
Stratégie d’accès à la souveraineté du Québec :
La société civile sera dans le coup!
Conseil de la souveraineté
16 août 2004
Montréal, 16 août 2004 – Pour le président du Conseil de la souveraineté du Québec, Gérald Larose, le débat en cours actuellement sur la stratégie d’accès à la souveraineté du Québec, jusqu’à présent débattue principalement dans les cercles politiques, ne peut se faire sans l’apport de la société civile. À cette question, sont rattachées celles de la défense, du rajeunissement et de la crédibilité de l’option souverainiste, a ajouté Gérald Larose.
Comme, selon les sondages, le nombre de Québécoises et de Québécois qui se déclarent souverainistes dépasse 45 %, il importe au plus haut point que la société civile s’empare de cette question et fasse connaître au monde politique ce qu’elle en pense. La conscience des Québécoises et des Québécois sur cet enjeu doit sortir grandie de la période de réflexion qui s’amorce.
De l’avis de Gérald Larose, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le dernier référendum de 1995. Par ses attaques sur les efforts d’émancipation du peuple québécois, l’État fédéral a dévoilé lui-même les faiblesses de la stratégie actuelle reposant simplement sur un référendum, sans l’appui des leviers politiques que nous possédons. La nouvelle stratégie d’accès à la souveraineté doit se renouveler à partir des leçons du passé.
Afin de stimuler l’expression de la société civile sur la stratégie d’accès du peuple québécois à la souveraineté, le Conseil de la souveraineté du Québec a décidé de lui consacrer un premier forum public sous le thème : Le pays, rien d’autre! Ce forum, qui examinera tout autant le chemin parcouru que celui qui reste à faire, aura lieu les vendredi 1er et samedi 2 octobre 2004, au Musée national des beaux-arts du Québec, au parc des Champs-de-bataille, dans la capitale nationale.
Le chef du Bloc Québécois, M. Gilles Duceppe, et celui du Parti Québécois, M. Bernard Landry, se sont montrés intéressés à ce forum et ils encourageront cette initiative par leur présence. En plus de Jacques Parizeau, qui fera une intervention au forum, de nombreuses personnalités publiques ont accepté d’y présenter leurs points de vue.

Charbonneau à la défense de Parizeau
TOMMY CHOUINARD
Le Devoir 19 août 2004
Le député de Borduas critique l'attitude de Bernard Landry
Québec - Le député péquiste de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, se porte à la défense de Jacques Parizeau et souhaite que le plan d'accession à la souveraineté proposé par l'ancien premier ministre soit adopté par le Parti québécois.
Jean-Pierre Charbonneau va même jusqu'à affirmer que son chef, Bernard Landry, a «tort» de balayer du revers de la main la proposition de Jacques Parizeau. Selon lui, le plan de l'ancien premier ministre a tout simplement été
mal interprété.
«Ce n'est pas correct de faire un procès d'intention et d'empêcher le fait qu'on puisse réfléchir sur la façon de faire les choses. Je n'ai pas toujours été un partisan de Jacques Parizeau, bien au contraire. Mais je pense qu'il ne faut pas démoniser les gens», a-t-il affirmé lors d'un entretien téléphonique accordé au Devoir hier. Jean-Pierre Charbonneau dit sentir le besoin de remettre les pendules à l'heure. «Toute la paranoia qui s'est emparée de bien du monde porte sur le fait qu'on raqmènerait l'idée d'une élection référendaire. Ce n'est pas ça. Parizeau ne remet pas en cause l'idée [selon laquelle] il ne peut y avoir de pays sans référendum», a-t-il expliqué.
Dans une lettre ouverte publiée cette semaine, Jacques Parizeau propose que le Parti québécois se présente aux prochaines élections générales en sollicitant le mandat de réaliser l'indépendance. S'il est élu, le gouvernement péquiste entreprendrait une démarche d'accession à la souveraineté en créant une Constitution provisoire et en mettant en place l'appareil législatif et administratif nécessaire. Un référendum serait ensuite tenu, non pas sur le choix d'un pays mais bien sur un projet de Constitution.
«Ça ne sert à rien de faire peur au monde et de dire que la gens n'auront pas à se prononcer clairement sur le fait que le Québec devienne, oui ou non, un pays. Parizeau dit qu'il va y avoir un référendum et reconnaît ce passage obligé», a lancé M. Charbonneau.
Le député péquiste précise que des élections référendaires signifieraient que le Parti québécois déclare l'indépendance en obtenant 50 % des voix plus une aux élections générales ou en récoltant une majorité de sièges à l'Assemblée nationale.
«Les gens n'accepteront pas qu'on baisse notre standard démocratique parce que, les deux autres fois, on a eu un échec. Et Parizeau ne propose pas ça. Il propose qu'après l'élection, le Parti québécois soit plus ''proactif'' qu'avant en reprenant le pouvoir. L'élection donne la responsabilité à un gouvernement du PQ d'enclencher la mise en ceuvre de son objectif. Qui peut être contre? On respecte la légtitimité et la légalité. On reste un gouvernement provincial tant que les Québécois n'auront pas voté clairement en faveur du changement de statut politique», a affirmé Jean-Pierre Charbonneau.
Selon lui, un projet de Constitution devrait être au coeur de la question référendaire, comme le suggère Jacques Parizeau, afin de permettre aux Québécois de connaître les «contours» et les «paramètres» d'un éventuel pays. «On peut très bien accompagner une question claire d'un texte constitutionnel qui donne des garanties à l'ensemble de la population sur le fonctionnement du pays. Que l'on soit de gauche ou de droite, les contours du pays vont rester ceux qu'on va définir. Une des choses qui ont manqué lors des deux référendums, c'est qu'on n'a pas essayé de faire en sorte que les gens visualisent ce que serait cet Etat québécois après le référendum. On votait pour l'idée du pays sans vouloir amener les gens à réfléchir et sans vouloir nous-mêmes leur dire quel pays ce serait. Les gens ne votent pas en donnant un chèque en blanc. Ils votent en sachant comment ça va fonctionner après», a expliqué JeanPierre Charbonneau. Un différend l'oppose cependant à Jacques Parizeau sur cette question: le député de Borduas croit que la Constitution qui ferait l'objet du référendum devrait être provisoire, et non permanente, car «c'est clair que ce serait divisif».
D'autres députés péquistes partagent son point de vue et appuient la proposition de Jacques Parizeau sans l'affirmer ouvertement, a précisé M. Charbonneau. «Je ne me sens pas tout seul sur mon carré», a-t-il lancé.
S'il dit comprendre la réaction de Bernard Landry d'avoir voulu écarter l'idée de tenir des élections référendaires, Jean-Pierre Charbonneau croit son chef fait erreur en rejetant le plan de Jacques Parizeau et en préconisant un référendum sur la souveraineté pure et simple. «Je pense qu'à cet égard, il a tort», a dit le député. «Je pense que Landry a surtout voulu envoyer un message clair à l'opinion publique qu'il n'est pas question que le Parti québécois abandonne l'approche référendaire», a-t-il ajouté.
Jean-Pierre Charbonneau craint que le débat sur le processus d'accession à la souverainté ne divise le Parti québécois. «On risque de se retrouver avec des maudites chicanes. On va continuer à se diviser entre nous sur le comment alors que la vraie question essentielle n'est pas comment on va accéder à la souveraineté mais comment susciter l'adhésion d'un plus grand nombre de gens», a-t il dit.
D'après lui, la «saison des idées» de son parti passe à côté de cet enjeu fondamental. «Ce qui me choque,
c'est que les péquistes, dans la saison des idées, n'ont pas fait une autocritique sur comment on s'est comporté jusqu'à maintenant pour susciter l'adhésion, comment on a, nous-mêmes, provoqué des résistances».

PQ : l'ennemi est connu car il vient de l'intérieur
Carol Néron
Le Quotidien jeudi 19 août 2004
Éditorial - Les Libéraux de Jean Charest avaient rendez-vous avec l'actualité, cet automne. Dans l'attente de l'inévitable affrontement avec les syndicats, la tenue de quatre élections partielles dans autant de comtés faisaient saliver d'aise les journalistes. Au Québec, ce genre d'événement se révèle traditionnellement catastrophique pour les partis politiques détenant la majorité à l'Assemblée nationale. Or, contre toute attente, c'est le Parti québécois qui, à la toute veille de la rentrée, se retrouve au centre de l'attention générale.
Le bal a été lancé par Jacques Parizeau, lundi; sa position sur la stratégie que devrait adopter le PQ pour forcer l'indépendance en a pris plusieurs à rebrousse-poil au sein du parti. La cendre commence à peine à retomber sur ce brûlot que la décision annoncée officiellement de l'ex-ministre des Affaires municipales, André Boisclair, de retourner aux études, amène les observateurs à se demander si Bernard Landry, pendant qu'il prolonge le suspense sur son avenir, n'est pas en train de créer le vide autour de lui.
L'impact médiatique de la lettre de Jacques Parizeau et du retrait "temporaire" de la scène politique d'André Boisclair, ont presque fait passer sous silence une autre déclaration en provenance du camp souverainiste qui, elle aussi, vaut le détour.
Marque d'appréciation surprenante
En début de semaine, un autre ténor du PQ, dont les ambitions sont connues depuis belle lurette, François Legault, a servi une belle marque d'appréciation à nul autre que... Jean Charest!
Mardi, l'ancien ministre déclarait en substance dans Le Soleil que le Parti québécois n'aurait guère fait mieux que l'équipe libérale actuelle, notamment dans les dossiers de la santé et de l'enseignement, s'il avait remporté l'élection du 14 avril dernier. Prenant bien soin de préciser toutefois que le PQ aurait sans doute adopté une approche moins directe avec les syndicats, celui qui fut entre autres ministre de l'Éducation dans le dernier Cabinet Landry, appuyait son argumentation sur le fait que l'"argent se trouvant à Ottawa, le Québec est devenu à toute fin pratique ingouvernable".
Le chef actuel de l'Opposition appréciera certainement la nuance suggérant que, plus vite le Québec deviendra indépendant, plus vite il sera maître de son économie. Le fait est cependant que le bénéfice du doute accordé par François Legault à Jean Charest ne passera certainement pas, lui, comme une lettre à la poste au sein de la fratrie souverainiste.
À la veille d'un Conseil général susceptible de se révéler crucial pour son leadership, pour peu qu'il décide de rester à la tête du PQ, Bernard Landry n'a probablement pas été sans sursauter en prenant connaissance des propos de son ancien ministre. De mémoire, c'est la première fois depuis 1973, année de l'arrivée des Péquistes à l'Assemblée nationale, qu'un chef de gouvernement libéral reçoit un tel témoignage de la part d'un membre influent de l'équipe souverainiste.
Jean Charest rit dans sa barbe
Le Parti québécois n'avait pas prévu de se retrouver ainsi sous l'éclairage cru des médias alors que l'été n'est même pas encore terminé. Comme le veut l'expression populaire, il s'est fait prendre avec les culottes à terre! Et la chose se présente encore une fois sous les deux aspects qu'il abhorre le plus car ils représentent ses points faibles: la stratégie référendaire et la qualité du leadership.
En tout cas, cette énième crise existentielle ne peut mieux tomber pour Jean Charest. Celui-ci ne se gêne pas d'ailleurs pour sauter à pied joint sur l'aubaine. Il prévoyait subir un automne chaud avec les syndicats -ce sera le cas mais le sursis est bienvenu- et voilà que Jacques Parizeau, André Boisclair et François Legault, chacun à sa manière, causent une diversion. Il faut dire que le spectacle est à la mesure de l'importance caractérisant les membres de ce trio au sein du Parti québécois, "énooorme".
L'adversaire principal du PQ ne réside pas dans les rangs libéraux ni dans ceux de l'ADQ. Il n'exerce pas non plus ses talents à Ottawa. Non, le plus grand ennemi qui guette le Parti québécois et qui ne cesse de le harceler publiquement vit sous son propre toit!

Just when you think sovereignty is dead
Lawrence Martin
The Globe and Mail Thursday, August 19, 2004
Canada probably owes its existence today to the procrastinations of the brooding colossus that was Lucien Bouchard. While his demagogic fury in the 1995 referendum fell short by a decimal point, he emerged from that inferno with the status of a near deity. Quebeckers bestowed on him the premiership -- implored him to take it -- without even a campaign.
Mr. Bouchard's grip on the emotional pulse of the people was such that he could have called a snap election to receive his own mandate, making clear that sovereignty was at stake -- and that with a victory he would proceed to the final steps via a quick referendum or some other route.
He could have muscled it. But the irresolution that often haunted the antagonist caused him to back away, giving Jean Chrétien's reeling Liberals time to regroup.
There will never be another Lucien Bouchard. No one came as close to both unifying a country and destroying it as this man. He marched Canada to the brink of a historic unity agreement in 1990, only to flee the Meech temple in the dying days. He marched Canada to the brink of breakup in 1995, only to miss by a dot. Having failed as both the great healer and the great divider, he left office with limbo as his legacy.
For his sovereigntist legions, the grand moment was missed.
But that's not to say there won't be another.
The movement, which has a history of receding and surging, shows signs of entering the latter phase. That Jacques Parizeau could occasion such a reaction with his latest dip into his sorcerer's cauldron -- proposing a non-referendum route to independence -- was a sign of restlessness.
It is only one sign among many. There was the impressive rebound of the Bloc Québécois in the June election. The party's leader, Gilles Duceppe, has emerged as a highly credible tribune. The fragile minority position of Paul Martin's Liberals gives his secessionists more sway than ever, as does the opening next month of Mr. Justice John Gomery's inquiry into the sponsorship scandal. That scandal, which drove up Bloc popularity, will be front and centre for months, if not years, to come.
In Quebec, the animosity toward the government of the young Jean Charest is a bit reminiscent of what a young Robert Bourassa experienced in 1975, before René Lévesque toppled him.
Mr. Charest is creating an opening. Next year marks the 10th anniversary of the seismic 1995 referendum. Emotions will be stoked. It is also the year the Parti Québécois has its grand assembly to chart its direction.
Who's to say the Péquistes won't do something radical? The federal side threw down the gauntlet with its Clarity Act, demanding a decisive democratic vote for secession. But what's so democratic, the sovereigntists can argue, about legislation that says a vote of 50 per cent plus one isn't good enough? Mr. Lévesque wouldn't have tolerated that.
The Parizeau gambit has some attractive features. Quebec entered Confederation by a vote of its legislators, Mr. Parizeau argued. Why not leave it the same way? Much easier. No need to worry about the ethnic vote. No need to worry about money -- federal money -- from sponsorship programs and the like. No need to worry about Ottawa's new, highly restrictive referendum rules.
It is a plan that is likely too ruthless and too radical to find enough adherents, even in the camp of the country-breakers. But the sovereignty movement, it should be remembered, is always full of surprises. Mr. Lévesque lost the 1980 referendum, but then clobbered the Liberals in the following provincial election. Pierre Trudeau patriated the Constitution without Quebec's consent, but the separatists then used "the night of the long knives," as they called the deal-making finale, as a sledgehammer against Ottawa. The Meech Lake accord was about to go into the books when Mr. Bouchard jumped ship and founded the Bloc. A devastating defeat appeared likely in the 1995 referendum, but the separatists came back and almost won it. The Bloc was written off as a dying force as the century turned, but look where it is today.
With the sovereigntist movement, history serves up a lesson: Expect the unexpected.
lawrencemartin9@hotmail.com

Une position claire
René Cloutier
Le Devoir jeudi 19 août 2004
Lettres: Charlesbourg, le 16 août 2004
Jacques Parizeau nous a habitués à des gestes clairs. Toute sa carrière le démontre. En proposant de tenir des élections qui détermineraient le statut politique du Québec, il s'inscrit dans la même ligne de pensée et d'action qui a guidé toute sa vie.
En effet, pourquoi tergiverser encore sur les conditions gagnantes, sur le moment propice pour tenir un référendum... ? Nous changerions la donne unilatéralement ? Ne serait-ce pas plutôt le gouvernement fédéral qui, avec sa loi sur la clarté, a changé la donne de façon unilatérale ?
On sait déjà que pour Stéphane Dion, la question posée et le résultat obtenu à la suite d'un référendum tenu par le gouvernement du Québec sur l'indépendance ne seront jamais clairs. Même avec une victoire à plus de 50 % des voix, on prétextera encore que les gens n'ont pas compris la question. [...]
Avec des élections pour lesquelles on annonce d'avance que le résultat engage dans la voie de l'indépendance, qui pourra encore remettre en question la clarté ? On objectera qu'il faut 50 % des voix pour avoir un mandat clair à la suite d'élections. Pourtant, ce pourcentage ne suffit pas s'il est obtenu à la suite d'un référendum. Vous voyez la logique ? Le Parti libéral gouverne le Canada avec environ 40 % des voix depuis une quinzaine d'années. Qui remet en doute la légitimité de ses lois ? Même chose au Québec avec le Parti libéral actuel. Dans le cadre d'élections au Québec, même si le gouvernement fédéral intervient déjà dans le débat, en faire davantage équivaudrait à un détournement de démocratie qui serait facile à dénoncer sur la scène internationale. [...]
Alors, tant qu'à être dans les discussions byzantines sur les conditions gagnantes, dans les guerres de chiffres, de mots, de sens et de clarté qui détournent l'attention de la vraie question, à savoir à qui payer nos impôts et nos taxes, par qui nous faire représenter sur la scène internationale, allons-y carrément ! Un jour ou l'autre, le Parti québécois reviendra au pouvoir.
Quant aux gens qui sont plus attachés au pouvoir qu'à l'indépendance du Québec, ils peuvent se dire, comme l'a déjà formulé Jacques Parizeau, qu'une horloge, même arrêtée, indique la bonne heure au moins deux fois par jour. Il leur suffira d'un peu de patience.

Québec blâme Ottawa pour ses finances publiques, mais garde le cap
PC jeudi 19 août 2004
BEAUPRE (PC) - Québec blâme Ottawa pour la situation difficile de ses finances publiques, mais n'a pas l'intention de hausser le ton face au gouvernement fédéral.
Le ministre des Finances, Yves Séguin, soutient que la baisse de péréquation de 1,5 milliard $ fait très mal au gouvernement québécois.
Pourtant, il reconnait avoir prévu ce manque-à-gagner dans son budget.
Il explique avoir fondé des espoirs dans un changement de cap du gouvernement Martin envers les provinces, espoirs qui ne se sont jamais matérialisés.
Au contraire, il déplore la fermeture du fédéral, jusqu'ici, quant à la possibilité de revoir le système de péréquation.
M. Séguin ne remet pourtant pas en question la stratégie de la bonne entente avec le gouvernement fédéral, et n'a pas l'intention de hausser le ton face à Ottawa.
Selon lui, il est encore possible de convaincre Paul Martin de verser plus d'argent aux provinces.
Malgré tout, le ministre affirme d'ores et déjà que Québec respectera ses promesses de baisser les impôts et de présenter un budget équilibré.
Par ailleurs, les dépenses du gouvernement ont augmenté d'environ 500 millions $.
La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, affirme qu'elle a sonné une alarme auprès de ses collègues ministres afin que les dépenses soient scrutées à la loupe.
Elle estime toutefois que la situation n'est pas exceptionnelle et qu'il reste suffisament de temps dans l'année budgétaire pour corriger la situation.

La perspective du Conseil de presse à propos de CHOI
- Pénaliser d'abord les animateurs fautifs
Raymond Corriveau
Président du Conseil de presse du Québec
Le Devoir jeudi 19 août 2004
L'été a été une saison faste en rebondissements médiatiques. Une des constatations qui s'imposent demeure l'absence de groupes de pression organisés consacrés expressément aux activités médiatiques et aux conséquences que ces activités entraînent dans la société civile. Il y a eu de nombreux écrits provenant d'initiatives personnelles ou professionnelles, de nombreuses réflexions méritoires. Ce vacuum n'est pas sans conséquence dans l'espace social. Il libère le champ à ce que d'aucuns voient comme un magma douteux de nouveaux fanatiques de la liberté d'expression.
La mobilisation contre le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) en raison du non-renouvellement du permis de la station CHOI reste à explorer. En fait, le ralliement en faveur de CHOI demande un éclairage plus complet qui n'est possible qu'au prix d'analyses sociales rigoureuses, notamment en ce qui concerne l'adhésion de la population à la station.
S'agit-il d'un ressentiment citoyen envers la distance des pouvoirs politiques et technocratiques ou une sorte de réaction à la langue de bois ? Sommes-nous devant un refus de quelconques normes de respect pourtant nécessaires en société ? Est-ce l'illustration d'une immaturité sociale ? Devons-nous y voir les effets du postmodernisme, soit le rejet des valeurs issues du siècle des Lumières au profit du citoyen consommateur, du chacun-pour-soi et de l'hyper-individualisation ? Est-ce un regroupement hybride des mécontentements ? Bref, les analyses sociales nous font grandement défaut.
De la liberté d'expression
Ne pas pouvoir tout expliquer ne permet toutefois pas de tout dire, et la défense d'intérêts particuliers au prétexte de la liberté d'expression est quelque chose que nous devons mettre en question. Il est bon de rappeler que toute mécanique de liberté s'exerce dans le rapport à l'autre. Le rapport au respect de l'autre dans nos rapports avec lui, mais aussi le rapport à l'autre dans la structure de son identité. Inciter à tuer n'est pas acceptable, pas plus que gazer les déficients mentaux, comme le suggérait l'animateur Jeff Fillion, et consacrer une forme d'admissibilité à l'insulte parce que souvent répétée n'est pas acceptable non plus : cela atteint le façonnement identitaire de l'autre. «Je vais suivre Jeff, et s'il faut aller fermer le pont de Québec, j'irai !»
Le droit canadien aussi bien qu'international condamne ceux qui pratiquent la violence, verbale ou non, mais aussi ceux qui l'y incitent. C'est en quelque sorte la matrice de la propagande qui est ici visée. Voir des milliers de personnes manifester dans une mécanique de ralliement hautement ambiguë peut inquiéter beaucoup plus que rassurer sur le sort de la liberté d'expression.
C'est dans la mécanique du façonnement identitaire de l'autre que se trouve la responsabilité particulière du tenant de la parole publique (mon identité de Hutu ne m'autorise pas à massacrer des Tutsis). La liberté d'expression prise comme absolu est une impossibilité, elle ferait appel à des individus sans conséquence et sans responsabilité.
Depuis 30 ans, le Conseil de presse du Québec (CPQ) exerce un rôle d'arbitre à l'égard de la liberté d'expression, c'est un fait socialement et historiquement acquis. Nous nous expliquons mal que l'attribution de balises à la liberté d'expression soit tout à coup un objet de grande controverse. Il est juste, et c'est notre grand mérite, que notre composition tripartite (chargés d'affaires des médias, journalistes et représentants du public) fait de nous un locuteur privilégié pour rendre de tels jugements. Mais le CRTC agit, faut-il le rappeler, dans une logique de continuité avec le processus démocratique.
L'autre débat
Mais qu'est-ce qui, dans cette ordonnance, incite les gens de Toronto aussi bien que des hommes politiques à mettre en question la décision du CRTC ?
En fait, ce qui heurte les entrepreneurs -- et ce qui est largement ostracisé du débat par le subterfuge de la liberté d'expression -- pourrait bien être la perte de la licence; c'est le fait que le CRTC retire la licence à Genex Communications inc. La compagnie n'a plus rien à vendre, sauf des équipements. Cette intervention de l'État dans l'existence de l'entreprise a heurté nombre de personnes et aggloméré autour du président de Genex, Patrice Demers, et de ses acolytes des partenaires de combat qui ne partagent aucunement les idées émises en ondes par les animateurs controversés.
Ce ne sont pas eux, cependant, qui vont marcher dans les rues de la Vieille Capitale ni de la capitale nationale. M. Demers, de son propre aveu, avait suggéré au CRTC qu'en cas de perte de confiance, il n'avait qu'à l'obliger à vendre. Toutefois, le CRTC, dans une logique continue, a refusé de cautionner la production spectaculaire d'une plus-value sur la base de la délinquance envers ses propres normes.
La position du CPQ
Le CPQ, lors des audiences publiques, n'avait pas opté pour la révocation de la licence; nous avions proposé un encadrement plus directif des propos émis en ondes. En fait, la philosophie du Conseil de presse du Québec a toujours été de rapprocher la sanction de ceux qui commettent le délit. Cette vision, visant la proximité entre délinquants et sanctions, a aussi le mérite de protéger les techniciens, les autres animateurs et les membres du personnel qui n'ont rien fait qui puisse justifier la révocation d'une licence et deviennent des «dommages collatéraux» de l'attitude de leurs confrères de travail.
Si on ne peut prétexter les directives d'une instance supérieure pour justifier un crime, on ne peut non plus pénaliser qu'une seule instance supérieure tout en laissant les commettants du crime en dehors de toute conséquence juridique. Similaire au principe de prévention en santé publique, il est toujours souhaitable de régler le problème à la source. Le fait que certaines des personnes concernées aient travaillé à de multiples stations, toujours dans le même esprit de délinquance sociale, milite aussi en faveur d'une solution de proximité.
Depuis toujours, le CPQ condamne les abus de langage et la discrimination sur les ondes. En février dernier, nous avions sévèrement critiqué devant le CRTC le phénomène des radios-poubelles. Mais le CRTC a-t-il le pouvoir d'appliquer une sanction de proximité ?
Avec la venue prochaine de nouvelles technologies digitales, la question de la gestion des ondes publiques devra trouver d'autres assises que celles qui s'appuyaient sur un nombre limité de fréquences. La question sera alors directement posée au CRTC et celui-ci devra envisager toute cette affaire sous l'angle du gestionnaire de la parole publique et non plus celui de la précarité de l'espace hertzien. Nous devrons alors imaginer des sanctions d'une autre nature, révoquant non pas une licence mais l'autorisation d'une personne à exercer la gestion de la parole publique pour un certain temps, par exemple. L'individu pourrait appeler à l'émission qu'il animait antérieurement et sa liberté d'expression ne serait pas brimée.
Cette nouvelle initiative a pourtant de sérieux antécédents. En de nombreuses circonstances, nous avons accepté, en société, de restreindre l'habilitation à certaines fonctions et même de limiter certains droits, dans des cas de force majeure (et c'est bien le cas ici; toutes les instances normatives existantes concernées ont sanctionné ces animateurs).
Est-il souhaitable que de telles sanctions soient mises en application ? Plus encore, le CRTC possède-t-il l'espace juridique nécessaire pour vivre cette transition technologique et maintenir une cohabitation sociale acceptable dans le domaine de la radiotélédiffusion ?
Il est clair que les excès répétés des animateurs de CHOI poussent notre système normatif à la limite et le forcent à prendre des mesures du même ordre. Il faudra se souvenir, toutefois, de qui relève la responsabilité première de ce retranchement aux extrêmes, et ce n'est pas le CRTC, ici, qui en est le premier responsable mais finalement ceux qui commettent des abus répétés en ondes.
Cette décision jugée sévère par certains a eu pour effet bénéfique d'élargir le débat sur la liberté d'expression et d'interpeller les assises de la réglementation publique. Le CP Québec, en raison de ses valeurs, de son historique et de sa composition tripartite, convient du bien-fondé de voir la liberté de parole, chèrement acquise, être protégée de ceux qui en abusent.

Pour dissiper les malentendus
Lucille Beaudry
Département de science politique, Université du Québec à Montréal
Robert Comeau
Département d'histoire, Université du Québec à Montréal
Le Devoir jeudi 19 août 2004
Libre opinion: Réplique à l'article de Richard Ryan intitulé «L'option citoyenne fait-elle si peur?» (Le Devoir, 22 juillet 2004)
Notre libre opinion publiée le 14 juillet dans Le Devoir au sujet de la publication de Françoise David, Bien commun recherché (Montréal, Écosociété, 2004), n'avait aucunement l'intention de signifier que nous voulions séparer la question nationale de la question sociale. Nous ne proposions pas de faire d'abord la souveraineté pour ensuite élaborer un projet de société.
Nous n'avons jamais soutenu, comme Richard Ryan le laisse croire dans son article, que l'indépendance est une fin en soi, ni proposé, pour reprendre ses termes, qu'il faille «se donner un cadre sans contenu, c'est-à-dire sans proposition de projet de société». Nous avons simplement voulu rappeler que la question nationale ne va pas sans la question sociale. Nous croyons à une indépendance liée à un projet de société. Option citoyenne n'est pas le seul groupe à vouloir définir un projet de société progressiste.
Nous croyons qu'un projet de société progressiste peut appartenir à plusieurs organisations dans une société pluraliste et qu'il doit tenter de rassembler les diverses générations. Nous partageons le point de vue selon lequel il est nécessaire, pour reprendre les termes de M. Ryan, «de travailler sur un projet qui va rassembler les différentes composantes de notre société», d'où notre étonnement de le voir exclure toute la génération qui le précède.
Pourquoi donc les baby-boomers ne pourraient-ils pas comprendre que «l'indépendance du Québec ne doit pas seulement passer par le vote ethnique canadien-français» ? Cette approche générationnelle est pour le moins sectaire et méprisante.
Il nous a semblé tout à fait approprié de rappeler quelques expériences du passé. Pour appuyer notre position en faveur d'un Québec progressiste et souverainiste, nous avons tenté de retracer quelques faits saillants de l'histoire récente du militantisme de gauche au Québec afin de prévenir la répétition des mêmes voies sans issue. Tenir compte des enseignements de l'histoire n'est pas professer un dogme mais considérer la présence de ce sujet dans sa variabilité historique.
Omniprésence plutôt que tabou
Pour nous, la question nationale du Québec n'est pas non plus un sujet tabou, c'est-à-dire secret. Cette question est omniprésente dans l'histoire politique et dans l'histoire des idées politiques de droite comme de gauche au Québec. Elle n'est pas non plus une question sacrée qu'il ne faudrait pas interroger puisqu'elle a connu une variété d'options politiques. Cette question est continuellement l'objet de débats.
La question actuelle qui nous préoccupe est celle de savoir si le projet de société progressiste proposé par Option citoyenne tient compte du fait que le Québec ne dispose pas, dans le cadre actuel de l'union fédérale, de la souveraineté indispensable pour assurer le plein épanouissement du peuple québécois. Nous ne remettons pas en question les divers aspects de la quête du bien commun mais le fait que cette quête ne soit pas située dans un cadre politique qui permette sa mise en oeuvre, sinon sa réussite.
Lorsqu'on veut convaincre de la justesse de son option, il nous semble normal de présenter -- sans imposer sa vérité -- aux personnes qu'on veut rallier à sa cause un projet de société qui soit suffisamment clair dans ses orientations fondamentales. Prendre clairement position contre l'oppression que subit sa nation et expliquer l'importance de la souveraineté pour un peuple, ce n'est pas dogmatique, pas plus que de préconiser l'égalité entre les hommes et les femmes.
Nous n'avons pas peur d'Option citoyenne mais nous croyons que ce projet, pour réussir, doit s'appuyer sur la connaissance du passé pour éviter les voies sans issue.

Le Québec traque sans relâche les emprunts à l'anglais
Gilles BIASSETTE
La Croix mercredi 18 août 2004
Un été dans La Croix. Les quatre siècles de l'Acadie (8/10).
La Belle Province est à la pointe du combat pour la francophonie. Ange gardien pour les uns, police pour les autres, l'Office de la langue française veille au bon usage des mots. Montréal, reportage de notre envoyé spécial.
Lire la presse québécoise, même ses pages sport, est parfois un exercice déroutant pour qui n'est pas habitué au charme du français de la Belle Province. Un charme d'autant plus piquant qu'il sonne souvent comme un rappel à l'ordre aux oreilles - ou aux yeux, c'est selon - des cousins d'outre-Atlantique, parfois peu vigilants quand il s'agit de traquer l'anglicisme. « Je me suis contentée de viser le milieu des allées, d'atteindre les verts en coups réguliers, de caler deux roulés et de prendre le prochain départ », expliquait ainsi il y a peu une championne à un quotidien de Montréal. · coup sûr, son homologue française aurait truffé sa réponse de mots anglais, et le lecteur venu de l'Hexagone aurait compris qu'elle parlait de golf.
Mais au Québec, on ne plaisante pas avec la langue de Shakespeare : hors de question de la laisser s'introduire subrepticement dans les colonnes des quotidiens ou en lettres grasses sur les murs des villes. Particulièrement visés, les mots en -ing ont mauvaise presse. On se gausse aisément des Français qui s'obstinent à chercher une place de « parking » pour aller faire du « shopping » ou assister à un « briefing », quand il ferait bien mieux d'aller « magasiner » ou assister à un « breffage » après avoir trouvé un « stationnement ».
Depuis la fin des années 1970, le Québec est à l'avant-garde du combat pour la francophonie. La chasse aux mauvais mots est ouverte et le français y a même sa police. « Non, non, non... Nous sommes son ange gardien », corrige immédiatement Gérald Paquette, chef du service des communications de l'Office québécois de la langue française. Ce bureau est le fer de lance de la défense du français. C'est ici qu'arrivent les plaintes des Québécois furieux de constater des infractions à la Charte de la langue française, adoptée en 1977, et plus connue sous le nom de « loi 101 ». Principales dispositions : toute entreprise de plus de 50 employés doit généraliser la langue de Molière et, dans l'affichage public et la publicité commerciale, le français, à défaut d'être exclusif, doit figurer « de façon nettement prédominante ».
« Chaque année, nous recevons en moyenne 4 000 plaintes, explique Gérald Paquette. Globalisation oblige, le nombre des cas concernant l'étiquetage des produits ou les modes d'emploi non ou mal traduits est en hausse. Il y a des exemples cocasses, comme ce produit venant de Turquie, où Made in Turkey avait été traduit par ``Faite en Dinde''... Dans ces cas-là, nous envoyons un courrier. Nous avons également des plaintes concernant le travail en entreprise. Elles se règlent en général à l'amiable. Un ou deux cas par an sont plus compliqués : c'est quand une compagnie ne veut pas, pour des raisons idéologiques, admettre le problème et veut politiser l'affaire devant les tribunaux. »
Signe du chemin parcouru, le nombre des plaintes pour affichage a nettement chuté et près de trois entreprises sur quatre de plus de 50 employés ont leur « certificat de francisation ». Même les géants venus des États-Unis doivent se soumettre à la « loi 101 ». Quand l'entreprise américaine Nike, il y a quelques années, avait lancé sa campagne « Just Do It », Nike avait dû s'adapter au Québec, alors que dans le même temps la France n'y voyait pas malice. Moralité : « Es-tu prêt ? » s'est affiché sur les murs de Montréal, en lieu et place du slogan anglais.
Plus de vingt ans plus tard, l'impact de cette loi tout à fait volontariste est sans ambiguïté : « Habitués depuis des décennies à déplorer l'état d'infériorité de leur langue et forcés d'apprendre l'anglais pour occuper des postes supérieurs, les francophones sont promus tout à coup à un véritable statut de majoritaires. Il s'agit d'un revirement social complet », notait André Bernard, professeur de sciences politiques à l'université du Québec à Montréal (1). En dix ans, le pourcentage des francophones dans les postes de cadres des entreprises au Québec était ainsi passé de 38 % à 58 %, et le pourcentage des anglophones bilingues avait connu une progression similaire. Le Québec a résisté à la vague anglophone.
Stéphanie, la trentaine, se souvient d'avant, et des rues de son enfance, où l'anglais était prédominant. Mais son constat est plus nuancé : « Il y a encore beaucoup à faire, dit-elle. Dans certains domaines, surtout. Comme la voiture : avant, elles venaient toutes des États-Unis, alors on disait brake pour les freins, ou windshield wiper pour les essuie-glaces. Mais tout n'a pas disparu. Dans les magasins et dans les modes d'emplois, peut-être. Mais on continue à dire clutch au lieu d'embrayage. »
Alors, pour Gérald Paquette, hors de question de se relâcher. Il continue de veiller au grain et sa tâche est stratégique : c'est à lui de proposer et de faire connaître les alternatives qu'une armada de linguistes, employés par l'Office, a définies, après de longues discussions entre experts. Tous les véhicules de promotion sont mis à profit, à commencer par Internet. Sur le site de l'Office (2), le célèbre GDT (Grand dictionnaire terminologique) propose plus de trois millions de termes afin de retrouver le droit chemin, et la Banque de dépannage linguistique répond aux doutes des francophones. Un numéro de téléphone est également à disposition du public, donnant accès à 215 explications concernant des difficultés courantes de la langue française.
Aujourd'hui, l'offensive se poursuit en parallèle sur deux fronts. D'abord, les nouvelles technologies, véritable cheval de Troie de la langue de Shakespeare. Le Québec a sa parade : le mot-valise, contraction de deux termes. Le courriel (issu de « courrier électronique ») a ainsi supplanté e-mail. Puis a donné à son tour naissance à « pourriel », synthèse de « poubelle » et de « courriel », pour désigner les messages indésirables qui polluent nos boîtes aux lettres électroniques.
Ensuite, le golf. Sport national au Canada, en forte croissance car plus abordable que chez nous, il fait l'objet d'une attention toute particulière. « Il n'y a aucune raison d'employer certains mots anglais quand leurs équivalents français existent, explique Gérald Paquette, comme green, à la place de ``vert''. Alors nous avons fait ce petit lexique. » Ainsi, l'Office encourage de remplacer putt par « coups roulés », ou fairway par « allée ». Des affiches sont punaisées dans tous les clubs. · en juger par les réponses données à la presse québécoise par les championnes de golf de la Belle Province, la campagne porte ses fruits.
(1) Le français au Québec, 400 ans d'histoire et de vie, Fides-Les publications du Québec, 2000, 516 p., 26,68 Euro.
(2) Adresse Internet : http://www.oqlf.gouv.qc.ca. Rubrique : « Les indispensables ».
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Parizeau l’hérétique...
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 19 août 2004
«Nous ne sommes pas des référendistes mais des souverainistes » (Jacques Parizeau)
À quoi sert-il de faire une saison des idées si ce n’est que pour brasser de l’air et gagner du temps en se disant qu’on gardera toujours la même ligne de conduite ? Jacques Parizeau a mis de l’avant l’idée d’une élection référendaire comme moyen d’accéder à l’indépendance mais le Grand Chef Landry dit non. C’est le référendum à prendre ou à laisser. Cette façon de penser me semble assez dangereuse, surtout quand elle s’inscrit dans une démarche de libération nationale. Elle justifie encore plus la question du leadership de Landry.
Les référendistes purs et durs semblent avoir oublié que le référendum est un MOYEN d’accéder à l’indépendance. Mais ils en ont fait un dogme depuis 30 ans, tel le dogme de l’infaillibilité papale. Défense d’y toucher sinon… Et cette idée du référendum vient de Claude Morin, qui a espionné son propre gouvernement pour le compte d’un pays étranger (un crime de haute trahison pour lequel le principal intéressé n’a pas encore été jugé...). Morin est devenu le pape de l’étapisme et ses disciples défendent sa doctrine envers et contre tous et contre tout. Ceux qui oseraient la remettre en question se font rappeler à l’ordre ou ranger parmi les parias, les radicaux, les « purs et durs ». Une attitude semblable à celle qu’adopte l’Église contre les hérétiques depuis 2000 ans : tu marches droit ou on te brûle sur le bûcher! Le PQ est-il devenu une secte avec l’étapisme pour doctrine incontestable ? Parizeau serait-il un dangereux hérétique qu’il faut condamner et éviter de se trouver à proximité ? Les déviants de la ligne du parti risquent-ils de finir sur le bûcher de la rectitude politique ?
Il faut analyser les événements de 1837 et de 1970 pour éviter de répéter les erreurs commises à ces occasions. Il faut analyser aussi le dernier référendum, notre stratégie, celle des fédéralistes et trouver des façons de déjouer leurs plans pour la prochaine bataille référendaire. On sait que le camp du NON a contourné les règles pour sauver son Canada et on peut penser qu’il recommencera lors d’un prochain référendum. Puisque tous les moyens sont bons pour gagner, pourquoi se priver de les utiliser? Or, malgré qu’on ait eu connaissance des magouilles des fédéralistes, on ne semble pas pour autant avoir retenu de leçons de cette victoire volée, comme on n’a rien appris de 1837 ou d’octobre 1970. Y a quelque chose qui cloche à quelque part. JE ME SOUVIENS, vous connaissez ?
Les fédéralistes savent depuis longtemps qu’on a la même stratégie alors ils s’adaptent en conséquence. Ils ont profité de ce que nous sommes devenus prévisibles au fil des années pour contourner les lois québécoises et nous envahir et nous intoxiquer de leur propagande mensongère. Maintenant qu’on sait qu’ils ont triché et risquent de récidiver (vu qu’on paye encore de l’impôt au fédéral, ils ont les moyens en masse pour une autre campagne dans le style des commandites), le mieux ne serait-il pas de réviser le plan de match afin de surprendre l’ennemi, le forcer à s’adapter à nous et non pas le contraire? Quand un moyen s’avère inefficace, on en utilise un autre, à moins d’être aveuglé par ses propres calculs, même s’ils sont faux. Savoir changer de stratégie quand la situation l’exige, c’est faire preuve de lucidité et d’intelligence. Le contraire est la bêtise, la témérité, la défaite assurée.
Si le Québec est devenu « province » canadienne sans qu’il y ait eu consultation populaire, ce qui n’est pas très démocratique, on en conviendra, pourquoi ne pourrait-il pas devenir pays au moyen d’une élection référendaire? À ceux qui pensent que c’est anti-démocratique, on pourrait répliquer que les Québécois n’ont pas été consultés avant qu’on leur impose toutes les patentes constitutionnelles depuis l’Acte de Québec jusqu’à la Constitution de 1982. Les néo-colonialistes canadiens sont bien mal placés pour vouloir faire la leçon aux Québécois en matière de démocratie. La nationalisation de l’électricité s’est faite après une élection référendaire alors pourquoi l’indépendance ne pourrait-elle pas de faire de la sorte? Ce ne sont pas tous les pays qui ont acquis leur indépendance par un vote populaire…
La stratégie du référendum a été adoptée il y a 30 ans et on n’a pas changé de cap en cours de route, convaincus que c’est la seule façon d’accéder à l’indépendance. Nous sommes devenus dangereusement prévisibles et aveuglés par nos supposées certitudes. L’ennemi nous voit venir depuis ce temps-là, s’adapte en conséquence et on ne se rend pas compte qu’on l’aide à nous battre. Les fédéralistes n'ont pas de difficulté à adapter leur stratégie contre le mouvement indépendantiste car ils savent qu'on procédera toujours de la même façon, un peu comme un entraîneur de hockey qui garde le même plan de match soir après soir. L'adversaire sait comment gagner contre son équipe car elle est prévisible. C'est la même chose avec nous : on a le même plan de match depuis 30 ans, on s’est fait voler la victoire en 95 et Ottawa, au lendemain d'une victoire du PQ, pourra se préparer tranquillement à contourner les règles, comme la dernière fois, puisqu'il sait qu’on gardera la même ligne de conduite parce qu’on est des démocrates et qu’on veut pas passer pour des gens qui ne respectent pas les règles. Toujours ce souci quasi-obsessionnel de bien paraître, d’être beau, gentil, souriant pour les gens d’outre-Outaouais qui aiment alterner depuis toujours entre la carotte et le bâton.
Je ne comprends pas pourquoi les stratèges péquistes n’ont pas réfléchi à ça deux minutes, pas plus qu’ils ne se sont intéressés à la question cruciale de la défense du territoire. Peut-être sont-ils mauvais stratèges, simplement. Peut-être n'ont-ils pas l'envergure de gens qui veulent vraiment libérer notre pays. Toujours se fier à la même stratégie sans rien y changer, c’est répéter les mêmes erreurs, c’est s’exposer aux assauts continus de l’ennemi, c’est courir vers la défaite. En refusant de considérer sérieusement l'idée de Parizeau, Landry se conduit comme le pape, qui refuse tout changement idéologique au sein de l'Église (et je ne défends pas celle-ci puisque je suis athée). En s’obstinant à garder la même stratégie référendiste, il montre qu’il n’a pas l’envergure d’un stratège, d’un homme qui veut l’indépendance. Il est temps que le PQ mette sa saison des idées de côté et fasse ses devoirs s’il ne veut pas échouer l’examen une troisième fois.

TRIBUNE LIBRE
La Guerre des Gaules
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 19 août 2004
« Les imbéciles apprennent par leur propre expérience. Je préfère apprendre par l’expérience des autres. » (Otto von Bismarck)
La Guerre des Gaules (en latin, De bello gallico) est la relation des campagnes de Jules César dans ce qui est aujourd’hui la France, la Belgique, l’ouest de l’Allemagne et la Grande-Bretagne de 58 à 51 avant JC. L’ouvrage est divisé en 8 livres (les 7 premiers de la main de César et le 8e par un de ses lieutenants, Hirtius) qui racontent chacun une année de campagne des légions romaines et leurs tentatives de soumettre les peuples de la Gaule à l’autorité de Rome.
Sun Tzu affirmait qu’aucune guerre prolongée n’est profitable à personne. Dans le cas des Romains, il leur a fallu 7 ans pour soumettre entièrement la Gaule, ou plutôt les Gaules (César distingue la Gaule Celtique, la Gaule Belgique et l’Aquitaine). L’armée romaine était supérieure en organisation et en moyens aux armées gauloises mais celles-ci ont résisté bec et ongles jusqu’à ce que le plus fort l’emporte. Le manque d’homogénéité entre les différents peuples et les rivalités interethniques (certains peuples collaboraient avec les Romains) ont défavorisé les Gaulois face aux envahisseurs et entraîné leur défaite. Après la conquête, les Gaulois ont abandonné leur identité première au profit de celle des vainqueurs. La civilisation gallo-romaine durera jusqu’aux grandes invasions qui viendront à bout de l’empire romain à la fin du 5e siècle.
Les adversaires politiques de César ont soutenu que son œuvre n’était que propagande pour servir les intérêts de son auteur mais il n’en demeure pas moins que c’est une œuvre intéressante à plusieurs niveaux : sur le plan géographique, César décrit minutieusement les régions visitées et les théâtres d’opérations militaires ; sur le plan ethnologique, il fait un portrait des peuples de la Gaule, leurs moeurs, leurs coutumes, la religion, l’organisation politique ; sur le plan militaire, on découvre les façons de faire la guerre, autant chez les Gaulois que chez les Romains, l’armement et les machines de guerre, les travaux de fortification lors des sièges, la disposition des troupes lors d’une bataille, les tactiques de combat, etc... Le tout écrit de façon claire, précise, sans littérature prétentieuse. C’est un ouvrage plus qu’intéressant pour qui veut s’initier à l’histoire et à l’Antiquité romaine.
La conquête de la Gaule et la résistance de ses habitants à l’occupation romaine est un scénario qui s’est reproduit ailleurs et à différentes époques de l’Histoire. La résistance des Palestiniens et des Irakiens est un exemple contemporain du refus des peuples de vivre dans la servitude. Et les médias de prendre des airs apitoyés en parlant des « violences » au Proche-Orient et en Irak ! Ils ne sont pas capables de s’intéresser à autre chose qu’aux conséquences de la guerre, de comprendre pourquoi des hommes et des femmes donnent leur vie les armes à la main, de comprendre que la guerre n’est qu’une autre façon de faire de la politique par d’autres moyens, comme disait Clausewitz. C’est ce qui arrive quand on sombre dans le « human interest » et le jovialisme bon enfant style McDonald’s, avec son clown ressemblant comme deux gouttes d’eau à John Charest.
Pour le citoyen-consommateur, la politique se résume aux élections et aux partis politiques ; la guerre, à deux gangs qui se tirent dessus. Son cerveau, pollué par la machine médiatico-capitaliste, est incapable d’analyser les choses plus en profondeur. La guerre est un phénomène complexe qui va bien au-delà de ce qu’on voit à la TV et il faut apprendre à l’étudier froidement, lucidement, rationnellement et à faire abstraction des sentiments. Car il n’y a pas de place pour le sentimentalisme dans les rapports entre la politique et la guerre: la guerre, comme la politique, est affaire d’intérêts et de rapports de force. Bush n’a pas envahi l’Irak par sympathie pour le peuple irakien ou pour nous sauver des supposées armes de destructions massives mais pour faire main basse sur un pays riche en pétrole.
Pourquoi lire César, Sun Tzu, Machiavel et les autres ? Parce que nous sommes désarmés dans nos cerveaux, pour reprendre une expression de Pierre Falardeau. Face à un ennemi qui possède une force de frappe qu’il utilisera pour mater le mouvement indépendantiste au moment jugé nécessaire, nous sommes démunis sur tous les fronts. Notre ennemi est à Ottawa mais il est aussi en nous-mêmes. C’est notre ignorance, notre naïveté, notre angélisme, notre refus ou notre incapacité d’envisager tous les scénarios possibles. Pour combler nos lacunes, pour mieux développer une approche réaliste et bien connaître nos ennemis, il faut avoir une bonne base de connaissances qui ne peut s’acquérir qu’en s’imprégnant des classiques de l’art militaire. Si on ne veut pas se faire jouer un tour par l’adversaire, comme par le passé, il faut étudier en profondeur les classiques et se préparer pour le jour où on aura à défendre notre droit à la terre et à la liberté.
« La connaissance des grands principes permet de trouver en toutes circonstances les solutions qui conviennent. » (Sun Tzu)

TRIBUNE LIBRE
LA TROISIÈME VOIE
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 19 août 2004
Contrairement à ce que pensent Bernard Landry et Jacques Parizeau, il existe une troisième voie capable de mener démocratiquement et légitimement le Québec à sa souveraineté. En plus du mécanisme référendaire et de l’élection référendaire; l’élection souverainiste à 50% plus une voix représente une avenue crédible à envisager.
Ce mode d’accession à la souveraineté peut réussir, malgré ce qu’en croient ces hommes. Pour cela, il faut cesser de penser que le projet souverainiste est uniquement l’affaire des péquistes. C’est vision singulière fait en sorte que l’on conclut que seul le Parti québécois doit rassembler une majorité absolue des suffrages exprimés pour déclarer l’indépendance, dans le cadre d’une élection souverainiste. On peut alors comprendre que ce défi semble titanesque, voire impossible à relever.
Le Parti québécois doit accepter de partager son idéal indépendantiste avec d’autres partenaires politiques qui préfèrent un modèle de développement différent pour faire prospérer la nation québécoise. Cette ouverture aux autres partis doit s’accompagner d’un engagement formel de doter le Québec souverain d’un nouveau mode de scrutin proportionnel qu’il appliquera dans les 10 mois suivant une victoire indépendantiste. Accepter de partager le pouvoir de la sorte prouvera que le Parti québécois consent à ouvrir la porte aux autres. Il lui sera alors possible de construire avec d’éventuels partenaires une alliance souverainiste non-partisane de manière à additionner les votes alloués aux différents partis et atteindre la majorité absolue des suffrages exprimés. Cette coalition montrera au grand jour qu’il est permis d’être indépendantiste, sans nécessairement être péquiste.
Le vol du résultat du second référendum par Ottawa, vol que les députés bloquistes ont réussi à prouver en dévoilant les différents scandales perpétrés par le gouvernement canadien, force l’abandon du mécanisme référendaire tel qu’utilisé à deux reprises. Les Québécois ne méritent pas de devoir subir le stress de vivre un troisième référendum qui n’offre pas de lendemain en cas de défaite, surtout après avoir gagné le second! Encore plus aussi après avoir entendu Paul Martin déclarer en avril dernier son intention de répéter les mêmes gestes qu’en 1995, car « il n’y a aucune règle qui doit tenir pour sauver le Canada ». Enfin; l’organisation d’un quatrième référendum soulèvera l’ire de nombreux Québécois, avec raison. Délaisser l’exercice référendaire n’est donc pas le fruit d’un désir de changement parce qu’il y a eu un « second échec » en 1995. L’abandon de cette voie royale, comme se plait Bernard Landry à la qualifier, est la conséquence des bassesses du gouvernement canadien qui se fout royalement de cet outil consultatif. Bref; ce sont les agissements d’Ottawa qui forcent les indépendantistes à vouloir protéger leur option de ces traquenards en optant pour une autre démarche d’accession à la souveraineté. Il y aura certes un référendum éventuellement. Celui-ci servira cependant à entériner les institutions nationales du nouveau pays.
Acquérir d’abord l’adhésion de 50% plus une voix des gens pour doter le Québec d’un statut national fait consensus chez les Québécois. L’obtention d’une majorité absolue représente l’expression suprême de la démocratie au Québec. Ce n’est donc pas tant à l’outil référendaire que sont réellement attachés les Québécois. Comme il est possible d’obtenir une majorité absolue des suffrages exprimés par voie élective, l’appui recherché par les souverainistes peut être légitimement reconnu de cette façon. Affirmer que les Québécois ne peuvent juger le bilan d’un gouvernement sortant tout en évaluant les programmes politiques des partis frise l’insulte. Nous avons la capacité intellectuelle de le faire pour l’avoir réalisé à chaque rendez-vous électoral depuis plus de 200 ans.
Le Québec est une des plus vieilles démocraties au monde et n’a plus de preuve à faire quant à l’intégrité de ses exercices électifs. La communauté internationale l’atteste et n’aura donc aucune difficulté à approuver un verdict favorable à l’option souverainiste, suite à un scrutin général. Aux Québécois donc de trancher à l’élection de leur choix. L’enjeu aura le mérite d’être clair, ce que plusieurs fédéralistes ont longtemps reproché aux souverainistes en les accusant de cacher leur véritable agenda.
L’élection souverainiste à 50% plus une voix a l’immense avantage d’éviter le cul-de-sac politique qu’entraînera un troisième revers référendaire. Des élections; il y en a environ aux quatre ans. Cette autre façon d’obtenir la majorité absolue sortira également le Parti québécois de sa situation attentiste qui démobilise les troupes souverainistes au grand plaisir d’Ottawa. Annoncer que le prochain rendez-vous électoral sera souverainiste offrira un changement réel aux gens troublés d’observer la détresse du ministre Yves Séguin, contraint de vendre des actifs étatiques pour boucler son budget à cause du déséquilibre fiscal. On ne peut effectivement accuser cet homme de faire exprès pour mousser la solution souverainiste! Lorsque ce sont des fédéralistes qui font la démonstration que le Québec recule dans le cadre constitutionnel canadien, le consensus souverainiste est toujours plus facile à construire, comme ce fut le cas au début des années 1990. Les souverainistes doivent donc aussi profiter de cette situation riche en enseignement et proposer maintenant la liberté aux Québécois, afin d’éviter la gouverne provinciale piégée par le déséquilibre fiscal.
L’élection souverainiste à 50% plus une voix représente une solution modérée, capable de rallier au Parti québécois les tenants d’une élection référendaire et ceux qui préfèrent reconduire le processus référendaire. Mais, surtout, ce mode d’accession à la souveraineté rassurera les Québécois qui, en bons démocrates qu’ils sont, préfèrent voir l’option souverainiste recevoir d’abord l’aval d’une majorité absolue des leurs, avant d’aller de l’avant.

TRIBUNE LIBRE
Indépendance : Un référendum est-il vraiment nécessaire?
Jacques Bergeron (Le 29 mai 2002)
TRIBUNE LIBRE 19 août 2004
Lorsqu’à la fin des années 50 est né «La Laurentie » parti indépendantiste de Raymond Barbeau, puis «le Rassemblement pour l’indépendance Nationale du Québec» au début des années 60, il ne fut jamais question de référendum dans la recherche de l’indépendance du Québec. Il était convenu que la recherche de l’émancipation politique des Canadiens-français du Québec serait acquise à la suite d’une élection générale dans laquelle un parti politique indépendantiste obtiendrait la majorité des sièges au parlement du Québec, aujourd’hui, l’Assemblée nationale du Québec, ce qui nous apparaissait très normal dans le système Britannique ( élection à un tour ) par lequel le parti ayant obtenu la majorité des sièges de députés formait le gouvernement.
Référendum
Ce n’est qu’au début des années 70, sous l’impulsion de Claude Morin, que le Parti Québécois décidait qu’un référendum serait nécessaire pour que le Québec accède à l’indépendance et au droit de participer pleinement au bonheur des nations dans le concert des pays indépendants ! Cette proposition, il faut bien le reconnaître, visait selon Claude Morin, à permettre au Parti Québécois de prendre le pouvoir et d’accélérer ainsi son accession à la souveraineté. Qu’en est-il maintenant de cette idée? On sait qu’un premier référendum sur la question de l’indépendance fut perdu en mai 1980. On sait qu’un deuxième référendum fut perdu de justesse en 1995, même si tous les observateurs de la scène politique savent qu’il nous fut volé par les malversations du gouvernement d’Ottawa! Qui ne se souvient pas des sommes énormes investies illégalement par le gouvernement de Jean Chrétien à l’encontre de la loi référendaire du Québec? Qui ne souvient pas des sommes énormes dépensées par le même pouvoir fédéral dans la mise sur pied de la grande fête amoureuse des «Canadian» envers le Québec la veille du référendum de 1995? Qui ne se souvient pas des milliers ( entre 15,000 et 25,000) de certificats de citoyenneté donnés par anticipation à de nouveaux Canadiens dans les semaines et les jours qui ont précédé le référendum de 1995? Qui n’a pas en mémoire le rapport du directeur des élections du Québec soulignant que plus de 100,000 personnes
( probablement plus) avaient voté illégalement lors du référendum de 1995? Qui peut oublier que toutes ces malversations, cautionnées et organisées par le gouvernement d’Ottawa et de ses valets, furent la cause interdisant au Québec d’accéder à l’indépendance et de participer au concert des nations libres?
Acte de Québec de 1774 et autres constitutions
Nous devons donc nous demander s’il était vraiment nécessaire de passer par le moyen du référendum pour arriver dans le cul de sac que nous vivons présentement? C’est une question que nous devons nous poser plus que jamais si nous croyons toujours que le Québec français doit naître et accéder à l’indépendance comme 192 autres pays dans le monde. Était-il opportun, à la lumière des deux expériences référendaires, de décréter que le Québec devait passer par la voie référendaire pour accéder au statut de pays indépendant.
Pourtant il n’en a jamais été question lorsqu’il s’est agi pour l’occupant de notre pays de nous imposer une constitution.
Est-ce que le peuple fut consulté par référendum en 1774 sur l’acte de Québec qui n’avait pour but que de protéger les intérêts de l’Angleterre contre les velléités d’indépendance qui pourraient naître chez les Canadiens dans la foulée de celles des Etats-Unis d’Amérique?
Est-ce que le peuple fut consulté par référendum en 1791 lorsqu’il s’est agi de créer le Bas Canada et le Haut Canada?
Est-ce que le peuple fut consulté par référendum en 1840 lorsqu’il s’est agi de faire l’union des deux Canadas créés par la constitution de 1791 pour les intérêts du Canada anglais?
Est-ce que le peuple fut consulté par référendum en 1867 lorsqu’il s’est agi de donner une constitution aux quatre provinces appelées à former le Canada ?
Est-ce que le peuple fut consulté en 1982 lorsque Pierre Elliot-Trudeau, avec la complicité de son valet Jean Chrétien, décida de modifier la constitution du Canada?
Pour que le Québec accède enfin à l’indépendance
Cette nomenclature des différentes constitutions imposées aux Canadiens, aux Canadiens-Français et finalement aux Canadiens-français québécois, devrait convaincre les plus sceptiques de nos hommes et femmes politiques, qu’il n’est pas nécessaire de passer par le biais du référendum pour que le Québec accède à l’indépendance. Pourquoi le Québec devrait-il s’imposer ce genre de carcan alors que la jurisprudence constitutionnelle lui démontre le contraire? Pourquoi le Québec devrait-il convaincre 50% plus un de ces concitoyens, et 65% des Québécois de langue française, ( puisque ce sont eux qui veulent se libérer du carcan fédéral pour fonder un pays de langue française) alors que le colonisateur d’abord, puis le gouvernement fédéral ensuite, n’ont jamais choisi le mode référendaire pour imposer leurs constitutions au Québec et à son peuple? Il devient donc important que notre gouvernement, par son Premier ministre, et le Parti Québécois, revoient leur position quant à l’obligation qu’ils se sont faite de consulter le peuple du Québec par référendum pour que celui-ci accède finalement à l’indépendance. Il ne faudrait pas que nos dirigeants continuent à être plus catholiques que le Pape? Si l’autre partie, par ses dirigeants politiques, n’a jamais cru utile de consulter le peuple sur «ses constitutions», pourquoi notre gouvernement devrait-il se plier à des exigences qu’il s’est données par souci de fausse démocratie, alors que les ennemis de notre idéal n’ont jamais eu la décence de consulter leur peuple sur les mêmes sujets.
Élection générale et «référendaire
Nous invitons donc, notre Premier ministre à faire fi de cette obligation que son parti, le nôtre, s’est donnée au début des années 70, en invitant ses concitoyens à se prononcer par la voie électorale habituelle, (système électoral anglais) sur leur volonté de se donner un «Québec indépendant de langue française» lors de la prochaine élection.
Nous l’exhortons à inviter le peuple du Québec à se prononcer par «référendum» lors de cette même élection, sur un projet de société défini par la «constitution d’un Québec indépendant de langue française » dans lequel tous ses concitoyens se reconnaîtront.
En agissant ainsi, il aura respecté la volonté de son peuple, la démocratie et les moyens utilisés par les ennemis de notre idéal depuis l’Acte de 1774 jusqu’à la modification de la constitution de 1982 .
L’avenir appartient à celles et ceux qui osent !
Notre Premier ministre sera-t-il de ceux-là?

TRIBUNE LIBRE
Pour un changement de stratégie au PQ
Jean-Roch Villemaire
Étudiant en journalisme à La Cité collégiale d'Ottawa
Membre du Parti Québécois, région de l'Outaouais
TRIBUNE LIBRE 19 août 2004
Dans une lettre à un quotidien montréalais, l'ex-premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, se prononce en faveur d'un changement de stratégie au Parti québécois.
Dans cet essai, l'ancien chef souverainiste propose que le Parti Québécois se présente aux prochaines élections en demandant le mandat de réaliser la souveraineté. Si le PQ était élu, il commencerait alors à préparer la souveraineté en promulguant une Constitution provisoire en vertu de laquelle une citoyenneté québécoise serait instituée et une Cour constitutionnelle serait créée. Le gouvernement péquiste mettrait alors en place l'appareil législatif et administratif pour réaliser la souveraineté. Un projet de Constitution permanente serait par la suite soumis à un référendum exécutoire qui deviendrait en quelque sorte l'acte de naissance du nouveau pays du Québec.
Je suis d'avis, comme Jacques Parizeau, que puisque le Québec est entré dans la Confédération par un vote du Parlement, il peut donc en sortir de la même façon. C'était d'ailleurs la position du PQ jusqu'en 1974 où, pour des raisons stratégiques - c'est-à-dire pour faciliter l'accès du parti au pouvoir en incitant les électeurs à voter pour un bon gouvernement - le PQ modifia sa position... De l'électoralisme à son "meilleur"!
Depuis ce changement de stratégie, le Parti Québécois a perdu deux référendums sur la souveraineté. En revenant à l'élection référendaire, le PQ mobilisera son électorat en montrant clairement le lien entre son projet de société et la souveraineté. Il sera alors clair qu'un vote pour le Parti Québécois est un vote pour la souveraineté du Québec.
Il est décevant d'entendre le président actuel du PQ, Bernard Landry, s'opposer à une nouvelle stratégie qui souhaite relancer le mouvement souverainiste. S'il ne veut pas que son leadership soit contesté, Bernard Landry doit comprendre que le pouvoir, pour un souverainiste, demeure un instrument de promotion de la souveraineté.
