Actualité





Mal de Bloc - À lire avec modération...

BOB LE BARMAN
Le journal de Montréal/le dimanche 4 juillet 2004

Comme mon bar est dans son comté, je n’ai pas été surpris de voir arriver Gilles Duceppe après la soirée des élections. Après avoir fait élire 54 députés, sans doute cherchait-il un endroit tranquille pour savourer cet éclatant succès. Je lui ai servi une bière d’une microbrasserie québécoise et il a tout de suite levé son verre.

- À ma victoire !

- Quelle victoire ? Sauf erreur, tu n’as pas remporté l’élection.

- Oui, mais le Bloc a balayé le Québec.

- Uniquement grâce au scandale des commandites. Rappelle-toi comment ton parti était bas dans les sondages juste avant.

- J’ai quand même mené une bonne campagne.

- Rien de plus facile quand on n’a pas de bilan à défendre ni aucune promesse à faire sauf « défendre les intérêts du Québec ».

- C’est notre rôle.

- Je pensais que l’indépendance du Québec était votre raison d’être.

- Qu’est-ce que tu veux insinuer ?

- C’est juste que je ne vois pas exactement comment le succès électoral du Bloc sert la cause indépendantiste. En fait, je me demande si c’est pas le contraire.

- Dans quel sens ?

- Vous avez fait du Bloc un parti tellement… normal. Vous participez à la vie parlementaire canadienne. Vous ne réclamez pas de débat constitutionnel. Toi, on t’invite au débat des chefs. Au lieu d’être terrorisé par le Bloc, le reste du Canada, le Canada-Anglais, doit commencer à le trouver rassurant. C’est la preuve tangible que le Québec fait encore partie du Canada… et qu’il s’installe pour y rester.

- On est encore un parti souverainiste.

- T’as dit toi-même pendant la campagne qu’un vote pour le Bloc n’était pas un vote pour la souveraineté. C’est la preuve que le Bloc est un parti comme les autres, se souciant davantage d’accumuler des votes que de faire avancer sa cause.

- Je dois quand même faire du bon travail. Bien des gens me voient à la tête du Parti québécois.

- Oublie ça. Diriger un parti qui n’a aucune chance de prendre le pouvoir ne t’a pas préparé à faire de la vraie politique. Le Bloc, c’est la ligue du vieux poêle des politiciens souverainistes. Leur Sénat. C’est ça ton calibre…

Toute ressemblance avec des personnages réels est voulue…

Collaboration spéciale.



La destinée de Gilles Duceppe

Michel Venne
Le Devoir lundi 5 juillet 2004

Gilles Duceppe est sorti vainqueur au Québec le 28 juin. Il n'aura pas pour autant la partie facile, piégé entre son rôle de chef de file souverainiste nouvellement adulé et celui de chef d'un parti voué à la défense des intérêts du Québec au Parlement fédéral.

Pour les partisans de la souveraineté, la prochaine étape cruciale est celle des élections provinciales, probablement en 2007. Mais en tant que chef d'un parti fédéral, Duceppe doit garder l'oeil sur le prochain scrutin canadien, qui devrait avoir lieu auparavant, au plus tard en 2006, les gouvernements minoritaires étant généralement peu enclins à prolonger l'inconfort.

Au cours des deux prochaines années, le Bloc est condamné à être un allié objectif de Jean Charest dans la défense des intérêts du Québec à Ottawa. Or, Jean Charest sera l'homme à vaincre pour les souverainistes lors des prochaines élections provinciales.

Chaque fois que le Québec fera un gain, en matière de financement de la santé ou dans quelque autre domaine, Gilles Duceppe devra applaudir et laisser son adversaire fédéraliste cueillir les dividendes politiques.

***

Il est virtuellement impossible pour Gilles Duceppe de faire mieux au prochain scrutin fédéral. Avec 54 députés et 49 % des suffrages, il vient de rééditer l'exploit de 1993. Il a récolté le 28 juin près de 300 000 votes de plus qu'en 2000. Dans 18 mois, lorsque Paul Martin voudra transformer son gouvernement minoritaire en gouvernement majoritaire, Gilles Duceppe ne pourra qu'enregistrer un recul.

Les libéraux ont perdu 370 000 votes au Québec en 2004 par rapport aux élections fédérales antérieures. L'analyse publiée samedi dans cette page par le professeur Louis Massicotte indique qu'une part importante de ces électeurs n'ont pas reporté leur vote sur le Bloc. Ils se sont abstenus d'aller voter. Soit pour punir le PLC à cause des divers scandales, soit pour punir Paul Martin d'avoir malmené les amis de Jean Chrétien.

La prochaine fois, Paul Martin aura mis le scandale des commandites derrière lui, il aura réconcilié les factions au sein du PLC et il aura rendu quelques décisions favorables au Québec. Il devrait donc rétablir l'appui à son parti dans cette province.

Le nouveau Parti conservateur n'a pas fait mieux cette fois-ci qu'avaient fait en 2000, ensemble, l'Alliance canadienne et l'ancien Parti progressiste-conservateur de Joe Clark. Dans l'ensemble du Canada, il a fait pire. Stephen Harper a perdu les Red Tories. Il ne les rattrapera pas de sitôt.

Par contre, et en dépit de la colère des électeurs contre les libéraux, le Bloc n'est pas parvenu à incarner, aux yeux des Québécois, la seule solution de rechange. Avec 159 000 votes au Québec, le NPD y a recruté 95 000 électeurs de plus qu'en 2000. Le Parti vert, pourtant peu connu, a reçu l'appui de près de 109 000 citoyens, 80 000 de plus qu'aux dernières élections.

Lors du prochain rendez-vous électoral fédéral, Gilles Duceppe ne peut qu'enregistrer un recul. Pourquoi devrait-il en porter l'odieux?

***

Le vote du 28 juin indique par ailleurs que la base électorale souverainiste est encore solide. La répartition du vote montre que l'appui au Bloc provient très majoritairement de la mouvance indépendantiste. Duceppe ne doit pas grand-chose aux fédéralistes sinon d'être fidèle à son engagement de défendre les intérêts du Québec.

Il est clair que Duceppe fut élu en tant que chef souverainiste. Au sein des appareils partisans, les militants savent que, grâce à cette victoire du Bloc, ils peuvent tourner la page sur la défaite péquiste d'avril 2003.

Duceppe est en grande partie responsable du maintien de l'appui à la souveraineté au niveau que l'on connaît aujourd'hui (autour de 45 %). Il parle de souveraineté avec constance et sérénité, comme disait Jacques Parizeau. Il a su jouer habilement dans cette dernière campagne la carte de la différence québécoise. Il n'a jamais exercé le pouvoir et n'a jamais participé à des décisions impopulaires de gouvernements antérieurs. Il a su garder des liens avec la gauche social-démocrate québécoise et canadienne, avec les mouvements pacifistes, écologistes et altermondialistes, et ouvrir des canaux de communication avec les populations issues de l'immigration.

Le poste de chef du Parti québécois n'est pas libre. Et la décision de le libérer appartient à Bernard Landry. Jusqu'à présent, ce dernier jouissait de l'appui de péquistes qui ne voyaient pas en quoi Pauline Marois ou François Legault feraient mieux que lui aux prochaines élections. Ces gens-là se sont peut-être trouvé un candidat. Il faudrait bien sûr que celui-ci soit intéressé par le poste.

Mais Gilles Duceppe est à Ottawa depuis 14 ans. Il est placé devant la perspective de jouer en vedette américaine de Jean Charest dans la défense des intérêts du Québec. Il est confronté à un inévitable recul au prochain scrutin fédéral. En contre-partie, la possibilité pourrait lui être offerte, si Bernard Landry lui laisse le chemin libre, de prendre la relève des Lévesque, Johnson, Bouchard, Parizeau et Landry à la tête d'un mouvement qui a encore une fois démontré sa puissance.

Michel Venne est directeur général de l'Institut du Nouveau Monde. Il s'exprime ici à titre personnel.

michel.venne@inm.qc.ca



Multiculturalisme au Bloc québécois

André Mainguy
Ex-coopérant au Cameroun, Longueuil, 29 juin 2004
Le Devoir lundi 5 juillet 2004

Lettres: Aux élections du 28 juin 2004, les Québécois francophones ont fait la preuve qu'ils étaient ouverts aux «candidats multiethniques». L'élection du candidat d'origine camerounaise Maka Kotto dans Saint-Lambert et le fait que sa majorité soit forte dans la partie francophone de Longueuil démontre que Pierre Pettigrew avait tort d'associer les francophones au rejet des immigrants.

L'élection de Meili Faille dans Vaudreuil-Soulanges, une jeune femme dont la mère est d'origine chinoise, démontre là aussi l'ouverture des francophones. Dans Ahuntsic, Maria Mourani, d'origine libanaise, a offert une belle lutte à la députée libérale sortante, Mme Bakopanos.

En fait, si les libéraux étaient si certains de la réaction de l'électorat francophone à l'endroit des candidats francophones tels que les Stéphane Dion et Lucienne Robillard, ils laisseraient ces deux comtés ouverts aux minorités qui les habitent et ils se présenteraient dans des comtés où rien n'est acquis !

Le Québec démontre une belle maturité politique et le résultat, c'est une plus grande cohésion entre les anciens et les nouveaux Québécois, il faut s'en réjouir. Ce qu'il faut maintenant exiger des libéraux, c'est qu'ils cessent de créer des divisions pour essayer de capter le vote multiethnique et nous comptons sur les candidats défaits dans les régions à forte concentration francophone pour convaincre les Pettigrew et consort que cela ne sert pas l'intérêt général du PLC. Je compte bien que les nouveaux arrivants du Bloc sauront être les premiers à dire aux libéraux : «Taisez-vous, le Québec nous respecte comme nous respectons le Québec !»

Bon succès aux nouveaux élus de tous les partis.



La métamorphose du mouvement souverainiste

Marc Brière
Le Devoir lundi 5 juillet 2004

Lettres: Montréal, le 29 juin 2004

En octobre dernier, dans un petit livre provocateur publié aux Éditions Varia, j'annonçais que le PQ et le Bloc étaient des partis en sursis, menacés de se faire marginaliser s'ils ne parvenaient pas à renouveler leur pensée et leur discours.

Lors de la récente campagne électorale fédérale, à l'issue de laquelle le Bloc a obtenu 54 comtés sur 75, Gilles Duceppe a brillamment réussi cette métamorphose.

Modeste (enfin un leader souverainiste dépourvu de vanité), simple, accessible, sérieux, connaissant bien ses dossiers, ses adversaires et son électorat, il a tenu un discours inclusif et respectueux envers le Canada et les fédéralistes de bonne foi -- il y en a ! --, ouvert envers les minorités nationales et ethnoculturelles, sans démagogie.

Les temps ne sont plus aux trémolos grandiloquents sur les lendemains qui chanteront et la mission civilisatrice des Québécois dans le monde. Fini, le messianisme, la terre promise, le Saint-Jean-Baptiste annonciateur, l'imminente naissance d'un nouveau sauveur.

Le temps est venu du travail sérieux et bien fait, en y mettant le temps qu'il faut, pour améliorer au Québec la justice sociale, la démocratie, la reconnaissance des identités multiples, le développement culturel et économique ainsi que la recherche du bien commun pour progresser ensemble dans la voix de l'autonomie et des solidarités nationales. Avec constance, lucidité et fermeté.

Gilles Duceppe a donné l'exemple, espérons que les Québécois sauront marcher sur ses pas.



Propos racistes à l'endroit de Maka Kotto

Le Soleil lundi 5 juillet 2004

L'organisation libérale fédérale de la circonscription de Saint-Lambert, à Longueuil, se retrouve dans l'embarras, rapportait hier le réseau LCN.

Selon l'hebdomadaire Le Courrier du Sud, l'attaché politique de la candidate libérale Yolande Thibeault aurait tenu des commentaires racistes à propos du candidat bloquiste Maka Kotto, élu député lundi dernier.

Le soir de la défaite de Mme Thibeault, Jean-Paul Carrier aurait invité une journaliste à aller voir le "nègre" que les gens venaient d'élire.

La candidate libérale ne se serait pas elle-même adressée aux médias après l'annonce de sa défaite.

Maka Kotto, un comédien québécois d'origine camerounaise, a causé toute une surprise en s'imposant devant Mme Thibeault dans cette circonscription habituellement acquise aux libéraux.



Maka Kotto traité de "nègre" : Plainte portée contre l'attaché de presse libéral

Karim Benessaieh
La Presse mardi 6 juillet 2004

" Allez voir le nègre que les gens viennent d'élire. "

Cette petite phrase lancée le soir des élections par l'attaché de presse de la députée libérale battue dans Saint-Lambert pourrait lui coûter cher. Une plainte à la Commission des droits de la personne a en effet été déposée hier contre Jean-Paul Carrier, une semaine après qu'il eut rembarré en ces termes les journalistes qui demandaient une entrevue avec sa patronne, Yolande Thibeault.

Le Noir en question, le comédien d'origine camerounaise et candidat du Bloc Maka Kotto, avait causé toute une surprise en l'emportant sur Mme Thibeault avec 5370 voix d'avance.

Mis au fait de cette déclaration hier, M. Kotto s'est dit " stupéfait, très déçu ". " Je n'en croyais pas mes oreilles, a déclaré le nouveau député bloquiste de Saint-Lambert, au sud de Montréal, lors d'une entrevue téléphonique. Si, parce qu'un Noir est élu, cela inspire l'insulte, où allons-nous? Les propos de M. Carrier n'ont pas de place dans le Québec d'aujourd'hui, un Québec qui va dans le sens de l'ouverture, de l'acceptation de la différence. "

"Le terme de nègre, précise M. Kotto, est utilisé pour désigner les esclaves, et je n'en suis pas un. " Il a toutefois tenu à défendre son adversaire libérale, qui a mené une campagne " digne " et avec qui il a eu des rapports courtois. " J'ai le sentiment que Mme Thibeault est loin de soutenir ce propos. Je pense qu'elle ne partage pas de tels propos racistes. J'ose croire qu'elle maintiendra une distance par rapport à cette déclaration-là. "

Un peu plus tard dans la journée, la candidate libérale défaite a d'ailleurs dit regretter les propos tenus par son attaché politique. " Les propos de M. Carrier ne reflètent d'aucune façon ma philosophie envers les immigrants et les minorités visibles ", a indiqué Mme Thibeault dans un communiqué diffusé hier.

M. Carrier a également offert ses excuses à M. Kotto. " Je regrette profondément les paroles prononcées dans le feu de l'action et j'offre mes excuses sincères à M. Kotto et à ceux et celles qui auraient pu être blessés par ces mots malheureux ", a déclaré M. Carrier.

À Ottawa, le bureau national du Parti libéral du Canada n'a pas voulu émettre de commentaires.

La phrase controversée a été prononcée par Jean-Paul Carrier devant une journaliste, un photographe et un cameraman dans le local électoral des libéraux, le soir de la défaite. Elle a été rapportée dans le numéro de vendredi dernier du Courrier du Sud. De vive voix, Marie-Claude Fillion, journaliste à l'hebdomadaire longueuillois, a précisé hier que M. Carrier l'avait répétée " plusieurs fois " lundi soir.

Excuses exigées de Paul Martin

À la Ligue des Noirs du Québec, par contre, on a résumé la déclaration litigieuse en un mot: " dégueulasse ". Mis au courant de l'affaire par La Presse, le président de l'organisme, Dan Philips, a rapidement réagi et a annoncé deux heures plus tard le dépôt d'une plainte devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Il a demandé du même souffle au Parti libéral, et en particulier à Paul Martin, " de faire une déclaration publique sur ces propos et de sanctionner cet attaché ".

" C'est effrayant, a déclaré M. Philips. Ce n'est pas seulement du mépris pour Maka Kotto, mais aussi pour les gens qui l'ont appuyé. Autrement dit, dans la pensée de cet attaché, Mme Thibeault doit passer en tant que blanche, mais il ne faut pas laisser ce nègre passer. C'est vraiment dégueulasse. Ça permet de voir la façon de penser de certaines gens, même dans notre siècle, en 2004. "

Avec 2785 Noirs sur une population de 93 000 habitants, selon le recensement de 2001, la circonscription de Saint-Lambert est légèrement au-dessus de la moyenne québécoise - 3 % au lieu de 2,1 %. Croisée dans la rue, Hazel Noble, une femme noire installée à Saint-Lambert depuis deux ans, a quant à elle qualifié de " grossière " la déclaration de l'attaché de presse. " C'est très négatif, arrogant. Nous avons tellement de communautés différentes, c'est ça qui fait le Canada. "



L'évolution du mouvement souverainiste face aux minorités

Kina Konto
Greenfield Park
Le Devoir mercredi 7 juillet 2004

Lettres : Cette lettre fait suite des textes de Marc Brière et André Mainguy, publiées dans l'édition du lundi 5 juillet.

C'est vraiment bizarre, très bizarre. L'échec à une élection fait surgir le caractère hideux de certaines personnes. Beaucoup de gens refusent également d'apprécier la métamorphose et l'évolution du mouvement souverainiste.

Maka Kotto a été élu, majoritairement, et il représente désormais les citoyens de Saint-Lambert. Tous les citoyens !

Jean-Paul Carrier, l'attaché politique de Mme Thibault, ex-députée libérale, battue dans un comté considéré comme le château fort des libéraux, refuse d'apprendre que, dans un monde civilisé, le vote n'a rien à voir avec la couleur de la peau ou l'origine ethnique. Tout le monde a suivi, avec beaucoup d'intérêt, les deux débats des chefs lors des dernières élections fédérales. Tout le monde a été en mesure d'apprécier la performance de M. Duceppe, et tout le monde est capable de lire et de comprendre le programme du Bloc québécois.

Au fait, qu'est-ce que l'attaché politique de Mme Thibault croit nous apprendre en nous servant des propos racistes et indignes envers un élu du peuple ? Pense-t-il que les citoyens de Saint-Lambert sont idiots et incapables d'évaluer qui peut vraiment défendre leurs intérêts au Canada ? Au lieu de répondre aux questions des journalistes, M. Carrier préfère répondre, et tenez-vous bien : «aAllez voir le nègre que les gens viennent d'élire» !

Je suis citoyenne de Greenfield Park, et l'équipe libérale de Saint-Lambert doit apprendre qu'il ne suffit plus d'envoyer aux électeurs un calendrier à Noël avec la photo de la députée pour gagner aux élections. Le Bloc québécois avait présenté aux citoyens un programme clair, inclusif, et évidemment, très bien défendu par la personne de Maka Kotto.

Enfin, si j'écris aujourd'hui, c'est parce que je ne peux pas rester indifférente aux propos haineux tenus envers Maka Kotto par l'attaché politique deMme Thibault. Ces propos ont été rapportés dans le Courrier du Sud dans l'édition de samedi dernier. L'équipe libérale doit présenter des excuses officielles à toute la communauté noire, et plus particulièrement au député Maka Kotto, bloquiste, ainsi qu'à Marlène Jennings -- libérale réélue dans Notre-Dame-de-Grâce --, puisqu'elle est Noire, et à tous les électeurs qui ont fait confiance à M. Kotto.

Les préjugés qualifiant les péquistes et les bloquistes de racistes sont connus. Maintenant, personne ne peut continuer à se cacher derrière une pseudo-ouverture envers les communautés ethnoculturelles. Tout le monde doit apprendre qu'elles ne sont pas aveugles à ce point !



Le premier Africain élu au parlement canadien défendra l'indépendance du Québec

Frédéric BASTIEN
Agence France Presse

MONTREAL, 8 juil (AFP) - Maka Kotto, d'origine camerounaise, va être le premier Africain de l'histoire du Canada à siéger cet automne à la Chambre des Communes, élu sous la banière du Bloc québécois, un parti prônant l'indépendance du Québec.

Porté par la vague indépendantiste dans la province francophone, ce comédien de 42 ans a été élu député de Saint-Lambert, sur la rive sud de Montréal, aux élections législatives du 28 juin.

"Au départ, j'ai milité pendant un an pour le Parti libéral (opposé à l'indépendance), car on m'avait vendu des préjugés négatifs sur les souverainistes québécois", explique Maka Kotto, qui vit à Montréal depuis 1990.

"On m'avait dit que le Parti québécois (parti provincial frère du Bloc québécois) était raciste, xénophobe, nationaliste, etc".

"Ensuite, j'ai pris conscience du combat du Québec, de cette quête historique pour réparer des injustices dont il a souffert face au reste du Canada", confie-t-il à l'AFP.

"Je suis maintenant membre de la famille québécoise", poursuit-il. "La maison de cette famille est attaquée, alors je défends cette maison".

Comédien connu au Québec, notamment grâce à ses apparitions nombreuses sur le petit écran, ce père de quatre enfants s'intéresse à la politique depuis longtemps.

"Quand j'avais 14 ans, je faisais partie d'un groupe qui écrivait et distribuait des pamphlets contre Arnadou Ahidjo, le dictateur qui régnait alors sur le Cameroun", dit-il.

A l'âge de 16 ans, il quitte son pays natal pour la France, où il vit de 1979 à 1990 et dont il obtient la nationalité.

Avant d'achever ses études au Conservatoire libre du cinéma et au cours Florent, célèbre école parisienne d'art dramatique où il suit les leçons du comédien Francis Huster, il étudie le droit pendant une année à l'Université de Nanterre, près de Paris, et une autre année à l'Ecole des sciences politiques de Bordeaux.

Maka Kotto continue de manifester son engagement citoyen, notamment sur la question de l'intégration des étrangers.

"Nous étions déjà aux prises avec le Front national (d'extrême droite). A l'époque, tout ce qui était minorité en France n'avait pas toujours sa place. Tout ce qui était métèque était marginalisé", dit-il.

"Avec des amis dramaturges et acteurs, nous avons créé un groupe de réflexion pour mettre la pression sur les médias français afin d'éradiquer l'image négative qui émergeait dès qu'on venait à parler des Noirs dans la publicité, le cinéma ou la télévision".

Mais Maka Kotto s'impatiente.

"Les choses allaient trop lentement à mon goût et c'est à ce moment que j'ai fait la rencontre fortuite de Denis Laferrière, qui m'a invité à venir travailler avec lui à Montréal".

Ce romancier canadien d'origine haïtienne est alors à Paris pour l'adaptation cinématographique de son livre "Comment faire l'amour avec un Noir sans se fatiguer", film dans lequel Maka Kotto tient l'un des rôles principaux.

"Il m'a dit que c'était le jour et la nuit entre ce qui se passait au Québec et la situation qui existait alors en France", se souvient-il.

"Je me suis dit que, peut-être là-bas, ce serait plus facile et, effectivement, j'ai constaté qu'il y avait une plus grande ouverture".

"En bout de ligne, le facteur humain est celui qui m'a retenu au Québec. Les gens étaient ouverts, simples et ne se prenaient pas pour ce qu'ils n'étaient pas."

Pour autant, l'élection du nouveau député a créé des remous. L'attaché de presse de son adversaire libérale l'a traité de "nègre", et la Ligue des Noirs du Québec a porté plainte malgré ses excuses. Maka Kotto, lui, s'est simplement dit "blessé".



L'ambiguïté du mot «nègre»

Jean-Marc Léger
Montréal
Le Devoir vendredi 9 juillet 2004

Lettres : L'actualité politique vient de faire ressortir l'ambiguïté du vocable «nègre», que nombre de personnes paraissent considérer comme blessant, voire injurieux et comme expression d'une forme de racisme. Il convient, certes, de tenir compte du contexte dans lequel le terme est employé, de l'accent et de l'intention avec lesquels il est employé. Mais le mot «nègre» en soi n'a rien de péjoratif, au contraire. Venu du latin «niger» (noir), il désigne un vaste ensemble de populations et de civilisations, essentiellement en Afrique subsaharienne.

S'il est vrai que pendant longtemps, dans de larges secteurs de l'Occident et du monde arabe, le terme avait ou semblait avoir une connotation infamante, cela n'est plus le cas aujourd'hui, en règle générale. Depuis Aimé Césaire et surtout Léopold Senghor, largement grâce à ce dernier, il y a désormais une conscience nouvelle et une fierté nouvelle de la négritude. On affirme, on revendique son appartenance au monde nègre : il est heureux et normal qu'il en soit ainsi. Et chacun sait l'importance et la richesse de l'apport à la civilisation mondiale de la littérature, du théâtre, du cinéma, de la peinture de l'Afrique noire, notamment depuis un demi-siècle, spécialement dans l'espace francophone.

Maka Kotto, récemment et heureusement élu député du Québec à la Chambre des communes, sous le signe du Bloc québécois est lui-même d'origine camerounaise. Et le Cameroun est sans doute le pays le plus représentatif de l'Afrique noire par sa diversité sur tous les plans, diversité géographique et climatique, diversité ethnique (depuis les Kirdi au nord jusqu'aux Bamiléké, au sud) et religieuse (musulmans au nord, chrétiens et animistes au centre et au sud).

Il y a lieu de nous réjouir que le Québec compte parmi ses élus à Ottawa ce Québécois africain, ce Camerounais de langue française, qui parle d'ailleurs notre langue admirablement, comme la plupart des Africains francophones, auprès desquels nous pouvons prendre en la matière force leçons !



Blesser, déshumaniser, insulter...

Fo Niemi
Directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales
Le Devoir mercredi 14 juillet 2004

Lettres: La lettre de Jean-Marc Léger concernant le fait qu'un organisateur libéral a appelé le député nouvellement élu du Bloc québécois, M. Maka Kotto, un «nègre», nous oblige à faire le point auprès de votre journal et de ses lecteurs.

Dans sa lettre, M. Léger affirme que ce terme n'a plus de «connotation infamante» de nos jours, que le monde africain «affirme, revendique son appartenance nègre» et que Monsieur Kotto est «lui-même d'origine camerounaise».

Pourquoi tenter de justifier un terme qui a été considéré par des experts en sciences sociales, des tribunaux et notamment les personnes de race noire autant au États-Unis qu'au Canada comme étant raciste et portant atteinte à la dignité de ces personnes ? La jurisprudence canadienne et québécoise en la matière est incontestablement claire à ce sujet : l'intention et l'effet du terme sont de blesser, de déshumaniser et d'insulter les personnes de race noire.

Dire que les peuples des pays africains «affirment» et «revendiquent» leur appartenance «au monde nègre» et insinuer que, en raison de son origine camerounaise, Monsieur Kotto n'a pas de raison de se sentir insulté d'avoir été traité de nègre est une très pauvre forme d'acrobatie intellectuelle.

Au lieu de prolonger ce faux débat dans la place publique, nous invitons Monsieur Kotto à diriger le cas vers un forum judiciaire pour que les utilisateurs de cette expression raciste puissent être rappelés de nouveau par les tribunaux quant au prix à payer pour le dénigrement intentionnel ou autre de toute personne de race noire.



Un vocable lié à un passé d'exploitation

Yvon Paillé
Trois-Rivières
Le Devoir mercredi 14 juillet 2004

Lettres: Qu'on me permette ici de différer fortement d'opinion avec Jean-Marc Léger sur l'usage du mot «nègre», qui serait plus ou moins acceptable, si je comprends bien.

Je ne crois pas non plus que ce mot soit en train de perdre son caractère péjoratif, comme l'affirme le Trésor de la langue française. Il n'est pas en train de devenir bénin ou neutre, même si des auteurs et des penseurs de renom l'ont revendiqué dans le cadre d'une théorie qui visait à redonner dignité et fierté à ces peuples de l'Afrique que les grandes nations colonisatrices d'Occident ont bafoués pendant plusieurs siècles. Le fait est que ce vocable est lié intimement à ce passé d'exploitation. Pour bien marquer la rupture avec la mentalité qui a produit ces horreurs et qui acceptait l'idée des «races» humaines avec leurs aptitudes, leurs qualités ou leurs défauts intrinsèques, naturels donc et censément impossibles à changer, il convenait d'utiliser un autre mot. Ce que le bon sens populaire a bien senti, qui lentement mais sûrement a imposé le mot «noir». Accepter «nègre», c'est revenir en arrière et faire lever toutes sortes de connotations plus ou moins ignobles et racistes. Il ne faut pas oublier que nos ancêtres ont été esclavagistes : Le Dictionnaire des Esclaves du Canada Français, de Marcel Trudel, recense environ mille Noirs qui ont vécu ici, y ont travaillé et y sont morts. De même qu'il faut se réjouir qu'un Noir venu du Québec entre au Parlement d'Ottawa, il faut vouloir rompre à jamais avec l'esprit qui a autorisé les abominations passées. Cela passe par la mise au ban des mots «nègre», «négresse» et «négrillon».



L'élection de Maka Kotto inquiète les libéraux

Joël-Denis Bellavance
La Presse mardi 13 juillet 2004

Ottawa - L'élection de Maka Kotto comme député du Bloc québécois dans la circonscription de Saint-Lambert sème l'inquiétude dans les rangs des libéraux de Paul Martin au Québec.

Les libéraux voient en effet dans la victoire convaincante de ce comédien d'origine camerounaise, qui jouera sans aucun doute un rôle de premier plan dans la formation souverainiste de Gilles Duceppe, un signe incontestable que des membres influents des communautés ethnoculturelles sont en train de tourner le dos au Parti libéral.

Par le passé, ces communautés avaient toujours voté en bloc en faveur du Parti libéral. Elles rejetaient aussi l'option de l'indépendance du Québec défendue par le Parti québécois et son cousin à Ottawa, le Bloc québécois.

L'ancien premier ministre Jacques Parizeau avait d'ailleurs soutenu, le soir du dernier référendum, en 1995, sur la souveraineté au Québec, que le camp du OUI avait perdu à cause " de l'argent et du vote ethnique ".

Mais les résultats des dernières élections démontrent que les libéraux fédéraux ne peuvent plus tenir pour acquis l'appui des nouveaux Canadiens qui s'installent en grand nombre dans la région de Montréal.

" L'élection de Maka Kotto est fort inquiétante pour nous. Cela démontre que le Parti libéral ne doit plus tenir pour acquis l'appui des communautés culturelles au Québec le jour des élections. C'est particulièrement vrai dans le cas des communautés ethnoculturelles de la deuxième ou troisième génération ", a confié à La Presse un ministre influent du Québec sous le couvert de l'anonymat.

Réunis vendredi dernier à Knowlton, les candidats libéraux élus et défaits du Québec ont d'ailleurs abordé cette question à huis clos. Le premier ministre Paul Martin était présent à cette rencontre au sommet, qui visait à faire l'examen de la déroute des libéraux au Québec, où ils n'ont remporté que 21 des 75 sièges que compte la province.

À l'issue de cette rencontre, le lieutenant politique de Paul Martin au Québec, Jean Lapierre, élu dans la circonscription d'Outremont au dernier scrutin, a indiqué que le Parti libéral doit reconquérir rapidement le coeur des communautés ethnoculturelles au Québec, d'autant plus que leur vote a toujours fait la différence dans plusieurs circonscriptions de la région de Montréal. "

Il faut se reconnecter. Se reconnecter, cela veut dire retourner sur le terrain, mais cette fois-ci dans un mode écoute et non pas dans un mode vente. En campagne électorale, on essaie d'être des vendeurs. Je pense que notre produit n'a pas été acheté et il faut peut-être regarder, redessiner certains de nos programmes. Il faut aussi se connecter sur des groupes comme les jeunes. On s'est aperçu que vraiment, là, il y avait une rupture. Au niveau des communautés culturelles, les deuxième et troisième générations, ce n'est pas acquis. Il faut se rebrancher ", a déclaré M. Lapierre.

Candidat-vedette du Bloc québécois au dernier scrutin, Maka Kotto a fait mordre la poussière à la députée libérale sortante, Yolande Thibeault, l'emportant avec 5370 voix d'avance.

La victoire de M. Kotto a d'ailleurs déjà provoqué une certaine controverse dans les rangs libéraux après que l'attaché de presse de Mme Thibeault l'eut traité de " nègre " le soir du scrutin. " Allez voir le nègre que les gens viennent d'élire ", a déclaré Jean-Paul Carrier à des journalistes qui réclamaient une entrevue avec la députée battue le 28 juin.

Mme Thibeault a désavoué les propos de M. Carrier en affirmant dans un communiqué de presse qu'ils " ne reflètent d'aucune façon (sa) philosophie envers les immigrants et les minorités visibles ". M. Carrier a quant à lui présenté ses excuses à Maka Kotto en déclarant que ses propos " malheureux " avaient été tenus " dans le feu de l'action ".

Mais le président de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Philips, a déposé une plainte devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse la semaine dernière après avoir appris la teneur des propos de M. Carrier.

M. Kotto s'était dit " stupéfait, très déçu " des commentaires de M. Carrier. " Le terme de nègre est utilisé pour désigner les esclaves, et je n'en suis pas un ", avait commenté le nouveau député bloquiste.

M. Kotto est le deuxième candidat du Bloc québécois issu des communautés culturelles à se faire élire dans l'histoire du parti. En 1993, Osvaldo Nuñez, d'origine chilienne, avait remporté la victoire dans la circonscription de Bourassa, défaisant du coup Denis Coderre. Ce dernier a toutefois eu sa revanche aux élections générales de 1997.



Une leçon pour le PLC?

Clairandrée Cauchy
Le Devoir samedi 17 et du dimanche 18 juillet 2004

Signe des temps, le parti de Paul Martin devra maintenant courtiser les communautés culturelles

Une partie du vote des citoyens québécois issus de communautés culturelles a-t-elle glissé entre les doigts du Parti libéral du Canada (PLC), aux dernières élections? Plusieurs députés libéraux montréalais le pensent et le disent depuis une semaine. L'aveu est de taille pour la formation qui compte sur ce vote, qui lui est traditionnellement acquis, pour assurer des victoires aisés dans plusieurs châteaux forts.

«Il y a des immigrants de première génération, fâchés contre le PLC, qui sont restés chez eux au lieu de voter contre nous. Cela a eu une incidence claire sur l'île», explique le nouveau député d'Honoré-Mercier et président de la section québécoise du PLC, Pablo Rodriguez.

Il pense que le Bloc a par ailleurs pu marquer quelques points chez les enfants et petits-enfants d'immigrants : «Souvent, on veut se fondre dans le moule. Si c'est cool et in de voter Bloc, quand on a 18-20 ans, cela peut avoir eu une certaine influence.» Mais attention, comme le Bloc partait de très loin chez l'électorat issu de l'immigration, on ne peut parler de percée, selon le jeune député lui-même d'origine argentine, arrivé au Québec à l'âge de 8 ans. «Ils étaient presque à zéro, il est possible qu'ils aient été en chercher une petite partie.»

La fonte des majorités libérales dans plusieurs comtés de l'île semble accréditer la thèse selon laquelle un nombre important de membres des communautés culturelles ont délaissé le PLC, que ce soit en s'abstenant ou en votant pour le Bloc. C'est notamment le cas dans Papineau, Jeanne-Le Ber, Ahuntsic et Outremont. La chute est cependant moins marquée dans des comtés un peu plus anglophones, comme Saint-Laurent-Cartierville et Pierrefonds-Dollard.

Une tendance lourde

Auteur d'une thèse de doctorat sur le comportement électoral des citoyens issus des communautés culturelles, Pierre Serré ne pense pas qu'il y a eu de grands bouleversements dans cette frange de l'électorat lors de la dernière élection. Il faut plutôt y voir, selon lui, l'expression d'une tendance lourde qui va de pair avec la francisation.

«Le comportement électoral des immigrants francophones et francisés, les "francotropes", comme je les appelle, est tout à fait semblable à celui des autres francophones. C'est la langue qui est le premier déterminant du comportement électoral», souligne M. Serré, chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes de l'UQAM.

Selon ses recherches basées sur les résultats électoraux antérieurs, lesdits francotropes votent pour des partis souverainistes dans des proportions très similaires aux francophones «de souche», avec un écart de 5 à 7 %. Ainsi, à mesure que le nombre des enfants de la loi 101 en âge de voter s'accroît, que les mariages mixtes se multiplient et que de plus en plus d'immigrants francophones arrivent au pays, le Bloc, le Parti québécois et même l'option souverainiste seront appuyés par un électorat de plus en plus diversifié, selon le chercheur.

Il évalue que les francotropes représentent de 15 à 20 % de la population de l'île. Environ 40 % des sièges des députés péquistes sur l'île seraient selon lui attribuables à cette partie de l'électorat. À la dernière élection, cela peut aussi avoir fait la différence dans certains comtés de banlieue, comme Saint-Lambert, où Maka Kotto, comédien d'origine camerounaise, a été élu pour le Bloc québécois.

Si les libéraux sont prompts à avouer que certains membres des communautés ethnoculturelles leur ont été infidèles, ils soulignent qu'il ne faut pas interpréter cela comme une montée de l'option souverainiste. «Ils ont souvent quitté des pays en difficulté pour vivre dans un pays stable, démocratique, ouvert sur le monde, on retrouve cela au sein du Canada. Venir ici pour mettre un terme au projet canadien et sortir le Québec du Canada, c'est vraiment un pas de géant», croit Pablo Rodriguez.

«Attention», réplique Pierre Serré, qui maintient son analyse. Dans l'ensemble de l'électorat, les électeurs francophones ne sont pas tous souverainistes, c'est la même chose pour les francotropes. «Il n'y a pas significativement plus de mous chez les francotropes», fait-il valoir.

Maka Kotto

Le nouveau député bloquiste de Saint-Lambert a lui aussi l'impression que le temps fait son oeuvre : «Ils [les citoyens issus des communautés culturelles] commencent à s'émanciper d'une certaine captivité, d'un certain carcan. J'en suis intuitivement certain», affirme M. Kotto. Il se montre cependant très prudent pour l'interprétation des résultats du dernier scrutin, croyant qu'il est trop tôt pour dire si les communautés culturelles ont davantage appuyé le Bloc québécois cette fois-ci.

Ce dernier pense que le message inclusif de sa formation a passé la rampe. «Par le passé, il y a eu des procès d'intention à l'effet que c'est un mouvement ethnocentriste, voire xénophobe, mais la réalité est tout autre. Nul n'a le monopole du racisme et de la xénophobie. On retrouve ce comportement partout», ajoute M. Kotto, qui en a eu la preuve le soir de l'élection, lorsque l'attaché de presse de son adversaire a invité des journalistes à «aller voir le nègre que les gens viennent d'élire».

Le nouveau député refuse de se voir comme un symbole d'une possible percée du Bloc au sein des communautés ethnoculturelles : «Personne n'est propriétaire d'un vote», affirme-t-il, tout en souhaitant qu'il y ait davantage de représentants de ces communautés dans les différentes sphères de la société. «Cela refléterait mieux la réalité du Québec moderne. Ce n'est pas seulement une avancée pour le Bloc, mais pour le Québec en entier», poursuit-il.

Faire campagne dans les communautés

S'il est encore trop tôt pour prendre la mesure de l'appui des communautés culturelles au Bloc québécois, une chose est certaine : le parti souverainiste ne s'est pas contenté de montrer patte blanche pour se dédouaner des procès d'intention, il a aussi mené une campagne de terrain très active auprès des Québécois issus de l'immigration.

«Pour la première fois, nous avons eu toute une campagne orientée vers les groupes ethnoculturels. C'est l'aboutissement du cheminement entrepris en 1998 qui commence à porter fruit», renchérit Dominique Olivier, qui était responsable de l'équipe ethnoculturelle du Bloc pendant la campagne.

Mme Olivier a coprésidé le chantier du Bloc sur la démocratie et la question identitaire en 1998. C'est à cette époque que la formation a proposé une nouvelle définition de la nation et de la citoyenneté qui considère le peuple québécois dans sa diversité. On reléguait donc à l'histoire la notion des deux peuples fondateurs.

Ce changement dans le discours s'est traduit dans cette élection par une plate-forme spécifique pour les communautés ethnoculturelles, ce que le PLC n'a pas fait. On y traitait notamment des mesures à prendre pour combattre le chômage endémique chez les minorités visibles, des modifications à apporter à la loi antiterrorisme ou des améliorations souhaitables au système de traitement des demandes du statut de réfugié.

Le Bloc a aussi mené des opérations de sortie de vote ciblée dans plusieurs comtés de l'île. «Nous avons recruté des gens qui font des appels dans leur communauté. Le PLC fait cela depuis 100 ans», illustre Farouk Karim, qui était responsable de la sortie du vote dans la circonscription d'Outremont. De telles opérations ont aussi été menées dans Papineau et Ahuntsic, où on a fait appel au parrainage de votes.

«Chez les noirs francophones, il y a eu des gains réels, chez les arabophones, il y a des gains à faire, ils nous considèrent comme des défenseurs de leurs intérêts, on s'est entre autres battu contre le profilage racial. Dans le cas des latinos, l'appui ne fait que s'accroître», constate Mme Olivier.

Elle ajoute que les immigrants et leurs descendants ne peuvent plus être considérés comme un bloc homogène. «Il y a plus de jeunes de deuxième génération, ou d'immigrants qui se sont socialisés ici à l'école, qui endossent l'identité québécoise fortement. Ils ont tendance à être plus souverainistes», poursuit-elle. À l'inverse, elle constate encore une grande «timidité» chez les aînés. «Même quand ils trouvent les politiques du Bloc intéressantes, il y a une réticence à effectuer une coupure finale avec le Canada. Ils ont peur de l'inconnu, ayant souvent vécu la guerre dans leur pays d'origine.»

Vers les prochaines élections

Reconnaissant que le PLC a du pain sur la planche dans les prochains mois, Pablo Rodriguez souligne qu'il est naturel pour le parti d'intégrer les communautés dans ses structures et ses orientations. «C'est plus dans nos fibres. Ce n'est pas un exercice politique. C'est quelque chose de spontané chez nous.» L'exécutif québécois de la formation proposera néanmoins, au prochain congrès, la création d'un comité regroupant les membres des communautés culturelles.

Le défi est lancé au Bloc québécois, qui devra travailler encore plus fort pour maintenir ses avancées. «Il faut éviter d'aller voir les gens une fois et ensuite attendre six mois avant les prochaines élections pour recommencer. C'est un peu ce que les libéraux ont fait. Partout où on passait, on entendait : "Les libéraux nous prennent pour acquis, ils pensent qu'on va toujours voter pour eux, et en 11 ans de règne il y a des problèmes qui ne se sont pas réglés"», fait valoir Farouk Karim, qui s'occupait également des relations avec les médias ethniques pour le Bloc pendant la campagne.

Il pense que le Parti québécois n'aura d'autre choix que de s'inspirer de la dernière campagne du Bloc dans le futur. «Il y a des élections partielles qui s'en viennent, ce serait une bonne occasion de commencer. À Montréal, il y a deux comtés où il y a beaucoup de communautés ethnoculturelles : Laurier-Dorion et Nelligan.»

Le candidat bloquiste défait dans Outremont, qui milite également au Parti québécois, François Rebello, promet pour sa part d'être à pied d'oeuvre dans les prochains mois pour recruter de jeunes leaders issus des communautés culturelles comme candidats péquistes aux prochaines élections.



SONDAGE CROP :
Le gouvernement Charest remonte lentement la pente

Mario Cloutier
La Presse mercredi 7 juillet 2004

Québec - Après avoir atteint le creux de la vague, le gouvernement Charest semble en voie de remonter lentement dans la faveur populaire au Québec.

Le dernier sondage CROP-La Presse indique que le taux de satisfaction de l'électorat québécois face aux libéraux est revenu au niveau où il était au début de l'année, soit 30 %, en hausse de cinq points par rapport à l'insatisfaction record constatée en mai dernier.

Depuis son élection en avril 2003, la cote du gouvernement libéral était en chute libre auprès des Québécois. De 46 % en septembre 2003, le taux de satisfaction avait chuté de 13 points jusqu'au début de 2004, au plus fort de l'opposition de la population au projet du Suroît et de la grogne syndicale contre des lois adoptées à l'aide du bâillon à l'Assemblée nationale.

Le gouvernement Charest s'est ensuite maintenu autour d'un taux de 30 % de satisfaction pendant quelques mois avant d'atteindre le fond du baril en mai dernier, avec seulement 25 % de personnes interrogées qui se disaient très ou plutôt satisfaites de la gouverne libérale.

Réalisé entre le 17 et le 28 juin, soit la période couvrant la tenue des référendums sur les défusions municipales au Québec et la fin de la campagne électorale fédérale, le coup de sonde de CROP a rejoint 1002 répondants. Il est précis à trois points près, 19 fois sur 20.

Malgré ce petit regain de vie du gouvernement Charest auprès des personnes interrogées, si des élections avaient eu lieu fin juin, le Parti québécois l'aurait emporté facilement.

Après répartition des électeurs discrets, les intentions de vote favorisent le PQ à 44 %. Le PLQ obtiendrait 37 % d'appuis et l'Action démocratique 17 %. Par rapport au mois dernier, le PLQ aurait repris quelques points à l'ADQ pour passer de 33 à 37 % des intentions de vote, alors que le parti de Mario Dumont perdait cinq points, de 22 à 17 %.

Chez les francophones, le Parti libéral est en hausse de deux points, à 20 % d'appuis. Le PQ reste stable à 42 %, mais l'ADQ a vu sa popularité descendre de six points, à 15 %, en un mois.

La souveraineté

CROP a également sondé l'électorat au sujet des intentions de vote à un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec. Après répartition des électeurs discrets, le OUI obtiendrait 47 % d'appuis et le NON 53 %. Ce tableau reste sensiblement le même, si l'on tient compte de la marge d'erreur, depuis le début de l'année au Québec.

Du 16 au 21 juin, juste avant la Fête nationale du Québec, la maison de sondages précise que le OUI et le NON étaient toutefois à égalité, recueillant chacun 50 % d'appuis à la question du référendum de 1995 qui portait sur la souveraineté assortie d'une offre de partenariat avec le reste du Canada.



Un système d'hypocrites

Claude Picher
La Presse samedi 3 juillet 2004

Le premier ministre albertain, Ralph Klein, a déclenché une véritable tempête en rendant publique, plus tôt cette semaine, sa proposition de réforme du système public de santé dans sa province.

Le premier volet du projet, annoncé avant la fin de la campagne électorale, consiste à dégager, dès cette année, 700 millions de dollars additionnels pour réduire les délais d'attente et améliorer les services. M. Klein a attendu deux jours après les élections pour annoncer le deuxième volet, beaucoup plus controversé.

Ainsi, le gouvernement albertain entend imposer un ticket modérateur et introduire une franchise, deux mesures qui entrent directement en contradiction avec la Loi nationale sur la santé, qui consacre le caractère gratuit des services de santé.

Les gouvernements provinciaux peuvent, sans violer l'esprit de la loi, imposer des taxes et des impôts spécifiques pour financer leurs dépenses de santé. L'Alberta et la Colombie-Britannique imposent déjà une surtaxe sur la santé; le dernier budget ontarien fait de même; au Québec, les entreprises et certains particuliers doivent acquitter des cotisations à un Fonds des services des santé. En revanche, une fois que vous avez payé vos taxes et vos impôts, vous devez, en principe, avoir accès gratuitement aux services.

L'introduction d'un ticket modérateur va carrément à l'encontre de ce principe. Quant à la franchise envisagée par l'Alberta, elle n'est pas énorme et elle est calculée sur le revenu du patient, de sorte que les plus riches paieront plus cher. Si le projet est adopté, les Albertains devront payer pour leurs soins de santé, jusqu'à un maximum de 1,5 % de leur revenu imposable. Ainsi, une personne dont le revenu est de 35 000 $ ne pourra payer plus de 525 $ par année. Évidemment, si elle n'est pas malade pendant l'année, elle n'aura rien à payer; si le coût de ses services de santé dépassent 525 $, c'est le gouvernement qui assume la différence. Même avec son petit air de progressivité, la proposition va également à l'encontre de la loi fédérale, puisqu'aucun Canadien, riche ou pauvre, n'est supposé payer pour avoir accès aux soins de santé.

Le projet prévoit aussi faire appel au secteur privé pour certaines interventions. Or, la loi fédérale garantit le caractère public du système de santé.

Là aussi, le gouvernement Klein est donc en défaut, ce qu'il admet d'ailleurs facilement.

Ottawa peut amputer sa contribution au financement de la santé si une province ne respecte pas les cinq piliers de la loi: gratuité, intégralité (tous les soins sont couverts), universalité (tout le monde est couvert), caractère public et transférabilité (d'une province à l'autre). Le raisonnement de M. Klein est le suivant. Présentement, la contribution fédérale représente 17 % des dépenses de santé de l'Alberta. Si, en faisant appel au privé et en faisant payer les utilisateurs, on peut offrir au bout du compte de meilleurs services à meilleur coût, l'Alberta pourra se passer de ces 17 %, et n'a donc plus à se soumettre aux cinq conditions de la loi fédérale.

Il va de soi que cette approche provoque des cris d'indignation chez les défenseurs du système actuel. Pourtant, la proposition Klein a ceci de bon qu'elle met franchement le doigt sur la vaste hypocrisie qui entoure le système canadien de santé.

Il y a belle lurette que le principe de la gratuité est allègrement contourné par des cliniques privées qui, moyennant un " abonnement " de 1000 $ par année, vous permettent d'avoir accès rapidement à un médecin et à des examens, aux dates qui vous conviennent et aux heures qui vous conviennent. Si vous êtes abonné à une clinique et que vous avez besoin de consulter un spécialiste, vous obtiendrez un rendez-vous rapidement.

Il existe aussi des médecins " hors système ", peu nombreux il est vrai, mais parfaitement habilités à pratiquer la médecine et qui peuvent vous offrir un examen annuel complet ou une visite d'urgence à domicile pour 100 $; si vous êtes prêt à payer, ces médecins peuvent aussi pratiquer diverses interventions comme des sutures, pansements, plâtres, chirurgies mineures. La seule obligation juridique que les médecins hors système doivent remplir est d'informer leurs clients par écrit qu'ils ne participent pas au régime public d'assurance-maladie, et que leurs honoraires sont entièrement payables par le patient.

Quant au principe de la transférabilté, il est ouvertement bafoué, le principal coupable ici n'étant nul autre que le gouvernement du Québec. En vertu de ce principe, tout Canadien, où qu'il se trouve au pays, doit avoir accès gratuitement aux services de santé. Les citoyens québécois sont couverts par l'assurance-maladie du Québec, mais un Québécois qui tombe malade à Toronto a le droit de se faire soigner dans un hôpital torontois. Dans ce cas, le système ontarien d'assurance-santé assume la facture et la transmet au gouvernement du Québec pour remboursement. Or, les barèmes du système québécois font en sorte que les autres provinces ne sont pas toujours intégralement remboursées. Lorsque cela arrive, elles refilent la différence au patient. Méchante transférabilité, méchante gratuité.

Enfin, plusieurs provinces jonglent ouvertement avec la possibilité de soustraire certains services à la couverture de l'assurance-maladie. L'idée viole évidemment le principe de l'intégralité.

Le summun de l'hypocrisie a sans doute été atteint le mois dernier, quand le ministre de la Santé, Pierre Pettigrew, a osé évoquer publiquement, et de façon fort prudente, les mérites d'un éventuel apport du secteur privé en santé. Aussitôt rabroué par le premier ministre Paul Martin (lui-même client d'une clinique privée de Montréal), le ministre a du honteusement battre en retraite et se rétracter. Or, son questionnement était non seulement parfaitement légitime, mais aussi d'une grande pertinence.

Le fait est que les dépenses de santé explosent, dans toutes les provinces. En 1980, le budget de la santé représentait 30 % de l'ensemble des dépenses de programmes du gouvernement Québécois. Cette proportion dépasse aujourd'hui les 40 %, et le gouvernement doit couper partout ailleurs pour faire face à la situation. Exprimée en dollars, la voracité du système donne des frissons; le Québec consacre aujourd'hui 18 milliards à la santé; selon une projection du Conference Board, cette somme frisera les 40 milliards dans 15 ans à peine.

Le temps est largement venu, pour les Canadiens, de s'interroger sérieusement sur la rigidité d'une loi quine correspond plus à la réalité. En santé, le Canada est un des rares pays au monde à s'entêter officiellement dans des principes qu'il n'hésite pas par ailleurs à violer à tours de bras. Tant qu'ils continueront dans cette voie, les Canadiens continueront de payer une fortune pour un système dysfonctionnel. En ce sens, il faut reconnaître à l'Alberta le mérite et le courage d'aborder la question de front.



La main de velours de Monique

J - Jacques Samson
Le Soleil mardi 6 juillet 2004

Éditorial - La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, entreprend sa réingénierie de l'État québécois sur des bases fort différentes de celles de son célèbre prédécesseur libéral, Paul Gobeil, dont les rapports de 1986 sur les fonctions et les organisations gouvernementales n'ont jamais eu de suites. Le premier ministre Robert Bourassa avait tué dans l'oeuf l'État-Provigo, conçu par son ministre, un ancien pionnier et dirigeant de cette chaîne d'alimentation, devant la mobilisation du mouvement syndical. Mme Jérôme-Forget a au départ mis plus de chances de son côté.

L'État québécois abrite 275 organismes de toute nature. La ministre Jérôme-Forget a donné le mandat à un comité d'experts de procéder à l'évaluation de 188 qui relèvent directement de l'administration centrale, par tranches de 60 par année. Une première liste a été publiée la semaine dernière. Le ministre Paul Gobeil avait conduit l'examen de plus de 200 organismes en quelques semaines seulement. Un rapide calcul avait alors conduit au constat que M. Gobeil et ses partenaires n'avaient consacré que quelques minutes en moyenne à chacun d'eux au cours de leurs rares séances de travail, avant de leur imposer la peine de mort ou au contraire de les acquitter, dans une petite brochure de 21 pages.

Une litanie d'organismes étaient ainsi passés sous le couperet du comité Gobeil, dont le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et la Commission de protection de la langue française. Presque tous les mécanismes de contre-vérification des actions gouvernementales et les organismes consultatifs avaient ainsi été liquidés sur papier, après un procès sommaire, ce qui avait aussi miné la crédibilité du rapport Gobeil.

La ministre Jérôme-Forget a par ailleurs fait appel à un ex-haut fonctionnaire parmi les mandarins les plus respectés à avoir servi l'État québécois au cours des dernières décennies, Thomas J. Boudreau, pour présider le groupe de travail qui soupèsera l'utilité de chaque organisme. M. Boudreau a été sous-ministre de l'Éducation, du Travail, de la Main-d'oeuvre et de la Sécurité du revenu, et secrétaire général associé au conseil exécutif sous René Lévesque. Les ministres qu'il a épaulés, comme Pierre Marois, ne juraient que par lui. M. Boudreau a par la suite été à plusieurs reprises le pompier officiel dépêché par les gouvernements dans des organisations qui traversaient des crises (sécurité publique, curateur public et autres). Il a aussi développé une expertise reconnue dans la modernisation de la gestion publique et des ressources humaines. Il n'a rien d'un doctrinaire néo-libéral. M. Boudreau sera entouré d'autres hauts fonctionnaires à la retraite (André Fiset et Jean-Guy Lebel) et de quatre autres provenant du Conseil exécutif, le ministère du premier ministre, et du Conseil du trésor.

En 1985-1986, le ministre Paul Gobeil présidait lui-même un groupe de travail unidirectionnel qui ressemblait plutôt à un pique-nique de vieux "chums" : Michel Bélanger, président de la Banque nationale, Pierre Lortie, président de Provigo, Yvon Marcoux, alors vice-président de la Banque d'Épargne, et Jean-Claude Rivest, conseiller spécial de Robert Bourassa. Le ministre n'avait pas jugé bon d'inclure au moins un seul représentant de la machine administrative. Deux banquiers et deux dirigeants de Provigo s'étaient fait plaisir pendant quelques heures, à nettoyer l'appareil gouvernemental sur la base de leurs seuls préjugés et de leur conception affairiste des services publics qu'un gouvernement doit dispenser.

Mme Jérôme-Forget poursuit une démarche beaucoup plus méthodique et nécessairement déjà beaucoup plus crédible. Le gros danger est évidemment que tous ces acteurs passés et présents de la haute fonction publique éprouvent beaucoup de difficultés à briser le modèle établi. Ils ont ou contribué à le développer ou ils en sont des produits. Les risques d'autocensure et de retenue sont élevés, sans compter tous les réseaux d'influence qui ne manqueront pas de se manifester pour préserver tel ou tel organisme, régie, office ou comité. Un bon mixage d'experts externes et internes aurait été préférable.

Il est bien évident par contre que la sélection des 60 premiers organismes placés sous examen a été conçue de façon à déboucher sur des jugements de divers types de la part du tribunal Boudreau. D'abord, les intouchables. Il va de soi que la Sûreté du Québec et la Régie des rentes ne seront pas abolies ! Le comité recommandera sans doute aussi que des sociétés soient transférées à des instances locales, privées ou publiques. C'est le sort que le rapport Gobeil réservait déjà, en 1986, à la Société de la Place des arts et à celle du Grand Théâtre de Québec et qui irait de soi. Je ne parierais pas sur la longévité de divers comités et régies dont l'abolition et l'intégration de leurs activités aux ministères responsables seront à coup sûr suggérées, comme la Régie du cinéma ou la Régie du logement. L'Institut du tourisme et d'hôtellerie pourrait par ailleurs très bien servir de modèle à un partenariat public-privé.

La ministre Jérôme-Forget et les stratèges du gouvernement Charest ont vu à ce que cette première vague offre toute la palette des options envisagées en mai dernier par la ministre dans son plan de modernisation 2004-2007. Les avenues auront été ouvertes avec des cas qui n'auront pas soulevé de trop fortes controverses. Nous sommes loin de la "déconstruction" sauvage de l'État québécois brandie par le Parti québécois et les organisations syndicales.

JJSamson@lesoleil.com



Paradis fiscaux : qu'attendre de l'opposition ?

Alain DENEAULT
Docteur en philosophie de l'Université de Paris-VIII. Auteur de Paul Martin et compagnies, Soixante thèses sur l'alégalité des paradis fiscaux, VLB, 2004
Le Devoir mercredi 7 juillet 2004

Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique doivent à la désapprobation populaire des paradis fiscaux plusieurs sièges conquis par leurs représentants. Ces deux formations se savent donc tributaires d'une critique qu'il devront relayer avec beaucoup plus de vigueur et de cohérence que par le passé.

Ceci doit être entendu que les paradis fiscaux ne comptent pas comme un point à part parmi ceux déclinés dans une série de doléances électorales, ils concernent plutôt le point aveugle de la finance mondiale en cause dans l'ensemble des problèmes occasionnés par l'idéologie néo-libérale. Les soudains déficits publics, les suppressions budgétaires et l'amputation de programmes sociaux, l'augmentation du fardeau fiscal des classes moyennes et la réduction sensible du bien public garanti par l'État de droit, sans parler de la confusion inquiétante qu'on laisse s'installer entre les activités économiques traditionnelles et la grande criminalité -- tous des points qui ont été soulevés pendant la campagne électorale qui vient de se terminer -- sont liés à l'économie souterraine. On pourra même se demander s'ils n'ont pas été requis de quelque façon pour planquer les fonds détournés de notre fameux scandale des commandites.

Plus que des faux-fuyants fiscaux, rappelons que les places offshore sont intimement liées aux affaires criminelles, qu'elles rendent possibles, pêle-mêle : le trafic de la drogue, celui de l'armement au profit de factions ultra-violentes soutenues par des entreprises occidentales, la corruption politique, l'organisation de réseaux de prostitution couvrant des zones continentales, la mise sur pied d'indescriptibles convois d'immigrants désespérés par une situation nationale conséquente à toutes ces activités, la réduction à néant des lois du travail dans les zones franches...

Occasion ratée

Au lendemain du 28 juin, notre attention se tourne tout naturellement vers ceux qui se sont présentés comme des adversaires des paradis fiscaux, tout en ayant toutefois déjà respecté auparavant l'omerta qui les entoure. Les socio-démocrates, comme les indépendantistes, ont en effet raté une occasion de parler chaque fois qu'il a été question de l'insuffisance des transferts de fonds fédéraux aux provinces : rien n'a justifié qu'ils fassent exactement comme si les statistiques en jeu représentaient effectivement le solde attendu des actifs publics du pays, qu'ils fassent comme si l'évasion et les détournements fiscaux d'entreprises, par exemple à la Barbade, n'expliquent pas le déficit du budget fédéral qui a motivé ces suppressions historiques.

Le vide budgétaire d'Ottawa a trouvé son pendant intellectuel dans le vide critique de l'opposition. D'aucuns imaginent pourtant que les perte occasionnées par le déséquilibre fiscal se traduisent, en amont, par ces gains fort discutables que les entreprises et mafias empochent dans les paradis fiscaux.

Les socio-démocrates, comme les indépendantistes, prétendront lutter sérieusement contre les paradis fiscaux lorsqu'ils assumeront les liens logiques qui s'imposent, de sorte qu'un premier ministre -- dont on a bien rappelé son statut de père des actionnaires de la Canada Steamship Lines agissant à la Barbade, aux Bermudes, à Chypre, quand elle ne compte pas aussi des «boîtes à lettres» pour montages financiers douteux dans un Liberia meurtri par la guerre civile -- ne puisse davantage suggérer aux provinces de majorer leur taux d'imposition pour combler les manques occasionnés par ce déséquilibre fiscal, lui-même résultat de politiques néo-libérales.

Nous sommes en droit d'attendre de leur part la proposition de création d'une commission fédérale d'enquête sur les paradis fiscaux, afin de mesurer l'ampleur du problème au Canada et dans le monde. De manière plus large, et puisque la possibilité de gel de groupes offshore a été évoquée par les États-Unis d'Amérique eux-mêmes, au nom d'un lutte «contre le terrorisme», les députés de centre-gauche ainsi que les indépendantistes étiquetés sociaux-démocrates devront soutenir toute démarche visant à faire de l'ALENA et de la future ZLEA une zone anti-paradis fiscal, où aucune entreprise ne serait autorisée à ouvrir un compte dans ces pôles sans aucune justification.

Toutes les entreprises

En ce qui concerne plus précisément les indépendantistes, rappelons que les paradis fiscaux ne regardent pas exclusivement le bébé du premier ministre mais toutes les entreprises -- y compris québécoises -- qui en ont recourt et qui, de ce fait, corrodent le bien public. Le Québec est le fait de contradictions pour lesquelles il faut prendre parti; aucune de ces entreprises ne saurait aller dans le sens d'intérêts québécois trop souvent présentés en bloc.

C'est pourquoi il leur faudra proposer rapidement des modalités d'action conséquentes là où le Québec, comme instance politique, a déjà toute latitude, par exemple au sein de la Francophonie. Il leur faudra sous peu militer pour faire du réseau de pays de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie une zone anti-paradis fiscal, en insistant en particulier sur le statut déclaré de paradis fiscal ou bancaire de la Suisse, du Luxembourg ainsi que des îles polynésiennes françaises, tout en levant le silence autour du statut officieux de paradis fiscal que se sont attiré le Congo-Kinshasa (Für Kriminelle und Geldwäscher ist der Kongo ideal, Dominic Johnson, Die Tageszeitung, 29 mai 2002) et le Canada ( § 33 de Paul Martin et compagnies, Soixante thèses sur l'alégalité des paradis fiscaux, VLB, Montréal, 2004).

Rien n'est là impossible. De telles initiatives -- du genre de la «proposition de loi interdisant à toute société faisant appel public à l'épargne en Belgique de détenir une participation directe ou indirecte dans une société ayant un siège social dans un paradis fiscal», que le sénateur belge Pierre Galand a déposée au sénat de Belgique, le 17 mai dernier -- devront avoir lieu ici.

Maintenant les élections passées, l'heure est venue de considérer un problème large par rapport auquel la Canada Steamship Lines du premier ministre n'était qu'un cas d'école.



«La guerre américaine est un exorcisme»

propos recueillis par Aude Lancelin
Le Nouvel Observateur 1er juillet 2004

Le nouvel essai de Jean Baudrillard*

Après «La guerre du Golfe n'a pas eu lieu», le sociologue montre dans «le Pacte de lucidité» comment, dans leurs obsessions sécuritaires mondiales, les États-Unis en arrivent à réprimer réellement des crimes virtuels et à tuer au nom du principe de précaution. Il s'en explique avec Aude Lancelin

Le Nouvel Observateur. -Dans «La guerre du Golfe n'a pas eu lieu», livre paru en 1991, vous parliez de l'intervention américaine en Irak comme d'un non-événement, d'une guerre purement «publicitaire, spéculative, virtuelle». Placez-vous l'actuelle guerre en Irak dans sa lignée?

Jean Baudrillard. - Globalement, elles sont identiques, même s'il y a une différence, c'est sûr. La première guerre ressemblait à l'offensive d'une puissance mondiale sûre d'elle et capable de régler virtuellement tous les problèmes. Là, c'est la même guerre, mais avec une hypothèque de défaite car elle est liée négativement, réactionnellement, à l'événement 11 septembre. On est maintenant face à une puissance mondiale déstabilisée qui doit apporter la preuve qu'elle est encore une puissance mondiale. Pourtant ces deux guerres sont bien de même nature, de pures performances machiniques, implacables dans leur déroulement, de purs instruments d'acculturation violente à l'ordre mondial, sans véritable rationalité stratégique.

N. O. - Tout de même, le 11 septembre a conduit les Américains à un type d'engagement terrestre et à des pertes humaines il y a peu encore impensables. Ne sont-ils pas de facto et malgré eux sortis de la guerre conçue comme pure liquidation opérationnelle, de la fameuse guerre «zéro mort»?

J. Baudrillard. - Mais peut-on vraiment dire qu'ils se sont engagés à mort là-dedans? Ils ont sacrifié peu d'hommes, et surtout «on» les leur a sacrifiés. Ils n'ont pas davantage renoncé à l'idée de puissance mondiale. Non, virtuellement ils sont toujours sur le même objectif zéro mort, et ils sont toujours dans un processus de sécurisation, de neutralisation et de contrôle total de la planète. Que tout apparaisse dans un même ordre transparent, policier, voilà l'objectif. Cette mouvance dépasse d'ailleurs de loin l'Amérique. C'est l'idée d'un ordre mondial complètement sécuritaire, où la mort n'existe plus, où l'autre dans sa singularité inquiétante n'existe plus, où l'événement même ne doit plus pouvoir exister. A ce stade de mise en réseau de toutes les fonctions, et de perfusion mentale de tous les esprits, le moindre événement est en effet perçu comme une menace, l'histoire elle-même est une menace. L'objectif visé par cet ordre mondial, c'est proprement la fin de l'histoire sous la forme d'une contre-terreur préventive. Les Américains ne comprennent pas qu'en voulant ainsi totaliser le monde ils alimentent leur propre déconstruction, qu'ils intériorisent la terreur et se l'infligent à eux-mêmes en se vidant de toute substance politique. Mais ça, au fond, peuvent-ils le voir? Quel empire a jamais fait cette autocritique radicale?

N. O. - Dans ce nouveau livre, «le Pacte de lucidité», vous écrivez que l'aboutissement ultime du processus serait une société où le crime serait prévenu avant même d'avoir eu lieu...

J. Baudrillard. - Oui, il y a d'ailleurs un film de Spielberg qui montre bien ça, «Minority Report», quelle que soit sa qualité, très discutable. On voit là que le stade ultime du contrôle sécuritaire, ce serait d'éliminer le crime dans l'_uf, sur la base d'un acte qui n'a même pas encore eu lieu. C'est ce qui s'est exactement produit en Irak avec le feuilleton des armes de destruction massive introuvables. La répression réelle d'un crime virtuel, voilà le visage de l'avenir. A la limite, ça correspond aussi à ce qu'on a pu voir lors de l'épisode du théâtre de Moscou où otages et terroristes ont été confondus dans un même massacre. Tuez-les tous par principe de précaution, Dieu reconnaîtra les siens! Mais, plus largement, c'est l'événement terroriste du 11 septembre dans son ensemble que la guerre actuelle vise à désamorcer et même à prévenir sous la forme d'un gigantesque travail de contraception rétrospectif. Faire en sorte que le 11 septembre n'ait pas pu avoir lieu. Au fond, la guerre actuelle est dénuée d'objectif et de finalité propre, elle est une conjuration, une séance d'exorcisme, raison pour laquelle elle est interminable.

N. O. - Dans ce livre, vous évoquez le 11 septembre en tant qu'«événement absolu», ainsi que vous le faisiez dans «l'Esprit du terrorisme» quelques semaines après l'attentat. Pourtant, vous ne faites pas de cette «fin de la grève des événements» un redémarrage de l'histoire, et encore moins une irruption du réel au c_ur du virtuel. Que voulez-vous dire exactement?

J. Baudrillard. - Le 11 septembre est toujours là, avec la même virulence. Qu'une chose comme ça ait existé, cela marque un point de rupture absolu. C'est une contre-mythologie très violente. C'est le mythe de la destruction de l'Amérique, corollaire du mythe américain positif. Il n'empêche qu'il ne s'agit pas d'histoire au sens classique du terme.

De même que ces espèces de ghost wars que sont les guerres d'Afghanistan ou d'Irak, le 11 septembre est une convulsion interne du système, une rupture d'anévrisme, un genre de traumatisme très différent des événements historiques qui, eux, s'enchaînaient selon une forme de continuité et avec une finalité. L'électrochoc mondial créé par les images de torture en Irak, étrange cocktail pornographique d'images et de guerre, relève de ça aussi. Avec l'icône de cet Irakien encagoulé et perclus d'électrodes, on a quelque chose de même nature que l'attentat contre le World Trade Center, une humiliation d'autant plus fantastique pour les États-Unis qu'elle provient cette fois de l'intérieur. On voit bien d'ailleurs que ces collapses-là ne sont pas absorbés par les esprits de la même façon que l'étaient les événements historiques. Ils semblent inspirés par quelque puissance du Mal. Non plus porteurs d'un désordre constructif, mais d'un désordre absolu. En ce sens, oui, l'histoire est finie, mais ce n'est évidemment pas au sens où l'entendait Fukuyama, celui de la réalisation d'un idéal démocratique dans une post-histoire banalisée. Désormais, nous avons d'un côté une puissance mondiale unifiée, totalisée, et de l'autre toutes les formes de répulsion secrète à l'égard de cette normalisation prétendument idéale de l'existence: le terrorisme et bien d'autres choses.

N. O. - Vous considérez en effet que le duel actuel entre l'Occident et le terrorisme islamiste n'est que la péripétie visible d'un affrontement beaucoup plus général. En admettant même que l'islam soit un jour «domestiqué», une autre forme de terrorisme surgirait, écrivez-vous...

J. Baudrillard.- A partir du moment où l'on totalise les choses au profit d'une puissance unique, quelle qu'elle soit, le terrorisme s'installe comme quelque chose d'irrésistible. L'histoire a toujours été faite de rapports de force plus ou moins symétriques. Là, on est dans un affrontement asymétrique entre une puissance mondiale qui extermine qui elle veut quand elle veut, et un adversaire souterrain qui se reproduit de plus belle à mesure qu'on l'extermine. C'est ce qui fait qu'on n'est plus dans une forme d'histoire, et cela dépasse de loin le cas de l'islam. La question n'est donc pas de séparer le bon islam du mauvais islam, ça, je n'y crois pas du tout, c'est une mystification. Ce système-monde, cette réalité intégrale de la puissance engendreront toujours, tant qu'ils existeront, un refus intégral de cette même puissance. Mais, bien sûr, c'est l'islam qui incarne aujourd'hui le plus visiblement ce front de résistance. Et cela est évidemment à relier aussi à l'abcès de fixation israélo-palestinien. Le mur d'Israël, c'est maintenant le mur qui sépare le monde en deux. A cet égard, nous autres Européens, en dépit de nos petites manipulations hétérodoxes, sommes exactement du même côté que les Américains. Et on ne voit pas comment la chose pourrait se résoudre car, à mon sens, les États-Unis n'ont plus exactement de politique extérieure autonome. Israël n'est pas seulement le 51e État des États-Unis, c'est presque plutôt l'inverse. On a affaire à une puissance mondiale qui n'est plus souveraine, paradoxe important. C'est en tout cas la première fois qu'on assiste à ce genre de cristallisation. Même le mur de Berlin n'avait pas cette signification-là parce qu'il y avait encore deux blocs rivaux, deux systèmes idéologiques constitués, sur un même plan. Mais là, non, il y a une ligne de discrimination totale entre une puissance mondiale et quelque chose d'essence forcément terroriste.

N. O. - En admettant que l'Europe arrive réellement à se constituer, pourrait-elle fournir une alternative crédible à ce nouvel ordre hégémonique mondial?

J. Baudrillard. - L'Europe, si par miracle elle arrivait à exister vraiment, serait-elle en mesure de fournir une opposition réglée à la mondialisation? C'est très ambigu, car elle en est elle-même un sous-produit. Ce que nous voudrions, nous Européens, parce que nous sommes encore embarrassés par des millénaires d'histoire, parce que nous sommes encore tributaires d'un patrimoine culturel nostalgique, c'est imposer un véritable système de représentation au niveau mondial. Mais on sait bien que c'est impossible. On sait bien que ça ne se fera pas. On a bien vu avec cette guerre d'Irak le schisme total entre la puissance d'un côté et la volonté des populations de l'autre, partout mobilisées contre cette guerre incompréhensible sans que ça change quoi que ce soit. Parler de communauté internationale n'a plus le moindre sens. A l'échelle mondiale désormais, le pouvoir ne se soucie plus de représentation. C'est justement là notre perte symbolique la plus catastrophique. Les États-Unis, redevenus puissance à l'état pur, ignorent les instances internationales. Mais en Europe aussi le pouvoir politique ne fonctionne plus selon un mode représentatif. Il n'y a même plus le tiers des gens qui votent, on touche là à un véritable gouffre d'indifférence. Tout se passe désormais contre ou à côté des populations. On ne voit donc aucunement ce qui pourrait recréer une situation un peu dialectique par rapport à cette forme d'hégémonie planétaire.

N. O. - Est-ce à dire qu'à vos yeux la situation n'est aucunement réversible?

J. Baudrillard. - Non, mais il faudrait pour ça renouer avec un principe historique de gouvernement, et cela passerait nécessairement par un échec total de ce système mondial globalisant qui, déjà, dégénère sérieusement. Cette irréversibilité, ce non-événement perpétuel, cette indifférenciation globale des choses est irrespirable. Tout le monde attend désespérément l'événement qui fera brèche à l'intérieur de ça. Je ne pense pas que ce soit par perversité. Il est absolument vital qu'il se passe quelque chose. L'entropie, c'est la mort.

«Le Pacte de lucidité ou l'intelligence du Mal», par Jean Baudrillard, Galilée, 192 p., 24 euros.

* Né en 1929, Jean Baudrillard est le grand sociologue de la postmodernité, de la prolifération du virtuel et de l'extase de la communication. Il est notamment l'auteur de «la Société de consommation», de «Simulacres et simulation» et du «Crime parfait».


TRIBUNE LIBRE





TRIBUNE LIBRE

Le droit de choisir

André Kahlé, ing., Brossard
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004

Mako Kotto ne doit certainement pas d’excuses à André Savoie, ce lecteur de La Presse qui lui reproche d’être devenu un député du Bloc Québécois et qui l’accuse d’opportunisme parce qu’il aura aussi un salaire de député.

Son raisonnement est franchement partisan et raciste. Comme s’il y avait deux sortes de citoyens au Canada! Ceux de souche et les nouveaux arrivants, ces derniers ayant juste le droit d’opiner du bonnet et de taire leurs opinions.

M. Kotto a obtenu la citoyenneté canadienne. Il a donc les mêmes droits et devoirs que tous les autres citoyens canadiens, même ceux qui préféreraient que le Québec soit un pays indépendant et qui jouissent de cette liberté démocratique d’avoir une préférence et de voter pour qu’elle se réalise!

M. Kotto a le devoir, comme tous les autres citoyens, d’analyser la situation politique du Québec et du Canada et il a le droit de faire un choix par son vote. Il dispose aussi du droit de participer encore plus activement au processus démocratique en se portant candidat à une élection fédérale et en permettant ainsi aux électeurs favorables aux opinions qu’il met de l’avant d’avoir une voix au parlement canadien. Cela est l’abc de la démocratie canadienne! M. Savoie l’avait-il oublié?

Une comparaison s’impose.

En 1939-40, dès après l’invasion de la France par l’Allemagne, il s’est trouvé parmi les Français des collaborateurs qui croyaient qu’il fallait collaborer avec l’occupant et faire comme si cette situation était devenue permanente. «Il faut bien continuer à vivre!» se sont-ils probablement dit ! Mais l’opportunisme y est aussi pour quelque chose puisque ces collaborateurs profitaient des bontés des envahisseurs qui comptaient sur eux pour promouvoir la légitimité de leur invasion.

Il y a eu aussi, en plus grand nombre, des gens qui se sont dit que cette situation était inacceptable et qu’ils devaient plutôt combattre l’envahisseur ou, à tout le moins, éviter de lui rendre les choses plus faciles. On les a appelés les résistants. Il était plus normal qu’un peuple refuse de se laisser conquérir dès les premiers jours de l’occupation et qu’il ne baisse pas les bras à la première difficulté.

Bien sûr, l’enjeu n’est pas le même et nous ne sommes pas en situation de guerre. Mais les fédéralistes québécois d’antan et d’aujourd’hui ont le même comportement que ces anciens collaborateurs en France, c’est à dire qu’ils contribuent à nier, à dénigrer ou à contrecarrer le désir de liberté du peuple québécois.

Ce n’est pas parce que le joug de l’occupant anglais s’est finalement adouci jusqu’à disparaître ou qu’il s’est passé 344 ans depuis la conquête que le rêve d’autonomie et de liberté de ce peuple français en Amérique n’existe plus.

Ce qui reste plutôt de l’ancien régime colonial, c’est cette espèce d’auto-dénigrement qui empêche le Québec d’évoluer, qui cherche continuellement à le rabaisser, à lui faire perdre ses meilleurs acquis pour le rapetisser encore davantage.

Au Québec, les fédéralistes ne sont pas des vrais fédéralistes. Ils sont des provincialistes qui veulent conserver le Québec à l’état de petite province soumise à la bonne volonté du gouvernement central à Ottawa. Ils n’osent pas penser que le Québec pourrait être mieux représenté auprès des pays de ce monde par ses propres représentants plutôt que par ceux que le gouvernement fédéral lui impose.

Ces provincialistes n’en finissent pas de rabaisser le Québec et de le traiter comme un adolescent qui a besoin que d’autres décident à sa place. Ces fédéralistes-provincialistes ne cessent de nous faire croire que le Québec serait perdu, hors du Canada. Comme si les Québécois n’avaient aucune ressource, ni morale, ni intellectuelle, ni physique, et qu’ils étaient incapables de prendre leurs propres responsabilités et de conduire leurs propres affaires.

Ces provincialistes accaptent que le Québec reste replié sur lui-même, soumis aux intérêts des autres acteurs canadiens. Et ils prétendent que la volonté du Québec de s’ouvrir au monde et de participer aux grands débats de l’heure en tant que pays normal, que cela est du repli sur soi!

Voilà le mensonge des provincialistes! Voilà pourquoi tant de Québécois se sont mis à croire que l’idée de faire du Québec un pays a bien du mérite! Et qu’il y a bien plus de fierté à faire les choses soi-même plutôt qu’à les laisser faire par d’autres!

Ce qui est admirable au Québec, c’est que le mouvement indépendandiste tente, de façon démocratique, de partager sa vision avec tous les citoyens, y inclus ceux qui sont arrivés récemment. C’est à cette idée que Maka Kotto s’est rallié. Allons-nous lui reprocher d’appliquer à lui-même les avantages de la démocratie de ce «plus meilleur» pays du monde?

Ces avantages, M. Kotto y a droit parce qu’ils ont été acquis chèrement par tous ces Canadiens de la Nouvelle-France (ces conquis de 1760 et leurs descendants) qui ont combattu ou travaillé avec acharnement pour obtenir plus de démocratie!

Les Patriotes de 1837-1838 ont combattu le régime anglais car celui-ci leur refusait le droit à la représentativité démocratique au sein du gouvernement. Plusieurs ont été tués à cause de cet idéal. C’est le sang des Patriotes qui a finalement convaincu les Britanniques de transformer graduellement leur régime colonial dans le régime démocratique actuel.

Nous avons donc mérité cette démocratie par les luttes et le travail de nos ancêtres. Aujourd’hui, nous l’offrons à tous ceux qui choisissent de venir vivre avec nous. Nous avons lutté pour cette démocratie parce qu’elle allait nous permettre de changer les choses. Nous y travaillons encore.

Le plus beau changement que l’on puisse s’offrir, celui de se donner un pays, sera fait de façon démocratique avec l’aide de tous les citoyens qui auront compris que c’est l’opportunisme de ces provincialistes qui contribue à freiner l’essor du Québec.



TRIBUNE LIBRE

Maka Kotto traîté de «nègre» par un attaché politique libéral

Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 10 juillet 2004

YOLANDE THIBEAULT A LE DEVOIR DE RÉPROUVER
LES PROPOS RACISTES DE SON EMPLOYÉ

Montréal, le lundi 5 juillet 2004 – Compte tenu des propos inqualifiables tenus à l’encontre du député bloquiste Maka Kotto par l’attaché politique de son adversaire libérale, le président régional du PQ de Montréal-Centre, Christian Gagnon, estime que Yolande Thibeault doit sortir de son mutisme et remettre les pendules à l’heure. «Un tel langage est tout aussi injurieux pour Maka Kotto que pour ses concitoyens, du Québec en général et de la circonscription de Saint-Lambert en particulier, eux qui lui ont manifesté leur confiance en faisant de lui leur député. C’est à l’ensemble de ses Québécoises et Québécois que l’employé de Mme Thibeault doit des excuses», croit Christian Gagnon.

Dans son édition du 3 juillet, le Courrier de Sud rapporte que le soir du 28 juin, l’attaché politique Jean-Paul Carrier a repoussé les demandes d’entrevues des journalistes avec la candidate libérale défaite, Yolande Thibeault, en lançant, «Allez voir le nègre que les gens viennent d’élire».

«Je connais Maka Kotto depuis qu’il a été candidat péquiste de Viau en 2003. J’ai aussi participé à sa campagne fédérale dans Saint-Lambert. Je sais combien il est une personne d’une très grande dignité qui a toujours voué le plus grand respect à ses adversaires», précise Christian Gagnon. «Si Mme Thibeault pense comme moi qu’un tel outrage est contraire aux plus élémentaires des égards dûs à tout citoyen, qu’elle s’empresse de le dire publiquement, à défaut de quoi on ne pourra que l’associer à cet intolérable courant de pensée. Et c’est alors à Paul Martin qu’il faudra s’adresser pour qu’il discipline ses troupes », soulève Christian Gagnon.

«Si un employé de l’ancienne députée libérale de Saint-Lambert fait publiquement preuve de si peu de respect à l’endroit des minorités visibles, on imagine ce qui pouvait se dire derrière les portes closes du bureau de circonscription de Mme Thibeault au cours des sept dernières années», déplore Christian Gagnon.



TRIBUNE LIBRE

Les fruits pourris du colonialisme

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 10 juillet 2004

La dernière vague d’indignation et de dénonciations à l’encontre du Mouvement de libération nationale du Québec et de Raymond Villeneuve est révélatrice d’un malaise profond qui affecte ceux qui ont la condamnation facile. Un malaise qui est caractéristique d’une nation conquise, soumise, annexée et dont on tente de brouiller les repères identitaires et de tuer l’esprit de résistance. Ce malaise trouve son explication dans l’histoire du Québec sous le régime anglais, puis canadien et leurs tentatives d’étouffer toute volonté d’indépendance. Pourquoi le peuple québécois a-t-il accepté sa situation de dépendance en espérant que les conquérants fassent preuve de générosité à notre égard ? Pourquoi le désir de liberté, d’indépendance ne s’est manifesté vraiment qu’à partir des années 1960 ?

L’invasion de notre pays a débuté à l’été 1759. À l’automne, Québec est prise. L’année suivante, nous gagnons la bataille de Sainte-Foy mais, mal défendue par la France, la Nouvelle-France est vaincue et cédée à l’Angleterre. Les seules actions de résistance à l’occupation durant la période qui sépare la Conquête à aujourd’hui se sont manifestées lors de la révolte de 1837-38 et durant la décennie 1963-72 avec l’action du Front de libération du Québec. En dehors de ces deux périodes de résistance active, le peuple québécois lutte comme il peut contre l’assimilation, destin promis aux peuples minoritaires, se bâtit une culture propre, distincte de celle de la mer anglophone qui l’entoure et le menace.

Avec la colonisation du pays par les Anglais, vient la colonisation des habitants français restés sur place, plus exactement la colonisation des esprits. Le vainqueur importe ses coutumes, ses institutions, sa littérature, sa langue, sa cuisine. Tranquillement, progressivement, le vaincu s’imprègne de la mentalité et du caractère du vainqueur, il intériorise tous les aspects de la civilisation qui le domine au point d’oublier ou de renier sa propre identité. Les élites de la nation minoritaire n’ont aucun problème à s’identifier aux conquérants car ceux-ci leur garantissent le maintien de leurs privilèges en échange d’une allégeance inconditionnelle envers les maîtres. L’ère de la collaboration commence…

Ayant acquis des colonialistes la garantie qu’elles garderaient leurs privilèges, les élites collaborationnistes vont s’employer à maintenir le peuple dans un état de soumission et à ôter de son esprit toute idée de libération. Elles vont vanter les mérites de ces « bons Anglais à qui nous devons notre langue et notre religion » et encourager les conquis à se porter à la défense de l’Empire, comme lors des guerres de 1775, de 1812 ou lors des deux guerres mondiales. En revanche, quand les Patriotes prendront les armes contre les bienfaiteurs de nos bons évêques, ceux-ci s’empresseront de se porter à la défense de leurs maîtres en condamnant les chefs patriotes, en excommuniant les rebelles et refusant la sépulture chrétienne à ceux morts au combat. L’Église de ce temps, comme les régimes totalitaires du 20e siècle, ayant un contrôle total sur les consciences, les Québécois, terrorisés par ces charlatans vendeurs d’illusions et obéissant sous peine d’aller en enfer, ne feront plus de « folies » contre les impérialistes qui ne veulent que notre bien… et nos richesses ! Le même clergé catholique, en Autriche cette fois, exhortera les Autrichiens à faire allégeance envers le Reich allemand lors de l’Anschluss (annexion forcée de l’Autriche par l’Allemagne en 1938).

Devons-nous vraiment quelque chose à ces « bons Anglais » venus nous apporter la civilisation…britannique? L’Angleterre aurait-elle voté le Quebec Act en 1774 s’il n’y avait pas eu la menace d’une guerre d’indépendance dans les treize colonies américaines ? Non. Ce n’était qu’une façon d’acheter notre loyauté et non pas un désir d’assurer la survie de la langue française. La survie du français, nous la devons à nous, Québécois, et non à l’Angleterre ou à la Loi des langues officielles, autre attrape-nigauds du grand sorcier PET. Quant à l’industrialisation et au développement économique, ils seraient arrivés quand même si nous n’avions pas été conquis. Dès les années 1730, un début d’activité industrielle était apparu avec les forges du Saint-Maurice. Le développement économique du Québec aurait pris plus de temps, peut-être, mais le Québec serait un État industrialisé même sans le concours des colonialistes. Nous ne devons rien à ces supposés « bons Anglais » qui ont favorisés leur empire avant tout, plus les « canadiens-français » pour services rendus (aujourd’hui sénateurs, lieutenants-gouverneurs, gouverneurs généraux, etc…).

En condamnant la lutte armée en 1837, les collabos québécois ont implanté en nous des graines qui ont mûri avec le temps et qui se manifestent aujourd’hui sous forme de dénonciation des actions commises à Baie d’Urfé ou la condamnation de la manifestation du 1 juillet. 240 ans de soumission et de répression ont produit chez nous les fruits pourris du colonialisme : la honte, la culpabilisation, la mauvaise conscience, la peur d’agir par crainte de se faire traiter d’extrémistes…

Cette ostracisation du « radicalisme » de certains individus ou groupes ne date pas des dernières années ; René Lévesque désapprouvait les actions du RIN, qu’on ne peut pourtant pas taxer de mouvement extrémiste. En agissant ainsi et en souhaitant faire du RIN son « aile radicale », Lévesque voulait se donner une bonne image aux yeux des fédéralistes qui ne manquaient pas d’associer les indépendantistes modérés avec les « terroristes » du FLQ. La même chose se répète aujourd’hui alors que des mouvements comme la SSJB dénoncent des actions, sommes toutes pacifiques, comme celles mises de l’avant par le MLNQ (graffitis, manifestations) et déjà utilisées par le RIN auparavant. Toujours l’obsession de l’image, de paraître beau, fin, gentil pour les vieux qui mangent du gâteau sur la terrasse : « Faut respecter les choix des autres », disent ces bien-pensants. Comme si le Sinn Fein disait à ses militants de ne pas perturber les défilés orangistes dans les quartiers irlandais de l’Ulster. Quand la couardise devient une vertu…

Face à un ennemi déterminé à nous annihiler, à nous mater définitivement, nous devons projeter une image à la mesure de nos convictions : ferme, inébranlable, invincible. Face à un gouvernement fédéral résolu à aller jusqu’au bout dans sa mise au pas du Québec, nous devons, nous aussi, montrer de la résolution à aller jusqu’au bout pour notre libération, à ne pas fléchir malgré les apôtres de la bonne conscience. Ils veulent nous donner mauvaise conscience parce qu’on se tient debout mais c’est plutôt eux qui devraient avoir honte de ne pas afficher autant de fermeté devant les provocations et l’intoxication d’Ottawa. Ils se cachent la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité en face mais un jour ou l’autre, ils devront y faire face et agir en conséquence.

Devenir une nation indépendante implique d’abord de se guérir des tares héritées du colonialisme. La décolonisation du Québec, c’est d’abord la décolonisation de nos cerveaux ; nettoyer de nos esprits, de nos mentalités toutes les « salissures » résultant de plus de deux siècles de soumission, se débarrasser de la propagande néfaste de l’occupant et de ses collabos. La tâche est énorme, car nous sommes intoxiqués quotidiennement par la machine à mensonges en perpétuel fonctionnement de l’ennemi, mais elle n’est pas impossible.



TRIBUNE LIBRE

Le dos au mur

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 10 juillet 2004

Ce n’est pas tout le monde qui vit en harmonie avec son voisinage. Certains voisins sont encombrants, turbulents et vont même jusqu’à envahir votre havre de paix. Vous êtes dans cette situation ? Ne vous en faites pas, Ariel Sharon a trouvé (ou croit avoir trouvé) la solution finale à vos problèmes de voisins pas toujours accommodants avec sa « clôture de sécurité » autour de la Cisjordanie. Mais le monde entier ne semble pas trouver l’idée géniale : on demande aux entreprises Sharon et compagnie de démolir leur mur ! Vous n’y pensez pas, cela risque d’avoir des conséquences sur la sécurité de nos citoyens qui se font écoeurer par nos méchants voisins palestiniens! Qu’à cela ne tienne, on va le construire quand même, que le monde soit d’accord ou non. Et on va même demander à nos associés d’affaires américains de bloquer les résolutions qui enjoindraient les constructeurs de mettre fin aux travaux ! Entre partenaires d’affaires, faut ben s’entraider…

Vu que le jugement de la Cour internationale de justice n’est que consultatif, on se doute bien qu’Israël n’en fera pas de cas, comme pour les résolutions de l’ONU lui demandant d’évacuer les territoires palestiniens. Et comme on devait s’y attendre, encore une fois, les USA, par le biais du seul juge américain de la CIJ, sont venus à la rescousse en arguant que le jugement ne tient pas compte du « terrorisme » palestinien. Israël n’est jamais fautif pour les faucons de Washington. C’est toujours les méchants arabes qui font du mal aux pauvres Israéliens sans défense. Une chance qu’ils peuvent compter sur des amis qui savent défendre les leurs envers et contre tous…

Encore une fois, ce petit État arrogant, baveux, ethnocentrique se moque de la communauté internationale avec la bénédiction de l’Amérique de l’oncle George. Israël suit ainsi l’exemple de son partenaire qui, au nom de la Croisade du Bien contre le Mal, viole le droit et les institutions internationales depuis le 11/9. Guerre en Afghanistan, guerre en Irak (deux pays qui n’ont pourtant pas attaqué ou déclaré la guerre aux USA), « combattants illégaux » détenus à Guantanamo sans mandat depuis 2002 (ça rappelle quelque chose arrivé ici un certain mois d’octobre…), tortures infligées aux prisonniers irakiens, les USA se sont mis à part du concert des nations, comme l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste. L’Amérique avant le reste du monde. Le droit américain avant le droit international. Les Américains accusés de crimes en dehors des USA doivent être jugés par des tribunaux américains et non par les tribunaux internationaux. Touchez pas à nos ressortissants sinon on vous impose un embargo ou on vous bombarde !

Et Israël copie les méthodes de son grand frère, qui l’alimente en dollars « In God we trust ». La Cour suprême d’Israël a donné le feu vert pour construire le mur de la honte alors au diable la Cour Internationale de Justice, dont les juges sont certainement antisémites… Le droit israélien avant le droit des autres. « Le droit de se défendre contre le terrorisme. », cet argument passe-partout utilisé pour couvrir les incursions de l’armée israélienne, les destructions de maisons, les assassinats ciblés. Le droit israélien, comme le droit américain ou le droit canadien en temps de crise, n’est que le droit du plus fort d’écraser les plus faibles, qui n’ont plus qu’à se soumettre, crever sous les balles ou se faire piler dessus par un char d’assaut.

Fallait voir le consul d’Israël à Montréal venir à la TV pour justifier l’existence du mur que son boss est en train de construire : « Vous savez, depuis quatre ans, 1000 Israéliens sont morts dans 20 000 ( !) attentats palestiniens, il faut défendre nos citoyens. S’il y avait pas de terrorisme, il y aurait pas de mur. Le problème fondamental, c’est pas le mur, c’est le terrorisme. » Raisonnement simpliste et imbécile s’il en est un ! Le problème fondamental, M. le CONsul, c’est pas le terrorisme, c’est l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Le terrorisme est la conséquence de cette occupation qui dure depuis 1967. À moins d’être un parfait idiot, comme le délégué du gros Sharon, il est facile de comprendre pourquoi un peuple décide d’avoir recours à la violence pour chasser un occupant qui vole ses terres, détruit ses maisons, tue ses enfants. Si Israël veut avoir la paix, la solution n’est pas de construire un mur mais de se retirer des territoires, de laisser le peuple palestinien avoir son propre État.

Un « mur de sécurité » ! Connaissez-vous bien des pays qui construisent des clôtures de ciment autour de leurs frontières pour assurer leur défense ? Il y a eu la Grande Muraille de Chine, construire il y a fort longtemps (et qui ne couvrait même pas toute la frontière !), mais à part ça, aucun pays civilisé n’enfermerait une population derrière un mur pour se protéger de celle-ci. Les Juifs ont connu l’emmurement des ghettos et ils refont la même chose aux Palestiniens. Ils ont bien appris les leçons de leurs persécuteurs !

Ce projet de mur est aussi farfelu que le bouclier anti-missiles de Bush, qu’on nous demande, nous Québécois, d’appuyer. Ça va pas la tête ? On va gaspiller notre argent pour participer à la paranoïa collective des Yankees ? Bush a dépoussiéré ce projet reaganien de la guerre froide pour « protéger l’Amérique » mais de qui a-t-il peur, le cow-boy texan ? De la Corée du Nord ? De l’Éthiopie ? D’une invasion d’extraterrestres ?

Vous remarquez que les petits pays n’engouffrent pas des sommes astronomiques dans le matériel militaire parce qu’ils ne sont pas impérialistes. Ces pays se servent de leur armée pour assurer leur sécurité interne et non pour envahir ceux qui ne courbent pas l’échine devant le Tout-Puissant. L’armée US est dans tous les pays ou presque alors il est normal que des peuples se dressent contre la présence américaine sur leur territoire. La paranoïa américaine est le résultat de sa politique extérieure impérialiste. Et la paranoïa israélienne est le résultat de sa politique colonialiste et répressive. Seules des sanctions internationales envers Israël pourraient faire plier les fascistes sionistes. Mais il ne faut pas compter là-dessus, les USA ayant un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU et ils seraient mal aisés de ne pas l’utiliser pour défendre leurs fidèles alliés ! Et certains maîtres-chanteurs ne manqueraient pas de crier à l’antisémitisme…



TRIBUNE LIBRE

La politique canadienne qui intervient encore dans le sport...

Félix Pinel
TRIBUNE LIBRE 10 juillet 2004

Charles Dionne, ce cycliste qui avait battu Lance Armstrong au sprint au GP de San Francisco de 2002*. La politique canadienne qui intervient encore dans le sport, il est grand temps d'envoyer nous-mêmes nos athlètes aux Jeux Olympiques. Il y a lieu de se mobiliser face à cette injustice flagrante. Vive le Québec Libre!

Pas de Jeux pour Charles Dionne

http://www.radio-canada.ca/url.asp?/athenes/CyclismeRoute/nouvelles/200407/09/001-dionne.asp

Dionne devra encore attendre 4 ans avant d'aller aux Jeux
9 juillet 2004 – Vive déception pour le Québécois Charles Dionne qui a appris, vendredi en fin d'après-midi, que l'Association cycliste canadienne (ACC) ne ne le retenait pas au sein de sa sélection pour les Jeux olympiques d'Athènes.

Participant présentement à une course en Oregon avec sa formation Webcor, le cycliste de 25 ans avait un message de l'ACC sur son cellulaire après son épreuve. En raison de l'heure tardive et du décalage horaire, il n'a pu parler à personne au sein de son association.

Fort déçu, Dionne a demandé à la Fédération cycliste du Québec de porter sa cause en appel.

« Je suis très surpris et déçu de ne pas avoir été sélectionné. Je ne comprends pas pourquoi ils ne m'ont pas sélectionné. Je suis capable de sprinter, de grimper et de travailler en équipe. C'est même Chris Horner lui-même qui m'a demandé de travailler pour lui au sein de l'équipe Webcor. Et Gord Fraser, qui n'est pas mon meilleur ami, a aussi mentionné aux médias en Beauce qu'il aimerait m'avoir sur son équipe à Athènes. De plus, les journalistes, cyclistes et experts en vélo prédisaient que je serais sur l'équipe olympique », a déclaré le cycliste de St-Rédempteur encore sous le choc.

Fait étonnant, Sean O'Donnell, un dirigeant de l'ACC, nous a mentionné jeudi que le comité de sélection reportait du 12 au 16 juillet l'annonce de l'équipe olympique afin de s'assurer de faire les bons choix.

Bonne performance en Beauce

Pourtant, Dionne connaît une bonne saison jusqu'à présent et en gagnant la troisième étape du Grand Prix de Beauce, en plus de terminer deuxième dans la première, d'aucuns croyaient que ce n'était qu'une formalité avant qu'il obtienne son billet pour la Grèce.

Sauf qu'aucun membre du comité de sélection ne s'était déplacé pour assister à la seule épreuve masculine sanctionnée par l'Union cycliste internationale (UCI) au Canada.

Dionne aura probablement échappé sa place sur l'équipe en se classant septième de la course sur route des Championnats canadiens il y a deux semaines à Kamloops, en Colombie-Britannique.

« J'ai eu de très bons résultats cette saison. J'ai tout fait pour prouver à l'ACC que j'étais à la hauteur. La seule erreur que j'ai faite, c'est de leur donner le choix en ne terminant pas premier aux Championnats canadiens », a affirmé Dionne avec regret.

Barry, Fraser et...

Vainqueur de l'épreuve, l'Ontarien Gord Fraser se joindra assurément au Torontois Michael Barry, seul coureur déjà confirmé puisqu'il figure comme le meilleur Canadien au classement de l'UCI au 30 juin.

Et comme Dionne n'a pas été sélectionné, l'ACC retiendra visiblement le vétéran Eric Wohlberg, huit fois champion canadien du contre-la-montre.

Même si le Canada n'est pas sélectionné pour le contre-la-montre, l'ACC voudra probablement assurer ses arrières au cas où il serait invité à la suite du désistement d'un pays.

Même si Wohlberg a été déchu de son titre la première fois en huit ans, le cédant à Svein Tuft, il demeure néanmoins le vice-champion canadien de la discipline.

Les autres athlètes qui sont en lice pour une place au sein de la formation olympique sont Mark Walters et Dominique Perras.

*Canadian bests Armstrong in hilly San Francisco cycling event

(09-15) 17:22 PDT SAN FRANCISCO (AP) --

Charles Dionne, an obscure 22-year-old Canadian with the 7UP-NutraFig team, edged a crowded field in a final, furious sprint Sunday to win the 109-mile San Francisco Grand Prix bicycle race.

Dionne edged Australian Henk Vogels of the Mercury team by a half bicycle length at the finish to win with a time of 4:18.49. Italian Massimo Guinti of the Aqua & Sapone-Cantina Tollo team finished third, Russian Viatcheslav Ekimov of the US Postal Service team fourth and Australian Tom Leaper of the Navigators team fifth.

Four-time Tour de France winner Lance Amstrong made a move at the very end but could only finish sixth.

Defending champion George Hincapie of the USA led much of the race, but faded in the next-to-last lap and finished 15th. Vogels led going into the final 5-mile lap. Armstrong, Giunti, Ekimov and American Will Frischkom were also in the lead at one point or another during the last lap. But Dionne won at the very end with a burst from the middle of the pack.

"I'm just 22, and the race here in San Francisco was my real chance," Dionne said. "I'm so happy. I hope this win can open some doors for me. I hope this proves that I'm a climber, not just a sprinter because I felt just as good in the climbing parts of the race."

"To be honest, I'd never heard of Dionne, but he ran a heck of a race." Armstrong said. "You have to give him credit. The race was very dramatic, especially at the finish. It was a race of attrition.

"You lose a few racers at every lap, and whoever is the strongest at the finish wins."

Vive le Québec Libre, Vert et Ouvert
Félix Pinel



TRIBUNE LIBRE

L'Ordre national du Québec...

Hélène Pisier
TRIBUNE LIBRE 10 juillet 2004

M. Bernard Lamarre
Président du Conseil
Ordre national du Québec


Opinion d'une citoyenne concernant L'Ordre national du Québec
Ordre-national@mce.gouv.Qc.ca et http://www.mce.gouv.Qc.ca/g/html/onq/


Réf.: Jean Dunois, Légitimité douteuse et « Ordre national du Québec »
Lettre ouverte au Premier ministre du Québec
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/7-3.html#tljd


M. Lamarre,

Je suis du même avis que l'auteur de cette lettre ouverte publiée chez Vigile concernant les décisions récentes, et fort douteuses en effet, de L'Ordre national du Québec.

À titre de citoyenne du Québec j'éprouvais un véritable respect pour cette Institution oeuvrant sous l'égide du (trop?) puissant Conseil exécutif. Or aujourd'hui j'ai des doutes quant à son sérieux et à son indépendance d'esprit et de mouvement vis-à-vis des pouvoirs publics sinon politiques, voire partisans.

On a identifié ici avec raison les Serge Joyal, les Serge Savard et les Gil Rémillard. Mais d'autres paladins de l'insigne de L'Ordre m'apparaissent également (quasi) tout aussi discutables.

Je suis déçue, M. Lamarre. Déçue et peinée. Car je croyais L'Ordre national du Québec au-dessus des jeux de coulisse et empreint d'une immarcescible noblesse.

Et vous, en corollaire, M. Charest, actuel premier ministre du Québec, seriez-vous en voie de saper jusqu'aux symboles mêmes de notre collectivité nationale? À quand pour le coup - de L'Ange bleu à L'Impératrice rouge, manière Marlène - le troc de l'Iris versicolore pour le Lilium canadense
* rouge cramoisi, vineux ou tomate...?

Je me le demande avec effroi.

Hélène Pisier,
Rimouski, le 8 juillet 2004

* Lis du Canada





TRIBUNE LIBRE

« Légitimité douteuse » II

Jean Dunois
TRIBUNE LIBRE 10 juillet 2004

L'Ordre national du Québec : Point de vue sur un point de vue


M. Serge Joyal
Sénateur en Canada

Je vous remercie, M. Joyal, d'avoir pris la peine (voir ci-bas) de donner suite à mon commentaire, désormais accessible publiquement par le biais du site Vigile, en: http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/7-3.html#tljd


Voici ma réponse, qui s'arrêtera essentiellement à deux aspects de votre lettre-courriel:

1) Cette Constitution canadienne de 1982 imposée à l'État québécois - État constitutif de la Confédération de 1867 - n'a jamais été acceptée, signée ou endossée de quelque façon par aucun des gouvernements du Québec, toutes allégeances confondues, depuis l'adoption violente (contre gré) de cette Loi des lois il y a maintenant vingt-deux ans. Ce Contrat constitutionnel (entre qui et qui, je vous le demande, sinon le Canada anglais avec lui-même) présumément «refondateur» de l'État canadien n'a aucune légitimité aux yeux et à l'entendement du pouvoir d'État québécois, siégeant à l'Assemblée nationale et représentant la nation québécoise. Le Canada a modifié les «règles du jeu» fondamentales du pays de manière unilatérale, péremptoire et autocratique sans l'accord ou l'appui de l'une des parties fondatrices et contractantes sans laquelle, pourtant, celui-ci n'eût pu jamais voir le jour - jamais avec en son sein le foyer national français d'Amérique, à tout le moins.

Or vous, vous m'opposez des suffrages internes à l'Assemblée nationale selon lesquels il y eut quelques personnes dans cette Assemblée - parfois minoritaires jusqu'au quarteron - qui ne furent point, disons, radicalement en désaccord avec cette nouvelle Constitution... Ou bien vous avez complètement égaré votre intelligence du politique, M. Joyal, ou bien vous êtes d'un cynisme sans bornes. Resterait, il vrai, l'hypothèse selon laquelle vous tenez votre interlocuteur pour un parfait imbécile.

De qui se moque-t-on, M. le sénateur ?


2) Vous affirmez que cet Acte constitutionnel contient des éléments positifs qui, de fait, génèrent et stimulent la fierté - si «on fait court» dans cette présente - d'un pays vraiment moderne, civilisé et libre. Ce que au reste je ne conteste pas (ce n'était d'aucune manière l'objet de mon propos): une Constitution illégitime n'est pas forcément, en soi, mauvaise ou irrecevable stricto sensu. Or, M. Joyal, des «éléments positifs» de cet ordre - de la France aux États-Unis, de l'Inde à la Suède ou à l'Allemagne - fourmillent dans presque toutes les Constitutions de l'ensemble des pays souverains de la Planète. Ça n'en fait pas pour autant des Constitutions: a) acceptables à titre d'assises à l'État québécois, et b) qui s'appliquent - ou chercheraient à s'appliquer - en Québec contre sa volonté propre...


Je m'en tiendrai là, M. le sénateur. Car, bien honnêtement, bien franchement aussi - et compte tenu en outre de votre longue carrière de parlementaire -, je suis littéralement soufflé par la minceur d'une argumentation où le sophisme dispute à l'amalgame et à la restriction mentale. Cela dit, vous pourriez m'objecter de suite que l'intelligence, la qualité du verbe, la connaissance approfondie des dossiers et une documentation étayée et fournie, voire luxuriante, se montrent tout de même désarmées, à la fin, face à la mission de justifier l'injustifiable. Ce en quoi je ne pourrais certes pas vous donner tort.

Le fait déterminant en cette aventure, monsieur Joyal, mais je ne vous apprends rien, c'est que le gouvernement fédéral canadien dont vous étiez à l'époque un fier ambassadeur - tout Québécois que vous fussiez, à l'instar de vos acolytes du moment et non moins satisfaits que vous, dans leur superbe, d'avoir procédé à pareil coup de force contre les leurs: pensons aux Marc Lalonde, aux Jean Chrétien et autres André Ouellet - a bafoué et méprisé, dans un geste de rupture aussi radical dans les faits que grandiloquent dans sa forme, tout à la fois le Gouvernement du Québec, son Assemblée nationale et la Nation tout entière dont ces institutions sont les garants souverains.

Par conséquent, et contrairement à ce que vous laissez entendre, je ne m'oppose pas à votre insigne d'Officier de L'Ordre national du Québec pour des motifs idéologiques ou d'appartenance politique. Ce qui le cas échéant serait petit jusqu'au ridicule, je vous l'accorde sans difficulté. Je m'y oppose, entre autres mais d'abord, parce que vous - vous, M. Serge Joyal, fils même de la nation québécoise - avez travaillé sciemment au recul, à la subordination et à l'affaiblissement du Québec.

Aussi je persiste, et signerai derechef : l'octroi de l'insigne d'Officier à votre personne en ces circonstances mine dangereusement, peut-être d'ailleurs irréversiblement, la crédibilité de l'Institution même de L'Ordre national du Québec.

Il me tarde donc, M. Lamarre, président de L'ONQ à qui j'achemine en parallèle la présente et que j'interpelle (à nouveau) en terminant, de connaître votre sentiment en cette affaire.

Mes concitoyennes salutations accompagnent cette missive,


Jean Dunois,
Matane, Québec, 10 juillet 2004
JeanDunois@sympatico.ca


Note : Que les destinataires en cc de ce courriel se rassurent : je n'ai pas l'intention de poursuivre en cascades pareille correspondance en vous prenant constamment à témoins. Les personnes ici interpellées par voie latérale, quoique directement aussi en quelque manière, connaissent suffisamment bien l'Histoire du Québec (hormis peut-être M. le premier ministre Charest et l'ex-hockeyeur Serge Savard, ci-devant grand amateur d'unifoliés rouges sur fond blanc, dont je ne puis présumer des compétences réelles en la matière) pour n'avoir pas à se faire rappeler continûment des évidences politiques que les dénégations étonnantes du nouvel «Officier» dudit Ordre ne sauraient, j'imagine et je veux le croire, parvenir à dissimuler à l'esprit réfléchi et informé.
   Quant à l'allusion concernant votre consoeur du Grand Sanatorium d'Ottawa, Mme Lise Bacon, que je vois joliment mais non sans curiosité sertie dans votre propos, M. Joyal, je vous rétorquerai: a) que je fus jadis non moins profondément déçu de son attitude en cette occurrence, alors qu'elle marqua officiellement de son sceau de parlementaire, en effet, sa soumission volontaire à l'inique Constitution; b) que je ne puis «tirer» tous les pigeons simultanément, en conséquence de quoi je laisse parfois historiens et politologues présenter leurs argumentaires dans les ouvrages destinés à la postérité sans intervenir personnellement sur une base systématique. À cet égard, nul doute que Mme Bacon, comme bien d'autres de ses collègues immédiats par ailleurs, sera jugée durement par le Tribunal de l'Histoire. Mais sûrement de façon plus clémente, tout de même, qu'en ce qui vous concerne spécifiquement, M. le sénateur Joyal. Le bourreau, on en conviendra sans peine, n'est-ce pas, ne saurait se voir offrir la part plus belle que la victime - toute consentante qu'elle eût pu être.
   Je profiterai de l'occasion, enfin, pour saluer Mme Hélène Pisier, que je remercie pour son appui concis et au reste fort bien ciselé dans sa forme. Reconnaissance également à M. Gouin, pour la chiquenaude initiale qui m'a incité à saisir au vol le bâton de baseball du pèlerin.

- Site de L'Ordre national du Québec : http://www.mce.gouv.Qc.ca/g/html/onq/
- Ci-contre : la lettre-courriel de Serge Joyal.




TRIBUNE LIBRE

Mon point de vue

Serge Joyal
TRIBUNE LIBRE 10 juillet 2004

LETTRE DU 8 JUILLET 2004 DU SÉNATEUR SERGE JOYAL
ACCOMPAGNÉE DE DEUX APPENDICES
CONSÉCUTIVEMENT AUX LETTRES DE M. JEAN DUNOIS ET DE MME HÉLÈNE PISIER (30 JUIN ET 4 JUILLET RESPECTIVEMENT)



Madame, Monsieur,



Votre courriel du 03 juillet vous opposant à ma nomination à l¹Ordre National du Québec m¹est bien parvenu, et je l¹ai lu attentivement.

Permettez que je vous donne mon point de vue.

D¹abord les faits :

1. Il n¹y a jamais eu de vote unanime à l¹Assemblée nationale du Québec contre l¹adoption de la Charte et de la formule d¹amendement à la Constitution canadienne. C¹est un mythe répété souvent pour asseoir la division des québécois en deux : les bons étant Contre, et les méchants Pour.  Lors du premier vote, le 2 octobre 1981 le résultat  fut 111 Contre, et 9 Pour. Pour le dernier vote du 1er décembre 1981, le résultat était de 70 Contre et 38 Pour. Loin donc de l¹unanimité que vous allégez.
Tant qu¹à faire l¹identification des voix, je vous signale que madame Lise Bacon, Grand officier de l¹Ordre du Québec, a aussi voté contre. Pourquoi ne pas la dénoncer aussi?
Depuis lors la Charte a largement démontré son utilité pour reconnaître entre autres, le droit des femmes à l¹avortement, le droit des autochtones et métis à leurs territoires et au droit de se gouverner, l¹abolition définitive de la peine de mort, le droit des gais et lesbiennes à l¹égalité, et à se marier, le droit des communautés linguistiques à gérer leurs écoles, etcŠ  En somme les bases d¹une société dans laquelle une très grande majorité de québécois se sentent parfaitement à l¹aise. Plus de 91% d¹entre eux appuient la Charte, plus que partout ailleurs au Canada. Ce n¹est donc pas l¹enfer que vous sous-entendez.

Pour moi une certaine conception de l¹humanisme prime le Politique. J¹ai fait un choix : celui de protéger le droit des individus