a rien arrangé.

Deuxièmement, la réélection de Bush tend à minorer la thèse répandue, et abondamment ressassée durant cette campagne, d'une profonde fracture politique aux États-Unis. Cette fracture est en fait moins prononcée qu'en 2000. Certes, les candidats Kerry et Bush ont départagé les Américains, mais force est de constater que ceux-ci sont globalement de plus en plus conservateurs, qu'il s'agisse de politique, d'économie ou de questions de société. Le glissement des valeurs américaines vers la droite est incontestable. En témoigne l'issue des consultations référendaires tenues ce 2 novembre : la limitation du «mariage» à «l'union entre une femme et un homme» a d'ailleurs été validée par les électeurs dans tous les États où la question était posée. Il semblerait d'ailleurs que le fait que le mariage homosexuel soit soumis à référendum dans 11 États ait constitué un des facteurs de la mobilisation des fondamentalistes religieux. La tendance à la radicalisation de la société américaine s'est donc illustrée par une déferlante rouge sur le pays.

Un véritable raz-de-marée

Les résultats des 435 élections à la Chambre des représentants et des 34 élections au Sénat abondent dans ce sens. Les républicains sont les grands vainqueurs du 2 novembre. À la Chambre, ils ont accru leur majorité d'au moins trois sièges. Et l'amplitude de leur victoire se mesure à l'aune des résultats au Sénat. Les démocrates croyaient pouvoir reprendre le contrôle de cette Chambre, mais l'inverse s'est produit. Les républicains y ont en effet accru leur majorité de quatre sièges ! Comble de malheur pour les démocrates, leur leader au Sénat, Thomas Daschle, a été détrôné par le républicain John Thune dans une course effrénée -- et onéreuse -- au Dakota du Sud.

La défaite de Daschle est sans doute une bonne nouvelle pour les producteurs de boeuf canadien. À en croire Paul Cellucci, ambassadeur des États-Unis au Canada, Daschle était l'un des opposants les plus farouches à l'importation du boeuf canadien et à la réouverture de la frontière. Chose certaine, les dirigeants du Parti républicain salivaient à l'idée de déloger Daschle du Sénat, et ils ont de bonnes raisons de festoyer aujourd'hui car le démocrate réussissait souvent à mobiliser l'opposition de son parti pour contrer les initiatives de Bush en matière de santé ou d'économie.

Ainsi, malgré les gains importants de Ken Salazar au Colorado et de Barack Obama en Illinois (il sera le seul sénateur afro-américain), le réveil est brutal pour les démocrates au lendemain des élections au Congrès. Le parti de John Kerry comptait pourtant sur des candidats très crédibles et bien financés pour mener des courses cruciales (Erskine Bowles en Caroline du Nord, Inez Tenenbaum en Caroline du Sud, Tony Knowles en Alaska ou encore Betty Castor en Floride). Toutefois, les démocrates ont été incapables d'infléchir une tendance amorcée depuis 1994. La machine électorale républicaine est indubitablement plus efficace s'agissant des élections au Congrès. Alors qu'en novembre 2002, contre toute attente, le parti de George W. Bush avait déjà accru ses majorités à la Chambre et au Sénat, l'élection d'hier a consacré l'énorme succès des républicains.

Pour les démocrates, cette nouvelle déconfiture est inquiétante et soulève de nombreuses questions. La plus importante d'entre elles est sans doute de savoir comment, à l'avenir, ils pourront accroître leur poids au Congrès s'ils sont incapables de remporter des États du Sud. En effet, depuis les années 80, les démocrates n'ont cessé d'enregistrer des pertes dans le Sud au profit des républicains, ainsi qu'en attestent leurs défaites en Floride, en Géorgie, en Louisiane, en Caroline du Nord et en Caroline du Sud, et tout indique que les élections de mi-mandat de 2006 donneront peu de chances aux démocrates de regagner la totalité des sièges perdus depuis novembre 2002.

Dans l'optique de la présidentielle de 2008, il leur faudra également prendre en compte le fait que les États de New York et de Californie, à l'instar du reste des États-Unis, épousent de plus en plus la vision et les idées politiques de Bush que celles de Kerry. La campagne 2004 aura ainsi été moins serrée que l'on croyait. Voilà une donnée qui devra faire grandement réfléchir le prochain candidat démocrate à la présidence... qu'il s'agisse de Barak Obama, de John Edwards ou encore d'Hillary Clinton.

***

La chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal organise une conférence intitulée «Post-mortem : une analyse des résultats de l'élection présidentielle» le mardi 9 novembre 2004. On trouvera les renseignements pertinents à l'adresse www.lesgrandsdébats.uqam.ca.





religion et politique

Des milliers de colons en colère

Charly Wegman
Cyberpresse mardi 26 octobre 2004

Agence France-Presse - Jérusalem - «Nous sommes ici, face à la Knesset, car elle s'apprête à prendre une des décisions les plus dangereuses de l'histoire d'Israël», martèle Benzi Lieberman, un des chefs des colons opposés farouchement au retrait de Gaza que doit voter mardi le parlement.

Devant lui, une quinzaine de milliers de colons en colère lui répondent comme un seul homme : «Nous ne renoncerons jamais ! Eretz Israël (le Grand Israël de la Bible) nous appartient. On n'expulse pas des frères de leurs maisons».

Tous sont venus pour protester contre le plan de retrait unilatéral de la bande de Gaza du premier ministre Ariel Sharon qui doit être approuvé mardi soir par la Knesset au terme d'un débat marathon commencé lundi.

Jupes longues et fichus pour les femmes ou jeans et kippa de tricot, téléphones portables et baladeurs, ils portent tous le T-shirt orange, la couleur symbolique de Goush Katif, le bloc des colonies juives de la bande de Gaza qui doit être évacué et démantelé d'ici à la fin 2005.

Venus des quatre coins de la Cisjordanie et de la bande de Gaza à bord de centaines d'autobus, les colons, en majorité des jeunes, ont profité de la journée fériée décrétée pour l'occasion par leurs dirigeants. Il y a parmi eux des députés et d'anciens ministres du Parti national religieux, l'émanation politique des colons, mais aussi des extrémistes comme Baruch Marzel, un dirigeant du mouvement raciste anti-arabe et hors la loi Kach.

Un de ces extrémistes vend des ouvrages qui stigmatisent la «conspiration contre les colons» et propose même un jeu de société interdit, «Revava», une sorte de Monopoly dont le vainqueur doit renverser le gouvernement et sauver le Goush Katif.

Dans une ambiance bon enfant aux accents d'un orchestre «religieux-pop», des mères de famille poussent leurs landaus et des enfants sucent leurs crèmes glacées, encadrés par un service d'ordre où l'on remarque des hommes armés de pistolets-mitrailleurs Uzi.

Les colons se regroupent autour de petites tentes dressées au milieu des pelouses et figurant divers districts de colonies. L'une d'entre elles représente «les familles endeuillées par le terrorisme».

Pour Judith Davidowitch, dont la fille a péri dans un attentat palestinien, «Sharon oublie qu'Israël a acquis sa terre en payant le prix du sang». «Peu importe ce qui doit se passer à la Knesset, car sa décision ne sera pas démocratique. Par nos prières et notre foi, nous continuerons de bâtir et de nous développer en Eretz Israël», renchérit Ilan Rafaeli. Il est l'un des 8000 colons des 21 implantations de la bande de Gaza et de quatre autres en Cisjordanie appelées à être évacuées.

Gardes-frontières, police montée et unités d'élite des forces de l'ordre ont pris position aux alentours, sous la surveillance de caméras, d'une montgolfière et d'un hélicoptère prêt à enrayer tout débordement.

La classe politique est hantée par le spectre de la guerre civile alors qu'Israël s'apprête à marquer l'anniversaire du meurtre en novembre 1995 du premier ministre travailliste Yitzhak Rabin par un extrémiste juif.

Soudain, dans leurs vêtements d'apparat, les deux anciens Grands rabbins d'Israël, Mordechaï Eliahu et Avraham Shapira, fendent la foule, qui leur fait un triomphe. Les colons sautillent de joie, agitent des drapeaux israéliens et se lancent dans des rondes endiablées.

Tous deux vont réciter des psaumes repris par les manifestants : «Mon Dieu, mon Roi» (...) «Mon Dieu est le seul Dieu». Le son lugubre du «shoffar», l'antique corne de bélier des Hébreux, entrecoupe cette longue litanie.

Puis le rabbin Eliahu a cette phrase : «Nous ne nous séparerons jamais d'Eretz Israël où plongent nos racines. Ce serait un péché, car Dieu nous a donné cette terre. Que le Messie vienne, que le Temple (de Salomon) soit reconstruit». À ces mots, les colons se dispersent pour s'apprêter à former une immense chaîne humaine autour de la Knesset.



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Les Québécois ne veulent pas d'une indépendance factice

Marie-Mance Vallée
TRIBUNE LIBRE 4 novembre 2004

M. Jacques Bergeron dans sa tribune libre du ler novembre 2004 écrit :

« Sans un motif valable de faire l'indépendance, il est inutile de se chercher un chef puisque les indépendantistes ne veulent pas de cette indépendance qui ne tiendrait pas compte de l'objectif recherché, soit un pays indépendant de langue française ».

Pour avoir visité le Québec cet été, possiblement en même temps que les trois mousquetaires du Parti québécois, je dois me rendre à l'évidence que les Québécois ne veulent pas d'une indépendance factice, détournée de son objectif, d'une indépendance qui ne ferait pas un pays de langue française, donc qui ne serait pas identitaire, contrairement à ce que M. Legault, chef en puissance, et autres ténors du Parti québécois prétendent.

Le Parti québécois fait fausse route; il fait le jeu du gouvernement fédéral et de sa « cinquième colonne ». A-t-il vraiment interrogé les bonnes personnes ou s'est-il regardé dans le miroir pour s'interroger?

Au cours de mes déplacements, que de fois n'ai-je pas entendu les phrases suivantes : « À quoi nous servirait une indépendance qui ne serait pas identitaire? Faire l'indépendance pour donner le pouvoir à une clique de pseudo-indépendantistes qui, à la première occasion se prostitueront pour poursuivre des carrières présentes et futures, au cas où...? D'indépendantistes qui ont laissé saccager nos forêts boréales, qui ont permis aux cochons (pocherie) de pulluler au risque de polluer les nappes phréatiques. Des indépendantistes qui ont troqué notre territoire par peur, servilité et sans doute par opportunisme. Des indépendantistes qui ont laissé les régions du Québec se détériorer et qui le niaient allègrement. Des indépendantistes qui se laissent imposer n'importe quoi par les communautés culturelles, de crainte de se faire taxer de racisme, d'ethnicisme. etc. Des indépendantistes qui sont pour tout et pour rien, selon l'air du temps Des indépendantistes qui, une fois l'indépendance réalisée, se précipiteront aux USA pour se vendre à qui mieux mieux, pour se faire reconnaître par les maîtres du monde? »

« Non, il n'y a que la langue qui saurait me mobiliser et encore. La faiblesse, la médiocrité de certains indépendantistes fait peur.....»

Voilà ce qu'on dit dans certains milieux. Et plus récemment, ils étaient en admiration devant le premier ministre de Terre-Neuve qui a claqué la porte. « Voilà un homme qui se tient debout », disaient-ils. Et j'en passe.

En conclusion, il est inutile de chercher un chef dans ces conditions.




TRIBUNE LIBRE

LA SOUVERAINETÉ A ENFIN SA MAISON EN OUTAOUAIS!

TRIBUNE LIBRE 4 novembre 2004

GATINEAU, LE 3 NOVEMBRE 2004 – Encore une fois, grand succès pour Le Québec, un pays! Le mouvement marque son second coup d’éclat, après le dévoilement en mai dernier de son journal tiré à 150 000 exemplaires, en inaugurant son siège social au 27, boulevard Gréber, dans le secteur Gatineau.

C’est avec enthousiasme et avec visiblement beaucoup d’énergie que la présidente du mouvement Le Québec, un pays!, a accueilli les militants de la région ainsi que le président du Conseil de la souveraineté, monsieur Gérald Larose, dans le cadre de cet événement incontournable pour le militantisme souverainiste en Outaouais. « Notre mouvement avait pour leitmotiv d’agir afin de convaincre les Québécois de la région d’adhérer au mouvement et à la cause du pays du Québec. Nous nous donnons aujourd’hui un outil indispensable à la réussite de notre objectif : un local où les souverainistes de la région pourront se réunir, mais aussi un lieu où les citoyens pourront adresser leurs questions sur l’indépendance politique du Québec», de soutenir madame Gendron. «Avec nos partenaires bloquistes et péquistes, avec qui nous partageons le loyer de la Maison en attendant d’être parmi les propriétaires du pays qui est le nôtre, il sera dorénavant plus aisé de rejoindre toutes les franges de la population et de les mobiliser en vue d’une éventuelle victoire référendaire, le véritable commencement de l’histoire du Québec moderne», a ajouté la présidente du mouvement.

Pour sa part, le président du Conseil de la souveraineté, présent à l’inauguration du nouveau chef-lieu souverainiste en Outaouais, s’est dit agréablement surpris des efforts et des résultats que le groupe Le Québec, un pays! a pu mettre en œuvre en si peu de temps. «Les militants de l’Outaouais sont exceptionnels. Dans une région frontalière aussi ouvertement difficile à convaincre et à conquérir, ils réussissent malgré tout à mobiliser leurs effectifs pour construire un pays. Il y a ici en Outaouais une passion du Québec qui ne se dément pas», a conclu monsieur Larose.

Prenant la balle au bond, madame Gendron a souligné que le local de la souveraineté porterait un nom bien connu, du nom d’un personnage qui fut, sa vie durant, un véritable passionné du Québec. «Ce sont les jeunes, disons et redisons-le, qui tirent le mouvement de nos jours, par leur dynamisme et leur volonté de faire bouger les choses. Ce sont encore eux qui ont trouvé le nom de la Maison que nous inaugurons ce soir, baptisée Le Bourgault, en l’honneur d’un militant inconditionnel de la souveraineté du Québec, dont l’exemple nous inspirera à chaque jour qui se lève jusqu’à l’atteinte de notre rêve commun… et même après», a conclu la présidente du mouvement sous les applaudissements de la foule.




TRIBUNE LIBRE

Trouver quelqu’un pour nous rassembler

Nestor Turcotte, Matane
aristote@ma.cgocable.ca
TRIBUNE LIBRE 4 novembre 2004

«Tu peux m’en croire, c’est un terrible métier que d’être chef» disait le philosophe Alain. Le philosophe Kant s’inscrit dans la même foulée, lui qui regardait l’art de gouverner les hommes et celui de les éduquer comme les deux découvertes les plus difficiles à réaliser.

Bernard Landry apprend présentement cette dure réalité, lui qui a osé, il y a plus d’un an, lancer La Saison des idées et qui, maintenant, a bien de la misère à composer avec le résultat final de l’opération récemment finalisée. Il n’est pas difficile de se regrouper autour d’une idée fixe, longtemps annoncée. Souvent l’aveuglement d’une majorité des troupes suffit à régler l’affaire en un tournemain orchestré. Il peut, cependant, devenir explosif de cultiver ou une plusieurs idées en même temps et de s’étendre avec elles sur le lit de l’ambiguïté, de l’incestueux ménage concocté, à la dernière minute, entre frères et sœurs d’une même maisonnée politique, datant de plusieurs années.

Ces frères et ces sœurs «péquistes» engendrés en dehors d’une multiple série de couveuses plus ou moins adaptées à la couleur du poulailler, s’aperçoivent bien, après tant de randonnées dans l’enceinte surchauffée qui les fait artificiellement cohabiter depuis quelques dizaines d’années, que la chicane est maintenant bel et bien prise dans la basse-cour apeurée, et que, nombreux sont les coqs, qui, criant leur cocorico matinal dans les manchettes de la presse nationale, essaient de regrouper, sous leurs ailes, les poules dispersées.

Les sbires qui surveillent les cris stridents qui fusent de toutes parts à l’intérieur de l’enceinte péquiste divisée ont même fait venir, d’urgence, le grand chantre de Collioure, sur la frontière franco-espagnole que je viens de visiter, pour calmer les ardeurs de certains militants du poulailler désorienté. Il n’est pas facile d’imposer la loi et l’ordre à un poulailler où chacun, l’instant de quelques secondes à la télé, souhaite entonner le cantique matinal de la Une de Matin express, à notre télévision d’État bien engraissée.

La venue du grand frère de la Méditerranée suffira-t-elle à calmer les ténors qui s’esclaffent dans le brouhaha politique du «péquisme» qui sème à tous vents, en cette fin d’automne gris et dépouillé? La marmaille qui picore à qui mieux mieux son voisin immédiat, entonne, sous toutes les octaves, le refrain d’une réconciliation souhaitée, mais, dans la pratique, sème la zizanie, multiplie les déclarations alambiquées, montrant par là, qu’elle est plus ou moins fidèle au chef élu démocratiquement, il y a quelques années. Le chef, à la barre, malgré tous ses défauts, ses entourloupettes multipliées, semble encore celui qui peut, dans les circonstances, rétablir un certain ordre dans ce paysage politique tuméfié.

On ne se débarrasse pas d’un capitaine expérimenté comme on jette à la mer un moussaillon indiscipliné. Qui souhaite voir Legault ou Marois prendre la tête du péquisme délabré? En espérant mieux, le vieux capitaine a décidé de rester à la barre du navire ballotté. Le bateau, même rapiécé, tient toujours l’eau, espérant qu’un jeune capitaine venu de Havard ou d’une quelconque université, vienne remplacer le chef de bord de plus en plus fatigué et tiraillé. Mais changer ce capitaine expérimenté ne donnera pas une nouvelle vie à un véhicule aussi vermoulu et brisé. Peu importe celui qui prendra la barre de ce bateau fragilisé, il ne pourra empêcher que l’embarcation coule, quelque part, au début de l’été.

Il y un problème dans le Parti québécois et il existe depuis sa fondation, en 1968, il y a de cela plus de trente-cinq ans passés. René Lévesque n’a jamais voulu faire l’indépendance du Québec, il faut bien le remarquer. Je le rappelle donc à ceux qui l’auraient oublié. Je le rappelle aussi à ceux qui lui ont succédé. Seul, Jacques Parizeau, a réussi à pousser jusqu’au bout la logique de sa marche vers la souveraineté, mieux l’indépendance nationale, expression plus claire, moins controversée.

Aujourd’hui, désemparées, les troupes issues de souches et d’horizons différents, espèrent que celui-ci, avec habilité et doigté, vienne, une fois de plus, cimenter l’armée dispersée, et apporte un semblant de cohésion à ce Parti fracturé et désorienté, suite à la multiplication de factions nouvellement engendrées.

La mission est non seulement difficile, selon moi, mais quasiment impossible à réaliser. Pour le moment et pour longtemps encore, les Québécois ne souhaitent pas et ne veulent pas l’indépendance de leur nation, placée sur ce territoire aux horizons démesurés, où la France pourrait sept fois se loger. Le visionnaire espéré n’est pas venu et les arguments en faveur du pays libéré n’ont jamais transcendé les calculs politiques des carriéristes, surtout les nouveaux-nés.

Les raisons sont multiples. Cependant, on peut les réduire à quelques-unes pour la compréhension de la majorité. La plus évidente crève les yeux à n’en pas douter : les Québécois ont peur de plonger dans l’aventure qui les mènerait à la liberté. Tout simplement. Peur de perdre quelque chose à laquelle ils tiennent sans trop savoir pourquoi ils y sont si attachés. Craignent surtout que la situation soit pire qu’avant celle dans laquelle ils se terrent inconsciemment depuis tant d’années. Confort et indifférence, on l’aura deviné!

Si le grand maître venu d’ailleurs arrivait à les convaincre que tel n’est pas le cas, il est fort possible que la paix reviendrait dans le poulailler et possiblement, on pourrait espérer l’éclosion d’une vie nationale renouvelée, suite à une ponte bien mesurée. En attendant, un coq improvisé, a choisi de nous livrer le pays en maquette, bien à l’échelle, autant qu’on peut mesurer, faute de nous livrer le pays dans la réalité. Visionnaire ou nouveau clown politique amusant une foule désabusée? Les mois qui viendront sauront nous le démontrer.

Est-ce trop demander à nos concitoyens québécois de passer à autre chose pour quelques années, ou, une fois pour toutes, se décider à fonder un pays tout juste collé à celui qui nous a hébergé depuis la Confédération imposée, avec tous les risques et les sacrifices que cela peut comporter? A voir le poulailler divisé, en train de s’entredéchirer, il semblerait que ce ne soit pas la prochaine fois, dans les mois ou les années escomptées.

L’histoire apprend que le pouvoir corrompt tout ce qui est beau et tout ce qu’il vient toucher quelques années. La question de l’indépendance, à cause d’eux, a été souillée.

Ceux qui ont exercé ce pouvoir aux avantages plus que démesurés n’ont pas échappé aux avantages auxquels ils ont momentanément goûté. Ce n’est pas tous les jours que Gandhi peut trouver des ouailles terriens qui peuvent l’imiter. A lui, seul, fakir nu et désarmé, il a fait bouger une armée britannique qui voulait l’écraser. Où trouver notre fakir nu qui pourrait rassembler ce peuple divisé et, disons-le, fort désabusé?

J’ai bien peur que le temps ne le fera pas surgir, et il faudrait bien plus qu’un miracle pour qu’il apparaisse, en ces années d’incertitude et de doutes multipliés. Il faut trouver quelqu’un pour nous rassembler. Il y en a trop qui veulent nous diviser. Et c’est au sein des troupes, en chapelles orchestrées, qu’on trouve ce venin aux ravages incalculés. Peut-être que si on jetait un coup d’œil, hors de ce climat sombre, menaçant et désarticulé, on trouverait un humble chef prêt à nous regrouper.

Les peuples se réalisent et se libèrent à partir d’une forme d’humilité que nos politiciens ambitieux et frelatés n’ont plus le courage de cultiver. Il faut un seul être, debout, dépouillé, pour tracer le chemin de la liberté. Je n’ai pas perdu espoir de le croiser.

N.B. Ce texte a été écrit le 29 octobre dernier. 31 ans après une deuxième élection, où le P.Q. songeait déjà à autre chose dans la tête que le pays rêvé.

Et depuis ce temps, rien n’a changé, sinon des gouvernements qui se sont succédés. Des pensions qui se sont accumulées. Et un pays qui n’est pas encore né…




TRIBUNE LIBRE

Pour en finir avec le pseudo-antisémitisme

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 4 novembre 2004

Il est de bon ton d’associer les indépendantistes québécois à l’antisémitisme. On l’a fait plus qu’une fois dans notre histoire et la recette n’est jamais épuisée. Tous les moyens sont bons, paraît-il, pour salir l’autre aux yeux du monde. J’ai été l’objet de cette vieille tactique dans Le Devoir cet été à propos d’un article intitulé « L’exception israélienne » et paru dans le forum du Conseil de la souveraineté. Je n’avais pas répliqué sur le moment mais le dernier texte de Jean-Luc Gouin me donne l’occasion de répondre aux imbéciles dénués de jugement et incapables d’esprit critique.

Si j'étais judéophobe (le terme "antisémite" me semble confus, les Arabes étant aussi des sémites), j'applaudirais les actes judéophobes en France et je soutiendrais les attentats-suicides palestiniens. Mais je n'appuie ni l'un ni l'autre. Ceux qui barbouillent des croix gammées dans des cimetières juifs de France sont, ou bien des nostalgiques d'une époque heureusement révolue, ou bien de pauvres ignorants qui ne savent pas ce qu'ils font ni pourquoi. Des gens qui ont mal digéré leurs lectures nazies et qui prennent les idées nauséeuses de Hitler au pied de la lettre. Cela débouche sur des gens qui nient la réalité de l’Holocauste et parlent d’un « complot juif » mondial qui n’existe que dans leur petite tête.

Quant aux attentats-suicides en Israël, c'est une mauvaise stratégie de résistance de la part des Palestiniens. Les civils israéliens ne sont pas responsables des crimes de la gang à Sharon, crimes soutenus par les USA au nom du "droit à se défendre contre le terrorisme". Or, le « droit » dont il est question ici est le droit du plus fort de soumettre et d’écraser le plus faible, par la force si nécessaire. Ce même droit s’est appliqué ici mais s’applique aussi en Tchétchénie, en Irlande du Nord, au Tibet. Contre ce « droit » des grosses puissances, j’oppose celui des petits peuples de s’autodéterminer et de défendre leur droit à la liberté par tous les moyens nécessaires. Je réclame ce droit pour le Québec et les Québécois, vais-je le refuser aux autres ?

Si ceux qui me traitent d'antisémite faisaient le moindre effort de compréhension du conflit israélo-palestinien, ils découvriraient que le "terrorisme" palestinien n'est pas le véritable problème mais qu'il est la conséquence de l'occupation israélienne, qui dure depuis 37 ans. Est-ce un crime que de défendre sa terre contre ceux qui veulent nous la voler pour l’exploiter, but essentiel et véritable du colonialisme ? Israël s’approprie les terres des Palestiniens au nom du « Grand Israël » biblique et ceux-ci devraient l’accepter ? Ou encore s’en aller s’ils ne sont pas contents ? Dans ce cas, ils seraient en droit d’exiger des compensations comme celles que le gouvernement Sharon veut donner aux colons expropriés.

La terre appartient à celui qui y vit et y travaille. L’Histoire est faite de mouvements de populations, volontaires ou non, et il faut arrêter de vivre dans la nostalgie de ce qu’on a perdu par le cycle des guerres et des conquêtes. Dans le contexte du 21e siècle, le colonialisme israélien est un anachronisme que rien ne justifie. Chaque peuple en a suffisamment à l’intérieur de ses frontières sans avoir besoin d’envahir et d’exploiter ses voisins.

S'il faut que la rectitude politique nous empêche de dire les choses qui doivent être dites, alors nous sommes en danger. Je préfère encore me faire traiter d'antisémite par quelques esprits tordus que de garder le silence devant l'inacceptable. Rester silencieux ou encore m’excuser à quelque donneur de leçons patenté signifierait me faire complice de l’oppression d’un peuple, ce que la communauté internationale est devenue par son aplatventrisme devant le criminel Sharon et ses amis de Washington. On peut discuter du choix des mots mais qu’on ne me demande pas de me rétracter. Ceux qui se rétractent sont des gens qui n’ont pas le courage d’assumer leurs opinions, qui acceptent de se faire imposer une pensée conforme. Comme Lucien Bouchard lors de « l’affaire Michaud » ou Bernard Landry après le fameux « chiffon rouge ».

Ne pas dénoncer les atrocités israéliennes serait aussi une contradiction de ma part. Faisant partie d'une nation dominée politiquement, économiquement et culturellement, j'appuie les autres nations dans la même situation et qui luttent pour leur indépendance: Corses, Basques, Tibétains, Nord-Irlandais, Tchétchènes. Notre combat pour la liberté est celui de ces peuples et nous nous devons de les appuyer. Et que ceux qui préfèrent se ranger du côté du plus fort contre leur peuple subissent les conséquences de leur trahison. Ils veulent nous charger du fardeau de la mauvaise conscience et de la culpabilisation mais ce sont eux qui devraient le porter.