
Il est urgent de stopper la course folle des dépenses militaires mondiales
Jules Dufour
Président, Association canadienne pour les Nations unies Section Saguenay-Lac-Saint-Jean
Le Devoir vendredi 6 août 2004
Les dépenses militaires mondiales se sont fortement accélérées en 2002, atteignant 894 milliards de dollars, soit 2,5 du PNB mondial selon l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (SIPRI). Cela représente une hausse de 14 % par rapport aux dépenses de 1998, le plus bas niveau de l'après-guerre froide. Les États-Unis, la Chine, l'Inde et la Russie sont les plus gros dépensiers, une fois les devises converties à des taux de parité du pouvoir d'achat reflétant le volume réel de biens et services qui peuvent être achetés par chaque pays avec sa propre monnaie. Le SIPRI prévoit que la tendance à la hausse se poursuivra jusqu'en 2009 au moins. Ces propos sont rapportés dans le cahier spécial du numéro de janvier du Nouveau courrier de l'Unesco.
Et c'est la même tendance en 2003. Encore selon le SIPRI, les dépenses militaires atteignent les 956 milliards de dollars, l'équivalent de 2,7 % de la richesse mondiale, l'équivalent de 152 dollars par habitant dans le monde, soit 11 % de plus qu'en 2002.
Des dépenses militaires en hausse accélérée
Il y a lieu de nous demander pourquoi nous en sommes arrivés là alors que le début du troisième millénaire nous avait fait espérer un tout autre scénario, celui de la coopération et de la paix avec ses dividendes tant espérées pour soulager la misère de la majorité des habitants de la planète.
C'est très inquiétant quand on sait que les armements sont conçus pour servir les intérêts des pays riches et, la plupart du temps, pour tuer et détruire les établissements humains comme c'est le cas présentement en Afghanistan, en Irak et en Tchétchénie.
À l'heure actuelle, dans le monde, au-delà de 30 ogives nucléaires menacent la sécurité de l'humanité tout entière, puisque leur explosion pourrait détruire treize fois la planète.
Des exportations qui tuent massivement
En ce qui concerne les exportations d'armes, celles qui sont faites en Afrique, en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient ont permis aux États-Unis, à la France et au Royaume-Uni, de dégager un revenu supérieur à celui de l'aide que ces trois États avaient versée à ces régions. Seize milliards de munitions sont produites chaque année, plus de deux balles pour chaque homme, femme ou enfant dans le monde. Plus de 500 000 personnes en moyenne sont tuées chaque année par des armes conventionnelles, une personne par minute. Dans le même temps, quinze nouvelles armes sont produites. «Les pays riches représentent 75 % des dépenses militaires mondiales mais seulement 16 % de la population», signale le SIPRI.
Le Canada continue de se préparer à la guerre
Le Canada suit de très près les pays les plus militarisés cités plus haut. En étant membre des alliances militaires du NORAD et de l'OTAN, le pays est condamné à suivre et à apporter sa contribution aux dépenses militaires de ces alliances et à réarmer ou surtout à surarmer non seulement le pays lui-même, mais aussi à fournir des armes et des pièces d'armement à tous les intéressés.
Le 14 avril dernier, des investissements majeurs ont été annoncés par le premier ministre Paul Martin et le ministre de la Défense d'alors, David Pratt. Selon le Globe and Mail, «la facture totale de l'ensemble des projets sera de quatre milliards, ce qui en fera le plus important investissement dans l'équipement de la Défense nationale depuis des lustres». Quatre nouveaux navires destinés au ravitaillement des troupes outre-mer, une flotte de 15 avions à voilure fixe destinées à la recherche et au sauvetage sur le territoire canadien et à l'accélération du projet de remplacement des vieux chars Léopard par un parc de véhicules à huit roues dit système à canon mobile (La Presse, le 14 avril 2004.)
Dans la suite des choses, une charmante invitation nous est adressée de participer au projet de bouclier antimissile si cher au président des États-Unis. Encore là, nous collaborerons à la consécration des Américains comme étant les maîtres absolus de la terre, des mers et de l'espace. Nous ferons notre effort et le Canada dira oui à ce projet selon les données rapportées.
Aujourd'hui, le 23 juillet, autre nouvelle transmise par la PC. Le Canada annonce son intention d'acheter 28 hélicoptères Cyclone pour renouveler la flotte composée d'appareils Sea King. Il s'agit d'une transaction de 1,8 milliard et des coûts de 3,2 milliards de dollars s'ajouteront à cette somme pour assurer l'entretien des hélicoptères durant les 20 années d'utilisation prévue (La Presse, le 23 juillet 2004).
Guerre ou paix
Les Canadiens ne veulent pas faire la guerre, mais pourtant ils ne cessent de se préparer. Ils ne la font pas officiellement, mais ils contribuent aux guerres menées par leur voisin. C'est ce que nous révèle en détail le numéro spécial du collectif Échec à la guerre paru en mars 2004, numéro qui contient une excellente analyse de la situation mondiale concernant «la guerre contre le terrorisme» et qui aborde plusieurs thématiques majeures : l'Irak sous occupation, les mesures antiterroristes, la conquête du monde et, le Canada dans tout cela ? (Collectif échec à la guerre, 2004).
Dans son article consacré aux actions militaires du Canada, le collectif confirme que le Canada a réellement participé à la guerre en Irak malgré le refus officiel d'y participer. En fait, le pays a indirectement fourni plus de support aux Américains dans cette guerre que la plupart des 46 pays officiellement engagés dans la guerre, ce qui a valu au pays de recevoir des félicitations de l'ambassadeur des États-Unis au Canada, Paul Cellucci. Le Canada a participé à la guerre de la façon suivante :
- Plusieurs mois avant le début des hostilités en Irak, des planificateurs de guerre canadiens travaillaient avec le Commandement central à la base de MacDill, à Tampa.
- Le 11 février 2003, le ministre de la Défense informe avoir transféré 25 planificateurs de guerre au poste de commandement militaire au Qatar.
- En février 2003, le Canada prend la tête d'une force navale dans le golfe Persique. Officiellement, cette fonction est rattachée à l'opération antiterroriste Apollo, mise en place en octobre 2001, pour appuyer l'opération Enduring Freedom des États-Unis. À quelques mois des hostilités, le gouvernement canadien a décidé d'élargir cette mission. Au total, le Canada a utilisé trois navires de guerre, trois avions Hercules, deux aéronefs de patrouille maritime Aurora, 1300 personnes ainsi qu'une unité de soutien à la Force opérationnelle de la coalition basée à Tampa. Le Canada a donc protégé l'aviation américaine jusqu'aux côtes du Koweït pour que celle-ci largue ses bombes sur le peuple irakien.
- Le Canada a également appuyé le déploiement militaire pour envahir l'Irak, en consacrant d'importants moyens logistiques et militaires en Afghanistan.
- Les avions des États-Unis transportant des troupes à destination de l'Irak ont régulièrement fait escale à Terre-Neuve pour refaire le plein et changer d'équipage, au rythme de deux à trois vols par jour.
- Au plus fort de la guerre, on a révélé que 31 officiers canadiens participant à des programmes d'échange étaient engagés dans des zones de combat auprès d'unités américaines et britanniques.
- En 2004, en Afghanistan, c'est le lieutenant général canadien, Rick Hillier, qui tient les rênes de l'ISAF. En Irak, c'est maintenant le brigadier général canadien Walt Natynczyk -- rattaché au 3e corps de l'armée des États-Unis à Fort Hood (Texas) en tant que général commandant adjoint -- qui assume la deuxième plus haute fonction militaire au sein des forces d'occupation.
S'opposer à toute guerre
La militarisation du Canada n'est pas voulue par la plupart des habitants du pays. Au contraire, le discours dominant va plutôt dans le sens d'un désarmement et d'une augmentation des budgets consacrés à la santé et à la coopération internationale pour le développement durable. Pourquoi maintenir un arsenal militaire inutile, un arsenal qui, dans les faits, ne semble servir que les engagement belliqueux de nos voisins ?
Ce spectacle, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde, auquel on assiste est désolant, désespérant. La course aux armements a repris de plus belle et ses protagonistes principaux sont ceux qui ont un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU et même un droit de veto sur toute décision d'importance névralgique pour l'avenir de l'humanité. Il faut donc dire non ! haut et fort à tous ces projets qui s'inscrivent encore à l'intérieur des concepts de sécurité traditionnels et qui laissent peu de place pour celui de la sécurité commune ou coopérative, le concept à la base des engagements du Sommet du millénaire, du Consensus de Monterrey et du plan d'action du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg.
La préparation à la guerre se poursuit non seulement aux États-Unis, mais dans tous les pays industrialisés qui assurent la production des armements et dans des dizaines d'autres qui continuent d'augmenter ou de moderniser leur arsenal. Dans ce contexte, il faut non seulement s'opposer à toute guerre, mais il est urgent de s'opposer à la production des armements et à leur commerce un peu partout dans le monde, travailler à la reconversion des usines d'armement et rendre les armées nationales inconstitutionnelles ou en modifier profondément le rôle et les missions. Quand les foules manifesteront en ce sens, on pourra penser qu'il sera possible de faire triompher la diplomatie préventive et oublier à tout jamais les conflits armés régionaux et les «interventions armées dites préventives».
En somme, le concept de sécurité commune ou coopérative à promouvoir dans toutes les instances est :
- Procéder au désarmement général et complet. Il s'agit du transfert de budgets de la défense vers les autres secteurs de l'économie et de l'arrêt immédiat de la production et de la vente de tous les types d'armes.
- Sauver la biosphère par la restauration des écosystèmes dégradés ou détériorés et la protection de la diversité biologique et des zones les plus productives de vie ainsi que la sauvegarde des espèces vulnérables, rares ou menacées d'extinction.
- Promouvoir le commerce équitable de biens et de services produits dans le respect des conventions internationales sur le travail et le commerce, biens et services utiles et accessibles à toute l'humanité.
- Promouvoir une gouvernance responsable et imputable. Une réforme en profondeur de la gouvernance mondiale est nécessaire afin de donner une voix réelle à toute la population mondiale dans le concert des nations de manière à ce que l'Occident qui ne correspond plus qu'à peine à 10 % des habitants de la planète, ne soit plus celui qui dicte la conduite et qui établisse par la force l'ordre mondial qui lui convient (Dufour, J., La Gouvernance, 2002).
- Enseigner et protéger les droits humains et les libertés fondamentales. Ces éléments se retrouvent, pour l'essentiel, dans la déclaration finale des sommets mondiaux cités plus haut. Lors de ces sommets, des stratégies ont été proposées pour diminuer l'extrême pauvreté et la misère dans le monde qui affligent plus de la moitié de la population mondiale (Nations unies, Plan d'application du Sommet mondial pour le développement durable, 2002). Les plans d'action se sont donné comme cible d'atteindre en 2015 certains objectifs comme réduire de moitié le nombre de pauvres et donner l'accès à l'eau potable pour le milliard d'habitants qui en sont privés. Il s'agit d'un appel lancé à tous les gouvernements du monde de se mettre à l'oeuvre et de relever le plus grand défi de l'humanité en ce début du troisième millénaire : sauver la biosphère et entreprendre le travail d'élimination de l'apartheid Nord/Sud. Seulement 10 % des dépenses militaires, pendant une décennie, permettraient d'atteindre ces objectifs.

L'État ne peut faire plus en santé, selon Lucien Bouchard : Il faut débattre du rôle que l'on veut accorder au privé, presse l'ancien PM
Pierre Saint-Arnaud
Le Soleil vendredi 6 août 2004
PC Montréal - L'ex-premier ministre Lucien Bouchard a estimé hier qu'il fallait ouvrir le débat sur l'opportunité de laisser le secteur privé investir le réseau de la santé et de créer un système à deux vitesses.
Dans une entrevue à l'émission La Part des choses, diffusée hier soir à RDI, M. Bouchard a affirmé que l'État n'avait plus la capacité de financer davantage le système de santé, abstraction faite de la contribution fédérale qui devrait être rehaussée, selon lui.
M. Bouchard a précisé qu'il n'est pas nécessairement en faveur de l'idée mais il estime qu'un débat abordant les vraies questions devra être lancé.
"Honnêtement, je ne pense pas qu'on peut en demander plus à l'État", a-t-il dit au Réseau de l'information de Radio-Canada.
"Il y a de la religion là-dedans. Je le sais. Il y a une sorte d'idéologie. Mais il faudrait être pratique. Il s'agit de soigner les gens et de sauver notre système de santé, qui présentement est à risque parce que les coûts augmentent tellement. On risque l'effondrement. Tout cela est très critique et il faut se poser ces questions-là", a dit M. Bouchard à l'antenne de RDI.
Il a fait valoir que le système à deux vitesses existe déjà en éducation et que plusieurs parents font des sacrifices pour envoyer leurs enfants à l'école privée, tout en finançant quand même le système public par leurs impôts.
"La vraie question est : est-ce qu'on peut imaginer, en parallèle à notre système public, un système privé d'appoint ? Mais vraiment privé. Il ne faudrait pas demander à l'État de payer", a-t-il affirmé, ouvrant même la porte aux frais modérateurs en santé.
"Pour un certain éventail de soins, il faudrait vraiment qu'il y ait des cliniques privées", a-t-il ajouté, affirmant que cela pourrait désengorger le système de santé.
Par ailleurs, Lucien Bouchard reconnaît avoir fait une erreur en laissant un trop grand nombre de professionnels de la santé prendre leur retraite pour assainir les finances publiques lorsqu'il était premier ministre. Il croit qu'il aurait fallu plafonner le nombre de départs et a précisé y avoir songé. Toutefois, des avis juridiques l'avaient mis en garde qu'il serait difficile d'interdire à certains employés de prendre leur retraite tout en utilisant leurs surplus actuariels pour permettre à d'autres de le faire.
Enfin, M. Bouchard a raconté la terrible expérience qu'il a vécue lorsqu'une infection à la bactérie mangeuse de chair a forcé l'amputation de sa jambe gauche, en 1994. "Ça a été dur. J'ai été souvent longtemps dans le coma. J'ai eu des réactions aux médicaments. Un moment donné, je me pensais prisonnier de la Gestapo durant la Guerre dans une espèce de château-forteresse autrichien", a-t-il confié à RDI.

Le ministre Couillard en désaccord avec Lucien Bouchard
SRC vendredi 6 août 2004
Le ministre québécois de la Santé, Philippe Couillard, ne partage pas les vues de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard sur la place du secteur privé dans les soins de santé.
À l'émission La Part des choses, diffusée jeudi au Réseau de l'information de Radio-Canada, M. Bouchard s'est déclaré en faveur de l'ouverture d'un débat sur la privatisation du système de santé, notamment pour désengorger les hôpitaux.
Pour sa part, le ministre Couillard s'oppose catégoriquement à la création d'un système de santé privé parallèle. Il soutient que la réflexion sur la privatisation doit se poursuivre et que celle-ci est nécessaire uniquement si elle vient en aide au système de soins de santé public actuel.
« Une polyclinique médicale, c'est quoi? C'est une entreprise privée financée par le public. Alors, ça existe déjà la participation du privé dans le système de santé, a-t-il commenté. Il s'agit de faire en sorte qu'elle soit faite pour aider le réseau public et non le contraire. Il s'agit également de faire en sorte que l'accessibilité soit garantie pour tout le monde, quel que soit notre niveau de revenu. »
Remettre en question le système actuel
En entrevue la veille, Lucien Bouchard a affirmé que l'État n'avait plus les moyens de financer davantage les soins de santé, même s'il dit souhaiter une augmentation du financement de la part d'Ottawa. Selon M. Bouchard, le caractère gratuit et universel du système de santé est devenu une question dogmatique comme peuvent l'être la religion ou l'idéologie, alors qu'il faudrait faire preuve de sens pratique.
« Il s'agit de soigner les gens et de sauver notre système de santé, qui présentement est à risque parce que les coûts augmentent tellement. On risque l'effondrement. Tout cela est très critique et il faut se poser ces questions-là », a poursuivi M. Bouchard.
L'ancien premier ministre québécois se demande si la solution ne passe pas par une présence accrue du secteur privé. « Pour un certain éventail de soins, il faudrait vraiment qu'il y ait des cliniques privées », a affirmé M. Bouchard, qui n'a pas fermé la porte aux frais modérateurs en santé.
M. Bouchard a fait valoir que le système à deux vitesses existe déjà en éducation, plusieurs parents faisant des sacrifices pour envoyer leurs enfants à l'école privée.

Le privé doit servir le réseau public de santé, selon le ministre Couillard
Cyberpresse vendredi 6 août 2004
Presse Canadienne Trois-Rivières - Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, ne partage pas les vues de l'ancien premier ministre Lucien Bouchard quant à la nécessité de tenir un débat sur la création d'un système de santé à deux vitesses au Québec.
M. Couillard soutient qu'il n'est pas contre l'introduction du secteur privé comme prestateur de service, en autant que l'offre de service se fasse dans le respect de la justice sociale, de l'accessibilité égale pour tous, des lois et des conventions collectives.
Toutefois, le ministre ne souhaite pas la création d'un système privé parallèle. Selon lui, le secteur privé doit demeurer au service du réseau public.
En marge du caucus des députés libéraux, vendredi après-midi, à Trois-Rivières, M. Couillard a ajouté que le débat sur la participation du secteur privé dans le réseau de santé était déjà en cours, depuis quelques années. Il précise que le Loi canadienne sur la santé est assez flexible dans son état actuel pour permettre des expériences de dispensation de services.
M. Couillard insiste pour que l'accessiblité soit garantie pour tous les citoyens, peu importe leur niveau de revenu. A court et moyen terme, il croit qu'un meilleur financement du gouvernement fédéral permettra d'améliorer les soins.
À plus long terme, M. Couillard, comme l'ancien premier ministre péquiste, estime qu'il faudra introduire de nouvelles sources de revenu pour maintenir la qualité des services dans le réseau de la santé.
Lucien Bouchard a affirmé jeudi qu'il fallait ouvrir le débat sur l'opportunité de laisser le secteur privé investir le réseau de la santé et de créer un système à deux vitesses.

Conseil de la souveraineté
- Des propos judéophobes dans un forum de discussion
Antoine Robitaille
Le Devoir vendredi 6 août 2004
«Ce sont les Juifs qui gèrent les Américains et la planète», écrivait un personnage anonyme dans un des forums du site du Conseil de la souveraineté (CS), un organisme indépendant sans but lucratif ayant comme objectif de promouvoir la souveraineté du Québec. Un autre individu anonyme s'enflammait ensuite: «Ils rongent par en dessous les fondations de la maison. [...] On ne les vois [sic] pas venir, ils nous ont à petit feu, ils sont intouchables. Mais ils nous touchent tous en entier en contrôlant tout le système économique pour leur avantage [sic]. En plus de délimiter mon territoire avec leur symbole extrémiste, l'érouv.»
Informé par Le Devoir de la présence de ces propos sur son site, le président du Conseil, Gérald Larose, s'est dit indigné mais a affirmé ne pas les avoir aperçus : «Je ne suis pas très techno, je ne consulte ces forums que très rarement.» Il a de plus garanti qu'il agirait avec célérité pour «corriger la situation dans les prochaines heures». Bien que le CS affirme sur son site que «les idées et propos véhiculés» dans les forums «ne lient aucunement le Conseil et n'engagent que leurs auteurs», on stipule dans les «règlements» des mêmes forums qu'un administrateur «s'accorde le droit de supprimer un message qu'il juge contraire aux recommandations». Or, dit M. Larose, l'administrateur en question est en vacances depuis un mois et les trois forums, ouverts à tous, n'ont pas été passés au crible pendant cette période. Le CS, fondé en février 2003, est une toute petite organisation, ne comptant qu'une employée et une poignée de bénévoles.

«QU'EST-CE QU'ÊTRE FRANÇAIS AUJOURD'HUI ?»
Le roseau penchant
XAVIER DARCOS*
Une série du «Figaro» 6 août 2004
Je devais avoir 13 ans. Pour la première fois de ma vie, j'allais franchir nos frontières et rejoindre un correspondant en Angleterre. Je me souviens de l'unique recommandation de mon père : «Souviens-toi que tu seras là-bas l'image de la France : c'est elle qu'on jugera à travers toi.» Je me le tins pour dit. Au fond, ce précepte spontané illustrait le vieux sentiment français : le pays transcende la personne, l'individu n'est que la partie d'un tout qui suffit à l'identifier et à l'intégrer. Inversement, chacun incarne, à soi seul, la totalité de la nation, comme dans ces tableaux flamands où un petit miroir reflète en «abyme» la scène dépeinte tout entière. Les linguistes emploieraient ici le terme de «synecdoque», comme quand on dit «un ivoire» ou «un feutre» pour parler d'une statuette ou d'un stylo : la partie englobe et exprime l'ensemble.
Cependant, le Français, réputé insoumis, insatisfait ou rebelle, est paradoxalement français par volonté, parce qu'il le désire ou l'a choisi. Cette spécificité était déjà relevée par Renan, dans Qu'est-ce qu'une nation ? : la France, à ses yeux, se fonde sur une conception élective de la nation, à la différence des Allemands, par exemple, qui ont pu adhérer à une conception ethnique. La France trouve sa cohésion dans un vouloir-vivre partagé, dans une sorte de contrat social sans cesse renouvelé. C'est ce souci d'intégration dans un espace républicain qui a conduit notre modèle politique à adopter ce principe simple : devenir français c'est devenir citoyen français. Nos procédures de naturalisation en témoignent et impliquent une égalité juridique et politique. La France est moins une origine qu'un projet, creuset où s'estompent les différences et les convictions privées.
Voilà pourquoi prévaut chez nous le droit du sol, à l'opposé d'autres nations qui privilégient le droit du sang, hérité des anciens régimes. Patrick Weil a démontré que ces oppositions sont factices et que notre droit a beaucoup fluctué depuis la Révolution Qu'est-ce qu'un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution (1), mais il en reste une trace profonde dans nos mentalités et dans nos symboles. Les débats actuels sur l'intégration, la laïcité et le communautarisme le prouvent d'évidence. Cet «être français» a limité l'influence des idéologies sur nos modes de gouvernement : les systèmes totalitaires ont eu moins de prise sur nous parce que personne ne peut réduire la «francité» à un monopole de pensée ou d'organisation. Au grand dam des responsables politiques, nous préférons les questions aux réponses, la diversité assumée à l'unicité forcée. Notre identité est un ensemble d'altérités acceptées et consentantes, quoique souvent prêtes à renâcler.
Cette vocation s'affirme aussi dans notre langue. Une enquête du British Council auprès des anglophones entre 25 et 35 ans a montré qu'à la question «Quelle langue étrangère souhaiteriez-vous parler ?», la réponse la plus fréquente est «le français», seule langue avec l'anglais à être présente sur les cinq continents. Nous sommes «copropriétaires», en quelque sorte, de notre langue, puisque le français est la langue officielle de vingt-neuf pays, dont seize Etats africains. L'Afrique est, à cet égard aussi, notre avenir : dans trente ans, un francophone sur deux sera africain.
Notre patriotisme se confond donc avec un universalisme. Il renvoie non à une idéologie mais à un idéalisme, notamment celui des Lumières et des droits de l'homme, par essence universalistes. Quand on voyage à travers le monde, comme je le fais actuellement, on croise partout des gens qui sont devenus amoureux de la France et qui ont appris le français par adhésion à notre culture ou à nos valeurs. C'est là toute la différence avec l'anglais : l'Anglo-Américain vient à vous, par utilité, mais l'on vient au français, par choix. Même dans des pays où la langue française n'a plus d'usage économique, nos établissements scolaires sont fréquentés par l'élite autochtone, pour laquelle la conception française du savoir et des arts reste un modèle insurpassable. Je sais bien que cette prétendue supériorité humaniste est un mythe. Elle peut alimenter un chauvinisme ridicule et c'est souvent que les étrangers critiquent notre arrogance et nos attitudes dominatrices, parfois à juste titre. Mais c'est ainsi, illusion ou non : la France rayonne par son universalité éthique, avec une résonance qui va bien au-delà de ses moyens réels. Victor Hugo comparait ses Misérables à la «vocation fran çaise» : «la fraternité pour base et le progrès pour cime».
Entre les deux infinis de la mondialisation et de la fragmentation identitaire, voire ethnique, la France est tiraillée : c'est un «roseau penchant». Être français aujourd'hui c'est souvent ressentir avec désarroi l'écart entre les mots et les choses. D'un côté, nos discours politiques continuent à s'ancrer dans la sauvegarde du lien social, à se souder dans la trilogie des valeurs républicaines, liberté, égalité, fraternité, et à promouvoir la culture comme émancipation et assimilation. De l'autre côté, nos actions s'enlisent et notre courage s'émousse, face à la déstructuration objective de nos quartiers, où des revendications religieuses ou ethniques donnent prétexte au sectarisme et à la brutalité, voire à l'obscénité banalisés. Pire encore, la citoyenneté cède le pas à d'autres formes d'allégeance ou d'appartenance. Les systèmes traditionnels, religieux ou culturels offraient autrefois des repères bien commodes et ne venaient pas concurrencer l'identité nationale dans laquelle ils se fondaient. Avec leur disparition, les questions d'identité deviennent centrales et souvent antagonistes : nous devons nous approprier un héritage tout en forgeant notre propre identité. Il s'agit ni plus ni moins que de nous construire en tant qu'êtres humains.
Cette implosion latente reflète d'ailleurs la conjoncture planétaire : le monde, nouvelle Babel, n'est plus guère gouverné. Tandis que les ressources de la technique permettent de métamorphoser notre environnement et que la puissance économique organise sans scrupule les échanges internationaux, il suffit d'un fou pour tout ébranler et les assemblées de sages révèlent surtout leur faiblesse. Mais les États ont perçu ce risque et multiplient les forums où se concerte la gouvernance mondiale, tout en se souciant de développer le Sud. Comme en atteste le continent européen, les rivalités et les conflits peuvent être contenus. L'Europe s'unifie autour de valeurs universelles dont la France et chaque Français sont porteurs.
Notre ennemi, c'est le chacun pour soi. Voilà pourquoi Jacques Chirac a eu raison, d'emblée, d'exiger que soient conjurées les fractures, en revivifiant le cadre étatique, sans céder à la pure logique des lois du marché appliquées à la vie sociale. Être français, c'est évidemment aimer sa langue, sa culture et sa civilisation, mais c'est surtout admettre que «l'humain passe infiniment l'homme» : l'idée que nous nous faisons de la nature humaine guide nos pas dans la manière dont nous nous vivons français. Il s'agit tout simplement de prendre à contre-pied la barbarie moderne, car le barbare est d'abord celui qui ne sait plus reconnaître en soi sa propre humanité.
* Ministre délégué à la Coopération, au Développement et à la Francophonie. (1) Grasset.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Et patati et patata...
René Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 6 août 2004
S"adressant aux Français présents à Lorient à l'occasion des fêtes celtiques, Claude Laverdure, fédéraliste et ambassadeur d'Ottawa à Paris, n'a pas manqué de lancer quelques flèches à l'intention du Québec dans son petit boniment plein de bons "propos" et de "bonnes intentions".
Bien sûr, les Québécois ont cessé "de se regarder le nombril"; jamais le Québec ne se séparera du Canada et patati et patata.
Je me demande si les Bretons qui ont entendu ce discours sont assez naïfs pour le croire? Il existe un fort mouvement indépendantiste en Bretagne maintenant, comme d'ailleurs en Aquitaine et au Pays Basque, ces anciens États tendant vers le retour au statu quo ante.
L'Aquitaine a même son gouvernement et sa capitale d'État à Bordeaux et la tendance vers l'augmentation des pouvoirs régionaux augmente.
En Belgique, Bruxelles a dû retransférer la presque totalité de ses pouvoirs en faveur de la Wallonie et des Flandres et devenir une Cité-État, à la recherche de nouvelles fonctions, comme d'autres Cités-États, dont Singapour. Et il n'y a eu aucune intervention politique ou armée contre Wallons et Flamands devenus un État avec la majuscule.
Peu à peu, Paris ne représentant plus ce qu'il représentait, devra céder plus de pouvoirs aux anciens États. C'est la réalité de la vie publique du troisième millénaire, alors que, de plus en plus, la politique devient un phénomène local.
Le discours centraliste de môssieu Laverdure n'a pas dû avoir été entendu de la même oreille partout. Si contemplation ombilicale il y a, elle ne vient pas du Québec. Jugez-en par vous-mêmes en examinant en détails le discours mielleux de l'ambassadeur Laverdure.
Monsieur Laverdure suggère sans doute aux Français que les Québécois pensent à autre chose que se séparer du Canada et il a peut-être raison mais pas de la manière dont il le pense. Les Québécois de la génération actuelle pensent à se débarrasser d'Ottawa et ils vont le faire. Le Québec est un État naturel et optimal, qui n'a aucun besoin d'un État artificiel, post-impérial et unitaire pour vivre; au contraire. Que dira alors monsieur Laverdure aux Français lorsqu'Ottawa ne représentera plus rien?

TRIBUNE LIBRE
L’exception israélienne
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 6 août 2004
La communauté internationale menace le Soudan de sanctions s’il ne fait pas cesser le génocide au Darfour. Pourquoi ne menace-t-elle pas Israël des mêmes conséquences s’il ne fait pas cesser le génocide dans les territoires palestiniens ? Dans le passé, des pays s’étant placés dans une position à l’encontre du reste du monde comme l’Afrique du Sud, la Libye, la Yougoslavie, l’Irak ont fait l’objet de sanctions de l’ONU mais jamais Israël, qui a multiplié les non-respects des résolutions sur l’occupation des territoires palestiniens ou, plus récemment, sur le « mur de sécurité ». Ces non-respects à répétition, avec la complicité américaine, ne constituent-ils pas un acte de défi à la communauté internationale, un délit envers le droit international, une mise au ban des nations ?
Pourquoi cette politique des « deux poids, deux mesures » ? Pourquoi Israël devrait-il être une exception ? À cause de l’antisémitisme, des ghettos, de l’étoile jaune, des camps d’extermination, des chambres à gaz ? Faut-il prendre prétexte de ces horreurs pour refuser de punir un État hors-la-loi qui s’auto-exclut du concert des nations par sa politique sauvage ? Un crime est un crime, peu importe la nationalité ou la religion. Oui, il faut dénoncer l’antisémitisme mais il ne faut pas que les injustices faites aux Juifs durant l’Histoire nous servent d’excuse pour couvrir le terrorisme d’État israélien.
Les Palestiniens vivent un holocauste quotidien depuis 1967. Leur Shoah à eux, ce sont les chars d’assaut, les missiles tirés sur des civils, les bulldozers, le vol des terres, la colonisation juive, le mur de la honte. Leur territoire est devenu un immense ghetto, un gigantesque camp de concentration gardé par des SS avec une étoile de David à la place de la croix gammée. Puisque le monde entier les laisse tomber, pourquoi leur reprocher de défendre leur terre et leur droit à la liberté par la violence ? « Soyez plus gentils, arrêtez de vous faire exploser dans des endroits publics et on s’occupera de vous. » Le jour où on découvrira la signification du mot SOLIDARITÉ, on sera peut-être plus crédibles aux yeux de nos frères palestiniens.
« Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. » (Térence)
