
Le plan Parizeau gagne du terrain
Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
D'autres députés péquistes donnent leur appui à l'ancien premier ministre
Québec -- Les appuis au plan d'accession à la souveraineté de Jacques Parizeau se multiplient au sein de la députation péquiste, en dépit du rejet catégorique de cette option par le chef Bernard Landry, a appris Le Devoir.
En plus du député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, les députés de Masson, Luc Thériault, et de L'Assomption, Jean-Claude St-André, souhaitent que la proposition de Jacques Parizeau soit adoptée par le Parti québécois. Qui plus est, une bonne partie de l'aile parlementaire du PQ est en faveur d'un débat portant sur le plan de l'ancien premier ministre.
«M. Parizeau a frappé en plein dans le mille, a lancé Luc Thériault hier, lors d'un entretien avec Le Devoir. Il nous permet de sortir d'un certain nombre de pièges. Ce changement de démarche est nécessaire.»
«C'est la stratégie la plus cohérente et la plus sérieuse qui a été mise sur la table, a pour sa part souligné Jean-Claude St-André. J'ai opté moi-même pour une élection qui constituerait un enclenchement d'un processus qui doit mener à l'indépendance. Ça rejoint assurément la proposition de M. Parizeau.»
L'ancien premier ministre propose que le Parti québécois se présente aux prochaines élections générales en sollicitant le mandat de réaliser l'indépendance. S'il est élu, le gouvernement péquiste entreprendrait une démarche d'accession à la souveraineté en créant une Constitution provisoire et en mettant en place l'appareil législatif et administratif nécessaire. Un référendum serait ensuite tenu, non pas sur le choix d'un pays mais bien sur un projet de Constitution.
«Ce que Parizeau dit, c'est qu'il faut que ce soit clair aux prochaines élections qu'on demande à la population un mandat de réaliser la souveraineté. Mais pas un mandat de proclamer la souveraineté, soyons clairs. Certains crient au scandale et à une démarche antidémocratique. Y a-t-il un seul Québécois qui pense que voter pour le Parti québécois ce n'est pas lui donner le mandat de réaliser l'article 1 de son programme, la souveraineté ? Un Parti québécois au pouvoir qui prétendrait qu'il ne sait pas s'il a le mandat de réaliser sa raison d'être, je ne veux plus de ça», a expliqué Luc Thériault.
Une fois élu, le Parti québécois aurait selon lui toute la légitimité nécessaire pour mettre «l'État au service de la réalisation de la souveraineté». Si des «fédéralistes font un procès sur la légitimité» de cette démarche, c'est qu'«ils ont la chienne parce que le vent n'est pas de leur côté», a ajouté le député de Masson.
«Dans un régime parlementaire de type britannique, reconnu comme une des formes de démocratie les plus avancées au monde, le principe est simple : à partir du moment où un parti détient la majorité des sièges dans un Parlement, il a toute la légitimité nécessaire pour agir. Actuellement, on est en présence d'un gouvernement du Parti libéral qui a pris des engagements qu'il ne tient pas et on trouve ça légitime. Alors nous, on n'aurait pas le droit de faire ce à quoi on s'est engagé ? Je m'excuse, mais je ne peux accorder de crédit à un argument comme ça», a affirmé Jean-Claude St-André.
D'après les deux députés, un référendum est cependant nécessaire, comme le reconnaît Jacques Parizeau. Il pourrait très bien porter, à leurs yeux, sur un projet de Constitution. «Cette démarche est intéressante car elle permet de garder toute la légitimité possible au niveau international pour contrer ce que le fédéral a fait comme lois [sur la clarté référendaire, notamment]», a dit M. Thériault.
Reprenant l'expression de Jacques Parizeau, les députés de Masson et de L'Assomption considèrent que la stratégie étapiste «n'est plus jouable». D'après Jean-Claude St-André, l'ancien premier ministre a démontré «avec justesse» la nécessité de modifier la stratégie du Parti québécois. «Ceux et celles qui défendent l'approche étapiste ou référendaire ont la responsabilité de nous expliquer en quoi cette approche peut réussir, d'autant plus que le Parti québécois a occupé le pouvoir pendant dix-huit ans avec cette approche-là, qui a été essayée à deux reprises et qui a échoué», a-t-il souligné.
Or Bernard Landry a réitéré cette semaine sa profession de foi envers la stratégie étapiste adoptée par le PQ il y a 30 ans. Luc Thériault dit «regretter» que son chef ait rejeté si promptement la proposition de Jacques Parizeau. «Quand on a une contribution aussi importante que celle de Jacques Parizeau, je ne vois pas la nécessité de sortir si vite et de rejeter ça du revers de la main», a-t-il expliqué. Jean-Claude St-André se dit toutefois satisfait que Bernard Landry se soit exprimé en faveur de la tenue d'un débat sur la méthode d'accession à la souveraineté.
Les propos des deux députés rejoignent ceux de Jean-Pierre Charbonneau, qui, mercredi, s'est porté à la défense de Jacques Parizeau et a donné son appui au plan de l'ancien premier ministre lors d'une entrevue au Devoir.
Pour un débat
D'autres députés péquistes réclament un tel débat sur la proposition de Jacques Parizeau. Il s'agit notamment du député de Rousseau, François Legault, dont la position se rapproche de plus en plus de celle de Jacques Parizeau. «Lors des prochaines élections, je pense qu'un vote pour le Parti québécois doit être un vote pour un projet de pays. La contribution de M. Parizeau est importante. Des gens au Parti québécois ont peur de définir le projet de société et moi, je pense qu'il faut le définir sinon notre projet, comme le dit M. Parizeau, est fade. Il ne faut pas rejeter la proposition de M. Parizeau trop rapidement. On doit l'analyser en détail», a-t-il dit.
François Legault considère qu'il faut «examiner» la tenue d'un référendum sur une Constitution plutôt que sur l'indépendance pure et simple. «Je ne suis pas un expert, mais je pense que ça mérite d'être analysé», a-t-il précisé.
Cécile Vermette, de la circonscription de Marie-Victorin, se dit «favorable» au plan de l'ancien premier ministre, mais elle tient à ce que les militants en discutent et déterminent la meilleure stratégie à adopter. Son avis rejoint celui de sa collègue de Rosemont, Rita Dionne-Marsolais. «La dynamique internationale et canadienne a changé et notre option doit évoluer. La proposition de Jacques Parizeau est intéressante et doit être analysée», a-t-elle dit.
Débat au conseil national
Le débat lancé cette semaine par Jacques Parizeau se transportera au conseil national du PQ, qui se tiendra le week-end prochain. Dans une résolution inscrite à l'ordre du jour, neuf associations de circonscription demandent la tenue d'un conseil national thématique ou d'un colloque national portant exclusivement sur les méthodes d'accession à la souveraineté. Elles souhaitent que le directeur de la revue L'Action nationale, Robert Laplante, présente sa propre démarche, qui a d'ailleurs inspiré Jacques Parizeau.
Cette résolution a été suggérée aux présidents de circonscription par les députés Jean-Claude St-André, Cécile Vermette et Claude Cousineau (Bertrand) dans une lettre envoyée le 14 juillet. Robert Laplante, Sasha Alexandre Gauthier (vice-président du PQ de Montréal-Centre) et Louise Lortie (présidente de la circonscription de L'Assomption) en sont également les signataires.
La lettre, dont Le Devoir a obtenu copie, précise que l'approche référendaire ou étapiste ne tient plus. Son propos correspond en bonne partie à l'argumentaire de Jacques Parizeau. «Le gouvernement fédéral a démontré toute l'ampleur de sa mauvaise foi en violant les règles de la démocratie et la volonté des Québécois lors du dernier référendum. Le gouvernement fédéral, par l'adoption de la loi sur la clarté référendaire, a clairement exprimé son intention de ne pas respecter la démocratie et la volonté des Québécois lors d'une consultation populaire à venir», écrivent les six signataires.
Selon eux, le référendum doit cesser d'être considéré comme le «moment inaugural». «C'est l'élection qui donne la légitimité d'agir. Un parti souverainiste à qui les citoyens confient la gouverne de l'État québécois doit être un parti qui a le mandat de faire les gestes de rupture qui prépareront l'indépendance. Cela ne veut pas dire que le recours au référendum soit écarté. Il doit changer de nature et de signification.»

MICHAUD RÉCLAME UNE COURSE À LA DIRECTION
Denis Lessard
La Presse lundi 23 août 2004
Pour calmer le jeu, Landry accepte de corriger le tir
Québec - Pour affirmer sa légitimité à la tête du Parti québécois, Bernard Landry devrait, sans hésiter, déclencher une course à la direction, soutient Yves Michaud, ami de longue date du chef péquiste.
" Cela aurait l'avantage de débusquer les candidats putatifs ", a souligné hier M. Michaud.
Le militant péquiste de Westmount entend bien, au conseil national du PQ, qui aura lieu à Québec le week-end prochain, faire pression pour que le PQ s'engage à débattre de la proposition faite par Jacques Parizeau la semaine dernière dans les pages de La Presse.
M. Parizeau prône des élections qui permettraient au PQ " d'enclencher " immédiatement la marche vers l'indépendance du Québec.
" Cela nous sortirait de l'hypocrisie du bon gouvernement ", plaide M. Michaud, un ami du regretté René Lévesque, de Jacques Parizeau et de Bernard Landry.
Selon lui, " dans l'état actuel des choses, à moins qu'un sauveur ne se présente ", Bernard Landry remporterait une course qu'il aurait lui-même déclenchée. " Sa légitimité serait confirmée: il n'a jamais été élu par l'ensemble des militants ", souligne M. Michaud, qui, en juin, en a même verbalement fait la suggestion au chef péquiste, avec l'appui d'un autre militant en vue, Georges-Étienne Cartier, président d'association de Jacques-Cartier. " M. Landry n'était pas content ", a confié un témoin de l'échange.
Feu aux poudres
En repoussant du revers de la main la proposition de l'ancien premier ministre, Bernard Landry a carrément mis le feu aux poudres dans les rangs péquistes. Déjà, une poignée députés (Jean-Claude Saint-André, de L'Assomption, Luc Thériault, de Masson, Cécile Vermette, de Marie-Victorin) se sont publiquement dits favorables à la proposition de l'ancien chef. " Bernard Landry ne pourra pas rester à la tête du PQ s'il ne rectifie pas le tir ", ont confié en fin de semaine un député et un stratège péquiste influent. Au surplus, Pauline Marois, dans une prise de position publiée samedi, conciliait la nécessité d'un référendum sur la souveraineté avec l'obligation, pour un gouvernement péquiste, de faire dès son élection des gestes pour amener le Québec à la souveraineté. Ce faisant, elle a fait mal paraître le désaveu plutôt rapide et hautain de M. Landry à l'endroit de la démarche de M. Parizeau, explique-t-on dans les coulisses.
Corriger le tir
Or, sentant la soupe chaude, Bernard Landry s'est fait rassurant, a-t-on appris. Il a promis de corriger le tir samedi soir, au cours d'une réception réunissant une centaine de leaders du parti chez Ginette Boivin, l'une des responsables du financement du parti, a-t-on révélé à La Presse hier.
Devant ces militants (Pauline Marois était la seule autre élue présente), M. Landry s'est engagé à durcir le ton sur la question nationale, à mettre de côté la rectitude politique, a révélé un des participants sous le couvert de l'anonymat. Il n'hésitera plus à dire que le PQ " s'est fait voler le référendum, que c'est un scandale ", résume-t-on des propos du chef péquiste. Dès le prochain conseil national, il annoncera qu'il réclamera que des observateurs internationaux soient envoyés au Québec pour surveiller l'impartialité du processus référendaire- une disposition en fait prévue au programme du PQ depuis mai 2000.
M. Landry a aussi promis, samedi, de réclamer à chaque occasion au gouvernement Charest l'implantation d'une carte d'électeur, un contrôle qui, soulignait l'ancien premier ministre Parizeau, avait cruellement manqué aux forces souverainistes lors du référendum de 1995.
De plus, Bernard Landry n'a laissé aucun doute sur sa volonté de rester à la barre du PQ, une décision qu'il devrait confirmer publiquement en fin de semaine. Avec sa " camarade Pauline Marois ", M. Landry a martelé qu'il entendait bien mener le PQ à une victoire tant aux prochaines élections qu'au référendum sur la souveraineté qui suivrait rapidement.
Enclenchement nébuleux
Depuis la publication de son texte dans La Presse, il y a une semaine, Jacques Parizeau s'est défendu d'avoir réclamé des élections référendaires. S'ils élisent le PQ, les Québécois donneront au gouvernement le mandat de préparer la souveraineté, d'accomplir des gestes administratifs et législatifs visant à permettre au Québec d'accéder à l'indépendance. Un référendum sur la Constitution du Québec souverain deviendrait par la suite " l'acte de naissance " du Québec souverain.
Mais même chez les plus ardents partisans de la thèse de M. Parizeau, les limites exactes de " l'enclenchement " paraissent nébuleuses.
Longtemps employé politique de M. Parizeau dans l'Assomption et l'un des principaux partisans de sa démarche au caucus péquiste, le député Jean-Claude Saint-André estime que, une fois élu, le PQ pourrait, avant même la tenue d'un référendum, légiférer pour que les contribuables québécois ne paient plus de taxes ou d'impôts à Ottawa.
" Poser des gestes législatifs et administratifs dès l'élection du PQ, c'est ce que cela veut dire " de souligner M. Saint-André. Et ces interventions ne se limiteraient pas au domaine fiscal, mais s'étendraient aussi à la santé, aux questions sociales, à l'environnement. " C'est tout le tissu social du Québec qui est en train de se dégrader avec l'intervention du fédéral ", lance le député péquiste de l'Assomption.

Une lettre de Monsieur
Michel Venne
Le Devoir lundi 23 août 2004
On a fait, depuis une semaine, un mauvais procès à Jacques Parizeau. Tout a commencé avec le titre de La Presse qui était erroné, signifiant qu'il n'y avait «pas besoin de référendum» pour faire la souveraineté. Parizeau n'avait rien écrit de tel. Il prévoyait un référendum, mais portant sur la constitution du Québec. En conséquence, il n'a jamais proposé de remplacer le référendum par une élection référendaire.
Cette idée d'une élection référendaire était déjà morte de toute manière. Aucun chef d'un parti politique ne l'appliquera jamais. L'assentiment de la population obtenu par référendum est devenu une norme incontournable. En l'évoquant de nouveau, Parizeau en a définitivement cloué le cercueil. Le débat national a acquis une certaine maturité au Québec. Je m'étonne toujours qu'on lise les textes de l'ancien chef avec des préjugés plutôt qu'avec des yeux.
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Le texte de l'ancien premier ministre abordait cependant trois vraies questions qui sont au coeur du débat sur le programme du Parti québécois.
D'abord, il a clairement invité les membres du parti à rejeter la stratégie de Bernard Landry qui consiste à déclencher, rapidement après l'élection d'un gouvernement péquiste, un troisième référendum sur le modèle des deux autres. Parizeau soutient que «la partie n'est pas jouable» dans le contexte de la Loi sur la clarté et de la capacité de l'État fédéral de dépenser autant qu'il le souhaite pour combattre l'option souverainiste.
Ces arguments ne sont guère convaincants. Puisqu'un référendum doit avoir lieu, même s'il porte sur la constitution d'un Québec souverain, le camp du OUI ferait face aux mêmes contraintes. Cependant, d'autres raisons, plus fondamentales, militent en sa faveur. Il faut sortir de l'obsession référendaire non pas parce que les règles du jeu ne sont pas favorables, mais parce que, pour gagner le prochain référendum, le PQ devra redonner à une bonne partie de la population des raisons de renouveler son appui à ce projet. Il faudra donc du temps, du tact et du leadership. Aucune précipitation n'est permise.
Le mérite principal de l'article de M. Parizeau est de forcer, au sein du PQ, une remise en question de l'idée de tenir un référendum hâtif et donc de permettre aux militants de réfléchir à d'autres scénarios.
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Ensuite, Monsieur soulève une question fort pertinente : si un parti souverainiste prend le pouvoir, a-t-il la légitimité pour enclencher ou préparer des actions, c'est-à-dire mettre la table en vue de la transition du Québec du statut de province à celui d'État indépendant ?
La réponse démocratique est oui, à condition que le programme électoral soit clair à cet égard. Nous ferions un gain démocratique si le PQ annonçait dans son programme ce qu'il a l'intention de faire pour préparer la souveraineté et qu'il mettait sereinement son programme à exécution une fois élu.
D'ailleurs, le programme électoral du PQ aux élections de 2003 prévoyait explicitement un «plan d'action» en vue de préparer la souveraineté. Pauline Marois propose un scénario semblable. J'ai présenté ailleurs mes propres propositions à ce sujet.
À cet égard, l'exemple anglais est utile. Tony Blair est favorable à l'adoption, par le Royaume Uni, de la monnaie européenne. La population est contre. Blair a fait campagne en s'engageant à ne jamais adopter l'euro à moins d'obtenir l'approbation de la population par référendum. Une fois au pouvoir, il a tenu promesse. Mais il a mis en marche une formidable machine pour préparer son pays au changement de monnaie. Des milliers de fonctionnaires y travaillent, préparent des études, informent la population à ce sujet.
Un gouvernement souverainiste devrait faire la même chose. En fait, il serait irresponsable de ne pas déclencher ce plan préparatoire à la souveraineté si son intention est de tenir un référendum sur ce sujet. Avant la tenue du référendum, le gouvernement doit faire la démonstration qu'il est prêt à entamer la transition. Que les projets de loi nécessaires à ce changement ont été rédigés. Que les évaluations des impacts économiques ont été faites. Que la diplomatie est prête à prendre le relais.
Tout comme un gouvernement utilise les moyens de l'État pour convaincre la population du bien fondé de n'importe quelle politique, en santé, en éducation ou même, comme en 1988, pour adopter un traité de libre-échange. Il a le droit d'utiliser les moyens et les attributs de l'État pour convaincre la population du bien-fondé de sa proposition. Rien n'empêche non plus, et au contraire, de rédiger un projet de constitution et d'occuper pleinement tous les champs de compétence qu'il est possible d'occuper avant la souveraineté.
Parizeau a donc raison d'inciter les membres du PQ à clarifier cet aspect du programme.
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La troisième question concerne le bon gouvernement. À ce sujet, je suis en désaccord avec M. Parizeau. Lui souhaite que les péquistes s'abstiennent d'élaborer un programme détaillé de gouvernement provincial. Ce serait la meilleure façon de ne pas être élu. Les électeurs n'accepteront pas de porter au pouvoir un parti qui ne proposerait aucune vision de son action avant l'indépendance.
Ce n'est pas, comme l'écrit M. Parizeau, parce que le PQ doit démontrer qu'il sait gouverner, c'est que, s'il prend le pouvoir, il devra, au moins durant un certain temps, exercer le pouvoir avec les contraintes du régime fédéral actuel. En outre, dans l'esprit de nombreux électeurs, la souveraineté n'a de sens que si elle permet de réaliser des objectifs politiques, sociaux, culturels ou économiques autres : protéger l'environnement, défendre une langue, assurer une meilleure justice sociale. Le programme électoral préfigure de ce «projet de société». C'est un passage obligé.
michel.venne@inm.qc.ca

Préparer ou enclencher?
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
L'appel lancé lundi par Jacques Parizeau pressant le Parti québécois de remettre en cause la démarche étapiste vers la souveraineté a suscité de nombreuses réactions. Plusieurs y ont vu un appui de sa part à une élection référendaire et ont conclu qu'il s'éloignait dès lors des principes démocratiques qui ont toujours été à la base de la démarche péquiste. Est-ce bien le cas?
Le texte publié par l'ancien premier ministre dans La Presse permet en fait de nombreuses interprétations puisqu'il s'agit d'une réflexion. Prenant de la hauteur, M. Parizeau y expose les diverses avenues possibles pour réamorcer le processus vers la souveraineté, manifestant toutefois un intérêt particulier pour les idées exprimées plus tôt cette année par le directeur de la revue L'Action nationale, Robert Laplante. Celles-ci ont indéniablement sa faveur, au point où on en parle déjà, dans les cercles péquistes, comme étant l'approche Parizeau-Laplante.
Qualifier d'élection référendaire cette approche est certes un raccourci qui, s'il ne correspond pas tout à fait à la vérité, n'en est peut-être pas loin pour autant. Le texte de M. Parizeau, qui reprend celui publié en début d'année par M. Laplante, comporte des ambiguïtés, si bien que deux lectures différentes en sont faites.
1- Aux prochaines élections, le Parti québécois ferait ainsi de la souveraineté le seul enjeu du scrutin, ce qui lui donnerait le mandat de préparer le processus d'accession à la souveraineté. Un gouvernement péquiste aurait alors toute autorité pour engager une série de démarches, notamment la rédaction d'une constitution pour un Québec indépendant. Un référendum aurait lieu pour ratifier cette constitution, ce qui permettrait aux Québécois de se prononcer implicitement sur la souveraineté. Si c'est bien le cas, il n'y a là rien de fondamentalement antidémocratique. Dans notre système électoral, il est légitime pour un gouvernement de réaliser ses engagements lorsque ceux-ci ont été exprimés clairement. On ne pourrait qualifier une telle démarche d'élection référendaire puisque la distinction entre élection et référendum est préservée.
2- L'option Parizeau-Laplante prend cependant un tout autre sens si on remplace le mot «préparer» par enclencher pour ce qui est du processus de souveraineté. Plusieurs éléments de la proposition laissent croire que les gestes que fera un gouvernement péquiste au lendemain de l'élection seront engageants. Le scrutin sera le «moment inaugural». Élu, le gouvernement estimerait avoir la légitimité d'agir. Une constitution serait rédigée et soumise à un référendum exécutoire. Ce référendum serait l'acte de naissance du Québec souverain. Si les Québécois rejetaient la constitution proposée, rejetteraient-ils du même coup la souveraineté ? Sur ce point, M. Parizeau est resté vague à souhait mercredi soir sur les ondes de Radio-Canada, disant qu'il faut réfléchir à ce qui arriverait. S'il n'est pas possible de revenir en arrière à l'occasion de ce référendum, il faudrait alors conclure que ce qui est proposé est bien une élection référendaire.
Entre ces deux lectures, il y a des choses à clarifier. Il faut savoir laquelle est la bonne. S'il est vrai que certains pays ont accédé à l'indépendance à la suite d'élections -- c'est le cas de la Slovaquie, par exemple --, il reste que les Québécois ont accepté de cheminer avec le PQ depuis 35 ans parce qu'il y avait cette garantie d'un processus démocratique reposant sur la règle de la majorité absolue pour réaliser la souveraineté, ce que ne garantit pas une élection dans le contexte politique québécois. M. Parizeau est d'ailleurs le premier à le reconnaître en raison de la présence d'un tiers parti. Remettre en cause cette règle ne serait pas acceptable.
Les militants péquistes n'en sont pas à leur premier débat sur la stratégie. Parfois, ces débats ont été déchirants. En d'autres occasions, ils ont permis de refaire des consensus qui leur ont alors permis de s'engager à nouveau dans l'action. Un collègue anglophone de Toronto semble l'avoir bien saisi, écrivant cette semaine en titre d'une chronique sur le mouvement souverainiste que celui-ci est tout sauf mort.

Refuser de devenir le parti de l'alternance
Robert Perreault
Ex-député de Mercier à l'Assemblée nationale et ministre du gouvernement de Lucien Bouchard
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
Les militants du Parti québécois, du moins ceux d'entre eux pour qui l'accession du Québec à la souveraineté constitue la raison d'être de leur parti et le sens de leur engagement politique, seraient bien avisés d'y penser à deux fois avant de rejeter prématurément la proposition de Robert Laplante.
Contrairement à ce qu'une certaine presse délirante laisse entendre, la proposition de Laplante est tout à fait légitime et démocratique. Elle ne comporte aucun piège. Elle suppose toujours la tenue d'un référendum et l'appui d'une majorité de la population pour réaliser l'accession du Québec à la souveraineté. En ce sens, elle s'inscrit parfaitement dans le droit chemin des engagements historiques du Parti québécois. L'histoire politique des dernières années a fait d'ailleurs de cette démarche un chemin démocratique incontournable pour l'accès du Québec à la souveraineté que nul ne conteste sérieusement au sein du PQ.
Bien plus, cette proposition a le mérite de nous offrir deux référendums pour le prix d'un. En effet, ce référendum portera non seulement sur la volonté ou non de faire du Québec un pays souverain mais aussi sur le type de pays souhaité, puisque la Constitution de ce futur pays sera l'objet de ce référendum. Des réponses précises pourront donc être données à tous ceux qui ont soulevé par le passé des inquiétudes à l'égard du projet de pays souhaité ou encore à ceux qui sont mal à l'aise de confier un tel mandat en blanc au seul PQ. Je pense aux forces progressistes notamment.
Les débats qui devront avoir lieu pour fixer les grandes balises, les valeurs et les institutions qui devront fonder ce pays et sa future Constitution auront une force pédagogique certaine et ne pourront que favoriser une réappropriation par la collectivité québécoise des raisons d'être de ce projet. Ce débat risque d'être beaucoup plus intéressant et moins stérile que le seul débat du OUI ou du NON à la souveraineté, sans en faire toutefois l'économie bien évidemment.
Mais le principal mérite de la proposition de Robert Laplante réside ailleurs. Elle implique nécessairement le rejet de toute ambiguïté quant à la plate-forme électorale du PQ lors des prochaines élections générales. Elle réinstalle le combat pour la souveraineté au coeur des raisons d'être et de la démarche du PQ. La démarche proposée implique nécessairement l'abandon de toute velléité de flirt électoral avec l'idée de la réélection du PQ pour former une fois de plus un bon gouvernement. Bien plus, elle la rend impossible. C'est peut-être ce qui explique son rejet si rapide par certains des ténors du parti.
Ce qui guette certains, c'est la tentation de se présenter devant l'électorat avec la plate-forme politique d'un bon gouvernement, un gouvernement d'alternance, qui dirigera le Québec au meilleur de ses intérêts. Bien sûr, l'avenir souhaité pour le Québec est celui d'un pays souverain, mais un peu comme un projet lointain, un vieux rêve diraient certains, un projet en quelque sorte virtuel. Évidemment, nombreux sont les Québécois disposés à s'accommoder de cette position, c'est si peu exigeant.
La preuve a déjà été faite et n'est plus à faire qu'un gouvernement du PQ peut être un excellent gouvernement. Il faut donc rejeter ce scénario car il ne peut mener à la souveraineté, c'est au contraire le chemin le plus sûr pour tuer le projet. Il faut fermer la porte à toute éventualité d'un PQ qui pourrait se contenter de diriger une province et revenir à l'essentiel, à savoir le seul combat pour la souveraineté et une démarche forte pour y arriver. Il y va de la crédibilité du parti et de l'avenir du projet.
On ne peut en effet soutenir d'une part que le fédéralisme canadien est un carcan pour le Québec, que les tendances lourdes, le déséquilibre fiscal vont provoquer à terme un ratatinement des ambitions québécoises au point de faire de l'État du Québec un gros ministère de la Santé ou de l'Éducation et accepter en même temps de faire la job et la démonstration que tout finit quand même par plus ou moins s'arranger. Soit l'on se conte des hhistoires, soit l'on en conte aux gens. Or tous ceux qui ont été aux affaires de l'État et participé au gouvernement au cours des dernières décennies savent très bien que la situation présente est de plus en plus intenable.
On ne peut non plus avoir comme ambition de faire la souveraineté du Québec et, une fois au pouvoir, renoncer à utiliser les leviers de l'État pour ce faire, se refuser toute initiative. Le gouvernement fédéral, lui, ne se gêne pas pour contrecarrer par tous les moyens à sa disposition le projet québécois; le scandale des commandites n'en est probablement que l'une de ses manifestations. Pense-t-on sérieusement qu'il sera possible à un gouvernement du Parti québécois de faire accéder le Québec à la souveraineté sans combat politique, sans stratégie, sans placer les Québécois devant les enjeux réels ?

Un référendum sur la souveraineté au Québec
- Une exigence internationale incontournable
Alain-G. Gagnon
Titulaire, Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, Université du Québec à Montréal
Jacques Hérivault
Coordonnateur, Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, Université du Québec à Montréal
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
Deux arguments fondamentaux ont été évoqués récemment pour contredire la nouvelle-ancienne thèse de Jacques Parizeau, de Robert Laplante et de plusieurs jeunes militants actifs au sein du Bloc et du Parti québécois sur la question de la stratégie d'accession à la souveraineté du Québec: la stratégie proposée serait antidémocratique puisque le gouvernement nouvellement élu du PQ n'aurait pas reçu l'aval d'une majorité des Québécois et, dans le cas de figure proposé, un Québec déclarant sa souveraineté dans ces conditions ne recevrait pas la reconnaissance internationale.
Ces deux arguments sont hautement valables, puisque sans un appui majoritaire de la nation québécoise, nul ne serait investi de la légitimité nécessaire pour enclencher un processus d'accession à la souveraineté du Québec. Il est certain que la communauté internationale ne serait pas dupe d'un stratagème allant à l'encontre de la volonté populaire.
Par contre, dans ce débat, il nous semble qu'un autre argument n'a pas à ce jour été évoqué : le processus référendaire de 1995 a lui-même reçu une reconnaissance internationale et une légitimité fondamentale aux yeux de la communauté des nations. Cette reconnaissance n'est certes pas un gage absolu de la reconnaissance des résultats, mais elle est le socle indispensable sur lequel le Québec pourra espérer l'obtenir.
L'aval des nations
Pensons tout d'abord au partenaire politique qui comprend le mieux les aspirations nationales du Québec, la France. Sa politique étrangère explicite vis-à-vis de la question québécoise, «la France accompagnera le Québec sur le chemin qu'il choisira», est non seulement fondée sur un lien d'amitié renoué dans les années 1960, mais procède aussi d'une acceptation des règles référendaires appliquées à deux reprises.
La position française n'est pas sans lui causer certains problèmes car beaucoup d'États la lui reprochent. La France s'en fait parfois elle-même le reproche et le travail québécois pour qu'elle ne l'abandonne pas est exigeant. Nous osons à peine imaginer comment ce partenaire aussi fondamental et nécessaire au Québec réagirait si le PQ faisait fi des normes démocratiques que la France a elle-même légitimées publiquement. [...]
Tournons-nous maintenant vers le cas américain, l'autre extrême dans l'évaluation de la légitimité du mouvement souverainiste québécois. Les États-Unis seraient sûrement un des derniers États à reconnaître le nouvel État québécois. Mais, dans ce débat, il faut se poser une question inévitable : pourquoi les États-Unis sentent-ils le besoin d'avoir une politique étrangère bien établie vis-à-vis de la question québécoise ? Et pourquoi le président américain de l'époque, Bill Clinton, tout de même un des politiciens, sinon le politicien le plus puissant au monde, a-t-il senti le besoin d'intervenir trois fois personnellement pour réitérer cette politique (en février et en octobre 1995, ainsi qu'au Forum des fédérations en 1999) ?
La réponse à cette question est simple : même s'ils ne souhaitent pas reconnaître un Québec souverain et qu'ils seraient parmi les derniers à le faire, les États-Unis n'arrivent pas à ne pas reconnaître la légitimité de la démarche québécoise telle qu'elle s'inscrit à l'intérieur des règles actuelles. La vaste majorité des États démocratiques sont aux prises avec le même dilemme.
La Loi sur la clarté, il ne faut surtout pas l'oublier, fait partie de la stratégie fédérale pour éviter l'état de panique régnant en 1995 alors que le gouvernement canadien réalisa qu'effectivement, la plupart des pays industrialisés se retrouvaient dans une position intenable : ils ne souhaitaient pas avoir à reconnaître le Québec comme pays souverain si les résultats étaient positifs mais jugeaient que la démarche démocratique choisie était exemplaire. La diplomatie internationale n'avait que des reproches à faire à l'État canadien : «Aidez-nous à nous sortir de ce pétrin», pouvait-on imaginer les diplomates demander à Ottawa. Surtout que, pour plusieurs d'entre eux, l'avènement d'un Québec souverain par la voie démocratique leur posait un problème important d'un point de vue intérieur.
Au-delà de la nécessité pour Jean Chrétien de calmer la fronde contre lui dans le reste du Canada à la suite des résultats de 1995, la communauté internationale lui demandait aussi des comptes. Michel Vastel révèle l'ampleur du mécontentement international dans un article publié dans L'Actualité du 15 novembre 2003, citant Boutros Boutros-Ghali, alors secrétaire général des Nations unies : «Comment pouvez-vous laisser faire cela ? Si vous acceptez des sécessions aussi facilement, il va y avoir 500 nouveaux États et le monde sera ingouvernable... »
C'est en grande partie pour cette raison que Chrétien fit appel à Stéphane Dion pour mettre en place le «plan B», espérant que le jugement de la Cour suprême du Canada sur la sécession du Québec calmerait les partenaires internationaux du Canada.
Or, ce ne fut pas le cas. Puisque le renvoi à la Cour suprême confirmait qu'une question et qu'un résultat «clairs» forceraient le gouvernement fédéral à négocier l'accession du Québec à sa souveraineté, la communauté internationale ne voyait toujours pas comment mettre en doute la démarche démocratique suivie par le Québec en 1980 puis en 1995. D'où la Loi sur la clarté devant permettre à l'État canadien de discréditer la question choisie et de hausser d'autorité le seuil nécessaire pour empêcher le Québec de lui faire faux bond.
Le gouvernement fédéral et le reste du Canada croient fermement qu'ils sont maintenant à l'abri de leur obligation de négocier si un autre référendum, selon les modalités de 1995, devait avoir lieu. Mais la communauté internationale est loin d'en être certaine. Elle ne conçoit toujours pas comment elle pourrait s'extraire de ses responsabilités démocratiques si le Québec devait voter majoritairement en faveur de la souveraineté.

Suivre le plan de match
Le Parti québécois aura le mandat de préparer la souveraineté
Pauline Marois
Députée du Parti québécois, circonscription de Taillon
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
La dernière intervention publique de monsieur Jacques Parizeau a suscité un vif débat et passablement de confusion. Plusieurs critiques ont aussitôt assimilé sa proposition à celle d'une élection référendaire, c'est-à-dire que l'élection du Parti québécois l'autoriserait à déclencher un processus irréversible vers la souveraineté. Le journal La Presse titrait: «Pas besoin d'un nouveau référendum».
Pourtant, si l'on veut bien se donner la peine de relire son texte, il est clair que M. Parizeau propose au PQ de demander à la population un mandat clair de préparer la souveraineté : «Si le gouvernement fédéral s'est préparé à un troisième référendum, il s'en faut de beaucoup que le gouvernement du Québec ait, dans les années qui ont suivi 1995, agi avec autant de lucidité... Il ne faut pas s'étonner que la conclusion de beaucoup de souverainistes c'est que dans les conditions actuelles, la partie n'est pas jouable.»
Voilà, à mon avis, le coeur de l'argumentation. Et elle ne conduit pas l'auteur à appuyer l'hypothèse d'une élection référendaire. Au contraire, il en démontre les limites et les incohérences. En fait, il propose un référendum sur un projet de Constitution. Pour moi, un prochain référendum doit porter sur la souveraineté, alors que le projet de Constitution est un outil pour démontrer la nécessité de celle-ci.
Préciser le plan de match
Le printemps dernier, j'invitais les souverainistes et les progressistes à rallier le Bloc québécois. Comme M. Parizeau, je crois que la victoire du BQ et les débats sur le renouvellement du programme du PQ nous incitent à préciser le plan de match souverainiste.
Comme je le disais en mai dernier, il faut que le PQ soit élu si nous voulons tenir un référendum sur la souveraineté. Le PQ regagnera la confiance des Québécois seulement s'il offre une véritable alternative au gouvernement Charest. Pour moi, cela signifie que le PQ doit renouveler sa vision de la social-démocratie. C'est incontournable : un gouvernement souverainiste doit assumer pleinement les responsabilités de l'État québécois. Nous solliciterons la population avec un programme de gouvernement et un plan d'action clair pour bâtir un pays. Mais, et cela est fondamental, le gouvernement d'un parti souverainiste a nécessairement un mandat pour préparer la souveraineté.
La prochaine élection ne sera pas une élection référendaire, mais si l'on veut vraiment tenir un référendum dans le cours du prochain mandat, le PQ doit inclure dans son programme électoral l'engagement à préparer la souveraineté. Il n'y a pas de déficit démocratique à faire ce que l'on a promis de faire. Et c'est pourquoi nous devons y travailler dès maintenant.
Je propose donc qu'au lendemain de sa victoire, le gouvernement du PQ entreprenne rapidement :
- les travaux d'élaboration d'une Constitution provisoire et la création d'une assemblée constituante dans ce but;
- la création d'un ministère de l'Accession à la souveraineté sous la responsabilité directe du premier ministre. Ce ministère mettrait en place les mesures appropriées pour faciliter la transition et veillerait à ce que chacun des ministères se dote d'un plan d'action qui répondrait à tous les besoins du Québec sans se restreindre au cadre fédéral actuel;
- la mise en place de plans de transition dans chacun de ses ministères afin d'être prêt à répondre à tous les besoins du Québec si les citoyens choisissent d'en faire un pays libre et souverain;
- et, bien entendu, faire la promotion de ce projet de pays en vue du référendum qui porterait spécifiquement sur la souveraineté. Bien sûr, ce gouvernement souverainiste utiliserait des fonds publics pour promouvoir la souveraineté, mettre en place une assemblée constituante et préparer rigoureusement la transition.
Pour moi, seul un référendum portant directement sur la souveraineté donnera la légitimité nécessaire pour la réaliser. Il n'y a pas de raccourci et il n'y a pas de solution magique. Il n'y a que du travail à faire. Mettons sur la table un projet de Constitution et un plan de transition pour que les citoyens voient où l'on pourrait aller comme nation. Et demandons aux citoyens s'ils veulent faire du Québec un pays souverain. Quand nous aurons gagné le référendum, nous pourrons adopter une Constitution provisoire et réaliser le plan de transition vers la souveraineté.

Parizeau? Du botox pour Jean Charest!
Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
Revue de presse - C'est avec un certain plaisir dans le ROC que la dernière sortie de Jacques Parizeau en faveur d'une élection référendaire a été réprouvée cette semaine.
Plaisir, d'abord parce que c'est là «un autre cadeau de l'ancien premier ministre à Jean Charest», comme le faisait remarquer le Calgary Herald mercredi. Il ajoutait : «Dans une province où il est difficile pour les libéraux de bien paraître, la provocation intellectuelle de Parizeau a l'effet d'un traitement au botox dont le parti de Charest avait besoin.» Parizeau aide tellement les fédéralistes qu'il faut se demander s'il n'a pas été, à l'instar de Claude Morin, à la solde de la GRC pendant toutes ces années, comme le disait Andrew Coyne dans le National Post mercredi.
Plaisir, ensuite, parce que l'été est morne et sans nouvelles. En plus de donner de quoi écrire, Jacques Parizeau permet de s'indigner à peu de frais : tout le monde s'entend dans le ROC (encore plus qu'au Québec) pour condamner la nouvelle astuce pariziste. Sans compter que le personnage, très contrasté, fait une bonne cible. C'est une sorte d'épouvantail. «Charest n'aurait pas pu inventer un adversaire plus facile à battre», écrit le Calgary Herald. Parizeau a commis «un geste de désespoir», écrivait le National Post mercredi. «De la pure démence politique», renchérissait hier le Toronto Star, déchirant sa veste.
Les caricaturistes se sont précipités sur l'affaire. Dans le Post, on voyait mercredi un Parizeau à l'air malveillant, déguisé en juge olympique et accordant un gros zéro aux athlètes canadiennes en plongeon synchronisé, l'une étant québécoise, l'autre «rocienne» (si vous me permettez). Dans le Globe and Mail, c'était un Parizeau à l'air détraqué, coiffé d'une antenne de télé, qui attendait au bureau des brevets tout en traînant, au bout du fil d'une vieille télécommande, une sorte de robot bricolé sur lequel était inscrit : «Stratégie souverainiste nouvelle et améliorée». Un employé du bureau des brevets disait à son collègue : «Il est de retouur !»
***
Un retour : c'est ce que l'ancien premier ministre tente «désespérément» avec cette nouvelle intervention, disait le Post en éditorial mercredi : «Il veut insuffler un peu de vie à un mouvement souverainiste moribond.» Le Post reconnaît à l'homme une qualité : «Il n'a jamais hésité à parler clairement.» À preuve, son «commentaire de 1995 sur "l'argent et les votes ethniques", après la victoire du NON, qui entachera son héritage pour toujours».
Le Globe and Mail affirmait d'ailleurs mercredi que la position de Parizeau est en quelque sorte une resucée de son célèbre discours de 1995. Le Globe soulignait que l'ancien premier ministre, dans sa lettre, parlait des votes immigrants comme étant peu importants et possibles à contourner. «Aujourd'hui comme hier, ses arguments s'avèrent insupportables», concluait le Globe avec gravité.
Le National Post allait dans le même sens mercredi en affirmant que la dernière proposition de Jacques Parizeau est «profondément antidémocratique».
Certes, notait le journal torontois, il y a eu au Canada une série d'élections référendaires : pensons au libre-échange en 1988, au contrôle des prix et des salaires dans les années 70. Au Québec, on pourrait citer la nationalisation de l'électricité dans les années 60. Mais la décision de quitter un pays et d'en créer un nouveau «ne peut pas être prise à partir d'une simple pluralité de voix comme à un scrutin ordinaire». Le Post note que la tactique de Parizeau contreviendrait par ailleurs à la loi provinciale sur les consultations populaires, laquelle stipule que les élections doivent être distinctes des référendums. (Il faut donc prendre note que le Post reconnaît la légitimité de cette loi !)
La sortie pariziste comporte des aspects rassurants, note le Post : «Le militant séparatiste le mieux connu» (le Calgary Herald parlait du «plus ardent des révolutionnaires») reconnaît d'une certaine façon «que dans un référendum normal, il est hautement improbable que le OUI obtienne près de 50 % des voix». Le Post rappelle avec un plaisir contenu que «la loi sur la clarté disqualifierait une faible majorité».
Soulignons que le Post, comme le Globe, félicite le chef actuel du Parti québécois d'avoir opposé une fin de non-recevoir à M. Parizeau. Et voilà que le ROC, chose rare, encense Landry à l'unisson. Le Calgary Herald écrit à ce propos : «Bien que nous ayons eu maints différents avec les objectifs de Landry par le passé, il faut bien avouer que ses instincts semblent à tout le moins démocratiques.» Le Toronto Star : «Landry a raison de refuser ce stratagème. Plonger les Québécois dans le mépris de la loi, dans la confusion et dans la division, ce n'est certainement pas une stratégie gagnante.» Le National Post : «Il faut saluer la réaction de Landry.»
Le prédécesseur de Bernard Landry obtient aussi quelques bons points : «Parizeau et sa faction ont clairement montré leur esprit totalitaire», écrit encore le Calgary Herald. «Pour eux, attendre ce que Lucien Bouchard avait appelé les "conditions gagnantes", c'est-à-dire un appui majoritaire, cela équivaut à attendre Godot.»
***
John Ibbitson, du Globe and Mail, faisait bande à part mercredi. «La vérité, en fait, c'est que M. Parizeau a raison à 75 %», disait-il. Le chroniqueur du Globe estime qu'avant 1989, le droit international semblait refuser la légitimité à toute déclaration d'indépendance d'une partie d'un État, à moins que ce soit une colonie. «Mais ces règles ont été modifiées avec la fin de la guerre froide», dit Ibbitson. En effet, le Canada a reconnu le droit de l'Ukraine à l'indépendance. Sans compter que la communauté internationale a accepté que la Croatie, la Slovénie et même la Bosnie se séparent de la Yougoslavie.

Parizeau's blowin' in the wind
Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, August 23, 2004
Much ado about nothing. This was the reaction of those who have closely followed the history of the Parti Québécois when they saw the dramatic headlines trumpeting the latest sortie of former premier Jacques Parizeau.
Mr. Parizeau, who still has quite a lot of support among the PQ's hard-line wing, said last week that an election victory would be sufficient for the PQ to start implementing sovereignty; there would be no referendum until later, to ratify the constitution of an independent Quebec.
Outside Quebec, commentators went into a frenzy -- one columnist saw in Mr. Parizeau's reckless proposal a surge of sovereigntist fervour. Inside Quebec, the mood was different. "There he goes again," muttered many people, including countless bona fide PQ and Bloc Québécois members. The Quebec media came down on Mr. Parizeau's proposal like a tonne of bricks, and PQ Leader Bernard Landry quickly dissociated himself from this blatantly anti-democratic proposal.
But the outcry, as righteous as it is, was not really needed, for Mr. Parizeau's scheme will never see the light of day.
Why? Because campaigning on an aggressively sovereigntist platform would be the surest way to lose an election. Because Quebeckers, who live in one of the oldest democracies in the world, wouldn't tolerate being pushed into secession without having voted specifically on the issue.
This idea of going directly from an election victory to unilateral secession resurfaces occasionally while the PQ is in opposition, only to be promptly killed as soon as an election looms. The story is almost as old as the PQ itself.
When the party was founded, in the angry days of the early 1970s, its program stated that an election victory would automatically lead to sovereignty -- something with which the party's founder, René Lévesque, a pragmatist and a moderate, was uncomfortable. In 1974, after two resounding defeats at the polls, the PQ realized it could never win an election with such a platform, and two-thirds of the delegates voted for a change of strategy -- from now on, voters could opt for a PQ government knowing that, later, they would have a chance to vote against sovereignty in a referendum.
I covered the 1974 convention as a reporter. While the crucial vote was being taken, I was sitting next to Mr. Parizeau, who had registered as a journalist (he was then editor of a newspaper published by the PQ), thus relinquishing his right to express himself at the convention, even though it was well-known that he was vehemently against the change of strategy.
As bold as he appeared, there was one thing that Mr. Parizeau couldn't do: He couldn't oppose Mr. Lévesque, either because he feared the wrath of the immensely popular party leader or because he hated the idea of losing a vote. That is why he chose to remain silent. I looked at him while the debate was going on; he was leaning back in his chair, with a cryptic, slightly disgusted smile.
After Mr. Lévesque's death, Mr. Parizeau and his followers would occasionally try to push for a return to the ancient program. But a telling sign is that, when he became leader of the party, Mr. Parizeau dutifully adopted the conventional view that only through a referendum could sovereignty be achieved. He ran the 1989 and 1994 elections on a moderate platform.
Far from heralding a revitalization of the sovereigntist movement, Mr. Parizeau's sortie shows how desperate the older sovereigntists have become. Even he concedes that a referendum is not winnable. He's right on this count but wrong on the reasons why.
Mr. Parizeau attributes the problem exclusively to the federal government's "dirty tricks," which now include the Clarity Act that requires a clear question and a substantial majority for any negotiation to begin.
What Mr. Parizeau will not -- cannot -- see is that the basic reason for the sovereigntists' woes lies in the strong and persistent refusal of a majority of Quebeckers to break their ties with Canada.
lgagnon@lapresse.ca

Le référendum volé
Yves Michaud
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
Lettres: Le 17 août 2004
J'ai toujours été dubitatif sur le caractère trompeur, éphémère, fugace, terriblement événementiel du mode référendaire de consultation populaire, qui ne procède pas de notre tradition parlementaire. La plupart du temps, les électeurs ne répondent pas à la question posée mais censurent ceux qui la posent parce qu'ils n'ont pas obtenu satisfaction de leurs intérêts corporatistes. Qui plus est, il est infiniment plus facile pour les braqueurs de l'indépendance nationale de voler un référendum que de voler 125 circonscriptions électorales.
Le référendum de 1995 n'a pas été l'expression de la volonté populaire mais le résultat des procédés dolosifs des fédéraux, des tribunaux d'exception émettant jour et nuit des certificats de citoyenneté canadienne à des milliers de personnes qui n'étaient pas admissibles. Sans compter l'argent sale d'Ottawa, investi dans la campagne référendaire en contravention de nos lois.

Que reste-t-il du bien commun?
- Nationalisme et cosmopolitisme peuvent se rencontrer
Michel Seymour
Professeur de philosophie, Université de Montréal
Le Devoir lundi 23 août 2004
Depuis l'an dernier, l'actualité politique -- forte de deux campagnes électorales, au Québec puis au fédéral, auxquelles s'est ajouté le débat sur les défusions municipales -- a amplement donné matière à réfléchir à notre vie en société. Le sujet a inspiré la revue Éthique publique (Éd. Liber) qui, pour son numéro du printemps 2004, a demandé à différentes personnalités de décrire leur vision du bien commun. Pour le plus grand profit de ses lecteurs, Le Devoir a décidé de reprendre des extraits de ces réflexions tous les lundis de cet été.
Quels enseignements peut-on tirer de l'expérience nationale québécoise lorsqu'il s'agit de penser le bien commun dans le cadre de la mondialisation ? Notons tout d'abord qu'à l'échelle internationale autant qu'à l'échelle locale, il n'existe pas une telle chose que le bien commun. Il n'existe qu'un ensemble de conceptions divergentes. Mais au niveau international comme au niveau local, il faut penser des principes de justice susceptibles d'être communément partagés. Or, parmi eux, il faut faire figurer des principes de justice distributive.
Commençons par noter que, à notre époque, les véritables enjeux ne sont plus seulement locaux mais également globaux. On peut certes épiloguer longuement sur la façon d'améliorer notre système de santé et de lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, mais ces enjeux relèvent de plus en plus de facteurs qui dépassent l'échelle locale. Et, lorsque la discussion se reporte sur la scène mondiale, on se rend compte de l'importance des solutions envisagées à l'échelle locale.
Le nationalisme qui prend tellement d'importance à l'échelle locale paraît aux yeux de certains bien insignifiant quand on considère les enjeux de la mondialisation. Mais il s'agit là d'une opinion qui trahit une perspective étroite. Le fait est que les questions identitaires interviennent aussi à l'échelle internationale et qu'elles sont liées étroitement aux enjeux sociaux. Le droit à l'autodétermination des peuples, le principe de la diversité culturelle, le souci de combattre le déficit démocratique des institutions supranationales, constituent autant d'enjeux qui font réapparaître la dimension identitaire au sein de la réflexion sur la justice internationale.
Mais il y a plus. La justice distributive ne peut se satisfaire d'une redistribution à l'intention des individus. Il faut assurer aussi une redistribution des moyens de production à l'intention des peuples. Les peuples doivent être en mesure de mettre au point leurs propres infrastructures économiques. Ils ont un droit égal au développement économique. Ce sont eux et non les individus qui réclament des biens institutionnels de ce genre. En somme, les enjeux sont les mêmes. [...]
Certains opposent la vision impartiale cosmopolitique à la vision partiale nationaliste. L'idée est que le nationalisme implique nécessairement un point de vue partial à l'égard de ses semblables alors que la justice cosmopolitique considère de manière impartiale le droit de tous les individus. Mais cette façon de voir les choses est très partisane. Je suis donc en désaccord profond avec ceux qui soutiennent que le nationalisme est essentiellement un point de vue partial. Le nationalisme peut favoriser à l'échelle locale l'apparition d'une solidarité sociale. Mais doit-on aller jusqu'à dire que la solidarité sociale est impossible sans la solidarité nationale ? Bien sûr que non.
La solidarité cosmopolitique ne s'oppose pas à la solidarité nationale. Bien au contraire, le respect des solidarités nationales constitue une condition nécessaire à la mise en place d'une solidarité cosmopolitique. Lorsque l'on endosse un nationalisme prenant la forme impartiale d'une affirmation des droits collectifs de tous les peuples, il n'y a pas de contradiction entre le nationalisme et le cosmopolitisme. Cela est vrai autant sur le plan procédural que sur le plan des principes. Pour créer une solidarité cosmopolitique, il faut que soit établi un lien de confiance entre les peuples. Ce lien de confiance suppose la reconnaissance mutuelle et non un lien nationalitaire communément partagé.
Reconnaissance des droits des peuples
Sur le plan des principes, il n'y a pas de justice cosmopolitique sans reconnaissance des droits des peuples au développement égal et sans prise de conscience des droits collectifs qu'ont les peuples à une infrastructure économique adaptée à leurs besoins. Le droit cosmopolitique ne peut être seulement un ensemble de droits individuels. Il doit inclure également les droits des peuples.
Il existe aussi à l'échelle individuelle une propension à privilégier ses semblables, qu'il s'agisse des membres de sa propre famille ou de ses amis proches. Le débat n'est donc pas entre une approche nationaliste partiale et une approche individualiste impartiale. On peut critiquer le point de vue partial autant à l'échelle individuelle qu'à l'échelle collective et l'on peut défendre une vision impartiale autant à l'échelle collective qu'à l'échelle individuelle. Dans le cadre du droit cosmopolitique, les nations peuvent jusque dans une certaine mesure faire montre de partialité, pourvu que celle-ci soit contrainte par des principes cosmopolitiques individuels.
Mais l'inverse aussi est vrai. Dans le cadre d'un droit des peuples juste et raisonnable, les individus peuvent faire ce qu'ils veulent et être partiaux à l'endroit de leurs semblables, pourvu qu'ils acceptent les contraintes raisonnables du droit des peuples.
Une approche progressiste et cosmopolitique va de pair avec une redéfinition du rôle joué par les États-nations. On doit rejeter le modèle traditionnel de l'État-nation ethnoculturellement homogène, au profit d'un État-nation pluriethnique et pluriculturel. On doit accepter aussi d'autres modèles d'organisation politique, qu'il s'agisse des fédérations multinationales, des confédérations d'États souverains, des organisations non gouvernementales transnationales et des organisations supranationales. Il faut enfin aussi accepter de limiter la souveraineté des États souverains, quel que soit le modèle d'organisation politique qui les caractérise.
Mais les États doivent en même temps être des acteurs privilégiés au sein de la communauté internationale, et cela inclut les États-nations, parce qu'ils constituent encore à notre époque les principaux détenteurs de la souveraineté populaire. [...]
Justice distributive pour tous
Notre sensibilité aux enjeux identitaires nous permet de comprendre que la justice distributive s'applique autant aux peuples qu'aux personnes. Elle a en outre une application autant à l'échelle internationale qu'à l'échelle locale. Cela veut dire qu'à l'échelle internationale les bénéficiaires de la redistribution doivent être les personnes autant que les peuples, et qu'à l'échelle locale les bénéficiaires doivent être les peuples autant que les personnes.
Il y a deux aspects importants aux principes de justice distributive : un devoir d'assistance aux personnes et aux peuples en situation de détresse, et une obligation de maximiser le minimum pour les personnes et les peuples (le principe de différence). Il faut accorder une priorité absolue au devoir d'assistance à l'égard des personnes et des peuples. [...] Il faut enfin admettre un principe de justice maximum pour les personnes et les peuples. À chaque niveau, les droits des personnes et des peuples sont affirmés sans être hiérarchisés. Il est en outre important d'adopter pour l'essentiel un seul ensemble de principes tant au niveau national qu'au niveau international. [...]
Il faut doter tous les peuples de ressources financières, de capacités de développement infrastructurelles et de pouvoirs de décision leur permettant de développer au maximum les ressources dont elles disposent. Dans une société internationale bien ordonnée, certaines différences majeures demeureraient entre les peuples et ne seraient pas fondamentalement injustes si elles étaient seulement le fait de l'existence de circonstances différentes. [...]
Il y a deux sortes d'inégalités qui peuvent être tolérées : celles qui résultent de différences servant à produire suffisamment de richesse pour permettre la redistribution aux plus démunis et celles qui persistent dans une société bien ordonnée en fonction de talents et de ressources naturelles inégalitaires, une fois que toutes les sociétés sont dotées de moyens leur permettant de se développer. [...]
On obtient de cette manière une théorie de la justice distributive à l'intention des individus et des peuples qui admet trois niveaux de considérations. En deçà d'un certain seuil, il existe un devoir d'assistance aux individus et aux peuples en situation de détresse à l'échelle locale et à l'échelle globale. On a là un principe utilitariste visant à maximiser le bien-être de tous les individus et de tous les peuples. Nous avons un devoir auprès des personnes handicapés de leur fournir toute l'aide nécessaire leur permettant de parvenir à un minimum d'autonomie et nous avons l'obligation d'intervenir auprès des peuples en situation de détresse.
Au-delà d'un certain seuil, il faut, par un principe de différence, chercher à maximiser le capital, les moyens de production et les pouvoirs de décision des individus et des peuples, à l'échelle locale et internationale. Au terme d'une redistribution adéquate, on aurait des inégalités résultant de la présence de différents talents et de différentes ressources naturelles sans que l'on puisse parler d'injustice. Ces inégalités ne seraient pas injustes parce que le maximum aurait été accompli pour que les individus et les peuples parviennent à se développer pleinement en fonction des ressources dont ils disposent. Les seules inégalités qui persisteraient seraient celles qui sont requises pour le maintien d'une richesse pouvant servir les objectifs d'une redistribution juste et celles qui résulteraient du fait de circonstances telles que des talents et des ressources inégaux.
Cette conception de la justice distributive fait intervenir les individus et les peuples et autant dans la sphère nationale que dans la sphère internationale. Elle marie le nationalisme et le cosmopolitisme dans une seule et même cause, la justice sociale. Elle est foncièrement anti-individualiste et anti-collectiviste puisqu'elle rejette autant la primauté des droits individuels que des droits collectifs.
Elle s'appuie sur une conception cosmopolitique et nationaliste de la personne et des peuples et elle permet d'inscrire le nationalisme dans un combat pour la justice sociale tout en sensibilisant les cosmopolites aux combats pour la libération nationale des peuples.

Que reste-t-il du bien commun?
- La concertation et la poursuite de l'intérêt commun
Diane Bellemare
Vice-présidente à la recherche, Conseil du patronat du Québec*
Le Devoir lundi 16 août 2004
Depuis l'an dernier, l'actualité politique -- forte de deux campagnes électorales, au Québec puis au fédéral, auxquelles s'est ajouté le débat sur les défusions municipales -- a amplement donné matière à réfléchir à notre vie en société. Le sujet a inspiré la revue Éthique publique (Éd. Liber) qui, pour son numéro du printemps 2004, a demandé à différentes personnalités de décrire leur vision du bien commun. Pour le plus grand profit de ses lecteurs, Le Devoir a décidé de reprendre des extraits de ces réflexions tous les lundis de cet été.
Comme tout le monde, l'économiste du travail sait que la réalité ressemble à la Lune : elle présente toujours une face cachée, que l'on ne peut jamais contempler quand on l'observe du même point de vue.
Il en est ainsi du marché du travail et des questions qui y sont reliées. Les employés et les syndicats qui les représentent cherchent à gagner honorablement leur vie et à assurer leur sécurité économique ainsi que celle de leur famille. Les entreprises qui ont pour mission de produire les biens et les services, d'accroître la production, de créer des emplois et de distribuer des revenus en conséquence ont une perspective de la réalité fort différente de celle des syndicats et des employés.
Les devoirs et les privilèges des uns et des autres diffèrent grandement et peuvent paraître parfois contradictoires. Mais les employés ont besoin des entreprises et les entreprises, des employés. Les individus qui composent ces deux groupes partagent un intérêt commun : leur sécurité économique propre qui dépend de la santé économique de l'entreprise.
En principe, il existe donc en matière d'économie et d'emploi un terrain d'entente possible et des compromis mutuellement avantageux. Mais chacun des groupes ne connaît qu'une seule facette de la réalité; quant aux gouvernements, ils n'en ont qu'une vague idée de leur point de vue éloigné. Comment faire en sorte que l'intérêt commun émerge ?
Dans la plupart des pays développés, cela passe par la concertation ou par le dialogue social. Le dialogue social, compris comme un processus par lequel les parties s'entendent pour entreprendre des actions communes en vue de réaliser l'intérêt commun, est la meilleure façon de prendre en compte la réalité dans sa globalité et d'en arriver à définir des solutions, des pratiques et des actions qui permettent de réconcilier des intérêts en apparence contradictoires, mais qui sont, en réalité, des intérêts communs.
La concertation au Québec
La concertation n'a-t-elle pas été largement pratiquée au Québec ? A-t-elle vraiment donné les résultats escomptés ? Il est vrai que le Québec est reconnu pour ses sommets tenus à intervalles irréguliers sur divers sujets. On en a connu plusieurs au cours des années 1980 et 1990, et les grands groupes économiques que sont les associations syndicales et patronales se rencontrent à de nombreuses tables de négociation. La situation économique s'améliore-t-elle vraiment ? N'avons-nous pas tout essayé ?
À mon avis, si la concertation ou le dialogue social au Québec n'a pas donné d'aussi bons résultats que ceux que l'on souhaitait, c'est parce que le processus n'a pas respecté les conditions élémentaires de succès. Cela est particulièrement patent en matière de formation, de main-d'oeuvre, d'emploi et de productivité.
D'abord, les grands sommets ont été des événements ad hoc, organisés pour répondre à des crises particulières, sans trop de suivi. Ils réunissaient très souvent un nombre considérable de groupes, dont certains représentaient les intérêts d'un petit nombre. Bien sûr, ils ont donné à tous l'occasion de présenter leur position, mais non d'établir un véritable dialogue social. Bref, ils n'ont pas permis de négocier de véritables compromis. [...] Aussi, ces grands sommets ont-ils souvent été de simples exercices de relations publiques.
Si les sommets n'ont pas toujours produit les résultats escomptés, les instances de concertation non plus. Prenons l'exemple de la main-d'oeuvre, dont un lieu de concertation officiel est la Commission des partenaires du marché du travail, où les participants ont un rôle davantage consultatif que décisionnel. Or, dans les faits, les instances politiques ne croient pas, à tort, que les acteurs économiques puissent ajouter de la valeur au processus de conception et d'implantation des politiques. Aussi, les hauts fonctionnaires considèrent-ils souvent la Commission comme un mal nécessaire plutôt que comme une alliée pour relever les défis communs en matière de formation et de développement des compétences.
Ajoutons que, par le passé, les exercices de dialogue social se sont déroulés sur fond de question constitutionnelle, ce qui est venu faire obstacle à la poursuite des intérêts économiques communs. En ajoutant une saveur idéologique aux débats, la question constitutionnelle a pris quelquefois une telle importance qu'elle a contribué à masquer les enjeux et le processus de dialogue social puisque, la plupart du temps, les partenaires économiques se divisent en deux groupes opposés sur cette question.
Cela dit, ce n'est pas parce que le dialogue social n'a pas été couronné d'un succès absolu qu'il faut l'écarter comme moyen de réalisation de l'intérêt commun. Bien au contraire.
Pour commencer à y voir clair
Le dialogue social a fait ses preuves dans de nombreux pays et dans de nombreuses circonstances. Les Américains, par exemple, le pratiquent dans tous les États afin de promouvoir la compétitivité et la prospérité. Dans les années 1990, le gouvernement fédéral américain a soutenu la création, dans tous les États, de Human Resources Investment Councils.
Ces tables multipartites de négociation, présidées par les gouverneurs, sont composées de représentants d'affaires, de représentants syndicaux et d'autres groupes, selon les États, et elles ont pour mission de conseiller le gouverneur sur les questions de main-d'oeuvre, de formation et de productivité. Ces tables veillent aussi à l'implantation des One Stop Career Centers, sortes de guichets uniques en matière de services de formation et de main-d'oeuvre. On trouve, dans bon nombre de pays, des exemples similaires. Mais qu'est-ce qui explique que ces exercices de concertation soient couronnés ou non de succès ?
La première condition de succès de tout exercice de concertation ou de dialogue social est de partager l'objectif à atteindre. Quand les acteurs à la table ont d'autres objectifs que ceux visés, l'exercice ne peut pas fonctionner. À cet égard, nous devons nous demander si cette condition a toujours été remplie lors de nos exercices de concertation à la québécoise ? Les groupes présents à la table poursuivaient-ils les mêmes objectifs ? Avaient-ils le même agenda ? Étaient-ils vraiment convaincus de l'objectif visé lors de ces rencontres ?
Le cas de la Norvège
J'ai déjà eu l'occasion d'étudier plus en détail la question de l'emploi dans certains pays, et le cas de la Norvège est particulièrement intéressant pour le Québec. D'abord, c'est un pays nordique, ensuite, son économie ressemble un peu à la nôtre, enfin, comme c'est souvent le cas chez nous, tout le monde se connaît.
La Norvège est par ailleurs réputée pour son consensus social en matière économique. Une des raisons est que les principaux acteurs partagent le même objectif d'une économie prospère et d'une économie de plein emploi. Mais ce n'est pas tout. Car même si cela est nécessaire, il ne suffit pas de partager le même objectif. Aussi, les Norvégiens essaient-ils de dresser un constat commun. Devant une réalité complexe, ils font donc régulièrement l'examen collectif de l'état de la situation. Il est alors beaucoup plus facile d'en arriver à des solutions, et aussi à des compromis, car à partir des mêmes constats se dégagent plus facilement des solutions, lesquelles ne sont pas toujours faciles à accepter a priori pour tous les groupes. Si les remèdes sont nécessaires, et que la société en sort finalement gagnante, il y a alors une marge pour négocier.
Les Québécois, mais surtout le gouvernement et les grands groupes d'intérêts comme les associations patronales et syndicales, doivent essayer d'établir un même constat de la réalité. Ce n'est pas le cas actuellement, les uns accusant les autres de voir la vie en noir ou en rose, selon le cas.
Un conseil économique ?
Il a déjà existé au Canada un conseil économique qui regroupait des gens d'horizons divers et qui menait des études sur l'état de la situation. Ce conseil était alors fort utile pour bâtir des consensus. Il a été aboli au début des années 1990. À cette époque, il avait osé questionner certaines politiques économiques et, plus important, il avait osé parler de la question de la souveraineté du Québec. Depuis, aucun autre organisme ne l'a vraiment remplacé. C'est dommage.
Peut-être devrions-nous nous doter, au Québec, d'un conseil économique afin de favoriser le consensus social ? Mais il faudrait agir en ce sens avec prudence. Comme les circonstances entourant l'abolition du Conseil économique du Canada le suggèrent, on devra bien distinguer questions économiques et question nationale.
Je suis persuadée qu'en matière économique, si le Québec veut survivre, il faudra que les Québécois et les grands acteurs qui les représentent fassent preuve de plus de pragmatisme que par le passé. Le dialogue social en matière économique et le projet d'intérêt commun qui peut en émerger ne prendront pas forme tant et aussi longtemps que les questions d'idéologie comme la cause indépendantiste ou d'autres causes ne seront pas laissées à la porte. La tentation est très forte de se servir de l'un pour nourrir l'autre.
Les Québécois sont certes en droit de penser que la question nationale n'est pas chose du passé, mais il ne faut pas mêler les cartes. Il faut donner sa place à la question nationale, mais pas tout l'espace. Et plus encore, cette question n'a pas sa place, actuellement, dans le débat pressant concernant la survie économique et démographique du Québec. Le vieillissement de la population et la baisse de natalité au Québec nécessitent que des actions collectives soient entreprises dès maintenant pour que l'économie québécoise tienne le coup. Il ne faut pas l'oublier, économie et démographie sont liées, car si l'économie du Québec ne survit pas au choc démographique qui atteindra le Québec sous peu, les Québécois n'y survivront pas non plus.
Par où commencer pour y voir clair ? Je suis fermement convaincue qu'il faut que le gouvernement et ses partenaires s'attellent à la tâche d'établir un constat et des objectifs communs. Ce n'est pas nécessairement chose facile, mais c'est tout à fait réalisable. Il s'agit d'être pragmatiques tout en conservant une bonne dose d'idéalisme.
*Les opinions exprimées ici n'engagent que leur auteure.

L'une donne, l'autre prend
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 23 août 2004
Le 13 septembre prochain, le premier ministre Paul Martin rencontrera ses homologues des provinces pour discuter de financement de la santé. Mais au moment même où il promet davantage en santé, Ottawa enregistre d'importantes économies au chapitre de la péréquation. À quel jeu ce gouvernement convie-t-il les provinces?
La «péréquation» n'a jamais été au coeur des discussions de café, mais elle n'en constitue pas moins un des éléments essentiels de la fédération canadienne. Selon la Constitution, Ottawa doit verser aux provinces des paiements de péréquation qui leur assurent des «revenus suffisants pour les mettre en mesure d'assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparables».
D'apparence limpide, cette obligation souffre depuis nombre d'années de l'interprétation restrictive qu'en fait Ottawa qui n'y voit aucun moyen d'assurer sa propre visibilité.
C'est lui qui fixe les règles du jeu. Or, parce qu'elle est calculée sur la base de la richesse et de la capacité de lever des impôts de cinq des dix provinces seulement, à l'exclusion des provinces les plus pauvres et de la province la plus riche, la «norme» actuelle utilisée par Ottawa génère des paiements insuffisants qui obligent les provinces bénéficiaires à imposer davantage leurs contribuables pour leur offrir une qualité de services équivalente à celle des provinces riches. Ainsi, le gouvernement du Québec doit faire supporter un fardeau fiscal de deux milliards de dollars de plus à sa population que si la formule utilisée était équitable. Selon le ministère des Finances, cette somme explique à elle seule 40 % de l'écart qui sépare le fardeau fiscal des Québécois de celui des Ontariens au chapitre de l'impôt des particuliers.
En 1999-2000, Ottawa avait consacré 10,9 milliards à la péréquation. Depuis ce temps, l'amélioration de la situation économique lui a permis de réduire ses versements à 8,7 milliards l'an dernier. Comme si les provinces pauvres avaient profité davantage que les autres de la bonne performance économique ou qu'elles avaient vu leurs dépenses diminuer !
Par un curieux hasard, on se rappellera que ce chiffre équivaut au montant non récurrent accordé l'an dernier par Jean Chrétien dans le cadre de l'entente sur les soins de santé. À une différence près : depuis la réforme imposée par Ottawa, il y a quelques années, les transferts en santé sont versés en fonction du nombre d'habitants dans chaque province et non plus en fonction de leur richesse respective, de sorte que les plus populeuses reçoivent de plus en plus et les plus pauvres, de moins en moins. Toujours selon le ministère des Finances, une augmentation de un milliard des transferts en santé financée par une réduction équivalente de la péréquation se traduit par un manque à gagner d'un demi-milliard pour les provinces pauvres et un gain équivalent pour l'Ontario et l'Alberta !
Voilà pourquoi les provinces bénéficiaires demandent à Ottawa de s'asseoir pour discuter de péréquation autant que de santé, d'ici au prochain budget.
Toutes les fédérations du monde, sauf les États-Unis, ont créé des programmes de péréquation. Même dans l'hypothèse de la séparation du Québec, il ne serait pas inconvenant d'imaginer la négociation de ce genre de programme comme l'ont fait les pays européens.
Malheureusement, à l'heure actuelle, le gouvernement Martin cherche par tous les moyens à concentrer ses dépenses sur des programmes ciblés, contrôlés par lui et financés en fonction du nombre d'habitants. Ce faisant, il renie la mission que lui confie la Constitution de donner une chance égale à chacun, quelle que soit la région où il habite. Curieux retournement des choses pour un gouvernement qui prétend défendre des valeurs d'équité et d'égalité si «typiquement canadiennes» !
jrsansfacon@ledevoir.ca

Entre culture et identité
Liza Frulla
Ministre du Patrimoine canadien
Le Devoir lundi 23 août 2004
Libre opinion: La culture et l'identité sont au coeur des grands débats de l'heure. L'ouverture des marchés, la création de puissants blocs économiques, la rapidité et la convergence des moyens de communication, l'ampleur des réseaux de distribution font que la carte du monde se modifie de jour en jour et que les pays s'interrogent sur la place qu'ils y tiennent. L'enjeu est de taille: il s'agit de participer à la fois à un mouvement de mondialisation et d'affirmation de nos cultures, sans lesquels nos identités s'affaibliraient et le monde serait de plus en plus uniforme.
Le rôle des gouvernements consiste à favoriser le plein rayonnement de nos cultures respectives et à protéger nos identités dans le contexte de la mondialisation. C'est justement dans cette perspective que plus de 60 pays se sont joints au Réseau international sur la politique culturelle depuis 1998 en vue d'assurer à chacun son droit le plus légitime de veiller à l'essor de sa culture et au renforcement de son identité.
Outre les ministres responsables de la culture, les organismes non gouvernementaux et les administrateurs culturels ont également mis la main à la pâte afin de donner plus de résonance à cette défense de la culture et de l'identité des peuples.
Le Canada s'est fait un ardent défenseur de cette cause sur toutes les tribunes que lui confère son adhésion au Commonwealth, à la Francophonie internationale et, bien sûr, à l'organisation des États américains, dont la prochaine rencontre des ministres de la culture a lieu aujourd'hui et demain à Mexico.
Depuis le troisième Sommet des Amériques, tenu à Québec en 2001, un large consensus a pris forme parmi nous sur cette importante question. Nos chefs d'État ont reconnu clairement qu'en respectant la diversité culturelle nous contribuons à la vitalité économique et sociale de nos sociétés et à la promotion de principes fondamentaux comme la bonne gouvernance, la cohésion sociale, le développement humain et la paix. Nous croyons qu'il est essentiel pour les Amériques et les Antilles de participer activement à l'élaboration de la Convention internationale sur la protection des contenus culturels et des expressions artistiques, menée par l'UNESCO.
En gros, nous croyons que cette convention doit établir des règles claires qui assureront la circulation des biens et services culturels dans un environnement cohérent. Elle doit également être un instrument pour protéger la culture à l'ère numérique, et pour promouvoir une rémunération équitable pour les créateurs et créatrices. Enfin, elle doit respecter les droits de la personne en tant que droits fondamentaux.
L'affirmation des cultures et des identités est aujourd'hui l'affaire de tous et de toutes. Les gouvernements de tous les ordres, les communautés de partout, les organismes qui veillent à l'essor de la culture, les institutions qui la mettent en valeur, les créateurs et créatrices qui lui donnent forme et nous la donnent en partage ont tous la responsabilité de la défendre et de la préserver. Il y va de l'identité de chacun d'entre nous et de la richesse d'un monde diversifié.
Le Canada estime que nous sommes tous liés les uns aux autres par un pacte en vertu duquel le droit de nos citoyens et citoyennes à l'affirmation de leur culture et de leur identité est fondamental. Les pays des Amériques et des Antilles tiennent à ce que le monde de demain soit une célébration de nos différences, et non le lieu de cultures en voie d'extinction. C'est dans cet esprit que nous mobilisons nos efforts aujourd'hui et que nous militons en faveur d'une convention internationale.

Entre Venezuela y Nadalandia
Eduardo Galeano
Publicado el Miércoles, 18/08/04
Traduction Yannick de la Fuente
Quel dictateur étrange cet Hugo Chávez. masochiste et suicidaire : il a créé une Constitution qui admet que le peuple le renverse, et il a pris le risque que cela se produise au cours d’un référendum révocatoire qui est le premier dans l’histoire universelle.
Il n'y a pas eu de punition. Et cela s'est avéré être la huitième élection que Chávez a gagné (sic) en cinq ans, dans une transparence qui ferait rêver un Bush .
Obéissant à sa propre Constitution, Chávez a accepté le référendum promu par l'opposition et a remis son mandat à disposition du peuple: “Décidez vous-mêmes”.
Jusqu'à présent, les présidents interrompaient leur mandat seulement pour la mort, le coup d’Etat, le soulèvement populaire ou par décision parlementaire. Le référendum a inauguré une forme inédite de démocratie directe.
Un événement extraordinaire :
Combien de présidents, de n'importe quel pays du monde, oseraient le faire ?
Et combien continueraient à être présidents après l’avoir fait?
Ce tyran inventé par les grands médias, ce démon effrayant, vient de donner une injection énorme de vitamines à la démocratie, qui en Amérique latine et pas seulement en Amérique latine, est bien malade et a besoin de ce coup de fouet.
Un mois auparavant, l’angélique Carlos Andrés Perez, le démocrate adoré des médias, a annoncé un coup d'état aux quatre vents. Il a affirmé tout à trac que la voie de la violence était la seule possible au Venezuela et il a méprisé le référendum “parce qu'il ne fait pas partie des pratiques latino-américaines”. Pratiques latino-américaines, ou, notre magnifique hérédité : Un peuple sourd et muet .
Il y a encore quelques années, les Vénézuéliens partaient à la plage quand il y avait des élections. Le vote n'était pas, et ne l’est toujours pas obligatoire. Le pays est passé de l'apathie totale à l'enthousiasme total. On a vu un torrent d’électeurs, d'énormes files attendant au soleil de pied ferme, pendant des heures et des heures, ceci a dépassé toutes les structures prévues pour le vote. Le raz-de-marée démocratique a rendu difficile l'application de la technologie dernier modèle prévue pour éviter les fraudes, dans ce pays où les morts ont la mauvaise habitude de voter et où certains vivants votent plusieurs fois lors de chaque élection, probablement à cause du mal de Helzeimer.
“ Ici il n’y a aucune liberté d'expression!”, s'écrient avec une liberté absolue d'expression les écrans de télévision, les radios et les pages des journaux.
Chávez n'a pas fermé une seule de ces bouches qui au quotidien crachent des insultes et des mensonges. Il s’y livre en toute impunité une guerre chimique destinée à empoisonner l'opinion publique. Le seul canal de télévision fermé au Venezuela, le canal 8, n'était pas une victime de Chávez, mais de ceux qui ont usurpé sa présidence, pendant trois jours, lors du coup d'état éphémère d'avril 2002.
Et quand Chávez est revenu de sa prison et a récupéré la présidence porté par une multitude immense, les grands médias vénézuéliens n'ont pas couvert l’événement . La télévision privée a passé toute la journée des films de Tom et Jerry.
Cette télévision “exemplaire” a mérité le prix que le roi de l'Espagne accorde au meilleur journalisme. Le roi a récompensé un tournage de ces jours turbulents d'avril. Le tournage était falsifié. Il montrait des hordes “chavistes” tirant sur une manifestation innocente d’adversaires désarmés. Ceci ne s’est pas passé ainsi que cela a a été démontré par des preuves irréfutables, mais on voit que ce détail n'avait pas d'importance, parce que le prix n'a pas été retiré.
Pas plus tard qu’hier seulement, dans ce Venezuela saoudien, ce paradis du pétrole, le recensement comptait officiellement un million et demi d'illettrés et il y avait cinq millions de Vénézuéliens sans documents d’identité et sans droits civiques.
Eux et d'autres invisibles ne sont pas prêts à retourner à “Nadalandia” ( au pays de personne), qui est le pays où vivent des personnes qui n’existent pas (nadie). Ils ont conquis ce pays, qui leur était si étranger : ce référendum a confirmé qu'il leur appartient et qu'ils veulent y vivre.

Essai - Le marché n'est pas naturel
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 21 et dimanche 22 août 2004
Titre VO : Le grand banquet, La suprématie de la cupidité et de l'appât du gain
Description : Linda McQuaig, traduit de l'anglais par Claude Frappier, Écosociété, Montréal, 2004, 336 pages
La cupidité et le désir de possession matérielle, qui sont devenus des principes organisateurs de notre société, incarnent-ils le fin mot de l'essence même de la personne humaine? L'Homo economicus, chanté par les économistes néolibéraux les plus tapageurs, constitue-t-il l'horizon indépassable du genre humain?
Dans Le Grand Banquet, un ouvrage extrêmement ambitieux qui navigue entre l'anthropologie, la philosophie, l'histoire et l'économie, la journaliste canadienne-anglaise Linda McQuaig, chroniqueuse au Toronto Star, entend réfuter cette thèse à la mode en s'inspirant des idées de feu Karl Polanyi, historien de l'économie et anthropologue, auteur du chef-d'oeuvre La Grande Transformation, d'abord paru en 1944 puis, en français, en 1983.
Selon elle, «le modèle de l'Homo economicus n'est pas vraiment un modèle du comportement humain, c'est plutôt un modèle du comportement humain tel que le capitalisme a tenté de le transformer» au mépris de «l'aspect le plus fondamental de la nature humaine, à savoir que les êtres humains sont des animaux sociaux» qui se définissent par la reconnaissance qu'ils obtiennent de leurs pairs. Aussi, quand on analyse l'histoire des rapports entre les humains et l'économie, on constate que «si nous recherchons quelque chose de "naturel", ce n'est pas tellement dans le marché que nous le trouverons, mais plutôt dans la réaction massive et continuelle contre le marché». Oui, la cupidité est bel et bien un réflexe humain, mais ce n'est ni le seul ni, surtout, le plus fondamental.
Intellectuel d'origine hongroise qui fut au coeur des bouleversements sociopolitiques qui ont transformé la région austro-hongroise au début du XXe siècle, Polanyi, citoyen de «Vienne la rouge» dans les années 1920 et exilé plus tard au Canada, a raconté dans son oeuvre maîtresse «l'histoire de la montée de l'économie de marché et de la résistance qu'on lui a opposée». Le capitalisme, selon lui, est une utopie dévastatrice qui repose sur «le désencastrement de l'économique hors du social» (Dictionnaire de sociologie, Le Robert/Seuil) et qui nie, ce faisant, ce qu'on appellera, faute de mieux, la nature humaine, essentiellement sociale.
Les êtres humains, précise Linda McQuaig, sont peut-être égoïstes, mais leur désir de bien-être ne se résume pas à une motivation matérialiste : «En fait, leur bien-être individuel dépend dans une très large mesure de leurs relations sociales ainsi que de la préservation et de la viabilité de leurs communautés.» Le monde médiéval, malgré ses dérapages, conservait cette boussole et cherchait à se préserver des effets destructeurs de la cupidité. C'est cette prudence et cette sagesse que le capitalisme a volontairement minées afin d'imposer le triomphe de cette portion d'homme qu'est l'Homo economicus.
Linda McQuaig, dans des pages très senties qui se veulent un hommage à l'oeuvre de Polanyi et à l'humanité résistante aux mercenaires du tout-au-marché, rappelle l'histoire de cette grande transformation dont le champ de bataille premier fut l'Angleterre. Dès le XVIe siècle, on assiste à la privatisation des terres dites communales, privant ainsi les paysans de leurs moyens de subsistance. S'ensuit la chasse à la main-d'oeuvre orchestrée par les riches propriétaires terriens qui supportent mal l'attitude des paysans spoliés rechignant à se mettre au service de leurs spoliateurs. Des émeutes de la faim, engendrées par cette évolution soi-disant naturelle, marqueront les XVIIe et XVIIIe siècles anglais.
Le capitalisme, néanmoins, malgré ces soubresauts que les possédants, en toute mauvaise foi, attribuent à l'ignorance du peuple, s'impose, mais, contrairement à la légende libérale, dans un procès qui n'a rien de naturel. «Ce qui frappe dans la transformation conduisant à une économie de marché, constate justement McQuaig, c'est à quel point il a fallu recourir au pouvoir de l'État pour mettre en place et maintenir le nouveau système, d'abord par la création des lois nécessaires, puis par l'application rigoureuse de ces lois par les différentes cours et la police.»
Plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, la résistance populaire aux excès du capitalisme entraînera, dans la plupart des pays occidentaux, la mise en place de l'État-providence, une tentative de «réinsérer l'économie dans la société» fortement appuyée par le vaste public, qui y reconnaîtra une volonté de renouer avec le sens du bien commun.
À la faveur de la crise des années 1970, toutefois, le nouveau capitalisme contre-attaquera en lançant une entreprise de refaçonnement du monde qui aboutira avec les traités de libre-échange, les odieux «programmes d'ajustement structurel» de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international et les attaques à la sécurité économique des travailleurs à l'échelle nationale. Dorénavant, les entreprises polluantes et obsédées par le seul appât du gain pourront poursuivre les États nationaux qui les entravent au nom du bien commun, les pays du Tiers-Monde devront se soumettre, dans une logique plus néfaste que profitable à leurs habitants, à la devise «Le marché et rien d'autre» pour recevoir une aide internationale et les travailleurs du monde entier seront condamnés à une flexibilité dont ils cherchent encore les bienfaits.
Au nom de la loi de la nature économique, les gouvernements créeront leur propre impuissance en signant des accords commerciaux qui annihilent leur statut de représentants du peuple et instaureront des lois qui «s'efforcent de neutraliser [l']intérêt collectif et d'imposer la suprématie de la recherche du profit individuel». Pendant ce temps, les sbires intellectuels des nouveaux nababs tenteront d'enfoncer dans la tête des citoyens que l'interventionnisme étatique est une plaie quand il s'agit du bien commun (pour assurer les biens des possédants, c'est autre chose !) et que la taxation nuit à la liberté (celle des riches, évidemment, ce qu'ils se gardent bien d'ajouter).
Résultats ? Plus de richesse globale, mais de plus en plus mal répartie, du nord au sud, du haut au bas de l'échelle sociale, plus d'insécurité et, enfin, triomphe de la cupidité et de la consommation ostentatoire, réduction de l'humain à son statut d'Homo economicus au détriment de sa nature d'être social. Au total, on pourrait presque parler d'un attentat anti-humaniste : «En dépit de l'idée reçue selon laquelle l'ordre économique actuel représente la libération de l'humanité, il est peut-être plus juste de le voir tout simplement comme un autre type de système de répression, conçu pour réprimer les intérêts collectifs afin de laisser libre cours au désir de possession individuel.»
Polanyi, dans une thèse aux relents naturalistes et, en ce sens, elle aussi assez fragile et sujette à débat, croyait que ce système «artificiel [...] pourrait bien également être incompatible avec l'instinct naturel qui pousse l'être humain à rechercher sa propre protection et sa sécurité». Je dirais, quant à moi : incompatible avec sa dignité.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
MONSIEUR VENNE SE TROMPE
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
Dans sa chronique du 23 août, Michel Venne prétend que l’idée d’utiliser une élection référendaire pour permettre au Québec d’obtenir sa souveraineté est définitivement morte suite à la dernière proposition de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau.
Monsieur Venne renchérit en affirmant que le Parti québécois doit se débarrasser de son obsession référendaire et gouverner sans se soucier d’un calendrier souverainiste. Le chroniqueur du Devoir adhère ainsi à la démarche en quatre quarts qu’a récemment proposée la députée de Taillon, madame Pauline Marois.
Il est important de préciser le sens d’une élection référendaire. Ce mécanisme consultatif ne peut avoir lieu sans la présence du Parti québécois au pouvoir puisqu’une élection référendaire suppose qu’une question accompagne l’autre bulletin de vote afin d’y répondre. Or, pour en libeller une; il faut former le gouvernement.
Décisionnel serait un terme plus juste à employer pour qualifier un scrutin qui autoriserait, suite à l’obtention d’une majorité de sièges et non de voix, le Parti québécois à doter le Québec d’un statut national. Les péquistes sont peu nombreux à souscrire à ce mode d’accession à la souveraineté. Illégitime à leur yeux serait cette démarche souverainiste qui ne recevrait pas l’appui d’une majorité absolue de citoyens.
L’obtention de 50% plus une voix des suffrages exprimés à une élection générale constitue une autre forme d’élection décisionnelle qu’il serait préférable de nommer « souverainiste ». Ce mode d’accession à la souveraineté peut être adopté par le Parti québécois et appliqué à partir de l’opposition. Les Québécois seraient ainsi libres de trancher au scrutin de leur choix, à la majorité absolue. Ce processus aurait l’avantage de sortir les péquistes de leur obsession référendaire qui oblige l’attitude attentiste observée depuis 1995, car personne ne veut perdre le prochain qui n’offre pas de lendemain. Qui pourra encore reprocher au Parti québécois de cacher son véritable agenda?
L’élection souverainiste présente l’immense avantage de répondre démocratiquement et légitimement au vol référendaire que le gouvernement fédéral a perpétré en 1995. C’est surtout pour cette raison que le Parti québécois doit abandonner son obsession référendaire. C’est ce que croit un nombre impressionnant de souverainistes dont Jacques Parizeau lui-même, mais pas Michel Venne. La tenue d’un troisième référendum à l’image des deux premiers est dorénavant suicidaire maintenant qu’il est prouvé qu’Ottawa compte poser les mêmes gestes qu’en 1995, et contourner ce mécanisme consultatif que le chroniqueur du Devoir qualifie de norme incontournable.
Paradoxalement -- et cette fois-ci Michel Venne touche la cible-- l’ancien chef péquiste mise pourtant sur une consultation populaire pour entériner l’adoption d’une constitution qui ferait du Québec un pays souverain. Qu’adviendrait-il si ce référendum, que plusieurs considèreront comme le troisième, se soldait par un échec? Que conclure alors de la légitimité du gouvernement souverainiste et de son projet national? On imagine mal un quatrième référendum suite à une autre défaite, déjà que l’idée d’en tenir un troisième suscite la grogne chez de nombreux Québécois dont plusieurs souverainistes. Cette démarche est en conséquence aussi risquée que la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec. À moins qu’une victoire péquiste à l’élection générale de 2007 autorise plus que l’enclenchement d’un processus souverainiste, comme le relevait en éditorial Bernard Descôteaux dans le Devoir du samedi 21 août dernier. Sans l’adhésion d’une majorité absolue de Québécois, cette façon de procéder serait périlleuse car illégitime.
Voilà pourquoi le recours à une élection souverainiste à 50% plus une voix est préférable. En obtenant d’abord l’aval d’une majorité absolue de Québécois, un gouvernement souverainiste pourra ensuite agir en toute légalité. Le rapatriement des recettes fiscales confisquées par Ottawa représentera un gain incontestable. Il convaincra les gens quant à l’amélioration qu’ils viennent d’accorder à l’Assemblée nationale en l’affublant d’un statut national. Fini la gouverne provinciale viciée par l’asphyxie fiscal fédéral. Ils sont plus de 47% à le croire au Québec actuellement.
Suite au scandale des commandites, les Québécois sont devenus encore plus pointilleux sur l’utilisation des fonds publics. La détresse de Yves Séguin à Québec ajoute à cette rigueur citoyenne. Ainsi, chaque fois que des souverainistes comme Michel Venne affirment publiquement que des deniers étatiques doivent être dépensés pour préparer les Québécois à un référendum sur la souveraineté, ils facilitent la tâche aux adversaires fédéralistes. Ces derniers miseront sur cet aveu pour attaquer. L’argumentaire est archi-connu mais combien efficace : l’argent doit aller en santé et non servir à financer des instances vouées à l’érection d’institutions nationales temporaires, en prévision d’une consultation populaire. Le déséquilibre fiscal imposé par Ottawa cause suffisamment de dégâts.
Le Parti québécois veut l’indépendance du Québec depuis sa fondation en 1968. Il a choisi en 1974 la voie référendaire pour réaliser son projet. Cette décision ne fait pas de ce mécanisme consultatif une norme incontournable sur laquelle la communauté internationale a jeté son dévolu! Obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés peut s’obtenir également par voie élective.
Le cheminement du Québec dans sa quête pour la liberté a été saboté par des actions frauduleuses du Parlement canadien. Cette réalité a complètement changé la donne politique et force un réajustement chez les troupes souverainistes.
Réajustement donc légitime, en autant qu’il s’appuie sur un mécanisme consultatif reconnu. Ce que nos institutions démocratiques vieilles de plus de 200 ans peuvent garantir. La communauté internationale n’aura aucune difficulté à le reconnaître, après avoir examiné la feuille de route historique et démocratique du peuple québécois.

TRIBUNE LIBRE
Amphétaminisée
Mathilde François
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
Seconde lettre à André
Pratte
M. André Pratte
Éditorialiste en chef, journal «
La Presse »
Montréal, Québec
andre.pratte@lapresse.ca
Source : Ma colère personnelle
intitulée «L'argent, l'injure et la reconnaissance», accessible à
la page électronique suivante:
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-20.html#lpap
M. Pratte,
En dépit de cette verbalisation
initiale, les mots me manquent encore pour exprimer toute la déception que j'ai
éprouvée en lisant votre éditorial de vendredi dernier, le 20 courant, portant
sur «Le mythe du vol» (voir hyperlien en rubrique).
À telle
enseigne (je ne suis plus tout à fait une petite fille pourtant) - et c'est dire
l'«énergie réactive» que vous m'avez insufflée - que ça aura été la première
fois de ma vie que j'aurai rendu publique une opinion «politique»
personnelle.
Oui, la première fois. Car je suis plutôt discrète de
nature, a fortiori sur les questions de cet ordre.
Ma colère est
tellement profonde, et tenace jusque dans ma chair, monsieur, que j'ai même
acheminé l'expression de mon sentiment à plusieurs de vos collègues du groupe de
presse auquel vous appartenez.* Y compris M. Serge Chapleau!
Que celles et ceux-ci m'excusent d'ailleurs de m'être autorisée cette licence,
s'ils le veulent bien; mais soit dit entre nous, j'aurais fait parvenir ce
billet à M. Paul Desmarais en personne si j'eusse connu son courriel.
Si
je prenais de plus en plus vos textes avec un grain de sel, M. Pratte (M. Alain
Dubuc aussi, ainsi que d'autres chez vous que je crois pour l'occasion inutile
de nommer), je continuais jusqu'à ce jour à accorder crédibilité à vos opinions
et à vos argumentations.
Or le paradoxe, monsieur, c'est qu'en poussant
le bouchon un peu loin je crois que vous m'avez en quelque sorte «secouée». De
fait, c'est en vous lisant - vous, dans le rejet ferme de cette éventualité -
que j'ai réalisé que les Québécois se sont faits sans doute - effectivement -
voler le référendum d'octobre 1995 sur la Souveraineté.
La
dénégation, estimait Freud (ou Verneinung: forme inconsciente
d'affirmation dans le schème du déni), est toujours l'indice d'une vérité
jusque-là inavouée, voire le plus souvent inavouable.
C'est vous, M.
Pratte, qui plus que quiconque (plus que plusieurs de mes propres amis! moins
frileux que moi sur la question et qui n'avaient de cesse, selon leur dire, de
me sortir de ma torpeur si ce n'est de ma naïveté bonne enfant), m'avez fait
voir que le Canada n'est peut-être pas ce pays démocratique - et au-dessus de
tout soupçon, comme l'eût dit Jean Ziegler - dont pourtant il aime bien
«afficher» ostensiblement l'idée aux quatre vents. Aux quatre vents du
territoire québécois, de façon toute particulière. Et insistante.
Vous ne
cherchez plus, M. Pratte, à convaincre vos lecteurs du bien-fondé pour le Québec
(tâche difficile sinon ingrate, très certainement) de demeurer dans le Canada.
Vous cherchez - et c'est là violence - à les endoctriner. Ce qui est
aussi une façon de convaincre, certes. Mais par des manières et des astuces
(vocable repris incidemment de l'éditorial du 18 de votre confrère Dubuc), on en
conviendra, qui ne respectent guère ni l'objectivité des faits, ni
l'intelligence du lecteur.
Voici d'ailleurs ce que libelle Le Grand
Dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la Langue française à
propos de l'endoctrinement: «Attitude voulue consistant à enseigner
des croyances comme si elles étaient des vérités établies [...] Cette attitude
est très nette dans les régimes dictatoriaux sous lesquels les maîtres sont
obligés de conditionner les enfants à l'acceptation du pouvoir [...] Dans les
régimes de liberté démocratique [...] une telle façon de faire est considérée
comme contraire à la déontologie professionnelle.» (ce n'est pas Berberova
qui souligne)
Aussi aujourd'hui (ou enfin, dans les derniers jours),
ai-je eu rien moins que l'impression d'avoir été violée par mon grand frère.
Jusqu'au fond de l'âme. Et j'ai perdu à cet instant même, à l'exemple d'une
délicate bulle de savon qui éclate, la confiance que je vous portais. À vous, M.
Pratte, à La Presse, à Gesca. À toute cette machine, quoi.
(J'allais écrire: machine de guerre... Heureusement j'ai raison
gardé).
Et soudainement, je repense à de nombreux autres éditoriaux ou
chroniques que j'ai lus par le passé dans La Presse, sous votre plume
mais également sous celles de M. Dubuc, de Mme Lysiane Gagnon (pas plus tard que
ce samedi le 21, tiens...), voire M. Mario Roy, M. Claude Picher ou Mme Michèle
Ouimet...
Oui, Reconnaissance à vous, André Pratte. Car je puis
aujourd'hui affirmer à votre sujet ce que jadis, mutatis mutandis,
l'Allemand Kant déclara avec enthousiasme à la lecture de l'Essai sur
l'Entendement humain de l'Anglais Hume: «Il m'a tiré de mon
sommeil dogmatique»!
Vous m'avez, M. Pratte, amphétaminisée pour les
prochains Jeux politiques.
Mathilde François
Montréal,
Québec
23 août 2004
* Hélas ! je crois que le verbe est ici parfaitement
juste. Je l'ai fait également parce que je sais fort bien que les possibilités
sont pratiquement nulles que mon commentaire soit rendu public dans vos
pages.
- Courriels
complémentaires :
http://www.cyberpresse.ca/general/contacteznous.php?j=2

TRIBUNE LIBRE
Faire le mort, ou faire peur à l'ours?
Hugo Benoit
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
Faire le mort, ou faire peur à l'ours? L'histoire rocambolesque de l'ours,
du serpent et du peuple.
Souverainistes, notre problème est bien simple : nous sommes obsédés par
l'indépendance. Nous sommes des rêveurs. Nous nous voyons déjà indépendants.
Nous avons même oublié les raisons qui nous poussent à vouloir devenir
indépendants... La culture, la langue, les finances, l'histoire; nous
répétons sans cesse ces mots, mais toujours à froid et de la même façon.
Dans le même contexte, les mêmes illusions. Le Québec a l'impression qu'il a
gagné, et cette pensée nous maintient dans le statu quo. Les souverainistes
voient le Québec comme une nation qui finira forcément par devenir
indépendante ou se découragent et n'agissent plus. Les fédéralistes
québecois, eux, voient le Québec comme une nation qui a déjà gagné tout ce
qu'elle avait à gagner. Les choses stagnent, mais certains osent encore
brasser la cage dans laquelle l'ours s'est lui-même enfermé.
La récente sortie de Parizeau, inspirée par Robert Laplante, en est la
preuve. La vérité sort enfin... La vérité c'est que nous sommes paralysés
par le venin fédéraliste et l'élite souverainiste aussi. Changer de
stratégie pour l'accession à la souveraineté me semble la seule alternative
valable. Membres du Bloc québecois et du Parti québecois, souverainistes,
indépendantistes, nationalistes, citoyens, hommes et femmes, il faut faire
pression sur nos députés dans un seul but : faire élire le Parti québecois
comme un parti qui, dès qu'il entrera au gouvernement, agira de façon à
faire du Québec une nation souveraine. Car sans l'élection d'un gouvernement
plus radicalement indépendantiste à Québec, nous serons toujours voués à
l'échec.
Faites pression sur vos députés souverainistes.

TRIBUNE LIBRE
Y a-t-il des «Québécois» à Athènes?
Dominic Cournoyer
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
Naturellement, étant donné que nous sommes dans la période des Jeux Olympiques, nos médias suivent ça de près, ce qui est tout à fait normal.
Mais le hic, c'est qu'apparemment, il n'y aurait pas de Québécois qui y participeraient... Du moins à entendre les journalistes et les commentateurs ce seraient tous des «Canadiens».
La madame qui commentait un des matchs de volleyball de plage, disputé entre autre par les deux Québécoises Guylaine Dumont(celle-ci avait déjà manqué les jeux d'Atlanta dans le passé, victime du mépris d'un entraîneur Canadien-anglais) et Annie Martin, semblait avoir un revolver sur la tempe. Qui l'obligeait à répéter abondamment l'expression «les Canadiennes»? Si une équipe est constituée d'un athlète de l'Ontario et d'un du Québec, il est en effet approprié de les qualifier d'être «Canadiens», du moins à la limite de l'acceptable. Mais pourquoi utiliser l'expression «Canadiennes» quand les deux athlètes sont québécoises?
Apparemment, à chaque quatre ans, les Jeux Olympiques sont entre autre un instrument de promotion de l'unité canadienne.
Heureusement (et malheureusement d'un autre côté), les «athlètes canadiens» n'ont presque pas de connu de succès aux Olympiques d'Athènes (dans les précédents jeux de Sydney non plus d'ailleurs), ce qui rend moins efficace cette campagne de propagande visant à nier l'existence du Québec et des individus qui devraient être qualifiés de Québécois(e)s.
Bien sûr, si nous blâmons ces journalistes et commentateurs, ils vous répondront qu'ils «ne font pas de politique»... Faux! Tout est politique! En utilisant ce vocabulaire à la Trudeau où tout est Canadien coast-to-coast, ils prennent clairement position!
La partisanerie des médias au Québec n'est pas aussi flagrante que dans certains pays, c'est justement là la beauté de la chose! Il devient ensuite plus ardu pour les détracteurs de nos médias de démontrer qu'ils ont un parti pris! Mais les subtilités cachées par leur vocabulaire les trahissent tout de même!

TRIBUNE LIBRE
S.V.P. pas un autre patineur artistique
Lucien Lalonde, Gatineau
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
Une course à la présidence du PQ est devenue obligatoire et il faut que M. Landry démissionne de son poste, car depuis quand un chef de l'opposition Péquiste est en accord avec un premier ministre Libéral sur des sujets qui impliquent directement la nation Québécoise et qui va a l`encontre de nos objectifs. M. Landry a dit que M. Charest avait bien fait sur l`entente au sujet de la santé avec le fédéral mais c`est pas assez car l`année prochaine va falloir recommencer encore le tordage de bras pour de l`argent.
M. Landry dit que M.Charest fait de son mieux pour le désiquilibre fiscal.
Depuis l`élection de M. Charest au pouvoir je n`ai pas vu M.Landry faire déplacer la moindre poussière pour faire avancer la création d`un nouveau pays le Québec. HO !! excusez-moi, sa saison des idées avec les décisions que lui a déja prises et qui nous ont menés là où nous sommes aujourd`hui.
Il n`y a pas de mais , peut-être , si , (on a mis Lucien dehors le messie) imaginez M. Landrdy n'a même pas ce titre, allez et de deux.
Je suis pour l`élection référendaire tel que proposée, tout le processus à établir et par la suite le référendum.
Je pense même que M. Parizeau pourrait redevenir le prédident du parti ou quelqu'un qui
a la même conviction que lui pour nous faire atteindre notre but.
S.V.P. pas un autre patineur artistique.
Bien à vous, à la prochaine.

TRIBUNE LIBRE
POUR UNE ASSEMBLÉE CONSTITUANTE ÉLUE
Féridoune Babaï
Outremont (Québec)
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
POUR UNE ASSEMBLÉE CONSTITUANTE ÉLUE : Une autre démarche démocratique pour le choix de l'avenir du Québec et pour sortir de l'impasse actuelle
La proposition récente du M. Jacques Parizeau ouvre la voie pour l’étude critique des démarches démocratiques afin de réaliser la souveraineté du Québec. Je propose la formation d’une assemblée constituante élue, pour le choix de l’avenir du Québec.
La constitution actuelle du Canada, modifiée en 1982 sans consentement de l'Assemblée nationale du Québec, n'a pas été approuvée par un référendum au Québec ou au Canada. La légitimité de cette constitution a été mise en doute, avec raison, par la majorité des Québécois. Cependant, pour le gouvernement fédéral , les autres provinces anglophones et des fedéralistes canadiens elle est légale et applicable au Canada entier.
Au référendum de 1995 presque la moitié de la population du Québec (environ 60% des québécois francophones) et la majorité des comtés ont appuyé la souveraineté du Québec. Cependant, l'autre moitié de la population du Québec (40% des québécois francophones et plus de 95% des québécois anglophones) ont dit non à cette option.
Les sondages récentes démontrent que la majorité des québécois ne sont pas actuellement prêts à participer à un autre référendum sur la souveraineté du Québec.
La conséquence des faits ci-haut mentionnés est le cul de sac ou le blocage actuel ,l’invasion du gouvernement central dans les juridictions provinciales et la continuation des doutes ou incertitudes sur l'avenir politique du Québec et du Canada.
Cette incertitude pourrait être éliminée seulement quand la majorité absolue de la population du QUÉBEC (50% plus 1) et la majorité des comtés (51% ou plus) appuieront une des options (souveraineté du Québec ou fédéralisme canadien).
L'élimination de l'incertitude et le blocage constitutionel au niveau du Canada dépend également de cette décision majoritaire claire du Québec et l'acceptation de la décision démocratique du peuple québécois, y compris la reconnaissance de la nation québécoise, par le Canada anglais.
Dans l'état actuel de l'opinion publique, il est nécessaire de prévoir une voie démocratique dynamique permettant le choix des options valables et l'approbation d'une des options par un référendums.
Il y a trois voies démocratiques pour approuver et réaliser des changements constitutionnels ou la souveraineté du Québec :
1. Élection générale référendaire de l'Assemblé nationale avec le mandat de décider de l'avenir constitutionnel et du type d'association ou partenariat Québec-Canada (constitution de 1982, fédéralisme renouvelé ou la souveraineté).
2. Référendum sur une des options mentionnées.
3. Élection d'une Assemblée constituante avec le mandat précis de décider de l’avenir du Québec et du type d'association Québec-Canada (constitution de 1982, fédéralisme renouvelé, confédération des états souverains, souveraineté -association économique avec le Canada ou l'indépendance) et de soumettre l'option ou les options choisies au référendum, surtout s'il n'y a pas un consensus fortement majoritaire sur un des options.
Regardons les advantages et les inconvenient de ces trois voies :
L'objectif principal des élections générales étant le choix du prochain gouvernement, cette voie est la moins indiquée pour choix de l'avenir car, il est pratiquement impossible de séparer le jugement des citoyens sur le bilan du gouvernement précédant et le programme des parties politiques pour le prochain mandat, avec leur option sur l'avenir du Québec.
Le référendum, avec une seule question, est une voie qui permet à la population d'exprimer leur avis sur une proposition soumise par le gouvernement. Cette voix très démocratique ne permet pas cependant, à la population ou leurs représentants élus, d'étudier les différentes options et choisir, si possible, une option de consensus ou majoritaire compatible avec les droits légitimes du peuple québécois et ses composants .
L'assemblée constituante élue au suffrage universel est la seule voie démocratique qui permet aux représentants élus, spécifiquement pour le choix de l'avenir, d'étudier les différentes options, chercher si possible une option de consensus compatible avec les droits légitimes de toutes les composantes (majoritaire et minoritaire) de la société québécoise et enfin, de préparer une ou des questions à soumettre à un référendum ultime.
La formation de l'assemblée constituante élue a été proposée par quelques personnes ces derniers années. Cependant, cette proposition n'a pas été analysée à son mérite ni par les partis politiques ni par les médias. Un silence étrange domine le sujet; on dirait qu'il y a un blocage psychologique chez les penseurs des partis, les intellectuels et les journalistes concernant l'assemblée constituante élue.
Un des avantages majeurs de cette voie est que pendant le temps que l'assemblée constituante s'occupe des options sur l'avenir du Québec, le gouvernement et l'Assemblée nationale pourraient consacrer ses énergies sur la gestion des affaires ordinaires de l'état.
Au Canada, le refus de l'accord de Meech et l'accord de Charlottetown a démontré l'impossibilité de changements acceptables au Québec dans le cadre de la constitution de1982. La formation d'une assemblée constituante au Canada serait également une voie indiquée pour sortir le Canada de l'impasse actuelle.
Il est donc nécessaire que le parti québecois et le bloc québecois nous éclairent sur les avantages ou les inconvénients de cette autre démarche démocratique, avant les prochains élections générales.
Si cette voie offre la possibilité de solution ou déblocage, le prochain gouvernement du Québec pourrait proposer une loi cadre pour la formation de l'Assemblée constituante élue à l’Assemblé nationale et organiser l’élection de cette Assemblé Constituante.
Cette loi doit prévoir :
-la durée du mandat de l'Assemblée constituante qui peut être de 3 ans,
- le nombre des représentants élus, par exemple 1 par 2 comtés électoraux actuels ,
- les mandats précis de l'Assemblée constituante, à savoir, 1) l'étude des options sur l'avenir du Québec, choix d'une question ou des options à soumettre au prochain référendum sur l’avenir du Québec et enfin la rédaction de la constitution du Québec.
- 2) proposition de l'option choisie par la majorité absolue de la population et des comtés du Québec(double majorité ) aux Gouvernements du Québec et du Canada.
- 3) Rédaction de la constitution du Québec, selon l'option approuvé par la majorité des québécoises et québécoise.
Je pense que les membres du Parti et la population bien informées préféreront, dans la situation actuelle, cette démarche aux autres voies (élection référendaire ou référendum) pour le choix de l'avenir et pour sortir du blocage constitutionnel actuel.

TRIBUNE LIBRE
Il faut rénover les Jeux olympiques
Sylvio Le Blanc, Montréal
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
Les Jeux olympiques sont de retour avec leurs quelque 10 000 athlètes, dont des juvéniles, genre Nadia Comaneci, qui vont nous épater par leur grâce et leur agilité. Mais peu parmi les trois milliards de téléspectateurs prévus savent que nombre d’entre eux vont hypothéquer leur santé avant l’âge adulte et endurer pour longtemps de multiples maux articulaires et autres.
«Mens sana in corpore sano», dit la sage et séculaire formule. Nombre d’athlètes semblent néanmoins prêts à tout pour voir leur nom écrit en lettres d’or au panthéon des JO, quitte à écourter leur vie. Pour certains, il y a le gros lot à gagner (on a promis un million à un nageur états-unien s’il remportait sept médailles d’or), pour d’autres la possibilité d’une vie meilleure (comme ces athlètes qui profitent des compétitions pour fuir leur pays).
L’une des aberrations des JO, ce sont ces foutus records à battre, encore et toujours, et qui n’existaient pas du temps des Jeux antiques. Je pense que, tant qu’il y aura des records à battre, il y aura du dopage. De toute façon, les hommes et les femmes ne pourront indéfiniment aller plus vite, sauter plus haut… Ils ont atteint leurs limites. La différence entre 10,49 secondes (le record du 100 mètres établi en 1988 par Florence Griffith-Joyner, morte à… 38 ans) et 10,48 secondes, c’est un centième de seconde. Battre un record ne prouve qu’une chose en réalité: qu’un athlète a fait subir à son corps les pires traitements pour y arriver.
Il est à se demander si les humains qui établiront des records au cours du XXIe siècle seront normalement constitués. Y aura-t-il bientôt des Jeux pour les «normaux» et d’autres pour les «bioniques»? Les Jeux olymbioniques?
Que cesse la surenchère! Aux oubliettes les records! Qu’on récompense les trois meilleurs concurrents à une compétition et qu’on gomme le reste. Il faut aux athlètes rester des hommes, et rappeler un peu ceci: la pratique d’un sport est chose plus importante que la victoire.
L’autre aberration des JO, c’est le regroupement des athlètes par pays d’appartenance. Ce que les pays veulent, c’est rapporter le maximum de médailles pour se bien faire voir à la face du monde, et, pour leurs dirigeants, se bien faire voir à la face du peuple. Rien de moins politique, quoi. Comme si rapporter beaucoup de médailles prouvait la force d’un pays (l’Australie – 20 millions d’habitants – est déjà arrivée troisième aux JO et l’ex-Allemagne de l’Est – autant d’habitants – est déjà arrivée première). On veut rapprocher les pays, c’est le contraire qui se produit, chauvinisme aidant.
Si on souhaite une fête sportive vraiment rassembleuse, je suggère qu’au début de chaque JO il y ait un tirage au sort. Tous les pays du globe, du plus pauvre au plus riche, du plus petit au plus grand, auraient chacun le même nombre d’athlètes sélectionnés de par le monde pour les représenter. On pourrait ainsi voir les Canadiens Daniel Igali représenter le Chili, Alexandre Despatie le Mali, Christine Nordhagen le Myanmar, Kyle Shewfelt le Qatar. Le temps des JO, le monde n’aurait plus de frontières, en quelque sorte.
Un autre manquement des JO, élitistes, est qu’ils n’incitent guère le monde ordinaire à faire durablement du sport ou de l’exercice, qui a le souffle coupé devant tant d’excellence et de complexité. À l’instar des sports professionnels, il s’agit d’un spectacle à regarder passivement, un sac de chips et un Coke à la main (la vie par procuration sera le mal du XXIe siècle).
Tous les changements nécessaires seront impossibles tant que le Comité international olympique (CIO), un organisme privé, existera dans sa forme actuelle. Car c’est l’argent qui inspire cet organisme (Athènes aurait dû obtenir les JO de 1996 pour souligner le centième anniversaire de la résurrection des jeux modernes, mais c’est Atlanta, sise aux États-Unis, où les grosses affaires se brassent, qui l’a battue au fil d’arrivée) et aussi les cadeaux inestimables (souvenons-nous des deux gardes en terre cuite donnés par la Chine). Il est maintenant établi que plusieurs des votes du CIO ont été achetés (ce qui aurait permis à Salt Lake City de tenir ses JO).
Je ne vois qu’une organisation pour prendre le relais du CIO: les Nations unies. Peut-être verrions-nous alors le sport retrouver ses lettres de noblesse et une rotation équitable s’établir dans le choix des pays et des continents hôtes des JO. Peut-être verrions-nous enfin l’Afrique accueillir les JO (un vrai scandale), car c’est chose due aux Africains et, en un certain sens, à tous les athlètes d’origine africaine, de Jesse Owens à Perdita Felicien. Et si les infrastructures nécessaires manquent dans un pays seul, il n’y a qu’à envisager que les JO se tiennent dans plus d’un pays en même temps (un regroupement soutenu financièrement par les pays riches). Ce serait une belle première! Si l’Afrique déclare forfait, l’Amérique du Sud prendra la balle au bond, ou encore l’Asie du Sud-Est ou le Moyen-Orient. Comme les JO d’hiver doivent se tenir dans des pays où sévit le froid, il faudrait compenser avec les JO d’été. Finie, la suprématie des pays riches.
Pour faire plier le CIO, les nations doivent arrêter de le financer et injecter les sommes retenues dans le vrai sport amateur (à l’école, en particulier, pour rendre les bambins accros à l’activité physique, le meilleur moyen de combattre l’obésité et l’apathie).
Pour finir, il est consternant de lire sous l’emblème – un rameau d’olivier – des présents JO la seule inscription «Athens 2004». Le français perd donc encore du terrain. Pauvre Pierre de Coubertin, qui doit se retourner dans sa tombe. Une autre preuve que l’argent mène le monde.

TRIBUNE LIBRE
Il faut créer le momentum
Michel Gauthier, Boischatel
TRIBUNE LIBRE 23 août 2004
J'aimerais mentionner que la stratégie référendaire choisie par le congrès
du parti québécois de 1974 se justifiait par le fait qu'à l'époque les
indépendantiste ne représentaient que 20% de l'électorat. Pour prendre le
pouvoir et faire progresser le Québec il fallait nécessairement dissocier la
question gouvernementale et la question de l'indépendance.
Maintenant, trente ans plus tard, la situation a énormément évolué. Selon
le dernier référendum les indépendantistes représentent près de 50% de
l'électorat, de sorte que l'option n'est plus du tout un obstacle à la prise
du pouvoir, et on peut même penser le contraire. De plus on peut se
demander à quoi servirait un gouvernement péquiste provincial de plus, dans
la mesure où toutes les réformes dont nous avions besoin à court terme ont
été réalisées.
En fait, le temps est venu pour le parti québécois de ne plus dissocier les
questions gouvernementale et de l'indépendance. Il faut créer le momentum à
l'occasion des élections, et même avant, de sorte que le référendum
constitutionel qui suivra cette élection soit un référendum gagnant.
