
Qui sont les pourfendeurs du « tabou » sur la question nationale ?
Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 74, 11 août 2004
Quand Françoise David m’a gentiment reproché de ne pas avoir indiqué mon statut de membre de SPQ Libre en signant l’article où je comparais sa position constitutionnelle à celle de Mario Dumont, je ne lui ai donné qu’à moitié raison, persuadé que les lecteurs de l’aut’journal, dans lequel paraissait l’article, connaissaient mes positions politiques. Mais dans la réplique parue dans Le Devoir du 30 juillet sous le titre «Ce que Françoise David n’a pas compris», j’ai décliné mon appartenance à SPQ Libre, afin que le lecteur sache où je me situe.
J’espère maintenant que Mme David fera - tout aussi gentiment - la même remontrance à Pierre Beaudet qui se porte à sa défense dans Le Devoir du 10 août dans un article d’opinion titré «Le tabou». Pierre Beaudet se présente comme «sociologue, intervenant en coopération internationale», mais il néglige de dire qu’il dirige depuis plusieurs années le groupe Alternatives qui, entre autres activités, publie le mensuel Alternatives, encarté dans Le Devoir en plus d’être largement diffusé dans les milieux syndicaux et populaires.
Produire et distribuer un journal dont le tirage dépasse les 40 000 exemplaires coûte des sous. Beaucoup de sous. Ces sous proviennent en majeure partie du gouvernement fédéral qui, par l’intermédiaire de l’ACDI, verse annuellement quelques millions de dollars au groupe Alternatives. Veut, veut pas, ça impose un préjugé favorable qu’une lecture attentive du journal ne manque pas de révéler. Du portrait sympathique du vice-roi John Saul (L’honorable dissident, vol. 9, no. 8 - mai 2003) à l’éloge de la nouvelle constitution afghane élaborée à l’ombre du fusil protecteur de l’armée d’occupation canadienne (Un nouveau visage pour l’Afghanistan, vol. 10, no. 4 - décembre 2003), d’une analyse pré-électorale diabolisant le Parti conservateur faisant ainsi la partie belle aux libéraux (La menace d’un Canada made in USA, vol. 10, no. 9 - juin 2004) à l’éditorial post-électoral de Judy Rebick qui demande au Bloc de mettre de côté l’objectif de la souveraineté et de « sérieusement envisager l’idée de réellement gouverner le Canada » avec le NPD (Bloc, NPD, unissez-vous! , vol. 10, no. 10 - juillet/août 2004), il ressort clairement que le journal Alternatives est l’organe officieux de l’aile gauche fédéraliste canadienne au Québec.
Venons-en maintenant au contenu de l’article de Pierre Beaudet. La première moitié de l’article est consacrée à un large tour d’horizon historique et géographique - superficiel et biaisé - dont le but est d’amener le lecteur à une évidence : il y a d’autres avenues à l’autodétermination des peuples que la souveraineté.
Puis, M. Beaudet procède à une analyse géopolitique de l’Amérique du Nord où il énumère une série de contre-arguments à la souveraineté dont les liens géographiques, économiques et culturels («attachement à la démocratie, plus grande tolérance, hostilité au militarisme») qui unissent le Québec et le Canada.
Il y a aussi, ajoute-t-il, « l’argument fondamental » de la présence d’une «hyperpuissance menaçante, militarisée», les États-Unis, «qui cherche de toutes sortes de façon à nous subordonner, à nous faire plier, et disons le franchement à nous voler». La résistance à cette hyperpuissance «risque, selon lui, d’être le plus grand défi des prochaines années» et «le Canada anglais, en tout cas une bonne majorité de la population qui l’habite, est de notre côté dans cette histoire», affirme-t-il.
Par contre, «certains nationalistes québécois qui ont lorgné du côté américain pour briser le Canada’ ont commis et commettent encore une grave erreur», écrit-il. Contre ceux-là qui ont épousé «la logique perverse de l’ennemi de mon ennemi est mon ami’», Pierre Beaudet invoque la mémoire de René Lévesque - « un astucieux personnage qui savait très bien que la majorité de la population est attachée au concept du Canada » - et il ressuscite le concept de souveraineté-association. Selon Pierre Beaudet, «cet attachement des Québécois au Canada conserve un aspect tout à fait rationnel, à la fois calculateur et éthique», alors que la quête de l’indépendance a un aspect chicanier. «Ce n’est pas parce que nous constituons une nation distincte qu’il faut nécessairement se chicaner avec les autres», écrit-il.
Laissons à d’autres l’analyse subliminale des mots utilisés - d’un côté la solution adulte («rationnel» et «éthique»), de l’autre la solution enfantine («se chicaner ») - pour nous en tenir à la dimension géopolitique.
Pierre Beaudet reprend essentiellement l’analyse de la gauche canadienne-anglaise qui voue aux gémonies le mouvement souverainiste québécois qu’il tient responsable de l’adhésion du Canada aux traités de libre-échange nord-américains.
Mais Beaudet évite de rappeler que ce revirement de stratégie a eu lieu sous l’égide de René Lévesque - toujours un «astucieux personnage», M. Beaudet ? - à l’occasion du «beau risque», alors que le Parti Québécois a apporté son soutien au Parti conservateur de Brian Mulroney qui promettait de ramener le Québec dans la Confédération dans «l’honneur et l’enthousiasme». On connaît la suite. L’entente du Lac Meech fut rejetée par le Canada anglais qui voyait dans le concept de la «société distincte» l’embryon d’un fédéralisme asymétrique.
Beaudet se complaît à citer les critiques virulentes du concept de souveraineté-association émanant de milieux indépendantistes, mais il omet soigneusement de dire que ce sont les sales coups des Trudeau, Chrétien et Ryan, lors de la campagne référendaire de 1980, qui ont assassiner le projet. Lévesque, Parizeau et les autres leaders souverainistes proposaient précisément au Canada anglais, «une nouvelle entente, d’égal à égal» - comme le proclamait le titre du Livre blanc - pour faire face à la puissance américaine. Le Canada anglais a dit «Non merci! », préférant maintenir le Québec dans cet état d’assujettissement qui lui avait été si profitable depuis plus de deux siècles.
Où étaient alors les progressistes du Canada anglais? Plusieurs soutenaient la campagne de peur de Trudeau. D’autres, enrôlés dans le mouvement marxiste-léniniste, prétendaient défendre le droit du Québec à l’autodétermination auprès des ouvriers canadiens-anglais, mais en les assurant qu’ils étaient contre le Oui au référendum. Bien peu nombreux sont ceux qui ont soutenu inconditionnellement le droit du Québec à choisir son destin et appuyé le projet de souveraineté-association, aujourd’hui si cher à M. Beaudet.
Où étaient les progressistes canadiens-anglais lors du référendum de 1995? Combien se sont opposés publiquement au love-in qui a fait in extremis pencher la balance en faveur des forces fédéralistes? Que faisaient les progressistes anglophones lorsque le Parlement a adopté la Loi sur la clarté? M. Beaudet a-t-il noté que, lors de la dernière campagne électorale, tous les partis politiques fédéralistes, y compris le NPD et le Parti Vert, ont réaffirmé leur soutien à cette loi qui brime notre droit à l’autodétermination? Où sont passés cet «attachement à la démocratie», cette «plus grande tolérance», ces valeurs dont M. Beaudet affirme être partagées tant par le Canada que par le Québec?
Cependant, nous sommes d’accord avec Pierre Beaudet que l’opposition à l’hyperpuissance étatsunienne représente «le plus grand défi des prochaines années». Cependant, une véritable alliance entre le Québec et le Canada ne peut reposer que sur la reconnaissance de l’oppression séculaire de la nation québécoise tant aux plans politique, économique que culturel, une notion totalement évacuée dans le texte de M. Beaudet.
De plus, dans le contexte politique actuel, l’accession à l’indépendance du Québec est la condition sine qua non de cette alliance. Les projets de «fédéralisme renouvelé» qu’ils soient asymétriques ou pas sont voués à l’échec.
Bien sûr, l’indépendance du Québec va ébranler tout l’édifice politique canadien et les structures de domination sur lesquelles il repose et, par le fait même, va miner à la base le système de privilèges bâti sur l’assujettissement du Québec, dont bénéficient le Canada anglais en tant que nation et une mince strate de la population québécoise sous la forme de la «petite loterie», c’est-à-dire le système de corruption étatisé. De gros intérêts sont en jeu et c’est pourquoi l’indépendance ne s’obtiendra pas sans lutte.
D’ailleurs, on peut voir dans la tentative de Françoise David, Pierre Beaudet et d’une certaine gauche québécoise de «donner une dernière chance au Canada» le reflet d’un sentiment de panique et de désarroi chez les forces fédéralistes qui va s’accentuer au fur et à mesure que nous approcherons des élections québécoises et de l’éventualité d’un nouveau référendum.
Que Françoise David et son Option citoyenne aient été accueillies par une volée de bois vert lors de sa tournée estivale du Québec ne devrait pas être une surprise. Que de vieux routiers de la gauche se promènent à travers le Québec en prétendant - après quarante ans de débats et deux référendums - ne pas avoir de position sur la question nationale ne dupe personne et, dans leurs dénonciations du «dogmatisme» et du «tabou» entourant la question nationale , on aura reconnu de vieilles tactiques de polémistes expérimentés.
Ragaillardis par les succès du Bloc québécois, les souverainistes vont combattre bec et ongles toute tentative de diviser le mouvement souverainiste - ne serait-ce que son aile gauche - et de le faire dévier de sa quête d’émancipation sociale et nationale, d’autant plus que s’est incrustée l’idée à la faveur du scandale des commandites et d’autres révélations qu’ils se sont fait voler le référendum de 1995.
Aussi, plutôt que de freiner le mouvement d’émancipation du peuple québécois, nous invitons Françoise David, Pierre Beaudet et l’Option citoyenne à s’y inscrire et à conseiller à leurs camarades du Canada anglais de plancher sur ce que devrait être un Canada sans le Québec et les liens qui devraient unir les deux pays pour faire face à l’hyperpuissance du sud. Car la meilleure façon d’empêcher l’émergence de situations de conflits et de violence - une préoccupation que nous partageons avec Pierre Beaudet - est d’assurer une victoire décisive, éclatante et sans appel du Oui lors du prochain référendum.
L’auteur est directeur de ’aut’journal et membre du conseil d’administration de Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre). Il a publié L’autre histoire de l’indépendance aux Éditions Trois-Pistoles en 2003.

Le tabou
Pierre Beaudet
Sociologue, intervenant en coopération internationale
Le Devoir mardi 10 août 2004
On parviendra à avoir un débat sain sur la question nationale quand on se débarrassera d'un certain dogmatisme
Françoise David a tout à fait raison de dire que la question nationale est devenue pour beaucoup de monde dans le mouvement progressiste au Québec une sorte de tabou.
C'est d'ailleurs confirmé par certaines réactions à ses interventions qui l'accusent de simplisme, de naïveté, voire de stupidité et d'incohérence. Effectivement, remettre en question tout haut la pertinence de l'option indépendantiste conduit rapidement à se faire traiter d'Elvis Gratton. Et quelquefois, on se fait accuser, suprême insulte, d'être «marxistes» ! D'ailleurs, mais cela appartient à une autre époque, il faut se rappeler qu'un autre dogmatisme sévissait dans le Québec d'avant la Révolution tranquille, mais à l'inverse. Ceux et celles qui remettaient en question l'État canadien fédéral étaient immédiatement taxés de nationaleux, de suppôts de Duplessis, etc. Jusqu'à ce que les militants et les intellectuels se réveillent et soulèvent, au début des années 60, la pertinence de relancer un débat sur la question nationale. Dogmatisme contre dogmatisme, personne ne peut avancer.
Les nations et leurs droits
On dit parfois que le Québec est une des rares nations à ne pas disposer d'État souverain. On dit à ceux qui se posent des questions qu'ils ne comprennent pas la «nature», voire l'«essence» du problème, souvent défini ainsi : «Chaque peuple doit avoir son État, car sans souveraineté nationale, on n'existe pas et on est opprimés.» Il y a actuellement sur la planète plus de 3000 communautés humaines qui ont chacune à leur manière des caractéristiques nationales, une identité, une histoire, assez souvent, mais pas toujours une langue distincte. Il y a en ce moment un peu moins de 200 États qui structurent ces communautés en espaces politiques. Dans certains de ces États, il y a des tensions parfois dramatiques, des chicaneries, des oppressions. Certains peuples sont carrément pris dans l'étau, transformés en sous-humains, écrasés par des systèmes qui fonctionnent sur le principe de l'apartheid (et ce n'est pas seulement dans l'ancienne Afrique du Sud). Mais il y a aussi d'autres situations où prévalent des négociations, des accommodements, des compromis, des modus vivendi, qui font que diverses communautés nationales coexistent. Il y a donc plusieurs solutions politiques imaginées par les peuples et les communautés nationales, et pas juste une seule. Ce qui ne veut pas du tout dire que la revendication d'un État national est en partant illégitime. Il se peut très bien, et l'histoire est pleine d'exemples, que la seule solution réaliste pour une communauté nationale, surtout dans les cas où l'oppression nationale est ancrée dans l'État dominant (sous la forme du colonialisme notamment) soit de se constituer en État. Et cela ne s'est pas toujours fait de manière hostile, acrimonieuse, hostile. Mais est-ce la seule option ?
Les peuples ont de l'imagination
Dans plusieurs cas, même parfois dans des situations dramatiques (luttes contre l'oppression, le colonialisme, la guerre), des peuples distincts se sont mis ensemble à construire un État multinational. Cette bataille pour la démocratie et la coexistence a été celle de l'Inde post-coloniale par exemple, alors que les colonialistes (britanniques) ont tout fait pour fragmenter le territoire en autant d'espaces politiques «indépendants» (sur la base de la religion, de la langue, de la tradition). En Yougoslavie durant la lutte contre l'occupation nazie, des Serbes, des Croates, des Bosniaques et d'autres se sont mis ensemble pour reconstruire un État fédéral innovateur et décentralisé.
Plus récemment, des communautés autochtones du Mexique et d'autres pays d'Amérique latine ont durement «secoué la cage» pour réclamer une véritable refondation des États et des structures politiques, mais sans réclamer nécessairement leur indépendance. Est-ce qu'on va dire que les Zapatistes sont des imbéciles et des naïfs parce qu'ils ne proposent pas un État maya dans le sud du Mexique ?
Sous l'État espagnol, une situation qui a peut-être plus de rapport avec le Québec, des peuples ou des sections importantes des peuples demandent l'indépendance, le pays basque par exemple. D'autres, en Catalogne, luttent pour l'autonomie nationale, l'affirmation nationale. Est-ce que les organisations progressistes de la Catalogne, qui ne pensent pas que l'indépendance soit le seul horizon politique permettant de répondre aux aspirations de la population, sont moins cohérentes et courageuses que les basques ?
On pourrait dire que l'histoire va dans le sens de la création de nouveaux États indépendants, que c'est l'évolution naturelle des choses puisque des États multinationaux ont échoué (la Yougoslavie, l'Union soviétique). Mais encore là, est-ce si simple ? La prolifération des États indépendants sur le territoire européen a-t-elle apporté uniquement des bénéfices aux peuples qui se sont affirmé nationalement et créé leurs États ? Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas sûr. Ce qui ne diminue pas du tout l'importance, l'enracinement, la profondeur des revendications nationales des peuples qui composaient antérieurement la Yougoslavie ou l'URSS. En Afrique actuellement, plusieurs États sont menacés d'éclatement (le Congo, le Soudan, le Nigeria par exemple). Des communautés nationales, devant l'ampleur des crises politiques, sociales, économiques qui sévissent, devant l'arrogance et le mépris de certains groupes dominants, sont tentées par l'aventure.
Mais dans la plupart des cas, il y a une conviction profonde de la pertinence de regarder du côté de d'autres solutions, car l'indépendance totale n'amènera pas la paix, la prospérité, mais encore plus de conflits, d'oppression, de pauvreté. Est-ce qu'on dira de l'Armée de libération du Soudan (SPLA), qui se bat pour les droits des populations du sud de ce pays, est naïve de proposer la recomposition d'un Soudan fédéral, décentralisé, démocratique ?
Notre cher Québec
On dira que tout cela n'a rien à voir avec nous. On dira que notre cas est unique (tous les «cas» le sont). On dira que la revendication nationale a toujours été au coeur de notre vécu collectif (c'est aussi vrai, mais il est inexact de dire que cela a toujours été le cas dans le cadre d'une lutte pour l'indépendance). On dira que l'État canadien n'est pas réformable (c'est en tout en cas un gros défi). On dira que les Canadiens anglais, même progressistes, ne comprennent rien (on peut avoir cette impression parfois). On dira que le mouvement de revendication nationale est porté par le peuple, les classes populaires, les mouvements populaires, et que l'indépendance est le seul moyen pour arriver à des changements sérieux du côté social et économique. Ce sont des arguments valables, mais ce n'est pas une religion.
Il y également des contre-arguments, des propositions qui ne méritent pas de se faire traiter de «Mario Dumont de gauche» ou d'Elvis Gratton. Le Québec abrite une nation qui fait partie de l'histoire d'un État plus vaste, le Canada. Avec ce pays, nous sommes liés par la géographie, l'économie, et même la culture, si on inclut dans la culture un certain nombre de valeurs de base (attachement à la démocratie, plus grande tolérance, hostilité au militarisme, etc.). Les Canadiens anglais ne sont pas meilleurs ou pires que les Québécois, ils ont leurs hurluberlus d'extrême droite, (comme nous d'ailleurs). Ils ont aussi leurs défenseurs des droits et des peuples qui n'ont jamais eu peur de se battre pour le monde ordinaire, y compris au Québec.
Il y a aussi un autre argument qui est fondamental. Nous vivons à côté d'une hyperpuissance menaçante, militarisée, de plus en plus sans foi ni loi, qui regarde les riches ressources qui abondent au nord (l'hydroélectricité, l'eau, le pétrole, l'infrastructure) et qui cherche de toutes sortes de façons à nous subordonner, à nous faire plier, et disons le franchement, à nous voler. Que le Québec reste dans le Canada ou devienne indépendant, cela risque d'être le plus grand défi des prochaines années. Certains nationalistes québécois, qui ont lorgné du côté américain pour «briser le Canada» et selon la logique perverse de «l'ennemi de mon ennemi est mon ami», ont commis et commettent encore une grave erreur. Le Canada anglais, en tout cas une bonne majorité de la population qui l'habite, est de notre côté dans cette histoire, nous avons une communauté d'intérêts, et pas le contraire.
Nos avenirs
Il se peut que le mouvement de revendication nationale et sociale du Québec débouche sur une réinvention de l'histoire et des structures politiques. Il n'y aurait rien de mal à cela, selon les conditions dans lesquelles cela se fait. René Lévesque, à son époque, avait mis sur la table le concept de souveraineté-association, qu'on se plaît depuis à décortiquer ou à dénigrer. Pour certains, on a trahi la cause sacrée de l'indépendance en déviant du projet original. Mais René Lévesque, qui était un astucieux personnage, savait très bien que la majorité de la population québécoise est attachée au concept du Canada. Qu'elle désire une restructuration fondamentale, importante, mais pas un crash. Certains ont tenté de dénigrer cette option comme si on était au Québec congénitalement faibles, ambivalents. Mais il y a sans doute un autre côté à l'histoire. L'attachement des Québécois au Canada conserve un aspect tout à fait rationnel, à la fois calculateur (nous avons intérêt à fonctionner avec le Canada anglais) et éthique (ce n'est pas parce que nous constituons une nation distincte qu'il faut nécessairement se chicaner avec les autres).
D'autres, surtout parmi la gauche du Canada anglais, ont appelé cela du fédéralisme asymétrique. Le sociologue Gilles Bourque, qui a bien étudié tout cela, avait osé proposer une formule innovatrice de confédération d'États dans laquelle des peuples, y compris le peuple québécois, trouveraient leur compte en pouvant d'une part s'affirmer nationalement et coexister à l'intérieur de structures politiques plus vastes. Il y a sans doute bien d'autres formules et bien d'autres propositions qui permettraient de créer quelque chose de nouveau, d'exaltant, de constructif. Qui permettrait à la nation québécoise (qui en est une bien sûr au sens plein du terme) de s'affirmer, de défendre ses droits, de reposer les jalons d'une nouvelle communauté politique multiculturelle (nous ne sommes pas au Québec mono-culturel), et de s'appuyer sur, de se défendre avec (contre la menace américaine), de démocratiser davantage le système politique, avec le reste du Canada. On parviendra à avoir un débat sain sur tout cela quand on se débarrassera d'un certain dogmatisme, d'une vision en noir ou blanc qui pense détenir toute la vérité une fois pour toutes, et qui a une tendance fâcheuse à tourner la discussion en invectives et en insultes, pour ne pas dire, en menaces. Donc merci Françoise David, il faut défoncer les tabous !

L'information par les juges
André Pratte
La Presse dimanche 8 août 2004
Éditorial - La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a vertement dénoncé le jugement rendu récemment par la Cour suprême, jugement qui donnait raison à M. Gilles Néron dans sa poursuite en diffamation contre Radio-Canada. Selon la FPJQ, les juges du plus haut tribunal du pays viennent de se donner le moyen d'" imposer leur propre vision de ce que devraient faire et dire les journalistes ".
De fait, on doit s'inquiéter de l'impact qu'aura ce jugement sur la liberté de presse. Cependant, on ne gagne rien en exagérant d'avance les conséquences ou en soutenant, comme le fait la Fédération, que " les juges ont voulu montrer qui est réellement le maître ".
Que dit la Cour? Rappelons d'abord que jusqu'à maintenant, les médias qui étaient poursuivis pour diffamation devaient, afin d'échapper à la sanction du tribunal, démontrer essentiellement deux choses. Un: que les faits qu'ils ont rapportés sont exacts. Deux: que les faits qu'ils ont rapportés sont d'intérêt public.
Le plus haut tribunal du pays vient d'ajouter un autre facteur à l'analyse, fondé sur les principes du Code civil (jusqu'ici, les juges québécois se laissent influencer par la common law): les normes journalistiques ont-elles été respectées? " La conduite du journaliste raisonnable devient une balise de la plus haute importance, écrit le juge Louis LeBel pour la majorité. Elle représente la norme par excellence à l'aune de laquelle on détermine si une faute a été commise (...) "
Les critères qui étaient jusqu'ici considérés comme cruciaux sont désormais renvoyés au second plan: " La véracité et l'intérêt public ne sont que des facteurs dont il faut tenir compte (...) et ne jouent pas nécessairement le rôle de facteur déterminant en toutes circonstances. "
Voilà pourquoi la presse québécoise est préoccupée: à la suite de ce jugement, on peut imaginer qu'un média soit reconnu coupable de diffamation même si les faits qu'il a rapportés étaient exacts et d'intérêt public. Il suffirait qu'un tribunal estime que le journaliste concerné n'a pas respecté " les normes professionnelles du journaliste raisonnable ". Comme ces normes ne sont officiellement consignées nulle part, il existe un risque évident que les juges y aillent de leur propre conception du journalisme " raisonnable ".
Le journalisme d'enquête se trouve ici particulièrement menacé, parce qu'il repose souvent sur des procédés peu conventionnels. Lorsque c'est nécessaire, les reporters d'enquête taisent leur identité, utilisent une caméra cachée, piègent leurs cibles par des techniques d'entrevue plutôt sournoises... Ces journalistes voient maintenant s'ajouter un risque supplémentaire à leur travail, déjà terriblement exigeant: celui qu'un tribunal condamne non pas les résultats de leur enquête mais les méthodes qu'ils ont employées. Si ce risque se concrétise, la démocratie québécoise en sera affaiblie.
Autre inconvénient qu'il ne faut pas négliger: les victimes présumées de diffamation se voyant offrir une nouvelle arme, il se peut que les procès en cette matière deviennent encore plus complexes, longs et coûteux qu'ils ne le sont déjà.
Enfin, une dernière préoccupation, et certainement pas la moindre: la Cour suprême vient de soumettre les médias québécois à des exigences plus strictes, en matière de diffamation, que celles imposées aux médias des autres provinces, régis par la common law. Voilà pourtant un domaine où le Québec n'a aucun avantage à se distinguer.
Cela dit, il est plus utile d'analyser soigneusement les conséquences possibles du jugement, et de chercher des moyens d'en réduire les effets néfastes, que d'imputer des motifs vengeurs aux juges de la Cour suprême.
En premier lieu, il faut reconnaître que le jugement est très nuancé; il n'est pas impossible que dans la suite des choses, il bénéficie aux médias au lieu de leur nuire. Par exemple, le jugement pourrait amener un tribunal à statuer qu'un reporter qui a respecté les standards de la profession n'a pas commis de faute même si les faits qu'il a rapportés sont erronés. Il faut lire le passage clé des motifs du juge LeBel en entier, pas seulement les deux dernières phrases:
" Somme toute, l'existence d'une faute constitue l'exigence de base du droit de la responsabilité civile pour diffamation et cette faute doit être appréciée en fonction des normes journalistiques professionnelles. Les journalistes ne sont pas tenus à un critère de perfection absolue; ils sont astreints à une obligation de moyen. D'une part, le fait qu'un journaliste diffuse des renseignements erronés n'est pas déterminant en matière de faute. D'autre part, un journaliste ne sera pas nécessairement exonéré de toute responsabilité simplement parce que l'information diffusée est véridique et d'intérêt public. Si, pour d'autres raisons, le journaliste n'a pas respecté la norme du journaliste raisonnable, les tribunaux pourront toujours conclure à l'existence d'une faute. "
Autre remarque: le jugement Néron n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Il y a 10 ans, le même juge LeBel, alors à la Cour d'appel, signait un premier jugement où le critère de la norme du journaliste raisonnable était introduite (Société Radio-Canada c. Radio Sept-Îles, Cour d'appel du Québec, 1994). Or, ce jugement aboutissait à une conclusion favorable au média concerné.
De même, dans l'affaire opposant un ancien président de la Commission des courses du Québec à La Presse (Beaudoin c. La Presse, Cour supérieure, 1998), le juge Jean-Pierre Sénécal s'appuie sur le jugement Radio Sept-Îles pour trancher en faveur du journal, soulignant à de nombreuses reprises que l'enquête du journaliste en cause, André Noël, avait été menée " avec le plus grand sérieux et avec minutie ".
On voit qu'il est prématuré de conclure que la philosophie civiliste mise de l'avant par le juge LeBel dans l'affaire Néron aura nécessairement des conséquences catastrophiques pour la liberté de presse.
Le jugement Néron fait peser une inquiétude nouvelle, une incertitude supplémentaire sur les journalistes québécois. Que peuvent-ils faire? Comment peuvent-ils se protéger contre les effets potentiellement délétères de l'approche retenue par la Cour suprême? Une chose est sûre: le jugement s'ajoute à toutes les raisons militant déjà en faveur de la plus grande rigueur possible. Plus ils seront rigoureux, plus les journalistes seront à l'abri des poursuites et des jugements arbitraires.
La profession doit aussi se demander si elle laissera les juges définir ce que sont les " normes professionnelles du journaliste raisonnable ", ou s'il elle n'aurait pas avantage à le faire elle-même, notamment en convenant d'un code d'éthique s'adressant à tous ceux qui pratiquent ce métier.

Le journalisme par les juges
Michel Venne
Le Devoir lundi 9 août 2004
La décision de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Néron est une imposture. La cour accorde 673 153 $ de dommages-intérêts à un relationniste à la suite de la diffusion d'un reportage qui exposait pourtant des faits véridiques d'intérêt public. Ce jugement est non seulement injuste, il est arbitraire.
Cette décision devrait faire réfléchir les journalistes qui ont rejeté, en décembre 2002, la proposition de leur fédération de faire adopter une «loi sur le titre de journaliste professionnel». En refusant d'encadrer leur profession, les journalistes ont laissé aux juges le soin de le faire à leur place.
***
Pour qu'un journaliste soit réputé avoir commis une faute civile ouvrant la voie à une compensation pour diffamation, on doit avoir démontré que ce journaliste n'a pas respecté les normes professionnelles.
Or nulle part dans l'arrêt Néron la Cour ne cite quelque document énonçant ces normes : ni le recueil des normes et pratiques de Radio-Canada, ni le Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, ni même la jurisprudence du Conseil de presse. Les juges évoquent certes un commentaire de l'ombudsman de Radio-Canada. Or celui qui occupait cette fonction à l'époque, Mario Cardinal, s'est dissocié avec vigueur de l'arrêt Néron samedi dans les pages du Devoir.
La cour n'accorde ainsi aucune valeur aux mécanismes d'autodiscipline existants.
En vertu du projet de loi proposé en 2002 par la FPJQ, la profession de journaliste aurait été reconnue par l'Assemblée nationale. Celle-ci aurait conféré aux journalistes des droits et des obligations. La loi aurait contenu un code de déontologie obligatoire, ce code ayant été adopté par les journalistes eux-mêmes à l'intérieur de ce qui aurait ressemblé à un ordre professionnel. La loi aurait aussi renforcé les pouvoirs du Conseil de presse.
Une telle loi n'empêcherait pas les recours en droit civil. Mais les «normes professionnelles» sur lesquelles les tribunaux s'appuient pour juger une cause auraient été définies préalablement par la profession elle-même et légitimées par une autorité législative. Un tribunal ne pourrait pas les ignorer comme la Cour suprême l'a fait cette fois-ci avec les instruments informels existants.
Ce jugement de la Cour suprême est sans appel. Il édicte pourtant une norme. Dans notre régime démocratique, il n'existe qu'une façon de changer cette norme, c'est par l'adoption d'une loi édictant une norme nouvelle, volonté du législateur, que les tribunaux devraient considérer dans l'avenir.
***
En l'espèce, les journalistes de la télévision publique ont rempli leurs obligations professionnelles : Ils ont vérifié les faits. Ils ont évalué l'intérêt que comportait pour le public la diffusion de ces informations. Ils ont offert à la Chambre des notaires la possibilité de s'expliquer sur ces faits.
La Chambre des notaires est un ordre professionnel qui a l'obligation de protéger les droits du public. Dans une lettre adressée à Radio-Canada, le représentant de la Chambre, le relationniste Gilles Néron, faisait circuler des rumeurs mensongères sur deux plaignants. Radio-Canada a rendu publics les éléments de cette lettre relatifs à ces rumeurs. L'information diffusée à l'émission Le Point est véridique. Et elle est d'intérêt public car elle permet de juger la manière dont la Chambre des notaires traite les plaignants.
La majorité des juges de la Cour suprême s'est pourtant ralliée aux conclusions du juge de première instance selon qui Radio-Canada avait commis une faute professionnelle parce que les journalistes n'ont pas fait état, dans leur reportage, de la totalité du contenu de la lettre de M. Néron qui comportait cinq points. Deux ont fait l'objet du reportage. Les autres étaient sans importance.
Mais surtout, comme l'écrit le juge Binnie, dissident dans cette cause, la divulgation de ces autres éléments n'aurait, d'aucune manière, modifié le caractère véridique des faits énoncés dans le reportage, ni contribué à sauvegarder la réputation de M. Néron. Trois vérités n'effacent pas deux mensonges.
***
Au Canada, la Cour suprême joue à la fois le rôle de tribunal civil et pénal de dernière instance et à la fois le rôle de cour constitutionnelle, chargée d'interpréter les lois à la lumière de la Constitution et des chartes des droits et libertés.
Dans cette affaire, les juges suprêmes ont négligé de jouer leur rôle de gardiens de la Constitution et des droits fondamentaux de la population.
Comme l'écrit le juge Binnie dans sa dissidence : «ce qui distingue la présente affaire de l'action pour délit civil habituelle est sa dimension constitutionnelle, ainsi que le droit de la population de savoir et l'obligation de la presse de découvrir les faits et de les rendre publics». Il ajoute que, en l'espèce, ses collègues n'accordent «pas suffisamment d'importance au droit constitutionnel de la population québécoise à une information véridique et exacte concernant des questions d'intérêt légitime pour elle».
La cour accorde aux relationnistes et à leurs clients un pouvoir démesuré de déterminer ce qui doit et ne doit pas être rendu public à leur sujet. On ne peut pas laisser cette norme s'imposer. Il est impérieux de rétablir l'équilibre en faveur de la liberté d'expression. Je ne vois pas comment faire autrement que par l'adoption d'une loi.

L'affaire Néron - Un jugement qui fera date
Jacques Rivet
Professeur titulaire au département d'information et de communication de l'Université Laval
Le Devoir mercredi 11 août 2004
Citons d'abord le passage initial du jugement de la Cour suprême qui concerne la suite de ces propos: «La Société Radio-Canada (SRC) diffuse, dans le cadre de son émission Le Point, un reportage au sujet des délais de traitement des plaintes disciplinaires portées contre des notaires et des demandes d'indemnisation adressées au Fonds d'indemnisation de la Chambre des notaires du Québec (CNQ). La CNQ entreprend de contrer les effets négatifs de ce reportage et l'intimé N., qui remplit la fonction de consultant en communication auprès d'elle, rédige une lettre manuscrite dans laquelle il sollicite un entretien avec la réalisatrice de l'émission. Dans cette lettre, il déplore l'effet préjudiciable que le reportage a eu sur la CNQ et relève certaines inexactitudes. Lorsqu'une journaliste de la SRC communique avec lui, il explique que sa lettre n'est rien de plus qu'une demande de droit de réplique et n'est pas destinée à être publiée. La journaliste fait remarquer à N. que la lettre comporte deux inexactitudes au sujet de deux plaignants mécontents que l'on voit dans le reportage. N. répond qu'il va vérifier ces informations, qu'il tient de la CNQ, et qu'il va lui revenir dans trois jours au plus tard.»
Deux commentateurs ont souligné les points suivants, lesquels se rattachent au fait qu'une journaliste de Radio-Canada a informé le relationniste Gilles Néron que deux points de sa lettre manuscrite étaient faux :
- André Giroux (Le Devoir, 4 août 2004, page A 7) : «Il n'appartient pas aux journalistes de vérifier si un porte-parole outrepasse son mandat par des affirmations déformant la position de son client.»
- Jean-Robert Sansfaçon (Le Devoir, 5 août 2004, page A 6) : «La cour critique aussi RC pour ne pas avoir attendu les trois jours demandés par M. Néron afin de vérifier l'exactitude des faits allégués dans sa propre lettre. Là encore, la cour fait fausse route puisque la journaliste n'avait même pas à informer M. Néron de ses erreurs avant de le confronter devant les caméras.»
Eh bien, la Cour suprême qui examine les faits comme toute cour a constaté que la journaliste de Radio-Canada l'avait fait. En signalant à Gilles Néron que deux points de sa lettre manuscrite étaient faux, elle amorçait un dialogue entre elle et le relationniste qui le prévenait de cette bévue officielle dont Radio-Canada pouvait tirer profit en fonction de l'intérêt que le public avait de connaître le comportement manipulateur de la Chambre des notaires à l'endroit de ce public dans cette affaire. Toute la cause repose, à mon avis, sur cette faute professionnelle journalistique.
En effet, un journaliste ne doit pas informer un relationniste des erreurs qu'il commet dans ses propos publics lorsqu'il exerce sa fonction officielle de porte-parole. En écrivant une lettre sous une forme manuscrite, Gilles Néron a tenté de rendre officieux son geste officiel de porte-parole de la CDN en prétextant qu'il s'agissait d'une communication privée. La Cour suprême n'a pas retenu cette version des faits.
Mais la journaliste de Radio-Canada aurait dû taire cette information découlant de sa vérification du contenu de la lettre manuscrite de Gilles Néron, l'appeler et l'informer qu'il aurait l'occasion de répliquer au premier reportage dans un deuxième reportage. Et c'est durant ce dernier reportage que Gilles Néron aurait dû être avisé des deux points erronés de sa lettre manuscrite dans la mesure où il les aurait réaffirmés en ondes.
Le jugement de la Cour suprême a heureusement pour conséquence de réaffirmer l'officialité de tout geste professionnel du relationniste indépendamment de sa forme de communication publique dans l'exercice de sa fonction de porte-parole d'un client. Les journalistes doivent tenir pour acquis qu'un relationniste qui parle dit la vérité même s'il ne dit pas toute la vérité. Ils doivent aussi considérer que le silence du relationniste n'est pas nécessairement un mensonge même s'il est suspect à leurs yeux. C'est ce qui incite du reste le relationniste vraiment professionnel à éviter le plus possible d'afficher publiquement ses silences.

Agir pour sauver la liberté de la presse
Jean-Yves Bernard
Cap Tourmente
Le Devoir mercredi 11 août 2004
Le jugement de la Cour suprême dans l'affaire Néron constitue un abus de pouvoir
Félicitations au Devoir, qui démontre avec éclat qu'au-delà du sensationnalisme de la «dictature des nouvelles», il reste encore un espace pour le débat sur des enjeux fondamentaux au Québec.
L'importance accordée à l'abus de pouvoir de la Cour suprême vis-à-vis de la presse dans la cause de Gilles Néron en témoigne.
Deux remarques et une proposition : malgré l'unanimité des analystes qui jugent inacceptable la façon dont ces juges (nommés par le premier ministre) s'octroient le droit de définir le cadre et les limites du travail de journaliste, ceux dont vous avez publié les conclusions me semblent se limiter à l'aspect juridique de la question. Or il m'apparaît important de situer cette décision dans le cadre de la dérive de nos sociétés occidentales vers la sacralisation des droits individuels aux dépens des droits collectifs.
Sans être juriste, il m'apparaît clair en effet que la Cour suprême a jugé que la réputation d'une personne avait préséance sur l'intégrité du travail des journalistes, même si le sujet traité était d'un intérêt public évident (mettre en cause une injustice flagrante).
Même si on ne peut que se réjouir de voir nos sociétés appuyer leur discours démocratique sur des chartes des droits et libertés, on ne peut que déplorer le fait que l'interprétation qui en est faite par les mécanismes judiciaires vient renforcer la place de l'individu comme personne morale sacrée. Cela reflète bien l'évolution de nos sociétés, profondément marquées par l'exigence capitaliste de faire de chaque personne un individu replié sur sa liberté
de conscience personnelle, protégé par des chartes et «libre» de consommer sa vie sous la protection de lois qui ont pour fonction de permettre le «libre» marché des biens, des personnes, des corps, des organes, des cellules, des valeurs... Et quoi encore ? L'essentiel étant que l'individu mesure tout en argent sonnant. La société ainsi atomisée devient plus facilement une affaire de clientèle cible !
Or l'histoire témoigne que ce sont les luttes collectives qui ont permis de rendre nos sociétés plus justes. Et c'est lorsque les pouvoirs en place ont privilégié les droits individuels que les résistances ont provoqué des révolutions. Bien sûr, le capitalisme a besoin d'entretenir les privilèges. En mystifiant les concepts de libertés et de droits de la personne, les pouvoirs financiers (et le monopole des médias au Canada) permet de contrôler les faits et gestes des gentils consommateurs que nous sommes invité à demeurer : béats et soumis, au nom de la liberté d'expression et de la liberté de «faire de l'argent» (autre droit sacré tristement révélé par l'attitude grossière de victime de CHOI-FM).
Deuxième remarque : la Cour suprême n'est pas un organisme de droit divin. C'est un mécanisme de notre système prétendument démocratique.
Le seul fait que les juges soient nommés par le gouvernement (et non par le Parlement) met en cause leur légitimité. Il est donc du devoir des citoyens et des organes de régulation que sont les médias de critiquer, voire de s'opposer à la Cour suprême lorsqu'elle fait preuve d'un abus de pouvoir évident.
La démocratie se porte bien lorsque son évolution témoigne de la confrontation des idées et des opinions. Les médias ont à ce titre une responsabilité inaliénable qui doit être défendue haut et fort contre l'arbitraire de juges qui n'ont de comptes à rendre à personne.

Le syndicalisme québécois dans des sables mouvants
Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 7 août 2004
S'il demeure numéro un en Amérique du Nord, il est confronté à une conjoncture défavorable et à de sérieuses critiques
Québec - La surprenante accréditation syndicale des employés du Wal-Mart de Saguenay donne l'impression que le syndicalisme québécois vit des jours fastes.
Gare aux apparences. En réalité, le syndicalisme québécois, s'il demeure numéro un en Amérique du Nord, est confronté à une conjoncture défavorable mais aussi à de sérieuses critiques. À preuve, le jour même de l'accréditation syndicale du Wal-Mart, l'aile jeunesse du Parti libéral proposait un débat sur l'abolition de la formule Rand qui oblige tous les employés d'une entreprise syndiquée à payer des cotisations, qu'ils soient membres ou non du syndicat.
«Les syndicats sont sur la défensive», croit Jacques Rouillard, professeur au département d'histoire de l'Université de Montréal. Selon l'auteur du livre Le Syndicalisme québécois: deux siècles d'histoire (Boréal), la campagne de syndicalisation des Wal-Mart vise certes à améliorer les conditions des employés et à grossir les rangs des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC, affiliés à la FTQ), mais elle a aussi - et surtout - pour objectif d'éviter une réduction des salaires et des conditions des travailleurs des entreprises syndiquées qui évoluent aussi dans le secteur du commerce de détail et qui peuvent difficilement tenir tête au géant américain. Parallèlement, une «mouvance néolibérale» représentée cette semaine par l'aile jeunesse du PLQ, mais aussi par le gouvernement Charest cet automne, tente de réduire l'influence des centrales syndicales, qui est déjà beaucoup moindre que dans les années 60 et 70, note M. Rouillard.
«Les syndicats essaient de résister à un recul du syndicalisme», résume-t-il. Le pouvoir d'achat des syndiqués a diminué au cours des 20 dernières années, alors que le taux de croissance des salaires des conventions collectives est légèrement inférieur à l'inflation depuis quatre ans, illustre M. Rouillard dans son livre. Le taux de syndicalisation, c'est-à-dire la proportion des travailleurs qui sont membres en règle d'un syndicat parmi l'ensemble de la main-d'oeuvre, a chuté de 4,5 % depuis le début des années 90 pour atteindre 37,5 % en 2002. Une statistique plus positive, et généralement utilisée par les centrales syndicales, démontre que le taux de présence syndicale - la proportion des salariés régis par des conventions collectives - s'élève à 41,2 % en 2003.
L'expansion du travail précaire et le recours plus grand à la sous-traitance, qui vise le plus souvent à échapper aux obligations contenues dans les conventions collectives, met des bâtons dans les roues des syndicats, observe également M. Rouillard. À cela s'ajoute le déclin du secteur manufacturier, là où se trouve la clientèle traditionnelle des syndicats. Bref, la conjoncture actuelle n'a rien de très réjouissante.
«L'avenir du syndicalisme se trouve dans le secteur tertiaire privé, qui comprend le commerce de détail», affirme Michel Grant, professeur en relations de travail à l'Université du Québec à Montréal. Les syndicats l'ont bien compris en s'attaquant au champion du secteur. La bataille contre Wal-Mart prend même la forme d'une lutte symbolique contre une figure emblématique de cette conjoncture défavorable qui afflige le syndicalisme depuis les années 80.
La résistance des syndicats contre Wal-Mart n'a pas commencé officiellement au Québec, mais bien en Californie. Les 59 000 travailleurs de l'alimentation de cet État, affiliés aux TUAC (en anglais: United Food and Commercial Workers), ont tenu une grève de cinq mois l'année dernière lorsque leurs employeurs ont exigé des diminutions salariales importantes en raison de l'implantation de quelques dizaines de Sam's Club, les hypermarchés de Wal-Mart. Malgré le débrayage massif, les TUAC n'ont eu d'autre choix que d'accepter des conditions salariales moindres.
C'est alors que les TUAC américains, avec leurs collègues canadiens, se sont tournés vers le Québec et d'autres provinces canadiennes comme la Saskatchewan, où les lois du travail sont plus favorables, pour ébranler le géant américain et créer un effet d'entraînement, raconte Jacques Rouillard. Une douzaine de Wal-Mart font maintenant l'objet d'une campagne de syndicalisation de la part des TUAC. L'accréditation syndicale obtenue au Wal-Mart de Saguenay - après que la Commission des relations de travail du Québec eut constaté que le nombre de cartes d'adhésion au syndicat représentait la majorité des employés - représente une étape importante. D'autant plus qu'il pourrait s'agir du seul magasin syndiqué de la chaîne en Amérique du Nord. Reste maintenant à connaître la réaction de Wal-Mart, qui analyse présentement la décision.
«Il y a une nécessité objective à ce que le mouvement syndical soit présent dans le secteur des services, en particulier chez Wal-Mart. C'est l'agent principal de la turbulence majeure dans la vente au détail. S'il n'y a pas le développement de contrepoids, c'est tout le secteur qui est mis en péril», affirme Gérald Larose, ancien président de la CSN et professeur à l'École de travail social de l'UQAM.
Le commerce de détail, particulièrement dans l'alimentation, est déjà en plein bouleversement. Les 300 syndiqués (TUAC) des Super C de Beauport et de Neufchâtel et le Marché Extra de Lévis sont en grève depuis vendredi dernier. Le motif du déclenchement de ce moyen de pression? L'employeur Métro Richelieu souhaite réduire les coûts de main-d'oeuvre. La présence de succursales de Wal-Mart à Beauport, à Québec et à Lévis n'est pas étrangère à ce conflit de travail.
Pendant que les syndicats tentent de gagner du terrain dans le commerce de détail, l'aile jeunesse du Parti libéral lance un débat sur l'abolition de la formule Rand dans le cadre de son congrès, qui se tient ce week-end à Trois-Rivières.
Les mandarins du PLQ leur conseilleront probablement, en coulisses, de rejeter une telle proposition controversée. Au cabinet du ministre du Travail Michel Després, on assure que «le gouvernement n'a pas ce projet-là dans ses plans». «Si le gouvernement provincial proposait de voter une loi dans ce sens-là, ce serait la guerre», lance Jacques Rouillard.
C'est que la formule Rand est intimement liée au développement du syndicalisme québécois. L'histoire commence en 1945, lorsqu'une dizaine de milliers de travailleurs des usines Ford de Windsor, en Ontario, déclenchent une grève afin que tous les employés deviennent membres des syndicats. Pour résoudre le conflit, le gouvernement propose un arbitrage avec sentence exécutoire.
Un juge de la Cour suprême, Ivan Cleveland Rand, est chargé du dossier. En janvier 1946, il propose une formule qui, plus tard, portera son nom: comme l'ensemble des travailleurs bénéficient des gains obtenus par le syndicat lors des négociations, tous doivent désormais verser une cotisation syndicale, qui est retenue à la source par l'employeur, décrète-t-il. En contrepartie, des pénalités sévères sont imposées si les syndiqués déclenchent une grève illégale. Cette formule s'ajoute alors à une nouvelle loi qui oblige les patrons à négocier de bonne foi avec les travailleurs qui veulent se syndiquer.
«Auparavant, les patrons pouvaient mettre à pied ceux qui voulaient se syndiquer. Mais il y a de nouvelles protections qui sont données aux travailleurs à cette époque et qui donnent un coup de main au syndicalisme», explique Jacques Rouillard.
Dans les lois du travail
Lentement, très lentement, la formule Rand s'impose dans les conventions collectives. «Elle est fortement combattue dans les années 50», rappelle l'historien. Plus tard, cette formule est intégrée dans les lois du travail. Au Québec, le gouvernement péquiste l'intègre en 1977.
Aujourd'hui, la formule Rand est toujours aussi importante. «Ça donne une stabilité à l'organisation syndicale, car le syndicat est assuré d'une source de revenus à peu près constante et importante», explique Jacques Rouillard. La formule Rand explique en partie le fossé entre le taux de syndicalisation du Canada (32 %) et celui des États-Unis (13,9 %), où cette formule est illégale.
Le président de la commission jeunesse, Simon Bégin, estime malgré tout avoir un «préjugé favorable» pour l'abolition de la formule Rand. «Le vrai débat sur la liberté syndicale n'a jamais eu lieu au Québec», lance Réjean Breton, professeur de droit du travail à l'Université Laval. M. Breton, dont l'un des étudiants est Simon Bégin, est très critique à l'égard des syndicats, leur reprochant de protéger les travailleurs les moins compétents au détriment de ceux qui le sont davantage et de miner la hausse du niveau de vie. Son discours virulent détonne dans le monde universitaire.
Dans un Québec sans formule Rand, la compétence, plutôt que l'ancienneté, serait davantage valorisée, croit M. Breton.
Les conventions collectives continueraient d'exister, mais elles ne seraient plus qu'«un minimum au-delà duquel on peut s'entendre». Sur une base individuelle, chaque employé, qui n'aurait plus à payer des cotisations syndicales, devrait négocier avec son employeur.
À l'inverse, des universitaires préconisent l'élargissement du droit à la syndicalisation devant l'expansion du travail précaire. L'année dernière, Jean Bernier, professeur au département de relations industrielles de l'Université Laval, a rendu public un rapport de 800 pages sur les «besoins de protection sociale des personnes vivant une situation de travail non traditionnelle». Plus du tiers de la main-d'oeuvre québécoise occupe aujourd'hui un emploi atypique, c'est-à-dire sur appel, à temps partiel, à contrat, à la pige, ou pour lequel il faut oeuvrer à domicile ou pour une agence de travail temporaire. L'une des recommandations du rapport vise à «mettre en place un régime-cadre de représentation collective des travailleurs non salariés afin de favoriser leur accession à une meilleure protection sociale».
Régression ou expansion?
Dans le contexte actuel, une question se pose: doit-on s'attendre à une régression ou à une expansion du syndicalisme dans les années à venir? «Ce n'est pas facile à l'heure actuelle, laisse tomber Jacques Rouillard. Le taux de syndicalisation est faible dans le secteur tertiaire privé, là où se crée la majorité des emplois. Mon expérience d'historien me dit que les bonds de syndicalisation se sont faits quand il y a eu l'aide de la législation. Il faut que la législation donne un coup de main à l'organisation de ces secteurs-là. Mais on n'en est pas là.»
Selon Michel Grant, le gouvernement Charest a plutôt «épousé la cause patronale». En décembre dernier, Québec a adopté, sous le bâillon, des projets de loi afin de refuser le droit de syndicalisation aux responsables des garderies en milieu familial et aux familles d'accueil, de fusionner les unités d'accréditation syndicale dans le réseau de la santé et de modifier l'article 45 du Code du travail pour faciliter le recours à la sous-traitance.
«On attend toujours un tournant pour que le mouvement syndical reprenne l'offensive, mais ça ne se produit pas. Les gouvernements font toujours passer l'économique avant le social», explique Jacques Rouillard. L'enjeu est de taille, insiste-t-il. Dans son livre, l'historien note que l'amélioration du sort des travailleurs, syndiqués ou non, est liée à la vitalité du syndicalisme.
Même si la tendance nord-américaine est au recul du syndicalisme, Michel Grant croit que le syndicalisme québécois exprimera toujours une «vitalité manifeste», comme l'ont démontré les manifestations de l'automne dernier et du 1er mai.

Un système de santé à risque
Claude Picher
La Presse samedi 7 août 2004
L'augmentation des coûts de santé est telle que le système risque l'effondrement, rien de moins. Sévère diagnostic, qui provient de l'ex-premier ministre québécois Lucien Bouchard.
Dans une entrevue fort remarquée accordée au Réseau de l'information de Radio-Canada, M. Bouchard évoque ouvertement la possibilité de soulager le système en faisant appel au privé.
Cette intervention est tombée le jour même où les Québécois ont appris, par l'intermédiaire du Journal de l'Association médicale canadienne, qu'ils risquent de mourir en attrapant la bactérie C. difficile lors d'une hospitalisation. Quand on parle de système à risque...
Ses propos, admet-il, heurtent de plein fouet un certain nombre de vaches sacrées. Pourtant, M. Bouchard ne fait qu'apporter une contribution éclairée à un débat fondamental que les Québécois, jusqu'à présent, ont préféré escamoter en le balayant pudiquement sous le tapis. Ce faisant, ils ne sont pas tellement différents des autres Canadiens, qui jouent collectivement à l'autruche depuis des années devant la détérioration du régime public de santé. Or, tous les signaux montrent que le système se dégrade rapidement même s'il coûte de plus en plus cher. Il y a 10 ans, les dépenses de santé au Québec atteignaient 9,8 milliards, ou 28 % de toutes les dépenses de programmes du gouvernement. Aujourd'hui, les mêmes dépenses de situent à 19,1 milliards, ou 42 % des dépenses de programmes.
Pendant la même période, le délai médian d'attente pour avoir accès à une chirurgie est passé de 7,3 à 21,1 semaines. Ce délai représente la période entre le moment où un patient est référé par un omnipraticien à un spécialiste, et la date du traitement.
Toutes proportions gardées, la santé coûte une fois et demie plus cher qu'il y a 10 ans, mais les délais d'attente sont presque trois fois plus longs. Manifestement, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans le système.
Avec une certaine hardiesse, le ministre fédéral Pierre Pettigrew, pendant son éphémère séjour au ministère de la Santé, a publiquement évoqué l'apport que pourrait éventuellement fournir le secteur privé dans le secteur de la santé. Bien qu'il ait posé la question de façon fort pertinente, il s'est fait vertement rabrouer par le premier ministre Paul Martin. Au Canada, on ne badine pas avec ce genre de choses. La situation de M. Bouchard est différente; il n'est plus en politique, il n'a plus de courbettes à faire devant les lobbies de tout acabit, et il peut donc exprimer son opinion avec le franc-parler qu'on lui connaît déjà.
Il faut espérer que son intervention contribue à susciter un vaste débat. Pour les administrations publiques, le financement de la santé représente un défi d'envergure comparable à la lutte contre le déficit, dans les années 90.
Ottawa et les provinces ont attendu presque 10 ans de trop avant de s'attaquer sérieusement au cercle vicieux des déficits et de l'endettement, et on sait à quel point les Canadiens ont dû faire des sacrifices pour s'en sortir.
Dans le cas de la santé, nous savons déjà que les dépenses augmentent beaucoup plus rapidement que l'ensemble des recettes des administrations publiques. Dans son intervention, M. Bouchard a souligné avec raison que l'État n'a plus les moyens de financer davantage les soins de santé sans compromettre la qualité de l'ensemble des services publics.
Nous venons de voir que les dépenses de santé représentent aujourd'hui 42 % des dépenses de programmes du gouvernement québécois, contre 28 % il y a 10 ans. Cette progression s'est évidemment faite au détriment de l'éducation, de la voirie, des infrastructures, de l'environnement, de la sécurité publique, de l'administration de la justice, des parcs, du logement social, du soutien aux arts, de l'agriculture, des exportateurs, des municipalités, et de tous les autres services publics.
À ce rythme et si rien n'est fait, les dépenses de santé en viendront à bouffer toutes les recettes des administrations provinciales d'ici une trentaine d'années. Comme dans le cas du déficit, plus on attend pour agir, plus le prix à payer sera élevé.
On pourrait penser qu'en évoquant l'apport du secteur privé, M. Bouchard se déclare en faveur de la privatisation des soins de santé. C'est aller un peu vite en affaires. La privatisation est clairement définie dans tous les dictionnaires comme un transfert vers le secteur privé d'une activité auparavant assumée par l'État.
Or, il n'a jamais été question de cela. Tous les pays industrialisés, y compris les États-Unis, ont un système de santé public parce qu'ils reconnaissent que cela tombe sous la responsabilité de l'État. Il est clair que les provinces canadiennes doivent maintenir leurs régimes de santé publics, universels et gratuits, et M. Bouchard n'a jamais dit le contraire. Le problème est que le système canadien ne suffit plus à la tâche.
Plusieurs pays, dont certains peuvent certainement figurer parmi les plus progressistes de la planète, ont déjà compris que dans certains domaines, le privé peut contribuer à soulager la pression sur le public. C'est notamment le cas de la France, de l'Espagne, de l'Italie et du Japon. Dans tous ces pays, le secteur privé est perçu comme un partenaire, non comme un pestiféré.
La situation est différente aux États-Unis, où le financement public des dépenses de santé relève en grande partie des administrations locales (comtés et municipalités); ainsi, l'hôpital public d'un comté riche peut offrir d'excellents services, alors que dans un comté pauvre, les services publics de santé se rapprochent davantage de la médecine de brousse. L'autre différence, c'est que les États-Unis ont permis l'hypertrophie du secteur privé, qui atteint des proportions inégalées dans le monde industrialisé.
Les États-Unis n'apparaissent certainement pas comme un exemple à suivre. En revanche, le Canada, au lieu de s'entêter à maintenir un système qui ne répond plus à la réalité (et dont les principes sont déjà hypocritement bafoués), aurait certainement intérêt à voir ce qui se fait ailleurs dans le monde, et notamment en France. C'est dans ce contexte qu'il faut situer les propos de M. Bouchard. Il n'y a pas là de quoi grimper aux barricades.

À quand un véritable débat démocratique au Québec ?
Patrice Servant
L'auteur a été le rédacteur des discours de Jean Charest
Le Soleil samedi 7 août 2004
Commentaire - Je n'avais à offrir qu'une poignée de mots et une certaine idée d'un Québec qui se secoue. C'était suffisant pour basculer dans l'univers fascinant et parfois délirant de la politique. Je suis entré au service de M. Charest dans les jours suivant les élections complémentaires du 17 juin 2002. J'aurai été son speechwriter attitré pendant deux ans.
Jean Charest ? J'ai adoré travailler avec lui. C'est un homme chaleureux dont la conception très élevée du devoir d'État l'amène à placer les intérêts supérieurs du Québec et des Québécois loin au-dessus de sa propre gloriole. Nos rapports ont toujours été cordiaux et si j'ai deux mots à lui dire aujourd'hui, c'est "Merci chef".
Pourquoi être parti alors ? Parce que j'avais besoin d'un temps d'arrêt ; parce qu'après deux ans, le nez collé sur l'arbre, j'avais besoin de me reculer, du moins pour un moment, pour mieux apprécier la forêt.
Je suis aujourd'hui un Québécois inquiet. Je m'interroge sérieusement sur notre capacité, comme société, à nous engager dans un véritable débat démocratique. Je citerai un exemple qui a pour qualités d'être récent et révélateur.
À la fin de la dernière session parlementaire, le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, a abordé la question de l'exportation de l'eau. Il a été vertement rabroué, l'opposition officielle parlant même du "principe sacré de la non-exportation de l'eau en vrac".
Un autre débat mort-né au Québec. Et pourtant...
Nous formons grosso modo un millième de la population du globe et nous avons 3 % des ressources d'eau douce de la planète. Quelle est notre vision d'une citoyenneté responsable à l'échelle mondiale ? Est-ce de mariner dans notre piscine en regardant les habitants des contrées arides crever de soif ou est-ce de gérer adéquatement une ressource, que l'on peut aisément concevoir comme un bien collectif, dont nous serions davantage les dépositaires que les propriétaires ?
Vocifération
Ce beau débat n'aura pas lieu. Parce qu'au Québec, on ne débat pas. On vocifère. On se braque. On se conspue. Au Québec, chaque débat naissant est noyé dans une pluie d'étiquettes démagogiques et de raccourcis trompeurs qui sont autant d'insultes à l'intelligence et de freins à notre avancement. Ici, la modernisation de l'État est devenue saccage et démolition ; la sous-traitance est forcément synonyme de cheap labor ; le partenariat public-privé ne peut être que copinage et patronage.
Ici, on se porte à la défense de la grande gueule de CHOI, pour qui la liberté d'expression est un permis de diffamation, parce que c'est à ce niveau que nous plaçons trop souvent le débat public, celui de l'insulte et de l'invective. Parce que c'est le niveau du confort ; le niveau où on ne cherche pas à comprendre, mais où on se satisfait de condamner ; le niveau qui n'engage à rien, surtout pas à l'effort de la nuance.
À travers nos dogmes et nos principes sacrés, il y a une évacuation quasi systématique des chiffres et des faits.
Au cours des 5 dernières années, notre dette a gonflé de 11 milliards $. Le financement de notre dette, c'est le troisième poste de dépenses du gouvernement après la santé et l'éducation. Qu'importe, on en veut toujours plus et on veut toujours que ce soit gratuit. C'est toujours l'argent des autres, ce n'est jamais l'argent des nôtres.
D'ici sept ans, le nombre de travailleurs va commencer à décliner et le nombre de retraités va augmenter en flèche. Qu'importe, on se cramponne à nos acquis comme à une bouée. Et on appelle ça la solidarité ? Quelle est cette solidarité dont le principe premier est de partir avec la caisse ? Quelle est cette solidarité qui a pour logique de laisser à nos enfants le soin de ramasser nos pots cassés ? Cette solidarité a pour moi des relents d'égoïsme et de repli sur soi.
À travers nos dogmes et nos principes sacrés, nous nous complaisons dans une vision tronquée du monde. La réalité du Québec en est une de commerce. Chaque jour, nous devons exporter 60 % des produits que nous manufacturons. Chaque jour, dans des milliers d'entreprises et dans toutes les régions, nous devons gagner la bataille du rapport qualité-prix contre les meilleurs au monde pour continuer à soigner nos parents qui vieillissent et à éduquer nos enfants qui grandissent. Oui, c'est trivial. Mais c'est notre réalité. On peut ne pas l'aimer, mais nous n'avons pas le droit de la nier.
Nous n'avons plus le droit de cette fuite en avant qui nous a repoussés parmi les plus endettés et les plus pauvres du continent. Nous n'avons plus les moyens de ces principes sacrés qui nous interdisent la remise en question. Nous n'avons plus le luxe d'être aussi réfractaires à l'autocritique et si prompts à la satisfaction. Nous n'avons plus le loisir de lever le poing pour mieux revendiquer nos droits sans lever le petit doigt pour mieux assumer notre devoir.
Redéfinir le Québec
Il y a clairement un Québec à redéfinir. Et le pré-requis à cette redéfinition est un véritable débat démocratique. Je vois quatre conditions à l'émergence d'un tel débat, sain et porteur de renouveau.
- Les protagonistes du débat public devront troquer leur habit d'épouvantail pour celui du conciliateur et admettre que le gouvernement ne peut pas tout à la fois être la cause et la solution à tous nos maux. Ils devront avoir l'éthique publique de se détourner des déclarations incendiaires et chercher à faire la nouveauté plus que la nouvelle.
- Le gouvernement devra dire clairement et simplement quels sont les choix qui s'offrent aux Québécois et quelles sont les conséquences de chacun de ces choix. Son leadership devra être franc et éclairant.
- Les médias d'information, devront s'interroger sur leur couverture de l'actualité politique qui a le mauvais travers de verser dans l'anecdote et les jeux de coulisses au mépris de la substance des enjeux.
- Les Québécois eux-mêmes devront s'engager dans la compréhension de leur vie politique et démocratique. Le débat démocratique a pour principale assise la culture politique des citoyens. Or, la pauvreté de notre débat démocratique est le fidèle reflet de la pauvreté de la culture politique des Québécois. Le cynisme ambiant ne saurait être que la seule faute des élus. Il trouve aussi sa source dans l'individualisme et l'ignorance.
De façon urgente, il faut s'ouvrir à un véritable débat démocratique ; un débat qui sert l'élargissement de la pensée collective et non son rétrécissement ; un débat qui repousse l'habitude au lieu de la glorifier ; un débat qui s'appuie sur les chiffres et les faits et non sur les dogmes et les principes sacrés.

Sometimes, a 'separatist' isn't a separatist
Andre Pratte
National Post August 11, 2004 Wednesday
MONTREAL - Conservative MP Peter Goldring has expressed some misgivings at seeing Jean Lapierre, a co-founder of the Bloc Quebecois, hold the number-four position in Paul Martin's Cabinet hierarchy. Other Conservatives wonder why their own leader, Stephen Harper, has just hired a former Pequiste as a senior aide.
Although these concerns are certainly legitimate, they reveal a misunderstanding of the peculiar -- shall we say "distinct"? -- evolution of public opinion in Quebec over the last 40 years and, in particular, since the failure of the Meech Lake Accord.
To someone outside Quebec, a separatist is a separatist, has always been one and will always be one. A separatist wants to destroy Canada, pure and simple. Right?
Not so.
Unfortunately for people who like to see things in black and white, many Quebecers' views on this issue are more akin to different and changing shades of grey. Take the case of Jean Lapierre. Mr. Lapierre was a liberal MP from 1979 to 1990 -- 11 years, five of them under Pierre Elliott Trudeau, a prime minister not known for his separatist leanings.
The young MP left the party because he disagreed with its new leader (Jean Chretien) on Meech Lake. He joined Lucien Bouchard and a few disenchanted Conservatives to form what was first a loose nationalist coalition. Having spoken with Lapierre at the time, I seem to remember his sovereignist convictions were pretty shallow.
Jean Lapierre left the Bloc two years after its creation to start a radio career, a career during which his precise political leanings were impossible to decipher. One suspects he was much closer to the Quebec Liberal Party than to the Bloc and much closer to Lucien Bouchard, personally, than to Mr. Bouchard's views on the future of Quebec.
Do those two years with the Bloc make Mr. Lapierre a separatist forever? I guess it's for Lapierre to prove his commitment to Canada. The more important issue here is that he is far from alone in having flirted with the idea of sovereignty after Meech failed to pass.
At the time, polls gave Rene Levesque's concept -- la souverainte-association -- the support of 60% to 65% of Quebecers. Today, "sovereignty-partnership" stands at around 45%. This means that hundreds of thousands of Quebecers were tempted by separation in the early 1990s, only to come back to the federalist fold once the constitutional furnace cooled down.
In other words, over time, many Quebecers have genuinely changed their mind on this crucial issue. Some have even switched sides a few times. In his book on Lucien Bouchard, The Antagonist, Lawrence Martin underlined the fact that Mr. Bouchard had been a Pequiste in the 1970s and 1980s before joining Brian Mulroney's government, and then switching to the separatist side again. Lawrence failed to understand that this kind of constitutional schizophrenia is far from exceptional in Quebec. In fact, you could argue that it is the basis of Bouchard's (still) huge popularity: Quebecers see their own ambiguities reflected in his torments over Quebec and Canada.
Point number two: Unfathomable as it may be for most in English Canada, it is evident that not all separatists actually want separation. That is why the terms separatiste and independantiste are not used by the Bloc or the PQ: They know that many who could vote Yes in a referendum don't actually consider themselves separatistes at all.
Hard-core partisans of Quebec's independence make up 30% to 35% of the electorate. The other 10% to 15% who tell pollsters they would vote Yes don't want to destroy Canada; they want a new deal with Canada. To be more precise, they want a new deal within Canada. I would bet my shirt that's where Jean Lapierre has always stood on the issue. That's also the way all federalist Quebec premiers have felt over the years, including "hard-core federalists" such as Jean Lesage, Daniel Johnson Jr. and now Jean Charest.
I don't know Mr. Harper's new advisor and organizer, Richard Decarie. I remember he used to work for Mr. Johnson (then leader of the Quebec Liberal Party), a position from which he resigned after declaring himself a sovereignist. According to press reports, the announcement surprised all those who had worked with him in Mr. Johnson's office. Whatever Mr. Decarie's thinking at the time or now, Mr. Harper's decision to hire him reveals more about the Conservative leader's intellectual evolution than about Mr. Decarie's.
Which brings us to point number three.
Stephen Harper had for a long time believed that Brian Mulroney's strategy of courting nationalists in Quebec was suicidal. He hoped that his Conservative Party could make inroads in the province by seducing disenchanted federal Liberals; these would be faithful federalists for sure.
Last June's results indicate that Mulroney's strategy, although admittedly difficult to manage, is the only one that can work -- especially now that the Bloc Quebecois offers such a comfortable refuge to Quebec nationalists. Even Paul Martin's Liberals, having won only 21 of Quebec's 75 seats, acknowledge that they have to reach toward that clientele.
In fact, any federal party wishing to govern a united Canada in the 21st century will need to attract Quebec nationalists. Why? Because Quebecers are nationalists. Whether federalist or separatist or somewhere in between, whatever their past or future affiliation, Quebecers cherish their land, their language, their culture, their history above all. That love of nation sometimes makes them much too self-centred, a trait in need of correction.
Still, nothing will change the fact that a very old, extremely powerful emotional bond ties them to Quebec. Not exclusively to Quebec, but first and foremost.
Obviously, that nationalism presents a challenge to the rest of the country.
It is a challenge not unlike the one posed by Western alienation, and therefore we might find some common solutions.
It is not a new challenge; wasn't it the main reason for putting together a federation? It is a challenge that many Canadians hoped they could lull to sleep or scare away after the 1995 referendum. It did not happen; neither will it.
The first step toward facing that challenge anew is a better understanding of the other. That is certainly true for Quebecers (myself included), whose ignorance about the other regions of the country is staggering.
It it true also of other Canadians, whose dark perception of Quebec nationalism has been a major obstacle to constitutional agreements. Better understanding begins with dialogue and inclusion, which is why federal politics should make ample room for the likes of Jean Lapierre and Richard Decarie.

Kilrea réitère que le statut bilingue est inutile
Christine Langlois
Le Droit samedi 7 août 2004
Selon l'ennemi numéro un du statut de ville bilingue à Ottawa, Terry Kilrea, une telle politique, en plus d'être inutile, serait nuisible. Alors que l'idée est acceptée chez plusieurs élus, l'ancien et futur candidat à la mairie continue de muer son opposition à ce projet en cheval de bataille.
Il a organisé une consultation à ce sujet plus tôt cette semaine, dans le quartier anglophone de Nepean. Pourtant, le premier ministre ontarien Dalton McGuinty a promis de donner à Ottawa le statut de ville bilingue. Le maire de la ville, Bob Chiarelli, est d'accord avec lui. L'idée d'avoir une capitale officiellement bilingue dans un pays qui l'est semble largement acceptée. La Ville a d'ailleurs adopté une politique de bilinguisme en 2001. Ne reste plus qu'à l'enchâsser dans les lois ontariennes.
Mais Terry Kilrea, le plus sérieux opposant au maire actuel lors de la dernière campagne à la mairie, ne démord pas de son idée. Selon lui, les francophones obtiennent déjà tous les services dont ils ont besoin. "Je n'ai entendu aucune plainte à ce sujet." Et si des francophones n'arrivent pas à être servis dans leur langue, poursuit-il, une politique n'y changera rien. "C'est l'administration Chiarelli qui a failli à la tâche, accuse-t-il. Les francophones devraient toujours pouvoir être servis dans leur langue à l'hôtel de ville."
Il continue de clamer que l'officialisation par la province de la politique de bilinguisme fermerait tous les emplois disponibles à la Ville aux unilingues anglophones. "C'est comme si on empêchait 78 % de la population de travailler." Quand on lui rappelle que les francophones aussi doivent devenir bilingues pour accéder à ces postes, il affirme que l'Ontario est une province anglophone, et qu'on ne peut favoriser une minorité au détriment de la majorité. S'il déménageait au Québec, assure-t-il, il devrait apprendre le français.
Quant à l'attrait que pourrait offrir une capitale bilingue, M. Kilrea le nie carrément. L'appui du Regroupement des gens d''affaires (RGA) aux projets de ville bilingue ne l'émeut pas davantage. Pour lui, c'est une bonne décision d'affaires de s'efforcer de servir les clients en français. Mais aucune loi ne devrait encadrer cela. Pour lui, les élus qui revendiquent le statut bilingue ne cherchent qu'à obtenir des votes. Le député fédéral Mauril Bélanger, Bob Chiarelli, ou les conseillers Jacques Legendre et Georges Bédard, pour lui, ne se préoccupent pas réellement du sort des francophones. Maintenant que l'hôpital Montfort est en sécurité, croit-il, on pourrait passer à autre chose.
Il craint aussi les coûts d'un bilinguisme officiel, et donne l'exemple de la fonction publique fédérale. "Le gouvernement a gaspillé des millions de dollars pour rendre tous les postes bilingues. Ils ont dépensé des millions en cours de français." Le maire Chiarelli a beau répéter que ce n'est pas ce qui se passera à Ottawa, Terry Kilrea n'en croit pas un mot.
"Plutôt que de décider pour la majorité, ils devraient organiser un référendum sur le statut bilingue. Les gens ont le droit de décider ce qu'ils veulent." Mais il ne croit pas à la suprématie de l'opinion publique en tout. Ainsi, quand il est question d'augmentation de taxes, il ne croit pas que les élus municipaux ont eu raison de céder. Plusieurs d'entre eux avaient promis de geler les impôts fonciers mais, devant les pressions du public qui refusait de perdre des services, ils ont changé d'idée. "Nous n'avons pas besoin de 33 bibliothèques. Quand vous êtes élu, tout le monde n'est pas d'accord avec vous. Mais vous devez quand même prendre les décisions qui s'imposent."
KILREA PROMET D'ÊTRE BILINGUE POUR LES PROCHAINES ÉLECTIONS
Terry Kilrea lance, deux ans à l'avance, une première promesse électorale : il sera parfaitement bilingue pour les prochaines élections municipales, en 2006.
Venant de celui qui s'oppose au statut de ville bilingue de la capitale, l'engagement a de quoi surprendre. Il baragouine d'ailleurs déjà. "Je parle un peu français", lance-t-il avec un fort accent, après avoir exprimé quelques phrases en français.
Il annonce qu'il consacrera ses prochaines vacances à des cours intensifs de français. L'agent correctionnel de 48 ans ne se promène pas beaucoup de toute façon, si ce n'est pour aller jouer au golf à Aylmer.
"J'ai consacré mes dernières vacances à ma campagne à la mairie. Les prochaines, avec les cours de français, me serviront à préparer la prochaine."
Lors des dernières élections, il a réussi à obtenir 36 % des suffrages. Et il prévoit une victoire en 2006 grâce à des thèmes qui lui sont chers ; la sécurité et la propreté de la ville.
"Nous avons besoin de plus d'officiers de police. Le niveau de criminalité augmente et l'administration coupe."
Terry Kilrea, s'il était élu, réduirait les subventions aux événements culturels comme le Bluesfest. "Pourquoi est-ce qu'on donnerait des subventions aux gens qui veulent aller voir Rod Stewart ? S'ils veulent y aller, qu'ils payent leurs billets au complet."
Il croit aussi que les réductions budgétaires ne sont pas une bonne raison pour cesser de tondre le gazon ou d'utiliser des pesticides. "Si on ne fait pas attention, il faudra refaire les terrains de la ville avant longtemps. Et ça, ça coûtera cher."
"Je ne suis pas anti-francophone", clame-t-il de nouveau. Pour lui, simplement, l'expression "là où le nombre le justifie" relative aux services en français n'a besoin d'aucun ajout.
Il a grandi à Nepean et y vit toujours. Il ne voit pas pourquoi les employés municipaux des zones anglophones devraient tous se mettre au français. Le maire Bob Chiarelli a beau dire que ce n'est pas ce qui se passerait, Terry Kilrea n'est pas rassuré.
Lui qui n'a pas d'enfant voudrait par contre investir dans la jeunesse, notamment en réduisant les tarifs de location des glaces. De la même façon pour les personnes âgées, il souhaite que les laissez-passer mensuels d'OCTranspo soient gratuits pour les personnes âgées de 65 ans et plus.
clanglois@ledroit.com

Le Canada doit se retirer du projet de bouclier antimissile, dit un ex-général américain
Le Devoir mercredi 11 août 2004
PC Ottawa -- Le Canada ne devrait pas adhérer au projet américain de bouclier antimissile, affirment un général américain à la retraite ainsi qu'une ancienne diplomate canadienne.
L’ex-lieutenant général américain Robert Gard croit que le Canada devrait se préoccuper davantage de lutte contre le terrorisme.
Selon Robert Gard, ex-lieutenant général des États-Unis, ce système de défense est trop coûteux, n'a jamais été testé et ne fonctionnera peut-être même pas.
La diplomate, Peggy Mason, ancienne ambassadrice canadienne pour le désarmement aux Nations unies, pense qu'Ottawa ne devrait rien faire pour promouvoir ce projet. Ce n'est pas dans l'intérêt du Canada sur le plan de la sécurité, a-t-elle déclaré hier, en conférence de presse.
Les États-Unis comptent déployer un certain nombre de missiles intercepteurs, prêts à fonctionner, en Alaska dès cet automne. La semaine dernière, le Canada et les États-Unis se sont entendus pour amender un traité afin d'autoriser le partage d'informations critiques relatives au bouclier antimissile.
Le ministre canadien de la Défense, Bill Graham, a soutenu que cette décision vise à préserver le statut de NORAD comme pivot de la défense continentale et qu'elle n'engage en rien le Canada à entériner le projet de bouclier antimissile.
Les adversaires du projet soutiennent que la modification du pacte de NORAD constitue un pas de plus sur la pente savonneuse d'une éventuelle participation du Canada au bouclier antimissile, l'un des projets de défense particulièrement chers au président américain George W. Bush.
Les partisans du programme disent qu'il permettra de défendre le continent contre les tentatives d'États voyous de lancer des missiles en direction de l'Amérique du Nord.
Ses détracteurs font valoir que le système pourrait entraîner une nouvelle course aux armements et une militarisation de l'espace.

Un général américain à la retraite s'oppose au bouclier antimissile
Nathaëlle Morissette
La Presse mercredi 11 août 2004
En raison des coûts exorbitants et de la complexité de la technologie, le Canada ne devrait pas participer au projet de bouclier antimissile américain, estime Robert G. Gard, un général américain à la retraite.
De passage à Ottawa hier, à l'invitation de plusieurs groupes de pression, le général Gard a déclaré lors d'un point de presse que la réussite du projet est loin d'être garantie et que le Canada n'avait rien à perdre s'il décidait de ne pas y prendre part.
" Je crois que ce serait un gros risque de participer à ce projet tant que toutes les composantes du système n'auront pas toutes été testées correctement, a-t-il déclaré lors d'une entrevue téléphonique à La Presse. Le dernier test a été effectué en décembre 2002 et les résultats n'ont pas été concluants. Pour cette raison, ce serait prématuré d'avoir recours à ce système ", affirme cet ancien militaire qui a entre autres pris part à la guerre du Vietnam.
Présente lors du point de presse, Peggy Mason, ancienne ambassadrice canadienne pour le désarmement à l'ONU, a pour sa part ajouté que le projet de bouclier antimissile pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour la paix et la sécurité internationale.
Une décision qui se fait attendre
Du côté du ministère des Affaires étrangères, on se contente de dire que la décision concernant la participation du Canada n'est toujours pas prise. La visite du général Robert Gard ne semble donc pas avoir fait bouger les choses. " Ce qui va influencer la décision ce sont les consultations qu'on va faire avec les Canadiens, mentionne Sébastien Théberge, attaché de presse du ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew. L'important c'est d'écouter ce que les Canadiens et ce que les parlementaires ont à dire sur le dossier. C'est ce que le gouvernement entend faire au cours des prochaines semaines. "
Rappelons que la semaine dernière le Canada a accepté d'amender son accord avec les Américains concernant le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) afin que l'organisation puisse contribuer au bouclier. Ce geste a provoqué la grogne des opposants au projet qui ont interprété ce geste comme un pas de plus vers la participation du Canada au bouclier antimissile.
" La semaine passée le ministre (Bill) Graham et le ministre Pettigrew ne se sont pas engagés dans le projet ", assure M. Théberge.
Du côté des conservateurs, Dimitri Soudas, porte-parole du chef Stephen Harper, mentionne que les libéraux devraient attendre d'en connaître davantage sur le projet avant de prendre une décision.
En ce qui concerne la visite de M. Gard, il souligne que certains généraux Américains se sont pour leur part prononcé en faveur du projet. " Une décision du gouvernement du Canada devrait être prise dans l'intérêt des Canadiens, dit-il. Quand le gouvernement prend une décision, il fait toujours protéger la souveraineté de notre pays d'abord. "

Greenland Base to Be Upgraded As Part of Missile Shield Plan
The New York Times August 7, 2004 Saturday
AP - IGALIKU, Greenland, Aug. 6 - The United States, Denmark and Greenland signed agreements on Friday to upgrade the early warning radar system at Thule, an important American air base during the cold war and now a crucial part of the Bush administration's plans for an antimissile defense system.
''Together we will meet the security challenges of the 21st century, from missile defense to international terrorism,'' Secretary of State Colin L. Powell said at a ceremony in this village.
Greenland's deputy prime minister, Josef Motzfeldt, said Greenland, a Danish protectorate, had had no say when the United States and Denmark signed an initial defense agreement in 1951 under NATO's auspices. He said that accord did not take into consideration the environment or animal life and exposed Greenland to cold war risks that ''we were not allowed to know about.''
Now that Greenland has home rule, Mr. Motzfeldt said, historians will see Friday as ''the day when Greenland took a decisive step toward equality and co-responsibility.''
Foreign Minister Per Stig Moeller signed for Denmark.
Three documents were signed. One updates the 1951 pact, the second provides for economic and technical cooperation and the third is aimed at protecting the environment. Mr. Powell told Greenland television that the agreement ''allows us to make sure that we are providing for the kind of threats that the civilized world might see in the future.'' Mr. Moeller signaled that Denmark still had misgivings about the missile-defense plan. He said his government was not fundamentally opposed to them but that it had said yes to the agreements ''and nothing else.''
''Right now we are some distance from determining where we might need interceptors,'' Mr. Powell said, ''but there is no plan right now for anything other than what we have already made known to the home-rule government and Kingdom of Denmark.'' The Thule base is just south of the North Pole. It housed more than 10,000 people, mostly Americans, at the height of the cold war and was a base for warplanes capable of carrying nuclear weapons. Now, there are about 550 people, including 125 Americans, at Thule.
The Greenland ceremony was the second in two days in which a NATO ally signed documents that dealt with the missile defense plans of the United States. Canada and the United States agreed Thursday in Toronto to amend the treaty that established the North American Aerospace Defense Command, or Norad, to reflect the United States system. As amended, Norad will share its missile warning function with United States commands that run its projected missile defense system.
Defense Minister Bill Graham and Foreign Minister Pierre S. Pettigrew of Canada said the agreement did not commit Canada to join the missile program. That decision ''remains with the government and will only be made after extensive consultations,'' Mr. Graham said.

Missile shield won't protect Canada: expert:
Defence system 'will not work,' retired U.S. general warns
David Pugliese
Ottawa Citizen August 10, 2004 Tuesday
The United States' missile shield will offer little protection to Canadians and most likely will never work, says a U.S. general who is one of several dozen retired senior military officers opposing the untested system.
Retired Lt.-Gen. Robert Gard Jr. says one of the biggest threats facing the U.S. is not a ballistic missile fired by Iran or North Korea, but that of terrorists or "rogue nations" smuggling a weapon of mass destruction into the country and detonating it.
"We're spending money on a (anti-missile) system that most probably will not work against an unlikely threat while we're under-funding programs designed to counter the more likely threat," Lt.-Gen. Gard, a Vietnam and Korean war veteran, said in an interview with the Citizen.
The general is in Ottawa today at the invitation of the Polaris Institute, Physicians for Global Survival, and the Walter and Duncan Gordon Foundation, to speak about missile defence. Tomorrow he will meet with Liberal MPs concerned about Canada's potential involvement in the controversial system.
In March, Lt.-Gen. Gard organized an open letter to President George W. Bush in which 49 retired admirals and generals recommended postponing deployment of the missile shield until it is proven in tests to actually work.
Instead of pumping billions into the system, the officers, each with at least 30 years experience in the U.S. military, recommended spending money to beef up security at ports and border crossings, as well as around sites which have nuclear weapons or material.
The shield, to be ready by October, will initially use sea and ground-based interceptor rockets to shoot down incoming warheads.
Last week, Defence Minister Bill Graham announced that Canada would agree to alter the Norad agreement to allow that joint U.S.-Canadian aerospace command to provide missile warning and detection information to the shield. But Mr. Graham said the amendment to the Norad pact does not mean Canada is participating in the anti-missile system and that decision would come later after consultations with Parliament.
Asked what the missile shield could provide Canadians if the government were to participate, Lt.-Gen. Gard responded: "I don't think anything."
He stressed that any decision about whether to sign on is up to the Canadian government, but he noted that tough questions should be asked about the "discrimination problem" -- that is, how the shield would determine the difference between a decoy and an actual warhead. He said defence scientists in the U.S. have raised doubts the system can do that, and also noted that any country which can build a ballistic missile will also be able to outfit it with decoys.
Military officials say the shield is designed to counter a small-scale attack by countries such as North Korea or Iran, as well as accidental missile launches by Russia and China. The Pentagon is spending about $4 billion U.S. a year on its development, and future costs are pegged at more than $50 billion.
Department of National Defence officials and some military analysts have argued Canada must take part in the shield to show that it is contributing to the defence of North America.
But Lt.-Gen. Gard noted that Canada is already helping protect the continent through Norad, which since the Sept. 11, 2001, attacks has been given the key role of monitoring domestic aircraft to prevent a terror strike using commercial planes. "Your defence budget, contrary to what some people are claiming, is comparatively quite large," he added. "You're still spending about as much as you were at the end of the Cold War which cannot be said of our European allies."
He noted that Canada has the sixth largest defence budget in NATO.
Lt.-Gen. Gard, however, said while the shield is designed primarily to protect the U.S. from North Korean or Iranian missile launches, those two nations would be unlikely to attack the United States by that means even if they were able to build such a weapon. Such an attack would invite American retaliation by nuclear weapons, and Lt.-Gen. Gard said he has seen no indication that North Korean or Iranian leaders would be so "suicidal."

Montréal, invitant pour les travailleurs étrangers :
La ville se classe quatrième au monde, selon une étude
Nathaëlle Morissette
La Presse mercredi 11 août 2004
Attirant, Montréal? Selon une étude effectuée par le Research Worldwide, à l'échelle mondiale, la métropole québécoise serait au quatrième rang des villes les plus invitantes pour les travailleurs étrangers.
Ainsi, après l'analyse de différents critères tels que la qualité et le coût de la vie, Montréal apparaît comme une destination par excellence pour les travailleurs qui doivent représenter leur entreprise à l'extérieur de leur pays.
Le Globe and Mail indiquait hier que les chercheurs ont dressé une liste de 20 villes. Celles qui s'y retrouvent offrent une bonne qualité de vie tout en ayant un coût de la vie acceptable.
À ce chapitre, le Canada remporte la palme, puisque selon les résultats de l'étude, les quatre villes en tête de classement sont Ottawa, Vancouver, Calgary et Montréal. Toronto se classe au sixième rang.
Ottawa et Wellington, en Nouvelle-Zélande, sont les seules capitales à apparaître sur la liste. Au 16e rang, Honolulu est la seule ville américaine à se tailler une place dans le classement. Les 19 autres se situent surtout au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Le résultat obtenu par Montréal réjouit le président de la chambre de commerce du Montréal métropolitain, Benoît Labonté. Il semble peu surpris de voir sa ville faire aussi bonne figure. " Ce que ça dénote, c'est que la qualité de vie est un facteur de plus en plus important pour inciter les gens à venir s'établir dans une ville, dit-il. Et la force principale de Montréal, c'est sa qualité de vie. "
La sécurité, la vitalité culturelle, les pistes cyclables et la proximité des lieux d'intérêt sont autant de facteurs qui rendent la ville attirante, estime-t-il. Selon M.
Labonté, il est important que les travailleurs étrangers viennent s'installer dans la métropole québécoise. Depuis les dernières années, la chambre de commerce du Montréal métropolitain tente d'ailleurs de tisser des liens avec d'autres chambres de commerce à l'extérieur du pays afin de trouver des moyens d'attirer des travailleurs.
" Bientôt, nous serons confrontés à une problématique liée à notre démographie, dit-il. Les baby-boomers vont prendre leur retraite. Il va y avoir énormément d'emplois disponibles, mais pas assez de monde pour les combler. Je reçois donc les résultats de l'étude d'une façon positive. "
" La bataille n'est pas gagnée, souligne toutefois M. Labonté. Il y a encore énormément à faire pour raffermir le développement économique de Montréal et lui assurer une place concurrentielle. "
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Cette élection dans Laurier-Dorion...
Félix Pinel
TRIBUNE LIBRE 11 août 2004
Bonjour Elsie,
Bravo pour la belle soirée de jeudi, l'atmosphère était chargée d'énergie, c'est un excellent prélude. Cette élection dans Laurier-Dorion est, selon moi, un moment charnière dans la marche de notre peuple vers son destin. Le défi que présente notre circonscription n'est pas sans rappeler celui que tous les militants indépendantistes de la province auront à relever au cours des prochaines années.
Premièrement, il faudra galvaniser l'énergie des forces indépendantistes (Villeray) en mettant le cap sur 2008 (Quatrecentenaire de notre implantation réel sur ce territoire). Secundo, poursuivre le rapprochement avec les cammarades issus de l'immigration en mettant l'accent sur le progrès social et en leur expliquant que les libéraux s'inscrivent de le courrant neo-libéral qui sévit partout dans le monde et qui contribue à étrangler financièrement grand nombre de pays du monde.
Il faut leur expliquer que nous sommes ouverts sur le monde et fraternel. Tu es la personne idéale pour relever ces deux défis et tu pourras compter sur mon appuie inconditionnel. Je sais, je me suis fait discret ces derniers temps, mais disons que j'accumule du temps en banque auprès de ma conjointe et de mes gardiens d'enfants pour pouvoir y mettre toute la gomme quand le signal de départ se sera fait entendre...Bravo aussi pour ton discours, c'est vrai qu'élever une famille c'est difficile et érreintant, il faut souvent se priver, surtout quand on est en dernière année de Bac (4 mois de stage non-payé) et que l'on se fait refuser une bourse d'études...Je débuterai donc ma carrière avec des dettes d'environ 25,000 $....La partie de ton discours en espagnol m'a donné de poule, même si je n'y comprennais rien...Los Latinos del norde, ça me plaît bien!
Merci, je te laisse sur trois articles sur ton investiture et les partielles, selon eux Laurier-Dorion est imprenable!!! (voir en rouge) Aussi, je souhaite te proposer deux articles sur Vigile, un de M. Sauvé ( http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-6.html#tlrms ) et l'autre de Danic Parenteau...( http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-5.html#lddp)
LAURIER-DORION
Le PQ choisit une recrue
Cyberpresse et Mali Isle Paquin (La Presse)
«La défaite n'est pas une option!» Ainsi parlait hier Elsie Lefebvre, la nouvelle candidate de 25 ans du Parti québécois aux élections partielles dans la circonscription de Laurier-Dorion.
Ce bastion du Parti libéral du Québec comprend les quartiers Villeray et Parc-Extension, un secteur à forte propension ethnique.
Mme Lefebvre ne s'en inquiète guère et dit que les néo-Québécois veulent un changement de gouvernement. «Les résultats du dernier scrutin fédéral dans notre secteur, où le candidat Pierre Pettigrew l'a remporté de justesse, nous permettent d'espérer une victoire.»
La jeune candidate du PQ s'attaque aux «politiques antifamiliales» du gouvernement Charest et propose d'alléger le fardeau des dépenses des familles à faible revenu.
Gouvernement Charest
Le premier test électoral se fera à Québec
Jocelyne Richer
Presse Canadienne Québec - C'est dans la basse-ville de Québec, d'ici un mois ou deux, que le gouvernement Charest passera son premier vrai test de popularité.
D'ici deux semaines, le premier ministre Jean Charest devrait annoncer des élections complémentaires dans trois circonscriptions: Nelligan, Laurier-Dorion, sur l'île de Montréal, et Vanier, à Québec. Les électeurs pourraient être appelés à voter dès le 20 septembre et au plus tard à la mi-octobre.
Les trois circonscriptions appartiennent présentement aux libéraux, et s'il est pratiquement acquis que Nelligan et Laurier-Dorion ne présentent pas un grand risque pour eux, c'est loin d'être le cas dans Vanier, où la lutte s'annonce très serrée entre le Parti libéral, le Parti québécois et l'Action démocratique.
C'est donc dans ce quartier populaire de la basse-ville de Québec que le gouvernement Charest verra, après un an et demi d'exercice du pouvoir, s'il a réussi à retrouver la confiance des électeurs, après des mois de sondages dévastateurs, qui en font l'un des plus mal aimés de l'histoire récente.
Lors du scrutin d'avril 2003, un des candidats-vedettes du Parti libéral, Marc Bellemare, avait été élu avec une confortable avance (16 182 voix et une majorité de 4536), mais le candidat adéquiste, Normand Morin, avait fait très bonne figure en récoltant l'appui de 11 646 électeurs.
Quant au Parti québécois, représenté par Nicole Madore, il arrivait troisième avec 9385 voix. Pour le PQ, il s'agissait d'une défaite amère puisque la circonscription était dans le giron péquiste avant le 14 avril.
L'assemblée d'investiture du PQ dans Vanier aura lieu le 15 août et trois candidats se font la lutte: Jean Roy, un enseignant à la retraite, Claude Beauchamp, un ancien attaché de presse du gouvernement Landry, et Sylvain Lévesque, directeur adjoint du Carrefour Jeunesse Emploi. La direction du parti convient qu'il est loin d'être acquis que le comté retournera au bercail péquiste.
Pour l'Action démocratique, une victoire dans Vanier prendrait valeur de symbole que le parti, malgré l'humiliante défaite d'avril 2003, peut toujours représenter une solution de rechange.
Candidate du Parti Québécois dans Laurier-Dorion
- Elsie Lefebvre va se battre pour les jeunes familles de sa circonscription
MONTREAL, le 5 août /CNW Telbec/ - Elsie Lefebvre a officiellement été
élue candidate du Parti Québécois pour les élections partielles dans
Laurier- Dorion à l'occasion de l'assemblée d'investiture qui se tenait ce
soir. La jeune candidate de 25 ans a annoncé qu'elle se battra contre les
situations invivables dans lesquelles se retrouvent plusieurs jeunes familles
de sa circonscription qui regroupe les quartiers Villeray et Parc Extension à
Montréal. Plus de 400 militantes et militants enthousiastes, réunis au Centre
Lajeunesse, ont applaudi chaleureusement Elsie Lefebvre lors de sa nomination.
"Après plus de 20 ans de règne libéral, Laurier-Dorion demeure l'une des
circonscriptions les plus pauvres au Québec où près d'un ménage sur deux vit
sous le seuil de faible revenu tant dans Villeray que dans Parc Extension",
déplore Elsie Lefebvre. Elle estime également qu'il est temps de renverser la
vapeur et de revenir aux vraies valeurs familiales. "Tous les jeunes couples
qui le désirent devraient pouvoir fonder une famille dans des conditions
décentes. Ils ne devraient pas conditionner leur choix au seul argument
économique et nous devons les soutenir afin qu'ils puissent élever leurs
enfants loin de la misère", ajoute la jeune candidate du Parti Québécois.
Elsie Lefebvre entend donc dénoncer vigoureusement les politiques
antifamiliales du gouvernement Charest qui affectent particulièrement les
jeunes familles de Laurier-Dorion : "Les hausses de tarifs dans les garderies,
l'augmentation drastique de l'endettement étudiant, le manque criant de
logements abordables et l'absence de congés parentaux accessibles
appauvrissent plusieurs jeunes couples de ma circonscription qui devront
renoncer à la venue d'un premier ou d'un deuxième enfant". Elle estime que les
électeurs de Laurier-Dorion doivent envoyer un message clair aux libéraux de
Jean Charest, comme ils l'ont fait à leurs copains fédéraux alors que le
ministre Pierre Pettigrew a passé à un cheveu d'être défait.
Une candidate de la circonscription et ouverte sur le monde
Ayant grandi dans le quartier Villeray, Elsie Lefebvre parle couramment
trois langues et est candidate à la maîtrise en Etudes internationales de
l'Université de Montréal. Elle est présentement chargée de projet à l'Institut
du nouveau monde. Elle fut notamment présidente de son association étudiante,
responsable des communications du Comité national des jeunes du Parti
Québécois et elle a travaillé à la délégation du Québec à Mexico.
Les orateurs invités lors de cette assemblée, M. Maka Kotto, député
fédéral de Saint-Lambert, et M. Daniel Turp, député de Mercier et porte-parole
de l'opposition officielle en matière de relations internationales et
d'affaires intergouvernementales canadiennes, estiment qu'il s'agit de la
candidate idéale pour remporter la circonscription de Laurier-Dorion.

TRIBUNE LIBRE
Notre projet national doit s'arrimer à la protection de l'environnement
Félix Pinel
TRIBUNE LIBRE 11 août 2004
Alors que le gouvernement Charest s'apprête à livrer les ressources naturelles de notre territoire à de grandes multinationales qui n'ont que faire de l'équilibre écologique, nous, indépendantistes, devons intensifier notre lutte et notre vigilance afin de le protéger (notre territoire). Suroît, barrages hydroélectriques privés, ouverture à la vente d'eau douce, déforestation anticipée de l'Île René-Levasseur, etc… Il est temps d'intégrer cette lutte écologique à celle de notre libération nationale, car l'une sans l'autre n'a aucun sens.
Nous avons la chance d'avoir l'un des territoires les plus riches, les plus vastes et au plus grand potentiel, la moindre des choses serait de le préserver adéquatement pour les générations futures. Notre projet d'indépendance ne doit pas être que politique, il doit aussi être territorio-écologique. Nous sommes à un point où l'environnement ne peut plus être soumis aux besoins économiques. Avec notre savoir-faire, notre ingéniosité, bref notre génie, nous devons arriver à faire autrement ici. Nous devons devenir un modèle à suivre pour les autres nations du monde. Le Québec doit être l'endroit où les multinationales d'exploitation des ressources viendront se cogner le nez sur la porte. S'ils souhaitent venir faire affaire ici, ce sera sous nos conditions, financières certes, mais d'abord et avant tout environnementales. Les Kruger, General Electric et autres devront apprendre à être moins gourmands, plus respectueux et plus intelligents, c'est à nous d'y voir. Le mieux que nous pourrions faire serait de nationaliser l'industrie forestière et celle de la vente d'eau douce. Nous avons l'expertise, pourquoi ne pas en profiter au lieux de laisser toujours la place au privé. Cela mettrait fin à la dictature de certaines compagnies forestières dans de nombreux villages et villes du Québec. Nos ressources par nous et pour nous!
Cet appel, je le lance à tous les Québécois, mais surtout au Parti Québécois dont je suis membre. L'environnement et la souveraineté du Québec vont de paire, il faudra y adhérer ou risquer une autre défaite.
J'ai d'ailleurs souvent proposé de remplacer le rouge du logo du PQ par du vert pour ainsi marquer une nouvelle ère. Je l'ai essayé avec un logiciel de dessin et c'est très beau!!!
Il existe déjà un grand nombre d'organismes de préservation de notre patrimoine faunique, floral et marin, c'est le temps où jamais de tisser des liens et de travailler main dans la main. Demandez aux militants ce qu'ils en pensent, vous verrez que la préservation de l'environnement est une priorité quasi-unanime.
Vive le Québec Libre, Vert et Ouvert

TRIBUNE LIBRE
Forêt - une décision doit être prise
Félix Pinel
TRIBUNE LIBRE 11 août 2004
Bonjour, je suis conscient que la date limite pour le dépôt des mémoires et des avis à la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise est de longtemps dépassée, je souhaite toutefois faire entendre mon opinion que voici.
Mon nom est Félix Pinel, j'habite la ville de Montréal, car ma conjointe et moi étudions tous deux à l'UQAM. La ville, son rythme effréné, son air ranci et son manque d'esthétisme sont insoutenables pour les amants de la nature que nous sommes. Quand la fin de semaine arrive, nous nous faisons un devoir d'amener nos deux fistons loin du milieu pollué dans lequel nous habitons, toujours. La forêt, l'endroit idéal pour venir décompresser et donner une pause à notre organisme sans cesse victime des assauts toxiques urbains.
Auparavant, lors de nos escapades nous rencontrions souvent des véhicules lourds affectés au transport de ce que l'on qualifie de matière ligneuse, des arbres. Tranquillement, ces rencontres se sont accentuées et se sont déplacées à des endroits inhabituels (plus au Nord). Au début, nous observions un transport d'arbres au diamètre très imposant, mais, de plus en plus, les victimes que nous rencontrons semblent plus jeunes. La population d'arbres matures serait-elle déjà épuisée, avons-nous déjà atteint le fond du baril. Sommes-nous rendus au point de couper avant l'atteinte d'un âge minimal?
Auparavant, lorsque l'on sillonnait les routes du Québec, en voyant les transporteurs de matière ligneuse, on se doutait bien, mais aujourd'hui on ne laisse même plus de bande forestière en bordure des routes. Les abattoirs sont maintenant exposés au grand jour, quel désastre. C'est à en pleurer.
Nous sommes rendus à un moment où une décision doit être prise. Allons-nous choisir de laisser les entreprises forestières continuer de piller nos forêts en échange de montants ridicules. Allons-nous continuer de payer pour le reboisement, sans rien demander aux grandes compagnies? Allons-nous continuer d'être pris en otage dans de nombreux villages du Québec par ces multinationales? Cette époque est révolue, nous ne sommes plus un peuple à genoux qui attend les investissements américains et/ou canadians afin d'exploiter nos propres ressources. Il est temps de dire: « Nos ressources par nous et pour nous. » Il est temps de dire: « Non, il n'y en aura plus de droit de coupe consenti pour cent ans! Non, c'est terminé, ce qui reste de la forêt nous allons le protéger et l'exploiter intelligemment, le génocide forestier a assez duré. »
Il est temps de nationaliser cette ressource, nous avons l'expertise et les compétences pour exploiter nous-mêmes cette richesse. La gestion des forêts et de l'environnement relève déjà de l'assemblée nationale, il devrait en être de même pour l'exploitation forestière. C'est la seule garantie afin que les ressources de notre territoire soit gérée dans une optique de développement durable. Pourquoi ne pas imaginer une méthode copiée sur ce qui se fait en agriculture ? Des terres seraient zonées "forestières", il s'agirait des seuls endroits où l'on extrairait cette précieuse matière ligneuse. Certes les cycles de production seraient longs, mais l'étendu de notre territoire peut certes nous permettre de créer un système de rotation sur 25 ans (par exemple) afin de répondre à la demande. Avec ingéniosité, recherche et passion, nous pourrions en arriver à améliorer la productivité de ces dites zones et ainsi préserver ce qui nous reste de forêt sauvage. Il faut commencer à penser à nos descendants… J'aimerais bien que mon fils puisse lui aussi amener ses enfants se ressourcer en forêt!

TRIBUNE LIBRE
Les résultats obtenus par CHOI-FM cet été nous font réfléchir
Luc Lepage AMNOQ.COM
TRIBUNE LIBRE 11 août 2004
On a juste à regarder les résultats que CHOI-FM obtient lors de ces manifestations pour sa survie et je me dis ; pourquoi autant de monde ? Pourquoi il n'y a pas ce genre de manifestations pour la souveraineté du Québec? CHOI-FM a 380 000 auditeurs et le Bloc Québécois a obtenu 1 675 000 voix aux dernières élections.
Selon le sondage non-scientifique du Québécois, les souverainistes sont plutôt d'accord avec la fermeture de CHOI-FM. Alors une des solutions pour les souverainistes serait-elle d'avoir sa propre station FM, AM ou autre? Est-ce que Gérald Larose serait plus efficace derrière un micro d'une station souverainiste? L'argent serait-il encore le problème? Une vaste campagne de financement peut-être? Comment une station qui passe son temps à dire des ''conneries'' a sa station alors que les souverainistes ne l'ont pas? Les résultats obtenus par CHOI-FM cet été nous font réfléchir.

TRIBUNE LIBRE
André Ouellet - Un « honorable » collaborateur
Étienne LaHire
TRIBUNE LIBRE 11 août 2004
Lettre ouverte à André
Ouellet,
P.-D. G. - en sursis, je veux le croire - de Postes
Canada
- Quelques références
(liste nullement exhaustive...) :
http://www.vigile.net/ds-affaires/ouelleta.html,
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-9.html#tlhp et
http://www.ledevoir.com/dossiers/333/60696.html?333
- Coordonnées
pertinentes : André Ouellet
(andre.ouellet@canadapost.postescanada.ca), Postes Canada
(service@canadapost.postescanada.ca) et Paul Martin/premier ministre du Canada
(martin.p@parl.gc.ca)
Les mots me manquent pour
décrire M. André Ouellet, « profiteur de système » comme on en retrouve dans les
républiques de bananes, les régimes totalitaires ou les régimes politiques...
d'un autre siècle.
Un Québécois anti-Québécois, qui plus est, comme le
Canada anglais les adore et les savoure à pleines bouches.
Ah... tout ce
qu'il a pu faire, cet homme, pendant sa longue carrière depuis les années
soixante-dix. Tantôt pour affaiblir et banaliser le statut du Québec au sein du
Canada, tantôt pour s'opposer avec la dernière énergie - mais rarement avec
respect, panache ou dignité - à la Libération nationale de ses soeurs et de ses
frères de Patrie.
Qu'est-ce donc que ce personnage sinon, sans pour
autant se payer indûment les mots, ce qu'on nomme habituellement un
«collaborateur»?
Bien honnêtement (un terme que l'on aurait sans doute
difficulté à retracer dans le vocabulaire de l'intimé), je m'interroge le
plus sérieusement du monde quant à savoir comment un individu de cette «espèce»
peut parvenir à se regarder lui-même, droit dans le blanc des yeux, tous les
matins dans sa glace... sans régurgiter de son estomac les deux mille dollars
encaissés pour la simple journée de la veille - rémunérations et légale (mais
excessive jusqu'à l'aberration) et illégale (vol qualifié des deniers publics)
confondues.*
Et ce, 365 jours...
ouvrables (comme on dit : «ouvrir un tiroir-caisse») par année - année
après année. Aux frais des citoyens-contribuables - vous et moi,
quoi.
Vos actes commandent plus que la condamnation judiciaire et
l'opprobre public, M. Ouellet: c'est au pénitencier que désormais l'on devrait
vous confiner pour un long séjour de réflexion.
Car les hommes comme
vous lézardent de l'intérieur la politique d'un État moderne et démocratique,
toujours fragile et vulnérable par définition; et contribuent de ce fait à la
perte de confiance du citoyen - et à la désaffection généralisée qui s'ensuit
naturellement - à l'égard de l'administration du pays. Car les hommes comme
vous, pour le dire d'un mot, M. Ouellet, sont des hommes dangereux pour la santé
et le bien-être des peuples.
Monsieur l'Honorable, vous serrer simplement
la main me serait répugnant.
Veuillez en conséquence recevoir mon mépris le
plus franc et le plus entier.
Étienne
LaHire
LaHire@Q-bec.com
St-Denis s/Richelieu, Québec
11 août
2004
* «
qualifié » : «Droit pénal - Se dit d'un délit érigé en crime eu
égard aux circonstances aggravantes qui l'accompagnent» (réf.:
http://zeus.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv4/showps.exe?p=combi.htm;java=no;). Or
un homme qui par ses fonctions mêmes se voit investi de la confiance du citoyen
mais qui trompe celle-ci - en jouant de népotisme et en utilisant les fonds
publics à ses propres fins (par exemple) - commet en effet un «crime
qualifié». Ainsi, M. André Ouellet n'a pas simplement trompé et volé un
individu privé ou une entreprise particulière: Il a trahi la confiance de
la population tout entière, volé et abusé tout le
monde.
