
Landry laisse peu de doutes sur son avenir :
«Quel âge avait de Gaulle quand il est devenu président?»
Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 12 août 2004
Québec - Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, estime que «le vent est bon» à son maintien à la tête des troupes péquistes. S'il se dit toujours en réflexion sur son avenir politique, Bernard Landry laisse bien peu de doutes sur ses intentions et ne manque pas d'arguments pour justifier son éventuelle décision de présider le PQ lors des prochaines élections générales.
«Quel âge pensez-vous qu'avait le général de Gaulle quand il est devenu président de la République française? Quel âge pensez-vous qu'avait Winston Churchill quand il est devenu premier ministre en temps de guerre du Royaume-Uni? Quel âge avait Konrad Adenauer [ancien chancelier allemand]? Quel âge avait Ronald Reagan [ancien président américain]? Et je vous passe les autres», a-t-il lancé aux journalistes qui lui faisaient remarquer, hier, qu'il aura 70 ans au moment des prochaines élections. Bernard Landry a ensuite fait valoir que toutes les couches d'âge doivent être représentées à l'Assemblée nationale.
Lors de cette conférence de presse marquant son retour de vacances, Bernard Landry a démontré tous les signes d'un homme qui restera en poste. «J'ai fait un voyage extraordinaire. Je ne peux pas trouver meilleure préparation pour le voyage politique qui, maintenant, reprend», a affirmé M. Landry, qui revient de son voyage de noces, en Europe, avec Chantal Renaud.
Bernard Landry a précisé que sa réflexion «chemine» et qu'il fera connaître sa décision soit au conseil national du PQ du mois d'août, soit à celui d'octobre. «Il faut que cette décision soit mûrement réfléchie. On ne se lance pas dans une chose comme celle-là à la légère. Devant une décision pareille, la moindre négligence serait inacceptable. C'est pour ça que je veux aller au fond des choses, voir le plus grand nombre de personnes possible, le plus grand nombre d'études possible, le plus grand nombre de sondages possible. Quand je serai prêt, je foncerai. Et pas à peu près», a-t-il expliqué.
Le chef péquiste semble avoir récolté des appuis suffisamment importants au sein du parti pour qu'il affirme avec assurance: «Le vent est bon! Je chemine.»
Bernard Landry dit analyser ses «capacités physiques, intellectuelles et morales» avant de prendre une décision finale. «Il faut que les conditions me concernant soient remplies, il faut que mon parti le veuille et il faut que la population du Québec le veuille. C'est ça que j'étudie avant d'entreprendre un cycle de ma vie qui va être extrêmement exigeant», a-t-il souligné, laissant encore paraître ses intentions en utilisant le futur plutôt que le conditionnel.
M. Landry a ajouté qu'il tente actuellement de déterminer s'il est «la meilleure personne pour diriger ce parti pour qu'il reprenne le pouvoir et fasse l'indépendance nationale». «Si je répond oui, quand ma décision sera prise, je resterai. Et si je répond non, j'ai moult possibilités pour continuer ma vie», a-t-il dit.
Bernard Landry a refusé de commenter le départ de son leader parlementaire et député de Gouin, André Boisclair, qui sera annoncé mardi, le 17 août. «Nous nous sommes parlé abondamment au cours des derniers jours, mais ce serait manquer de respect que de parler de décisions concernant son destin avant qu'il ne vous en parle lui-même», a-t-il noté.
Pas d'appui à CHOI-FM
Bernard Landry refuse d'accorder un appui clair à la station de radio CHOI-FM et s'en remet à la Cour d'appel fédérale pour déterminer si la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de fermer la station le 31 août est juste ou non. Contrairement au premier ministre Jean Charest et au chef adéquiste Mario Dumont, le chef péquiste n'a pas voulu blâmer l'organisme fédéral.
«Je sympathise avec les gens qui sont privés de la musique qu'ils veulent entendre et je sympathise avec les travailleurs qui ont peur de perdre leur emploi, mais dans une société libre et démocratique, on doit suivre le cours de la justice», a-t-il affirmé.
Bernard Landry a qualifié la décision du CRTC de «dure et difficile». «Je reconnais comme tout le monde que cette décision déçoit des dizaines et des dizaines de milliers de personnes, mais ce serait prendre un risque plus grand pour la démocratie si les parlementaires se mettaient à dicter aux tribunaux ce qui est juste et ce qui ne l'est pas [...] et d'influencer des décisions des tribunaux», a-t-il expliqué, rejoignant ainsi l'avis de la ministre fédérale du Patrimoine, Liza Frulla.
«La liberté de parole dans une société comme la nôtre est placée à un niveau très élevé dans l'échelle de nos valeurs, a ajouté M. Landry. J'ai même déjà dit au sujet d'André Arthur que je n'aimais à peu près rien de ce qu'il disait mais que j'étais prêt à me battre pour qu'il ait le droit de le dire. Sauf que ça doit se faire dans le cadre des lois. Dans une société avancée, on fait des lois pour préserver la liberté et pour faire en sorte que la liberté des uns finisse où celle des autres commence.»
Face au refus d'Ottawa de renverser la décision du CRTC, Genex Communications a décidé de se tourner vers la Cour d'appel fédérale pour contester la fermeture de sa station de radio. Il est possible que, en plus de la requête qui a été déposée hier, une demande d'injonction soit présentée afin de permettre à CHOI-FM de rester en ondes le temps que les procédures prennent fin. «Le processus judiciaire n'est pas terminé» pour CHOI-FM, a fait valoir M. Landry, précisant que Genex trouve en Me Guy Bertrand «l'un des meilleurs avocats sur ces questions».
Le chef péquiste estime que, peu importe la décision finale dans ce dossier, les pouvoirs publics et l'entreprise privée doivent faire en sorte que les auditeurs de CHOI-FM «ne soient pas privés de la musique qu'ils veulent» et que «les travailleurs puissent conserver ou recouvrer un emploi dans des conditions acceptables».
Selon le critique péquiste en matière d'affaires intergouvernementales, Daniel Turp, la demande de Mario Dumont de convoquer d'urgence l'Assemblée nationale pour adopter une loi visant à rapatrier les pouvoirs en matière de télécommunications ne serait pas réalisable en dehors d'une démarche de souveraineté, puisqu'un «amendement constitutionnel serait d'une grande complexité». Il considère par ailleurs qu'Ottawa n'acceptera pas de conclure une entente administrative avec Québec sur les télécommunications, comme le veut Jean Charest. «J'ai l'impression que Liza Frulla sera très polie mais qu'elle va dire non», a-t-il affirmé.
Concernant la vente des stations AM de Radiomédia, Bernard Landry a indiqué qu'«il faut être très prudent dans tout ce qui touche les acquisitions que pourrait faire Corus Entertainment pour des raisons de concentration des médias et de rayonnement en région d'une information conçue en région». Le CRTC tiendra des audiences publiques sur le sujet en septembre.
Relations Ottawa-Québec en santé
Bernard Landry a salué l'«attitude ferme» de Jean Charest lors de la réunion du Conseil de la fédération, qui a porté sur la santé et qui s'est tenue à la fin du mois de juillet. En prévision de la conférence fédérale-provinciale du 13 septembre, le chef péquiste dit «soutenir totalement [Jean Charest] dans le fait de n'accepter aucune ingérence dans les compétences québécoises en matière de santé et de n'accepter aucune condition». Le chef du PQ a déploré l'attitude d'Ottawa et les discours à tendance centralisatrice du nouveau ministre de la Santé, Ujjal Dosanjh.

Est-il sérieux?
Bernard Descôteaux
Le Devoir jeudi 12 août 2004
Le gouvernement Charest voudrait que le Québec soit représenté au CRTC. Le premier ministre en a lancé l'idée il y a quelques jours dans la foulée du débat autour de la révocation de la licence de CHOI-FM. Difficile de savoir pour l'instant s'il s'agit d'une simple parade visant à calmer les partisans de cette station de radio ou s'il entend défendre activement cette revendication auprès d'Ottawa.
Les gouvernements qui se sont succédé à Québec ces 75 dernières années ont tous défendu l'idée que le Québec avait un rôle à jouer dans le domaine des communications, mais leur volonté s'est toujours heurtée à celle d'Ottawa qui, sur cette question, a pu compter sur l'appui indéfectible de la Cour suprême du Canada. Celle-ci lui reconnut d'abord le contrôle des ondes hertziennes. C'était dans les années 30. À la fin des années 70, elle fit de même pour la câblodistribution, puis, à la fin des années 80, pour la téléphonie. Résultat : le Québec n'a eu d'autre choix que d'abandonner une à une ses prétentions. Devenu une coquille vide, son ministère des Communications a été intégré à celui de la Culture. Les seuls leviers qui lui restent sont Télé-Québec et la SODEC qui, face aux instruments dont dispose Ottawa, sont bien modestes.
Devant un tel tableau, on pourrait trouver bien vaine l'idée mise en avant par Jean Charest, surtout que le CRTC fait partie de ces quelques organismes sur lesquels Ottawa a toujours compté pour forger l'identité canadienne. Néanmoins, l'idée mérite d'être poussée plus loin. Ce n'est pas parce que la Cour suprême a dit non à plusieurs reprises au Québec que les prétentions de celui-ci à un rôle dans le secteur des communications ont perdu toute valeur, loin s'en faut. Et puis, c'est l'occasion d'aller voir s'il est bien vrai qu'avec le gouvernement Martin, une nouvelle ère s'est ouverte à Ottawa.
La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, ne manquera pas d'arguments pour défendre cette idée auprès de son homologue fédérale, Liza Frulla, qu'elle rencontre aujourd'hui. Elle n'apprendra d'ailleurs rien à cette dernière, qui a défendu des idées bien plus audacieuses lorsqu'elle détenait le portefeuille de la Culture dans le gouvernement Bourassa. Ne serait-ce qu'en raison de la situation de gouvernement minoritaire où se trouve le gouvernement Martin et de la perspective d'élections rapprochées, celle-ci ne pourra dire non d'emblée.
À ce qu'on sache, l'idée mise en avant par M. Charest n'est pour l'instant qu'assez indéfinie. On ne sait pas, par exemple, quel rôle joueraient les membres québécois du CRTC. Auraient-ils une autorité particulière sur les dossiers provenant du Québec ? Difficile d'imaginer qu'il puisse en être autrement si on veut que cette présence québécoise ait un sens et une portée. À cet égard, le premier ministre et sa ministre de la Culture doivent mettre de la chair autour de l'os.
Diverses formules pourraient être imaginées. On pourrait notamment s'inspirer de la procédure particulière adoptée il y a quelques années pour le renouvellement de la licence de Télé-Québec. Celle-ci prévoit que la décision ultime appartient au CRTC, mais puisqu'il s'agit d'une télévision éducative et que l'éducation est de compétence provinciale, il revient à un comité ad hoc, constitué sous l'autorité du gouvernement du Québec, d'évaluer si Télé-Québec remplit bien son mandat de télévision éducative. Le rapport de ce comité est déterminant.
On pourrait imaginer la mise en place d'un mécanisme similaire pour étudier le renouvellement ou l'octroi de licences en radio et en télévision au Québec. Un comité du CRTC dont les membres seraient nommés par le Québec aurait à évaluer si les intérêts culturels du Québec sont bien servis par les détenteurs ou les demandeurs de licence. Puisque la culture est de compétence provinciale, il n'y a aucun doute que le Québec devrait pouvoir participer à la prise de décision. Deux cas viennent illustrer l'à-propos d'une telle intervention. Il y a celui de CHOI-FM à Québec, mais encore plus probant est celui de CKAC, dont le nouveau propriétaire veut en transformer le mandat de façon si radicale que plusieurs doutent que ce qui fut la première station de radio de langue française au Canada puisse survivre bien longtemps.
Pour convaincre Ottawa d'accepter une telle démarche, le gouvernement Charest aura besoin de l'appui des milieux tant culturels que politiques. Le premier geste à faire devrait être de convoquer la commission de la Culture pour tenir des audiences publiques sur le sujet, puis d'obtenir l'appui unanime de l'Assemblée nationale. Personne ne pourrait dès lors douter de sa détermination à faire reconnaître que la spécificité du Québec en matière culturelle s'étend au domaine des communications.
bdescoteaux@ledevoir.ca

CHOI-FM, les devoirs... et les leçons
François Lavallée
Traducteur agréé à Québec
Le Devoir jeudi 12 août 2004
Le CRTC était très conscient de la gravité de son geste et du sens que celui-ci pouvait avoir
Si CHOI-FM est convaincue d'être exempte de tout devoir, ceux d'entre nous qui savent se remettre en question ont certainement des leçons à tirer de cette aventure.
Premièrement, cette saga présente l'avantage de nous obliger à nous réinterroger sur le sens premier de la liberté d'expression, ce qui nous permet de nous rappeler que dans une société libre et démocratique, il n'est pas vrai qu'on puisse dire n'importe quoi sans aucune balise.
C'est ainsi que ce mot «liberté», tel qu'il est galvaudé par CHOI dans sa campagne, trahit une hypocrisie patente. La liberté que revendique CHOI-FM, il faut le dire car tout est là, ce n'est pas celle de dénoncer les injustices et les scandales; c'est celle de vomir sur les gens, de détruire des réputations sur la foi d'affirmations gratuites et d'insinuations grossières et de se livrer à des séances abusives de lynchage, d'humiliation publique et de scatologie primaire.
Il faudrait avoir du front pour prétendre que la société aurait perdu quoi que ce soit si CHOI, à la suite des avertissements du CRTC, avait poursuivi ses activités en en retranchant simplement ses propos diffamatoires. Par ailleurs, faire relever ce genre de propos d'une culture spécifiquement québécoise, comme Jean Charest a maladroitement tenté de le faire pour récupérer le dossier vendredi dernier, c'est proprement grotesque et insultant.
Le deuxième avantage de ce débat, c'est de mettre en lumière certaines iniquités du système judiciaire et, par ricochet, l'utilité de l'État (Tiens, tiens ! Aurait-on encore besoin de lui en ce troisième millénaire ?). En effet, un des arguments fétiches de CHOI consiste à déclarer que si on lui reproche des propos haineux, c'est aux tribunaux qu'il faut s'adresser. Or quiconque a réfléchi un peu à cet argument a maintenant eu le temps de comprendre à quel point il est fallacieux : une bataille judiciaire est extrêmement coûteuse en temps et en argent, au point où seules les grandes entreprises peuvent se la permettre. Et même si un hardi particulier décidait de se lancer dans l'aventure, il serait battu d'avance car il se mesurerait à un adversaire qui, tous les jours, a un micro à sa disposition, 300 000 paires d'oreilles à son écoute et le doigt sur le bouton prêt à couper la parole à quiconque le contredit en ondes. (Car l'hypocrisie se trouve là également : on sait que Fillion et Arthur ne se gênent pas pour raccrocher au nez de tout interlocuteur qui risque de prendre le dessus sur eux dans une discussion. Pour dénoncer la censure, on pourrait trouver des figures plus crédibles.)
Dans ce contexte, oui, il est justifié que l'État s'attribue le rôle de gardien du civisme. Avec les précautions qui s'imposent, évidemment -- et celles-ci ont été prises. Les 50 000 fans descendus dans la rue le 22 juillet pour acclamer leur gourou à Québec ne le savent sans doute pas car il y a fort à parier que leurs idoles n'ont pas laissé beaucoup de temps d'antenne à des spécialistes capables d'expliquer la décision du CRTC. Or, si on lit cette dernière, on se rend compte que le CRTC était très conscient de la gravité de son geste et du sens que celui-ci pouvait avoir. Il aborde franchement le problème de la censure et la question de la liberté d'expression. Il rappelle d'ailleurs que CHOI avait reçu des avertissements clairs et savait parfaitement quoi faire pour éviter le drame qui la frappe maintenant.
Il est certes dommage que le mécanisme primaire mis à la disposition du CRTC l'ait obligé à sortir le bazooka pour tuer une mouche. C'est peut-être une autre leçon à tirer de l'expérience. Il paraît que bien des auditeurs de CHOI écoutaient ce poste pour sa musique et pour d'autres émissions que celle de Fillion. Tant mieux si c'est vrai. Mais au fond, une nouvelle radio remplacera CHOI, et la musique adulée par la «génération X» ne devrait pas avoir trop de mal à se frayer de nouveau une place sur les ondes...
Enfin, le dossier aura eu un autre avantage inopiné, celui de montrer à ceux qui en doutaient encore l'opportunisme politique et la hiérarchie des valeurs de Mario Dumont. Le mardi 3 août, on apprend que le système québécois de protection de la jeunesse tourne carré. Le jeudi 5, on apprend qu'une bactérie fait de plus en plus de ravages en raison de l'insalubrité des hôpitaux québécois. Le vendredi 6, sur quel dossier décide de s'indigner le chef de l'ADQ ? La fermeture d'une radio-saletés, dossier qui, de surcroît, relève du gouvernement fédéral. Oserons-nous comparer ce que la société aurait à gagner, d'une part, du succès d'une intervention sur la protection de la jeunesse et, d'autre part, du renouvellement de la licence de CHOI ?
Mais la leçon la plus importante, c'est sans doute M. Dumont qui la tirera lui-même un jour ou l'autre. Aujourd'hui, il a la faveur des animateurs de CHOI et peut ainsi faire mousser sa popularité. Mais le jour où il sera plus payant pour Fillion et Arthur de le traîner dans la boue recto verso pour le plaisir de la galerie, M. Dumont comprendra sans doute l'utilité d'un tribunal des ondes. Parlez-en à Andrée Boucher, ex-mairesse de Sainte-Foy...

Maka Kotto invite Liza Frulla à faire preuve de cohérence
PC
Le Devoir jeudi 12 août 2004
Le Québec devrait jouir de l'entière maîtrise d'oeuvre en matière de communications et de télécommunications
Québec -- Ottawa doit céder au Québec toute la maîtrise d'oeuvre dans le secteur des communications et des télécommunications, selon le porte-parole en matière de patrimoine du Bloc québécois, Maka Kotto.
Comme ce fut le cas pour la formation de la main-d'oeuvre, le gouvernement fédéral pourrait très bien, sans ouvrir le dossier constitutionnel, offrir au Québec les pleins pouvoirs en ce domaine et lui transférer les enveloppes budgétaires correspondantes, a fait valoir hier le député de Saint-Lambert à la Chambre des communes.
«Le rapatriement peut se faire au moyen d'une simple entente administrative. Ce n'est pas la lune», a-t-il soutenu lors d'une entrevue, la première depuis que le chef du Bloc, Gilles Duceppe, lui a confié la responsabilité de critique dans les dossiers de la culture et des communications.
Ainsi, en fonction de critères qu'il définirait lui-même, le gouvernement du Québec pourrait créer son propre organisme de réglementation et d'octroi de licences et échapper au controversé Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).
«Il s'agit de donner une voix plus forte au Québec dans l'octroi de licences aux médias électroniques. Le Québec devrait disposer de son propre organisme de réglementation et d'émission de permis», affirme Maka Kotto, afin de pouvoir «développer une politique qui le reflète, qui lui corresponde vraiment», tant en matière de culture que de communications.
Le comédien et metteur en scène élu député lors du dernier scrutin fédéral fait remarquer qu'il n'y a rien de spectaculaire à revendiquer la pleine maîtrise d'oeuvre du secteur des communications puisque c'est grosso modo la position du gouvernement québécois depuis des décennies et que c'était celle que défendait la ministre du Patrimoine, Liza Frulla, lorsqu'elle était à la tête du ministère québécois de la Culture et des Communications, dans les cabinets de Robert Bourassa et de Daniel Johnson, au début des années 90.
«Elle devrait être cohérente. La cohérence veut que Mme Frulla se souvienne qu'elle réaffirmait la nécessité pour le Québec d'obtenir la maîtrise d'oeuvre en matière culturelle sur son territoire. Pour elle, la culture avait une importance incontournable. Elle revendiquait les pouvoirs exclusifs pour le Québec», rappelle-t-il.
Aujourd'hui, M. Kotto dit avoir hâte «que Mme Frulla ouvre son jeu» et dise quelle sera sa position vis-à-vis le Québec.
Dans les années 90, Mme Frulla revendiquait la pleine autonomie du Québec pour la culture et les communications.
En 1994, elle avait déclaré, notamment, qu'il lui apparaissait impossible «qu'un organisme comme le CRTC décrète encore longtemps à lui tout seul ce qui est bon pour les provinces, surtout la province francophone».
À l'époque, Mme Frulla contestait ouvertement le fait que le secteur des communications et des télécommunications était reconnu de «compétence fédérale exclusive», et ce, même si la Cour suprême du Canada s'était prononcée sur le sujet pour confirmer cette donnée.

Ouvrez les fenêtres!
Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 12 août 2004
Tant le chef adéquiste Mario Dumont que le premier ministre Charest se sont fourvoyés dans le dossier de CHOI- FM, le premier en réclamant le transfert au Québec de la compétence sur les télécommunications et le second en réclamant d'Ottawa un arrangement administratif qui permettrait à Québec de choisir ses représentants au CRTC.
M. Dumont rêve en couleurs: on ne rouvre pas l'explosif dossier constitutionnel pour régler le problème d'une station de radio!
La réaction de M. Charest a été moins irrationnelle mais guère plus brillante. Primo, le CRTC a toujours compté des Québécois parmi ses commissaires; secundo, même si Québec nommait directement les commissaires, rien ne prouve que les décisions de l'organisme seraient mieux inspirées.
Le problème ne tient ni à la langue ni à l'origine des commissaires. Il tient à la loi qui régit le CRTC. C'est cette loi qu'il faut changer- et de toute urgence-, pour que ne se répètent pas les aberrantes décisions de cet été qui ont couvert le CRTC de ridicule.
La ministre Liza Frulla n'a pas tort de refuser d'intervenir dans le dossier de CHOI. Tout comme Radio-Canada, le CRTC doit rester indépendant (" at arm's length ") du gouvernement.
En outre, il faut bien admettre qu'en bannissant CHOI, en rejetant la chaîne italienne RAI pour protéger les intérêts d'une station torontoise, et en ordonnant aux distributeurs de soumettre la chaîne arabe al-Jazira à la censure, le CRTC ne faisait que bêtement s'accrocher à la lettre de sa règlementation.
C'est donc au mandat du CRTC que le gouvernement Martin devrait s'attaquer, en profitant de l'occasion pour s'interroger sur l'existence même de l'organisme. Il est probablement temps de mettre la hache dans ce système autoritaire et archaïque qui accorde à un groupe de commissaires le droit de juger du contenu de la programmation des stations de radio et de télévision- un système qui aurait mieux convenu à l'ex-Union soviétique qu'au Canada.
Même sur le plan strictement technique, au dire d'experts en la matière, on n'a même plus besoin d'une grosse machine comme le CRTC, que la prolifération des satellites et autres moyens de diffusion a rendu redondant.
Un simple département, au sein d'un ministère, ou une agence publique, pourrait se charger de répartir l'utilisation des ondes, en fonction de critères simples et objectifs comme le statut légal de l'entreprise, ses états financiers, sa complémentarité par rapport aux autres, etc.
Mais tout ce qui se rapporte au contenu devrait être biffé du mandat de l'agence. L'État n'a pas à se transformer en arbitre du bon goût et de la décence, ni à dicter la manière dont doit se développer la culture canadienne, encore moins à encourager la censure.
Une société libre et adulte n'a nul besoin de se faire dire quels propos sont " offensants " ou pas, nul besoin non plus d'être forcée d'avaler de fortes doses de contenu canadien ou francophone, nul besoin enfin de garantir à ses entreprises culturelles qu'elles ne seront jamais soumises à la concurrence de l'étranger.
Ce n'est pas parce que les ondes sont propriété publique qu'elles doivent être assujetties à plus de contraintes morales que les journaux, qui utilisent la voie publique pour leur distribution, ou les salles de cinéma, qui s'affichent sur la voie publique.
C'est essentiellement pour avoir diffusé des propos " offensants " que CHOI-FM perdra sa licence le 31 août- une perspective qui fait saliver les gros radiodiffuseurs qui espèrent mettre la patte sur ce créneau lucratif. Mais il y a bien d'autres intérêts corporatistes en jeu dans cette affaire.
Ainsi, l'ADISQ, qui regroupe les producteurs de disques québécois, est furieuse parce que CHOI privilégie le rock (donc souvent des groupes américains ou britanniques), et que ses animateurs se permettent de critiquer certains artistes québécois. C'est pourtant leur droit le plus strict, même s'ils le font parfois en termes désagréables.
Je sympathise avec les auditeurs qui apprécient le contenu " alternatif " de CHOI, pour avoir déjà vécu cinq ans à Québec, enfermée dans un univers radiophonique homogène qui ne diffusait que de la chanson française; les stations anglophones de Montréal, qui, elles, diffusaient du pop, du rock, du blues et du country, me manquaient terriblement. J'aime- j'adore- la chanson française, mais je n'aime pas que cela!
La culture québécoise, tout comme la canadienne, est assez forte pour se tenir debout toute seule. Les gens se sont rués sur les Invasions barbares non parce que c'était un film québécois, mais parce que c'était un bon film, point à la ligne. On écoute Neil Young, Daniel Bélanger et Diana Krall parce qu'ils ont du talent, c'est tout.
La culture du CRTC baigne dans le protectionnisme culturel, l'autoritarisme moral et la rectitude politique. Il est temps d'ouvrir les fenêtres.

Les provinces de moins en moins endettées
Claude Picher
La Presse jeudi 12 août 2004
Tout en réclamant des milliards à Ottawa pour les aider à financer l'explosion des dépenses de santé, les provinces ont réussi à réduire substantiellement le poids de leur endettement depuis sept ans. C'est ce que montrent les chiffres les plus récents, publiés hier par Statistique Canada.
Certes, tous les ministres provinciaux des Finances, sauf celui de l'Alberta, sont aux prises avec de graves problèmes financiers. À trois exceptions près, toutes les provinces ont déclaré des déficits à l'occasion du dépôt de leurs derniers budgets. Mais si le déficit (ou le surplus) d'une administration publique est un bon indicateur de sa situation financière, il a le défaut de ne couvrir qu'une seule année. D'un exercice financier à l'autre, les équilibres financiers des gouvernements peuvent varier en fonction de la conjoncture économique, des taux d'intérêt, ou même d'événements ponctuels.
La dette est un indicateur plus révélateur, en ce sens qu'elle reflète le résultat cumulatif d'une longue période. Autrement dit, une administration peu endettée qui déclare un déficit est en meilleure situation qu'une administration lourdement endettée, et qui parvient à déposer un budget équilibré.
Il existe de nombreuses différences d'un province à l'autre dans la définition, l'administration et la structure des recettes et des dépenses budgétaires. Par exemple, une province peut comptabiliser la dette de sociétés d'État dans ses états financiers; ailleurs, les finances de certaines sociétés d'État peuvent faire l'objet d'une comptabilité séparée.
Dans ces conditions, la comparaison interprovinciale des finances publiques, à partir des documents budgétaires publiés par chaque province, constitue un exercice hautement périlleux.
Statistique Canada a surmonté cet obstacle en créant un système de gestion financière qui permet de normaliser la présentation de la comptabilité publique. Les données ajustées en fonction de ce système sont donc parfaitement comparables. Elles sont aussi cohérentes historiquement.
Ainsi, non seulement peut-on comparer les provinces entre elles pour un année donnée, mais on peut aussi mesurer l'évolution des finances publiques sur une longue période en utilisant des chiffres comparables.
Évidemment, les chiffres publiés dans le cadre du système de gestion financière peuvent différer de ceux que l'on trouve dans les documents budgétaires provinciaux.
Ces précisions techniques étant faites, voyons ce que l'agence fédérale de statistique nous a appris, hier.
Comme l'indique le tableau A, la dette nette combinée des provinces et des territoires a sextuplé en 20 ans, à un rythme qui dépasse largement l'inflation.
La dette nette représente l'encours des dettes publiques moins les actifs financiers. En effet, les gouvernements sont à la fois des débiteurs et des créanciers. De nombreux citoyens et organismes leur doivent de l'argent, et le système de gestion financière en tient compte pour mieux refléter le véritable état de santé des finances publiques.
Comme l'endettement des provinces a augmenté plus rapidement que la richesse collective, son poids par rapport au produit intérieur brut (PIB) est de plus en plus lourd. C'est ce que montre clairement la colonne du milieu. En 1996, l'endettement des provinces a atteint un sommet de 28,8 % du PIB; par la suite, il déclinera graduellement pour atteindre 21,1 % l'an dernier, son plus bas niveau en 12 ans.
Les dettes provinciales représentent ainsi en moyenne 8112 $ par habitant. C'est une nette amélioration par rapport au sommet de 8519 $ observé en 1999.
Il faut dire que tous les montants du tableau sont exprimés en dollars courants, c'est-à-dire qu'ils ne tiennent pas compte de la hausse des prix. Si on les ajuste pour tenir compte de l'inflation, on s'aperçoit qu'en termes réels, les dettes des provinces par habitant ont diminué de 14 % en quatre ans.
Évidemment, le chiffre de 8112 $ ne représente qu'une moyenne. Comme le tableau B le fait bien ressortir, ce montant varie considérablement d'une province à l'autre.
Le Québec a longtemps détenu le triste titre d'administration provinciale la plus endettée.
Depuis quelques années, c'est Terre-Neuve qui a pris la relève. La dette nette de cette province dépasse maintenant 9,5 milliards, ce qui est énorme pour une province d'un demi-million d'habitants.
Même si les Québécois ne sont plus en première place, ils continuent de traîner une dette per capita largement supérieure à la moyenne canadienne.
Il faut aussi noter la situation particulièrement enviable de l'Alberta, qui a éliminé sa dette nette. Le gouvernement de cette province est donc un créancier net, et c'est pour cela qu'un montant négatif est indiqué à la place de sa dette.
Rappelons enfin que les dettes provinciales s'ajoutent à la dette nette du fédéral, qui atteignait de son côté 511 milliards, ou 16 187 $ par habitant, en 2003.
Compte tenu des deux niveaux de gouvernement, la dette publique équivaut donc à un fardeau de 137 652 $ pour un ménage de quatre personnes à Terre-Neuve. Ce montant passe à 115 774 $ au Québec, 98 412 $ en Ontario et seulement 51 284 $ en Alberta.
Ces montants peuvent sembler astronomiques, mais ils représentent une réelle amélioration par rapport à la fin des années 90, le gouvernement fédéral ayant, à l'instar des provinces, fortement réduit sa dette.

L'union, contrepoids à la mondialisation
Gabriel Racle
Ancien chargé de cours à la faculté libre de droit de Paris
Le Devoir jeudi 12 août 2004
Libre opinion: Dans un article intitulé «L'indépendance du Québec à l'ère de la mondialisation» (Le Devoir, le 5 août 2004), Danic Parenteau suggère «que la mondialisation appelle le respect d'un nouveau principe par lequel l'indépendance du Québec (un projet politique toujours actuel) trouve une nouvelle justification». Pour intéressante que soit cette vision théorique, il n'en reste pas moins qu'une analyse pratique de la situation globale offre une conclusion fort différente.
L'auteur situe bien les origines historiques du projet indépendantiste, plus ou moins latent à l'ère de la décolonisation qui suit la Deuxième Guerre mondiale et touche de grands pays colonisateurs comme la France ou le Royaume-Uni, pour s'épanouir dans les années 60. Mais il s'agit précisément là de faits passés. La tendance mondiale actuelle s'oriente vers l'union ou la réunification au sein d'ensembles plus grands et plus forts d'un point de vue économique, social et culturel. Outre l'Union européenne, on peut citer le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay), l'Union du Maghreb arabe et l'Union africaine. Les limites de l'individualisme étatique entraînent inéluctablement des rapprochements, pas toujours faciles étant donné les affres de l'histoire qui ont touché la plupart de ces pays mais nécessaires dans la mondialisation des relations internationales.
M. Parenteau fait remarquer qu'il faut distinguer la mondialisation de la globalisation : la globalisation serait un processus économique et la mondialisation un accroissement planétaire des échanges. Il n'y a pas unanimité à ce sujet. D'aucuns rejettent l'anglicisme «globalisation» et placent l'ensemble des relations entre les pays (économiques, culturelles, etc.) à l'enseigne de la mondialisation. D'autres en font autant sous le terme de «globalisation». Et certains reconnaissent la distinction dont fait part l'auteur. La mondialisation «constitue un fait social complet, impliquant culture, idéalité, subjectivité» (François Houtart). Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans une discussion au sujet de ce cafouillage linguistique. Le fait demeure que «la mondialisation, qu'elle soit économique, politique ou culturelle, déchaîne souvent les passions : certains y voient un bienfait, d'autres une horreur... » (Wikipédia). On a souligné qu'elle entraîne «aussi une certaine uniformisation par libre métissage mais peut-être aussi par une certaine domination des grands médias occidentaux. Certains parlent d'"américanisation" ou de "pizzaïsation" du monde, ou encore, ne voyant dans la mondialisation qu'un simple phénomène de marché, de "marchandisation" de la culture» (idem).
Et c'est précisément là que les regroupements ou l'union prennent tout leur intérêt, de par la force qu'ils représentent et possèdent pour défendre leurs valeurs contre un éventuel nivellement mondial de celles-ci. L'exemple marquant est bien évidemment celui de l'Union européenne, dont les chefs d'État et de gouvernement des 25 pays qui la composent désormais ont adopté une Constitution le 18 juin dernier. Ce texte dote notamment l'Union européenne d'un président du Conseil européen, d'un ministre des Affaires étrangères, d'un Parlement européen aux pouvoirs renforcés. Sans entrer dans plus de détails, ce qui est remarquable, c'est la marche accomplie en 60 ans, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les pays de l'Union européenne se sont tous affrontés de manière sanglante au siècle dernier, à l'exception du Portugal et de l'Espagne, qui se sont combattus il y a plusieurs siècles. Il est certainement très difficile de se rendre compte de ce que représente cette «union» après tant de batailles et cette avancée progressive vers un nouveau type de fédéralisme, qui prendra encore des années à se concrétiser. Mais du Conseil de l'Europe (1949), de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (1951) et du Traité de Rome (1957) à la Constitution de 2004, en passant par l'introduction de l'euro comme monnaie commune en 2002 ainsi que par l'accroissement constant du nombre de pays membres, que de chemin parcouru vers l'union !
La place de la culture
Ce qui est marquant pour ce qui nous occupe, c'est l'importance accordée à la culture dans l'Union européenne. «Favoriser la culture et la diversité européennes par les programmes en matière de jeunesse, culture, audiovisuel et participation civique», peut-on lire dans une communication de février 2004. Un des aspects en est «la diversité linguistique [qui] constitue un des aspects les plus remarquables du patrimoine culturel de l'Europe. Elle représente également une richesse sur laquelle l'Union doit bâtir ses échanges et son économie». Il faudrait davantage de place pour souligner toutes les composantes des programmes culturels de l'Union. Mais précisément, la force du bloc qu'elle constitue désormais dans le monde lui permet de maintenir et de préserver ses exigences en matière culturelle tout autant que commerciale dans le contexte de la mondialisation.
Par exemple, en décembre 1993, à la veille de la conclusion des négociations de l'Uruguay Round, la Communauté européenne a proposé un projet de «clause culturelle» précisant la reconnaissance des besoins spécifiques des États membres en ce qui concerne leurs valeurs culturelles nationales. Ceci est conforme à la politique de l'Union européenne, qui a toujours affirmé son engagement en faveur de la diversité culturelle, un engagement qui est aussi une obligation inscrite à l'article 151 du Traité de l'Union.
Il faut peut-être rappeler la devise de l'Union européenne : «Unie dans la diversité.» C'est ce qui en fait la force. C'est ce qui devrait inspirer le modèle canadien avec son inclusion du Québec. L'avenir du Québec, culturel, social, économique, n'est pas dans une indépendance qui le verrait se noyer dans la mondialisation uniformisante. Il est dans son insertion dans la force d'un bloc solide que doit constituer le Canada. Les structures que l'Europe peine à mettre en place, ce qui s'explique par son histoire, existent déjà ici. Il ne nous est pas nécessaire de passer par toutes les étapes intermédiaires qu'a connues l'Europe. Mais il est nécessaire de renouveler le fédéralisme actuel, de l'ouvrir, de lui donner un visage nouveau pour qu'il reconnaisse et affirme clairement, plus que par des mots, la diversité de ses composantes.
L'identité canadienne, qu'il faut proclamer haut et fort face à notre voisin du Sud, doit aussi permettre d'affirmer haut et fort cette diversité culturelle qui en fait la richesse et la force. Le gouvernement fédéral a un immense effort à faire pour redonner au fédéralisme ses vraies valeurs et le sortir d'une bureaucratie débilitante. Un regard vers l'Union européenne pourrait peut-être lui donner des idées et éliminer ses craintes. L'indépendantisme ne se combat pas par la fermeture et l'intransigeance mais par l'ouverture et le dynamisme. Un Québec fort dans un Canada fort, tel devrait être le programme en ce qui concerne le Québec et la richesse de sa culture et de son économie. Car sans l'économie forte d'un solide ensemble, comme le Canada peut en être un, la culture ne saurait subsister, particulièrement dans le contexte de la mondialisation.
Comme l'a indiqué Constantin von Barloewen, il est temps de réaliser une coexistence des cultures, un ordre pluraliste du monde, une diversité réconciliée des cultures et des religions (Anthropologie de la mondialisation, Paris, Éditions des Syrtes, 2003). Le Canada est bien placé pour le faire, d'abord en son sein et pour en donner l'exemple.

Lucien Bouchard et le privé en santé
Jean-Guy Fournier
Le Devoir jeudi 12 août 2004
Lettres: Montréal, le 7 août 2004
À entendre les propos que Lucien Bouchard a récemment tenus en entrevue à RDI, la population du Québec devrait se réjouir qu'il ne soit plus à la tête du gouvernement.
Pour justifier l'existence d'une éventuelle entreprise privée en soins de santé, l'ancien premier ministre nous sert l'exemple du secteur de l'éducation, où des institutions privées conservent le privilège de sélectionner leur clientèle, issue en majorité des classes aisées de notre société, tout en étant financées pour la moitié de leur budget par l'ensemble des citoyens. Seul le Québec maintient un tel régime vétuste. Ainsi, si on pousse la comparaison, des cliniques privées en soins de santé sélectionneraient des clientèles n'ayant à assumer que la moitié des coûts réels des services reçus alors que l'autre moitié de ces coûts serait payée par nous tous, dont la majorité n'aurait pas accès à ces soins.
Quelle vision politique et sociale !
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
TRIBUNE LIBRE 12 août 2004
