Actualité







Le syndrome de Copps

Michel David
Le Devoir lundi 30 août 2004

Punir ou ne pas punir Pauline Marois. Telle est la question qui hante présentement Bernard Landry. «Il y a une analyse à faire», a-t-il expliqué, à l'issue du conseil national du PQ.

Dans son entourage, certains estiment qu'il ne peut pas laisser un acte de déloyauté aussi grave, sous peine d'encourager d'autres contestataires, qui demeurent présentement tapis dans l'ombre.

L'appui massif qu'il a reçu hier ne doit pas faire illusion. Si 47 % des Québécois souhaitent qu'il démissionne, selon le dernier sondage Crop, il doit y en avoir pas mal au PQ, à moins que ce parti ne soit complètement déconnecté de la population. Tant qu'il ne s'agissait que de Nicole Léger, M. Landry semblait plutôt enclin à passer l'éponge, mais, avec la sortie de Mme Marois, cela devient beaucoup plus problématique. Le risque est cependant de faire de Mme Marois une martyre. Un des principaux lieutenants du chef péquiste donnait l'exemple de Sheila Copps. L'attitude revancharde de Paul Martin à son endroit lui a causé beaucoup de tort, et Mme Marois demeure une femme qui a beaucoup donné au PQ. Et puis, elle sait sûrement beaucoup de choses que M. Landry préférerait ne pas voir s'ébruiter. Elle doit en savoir très long sur le «copinage» dont a parlé Marc Brière. Une fuite est si vite arrivée.

Mme Marois s'est toujours défendue d'avoir été à l'origine de celle qui avait entraîné la chute de Gilles Baril. Elle n'a pas la réputation de frapper en bas de la ceinture, mais il y a dans son entourage des gens qui n'auront pas nécessairement les mêmes scrupules. Certains ont d'ailleurs vu dans sa sortie de vendredi la main de son ancienne chef de cabinet, Nicole Stafford, que M. Landry avait jadis exilée à la délégation de Bruxelles, mais qui vient de rentrer au Québec. Si on l'attaque trop violemment, Mme Marois devra bien se défendre.

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Elle est la première à savoir que les prochains mois seront très difficiles pour elle. Même dans des circonstances moins dramatiques, le rôle de paria est très ingrat au sein d'un parti et surtout d'un caucus. Même ses amis devront prendre leurs distances.

C'est la période de questions à l'Assemblée nationale qu'elle-même appréhende le plus. Bien entendu, les libéraux vont faire des gorges chaudes chaque fois qu'elle prendra la parole, mais c'est dans sa propre équipe que sa position sera la plus embarrassante. M. Landry se dit persuadé qu'elle y a encore sa place, mais laquelle?

Bien avant vendredi, M. Landry avait décidé de faire de l'éducation son cheval de bataille personnel. Inévitablement, cela l'amènera à travailler de concert avec la porte-parole officielle de l'opposition en cette matière, qui n'est nulle autre que Mme Marois.

Bien entendu, le plus simple serait qu'elle décide elle-même de s'effacer, mais on ne voit pas pourquoi elle rendrait un tel service à M. Landry. Elle passera sans doute beaucoup plus de temps sur le terrain à courtiser les militants, mais démissionner avant le congrès de juin enlèverait tout sens à sa rébellion.

M. Marois dit vouloir mener la lutte sur le plan des idées. Le problème est que, sur la plupart des questions qui seront débattues au cours des prochains mois, elle est très proche de M. Landry. Sous la pression de François Legault, tout le monde semble avoir officiellement adopté le principe de présenter un «programme de pays» lors des prochaines élections, mais elle est fermement convaincue que, pour reprendre le pouvoir, le PQ devra surtout expliquer à la population comme il entend administrer le Québec en attendant le jour où il sera souverain.

L'empressement de M. Legault à se lancer en campagne référendaire, au lendemain d'une éventuelle victoire du PQ, l'inquiète encore plus que M. Landry. Elle veut bien larguer le partenariat au profit d'une question portant clairement sur la souveraineté, mais pas s'engager à tenir un référendum à tout prix, alors que la population n'en veut pas.

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C'est là le grand paradoxe du drame presque shakespearien qui se déroule au PQ. M. Landry et Mme Marois devraient normalement unir leurs efforts pour empêcher M. Legault de radicaliser le PQ, mais leur combat à mort le laisse maître du jeu.

Pour sauver son leadership au congrès de juin, M. Landry a besoin de l'appui de M. Legault, qui entend manifestement le monnayer chèrement. La question est de savoir combien il est prêt à payer.

Au surplus, comment être certain que M. Legault remplira ses engagements, une fois qu'il aura le programme qui lui convient? Après tout, ne serait-il pas le chef idéal d'un PQ qu'il aurait lui-même puissamment contribué à redessiner? En additionnant ses délégués à ceux de Mme Marois...

Au début de 2001, M. Legault croyait avoir l'assurance que M. Landry, toujours ministre des Finances, allait faire en sorte qu'il obtienne les 400 millions qui lui manquaient pour respecter les «contrats de performance» qu'il avait signés avec les universités. En retour de quoi, il lui avait accordé son appui dans la course à la succession de Lucien Bouchard, brisant du coup son alliance avec Pauline Marois.

Quand la question a été discutée au conseil des ministres, M. Legault a eu la surprise de voir M. Landry demeurer silencieux. Finalement, il a fallu que M. Bouchard interrompe son voyage en Chine pour trouver un accommodement. M. Legault ne l'a sûrement pas oublié. M. Landry non plus. En politique, les ententes sont bien fragiles.

mdavid@ledevoir.com





Le choix d'un-e chef

Michel Venne
Le Devoir lundi 30 août 2004

Au fond, Pauline Marois a bien fait. En jetant cette bombe sur le Parti québécois, elle a libéré la parole. La sienne, d'abord. En demandant une course à la direction, elle force le jeu. Bernard Landry a inauguré, vendredi, «le temps des choix». En sortant de l'ombre, Mme Marois offre aux partisans un choix réel.

Les idées n'ont pas d'existence autonome. Elles ne sont rien sans la volonté et l'énergie de porte-parole qui leur donnent vie. C'est le rôle que doit maintenant incarner l'aspirante. Elle joue gros. Elle le sait. Il lui incombe maintenant de montrer que son coup d'État n'était pas qu'un coup de gueule. Sa sortie lui confère une responsabilité.

Et une longueur d'avance sur un François Legault qui s'est réfugié derrière le règlement. L'une des caractéristiques d'un chef est de savoir prendre des risques calculés. On prétend que Mme Marois est isolée. C'est le propre d'un chef de se trouver, dans les moments difficiles, seul face à sa conscience, face à son peuple, face à son destin.

Les échos provenant des rangs péquistes donnaient raison à M. Landry. La majorité des membres souhaitaient qu'il reste et, puisqu'il conserve le goût du combat, sa décision de continuer était légitime et fondée. Ses succès auprès des militants s'expliquent, entre autres chose, par la comparaison avec ses adversaires putatifs. En clair, la majorité ne voyaient pas en quoi les deux autres étaient meilleurs que lui.

Vendredi, Mme Marois s'est offert dix mois, d'ici au congrès de juin 2005, pour prouver qu'elle peut offrir mieux que le chef actuel et, donc, qu'une course au leadership vaut la peine d'être vécue. C'est ce que l'on attend d'elle désormais. La comparaison portera sur trois tableaux: le leadership, la gouverne, la souveraineté.

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En politique partisane, les personnalités sont aussi importantes que les idées. Le rôle du chef est crucial. Avant même de connaître son opinion, on juge son aptitude à diriger, de deux manières: par son attitude, son discours, son comportement dans la controverse; par sa capacité à mettre d'autres hommes et femmes en mouvement.

Chaque moment clé de la vie politique des prochains mois sera l'occasion de juger, en comparaison, le leadership de l'un et de l'autre. Le drame actuel est l'une de ces situations. La publication de la lettre de Monsieur en était une autre.

Pour démontrer qu'elle a l'étoffe d'un chef, Mme Marois devra faire davantage. Elle a déclenché une guerre au sein du parti. Si elle perd cette guerre, elle aura tout perdu. Saura-t-elle mobiliser, autour d'elle et à visage découvert, d'autres députés, des bureaux locaux, des militants? Saura-t-elle recruter de nouveaux membres?

Le jeu politique est cruel, car la réussite de Mme Marois tient dans la défaite de son chef actuel. Elle aura gagné son pari seulement si M. Landry obtient moins de 80 % d'appui lors du vote de confiance auquel il se soumettra en juin prochain et s'il tire les leçons de ce résultat.

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La bataille se joue également sur le front des idées, en particulier la conception de la gouverne. Sur cet aspect, les deux adversaires défendent des positions opposées. M. Landry reste mais «certainement pas pour gouverner provincialement», dit-il. Il s'est engagé auprès des membres à les mener à l'indépendance nationale en tenant un référendum aussitôt que possible après sa réélection. S'inspirant de François Legault, il a ajouté, samedi, que le PQ devait aussi «dessiner la maquette du Québec souverain», dire aux Québécois en quoi la souveraineté va changer leur vie.

Mme Marois est d'accord. Mais elle ajoute une autre dimension. Les prochaines élections ayant pour objet d'élire un gouvernement provincial disposant déjà de pouvoirs indéniables, le PQ, dit-elle, doit s'inscrire dans les débats sur les différents enjeux que connaît le Québec et offrir aux électeurs un programme de gouvernement.

La semaine dernière, lors de son passage à l'Université du Nouveau Monde, plusieurs jeunes ont dit à M. Landry: la souveraineté, peut-être. Mais qu'en est-il de l'environnement, de la lutte contre la pauvreté, des effets de la mondialisation, des institutions démocratiques?

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L'une des raisons qui poussent M. Landry à rester est sans doute qu'il croit Mme Marois capable de se contenter d'un «bon gouvernement» sans mener à son terme le projet de souveraineté. Cette perception est un boulet au pied de la prétendante. L'ennui pour M. Landry est que plusieurs militants pensent la même chose de lui, l'ayant vu jongler avec l'union confédérale, «tabletter» les études dont il avait commandé la mise à jour et jouer la carte du déséquilibre fiscal. La récente sortie de M. Parizeau n'était pas fortuite.

Les positions respectives sont, sur ce front, assez bien campées. M. Landry offre un référendum. Mme Marois, un plan de préparation accompagné de «gestes de souveraineté» jusqu'au moment décisif de la consultation populaire.

Ici, le meilleur chef est celui qui saura gagner le coeur des militants en même temps que l'estime de l'ensemble des électeurs.

L'effet Parizeau ne sera pas négligeable sur cette course officieuse. Je ne sais où en est l'ancien chef à cet égard. Mais lorsqu'il a annoncé sa démission comme premier ministre, en 1995, il avait préféré Mme Marois à M. Landry aux Finances. Et lorsqu'on l'avait interrogé sur sa succession, il avait répondu: «Pourquoi pas une femme?»

C'est vraiment le temps des choix au Parti québécois.

michel.venne@inm.qc.ca





PQ: la guerre des six mois

Denis Lessard
La Presse lundi 30 août 2004

Québec - Bernard Landry a franchi haut la main hier la première de ce qui pourrait devenir une longue série d'épreuves d'ici le congrès du PQ de juin 2005.

Le conseil national a, avec une majorité écrasante, maintenu son appui à M. Landry. En dépit de l'audace de Pauline Marois, qui s'est même présentée au micro pour appuyer une résolution de Notre-Dame-de-Grâce qui demandait une course à la direction, rien n'y fit. Le putsch a été étouffé, moins d'une demi-douzaine de délégués, sur les 400 présents, ayant réclamé le départ de l'ancien premier ministre.

Mais défaits sur le champ de bataille, les mutins vont désormais prendre le maquis et tenter de saper, semaine après semaine, l'autorité de Bernard Landry.

Durant six mois, d'octobre 2004 à mars 2005, se tiendront dans chaque circonscription les assemblées visant à choisir les délégués au congrès. C'est à ce congrès que, en juin, le parti décidera s'il fait ou non confiance à M. Landry pour les prochaines élections.

À l'issue du conseil national hier, Pauline Marois et François Legault se sont bien défendus de vouloir manoeuvrer dans les coulisses.

Les deux promettent une " course aux idées " pour les prochains mois- une opération qui se transformera vite en " course aux délégués " en prévision du vote de confiance.

Hier, M. Legault n'a pas caché que son appui au chef était conditionnel à la modernisation des idées et du parti- préoccupation bien tardive si l'on considère que sa circonscription, Rousseau, n'a même pas produit de document dans la " Saison des idées "...

Legault sauve Landry

En retenant ses troupes, en refusant de rallier la fronde, M. Legault a cependant évité le pire à Bernard Landry. Samedi, le député de Rousseau avait roulé des mécaniques et montré qu'il avait l'appui d'une partie importante, peut-être le tiers, du conseil national.

Rien de bien rassurant pour Bernard Landry de savoir que son destin est entre les mains du député de Rousseau. Comme ministre, M. Legault n'avait pas hésité à rompre la solidarité ministérielle et à mettre le couteau sur la gorge de Lucien Bouchard afin d'obtenir un budget plus important pour son ministère. Au début de 2001, alors que Pauline Marois croyait s'en être fait un allié pour l'aider à bloquer Bernard Landry, M. Legault avait prestement sauté dans la barque du député de Verchères, tuant dans l'oeuf la course qui s'annonçait.

On comprend donc que Bernard Landry ait eu la victoire plutôt humble hier; il était encore ému quand il s'est adressé aux délégués pour les remercier, quelques minutes après le vote. Bien sûr, en point de presse, il a crâné un peu, soulignant que les putschistes avaient été carrément " marginalisés ". Sentira-t-il dans son dos le souffle de ses adversaires Pauline Marois et François Legault? " Ce sera une brise si je me fie au vote d'aujourd'hui ", a-t-il lancé.

Un peu de baume sur ses plaies: l'opération menée par Pauline Marois a paru totalement improvisée. Mme Marois a sonné le tocsin pour rallier ses appuis vendredi matin, quelques minutes seulement avant de sauter dans le vide... sans filet.

Elle a paru tout aussi isolée en fin de semaine. Même convergente, l'opération des putschistes de Notre-Dame-de-Grâce était totalement indépendante de sa volonté.

Hier, M. Landry s'est bien gardé toutefois de hausser le ton. Pauline Marois " devra faire son analyse de la situation ", a-t-il dit, ajoutant qu'il comptait rencontrer d'ici quelques jours la députée de Taillon. Pour l'heure, cette dernière a toujours sa place dans le caucus péquiste.

De plus, M. Landry s'est bien gardé de préciser combien d'appuis il juge nécessaires pour demeurer en selle en juin. " On regardera la tradition... et les circonstances ", a-t-il dit.

Tout nouveau premier ministre, plébiscité à la tête du PQ, Lucien Bouchard n'avait obtenu que 76 % des votes, " et il était resté ", a rappelé M. Landry. Dans les coulisses, bien des députés soulignent toutefois qu'il serait dans l'embarras s'il devait récolter moins de 80 % d'appuis.

" Mme Marois et M. Legault vont continuer à faire valoir leurs convictions avec vigueur. Ils ont des organisations, des partisans qui font campagne pour refuser à M. Landry la confiance en juin prochain. Ce n'est que prolonger l'agonie qu'on aurait voulu lui éviter ", a lancé hier le vétéran péquiste Marc Brière, porte-étendard du mouvement de fronde écrasé à plate couture hier.

Les putschistes

Seules cinq circonscriptions (Notre-Dame-de-Grâce, Crémazie, Jacques-Cartier, Sherbrooke et Taillon, fief de Mme Marois) ont cautionné la croisade de Marc Brière, un vieux compagnon de route de René Lévesque.

Curieuse coalition concentrée dans les circonscriptions " orphelines "- sans député- de l'ouest de l'île de Montréal. On y trouve bien des " purs et durs "- Maxime Barakat, le président de Crémazie, n'était pas loin de Jacques Parizeau quand l'ancien chef rédigeait son texte favorisant un référendum sur la constitution plutôt que sur la souveraineté.

Ancien candidat, ex-chef de cabinet, M. Barakat n'était pas ébranlé par l'appui massif donné à M. Landry: " Les lunes de miel au conseil national, on connaît bien ça au PQ; Pierre Marc Johnson et Lucien Bouchard en ont connu. Mais il va falloir que les militants enlèvent leurs lunettes roses. M. Landry ne passe pas la rampe, on le voit dans les sondages. "

Car à quelque chose malheur est bon, se dira M. Landry: le coup de force de Mme Marois en fin de semaine a occulté le constat troublant fait par CROP dans La Presse de vendredi: 47 % des Québécois et 40 % de l'électorat péquiste souhaitent que M. Landry accroche ses patins.

Parmi les putschistes, on trouve aussi des vétérans indépendantistes: le psychiatre George-Étienne Cartier et surtout Marc Brière, l'un des libéraux de Jean Lesage qui, avec René Lévesque, avaient claqué la porte du congrès de 1967 pour aller fonder le Mouvement souveraineté-association. M. Brière n'est pas davantage ébranlé par la quasi-unanimité derrière Bernard Landry. Durant ses deux années de gouvernement, " M. Landry a eu l'occasion de faire ses preuves et n'a pas très bien réussi comme premier ministre ni comme chef de l'opposition... Comme certains anciens ministres, il est vulnérable. Il a permis un certain règne de copinage, le lobbying, des situations regrettables ", constate M. Brière.

Selon lui, Bernard Landry ne passera pas la rampe auprès de l'électorat aux prochaines élections. Ce n'est pas pour rien que, l'an dernier, les électeurs " ont été sur le point de se jeter dans les bras de Mario Dumont puis de Jean Charest ". On prédisait alors la quasi-disparition du PQ, rappelle M. Brière (avec 33 % des suffrages, le PQ a obtenu en avril 2003 son plus faible score depuis 1976).

Bernard Landry a-t-il amorcé hier la " longue agonie " qui l'amènera à quitter la direction du PQ? Il est trop tôt pour le dire.

Il s'était emparé de la direction du PQ après la " guerre des six jours ", la formule un peu méprisante de ses supporteurs pour illustrer la rapidité avec laquelle le tapis avait été tiré sous les pieds de Pauline Marois.

Désormais débute pour lui une longue épreuve de force, le combat qu'il était parvenu à éviter il y a trois ans. La guerre... des six mois.





La première première ministre

J.-Jacques Samson
Le Soleil lundi 30 août 2004

Éditorial - Le coup était sournois. Pauline Marois n'a pas prévenu Bernard Landry qu'elle réclamerait une course à la direction du Parti québécois vendredi dernier, quelques heures avant l'ouverture d'un conseil national du parti. La politicienne de 55 ans lui a bien fait part il y a deux semaines, au cours d'une rencontre privée, de son souhait que son chef ouvre lui-même une telle course mais il n'en avait plus entendu parler depuis. Mme Marois veut devenir la première femme chef de parti, la première première ministre du Québec. Elle a fait le calcul qu'elle ne peut plus attendre et que si Bernard Landry se retirait seulement après les prochaines élections générales, en 2007 ou 2008, il serait alors trop tard pour elle. La députée a donc voulu court-circuiter le mécanisme de révision du leadership prévu aux statuts du parti qui prévoient qu'un chef doit obtenir un vote de confiance des délégués au congrès qui suit des élections générales. Bernard Landry s'est replié vendredi sur cette disposition.

Mme Marois s'est retrouvée isolée ou presque au caucus des députés ; Bernard Landry a reçu un accueil triomphal au conseil national en fin de semaine et il rayonnait samedi en lisant les titres des quotidiens. Pauline Marois a provoqué un resserrement des députés et des militants autour de lui, constatait-il. Ceux-ci ont jugé la manoeuvre de Mme Marois inélégante et opportuniste. La crise n'est toutefois pas résorbée pour autant. Une course non officielle à la direction du PQ est maintenant enclenchée. La dynamique au sein de l'aile parlementaire sera totalement changée. Bernard Landry m'a assuré en fin de semaine qu'il gérera cette situation "de façon très humaine" mais Mme Marois pourrait bien faire vite le constat que le climat est intenable et opter pour le statut de députée péquiste indépendante. Ou si ses initiatives dérangent trop, le chef pourrait lui monter la porte, avec l'assentiment d'une large majorité. M. Landry et Mme Marois devront aussi s'astreindre à faire campagne auprès des militants de toutes les circonscriptions au cours des prochains mois pour obtenir l'appui des délégués au congrès de 2005. Le vote de confiance monopolisera toutes les énergies.

Nous assisterons strictement à un concours de personnalité. Pauline Marois dit qu'il faut une course à la direction pour débattre d'idées. Il est toutefois impossible de cerner une seule orientation qu'elle ait avancée, qui aurait soulevé un certain intérêt et dont elle aurait été empêchée de débattre. L'aspirante a publié quatre textes dans le cadre de la saison des idées au Parti québécois, les 25 avril et 24 février 2004 et les 27 août et14 juin 2003. Mme Marois n'a notamment jamais pris un engagement formel quant à la tenue d'un référendum au cours du premier mandat d'un gouvernement péquiste et, tout comme Bernard Landry, elle rejette le raccourci d'une élection référendaire. Elle promet par contre aux militants d'utiliser les fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté, ce qui révolte de nombreux citoyens.

Un gouvernement qu'elle dirigerait poserait par ailleurs de nombreux "gestes de souveraineté" pour conquérir à la pièce de nombreux "espaces de souveraineté", en environnement, en politique familiale, culture, immigration, communications, agriculture, sécurité du revenu et autres. "On apprend la marche en marchant", résume Mme Marois. Les militants trop pressés pour se satisfaire de la démarche prudente d'un Bernard Landry qui veut attendre d'avoir l'assurance de gagner un référendum avant d'en déclencher un, ne trouveront certainement pas en Mme Marois la Guevara de leurs rêves. Elle suggère même que le Parti québécois pourrait attendre que les citoyens réclament un référendum par voie d'initiative populaire et elle invite les militants à discuter des modalités d'une telle pratique. À côté d'elle, Claude Morin fait figure de dangereux révolutionnaire !

Sur le plan de la social-démocratie dont Mme Marois se veut la championne, cette dernière a osé le 14 juin 2003 s'interroger : faut-il faire de tout problème individuel un problème collectif ? À quoi l'État est-il essentiel aujourd'hui ? Mais la politicienne n'a pas amorcé depuis cette date l'ombre d'une réponse.

La crédibilité de Mme Marois auprès des militants les plus socialistes au PQ est en plus très amochée depuis son dernier passage au pouvoir. Elle incarne plus que quiconque une gauche caviar, à l'exemple de cette petite oligarchie de politiciens de carrière en France qui prétend toujours avoir le coeur à gauche pour régner sur le Parti socialiste mais qui porte son portefeuille personnel dans la poche de droite.

Mme Marois est en plus la conjointe de l'ancien président de la Société générale de financement (SGF) sous le Parti québécois, Claude Blanchet, qui a touché des bonis qui ont atteint jusqu'à 96 % de son salaire de 250 000 $ en primes de rendement, alors que la société d'État affichait des rendements négatifs ou de seulement 1 % et qui a réclamé des dépenses qui ont totalisé pas moins de 170 000 $ en 2002. Des militants et même des collègues députés de Mme Marois ne se gênent plus pour rappeler cette gloutonnerie pendant que le couple se consacrait au service public. Mme Marois, on le sent bien, aura la vie dure.

Le plus récent sondage CROP montrait enfin que Pauline Marois était beaucoup moins populaire que Bernard Landry dans l'opinion publique. Le PQ ne gagnerait donc pas en votes en faisant d'elle sa tête d'affiche. Mme Marois ne peut pas prétendre vouloir pousser Bernard Landry à la retraite dans les meilleurs intérêts du parti.

La seule conclusion qui s'impose est que Pauline Marois est dévorée par ses seules ambitions personnelles : devenir la première première ministre.

JJSamson@lesoleil.com





Maigre récolte

André Pratte
La Presse lundi 30 août 2004

Éditorial - Une recommandation issue de la " saison des idées " est révélatrice de la difficulté pour le Parti québécois de renouveler son discours. " Il est recommandé que le Parti québécois présente la souveraineté de manière plus concrète afin que la population sente mieux la nécessité de son avènement ", peut-on lire dans un des rapports présentés au conseil national de la fin de semaine. Si la souveraineté était vraiment une " nécessité ", aurait-on besoin d'expliquer aux Québécois ce que celle-ci changera dans leur vie?

L'évolution du Québec depuis 1960 a rendu les avantages attendus de l'indépendance de plus en plus abstraits. Protéger le français? L'armature essentielle est en place. Développer l'économie? Le Québec jouit d'une prospérité enviable, et compte désormais une élite d'affaires compétente et ambitieuse. Un statut particulier au sein du Canada? Cette revendication n'a pas été satisfaite en droit, mais dans les faits- impôt, immigration, formation de la main-d'oeuvre, conseil de la santé- le Québec a bien obtenu une marge de manoeuvre particulière. Aussi sent-on chez les militants péquistes, en même temps que la foi et la détermination qui les caractérisent, un certain désarroi: quelle stratégie, quels arguments pourront convaincre les Québécois qui sont restés insensibles aux appels de tribuns aussi puissants que René Lévesque et Lucien Bouchard?

Les rapports qui ont émergé de la " saison des idées " sont étoffés. Les défis auxquels font face le Québec et le Parti québécois y sont bien cernés. Néanmoins, la récolte paraît bien maigre. On ne trouve pas là de nouvelles idées, seulement les mêmes idées repeintes aux couleurs dernier cri. Le projet d'une souveraineté social-démocrate est ce qu'il est; on ne peut pas en changer la logique. Si une majorité de Québécois n'y adhère pas après 35 ans de pédagogie, les souverainistes peuvent seulement 1) l'abandonner, ce qui est évidemment hors de question pour eux; ou 2) procéder à des changements cosmétiques. C'est de tels changements dont il est question au cours de la " saison des idées ", malgré les prétentions à la " refondation " du parti.

Présenter la souveraineté de manière concrète? Le comité sur la modernisation du programme a tenté d'illustrer comment l'indépendance aiderait le Québec à relever les défis de l'avenir. La démonstration est loin d'être convaincante. Par exemple, le comité affirme que " nous ne relèverons pas le Québec démographiquement sans qu'il soit un vrai pays ". On voit mal ce qui empêche aujourd'hui le gouvernement du Québec de prendre des mesures supplémentaires d'aide aux familles. Le problème ne vient pas du système fédéral, mais du fait que la natalité échappe en grande partie à l'action de l'État. À ce que nous sachions, le Québec n'était pas souverain à l'époque de la revanche des berceaux.

Aiguillonné par François Legault, le parti tentera de pousser plus loin l'argumentaire concret. Bernard Landry a parlé samedi d'aller vers " un niveau de précision beaucoup plus grand (...) pour qu'il y en ait pour les uns et pour les autres ". Il s'agira de prouver que les malades, les étudiants, les ouvriers, les femmes, les familles, les fonctionnaires, etc. tireront profit de la souveraineté. L'exercice aura un effet pervers: un portrait paradisiaque de la vie dans un Québec souverain ne serait pas crédible.

La " saison des idées " a produit quelques constats lucides; les péquistes savent que leur prochaines années d'apostolat seront ardues. Le comité sur le programme souligne, par exemple, que les adolescents d'aujourd'hui ne sont pas nécessairement acquis à la cause. En 2008, les jeunes de 18 ans seront nés après l'échec de Meech. Pour eux, " l'image d'un Québec exploité économiquement et dominé culturellement par les " Anglais ' sera folklorique ".

L'inquiétude des péquistes est également palpable dans le mauvais parti que font certains militants à Bernard Landry. On lui reproche de ne pas parler suffisamment de souveraineté, ce qui relève de l'aveuglement ou de la mauvaise foi. D'autres se demandent si Pauline Marois, François Legault ou Gilles Duceppe ne ferait pas un meilleur " vendeur " de la souveraineté, interrogation assez paradoxale quant on connaît les talents d'orateur et de pédagogue de M. Landry.

En s'interrogeant ainsi sur le leadership de leur formation, les membres du Parti québécois esquivent un problème de fond. Si les avantages concrets de la souveraineté ne sautent pas aux yeux de beaucoup de Québécois, c'est tout simplement qu'elle n'a jamais été moins nécessaire.





Un référendum sur la souveraineté demeure essentiel

Pauline Marois
Ancienne ministre des Finances sous Bernard Landry l'auteure est députée du Parti québécois de la circonscription de Taillon.
La Presse samedi 21 août 2004

Seul un référendum portant directement sur la souveraineté donnera la légitimité nécessaire pour la réaliser

La dernière intervention publique de monsieur Jacques Parizeau a suscité un vif débat et passablement de confusion. Plusieurs critiques ont aussitôt assimilé sa proposition à celle d'une élection référendaire, c'est-à-dire que l'élection du Parti québécois l'autoriserait à déclencher un processus irréversible vers la souveraineté. Le journal La Presse titrait: " Pas besoin d'un nouveau référendum ".

Pourtant, si l'on veut bien se donner la peine de relire son texte, il est clair que M. Parizeau propose au Parti québécois de demander à la population un mandat clair de préparer la souveraineté: " Si le gouvernement fédéral s'est préparé à un troisième référendum, il s'en faut de beaucoup que le gouvernement du Québec ait, dans les années qui ont suivi 1995, agi avec autant de lucidité... Il ne faut pas s'étonner que la conclusion de beaucoup de souverainistes c'est que dans les conditions actuelles, la partie n'est pas jouable. "

Voilà, à mon avis, le coeur de l'argumentation. Et elle ne conduit pas l'auteur à appuyer l'hypothèse d'une élection référendaire. Au contraire, il en démontre les limites et les incohérences. En fait, il propose un référendum sur un projet de constitution. Pour moi, un prochain référendum doit porter sur la souveraineté, alors que le projet de constitution est un outil pour démontrer la nécessité de celle-ci.

Le printemps dernier, j'invitais les souverainistes et les progressistes à rallier le Bloc québécois. Comme M. Parizeau, je crois que la victoire du Bloc québécois et les débats sur le renouvellement du programme du Parti québécois nous incitent à préciser le plan de match souverainiste.

Comme je le disais en mai dernier, il faut que le Parti québécois soit élu si nous voulons tenir un référendum sur la souveraineté. Le PQ regagnera la confiance des Québécois et des Québécoises seulement s'il offre une véritable alternative au gouvernement Charest. Pour moi, cela signifie que le Parti québécois doit renouveler sa vision de la social-démocratie. C'est incontournable: un gouvernement souverainiste doit assumer pleinement les responsabilités de l'État québécois. Nous solliciterons la population avec un programme de gouvernement et un plan d'action clair pour bâtir un pays. Mais, et cela est fondamental, le gouvernement d'un parti souverainiste a nécessairement un mandat pour préparer la souveraineté.

La prochaine élection ne sera pas une élection référendaire, mais si l'on veut vraiment tenir un référendum dans le cours du prochain mandat, le Parti québécois doit inclure dans son programme électoral l'engagement de préparer la souveraineté. Il n'y a pas de déficit démocratique à faire ce que l'on a promis de faire. Et c'est pourquoi nous devons y travailler dès maintenant.

Je propose donc qu'au lendemain de sa victoire, le gouvernement du Parti québécois entreprenne rapidement:

les travaux d'élaboration d'une Constitution provisoire et la création d'une assemblée constituante dans ce but;

la création d'un ministère de l'Accession à la souveraineté sous la responsabilité directe du premier ministre. Ce ministère mettrait en place les mesures appropriées pour faciliter la transition et veillerait à ce que chacun des ministères se dote d'un plan d'action qui répondrait à tous les besoins du Québec sans se restreindre au cadre fédéral actuel;

la mise en place de plans de transition dans chacun de ses ministères afin d'être prêt à répondre à tous les besoins du Québec si les citoyennes et citoyens choisissent d'en faire un pays libre et souverain;

et, bien entendu, faire la promotion de ce projet de pays en vue du référendum qui porterait spécifiquement sur la souveraineté. Bien sûr, ce gouvernement souverainiste utiliserait des fonds publics pour promouvoir la souveraineté, mettre en place une assemblée constituante et préparer rigoureusement la transition.

Pour moi, seul un référendum portant directement sur la souveraineté donnera la légitimité nécessaire pour la réaliser. Il n'y a pas de raccourci et il n'y a pas de solution magique. Il n'y a que du travail à faire. Mettons sur la table un projet de constitution et un plan de transition pour que les citoyens voient où l'on pourrait aller comme nation. Et demandons aux citoyennes et citoyens s'ils veulent faire du Québec un pays souverain. Quand nous aurons gagné le référendum, nous pourrons adopter une constitution provisoire et réaliser le plan de transition vers la souveraineté.

Monsieur Parizeau soulignait également que le référendum de 1995 avait été témoin de plusieurs irrégularités. Nous devons nous assurer que, lors du prochain référendum, le processus ne soit pas une nouvelle fois entaché d'irrégularité. Est-ce que ce sera par le biais d'une carte d'électeurs? Par la présence d'observateurs internationaux? Nous devons nous pencher sur cette question.

Je suis convaincue que nous sommes capables de faire cela tout en gouvernant le Québec bien mieux que ne le fait le Parti libéral de Jean Charest. Et que nous sommes capables de le faire sans perdre de temps. Il faut se mettre au travail maintenant. Les militants et militantes du Parti québécois doivent s'approprier ces questions et y répondre clairement.





Stratégiquement maladroit

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 28 et dimanche 29 août 2004

En rejoignant hier le mouvement de remise en question de l'autorité de Bernard Landry à titre de chef du Parti québécois, Pauline Marois a fait un pari risqué. Si elle ne réussit pas à obtenir rapidement la tenue d'une course au leadership, la députée de Taillon se retrouvera isolée dans son propre parti.

L'intervention de Mme Marois est plutôt étonnante. En politique, le rôle de Brutus est habituellement tenu par des seconds couteaux. Celui qui aspire à être chef à la place du chef confie à d'autres, généralement des députés d'arrière-banc, la tâche de chercher à déstabiliser le chef en place. Maintenant qu'elle s'est commise aussi ouvertement, il sera difficile pour Mme Marois de retraiter sans que son image en soit durement affectée.

Outre l'impatience, ce geste de Pauline Marois ne peut s'expliquer que d'une seule façon. Sachant que Bernard Landry allait faire connaître en ouverture du conseil national hier soir sa décision de demeurer en poste, elle a cru qu'elle pouvait l'inciter à retarder cette annonce. Tous ceux qui réclament la tenue d'une course au leadership auraient ainsi pu continuer leur campagne sans que leur loyauté envers le chef puisse être mise en cause. Maintenant que M. Landry a tranché, ceux-là se feront rappeler qu'il leur faut agir dans les limites des statuts du parti. Ceux-ci prévoient qu'ils devront attendre le vote de confiance à l'endroit du chef lors du congrès prévu pour le mois de juin 2005.

Au sein de l'aile parlementaire, Mme Marois s'est retrouvée isolée hier, n'ayant que la députée Nicole Léger pour l'appuyer. Demain, le conseil national du parti sera vraisemblablement saisi d'une résolution portant sur la tenue d'une course au leadership. Sa position serait confortée si cette proposition, même sans être adoptée, obtenait un appui significatif des militants. Pour pouvoir survivre d'ici le congrès de juin 2005, elle a besoin qu'un courant en sa faveur se manifeste, sinon Bernard Landry fera tout pour l'écraser.

***

Stratégiquement maladroite, l'intervention de Mme Marois est néanmoins révélatrice du climat qui prévaut au sein du Parti québécois sur le plan du leadership. S'il n'y a pas de fort mouvement de contestation de l'autorité du chef actuel, il existe tout au moins un sentiment qu'on pourrait qualifier de flottement. M. Landry doit chercher à le dissiper le plus rapidement possible, sinon ce mouvement pourrait s'amplifier.

Les raisons de cette insatisfaction sont diverses. Pour une large part, elles sont d'ordre idéologique. Le débat actuel sur la démarche à adopter pour réaliser la souveraineté déteint fortement sur le débat sur le leadership. Non que l'on reproche à Bernard Landry ses convictions souverainistes; c'est plutôt l'opposition qu'il a manifestée envers l'idée d'une élection référendaire. D'autres sont d'ordre stratégique. On estime qu'un congrès au leadership pourrait permettre de faire surgir de nouvelles idées et de faire émerger de nouvelles figures. Rappelons qu'à l'exception de l'élection de Pierre Marc Johnson, qui avait succédé à René Lévesque en 1985, il n'y a jamais eu de course au leadership dans ce parti. Le pouvoir y est toujours détenu par des leaders historiques du mouvement souverainiste. L'âge de M. Landry, moins celui qu'il a aujourd'hui que celui qu'il aura lors d'un éventuel référendum sur la souveraineté, soit dans quatre ou cinq ans, devient alors un argument.

Ces critiques, M. Landry ne peut pas les ignorer. Les soulever n'est pas un signe de déloyauté envers lui. Certes, les statuts du parti lui confèrent une légitimité sur laquelle il peut s'appuyer pour faire taire ceux qui les soulèvent. Agir ainsi ne ferait qu'alimenter l'insatisfaction. Si, au cours de la longue réflexion qu'il a menée sur son avenir, il s'est lui-même convaincu qu'il demeurait l'homme de la situation, il lui faut maintenant convaincre ses militants que pour les six ou sept prochaines années, c'est-à-dire jusqu'au lendemain d'une éventuelle accession à la souveraineté, il sera en mesure de mener leur navire. C'est un long bail qu'il leur propose.





Des syndicalistes de gauche donnent leur appui au PQ

Norman Delisle
Le Devoir lundi 30 août 2004

pc Québec - Les Québécois de gauche, qui appuient l'Union des forces progressistes (UFP) ou l'Option citoyenne de Mme Françoise David, «font un mauvais calcul. Ces partis ne sont pas des partis d'avenir et ils sont à trop long terme», a soutenu hier l'ancienne présidente de la centrale des syndicats du Québec (CSQ), Monique Richard.

Mme Richard et quelques autres syndicalistes comme Marc Laviolette, ex-président de la CSN ou Luc Desnoyers, des Travailleurs unis de l'automobile (TUA-FTQ), ont d'ailleurs invité les québécois progressistes à se ranger derrière le Parti québécois. Ils ont créé à cet effet un mouvement appelé SPQ-Libre, soit «Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre», qui appuie le Parti québécois et qui a participé au conseil national du Parti québécois en fin de semaine.

«Nous n'avons pas le temps d'attendre 20 ans pour la souveraineté, a dit Mme Richard. C'est beau de parler, mais il faut agir. La prochaine élection est un incontournable qui se déroulera à court terme.»

Quant au chef de l'opposition, Bernard Landry, il a vanté la «grande valeur» des personnalités syndicales et progressistes qui ont donné leur appui au PQ par l'entremise du mouvement SPQ-Libre.

«La gauche articulée, pas ceux qui rêvent de la gauche, mais ceux qui vivent la gauche et qui veulent qu'elle soit au pouvoir sont avec nous», a résumé M. Landry.

Menacé sur sa gauche

Le Parti québécois est en effet menacé sur sa gauche. Il peut perdre des suffrages au profit de quelques partis de gauche comme l'UFP ou le Parti vert. Il y a de plus l'Option citoyenne, un mouvement de gauche que coordonne Mme Françoise David et qui doit se convertir en parti politique officiel au cours de l'automne.

Ces partis ne recueillent généralement qu'une faible proportion de suffrages - moins de 10 % - au cours des élections.

Mais leur présence détourne des électeurs qui, autrement, auraient appuyé le Parti québécois.

Dans certains cas, ils prennent suffisamment de voix pour contribuer à battre des candidats péquistes, comme l'ont montré les résultats de l'élection complémentaire tenue dans la circonscription de Mercier le 9 avril 2002.

L'UFP a déjà annoncé le nom de ses candidats dans chacune des quatre circonscriptions québécoises où se tiendra une élection complémentaire le 20 septembre prochain.





Parizeau et Landry : Frères rivaux

Nathaëlle Morissette
La Presse dimanche 22 août 2004

Chacun à son tour, ils ont dirigé le Parti québécois et exercé le rôle de premier ministre du Québec. Bernard Landry et Jacques Parizeau sont depuis toujours engagés dans le même combat. Mais leur relation a connu des moments difficiles. Et la dernière sortie de M. Parizeau, qui a proposé de tenir une élection référendaire sachant que cela ne pouvait que mettre l'actuel chef péquiste dans l'embarras, n'a rien fait pour les réconcilier. Retour sur la relation tumultueuse entre deux vieux routiers du nationalisme québécois.

Lors d'une excursion en bateau à la fin des années 80, Bernard Landry et Jacques Parizeau, qui se connaissaient depuis des lustres mais n'avaient jamais cessé de se vouvoyer, ont tenté de donner un ton plus intime à leur relation. Dorénavant, ont-ils décidé, ils allaient s'adresser l'un à l'autre en se disant "tu".

Mais peine perdue. Après 20 minutes de conversation, ils n'en pouvaient plus et le "vous" a vite repris le dessus. La familiarité du tutoiement les rendait visiblement mal à l'aise?

Cette anecdote racontée par Pierre Duchesne, auteur de la biographie non autorisée de Jacques Parizeau, illustre bien les rapports plutôt distants qu'ont toujours entretenus les deux leaders souverainistes.

"Ils n'ont jamais été de bons amis, mais ce ne sont pas nécessairement des ennemis, dit M. Duchesne. Ce sont des compagnons d'armes, ils sont liés, mais en même temps, il y a toujours eu une forte rivalité entre les deux."

"En général M. Parizeau est un personnage qui tient ses distances", note pour sa part l'ex-ministre péquiste, Claude Morin. Il qualifie la relation entre les deux hommes de "correcte sans être indûment chaleureuse".

Pourtant, dans l'entourage des deux politiciens, on murmure qu'aujourd'hui, ils ne s'adressent plus la parole. Information que ni Jacques Parizeau ni Bernard Landry n'ont voulu confirmer. Tous deux ont d'ailleurs préféré ne pas commenter l'état de leurs relations à La Presse.

Mais tous leurs proches le confirment: leur conflit, aujourd'hui exacerbé, ne date pas d'hier. Les liens entre les hommes ont longtemps été fragiles. Le coup fatal aurait été porté en 2003, en pleine campagne électorale provinciale, lorsque le libéral Jean Charest a désarçonné Bernard Landry en affirmant que Monsieur ? surnom donné à Jacques Parizeau ? avait remis sur le tapis sa déclaration controversée sur "l'argent et des votes ethniques".

Selon un ami intime des deux politiciens, M. Landry n'oubliera jamais cette scène. Le 31 mars 2003, en plein débat des chefs, Jean Charest brandit une dépêche de presse en accusant Jacques Parizeau d'avoir répété, le jour même, devant un groupe d'étudiants, sa fameuse déclaration du soir de la défaite référendaire.

Sur le coup, Landry est déstabilisé. Par la suite, il demandera des explications et apprendra finalement que les propos ont été mal rapportés, et que Jacques Parizeau s'est même réjoui du nombre grandissant d'immigrants qui appuient l'option souverainiste.

Mais le mal était fait. Le spectre de l'ancien premier ministre du Québec venait de ressurgir et quelques jours plus tard, Jacques Parizeau se retirait d'une campagne électorale à laquelle il n'avait jamais été officiellement convié.

"Landry a été déstabilisé et Parizeau lui en a voulu de ne pas lui avoir fait confiance, raconte un proche qui souhaite garder l'anonymat. Cet incident a eu pour effet de couper les ponts entre les deux. Et la sortie de la biographie non autorisée de Jacques Parizeau n'a pas contribué à retisser les liens."

En effet, l'auteur et journaliste Pierre Duchesne relate dans son livre qu'au lendemain du référendum de 1995, Bernard Landry a demandé à Jacques Parizeau de démissionner. L'actuel chef péquiste a toujours nié cette information, dont la provenance n'était pas clairement établie.

Ces deux incidents s'ajoutent à une longue liste d'accrochages survenus entre les deux hommes depuis la création du Parti québécois, en 1968. " Lorsqu'on remonte dans le temps, on constate qu'ils ont emprunté des chemins différents même s'ils ont évolué au sein de la même famille politique ", explique Éric Bédard, historien à l'Université du Québec à Rimouski et président de l'aile jeunesse du PQ de 1994 à 1996.

Pilier important de l'équipe de René Lévesque, Jacques Parizeau était déjà considéré à la fin des années 60 comme une figure importante en économie. De son côté, Bernard Landry tentait aussi de faire sa place dans ce domaine.

" Jacques Parizeau s'est toujours défini au sein du Parti québécois comme LA référence économique, raconte Pierre Duchesne. Jacques Parizeau, l'économiste qui avait fait ses études à Londres, allait être celui qui allait faire perdre leurs complexes aux Québécois en leur disant qu'ils étaient capables de réussir sur le plan économique. Parizeau était très jaloux de son statut et chaque fois qu'il arrivait un politicien dans ce parti qui voulait se définir un statut d'économiste, il voyait là un rival. "

Or, lorsque le PQ a pris le pouvoir en 1976, Bernard Landry a voulu se donner l'image d'un politicien qui pourrait s'occuper des dossiers économiques. René Lévesque lui a même confié les rênes du ministère d'État au Développement économique. Il a donc tenté de faire sa marque dans le domaine.

" Mais le problème c'est que Jacques Parizeau occupait toute la place dans le milieu économique, souligne M. Duchesne. Et, visiblement, il ne voulait pas que ce ministère-là (celui de Landry) fonctionne parce qu'il se sentait menacé. "

Avec les années, la rivalité entre les deux hommes prend des proportions énormes. En 1978, Jacques Parizeau en a voulu à René Lévesque de l'avoir écarté de la conférence fédérale-provinciale sur l'économie, mentionne Pierre Duchesne. Ce sont plutôt Claude Morin et Bernard Landry qui avaient été choisis pour accompagner le premier ministre. Selon plusieurs sources, Monsieur était tellement furieux qu'il aurait révélé à un journaliste la stratégie du Québec, quelques jours avant le début de la conférence. " Jacques Parizeau a fait ça pour mettre Landry dans l'embarras ", poursuit M. Duchesne.

Le départ de Jacques Parizeau

Un autre coup dur a été porté à leur relation en 1984 lorsque M. Parizeau a claqué la porte du parti, qui tentait de se relever d'un premier échec référendaire. Déçu par le " beau risque " qui avait incité René Lévesque à s'ouvrir au fédéralisme canadien, il quitte le PQ. Landry décide de rester. " Je pense que ça a été l'une des plus grosses mésententes qu'ils ont eues, se rappelle l'ex-ministre péquiste Guy Chevrette. Quand Parizeau est parti, on n'était pas d'accord avec ce départ. En démocratie, il faut savoir se rallier. Partir n'était pas une solution. "

Le parti a connu des années difficiles sous Pierre Marc Johnson, arrivé en poste en 1985. Puis les chemins de Jacques Parizeau et Bernard Landry se sont croisés de nouveau en 1988. Quatre ans après avoir quitté le parti, M. Parizeau revient par la grande porte et prend la tête du PQ, qui est alors dans l'opposition. Bernard Landry est nommé vice-président du parti en 1989 et deviendra vice-premier ministre lors de la victoire du Parti québécois en 1994.

" À ce moment, ils redeviennent des compagnons d'armes, note Pierre Duchesne. Ils vont très bien travailler ensemble. "

" Ils n'ont pas eu que des mésententes, tient à souligner l'ancien ministre péquiste Guy Chevrette. Concernant la Loi 101, ou la Loi sur le financement des partis, par exemple, ils partageaient le même point de vue. "

Ils s'entendaient aussi sur la place que doit occuper l'État dans le développement de l'économie québécoise, rappelle Éric Bédard. " Ils étaient tous les deux d'accord pour que les grandes institutions issues de la Révolution tranquille, comme la SGF, interviennent pour générer des investissements. "

Nouvelles tensions

Les tensions entre les deux hommes ont toutefois refait surface avec la campagne référendaire de 1995. Alors que M. Parizeau voulait tenir un référendum sur la souveraineté le plus rapidement possible, Bernard Landry était moins pressé. Selon Pierre Duchesne, M. Landry aurait préféré que le premier ministre de l'époque repousse l'échéance. Il n'a pas réussi à le convaincre.

Finalement, les souverainistes perdent leur bataille et, au lendemain du référendum, Jacques Parizeau se retire. Il continue tout de même à graviter autour du PQ, ce qui irrite profondément Bernard Landry, particulièrement lorsqu'il deviendra lui-même premier ministre. " Landry n'appréciait pas que M. Parizeau vienne mettre son grain de sel chaque fois qu'il en avait l'occasion ", mentionne M. Chevrette.

Et Jacques Parizeau en a remis cette semaine en publiant une lettre dans La Presse dans laquelle il remet en question la démarche " étatiste " et évoque la possibilité de tenir des élections référendaires. " C'est toujours achalant quand ce genre d'intervention vient d'un ancien premier ministre ", poursuit Guy Chevrette.

" En lançant ce débat, M. Parizeau prouve une fois de plus que c'est lui qui donne le rythme, ajoute Pierre Duchesne. Le problème, c'est que Bernard Landry aimerait bien battre la mesure. "





Technologie: Ici Radio-Mononcle

Michel Dumais
Le Devoir lundi 30 août 2004

S'il faut en croire le collègue Tommy Chouinard, las d'une supposée presse fédéraliste hostile au mouvement souverainiste, des jeunes du Parti québécois seraient en train de mettre en place une radio Internet carburant à l'énergie nationale (il faudra d'ailleurs m'expliquer un jour à quoi ça carbure l'énergie nationale).

Toujours selon Chouinard, monsieur Landry se serait montré enthousiaste devant ce projet. Toutefois, le chef du Parti québécois a dit souhaiter analyser plus en détail le projet de Radio-PQ avant de donner sa bénédiction. Inquiétant à mon avis.

Car voyez-vous, l'idée de lancer une radio Internet n'est pas mauvaise en soi. Certains diront même qu'il est enfin temps que les partis politiques canadiens et québécois sortent de leur léthargie pour courtiser sur leur terrain les jeunes de moins de trente ans.

Toutefois, et les dernières élections fédérales nous l'ont prouvé encore une fois, les efforts de partis politiques en vue d'atteindre les jeunes par Internet me font penser à ce vieux mononcle qui, dans les réunions de famille, raconte que, dans son temps, lui aussi se tapait son gros joint de colombien tous les jours.

«Moi aussi, dans mon temps, on en fumait des barreaux de chaise.

-- Oui, mononcle, t'es vraiment cool toi aussi mononcle. Alors, on se roule un gros pétard tous les deux ?

-- Minute le jeune, ce n'est pas de cette façon que ça fonctionne. Je vais te montrer comment en réalité.»

Il n'y a qu'à fréquenter le site Internet de la Saison des idées pour comprendre que si monocle aime bien les belles images hautes en couleurs (ça fait tellement jeune, frais et dynamique), en termes d'idées et de discussions, il n'y a pas de quoi fouetter un chat ou exciter un Antoine. Mononcle peut donc dormir en paix, car mis à part les réflexions d'un ou deux iconoclastes, l'audace n'était manifestement pas au rendez-vous dans les forums de discussion. Quant aux textes de réflexions, on précise bien en page d'accueil que seuls les textes pertinents seront publiés sur ce site. Bonjour la spontanéité et le véritable brassage d'idées. On sent bien que le parti garde le contrôle sur cet espace virtuel.

Or, est-il besoin de le préciser encore une fois, cette absence d'audace et d'appropriation de ce nouveau moyen de communication qu'est Internet n'est pas l'apanage du PQ. Aucun des partis politiques fédéraux et provinciaux au Canada n'a compris la force que pouvait représenter Internet, combiné avec les autres médias traditionnels et électroniques.

Il faut plutôt se tourner vers notre voisin du sud, avec Howard Dean et maintenant John Kerry. Ou plus proche de nous, du côté des altermondialistes et de nombreux groupes communautaires, pour se rendre compte que, contrairement aux supposés stratèges en communications des partis traditionnels, eux seuls ont su véritablement déchiffrer et assimiler les principes d'utilisation et de communication d'Internet et de la culture de réseau.

En effet, à la différence d'une télévision, d'une radio ou d'un journal qui joue le rôle d'un émetteur unique diffusant vers des milliers de récepteurs (lecteurs ou auditeurs), Internet, par sa nature, permet à tout un chacun d'être non pas juste un récepteur, mais aussi un émetteur relais. Ce principe, beaucoup de jeunes l'ont compris et l'ont déjà mis à profit.

Les stratèges d'Howard Dean avaient d'ailleurs bien compris que le seul espoir de permettre à leur candidat de se démarquer était de mettre en place une véritable stratégie Internet basée sur une vision «bottom-up», c'est-à-dire un brassage d'idées qui part de la base pour remonter vers le haut de la pyramide, et non pas l'inverse. Et ceci, sans étouffer la spontanéité et la confrontation d'opinions diversifiées qui ne suivent pas nécessairement toutes la ligne du parti.

Cette stratégie du clan Dean a d'ailleurs permis à l'ex-gouverneur du Vermont d'attirer vers lui des électeurs qui, normalement, se seraient abstenus de toute participation. Bref, grâce à sa stratégie Internet et son discours anti-guerre, Dean a contribué à faire renaître un parti démocrate amorphe et tétanisé par les événements du 11 septembre.

Cependant, avec cette course à la direction non officielle que madame Marois a déclenché, il serait bien surprenant que Radio-PQ ait carte blanche des mononcles et qu'elle devienne un véritable outil d'information, de brassage d'idées, d'échange et de mobilisation libre de toute mainmise du parti. Si jamais la radio Internet du Parti Québécois voit le jour, elle ne sera qu'un simple outil de propagande conçu par des souverainistes, pour les souverainistes et étroitement contrôlé par les instances dirigeantes du parti. Vous savez, quand Marshall McLuhan affirmait que le medium est le message, il ne faudrait tout de même pas le prendre au pied de la lettre.

Ici Radio-Mononcle !





Où est le plan?

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 30 août 2004

Plus on se rapproche de la rencontre des premiers ministres qui doit débuter le 13 septembre prochain, plus la probabilité qu'on en vienne à une entente s'éloigne dans l'épineux dossier du financement à long terme des soins de santé. Alors que Paul Martin tente de réduire les attentes suscitées par ses promesses électorales, les provinces, elles, sont surtout pressées de voir la couleur de l'argent. Air connu!

Ottawa n'est pas sorti du bois s'il maintient son objectif de lier sa participation future en santé à des objectifs nationaux communs. Non pas que les provinces soient en désaccord avec ces objectifs que la plupart d'entre elles poursuivent déjà, mais parce que leur défi est beaucoup plus complexe que celui d'Ottawa. Pourquoi s'attacher les mains alors que les échéances, parfois même les objectifs, de chacune diffèrent ?

Les libéraux fédéraux veulent réformer le régime de santé des provinces pour en assurer la pérennité. Quel est leur plan ? Créer un régime d'assurance médicaments, forcer les provinces à réduire les listes d'attente et développer des services de soins à domicile et former davantage de personnel médical. Fort bien.

Lors de leur rencontre du mois dernier, les provinces ont donc convenu de prendre Paul Martin au mot et de lui demander de mettre sur pied un vrai régime d'assurance médicaments canadien dont la totalité des coûts serait assumée par Ottawa. Or, quelle fut la réponse du nouveau ministre de la Santé, Ujjal Dosanjh ? Il s'est empressé d'avertir les provinces qu'il n'irait pas plus loin qu'un régime catastrophe réservé aux malades qui n'ont pas les moyens de se procurer certains médicaments coûteux. Et encore : pas question pour Ottawa de payer la totalité de la facture ! Message reçu. Mais alors, pourquoi cette promesse électorale alors que plusieurs provinces ont déjà leur propre régime d'assurance médicaments parfois plus complet que celui dont parle Ottawa ? L'histoire rappelle cette autre promesse, souvent répétée, de créer un réseau de garderies à l'échelle du pays. Du vent !

Plus important, les problèmes recensés par Ottawa ne constituent même pas les défis les plus significatifs des prochaines décennies, tant s'en faut. Comme un dossier du Devoir publié samedi dernier le montrait bien, le plus grand défi de notre système de santé sera de faire face à l'augmentation effarante du nombre de malades chroniques atteints d'Alzheimer, de Parkinson, d'arthrose, d'insuffisances cardiaques, de difficultés respiratoires et de maladies mentales. En quoi le «plan» de M. Martin répond-il à ces défis ?

En fait, de plan fédéral de réforme à long terme, il n'y a jamais eu. À la veille des élections, les libéraux ont banalement récupéré les problèmes les plus souvent mentionnés dans les médias, sans plus.

Les vrais problèmes à long terme du système de santé, ce sont les provinces qui auront à y faire face. Celles qui se respectent n'ont pas attendu les déclarations opportunistes des politiciens fédéraux pour s'y attaquer. Ce qui leur manque cependant, à court et à long terme, c'est l'argent : l'argent pour réduire les listes d'attente et améliorer l'offre de soins à domicile, certes, mais aussi pour accroître le nombre de places en hébergement, limiter la croissance du coût des médicaments pour les démunis, créer des réseaux de première ligne efficaces, remettre à niveau les centres spécialisés, embaucher du personnel spécialisé, soutenir les organisations d'aide aux malades et aux familles, multiplier les programmes de prévention, etc.

Voilà pourquoi, d'ici au 13 septembre, Ottawa doit changer de discours et cesser de jouer au plus fin avec les provinces qui ont besoin de connaître dès aujourd'hui l'ampleur des transferts auxquels elles doivent s'attendre au cours des prochaines années.

jrsansfacon@ledevoir.ca





Que reste-t-il du bien commun?
- Cynisme et bien commun: les causes politiques d'un malaise

Jean-Herman Guay
Professeur de science politique, Université de Sherbrooke
Le Devoir lundi 30 août 2004

Depuis l'an dernier, l'actualité politique -- forte de deux campagnes électorales, au Québec puis au fédéral, auxquelles s'est ajouté le débat sur les défusions municipales -- a amplement donné matière à réfléchir à notre vie en société. Le sujet a inspiré la revue Éthique publique (Éd. Liber) qui, pour son numéro du printemps 2004, a demandé à différentes personnalités de décrire leur vision du bien commun. Pour le plus grand profit de ses lecteurs, Le Devoir a reproduit tout au long de l'été des extraits de cette série. En voici la dernière tranche.

Partons du réel. Quelle part des richesses met-on en commun ? Si l'on prend la société canadienne et qu'on considère les 30 dernières années, il ne fait aucun doute que la proportion des richesses produites mises en commun par l'entremise des impôts, des taxes et des contributions de toute nature constitue une portion pour «gros appétit».

Les dépenses publiques canadiennes représentent plus de 35 % du produit intérieur brut du pays. De celles-là, les deux tiers visent le soutien direct aux individus et aux familles. Dans les domaines de l'éducation et de la santé, la part que doit débourser l'usager est limitée, ce sont les contribuables qui en paient principalement les coûts. Pour chaque place en garderie, pour chaque banc d'école, pour chaque séjour à l'hôpital, le trésor public assume une large part des coûts. [...] Regardons autour de nous : il y a peu de secteurs où la contribution commune est carrément absente.

La construction de ces mesures de partage a eu des effets directs sur la vie des individus : aujourd'hui, un jeune sur quatre obtient un diplôme de premier cycle universitaire, alors que la proportion était de un sur huit il y a 30 ans. Au début des années 1960, plus de la moitié des adultes avaient tout juste un diplôme d'études primaires. Quant à la santé, un indicateur parle pour presque tous les autres : depuis un siècle, l'espérance de vie a augmenté de 30 ans.

Par ses programmes sociaux et ses mesures fiscales, le Canada se classe parmi les pays les plus égalitaires de la planète. Il devance à ce chapitre, selon plusieurs indicateurs, le Royaume-Uni et la France, là où l'on trouve des traditions socialistes bien ancrées.

Une communauté élargie

Autre phénomène : l'élargissement de la communauté. Elle n'est plus l'apanage des hommes blancs, hétérosexuels et propriétaires. Les mesures discriminatoires intégrées à la culture d'autrefois sont réprouvées, condamnées. Les écarts entre le revenu des hommes et celui des femmes se sont rétrécis. Les handicapés ont vu leur statut s'améliorer. Et les différentes orientations sexuelles sont à présent respectées. [...]

Les mises en commun ne relèvent pas exclusivement de l'État. Il faut aussi tenir compte de la vie associative où, depuis 20 ans, une véritable explosion s'est produite. Les individus disposent de plus d'organisations, de plus de lieux pour s'exprimer, prendre la parole ou défendre leur point de vue. [...]

Mais il y a plus. Par le biais des nouvelles technologies, jamais la mise en commun des informations n'aura été aussi rapide, efficace et démocratique. Jamais les oeuvres d'art n'auront été tant vues. Jamais il n'aura été aussi facile de retrouver un texte de Platon, un plan de Paris ou un document gouvernemental. Jamais il n'aura été aussi facile d'éditer et de diffuser un écrit, de produire et de faire connaître une bande vidéo. [...]

Certains diront que ces progrès se sont faits au détriment des pays en développement. L'examen de la situation internationale réfute cette analyse. Le dernier Rapport mondial sur le développement humain (2003), produit par les Nations unies, souligne la nature des progrès pour la majorité des pays : «Ces 30 dernières années, nous avons assisté à des améliorations spectaculaires dans le monde en développement. L'espérance de vie a gagné huit ans. L'analphabétisme a été quasiment réduit de moitié, pour tomber à 25 %. Et en Asie de l'Est, le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour a été presque divisé par deux au cours des années 90.» [...]

Action commune dévalorisée

La question qui nous tenaille est celle-ci : pourquoi le tableau que nous venons de dresser apparaît-il aux yeux de bon nombre de lecteurs -- et même à son auteur -- relever d'une pensée naïve, jovialiste, quasi enfantine ? Pourquoi semble-t-il si suspect alors qu'il repose sur des chiffres difficilement contestables ? D'où vient donc ce sentiment en contradiction avec les faits ? [...]

Le cynisme est si présent -- si disproportionné -- que l'indifférence et le haussement d'épaules tiennent lieu d'action. Les conséquences de cette situation sont multiples. Il en est cependant une qui parle plus que toutes les autres : le taux de participation aux élections générales. En 2000, les Canadiens ont été aux urnes dans une proportion de 61 %, le plus faible niveau de l'histoire du pays ! Cette chute s'inscrit dans une tendance. [...]

Quand un phénomène atteint une telle ampleur, l'explication par des causes conjoncturelles et adventices est insuffisante. Les causes sont plus complexes, plus lourdes, si quotidiennes qu'on ne les voit même pas. [...]

La vie de tous les jours, celle du travail tout comme celle de la consommation, n'a pas cessé de se spécialiser. Révolu le temps du «modèle T». Les entreprises offrent quantité de produits très variés. La consommation de masse dépersonnalisée a fait place à un marché morcelé, une trame complexe constituée d'une multitude de secteurs spécialisés. [...]

Les modes de vie ont pu du même coup se segmenter. Et la rentabilité est au rendez-vous. Un produit qui toucherait 2 % du marché générerait des profits parce que le marché est désormais mondial ! Tout cela est connu. C'est son impact sur le politique qu'on a moins souligné.

Le «produit» politique

Dans le domaine politique, le «produit» n'a rien de personnel : il ne peut répondre aux préférences de chacun. Le discours politique doit reposer sur le plus grand dénominateur commun. L'obtention d'un seul siège à l'Assemblée nationale exige une part de 20 % à 30 % du marché politique. Coincée dans cette arithmétique, l'offre politique tend à s'uniformiser, son discours devient vide, fade, plat, dépersonnalisé, aseptisé, si général que chacun peut s'y retrouver -- le temps d'une campagne -- sans pour autant s'y identifier vraiment. [...]

Cette capacité croissante à faire des choix précis dans la «société domestique», selon l'expression d'Aristote, rend la contrainte de la «société politique» pesante, parfois même insupportable.

Il est un deuxième facteur qui fragmente le sentiment commun, c'est la prédominance accordée à ce qui nous est spécifique. Quand on considère une nouvelle proposition fiscale, le tracé envisagé d'une autoroute ou la fusion prochaine de municipalités, chacun mesure son appui en fonction des variables de son «vécu». Genre, langue, profession, âge, lieu de résidence, autant de critères qui guident nos choix. Tout est jugé à l'aune du particulier. Le système, écrit Charles Taylor, est «mû par un esprit de confrontation qui incite le citoyen à faire valoir ses droits, quelles qu'en soient les conséquences pour la collectivité».

Entre notre citoyenneté générale et notre citoyenneté particulière, cette dernière l'emporte presque constamment. [...] Cette attitude a un effet corrosif sur le bien commun puisqu'elle met l'accent tantôt sur la part déficitaire, ce qui nous est «dû», tantôt sur la part «arrachée» dans des «combats héroïques». Jamais le centre n'est valorisé.

Les discours que tiennent les mouvements sociaux (syndicats, groupes de jeunes ou de femmes) à propos de leur histoire procèdent selon le même schéma : toute reconnaissance est le résultat d'une bataille; tout affaiblissement de la vigilance provoquera un recul. Le centre est un monstre mesquin et aveugle qui avance à coups d'obligations et de pressions. Rien d'étonnant à ce que le sentiment commun aille au diable. [...]

De plus, la société postmoderne est indéniablement marquée par la multiplication des centres de décisions. D'abord au sein de l'État (conseils, régies, commissions, sociétés, bureaux, etc.), puis hors de l'État (centres de recherche, syndicats, associations, regroupements, fédérations, etc.). On compte enfin des organismes extra-sociétaux qui pullulent depuis quelques années. La mondialisation ne cesse d'ajouter de nouveaux intervenants. À ces entités, il faut bien évidemment ajouter les individus qui ont leur propre liberté d'expression et de divulgation. [...]

Les théoriciens modernes du libéralisme comme Michael Polanyi ont exposé l'avantage que présentait ce modèle sur celui du «plan unique» du communisme soviétique. Il en résulte une société polycentrique plus efficace, selon eux, parce que capable de saisir les opportunités, de capter les nouvelles idées et de s'adapter rapidement aux aléas du parcours. Les processus sociaux donnent ainsi lieu à un système complexe, spontané, dans lequel tout procède par «ajustements mutuels» réalisés par les milliers de protagonistes du terrain.

Il n'en reste pas moins que cet ensemble «efficace» donne, au jour le jour, une impression de désordre. Les mécanismes régulateurs n'agissent que sur le moyen et le long terme. À court terme, c'est l'impression de chaos qui domine. [...]

La reconstruction du bien commun

Que faire ? Quel antidote proposer à cette érosion du sentiment commun et à la dévalorisation de l'action commune ? On peut, bien sûr, envisager des changements institutionnels. Par exemple, pour ce qui est du Québec, assouplissement de la discipline de parti, instauration d'un régime électoral qui ferait place à la représentation proportionnelle, reconnaissance de l'initiative populaire en matière référendaire. Ces réformes permettraient à la société de retrouver un peu de sa diversité en son centre.

Il faut cependant éviter d'aller trop loin dans cette voie : une représentation proportionnelle intégrale peut fragmenter le corps législatif et l'exposer à la puissance de groupes précis. Segmenter le corps législatif à l'image du marché est impossible. Et, au terme des délibérations, la loi restera «une», applicable à tous.

Nous sommes aussi d'avis que l'éducation citoyenne pourrait être un vecteur positif. Chez nous, ce n'est que très récemment qu'on a accepté d'accorder quelques heures par semaine à cette discipline scolaire. C'est déjà un premier pas. Les paris sont cependant ouverts quant à la réussite de l'aventure. Un fait demeure : les Américains enseignent la citoyenneté à leurs enfants depuis des décennies et pourtant leur participation électorale ne cesse de chuter ! [...]

Il s'ajoute une réalité plus fondamentale, ontologique. L'écart entre le réel et le sentiment qu'on en a, entre «ce qui est» et le désir de «ce qui devrait être», persistera. Le sentiment d'insatisfaction-inadéquation continuera d'habiter le bien commun pour une raison bien simple : il constitue son essence, la plus irréductible de ses composantes, le noyau de son énergie. Le bien commun n'est peut-être rien d'autre que ce désir insatiable d'ajouter, de modifier, cet élan qui considère que le réel est injuste et inacceptable et que les humains méritent mieux, plus ou autrement. [...]

Le politique a été, tout au moins au XXe siècle, un écran où l'on a projeté nos attentes et nos espoirs. Nous avons confié à l'État le rôle de la Providence. Cette mission, compte tenu du niveau symbolique où se situe la demande, est impossible à remplir. Il faut avoir à l'endroit du bien commun et de ses composantes un rapport plus pragmatique, plus humain, moins religieux, qui accepte la dissonance qu'il recèle. [...]

L'exigence intellectuelle du présent est de reconquérir et de reconstruire la confiance en l'aventure humaine en soulignant tous ces incroyables progrès qui ne sont visibles que sur la longue durée. Point de contentement, ni de ressentiment. L'exigence intellectuelle nous convie à un «consentement au monde», à une attitude plus modérée à l'endroit du bien commun et plus à même de ranimer l'action commune.





Le wagon et la locomotive

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 30 août 2004

Le Bloc québécois est désormais le parti le plus important sur la colline parlementaire. L'affirmation n'est pas de moi. Elle sort directement de la bouche d'un des lobbyistes bien branchés de la capitale fédérale. Depuis le 28 juin, elle fait partie de l'analyse qu'il fournit à ses gros clients du monde des affaires, presque tous des anglophones, de Toronto ou de l'Ouest canadien. Comme quoi il n'est pas toujours nécessaire d'être journaliste pour gagner sa vie à transmettre de mauvaises nouvelles!

Dans la quête perpétuelle dans laquelle s'engage le gouvernement de Paul Martin pour rallier une majorité de députés à ses projets législatifs, le NPD ne lui est d'aucune utilité réelle. Avec ses 19 députés, le parti de Jack Layton ne peut pas faire la différence entre une victoire et une défaite aux Communes pour le gouvernement. C'est exclusivement au talent de son chef pour se faire valoir devant les micros que l'on doit l'impression qu'il est soudainement devenu le personnage central du nouveau Parlement.

Restent donc le Parti conservateur et le Bloc québécois. Dans tous les cas, le gouvernement devra s'assurer de l'appui de l'un ou l'autre pour arriver à ses fins parlementaires. Mais le PC est également l'opposition officielle et, malgré ses résultats crève-coeur du

28 juin, on peut l'imaginer au pouvoir à la place des libéraux. Or, dans la dynamique normale d'un Parlement minoritaire, il est rare que l'opposition officielle fasse fonctionner le gouvernement qu'elle entend remplacer. Cela se produira à l'occasion, comme sans doute dans le cas du bouclier anti-missile. Mais la facture d'une telle opération pour les libéraux sera toujours salée. Chaque fois que Paul Martin aura besoin de Stephen Harper pour gagner un vote, il aura un argument de moins pour se départager de la droite lors de la prochaine campagne électorale.

En marge de la souveraineté, les valeurs du Bloc, par contre, sont finalement beaucoup plus proches de celles du PLC. Dans les faits, pour remonter la pente au Québec, le gouvernement a même intérêt à se coller davantage aux positions bloquistes. Jean Chrétien n'a jamais été aussi populaire au Québec que lorsqu'il était du même combat que le Bloc sur l'Irak, le mariage gai ou la décriminalisation de la marijuana.

Quand les analystes mettent leurs auditoires en garde contre la chute prématurée du gouvernement, son apparente insouciance à l'égard du Bloc est pour beaucoup dans leurs avertissements. De Vancouver à Toronto, on se demande encore comment Paul Martin a fait, dans les circonstances, pour se doter d'un leader parlementaire qui n'entend rien ni au français ni au Québec. Plusieurs libéraux répondent qu'ils calculent que le Bloc va tout faire pour éviter un retour aux urnes avant deux et même trois ou quatre ans. Pourtant, si des élections avaient lieu à brève échéance, le Bloc serait tout à fait susceptible de répéter son exploit du 28 juin dernier. Ce n'est pas la collision frontale qui menace entre Jean Charest et Paul Martin sur la santé et encore moins le débat sur le bouclier anti-missile qui vont redorer le blason de ce dernier au Québec.

***

Si le gouvernement Martin veut durer, il devra diviser pour régner. Dans certains cas, la dynamique idéologique jouera naturellement pour lui. Mais les trois partis d'opposition ne manqueront pas non plus de terrains d'entente. Le bouclier anti-missile en est un bel exemple. Même si les positions des conservateurs sont à l'opposé de celles du Bloc et du NPD, tous trois ont un intérêt commun à embarrasser le gouvernement en provoquant un vote divisif des libéraux sur la question.

S'il y a un sujet de fond qui divise les Communes, ce n'est pourtant pas celui-là, mais plutôt celui de la vision que les partis ont du fédéralisme. La plupart des grands engagements de Paul Martin vont l'amener sur des terrains de compétence provinciale. Cela commence avec la santé. Or, aussi bien le Bloc que le Parti conservateur se voient comme des chiens de garde des pouvoirs des provinces. Ensemble, ils comptent autant de votes aux Communes que le PLC et le NPD réunis. Mais, dans les faits, la vision d'un gouvernement central fort que défend Paul Martin est finalement minoritaire. À la lumière des antécédents nationalistes de la majorité de ses ministres québécois, ils ont des contorsions publiques en perspective pour se positionner sur la question.

***

Certains voient déjà Gilles Duceppe à la tête du Parti québécois. Le chef bloquiste marcherait ainsi sur les traces de Lucien Bouchard et de Jean Charest qui ont fait le même genre de saut. Mais à quel prix? Le premier ne s'est jamais réconcilié avec la culture péquiste, si différente de celle du Bloc. Le second a mis quatre ans à adapter sa perspective fédérale à la lorgnette québécoise. Et, à la différence de M. Duceppe, les Bouchard et

Charest avaient tous les deux de l'expérience au gouvernement.

Si les amateurs de politique-fiction décapitent aussi facilement le Bloc de son chef à un tel moment de son histoire, c'est parce qu'on a coutume de considérer que la formation fédérale n'est qu'un des multiples wagons d'un train dirigé par la locomotive péquiste. Étrange wagon cependant qui carbure à 15 points d'appui de plus dans la faveur électorale que sa locomotive et pour qui l'opposition, contrairement à Québec, n'a plus rien d'une voie de garage!

chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star





Journalistes et relationnistes peuvent-ils se parler?

Benoît Gignac
Relationniste
Le Devoir lundi 30 août 2004

Libre opinion: Tous les jours dans les salles de presse tant à la télévision, à la radio, dans les journaux que sur Internet, les journalistes, affectateurs, chefs de pupitre, rédacteurs en chef et tutti quanti sont submergés d'informations de toutes sortes qu'ils doivent trier selon un ensemble de critères allant de la politique éditoriale, l'intérêt public, l'intérêt médiatique, l'actualité, jusqu'à la grille du média pour lequel ils travaillent et, enfin, l'espace ou le temps d'antenne dont ils disposent pour ce faire.

De fait, il y a 100 fois plus de contenus potentiellement «diffusables» chaque jour au Québec que d'espace médiatique pour en traiter, à tout le moins dans les médias d'envergure nationale et qui publient au quotidien. Ces contenus proviennent de toutes sortes de groupes d'intérêt, d'entreprises, d'organismes privés et publics et même d'individus.

Décider en tout équilibre de ce qui est d'intérêt public et de ce qui ne l'est pas relève souvent de l'acrobatie pure et simple. C'est pourquoi la plupart des médias sérieux apporteront une attention toute particulière au fait de couvrir tout un ensemble de secteurs d'activités dans des proportions qu'ils jugeront plus ou moins importantes. D'où une première question : qu'est-ce qui détermine l'importance des contenus à diffuser ?

Les jobs sont rares

Les journalistes sont fiers de l'être et veulent le rester. En cela, ils ne sont pas différents des mécaniciens ou des chefs cuisiniers, à la différence près qu'ils ont par leur profession une responsabilité civique et sociale que d'autres n'ont pas. Dans leur pratique de tous les jours, ils cherchent à garder leur emploi et à progresser. Pour ce faire, ils doivent composer avec les préoccupations du public bien sûr, mais aussi avec celles de leurs employeurs qui traitent avec des lecteurs, des auditeurs, des téléspectateurs, en définitive avec des consommateurs et des acheteurs de leurs produits.

Lorsqu'on connaît ne serait-ce qu'un peu le cycle médiatique, on ne peut que comprendre qu'à la fin de la journée, après d'interminables lectures et coups de téléphone ou encore de retour dans la salle de presse après la couverture d'un événement, les journalistes s'attendent à ce que les contenus qu'ils mettent sur la table décisionnelle soient diffusés et tentent de faire ce qu'il faut pour que ce soit le cas. Que ferait une entreprise médiatique d'un journaliste qui n'arrive jamais avec de la matière digne d'intérêt ?

Une concurrence commerciale féroce

D'où la deuxième question : comment devient-on un bon journaliste et comment le demeure-t-on ? On devient un bon journaliste lorsqu'on contribue, entre autres choses, à faire en sorte que son média gagne la bataille des tirages et des cotes d'écoute en produisant de la nouvelle et des contenus qui vont dans le sens des intérêts commerciaux des entreprises médiatiques.

En fonction de quoi tue-t-on la «une» dans un journal ? En fonction de quoi organise-t-on le line up d'un bulletin de nouvelles ? En bonne partie en considération de la concurrence et non pas seulement de l'intérêt public, pour autant qu'il soit défini en matière d'information comme la diffusion juste, équilibrée et rigoureuse d'informations utiles à la société.

Tiraillés entre la préoccupation tout a fait légitime de garder leur emploi, de progresser dans un métier qu'ils aiment et l'idée de servir la population et l'intérêt public, les journalistes ne font pas toujours le poids et la mesure. Les erreurs de parcours et certains excès que nous observons depuis un certain temps dans les médias peuvent dès lors être mieux compris.

Participer à l'équilibre de l'information

Partant de là, le travail des relationnistes peut lui aussi être mieux compris. Dans ce grand jeu, il consiste la plupart du temps à faire en sorte que les contenus qu'on leur demande de diffuser le soient dans des proportions acceptables en vertu d'une autre lecture de ce que doit être le traitement de l'information, qui ne peut être que l'apanage des médias.

Tous les jours les relationnistes usent de stratégie, de tactiques et se battent (et commettent aussi des erreurs) pour l'obtention d'un entrefilet, d'une brève, d'un «clip» qui satisfera leur client ou leur patron. Tous les jours les relationnistes expliquent à leurs clients et leurs dirigeants que leur nouvelle ne peut pas faire la «une», que les journalistes sont pris dans un tourbillon qui les dépasse. Tous les jours les relationnistes travaillent eux aussi à ce que l'équilibre en information existe. Les accuser de vouloir contrôler les médias tient souvent, sauf exception, de l'exagération.

Au fond, au Québec, la rencontre entre les journalistes et les relationnistes n'a jamais vraiment eu lieu. Je suis sensible aux propos de Jacques Rivet, professeur à l'Université Laval qui estimait à même ces pages, le 11 août dernier, que le jugement de la Cour suprême dans l'affaire Néron nous contraindra probablement à engager un véritable débat. Mais faut-il que cela soit contraignant ? Ne pourrions-nous plutôt imaginer ensemble un univers d'information singulier dont nous serions fiers ?





Gouin, une occasion ratée

Guy Bouthillier
Le Devoir lundi 30 août 2004

Lettres: Outremont-Montréal, août 2004

Le 24 août dernier, les péquistes de Gouin ont choisi leur candidat pour l'élection partielle du mois prochain. En finale de cette investiture, ils étaient deux.

Vu de la circonscription, l'un valait bien l'autre. Quel qu'allait être le résultat, les électeurs du coin seraient bien servis -- et le PQ assuré de garder Gouin «dans son giron», comme on disait si bien ce soir-là.

Mais au-delà du quartier, il y a aussi, il y a surtout Montréal -- tous les Montréal ! -- avec ses enclos et ses ghettos, où il faudra bien qu'un jour le PQ pénètre et y marque des points. Or mardi, sur ce plan, l'un ne valait malheureusement pas l'autre. Ni pour la projection du parti au-delà des limites de la circonscription, ni pour la projection de l'idée au-delà des limites du pays où il faudra bien un jour aller clouer le bec à toutes ces calomnies qui font tant de mal.

Au PQ, nous discutons ferme en ce moment de voies électorales et de méthodes référendaires. Mais tout cela risque fort de n'être que vaine littérature si, d'abord, l'on ne brise, et vite, les murs d'incompréhension et d'inconfiance qui nous séparent encore de trop nombreux électorats.

Mardi, une occasion a été ratée de commencer à le faire.





Le retour des Acadiens vu par le Canada

François Simard
Le Devoir lundi 30 août 2004

Lettres: Québec, arr. Sainte-Foy, août 2004

Dans le numéro de printemps 2004 de la revue Cap-aux-Diamants, consacré aux Acadiens, l'historien Léon Thériault de l'Université de Moncton rappelle qu'après la déportation d'environ 12 000 Acadiens de 1755 à 1762, «les Anglais permettent aux Acadiens de revenir dans la région, en 1764, moyennant deux conditions: prestation du serment de fidélité totale et dispersion en petits groupes.

Les Acadiens reviennent ou sortent de leur cachette. La plupart des Acadiens de la Nouvelle-Angleterre préfèrent cependant remonter au Québec où leurs descendants se trouvent toujours». Il y aurait aujourd'hui plus d'un million de Québécois d'origine acadienne.

Cet été, on pouvait acheter, dans la plupart des lieux historiques de Parc Canada en Acadie, une immense affiche (1 m sur 2 tiers de m) intitulée Acadie, l'odyssée d'un peuple. L'affiche capte l'attention par de larges flèches illustrant, sur un fond en cartes géographiques, d'une part «Le grand dérangement» à la partie supérieure (flèches de 0,3 à 4 cm de largeur), et d'autre part «Migrations et retour» à la partie inférieure (flèches de 0,2 à 2,5 cm de largeur).

Aucune de ces flèches ne semble aller en direction du Québec; mais en regardant de plus près, on découvre à la partie «Migrations et retour» une petite flèche de 0,2 cm (correspondant à 250 personnes au maximum) et allant du Détroit de Northumberland vers la Baie des Chaleurs. Les flèches partant de Boston sont dirigées vers la Nouvelle-Écosse et Saint-Pierre et Miquelon, mais pas vers le Québec !

On sait que les images sont souvent trompeuses. En effet, il faut lire attentivement tous les petits textes, dispersés sur l'affiche, pour en découvrir un qui révèle discrètement ce que l'image a caché : «Les Acadiens qui s'enfuient au Québec en 1755 seront plus tard rejoints par des réfugiés de la Nouvelle-Écosse, de l'Isle Saint-Jean et des colonies américaines. [...] Vers la fin du XVIIIe siècle, environ 8000 Acadiens et Acadiennes vivent au Québec, constituant ainsi le tiers de la population acadienne.»

La vérité historique est donc sauve, même si l'image est fausse. Mais une image vaut mille mots !

L'affiche produite par Environnement Canada a été révisée en 1993, soit peu avant le référendum québécois de 1995 : faisait-elle partie d'une stratégie du fédéral pour tenter de faire oublier aux Acadiens que la majorité de leurs descendants au Canada habitent au Québec, et ce, de peur que les Acadiens ne se sentent solidaires des souverainistes québécois ?





L'histoire en vacances
- Québec en 1749: une Rome face à Carthage

Jean Simard
Membre émérite de la Société des Dix
Le Devoir lundi 30 août 2004

Tous les lundis de cet été, Le Devoir vous emmène visiter un lieu de villégiature qui porte l'empreinte de l'histoire. Cette série a été préparée par la Société des Dix, une académie d'histoire fondée en 1935 qui regroupe dix chercheurs en histoire du Québec et de l'Amérique française. Leurs spécialités vont de l'archéologie à l'histoire littéraire, en passant par la politique, la sociologie, l'ethnologie et la musique. Fraternisant lors de repas de l'amitié et s'entraidant dans leurs travaux, ils publient depuis 1936 Les Cahiers des Dix. On peut s'abonner en s'adressant aux éditions La Liberté à Québec. Le site des Dix.

Ce texte constitue la dernière contribution de la Société des Dix pour cet été. Toutes nos excuses pour avoir annoncé la fin de cette série avec la publication du texte de Benoît Lacroix, la semaine dernière, une semaine plus tôt que prévu au programme.

Le seul étranger connu qui ait mis le pied au Canada à l'époque coloniale française a pour nom Pehr Kalm. Délégué par l'Académie royale des sciences de Suède pour inventorier la flore d'Amérique du Nord, il a passé d'abord neuf mois dans les colonies anglaises, puis quatre autres dans la vallée du Saint-Laurent.

Né en Finlande et appartenant à la minorité suédoise de ce pays, il étudie à l'Université d'Upsal (Suède) auprès des naturalistes Carl von Linné et Anders Celsius avant de devenir lui-même professeur d'économique -- c'est-à-dire de minéralogie, de botanique, de zoologie et de chimie dans leurs applications agricoles, minières et industrielles -- à l'Université d'Abo (Finlande). Du 21 juin au 29 octobre 1749, le naturaliste remonte l'Hudson jusqu'au lac Champlain, puis atteint Montréal par le Richelieu et entreprend la descente du Saint-Laurent qui le mène à Québec et jusqu'aux Éboulements.

Jour après jour, il note dans son carnet de terrain le temps qu'il fait, ce qu'il apprend des ressources naturelles du pays : flore, faune, composition des sols, géographie, agriculture, et ce qu'il observe dans la population : façons de parler, modes de construction, langue, moeurs et coutumes. À son retour en Suède, Kalm publie par tranches son journal de route, mais dans une version écourtée à peu près de moitié qui sera traduite en plusieurs langues. Nous devons au savant québécois Jacques Rousseau (1905-1970) l'initiative de la première traduction française de la version intégrale de ce journal dans sa partie canadienne. Nous tirons du Voyage de Pehr Kalm au Canada en 1749 (Traduction annotée du journal de route par Jacques Rousseau et Guy Béthune avec le concours de Pierre Morisset, Montréal, Éditions Pierre Tisseyre, 1977) quelques extraits se rapportant aux us et coutumes des habitants de Québec à la fin du Régime français. Quand il herborise et décrit la flore, le naturaliste accomplit sa mission scientifique. Mais lorsqu'il fait ses commentaires sur les gens qu'il côtoie, il donne l'impression d'être en vacances.

Trois sortes d'ecclésiastiques

Ce qui frappe tout d'abord ce luthérien qui deviendra pasteur de paroisse à la fin de sa vie, c'est la présence structurante des institutions religieuses catholiques dans la ville de Québec. Il les visite toutes, y compris celles qui sont cloîtrées : ursulines, augustines de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôpital général. Lorsqu'il s'apprête à quitter l'Hôtel-Dieu, la religieuse qui l'accompagne lui laisse entendre qu'elle et ses soeurs veulent prier Dieu de tout leur coeur afin qu'il devienne un bon catholique romain, à quoi il s'empresse de répondre : «J'aimerais encore mieux devenir un bon chrétien et qu'en remerciements de leurs prières, je ne veux pas manquer de demander à Dieu qu'elles aussi aient la faculté de devenir de bonnes chrétiennes.» Son passage à l'Hôpital général, où il reste à dîner, lui aurait laissé une plus agréable impression : «La plupart d'entre elles sont d'origine noble; une de celles qui m'accompagnent est fille de gouverneur, elle a grand air et on pourrait la prendre pour une princesse, d'autant qu'elle est bien d'une demi-aune plus grande que moi, sinon plus. [...] J'ai l'impression que ces religieuses-ci ont un certain charme en conversant et des attitudes qui manquaient aux autres.»

Mais son admiration va encore plus aux jésuites qu'il se plaît à comparer aux prêtres du séminaire et aux moines récollets : «L'évêque mis à part, on trouve au Canada trois sortes d'ecclésiastiques, à savoir les Jésuites, les prêtres et les moines déchaux. Tous sont de religion papiste, mais appartiennent à trois ordres différents. Les Jésuites en sont sans aucun doute les plus distingués et doivent avoir le pas sur les deux autres. On dit également ici, sous forme de dicton : "Pour faire un récollet, il faut un hachet, pour faire un prêtre, il faut un ciseaux, mais pour faire un jésuite, il faut un pinceau". C'est ainsi qu'on souligne à quel point l'un surpasse l'autre. [...] Ils accueillent seulement en leur compagnie les sujets qui présentent de grandes capacités et rejettent de chez eux tous ceux qui sont bêtes. Par contre, on prend ici comme prêtre tout ce qu'on trouve et on prête encore moins d'attention à ce point chez les moines.»

Les femmes de Québec et de Montréal

Le strict luthérien, plus avancé dans les sciences exactes que dans celles de l'homme et surtout de la femme, n'a pas été beaucoup impressionné par les femmes de Québec qu'il trouve bien frivoles et même volages. Le jugement qu'il laisse sur elles donne a contrario une petite idée de la veuve d'un collègue pasteur qu'il prendra pour épouse, en janvier 1750, à Philadelphie dans la Nouvelle-Suède : «En général les dames de Montréal semblent être plus jolies que celles de Québec, si j'ose m'exprimer ainsi et bien que je ne sois pas très compétent en ce domaine. Je crois également que les premières, en particulier lorsqu'elles appartiennent à la haute société, surpassent beaucoup les secondes dans le domaine de la chasteté. On dit en effet qu'existe à Québec une façon de vivre trop libre, spécialement chez les femmes mariées qui, paraît-il, sont présentées aux nombreux jeunes Français qu'amène chaque année la marine royale. [...] La femme de Québec est en général aussi paresseuse qu'une Anglaise et bien plus portée qu'elle encore sur les questions sentimentales. On dit qu'il existe à Québec une pauvre fille qui, à dix-huit ans, était incapable de dénombrer les amoureux qu'elle avait eus, non plus que ceux qu'elle avait alors. Les jeunes filles de Montréal ne sont pas superficielles à ce degré-là; on les trouve presque toujours assises en train de coudre et elles mettent également la main à d'autres travaux ménagers. [...] Ce qui les dépite, cependant, c'est que les jeunes filles de Québec se marient ordinairement plus vite qu'elles.»

Le statut du français

Les ethnologues ont beaucoup étudié le phénomène de la tradition orale et démontré que la culture française en Amérique s'était largement transmise à l'abri de l'écrit. La chose s'explique en bonne partie par la rupture du lien avec la mère-patrie qu'a opérée la conquête britannique. Nous avons certainement connu ici l'une des rares régressions culturelles de l'histoire dont l'incapacité de parler, d'écrire et de lire à l'égal des Français est le signe.

D'après Kalm, il n'en était pas ainsi en 1749 : «Tous, ici, tiennent pour assuré que les gens du commun parlent ordinairement au Canada un français plus pur qu'en n'importe quelle Province de France et qu'ils peuvent même, à coup sûr, rivaliser avec Paris. Ce sont les Français nés à Paris, eux-mêmes, qui ont été obligés de le reconnaître. La plupart des habitants du Canada, hommes et femmes, peuvent lire un texte, mais aussi peuvent lire assez bien. J'ai rencontré des femmes qui écrivaient comme le meilleur des écrivains publics et je rougis, pour ma part, de n'être pas en mesure de le faire de la sorte.»

Un autre phénomène tout aussi intéressant que souligne le voyageur, c'est l'utilisation des idiomes locaux comme langues communes dans le commerce des habitants du Nouveau Monde : «Il est amusant de constater, écrit-il, que presque tous les Français du Canada, à quelques exceptions près, ne comprennent pas un mot d'anglais et que, de même, les Anglais et les Hollandais des provinces anglaises ne peuvent ni comprendre, ni parler le français, mais que les uns et les autres peuvent communiquer entre eux par le truchement de l'une ou l'autre des langues indigènes qu'ils ont en commun. Celles-ci jouent donc, en Amérique du Nord, le rôle que le latin ou le français tient en Europe.»

L'avenir du Canada

Notre naturaliste en vacances, se laissant emporter par l'enthousiasme, devise sur l'avenir du pays visité. Utilisant la logique probabiliste, il prédit un grand avenir aux Français du Canada. Laissons-nous bercer un peu par le rêve : «Celui qui veut bien se rappeler à quel point toutes les maisons du Canada sont remplies d'enfants des deux sexes et que les hommes et les femmes d'origine française sont, mieux que n'importe qui, bâtis les uns et les autres pour avoir des enfants, celui-là comprendra facilement comment le pays a pu si bien s'accroître en l'espace de cinquante à soixante ans et comment il se développera encore bien davantage dans l'avenir. [...] Chez les Anglais, par contre, c'est la liberté, ou pour mieux dire l'arbitraire [...] pas d'officiers ou des incapables qui préfèrent le punch et les toasts à leur gloire et à celle du roi, qui s'adonnent chaque jour à la boisson; et des milliers d'autres choses du même genre. Tirez les conclusions de tout cela pour l'avenir et n'oubliez pas en même temps la politique française et sa subtilité dans l'art de gouverner : vous pourrez alors vous imaginer comme une chose réalisée ce qui n'est pas encore arrivé; en un mot, ici se développe une Rome face à Carthage.»



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Lettre ouverte aux propriétaires de l'indépendantistomètre

François Cyr, président de l'Union des forces progressistes
TRIBUNE LIBRE 30 août 2004

Nul ne connaît l'origine précise de cet appareil qu'est l'indépendantistomètre. Pourtant, son action se manifeste régulièrement dans le débat public.

Ses propriétaires peuvent de façon catégorique, sans doute après avoir promené sous le nez des intervenants leur bien étrange machine, séparer le bon grain de l'ivraie. Les purs et durs d'un côté, les impurs et mous de l'autre. À défaut ou malgré les faits, on prête des intentions. Certains avancent que l'origine lointaine de ce type d'engin serait du côté de la sainte Inquisition. D'autres voient dans le vieux nationalisme traditionnel et exclusif le terreau favorable à l'émergence de ce type de pratique. Certains parlent même de stalinisme, d'intégrisme ou d'autres formes violentes de pathologie politique. Laissons aux savants le débat sur l'origine de l'étrange appareil, contentons-nous d'observer son fonctionnement.

Vous êtes en faveur d'une élection référendaire ? Tous les clignotants du densimètre clignotent en vert comme un arbre de Noël, même si vous ne manifestez aucun intérêt pour réformer le mode de scrutin. Vous réfléchissez tout haut à la pertinence d'un appel à une Assemblée constituante ? La machine reste au neutre car elle ne mesure que les idées reçues tels l'étapisme ou le confédéralisme. L'engin est sélectif. Sans doute n'y a-t-il qu'un seul modèle, très vieux, et toujours en service. C'est pourquoi il a fréquemment des ratés. Un ancien ministre fédéral conservateur, ex-ambassadeur canadien, avocat patronal de choc, a su miraculeusement échapper au travail des propriétaires de l'indépendantistomètre. Comme l'aiguille d'un sismographe qui s'agiterait follement devant une très légère secousse, mais qui resterait immobile devant un gigantesque tremblement de terre. L'appareil n'est sans doute pas conçu pour examiner les sauveurs suprêmes de la nation.

Bien qu'indépendantiste depuis toujours, vous osez voter de reculons pour le NPD parce que c'est un parti de gauche, enfin un peu ? Rouge, rouge, les clignotants, sans parler de cette voix métallique qui, surgissant des entrailles de la machine, vous explique que votre parti, pire votre esprit, est infiltré par les fédéralistes. Parlant d'infiltration, l'engin n'a pas fait des prouesses pour repérer un célèbre indicateur de la police fédérale dans les rangs de votre parti. Environ 5 % du contenu du site Internet de l'UFP est rédigé en langues anglaise et espagnole. Les propriétaires de l'indépendantistomètre écrivent des messages enflammés : trahison de la loi 101. Preuve flagrante que notre orientation en faveur de l'indépendance n'est que supercherie.

Des amis politiques de gauche, incurables utopistes, osent s'approcher timidement de ce miroir aux alouettes qu'est le fédéralisme asymétrique. Simple curiosité intellectuelle sans doute. Très beau sur papier, irréalisable en fait parce que l'État canadien, c'est l'État canadien. Comment réagit l’appareil ? Il les soupçonne presque de vouloir entonner le « Ô Canada ». Alors que votre très sélective machine a négligé d'enregistrer que votre parti a fait autant pour cautionner en 200 mois de pouvoir les institutions imposées par le colonialisme britannique. Difficile de penser autour de l’engin, surtout de penser tout haut. Ça doit être à cause des ondes, ou de cet espèce de bruit de fond qu'il dégage depuis quarante ans. Toujours le même ronron, lancinant à la longue.

À quoi carbure la machine, d'où vient son énergie ? Nul ne le sait de façon précise. Sans doute un peu d'aveuglement partisan, la pire forme (parce que collective) d'aveuglement volontaire. Difficile d'accepter dans cette culture politique que l'autre puisse être indépendantiste mais de façon différente parce que fondamentalement animé par l'espoir d'un projet de société progressiste. On note également un indice d'octane à forte teneur d'intolérance. Comme un refus d'accepter le pluralisme politique .Les progressistes l'ont très durement éprouvé lors du dernier scrutin général et, dans certains cas, pour parler franchement, l'intolérance et le nationalisme étroit, ça ne sent pas très bon. Pourtant, votre appareil semble également insensible à détecter les odeurs.

Certains d'entre vous vont jusqu'à militer activement contre une réforme du mode de scrutin, espérant ainsi retarder l'effritement inéluctable de votre monopole de la question nationale. Soyons clair : nous ne reprocherons pas à votre engin d'avoir fait défaut d'enregistrer cette crispation conservatrice. Ce serait un mauvais procès. Parce que vous ne disposez pas d'un appareil conçu pour mesurer le conservatisme, ou le néolibéralisme. Auquel cas, tous les voyants de cette machine scintilleraient de mille feux.

Il y a sans doute aussi un petit quelque chose de générationnel dans ce carburant. La politique, c'est aussi une relation au temps. Étrange situation où les plus pressés de réaliser l'indépendance de notre pays sont souvent les plus âgés. Ce qui amène beaucoup de baby-boomers adhérents au Parti québécois à confondre le destin de leur parti avec celui de notre pays. Sans parler de son destin personnel. Dur, dur de sortir des ornières (élection référendaire, étapisme, bon gouvernement, confédéralisme, etc.) et d'envisager un nouveau cadre stratégique, comme le suggère Robert Laplante. Dur, dur de sortir des frontières de son parti, de ses rituels et de ses fausse urgences pour chercher, dans l'histoire même du Québec, lointaine comme assez récente, ce qui pourrait être notre solution commune : la lute pour une Assemblée constituante.

Mais surtout, c'est très dur, sans doute impossible, de revenir aux sources d'un parti qui, à l'origine, disait aux siens qu'il fallait sortir, parler et convaincre. Magnifique mot d'ordre pour un parti qui, à l'époque, avait un peu plus que le projet de gouverner une province. Tout cela a disparu, l’engin n'a pas bronché, ou si peu. La vieille histoire de la poutre dans son oeil et du fétu de paille dans celui du voisin.

Pour dire les choses un peu plus sérieusement, l'UFP est indépendantiste et le restera. Mais à sa façon, avec le souci constant d'arrimer le social et le national. Notre raison d'être, notre « article un » pour reprendre votre terminologie, c'est la justice sociale. Sur le plan stratégique, nous sommes le seul parti à avoir inscrit au cœur de son programme la proposition d'une Assemblée constituante. Étrange que votre indépendantistomètre ne l'ait pas remarqué.

Nous devons approfondir ce projet, le raffiner, l’élaborer collectivement, en nous hâtant lentement. En prenant grand soin que cette réflexion ne soit pas kidnappée par une poignée d'experts, comme c'est souvent le cas au Québec. En évitant de nous peinturer dans le coin autour d'éléments purement accessoires au débat. En essayant de faire de ce processus l'une des plus grandes mobilisations politiques populaires de 'histoire du Québec.

Il serait peut-être plus utile de ranger votre appareil et de faire en sorte que votre parti, dans une perspective républicaine et non provincialiste, inscrive (article 1. b ?) à son programme ce grand projet de Constituante. Après, peut-être, disons-le sans trop y croire, sera-t-il possible, d’ensemble, sortir, parler et convaincre...




TRIBUNE LIBRE

Ah! les sophismes et les restrictions mentales

Marcelin Gélinas
TRIBUNE LIBRE 30 août 2004



«
Il n'y a pas au Québec de grands médias qui soient partisans.» *
André Pratte, La Presse, éditorial du 27 août 04


C'est vraiment phénoménal de constater combien vous parvenez sans désarmer, semaine après semaine, depuis des années, M. Pratte, à prendre vos lecteurs pour de parfaits imbéciles. Encore un peu, et vous réussiriez à les convaincre (en totalité) que vous êtes vous-même intimement convaincu par les argumentaires de vos propres discours.

Le Québec fléchit,
ploie, cède et décline constamment dans son rapport de force, sinon d'asservissement, avec le Canada. Et ce sur tous les plans. Pour Gesca et ses larbins, toutefois, il n'existe pas un seul motif solide et convaincant qui puisse appuyer sans détour l'idée noble et haute - et pourtant évidente pour tout peuple normal et digne de ce nom - de l'Indépendance de la nation québécoise.

Le Canada nous enverrait son armée afin de bâillonner les deux tiers des Québécois et enfermer sinon massacrer l'autre tiers, que vous trouveriez encore, M. Pratte, quelque sophisme dans votre gibecière à propagandes pour justifier l'entreprise.

M. André Pratte, je respecte sans difficultés les opinons divergentes des miennes: et ce ne sont pas là seulement, nées de mon clavier, molles paroles sans conséquence. En revanche, votre attitude de valet du Canada me répugne à une profondeur telle que je ne trouve plus désormais, depuis ces contrées méconnues de ma propre conscience, les mots susceptibles d'exprimer avec concision le sentiment que vous m'inspirez.

Aucun mot ne parvient à ma bouche ou à mon esprit, en effet, sinon celui de mépris.

Je vous prierais donc de transmettre ce vocable dépouillé (dans l'écrin de votre choix mais avec diligence si vous n'y voyez pas d'objection) à vos patrons et à quelques-uns de vos collègues, dont M. Alain Dubuc au premier chef.

Auprès de gens comme vous, M. Pratte, M. Dubuc, les Stéphane Dion de ce monde apparaissent sympathiques aux yeux du Québécois que je suis.


Marcelin Gélinas
Un banal citoyen de la liberté québécoise


* Et autre formules analogues que vous déversez continûment dans vos textes: «Nous, de Gesca / Power Corp., nous préconisons un Québec fort dans un Canada souple». (http://www.vigile.net/ds-TL/docs/02-10-22-jlg.html). Bien sûr - ah! les sophismes et les restrictions mentales à la Gesca - que vous n'êtes pas parti-san, stricto sensu. Il est vrai de fait que vous n'êtes pas «aveuglément» libéral, conservateur (népédiste, moins encore). Vous êtes seulement partie... prenante du concept de l'inféodation définitive et irréversible du Québec en Canada. En clair, vous êtes simplement au Québec de notre temps, mutatis mutandis, ce que Robert Brasillach a été à la France occupée par la terreur national-socialiste allemande au milieu du siècle dernier.






TRIBUNE LIBRE

McDo aux JO

Sylvio Le Blanc, Montréal
TRIBUNE LIBRE 30 août 2004

Quelle honte que McDonald’s, champion mondial de la malbouffe, soit un des principaux commanditaires des JO d’Athènes. C’est comme si on permettait au cigarettier (et contrebandier?) JTI-MacDonald d’en être.

Comme le démontre le documentaire «Super Size Me: Malbouffe à l’américaine», consommer à répétition du fast-food, c’est hypothéquer à coup sûr sa santé. Aucun athlète n’aurait réussi à participer aux JO s’il avait été un client régulier des McDonald’s, Wendy’s, A&W, Burger King, PFK et autres Pizza Hut de ce monde (des compagnies toutes fondées aux États-Unis, où l’obésité, comme on le sait, est un gros problème).

Imaginez l’effet créé par la télévision: on voit d’abord les meilleurs athlètes s’exécuter et triompher, puis, la seconde d’après, on voit deux jeunes dans une pub, semblant pimpants de santé, se disputer du McDo. De là à ce que plusieurs associent la force, la santé et la beauté à la malbouffe, il n’y a qu’un pas.

Le CIO est pleinement responsable. Il n’y a plus à douter que l’argent est l’intérêt premier de cet organisme privé. Si l’ONU venait un jour à en prendre le relais, elle devrait pouvoir prévenir pareille antinomie.

Non seulement les fast-foods polluent le corps, mais aussi l’environnement. Car c’est incroyable la quantité d’ustensiles, d’assiettes et de contenants faits en matières recyclables, qui sont tout bonnement jetés dans les poubelles et enfouis je ne sais où. Je suis convaincu que si on installait des bacs à récupération, une majorité de personnes collaborerait. Mais cela ne serait pas rentable pour les «majors» de la malbouffe.




TRIBUNE LIBRE

Lettre à Jean-François Lisée

Stéphane Lacroix
TRIBUNE LIBRE 30 août 2004

Stéphane Lacroix est domicilié à Blainville. Il ne milite pour aucun parti, que ce soit au niveau fédéral ou provincial. Son allégeance politique est fonction de la qualité du programme et des candidats proposés par les partis aux élections. Il a déjà voté « oui » au référendum.

M. Lisée,

J’ai lu avec attention la lettre ouverte que vous avez fait paraître dans la Presse (http://www.vigile.net/ds-lisee/docs/04-8-26-parizlaplante.html) cette semaine. J’ai pris un plaisir fou à discuter de celle-ci avec collègues de travail, parenté et amis. Je vous fais part ici des réflexions qui me sont venues à l’idée.

1) La souveraineté. La souveraineté n’intéresse plus les Québécois et Québécoises. La très grande majorité des gens à qui j’en parle lèvent les yeux au ciel en guise d’exaspération. Quel pourcentage de NON cela vous prendrait-il, au prochain référendum, pour vous faire enfin admettre que vous faites fausse route ?

2) Les finances. Les finances ne seront pas mieux gérées dans un Québec souverain qu’à l’intérieur d’une fédération. Les scandales de la Caisse de dépôt, du Stade Olympique et du métro de Laval (pour ne nommer que ceux là) n’ont RIEN à envier aux scandales fédéraux. Un Québec souverain aura tout simplement plus d’argent à jeter par les fenêtres.

3) Planifier l’indépendance. La construction du métro de Laval a coûté dix fois plus que les bonzes du Parti québécois ont annoncés au départ. La souveraineté, elle, sera-t-elle planifiée de manière aussi « broche à foin » ?

4) Passer à d’autres choses. Passer à d’autres choses c’est d’abord et avant tout cesser d’entretenir un rêve qui n’a pas fonctionné les deux dernières fois. C’est reconnaître l’échec et s’attaquer à d’autres dossiers plus importants que la souveraineté. Agir concrètement au niveau de l’environnement ; voilà ce que j’attends des deux paliers de gouvernement. Je veux que les politiciens aient le courage politique (!) de prendre les décisions qui s’imposent dans le domaine de la santé et de l’éducation. Passer à autres choses c’est faire UNE VRAIE PLACE à la génération « X » sur le marché du travail.

5) Au Fédéral. Les québécois ont choisis un gouvernement libéral à Québec et bloquiste à Ottawa. Comprenez-vous la signification de tout cela, M. Lisée ? Ils veulent des chiens de garde pro-souverainiste à Ottawa (où les bloquistes ne peuvent faire l’indépendance mais peuvent surveiller les intérêts du Québec) et des pro-fédéralistes à Québec (juste au cas où il y aurait moyen de s’entendre avec le fédéral). Je crois que vous devriez tirer une leçon de la géniale stratégie de vos concitoyens et concitoyennes, M. Lisée.

6) Minuit moins une. Il est minuit moins une, M. Lisée ! Le temps que vous perdez actuellement à convaincre vainement les Québécois et Québécoises que la souveraineté est le remède à tous les maux ne règle pas les problème dont je parlais dans le paragraphe précédent. J’attends de mon gouvernement (qu’il soit péquiste, libéral ou adéquiste, peu m’importe) qu’il fasse preuve de leadership et pense plus loin que le bout de son nez. Je m’attends à ce qu’on investisse l’énergie auparavant dépensée pour la souveraineté à autre chose qu’à un rêve pour l’instant inaccessible. Bref, M. Lisée, comme les anglais le disent si bien : Get over it!




TRIBUNE LIBRE

Ce pays me rend malade

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 30 août 2004

« Le mépris, l’arrogance et les préjugés du Canada anglais envers le Québec et les francophones infectent l’ensemble de ses institutions, ses milieux financiers, ses médias. C’est un trait culturel ignominieux qui contamine tous les aspects de sa culture. » - Normand Lester

Comme dans les deux premiers Livres noirs du Canada anglais, Normand Lester s’emploie, dans le troisième tome, à démolir la réputation surfaite et à exposer la monstrueuse réalité du « plusse-meilleur-pays-au-monde ». Car au-delà des discours enjoliveurs des politiciens fédéralistes et des écrits panégyriques des éditorialistes de Gesca Corporation, il y a la réalité hideuse d’un pays où le racisme, l’intolérance, l’exclusion, le mépris et la haine forcenée ont poussé comme le chiendent au milieu d’un parterre de fleurs. Une réalité qu’on s’est efforcé d’occulter par les moyens d’une propagande mensongère mais qui finit par éclater au grand jour.

Ces Livres noirs du Canada anglais sont une lecture essentielle car au fil des années, le gouvernement canadien a appliqué scrupuleusement les idées de Trudeau sur la promotion du fédéralisme pour rendre moins attrayante l’idée d’indépendance. Il en a résulté la création d’une image surfaite du Canada qu’on a voulu vendre aux Québécois en disant : « Notre pays est meilleur que le vôtre, donc vous avez intérêt à y rester. ». Pourtant, la réalité est tout autre, comme l’expose Lester de façon lumineuse, mais les Canadiens ne veulent pas la voir de crainte de voir ruiné leur discours anti-québécois et raciste. Quant aux Québécois fédéralistes, le passé ne les intéresse pas. C’est du ressassage de vieilles histoires pour alimenter le discours revanchard des « séparatissss ».

Il faut remercier et féliciter Lester d’avoir eu le courage de dévoiler ce que pensent nos « partenaires » canadiens du Québec et des Québécois. Ce ne sont pas les éditorialistes de Gesca Corporation ou les journalistes de Radio-Guanoda qui auraient dénoncé le mépris viscéral des Canadiens envers le Québec car ils défendent le Canada pour garder leur emploi. Oh, bien sûr, ils vont, à l’occasion, critiquer des décisions du gouvernement fédéral mais ils ne remettront pas en question le système lui-même. Ces mercenaires formés à la bonne école par de bons maîtres à penser savent qu’il ne faut pas mordre la main qui nous nourrit alors ils savent aussi ce qu’il faut dire et ne pas dire s’ils veulent continuer dans le métier. Comme des chiens bien dressés par leur maître, ils obéissent au doigt et à l’œil. Les journalistes qui écoutent leur conscience sont rares et, comme Lester, ils payent pour avoir dévié de la ligne de pensée officielle.

Et il en sort, des grossièretés, de la bouche de ces Canadiens venus nous dire qu’ils nous aimaient un jour d’octobre 1995. Des grossièretés qui prouvent que leur « amour » n’était que passager, que leurs sentiments n’ont pas changé et que les Québécois qui y ont cru et ont voté NON s’en sont fait passer une.

Que ce soient le vieux mongol dégénéré à Donald Cerise (alias Don Cherry), l’hystérique Diane Francis, le détraqué Pit-Bill Johnson ou le bastard Galganov, que ce soient les journalistes débiles de Toronto, d’Ottawa ou de la Gâzette qui répandent des calomnies sur le Québec et les Québécois, que ce soit ce petit professeur de l’Île-du-Prince-Édouard qui associe séparatisme et paranoïa, que ce soient les pauvres opprimés Rhodésiens-Ulstériens de Westmount qui chient sur les Québécois dans les journaux américains, que ce soient les orangistes qui font la loi dans le Pontiac, faisant la démonstration qu’on peut vivre in english au Québec, pourchasser les méchants SS de la « police de la langue » et assimiler des Québécois chez eux (avec la bénédiction d’Ottawa et la complicité silencieuse des gouvernements successif