
Se tenir debout
Alain Dubuc
La Presse vendredi 2 juillet 2004
Alcoa abandonne finalement son projet d'investissement à Baie-Comeau. Après de longues et difficiles négociations, la multinationale estime que les avantages que le Québec était prêt à consentir étaient insuffisants.
Au plan politique, refuser de multiplier les concessions à la multinationale a dû être une décision très difficile à prendre. Dire non à une grande entreprise qui promet un investissement d'un milliard, c'est risquer de porter l'odieux de l'échec, surtout quand l'investissement est destiné à une région en détresse économique comme la Côte-Nord. En se tenant debout, le premier ministre Charest a fait preuve d'un grand courage.
Des dossiers comme celui d'Alcoa donnent en effet lieu à d'intenses pressions des régions, compréhensibles parce qu'elles se battent pour leur survie. C'est ainsi que le maire de Baie-Comeau et la population de la région se sont mobilisés pour sauver les 1800 emplois compromis si l'usine ne procédait pas à des investissements majeurs. La bataille est plus que légitime mais elle relève néanmoins du chantage émotif.
Mais comment dire non aux gens de Chandler qui comptaient sur la Gaspésia? Comment dire non aux gens de la Côte-Nord? En disant qu'il y a des coûts qu'une société, même généreuse, ne peut pas supporter. Parce que chaque emploi sauvegardé aurait coûté un demi-million, le premier ministre Charest peut dire aux gens de la Côte-Nord que l'effort exigé de Québec était déraisonnable et que l'on doit inventer d'autres façons de soutenir le développement régional.
Dans le cas de Baie-Comeau, le gouvernement Landry en était arrivé à une entente avec Alcoa qui aurait coûté près d'un milliard. Les libéraux ont rouvert cette entente et tenté de la renégocier à la baisse. Vers la fin des négociations, le gouvernement, en plus d'un congé fiscal, en plus d'un prêt sans intérêt, acceptait que le prix de l'électricité, un bloc de 175 mégawatts vendu au tarif de grande puissance, le tarif L, soit assorti d'un mécanisme de protection de l'inflation, et ne croisse que dans une proportion de 90 % de la hausse des prix. La compagnie, pour qui les prix de l'énergie sont importants, puisqu'ils comptent pour 30 % de ses coûts, a estimé que cette protection était insuffisante.
Mais le Québec, qui ne dispose plus de surplus d'électricité, et qui se dirige plutôt vers une pénurie, peut-il vendre à rabais des blocs importants d'énergie, ce qui équivaut à une subvention indirecte payée par les abonnés d'Hydro, et peut-il s'engager dans des formules qui nous lient pour des périodes de 40 ou 50 ans? La réponse est non. Nous ne sommes plus au stade où nous devons brader l'électricité, pour écouler des surplus. D'autant plus que les concessions accordées à Alcoa auraient eu un effet d'entraînement sur les autres entreprises qui ont déjà des ententes avec le Québec et qui auraient voulu bénéficier d'avantages comparables.
Le gouvernement Charest a fait ce qu'il fallait faire. Négocier jusqu'au bout, tenter de trouver une solution, mais aussi fixer les limites. Pour envoyer des messages clairs sur les balises qu'entend se donner le Québec. Pour que la promotion des investissements ne devienne pas une forme d'aide sociale pour richissimes. Pour que nos politiques de développement soient basées sur autre chose que des réflexes de panique. Pour aussi que l'on accepte le fait qu'une économie avancée comme la nôtre doit délaisser certaines politiques qui nous mettent en concurrence avec des sociétés en développement.
Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a durement apostrophé Jean Charest en affirmant que le fait d'avoir renié une entente signée par le précédent gouvernement était un comportement digne de dirigeants d'une république de bananes.
C'est plutôt le gouvernement de M. Bernard Landry qui s'est inspiré de la culture bananière en voulant trop donner pour attirer un investissement et surtout, en signant cette entente avec Alcoa quelques semaines avant les élections d'avril 2003. Sur le plan éthique, un gouvernement peut-il engager son éventuel successeur, surtout quand il ne sera jamais clair si la générosité des concessions n'avait pas des motifs électoralistes?
De la même façon, une compagnie qui signe une entente avec un gouvernement qui s'en va en campagne électorale fait un pari politique. Il n'est donc pas anormal qu'elle soit soumise jusqu'au bout aux règles du jeu politique. La signature d'un gouvernement qui se lance en campagne électorale n'est pas sacrée. La plupart des organisations savent d'ailleurs qu'un engagement préélectoral comporte des risques et qu'il peut être affecté par un changement de gouvernement. Il n'y a pas là de scandale.
Même en économie, il existe une telle chose que les principes. En se tenant debout, M. Charest non seulement a protégé l'intégrité des finances publiques et mis fin à des pratiques déraisonnables, mais il a aussi assuré la dignité du Québec.
adubuc@lapresse.ca

Les libéraux se sont-ils abstenus plus que les autres?
Louis Massicotte
Professeur agrégé au département de science politique de l'Université de Montréal
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Lors des élections fédérales du 28 juin, la participation électorale a de nouveau reculé au Québec. D'un plancher historique de 64 % en 2000, elle a chuté à environ 59 %. Parce qu'il ne retient pas les votes rejetés, ce dernier chiffre sous-estime probablement un peu la participation réelle. Néanmoins, la tendance est claire et préoccupante.
On peut se demander si un parti a souffert de ce phénomène plus que les autres. Aux élections fédérales de 2000, tout comme aux élections provinciales de 2003, le recul de la participation s'était accompagné d'une défaite du Bloc québécois et du Parti québécois. Certains politiciens et observateurs engagés avaient immédiatement établi un lien de cause à effet entre les deux phénomènes.
L'hypothèse était tentante, mais un examen plus serré des résultats avait révélé exactement le contraire. La baisse de participation avait été plus prononcée non dans les circonscriptions où il y avait le plus de souverainistes mais dans les circonscriptions (souvent anglophones) où il y en avait le moins.
Cette fois-ci, le recul de la participation coïncide avec une raclée pour le Parti libéral du Canada. D'où la question : peut-on discerner un lien de cause à effet entre les deux phénomènes ? Les libéraux ont-ils davantage souffert encore une fois que leurs adversaires de la tendance accrue des électeurs à bouder les urnes ?
Il y a de bonnes raisons de croire que oui. Dans les 21 circonscriptions remportées par les libéraux cette année au Québec, la participation électorale est plus souvent inférieure (15 cas) que supérieure (six cas) à la moyenne provinciale. Autrement dit, plus il y a de libéraux dans une circonscription, moins on a eu tendance à y voter.
Une autre méthode consiste à comparer pour chaque circonscription le nombre total de votes valides en 2000 et en 2004. Les résultats de 2000 ont été transposés sur la carte utilisée en 2004, ce qui permet de faire de telles comparaisons. La prise en considération des bulletins rejetés n'est pas possible. Il n'y a pas lieu de croire qu'elle modifierait le tableau de façon importante.
Contraste
Dans les 75 circonscriptions du Québec, on note 39 hausses et 36 baisses de participation. Mais si on distingue les circonscriptions selon leur allégeance de 2000, on observe un contraste intéressant. Dans les 36 circonscriptions québécoises remportées par les libéraux fédéraux en 2000, le nombre de votes valides a augmenté dans 14 cas et baissé dans 22 cas. Baisse, donc, dans 61 % des cas. Dans les 38 circonscriptions bloquistes de 2000, au contraire, le vote a augmenté dans 25 cas et régressé dans 13 cas : augmentation dans 66 % des cas. L'unique circonscription conservatrice de 2000 a connu une baisse du vote.
C'est dans l'île de Montréal que le dualisme est le plus évident. Presque toutes les circonscriptions comptant de fortes proportions d'anglophones et d'allophones ont connu une moindre affluence aux urnes : -900 dans Ahuntsic, -1100 dans Bourassa, -1500 dans Saint-Laurent-Cartierville et dans Papineau, -2000 dans Honoré-Mercier, Mont-Royal et Pierrefonds-Dollard, -2300 dans Lac-Saint-Louis, -2600 dans LaSalle-Émard, -3300 dans Notre-Dame-de-Grâce-Lachine et -5100 dans Saint-Léonard-Saint-Michel (ancien siège du ministre Gagliano).
Tannés de voter, les Montréalais ? Observons maintenant le comportement des autres circonscriptions -- bloquistes -- de l'île. Les votes valides progressent de 2400 unités dans Hochelaga-Maisonneuve, de 3300 dans Laurier et de presque 4000 dans Rosemont-Petite-Patrie.
Bien sûr, aucune tendance n'est parfaite : on a moins voté dans Pointe-de-l'Île (circonscription bloquiste) en 2004 qu'en 2000 alors qu'on a voté davantage dans Outremont, Jeanne-LeBer et Westmount-Ville-Marie, dont les penchants libéraux sont bien connus.
Autre détail piquant : on a compté cette année 5300 voix de moins dans la circonscription de Saint-Maurice-Champlain, une baisse qui n'a pas d'équivalent dans les circonscriptions environnantes. À croire que certains partisans de Jean Chrétien n'ont pas apprécié le sort réservé à l'héritage de leur ancien député...
Tous ces chiffres suggèrent que la désaffection de l'électorat à l'endroit des libéraux a pris plusieurs formes et que la démobilisation en est une. En revanche, l'électorat nationaliste s'est beaucoup mieux mobilisé, malgré la proximité de la période des déménagements. Il faudra probablement ajouter de tels phénomènes à la liste des impacts du scandale des commandites et de la vendetta Martin-Chrétien.

La dernière chance de Paul Martin
Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Plouézec -- Pas facile d'obtenir des informations le moindrement détaillées sur le résultat des élections de lundi dernier lorsqu'on passe la soirée et la nuit du 28 juin dans l'avion en direction de la France. Le lendemain et le surlendemain, rien à la télé, mais quelques articles dans les grands quotidiens parisiens. Des articles qui ne donnent évidemment pas dans le détail. Pour les Français, même informés, le Canada, c'est grand mais petit comme la Thaïlande. Les élections québécoises y font davantage recette. Perdu dans mon petit village de Bretagne, toujours sans lien Internet, il m'est difficile de me livrer à une analyse fine et pointue des résultats de lundi, mais comme l'éloignement, autant que le temps à tout le moins, confère distance et mesure à l'esprit enflammé, je vais quand même tenter la chose.
Au cours de cette campagne, outre le scandale des commandites, c'est la performance initiale de Paul Martin, bien plus que le «charisme» de Stephen Harper, qui a conduit les libéraux dans les abysses des sondages et fait craindre le pire aux gens qui, comme moi, croyaient que cette campagne nous forçait à choisir entre deux Canadas, un pays à l'américaine ou à la canadienne. Pour beaucoup de Canadiens, la grande surprise fut de découvrir qu'ils n'avaient jamais connu Paul Martin. Se souvenant de ses succès à titre de grand argentier, les Canadiens attendaient un homme d'État doué d'une vision, d'une émotion, d'une stature imposante. Ils découvrirent dans les premiers temps un politicien revanchard, puis un politicien moyen en campagne, sans souffle. Paul Martin doit dire merci essentiellement à la peur de beaucoup de Canadiens de ne plus reconnaître le Canada. Il ne doit sa mince victoire qu'à un ultime réflexe d'autodéfense et absolument pas à une quelconque forme d'adhésion à sa personne.
On reconnaît la véritable valeur d'un homme politique aux leçons qu'il tire de sa victoire ou de ses revers. Je cite souvent à ce sujet l'exemple de Daniel Johnson père qui, petit politicien démagogue en 1966, avait promis de détruire tous les fragiles acquis de la Révolution tranquille. Une fois au pouvoir, devant affronter la réalité des dossiers, il avait fait volte-face et choisi l'avenir et le progrès de la société québécoise plutôt que le respect de ses promesses démagogiques. Daniel Johnson s'était transformé en véritable homme d'État. René Lévesque avait poussé l'audace plus loin en choisissant le beau risque.
M. Martin dispose donc d'une courte période de temps pour démontrer qu'il est capable de s'élever au-dessus de la mêlée. Ses conseillers vont peut-être lui répéter qu'avec le temps, la poussière retombera sur le scandale des commandites. Ce sont les mêmes qui lui ont recommandé de faire comme si le problème était déjà réglé. Il doit se débarrasser de ces conseillers, en particulier Jean Lapierre, le grand responsable de la faillite du PLC au Québec. Et, surtout, il doit agir, peu importe les victimes que cela entraînera au sein de son propre parti.
Quand les libéraux ont proposé une vision généreuse et démocratique du Canada, ils ont toujours obtenu l'adhésion d'une majorité de citoyens. Ce fut le cas avec Pearson, puis avec Trudeau quand il proposa la «société juste». Cela tombe bien puisque M. Martin doit gouverner avec le Nouveau Parti démocratique et n'a pas cessé de répéter, dans les derniers jours de la campagne, qu'il partageait essentiellement les mêmes valeurs que celles du parti de Jack Layton.
Or le NPD a beaucoup insisté sur quelques sujets qui devraient entraîner l'accord du Parti libéral. Le premier est le renforcement du système de santé public tout en s'appuyant sur un plus grand respect des compétences provinciales en ce domaine. Le retour aux provinces des sommes confisquées pour lutter contre les déficits ainsi qu'un plus grand respect de leurs priorités dans le cadre de la loi canadienne de la santé, voilà une première avancée qui rétablirait la confiance. La crise du logement social n'est pas que québécoise, elle est canadienne. Elle est étroitement liée à la pauvreté et à l'incapacité financière des villes à relever les défis de la «nouvelle économie» capitaliste. M. Martin trouvera sûrement des alliés s'il s'attelle, tout en y associant les provinces, au chantier de l'humanisation de nos grandes villes afin que, comme le disait Jack Layton, le Canada ne voie plus jamais de gens mourir sur le trottoir. Le pays possède les moyens non pas de cette générosité mais de cette nécessité qui relève des droits fondamentaux.
Enfin, M. Martin s'est targué d'être démocrate. Il veut que les députés jouent un rôle plus important. Stephen Harper insiste quant à lui sur les votes libres et la démocratie directe. Le NPD propose une réforme plus fondamentale, celle de l'introduction d'un degré de proportionnelle dans le mode de scrutin canadien. Voilà un autre chantier que le Parti libéral doit enclencher, si tant est qu'il veuille trouver un nouveau souffle et désire consolider les bases fondamentales de cette société canadienne dont M. Martin jurait qu'il possédait une vision différente de celle de son adversaire conservateur.
Et pour prouver qu'il est un homme vraiment au-dessus de tout soupçon, M. Martin pourrait s'attaquer aux paradis fiscaux. S'il s'attaquait à ces quatre problèmes de façon résolue, Paul Martin deviendrait finalement, après autant d'années, un véritable homme politique.

Le funambule
Manon Cornellier
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Paul Martin devra louvoyer à travers les méandres des intérêts des autres partis
Ottawa -- Le premier ministre Paul Martin a été clair: peu importe qu'il soit minoritaire, il n'est pas question pour son gouvernement de former une coalition avec un des partis d'opposition.
Son choix surprend peu quand on examine son programme électoral et ceux de ses adversaires. Aucun d'eux ne pourrait appuyer l'ensemble de sa vision, mais chacun pourrait être d'accord avec plusieurs de ses éléments. La stabilité promise par le chef libéral reposera donc sur sa capacité à manoeuvrer à travers les méandres des intérêts de chacun.
Les croisements possibles sont assez prévisibles mais pas garantis. Si le gouvernement ne ménage pas les susceptibilités de ses vis-à-vis, il peut se retrouver isolé sur des sujets qui lui tenaient à coeur et qu'il croyait pouvoir faire passer comme une lettre à la poste.
Les libéraux savent, par exemple, que les conservateurs favorisent la participation canadienne au projet américain de bouclier antimissile. Le Bloc québécois et le NPD sont farouchement contre. Si le gouvernement va de l'avant, il peut se gagner la faveur du PC mais perdre l'appui des deux autres partis dans d'autres dossiers.
Le gouvernement aura toutefois une certaine marge de manoeuvre, du moins pendant un certain temps, car plusieurs mesures peuvent aller de l'avant sans qu'il ait à demander l'autorisation du Parlement. C'est le cas dans tous les dossiers où il n'a pas à changer une loi, à mettre en place un nouveau programme ou à investir de l'argent frais. Et même dans ces deux derniers cas, cela peut prendre des mois avant que l'avis du Parlement soit sollicité, c'est-à-dire le temps de présenter un budget ou une demande de crédits supplémentaires.
Ainsi, le Parlement n'a pas à se prononcer sur une éventuelle participation au bouclier antimissile. Chaque fois qu'il l'a fait d'ailleurs, ce fut à travers une motion de l'opposition, ce qui ne lie pas le gouvernement. On peut prédire que le NPD ou le Bloc s'empresserait d'agir de la sorte, mais pour que cela mette en péril le gouvernement, il faudrait qu'il précise que la motion en est une de non-confiance. Un geste risqué car il peut signifier le déclenchement rapide d'élections, ce que personne ne souhaite pour l'instant.
Le NPD a promis une bagarre pour empêcher la vente des dernières actions qu'Ottawa détient dans Pétro-Canada, mais il est déjà trop tard. Aucun projet de loi, ni même de décret, n'a besoin d'être adopté pour autoriser cette vente puisque, depuis la privatisation de 1991, le gouvernement canadien n'est qu'un actionnaire et non le propriétaire.
La mise en oeuvre du protocole de Kyoto ne nécessite pas non plus un vote parlementaire, contrairement à ce qu'exigeait sa ratification. Le gouvernement a déjà une multitude de programmes en place et les budgets ont déjà été votés. Il devrait revenir devant le Parlement pour en faire plus, ce que souhaitent le Bloc et le NPD, mais il n'a pas à le faire s'il décide de continuer à traîner les pieds.
Les députés n'ont pas davantage de mot à dire sur un éventuel accord sur la santé. Le contenu de l'entente que M. Martin espère conclure à la fin de l'été avec les provinces n'a pas à être soumis au Parlement. Le gouvernement doit faire appel aux députés seulement s'il crée un nouveau programme fédéral, met sur pied une fiducie ou accroît les fonds mis à la disposition des provinces. Cependant, peu importe le scénario, il faudrait attendre le budget ou l'adoption de crédits supplémentaires pour en disposer.
Les libéraux auront toutefois intérêt à se montrer généreux avec les provinces car tous les partis d'opposition ont demandé plus d'argent que ce que le PLC a lui-même promis durant la campagne. Ils devront aussi faire attention à ne pas empiéter sur les platebandes des provinces s'ils ne veulent pas voir les conservateurs et les bloquistes se mettre sur leur chemin.
Le même scénario pourrait s'appliquer dans le cas de l'aide fédérale aux municipalités. Les députés n'auront pas à se prononcer sur un éventuel accord avec les provinces mais le transfert d'une portion de la taxe sur l'essence devra faire l'objet d'une mesure budgétaire. Et là encore, le BQ et le PC surveilleront de près toute ingérence dans un domaine de compétence provinciale.
Les libéraux ont promis d'investir davantage dans les garderies, ce qu'appuie le NPD. Quant au Bloc, il est d'accord pour qu'Ottawa transfère des fonds aux provinces mais s'oppose à l'imposition d'un cadre fédéral. Les ententes fédérales-provinciales n'auront toutefois pas à être entérinées par le Parlement, pas plus d'ailleurs que le mécanisme de transfert puisqu'on envisage d'utiliser le système actuel de transferts. Ottawa devra cependant obtenir l'autorisation des élus pour augmenter la valeur de ses investissements, ce qui devra encore une fois attendre le dépôt du budget ou de crédits supplémentaires.
L'adoption du discours du Trône et celle du budget sont par conséquent les votes les plus cruciaux, d'où la tradition d'en faire des votes de confiance à l'égard du gouvernement. Pour éviter d'être défait, Paul Martin devra donc faire preuve de finesse et trouver un équilibre entre ce qu'il veut et ce qui peut satisfaire l'opposition.
Donnant, donnant
Il devra tenir compte du fait que les trois partis veulent une augmentation des transferts aux provinces et une correction du déséquilibre fiscal. Il pourra par contre chercher à tirer profit de leur désaccord sur de possibles réductions de taxes et le remboursement de la dette. Le NPD s'oppose aux deux, le Bloc peut vivre avec un remboursement modéré de la dette, alors que le PC veut voir les taxes et la dette diminuer.
À court terme, c'est sur le front législatif que les libéraux risqueront de connaître des déboires, même si cela ne se traduit pas automatiquement par une défaite du gouvernement et un retour aux urnes. Pour arriver à leurs fins, les libéraux n'auront pas le choix. Ils devront jeter du lest dans quelques dossiers pour obtenir des appuis dans d'autres.
Ils savent qu'ils peuvent compter sur le Bloc et le NPD pour reconnaître les mariages entre conjoints de même sexe, des appuis dont ils auront bien besoin pour contrer l'opposition des conservateurs et d'une bonne frange du caucus libéral. Ils savent aussi que le Bloc et le NPD peuvent être des alliés en matière de décriminalisation de la possession simple de marijuana ou encore pour maintenir un registre des armes à feu, bien que tous exigent une gestion améliorée de ce programme.
Mais pour s'assurer leur coopération, le gouvernement Martin devra les charmer en agissant enfin dans des dossiers qui leur tiennent à coeur, comme la réforme de l'assurance-emploi. Il devra aussi éviter de les braquer avec des initiatives à saveur plus conservatrice, comme le projet de resserrement de la loi sur la reconnaissance du statut de réfugié ou l'adoption d'une nouvelle loi en matière de sécurité.
Dans ces deux cas, par contre, il sait qu'il peut compter sur les conservateurs. Et ces derniers peuvent être fort utiles pour faire adopter une hausse des budgets militaires, un plan de réduction de la dette ou des réductions de taxes.
Paul Martin a d'autant plus besoin de ménager son opposition qu'il n'a pas terminé la réorganisation des ministères entreprise en décembre. Des décrets adoptés à l'époque ont permis d'en démarrer la mise en oeuvre, mais on attend toujours l'adoption des lois appropriées, en particulier pour la division du ministère du Développement des ressources humaines et la création du nouveau ministère de la sécurité publique.
Un Parlement différent
Le gouvernement libéral devra aussi naviguer dans un tout nouvel environnement parlementaire qu'il a lui-même créé. La réforme mise en branle en février prend, avec un gouvernement minoritaire, une nouvelle dimension. Il y a des changements qui vont accommoder les libéraux, comme la décision de limiter les votes de confiance aux votes sur le discours du Trône et sur les mesures budgétaires.
Les nouveaux pouvoirs accordés aux comités parlementaires changeront toutefois la donne. Il y a d'abord les présidents qui sont élus par les membres et non plus nommés par le gouvernement. De plus, depuis son arrivée au pouvoir en décembre, le gouvernement Martin a pris l'habitude de référer les projets de loi en comité immédiatement après la première lecture, ce qui autorise les comités à tout amender, même les principes inscrits dans le projet. Les comités doivent aussi commencer, cet automne, à revoir les principales nominations faites par le gouverneur en conseil.
Comme les libéraux ne sont plus majoritaires dans les comités, une toute nouvelle dynamique va s'installer. Les partis d'opposition auront plus de chances de voir leurs amendements repris et le gouvernement, lui, ne saura pas à l'avance dans quel état son projet de loi en ressortira. À moins, évidemment, qu'il n'ait consulté les partis d'opposition au préalable.
Consultations, négociations, marchandage seront les nouvelles règles du jeu. «Nous allons travailler dur pour que ça fonctionne», a dit Paul Martin mardi, mais il ne pourra jamais oublier que la volonté d'en arriver à des compromis sera proportionnelle à l'intérêt des partis de poursuivre la partie. Heureusement pour lui, aucun chef ne souhaite y mettre fin de sitôt.

Paul, Jean, Gilles et Bernard
Michel David
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Le premier ministre Jean Charest a dûment rempli mardi ce qu'il croit être son devoir de platitude lorsqu'il a commenté les résultats des élections fédérales de la veille. Le sujet avait même l'air de l'ennuyer.
Il est vrai que M. Charest a perdu ses élections. Sur les deux questions qu'il a évoquées, la santé et le déséquilibre fiscal, le Québec aurait sans doute été mieux servi par un gouvernement Harper, et M. Charest a trop longtemps côtoyé les dinosaures conservateurs de l'Ouest pour s'en faire avec eux.
Même si le paysage risque de changer encore une fois à Ottawa d'ici les prochaines élections québécoises, M. Charest n'a pas les moyens d'attendre. S'il n'arrive pas à relancer son gouvernement au cours de la prochaine année, son propre leadership sera remis en question. Ceux qui l'ont convaincu de quitter Ottawa pour Québec, en 1998, sont actuellement très déçus de lui. En revanche, ils trouvent toutes sortes de qualités à son ministre de la Santé, Philippe Couillard.
Pour l'heure, ce qui manque le plus cruellement à M. Charest, c'est de l'argent. La population pardonnerait plus facilement les bourdes de ses ministres si au moins il tenait ses engagements.
Sur un plan strictement comptable, Paul Martin s'est suffisamment commis pour que les provinces puissent compter sur une augmentation appréciable de la participation fédérale au financement des services de santé, mais à quelles conditions ?
Dans son principe même, son plan d'action de dix ans basé sur du «donnant-donnant» constitue une atteinte aux «intérêts du Québec», sur lesquels M. Charest s'est engagé à ne faire aucun compromis.
À son habitude, le premier ministre albertain Ralph Klein brandit la menace de mesures qui violeraient les dispositions de la loi canadienne sur la santé, mais Roy Romanow a sans doute raison d'y voir une stratégie de négociation. S'il y a suffisamment d'argent sur la table, il y a fort à parier que les provinces anglophones laisseront encore une fois Ottawa empiéter sur leurs compétences.
***
Même si Stephen Harper reconnaît l'existence du déséquilibre fiscal, il apparaît douteux qu'un gouvernement conservateur accepterait de céder des points d'impôt aux provinces. D'ailleurs, Gilles Duceppe a laissé entendre qu'il n'en ferait pas une question de dogme dans la mesure où il y a un véritable transfert d'argent.
Reconnaître aux provinces le droit de se retirer avec pleine compensation financière d'un programme fédéral dans leurs champs de compétence serait sans doute un compromis acceptable. Cela suppose toutefois qu'Ottawa renonce à son entreprise de centralisation de la fédération et accepte d'y introduire une asymétrie à laquelle le Parti libéral du Canada est devenu allergique quand Pierre Elliott Trudeau en est devenu le chef.
Même s'il a réussi à sauver les meubles, le prestige et l'autorité de M. Martin au sein de son parti n'en sont pas moins très affaiblis. Les commentaires de la députée libérale d'Oakville, Bonnie Brown, étaient très explicites : «Les gens ne voient plus Paul Martin du même oeil. Il a hérité d'un gouvernement qui disposait de 50 % d'appuis [...] et nous a menés au bord de la défaite.»
Dans ces conditions, même s'il le voulait, on voit mal comment M. Martin pourrait remettre en question l'héritage de Trudeau, que Jean Chrétien a préservé avec tellement de soin -- et de succès -- pendant une décennie. Les partisans de l'ancien premier ministre n'attendent qu'un prétexte de ce genre pour sonner l'heure de la vengeance.
M. Martin n'a pas dû beaucoup apprécier la neutralité presque hostile manifestée par M. Charest pendant la campagne électorale. Ce serait beaucoup lui demander de lui venir en aide au détriment de son propre leadership.
La composition du nouveau conseil des ministres sera très significative, notamment le sort réservé à Stéphane Dion. M. Martin ne lui rendra sûrement pas les Affaires intergouvernementales canadiennes, mais sa réintégration au cabinet, peu importe à quel poste, enverrait un signal encore plus fort que son exclusion, en décembre dernier. Les récents propos de M. Dion, qui exclut à l'avance toute collaboration avec les séparatistes du Bloc québécois, démontrent qu'il est toujours dans des dispositions aussi belliqueuses.
***
Si les prochains mois seront déterminants pour Jean Charest, ils le seront tout autant pour Bernard Landry, qui a sûrement pris bonne note des propos très louangeurs que Jacques Parizeau a tenus sur Gilles Duceppe, dont il a même réussi à vanter le charisme.
M. Parizeau s'est bien défendu de vouloir émettre des conjectures sur le leadership de M. Landry, mais il n'a pas pu s'empêcher de noter que M. Duceppe avait prouvé qu'il possédait toutes les qualités pour devenir un jour chef du PQ. Le message a instantanément dû faire le tour du parti.
Rien n'indique toutefois que M. Duceppe soit pressé de débarquer à Québec. Dans l'immédiat, il risque d'être plus utile à la cause souverainiste en restant à Ottawa. La belle victoire du Bloc n'aura pas servi à grand-chose s'il ne réussit pas à maintenir l'essentiel de ses gains lors du match revanche, dans un an ou dans 18 mois.
Si jamais le chef du Bloc se montrait plus impatient, les autres aspirants à la succession de M. Landry pourraient paradoxalement devenir ses alliés les plus sûrs. Si M. Duceppe s'installe aux commandes, il risque d'y demeurer bien plus longtemps.
Encore faut-il que M. Landry démontre qu'il est en mesure de ramener le PQ au pouvoir. Des élections partielles auront lieu à l'automne. Personne ne se surprendra que les libéraux conservent leurs forteresses de Nelligan et de Laurier-Dorion. Par contre, si le PQ n'arrivait pas à reprendre Vanier, où l'ADQ compte de solides appuis, plusieurs pourraient conclure que M. Landry n'est vraiment plus l'homme de la situation.
mdavid@ledevoir.com

Québec donnera sa chance au coureur
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Le gouvernement Charest attend beaucoup de la nouvelle ère de collaboration promise par Paul Martin
Québec -- Jean Charest s'attend à des avancées significatives pour le Québec avec «la nouvelle ère de collaboration» promise par Paul Martin. Son gouvernement donne quelques mois au premier ministre canadien pour prouver qu'un changement de ton peut aussi se traduire par des résultats concrets.
Jean Charest table sur le Conseil de la fédération et les négociations multilatérales avec le gouvernement fédéral pour régler le déséquilibre fiscal et le financement de la santé. Son ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, mise sur des négociations bilatérales pour régler d'autres questions litigieuses et obtenir pour le Québec des droits de retrait avec pleine compensation financière.
«Il y a un défi du côté d'Ottawa, qui va devoir démontrer que la nouvelle ère de collaboration fédérale-provinciale donne en fin de compte des résultats tangibles», a livré le ministre dans une entrevue téléphonique avec Le Devoir. «Les prochains mois vont être très importants», a-t-il ajouté, soulignant qu'on doit donner à Paul Martin «la chance au coureur».
De la campagne électorale fédérale, le premier ministre Jean Charest a surtout retenu l'initiative du Conseil de la fédération qui, sous l'impulsion d'une des dix provinces, le Québec, a envoyé une lettre à chacun des chefs de parti fédéraux pour leur demander leurs positions sur le déséquilibre fiscal, le financement fédéral de la santé et les changements à la péréquation.
Pour Jean Charest, les relations multilatérales entre Ottawa et les provinces, que le Conseil de la fédération contribue à structurer, sont le meilleur moyen pour le Québec de faire des progrès et de défendre ses intérêts. Au cours de son point de presse tenu mardi pour livrer ses impressions sur les résultats électoraux, M. Charest n'a pas soufflé mot sur de quelconques négociations bilatérales Québec-Ottawa. Il a signalé le caractère historique de la lettre du Conseil de la fédération qu'ont approuvée tous les premiers ministres des provinces. «C'est la première fois de l'histoire que les autres gouvernements [provinciaux] s'avancent. Il y a là-dedans quelque chose de très significatif pour le Québec parce que l'histoire nous apprend que, pour pouvoir réussir dans ces dossiers-là [le déséquilibre fiscal et le financement de la santé], il faut se bâtir des alliances», a dit M. Charest.
Pourtant, des négociations bilatérales entre Québec et Ottawa, il y en aura au cours des prochains mois, a signalé Benoît Pelletier. Le gouvernement Charest tentera d'obtenir un droit de retrait, avec pleine compensation financière, du nouveau programme fédéral de bourses pour les étudiants contenu dans le dernier budget Goodale.
Le gouvernement québécois doit aussi s'assurer que ce droit de retrait avec pleine compensation lui soit accordé pour le programme pancanadien de garderies, calqué sur le modèle québécois, que le fédéral a promis de mettre sur pied. «C'est ce à quoi on s'attend : un droit de retrait pour le Québec, a affirmé M. Pelletier. C'est comma ça que ça nous a été présenté [par Ottawa].»
Autre objet de négociations : l'entente de principe sur les congés parentaux, survenue à la veille du déclenchement des élections fédérales. Cette entente se transformera en un accord final qui vise le transfert de quelque 600 millions. La hauteur des sommes qu'Ottawa transférera du fonds de l'assurance-emploi au gouvernement du Québec n'est pas arrêtée; ce n'est pas un mince détail. «Pour nous, c'est un objectif prioritaire», a dit le ministre. C'est une «entente très prometteuse», a-t-il ajouté. «On ne part pas complètement dans le vide.»
Les visées d'Ottawa dans le monde municipal -- Paul Martin cherche un moyen de négocier directement avec les municipalités avec la bénédiction des provinces -- rencontrent une forte résistance à Québec, mais pas autant dans plusieurs autres provinces. «On connaît notre position de faire en sorte que toute négociation passe par Québec», a dit M. Pelletier. À défaut d'un consensus en ce sens au sein du Conseil de la fédération, Québec maintiendra «sa position spécifique».
En matière de relations internationales, le Québec n'est pas disposé à se contenter de quelques présences à l'UNESCO, comme l'a promis Paul Martin. «Ce n'est pas le seul forum international qui soit d'intérêt pour nous», a indiqué M. Pelletier. Une présence du Québec à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un organisme onusien, tout comme à l'Organisation internationale du travail (OIT) est souhaitée. D'autres organisations internationales, «qui sont reliées de près ou de loin à la spécificité québécoise», pourraient s'ajouter à la liste, a précisé le ministre.
Benoît Pelletier dit avoir du mal à évaluer si le fait que le gouvernement Martin soit minoritaire avantagera ou non le Québec. L'influence du Nouveau Parti démocratique pourrait amener Paul Martin à se lancer dans des «projets d'affaires sociales» qui empiéteront sur les compétences du Québec, a-t-il envisagé.
Préconisant «un rééquilibrage des rapports fédératifs», Benoît Pelletier est optimiste : il juge que «ça progresse». D'une part, un plus grand nombre de provinces penchent pour le point de vue du Québec sur le respect du rôle des provinces dans le système fédéral. D'autre part, le gouvernement du Canada pourrait «en venir à comprendre qu'il y a une limite à sa capacité d'intervenir dans les champs de compétence provinciaux», espère M. Pelletier.
Mais à quatre semaines de la rencontre du Conseil de la fédération à Niagara-on-the-Lake, les premiers ministres des provinces n'ont pas encore arrêté de positon commune. Le premier ministre de l'Alberta, Ralph Klein, vient de jeter un pavé dans la mare en évoquant la possibilité -- une fois encore -- de déroger à la Loi canadienne sur la santé. Le Québec peut s'entendre avec M. Klein, estime M. Pelletier. «Ce n'est pas normal que la loi et son interprétation dépendent strictement du gouvernement du Canada», a-t-il avancé. «Les provinces devraient avoir un rôle à jouer en ce qui concerne l'interprétation de ces principes-là et leur adaptation à des contraintes très modernes en matière de santé.»

L'Ouest est exaspéré par le Canada de « centre-gauche »
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Revue de presse - Cette semaine, à la fois électorale et marquée par la «Fête du Canada Day», nous impose une chronique ROC «format géant», ou une «supersized ROC», si vous voulez.
Ainsi, les libéraux sont minoritaires à la Chambre des communes. Et l'ouest du pays, alors ? Plus que minoritaire, marginal. Et ça lui semble de plus en plus insupportable, en conduisant plusieurs à «penser à l'impensable», la séparation.
«Le Canada n'existe pas», a déclaré mardi au Globe and Mail Elizabeth Craine, une des fondatrices du Reform Party. Selon elle, «il y a le Québec, les Maritimes, l'Ontario et enfin, l'Ouest. Toutes ces régions sont différentes. C'est la réalité qu'il faut accepter, dit-elle, et c'est le temps de constituer notre propre pays.» Jamais avant mercredi n'avait-on vu pareil étalage de sentiment séparatiste westerner à la une du Globe. Un sentiment partagé, depuis les élections de lundi, par un nombre croissant de personnes «à Calgary, en Alberta, et dans de grandes poches en Colombie-Britannique». Le journaliste Roy MacGregor dressait même un parallèle entre les 54 sièges du Bloc, qui ont «redonné vie à l'idée de souveraineté du Québec», et les 99 conservateurs de l'Ouest. Certes, MacGregor dit qu'il serait simpliste de suggérer que tous les Albertains, de même que les autres Westerners, sont prêts à demander la souveraineté de l'Ouest, mais «ce serait une erreur de présumer qu'il n'y aura aucun mouvement du genre». MacGregor en veut pour preuve les courriels qu'il reçoit depuis mardi. «Un homme à Delta, en Colombie-Britannique, m'écrit qu'il appuiera désormais tout "mouvement en faveur d'un Ouest canadien indépendant, similaire au Bloc québécois. Ce pays s'en va chez le diable avec les libéraux. Je suis plus convaincu que jamais que l'avenir pour l'ouest du Canada est de se séparer et de laisser le Canada central poursuivre son chemin dans la direction qu'il souhaite".» MacGregor cite aussi un PhD qui lui prédit que «dans 10 ans, nous ne reconnaîtrons pas le Canada, puisqu'il aura disparu». Ce que ces gens en général, et Elizabeth Craine en particulier, déplorent, c'est que ce pays semble «imperméable au changement». Autrement dit, lance Craine dans une tirade qui rappelle celles des souverainistes québécois, «ce pays ne suscitera jamais rien d'autre que de la frustration. Pourquoi ne devrions-nous pas le diviser ? Plusieurs pays se sont divisés. Et ils survivent très bien chacun de leur côté.»
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C'est le Canada central qui poussera peut-être un jour l'Ouest dans les bras de séparatistes. Car on en a fait un véritable épouvantail, dans cette campagne électorale, s'indignait Roger Gibbins, p.-d.g. de la Canada West Foundation, dans le Globe de mercredi.
Pourtant, l'automne dernier, Paul Martin avait promis d'écouter l'Ouest, rappelle Gibbins. Mais il a renié cet engagement dès que les sondages ont commencé à le mettre en difficulté. Dans le discours des libéraux, l'Alberta, lieu où plongent les racines de Stephen Harper, «incarnait tout ce qui est contraire aux "vraies" valeurs canadiennes». Aux yeux de Gibbins, les libéraux n'ont eu de cesse de répéter qu'un gouvernement Harper «mettrait en danger les valeurs et les institutions canadiennes». Selon lui, une publicité -- non projetée au Québec -- où l'on voyait «un drapeau canadien s'affaisser» soutenait au fond que «les gens qui appuient le Parti conservateur sont des ennemis de l'État».
Les relations pourront-elles s'améliorer entre l'Ouest et les libéraux ? Gibbins dit que, dans les débats sur la santé, comme c'est déjà le cas, «l'Alberta et son premier ministre» vont incarner plus que jamais «la menace sur le système de santé public». Et c'est sans compter, insiste Gibbins, tous les dossiers qui viendront accroître le fossé : «Avec l'appui des néo-démocrates, les libéraux appliqueront rapidement le protocole de Kyoto, ce qui provoquera la consternation dans le secteur pétrolier albertain. Sans compter que M. Martin comblera bientôt plusieurs sièges de l'Ouest au Sénat et qu'il le fera très probablement de la manière traditionnelle, sans respecter la volonté de réforme institutionnelle qui est chère à l'Ouest.»
La solution est-elle la séparation ? Gibbins n'évoque pas ce scénario. Selon lui, les Westerners risquent plutôt de se retirer carrément des institutions et de la politique fédérales, «certains se réfugiant au palier provincial», ou encore dans le privé ou dans le communautaire.
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Black is back. Oui, Conrad Black, ce célèbre baron de la presse, a pondu une analyse des élections, publiée hier dans le journal qui était jadis sa propriété, le National Post. Lord Black se montre plutôt déconcerté par le peuple canadien, résolument de gauche. «La majeure partie des Canadiens qui sont de centre gauche à l'égard des impôts et des programmes sociaux croient réellement que leurs positions constituent le noyau dur de la spécificité canadienne par rapport aux États-Unis.» D'où l'incroyable succès du Parti libéral, le «parti naturel du Canada», dit Black avec un brin de fatalisme. «C'est le parti politique qui a eu le plus de succès dans le monde développé. Il a été au pouvoir 70 ans au XXe siècle et rien ne peut nous faire croire qu'il n'en sera pas ainsi en ce siècle.» Selon Black, on peut même prévoir qu'une fois la bouffée de fièvre souverainiste passée au Québec, «le Parti libéral, aux prochaines élections, y reprendra ses 40 à 60 sièges habituels». Curieusement, les nouveaux conservateurs vont aider les libéraux à reprendre leur place au Québec. Car maintenant qu'ils se sont débarrassés des Joe Clark, c'est-à-dire des «Tory rouges», de gauche, «ils sont revenus à une situation pré-Mulroney puisqu'ils n'ont aucun appui appréciable au Québec et en ont très peu dans l'Ontario urbain». Black estime que, pour faire avancer le Parti conservateur, celui-ci devra se trouver un Ronald Reagan ou encore une Margaret Thatcher. Mais à l'évidence, écrit-il, «on n'en voit aucun à l'horizon».
Au fond, ces élections ont démontré que les Canadiens sont des «conservateurs petit "c"», c'est-à-dire qu'ils souhaitent conserver le statu quo : «les libéraux et la social-démocratie». Ils ont donc peur du changement, écrivait Diane Francis, mardi, dans le National Post.
Nous vivons une «européanisation du Canada», affirme la chroniqueuse controversée, «puisque les électeurs ne sont d'accord que sur une chose : leur mépris face à leur "Bruxelles", c'est-à-dire le gouvernement fédéral». Le gouvernement Martin sera désormais contraint de «marcher sur des oeufs». Et ses dirigeants, à l'avenir, auront du succès «uniquement s'ils arrivent à maîtriser au moins "quatre langues officielles" : le français, l'anglais, le canadien westerner et le canadien atlantique». Francis conclut que, de toute façon, le modèle de l'Union européenne, «pour un pays aussi politiquement éclaté que le nôtre, est probablement plus fonctionnel qu'un modèle à l'américaine».
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Mais non, mais non, «il n'y a aucun clivage régional dans ce pays, comme tant d'observateurs se sont permis de l'affirmer». La cause de notre politique éclatée ? «Notre mode de scrutin dysfonctionnel», soutenait mercredi Mindelle Jacobs, du Edmonton Sun. Ce n'est donc pas la faute des Ontariens si les conservateurs n'ont pas accédé au pouvoir. Jacobs insiste pour dire qu'il y a de nombreuses personnes conservatrices dans l'est du Canada et «beaucoup plus d'électeurs de gauche dans l'Ouest» qu'on peut le croire.
Le problème, c'est notre mode de scrutin; celui-ci a été abandonné par la plupart des pays occidentaux. Pourquoi ? Entre autres parce qu'il exacerbe les différences régionales. Jacobs, citant Fair Vote Canada, qui plaide pour l'instauration de la proportionnelle au pays, déclare que, si le Canada avait utilisé un système qui permet une certaine proportionnalité, «les libéraux, le Bloc et les conservateurs auraient remporté moins de sièges tandis que le NPD et les verts en auraient gagné davantage». Le portrait aurait été le suivant : 113 sièges pour les libéraux, 91 pour les conservateurs, 48 pour le NPD. Les verts ? Ils auraient remporté 12 sièges. Jacobs espère que Jack Layton fera campagne comme il l'a promis pour l'adoption d'un système en partie proportionnel. «Cinq provinces ont promis un référendum sur le sujet, ce qui aura pour effet un jour de contraindre Ottawa à se joindre au mouvement.»
Mais selon Jeffrey Simpson, qui abordait le sujet hier dans le Globe, «si vous aimez les gouvernements minoritaires, vous allez adorer la proportionnelle». Ce fut le cas, argue-t-il, en Nouvelle-Zélande, qui a adopté un tel système au milieu des années 90 et a eu par la suite trois gouvernements minoritaires. Selon Simpson, «si vous aimez le Bloc québécois et souhaitez avoir plus de partis de ce type», c'est-à-dire centrés sur une région ou un thème, «vous réclamerez ce changement». Sinon, priez pour que l'on conserve le mode de scrutin actuel, écrit-il.

Françoise David présente son mouvement Option citoyenne
Mathieu Bélanger
Le Droit vendredi 2 juillet 2004
Le Québec est en train de voir naître un nouveau parti politique de gauche avec à sa tête celle qui a été présidente de la Fédération des femmes du Québec et de la marche Du pain et des roses, Françoise David.
La féministe qui n'a plus besoin de présentation était de passage en Outaouais, cette semaine, dans le but de faire connaître son mouvement Option citoyenne au grand public et pour promouvoir son livre Bien commun recherché qui, dit-elle, n'est pas un programme politique et encore moins une plate-forme électorale.
Cet ouvrage se veut un outil de dialogue entre Option citoyenne et la population. Bien commun recherché explore des pistes de changement vers une société plus juste, plus égalitaire, plus écologique. L'auteure soulève des questions sur la démocratie, la culture, l'économie, la distribution de la richesse, l'État et les services publics.
"Si nous adoptons ces valeurs-là, il y aura des conséquences sur les choix que nous devons faire", lance Mme David.
Pour l'instant, Option citoyenne n'est qu'un mouvement politique, mais Mme David assure qu'il deviendra un parti et que des candidats seront présentés aux prochaines élections provinciales.
Ce parti veut aussi passer à l'histoire en étant le premier à présenter 50 % de candidate. "Il faut travailler tout de suite là-dessus", souligne Mme David.
La féministe admet aussi qu'un nouveau parti progressiste au Québec pourrait faire mal au Parti Québécois et que sans le vouloir, Option citoyenne pourrait devenir complice de la réélection des libéraux de Jean Charest.
"Nous allons être des militants responsables, il n'est pas question de faire réélire Charest, dit-elle. Quand le moment se présentera, il y aura des discussions stratégiques avec le PQ concernant les prochaines élections."
Pas branché sur la souveraineté
"Il est clair que le Québec cherche encore la voix qui va l'amener à se faire respecter comme peuple et nation, indique Mme David. Bien des gens s'entendent sur les valeurs d'Option citoyenne, mais ne s'entendent pas du tout sur la question nationale. Nous avons présentement un débat là-dessus et nous trancherons un moment donné."
Mme David est consciente que l'Union des forces progressistes (UFP) rassemble déjà une partie de la gauche au Québec. "Il est déjà entendu que nous allons travailler à unifier Option citoyenne et l'UFP en novembre prochain, fait-elle savoir. Il existe une volonté réelle d'unification, mais je ne suis pas naïve. Il ne sera pas facile de faire unité sur l'ensemble des principes. Nous commençons à nous apprivoiser."
Questionnée à savoir s'il est possible, au Québec, de présenter une véritable alternative de gauche crédible, Mme David a indiqué que les militants devront adopter un langage qui permettra à monsieur et madame tout le monde de s'y reconnaître.
"Des fois les gens ont l'impression qu'on se parle entre-nous et c'est vrai, admet-elle. Il ne faudra pas utiliser le langage repoussoir que les gens identifient à l'extrême gauche." mabélanger@ledroit.com

Partis "sans substance", médias moutonniers: Une équipe de McGill a décortiqué la couverture électorale
Karim Benessaieh
La Presse vendredi 2 juillet 2004
Partis politiques " sans substance " qui ont préféré les attaques aux enjeux, médias qui se sont contentés de commenter la course sans prendre d'initiatives, éditoriaux partisans... Tant les politiciens que les journalistes en prennent pour leur rhume à l'issue des travaux d'une équipe de chercheurs de l'Université McGill, qui a passé au peigne fin quelque 2000 articles parus durant la dernière campagne électorale dans sept quotidiens canadiens.
Mais tout n'est pas sombre, précise Stuart Soroka, professeur en science politique à McGill et superviseur de l'étude. " La critique qui veut que les médias inventent des histoires et poussent la campagne tous les jours dans le sens qui les arrange n'est pas si vraie. Ils suivent la plateforme des partis, ils se conforment à l'opinion publique. Et ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose que les médias rapportent surtout ce qui se passe. "
Les chercheurs se sont intéressés à deux journaux québécois (La Presse et Le Devoir) et à cinq du Canada anglais (Calgary Herald, Globe and Mail, National Post, Toronto Star et Vancouver Sun). Ils ont décortiqué les articles en fonction de leur ton à l'égard des partis et des enjeux soulevés.
Première constatation: les libéraux ont été plus durement traités par tous les quotidiens. Le champion en la matière a été le National Post, le plus doux a été le Vancouver Sun (voir tableau). La situation a graduellement changé à partir du débat des chefs.
" Les libéraux ont eu une mauvaise couverture généralisée au début de la campagne, mais ils se sont améliorés graduellement au cours des trois dernières semaines, précise M. Soroka. Les autres partis, eux, ont eu une couverture de plus en plus négative. En fin de campagne, on a pu constater que les conservateurs et les libéraux avaient globalement la même couverture en terme de négativité. "
La course de chevaux
Scandale des commandites oblige, l'enjeu qui est revenu le plus souvent lors de la dernière campagne a été la responsabilité du gouvernement. Un article étudié sur quatre traitait de cette question. Les soins de santé suivaient de près avec 18 %, et les autres enjeux sociaux ont obtenu 15 %. L'engagement majeur des conservateurs, les baisses d'impôts, a reçu une attention bien moindre des médias, qui ne lui ont consacré que 9 % de leurs articles.
Mais ces questions ont toutes été balayées par une autre préoccupation, qui a occupé certaines semaines jusqu'à 70 % de l'espace médiatique: la course électorale. L'équipe de McGill a ainsi placé dans une catégorie à part les analyses et nouvelles sur la popularité des partis, leurs chances de former le gouvernement ou d'obtenir la balance du pouvoir, ou les articles sur le déroulement de la campagne des chefs.
Ces considérations, qui n'ont rien à voir avec les enjeux électoraux, ont été regroupées sous l'étiquette imagée de " couverture de course de chevaux (horse race coverage) ", ces sujets d'actualité qui ne traitent que de la course électorale mais pas des questions de fond.
" Notre première constatation, c'est le volume incroyable de la couverture de course de chevaux: elle tournait autour de 70 % la première semaine et a représenté un article sur deux en fin de compte, rapporte M. Soroka. Mais nous n'avons pas l'impression que c'est la faute des journaux, plutôt celle des partis. Pour avoir des articles sur les enjeux, il faut avoir des partis qui parlent des enjeux. Et il n'y avait pas beaucoup de contenu de ce côté-là pendant la campagne. "
À ce chapitre, La Presse a été le quotidien le plus porté à commenter la course de chevaux, avec près de 65 % des articles sur ce sujet, suivi de près par le Globe and Mail (60 %).
Suivre le courant
Contrairement à une perception répandue, les médias prennent rarement l'initiative du débat politique, a par ailleurs constaté le groupe de recherche de McGill. Que ce soit sur les enjeux sociaux ou les perceptions du débat des chefs, les quotidiens ont tous été à la remorque des partis ou du public.
" Pour la plus grande part de cette campagne, il est apparu que les médias ont suivi, note M. Soroka. Par exemple, la couverture des enjeux au début de la campagne a suivi très exactement les communiqués de presse des partis. Que ce soit sur la santé, le logement, les impôts, c'était toujours le produit direct de la plateforme des partis, de leurs communiqués de presse. Il y a eu très peu d'enjeux amenés de façon indépendante par les médias. "
Même l'intérêt des journaux à la " course de chevaux " est directement lié aux partis, qui ont peu à peu délaissé leur programme pour attaquer leurs adversaires. " Là aussi, nous donnons plutôt une bonne note aux médias, dit le professeur. Les partis n'ont pas fait un très bon travail de plateforme pendant cette élection. À la fin de la campagne, la seule chose intéressante était justement cette course de chevaux. "
Un autre exemple frappant de cette tendance médiatique, c'est la perception qui a suivi le débat des chefs. Alors que les journaux hésitaient à désigner les gagnants, les sondages auprès de l'opinion publique parus le lendemain étaient nettement plus favorables à Gilles Duceppe et Stephen Harper.
Résultat, selon le groupe de recherche: les médias ont emboîté le pas à l'opinion publique dès le lendemain et ont eu une couverture plus positive de ces deux chefs. " La couverture s'est complètement inversée pour refléter exactement ce que les sondages ont dit, explique M. Soroka. C'est un exemple clair de l'influence qu'a l'opinion publique sur la couverture des médias. Encore une autre illustration que ce ne sont pas les médias qui mènent, mais qu'ils suivent le débat. "
Les détails du rapport se trouvent sur le site de l'Observatoire sur les médias et la politique publique, à www.ompp.mcgill.ca.

Fusions-défusions: Tout ça, pour ça : la stratégie de l'autruche
Pierre Drouilly; Alain-G. Gagnon
Le Devoir vendredi 2 juillet 2004
Quoi qu'en dise le premier ministre Jean Charest, ce sont bien les anglophones favorisés qui ont fait sécession de Montréal
«Les résultats des référendums ne relèvent ni d'un clivage linguistique ni d'un clivage économique.» - Jean Charest, 22 juin 2004.
Le premier ministre Jean Charest a raison de faire la distinction entre le clivage linguistique et le clivage économique, mais il lui faudrait aller plus loin en précisant que l'explication du vote aux référendums relève de la conjugaison des deux facteurs.
Selon Jean Charest, la ville de Montréal sort gagnante de l'exercice référendaire. Ayant renoncé une nouvelle fois à assumer un rôle de chef de file, M. Charest a dit préférer s'en remettre aux préférences des volontés locales. Le paroissialisme a donc pu s'exprimer.
Le premier ministre y est allé du constat que Montréal a toutefois conservé 87 % de la population de l'île pour une valeur foncière cumulative de 80 %. Le non-dit est tout aussi important, c'est que les 13 % restants s'approprient 20 % de toute la richesse foncière, faisant ainsi écho aux propos de René Lévesque sur la Rhodésie à une époque pas si lointaine.
Tous, ou presque, reconnaissent l'importance de la propriété privée. Toutefois, dans une société juste et solidaire, on s'attend à ce que les riches propriétaires assument une partie importante des obligations communes. Il est inquiétant de constater que, selon les données relatives aux valeurs foncières, Montréal est aujourd'hui plus pauvre qu'avant même la fusion, passant d'une valeur de 68 000 $ par habitant (avant la fusion) à 70 556 $ après la fusion, pour chuter à 64 375 $ par habitant après la défusion.
De leur côté, les 200 000 défusionnés sur l'île de Montréal ont une valeur foncière moyenne par habitant de 120 000 $. Ce qui revient à dire qu'un défusionné, foncièrement parlant, vaut le double d'un fusionné!
Il est ironique que le premier ministre Charest, qui nie l'existence des clivages économique et linguistique à Montréal, choisisse de mettre l'accent sur le sentiment d'appartenance pour expliquer et justifier les résultats obtenus aux référendums sur les défusions alors que le maire de Westmount, Peter Trent, n'a de cesse de se dédouaner de ce réflexe identitaire en affirmant qu'il s'agit uniquement pour sa ville de réaliser des économies d'échelle, d'offrir de meilleurs services de proximité et de répondre promptement aux demandes de ses résidants.
Le contexte
Au départ, la tenue des registres sur les démembrements municipaux concernait 209 municipalités, représentant 58 % de la population du Québec. Le gouvernement Charest s'est cru obligé d'ouvrir des registres dans toutes les municipalités visées par la loi 170, alors que les seuls qui protestaient contre ces fusions forcées étaient les anglophones de l'ouest de Montréal et les élites municipales de certaines villes de banlieue dans les grands centres urbains de Montréal, Québec, Lévis, Saguenay, Trois-Rivières, Sherbrooke et Gatineau.
Seulement 89 municipalités ont vu les signatures dans les registres dépasser les 10 %: elles ne représentaient plus que 17 % de la population du Québec, et moins du tiers des municipalités où les registres avaient été ouverts.
De ces 89 municipalités dans lesquelles se sont tenus des référendums, seules 32 ont atteint les 35 % de votes favorables à la défusion, et elles représentent 6 % de la population du Québec. De ces mêmes 89 municipalités, 29 ont vu le non l'emporter: elles représentent le cinquième de la population appelée à voter et sont francophones à 97 %. Elles avaient signé les registres à 14 % et le oui y a obtenu l'appui de 19,6 % des électeurs inscrits, contre 25,6 % pour le non. Parmi celles-ci on retrouve quelques villes importantes par leur population, comme Beauport et Charlesbourg à Québec.
Plus de la moitié de la population (54 %) des villes qui vont défusionner se retrouve sur l'île de Montréal, dans 15 municipalités où les anglophones sont dominants. Plus du tiers de la population (35 %) des villes qui vont défusionner viennent de la ville de Longueuil, et les francophones y représentent près des trois quarts de la population. C'est donc dire qu'à peine 11 % de la population défusionniste se retrouve en dehors de ces deux groupes précédents, dans 13 municipalités, francophones à 95 %.
Clivage économique et égoïsme fiscal
Des 10 villes les plus riches du Québec, huit ont défusionné. Si l'on prend comme indicateur le revenu moyen des familles selon le recensement du Canada de 2001 (indice: 100 pour l'ensemble du Québec, soit 59 297 $), on retrouve parmi les ville défusionnistes Westmount (indice: 328), Hampstead (indice: 263), Senneville (indice: 253), Mont-Royal (indice: 239), Beaconsfield (indice: 208), Montréal-Ouest (indice: 205), Saint-Lambert (indice: 187) et Baie-d'Urfé (indice: 183). Ne manquent qu'Outremont (indice: 192), qui n'a pas signé le registre, et Sillery (indice: 191), où le non l'a emporté.
Des quatre municipalités qui quitteront la ville de Longueuil, trois sont les villes les plus riches de toute la Montérégie: Saint-Lambert, Saint-Bruno et Boucherville. Sur les 32 municipalités qui vont défusionner, quatre seulement ont un indice inférieur ou proche de 100: Montréal-Est (indice: 84), Cap-aux-Meules (indice: 93), Masson-Angers (indice: 97) et L'Ancienne-Lorette (indice: 108). Toutes les autres ont un revenu familial moyen supérieur d'au moins 20 % à celui de l'ensemble du Québec.
Quand MM. Charest et Fournier parlent de «sentiment d'appartenance communautaire», il faut plutôt comprendre sentiment d'appartenance financière...
Le clivage linguistique
Reste enfin les 14 municipalités défusionnistes de l'île de Montréal (en excluant Montréal-Est): ces municipalités ont voté oui à 44,5 % des électeurs inscrits et non à 7,4 %. Bien entendu, ce sont des municipalités plutôt favorisées, comme on l'a vu plus haut. Mais elles ont aussi la caractéristique d'avoir près de 50 % de leur population qui est anglophone.
Les allophones, dont le statut socioéconomique est sous la moyenne du Québec, n'ont pour leur part pas du tout suivi le mouvement défusionniste: déjà les municipalités de Saint-Léonard (55 % d'allophones) et de Montréal-Nord (32 %) ont signé les registres à moins de 10 %. Et dans Saint-Laurent (50 % d'allophones), Pierrefonds (28 %) et LaSalle (26 %), le oui n'a pas atteint les 35 %.
Par contre, les municipalités les plus anglophones ont massivement appuyé le oui: les appuis varient de 38 % dans Dollard-des-Ormeaux à 74 % dans Baie-d'Urfé et Senneville. Mais ce sont bien les anglophones favorisés qui ont fait sécession de Montréal: à Lachine ou Verdun, où les registres n'ont pas atteint les 10 %, ou bien à Greenfield-Park ou LaSalle, où le oui a plafonné sous les 30 %, les anglophones moins favorisés n'auraient pas suivi le mouvement défusionniste.
Ce sont donc bien les anglophones avec un niveau de richesse élevé, ceux que l'on retrouve essentiellement dans les banlieues de l'ouest de l'île de Montréal, qui ont porté le mouvement défusionniste et qui l'ont mené à terme. C'est le noyau dur de la communauté anglophone, celui-là même qui avait fondé et appuyé le Parti Égalité en 1989 et élu ses quatre députés dans la même zone géographique (les circonscriptions de Westmount, de D'Arcy-McGee, de Notre-Dame-de-Grâce et de Jacques-Cartier) et qui aujourd'hui, à défaut de «partitionner» le Québec, a «partitionné» la ville de Montréal.
La micro-démocratie des propriétaires
Parmi les 13 municipalités défusionnistes, à l'extérieur de Montréal et de la Montérégie, huit au moins sont des municipalités de villégiature dans lesquelles le nombre d'électeurs inscrits aux référendums est très supérieur au nombre d'électeurs inscrits à l'élection de 2003, comme par exemple Estérel, Yvry-sur-le-Lac, Saint-Aimé-du-Lac-des-Îles et La Macaza au nord de Montréal.
On y retrouve même une municipalité sans population résidante (Lac-Tremblant-Nord): c'est que les propriétaires (de maisons de campagne, de chalets ou de condos) ont le droit de vote aux consultations municipales. C'est aussi le cas de la municipalité de L'Île-Dorval (aucun résidant, 50 électeurs: 49 ont voté, 37 ont dit oui à la défusion et 12 ont dit non...). Dans l'Angleterre du début du XIXe siècle, on qualifiait de «bourgs pourris» les circonscriptions qui n'avaient pratiquement plus d'électeurs à la suite des mouvements de population.
Dans l'ensemble du Québec, il y avait une autre dizaine de municipalités dans le même cas (comme Sainte-Agathe-Nord et Sainte-Véronique dans les Laurentides ou les cantons de Magog et de Sutton en Estrie), mais le oui n'y a pas atteint les 35 % des électeurs inscrits, même si dans la majorité d'entre elles il l'a largement emporté.
Ces municipalités de villégiature, qui représentent le cinquième des municipalités dans lesquelles se sont tenus des référendums, ne représentent que 0,2 % de la population du Québec, 0,4 % de la population concernée par les registres, 1,4 % de la population appelée à voter et 4,2 % de la population défusionniste!
Le gouvernement Charest a donc introduit une nouvelle pratique politique, que l'on peut qualifier de micro-démocratie. Or celle-ci n'a pas de limites: nous apprenons par les journaux que des citoyens du secteur Glenmount voudraient quitter la ville de Montréal pour s'annexer à Mont-Royal (défusionnée), alors que des citoyens du secteur des Bocages voudraient quitter la ville de Saint-Augustin-de-Desmaures (défusionnée) pour réintégrer la ville de Québec!
Une occasion ratée
Quand MM. Charest et Fournier s'obstinent à déclarer, contre toutes les évidences, qu'il ne s'agit pas d'un clivage linguistique, on a l'impression, s'ils sont vraiment sincères, qu'ils ignorent encore quel génie ils ont libéré de la lampe magique. Les défusions ont été l'occasion pour les riches et pour les anglophones de refuser le vouloir-vivre ensemble. Dans les banlieues de l'ouest de l'île de Montréal, les deux phénomènes se sont conjugués et ont donné aux riches anglophones l'occasion d'exprimer une fois de plus leur refus de vivre en commun avec le reste du Québec.
De tout temps, le refus de reconnaître les vrais enjeux n'a jamais été garant de paix constitutionnelle et sociale mais a plutôt conduit à distancer les communautés et à délaisser le terrain de l'émergence d'une citoyenneté commune et pluraliste conduisant les uns et les autres à construire des villes trop étanches aux besoins de la ville centre.
Nous sommes au début d'un long processus qui conduira les acteurs politiques devant les tribunaux pour regagner les statuts d'antan des villes défusionnées. Nous aurons droit à une guerre de tranchées identitaire qui culminera au moment de la prochaine campagne électorale au Québec.
Entre-temps, les accusations de représentation injuste au sein du Conseil d'arrondissement seront fréquentes et viendront porter ombrage à tout le Québec. Le clivage francophone-anglophone sera de la sorte ravivé, tout ça parce que le parti gouvernemental aura souhaité faire de la petite politique partisane avec un projet d'une envergure peu commune.
Il est à souhaiter que le réflexe identitaire des défusionnés de l'ouest de l'île ne conduise pas à la venue d'une ville anglaise à Montréal; ce serait la belgisation de l'île avec le cloisonnement qui en découle. Le vivre-ensemble proposé par les péquistes et les adéquistes nous paraît hautement préférable.
La démarche entreprise par le gouvernement de Jean Charest est davantage caractérisée par les notions rudimentaires de démocratie propres au XVIIIe siècle qu'aux définitions émanant du XXIe siècle: démocratie virtuelle, propriété privée, chefs-lieux seraient devenus des maîtres mots sinon des réalités politiques surdéterminantes.
Pour clore sur une note positive, il est toutefois important de noter que, dans plusieurs cas, l'esprit de corps a été au rendez-vous. Pensons au cas de la prospère et diversifiée Outremont et aux villes plurielles d'Anjou, de Montréal-Nord, de Saint-Laurent et de Saint-Léonard, qui ont fait le pari de la ville centre. Espérons que cet esprit saura survivre à la politique à courte vue de l'actuel gouvernement.
Pierre Drouilly : Professeur titulaire, département de science politique, Université du Québec à Montréal
Alain-G. Gagnon : Professeur titulaire, département de science politique, Université du Québec à Montréal

Un gain pour tous
Boucher, Michel; Simard, Pierre
Les auteurs sont professeurs à l'École nationale d'administration publique.
La Presse vendredi 2 juillet 2004
Un gain pour tous: Grâce à la concurrence municipale retrouvée, les citoyens pourront à nouveau juger de la qualité de la gouvernance de leur ville
La décision des citoyens est tombée. Des 28 municipalités montréalaises forcées à la fusion, 15 ont exprimé leur désir de se défusionner de la grande ville. À défaut de retrouver son visage d'antan, la nouvelle agglomération de Montréal sera subdivisée en plusieurs municipalités, chacune possédant son propre système de gouvernance.
Contrairement aux prétentions de certains politiciens, le démembrement des villes n'est pas une catastrophe. Au contraire, tous les citoyens, de villes fusionnées ou non, seront gagnants de cette scission municipale. Chaque citoyen de l'agglomération de Montréal tirera bénéfice du fait que la vague de défusions permettra de réintroduire la concurrence entre les municipalités d'un même territoire. Les vertus de cette concurrence retrouvée rejailliront sur tous les citoyens, peu importe qu'ils aient voté " oui " ou " non " au référendum, et ce, sans égard à leur langue, leur ethnie, leur bagage culturel ou la taille de la ville qu'ils habitent.
Grâce à la concurrence municipale retrouvée, les citoyens pourront à nouveau juger de la qualité de la gouvernance de leur ville. Les défusions permettront l'étalonnage, c'est-à-dire la comparaison des performances entre les villes regroupées et celles qui ont opté pour la défusion. Bientôt, les citoyens, les contribuables et tous les autres agents économiques des différentes villes pourront comparer leurs comptes de taxes et l'efficacité de leurs dirigeants dans la gestion des affaires municipales. Pensons par exemple à la rapidité de la prestation de services, à la qualité de l'entretien des rues, et tous les autres créneaux qui permettent à une ville de se distinguer de ses concurrentes.
L'information ainsi disponible constitue un gain non négligeable des défusions. Elle réduit les coûts associés à l'action collective dans la mesure où le citoyen est généralement peu organisé pour se procurer ce genre d'information dans un monopole administratif. De plus, la concurrence agit comme un incitatif à la bonne gestion et une contrainte à la capacité des élus d'abuser des citoyens. Elle empêche les politiciens de camoufler leur incompétence et leurs ambitions politiques dans des services de piètre qualité et des hausses de taxe non justifiées. La transparence, la décentralisation et l'information agissent donc comme des signaux qui permettent aux citoyens de s'assurer que les élus défendent leurs intérêts et non ceux des groupes de pression.
Bref, si la solidarité sociale est un fleuron du discours politique, elle s'est avérée à l'usage un piètre système d'organisation sociale. Le seul mécanisme qui ait fait ses preuves pour protéger le citoyen de la mauvaise gestion publique et de l'ambition démesurée de certains politiciens, c'est la concurrence.

Exportation d'eau en vrac - Il y a loin de la coupe aux lèvres
Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Plusieurs étapes longues et complexes doivent être franchies avant que le ministre Mulcair ne mette son plan à exécution
Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, n'a pas l'intention d'envisager les exportations d'eau en vrac avant que son ministère n'ait ralenti la consommation de cette ressource en vertu du principe de l'utilisateur-payeur, et cela, au moyen d'un système de redevances applicables aux usagers.
C'est ce qu'a déclaré hier au Devoir le chef de cabinet adjoint du ministre, Paul-Yannick Laquerre, selon qui il n'est pas question pour le ministère de l'Environnement d'ouvrir la porte aux exportations massives d'eau avant d'avoir, d'autre part, une connaissance rigoureuse de l'état des nappes souterraines.
Processus législatif
Ce n'est qu'au terme d'un processus législatif, réglementaire et administratif à la fois lourd et complexe que la possibilité d'exporter les eaux souterraines en vrac pourra être considérée, a expliqué Me Laquerre. En clair, pas avant plusieurs années.
C'est à la mi-juin, dans le cadre d'un bilan qu'il faisait de l'ALENA dans les dossiers environnementaux, que le ministre québécois de l'Environnement évoquait la possibilité d'exporter de l'eau en vrac à condition que cela ne pose pas de précédent juridique susceptible de compromettre les pouvoirs du Québec sur cette ressource naturelle et dans la mesure où ce type d'exploitation serait vraiment rentable pour les régions. Plusieurs groupes écologistes et professionnels ont alors réagi en affirmant que ce débat avait été fait avant la mise en place de la Politique nationale de l'eau et qu'il n'y avait pas matière à le rouvrir.
Redevances
Le plan de travail retenu par la direction du ministère de l'Environnement semble plutôt intégrer les priorités avancées par ces différents groupes en réaction à l'ouverture faite par le ministre sur la question des exportations.
Ainsi, la création d'un système de redevances sur la consommation d'eau et sa mise en place exigeront des délais importants parce qu'il faudra à la fois franchir les étapes législatives et réglementaires pour finalement mettre en place et roder un système de redevances sur la consommation d'eau. L'argent ainsi récupéré par le ministère doit, selon les principes de la politique de l'eau, éventuellement financer autant les organismes gestionnaires de bassin que les activités de connaissance scientifique sur l'eau. Or le simple fait d'établir la liste des nappes prioritaires qui devront faire l'objet d'études spécifiques prendra évidemment du temps. Par la suite, il faudra établir la carte et le potentiel des nappes jugées prioritaires ainsi que leur potentiel de rechargement, lequel pourrait être affecté par les changements climatiques.
Cette connaissance des nappes souterraines du Québec, qui progressera au gré des budgets des prochaines années, permettra d'identifier celles qui ont un potentiel d'exploitation plus important que les autres.
Plusieurs années
Ce processus législatif, réglementaire et administratif s'étalera inévitablement sur plusieurs années, entre huit et dix ans, selon Me Laquerre. Dès lors, si elle se pose, la question des exportations devra subir trois tests précis, ajoute-t-il. D'abord, il faudra établir si le fait d'exporter de l'eau en vrac risque de compromettre la compétence constitutionnelle du Québec sur ses eaux de surface ou souterraines. Deuxièmement, il faudra vérifier si les régions en cause ont réellement avantage à s'engager dans cette voie, compte tenu des besoins actuels et futurs des autres usagers de l'eau. Enfin, il faudra déterminer de façon rigoureuse si les nappes en cause peuvent supporter une exploitation commerciale, et dans quelle mesure.
Si un dossier ne passe pas avec succès ces trois tests, explique le chef de cabinet adjoint du ministre Mulcair, il s'éliminera de lui-même car il ne correspondra pas aux exigences d'un véritable développement durable.

Chiffres de gauche, chiffres de droite
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Essais québécois - Si Léo-Paul Lauzon n'existait pas, il faudrait l'inventer. Fils spirituel de Michel Chartrand, ce comptable est, en effet, une denrée rare puisqu'il est l'un des seuls de sa confrérie de manieurs de chiffres à se réclamer des principes de la gauche politique.
Dans le tome II des Contes et comptes du prof Lauzon, le directeur de la chaire d'études économiques de l'UQAM est littéralement en feu. Drôle comme un singe, mais surtout profondément indigné par le discours des affairistes selon lequel «tout est "naturel" dans le privé et "contre-nature" lorsqu'il s'agit des sociétés d'État», le chroniqueur de L'Aut'journal et de L'Itinéraire y poursuit son projet qui consiste «à continuer à gratter, à vulgariser, à fouiner, à décortiquer et à déchiffrer les modèles, les théories et les politiques présentées faussement au nom de l'intérêt général, alors que dans les faits, leur application profitera seulement [sic] qu'à une minorité de privilégiés au détriment du monde ordinaire, incluant aussi la fameuse classe moyenne que le patronat, les politiciens et leurs faire-valoirs [sic] prétendent vouloir favoriser».
Dans des études dévastatrices sur l'industrie privée des courses de chevaux, Air Canada, Aéroports de Montréal, Bell Canada, les pétrolières et «le cartel de l'alimentation au détail», Lauzon démontre à quel point les affairistes se remplissent les poches sur le dos des citoyens en saignant les consommateurs auxquels ils offrent un service de plus en plus minable.
Au nom de la concurrence, ils s'octroient des salaires faramineux; au nom de la même concurrence, ils réduisent les salaires de leurs employés. Un pépin attribuable à leur mauvaise gestion survient-il qui affecte les revenus de leurs actionnaires que c'est, toujours, vers les mamelles de l'État qu'ils se tournent pour faire assumer leur gabegie. «Faut entretenir la crème de la société, constate Lauzon, sinon elle va crisser son camp aux States.» Et il ajoute : «Oubliez également la chanson fredonnée par le patronat et inscrite dans le cours d'économie 101, à l'effet que les gens d'affaires sont d'intrépides aventuriers économiques qui raffolent du risque. Dans des situations de risques, ils quémandent leur biberon étatique ou décrissent.» C'est en ce sens qu'il parle, comme son ami Chartrand, «d'entrepreneurshit».
Rien n'échappe au comptable justicier. Féroce à l'égard du Mouvement Desjardins, qu'il qualifie de «coopérative au service de la classe dominante», il s'en prend aussi à l'imposture que sont les REER, qui ne profitent qu'à une minorité, se scandalise du coût des médicaments brevetés, qui rapportent des profits iniques à leurs actionnaires et font exploser les coûts du système de santé, et dénonce sans relâche cette immense arnaque que sont les paradis fiscaux qui «servent à financer le terrorisme international et à construire des fortunes privées gigantesques par la voie de l'évasion fiscale».
Haro sur les affairistes, donc, mais aussi sur leurs propagandistes, les porte-queue du titre, qui déploient des trésors d'invention pour justifier l'injustifiable. Qualifiant l'oeuvre de Claude Picher, chroniqueur économique au journal La Presse, de «Nouveau Testament néolibéral», Lauzon s'acharne aussi sur le célèbre Institut Fraser, «un organisme d'extrême-droite financé par le patronat qui, depuis toujours, cultive la haine de notre solidarité et de notre coopération en s'attaquant continuellement à nos instruments collectifs (santé, éducation, sociétés d'État), à nos outils de redistribution de la richesse (taxation, sécurité du revenu, etc.) et à l'État lui-même, qui est vu comme le pire fléau sur Terre». Sous prétexte «qu'avant de partager la richesse, il faut la créer», écrit Lauzon, ces hommes de main du patronat reconduisent le sophisme cruel dénoncé par Jacques Généreux dans Les Vraies Lois de l'économie II : «Les inégalités sont l'ingrédient nécessaire à la production des richesses qui permettent de réduire les inégalités !» Pourtant, ajoute l'économiste français, c'est l'inverse qui est vrai : «Il existe un effet positif et significatif de l'égalité de la distribution des revenus sur le taux de croissance à long terme.» En d'autres termes, la vraie «loi du gâteau» devrait se lire comme suit : plus on le partage, plus il y en a.
Lauzon, dans un style populaire franchement réjouissant (il devrait toutefois éviter l'usage du mot «dépendamment» qui n'existe pas en français), ne dit pas autre chose et c'est la raison pour laquelle il est si nécessaire. La fiscalité, affirmait récemment une publicité de firme comptable, c'est de payer le moins d'impôt possible. Grossièreté d'affairistes, réplique le prof Lauzon. La fiscalité, dans une société civilisée, c'est-à-dire humaine, devrait être un instrument de justice. On veut un tome III !
Le chantre de la main invisible
Si Michel Kelly-Gagnon n'existait pas, le patronat, c'est sûr, l'inventerait. Idéologue en chef de l'Institut économique de Montréal, la succursale québécoise de l'Institut Fraser, cet avocat de formation incarne la droite néolibérale dans toute sa superbe.
Exact envers du prof Lauzon, cet adversaire acharné de l'interventionnisme étatique développe une version contemporaine de la thèse libérale de la main invisible. «Qu'il s'agisse d'appareils de télévision, de restaurants ou de religion, les relations libres sur le marché réalisent la coordination dans la diversité», écrit-il par exemple. Ou encore : «Lorsqu'on recommande de laisser jouer les forces du marché pour résoudre un problème, on fait appel à un processus qui fait intervenir la créativité de millions de personnes possédant des expertises et des connaissances différentes.»
Aussi, pour Kelly-Gagnon, le fardeau fiscal, surtout celui des riches, est toujours trop élevé, le capitalisme explique à lui seul l'augmentation du niveau de vie et la logique d'affaires et du profit est préférable, en toutes choses, à la logique politique qui n'engendre que du gaspillage.
Les riches, sous sa plume, deviennent «nos meilleures têtes» ou encore «les travailleurs qui créent le plus de richesse» et il faut les laisser tranquilles si on souhaite profiter des bienfaits qu'ils engendrent, même, ô générosité !, pour ces «travailleurs aux talents plus modestes qui, eux, sont moins mobiles». Pourquoi les pays pauvres le sont-ils ? «Mais parce qu'ils étouffent la créativité de leurs citoyens les plus entreprenants», de répondre l'enfant chéri du journal Les Affaires où il est chroniqueur.
Michel Kelly-Gagnon, il faut le reconnaître, a du front tout le tour de la tête et est d'une redoutable efficacité dans son rôle d'avocat des affairistes. Voilà pourquoi nous avons tant besoin des Léo-Paul Lauzon et Jacques Généreux de ce monde. Parce que les mains invisibles ont souvent des choses à cacher.
louiscornellier@parroinfo.net
Contes et comptes du prof Lauzon II
Comment décoder le discours des affairistes et de leurs porte-queue sans se fatiguer
Léo-Paul Lauzon
Lanctôt éditeur
Montréal, 2004, 432 pages
Chroniques économiques
Des idées pour démystifier les politiques publiques
Michel Kelly-Gagnon
Varia
Montréal, 2004, 92 pages

Les riches enseignements de l'identité
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 3 juillet 2004
Titre VO : IDENTITÉS MOSAÏQUES
Description : Entretiens sur l'identité culturelle des Québécois juifs. Julie Châteauvert et Francis Dupuis-Déri, Boréal, Montréal, 2004, 252 pages
Entrevue - Il n'y a pas une communauté juive au Québec, mais des communautés juives. Voilà sans doute une des conclusions du beau livre d'entretiens de Francis Dupuis-Déri et de Julie Châteauvert, Identités mosaïques. La passion des deux auteurs à l'endroit de cette identité millénaire aux multiples facettes parfois contradictoires est contagieuse. En cette époque marquée par l'internationalisation du conflit israélo-palestinienne et le «choc des civilisations», où l'antijudaïsme montre un nouveau visage inquiétant -- y compris au Québec -- ce livre s'avère essentiel.
Le Devoir : On dit souvent «la communauté juive» au Québec. Votre livre démontre que cette expression est fausse, non ?
Julie Châteauvert : Nous avons interrogé des personnes qui ont des manières radicalement différentes de se penser juives. Nous espérions confronter cette attitude simpliste qui consiste à réduire à des stéréotypes les «autres» communautés ethno-culturelles mais aussi culturelles, politiques, sexuelles, etc. Cette attitude malheureuse est le premier frein à la possibilité de rencontre et donc de compréhension mutuelle. Nous rêvons tous deux d'un Québec pluraliste et nous estimons qu'il est de la responsabilité de tous, qu'on soit d'un groupe majoritaire ou minoritaire, d'agir pour confronter ses idées préconçues. Nous souhaitions aussi rendre visible le dialogue -- ou le débat ! -- qui a cours entre les Juifs ultra-religieux et athées, fédéralistes et souverainistes, ashkénazes et sépharades, «traditionalistes» et féministes, sionistes et antisionistes, et qui pourtant se reconnaissent tous dans cette appellation rassembleuse de «communauté juive».
«Les Québécois sont les Israéliens d'Amérique ! Ayant conscience d'être à la fois une majorité et une minorité, le Québec a développé un sentiment exacerbé de fierté, mais aussi un profond complexe de victime... exactement comme Israël ! La ressemblance est frappante !» : voilà ce que l'historien français Pierre Nora a déjà dit du Québec. À la lumière de votre voyage au coeur des différentes façons d'être Juif au Québec, que pensez-vous de la comparaison de Nora ?
Francis Dupuis-Déri : L'identité culturelle juive est extrêmement riche en enseignements parce que les Juifs se posent la question de l'identité depuis des millénaires. Ils ont été confrontés très tôt au problème du territoire, de l'exil et du «retour», de la religion et des débats d'interprétation des textes, des langues, de la discrimination violente et meurtrière, du pari de l'assimilation, de la représentation identitaire par la littérature et l'art, de la construction d'un État-nation et de la lutte contre un mouvement indépendantiste, celui des Palestiniens. Par conséquent, la connaissance de l'identité juive -- de son histoire et de sa politique -- permet d'approfondir la compréhension de toutes les dynamiques identitaires.
J. C. : Le rapprochement que fait Pierre Nora entre identités juive et québécoise a ses limites et peut être délicat. Il faut reconnaître que les Québécois n'ont pas une histoire millénaire, marquée dans la même mesure -- j'insiste sur la mesure -- d'exil, d'expériences tragiques d'exactions violentes et pas du tout du vécu actuel quotidien d'une guerre sanglante les opposant à quelque groupe que ce soit partageant le territoire. Au reste, selon moi, ce rapprochement peut nous permettre de penser les dynamiques entre les communautés autochtones et les gouvernements, tant le québécois et que le fédéral.
Pourquoi si peu de vos interviewés -- outre Salomon Cohen, qui est souverainiste -- font-ils le lien entre la volonté d'autonomie du Québec et celle des Israéliens ?
F. D.-D. : Une «identité culturelle» est par définition un ensemble mouvant qui s'articule autour de points de repère qui permet de nous orienter dans le monde. Mais ces points sont aussi des noeuds de débat entre ceux et celles qui partagent une même identité. Dans le cas de l'indépendance du Québec, peu de nos interviewés croient que la comparaison entre le Québec et la souveraineté d'Israël est parlante. Ils préfèrent penser la question par le biais de l'expérience historique des Juifs avec les autres mouvements nationalistes en Europe, tous antisémites à divers degrés, ou par le biais de l'expérience de l'immigration de leur famille au Québec. Or les immigrants ont d'avantage tendance à s'identifier à la majorité la plus puissante -- ici, les Canadiens anglais -- qu'à une minorité qui lutte pour être reconnue -- ici, les Québécois franco-catholiques, ou encore les autochtones...
Certains prétendent que dans la gauche altermondialiste actuelle, la critique d'Israël tombe dans l'antisémitisme. Vous, qui êtes sensibles à la fois aux thèses de cette gauche et aux conditions juives, qu'en pensez-vous ?
J. C. : Le racisme peut se retrouver dans tous les milieux, dans tous les camps. Et les enchaînements d'arguments logiques dans la tête de certains individus font parfois des vrilles aberrantes. Cependant, les politiciens israéliens ont malheureusement tendance à prétendre que toute critique envers leur État relève de l'antisémitisme. Parmi nos interviewés, plusieurs sont très à gauche et critiquent l'État d'Israël; mais il y a aussi des ultra-religieux anti-sionistes pour des raisons théologiques. Il est vrai que le mouvement «altermondialiste» condamne souvent l'État d'Israël et son approche militariste de la question Palestinienne, mais devons-nous y voir une tendance antisémite ou antimilitariste ?
F. D.-D. : D'ailleurs, les militants altermondialistes entretiennent aussi des liens avec des Juifs d'Israël ou d'ailleurs qui militent pour la paix, ou qui ont refusé de servir comme soldats dans les Territoires occupés. Enfin, le Québec est affecté par les tensions internationales et en périodes troubles, les pires attitudes se déploient plus librement. En Occident, et surtout depuis la crise post-11 septembre 2001, les communautés juives, mais aussi musulmanes, sont malheureusement la cible d'un racisme influencé par ces phénomènes internationaux.
Vous avez fait 11 entretiens. De quels personnages vous êtes-vous sentis les plus proches en tant que Québécois ?
J. C. : Tous les gens que nous avons rencontrés sont Québécois et comme ils sont plus âgés que moi, plusieurs le sont depuis plus longtemps que moi ! Chacun des entretiens pose, selon des angles différents, la question de ce qui définit l'appartenance à une identité culturelle, qu'elle soit québécoise ou juive : les autorités religieuses, les leaders communautaires, les intellectuels, les artistes, des figures diffusant un discours rassembleur ou celles optant pour des idées d'exclusivité ? La manière dont s'y frottent Devora Neumark, Sonia Zylberberg et Pierre Troin m'a particulièrement impressionnée, notamment parce que leur réflexion les a tous trois amenés à effectuer des changements majeurs dans leur mode de vie.
F. D.-D. : L'entretien avec Julien Bauer me semble décapant, car il ironise sur la laïcité québécoise saturée de catholicisme. L'entretien avec Harry Gulkin est fascinant parce qu'il plonge dans l'histoire peu connue des milliers de Juifs qui militaient comme communistes dans la première moitié du XXe siècle et qui ont fait beaucoup pour l'avancement social du Québec. Mais si vous me permettez, je conclurais en disant que tous les entretiens sont importants pour mieux comprendre l'identité culturelle des Juifs québécois et celle du Québec en général !

La Cour de Strasbourg hostile au foulard islamique
LE MONDE | 30.06.04
Bruxelles de notre bureau européen
La liberté de manifester sa religion, garantie par la Convention européenne des droits de l'homme, peut faire l'objet de restrictions lorsque ces dernières sont destinées à assurer la sécurité publique, l'ordre ou les droits et libertés d'autrui.
La Cour européenne des droits de l'homme, basée à Strasbourg, a confirmé ce principe mardi 29 juin dans un jugement concernant la Turquie. Elle a rejeté la requête d'une étudiante en médecine, Leyla Sahin, qui contestait l'interdiction faite aux jeunes femmes "ayant la tête couverte" de fréquenter l'université d'Istanbul.
Mlle Sahin assurait que cette mesure, prise par le recteur de l'université, dans une circulaire de février 1998, n'avait pas de base légale. La Cour, au contraire, rappelle que ce texte réglementaire s'appuie sur des dispositions plus anciennes, notamment un règlement ministériel de 1981, qui impose "une tenue vestimentaire simple, sans excès et contemporaine" dans les institutions publiques, ainsi qu'un arrêt de la Cour constitutionnelle de 1991.
Elle ajoute que le recteur d'Istanbul a, en 1984, diffusé une note d'information dans laquelle il demande d'"imaginer une étudiante sage-femme avec un manteau à manches longues qui veut retirer un bébé d'une couveuse". Mlle Sahin savait donc à quoi s'attendre avant de s'inscrire dans cet établissement d'enseignement supérieur.
La plaignante estime que l'interdiction subie lèse gravement sa liberté de manifester sa religion. La Cour lui répond qu'elle garantit en tout cas le principe de la "laïcité", c'est-à-dire la liberté, pour chaque individu, de pratiquer sa religion, "pour autant que ce soit en son for intérieur". De facto, elle garantit aussi le principe de l'"égalité" des citoyens devant la loi, et notamment de l'égalité des sexes. La Cour précise que les principes de laïcité et d'égalité "protègent aussi les individus des pressions extérieures", pouvant être exercées par des fondamentalistes.
"UN BESOIN SOCIAL IMPÉRIEUX"
La Cour ajoute d'ailleurs que, "dans le contexte turc, on ne saurait faire abstraction de l'impact que peut avoir le port de ce symbole, présenté ou perçu comme une obligation religieuse contraignante sur ceux qui ne l'arborent pas". Elle "ne perd pas de vue qu'il existe en Turquie des mouvements politiques extrémistes qui s'efforcent d'imposer à la société tout entière leurs symboles religieux et leur conception de la société". Elle estime donc que l'interdiction de se voiler à l'université répond à "un besoin social impérieux".
La Cour confirme ainsi un principe qu'elle avait esquissé en 2001, lorsqu'elle avait rejeté comme irrecevable la requête de Lucia Dahlab, institutrice dans une école primaire du canton de Genève. Elle avait alors jugé "difficile de concilier le port du foulard avec le message de tolérance, de respect d'autrui et de non-discrimination que, dans une démocratie, tout enseignant doit transmettre à ses élèves". Strasbourg dispose désormais d'une jurisprudence qui lui permettra de juger plus de deux cents plaintes turques du même type. La France pourra, quant à elle, faire référence à ce jugement, si sa "loi sur le voile", objet ces derniers mois d'une vive polémique, est attaquée devant les tribunaux
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’UFP : une honteuse récupération politique des résultats électoraux
Suzanne Lachance
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
C’est avec étonnement que je constate que Vigile a bien voulu faire une place aux commentaires post-électoraux de l’UFP. Le lecteur qui ne connaît pas bien ce parti et qui ne fréquente pas son site peut être amené à croire que l’UFP se réjouit du succès remporté par le Bloc. Or, il n’en est rien. Il ne s’agit ici que d’une honteuse récupération politique face au message fort envoyé à Ottawa par la population québécoise via le Bloc. En effet, AVANT les élections, l’UFP qualifiait le Bloc de parti dépassé (voir l’extrait ci-dessous), tant et si bien que ce parti qui pourtant se dit indépendantiste a fourni pas moins d‘une dizaine de candidats au parti fédéraliste qu’est le NPD. On finira par croire qu’il a décidé de devenir l’appendice du NPD au Québec.
Il est certain que pour quiconque est de gauche, les idées de ce parti sont attrayantes, mais il s’agit tout de même du parti qui a appuyé récemment la Loi sur la clarté référendaire, et la Loi sur les mesures de guerre il y a environ 30 ans. Croire que ce parti est maintenant favorable à l’émancipation politique du peuple québécois relève de la fumisterie. D’ailleurs, M. Layton n’a jamais été capable, durant toute la campagne, de reconnaître l’auto-détermination du peuple québécois sans provoquer de grogne au sein de ses troupes. Cette idée est contre nature au NPD, un parti traditionnellement très centralisateur, qui a consenti à l’inclure dans son discours par pur électoralisme, afin de faire une percée sur le territoire québécois. En politique, les discours sont vains s’ils ne sont pas appuyés par des actes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le NPD a le fardeau de la preuve en cette matière.
Comment se fait-il qu’AUCUN membre de l’UFP n’ait cru bon de se lancer dans la course électorale sous la bannière du Bloc, alors qu’on admettait qu’il s’y trouvait des candidatures progressistes? N’y avait-il pas communauté d’idées entre les souverainistes de gauche du Bloc et ceux de l’UFP? Or, l’UFP nous dit maintenant par ses gestes qu’elle accorde plus d’importance aux idées de gauche d’un parti résolument fédéraliste. Pour la cohérence, on repassera! À la décharge de l’UFP, je mentionnerai cependant que le Bloc, qui se colle au PQ, n’est pas nécessairement accueillant pour les membres de l’UFP.
Ayant fait part de ma déception au porte-parole actuel du parti, M. Amir Khadir, celui-ci me dit que l’UFP n’est pas responsable des choix individuels de ses membres. Autrement dit, on s’en lave les mains. Mais on n’est pas assez honnête pour avouer que l’UFP avait déjà déclaré le Bloc dépassé (1). Voilà la vraie raison, qu’on cherche maintenant à cacher, vu l’appui massif de la société québécoise au Bloc.
En réalité, il faut constater que l’UFP est loin d’avoir le pouls de la société québécoise, et qu’elle se trouve en marge, occupée qu’elle est à se trouver des alliés pancanadiens. Les intellectuels de ce parti se complaisent dans la marginalité. Leurs choix répétés nous démontrent qu’il s’agit d’un choix délibéré de leur part. C’est leur droit le plus strict, mais dans ce cas, l’honnêteté leur commanderait de cesser de prétendre vouloir devenir un parti de masse.
Maintenant, qu’on sache bien que mes commentaires ne sont pas un appui enthousiaste au Bloc. À l’instar de l’UFP, je considère que ce dernier est à la remorque du PQ, qu’il favorise la vision « mondialisante » des Bouchard et Landry, et que sa présence à Ottawa est inopportune, en ce qu’elle contribue à l’amélioration du fonctionnement de la fédération canadienne.
Cependant, je n’aime pas la récupération politique et les tromperies, et jamais mon vote n’ira à un parti qui, tout en se disant indépendantiste, fournit des candidats à un parti fédéraliste. Il y a des arguties d’intellectuels que le simple gros bon sens ne peut digérer. Il est vrai aussi que le bon sens populaire n’attire pas ceux qui aiment demeurer en marge et jeter un flou sur leurs réelles intentions.
[1] Le Bloc québécois est dépassé
[1] Pour Pierre Dostie, porte-parole de l’UFP Chicoutimi, « la stratégie bloquiste est dépassée depuis longtemps et l’acharnement de ce parti dans cette approche de la souveraineté n’est pas la meilleure façon de faire avancer ni la souveraineté du Québec, ni les intérêts du Québec à Ottawa ». Le bloc s’apprête à renouveler l’alliance que le PQ avait faite avec les conservateurs, le soi-disant « beau risque de René Lévesque » qui nous a mené à l’ALENA et à la ZLÉA, qui sont à la source de bien politiques antisociales que nous combattons aujourd’hui tant sur le plan fédéral que québécois. Aux souverainistes qui reprocheront à l’UFP d’appuyer le NPD, Pierre Dostie répond que « La main tendue à Jack Layton est certainement moins risquée qu’avec les conservateurs, qu’ils soient dirigés par Mulroney ou Harper ». Ces élections sont fédérales et le Québec doit voter pour un parti qui aspire à prendre le pouvoir à Ottawa pour faire avancer les dossiers sociaux et nationaux importants aux yeux de la population québécoise.

TRIBUNE LIBRE
La propagande canadienne se poursuit de plus belle...
Félix Pinel
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
Il y a de cela environ deux semaines, M. Charest justifiait ses coupures dans le budget de la Fête Nationale par un besoin soudain de solidarité envers les familles affectées par la crise du logement à venir sous peu. Aujourd'hui, fête du Canada et apogée des déménagements au Québec, jour où la crise du logement se concrétisera pour plus d'une centaine de familles, j'apprends que la fête du Canada durera jusqu'au 4 juillet ici même à Montréal. Pourquoi M. Charest n'a-t-il pas demandé aux Canadians de faire preuve, eux aussi, de solidarité envers ces familles. Après tout, les coupures du gouvernement d'Ottawa en matière de logements sociaux sont directement responsables de cette malencontreuse situation.
Non, pas un mot, alors que notre Fête Nationale est sous-financée et amputée de nombreuses activités, celle du Canada se veut l'une des plus grandioses jamais organisées. Le thème cette année est le quatrecentenaire de l'Acadie et c'est à Montréal que le plus gros des célébrations du premier juillet se déroule. Le programme des commandites n'a pas été aboli, seulement détourné ou changé de nom. La propagande canadienne se poursuit de plus belle...
Bon déménagement!
«Coudon' ça va-tu mal dans l'monde
Ou ben y'a juste moé qui capote »
-Dédé Fortin, Le Répondeur

TRIBUNE LIBRE
Rien à faire...
Marianne Vaucouleurs
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/6-30.html#lsad
Rien
à faire. Ce Dubuc sera petit, mesquin et pisse-vinaigre jusqu'à son dernier
souffle. Ses maîtres l'ont décidément bien lessivé de la cervelle. En outre, et
pour ainsi dire par comble de perversion, le mentor a su transmettre la flamme
avec habileté à son pupille Pratte, maintenant éditorialiste en chef à La
Presse.
Le conglomérat Gesca / La
Presse a égaré toute crédibilité intellectuelle au fil des ans avec des
gens comme ça.
Climat malsain, malsain et dangereux, pour la liberté de
presse, la démocratie et l'avenir du Québec.
Marianne
Vaucouleurs
Lévis, Québec
En ce Canada Day
(contrairement au gouvernement québécois (sic) de M. Charest à
l'occasion de la Fête nationale le 24 dernier, je ne sache pas, bien au
contraire, que le gouvernement libéral canadien soit animé par quelque velléité
à réduire le budget (5 $ Millions pour le Québec seulement!) prévu à cette fin.
C'est le tout frais émoulu chevalier de l'Ordre du Québec - Serge Savard! - qui
doit actuellement festoyer dans les antichambres de ses complexes hôteliers en
royaume du grand ami du non moins grand démocrate Pierre Elliott - j'ai nommé
Fidel, bien entendu)

TRIBUNE LIBRE
Jean Charest cherche-t-il à provoquer la violence ?
Marcelin Gélinas
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
Du
Citoyen à l'État
Objet : « Québec a songé à une
déclaration fiscale (fédérale) unique »
http://radio-canada.ca/nouvelles/Index/nouvelles/200407/03/002-Impots-Quebec-Rapport.shtml
ou
http://www.cyberpresse.ca/actualites/article/2,721,0,072004,726348.shtml
Le simple fait ne fût-ce que d'avoir envisagé une telle
hypothèse en dit fort long sur ce qu'il faut bien identifier comme étant
l'extrême myopie politique de l'actuel gouvernement du Québec.
Dès
l'origine, le Canada consiste en une « création » - consécutive donc, et
subalterne - de quatre États, dont le Québec
(http://pages.infinit.net/histoire/gouin14.html). Les délégations de pouvoir et
des fonds fiscaux qui y sont afférents - lorsque délégation se révèle appropriée
ou pertinente à l'entendement des constituants souverains - doivent (et
auraient toujours dû: have to, dans la langue préférée de Pierre
Pettigrew) émaner impérativement, et exclusivement, des États constitutifs de la
Fédération. Non l'inverse. Et ce en vertu même de la Constitution
canadienne.
Mais voilà désormais l'«enfant (-tyran» s'il en est) qui
serait susceptible de prendre en charge - et intégralement, encore - le budget
global de la famille.
Un peu de cyanure sous la langue (française, il va
de soi) avec ça...?
Or ce n'est certes pas parce que les gouvernements
centralisateurs successifs à Ottawa (le Parti Libéral au premier chef)
ont graduellement et insensiblement perverti, puis dénaturé, la Loi fondamentale
du pays - depuis la Seconde Guerre mondiale en milieu du siècle dernier, en
particulier - que ces politiques «naturelles» (par délégation suprême de
Dieu le Père en personne à messieurs Trudeau, Chrétien ou Martin...?) sont
légales ou légitimes pour autant, et en outre respectueuses de la Différence non
moins constitutive du Québec - État singleton français des Amériques.
M.
le premier ministre, je pense de plus en plus que vous et vos collègues
ministériels êtes des personnes irresponsables, dangereuses même, qui menacez
l'existence même de la Nation.
Mais qu'espérez-vous donc à la fin, M.
Charest : une guerre civile ???
Votre incompétence jumelée à votre
sens zéro de l'État québécois font de votre gouvernement un ennemi
virtuel de l'État même. Aussi vous comprendrez, messieurs/dames actuellement
locataires de la pluralité des sièges à l'Assemblée nationale, qu'il
devient progressivement impossible au soussigné de contenir la colère citoyenne
que vous générez en lui, jour après jour, depuis maintenant quelque quinze
mois.
En conséquence, et/ou entre-temps, faute de gouverner l'État avec
vision et intelligence (notamment celle des intérêts supérieurs et bien compris
de la collectivité québécoise), sachez à tout le moins vous gouverner
vous-mêmes de manière avisée.
Et je signe,
Marcelin
Gélinas
M.Gelinas@moncanoe.com
Citoyen du Québec
3 juillet
2004
- Quelques destinataires de la présente :
Jean Charest, premier ministre du Québec (commentairespm@mce.gouv.Qc.ca);
Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du Trésor
(cabinet@sct.gouv.Qc.ca); Yves Séguin, ministre des Finances
(ministre@finances.gouv.Qc.ca); Philippe Couillard, ministre de la Santé
et des Services sociaux (ministre@msss.gouv.Qc.ca).

TRIBUNE LIBRE
Légitimité douteuse
Jean Dunois
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
Légitimité
douteuse
Lettre ouverte au Premier
ministre du Québec
M. Jean Charest,
Premier
ministre du Québec
Point d'ancrage : « Errer parmi les
faiseurs »
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/6-29.html#tljlg
Je suis
également indigné par cette reconnaissance officielle et proprement québécoise
d'individus qui, au total, ont pourtant toujours fait bien peu de cas de la
personnalité et de la spécificité du Québec - quand il ne s'est pas agi tout
carrément (pensons à l'honorable Serge Joyal, en 1982 [alors
Secrétaire d'État du Canada], à la faveur du rapatriement de la
Constitution canadienne contre l'avis unanime de l'Assemblée nationale du
Québec) de rabougriner, de débiliter et d'inféoder la collectivité québécoise au
sein de la Fédération.
Désirait-on remercier Serge Savard pour
services rendus à la nation (The other One) dans le cadre des festivités
annuelles du Canada Day, ainsi que pour ses judicieux conseils auprès de
l'ex-ministre de Patrimoine Canada, Sheila Copps, concernant les méthodes
appropriées susceptibles de contrer «le sentiment d'appartenance» des Québécois
à leur propre Patrie???*
Désirait-on encenser
Gil Rémillard (d'abord prénommé Gilles par sa maman et d'ores et déjà
membre de... L'Ordre du Canada) qui - de Commission
Bélanger-Campeau (1990) en Rapport Allaire et Loi 150
promulguée puis reniée sous sa responsabilité de ministre de la Justice et des
Affaires intergouvernementales canadiennes à l'Assemblée nationale (1991) - a
«vaillamment» travaillé à la rédaction de la déshonorante Entente de
Charlottetown, laquelle fut heureusement, et lucidement, répudiée par
l'ensemble de l'électorat (à la faveur d'un référendum québécois et canadien) le
26 octobre de l'Annus horribilis 1992. Bref, reconnaissance à M.
Rémillard pour tout ce labeur (à l'occasion duquel hélas! le velléitaire de sa
personne disputa à la veulerie de son gouvernement) qui eut comme unique et
véritable conséquence d'insérer la clé sous la porte et ramener la Nation de
Félix Leclerc trente ans en arrière sans avoir réglé quoi que ce soit au
séculaire et lancinant contentieux Québec-Canada???**
Avec de pareils
«compatriotes», on en conviendra M. le Premier ministre, les «ennemis de la
Nation» se révèlent parfaitement négligeables.
Aussi, en agissant de la
sorte, M. Charest, vous avez de nouveau rien moins que banalisé, voire
discrédité, cette noble Institution de chez nous que constitue L'Ordre
national du Québec.
Depuis que vous détenez les rênes de l'État
du Québec, soit quelque quatorze mois, il semblerait, monsieur le premier
ministre, que vous vous soyez accordé unilatéralement le mandat d'affaiblir de
façon systématique tout, mais vraiment tout ce qui est susceptible, de près ou
de loin, de s'apparenter à des «éléments» de l'Épine dorsale de
l'État-Nation français des Amériques.
Aussi permettez que le
simple citoyen que je suis vous informe, quoique bien humblement, de son
inclination de plus en plus marquée à partager, à votre sujet, l'opinion
suivante (du même auteur que celui rappelé en rubrique!) publiée récemment en:
http://www.soreltracy.com/liter/2004/avril/24av.html
Car hélas ! je
doute franchement désormais de votre capacité (et de votre légitimité en
conséquence) à gérer les affaires de l'État dans l'intérêt supérieur du
Québec.
Vous avez certes besoin d'un peu de repos, M. le Premier
ministre. Mais de réflexion beaucoup plus encore, m'est d'avis.
Bien à
vous,
Jean
Dunois
Matane,
Québec, 30 juin 2004
JeanDunois@sympatico.ca
(Coordonnées personnelles sur
demande)
* Voir, par exemple
: http://www2.canoe.com/sports/nouvelles/archives/2004/06/20040617-074435.html
** Pour le détail, je ne saurais trop recommander la lecture - citoyenne et
incontournable - du Naufrageur (Montréal, Boréal, 1994) de Jean-François
Lisée.
NOTES
=>
Quelques courriels afférents au dossier : "Jean Charest,
Premier ministre" commentairespm@mce.gouv.Qc.ca; "Ordre national du
Québec" Ordre-national@mce.gouv.Qc.ca; "Jacques P. Dupuis, Ministre
de la Justice, Procureur général, Ministre responsable de la Réforme des
institutions, Leader parlementaire du Gouvernement" ministre@justice.gouv.Qc.ca;
"Line Beauchamp, Ministre de la Culture et de la Communication du Québec"
Line.Beauchamp@mcc.gouv.Qc.ca; "Serge Savard" savarm@equipemartin.ca
et/ou cubaalacarte@el-senador.com; "Gil Rémillard"
conference@conferencedemontreal.com; "Serge Joyal, sénateur..."
joyals@sen.parl.gc.ca
=> Informations « officielles » concernant
Serge Joyal et Gil(les) Rémillard :
http://sen.parl.gc.ca/sjoyal/f/biographie.html (et/ou
http://www.parl.gc.ca/information/about/people/key/bio.asp?lang=F&query=1166&s=M)
ainsi que http://www.assnat.qc.ca/fra/membres/notices/q-r/REMIG.htm (et/ou
http://www.conferencedemontreal.com/index.cfm?fuseaction=president.biographie&lang=fra&yearconference=2003).

TRIBUNE LIBRE
Nous ne pouvions pas faire la preuve. C'est fait.
Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
J'ai vu, hier, Fahrenheit 9/11, le dernier film de Michaël Moore. Un film qui mérite indiscutablement la Palme d'Or qui lui a été décernée au festival de Cannes, quoi qu'en disent les journalistes à plat-ventristes, impuissants à exercer leur métier qui consiste (devrait consister) à montrer la réalité telle qu'elle est, et non à la déformer, comme le font les nombreux André Pratte de nos épais médias.
La réalisation de ce film brille particulièrement par son exceptionnelle approche pédagogique, qui réussit, en faisant rire et pleurer aussi bien que réfléchir, la démonstration irréfutable - et d'ailleurs jusqu'à maintenant irréfutée - de la collusion entre les Bush, père et fils et de leurs acolytes politiques et industriels avec les détenteurs du pouvoir et de la richesse saoudienne, sans oublier celle, documents à l'appui, des causes réelles des guerres menées en Afghanistan et en Irak, comme celle de la manipulation du peuple états-unien, etc., tout ce que nous soupçonnions, que nous savions même, mais dont nous ne pouvions pas faire la preuve. C'est fait.
Et c'est terrifiant.
Heureusement, est aussi montré que sont nombreux nos voisins du Sud qui, dès son arrivée frauduleuse au pouvoir, ont compris et critiqué les orientations et décisions politiques criminelles de Bush et de ses suppôts, et qu'un nombre de plus en plus considérable de citoyens prend aujourd'hui conscience d'avoir été trompé.
Je vous invite chaleureusement, chers lecteurs et lectrices de Vigile, à voir ce film. Loin d'être démagogique, comme se plait à le répandre une flopée d'intellectuels à la manque ou/et au service de la classe dominante, il se révèle au contraire comme étant un vibrant hommage au jugement du peuple, en ce qu'il suppose qu'en lui montrant la vérité, il saura en disposer selon ses intérêts.
Bien sûr, Moore choisit de présenter les faits en les organisant de manière à susciter l'indignation et la colère, et adopte un langage approprié à l'atteinte de son objectif, mais il ne ment à aucun moment, ni ne se dérobe à sa responsabilité d'auteur.
Or, mentir et cacher son intention, ne sont-ce pas là les premiers ingrédients de la démagogie, ne sont-ce pas ceux qui structurent les discours sur les vertus de l’unité canadienne et des politiques néo-libérales?
Un film-documentaire peut-il changer le cours des choses, demande, ce matin, Odile Tremblay, dans le Devoir? Il faut espérer que celui de Moore le peut, si l’on ne veut pas que Bush tienne plus longtemps le sort du monde entre ses mains sales.

TRIBUNE LIBRE
Manifestation du 1er juillet...
Louis Valiquette
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
Bonsoir. Je suis un souverainiste de longue date et convaincu.
J'ai vu avec un peu de dégoût les actions du Mouvement de Libération
Nationale du Québec (MLNQ) lors de la manifestation de Québec le 1er juillet
et probablement quelques-uns des membres montréalais lors du spectable du
Vieux-Port de Montréal.
Des gens cagoulés, des propos xénophobes et provocateurs par des membres
accompagnés d'escortes. Digne de milices sud-américaines ou pires de
mouvements terroristes... Un peu moyen-âgeux comme action pour des gens
qui aspirent à autre chose.
Mon pays, je le veux. Mais je ne le veux pas contre les autres ou pour
sauver des impôts. Je le veux pour moi, pour les miens. Il est une
aspiration, pas une claque dans la face et un doigt d'honneur à un autre
peuple qui, comme Duceppe le disait bien, "n'est ni meilleur ni pire". Mon
histoire je la connais bien. Oui on s'est fait avoir pendant des décennies,
comme on profite nous-mêmes de d'autres.
Les gens présents à la manif auraient dû profiter de cette journée pour
justement boycotter les fêtes du Canada ou bien déménager ailleurs. J'ose
imaginer la controverse et les cris si certains extrémistes anglos ou
fédéralistes agissaient de la sorte lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste.
Si c'est avec des gens comme ça que l'on doit bâtir un pays, je sais plus si
ça m'intéresse.
Petit peuple que nous sommes.

TRIBUNE LIBRE
« Menaces terroristes »: Mise au point du MLNQ.
COMMUNIQUÉ MLNQ
TRIBUNE LIBRE 3 juillet 2004
Le Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ), présidé par l’ex-felquiste Raymond Villeneuve, tient à effectuer une mise au point quant à ce que soutenait un quotidien de Québec ce matin attribuant des « menaces terroristes » au MLNQ.
Le MLNQ réaffirme qu’il soutient la voie démocratique et pacifique pour qu’advienne l’indépendance du Québec. L’organisation indépendantiste entrevoit d’autres avenues que dans l’hypothèse où la voie pacifique serait définitivement bloquée. « Nous souhaitons que l’indépendance se fasse démocratiquement par la réélection du Parti Québécois et un référendum gagnant. Cependant, nous disons simplement que si cette voie est bloquée à jamais, notamment par l’utilisation de la force contre le Québec par Ottawa (partition, occupation militaire, refus de reconnaître le vote référendaire, etc.), les Québécois n’auront d’autre choix que de se défendre et le MLNQ les soutiendra », a déclaré M. Villeneuve.
Ainsi, le MLNQ réaffirme qu’il souhaite la victoire par la voie démocratique. « Nous ne sommes pas pour la violence, nous sommes même CONTRE la violence. Nous posons simplement l’hypothèse d’un blocage de la voie démocratique, par exemple suite à une occupation militaire du Québec après la prochaine victoire référendaire, qui rendrait le soulèvement populaire inéluctable pour réaliser l’indépendance du Québec », a rajouté Pierre-Luc Bégin, vice-président du MLNQ.
Nous vaincrons !

TRIBUNE LIBRE
Jean Dorion désavoue totalement les propos de Raymond Villeneuve
MONTREAL (PC) 3 juillet 2004
Le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Jean Dorion, désavoue totalement les propos de l'activiste Raymond Villeneuve qui a évoqué de possibles actes terroristes dans la lutte pour la souveraineté du Québec.
M. Dorion rejoint ainsi plusieurs organisations souverainistes, dont le Mouvement national des Québécois, qui condamnent de tels propos.
En entrevue à NTR, Jean Dorion a déclaré que Raymond Villeneuve faisait beaucoup de tort à la cause qu'il prétend défendre. Il s'interroge aussi sur le but que poursuit M. Villeneuve.
Par ailleurs, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste se réjouit des résultats du Bloc québécois obtenus aux dernières élections fédérales. Pour M. Dorion, il s'agit d'une performance qui renforce la position des indépendantistes, que ce soit au Parlement canadien ou ailleurs.