Actualité







Boisclair part, Landry reste

Denis Lessard
La Presse mardi 10 août 2004

Québec - Mauvaise nouvelle pour Bernard Landry. L'un des députés péquistes les plus doués, André Boisclair, va annoncer d'ici peu qu'il quitte la vie politique pour retourner aux études, aux États-Unis.

M. Boisclair - qui se trouve actuellement à Boston - a confirmé à son patron au cours des derniers jours qu'il avait été finalement accepté dans un programme pour jeunes leaders à Harvard et qu'il ne pourrait obtenir ce diplôme tout en continuant à représenter la circonscription de Gouin à l'Assemblée nationale, a appris La Presse de source sûre.

Cela n'empêchera toutefois pas Bernard Landry d'annoncer bientôt son intention de conduire les troupes péquistes aux prochaines élections générales, une annonce prévisible pour ceux qui ont parlé tout récemment au chef du Parti québécois. Sa décision doit être rendue publique le 29 août au prochain conseil national du PQ à Québec (ou au plus tard à celui de la mi-octobre), soit avant le début des assemblées de circonscription où on choisira les délégués qui, en juin 2005, auront, par un vote, à exprimer leur confiance envers le chef. Aux militants qui l'interrogent, M. Landry indique avoir l'appui d'au moins 80 % des péquistes qu'il consulte.

De plus, les obstacles qui se dressaient sur sa route pour l'empêcher de rester à la tête du PQ semblent avoir disparu. Fort active l'été dernier, Pauline Marois n'a rien fait depuis des mois maintenant pour ravigoter ses supporteurs. François Legault, de son côté, continue de courtiser avec assiduité les militants, mais même chez ses supporteurs inconditionnels, on admet que le député de Rousseau est prêt à attendre le départ de M. Landry, même s'il survient après les prochaines élections, pour prendre les commandes du PQ.

MM. Landry et Boisclair doivent se reparler pour décider de la date de la démission officielle du député de Gouin. On souhaitait la reporter après le conseil national de la fin du mois afin de ne pas refroidir l'ardeur des militants. Mais cette annonce serait faite assez tôt pour que l'élection complémentaire se tienne en même temps que celles de Laurier, Nelligan et Vanier. Les deux premières circonscriptions sont des bastions libéraux, mais comme le PQ estime avoir des chances de l'emporter dans l'ex-circonscription de Marc Bellemare à Québec, " on pourrait faire un match nul, 2 à 2 le soir des partielles ", a confié un apparatchik péquiste.

Élu à 23 ans aux élections générales de septembre 1989, André Boisclair siégeait depuis 15 ans à l'Assemblée nationale. Il avait obtenu la circonscription de Jacques Rochefort, lieutenant de Pierre Marc Johnson élu en 1981 et évincé par le clan Parizeau.

André Boisclair n'a pour seul diplôme qu'un DEC obtenu au collège Jean-de-Brébeuf et il n'a fait qu'une année en économie à l'Université de Montréal. Ancien leader étudiant, il avait présidé pendant un an le Comité national des jeunes du PQ avant qu'on lui donne Gouin. Parizeau le laissera simple député, mais il deviendra ministre, délégué aux Relations avec les citoyens, en janvier 1996 avec l'arrivée de Lucien Bouchard. Avant la défaite péquiste d'avril 2003, il était titulaire de l'Environnement. Rude jouteur et habile débatteur, il était leader parlementaire de l'opposition depuis un an.

En juin dernier, alors qu'il ne croyait plus être accepté à l'université pour septembre, M. Boisclair avait annoncé à ses militants dans Gouin qu'il serait encore là pour un cocktail de financement en 2005. Puis, imprudemment, il avait même lié son avenir à celui de Bernard Landry, soulignant que l'amitié qui le liait au chef péquiste était " un élément qui pèse très fort dans la balance " pour prendre sa décision.

M. Landry a tenté pendant des semaines, en vain, de convaincre M. Boisclair de rester. Sa démission envoie une fausse note à la rentrée politique pour des péquistes qui, s'appuyant sur les sondages, estiment qu'ils auront une chance dans trois ans de défaire les libéraux après seulement un mandat.

Car, dans les milieux péquistes, tout le monde sait qu'André Boisclair part pour mieux revenir- et diriger le PQ. Et la perspective d'une victoire péquiste dès les prochaines élections l'a longtemps retenu dans sa décision de tirer sa révérence.

Selon les informations obtenues par La Presse, quelques noms circulent déjà pour la succession à l'investiture du PQ dans Gouin. Joint hier, le candidat bloquiste défait dans Outremont, François Rebello, a reconnu que son nom avait circulé, mais soutient n'avoir aucune intention de se présenter.

Nicolas Girard, longtemps employé politique sous les gouvernements Bouchard et Landry, a confirmé avoir été sollicité par les militants de Gouin. André Boisclair verrait " d'un bon oeil " cette candidature.

Finalement, l'ancien député péquiste d'Anjou, Pierre Bélanger, compte être sur les rangs.





La récupération culturelle

André Pratte
La Presse mardi 10 août 2004

Jean Charest et Mario Dumont ont profité de la controverse entourant le non-renouvellement de la licence de la station CHOI pour réclamer que le Québec ait son mot à dire en matière de radiodiffusion, un domaine de compétence fédérale. Pourtant, le lien logique entre cette revendication et la controverse en question est loin d'être évident.

On pourrait être cynique et croire que la manoeuvre est liée à l'élection complémentaire prévue pour l'automne dans Vanier, en plein coeur de Québec. Quoi de plus rentable pour un politicien courtisant les électeurs de la capitale nationale que de s'ériger en défenseur de la station martyre? De la " souveraineté culturelle " de Robert Bourassa, on serait passé à la " récupération culturelle "...

Étudions plutôt le dossier au mérite. Le chef de l'ADQ a proposé de convoquer d'urgence l'Assemblée nationale pour qu'elle affirme la volonté du Québec de rapatrier l'ensemble des compétences en matière de culture. La mesure paraît tout aussi disproportionnée que futile: il est évidemment impossible qu'un amendement constitutionnel soit négocié d'ici trois semaines, alors que la licence de CHOI expirera.

Le principe défendu par Mario Dumont n'est pas farfelu; il s'inscrit dans la droite ligne des revendications du Québec depuis 40 ans. L'avancée la plus importante dans ce domaine a été réalisée en 1992, par l'Accord de Charlottetown, qui accordait aux provinces la " compétence exclusive sur les questions culturelles sur leur propre territoire ". Est-il nécessaire de rappeler avec quelle énergie Mario Dumont s'est opposé à cette entente? Passons...

Ce qui frappe ici, c'est combien CHOI fait un mauvais étendard pour la défense de la culture québécoise. La station s'est fait taper sur les doigts, il y a deux ans, pour sa violation systématique des quotas de chansons de langue françaises imposés par le CRTC. Depuis, le poste s'est amendé. Cela n'a pas empêché l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) de s'opposer au renouvellement de la licence. L'ADISQ accuse CHOI de baser son modèle d'affaires " sur le dénigrement systématique des artistes québécois ". Entre autres propos relevés par l'Association sur les ondes de CHOI, durant une période de moins d'un mois: " Boom Desjardins est une tête enflée, détenteur d'un secondaire cinq "; " Wilfred fait vraiment pitié, sans talent, pas intelligent, plein de boutons "; " Audrey Demontigny fait de la culotte de cheval. "

Le raisonnement de Mario Dumont souffre d'une autre faiblesse, fatale celle-là: il n'y a tout simplement aucun rapport entre le non-renouvellement de la licence de CHOI et le statut fédéral du CRTC.

Pour sa part, le premier ministre Jean Charest a signifié qu'il souhaitait conclure une " entente administrative " pour que le Québec soit représenté " sur les bancs du CRTC ". Le CRTC comptant déjà deux conseillers québécois sur sept, que souhaite le gouvernement du Québec exactement? Nommer lui-même des représentants au CRTC? En quoi une telle représentation aurait-elle modifié l'attitude du Conseil dans le dossier CHOI? Les représentants du Québec auraient-ils applaudi à cet autre hommage à la culture d'ici rendu par Jeff Fillion, selon le relevé de l'ADISQ: " Est-ce que Marie-Chantal Toupin serait assez hard pour se mettre dans les culottes et se retourner la bille? Elle aime pas le cul, elle est même pas belle. Elle a pas de beaux seins, elle pue. "

Non, vraiment, les politiciens n'aident pas la culture québécoise en s'acoquinant à CHOI.





LES JEUNES LIBÉRAUX, AILE JEUNESSE DU CONSEIL DU PATRONAT ?

Denise Veilleux et Amir Khadir, porte-parole nationaux de l'UFP
10 août 2004

L’abolition de la formule Rand : " chacun pour soi et tant pis pour les autres ! ".

Montréal, le 10 août 2004 – La proposition des jeunes Libéraux d’abolir la formule Rand, présentée comme une solution viable à l’amélioration des conditions de travail des jeunes, sert avant tout les intérêts du patronat, une méprise qui trahit les ravages de l’idéologie néolibérale et de son corollaire, l’individualisme.

Pour régler les problèmes réels des jeunes qui vivent la précarité, le chômage et les faibles salaires, l’UFP propose plutôt une réforme en profondeur des lois du travail pour faciliter l’accès à la syndicalisation, élargir la notion de salarié(e) afin d’inclure entre autres les travailleurs et travailleuses atypiques et renforcer l’article 45 du Code du travail, car la sous-traitance permet actuellement aux patrons de réduire les salaires.

La position de l’aile jeunesse libérale est l’héritage malsain de la rengaine du déficit zéro martelée durant des années, d’abord par le Parti québécois et maintenant par le Parti libéral et selon laquelle les dépenses " exorbitantes " consacrées aux générations plus âgées créeraient un fardeau injuste pour la jeunesse.

On oppose ainsi une génération à l’autre, comme si chacune n’était qu’un bloc homogène, prête à ravir à l’autre les emplois et la richesse, comme s’il fallait choisir entre soigner les vieux ou éduquer les jeunes alors qu’il y a assez pour tous, l’essence du problème se trouvant dans le mode de redistribution de la richesse.

La vision des jeunes libéraux est faussée à la base parce qu’elle repose sur le mythe d’une situation critique des finances publiques. Or, le problème ne réside pas dans le manque de ressources, mais bien dans la mauvaise répartition de nos richesses plus que suffisantes. C’est pourquoi il faut instaurer une fiscalité véritablement progressiste où les entreprises paient leur juste part d’impôts.

Les jeunes libéraux font abstraction des inégalités sociales croissantes, de la concentration de la richesse et réduisent la problématique sociale du Québec à un combat intergénérationnel et antisyndical. C’est ignorer l’histoire des luttes sociales, au Québec et ailleurs, qui ont permis d’améliorer le sort des travailleuses et travailleurs. Une preuve que le système d’éducation doit être modifié afin de faire place à l’enseignement des luttes syndicales, communautaires et féministes pour favoriser la solidarité entre les générations au lieu de cultiver la concurrence, ce qui ne sert, en définitive, que les intérêts du patronat.





Missile shield won't protect Canada: expert:
Defence system 'will not work,' retired U.S. general warns

David Pugliese
Ottawa Citizen August 10, 2004 Tuesday

The United States' missile shield will offer little protection to Canadians and most likely will never work, says a U.S. general who is one of several dozen retired senior military officers opposing the untested system.

Retired Lt.-Gen. Robert Gard Jr. says one of the biggest threats facing the U.S. is not a ballistic missile fired by Iran or North Korea, but that of terrorists or "rogue nations" smuggling a weapon of mass destruction into the country and detonating it.

"We're spending money on a (anti-missile) system that most probably will not work against an unlikely threat while we're under-funding programs designed to counter the more likely threat," Lt.-Gen. Gard, a Vietnam and Korean war veteran, said in an interview with the Citizen.

The general is in Ottawa today at the invitation of the Polaris Institute, Physicians for Global Survival, and the Walter and Duncan Gordon Foundation, to speak about missile defence. Tomorrow he will meet with Liberal MPs concerned about Canada's potential involvement in the controversial system.

In March, Lt.-Gen. Gard organized an open letter to President George W. Bush in which 49 retired admirals and generals recommended postponing deployment of the missile shield until it is proven in tests to actually work.

Instead of pumping billions into the system, the officers, each with at least 30 years experience in the U.S. military, recommended spending money to beef up security at ports and border crossings, as well as around sites which have nuclear weapons or material.

The shield, to be ready by October, will initially use sea and ground-based interceptor rockets to shoot down incoming warheads.

Last week, Defence Minister Bill Graham announced that Canada would agree to alter the Norad agreement to allow that joint U.S.-Canadian aerospace command to provide missile warning and detection information to the shield. But Mr. Graham said the amendment to the Norad pact does not mean Canada is participating in the anti-missile system and that decision would come later after consultations with Parliament.

Asked what the missile shield could provide Canadians if the government were to participate, Lt.-Gen. Gard responded: "I don't think anything."

He stressed that any decision about whether to sign on is up to the Canadian government, but he noted that tough questions should be asked about the "discrimination problem" -- that is, how the shield would determine the difference between a decoy and an actual warhead. He said defence scientists in the U.S. have raised doubts the system can do that, and also noted that any country which can build a ballistic missile will also be able to outfit it with decoys.

Military officials say the shield is designed to counter a small-scale attack by countries such as North Korea or Iran, as well as accidental missile launches by Russia and China. The Pentagon is spending about $4 billion U.S. a year on its development, and future costs are pegged at more than $50 billion.

Department of National Defence officials and some military analysts have argued Canada must take part in the shield to show that it is contributing to the defence of North America.

But Lt.-Gen. Gard noted that Canada is already helping protect the continent through Norad, which since the Sept. 11, 2001, attacks has been given the key role of monitoring domestic aircraft to prevent a terror strike using commercial planes. "Your defence budget, contrary to what some people are claiming, is comparatively quite large," he added. "You're still spending about as much as you were at the end of the Cold War which cannot be said of our European allies."

He noted that Canada has the sixth largest defence budget in NATO.

Lt.-Gen. Gard, however, said while the shield is designed primarily to protect the U.S. from North Korean or Iranian missile launches, those two nations would be unlikely to attack the United States by that means even if they were able to build such a weapon. Such an attack would invite American retaliation by nuclear weapons, and Lt.-Gen. Gard said he has seen no indication that North Korean or Iranian leaders would be so "suicidal."



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Les p'tits roberts de la grand'rousse

Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 10 août 2004

On ne badine pas avec la pravda



Objet : Rudy Le Cours, « Le siècle du Petit Larousse », LaPresse du 8 août 2004, Cahier Arts/Spectacles, p.7 (Rudy.lecours@lapresse.ca  / Lettres@cyberpresse.ca  / http://www.cyberpresse.ca/general/contacteznous.php?j=2)



Reconnaissance à Pierre-Louis Mallen
Ultimes salutations à Jacques Douai


Il est étonnant que La Presse accordât une demi-page complète de sa livraison, nonobstant ledit centenaire, à un ouvrage réédité constamment, année après année, inlassablement. Hormis, bien sûr, qu'il s'agisse d'une réclame plus ou moins déguisée. Et plutôt moins gratuite que plus. Allez donc savoir toutefois si le livre des mots saura nous en dire plus long que M. LeCours.

Il est également assez singulier que l'auteur de l'article n'ait pas cru opportun de mentionner que par la rousse effeuilleuse point n'est plus nécessaire d'aller dénicher les équivalents de même ton en Irlande, en Royaume-Uni ou aux États-Unis. À constater combien depuis quinze ans, sinon vingt, les Français se font un devoir d'intégrer massivement la langue anglaise dans leurs dicos, on sait aujourd'hui qu'il devient à peine utile en effet de se munir, en complément, du Harrap's, du Webster's ou du Oxford's. Nos rousselines ont fait de ces briques, ou pavés, des objets somme toute superflus. Si, comme de bien entendu, on excepte le spécialiste ou quelque amoureux des mots d'outre-Manche, là, d'outre-45e, ici.

Non moins déconcertante, faut dire, l'information selon laquelle cinq des nôtres se seraient vu accorder le privilège de sniffer quelques lignes au sein de cette édition 2005. On apprendra, je vous le donne en mille (soit deux cents fois la mise), que ces cinq Québécois ne sont pas véritablement des citoyens de cette vague contrée provincialeuse nommée Québec. Ah que non! ce sont bel et bien des Canadiens, pardi! Rien moins. De même, apprenons-nous (comme à chaque année, n'est-ce pas) que le Canada constitue une terre prodigieusement fertile pour la semeuse: «Il s'agit de la densité de possession la plus importante» en regard à l'ensemble de la francité. M. Le Cours, une fois de plus, n'a que faire de la factualité selon laquelle le Canadian Market hors-Québec représente des broutilles pour la réputée maison des French Words.

On a ainsi rapidement compris qu'à l'enseigne de La Presse, le Québec reste en quelque sorte une vue de l'esprit. Tout au plus un p'tit tas dans l'État. Quoi. Visiblement, MM. André Pratte et Alain Dubuc, et sans doute quelques autres membres de la fabuleuse tribu Gesca (mesdames Lysiane Gagnon et Michèle Ouimet en Métropole, par exemple, ou messieurs Gilbert Lavoie et Jean-Jacques Samson en grand renfort du Soleil de la Capitale), se sont sérieusement affairés à convaincre M. LeCours qu'il est autorisé en ces lieux, voire conseillé, de prosaïser le pays de Gilles Vigneault. À volonté. En revanche, l'eût d'ailleurs rappelé le cher Alfred en cas de première nécessité, on ne badine pas avec l'amour. Du Canada.

Certes, on connaissait déjà le phénomène depuis fort longtemps par le truchement des pages éditoriales, et le traitement de l'information de manière générale, mais il s'avère que la mission commandée (M. Pratte nous faisait même l'honneur tout récemment d'étaler ses grands sentiments sur la place rouge de Toronto: il a du coeur, hein, notre Rodrigue. Sauf que, hélas pour lui, la blonde Nathalie n'était pas cette fois-ci du voyage) se prolonge désormais jusque dans les entrefilets des re/censeurs de bouquins.

D'ailleurs, il y a peu c'était le collègue Paul Roux (descendant direct de la diserte diseuse par variation orthographique, cela est certain) qui pliait le genou avec déférence devant le pays imaginaire des Stéphane Dion, des
André Ouellet et des Pierre Pettigrew: http://www.vigile.net/ds-actu/docs4/6-7.html#mg

Comme le ressassait à intervalles réguliers un puissant esprit de mes «connaissances» - car la répétition, surtout métronomique, c'est bien connu, fait quelquefois office de démonstration sinon de théorie: parlez-en aux maîtres es unifoliés Chuck and Alfonso -, on ne badine pas avec la pravda.

Cela dit, et là-dessus j'acquiesce aux arguments de M. LeCours : la dix-septième lettre de l'ouvrage reste sans conteste celle qui de toutes présente le plus beau Q.

Aussi les roberts de la petite farouche peuvent-ils de bon pas aller se musser dessous la couverture.

Fauchée est la semeuse.


Jean-Luc Gouin
LePeregrin@yahoo.ca

Capitale nationale, 8 août 2004 (Ave Felix !)


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Rappel pour les amants du genre : http://www.vigile.net/00-8/jlg-dico.html






TRIBUNE LIBRE

UN PEUPLE ET SA LANGUE

TRIBUNE LIBRE 10 août 2004

UN PEUPLE ET SA LANGUE - ESSAI - FERNAND COUTURIER.
Édition Fondation littéraire Fleur de Lys, 484 pages.

Pourquoi un autre livre sur la situation politique et historique du peuple du Québec?

Parce que jusqu'ici les travaux qui ont traité de ces thèmes, autant dans la perspective fédéraliste que souverainiste, accusent une impuissance caractérisée: ils n'exploitent pas à sa juste mesure l'argument principal qu'est la langue. En effet, la conception de la langue qu'ils véhiculent en général, conformément à l'interprétation courante, ne saurait justifier le nationalisme identitaire québécois ni à l'intérieur du Canada actuel, ni comme fondant adéquatement la souveraineté politique.

Et comment de nos jours voit-on habituellement la langue? Comme un simple moyen ou instrument de communication: par elle on exprime ses pensées et ses opinions et ainsi l'on peut entrer en dialogue avec les autres. Conséquence de cette approche instrumentaliste: une langue peut être remplacée par une autre sans graves inconvénients. Comme tout autre outil. D'autre part, les supports techniques se raffinant, la communication instantanée entoure d'ores et déjà la terre et prend maintenant le large du monde interplanétaire. Ce phénomène semble demander et favoriser, par le nivellement linguistique, l'unification du monde. Puis cela a tendance à se faire au nom des intérêts économiques voués au développement des marchés et qui tentent de lever les obstacles que peuvent dresser les particularités nationales et linguistiques.

Dans cette perspective et ce contexte, on peut difficilement invoquer la diversité des langues comme argument pour défendre les identités culturelles différentes des peuples ainsi que leur autonomie. La multiplicité des langues apparaît plutôt comme un obstacle de taille à l'unification soi-disant bienfaisante de l'humanité dans une communication sans entraves au service d'une mondialisation de mouture néolibérale individualiste.

Alors ce que Un peuple et sa langue essaie de faire, c'est de montrer que la langue comprise comme moyen, instrument ou véhicule manque l'essentiel du phénomène langagier chez l'humain. La langue est plus que cela. En recourant à diverses pensées philosophiques (Finkielkraut, Heidegger, Nietzsche) et quelques expériences poétiques, on tente de laisser apparaître le langage comme l'élément vital en lequel un peuple est ce qu'il est. Car le langage fait être. Dire, en effet, c'est rendre manifeste, c'est faire apparaître en être. L'être est associé au dire. Ce sont des alliés d'origine inséparables. Toutes les choses révèlent leur essence et leurs différences dans et par le dire qui les dévoilent (sic). Ainsi la vérité particulière de chacune des choses relève de la capacité évocatrice du langage, plus précisément des langages divers selon leurs propres aptitudes à manifester. Il en va ainsi pour un peuple. Son langage l'appelle à être. C'est en langage, voire comme langage, qu'il est et se développe dans toutes ses particularités, qu'il accède à son identité propre.

Le peuple québécois s'est constitué et s'est développé dans sa langue, la langue française. Autrement dit, la langue française a été et reste l'élément essentiel ou vital de son histoire. Ainsi cette langue n'est pas pour lui un accessoire négligeable, interchangeable, indifférent à son être de peuple. C'est en cette langue et par elle qu'il a constitué son monde propre, c'est en habitant cette langue que ses traits culturels particuliers se sont dessinés, que ses idéaux démocratiques d'égalité, de liberté et de solidarité se sont formulés et offrent un éclairage particulier pour sa vie concrète, et que son territoire a pris les visages ou les aspects qu'il offre. À lui d'en prendre conscience rapidement et d'agir en conséquence s'il veut envisager son propre avenir dans cette identité. Car il y a urgence.

Aussi cette compréhension de la langue permet-elle un nouveau regard sur des questions tout à fait d'actualité, délicates et grosses de conséquences pour le peuple du Québec telles que la nation, les ethnies, l'immigration, l'intégration et l'assimilation, le bilinguisme et le multiculturalisme, le jeu des nationalismes civique, politique, territorial, ethnique et culturel, le cosmopolitisme, la mondialisation et le thème du "citoyen du monde", etc. Cette compréhension de la langue offre en effet une aide particulière pour exorciser des préjugés latents, annuler des tabous qui grèvent ces questions, pour s'affranchir ainsi de la rectitude politique qui les voilent (sic), et ménager pour tous un accès plus libre à la réalité. À notre réalité historique et politique se complexifiant et s'enrichissant au fil de l'immigration de nombreuses ethnies.

Les humains se dévoilant progressivement à eux-mêmes en langage et laissant apparaître les choses au gré de leurs dires évocateurs, ce langage devient l'élément ou l'aire de manifestation où se maintiennent ensemble ou s'articulent les moments du temps, c'est-à-dire l'avenir, le passé et le présent. Sans langage il n'y a pas d'histoire. Un peuple, le peuple du Québec, peut et doit assumer son destin au présent, i.e. dans tout présent qui surgit sans relâche dans l'ouverture éclairée d'un avenir projeté, projeté à partir du tremplin de ce qu'il est devenu en rassemblant et tenant vivant dans la mémoire du langage ce qu'il a été, ce qu'il a été dans chaque présent qui fut sien. Développer ainsi son destin, c'est œuvrer son histoire au présent en lequel s'articulent toujours les dimensions temporelles de l'avenir et du passé.

Aussi Un peuple et sa langue passe-t-il en revue les moments décisifs de l'histoire de la Province de Québec depuis la Conquête et y découvre trois étapes dans le projet d'assimilation du fait français à l'anglais: Assimilation expressément formulée et astucieusement poursuivie après la chute de la Nouvelle-France; assimilation souhaitée plus ou moins secrètement et constitutionnellement camouflée dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique fondant le Canada actuel; et assimilation apparemment jugulée mais objectivement favorisée par les politiques fédérales mises en place depuis l'ère Trudeau. Il s'agit entre autres des lois sur le bilinguisme et le multiculturalisme, du rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982, du Renvoi à la Cour suprême relativement à la sécession du Québec, de la Loi C-20 sur la clarté, de l'Union sociale.

Pour le Québec, la position conséquente à cet état de choses est de se placer en état de souveraineté politique. D'abord cet état s'avère tout simplement l'achèvement de son être comme peuple, l'accession à l'émancipation normale de la maturité, sa fin normale et légitime de peuple. Le langage située (sic) au niveau de l'essence même du peuple semble réclamer la souveraineté politique où se conjuguent en une remarquable union la plénitude d'être et la liberté de parole. Site de la liberté tout court. La liberté pourrait bien n'être que l'aire ouverte en langage pour l'exercice de nos possibilités d'être et celles des choses de notre monde.

Étant ainsi souverain, le Québec pourrait figurer pleinement et en son propre nom à la table des Nations. Et si le désir se maintenait de s'associer avec le reste du Canada après cette entrée dans la souveraineté, il serait alors dans la position normale pour lui présenter un projet de vraie Confédération. Car en situation de souveraineté il pourrait justement déléguer des pouvoirs soigneusement définis, et être pris au sérieux. Ses propositions d'association et de partenariat en 1980 et 1995 ne l'ont pas été parce qu'elles étaient formulées dans une situation de non-pouvoir. Ce serait, semble-t-il bien, une solution apte à plaire aux nationalistes fédéralistes dont l'attachement à la réalité canadienne peut se comprendre, et capable aussi de satisfaire les nationalistes souverainistes ou indépendantistes qui verraient enfin entre les mains de leur propre État les pouvoirs nécessaires au plein développement du peuple du Québec. Dans le cas d'un refus, les Québécois continueraient tout simplement, sans les entraves d'un pouvoir étranger, à œuvrer leur destin dans leur langue française dont la vitalité relèverait désormais uniquement de leur propre volonté de garder leur identité de peuple.

Cet essai est édité par la Fondation littéraire Fleur de Lys, le premier éditeur libraire francophone sans but lucratif sur Internet : http://www.manuscritdepot.com/