
Duceppe appuie Landry sans réserve
Alec Castonguay
Le Devoir jeudi 26 août 2004
Le chef bloquiste désavoue la proposition Parizeau
Lac-Delage - En retraite de deux jours avec son caucus de 54 députés au Manoir de Lac-Delage, au nord de Québec, le chef du Bloc québécois a rejeté hier le plan mis en avant par Jacques Parizeau pour accéder à la souveraineté. Gilles Duceppe a également appuyé sans équivoque Bernard Landry, qui fait face à une contestation de son leadership au sein de ses rangs à quelques jours de l'ouverture du conseil national du Parti québécois.
L'idée de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau de faire voter la population sur un projet de constitution du Québec plutôt que sur la souveraineté elle-même ne change rien à la position du parti souverainiste à Ottawa: pour le Bloc, un référendum est obligatoire. «À maintes occasions durant la dernière campagne électorale, j'ai pris position, a dit M. Duceppe lors d'un point de presse en après-midi. Je continue à dire que la souveraineté se décide par un référendum tenu au Québec sous les lois de l'Assemblée nationale. On n'a pas changé d'idée à ce sujet.»
Le débat, même s'il reste délicat, ne doit pas pour autant passer sous silence, croit le chef bloquiste. M. Duceppe est par ailleurs d'accord avec certains aspects de la thèse de M. Parizeau, notamment celui voulant que le PQ doit avant tout mettre en avant la souveraineté aux prochaines élections. «Le PQ devrait aller chercher un mandat pour réaliser la souveraineté, a-t-il soutenu. L'inverse me semblerait anormal.»
La population doit aussi être plus informée sur un futur pays du Québec et son fonctionnement, selon M. Duceppe. Il faut que les souverainistes apprennent de leurs erreurs de 1995 et démontrent ce que ferait le Québec de l'an 1. «Il faut qu'un référendum porte sur l'accession à la souveraineté, mais il faut aussi préparer l'avenir et dire: voilà ce qu'on ferait en tant que pays souverain, a-t-il souligné. On a le devoir de faire ça. On a le devoir de mettre des choses en place et de dire: voilà ce que nous ferons si vous nous en donnez le mandat. Dire ce qu'on ferait des sociétés d'État, par exemple. Il faut aborder ça. C'est éclairer les citoyens, c'est du travail de préparation.»
Confiance en Landry
À quelques jours du conseil national du Parti québécois, qui s'annonce houleux, en fin de semaine à Québec, la question était incontournable vu la tempête qui secoue Bernard Landry. Certains militants veulent une course au leadership alors que d'autres contestent ouvertement la position de M. Landry à la tête du parti.
Bernard Landry doit-il rester le chef du PQ, et ce, sans aucune course au leadership? «Tout à fait, a tranché Gilles Duceppe. Moi, je pense que Bernard Landry est un excellent chef du Parti québécois et qu'il a un mandat légitime. Les règles du PQ sont respectées et seront respectées, j'en suis sûr. Mais Bernard Landry a mon entière confiance.»
Le chef bloquiste a lui aussi déjà été dans cette situation et encourage Bernard Landry à persévérer. «J'ai connu ça aussi, comme chef, la contestation, et c'est sûr qu'il y a des jours plus faciles que d'autres, a-t-il souligné, sourire en coin. Mais quand on est déterminé et qu'on a des principes, des convictions fermes comme Bernard Landry en a, on passe à travers cela. Il a toute mon admiration et tout mon appui.»
Duceppe rencontrera Martin au début de la semaine
Tel que promis, le premier ministre Paul Martin aura rencontré tous les chefs de parti avant la conférence des premiers ministres sur la santé, prévue du 13 au 15 septembre. Après Stephen Harper et Jack Layton cette semaine, Gilles Duceppe sera à son tour convoqué au 24 de la promenade Sussex au début de la semaine prochaine.
Si le chef bloquiste préfère garder ses commentaires et ses objectifs pour le premier ministre seulement, on peut d'ores et déjà prévoir des discussions sur la santé, le déséquilibre fiscal et la caisse d'assurance-emploi, des thèmes chers au Bloc québécois. «Malgré les positions divergentes, il est possible d'avoir des objectifs communs», a soutenu Gilles Duceppe.
Les deux journées de caucus servent justement à préparer les positions du parti sur certains dossiers avant la rentrée parlementaire, prévue le 4 octobre.

Lisée conteste "le drôle" de OUI" de Parizeau
Denis Lessard
La Presse jeudi 26 août 2004
Québec - Au moment où le gouvernement fédéraliste de Jean Charest est au plus bas dans l'opinion publique et que le Bloc québécois vient de remporter une victoire " éclatante ", le Parti québécois se paie un débat " désolant " sur la statégie référendaire.
Constat percutant hier de celui qui, pendant des années, prêta sa plume à l'ancien premier ministre Jacques Parizeau: Jean-François Lisée estime aujourd'hui que le plan de son ancien patron " nous éloigne de la souveraineté plutôt que de nous en rapprocher ".
Dans un texte publié dans les pages Forum de La Presse, (voir page A15) M. Lisée, ex-conseiller politique de MM. Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, avoue s'interroger devant le " paradoxe " de la stratégie du Parti québécois, au moment où, " jamais depuis l'échec de l'accord du lac Meech, en 1990, les fédéralistes n'ont fait preuve d'une telle faiblesse ".
Or à ce moment précis où la souveraineté est revenue à 50 % dans les sondages, " que font-ils (les militants du PQ)? Ils discutent de stratégie. Je serai le dernier à prétendre que le sujet n'est pas digne d'intérêt. Mais le choix du moment, et des priorités me désole ", laisse tomber M. Lisée, devenu directeur du Centre d'études internationales de l'Université de Montréal.
Joint hier M. Lisée a refusé toutefois d'ajouter sa pierre aux commentaires des Yves Michaud et Nicole Léger qui réclament une course à la direction du PQ. " La problématique du leadership existe, mais je n'ai pas l'intention d'y prendre part ", indique-t-il, prévenant à l'avance qu'il ne commenterait pas davantage au cours de sa présentation au caucus du PQ, demain à Québec.
M. Landry, qui a tenu à rencontrer ses députés toute la journée avant le passage délicat du conseil national, aura fort à faire pour convaincre plusieurs élus. Jean-Claude Saint-André, député de L'Assomption, a refusé de dire s'il souhaitait le départ de son chef, mais son silence était éloquent. " J'ai dit ce que je pensais à M. Landry en juin, j'imagine que cela a alimenté sa réflexion ", a-t-il dit, ajoutant du même souffle qu'il était favorable à ce qu'on discute en fin de semaine de la résolution de l'association de circonscription de Notre-Dame-de-Grâce qui réclame une course à la direction du PQ.
Député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau est devenu aussi muet quand on lui a demandé s'il appuyait M. Landry. La veille, Nicole Léger avait publiquement demandé à M. Landry de déclencher une course à sa succession, l'accusant d'avoir " tergiversé " avant d'annoncer ses intentions. Le soir même, Pauline Marois l'une des prétendantes, louait le courage de la députée de Pointe-aux-Trembles.
La Presse a aussi obtenu des documents fruits des consultations de la " Saison des idées " sur le programme et l'organisation du PQ. Le premier, passablement vague, étire sur 45 pages les principes qui doivent guider les péquistes sans proposer d'engagements précis. " Le PQ est dédié à la création et au développement d'un pays. Ce pays, le Québec, sera de langue française, démocratique, ouvert, pacifique, solidaire, productif, respectueux de l'environnement, créatif et fier de lui ", lit-on dans la déclaration de principe liminaire. On affirme la primauté du français, mais on reste muet sur la langue d'affichage ou de l'enseignement de la langue seconde. Le développement de la culture québécoise " sous-tend un refus de la concentration des médias écrits autant qu'électroniques ", écrit aussi le comité dirigé par Marilyse Lapierre et Francine Descarries.
Sur le parti, le comité dirigé par Rosaire Bertrand préconise des modifications aux rôles et pouvoirs du bureau national, la mise en place d'une commission politique. Principale innovation, on prévoit la mise en place de " clubs politiques " pour que le PQ reflète la coalition des souverainistes regroupés à l'extérieur du parti. Ces groupes pourraient formellement participer aux activités du PQ ou y être invités.
Dans cette mouvance, avec la bombe de Jacques Parizeau et la fronde prévisible contre Bernard Landry, la sortie de Jean-François Lisée a l'allure d'une douche froide sur des militants souverainistes galvanisés par la sortie de l'ancien chef.
Pour M. Lisée, avant que le Québec ne soit souverain, trois étapes devront être franchies. Le PQ devra d'abord se faire élire. Or une partie des souverainistes sont encore réticents à la tenue d'un référendum, " ils ont une crainte légitime de l'échec ". " Dans l'état actuel des choses un PQ qui se présenterait aux urnes en promettant de déclencher automatiquement le processus indépendantiste repousserait dans le camp de ses adversaires à la fois les votes fédéralistes et une partie des votes souverainistes (...) Polariser l'élection sur le seul enjeu souverainiste, c'est donner un second mandat à Jean Charest ", tranche l'ancien conseiller.
Jacques Parizeau, comme Robert Laplante, directeur de L'Action nationale, proposent que le référendum porte sur une constitution du Québec plutôt que sur le projet souverainiste. Encore là, c'est faire fausse route, estime Lisée. Il sera toujours plus difficile d'obtenir 50 % d'appui à un texte précis où chacun pourra s'opposer à l'une des formules qu'à un " principe ouvert qu'on appuie ou rejette ", selon Lisée.
Même bien des Québécois, au fait des démarches similaires à l'étranger, s'offusqueraient d'un mécanisme qui présume de leur aval. Ils " voteront NON pour protester contre le mécanisme. Ils seront irrités qu'on veuille leur vendre les modalités avant qu'ils n'aient accepté le principe, comme ils rabroueraient un vendeur d'automobiles voulant les convaincre d'installer l'air climatisé dans une voiture qu'ils n'ont pas encore décidé d'acquérir ", ironise M. Lisée.

Un faux débat
Michel David
Le Devoir jeudi 26 août 2004
En vingt ans, le seul chef du PQ à avoir été élu au suffrage universel des membres a été Pierre Marc Johnson. On ne peut pas dire que ça lui ait été très bénéfique.
L'exemple de M. Johnson, victime d'un putsch deux ans après une victoire très nette, permet de relativiser l'argument selon lequel le leadership de Bernard Landry sortirait renforcé d'une course à la chefferie.
Yves Michaud plaide que les premiers ministres défaits ont toujours démissionné à brève échéance. En réalité, ils ont préféré partir avant qu'on ne les mette à la porte, mais aucun putsch ne menace actuellement M. Landry, qui conserve l'appui de la très grande majorité des députés et sans doute des membres de son parti.
Comme ses prédécesseurs évoqués par M. Michaud, M. Landry pensait devoir faire ses valises au lendemain de la défaite du 14 avril 2003, mais il s'est rendu compte, sans doute à sa grande surprise, que les prétendants à sa succession n'étaient pas de taille à le renverser.
Les statuts du PQ ne font aucune distinction entre un ancien premier ministre et un simple chef de l'opposition. Qu'un scrutin ait été perdu ou gagné, ils prévoient que le chef du parti doit se soumettre à un vote de confiance au congrès suivant les élections. Il n'y a présentement aucune raison d'y déroger. La question de la légitimité est un faux débat.
On peut comprendre qu'une fidèle de Pauline Marois comme Nicole Léger réclame une course, mais à moins qu'il ne s'agisse de séquelles de la malheureuse affaire qui porte son nom, M. Michaud fait erreur s'il croit vraiment aider son ami Landry.
Démissionner de son poste pour être candidat à sa propre succession serait un aveu de faiblesse de sa part. Il reconnaîtrait ainsi que son leadership est sérieusement contesté, ce qui n'est pas le cas.
En 1983, Joe Clark avait fait une démonstration éloquente du risque que comporte une manoeuvre de ce genre, à laquelle un chef de parti ne devrait recourir qu'en toute dernière extrémité. Dans le cas de M. Landry, ce serait nettement prématuré.
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En théorie, une course au leadership est plus facile à remporter qu'un vote de confiance. Le candidat qui obtient 50 % des voix plus une est automatiquement proclamé chef alors qu'un score inférieur à 80 % lors d'un vote de confiance prend l'allure d'un désavoeu.
À première vue, une course ne serait qu'une formalité pour M. Landry, tandis que Lucien Bouchard avait appris à ses dépens, en novembre 1996, qu'un congrès peut réserver de très mauvaises surprises. Et pourtant...
Si leurs personnalités sont bien différentes, l'actuel chef du PQ a au moins une chose en commun avec Joe Clark. Tout au long de sa carrière, l'ancien chef conservateur a joui de l'estime de ses troupes, mais il n'a jamais réussi à susciter une véritable adhésion à sa personne.
M. Landry n'a ni le charisme de René Lévesque ni la stature imposante de Jacques Parizeau. Par égard pour ses longs états de service, les militants péquistes ne souhaitent aucunement lui infliger l'humiliation d'une mise à la retraite forcée, mais s'il leur offre lui-même l'occasion de le remplacer, plusieurs pourraient se découvrir un goût soudain pour le changement.
Certains estiment que le PQ aurait de meilleures chances de remporter les prochaines élections avec Pauline Marois ou François Legault, même si ceux-ci n'ont pas l'envergure intellectuelle de M. Landry. Après tout, si les libéraux ont pu gagner avec Jean Charest... Il suffirait d'un ou deux sondages renforçant cette impression pour semer le doute dans les esprits.
Sans oublier Gilles Duceppe. Le chef du Bloc a conclu une sorte de pacte de non-agression avec son vis-à-vis péquiste, mais cette entente tiendrait-elle si M. Landry déclenchait lui-même une course au leadership? Certes, le chef du Bloc québécois aura beaucoup à faire à Ottawa au cours des deux prochaines années, mais son étoile ne brillera jamais autant que maintenant, et certaines occasions ne se représentent pas.
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Bref, même s'il est convaincu qu'il l'emporterait facilement, pourquoi M. Landry se donnerait-il toute cette peine? Demain, à l'ouverture du conseil national, il confirmera donc qu'il entend solliciter la confiance des délégués au congrès de juin 2005.
D'ici là, il a avantage à afficher le plus grand respect pour les militants. En 1996, c'est autant l'attitude autoritaire et capricieuse de Lucien Bouchard que ses positions sur la langue, jugées trop timorées, qui avaient indisposé les délégués. Un peu plus de modestie et de diplomatie lui aurait évité bien des soucis.
On entend actuellement au PQ le même genre de récriminations qu'à l'époque de M. Bouchard. On a reproché à M. Landry son empressement à pourfendre la nouvelle version de l'élection référendaire concoctée par Jacques Parizeau, mais il avait le devoir de dire clairement que cette avenue lui était inacceptable. À en croire le rapport du Chantier pays, qui a fait l'objet d'une fuite dans La Presse d'hier, c'est également l'opinion de la majorité des militants.
Il sera impossible de dissocier complètement le débat sur le processus d'accession à la souveraineté de la question du leadership, mais ce n'est pas une raison pour tenter d'escamoter le débat sur l'élection référendaire. Bien au contraire, M. Landry a tout intérêt à faire en sorte que la question soit vidée avant le congrès. Si les militants désirent y consacrer un conseil national spécial, très bien. Deux, s'il le faut.
mdavid@ledevoir.com

The changing face of the PQ
DON MACPHERSON
The Montreal Gazette August 26, 2004 Thursday
Well into the marathon, four-hour nominating convention held by the Parti Quebecois in Gouin riding this week, somebody remarked on how breathable the air was in the church basement hall where the meeting was taking place.
The PQ doesn't choose its candidates in smoke-filled rooms anymore. A party founded by a Player's chain smoker, Rene Levesque, now is led by Bernard Landry, a power walker.
Another, more politically significant change was also apparent at the convention, one that has implications for the party's federalist adversaries.
For most of its history, the PQ has been a party of French Canadians for French Canadians. But two of the four candidates seeking the nomination for the Sept. 20 by-election in Gouin were non-French Canadians.
And one of them, a woman of Haitian descent named Dominique Ollivier, came within a single vote, out of more than 200 cast by ordinary card-carrying members, of taking the nomination from a rival backed by the local party establishment; she tied with Nicolas Girard, the eventual winner, on a run-off second ballot, forcing a third.
The PQ has had several minority candidates before, and a few of them even got elected; the first non-white member of the National Assembly was a Pequiste, Haitian-born Jean Alfred, elected in 1976 and 1981 in the Ottawa Valley riding of Papineau.
But the ones who were successful were not only well "integrated," or assimilated into the French-speaking majority, but also usually played down their ethnicity. And the party rarely put up minority candidates in promising ridings; instead, they were usually relegated to running in their own communities, in ridings where no PQ candidate had a hope of winning.
When a minority candidate did seek the party's nomination in a strong PQ riding, it was usually because the party leadership tried to impose them upon the riding association for cosmetic purposes, to improve the party's image.
As recently as 10 years ago, the party association in the PQ stronghold of Mercier, which is adjacent to Gouin, rejected an Italian-born candidate supported by the leadership. Some members complained that he was an "outsider" who should have run among "his own."
Like Mercier, Gouin is not a predominantly "ethnic" riding; 78.6 per cent of its inhabitants at the 2001 census had French as their mother tongue. And like Mercier, it's a solid seat for the PQ, going to the party in all seven general elections since 1976.
But neither Ollivier nor the other minority candidate for the by-election nomination, Paulo Zambito, who is of Italian descent, had the backing of the party leadership. Both ran because they thought ordinary rank-and-file Pequistes were ready for a minority candidate. Both played up their ethnicity as political assets.
In fact, all the candidates, in their speeches at the meeting, said the party needs to reflect all of Quebec's cultural diversity. Now, in addition to sovereignty and the defence of the French language, prospective PQ candidates must come out in favour of diversity as well.
Some PQ strategists see potential gains for the party if it reaches out to two minority groups in particular: recent immigrants from francophone countries and the "children of Bill 101," earlier immigrants required to attend French school since the adoption of the French Language Charter by the first PQ government in 1977.
Concerning the latter, there is some evidence that as they grow up and assimilate into the francophone linguistic community, they acquire political attitudes similar to those of their francophone former classmates.
At first, Bill 101 bought time for Canada by eliminating the linguistic grievances that had been driving the sovereignty movement. Now that the language law has had time to work its intended assimilating effect, it might have started to help the sovereignist cause by bringing it reinforcements.
But just as assimilation changed French Quebec as well as the cultural minorities that were assimilated, the need to make room for an influx of new supporters with a different experience of Quebec might change the PQ as well.

Landry affronte les esbroufeurs
J.-Jacques Samson
Le Soleil jeudi 26 août 2004
Éditorial - C'est Jean Charest qui doit se bidonner. Alors qu'il avait les épaules au plancher, une mutinerie inespérée se poursuit au Parti québécois sur le thème diviseur de la souveraineté. Bernard Landry colmatera demain soir une grosse brèche dans la coque de sa galère en confirmant son intention de demeurer chef du parti. Il avait dû éteindre il y a quelques jours le feu allumé par Jacques Parizeau et ses fidèles, qui réclamaient que le Parti québécois transforme les prochaines élections générales en un référendum sur la souveraineté, une démarche antidémocratique que le PQ a écartée il y a 30 ans. Et voilà que des ayatollahs ressortiront en fin de semaine, à l'occasion du Conseil national du Parti québécois, un autre de leurs vieux pièges afin d'emprisonner le chef et les élus qui pourraient être appelés à former un gouvernement : un référendum devrait obligatoirement être tenu au cours des deux premières années du mandat d'un gouvernement péquiste, peu importe la conjoncture sociale, économique et politique.
Une telle exigence vient en opposition directe avec la volonté qu'a âprement défendue Bernard Landry de tenir un autre référendum le plus tôt possible, mais seulement lorsqu'il aura l'assurance de le gagner. Lucien Bouchard, avant lui, avait développé la formule des "conditions gagnantes" qu'il fallait obligatoirement réunir d'abord. Dès la fondation du Parti québécois, René Lévesque avait aussi été confronté à cette même détermination de militants doctrinaires de forcer les élus à tenir un référendum à l'intérieur d'un délai bétonné.
Bernard Landry, homme d'État bien inspiré par la realpolitik d'un Bismarck, au moins sur cette question, sera maintenant forcé de redresser cet autre dérapage avant qu'il ne soit transposé dans des résolutions formelles au prochain congrès général. Vaudrait d'ailleurs beaucoup mieux qu'il le fasse dès dimanche, à la clôture du Conseil national à Québec. M. Landry a laissé beaucoup de latitude ces derniers mois pour un large brassage d'idées. Il a aussi permis aux prétendants connus à sa succession, les Pauline Marois et François Legault, de mener plus ou moins discrètement leur campagne auprès de leurs collègues députés et des militants. Ni l'un ni l'autre n'a incidemment impressionné par la qualité et l'originalité des idées avancées. Un chef doit cependant imposer son autorité à un certain moment et siffler la fin de la récréation avant que les tiraillements aient causé trop de torts à la formation politique auprès de l'ensemble de la population.
C'est ce que Bernard Landry doit faire demain soir. M. Landry a mûrement réfléchi avant d'arrêter sa décision de rester en poste ; il a consulté beaucoup et soupesé tous les paramètres. Il a également eu des rencontres particulières avec Mme Marois et M. Legault, me dit-on, pour discuter de son avenir et de celui du parti. Il possède un pointage très précis quant aux opinions de chacun de ses députés et ceux-ci ont eu tout le loisir de les faire connaître à leur chef. La sortie in extremis cette semaine d'une Nicole Léger, partisane de Pauline Marois, pour réclamer une course à la direction, dans la foulée de l'esbroufeur Yves Michaud, n'a rien d'un geste de courage et ne peut être mise non plus sur le compte de la candeur.
À compter de demain, la décision de M. Landry de mener les troupes péquistes pour la prochaine campagne électorale devra être comprise par tous comme étant irrévocable et il lui appartiendra de ne plus tolérer d'autres écarts du genre. Son autorité sur le parti et son image en tant que leader nécessiteront qu'il fasse preuve d'une saine fermeté. Son engagement pour la cause de la souveraineté est indiscutable, ses compétences et talents sont reconnus et sa notoriété est supérieure à celle des postulants au poste qu'il détient de plein droit. Le traitement dont il fait présentement l'objet, teinté d'une méfiance maladive, est odieusement injuste et ingrat. Ceux qui réclament une course à la direction et/ou des modifications au programme sur les modalités d'accession à la souveraineté n'ont en plus jamais su appuyer leurs prises de position sur des arguments un tant soit peu solides. Un chef est tout à fait justifié à un certain moment de clouer le bec à une petite minorité de militants irréfléchis d'une part et à quelques élus, d'autre part, mus par leurs seules ambitions personnelles. La population ne l'en respectera que plus.
M. Landry a aussi des devoirs toutefois. Il doit démontrer en contrepartie dès cette fin de semaine où il veut entraîner le parti et son aile parlementaire. Le Parti québécois est résolument social-démocrate. Fort bien. Mais l'interventionnisme de l'État doit être complètement repensé ; le poids de l'appareil public ne peut continuer de croître ; les contribuables tiennent à un allégement de la fiscalité. L'environnement, l'énergie, la démographie sont des sujets d'inquiétude grandissante. Les attentes sont aussi élevées quant à la concertation travail-famille que le PQ faisait miroiter en avril 2003. Les services de santé sont toujours défaillants et ce n'est pas seulement une affaire de sous.
Le Parti québécois a assez visionné au cours des derniers mois ses vieilles cassettes sur l'accession à la souveraineté ; à partir du jour où il garde le même chef, dont l'approche sur cette question est réaliste, bien connue et acceptée d'une large majorité, il doit se mettre en marche vers les prochaines élections générales en travaillant sur le modèle de société qu'il aura à proposer et les actions concrètes qu'il s'engagera à poser comme gouvernement. Nous n'en savons encore trop rien et c'est ce qui intéresse avant tout les citoyens.
JJSamson@lesoleil.com

Mort annoncée de l'étapisme?
Christian Quesnel
Le Devoir jeudi 26 août 2004
Lettres: Gatineau, le 22 août 2004
La récente relance du débat entourant le projet souverainiste par la sortie de Jacques Parizeau a rouvert la question de la raison d'être de son véhicule traditionnel: le Parti québécois.
Le rejet immédiat et sans équivoque par Bernard Landry de l'éventualité de la fin de l'étapisme laisse présager la même paralysie à laquelle les forces péquistes nous ont habitués depuis le référendum de 1995 face à la question nationale.
Les offensives juridiques (Loi sur la clarté) et fiscales (budgets Martin) du Canada envers le Québec ont mis K.-O. les ténors souverainistes au sein du PQ, qui manquent depuis lors d'imagination et de courage politique pour réaliser la raison d'être numéro un de leur parti.
L'approche de Jacques Parizeau et de Robert Laplante a le grand mérite de remettre sur la table à dessin le projet souverainiste et de définir le pays du Québec. Aux personnes qui rejettent l'approche Parizeau-Laplante en prétextant qu'elle est antidémocratique, je dis que c'est faux. Il y a plusieurs précédents récents, ici comme ailleurs sur la planète : le libre-échange adopté à la suite de l'élection des progressistes-conservateurs en 1988 et l'indépendance de la Slovaquie en 1993, acquise par une élection référendaire. Ces événements, bien que moins démocratiques que ce que proposent MM. Parizeau et Laplante, ont été reconnus par les instances internationales.
Étudier et débattre afin de redéfinir les moyens d'arriver à faire le pays du Québec serait un «grand pas en avant» pour le Parti québécois, qui a déjà perdu tant de crédibilité auprès d'une importante partie de la population. Les forces de gauche quittent le PQ depuis l'ère Bouchard et les forces souverainistes commencent elles aussi à quitter le PQ sous Landry. À force de diluer la substance, ce sera le statu quo. Si la «saison des idées» semble faire place à la «saison des épouvantails», le PQ, emprisonné par ses dogmes étapistes, risque de devenir ce qu'il a combattu pendant de si nombreuses années : un parti nationaliste provincial à la Bourassa.

Plus ça change, plus c'est pareil!
Maria Mourani
Présidente du Parti québécois de l'Acadie et membre du comité directeur du congrès d'orientation 2005, le 25 août 2004
Le Devoir jeudi 26 août 2004
Lettres: Le 24 août dernier, le Parti québécois a raté l'occasion de faire de Gouin le point de départ du renouveau. En fait, sans en être vraiment conscient, sous l'influence des manitous du parti, Gouin a préféré rester dans du connu, du déjà vu. Du renouveau? Oui, mais chez les libéraux qui seront les premiers à faire entrer à l'Assemblée nationale une jeune femme noire. Échec et mat à Bernard Landry pour cette première manche électorale.
Reste à voir si les prochaines élections seront aussi victorieuses que le prétendent certains, qui estiment que la victoire magistrale du Bloc québécois est indéniablement un prolongement pour les élections provinciales. Rien n'est plus meurtrier pour un parti politique que la suffisance et la sous-estimation de son adversaire. René Lévesque doit se retourner dans sa tombe !
Il est plus que temps que notre parti retrouve ce pour quoi il a été fondé : l'indépendance de notre pays. Or certains de nos leaders sont devenus des gouvernants, des carriéristes, créant une relève qui les ressemble. Heureusement, la flamme se retrouve encore chez les militants, la fameuse base, qu'elle soit femme, homme, jeune, moins jeune ou encore issue des groupes ethnoculturels.
Ceux qui n'ont rien à faire de la langue de bois et des courbettes. Ceux qui en ont assez que la souveraineté soit une marque de commerce. Ceux qui croient en un Québec ouvert et qui posent les actions en conséquence. Ceux dont le renouveau n'est pas seulement un mot parmi d'autres, une façon de bien paraître, mais plutôt un souffle d'espoir pour un pays du Québec dans un monde meilleur.

Le Jour, version radio
Tommy Chouinard
Le Devoir jeudi 26 août 2004
Le PQ veut créer une antenne souverainiste sur Internet pour contrer les médias hostiles à la cause
Québec -- Las des médias qu'ils jugent hostiles à l'option de l'indépendance, des militants du Parti québécois souhaitent lancer une radio souverainiste sur Internet qui pourrait faire ses débuts dès 2005.
Cette station de radio serait un organe du Parti québécois et le premier véritable média du parti depuis le quotidien Le Jour (1974-76).
«Cette antenne propre aux souverainistes va oxygéner le débat et prendre de court les fédéralistes parce que c'est très innovateur», a expliqué l'un des instigateurs de ce projet, l'ancien président du Comité national des jeunes du PQ, Pascal Bérubé. Le rédacteur en chef du journal souverainiste Le Québécois, Patrick Bourgeois, et l'animateur de radio Claude Fournelle ont également travaillé à ce projet. Les trois militants l'ont présenté plus tôt ce mois-ci à Bernard Landry, qui s'est montré «très enthousiaste et intéressé», a précisé un membre du cabinet du chef péquiste. M. Landry souhaite analyser davantage le projet avant de donner son aval au lancement d'une radio sur Internet.
«L'idée lève énormément car ça nous change des vieilles rengaines. C'est notre contribution à la "saison des idées". On arrive avec un moyen original de rejoindre la population et faire la promotion de la souveraineté», a affirmé Pascal Bérubé. Selon le militant, cette radio permettrait au parti de rallier davantage les jeunes à sa cause. «C'est vrai qu'on perd des jeunes. On ne réussit pas à aller les chercher suffisamment à l'heure actuelle», a reconnu M. Bérubé, qui s'était porté candidat aux élections d'avril 2003 dans la circonscription de Matane.
Grâce à cette radio sur Internet, le Parti québécois pourrait faire valoir ses idées «sans filtre» et offrir une analyse de l'actualité «sans censure». «Le mouvement souverainiste souffre toujours du filtre de la presse dominante, toujours aussi hostile et de plus en plus concentrée entre les mains d'intérêts réfractaires à la création du pays du Québec», souligne le document explicatif du projet. Cette nouvelle radio permettrait de «convaincre la population de la justesse de l'option du Parti québécois».
Cette radio offrirait une programmation «ouvertement souverainiste», avec six bulletins de nouvelles quotidiens et des émissions d'affaires publiques sur le mouvement souverainiste ou encore le nationalisme à l'étranger. Les leaders souverainistes pourraient également utiliser ce moyen de communication pour rejoindre les militants. Le contenu musical représenterait 80 % de la programmation. La radio diffuserait des pièces d'artistes engagés et de la relève.
Les locaux de la station se trouveraient à Montréal. Une petite équipe de direction composée de cinq personnes gérerait la station et des journalistes pigistes fourniraient le contenu. Pascal Bérubé estime que ces journalistes pourraient même former une «petite agence de presse souverainiste». Une campagne de financement devrait être lancée sous peu pour couvrir les coûts du projet, évalués à environ 50 000 $.
Pascal Bérubé fait valoir qu'une radio sur Internet constitue un «média idéal», puisqu'elle est «flexible et peu dispendieuse». Elle permet en plus de contourner la réglementation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, a ajouté M. Bérubé.
«On part des erreurs que Le Jour a faites dans les années 70. Essentiellement, c'était trop lourd. Une radio sur Internet, c'est universel, simple et efficace», a lancé Pascal Bérubé.
Ce projet fera l'objet de discussions au conseil national du Parti québécois, qui aura lieu les 27, 28 et 29 août prochains à Québec.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’agence Reuters et la «lingua
franca»
Sylvio Le Blanc
TRIBUNE LIBRE 26 août 2004
J’ai sous les yeux cinq
photographies de l’agence anglaise Reuters prises au Pakistan, en Indonésie, en Irak, en Corée du Sud, aux Philippines, et qui montrent
toutes des manifestants, dont certains portant des banderoles et des pancartes
sur lesquelles on peut lire (1re photo): «STOP HOLOCAUST OF MUSLIM»,
«STOP MUSLIMS GENOCIDE»; (2e) «SAVE IRAQ»; (3e) «SORRY FOR
SACRIFICES FAMILIES»; (4e) «Give Iraq Back to the Iraqis!», «Sending
the Troops kills, kills, kills.»; (5e) «SAVE THE LIFE of ANGELO DE LA
CRUZ – RP TROOPS OUT of IRAQ NOW! BAYAN».
Comme on s’en doute, l’anglais
n’est pas la langue principalement parlée dans les pays sus-mentionnés, loin
s’en faut, mais pour espérer livrer leurs messages aux quatre coins du globe et
ainsi attirer l’attention sur leur cause, ces contestataires ont sûrement estimé
n’avoir eu d’autres choix que de composer avec cette langue. Et l’omniprésente
Reuters n’a pas son pareil pour les tirer du lot et faire ensuite voir au monde,
de manière subliminaire, que l’anglais est la «lingua franca» d’aujourd’hui.
C’est comme un cercle vicieux:
plus les photos de ce genre circulent dans le monde, plus on assimile et on
utilise l’anglais, et plus on assimile et on utilise l’anglais, plus elles
circulent. La langue de Bush et Blair étendant ainsi sa prépotence. Pour la
contrer, à quand une agence qui va tenter de faire pareil en français?
Sylvio Le Blanc
Montréal (Québec)