
Jean-Pierre Charbonneau prend ses distances de Bernard Landry
PC vendredi 13 août 2004
Québec -- Le député péquiste de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, refuse de s'afficher publiquement en faveur de Bernard Landry.
Interrogé à savoir s'il souhaite que le chef du Parti québécois demeure à la tête des troupes souverainistes et dirige le parti lors des prochaines élections ou qu'il cède plutôt sa place à un autre, M. Charbonneau, habituellement reconnu pour son franc-parler, refuse de se mouiller.
«Il est là. Il est le chef», a-t-il dit d'un ton monocorde avant d'ajouter : «Je regarde les choses aller. Je n'ai pas de certitudes», a-t-il déclaré hier lors d'un long entretien téléphonique avec la Presse canadienne.
M. Landry a entrepris une période de réflexion sur son avenir politique et doit annoncer d'ici octobre s'il entend conserver son poste. Mercredi, lors d'une conférence de presse, il disait consulter le plus de gens possible en vue de prendre la bonne décision, mais le député de Borduas n'a pas encore été consulté.
De son côté, éprouvé depuis des mois par des ennuis de santé, M. Charbonneau, âgé de 54 ans, se voit lui-même obligé de réfléchir à son propre avenir politique.
Souverainiste convaincu, il dit que la question du leadership doit se poser en ces termes : qui est la personne capable de prendre le pouvoir et faire accéder le Québec à la souveraineté ?
«Être un premier ministre provincial, bien du monde peut l'être. Mais être un faiseur de pays, c'est autre chose», dit-il.
Il faut donc que le PQ ait à sa tête «le leader capable de faire éclater le désir, faire triompher le désir contre les résistances» de la population envers l'aventure souverainiste.
Bernard Landry est-il cet homme ? «Je lui répondrai à lui», s'est-il contenté de dire avant d'ajouter que «s'il veut avoir mon opinion, il va me la demander».
En 1985, M. Charbonneau avait fait partie des députés qui avaient demandé publiquement le départ de René Lévesque. Il ne se cachait pas non plus de ne pas être un fan de Jacques Parizeau. Mais avec les années, il dit avoir appris à se montrer plus prudent dans ses déclarations relatives au chef de son parti.

Landry is vulnerable on sovereignty
JOSEE LEGAULT
The Montréal Gazette August 13, 2004 Friday
Charles de Gaulle isn't quite the type of leader to whom most people would spontaneously compare Bernard Landry. Except perhaps for Landry himself.
On Wednesday, he made the comparison at a press conference. Asked whether he would lead the Parti Quebecois in the next election, the 67-year-old Landry quipped: "How old was General de Gaulle when he became president of the French Republic?"
He continued: "How old was Winston Churchill when he became prime minister of Great Britain? How old was Konrad Adenauer? How old was Ronald Reagan?" Well, you get the picture.
In fact, Landry's age is neither here nor there. But it does make for a convenient diversion that reduces any criticism of his leadership to an attack about his age.
And reduce the criticism he must. At least, a bit. Contrary to Landry's own spin, his support within the PQ, especially in the Montreal area, is lukewarm. Although everyone closes ranks in public, strong criticism was voiced by some riding presidents over the past months at private meetings.
Recently, some members were still out fishing for potential leadership candidates. Still, Landry's instincts tell him - and they're right - that his position is fairly safe for the moment.
The equally uninspiring Pauline Marois and Francois Legault have failed to rally enough support to challenge Landry. Another possible contender, Andre Boisclair, is leaving the PQ caucus to study at Harvard. Marois's and Legault's ineptitude has thwarted any chance of a leadership race Boisclair could have joined.
But just like fellow contender Joseph Facal, a former minister who quit before the last election, Boisclair is simply taking a break as he waits for the right moment to try to fulfill his leadership ambitions.
And what about Bloc leader Gilles Duceppe? The only thing Landry has to do to keep him at bay is announce his intention to stay. As for FTQ president Henri Masse, who's increasingly popular in sovereignist circles, he's busy with negotiations with the Charest government.
That's why, for now, not much is standing in the way of Landry's intention to stay on as PQ leader and try again for the premiership. That's the one prize that's kept him going since losing the election last year, a defeat he seems to think was a freak accident of history to be remedied the next time around.
Ironically, Landry counts on Jean Charest's unpopularity to get back into the premier's limo, just about as much as Charest counts on Landry's pedantry to hand him a second mandate. Aren't we voters spoiled silly?
Although circumstances look favourable for Landry now, he has two major obstacles to overcome to get his rematch with Charest. One is the vote of confidence at the PQ's convention next June. While Marois and Legault won't attack Landry directly before then, how their supporters and other delegates will vote remains unknown.
Part of the answer to that mystery depends on how well Landry overcomes his second and most important obstacle of all: his position on sovereignty.
Mark this down. The debate that will take the PQ by storm in the next few months will be about one thing only: how to achieve sovereignty. Landry's confidence vote will partly depend on how he positions himself on that crucial issue.
A number of PQ members want to ditch Landry's approach, the mirror image of Lucien Bouchard's mantras: No promotion of the option with public funds and a referendum on sovereignty-partnership only if the PQ is sure to win it.
Within PQ ranks, the talk is more about a Parizeau-style approach: winning an election on a clear mandate to prepare, promote and achieve sovereignty with public funds. A proposal made by Action Nationale director Robert Laplante is fast garnering support inside and outside the PQ: A referendum not on sovereignty per se, but on a constitution that would be the founding act of a sovereign Quebec.
Laplante also suggests what he calls "gestures of sovereignty" be made beforehand by a PQ government, which means replacing the more provincialist governance of the past with that of a truly national government.
If he wants to get a hefty confidence vote next June, Landry must ponder just how much inspiration he's willing to take from Laplante's increasingly popular position. If he does, we'll get the first hint of it in the PQ's reports on its "season of ideas" to be handed out at their national council meeting this month.
But given his fear of any active approach to sovereignty and the lack of any direct challenge to his leadership, he could be tempted to pump up the rhetoric while trying to protect himself from any clear obligation to produce results should the PQ be elected.
If he does that, de Gaulle would definitely not be impressed.

L'avenir du Parti québécois
Jacques Léger
Le Devoir vendredi 13 août 2004
Lettres - De conditions gagnantes en conditions gagnantes, l'espoir est en train de s'éteindre doucement au sein du mouvement souverainiste. La souveraineté n'est pas une question de tactique mais d'espérance maintenue à son plus haut niveau. Ce qui n'est plus du tout évident au sein des dernières années du Parti québécois. Sa direction, de Bouchard à Landry, détachée de sa base et plutôt méprisante à son endroit, doit assumer une part de responsabilité et reconnaître ce détournement genre "sortie de secours" de tant d'espoirs déçus. Plusieurs ont déjà quitté cette formation politique pour réorienter autrement leur implication dans la société québécoise. L'heure a peut-être sonné d'une profonde et difficile remise en question pour ceux qui militent encore dans ce parti.

Radiodiffusion - L'avocat de CHOI est déçu de la passivité des souverainistes
Le Devoir vendredi 13 août 2004
PC Québec -- L'avocat de la station radiophonique CHOI-FM, Guy Bertrand, reproche aux artistes et aux souverainistes de ne pas descendre dans la rue pour éviter que cette station de Québec ferme ses portes à la suite de la décision du CRTC de ne pas renouveler sa licence.
«La classe nationaliste boude actuellement le débat», selon lui. «Si c'était une station qui avait prôné la souveraineté du Québec, vous auriez déjà dans la rue tous les artistes», a-t-il ajouté hier lors d'une conférence de presse visant à expliquer le contenu des requêtes déposées la veille en Cour d'appel fédérale.
Guy Bertrand demande au tribunal l'autorisation d'en appeler de la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes et souhaite obtenir un sursis pour continuer à diffuser tant que tous les recours judiciaires n'auront pas été épuisés. Il demande aussi que soit suspendu le processus d'attribution de sa fréquence du 98,1 FM à un autre diffuseur.
La station, bâillonnée par l'organisme fédéral pour son contenu verbal jugé offensant, doit fermer ses portes le 31 août.
Mais tant Guy Bertrand que Patrice Demers, propriétaire de l'entreprise qui possède CHOI, Genex Communications, se disaient hier confiants d'obtenir gain de cause.
Me Bertrand reproche à une certaine «élite», formée d'artistes, de souverainistes et de médias, de ne pas descendre dans la rue, comme l'ont fait des milliers d'auditeurs et de sympathisants -- mardi à Ottawa et en juillet à Québec -- pour défendre la liberté d'expression, même si elle peut parfois entraîner des effets pervers.
«La liberté d'expression protège aussi les propos qui sont offensants», a dit Guy Bertrand, qui semblait vouloir démontrer aux journalistes ses qualités de plaideur.
«Si nous n'aimons pas une image à la télévision, si nous n'aimons pas une idée, ces images et ces idées doivent s'exprimer pour qu'on puisse dire qu'on n'est pas d'accord, qu'on puisse s'en dissocier», a-t-il ajouté.
Persuadé que «personne ne peut empêcher qui que ce soit d'exprimer ce qu'il veut dans la mesure où ce qu'il exprime n'est pas une incitation à la violence», Me Bertrand entend bien démontrer à la cour que la Loi sur la radiodiffusion ne donne pas au CRTC le pouvoir de légiférer sur le contenu des émissions de radio.
Sa décision outrepasse donc ses pouvoirs, selon l'avocat, et viole la liberté d'expression reconnue et protégée par la Charte canadienne des droits et libertés.
Si des auditeurs se sentent offensés par les propos entendus, ils n'ont qu'à intenter des poursuites, a-t-il fait valoir.
«Poursuivez-les [les animateurs de la station] au criminel. Là, il y a des tribunaux, ils pourront se défendre et, s'ils sont condamnés, ils subiront une sentence.»
Le président de la station, Patrice Demers, a pour sa part indiqué que «99 %» des problèmes qui ont mené le CRTC à ne pas renouveler la licence de CHOI ont été réglés «pour éviter tout écart de conduite en ondes».

Dossier spécial FRANCOPHONIE
Entretien avec Monique Gagnon-Tremblay
L'essentiel des relations internationales
Juillet / août 2004
« Le Québec joue un rôle leader dans la Francophonie »
Monique Gagnon-Tremblay cumule depuis avril 2003 les fonctions de vice-première ministre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie du Québec. Elle revient sur les rôles et les enjeux de la Francophonie pour le Québec. (propos recueillis par Julien Nessi
Quel est le rôle du Québec dans la francophonie?
Le Québec joue depuis toujours un rôle de leader au niveau de la francophonie. C'est le troisième bailleur de fonds de l'Agence intergouvernementale de la francophonie après la France et la Belgique. Le Québec compte également parmi les initiateurs du projet de création d'une convention internationale sur la diversité culturelle. Nous sommes à l'initiative, au sein de l'Unesco, de l'adoption en octobre 2003, d'un avant projet de Convention sur la diversité culturelle. La défense de la diversité culturelle est une de nos actions prioritaires.
Qu'entendez-vous par « diversité culturelle »?
C'est le droit des cultures à l'existence. C'est d'être capable de protéger son cinéma, ses écrivains, son expression artistique. Nous sommes seulement 7,5 millions d'habitants au Québec, entourés par une mer anglophone. Je pense que tous les pays ont intérêt à protéger leur culture. C'est important que la France se mobilise encore plus sur cette question.
Quels sont les domaines de la francophonie dans lesquels vous êtes actifs?
Nous sommes actifs dans la préparation du prochain Sommet de la francophonie. Je me suis rendue récemment à Ouagadougou (Burkina Faso) pour évaluer l'état d'avancement des travaux et des dossiers qui seront discutés au prochain somme. Le Québec a l'intention de soumettre sa candidature pour le Sommet de 2008 dans le cadre du 400ème anniversaire de la célébration de la création de la ville de Québec. Ce Xème Sommet nous permettra également de mettre l'accent sur des projets de structurants et durables comme la création de cybercentres ou de maison TV5 du Québec au Burkina Faso. Notre priorité, c'est l'éducation des jeunes. Parmi les domaines dans lesquels nous sommes actifs, il y a également notre participation à la chaîne francophone TV5. Nous sommes également très présents au niveau de l'aide internationale dans les pays francophones. Je viens d'annoncer 1 million de dollars canadiens (0,6 million d'euros) pour financer des stages de formation pour les jeunes dans les pays francophones en voie de développement. Nous avons des projets en Afrique (Mali, Sénégal). Nous collaborons beaucoup avec les organismes d'aide internationale afin d'envoyer des jeunes dans les PVD. Par exemple, le Cirque du Soleil - entreprise culturelle québécoise - est impliqué dans une association « Les jeunes du monde » pour former des jeunes au Burkina Faso. Malgré ses moyens limités, le Québec multiplie les efforts sur le plan de l'aide internationale en collaboration avec le Canada. Grâce à nos actions, nous sommes bien perçus par les pays francophones.
Quels sont vos moyens économiques pour mener à bien la promotion et la défense de la francophonie?
Je peux difficilement vous donner des chiffres exacts. Cependant, l'aide internationale, c'est 10 % du budget de notre ministère. Cette aide représente 10 millions de dollars canadiens (6 millions d'euros). Je dirais que la francophonie représente cette année environ 20 millions de dollars canadiens (12,1 millions d'euros). Il faut également prendre en compte l'action du ministère de l'Éducation et des villes qui participent à des actions de solidarité dans le cadre de jumelage avec d'autres villes dans les PVD.
Nous sommes engagés dans tous les créneaux possibles, de l'éducation des jeunes à l'aide matérielle aux pays francophones en voie de développement. Le Québec participe à hauteur de 25 % de l'agence intergouvernementale de la francophonie avec le Canada. En plus de cette participation, nous avons nos projets.
Quelles sont vos priorités pour le Sommet 2004 de la francophonie? Qu'est-ce que vous attendez?
Au niveau du sommet, le thème porte sur la solidarité pour un développement durable. Nous souhaitons cibler davantage nos interventions. L'objectif, c'est d'aider les pays et de faire aboutir des mesures et des projets au-delà du sommet. Une fois que les chefs d'État quittent le pays, que reste-t-il à la population? Nous travaillons sur des projets durables et structurants pour que la population puisse en bénéficier. L'éducation des jeunes est au c_ur de nos priorités. Nous devons permettre aux jeunes d'avoir accès au savoir et à la connaissance. C'est pour cette raison que nous travaillons sur un projet d'installation de cybercentres au Burkina Faso. Les maisons TV5 son également au programme. Le Québec a également décidé de rendre autonomes 70 % des fonds accordés à l'Agence intergouvernementale à la francophonie pour leur permettre de jouer véritablement leur rôle. Suite à cette décision, la France et le Canada ont décidé de faire la même chose mais à 100 % de leurs fonds. L'Agence pourra répondre ainsi aux véritables besoins année après année.
Où est le combat pour la défense de la langue française au Québec?
La question de la défense du français au Québec a été réglée avec la loi 101. On a aujourd'hui une relative paix sociale. Cependant, nous devons être vigilants. Le Québec, c'est 7,5 millions de francophones entourés d'une mer anglophone. Cette situation nous oblige à prendre les moyens nécessaires pour conserver notre langue. Nous sommes actifs dans la francisation des termes anglo-saxons utilisés dans de nombreux secteurs de la vie de tous les jours (Internet, pièces automobiles, médecine ou sports). Nous sommes en alerte et nous ne ratons jamais une occasion pour défendre l'usage du français. Nous avons une communauté diversifiée. Le Québec se développe aussi avec l'immigration en raison de la baisse démographique. L'intégration de cette population passe notamment par l'apprentissage du français. Les nouveaux immigrants sont obligés par exemple d'inscrire leurs enfants à l'école française.
Y a-t-il des menaces sur la langue française en raison de la baisse démographique?
Pour la deuxième génération d'immigrants, l'usage du français est plus naturel. Notre politique de francisation des nouveaux immigrants donne des résultats. Nos craintes ne sont pas dans la réduction de l'usage de la langue française mais dans la baisse démographique. Ce qui nous inquiète davantage, c'est l'avenir du financement de notre système de sécurité sociale (santé, éducation, assurance emploi) en raison de la baisse démographique au Québec. Dans les années soixante-dix, nous avions 7 travailleurs pour un retraité. Aujourd'hui, ce ratio est de 5 travailleurs pour un retraité. En 2020, nous aurons deux travailleurs pour un retraité.
(L'essentiel des relations internationales : Dossier spécial FRANCOPHONIE (L'Essentiel, juillet/août 2004, pp. 62-63))
Le Québec, un géant économique
Avec seulement 7,5 millions d'habitants, la Belle Province affiche une vitalité économique étonnante. Tournée principalement vers le marché américain, elle rivalise aujourd'hui avec les plus grands pays dans l'industrie de pointe. Par Julien Nessi
Ce qui frappe quand on s'intéresse à l'économie de la plus francophone des provinces canadiennes, c'est sa dépendance à l'égard du marché américain. Les Etats-Unis représentent aujourd'hui 85 % des exportations du Québec, alors que l'Europe ne compte que pour 6 % de ses exportations. Et quand on sait que son commerce extérieur représente 60 % de son PIB, on comprend mieux pourquoi, quand les Etats-Unis vont mal, le Québec souffre. Après avoir ressenti le choc de l'onde du 11 septembre, provoquant un ralentissement de ses exportations à destination de la première puissance économique mondiale, le Québec renoue aujourd'hui avec la croissance (1,3 % en 2003, prévision de 2,7 % pour 2004). Cette relation étroite avec les Américains n'est pas nouvelle, mais elle s'est renforcée depuis la mise en place en 1994 de la zone de libre échange avec son partenaire commerciale et le Mexique (l'ALENA, l'Accord de libre-échange nord-américain). Dans ce contexte et en raison de sa proximité géographique, le Québec a un accès privilégié à un marché de plus de 400 millions de consommateurs, dont près de la moitié se trouvent à moins de 1 000 kilomètres de Montréal. Classée parmi les 20 premiers pays de l'OCDE (Organisation du commerce et du développement économique), la Belle Province est aussi une belle économie.
Montréal, une mégalopole qui compte
Dans le quartier des affaires, à l'Est de l'île de Montréal, les cadres supérieurs se pressent aux heures de pointe sur les trottoirs pour rejoindre les nombreux gratte-ciel du centre ville (tour IBM, tour Dell, complexe Ville-Marie ...). Ce quartier anglophone regroupe la plupart des sièges sociaux des grandes entreprises, des banques et de la finance (Alcan, Bombardier, BCE, Financière Power...). Symbole du dynamisme de la métropole, le quartier ressemble aux grandes villes américaines. C'est là qu'on mesure toute l'importance de l'agglomération montréalaise dans l'économie québécoise.
« Montréal, c'est 50 % de l'économie du Québec », explique François Côté, adjoint à la Direction du développement économique de la ville de Montréal. « À l'Ouest, la partie anglophone de la ville concentre les entreprises de la nouvelle économie, innovante et high tech. La partie francophone, à l'Est, est restée industrielle », ajoute son collègue, Guy de Repentigny, le chef de la Division plan stratégique et développement sectoriel.
Avec une population de 3,4 millions d'habitants, la ville de Montréal c'est aussi la moitié de la population du Québec et la 11ème région en Amérique du Nord en terme de population. « L'île de Montréal joue un rôle économique vital pour le Québec : c'est le centre incontournable des affaires (plus de 8 000 établissements et 200 000 emplois, 80 5 de l'activité touristique, 62 organisations internationales, de grands sièges sociaux, des infrastructures clés, aéroport, port). Mais c'est aussi une ville de savoir avec ses universités, ses centres de recherche, sa vitalité culturelle... », souligne François Côté.
Pour faire face aux rivales anglophones (Toronto, Ottawa...) et américaines (New York, Boston, Detroit...), Montréal a cherché à diversifier ses activités et a misé durant les dernières décennies sur l'économie du savoir. La Cité multimédia, soutenue par la Ville de Montréal, illustre bien cette stratégie de diversification. Située entre le centre ville et le vieux Montréal, la Cité multimédia a permis de réhabiliter un vieux quartier industriel et de le transformer en symbole de la nouvelle économie. Entre les rues King et Duke, plusieurs complexes « high tech » ont été aménagés dans des anciens lieux industriels. Cinq ans après son lancement, près de 6 000 personnes travaillent dans cette Cité, et une centaine d'entreprises en technologies de l'information, en multimédia ou encore en commerce électronique, s'y sont installées. Derrière les façades en brique rouge, signes du passé industriel de la ville, se cache ainsi une véritable ruche de la nouvelle économie où oeuvrent en silence ingénieurs, webmasters, développeurs ou encore webdesigners pour concevoir les produits multimédia de demain. Jeux vidéos, télévision interactive, production d'images de synthèses, reconnaissance vocale, solution logicielles pour le commerce électronique sont quelques-uns des domaines sur lesquels planchent les jeunes pousses de cette friche industrielle d'un nouveau genre.
Une économie de plus en plus innovante
Le Québec est souvent présenté, à juste titre, comme une région du monde riche en ressources naturelles et en matières premières. Vaste territoire de 1,7 million de kilomètres carrés, équivalent à trois fois la France, la province la plus francophone du Canada est une réserve de bois, d'eau ou encore de minéraux. Les forêts couvrent près de la moitié du territoire et les lacs atteignent le nombre record du million. En raison de la variété et de la richesse de ses ressources naturelles, le Québec a développé la transformation des matières premières. L'industrie du bois, des pâtes à papier et celle de l'aluminium occupent toujours une place importante dans l'économie. Des géants comme Québécor, Cascades ou encore Alcan participent directement au dynamisme de ce secteur. Le groupe canadien Alcan, par exemple, est le numéro 2 mondial de l'aluminium : il est présent dans 41 pays et compte pas moins de 53 000 employés. Quant à Québécor, c'est également l'une des entreprises les plus importantes dans l'industrie de la pâte à papier faisant du Québec le premier exportateur de papier journal au monde.
Cependant, l'économie québécoise s'est grandement transformée au cours des dernières décennies « Les personnes de l'extérieur ont souvent une image déformée de notre économie », explique Jacques R. Gagnon, délégué à la promotion des investissements au ministère québécois du Développement économique et régional et de la recherche. « Nous sommes certes très actifs dans la transformation des matières premières, mais nous avons également développé une économie moderne, tournée vers les hautes technologies et en pointe dans la recherche développement », précise-t-il. Il est vrai qu'en l'espace de quelques décennies, le Québec est parvenu à se hisser dans le peloton de tête des régions du monde les plus innovantes. Encouragé par le gouvernement et soutenu par un vaste réseau de centres de recherche, à l'image des 23 centres collégiaux de transfert des technologies du Québec, la province s'est imposée dans différents secteurs de pointe : l'aérospatiale et l'aéronautique, l'industrie biopharmaceutique ou encore les technologies de l'information.
Des secteurs de pointe
Dans le domaine de l'aérospatiale et de l'aéronautique, le Québec se classe au sixième rang mondial devant l'Italie et l'Espagne. « 80 % de notre production est exportée et Montréal figure en tête des centres de développement aéronautique », souligne Jacques R. Gagnon. Sur ce créneau hyper-concurrentiel, la liste des entreprises installées au Québec est longue (Bombardier, CAE Electronique, Pratt & Whitney Canada, Rolls-Royce Canada, Bell Helicopter, Textron, Honeywell Aérospatiale, Lackheed Martin, Systèmes BAE Canada). Bombardier, avec ses branches Transport et Aéronautique, figure parmi les fleurons de cette économie. Le groupe, basé à Montréal et véritable « success story » à la québécoise aui a débuté dans les années 40, est l'un des leaders mondiaux dans ces deux domaines. Avec des produits vedettes, comme les avions régionaux CRJ ou les avions d'affaires Challenger, Bombardier est un des chefs de file de l'aéronautique mondiale. En 15 ans, l'entreprise a donné naissance à 15 nouveaux avions. La multinationale, qui emploie au total 64 600 personnes à travers le monde et réalise plus de 95 % de ses revenus hors Canada, est aussi en pointe dans la fabrication de matériel de transport sur rail (métro de New York, trains à grande vitesse en Allemagne, monorail à Las Vegas...) Premier constructeur mondial de simulateurs de vol, CAE Electronique a également choisi de s'établir dans la région. Selon les derniers chiffres, 1 personne sur 180 travaille directement dans l'industrie manufacturière aéronautique au Québec.
Deuxième industrie de pointe : la biopharmaceutique. Les plus grandes firmes se sont implantées dans la région, haut lieu de l'investissement en recherche et en développement : Pfizer, Aventis, Novartis Pharma, Bio-Chem Pharma, Bristol-Myers Squibb, Merck Frosst ou encore Roche Diagnostics. 45 % des investissements du secteur biopharmaceutique canadien se concentrent au Québec. La région accueille également six des sept centres de recherche d'entreprises pharmaceutiques multinationales présentes au Canada. Fondée à la fin du siècle dernier à Montréal par Charles E. Frosst, Merck Frosst est devenue un géant de la recherche pharmaceutique au Canada. Elle emploie environ 1 900 personnes, dont plus de 300 scientifiques qui s'activent pour élaborer les médicaments qui permettent de lutter contre les maladies cardio-vasculaires, respiratoires et inflammatoires.
Enfin, dans les technologies de l'information et du génie informatique, 70 5 de la production est exportée. Environ 4 000 entreprises, des multinationales aux start-up de la nouvelle économie, (CGI, Bell Canada, Nortel Networks, Ericsson, Microcell, IBM...), emploient plus de 100 000 personnes. Fondée en 1976 et cinquième entreprise indépendante canadienne de services en technologies de l'information en Amérique du Nord, CGI exporte, par exemple, ses services dans le monde entier. Parmi ses clients, on trouve BNP Paribas, France Telecom, AXA ou encore Gaz de France... Les industries de haute technologie prennent ainsi de plus en plus d'importance et l'économie du Québec compte maintenant un secteur de services développé qui représente 71 % du PIB.
Quelques zones d'ombre
Malgré le dynamisme et la capacité d'adaptation de son économie, le Québec n'est pas exempt de faiblesses. Un rapport de l'OCDE publié en février dernier sur la compétitivité de Montréal souligne notamment la faiblesse de la productivité de la métropole, que l'on retrouve d'ailleurs à l'échelle de la région. Selon les auteurs de l'étude, les performances économiques de la métropole restent insuffisantes par rapport à d'autres grandes régions métropolitaines. Cette déficience se retrouve notamment dans la faiblesse du capital humain. Comparé à Toronto (24 %) ou Boston (33 %), le pourcentage de la population montréalaise à avoir poursuivi des études supérieures n'est que de 21 %. Une faiblesse de productivité qui s'explique aussi par l'insuffisance en équipements et en recherche et développement au sein des petites et moyennes entreprises. Une réalité contre laquelle se bat Claude Tardiff, vice-président à l'international des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, un organisme qui représente les intérêts des entreprises québécoises. Son association, qui compte 600 membres au Québec, a mis en place toute une série d'actions pour améliorer la productivité des manufacturiers et exportateurs du Québec. « Un de nos objectifs est de faire de la formation pour aider les petites et moyennes entreprises à améliorer leur productivité. C'est l'un des points faibles de notre économie », confie-t-il. L'organisme a installé un comité réunissant les leaders québécois de l'amélioration continue dont la mission est d'identifier, de qualifier, de documenter et de diffuser les meilleures pratiques en matière d'amélioration de la productivité en entreprise manufacturière. Un programme « Tremplins Formations-Productivité » a également été mis en _uvre dans ce but et touche de nouvelles entreprises chaque année. Concernant l'agglomération montréalaise, un autre problème est pointé du doigt par les experts de l'OCDE : une gouvernance qui fait défaut, c'est-à-dire une autorité métropolitaine dotée de réels pouvoirs de décision. Autre problème, les effets de la mondialisation, qui se font également ressentir sur l'économie au Québec (délocalisation en Chine, en Inde, au Mexique : compétition farouche entre les grandes entreprises, lutte entre les pays pour attirer les investisseurs...). Autant de retards à combler pour la province, qui parvient néanmoins bien à tirer son épingle du jeu...
(L'essentiel des relations internationales : Dossier spécial FRANCOPHONIE (L'Essentiel, juillet/août 2004, pp. 86-87-88-90))
Québec : la langue française au coeur de l'intégration
Peuplé majoritairement de francophones, le Québec a fait de l'apprentissage du français un outil d'intégration privilégié. Le gouvernement québécois encourage la francisation des nouveaux arrivants au moyen d'un dispositif particulier. Par Julien Nessi
La Maisonnée, située à l'est de Montréal, est l'un des organismes communautaires les plus actifs dans l'accueil des immigrants et des personnes issues de l'immigration. Son directeur, Hassan Hassani, d'origine algérienne, anime une équipe d'une vingtaine de personnes pour venir en aide aux immigrants. « Montréal est la première ville d'immigration au Québec. Près de 28 % de la population est d'origine étrangère », explique-t-il. Les cours de français occupent une part importante de ses activités. « Nous avons quatre classes de 15 personnes et nous formons près de 230 étudiants par an », précise Hassan. Dans son organisme, partenaire du Ministère québécois des Relations avec les citoyens et de l'immigration (MRCI), les élèves viennent des quatre coins du globe, de la Russie à la Chine, en passant par l'Algérie ou encore le Mexique, pour apprendre le français. Capitale économique du Québec et métropole internationale, au confluent de la culture française et nord-américaine, Montréal attire de plus en plus d'immigrants pour des raisons économiques. Autrefois majoritairement européens (France et Italie), les nouveaux venus viennent aujourd'hui de tous les continents. D'abord surtout composées d'Antillais (Haïtiens, Jamaïcains), puis Latino-Américains (Chiliens, Colombiens, vénézuéliens ...), les vagues d'immigration se font aujourd'hui principalement en provenance d'Algérie et de Chine. Entre 1996 et 2001, 101 000 nouveaux immigrants se sont installés sur l'île de Montréal. Cette évolution de l'immigration transforme progressivement la métropole montréalaise, donnant naissance à des quartiers multiethniques (Côte-des-Neiges, Mile-End, Parc-Extension). Sur le chemin de Côte-des-Neiges, situé à proximité du Parc du Mont-Royal, les épiceries algériennes ou pakistanaises côtoient des restaurants chinois ou africains. Dans la rue, on peut entendre des bribes de conversation en arabe ou en chinois. C'est aussi le secteur des Haïtiens, surtout dans le quartier Nord de Montréal. Dans la ville de Québec, deuxième pôle d'immigration de la province, plusieurs milliers d'immigrants arrivent chaque année. Selon Yves Delaire, commissaire à l'immigration à la ville de Québec, les Français et les Américains arrivent en tête de l'immigration. Mais la capitale politique et administrative du Québec accueille également des personnes originaires d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie. Chaque année, la municipalité de Québec organise une réception à l'hôtel de ville pour les nouveaux immigrants. Lors de la dernière cérémonie d'accueil, 594 familles installées depuis le 1er janvier 2003 ont été invitées. C'est le cas de Yumba Nsaka et de sa famille, originaire du centre de la République démocratique du Congo. Âgé de 47 ans, Yumba s'est réfugié au Québec pour échapper à la misère dans son pays. Malgré ses soucis financiers et sa difficulté à trouver un travail, il se sent protégé au Québec : « Le plus dur, c'est d'affronter la rigueur de l'hiver », confie-t-il.
Présents eux aussi à la cérémonie, Doris et Manuel sont arrivés à Québec le 1er octobre dernier. Originaires du nord de la Colombie, ils ont fui leur pays en raison de l'insécurité permanente provoquée par la lutte interminable entre l'armée colombienne et les guérillas. Ils suivent tous les deux des cours de français à temps complet, dans l'une des 14 classes pilotées par la direction régionale du MRCI, dans la ville de Québec. La province du Québec reçoit environ 40 000 immigrants par an, dont 7 000 réfugiés. Environ 65 % des demandes sont d'origine économique. Malgré une politique favorisant l'immigration francophone, la moitié des nouveaux arrivants ne parlent souvent pas le français. À la suite d'un accord avec le gouvernement fédéral canadien, entré en vigueur en 1991, le Québec dispose de l'exclusivité de la sélection des candidats à l'immigration permanente et a l'entière responsabilité des programmes d'intégration dans sa province. Afin de pérenniser la pratique de la langue de Molière, protégée par une législation dite « loi 101 » rendant l'usage du français obligatoire depuis 1977 dans la justice, l'administration, le monde du travail, le commerce et l'enseignement, le gouvernement québécois a mis en place un dispositif de francisation. L'an dernier, un nouveau programme dénommé « Programme d'intégration linguistique des immigrants » (PILI) est venu remplacer l'ancien « Programme d'aide à la francisation des immigrants » (PAFI). Il vise à faciliter l'intégration linguistique et professionnelle des nouveaux arrivants et à pérenniser l'usage du français, en concurrence directe avec l'anglais, la langue dominante en Amérique du Nord.
En 2003, le budget du Québec pour les programmes de francisation était de 45 millions de dollars canadiens (27,4 millions d'euros). Le gouvernement libéral, à la tête de la Belle Province depuis avril 2003, a d'abord envisagé de les réduire à 32 millions de dollars canadiens (19,4 millions d'euros), provoquant une mobilisation sans précédent dans les milieux des syndicats, des organismes communautaires et des groupes d'immigrants. Finalement, le budget décidé pour 2004-2005 est de 42,2 millions de dollars (25,68 millions d'euros). « Nous avons limité les dégâts grâce à notre mobilisation. L'enveloppe budgétaire pour l'intégration en général, dont la francisation, devait se réduire de 42 % pour cette année », explique Mustapha Kachani, directeur général du CIMOI (Centre d'intégration multiservices de l'Ouest de l'île), un autre organisme communautaire chargé de prendre en charge les immigrés arrivés à Montréal. Originaire du Maroc et actif depuis de nombreuses années dans le milieu de l'immigration, Mustapha a participé aux négociations avec le MRCI en avril dernier. Malgré cette légère baisse du budget, il reconnaît toute l'efficacité du dispositif : « la francisation est la colonne vertébrale de l'intégration. Le Québec a une approche unique au monde, car la francisation, ce n'est pas seulement l'apprentissage du français, mais également des services pour les nouveaux arrivants : l'accueil, l'aide à la recherche d'emploi ou encore la résolution des conflits juridiques ».
Pour le Québec, l'immigration est un enjeu démographique important. Confrontée à une baisse de la natalité et à un vieillissement de la population, la province compte beaucoup sur l'immigration pour pallier le déficit démographique et maintenir l'équilibre linguistique. « L'immigration est un apport culturel et économique indéniables pour le Québec. Mais c'est aussi un levier stratégique en terme démographique », explique Maryse Alcindor, sous-ministre adjointe à l'immigration au MRCI. Le nouveau plan triennal de l'immigration (2005-2007), adopté récemment par le gouvernement, prévoit ainsi d'augmenter les volumes d'immigration pour atteindre 48 000 admissions en 2007. « Afin de maintenir notre objectif de 50 % d'immigration francophone, nous allons diversifier les bassins de locuteurs francophones et amorcer la francisation à l'étranger », précise la sous-ministre adjointe. La province doit également faire face à l'attractivité économique des provinces anglophones du Canada. Près de 80 % des investisseurs originaires de Hong-Kong qui s'installent au Québec finissent par quitter la Belle Province pour s'installer en Colombie britannique. Un défi économique et migratoire de plus pour le gouvernement québécois.
(L'essentiel des relations internationales : Dossier spécial FRANCOPHONIE (L'Essentiel, juillet/août 2004, pp. 106-107))
Québec, un manoir au royaume des orignaux
Au coeur de la forêt boréale, le Manoir Brulé, un club québécois haut de gamme, est un lieu retiré. Un paradis pour l'observation de l'orignal - l'élan du Canada - et de l'ours noir. Par Julien Nessi
Montréal, Québec, ou encore le fleuve Saint-Laurent... Autant de lieux qui sont assez familiers des voyageurs. Mais avez-vous entendu parler des « pourvoieries »? C'est un domaine forestier constitué de lacs et de rivières alloué par l'État à un particulier ou à une société en vue d'une exploitation commerciale et touristique. Chasse et pêche y sont pratiquées traditionnellement, mais il est possible d'y observer la faune et la flore. Au Québec, vaste province canadienne et francophone équivalant à trois fois la France, les forêts couvrent près de la moitié du territoire et les lacs atteignent le nombre record du million. Rien de mieux pour apprécier pleinement les charmes de la nature et les secrets de la forêt que de séjourner plusieurs jours dans une « pourvoierie ». On en compte aujourd'hui près de 700, de la plus simple à la plus sophistiquée.
Le club le Manoir Brulé, exploité par Gesti-Faune, et le nec plus ultra. Situé à proximité de la ville de Québec (1 h 30 en voiture), juste au nord du Mont Sainte-Anne, ce magnifique Manoir est situé en plein c_ur de la forêt boréale. Ses prestations sont haut de gamme. De la cuisine gastronomique, concoctée par un chef amoureux des produits régionaux, à l'encadrement par des guides naturalistes lors des sorties nature, tout a été pensé pour vous permettre de vous détendre dans les meilleures conditions. « Nous avons une des densités d'orignaux - les élans du Canada - les plus importantes en Amérique du Nord, à savoir un orignal par kilomètre carré », explique David Craig, biologiste passionné et président du Club. Dans la forêt autour du Manoir, les animaux vedettes, que vous serez sûr de pouvoir observer en choisissant la bonne période (...), ce sont les célèbres orignaux et les impressionnants ours noirs. Plusieurs caches de chasseurs ont été aménagées dans les arbres pour observer ces rois de la forêt. Si vous avez de la chance, vous pourrez aussi entendre des loups et des coyotes, voir des lynx, des caribous, des castors ou encore des porcs-épics. Ce vaste domaine forestier, d'une superficie de 36 hectares, est un paradis pour l'observation de la faune et de la flore. C'est là que vous ressentirez le plus l'atmosphère si particulière de la forêt boréale, dont le sol est tapissé d'une épaisse mousse végétale. C'est aussi le lieu idéal pour les petites randonnées entre les épinettes noires, les sapins et les bouleaux ou autour d'un lac. Un sentier sinueux, recouvert d'empreintes d'orignaux et d'ours noirs, conduit même, en une petite heure, à un belvédère qui domine la vallée. En haut, c'est le panorama garanti sur les différentes couleurs de la forêt, d'un vert clair au vert foncé, où l'on devine au loin le fleuve Saint-Laurent.
Pour les amateurs de pêche à la truite mouchetée, le domaine possède 6 lacs pour s'en donner à c_ur joie, dont le Lac brulé au pied du somptueux manoir. Deux types de pêche sont possibles : la mouche (sportif) et le lancé léger (avec un moulinet ordinaire). La pêche est toujours très bonne en raison des eaux poissonneuses et vous serez sûr d'avoir vos 15 prises (le quota maximal autorisé par la loi). Les guides qui vous accompagnent fournissent tout l'équipement, des bottes jusqu'au liquide anti-moustique. Ils vous décrochent même le poisson, dans ce qu'ils appellent l'esprit du « gentleman fishing ».
Quant à la cuisine gastronomique, elle est digne de celle des grands chefs. « C'est une cuisine internationale en utilisant les produits du terroir », explique le chef Jean-François Lacroix. Les plats vedettes et très appréciés par les habitués sont le pâté à la truite fumée, le magret de canard, ou encore des terrines de gibier. Toutes les créations de Jean-François Lacroix ont été publiées dans un très bel ouvrage « Gastronomie et forêt » qui a obtenu en février 2004 le prix de meilleurs livre de recettes au monde dans la catégorie du sujet unique...
Forfait observation de la faune 2004-08-12
Gesti-Faune propose 4 forfaits d'observation de la faune dans ses trois clubs privés localisés dans différentes régions du Québec. Chaque forfait, d'une durée de quatre jours, comprend deux attractions principales : le hurlement nocturne du loup et du coyote, l'appel et l'observation de l'orignal, l'observation de l'ours noir et la pêche à la truite mouchetée à la mouche. Plusieurs autres attractions sont incluses, soit une journée et une nuit d'excursion dans un fameux parc de conservation de la faune du Québec, le parc national Jacques Cartier. Le forfait comprend le chalet à occupation double, les repas gastronomiques, les breuvages, les transports sur le site, les guides spécialisés dans l'interprétation de la nature, l'équipement de pêche aussi bien que les vêtements de pluie si nécessaire. L'arrivée est prévue à 15 h 00 le premier jour et le départ est prévu à 11 h le dernier jour. Il est donc possible pour les Comités d'entreprises de réserver l'exclusivité d'utilisation des « pourvoieries ». La capacité d'accueil du club est de 14 personnes mais peut aller jusqu'à 18 personnes sur demande spéciale. À noter qu'il est possible de faire de l'hydravion, avec un supplément de 200 dollars canadiens. Le tarif du forfait est de 1 180 euros par personne. La meilleure période pour observer les orignaux et les loups, c'est en septembre. L'observation des principales activités fauniques est réalisée durant les périodes d'activités des animaux les plus intenses, à savoir à l'aube, au crépuscule et pendant la nuit. Attention toutefois aux moustiques particulièrement voraces dans cette contrée...
(L'essentiel des relations internationales : Dossier spécial FRANCOPHONIE (L'Essentiel, juillet/août 2004, pp. 110-111-112))

Le projet de chaîne française d'information internationale est dans l'impasse
Daniel Psenny et Patrick Roger
LE MONDE | 30.07.04
Le ministre des affaires étrangères a reconnu qu'il ne disposait d'aucun budget pour la mettre en œuvre. En 2002, Jacques Chirac avait plaidé pour la création d'une "CNN à la française".
Le ministre des affaires étrangères, Michel Barnier, vient de susciter un bel émoi dans le petit monde audiovisuel. Entendu le 21 juillet par la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, il a indiqué qu'il ne disposait, pour l'heure, d'aucun moyen budgétaire pour mettre en œuvre la chaîne française d'information internationale (CII), cette "CNN à la française" pour laquelle Jacques Chirac avait plaidé, sitôt réélu en 2002.
Un appel d'offres avait été lancé au printemps 2003. Le 9 janvier, le chef de l'Etat avait réitéré le souhait que la chaîne soit "lancée en 2004". Auteur du rapport de la mission d'information qu'il avait présidée sur ce thème, au printemps 2003, François Rochebloine (UDF, Loire) a interpellé le ministre le 21 juillet. "Cette chaîne verra-t-elle le jour ? La Commission européenne a-t-elle été saisie ? Dans l'affirmative, quand doit-elle donner sa réponse ? Le financement de cette chaîne est-il prévu dans le prochain budget ?", a-t-il demandé.
M. Barnier a réaffirmé que ce projet constitue "une de -ses- priorités". Mais, a-t-il ajouté, le gouvernement "souhaite se donner le temps de la réflexion". Il a reconnu que "la Commission européenne n'a, pour l'heure, été saisie que de manière informelle". Autrement dit, la "priorité" ne revêt plus un caractère d'urgence.
Les propos de M. Barnier ont d'autant plus alerté les députés que le ministre n'a donné aucune indication budgétaire pour 2005, ni pour 2006. Il a même présenté le projet qui semblait avoir l'aval du gouvernement - une société anonyme détenue à parts égales par TF1 et France Télévisions - comme une simple proposition parmi d'autres.
La solution retenue faisait, il est vrai, l'objet de fortes critiques. Inspiré par un rapport de Bernard Brochand (UMP, Alpes-Maritimes) remis en décembre 2003, le projet, qui contredisait les conclusions de la mission parlementaire, était jugé trop soucieux des intérêts de TF1.
La future chaîne internationale aurait dû être dotée, pour sa première année de fonctionnement, d'un budget de 70 millions d'euros et employer environ 200 personnes. Mais, afin de ne pas concurrencer LCI, la chaîne "tout info" de TF1, elle n'aurait pas été visible sur le territoire français.
M. Rochebloine déplore que, "dans cette affaire, on -ait- trompé tout le monde". Il y voit confirmation des craintes qu'il avait émises quant au montage retenu. "Quel gâchis ! Que de temps perdu !" tempête-t-il.
"PAS DE MOTEUR"
"Le projet se heurte à un problème budgétaire mais n'est pas abandonné", affirme-t-on au ministère de la culture et de la communication. Dans un entretien à l'Agence France-Presse (AFP), mercredi 28 juillet, Renaud Donnedieu de Vabres a expliqué que la préparation de la CII nécessitait de "voir comment s'orchestre cette chaîne et autour de quel périmètre".
Le ministre a ajouté que "le souci est que tous les acteurs, qui sont déjà des intervenants sur le plan de la diffusion internationale, soient bien au cœur du processus. Cela concerne l'AFP, Radio France internationale -RFI-, Euronews et TV5". M. Donnedieu de Vabres devrait rencontrer M. Barnier après les vacances. Du côté des opérateurs, TF1 et France Télévisions, aucun responsable de ce dossier n'a souhaité répondre aux questions du Monde.
Pour sortir de cet imbroglio, certains relancent la piste de la chaîne Euronews, détenue par un consortium de 19 chaînes publiques européennes qui pourrait accueillir la CII. Dans cette hypothèse, le rôle de TF1 serait remis en cause.
Christian Kert (UMP, Bouches-du-Rhône), qui avait été rapporteur de la mission parlementaire, voit dans ce nouveau rebondissement la preuve qu'"il n'y avait pas de moteur dans cette opération". Du retard pris, il espère qu'il pourra être mis à profit pour "mettre de nouveau tout le monde autour de la table et revenir à une chaîne publique, quitte à mettre en place un partenariat avec le privé, qui puisse être vue par le public français". "Si rien ne se passe, ajoute-t-il, je prendrai une initiative parlementaire."

Ouellet prend sa «retraite»
Clairandrée Cauchy
Le Devoir vendredi 13 août 2004
Plutôt que d'attendre le couperet, le p.-d.g. de la Société des postes choisit de démissionner
Plutôt que d'attendre que le couperet tombe sur sa tête, André Ouellet a préféré hier prendre sa «retraite» et quitter son poste de président-directeur général de la Société canadienne des postes (SCP).
«Je suis conscient que vous êtes dans une situation de gouvernement minoritaire et que votre marge de manoeuvre est très mince. Même si vous souhaitiez prendre une décision d'affaires dans mon cas, il m'apparaît évident qu'en bout de ligne vous devrez prendre une décision politique», écrit M. Ouellet dans la lettre de démission envoyée hier au ministre responsable des Postes, John McCallum.
Ce dernier assure qu'il n'a pas incité M. Ouellet à démissionner lorsqu'il l'a rencontré mardi dernier. Il accueille néanmoins favorablement la décision de l'ancien ministre libéral, avec un soulagement à peine voilé. «Je n'avais pas tiré une conclusion finale, mais il ne sera plus nécessaire de le faire parce qu'il a démissionné. Le gouvernement était prêt à prendre ses responsabilités», déclare-t-il, en précisant que le gouvernement avait prévu de statuer sur le sort de M. Ouellet la semaine prochaine. John McCallum ajoute qu'il n'avait pas fini d'analyser le document «dense», de 18 pages, rédigé par M. Ouellet en réponse au rapport de vérification rendu public il y a deux semaines.
Dans sa lettre de démission, André Ouellet fait valoir que, si plusieurs Canadiens ont jugé ses explications «acceptables», «une majorité de députés ne les accepteront jamais».
Le président de la Société des postes avait été suspendu avec salaire en février dernier, dans la foulée du rapport de la vérificatrice générale sur le scandale des commandites.
À la fin de juillet, un rapport accablant de Deloitte & Touche sur les pratiques de gestion aux Postes révélait que le p.-d.g. était intervenu dans l'attribution de contrats totalisant 35 millions, avait dérogé au processus de sélection du personnel pour au moins 80 embauches spéciales et avait reçu plus de deux millions en remboursement de dépenses de déplacement et d'hébergement sans fournir de pièces justificatives.
Alors que trois autres dirigeants de sociétés de la Couronne impliquées dans le scandale des commandites ont entamé des poursuites contre le gouvernement pour congédiement abusif, le ministre semble convaincu qu'il n'en sera pas de même avec M. Ouellet puisque ce dernier n'a pas été congédié à proprement parler. «Je pense que tout le long du processus, j'ai été très ouvert en donnant l'information au public et aussi très juste avec M. Ouellet», déclare-t-il. En ce qui concerne le gouvernement et M. Ouellet, «c'est la fin de l'histoire», ajoute M. McCallum.
On n'envisage d'ailleurs pas d'exiger de M. Ouellet le remboursement de tous les frais pour lesquels il n'a pu présenter de pièces justificatives. «Le rapport ne suggérait pas d'éléments criminels dans ses activités, mais c'est vraiment une question pour le conseil d'administration de la SCP», poursuit le ministre.
Dans sa longue lettre d'explication sur les allégations du rapport de vérification, André Ouellet écrivait qu'il s'était conformé aux pratiques en vigueur à l'époque sur les comptes de dépenses et souligné que ses voyages avaient contribué à la bonne performance de la société. Il faisait également valoir que ses interventions dans le processus d'attribution de contrats avaient permis de réaliser des économies importantes et visaient à rompre avec la tradition de Postes Canada de reconduire systématiquement les contrats avec les anciens fournisseurs. Pour ce qui est des recommandations d'embauche, il souligne que la pratique est courante dans n'importe quelle entreprise.
Après avoir décrié le mandat restreint confié à Deloitte & Touche, M. Ouellet ajoutait : «[...] depuis que j'ai reçu la lettre de votre prédécesseur, le 24 février dernier, j'ai eu le pressentiment que le gouvernement s'était engagé dans une procédure de congédiement déguisé.»
Pour le critique du NPD en matière de comptes publics, Pat Martin, le gouvernement aurait dû congédier M. Ouellet beaucoup plus tôt. «Le plus tôt on purge le système de cette génération de la vieille garde des hommes d'Ottawa, le mieux les contribuables seront», affirme-t-il en réclamant que M. Ouellet rembourse les dépenses pour lesquelles il ne peut fournir de reçus.
«Ses dépenses excessives ne sont rien comparativement au problème plus important de l'ingérence dans l'octroi de contrats gouvernementaux, sur cette seule base il aurait dû être congédié immédiatement», poursuit le néo-démocrate.
Le porte-parole du chef conservateur, Dimitri Soudas, s'interroge quant à lui sur la nature des propos échangés mardi entre le ministre et M. Ouellet : «Est-ce que les Canadiens vont devoir continuer à payer pour les erreurs de M. Ouellet ? Est-ce qu'il y a eu une entente entre M. Ouellet et M. McCallum ?» Il réclame par ailleurs la convocation du comité des comptes publics pour faire la lumière sur «l'abus systématique de fonds publics par les libéraux».
Le ministre John McCallum promet pour sa part d'avoir à l'oeil la SCP dans l'avenir pour s'assurer que celle-ci met bien en vigueur les nouvelles procédures de gestion tel que promis dans le rapport de vérification, procédures jugées «adéquates» par le Conseil du trésor. Le gouvernement devrait également compléter la révision des pratiques des sociétés de la Couronne d'ici la fin de septembre, ce qui pourrait mener à de nouvelles recommandations.
Pour ce qui est de la direction de la SCP, le ministre assure que le processus de sélection qui s'engage sera rigoureux et respectera les nouvelles procédures du Conseil du trésor. «[Cela] devrait nous donner des candidatures de première qualité, puisque ce sont uniquement les qualifications pour les postes qui seront importantes», croit-il. On fera d'ailleurs appel à une firme externe de recherche de cadres et la candidature retenue sera discutée en commission parlementaire.

Un départ inévitable
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 13 août 2004
Malgré la longue lettre de justification qu'il avait fait parvenir au ministre responsable de la Société canadienne des postes, le président-directeur général André Ouellet a finalement remis sa démission dans la foulée d'un rapport de vérification accablant rendu public fin juillet. Voilà une autre page de tournée dans le grand livre d'un scandale dont on n'a pourtant pas fini d'entendre parler.
André Ouellet avait été suspendu avec solde en février dernier, en même temps qu'étaient congédiés quelques autres dirigeants de sociétés d'État impliqués dans des histoires dérangeantes pour le nouveau premier ministre, Paul Martin. Au moment de suspendre M. Ouellet, le gouvernement avait précisé qu'une décision finale serait prise plus tard, soit après la remise du rapport de la firme Deloitte et Touche, mandatée pour vérifier les pratiques administratives de M. Ouellet au sein de la SCP. Or, à la lecture du rapport rendu public il y a deux semaines, tous les observateurs convenaient que M. Ouellet avait peu de chances d'éviter le congédiement.
Pourtant, dans la lettre du 4 août dernier envoyée à son patron, le ministre John McCallum, l'ex-ministre et grand organisateur libéral nommé par Jean Chrétien en signe de reconnaissance affirmait avoir «bien hâte de reprendre [ses] responsabilités». Visiblement, il aura été forcé de changer d'idée après s'être entretenu avec le ministre McCallum, en début de semaine.
On se rappellera que la direction de la SCP avait été montrée du doigt par la vérificatrice générale Sheila Fraser, qui l'accusait d'avoir enfreint les règles de bonne gestion lors de l'attribution de contrats de publicité. Le rapport Deloitte et Touche rendu public en juillet est venu assener le coup de grâce en révélant que M. Ouellet s'était fait rembourser des dépenses totalisant deux millions de dollars en huit ans. Non seulement il approuvait lui-même ses comptes de dépenses, il ne se souciait même pas de produire des pièces justificatives. L'année dernière, le montant avait atteint le niveau incroyable de 335 000 $.
À la sortie du rapport, M. Ouellet a prétendu qu'il possédait ces pièces justificatives «à la maison», mais il n'a pas répété cette affirmation dans sa lettre au ministre, une semaine plus tard.
Le rapport l'accusait aussi d'avoir recommandé l'embauche d'individus sans que leurs compétences soient requises par les besoins de l'entreprise et d'avoir favorisé l'octroi de contrats en contrevenant au processus d'appels d'offres du secteur public.
Comme il s'est efforcé de le démontrer dans le document de 18 pages écrit en réaction au rapport des vérificateurs, M. Ouellet a sans doute contribué positivement aux succès de la SCP pendant les années où il en fut le p.-d.g. Allez savoir ! Ce qui est certain, cependant, c'est qu'il occupait ce poste non pas à cause de ses compétences de gestionnaire de grande société mais grâce à ses relations avec M. Chrétien et l'organisation du PLC, dont il était un membre très influent. Plus que tout autre, il se devait de servir ses concitoyens avec conscience et transparence, une obligation à laquelle il a failli.
Avec le départ de M. Ouellet, qui était associé à la vieille garde libérale, M. Martin poursuit son offensive d'épuration des rangs du parti et de rafraîchissement de son image auprès des Canadiens et des Québécois. À la tête d'un gouvernement minoritaire, le premier ministre sait qu'il devra de nouveau faire face à l'électorat dans un avenir plus ou moins rapproché.
Malheureusement pour lui, malgré le congédiement de proches de M. Chrétien et la démission de M. Ouellet, il y a cette enquête publique sur le scandale des commandites qui viendra bientôt hanter la scène politique canadienne, au grand dam de plusieurs militants libéraux qui ne le pardonneront pas à Paul Martin. Après tout, Jean Chrétien, lui, ne se serait pas donné autant de peine pour faire la lumière sur une histoire qui ne fera que prolonger leur calvaire !

André Ouellet quitte Postes Canada
Éric Clément
La Presse vendredi 13 août 2004
Montré du doigt pour avoir contourné les règles d'embauche, s'être fait rembourser, sans pièces justificatives, 2 millions de dollars de notes de frais en deux ans et s'être ingéré dans l'attribution de contrats, le président directeur-général de Postes Canada, André Ouellet, a démissionné de ses fonctions, hier, disant anticiper " une décision politique ".
Cette démission met un terme à un feuilleton qui avait débuté le 24 février alors qu'André Ouellet était suspendu de ses fonctions, avec salaire, à la suite de la publication du rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser.
Puis, en juillet, quelques jours après la formation du nouveau gouvernement Martin, le ministre du Revenu, John McCallum, rendait public le rapport de vérification de la firme Deloitte & Touche, dévastateur pour André Ouellet.
On lui reprochait notamment son grand train de vie au sein de la société d'État (des dépenses sans aucune mesure avec celles de ses prédécesseurs) et aussi d'avoir influencé des fournisseurs pour des approvisionnements totalisant 35 millions de dollars.
Hier, M. Ouellet a pris de court le ministre McCallum. En effet, le ministre avait laissé entendre, hier après-midi lors d'un point de presse à Ottawa, qu'il aurait quand même exigé cette démission la semaine prochaine.
" Plus tôt aujourd'hui, André Ouellet m'a informé de son intention de démissionner immédiatement de son poste de président de la Société canadienne des postes, à la suite de la récente vérification des pratiques de gestion au sein de la Société, a dit M. McCallum. Pendant près de 30 ans, M. Ouellet a servi le Canada comme député et ministre de la Couronne. Néanmoins, les résultats de la vérification étaient très troublants pour le gouvernement, qui accueille favorablement la décision de M. Ouellet. Au nom de tous les Canadiens, j'ai donc accepté la démission de M. Ouellet. "
De son côté, Postes Canada a publié un communiqué indiquant que M. Ouellet avait annoncé " sa retraite " dans deux lettres datées d'hier, l'une envoyée au ministre McCallum et l'autre à la présidente par intérim de Postes Canada, Anne Joynt. Dans celle envoyée à Mme Joynt, M. Ouellet écrit: " C'est avec de profonds regrets que j'en suis venu à la conclusion qu'il était du plus grand intérêt de tous que je prenne ma retraite de Postes Canada. Même si j'ai abandonné la politique en 1996, la politique ne m'a jamais abandonné. Par suite de la publication du rapport de Deloitte & Touche, j'ai eu l'occasion, dans ma lettre du 4 août 2004, de présenter mon point de vue. Plusieurs ont jugé mes explications fort acceptables, mais je constate que la majorité des députés ne les accepteront pas. "
M. McCallum n'avait pas tout à fait fini l'étude de cette lettre de 17 pages. Il avait rencontré depuis deux semaines tous les membres " sauf un " du conseil d'administration de Postes Canada, puis le Conseil du Trésor, et enfin M. Ouellet, mardi. " Nous avons eu un échange franc, amical et courtois ", a dit M. McCallum à ce propos, hier.
Mais dans sa lettre envoyée hier à Mme Joynt, André Ouellet évoque la dimension politique de cette affaire: " Même si le ministre souhaitait prendre une décision d'affaires dans mon cas, il m'est apparu évident qu'en bout de ligne, puisque le gouvernement est en situation minoritaire, il n'aurait pas d'autre choix que de prendre une décision politique. "
McCallum a rejeté, hier, cette interprétation et a dit agir dans ce dossier selon trois principes: la transparence, la justice et l'imputabilité. " En dernière analyse, le gouvernement devait prendre les décisions qui s'imposaient, mais la décision de M. Ouellet, aujourd'hui, rend la nôtre caduque. M. Ouellet peut interpréter à sa guise. "
Toutefois, quelques questions demeuraient sans réponse. M. Ouellet va-t-il par exemple devoir rembourser son salaire perçu depuis sa suspension, tel que le réclamait le Bloc québécois? Le ministre a seulement affirmé que M. Ouellet n'aura droit à aucune indemnité de départ ni prime: il touchera seulement sa retraite.
Postes Canada va-t-elle récupérer des sommes versées en trop à M. Ouellet, par exemple des sommes payées sans pièces justificatives? " On ne laisse pas entendre que des gestes criminels ont été faits mais le conseil d'administration devra examiner cela de près ", a dit le ministre.
Le conseil d'administration, formé de Vivian G. Albo (présidente), Paul Cantor, Gilles Champagne, Terri M. Lemke, Michel Lemoine, Gérald Préfontaine, Cedric E. Ritchie, Anne Smith et Louis P. Salley, restera-t-il en place? Deux allusions à ce sujet: le ministre a dit qu'" il y aura peut-être plus d'actions pour améliorer la gouvernance " avant de parler de " renforcer le conseil d'administration ".
Les personnes embauchées grâce à l'intervention d'André Ouellet vont-elles conserver leur poste? Évasif sur ce point, le ministre a affirmé que le Conseil du Trésor avait trouvé que les mesures déjà prises par Postes Canada étaient " adéquates ". " En même temps, je vais vérifier qu'ils font (Postes Canada) exactement ce qu'ils disent qu'ils feront ", a dit John McCallum.
" Le gouvernement a pris un engagement ferme envers la gestion transparente et efficace des sociétés d'État, a poursuivi M. McCallum, et nous sommes heureux de travailler avec le conseil d'administration au renouveau de Postes Canada. " M. McCallum a insisté sur le fait que le Conseil du Trésor aura terminé son analyse de la gestion des sociétés de la Couronne à la fin septembre.
M. McCallum a reconnu la contribution d'André Ouellet aux " performances " de Postes Canada, mais " ce n'est pas le problème, aujourd'hui il est question du rapport " de Deloitte & Touche, a-t-il conclu.
La recherche d'un nouveau président permanent de la Société canadienne des postes est déjà engagée. Mme Anne Joynt demeure PDG par intérim en attendant la conclusion de ce processus d'embauche. M. Ouellet n'a pas rappelé La Presse.

A nation built on ethnic diversity:
Multiculturalism isn't a new phenomenon; it's been with Canada forever
David Watts, Freelance
Edmonton Journal
(Alberta) August 13, 2004 Friday
Among an older generation of Canadians who finally have accepted bilingualism as a fact of our national life, there are still many who view multiculturalism as an afterthought: a 1970s Liberal idea that downplays Canadian culture to make everyone feel equal.
In one respect they're right. An official policy of multiculturalism was first unveiled in 1971 when it became apparent that the second half of the report of the Royal Commission on Bilingualism &
Biculturalism was not acceptable to many Canadians. Expanding the second "bi" to "multi," with grants to ethnic organizations and cultural programs, brought into the consensus many Canadians whose origins were neither Anglo nor French.
However, the roots of Canadian multiculturalism go much deeper. We need to be aware of these to see today's Canada not as an aberration but an outgrowth of our history.
Our first nations, from the Micmac of New Brunswick to the Haida of British Columbia, represent a cultural spread that is enormous. (Try to imagine a composite Asian culture that encompasses Russia, China, Japan and southeast Asia and you get a parallel.)
Britain's monarchy, which shaped our development, is itself a multicultural institution. French, Dutch, Scottish and Germans have sat on the British throne. Under one of these, England and Scotland join to create a multi-ethnic kingdom. Under another, George III, whose grandfather spoke no English, our first written constitution -- the Quebec Act -- was passed. This document proved a watershed for North America and for the world.
In guaranteeing the French character of a newly acquired colony on the St. Lawrence, it laid the basis for what would become a modern pluralistic state north of the Great Lakes and the 49th parallel. In inciting the Thirteen Colonies to revolt, it led to a parallel experiment that would attempt to submerge ethnic origins in the idea of a "united" and "all-American" culture. Significantly, it was the toleration of a distinct society in Quebec that became the 20th grievance of the Declaration of Independence, reflecting the fear that Britain would try to "introduce (a similarly) absolute rule on these Colonies."
The other Europeans that explored and colonized Canada were ethnic mixes too. France is made up of southern Gauls and northern Franks. Spain is a union of Aragon and Castile. The idea of a single national culture is a myth.
Our coat of arms contains the symbols of Ireland, Scotland, England and France -- the multicultural mix of Confederation. These peoples did not get along well in their homelands and often fought against each other. English Unionist and Irish Republicans are still at enmity in Northern Ireland, the Scots and English were last at arms in 1746, and French and English were enemies for more than 700 years beginning with William's conquest of England in 1066. That post-aboriginal Canada is built on accommodation of the longest and most bitter European rivalry is an achievement of the first magnitude.
The railways that brought the country together geographically also made it more diverse ethnically. The CPR imported Chinese and American labourers, the Grand Trunk recruited Irish and other European workers. The names of towns that followed in the wake of the railways show this diversity of our origins: Surrey and Sorrento, B.C., from England and Italy; Vilna and Barrhead, Alta., from Poland and Scotland; Esterhazy and Stockholm, Sask., from Hungary and Sweden.
Ceylon-born, Oxford-educated John Murray Gibbon, Canadian Pacific's public relations director in the 1930s, saw multiculturalism as one of our great untapped resources. He organized festivals of artists, dancers and musicians in CP hotels to celebrate this. It was the title of Gibbon's 1938 Governor General's Award-winning book that coined the phrase "Canadian mosaic."
Multiculturalism a recent concoction?
It's been with us from the beginning, as Canadian as maple syrup. It's only our recognition of it that has come late.
David Watts is an Edmonton writer and educator

La politique bilingue d'Ottawa sera clarifiée
Christine Langlois
Le Droit vendredi 13 août 2004
La Ville d'Ottawa s'apprête à préciser, à compter de l'automne, les implications de sa politique de bilinguisme. Malgré la menace de poursuite qui plane, les procédures suivent leur cours.
Déjà, une quarantaine de postes de la haute direction ont été désignés bilingues, dont bien sûr celui du directeur municipal, Kent Kirkpatrick. Une équipe de fonctionnaires devra maintenant analyser les définitions de tâches de tous les autres fonctionnaires de la ville, pour déterminer lesquels seront désignés bilingues.
Le service de Police, Hydro-Ottawa et la Commission du logement ne seront pas soumis à la politique de bilinguisme de la ville, puisqu'ils sont gérés de façon indépendante. Par contre, le service des pompiers, des loisirs, la santé publique, le bien-être social et l'urbanisme seront soumis aux exigences de la politique.
"Il faudra déterminer quels critères on va utiliser pour désigner un poste bilingue", a expliqué le coordonnateur de la Division des services en français à la Ville d'Ottawa, Alain Poirier.
Il précise que selon une étude, environ 25 % des postes de la ville seront désignés bilingues, mais avec différents niveaux de bilinguisme. Cependant, il a déjà été déterminé que 30 % des employés de la Ville (10 000 à temps complet et entre 5000 et 7000 saisonniers ou à temps partiels) sont déjà bilingues.
Conséquemment, il ne manque pas ou peu de personnes bilingues à la Ville. La politique de bilinguisme vise avant tout à en assurer la répartition. "C'est une assurance. Présentement, la ville offre des services en français. Mais parfois c'est un équilibre précaire, il s'agit d'une ou de quelques retraites au sein d'une équipe pour qu'il soit brisé. La politique de bilinguisme vise à s'assurer qu'il soit maintenu."
Il ajoute que le niveau de bilinguisme peut être variable d'un poste à l'autre. Certains postes désignés bilingues pourraient être comblés, par exemple, par des gens qui peuvent communiquer en anglais sans être parfait bilingue.
"Si on prend l'exemple des pompiers ; celui qui éteint le feu n'a pas besoin de parler français autant que celui qui fait de la prévention dans les écoles francophones."
Jusqu'à maintenant et depuis le dépôt du rapport de Bruce Thom, en 2001, les coûts de formation linguistique à la Ville ont beaucoup diminués. Alors que les 12 municipalités d'avant la fusion ont dépensé ensemble en 2000 environ 735 000 $, Ottawa a déboursé, pour les 12 mois de l'année financière 2003-2004, 270 000 $. Il faut ajouter à cela une subvention fédérale de 170 000 $, ce qui porte la dépense totale à 440 000 $.
Par contre, les frais de traduction ont augmenté, passant de 1,1 million $ en 2000, contre 1,3 million en 2003-2004, plus 300 000 $ du fédéral, ce qui porte le total à 1,6 million $.
Mais Alain Poirier croit que cette somme diminuera au cours des prochaines années, puisque les documents officiels de la ville, les lois par exemple, et tout ce qui a dû être mis à jour au moment de la fusion, sont presque tous traduits. Il ne restera bientôt que les rapports ponctuels.
Quant à l'enchâssement de la politique dans la loi ontarienne, aucune date n'est encore fixée, si ce n'est la promesse du gouvernement McGuinty de le faire au cours de la première année du mandat, ce qui place l'échéance au 2 octobre. Mais au bureau de Madeleine Meilleure, qui est en vacances jusqu'au 23 août, on assure que c'est encore une priorité, et que les procédures suivent leur cours.
clanglois@ledroit.com

Après le New York Times - Le Washington Post fait son mea-culpa
Le Devoir vendredi 13 août 2004
AFP Washington -- Deux mois et demi après le New York Times, un autre titre prestigieux de la presse quotidienne américaine, le Washington Post, a fait à son tour hier un mea-culpa public, reconnaissant que sa couverture de la guerre en Irak avait manqué d'objectivité et fait la part trop belle à l'administration Bush.
Dans un article de plus de 3000 mots débutant à la une, l'influent quotidien de la capitale avoue avoir accordé une place trop importante aux affirmations de la Maison-Blanche avant le déclenchement de la guerre et durant les premières phases du conflit sur la présence présumée d'armes de destruction massive en Irak.
Le président George W. Bush avait justifié sa décision d'intervenir militairement par la nécessité d'éliminer ces armes afin qu'elles ne finissent pas dans les mains de groupes terroristes. Malgré des recherches intensives, elles n'ont jamais été découvertes, et les experts reconnaissent aujourd'hui que Saddam Hussein s'en était débarrassé.
«Les affirmations de l'administration étaient en première page. Ce qui mettait en doute ces affirmations était relégué en page 18 le dimanche ou 24 le lundi [loin dans le corps du journal]», a déclaré un correspondant du Pentagone pour le journal, Thomas Ricks.
«Il y avait une attitude au sein des responsables de la rédaction : "Nous partons en guerre, pourquoi devons-nous nous soucier de ces trucs allant en sens contraire ?"», a-t-il ajouté.
Le directeur de la rédaction, Leonard Downie Jr., a reconnu que la rédaction «était tellement focalisée sur le fait de tenter de savoir ce que l'administration préparait qu'elle n'accordait pas le même poids aux gens disant que ce ne serait pas une bonne idée de partir en guerre et qui questionnaient les raisons données par le gouvernement».
«Il n'y a pas eu suffisamment d'articles sur ce thème en première page. Cela a été une erreur de ma part», a-t-il ajouté.
Depuis l'enlisement de la guerre en Irak, les médias américains dans leur ensemble ont été critiqués pour leur manque d'objectivité dans la couverture de ce conflit.
«Nous avons fait notre travail mais nous n'en avons pas fait assez, et je m'en veux de ne pas avoir fait ce qu'il fallait pour que l'on aille plus loin», a déclaré un autre responsable de la rédaction, Bob Woodward.
«Nous aurions dû avertir nos lecteurs que nous avions des informations prouvant que les fondements [pour la guerre] étaient plus fragiles» qu'on le reconnaissait généralement, a-t-il dit.
Fin mai, le New York Times avait lui aussi battu sa coulpe en reconnaissant des défaillances collectives dans sa couverture du dossier irakien avant et au début de la guerre, accordant notamment trop de crédit aux arguments des partisans de l'intervention militaire et faisant parfois preuve d'un manque de rigueur face à des renseignements erronés.

Crise de l'identité et crise de l'humanisme
Jean-Marc Léger
Journaliste et juriste
Le Devoir vendredi 13 août 2004
Le malaise et la confusion à propos de la notion d'identité (dans le monde occidental, en tout cas) annoncent l'une des crises de société les plus graves de notre époque. Il ne s'agit pas que des communautés, les nations d'abord, mais aussi, encore que ce soit moins évident, de l'individu lui-même. S'il ne se dessine pas, dans les prochaines années, une réaction vigoureuse, le risque sera grand d'un véritable crépuscule des identités, qui serait aussi celui des cultures.
La question de l'identité est devenue l'une des plus aiguës, des plus complexes et des plus douloureuses de notre temps. Elle pose implicitement les problèmes fondamentaux de la mémoire, de l'héritage, de l'histoire. Elle constitue une interrogation lancinante et angoissante sur notre devenir individuel et collectif, sur l'avenir des nations et des cultures. Elle rejoint naturellement avec une dramatique éloquence la question de la sauvegarde de la diversité des cultures. Ou plutôt, elle précède celle-ci car la diversité des cultures n'existe qu'en fonction de la diversité des identités, des personnalités nationales, par celles-ci et à travers celles-ci.
Il n'y a pas de véritable commerce avec autrui, de véritable dialogue, sans un fort sentiment d'identité. La conscience, la fierté, le respect de soi et de ses origines, de son histoire, constituent la base nécessaire et une condition essentielle de l'authentique dialogue avec l'autre. Pas d'ouverture à l'autre, pas d'apprentissage ni de pratique de l'universalisme, sans d'abord conscience et connaissance profonde de soi-même, de sa communauté propre, de sa nation, sans pleine assomption de celle-ci.
Le singulier est à la fois la condition et le premier temps de l'universel : le singulier seul annonce, appelle et favorise le pluriel. À des degrés divers, certes, toutes les cultures sont menacées, toutes les patries également qui en sont le support et l'expression. Peut-être convient-il de rechercher là l'explication d'une sorte de malaise ou parfois d'un secret désarroi chez un nombre croissant de nos contemporains. Ce n'est pas impunément qu'on a laissé se consommer le divorce entre le progrès technologique et les valeurs spirituelles : coupé de celles-ci, celui-là débouche inéluctablement sur la déshumanisation et sur l'asservissement.
Nous sommes témoins et victimes en même temps d'un singulier détournement des vocables et des valeurs : l'uniformisation, présentée comme une expression contemporaine de l'universel alors qu'elle n'en est que la caricature; la libre circulation (des idées, des personnes, des produits) célébrée comme une étape majeure de l'affranchissement des hommes, alors qu'elle ne joue qu'au bénéfice des plus puissants, dont elle accentue l'emprise sur les plus faibles; l'exaltation du dialogue des cultures alors que les industries de la culture et de la communication, aux mains d'un petit nombre de sociétés multinationales, accélèrent le dépérissement des cultures avec le triomphe d'une seule langue et d'un unique modèle socioculturel. Dévoiement du vocabulaire, omniprésence de la publicité, primat de la consommation, obsession du profit : au nom de la liberté, c'est la confiscation de fait de la liberté.
Il est révélateur que les nouvelles puissances apatrides que sont les multinationales se développent dans les domaines de la communication et des industries culturelles : non seulement parce que les bénéfices à engranger sont proprement énormes (c'est le domaine le plus porteur à cet égard) mais parce qu'elles permettent la conquête des esprits, la lente et sûre colonisation des imaginaires et des sensibilités.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Une bonne "histware" ...
Vive l'informatique et la langue ... française
Peupaware
TRIBUNE LIBRE 13 août 2004
Les Anglo-saxons ont créé un suffixe pour désigner divers
composantes de l'informatique. Il s'agit de "ware".
On a ainsi :
le hardware : le matériel informatique
le software : tout logiciel
le shareware : un logiciel requérant une participation financière
le freeware : un logiciel entièrement gratuit
Les Québécois ont jugé utile de compléter ce vocabulaire
informatique. En voici le résultat :
- un ensemble d'écran de veille : un dortware
- un logiciel antivirus : un mouchware
- un logiciel de classement : un tirware
- un logiciel de copie : un mirware
- un logiciel de merde : un suppositware
- un logiciel de nettoyage du disque dur : une baignware
- un logiciel de préparation de discours : un oratware
- un logiciel de vote électronique : un isolware
- un logiciel de compression de données : un entonware
- un logiciel pour documents en attente : un purgatware
- un logiciel très compliqué : un assomware
- un réseau local d'une entreprise : un coulware
- un serveur de réseau : un abreuware
- une poubelle Windows : un dépotware
- une réunion des responsables informatiques : un tupperware
- une salle informatique non climatisée : une rotissware
Et enfin, le plus important dans la conjoncture actuelle :
- un logiciel d'aide à la demande d'augmentation de salaire : un
vatfaireware
Allez... Aureware !!!

TRIBUNE LIBRE
5000 protestataires qui ont manifesté contre le CRTC
toutes les pancartes sont en anglais exclusivement...
René Marcel Sauvé, géographe, Laval
TRIBUNE LIBRE 13 août 2004
Madame Boileau,
Le Devoir de jeudi 12 août, page A-7, montre une photo des 5000 protestataires qui ont manifesté contre le CRTC à Ottawa. Tous venaient de Québec. Sur la photo, cependant, on constate que toutes les pancartes sont en anglais exclusivement....
Donc, ces protestataires venus à Ottawa n'ont pas pensé un seul instant de produire des pancartes en français. La langue française n'est pas reconnue ni à Ottawa, ni au Canada en général, ni au Québec non plus, puisqu'une foule de protestataires venus de la région de Québec se conduisent comme si le français n'existait pas.
Qui a pris cette décision et qu'est-ce qui se cache derrière cette protestation? Serait-ce que les auditeurs et supporters de CHOI-FM sont non seulement fédéralistes inconditionnels mais également contre l'usage du français au Québec même, d'accord avec sa disparition en dehors du Québec?
À moins que la langue française soit trop exigeante pour eux, d'où leur propension à approuver qu'elle se fasse dégrader sur les ondes publiques par messires Arthur, Fillion et tutti quanti?
Au fond, ces protestataires ne sont que des aplaventristes qui se cherchent des "maîtres" quelque part, des "maîtres" qui ont pour mission de détruire la langue française, soit en la dégradant, soit en l'ignorant?
J'ai déjà vu ça quelque part pendant mes 28 années de service dans les Canadian Armed Forces et jusque dans le Royal 22e Régiment, où j'ai servi 18 ans comme officier où il était mal vu pour un officier et un sous-officier de s'exprimer en français dès qu'un anglophone apparaissait dans le décor. Chez les simples soldats, le joual et les sacres étaient de mise et fort approuvés par les autorités.
Comme dans les colonies de l'Empire Britannique où j'ai vécu et travaillé en tant qu'instructeur. Ces colonies se sont affranchies maintenant mais au Québec, de toute évidence, nous demeurons colonisés et pas à peu près.

TRIBUNE LIBRE
Jean Lapierre montre patte blanche!
Robin Philpot, Montréal
TRIBUNE LIBRE 13 août 2004
Jean Lapierre n’aura mis que quelques semaines comme ministre du Transport pour reprendre la vieille politique de son parti qui nous a laissé, entre autres, le fiasco Mirabel-Dorval. M. Lapierre ferait de l’aéroport de La Macaza un aéroport international pour faciliter le transport en provenance de villes comme Toronto et New York. Ainsi, les Torontois et les New-yorkais n’auront plus besoin de passer par Montréal pour se rendre à Tremblant et de subir cet indécrottable French Fact, difficilement perceptible maintenant dans ce centre récréo-touristique des Hautes Laurentides. Il en serait de même pour les visiteurs en provenance d’Europe, des États-Unis, d’Asie et d’ailleurs.
Montréal, Québec, sera tout simplement rayé de cet itinéraire international pour faire place à Mont-Tremblant, Canada!
En faisant déplacer vers Toronto le plus gros des vols internationaux, le fiasco Mirabel-Dorval a eu pour effet de banaliser Montréal et, partant, tout le Québec. Les impacts économiques et politiques se font sentir encore aujourd’hui. Il s’agit d’un héritage, très douloureux pour le Québec mais heureux pour Toronto, de l’ère Trudeau.
Ayant fait ses classes à la fin de cette ère, Jean Lapierre, comme MM Trudeau et Chrétien avant lui, sait que, pour continuer à avoir une influence à Ottawa, il doit régulièrement montrer patte blanche aux décideurs et aux bailleurs de fond de Toronto, lesquels ne lui pardonnent pas son passage éclair au Bloc Québécois.
Un bon pied de nez à Montréal, comme cet aéroport international de La Macaza, est un excellent début!

TRIBUNE LIBRE
À propos d'Indépendance
De Dubuc à Beaudet ou L'Art de se lancer des Pierre
Jean-Luc Gouin
TRIBUNE LIBRE 13 août 2004
Réf. :
Pierre Beaudet, «Le Tabou»
(http://www.ledevoir.com/2004/08/10/61004.html ou
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-11.html#ldpb) et Pierre Dubuc,
«Qui sont les pourfendeurs du «tabou» sur
la question nationale?»
(http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-11.html#ajpd : à paraître bientôt dans
LeDevoir...?). Aussi, en arrière-fond, Marianne Vaucouleurs,
«Biffeton à Françoise David» (voir en outre les références intratexte):
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-3.html#tlmv
Lors de ma lecture du
«Tabou» de Pierre Beaudet, paru dans Le Devoir du 10 courant, je
fus sidéré par la multitude des «contournements mentaux» utilisés par l'auteur
pour défendre et légitimer sa «thèse». J'entends par contournements les
différentes techniques de persuasion qui visent par le discours à vaincre les
résistances et à gagner l'assentiment du lecteur, d'abord, en évitant
l'essentiel des faits et des arguments de fond d'une problématique pour mieux,
ensuite, étaler des formules à caractère ratiocineux qui relèvent moins de la
«logique» et d'une véritable intelligibilité des données que de la manipulation
psychologique.(1)
Cette association
simpliste et mille fois rabâchée depuis quarante ans, par exemple (et que Pierre
Dubuc n'a pas manqué de repérer au quart de tour), entre la chicane -
notion culpabilisante assurément, et qui serait constitutive du Projet
d'Indépendance du Québec - et la bonne entente inhérente au «statu quo»
(plus ou moins maquillé par l'illusion du mouvement, et en tous les cas indice
de sagesse et de rationalité...) ne représente qu'une des très nombreuses
modalités du genre dans le texte de Pierre Beaudet.(2)
Comme si du reste, pour ne s'en tenir qu'à ce «détail», le
Québec in Canada ne signifiait pas en soi «la chicane» comme mode
d'existence. En continu. De piètres amants - qui se détruisent, forcément - font
quelquefois de fort bons amis. Au pire, l'éloignement - dans une bienveillante
neutralité ou dans un climat de relative indifférence, c'est selon - est gage de
liberté respective et de respect mutuel. Mais vraisemblablement, pour Pierre
Beaudet, il faut explorer - et longtemps de préférence (comptons sur
l'épuisement ou, mieux, la raréfaction des effectifs) - la totalité des avenues
possibles (on peut même à la rigueur en inventer chemin faisant) avant de
proposer à la femme perpétuellement agressée de se libérer enfin de son
compagnon par trop dominateur: «As-tu perdu la raison, Lisa? Pense à
l'embrouille que tu vas susciter avec ton Armand... Sois raisonnable, voyons.
Et... encaisse!» Après tout, me semble-t-il entendre, la Dignité et la
Liberté sont des concepts passés de mode: laissons cela aux pays oligophrènes,
archaïsants, tels les États-Unis, la France, la Suède ou... le Canada. On vaut
mieux qu'ça tout de même, non?
Bref voilà, dans sa majestueuse et froide
nudité, ou nullité, le discours type que tout conquérant et toute nation
colonisatrice dignes de ces appellations tiennent à l'endroit du peuple
asservi:
Pourquoi donc, en
effet, chercher à vous libérer du joug ??? On n'est pas bien comme ça, ensemble,
tranquillement, à siroter notre limonade ou notre Mol tiède? Et puis
enfin, n'êtes-vous pas Poulapaix, M. Godin..? Ce serait bien dommage,
trouvez-pas, de vous envoyer l'armée à nouveau. Comme en Soixante-dix (non, je
ne fais pas référence à la guerre franco-prussienne).
Allez ! j'ai les
canons
Vous n'avez donc pas l'« éthique » pour vous
Ni la
raison...
On aura compris que j'ai été ravi de lire dès le
lendemain, chez Vigile, le commentaire de Pierre Dubuc en repartie aux
cent couleuvres de M. Beaudet. Comme quoi un article en apparence de bonne tenue
peut révéler en dernière analyse, si tant est qu'on s'en donnât un peu la peine,
une réflexion d'une faiblesse factuelle et/ou intellectuelle telle que celle-ci
n'aura échappé, à la fin, qu'au lecteur pressé, peu informé, peu outillé
intellectuellement ou, bien sûr, gagné d'office et sans examen par le propos
parce que correspondant à ses opinions établies.
Ce qui d'entrée de jeu,
hélas et a contrario, et il faut bien le dire, fait déjà beaucoup de
monde...
En lisant Beaudet (et Racle), j'ai beaucoup pensé à Claude Ryan.
À Jocelyn Létourneau également.(3) Aussi je crains que
l'acoquinement avec de pareils discoureurs, Madame Françoise David, ne minassent
dans l'oeuf vos fraîches idées. En conséquence, je ne saurais trop vous
recommander, comment dire, de rester vigilante.
Jean-Luc
Gouin
LePeregrin@yahoo.ca
Capitale nationale, 13 août
2004
(1)
Quelques illustrations de ce phénomène discursif -. lieux communs
(clichés), vocabulaire subrepticement tendancieux, parti pris présenté comme
allant de soi, voire naturel, l'argument d'autorité (ainsi que le ton
sentencieux ou condescendant qui souvent l'accompagne), les sous-entendus
familiers ou enjôleurs transformant le lecteur en complice quasi obligé de
l'auteur (procédé de courtisan qui à l'occasion culmine dans la démagogie), la
palinodie (confinant parfois au détournement de sens), préjugés considérés
d'emblée comme vérités, et moult autres «techniques» bien connues telles que: le
sophisme, les demi-vérités, l'amalgame, l'exagération, l'omission, les
restrictions mentales, l'esquive (l'éludation, la digression), la diversion (ou
déviation: monter en épingle un aspect secondaire, par exemple), la séduction,
le «dénigrement aimable», les allusions douteuses, la fausse indignation, le
procès d'intention et maintes autres contorsions intellectuelles de même farine.
Autant de ficelles - bien que la liste ne soit pas exhaustive, on s'en doute -
permettant de noyer le poisson lorsque les faits tangibles et la
solidité des arguments ne «roulent» pas pour soi sur la patinoire aux
mille arabesques.
Or l'auteur qui se livre à ces pratiques révèle
qu'il n'est pas en mesure - soit parce qu'il propose une thèse indéfendable dans
sa nature même, soit parce qu'il n'est pas dans son intérêt (notamment
idéologique) de s'y abandonner, soit enfin par banale incompétence, ou pour
quelque autre motif - d'affronter de plain-pied la problématique en question.
Nous nous enlisons alors dans une atmosphère délétère où, de manière générale,
le jésuitisme et la mauvaise foi disputent à la malhonnêteté intellectuelle.
J'exclurai de ce cercle, aux propriétés indubitablement centrifuges, les «poses
verbales» par trop agrestes ou disgracieuses, voire tout simplement triviales,
pour s'avérer, la plupart du temps, vraiment efficaces: le mensonge, le libelle,
l'invective, le diktat, la désinformation, le moralisme, le sectarisme, le
séidisme, et caetera.
(2) Il faut, je crois, classer
dans la même catégorie le texte de Gabriel Racle paru le 12 suivant, toujours
dans Le Devoir (journal qui a été de tout temps habité, dieu merci, par
le génie de l'«initiative» des débats), et intitulé «L'Union, contrepoids à
la mondialisation» (http://ledevoir.com/2004/08/12/61214.html ou
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-12.html#ldgr). En particulier, et parmi
moult artifices pratiqués par M. Racle, on retiendra pour illustration celui
nommé: «gommage». Lequel favorise la mise en valeur d'un aspect isolé d'un
phénomène en occultant du coup d'autres angles susceptibles, autrement,
d'invalider sur-le-champ la dimension consignée en exclusivité. Ainsi, à
l'instar de l'enfant dévalant sans méfiance sur son toboggan la pente poudrée de
neige, livrons-nous sans crainte à ce glissement de sens où l'«Union»
proposée (objectif non moins noble, «rationnel» et recommandable, for
sure, que la «non-chicane» de Beaudet) fait totalement l'impasse sur le
rapport de sujétion entre les présumés «unis». Ainsi comprise, à la faveur de la
fine lucidité et de la puissante intelligence de M. Racle, l'«Union» de deux
pays indépendants (en l'occurrence, le Québec et le Canada) - face incidemment à
la mondialisation dont l'auteur nous entretient - ne ferait pas le «poids» en
regard à... l'union d'un Québec inféodé avec (dans) un Canada qui lui tient
fermement la bride. En clair: un valet et un homme libre ensemble, main dans la
main, livreront meilleure bataille que deux hommes libres côte à côte. Ma foi,
fallait y penser...
Argument servi jusqu'à plus soif, faut-il
réellement le rappeler, depuis des lustres et des lunes - André Ouellet hier,
Pierre Pettigrew aujourd'hui - par tous les provinciaux de service (j'en
discutais moi-même, déjà avec lassitude, il y a de cela plus de douze ans:
http://www.vigile.net/pol/101jlg/mythe.html). Argument sans aucun «poids»,
certes. Mais on ne perd rien (hormis sa réputation plus ou moins usurpée
d'intellectuel, il est vrai) à tenter d'engranger une ou deux recrues
supplémentaires à chaque sophisme commis et rendu public. Technique de chargé de
cours (ou ex-chargé, comme il est dit - cela expliquant peut-être ceci) qui
ferait rougir le sens de la rigueur du collègue Herr Professor
d'icelui.
(3) « La Mollesse d'un
clerc »
(http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-2.html#tlhp).
