
Jeux de pouvoir
Bernard Descôteaux
Le Devoir mardi 31 août 2004
C'est dans une joute en trois manches que le chef du Parti québécois est maintenant engagé. Il a gagné la première contre sa collègue Pauline Marois dont l'appel lancé à Bernard Landry de remettre en jeu son leadership aura fait long feu. Son défi reste maintenant de gagner les deux autres de façon aussi décisive.
On pourrait croire, au terme des assises du Parti québécois de la fin de semaine, que Bernard Landry est bien en selle à la tête de son parti. Il a été applaudi chaudement lorsqu'il a annoncé sa décision de demeurer chef et il a obtenu des députés et des délégués au conseil national qu'ils rejettent l'idée d'ouvrir une course au leadership, ce qu'ils ont fait à la quasi-unanimité. Soulagé, le chef péquiste est néanmoins resté sur ses gardes. Il est assez fin renard pour savoir qu'il doit maintenant surmonter deux nouvelles épreuves s'il veut pouvoir exercer ces prochaines années son leadership sans être constamment contesté.
La première de ces épreuves est ce vote de confiance auquel il doit se soumettre lors du congrès national du mois de juin prochain. À cet égard, rien n'est acquis. Mieux que quiconque, il sait que l'appui dont il jouit dans le parti en ce moment n'est pas aussi grand que pourrait le laisser croire le résultat du vote tenu en fin de semaine dernière. De la part de certains, cet appui ne fut que circonstanciel et pourrait se transformer à tout moment en opposition.
Nul doute que bon nombre de délégués au conseil national tenu à Québec, probablement une majorité peut-on croire, ont rejeté l'idée de forcer une course au leadership en estimant que leur chef avait toute la légitimité nécessaire pour demeurer à son poste. En revanche, d'autres auront, en votant contre la résolution, voulu réserver leur jugement jusqu'à ce que soit conclu le débat en cours sur la démarche vers la souveraineté. Ils veulent connaître la position qu'adoptera M. Landry. Si elle ne leur convient pas, ils pourraient alors lui refuser leur confiance.
Avec cette dimension, les choses se compliquent drôlement pour le chef péquiste à qui plusieurs ont reproché déjà sa timidité à défendre et à faire avancer la souveraineté alors qu'il était premier ministre. Pour ceux-là, le débat sur la souveraineté et celui sur le leadership sont en fait intimement liés et leurs conclusions ne pourront d'une certaine façon qu'être concordantes.
En plus d'être compliquée, la situation sera délicate pour Bernard Landry qui sera pressé, et peut-être même tenté, de faire des compromis pour assurer son leadership et atteindre le seuil de 75 ou 80 % nécessaire pour qu'un chef survive à un vote de confiance. Certains compromis pourront être inévitables, mais ils ne pourront être que de l'ordre du choix des mots. Ayant toujours défendu fermement la démarche référendaire pour son caractère démocratique, on ne comprendrait pas qu'il accepte le processus accéléré vers la souveraineté proposé par Jacques Parizeau. Comme chef du parti, il n'a pas à se faire le porteur d'un programme allant contre ses convictions profondes.
Quelle sera la conclusion que retiendront les délégués péquistes à leur congrès de juin ? Bien difficile à dire puisque tout est possible. On peut même imaginer une situation où ils renouvelleraient leur confiance à M. Landry tout en adoptant par ailleurs une démarche vers la souveraineté opposée à la sienne. Il aurait alors à choisir entre tout laisser tomber ou appeler une course au leadership où il serait candidat à sa propre succession. Puisqu'il s'agirait d'une élection au suffrage universel des membres, il pourrait, s'il l'emportait, ne pas tenir compte, en toute légitimité, des décisions du congrès.
Dans les faits, Bernard Landry est engagé dans une course au leadership dont il est le seul candidat déclaré. C'est une course qui sera longue et d'autant plus difficile qu'une partie de ses adversaires se cantonnent dans des zones d'ombre. Pour l'instant, seule Pauline Marois a eu le courage de se découvrir, ce qui est à son honneur. François Legault, dont les ambitions sont pourtant bien connues, continue pour sa part de s'activer en coulisses. Dans cette bataille où les enjeux sont nombreux, la moindre des choses serait que l'on sache quel jeu chacun joue.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Le tordeur
Michel David
Le Devoir mardi 31 août 2004
Bon nombre de gens au PQ tiennent encore François Legault pour un opportuniste, sinon un arriviste, qui prônait la plus grande modération quand Lucien Bouchard était chef, avant de se métamorphoser en «pur et dur».
On ne peut cependant pas l'accuser d'incohérence. Son empressement à tenir un référendum le plus rapidement possible après une éventuelle victoire péquiste est la conséquence logique du «programme de pays» dont il veut doter le PQ. Si gouverner convenablement une province est devenu impossible dans le Canada actuel, il faut en sortir au plus vite.
Le «chantier» du programme recommande qu'un référendum soit tenu dans la première moitié du prochain mandat. La répulsion qu'inspire aux militants péquistes tout ce qui pourrait ressembler au «bon gouvernement» ou aux «conditions gagnantes» est telle que le conseil national aurait certainement adopté une telle proposition, si un vote avait été tenu.
Le vent de radicalisme qui souffle présentement dans les instances du PQ a forcé Bernard Landry et même Pauline Marois à se rallier au concept de «programme de pays». Maintenant qu'il a mis le doigt dans le tordeur, M. Landry aura bien du mal à l'en retirer sans compromettre sérieusement ses chances lors du vote de confiance qui se tiendra au congrès de juin.
Or, il ne veut pas s'engager de façon définitive à tenir un référendum durant le prochain mandat, à plus forte raison dans la première moitié. À l'issue du conseil national de la fin de semaine, il a catégoriquement refuser de s'engager. Cela «doit être l'objet d'une réflexion profonde», a-t-il expliqué. C'est le moins qu'on puisse dire.
M. Landry pourra sans doute éluder la question pendant un certain temps, mais il devra y répondre tôt ou tard. Le dilemme est de taille, dans la mesure où cela revient presque à lui demander s'il préfère perdre son poste ou les prochaines élections.
***
Même Jacques Parizeau n'a jamais voulu se laisser enfermer officiellement dans un quelconque échéancier référendaire. Il s'est lui-même imposé un «horizon» de huit à dix mois, mais le programme prévoyait simplement la tenue d'un référendum dans les «meilleurs délais».
À moins de verser dans la paranoïa, on ne peut pas sérieusement douter du désir de M. Landry de tenir un référendum, mais on ne peut pas davantage exiger qu'il le fasse, si en son âme et conscience il n'est pas convaincu d'être en mesure de le gagner.
Bien sûr, une fois premier ministre, il pourrait toujours trouver une raison de le reporter, quitte à provoquer une véritable révolte au sein de son parti, ou encore démissionner plutôt que de faire subir au Québec un recul encore plus catastrophique que les deux premiers.
En réalité, les chances qu'il soit acculé à un tel choix sont assez faibles. S'engager à tenir un référendum à tout prix condamnerait presque à coup sûr le PQ à prolonger son séjour dans l'opposition. La population n'en veut pas.
Il semble acquis que le partenariat sera évacué du programme péquiste, ce qui risque déjà d'indisposer bon nombre de nationalistes modérés. Pour demeurer au diapason de ses militants, M. Landry devra également promettre de faire des gestes significatifs, comme engager des fonds publics dans la promotion de la souveraineté. On se demande vraiment sur quelle planète vivent ceux qui réclament maintenant des «gestes de rupture» illégaux dans le cadre constitutionnel actuel.
***
Au printemps 2003, Jean Charest avait beau jeu d'opposer sa priorité, la santé, à celle du PQ, la souveraineté. Le document produit par le «chantier» du programme risque d'apporter encore de l'eau à son moulin.
Dans un texte de plus de quarante pages, la problématique de la santé n'est abordée que par l'entremise plus générale de l'accessibilité aux services publics. Soit, il s'agit simplement de l'ébauche d'un programme qui sera à terme complété par une plate-forme électorale, mais Louise Harel a tout de suite vu le risque de «se déconnecter des préoccupations de nos concitoyens».
À force de penser au pays à venir, le PQ risque d'oublier la réalité de la province d'aujourd'hui, où vivent ceux qui éliront le prochain gouvernement. Cette espèce d'évasion dans un monde virtuel irrite Pauline Marois au plus haut point. Pour elle, le moment est plutôt mal choisi pour lancer un appel à revenir sur terre, mais elle avait du mal à contenir son exaspération sur le plancher du conseil national. «Demain, on va tout de même devoir gérer un peu, hein?»
Jean Charest a toutes les raisons de se réjouir de ce qui se passe présentement au PQ. Entre l'incompétence et le désordre, les Québécois préféreront encore l'incompétence.
mdavid@ledevoir.com

Putsch raté
Lysiane Gagnon
La Presse mardi 31 août 2004
Pauline Marois aurait dû aller prendre des cours de mutinerie auprès des stratèges de Paul Martin. Ils s'y connaissent, eux, dans l'art du putsch puisqu'ils ont réussi à faire tomber non seulement un chef de parti mais un premier ministre qui n'en était qu'à mi-mandat.
Ils auraient pu lui dire qu'avant de défier l'autorité du chef, il faut pouvoir compter sur des partisans loyaux, solides et nombreux.
Après son coup d'éclat de vendredi- une sortie probablement stimulée par la manchette de La Presse qui faisait état d'un sondage indiquant une relative impopularité de Bernard Landry- Mme Marois s'est retrouvée tout fin seule, avec pour uniques appuis une ou deux députées plutôt obscures, un ancien ministre (Joseph Facal) qui a quitté la politique, et quatre ou cinq délégués (sur 400!) au conseil national.
L'incident, survenant après quelques autres de la même eau, démontre à quel point Mme Marois est dépourvue de sens stratégique. Après s'être fait retirer le tapis de sous les pieds lors du départ de Lucien Bouchard (elle avait naïvement fait tandem avec François Legault, lequel a été prestement mis hors de combat par Bernard Landry), la voilà qui se tire dans le pied pour la seconde fois.
Primo parce qu'elle a ouvert les hostilités sans avoir couvert ses arrières, secundo parce qu'en s'emparant elle-même du poignard, elle s'est à toutes fins utiles exclue de la course, tant il est vrai que les prétendants au leadership font toujours faire par d'autres ce genre de " job de bras ".
Au fédéral, Paul Martin n'a jamais lui-même levé le poing contre Jean Chrétien (ce sont ses sbires qui s'en chargeaient). Au PQ, c'est Gérald Godin (entre autres) qui a amorcé le putsch contre Pierre-Marc Johnson en faveur de Jacques Parizeau, ce dernier se tenant (publiquement) bien loin de la mêlée.
On croyait que Mme Marois comptait nombre de partisans au sein du PQ. Mais alors, comment se fait-il que la résolution qu'elle a appuyée a été battue à plate couture?
À en juger par les appuis dont il semble disposer, c'est plutôt François Legault qui pourrait tirer les marrons du feu de cette escarmouche. Une fois de plus, Mme Marois lui aurait bêtement ouvert la porte...
Bernard Landry a eu vite fait de s'assurer de la loyauté de son caucus. Mais cela n'est pas un gros exploit. Les députés constituent une clientèle captive et terriblement dépendante, puisque c'est le chef du jour qui distribue les responsabilités et les promotions. L'appui des délégués au conseil national est beaucoup plus significatif.
M. Landry n'est quand même pas au bout de ses peines. Même si le mouvement de grogne qui s'élève contre lui n'a rien de rationnel, son leadership est ébranlé, et le mouvement pourrait prendre de l'ampleur d'ici au congrès de juin.
Irrationnelle, cette grogne? Et comment! Selon CROP, 40 % des électeurs péquistes veulent le départ de Bernard Landry, mais c'est avec lui qu'ils estiment que le PQ aurait le plus de chance de remporter la prochaine élection! (Gilles Duceppe vient deux points derrière, et les Marois, Legault et tutti quanti, bien loin derrière).
Quant aux électeurs en général, la majorité (47 % contre 35 %) souhaite aussi le départ de Landry... mais la majorité (43 % contre 35 % pour le PLQ) a quand même l'intention de voter PQ!
Sans doute ces contradictions s'expliquent-elles par une réaction d'humeur des électeurs (les péquistes comme les autres). Ils en ont marre des politiciens en général, marre de voir toujours les mêmes têtes à l'écran... Ils veulent autre chose, ils veulent du neuf, mais quoi, mais qui? Ce n'est pas clair, demandez donc à Mario Dumont ce qu'il en pense!
Même avortée, la fronde contre Landry fera des vagues. D'abord, elle élèvera les attentes quant au vote de confiance qui doit avoir lieu au congrès de juin. Certains pourraient être amenés à fixer un seuil psychologique de 80 %, même si le très populaire Lucien Bouchard avait dû se contenter de 76 %... et même si le vainqueur d'une course au leadership affiche rarement un score supérieur à 55 %.
Ensuite, elle forcera Bernard Landry à adopter un ton plus radical concernant la souveraineté, histoire d'apaiser les griefs des militants pro-Parizeau. Mais paradoxalement, ce durcissement de ton pourrait se retourner contre le PQ et par ricochet contre Landry lui-même.
En effet, plus on parle de souveraineté et de référendum, plus la population se rebiffe, et la cote du PQ pourrait décliner dans l'opinion publique. Ce n'est pas par hasard que le dernier CROP montre un recul de l'option souverainiste: le sondage a été fait au moment où le débat lancé par Parizeau sur l'élection référendaire battait son plein!

Landry estime avoir toute la légitimité nécessaire comme chef
Cyberpresse et Mario Cloutier (La Presse)
La Presse mardi 31 août 2004
Bernard Landry affirme qu'il a toute la légitimité nécessaire pour mener le Parti québécois jusqu'au congrès de sa formation politique et jusqu'aux élections si les péquistes lui accordent leur confiance à leur rassemblement de juin 2005.
«En fin de semaine, nul n'a contesté ma légitimité. Pour se présenter contre moi, il fallait le faire quand Lucien Bouchard est parti. Après réflexion, j'y suis allé et j'étais seul, ce qui a établi ma légitimité», a déclaré M. Landry en entrevue à la radio de Radio-Canada au lendemain du conseil national du PQ.
M. Landry soutient qu'il se pliera au résultat du vote de confiance qui aura lieu en juin prochain, mais il n'a pas fixé d'objectif sur la note à atteindre. En 1996, Lucien Bouchard avait obtenu 76% d'appuis des membres du PQ, à sa grande déception, mais il avait haussé ce score à 91% en 2000.
Bernard Landry a également commencé à prendre ses distances du candidat éventuel à sa succession, François Legault, qui favorise un référendum «très rapidement» après une victoire péquiste aux élections.
L'une des conclusions de la «saison des idées» au Parti québécois précise d'ailleurs que le référendum sur la souveraineté devra avoir lieu dans «la première moitié d'un mandat» péquiste.
«Le temps des choix commence et les choix se feront au congrès. J'espère que le débat là-dessus va s'amplifier et s'enrichir. Les conclusions viendront plus tard», de nuancer M. Landry.
Selon le chef du Parti québécois, un futur gouvernement péquiste devra être à l'écoute de la population pour décider de la date du référendum. M. Landry dit rejeter les carcans, comme celui d'élections référendaires.
«Parizeau avait écouté le message parce qu'il avait reporté le référendum. Le faire trop tôt, c'était dangereux. Je ne veux pas dire qu'il l'a fait trop tôt, mais il l'a retardé», explique le chef du PQ.
Quant à Pauline Marois, qui avait réclamé vendredi et dimanche une course au leadership au PQ, M. Landry a répété plusieurs fois que «seulement cinq personnes sur 345» ont appuyé cette démarche lors des débats houleux de la fin de semaine au Parti québécois.
Aux deux prétendants, M. Landry demande d'ailleurs de mettre un frein à leurs «intérêts et ambitions personnels» au cours des prochains mois. Ils les invite toutefois à participer avec «ardeur» au débat d'idées qui se poursuit au Parti québécois.

Sovereignty-or-bust 'caribou' triumph at PQ meet
Don Macpherson
The Montréal Gazette August 31, 2004 Tuesday
The Parti Quebecois has a new-found sense of direction after the weekend meeting of its governing council.
The direction is northward, toward the Caniapiscau River.
That was the scene of an ecological disaster 20 years ago, when nearly 10,000 migrating caribou drowned while trying to ford the flooding river.
The incident inspired the nickname "caribou" for the PQ hard-liners of the time, who wanted to plunge into a sovereignty referendum the party had little chance of winning.
Back then, the caribou were in the minority. Now the herd has grown, and the entire party seems to be made up of caribou.
At the weekend meeting, the PQ council received three reports on a consultation of party members proposing a radicalization of the party around the sovereignty question.
The proposed policy could be summed up as "sovereignty or bust." Sovereignty would be not just the ultimate objective of the party, but its immediate priority - and that of a PQ government.
In the next election, the PQ would seek a mandate not to govern a province, but to begin a process leading to sovereignty. Instead of promising good provincial government as it has in the past, the PQ would argue that good government is not possible without sovereignty. If elected, it would begin preparing the transition to sovereignty immediately, using public funds, before seeking a mandate to achieve it in a referendum.
There was no mention of a formal economic "association" or "partnership" between a sovereign Quebec and Canada, one of the party's founding proposals. In effect, the proposed link would be dropped from PQ policy for the first time since a brief period after a runaway party convention in 1981.
The referendum would be on sovereignty alone. And the PQ would commit itself to holding it in the first half of its term in office, which is constitutionally limited to five years, even if it did not have what its present leader, Bernard Landry, has called the "moral certainty" that it would win.
In the past, each of these ideas - fighting an election on sovereignty, promoting sovereignty with public funds, dropping the formal economic link, committing in advance to a referendum deadline - has sufficed on its own to divide the PQ openly and sometimes bitterly between moderates and radicals.
Some delegates argued privately that a PQ government would be morally obligated to resign after a referendum defeat and that the party would be forced to drop sovereignty.
But whatever reservations delegates to the weekend meeting expressed away from the floor, not a dissenting word was heard in the meeting itself. The caribou were stampeding, and no one dared step into their path to try to stop them from taking the fatal plunge.
Not even the party leader - especially not the party leader. Landry has previously argued that Quebec cannot afford another referendum defeat on sovereignty, since each previous one has weakened the province politically within Canada. Since the PQ's election defeat last year, he no longer has a premier's authority over his party. He faces a confidence vote at the convention next June, and his leadership is being openly challenged.
The meaningless shows of party unity over the weekend should fool no one. The confidence vote at the convention will be conducted by secret ballot, rather than a show of hands.
The most significant moment on the final day of the meeting was not the overwhelming vote against a call for Landry's resignation, but Pauline Marois's cool announcement during the debate that preceded it that she will spend the months between now and June campaigning for a leadership election.
"Ten months is a long time," more than one delegate said privately. During that period, everything affecting the party, from the findings of each new poll to the results of the party's fund-raising and membership drives, will be seen as a test of Landry.
Already, PQ members are looking ahead to the Sept. 20 byelections, in particular the one in the Quebec City riding of Vanier, which the party held until last year's election, but where Mario Dumont's Action democratique du Quebec is favoured.

Marois persiste et signe :
Malgré un premier revers, la rivale de Bernard Landry poursuit sa croisade
Michel Corbeil
Le Soleil mardi 31 août 2004
Pauline Marois admet que sa sortie retentissante pour réclamer une course à la direction du Parti québécois ne peut que rendre la vie plus facile au libéral Jean Charest. Mais le PQ - et la cause qu'il défend - sortira "grandi" du débat qu'elle lance, à temps pour gagner élections et référendum.
C'est ce que soutient Mme Marois, au lendemain d'une longue et dure fin de semaine où elle a tour à tour dévoilé son intention de déloger Bernard Landry de la direction du PQ et vu les délégués péquistes infliger une cuisante défaite à l'idée de tenir un vote au leadership.
"Je sais que cela est sur la table", a-t-elle répondu lorsque LE SOLEIL lui a fait remarquer que sa prise de position fait la partie belle au gouvernement libéral. "C'est vrai que cela ne facilitera pas notre travail. Je ne suis pas inconsciente."
Un sondage récent signale que le gouvernement Charest compte 63 % d'insatisfaits chez les Québécois. "C'est vrai que le gouvernement actuel est pourri ; que ses politiques n'ont pas d'allure ; qu'il ne respecte aucun engagement, a-t-elle relevé. Mais nous sommes quand même à trois ans et demi de l'élection (générale).
"Si, au Parti québécois, on ne prend pas la peine de réfléchir à ce qu'on veut proposer comme projet, comme pays, quand le fera-t-on ? Il est important de tenir cette discussion entre nous. Cela nous servira."
Comme elle l'avait mentionné, "il n'y a jamais de bon moment (pour soulever la question de la direction d'une formation politique). Mais normalement, ce débat devrait nous grandir, pas nous affaiblir. Je pense qu'on sort grandi par des débats et il me semble que le PQ ne s'en est pas privé par le passé".
Pauline Marois a tenu à corriger ceux qui ont vu de l'improvisation dans son geste. "J'y ai réfléchi à la fin de l'année parlementaire. Je n'étais pas prête. J'ai trouvé que c'était tellement gros comme prise de position que je devais vérifier."
Elle a mentionné avoir abouti à sa conclusion, mercredi soir. "Il y a peut-être un élément qui a joué un peu (pour cristalliser sa décision). C'est Nicole Léger."
Celle-ci s'est prononcée en faveur d'une course et en faveur de Pauline Marois. "Elle ne m'a pas consultée, même si les gens ne me croient pas, a insisté l'élue de Taillon. Qu'une députée aussi bien ancrée dans son milieu, qui a travaillé avec Bernard Landry et qui l'aime bien en arrive à cette conclusion, cela m'a donné un dernier petit élément."
Selon elle, il est tout aussi faux de prétendre qu'elle a échoué dans une tentative de renversement du chef. Sa sortie au conseil national était "réfléchie, a-t-elle nuancé. Elle n'était pas "préparée" au sens de faire sortir un tel ou un tel. Pensez-vous qu'on fait "sortir" quelqu'un comme Yves Michaud ?", militant souverainiste réputé qui voulait une course pour pouvoir endosser son ami personnel, Bernard Landry.
Mme Marois a fait valoir qu'il n'y a pas de contradiction entre la loyauté au leader péquiste et l'intention de miner son vote de confiance au congrès de 2005. "Je tiens à le dire : je ne travaille pas contre Bernard Landry, mais à la promotion de mes idées. Cela (sa sortie) me permet de présenter à visage découvert ces projets et ces idées auxquels je crois."
Ces "idées" qui la démarqueront de Bernard Landry et aussi de François Legault, le député de Rousseau également tenté par la présidence du PQ, Mme Marois n'entend pas les divulguer aujourd'hui. Cela viendra au fil des rencontres partisanes et des prises de position dans les médias.
"Je ne veux pas encore entrer dans le contenu. Il y a aussi, j'en suis certaine, les styles de leadership" qui seront mis à l'enjeu, a-t-elle ajouté. Elle a ainsi suggéré qu'elle pourrait miser sur le fait qu'elle est une femme en politique et que sa façon de diriger pourrait être différente.
Dimanche, Bernard Landry a laissé en suspens les interrogations sur la place qu'il réserve au caucus à sa désormais rivale. Il s'est donné, à lui et à Mme Marois, quelques jours pour évaluer les résultats du conseil national où les délégués se sont massivement rangés derrière lui.
"Je comprends que c'est une bonne idée (l'invitation à une rencontre), a répondu la députée. Il va falloir se parler. Je suis très à l'aise avec cela. Nous verrons à cela dans les jours qui viennent."
MCorbeil@lesoleil.com

Une rentrée par la porte arrière
J.-Jacques Samson
Le Soleil mardi 31 août 2004
Éditorial - C'est un Jean Charest un peu lymphatique qui s'est présenté devant les caméras jeudi après-midi à la clôture de la réunion extraordinaire de deux jours du Conseil des ministres, à Orford, en Estrie. Le premier ministre n'a fait que de très brefs commentaires, banals, pas très structurés, sur le calendrier des activités pour les prochains mois. M. Charest n'avait pas de plan d'action à présenter à la suite de la rencontre spéciale des députés au Mont-Saint-Anne quelques jours plus tôt suivie de celle du Conseil des ministres, préparatoires à la rentrée d'automne.
Les grands réseaux de télévision, les entreprises de services, une multitude de commerces de toutes sortes, rivalisent d'imagination à cette période de l'année pour mousser leur nouvelle programmation ou leurs nouveaux produits. Les partis politiques n'échappent pas depuis plusieurs années à la fièvre de la rentrée, ou du moins ils n'ont pas le luxe de l'ignorer. Ils se doivent de faire aussi un grand vacarme médiatique pour s'inscrire dans cette actualité en présentant aux citoyens l'alléchant menu qu'ils leur ont préparé. L'entrain et l'enthousiasme sont alors de mise évidemment. C'est plutôt à une rentrée par la porte arrière du gouvernement Charest à laquelle nous assistons.
Une politique familiale et une politique de l'habitation sont attendues pour novembre. Le gouvernement complétera aussi son opération improvisée de forums régionaux lancée le printemps dernier, qui seront suivis d'un sommet national dont il ne faut rien attendre. La participation de nombreux acteurs clés dans la société n'est même pas assurée, en raison du contexte des négociations dans le secteur public. Les militants du Parti libéral du Québec tiendront aussi un congrès général en novembre.
Le gouvernement Charest a fui l'Assemblée nationale à la mi-juin, avant les référendums sur les défusions, pour ne pas avoir à débattre des résultats et des suites à leur donner, notamment à l'éclatement de la nouvelle grande ville de Montréal. Il reviendra au Parlement aussi piteusement qu'il est parti. Il ne pourra pousser sous le tapis indéfiniment cet épineux problème et celui de la couverture policière à Kanesatake. Mais surtout, le gouvernement est actuellement à la merci des transferts additionnels que le premier ministre du Canada, Paul Martin, voudra bien allouer pour la santé à la conférence des premiers ministres, le 13 septembre. On le sent bien, toute la machine gouvernementale est actuellement suspendue à cette rencontre déterminante.
La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, doit néanmoins de son côté ralentir le rythme des dépenses de quelque 500 millions $ pour boucler le présent exercice et elle a invité ses collègues à mettre le pied sur le frein. Les séances d'approbation des dépenses du mardi devant le Conseil du trésor promettent d'être laborieuses. La même ministre supervise parallèlement l'examen d'une première vague d'une soixantaine d'organismes dans le cadre de la réingénierie de l'État. Le résultat de l'exercice devrait être connu le 1er novembre.
Le plus important mandat de Mme Jérôme-Forget pour les prochains mois est cependant de diriger les négociations pour le renouvellement des conventions collectives avec l'ensemble des employés du secteur public sans que l'entreprise sombre dans le chaos, avec des grèves et des perturbations sociales périlleuses pour la stabilité du gouvernement Charest. Mme Jérôme-Forget en aura très lourd sur les épaules cet automne. Et les organisations syndicales qui ne partagent pas la philosophie et les objectifs du gouvernement libéral, ne lui feront pas de cadeaux. Il faudra plus que des rappels sur la fragilité des finances publiques pour les attendrir ; la ministre devra rallier l'opinion publique à ses objectifs de négociations ce qu'elle n'a pas encore vraiment réussi dans le dossier de la réingénierie et de l'allégement de l'appareil étatique.
Dans pareille conjoncture, les esprits n'étaient donc pas à une rentrée flamboyante chez les membres du gouvernement Charest. Ceux-ci sont plutôt à la remorque d'une série d'événements extérieurs qui échappent actuellement à leur contrôle. Leur rôle consistera plus à réagir à ceux-ci, à s'ajuster, qu'à initier d'audacieuses réformes et à lancer de nouveaux projets. Après seulement 16 mois au pouvoir, les yeux se sont assombris, les épaules sont tombées, les dos se voûtent sous le poids des responsabilités et des contraintes incontournables. Le discours inaugural du 4 juin 2003 qui contenait une litanie d'actions dans tous les secteurs d'activités, lesquelles devaient mobiliser toute la société pour "réinventer le Québec" , rien de moins, semble aussi loin que l'Ancien Testament.
Il faut enfin déduire que Jean Charest a décidé de traverser ces sables mouvants avec les mêmes ministres dans les mêmes fonctions, quoique certains aient vacillé dangereusement depuis leur entrée en fonction. Un remaniement aurait dû en toute logique être effectué à la fin de juin ou sinon, avant les importantes réunions de la rentrée. Une telle manoeuvre se serait bien inscrite dans le cadre de la relance d'un gouvernement au plancher dans les appuis conservés dans la population. Le premier ministre et ses proches conseillers ont conclu, doit-on comprendre, que le contexte ne se prêtait justement pas à une tentative de relance et qu'il était inutile de brûler une si précieuse cartouche. La rentrée de l'automne 2004 du gouvernement Charest est aussi attrayante que la nouvelle programmation d'un canal météo !
JJSamson@lesoleil.com

«Briller parmi les meilleurs» coûte cher aux contribuables
Norman Delisle
Le Devoir mardi 31 août 2004
pc Québec - Le nouveau thème du gouvernement Charest est «Briller parmi les meilleurs», mais ce scintillement coûte cher aux contribuables.
Ainsi, l'animatrice Isabelle Maréchal, qui anime les forums régionaux organisés par la ministre Line Beauchamp, reçoit 4000 $ pour chacun des 20 événements auxquels elle participe. C'est 2000 $ pour l'animation de chaque forum comme tel, et 2000 $ pour la préparation et le «debriefing» de chaque séance, indique le contrat qui lie le premier ministre Charest aux Productions de la Métairie, soit la compagnie de Mme Maréchal.
Sur le thème «Briller parmi les meilleurs», ces forums visent à écouter les points de vue des citoyens sur les défis de l'avenir, la situation des finances publiques et le fléchissement de la courbe démographique. Ils se sont tenus dans chacune des 19 régions du Québec depuis le printemps dernier, et seront clôturés par un forum national à la mi-octobre, afin de faire le point. Ces forums ont été boycottés par plusieurs syndicats et groupes sociaux, qui y voient une opération de propagande gouvernementale.
Mme Maréchal, une présentatrice de télévision bien connue, a été embauchée pour donner plus de crédibilité à ces forums politiques du gouvernement Charest.
Par ailleurs, une militante libérale bien connue, Isabelle Perras, touche pour sa part 80 $ l'heure à titre de responsable des communications pour les forums.
En vertu de son contrat, Mme Perras pourra toucher un maximum de 72 000 $ pour la durée de ses services entre le 28 avril et la fin des forums, en octobre, soit pour une période de six mois.
Un troisième contrat prévoit l'embauche d'un ancien policier de la Sûreté du Québec, André Gendron, pour superviser la sécurité lors de ces forums régionaux.
M. Gendron touche 65 $ l'heure pour ses services.
La Presse Canadienne a obtenu copie de ces trois contrats. Les émoluments payés à ces trois personnes ne comprennent pas les frais de transport et de séjour, qui sont remboursés en sus.
Pour «Briller parmi les meilleurs» à la satisfaction du gouvernement Charest, les contribuables devront de plus assumer des frais de télécommunications de 60 000 $ payés par le secrétariat des forums régionaux.

La gauche «rêveuse» dit ne pas avoir besoin du PQ
Tommy Chouinard
Le Devoir mardi 31 août 2004
Québec - Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a piqué au vif l'Union des forces progressistes et le mouvement Option citoyenne en affirmant qu'ils ne font que «rêver» la gauche au lieu de la «vivre». Contrairement à ce qu'a laissé entendre Bernard Landry dimanche, la gauche québécoise n'a pas selon eux à «se soumettre» au PQ pour espérer prendre le pouvoir.
«Le Parti québécois a déjà fait son lit dans l'autre camp [celui du néolibéralisme]. On ne veut pas de sa république de bananes. Si un Québec souverain veut dire qu'on le fasse avec des génuflexions devant General Motors, ça ne nous intéresse pas», a lancé Amir Khadir, porte-parole de l'UFP, en entrevue téléphonique, hier. Selon lui, la gauche québécoise «a joué un jeu pendant trop longtemps» avec le PQ, ce qui a entraîné le plus souvent des déceptions.
Dimanche, au conseil national du PQ, le mouvement de gauche Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), qui rassemble notamment des anciens chefs syndicaux comme Marc Laviolette et Monique Richard, est devenu un club politique du parti. Bernard Landry a alors déclaré: «La gauche articulée, pas ceux et celles qui rêvent la gauche, ceux qui la vivent et qui veulent qu'elle soit au pouvoir sont avec nous».
Il n'en fallait pas plus pour provoquer l'ire de l'UFP et d'Option citoyenne. «Si on rêve, comme il dit, je demande à M. Landry si c'est si vilain de rêver. Ce sont les rêves qui sont le moteur de notre action. Est-ce que ça veut dire que ce qu'on va proposer est de l'ordre des rêves et des utopies? Non. On veut une gauche crédible, compétente et concrète», a dit M. Khadir. Selon Alexa Condari, porte-parole du mouvement Option citoyenne coordonné par Françoise David, «vouloir réduire l'écart entre les riches et les pauvres, c'est concret. La gauche qu'on représente est réaliste».
«La gauche a besoin d'investir dans sa propre capacité, dans sa propre identité. Il y a une maturité dans les forces de gauche et les mouvements sociaux pour se donner un outil politique. À brève échéance, est-ce que ça va être dans trois ans ou dans sept ans, nous aspirons à prendre le pouvoir», a-t-il ajouté. Option citoyenne et l'UFP entreprendront des pourparlers sous peu afin de s'unir sous une même bannière électorale d'ici au printemps 2005. Le programme qui découlera de cette union sera «solide et crédible», assure-t-on.
D'après Amir Khadir, le SPQ Libre se berce d'illusions en pensant opérer un virage à gauche au Parti québécois. «Il y a des illusions qui sont bien entretenues, a-t-il tranché. Ce n'est pas la première fois que des gens bien intentionnés veulent que le Parti québécois change d'orientation et qui essaient de modifier des choses. Je doute de la possibilité d'un succès de cette opération.»
Dimanche, Monique Richard, ancienne présidente de la CSQ et membre de SPQ-Libre, a affirmé que les tiers partis comme l'UFP «ne sont pas des partis d'avenir» et que «ce sont des partis de trop long terme».
«Peut-être que nos amis ont trop hâte. À trop être pressé, on prend la première bouée. Or s'il y a une chose que le Parti québécois a démontré, c'est qu'il est capable d'aller longtemps comme ça sans nous livrer la marchandise. Et pendant ce temps, le Québec recule», a affirmé Amir Khadir, précisant que le fossé entre riches et pauvres ne cessait de se s'élargir. Selon lui, malgré la «saison des idées», rien n'indique jusqu'à maintenant que le PQ opérera des réformes suffisamment importantes pour «permettre l'expression d'une diversité d'opinions» dans ses rangs.

Le Parti québécois est invité par l'UFP à virer plus à gauche
NORMAN DELISLE
Le Devoir mardi 31 août 2004
QUEBEC (PC) - Le Parti québécois devra rompre avec le néolibéralisme s'il veut attirer les progressistes de gauche, a averti lundi le vice-président du l'Union des forces progressistes (UFP), Amir Khadir.
Ce dernier a réagi avec vigueur à l'appel lancé en fin de semaine aux forces de gauche par le président du Parti québécois, Bernard Landry, pour qu'elles fassent front commun contre le gouvernement Charest et la droite adéquiste.
"L'appui de la gauche se mérite. Si le Parti québécois rompt avec les dogmes néolibéraux, s'il abandonne son cadre néolibéral, on verra", a déclaré M. Khadir en entrevue avec la Presse Canadienne.
Un groupe de syndicalistes, réunis dans un mouvement appelé Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ-Libre), a donné officiellement son appui au Parti québécois en fin de semaine. La porte-parole du SPQ-Libre, Mme Monique Richard, ancienne présidente de la centrale des syndicats du Québec (CSQ), a d'ailleurs pris la parole devant les membres du Conseil national du Parti québécois. Elle était accompagnée entre autres de l'ex-président de la CSN. Marc Laviolette.
M. Khadir a dit respecter les membres du SPQ-Libre. "Mais le Parti québécois n'est pas le seul véhicule souverainiste au Québec", a-t-il soutenu.
Ce que l'UFP reproche particulièrement au Parti québécois, c'est de conjuguer ses politiques sociales avec les conditions fixées par les entreprises.
"Leurs politiques sociales d'emploi ou de lutte à la pauvreté sont tributaires de la liberté d'entreprise. Ils soumettent les questions sociales aux contraintes de l'économie. Pour nous, c'est le contraire. Les questions sociales ne doivent pas être guidées par l'économie", a dit M. Khadir.
Dimanche, le chef péquiste Bernard Landry avait déclaré: "La gauche articulée, pas ceux qui rêvent de la gauche, mais ceux qui vivent la gauche et qui veulent qu'elle soit au pouvoir, sont avec nous".
Le Parti québécois se sent menacé sur sa gauche. Il peut perdre des suffrages au profit de quelques partis comme l'UFP ou le Parti vert. Il y a de plus l'Option citoyenne, un mouvement de gauche que coordonne Mme Françoise David, et qui envisage de se convertir en parti politique officiel au cours de l'automne.
Ces partis ne recueillent généralement qu'une faible proportion de suffrages - moins de 10 pour cent - lors d'une élection. Mais leur présence détourne des électeurs qui, autrement, aurait appuyé le Parti québécois.
Dans certains cas, ils prennent suffisamment de voix pour contribuer à battre des candidats péquistes, comme l'ont démontré les résultats de l'élection complémentaire tenu dans la circonscription de Mercier le 9 avril 2002.
L'UFP a déjà annoncé qu'elle présentera des candidats dans chacune des quatre circonscriptions québécoises où se tiendra une élection complémentaire le 20 septembre prochain.

Les nécessaires mutations du système de santé
De l'oxygène svp!
Alec Castonguay
Le Devoir samedi 28 août 2004
La première ligne doit être renforcée pour faire face aux nouveaux défis
Les pays scandinaves ont bien réussi la mutation de leur système de soins de santé pour s'adapter à l'augmentation des maladies chroniques. Leur solution? Une première ligne d'intervention efficace, avec la prévention comme cible. Au Québec, ça prendra bien du courage politique pour en faire autant.
Les maladies chroniques imposent un défi colossal au système de santé, forçant ce dernier à une mutation importante. Plus de lits en soins de longue durée; une meilleure prise en charge des patients, tant par l'État que par les aidants naturels; un suivi plus serré des problèmes; des réadaptations plus efficaces; et ainsi de suite. En théorie, tout le monde sait quoi faire. Mais il faudra insuffler davantage d'oxygène dans le réseau pour qu'il n'étouffe pas, même avec ces changements en marche.
En prenant les pays scandinaves en exemple, dont la population est en moyenne plus âgée que celle du Québec, les spécialistes s'entendent sur certaines pistes de solutions. Si la Suède, la Norvège et la Finlande consacrent moins d'argent à leur système de santé que le Canada en pourcentage du PIB, c'est que certains sentiers empruntés sont les bons.
Tout d'abord, le Québec a besoin d'une première ligne d'intervention efficace, c'est-à-dire les CLSC, les soins à domicile, la prévention, les commissions scolaires... Bref, tout ce qui exclut les hôpitaux et la médecine spécialisée. «Il faut que cette première ligne soit très forte et intégrée, qu'elle travaille en concertation», explique Jean Rochon, médecin et ministre de la Santé du Québec de 1994 à 1998. «On tend vers ça depuis 10 ou 15 ans, mais là, on entre dans l'étape finale.»
«Il faudra plus de groupes de médecine familiale et de soins à domicile, c'est un préalable pour soulager le réseau des maladies chroniques. Il doit y avoir plus d'interaction entre le médecin généraliste et le patient», soutient Rénaldo Battista, directeur du département d'administration de la santé à l'Université de Montréal.
Il manque encore de coordination entre tous les acteurs de première ligne, soutiennent ces deux spécialistes, mais les plans d'intégration mis en avant par le ministre de la Santé, Philippe Couillard, vont dans le bon sens.
La prévention
Mais il faudrait aller plus loin et ratisser plus large, disent-ils, notamment en intégrant plus étroitement les écoles, les commissions scolaires, les clubs sportifs, etc. Bref, épauler et inclure ceux qui veillent au développement des jeunes et des habitudes de vie. C'est l'autre clé du succès: garder en santé ceux qui le sont.
Faire de l'activité physique et garder de bonnes habitudes alimentaires sont deux impératifs de taille. Dans ce domaine, le gouvernement de Jean Charest n'a pas une très bonne feuille de route, ayant balayé du revers de la main les plans innovateurs du gouvernement précédent en matière d'activités sportives après l'école. Au bureau du ministre Couillard, personne n'a rappelé Le Devoir, malgré des appels répétés, pour expliquer les vues du gouvernement en matière de prévention.
«On entend souvent les gens dire: "il faut bien décéder de quelque chose un jour", mais la façon de mourir a son importance», souligne Robert Choinière, coordonnateur de l'équipe d'études et d'analyses de l'état de santé de la population à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). «Quand on a une bonne santé et de bonnes habitudes de vie, on a moins de chances de souffrir d'une maladie chronique. De nombreuses études ont prouvé que la cigarette et l'excès de poids, entre autres, augmentent les risques d'être atteint de problèmes chroniques. Avec de meilleures habitudes, on soulagerait beaucoup le système de santé. Même les personnes âgées qui changent leur mode de vie aident le réseau. Il n'est jamais trop tard.»
Malheureusement, les sommes consacrées à la prévention ou à la promotion de saines activités ne sont pas très élevées dans l'immense budget du ministère de la Santé. Le gouvernement québécois consacre chaque année près de 260 millions à la prévention, soit à peine 2 % de son budget pour la santé. Pourtant, les études montrent qu'un dollar investi en prévention peut permettre d'économiser jusqu'à sept dollars en soins curatifs.
Normal: en effet, les gens s'accrochent au symbole des listes d'attente. Et les politiciens suivent la tendance. «C'est vrai que les résultats viennent bien après l'investissement et que c'est donc un autre gouvernement qui va récolter les fruits», lance Jean Rochon, qui a lui-même fait face à la pression populaire. «C'est une contrainte majeure.»
Autre embûche pour les politiciens et les hauts fonctionnaires: les employés du réseau. Les gens n'aiment pas être bousculés et ont besoin de beaucoup de temps pour s'adapter. «Un système, c'est avant tout des humains qui ont un cycle de changement, affirme Jean Rochon. Avec le stress, les tensions et la période de turbulence que les réformes provoquent, les modifications peuvent prendre dix ans à s'opérer. Dans un contexte de vieillissement rapide comme maintenant, ça devient très compliqué. La nature politique étant ce qu'elle est, ça devient dur de tenir la barre. Ça prend du courage.»
Sur le plan de la gestion interne, les spécialistes estiment que les administrateurs du système de santé ont besoin de plus d'information, de davantage d'études et de statistiques plus fiables pour prendre des décisions plus éclairées. «Il faut une collaboration plus étroite entre le monde de la recherche et les gestionnaires du réseau. Il leur faut un meilleur encadrement», soutient M. Rochon.
Une meilleure évaluation des technologies est aussi incontournable. Non seulement pour mieux organiser un territoire mais aussi pour économiser de précieux dollars. «Tous les hôpitaux veulent le dernier appareil disponible, persuadés que c'est seulement celui-ci qui peut faire le travail, explique Jean Rochon. Souvent, l'évaluation de la technologie est sommaire et l'appareil devient mal adapté.»
Rénaldo Battista pousse plus loin. Selon lui, sauver le système de santé passe avant tout par une plus grande conscientisation des gens. Et, pourquoi pas, par une revue complète du fonctionnement de notre société. «Le réseau de la santé ne pourra pas tout régler, dit-il. Est-ce que la société peut intervenir, notamment en revoyant l'organisation du travail? Certainement. Les familles, même éclatées, devront aussi être plus solidaires. Il faut retrouver un sens de l'entraide. La responsabilisation de la société doit commencer.»

Le fédéralisme arbitraire
André Pratte
La Presse samedi 28 août 2004
On entend dire que le premier ministre fédéral, Paul Martin, est très inquiet de la gourmandise financière de ses homologues provinciaux. Il se demande aussi chaque jour comment il pourra regagner la confiance des Québécois. M. Martin détient pourtant lui-même la clé qui l'aiderait à résoudre ces problèmes. Il lui suffit de revenir à l'esprit du fédéralisme de coopération qu'il n'a cessé de prôner... jusqu'au jour où il est devenu premier ministre.
Bien sûr, l'appétit des gouvernements provinciaux est gargantuesque, et Ottawa ne pourra jamais leur donner satisfaction. Mais ce qui irrite davantage les provinces, en particulier le Québec, et surtout les fédéralistes québécois, c'est le côté arbitraire, unilatéral du fédéralisme que pratique M. Martin.
Dans le domaine de la santé, les libéraux fédéraux ont décidé d'un coup de tête de ce que devraient être les priorités des gouvernements provinciaux. Leur objectif n'était pas d'améliorer l'efficacité du système de santé mais de gagner les élections. Aujourd'hui, M. Martin est condamné à respecter ses engagements en la matière, et cherche donc à les imposer aux provinces. Le gouvernement fédéral dit vouloir une réforme en profondeur du système de santé. Le ministre québécois de la Santé, Philippe Couillard, a bien fait de rappeler que le système de santé du Québec a déjà vécu trois ou quatre grandes réformes!
M. Martin a aussi annoncé en campagne électorale, à la grande surprise de ses homologues, que la conférence des premiers ministres sur la santé aurait lieu devant les caméras de télévision. Chacun sait que c'est le meilleur moyen de décourager les compromis. On apprend que Ralph Klein, qui n'a pas envie de passer trois jours dans ce " Gong Show ", quittera pour des vacances en plein milieu de la réunion.
Les caprices du système canadien de péréquation causent cette année d'énormes soucis financiers au gouvernement Charest. M. Martin connaît mieux que quiconque les effets néfastes de ces soubresauts. Dans le premier budget de son gouvernement Martin, Ralph Goodale donnait raison aux critiques de cette mécanique. Mais au lieu de le réformer sans tarder, le ministre a étalé la réforme sur quatre ans, selon des modalités décidées sans consultation avec les provinces.
D'autres dossiers chers au gouvernement du Québec sont paralysés par l'indifférence du fédéral. Avant la campagne électorale, Québec et Ottawa avaient signé une entente de principe sur le programme québécois de congés parentaux. Depuis les élections, rien ne se passe; le gouvernement du Québec se demande toujours quel ministre fédéral pilotera le dossier.
Même chose pour le projet d'entente sur la place du Québec dans les forums internationaux. Le fédéral a bien invité Line Beauchamp à prendre la parole au cours d'une conférence de l'Organisation des États américains sur la culture. Mais là encore, tout se fait selon que les fédéraux se sont levés du bon ou du mauvais côté du lit ce matin-là.
Lors de son célèbre discours de Mont-Tremblant, Bill Clinton avait insisté sur la nécessité d'un " fédéralisme authentique ", caractérisé par le fait que " les partenaires sentent que l'autorité est vraiment partagée ". Bien des Québécois croyaient que Paul Martin était de cette école. Nous sommes-nous trompés? Avons-nous été trompés?
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L’esprit étroit d’André Pratte le fallacieux !
Patrick Bourgeois
Directeur du Journal Le Québécois
www.lequebecois.org
TRIBUNE LIBRE 31 août 2004
Le moins que l’on puisse dire à propos d’André Pratte, c’est que ce dernier ne désarme pas d’un cran dans la lutte de propagande anti-souverainiste qu’il mène depuis son embauche à La Presse. Les arguments fallacieux lui servant abondamment afin de démontrer que la souveraineté, en 2004, est une idée complètement dépassée et que fort peu de Québécois y sont toujours attachés. C’est en effet ce que le mercenaire-chroniqueur qu’il est arguait dans son éditorial du 30 août dernier.
Concrètement, Pratte y stipulait que si les Québécois n’adhèrent toujours pas majoritairement à l’idée du pays du Québec, cela serait tout simplement dû au fait qu’ils n’en voient pas la nécessité en ce début de XXIe siècle. Ce qui, aux dires de Pratte, démontrerait bien toute la futilité de la démarche péquiste s’inscrivant dans le cadre de la Saison des idées, et ce, parce que vouée à l’échec dès le berceau.
Dune part, il est complètement farfelu de prétendre, comme le fait Pratte, qu’une faible minorité de Québécois espèrent assister bientôt à la naissance du Québec-pays. Dans le contexte actuel, il faut compter plus de 45 % d’entre eux qui seraient prêts à cocher une case à côté d’un Oui demain matin s’il le fallait. Et ce, sans compter ce que ce pourcentage deviendrait si l’on ne comptait que les locuteurs francophones. Un tel appui populaire dans un contexte se caractérisant par une apathie totale des principaux partis attachés à cet idéal (PQ et BQ) relève bien davantage de l’exploit ou du miracle que de la déliquescence d’une option. Pour prétendre le contraire, il faut être bien malhonnête.
Ce qui ne signifie toutefois pas que la tache sera facile pour les souverainistes québécois dans les années à venir. Car, si l’appui populaire est toujours très fort, il n’en demeure pas moins qu’il est toujours minoritaire à l’heure où on se parle. Pour espérer la victoire, il faudra donc contraindre les principaux véhicules politiques à s’engager fermement dans la lutte souverainiste. Et cela veut dire beaucoup plus que des discours creux pour réconforter la base militante. Des discours du genre de ceux qu’ont tenus beaucoup trop régulièrement les chantres souverainistes habitués aux grandes messes que sont les par trop coûteux conseils nationaux. Indubitablement, il est plus que temps de faire dans le concret, comme le suggère François Legautl d’ailleurs, et d’investir dans la professionnalisation du mouvement souverainiste et dans l’outillage de ce dernier. Il n’y a rien d’autre d’efficace pour répondre à la propagande fédéraliste orchestrée autour de Gesca et de Pratte notamment !
Pratte se fourvoie également de façon magistrale lorsqu’il soutient, et ce, sans rire d’aucune façon, que l’importance nationale est dépassée dans le monde d’aujourd’hui. Dans les faits, c’est tout le contraire qui est vrai. Et si le journaliste qu’est André Pratte se refuse à l’admettre, l’intellectuel français de renom qu’est Alain Dieckhoff, lui, reconnaît sans ambages que la mondialisation est un phénomène qui alimente fortement le concept moderne qu’est le nationalisme. Un intellectuel tel qu’Albert Hirshman affirme quant à lui que l’institutionnalisation de la scène internationale diminue grandement la portée des obstacles qui jonchent la route des nations vers l’indépendance. Et cela se comprend aisément quand on songe au fait que les véritables décisions influant le devenir des peuples se prennent, dans le monde d’aujourd’hui, dans des forums internationaux auxquels n’ont pas accès la nations infra-nationales. Pour corriger le tir et participer à l’évolution humaine, celles-ci n’ont donc d’autre choix que de se donner un État national qui leur permettra enfin de parler à tous les humains de la terre. Ce que le Canada refuse et refusera toujours au Québec, car le contraire consisterait à miner les bases mêmes de la souveraineté canadienne. En se cantonnant aux vieux débats des années 1960 (décolonisation économique et linguistique) afin de démontrer toute la désuétude du combat québécois pour la liberté politique, André Pratte démontre de plain-pied qu’il est complètement dépassé par les événements caractérisant le monde contemporain !
André Pratte affirme tout aussi malhonnêtement que le reste de son exposé qu’en 35 ans de « pédagogie » le mouvement souverainiste n’est pas parvenu à convaincre le peuple québécois de la nécessité de briser ses chaînes. Quoique je suis tout à fait bien disposé par rapport à la gouverne étatico-provinciale du Parti Québécois et de la défense bloquiste des intérêts du Québec à Ottawa, il n’en demeure pas moins que ces deux partis n’ont pas rempli leur mission en ce qui a trait à la promotion des idées souverainistes. Plus souvent qu’autrement, ces deux partis se sont mis à la remorque du mouvement souverainiste, attendant de ce dernier une impulsion les poussant à agir.
Or, il faut comprendre que le mouvement souverainiste ne jouit d’aucune ressource pour agir de façon efficace parce qu’offensive. En attendant des conditions gagnantes qui ne peuvent pas survenir dans pareil contexte, il est clair que péquistes et bloquistes se sont placés au fil des ans dans une position confortable que l’on ne pouvait certes pas qualifiée de très compromettante. Et ce, parce qu’ils savaient pertinemment que rien ne pourrait jamais les pousser à agir s’ils ne le décidaient pas eux-mêmes. Tous attachés qu’ils sont à l’idée de tout faire très discrètement, sans déranger quoi que ce soit, ces mêmes péquistes ont sombré dans l’inaction totale. Ce qui fait qu’à peu près rien n’a été fait pour le rayonnement de l’idéal souverainiste depuis 35 ans, hormis bien sûr les immédiates périodes référendaires. Alors, oublions la soutenue pédagogie péquiste dont fait mention Pratte dans ce papier et qui n’aurait pas eu les résultats escomptés. Toutes ces inepties sortant de la tête de l’éditorialiste en chef de La Presse n’étant rien d’autre qu’autant de munitions destinées à miner la crédibilité du camp souverainiste.
Et pour prouver qu’aucune pédagogie souverainiste n’a été effectuée au fil des ans, il n’y a qu’à discuter avec les gens dans la rue. Tous ceux qui se prêteront à l’exercice découvriront rapidement que le peuple est durement atteint d’une ignorance patente dans tout domaine se rapprochant de près ou de loin à la question nationale. Ce qui démontre une fois de plus, si besoin était, toute l’urgence qu’il y a à reprendre le bâton du pèlerin et à tout faire pour parler directement au peuple et de façon concrète. Ce qui veut dire sans passer par les médias sous contrôle fédéraliste.
Mais cela, évidemment, demande beaucoup de courage et de détermination. À nous de voir si ces qualités se trouvent au cœur même de ceux qui composent nos rangs…

TRIBUNE LIBRE
La crise du PQ
Quelques hypothèses pour l'analyse
François Cyr, président de l'Union des forces progressistes
TRIBUNE LIBRE 31 août 2004
Bien sûr, le jeu politique des acteurs individuels, leur passé, leur psychologie et leur profil de carrière expliquent un certain nombre de choses, les colorent surtout. Mais à ne braquer les projecteurs que sur l'aspect immédiat, observable, voire spectaculaire des choses, on en arrive vite à ressasser les mêmes clichés : M. Parizeau et ses pelures de banane ; M. Landry, dépositaire sinon propriétaire du destin de la patrie ; Mme Marois qui veut devenir Calife à la place du Calife, etc. Les rôles sont distribués, les personnages sont campés. Caricaturés. Il n'y a qu'à compter les coups. À applaudir ou à siffler. C'est selon.
Les causes immédiates
La crise est rampante. Dans l'immédiat, elle prend racine dans l'échec électoral d'avril 2003, dont le caractère assez cinglant (33,24 %) est sans conteste le pire score depuis 1973, époque où le jeune parti n'était pas un parti de gouvernement. Certes, pour faire passer la pilule, on invoque l'importance et la qualité de la députation. Mais encore faut-il qu'elle serve à quelque chose. Or, l'un des traits caractéristiques de la conjoncture révèle que pour l'essentiel, l'opposition à la charge néolibérale du gouvernement est venue de la rue, de la « société civile »pour parler à la mode. Cet autisme, tout le monde l'a observé. Il s'explique d'une part par les tensions internes aux effets de plus en plus inhibants, mais surtout, d'autre part, par un réflexe bien ordinaire : celui de ne pas se tirer dans le pied. Difficile de critiquer l'austérité budgétaire quand on a fait avaler le déficit zéro. Dur, dur de soutenir les syndicats dans leurs luttes contre les modifications à l'article 45 du Code du travail quand, trois ans auparavant, on a légiféré pour en affaiblir la portée. Impossible de contrer avec pertinence et à-propos les plans de réingénierie du Conseil du trésor quand son ancien titulaire, M. Facal, planchait déjà avec plaisir sur le sujet.
À l'échec électoral et à la complaisance parlementaire s'ajoute le relatif insuccès de la saison des idées. Annoncé comme un grand remue-méninges intellectuel et un grand big bang organisationnel, le débat d'idées est immédiatement polarisé en fonction des réseaux, voire des fractions publiques animées par les candidats à la direction de ce parti. Difficile de penser en paix à l'ombre d'une fraction, c'est pourquoi les deux seules idées renouvelées sont venues de cercles partiellement extérieurs au parti, du moins de son aile parlementaire. Celle de monsieur Laplante, fortement relayée par monsieur Parizeau, qui relève du simple constat : l'État fédéral est mauvais joueur. Il triche, comme en 1995. Il corrompt aussi. Dans l’essence de la conclusion, il est question d'Assemblée constituante. Belle idée, mais qui a vite glissé dans une vieille ornière : le débat sur l'élection référendaire. Certes, le document traitant des travaux sur le pays est plein de belles phrases et de bonnes intentions, mais tout cela tourne à vide puisque plusieurs militants et militantes ne carburent qu'à une seule idée. Qui sera le ou la chef ? Où est-il le sauveur suprême seconde version après monsieur Bouchard ?
L'autre idée soumise par le militant péquiste Pierre Dubuc, directeur de l’aut’journal, est de transformer l'organisation, ses statuts et sa culture, afin d'accueillir une fraction de syndicalistes réunis en club. Le document consacré à la réforme du parti porte un titre ambitieux : Pour un parti refondé, et renvoie au prochain Congrès le soin d'amender les statuts pour que « les souverainistes regroupés dans des formations extérieures au Parti et qui en font la demande soient reconnus sous forme de clubs politiques ». Gageons qu'après avoir négocié âprement et obtenu quelques circonscriptions sûres, nos syndicalistes apprendront vite les duretés de la rude discipline de parti dans un régime parlementaire de type britannique.
Les causes plus profondes
Comme beaucoup d'autres partis politiques du monde occidental, le Parti québécois subit les contrecoups permanents de ce que plusieurs évaluent comme une crise du politique, plus particulièrement des relais traditionnels des revendications sociales vers la société politique. Désertions des équipes militantes, cynisme ambiant, fort abstentionnisme électoral, recherche d'alternatives de type mouvementiste : les symptômes sont faciles à repérer. Cette crise du politique et cette recherche d'alternatives citoyennes sont rarement à l'ordre du jour au sein des grands partis. Pourtant, tous les voyants sont au rouge, comme en témoigne les baisses substantielles du taux de participation électorale aux deux derniers scrutins, fédéral et québécois. Honnêtement, à la lecture des documents issus des chantiers du PQ, on sent un peu partout, comme en filigrane, poindre une volonté de renouer avec les mouvements sociaux, de refondre les structures. Exercice classique d'un parti dans l’opposition ? Bien sûr. Opération cosmétique pour se rapprocher des mouvances altermondialistes très fortes au sein de la jeunesse ? Sans doute un peu. Mais au-delà de ces questions de bonnes intentions ou de froids calculs politiciens, il y a pour le PQ un très sérieux problème né de ce contexte de mondialisation néolibérale et sa réponse qu'est le mouvement altermondialiste. On ne peut pas très longtemps être de Davos et de Porto Alegre, du néolibéralisme et de sa critique. On ne peut comme M. Landry être le meilleur apôtre de l'intégration économique continentale et poursuivre le projet de construire la social-démocratie, à moins d'emprunter la voie de Tony Blair.
Peut-être, plus fondamentalement encore, y a-t-il autre chose. Autre chose de plus difficile à cerner, donc à assumer. L'usure. Pas l'âge, l'usure. Cette espèce d'érosion lente où le parti -gouvernement, le parti des intendants avec ses belles carrières et ses tensions de réseaux clientellaires, avait broyé, cannibalisé le parti-mouvement, le parti-idées. Né comme porteur de la solution indépendantiste à la question nationale et vecteur de fortes aspirations sociales, ce parti, du moins sa direction, est en peine et en panne d'idées. Sans doute parce qu'il a trop longtemps tourné le dos à sa raison d'être.
Soyons juste. Ce parti conserve de ses généreux élans fondateurs quelques éléments. Malgré l'autoritarisme de ses chefs successifs, il reste plus démocratique que beaucoup d'autres. Malgré les réseaux de ti-z-amis qui se font la courte échelle, ici ou là, le PQ a largement échappé à la corruption. Belle continuité avec l'éthique indiscutable du fondateur. On y retrouve sans doute moins d'arrivistes au kilomètre carré que dans beaucoup de partis de gouvernement de même ampleur. Des dizaines de milliers d'indépendantistes sincères y militent encore et veillent au grain.
La nature de la crise
Crise de renouvellement du personnel politique dirigeant ? Sans aucun doute. Mais plus, beaucoup plus. Jacques Parizeau a raison lorsqu'il affirme que la partie n'est plus jouable avec le fédéral. Tous les indépendantiste le savent ou le sentent. Certains depuis le coup de la Brinks et octobre 70. D'autres depuis l'affaire Morin. D'autres depuis le référendum de 1980 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne en 1982. D'autres, beaucoup plus, depuis le référendum de 1995 et le scandale des commandites.
Alors, crise de perspective ? Oui. Discutons des façons d'en sortir. Nous proposons une Assemblée constituante. Pourquoi pas ? Ce fut le choix de certains Patriotes en 1838, celui des États généraux de 1969. Pour cela, il faut laisser de côté les gadgets pour faire vite et les candidats et candidates au poste de sauveur suprême de la patrie.

TRIBUNE LIBRE
Cher M. Pratte...
Hugo Benoit
TRIBUNE LIBRE 31 août 2004
Votre dernier éditorial intitulé «Maigre récolte» paru hier dans La Presse
du 30 août, me semble trahir votre mauvaise foi à l'égard du projet
d'émancipation collective qu'entretiennent les souverainistes.
Vous reprochez systématiquement au Parti québecois de vouloir faire de
l'éducation sur l'indépendance. N'est-ce pas là une intention louable ? Ce
n'est pas parce qu'un projet se doit d'être expliqué et justifié qu'il n'est
pas pertinent.
Prenez par exemple le tabagisme, combien d'années d'éducation à coups
d'études scientifiques et de publicités ont été nécessaires avant d'obtenir
des résultats sur l'opinion? Maintenant tout le monde est convaincu, fumer
peut vous tuer. Certains s'entêtent toujours à ignorer ce fait, ils ne
l'admettront seulement qu'une fois qu'un cancer aura été décelé.
Notre Québec peut très bien mourir de sa dépendance au Canada. Il étouffe et
a besoin d'air. Bien entendu, il n'est plus victime des violents toussements
que le Canada lui donnait au début. Le mal qu'il lui cause est plus discret,
plus sournois. Il n'en demeure pas moins que sa santé ne pourrait que
s'améliorer suite à une rupture et qu'il bénificierait d'une marge de
manoeuvre financière intéressante.
Pour s'affranchir de cette dépendance,
cela prendra beaucoup de volonté. L'information et l'éducation peuvent, à
mon avis, stimuler cette volonté. Si le PQ effectue vraiment une vaste
opération d'information sur les effets pervers du Canada et sur les
avantages de s'en départir, si cette opération d'information est plus que
des «changements cosmétiques» comme vous le dites, eh bien les Québécois
comprendront aisément que cet effort, nécessaire pour se libérer de la
dépendance, en vaut bien la peine.

TRIBUNE LIBRE
Montreal Mirror
propagande du fond d’la poubelle
Stéphane Lespérance, Verdun
TRIBUNE LIBRE 31 août 2004
Ceci était publié dans l’édition du 19 Aout 2004 du Montreal Mirror, par un M John C. Underwood et, d’après ses autres lettres, il est un membre actif d’Alliance Quebec.
Do anglos need balls?
Regarding "Balls on the waterfront" [The Front, Aug. 5], the Dawson Community Centre will not be holding its annual sidewalk sale this year. It will be replaced by a ball festival, organized, I'm told, by the powers that be at Borough Hall. And those from the Centre Communautaire Marcel-Giroux. Why so? I can merely guess. With the loss of members from the English community due to death and departure, Dawson needs all the financing it can get if it hopes to stay alive. But then it is an English institution, isn't it.
The notices plastered all around Verdun on this event are in French only. Does this not tell you something? Why not ask the only English councillor John Gallagher. As for me, I believe that this is merely another way to screw what remains of the English community in Verdun. Don't you?
» John C. Underwood
Et maintenant pour ma petite réponse à sa propagande du fond d’la poubelle, publié dans l’édition de cette semaine. (Notez seulement que Stéphane Lespérance est mon nom de plume.)
Angryphone irrelevance
In reference to the letter, "Do Anglos need balls?" [Aug. 19], Mr. John C. Underwood will have to forgive a fellow Verdunois for not giving into the pity-us-poor-anglos dogma, which Alliance Quebec no doubt pushes onto its constituency of ageing embittered unilingual angryphones. As for his apocalyptic predictions concerning the English language in Verdun, there simply aren't enough hours in the day for me to ponder if his blatant distortions of the truth are by accident or design.
Rest assured, Mr. Underwood, something as insignificant as a local event publicized in a language the overwhelming majority of us speak won't have anglos running for Ontarian hills. Although sobering to the reality that, believe it or not, one might have to learn the French language to function in Quebec society, just might do the trick.
Whether Mr. Underwood will eventually awaken to that reality or not will remain of little particular interest to me. But he just might do our borough a favour by speaking out about the poverty that incessantly cripples the citizens of Verdun, rather than bitching about them not adapting to the linguistic incompetence of a few.
» Stéphane Lespérance, Verdun
