Actualité







La solution Bouchard

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 août 2004

Même redevenu simple citoyen, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard n'en reste pas moins une personnalité influente. Lorsqu'il parle en public, ce qui lui arrive rarement, il est écouté. Et lorsqu'il émet l'hypothèse d'un réseau de santé privé parallèle comme solution au problème de financement, on ne peut pas l'ignorer. De là à l'adopter, c'est une autre histoire...

Lorsque Lucien Bouchard parle de santé, il parle en connaissance de cause. C'est dans son corps que l'homme a expérimenté la capacité du corps médical à venir à bout de maux graves comme cette vicieuse bactérie mangeuse de chair qui lui a volé une jambe. En entrevue à RDI, mercredi dernier, M. Bouchard s'est souvenu de sa dramatique mésaventure, puis, répondant aux questions de l'animateur à propos du système de santé, il a avoué, pour la première fois, nous semble-t-il, que les si nombreux départs prématurés à la retraite, négociés en 1996, avaient été une erreur.

Aujourd'hui, redevenu libre-penseur, M. Bouchard s'est aussi permis, lors de cet entretien, de soulever l'hypothèse de création d'un «système privé d'appoint, mais vraiment privé. Il ne faudrait pas demander à l'État de payer [...]». Des cliniques privées pour «un certain éventail de soins», a -t-il précisé. Car «on ne peut pas en demander plus à l'État. [...] Il faudrait être pratique. Il s'agit de soigner des gens et de sauver notre système de santé qui présentement est à risque parce que les coûts augmentent tellement.»

Et pour illustrer qu'il ne s'agit pas d'une question idéologique, M. Bouchard a utilisé l'exemple de l'éducation où cohabitent des écoles publiques et privées. Comme le souhaite M. Bouchard, ne faisons pas de cette question une bataille idéologique. Notre système de santé a soif de gros sous et cette soif ne sera pas assouvie de sitôt. Mais voilà, même sans en faire «une religion», personne encore n'a trouvé de solution à la fois «pratique» et socialement acceptable.

***

M. Bouchard se demande si la création de cliniques privées, «vraiment privées», ne serait pas une des solutions possibles. Il n'est pas le premier à poser la question... ni le dernier ! Or, la chose est non seulement possible, mais elle existe déjà. Depuis quelques années, des médecins ont mis sur pied de ces cliniques très spécialisées, entièrement privées, tel le Centre de chirurgie orthopédique du Dr Nicolas Duval qui offre de remplacer hanches et genoux à des patients qui ne veulent pas attendre des mois avant de reprendre une vie normale. Ce genre d'établissement ne demande aucun financement à l'État puisque les médecins qui y pratiquent se sont retirés du système public comme la loi les y autorisait. Tout médecin peut faire ce choix et donc, rien n'empêche la création de telles cliniques, même très spécialisées.

À l'évidence, malgré le fait qu'il ait pris la peine de spécifier «qu'il ne faudrait pas demander à l'État de payer», ce n'est pas à cela que M. Bouchard fait allusion. D'ailleurs, sa comparaison avec le système d'éducation le prouve : nos écoles privées offrent le même diplôme que les écoles publiques, mais elles reçoivent de l'État à peu près 50 % de leurs coûts de fonctionnement, l'autre moitié étant à la charge des parents. Peut-on imaginer un tel partage en santé : des hôpitaux privés financés également par l'État et les patients ?

Des raisons historiques surtout, mais aussi religieuses, de choix de formation et d'encadrement pédagogique expliquent l'existence du secteur privé en éducation. Qu'est-ce qui justifierait un calque de cette formule en santé ? Peu de choses en vérité, si ce n'est une économie de coûts pour l'État et l'accès plus rapide à certaines interventions pour le patient-client. Mais pour qu'un tel système fonctionne, il faut que les frais imposés aux patients soient beaucoup plus élevés que les coûts de fonctionnement afin d'intéresser des investisseurs et du personnel médical spécialisé. Auquel cas, on peut craindre un déplacement de spécialistes vers le privé et, par conséquent, une augmentation des listes d'attente dans les hôpitaux publics.

Pour le moment, très peu de gens, simples citoyens ou politiciens, souhaitent que l'argent devienne un facteur déterminant le moment venu de dresser les listes d'attente pour des traitements. Plus plausible est la création éventuelle de cliniques privées offrant certains services spécialisés, des chirurgies mineures, par exemple, mais financés entièrement par l'État et accessibles à tous, sans frais.





André Ouellet ? «Typiquement libéral fédéral»

Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 août 2004


Revue de presse - André Ouellet, l'apparatchik libéral à la tête de la Société des postes, suspendu avec salaire depuis février pour avoir été «au coeur du scandale des commandites», a affirmé qu'il était «parfaitement normal» pour lui d'avoir réclamé, au cours des huit dernières années, deux millions de dollars pour des dépenses «de voyages et de loisirs sans les justifier». Une telle logique est «honteuse et inacceptable», écrivait mardi Peter Worthington, du Toronto Sun. «Mais elle est aussi typiquement libérale», ajoutait-il.

Aussi libérale, dit Worthington que la possibilité pour Ouellet de recevoir, malgré sa suspension, sa «prime annuelle» en plus de son salaire, ce qui indigne le chroniqueur : «À 400 000 $ par année, il est déjà le fonctionnaire le mieux payé au pays.» Worthington dit que tout cela n'équivaut ni plus ni moins qu'à «piger dans le tiroir-caisse», ce qui «pour la plupart d'entre nous» apparaît «carrément abusif». Que Ouellet, lui, n'y voie rien de mal ne prouve qu'une chose : «Les membres les plus importants du Parti libéral croient vraiment que tout leur est permis.» Ce sentiment d'impunité vient du fait «qu'ils ont joui dans la dernière décennie d'un pouvoir quasi total». La preuve : Ouellet dit qu'il est «humiliant d'être suspendu» mais, note Worthington, «il ne semble pas trouver humiliant de continuer à recevoir son salaire». Autres choses «typiquement libérales» : que Postes Canada ait «octroyé des contrats à des firmes qui contribuaient au parti» ou que cette société d'État ait envoyé cinq fois Alfonso Gagliano en Italie pour que le ministre «voie prétendument à ses intérêts».

Worthington se demande «quelles autres surprises camouflées nous allons découvrir à propos des libéraux, qui ont été pourtant réélus». En tout cas, ironise-t-il, «tous ceux qui ont voté pour Paul Martin et lui ont ainsi permis de rester premier ministre doivent être soulagés que les conservateurs, impopulaires mais honnêtes, n'aient pas accédé au pouvoir».

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Mais selon James Travers, du Toronto Star, le cas d'André Ouellet est peut-être, de façon surprenante, exactement ce dont Paul Martin a besoin pour en finir avec certaines habitudes de «favoritisme qui donnent si souvent un air de république bananière à notre Dominion nordique». Ouellet est là depuis des lunes : il a été élu député en 1967 à l'âge de 28 ans. Il a occupé des postes clés dans tous les cabinets libéraux. Lorsqu'il a quitté le Parlement, en 1995, il est devenu président de Postes Canada. En 1999, il a été nommé p.-d.g. Mais aujourd'hui, Ouellet est en passe de devenir le «dernier symbole de ce qu'il y a de pourri dans la capitale nationale». Et les symboles, comme on le sait, sont «extrêmement pratiques».

Ce qu'il y a «de plus intéressant chez Martin», écrit Travers, c'est précisément sa promesse de changer la culture d'Ottawa «en la saisissant par le cou et en la secouant jusqu'à ce qu'elle devienne quelque chose de plus moderne et de plus responsable». Cela requiert, écrit Travers, «une rupture profonde avec ces méthodes efficaces mais désormais discréditées, qui ont permis à Jean Chrétien de rester au pouvoir si longtemps et qui ont fait d'André Ouellet un des acteurs les plus durables et les plus puissants de la capitale».

Ainsi, en sévissant contre le symbole Ouellet, Paul Martin enverrait un «signal clair et fort» que les fonds publics ne sont plus «un puits partisan». Cela aurait plusieurs vertus, dit Travers. D'abord, de contrer le «cynisme ambiant à l'égard du système démocratique qui suscite la désaffection politique». Ensuite, d'entamer une réforme de la bureaucratie fédérale «peu estimée et à l'éthique aplatie».

Il faudra donc, dit Travers, que les libéraux cessent d'être typiquement libéraux et qu'ils «établissent clairement la frontière entre l'intérêt du parti et celui du public». Par exemple, il faut que les règles d'octroi des contrats fédéraux soient «plus que des directives et que les milliers de nominations que le premier ministre effectue chaque année soient fondées sur le mérite». Alors que les premiers ministres fédéraux se montrent «méticuleux», cherchent patiemment des personnes talentueuses lorsqu'ils choisissent des juges à la Cour suprême, il n'en va pas de même des autres nominations. «Lorsqu'il s'agit des dirigeants d'entreprises de chemin de fer ou des sociétés de la Couronne, le processus est discrédité.»

Selon Travers, Paul Martin semble prendre la réforme au sérieux. Un indice : il a maintenu en poste le «controversé Reg Alcock», président du Conseil du trésor, qui s'était permis de critiquer sévèrement l'administration publique fédérale cet hiver. «Martin compte sur l'expertise d'Alcock en cette matière pour mettre sur pied le programme "Results for Canadians" que les libéraux ont promis il y a des années.» Travers estime que, pour changer le système véritablement, «les mandarins devront sentir que les politiciens au-dessus d'eux prennent la réforme assez sérieusement pour se réformer eux-mêmes d'abord». Bref, il faut en finir avec le «style politique des années 50», que Jean Chrétien a parfaitement incarné, par exemple en plaçant André Ouellet à Postes Canada, Jean Pelletier à Via Rail et David Dingwall à la Monnaie royale canadienne. «Tous les trois ont déjà été pointés dans les enquêtes sur la combine libérale des commandites, qui visait à acheter la loyauté du Québec tout en remplissant les poches des firmes de publicité amies. Les trois personnages auront plus que des rôles de soutien dans l'enquête publique sur le scandale.»

Grâce au cas Ouellet, Paul Martin sera peut-être davantage en mesure de résister aux fortes pressions post-électorales où tout ce qui grenouille dans les sphères libérales réclame sa récompense. Cela permettra au premier ministre de «faire évoluer les procédures de nomination du passé partisan à celles du XXIe siècle». Merci M. Ouellet, dit Travers.





Duplessis face au déséquilibre fiscal: l'impôt québécois de 1954

Robert Comeau
Professeur au département d'histoire et titulaire de la chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec de l'UQAM
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 août 2004

Depuis 50 ans, le partage de la fiscalité entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec est l'objet d'une lutte continuelle. La question du déséquilibre fiscal est toujours d'actualité. Face à l'étranglement financier dont le gouvernement du Québec fut victime en 1939, Duplessis, à son retour en politique en 1944, fit de l'autonomie fiscale une priorité. Il refusa en 1951 que le fédéral finance les universités québécoises et mit en place la commission Tremblay en 1953 pour dénoncer les ingérences fédérales dans le domaine des compétences du Québec.

Il y a 50 ans, face au déséquilibre fiscal, le gouvernement de Maurice Duplessis, à la surprise générale, faisait voter le 24 février 1954 un impôt provincial sur le revenu des particuliers de 15 % et exigeait d'Ottawa que cet impôt soit déductible de l'impôt fédéral. Godbout l'avait fait en 1940 mais y avait renoncé dès 1942 à cause de la guerre. La loi fut donc votée en février, mais on n'a pas su avant l'automne suivant si le gouvernement fédéral rendait cet impôt québécois déductible du sien, ce qui ne se conclura qu'en janvier 1955. Louis Saint-Laurent proposait que les provinces se financent par des subventions fédérales. Le premier ministre fédéral défendait l'idée que les provinces devaient être subventionnées par Ottawa et présentait cette dépendance du Québec comme normale et inévitable. Les intellectuels fédéralistes de l'entourage de Maurice Lamontagne qui partageaient ce point de vue furent vivement contestés par les intellectuels nationalistes, les journalistes du Devoir tels André Laurendeau, Pierre Laporte et Gérard Filion et l'historien de l'École de Montréal, Michel Brunet. Dans ce combat, de façon surprenante, le jeune Trudeau appuya Duplessis alors que Jean Lesage, alors ministre à Ottawa, suivait la ligne du Parti libéral du Canada.

Duplessis a mené la lutte jusqu'au bout, expliquant à la population l'importance d'être «maître chez soi» sur le plan fiscal et comment la centralisation fiscale entraînait la centralisation politique. Il fit valoir l'importance pour le Québec de disposer de moyens fiscaux pour exercer ses propres pouvoirs. Le Parti libéral de G. E. Lapalme commit l'erreur de s'opposer totalement à l'instauration de cet impôt. Il se trouva en fort mauvaise situation lorsqu'à l'automne 1954 Saint-Laurent a dû céder sous les pressions populaires et accepter une déductibilité de 10 %.

Grâce à ce nouvel impôt créé en 1954, les grandes réformes de la Révolution tranquille furent rendues possibles. Après ces 10 %, Jean Lesage réclamera 25 % de l'impôt sur le revenu des particuliers et Daniel Johnson encore davantage. Ce pourcentage continuera d'augmenter : 16 % en 1962; 28 % en 1967. En 1965 et en 1966, avec la possibilité pour la province de se retirer des plans conjoints, des abattements d'impôts permirent au gouvernement du Québec de financer ses propres régimes de santé et d'éducation.

Puis vint Trudeau en 1968. Avec les régimes successifs de Trudeau, Chrétien et Martin, la centralisation fédérale reprit de plus belle, le fédéral s'impliquant tant dans l'enseignement universitaire et la recherche que dans le secteur de la santé. Le gouvernement du Québec reprit le discours de la dénonciation du «déséquilibre fiscal» que le gouvernement fédéral de Martin refuse de reconnaître alors que les conclusions de la commission Séguin de 2002 font état du déséquilibre entre les besoins financiers croissants en santé et en éducation de la province et les ressources qui s'accumulent à Ottawa.

Cette fois, le gouvernement libéral de Jean Charest saura-t-il défendre les intérêts du Québec, reprendre la lutte contre le déséquilibre fiscal et obtenir du gouvernement d'Ottawa les ressources demandées ?

Aujourd'hui, certains demandent que la TPS perçue par le gouvernement du Québec demeure au Québec, d'autres que le Québec obtienne d'autres points d'impôt.





Fermeture de CHOI-FM
- Charest voudrait que le Québec soit représenté au CRTC

Tommy Chouinard
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 août 2004

Le premier ministre évoque une entente administrative tandis queMario Dumont voudrait que l'Assemblée nationale soit convoquée

Trois-Rivières -- Le gouvernement Charest souhaite négocier une entente administrative avec Ottawa pour faire en sorte que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes soit plus «sensible» à la réalité québécoise, notamment en modifiant la composition des bancs de l'organisme fédéral et en régionalisant ses activités.

«Cela a déjà été évoqué que le Québec puisse être représenté sur les bancs du CRTC lorsqu'il s'agit de prendre des décisions qui touchent très directement les diffuseurs québécois. Ça donnerait à ceux et celles qui sont appelés à prendre des décisions au CRTC une sensibilité à la réalité de notre culture et de notre langue», a affirmé le premier ministre Jean Charest, à la sortie du caucus des députés libéraux qui s'est tenu hier à Trois-Rivières.

Critique

Jean Charest a vertement critiqué l'idée lancée plus tôt dans la journée par le chef adéquiste Mario Dumont, qui souhaite convoquer l'Assemblée nationale pour adopter une loi visant à rapatrier les pouvoirs en matière de télécommunications et à permettre au Québec d'octroyer lui-même les licences de radiodiffusion afin d'éviter la fermeture de la station de Québec CHOI-FM. «Voter des lois illégales, on ne souscrit pas à ça. On ne donne pas suite à des suggestions loufoques. On n'est pas à la veille d'une réouverture de la Constitution. La voie à privilégier est celle de la négociation d'une entente administrative», a lancé le premier ministre.

La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, entend expédier prochainement une lettre à la ministre fédérale du Patrimoine, Liza Frulla, afin de lui faire part de la position de Québec dans le dossier des télécommunications. Une telle lettre avait été envoyée également aux prédécesseurs de Mme Frulla, Sheila Copps et Hélène Chalifour Sherrer.

Line Beauchamp a précisé que les dernières modifications apportées à la loi sur le CRTC permettent à l'organisme fédéral de régionaliser ses activités. «Le Québec serait intéressé à avoir des discussions avec le fédéral là-dessus», a précisé Mme Beauchamp, refusant de préciser si une telle entente aurait permis d'éviter le retrait de la licence de CHOI-FM.

Sanction trop sévère

Si Jean Charest n'a pas voulu réagir à la décision de Liza Frulla de ne pas intervenir dans le dossier de CHOI-FM, il a réitéré que la décision du CRTC représente une «sanction trop sévère».

La volonté de conclure une entente administrative avec Ottawa au sujet des télécommunications n'est pas née avec la décision du CRTC concernant CHOI-FM, puisqu'il s'agit d'une position défendue par le Parti libéral depuis des années, a fait valoir le premier ministre.

Jean Charest a précisé que deux possibilités s'offrent maintenant à CHOI-FM : porter la décision du CRTC en appel devant la cour fédérale ou alors tenter d'obtenir une nouvelle licence.

En entrevue téléphonique après son passage dans les studios de CHOI-FM, le chef adéquiste Mario Dumont a dit voir une «crise majeure» dans la fermeture de la station annoncée pour le 31 août, un cas de liberté d'expression qu'il faut voir dans une perspective plus large que CHOI-FM. Il ne trouve donc pas exagéré de demander une séance extraordinaire de l'Assemblée nationale puisque, à ses yeux, la décision du CRTC dépasse elle-même les bornes.

M. Dumont est même allé jusqu'à écrire à ce sujet à Jean Charest et à Liza Frulla. Il soutient que ce dossier en est un de compétence provinciale, car la radiodiffusion et les télécommunications relèvent également de la culture, a dit M. Dumont. Et le Québec serait mieux placé pour s'occuper lui-même des licences de radiodiffusion sur son territoire, a-t-il ajouté.

C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il voudrait voir l'Assemblée nationale convoquée : que les parlementaires affirment la volonté du Québec de «rapatrier» ses pleins pouvoirs en culture et en télécommunications et qu'ils adoptent une loi habilitant le Québec à assumer son leadership dans ce domaine.

Opportunisme politique

M. Dumont se défend de faire preuve d'opportunisme politique, par sa sortie publique, dans le contexte où une élection complémentaire se tiendra d'ici quelques semaines dans Vanier, une circonscription de la région de Québec où l'ADQ a déjà fait bonne figure.

Le chef adéquiste a fait valoir que la liberté d'expression, comme la liberté d'entreprise et la liberté de choix, a toujours été une valeur importante au sein de l'ADQ, comme lorsque le parti plaide pour une plus grande place du privé dans le système de santé ou dans les garderies. «On a trop enlevé de libertés à nos citoyens; on a trop voulu décider à leur place. La bataille qu'on mène, elle n'est pas en dehors des créneaux naturels qui sont ceux de l'ADQ. Il n'y aurait pas d'élection partielle à Québec ou ailleurs qu'on prendrait la même position.»





Un couple de Mexicains à bout de patience :
Les déficiences de la francisation nuisent à l'intégration

Anne Drolet (Le Soleil)
La Presse lundi 9 août 2004

Québec - Arrivé au Québec en mai, un couple d'informaticiens mexicains devra vraisemblablement attendre jusqu'en janvier avant d'avoir accès aux cours de francisation du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. Incapables de trouver un emploi sans la maîtrise de la langue, Aarón Petroza et Margarita Melgoza voient leurs économies fondre à vue d'oeil.

Cette attente n'est pas nouvelle à Québec. Elle date du budget Séguin, qui annonçait des coupes de 20 millions dans les services offerts aux nouveaux immigrants. Même si le gouvernement a rétabli presque en entier les fonds à la fin mai, les contrecoups se font encore sentir.

Le couple Petroza-Melgoza a décidé de venir vivre au Québec pour améliorer son niveau de vie et permettre au jeune Max, qui aura bientôt trois ans, de devenir bilingue, voire trilingue. Ils avaient bon espoir de trouver un travail dans leur domaine, puisque leur profession était considérée comme " en demande ", selon le représentant du Service d'immigration du Québec à l'étranger à Mexico. Leur affection pour le français plutôt que l'anglais de même que la rencontre avec une Québécoise les auraient convaincus d'immigrer à Québec.

Ils affirment que lors du recrutement effectué dans leur pays, personne ne faisait mention du temps d'attente pour ces cours. Ils ont donc été bien surpris de constater que le processus était si long. Ils ont passé leur test de classement le 17 juin et devaient commencer leur formation en août, lui au niveau trois (le plus avancé), et elle au deuxième niveau. " Nous comprenions très bien qu'il n'y en avait pas pendant l'été ", soutient la mère.

À la fin de juillet, leur conseiller au ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI) évaluait que des places ne seraient disponibles qu'en janvier, soit huit mois après l'arrivée du couple. Découragés, les deux Mexicains ont écrit une lettre au MRCI lui faisant part de leurs contrariétés et de leurs inquiétudes.

Selon M. Petroza, le système de francisation déficient frustre les immigrants et en pousse certains à s'en aller au Canada anglais. Le couple songe d'ailleurs à faire de même si la situation ne s'améliore pas, même s'ils le feraient avec beaucoup de regrets. " Nous voulons rester ici. " Ils se disent d'ailleurs satisfaits des autres instances gouvernementales avec lesquelles ils ont traité, comme la Régie de l'assurance-maladie, la Société de l'assurance automobile du Québec et même le système de garderie. Le seul hic est au ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI). " Mais c'est le ministère dont nous dépendons ", s'inquiète Mme Melgoza.

Mauvaise publicité

M. Petroza note que le mécontentement créé par les retards des cours de français entraîne le retour de certains immigrants dans leur pays, où ils font ensuite de la mauvaise publicité pour le Québec. Les immigrants qui sont déçus par le système accentuent cette propagande négative.

Les deux Mexicains reprochent aussi au MRCI de ne pas les avoir prévenus dès le départ des délais possibles. " On aurait utilisé notre argent pour étudier à l'Université Laval et on aurait pu travailler plus vite ", explique Mme Melgoza, qui a suggéré cette stratégie à des amis qui arriveront sous peu. Les Petroza-Melgoza ont aussi tenté d'améliorer leur français par d'autres moyens, en lisant des livres et en conversant chaque semaine avec des amis de France.

Mais leurs compétences linguistiques ne suffisent toujours pas. Mme Melgoza a été convoquée à deux entrevues. Les employeurs lui ont indiqué que son français n'était pas assez bon. Elle rapporte que même le conseiller du ministère qui devait l'aider à mettre à jour son CV lui aurait dit la même chose: " Quand tu parleras et que tu écriras bien, reviens me voir. "

Sans travail et avec peu d'espoir d'en trouver un, sauf peut-être " laver la vaisselle ", la jeune famille commence à être à court de ressources. " On devra peut-être demander de l'aide sociale, et ce n'est pas pour ça qu'on est ici. On est venus pour travailler ", expose M. Petroza. Il est inscrit à l'Université Laval en mécanique du bâtiment et commencera à la fin d'août. Il espère que le contact avec les autres étudiants lui permettra d'apprendre le français.

Et si c'était à recommencer? M. Petroza dit qu'il y réfléchirait à deux fois avant d'immigrer au Québec. Mme Melgoza est quant à elle formelle: elle ne serait jamais venue.





Cours de français pour les immigrants :
Le budget Séguin a fait grimper les temps d'attente

Anne Drolet
Le Soleil lundi 9 août 2004

Le temps d'attente pour les cours de francisation donnés aux immigrants a grimpé en flèche à Québec depuis les compressions annoncées dans le budget Séguin. C'est ce que déplorent à l'unanimité les organismes qui viennent en aide aux nouveaux arrivants. La ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne, vise pour sa part à réduire ce délai sous la barre des six mois pour toutes les régions autres que Montréal, et ce, d'ici la fin de 2005.

La directrice du Centre multiethnique de Québec (CMQ), Karine Verrault, considère qu'il n'y a qu'un seul bilan à faire: " Les gens sont insatisfaits, et c'est justifié ". Elle affirme que l'attente est longue. Il en est ainsi depuis les compressions annoncées dans le budget Séguin, qui devaient réduire les fonds accordés à la francisation de 45 millions $ à 32 millions $.

Le gouvernement a par la suite réajusté le tir, finalement, ce sera 42,2 millions $. Mais pour Mme Verrault, cela n'est rien d'autre qu'une " manipulation ". Elle soutient qu'en réalité les cours ne sont pas plus accessibles. La situation est davantage problématique dans les régions et à Québec. À l'extérieur de Montréal, quelqu'un qui ne parle pas français est " stigmatisé, isolé ". Les immigrants, qui devraient avoir besoin des services du CMQ seulement pour les premiers mois, en deviennent dépendants pendant près d'un an. Mme Verrault raconte que plusieurs lui apportent leur courrier parce qu'ils n'en comprennent pas un mot. " Ça crée un stress constant " pour ces gens, qui paniquent au moindre appel téléphonique. Ils sont mécontents de la lenteur du système de francisation.

Selon la ministre Courchesne, les délais sont entre autres liés au fait que les cours ne se donnent pas sur une base continue. Les immigrants qui arrivent juste avant ou au milieu d'une session doivent donc attendre le début d'une autre. D'après les données qu'elle reçoit du Carrefour d'intégration de la capitale nationale (CICN), seulement 22 personnes sur 162 devront patienter plus de 12 semaines avant d'entamer leurs cours.

La ministre espère arriver à " réduire cette attente entre trois et quatre mois, certainement en bas de six mois ", particulièrement dans les régions autres que Montréal.

Frein à la francisation

La conseillère pédagogique du CICN, Solange Moreau, qualifie de " cas spécifique ", ou isolé, la situation dans laquelle se trouve le couple mexicain Petroza-Melgoza, qui attendra vraisemblablement huit mois avant d'obtenir son cours de français. Elle précise que les immigrants sont classés selon leur scolarité (cégep ou université) et leur niveau de français (1, 2 ou 3). Elle calcule qu'environ 75 % des arrivants sont débutants, ce qui explique que la majorité des classes qui ouvrent sont de niveau 1. Lorsque ce cours est terminé, le groupe passe au niveau 2, puis au 3.

Mais qu'advient-il de ceux qui ont été classés au départ dans des niveaux supérieurs ? Ils doivent prendre leur mal en patience jusqu'à ce qu'un élève abandonne le cours ou encore qu'ils soient suffisamment nombreux pour remplir une classe. " C'est pour ça qu'il peut y avoir plus d'attente pour les personnes qui parlent déjà français ", convient Mme Moreau, même si elle assure que le ministère réussit à intégrer la plupart de ceux qu'il appelle les " faux débutants ". Paradoxalement, avoir une connaissance de base de la langue peut devenir un frein à la francisation.

Mme Moreau mentionne aussi qu'il n'est pas recommandé de commencer la francisation trop tôt, car plusieurs immigrants l'abandonnent. Il faut qu'ils prennent le temps de s'installer.

Mme Verrault l'appuie sur ce point, mais elle a plusieurs réserves. " Quelques semaines oui, mais pas des mois ", réplique Mme Verrault. Surtout qu'elle certifie que cette raison n'a jamais été considérée par le ministère. " C'est un calcul administratif. On tient plus ou moins compte des individus. "

Francisation rentable

" Il est plus avantageux de faire de la formation sur mesure pour rendre les immigrants aptes à travailler, parce que c'est moins cher que l'aide sociale ou que de les réorienter ", plaide Andrée Juneau, du Service d'accueil aux réfugiés de Québec (SARQ). Karine Verrault abonde dans le même sens, en soulignant qu'il est aussi moins onéreux pour l'État d'enseigner le français aux immigrants que de payer pour la scolarisation complète d'une personne.

Emplois

" L'essentiel de la progression des volumes d'immigration au cours des trois prochaines années découlera d'une augmentation des admissions dans la catégorie de l'immigration économique ", peut-on lire dans le jargon de la planification triennale de l'immigration 2005-2007. Le Québec vise donc le recrutement de " travailleurs qualifiés ". Pourtant, Louise Bédard, la directrice d'Option-travail, affirme que " les immigrants sont assez déçus de leur capacité d'intégrer le marché du travail ".

Mme Verrault l'appuie. " Même quand les immigrants terminent la francisation, ils ne sont pas en mesure d'occuper un emploi. ", observe-t-elle. " Ils se retrouvent avec des emplois sous-qualifiés alors qu'on les a sélectionnés pour leur compétence ".

La ministre Courchesne compare cette situation à celle que vivent les Québécois, qui ne trouvent pas nécessairement tout de suite un travail dans leur domaine. " C'est un cheminement de carrière ". Elle annonce, que dès octobre 2004, une formation sur mesure débutera, avec notamment l'instauration de cliniques de francisation en milieu de travail.

Huit intervenants, dont Mmes Verrault et Juneau, signaient en mai une déclaration commune sur la situation de l'immigration. " Actuellement, le Québec intègre difficilement les immigrants au marché du travail, particulièrement les minorités visibles. Dans ce dernier secteur, le Québec occupe la dernière place au Canada. "

Andrée Juneau ajoute qu'il y a dans la ville de Québec une " fermeture des employeurs aux immigrants qui est manifeste ". Diane Plourde, agente d'éducation au multiculturalisme au Centre RIRE 2000, déplore la même chose. " Les employeurs ont peur que leur clientèle soit offusquée par un accent ". Elle pense qu'il faudrait un changement des habitudes des citoyens.

Le commissaire à l'immigration de la Ville de Québec, Yves Dallaire, juge que " tout service d'intégration qui n'est pas rendu nuit (à la Ville) ". Il estime que plusieurs immigrants, qui " perdent leur temps ici " parce qu'ils attendent des cours, s'en vont vers les grands centres, comme Montréal ou Toronto, où ils peuvent utiliser leur langue d'origine.

Formule contestée

Le nouveau programme, qui réduit le temps de formation à 33 semaines au lieu de 40, fait aussi des vagues. La ministre Courchesne fait valoir que ces cours intensifs permettent de sauver sept semaines à l'immigrant, pour seulement 20 heures de moins de formation. Elle indique que le niveau de succès de ce programme est identique à l'ancien.

Mme Verrault soutient que l'apprentissage d'une langue est un processus qui demande du temps. À la fin d'une journée, les immigrants sont épuisés et que leur seuil maximum d'attention est atteint. Une heure de plus serait donc inutile. " Je suis convaincue que les gens vont parler moins bien. "

ADrolet@lesoleil.com





Décès de Pierre-Louis Mallen
- Une voix de France au Québec s'éteint

Jean-François Nadeau
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 août 2004

Il était de ceux qui, depuis la France, avaient voulu accompagner le Québec sur la voie de son accession à l'indépendance. Après avoir vécu plusieurs années au Québec, le Français Pierre-Louis Mallen est mort le 5 août à Paris. Il avait 95 ans.

En 1963, Mallen avait été choisi par le ministre Alain Peyrefitte à titre de délégué de la radio-télévision française à Montréal dans «une mission d'ouverture au Québec». Ses fonctions le conduisent bien vite à servir d'antenne privilégiée pour la visite du général de Gaulle au Québec.

Toute sa vie, Pierre-Louis Mallen milite en faveur de l'épanouissement de la langue française et, dans cette perspective, il s'intéresse de très près, dès les années 1960, à l'épanouissement des Canadiens français. Au Québec, il est alors séduit par l'exceptionnel talent de tribun du jeune Pierre Bourgault, alors président du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). «Pour la première fois depuis que j'étais en Amérique, j'entendais un authentique tribun», écrira-t-il.

Un fidèle

Ces dernières années, Pierre-Louis Mallen se montre particulièrement déçu de voir les Jeux olympiques faire une si large place à l'anglais alors que la Charte olympique fait du français sa première langue. Dans plusieurs prises de position publiques, il réagit contre ce déclassement international du français.

Selon Yves Michaud, ancien délégué du gouvernement du Québec à Paris, Pierre-Louis Mallen «faisait partie des plus grands défenseurs du Québec en France. C'était un fidèle qui avait là-bas ses entrées partout, du ministère des Affaires étrangères jusqu'au premier ministre». Yves Michaud garde aussi souvenir que Mallen fut, en juillet 1967, un de ceux qui permirent techniquement et à toute vitesse au général de Gaulle de pouvoir prendre la parole depuis le balcon de l'hôtel de ville de Montréal et de lancer ainsi son célèbre «Vive le Québec libre !».

Le politologue Guy Bouthillier, ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste, signale pour sa part que Pierre-Louis Mallen «fait partie des premiers Français qui ont découvert le Québec moderne et veillé à établir des liens avec lui».





Que reste-t-il du bien commun?
- Le bien commun comme compromis social

Christian Arnsperger
Chercheur au Fonds national belge de la recherche scientifique et à la chaire Hoover d'éthique économique et sociale à Louvain-la-Neuve, Belgique
Le Devoir lundi 9 août 2004


Depuis l'an dernier, l'actualité politique -- forte de deux campagnes électorales, au Québec puis au fédéral, auxquelles s'est ajouté le débat sur les défusions municipales -- a amplement donné matière à réfléchir à notre vie en société. Le sujet a inspiré la revue Éthique publique (Éd. Liber) qui, pour son numéro du printemps 2004, a demandé à différentes personnalités de décrire leur vision du bien commun. Pour le plus grand profit de ses lecteurs, Le Devoir a décidé de reprendre des extraits de ces réflexions tous les lundis de cet été.

La thèse que cet article voudrait défendre est, au départ, assez simple, même si elle s'avérera entraîner des conséquences importantes : le prétendu bien commun censé orienter les choix politiques les plus fondamentaux d'une démocratie n'est jamais une entité fermée, disponible «en soi» dans une sorte de clarté première; non, ce bien commun -- si toutefois l'expression peut avoir un sens, ce qui reste à voir -- est immanquablement le lieu d'un compromis social, donc d'une forme ou d'une autre de négociation.

Cette thèse, je ne prétends nullement qu'elle soit originale. Il importe avant tout qu'elle soit accessible, de manière à pouvoir féconder une compréhension des enjeux concrets auxquels font face aujourd'hui tant les décideurs politiques élus que les acteurs de la société civile.

C'est une thèse qui implique immédiatement un renoncement : on ne saurait plus adhérer à la vision théoriciste selon laquelle le bien commun pourrait se construire par la réflexion pure, en dehors de la sphère des multiples interactions politiques réelles. Si la théorie et la philosophie morale et politique possèdent une place importante, elles ne sont pourtant jamais que des outils en vue de permettre un processus d'émergence rationnel, plutôt qu'opportuniste ou «politicard», d'un bien commun impossible à fixer d'avance, hors des mouvements du temps politique et des fluctuations de l'espace de référence. [...]

Première conception :
négociation sans théories

On le sait, la politique n'a pas un besoin absolument intrinsèque de théories pour fonctionner. Dans la pratique quotidienne de l'arène politique, ceux qui s'affrontent et cherchent à remporter l'adhésion majoritaire des électeurs sont souvent porteurs d'intérêts dont la légitimité fondrait s'ils étaient soumis un tant soit peu à une réflexion impartiale ou critique. Dans ce cas, les instances de décision se révèlent être des lieux de négociation entre intérêts -- négociation qui requiert de ceux qui s'y engagent des talents très particuliers, une capacité de «bluffer» et de mentir mais aussi de se mettre à la place d'autrui pour décoder ses dires, et ainsi de suite.

Dans une confrontation entre politiciens locaux, cadres d'entreprise et riverains autour de la question de l'installation ou non d'une usine chimique près de la rivière qui traverse le quartier, se crée donc spontanément un contexte pragmatique au sein duquel l'adjudication des intérêts en présence -- limités par le contexte même dans lequel ces intérêts s'expriment -- obéira à des règles sur lesquelles les parties doivent au préalable s'être mises d'accord, sachant que cet accord lui-même sera déjà en fonction des intérêts ultérieurs qui chercheront à se faire la part belle dans la négociation.

L'entreprise désire s'installer pour maximiser son profit; les riverains souhaitent empêcher l'entreprise de les polluer et de leur gâcher l'existence, voire de faire chuter la valeur de leurs maisons; et les politiciens locaux veulent éviter de mécontenter les riverains tout en gardant la confiance de l'entreprise : aucune théorie morale, aucune conception réfléchie du bien commun ne guide cette négociation, même si l'on peut, à la manière des théoriciens des jeux ou des théoriciens du dialogue pragmatique, proposer une théorie et des modèles généraux de compréhension quant à la manière dont ces intérêts divers vont s'équilibrer de facto.

En analysant de la sorte des procédures de négociation au sein de contextes particuliers, on n'attribue aux parties qu'une assez faible capacité de recul critique; la moins mauvaise chose que l'on puisse faire dans ce genre de situation, c'est d'aider l'entreprise, les élus et les riverains à élucider, d'une part, leurs «vrais» intérêts (en les opposant aux intérêts qu'ils «croient» peut-être avoir sans y avoir bien réfléchi, négligeant ainsi des aspects importants pour eux), et à renforcer autant que possible, d'autre part, leur pouvoir de négociation (en les informant des recours juridiques possibles, des faiblesses réelles mais non avouées de leurs adversaires, et ainsi de suite).

Reste alors à construire une procédure juste d'adjudication qui pourra elle-même, à son tour, faire l'objet d'une négociation préalable quant aux normes à respecter dans la négociation. Le «jeu» aura alors deux étapes, la première consistant à négocier les règles de la négociation, la seconde consistant dans la négociation effective entre intérêts.

N'importe quel théoricien des jeux vous dira, tout à fait à raison, que ce genre de procédure mène à une régression infinie : qui, en effet, statuera sur la justesse des règles de la négociation de premier niveau, si ce n'est une négociation préalable sur ces règles-là, à son tour délégitimisée si l'on ne négocie pas les règles de négociation concernant ces règles, etc. ? [...]

Bref, dans la mesure où la négociation finale porte sur des intérêts, toute négociation sur des normes, des normes de normes, etc., portera inévitablement et irréductiblement sur ces mêmes intérêts, avec tout ce que cela implique en termes de tentatives de dissimulation et de manipulation, de mise en difficulté des adversaires, etc.

Rien de cela, bien entendu, ne surprendra ceux parmi les lecteurs qui sont actifs en politique : le bien commun réalisé n'émerge là que comme une espèce de tautologie a posteriori, car l'issue de la négociation ne peut être autre chose que ce qu'elle est -- la résultante de l'affrontement des intérêts, donc la frustration relative de chacun des intérêts en présence.

Ainsi, l'entreprise pourra s'installer mais devra mettre en oeuvre des mesures coûteuses de dépollution qui réduiront son bénéfice; les riverains devront supporter un désagrément malgré les concessions qui auront été arrachées à l'entreprise; et les élus locaux auront mécontenté à la fois les riverains (qui voulaient le rejet total du projet) et l'entreprise (qui espérait pouvoir s'installer sans entraves), en espérant malgré tout avoir réduit le mécontentement au minimum de manière à garder suffisamment de voix aux prochaines élections.

Cet équilibre délicat implique, dans la réalité factuelle, une situation : l'entreprise s'installe en respectant telle et telle contrainte -- et c'est cette situation, et aucune autre, qui doit être désignée comme respectant de façon tautologique le bien commun. [...]

Pas un état de tiédeur

Ce qui fera que le débat politique soit autre chose qu'une négociation (même sophistiquée, même «contextualisée») entre marchands de tapis, c'est que chacun des participants aura pris la peine d'élaborer pour lui-même une conviction théorique solide de ce qu'est, pour lui, une société bonne ou meilleure que celle dans laquelle il vit actuellement. Si tel est le cas, alors l'action politique prend son sens le plus noble : elle est l'interaction, selon des modalités qui doivent elles-mêmes être compatibles avec toutes les visions théoriques en présence, entre des «totalités partielles» -- les différentes théories normatives de la société -- dont chacune à la fois se sait partielle et aspire à se réaliser pleinement.

Faire de la politique, c'est aspirer à réaliser pleinement sa propre conviction théorique de la société bonne ou meilleure, tout en sachant que les autres aspirent à la même chose à partir de leurs propres convictions. Un face à face, donc, entre différentes parties dont chacune vise le tout. [...]

Dans la réalité politique, le modus vivendi entre intérêts bien compris sera éclipsé par l'affrontement raisonnable entre visions théoriques d'ensemble de la société. Cependant, ce ne sera pas non plus le consensus qui réglera la coexistence de ces ensembles théoriques inconciliables mais bien le compromis, entendu comme le renoncement conscient et provisoire, par chaque théorie, à se réaliser pleinement en écrasant toutes les autres, afin de ne pas endommager la coopération sociale et de pouvoir, de ce fait, garder ouvertes dans l'avenir des possibilités de relancer des débats théoriques et des controverses de fond.

Le compromis n'est pas à voir, ici, comme un état de tiédeur, mais comme un processus continuel où chaque théorie d'ensemble négocie constamment son autolimitation afin de pouvoir, plus tard, s'imposer mieux ou plus largement. Et ces autolimitations toujours provisoires se feront non pas sur le plan des affirmations théoriques, qui restent à jamais inconciliables, mais sur le plan des mesures particulières -- réglementation du marché du travail, légalisation de l'avortement, interdiction de la pornographie, et ainsi de suite.

Le processus politique n'est donc ni une succession de modus vivendi ni une succession de consensus, mais une succession de compromis à travers lesquels tous les acteurs se mettent d'accord sur leurs désaccords; non pas en dissolvant ces désaccords dans un «Moi transcendantal partagé», mais en les gardant en sourdine pour le prochain affrontement. Et bien sûr, d'un affrontement à l'autre, certaines des convictions elles-mêmes peuvent avoir changé, si les acteurs en question réfléchissent sur les raisons de certains désaccords. La sphère politique n'est cependant pas simple «appendice» du dialogue socratique : là, il s'agit de défendre et de mettre en oeuvre une conviction, et non de l'exposer continuellement à une réflexion dialectique. (Un exemple particulièrement connu, évidemment, est le processus de vote à la majorité au sein du Parlement, scandé de moments d'élections où les équilibres sont modifiés et où des débats peuvent être rouverts. Ce n'est bien sûr pas le seul exemple, loin de là.)

Le bien commun, si l'expression peut encore garder un sens, c'est dès lors la possibilité qui est ouverte, dans une société, pour la formation exigeante de convictions théoriques chez chaque citoyen et la mise en place d'un processus de compromis évolutif. Le bien commun lui-même est donc un processus doté d'une certaine qualité, et non pas un état ou un idéal fixe de société.





La souveraineté pour venger Louis Riel

Richard Langelier
Membre du mouvement Option citoyenne
Le Devoir lundi 9 août 2004

Libre opinion: Dans Le Devoir du 30 juillet, Pierre Dubuc nous apprend que «le mouvement nationaliste québécois» (terme extensible, s'il en est), a une essence et que celle-ci est populaire. Un disciple de Parménide se penchait sur le phénomène des trois souris aveugles, pour analyser trois essences: la trinité, la cécité et la souricitude. Blague à part, est-ce que Pierre Dubuc, Henri Lamoureux, Lucille Beaudry, Robert Comeau et Louis Cornellier se rendent compte que «Bien commun recherché, une Option citoyenne» n'est pas un manifeste, encore moins un programme?

Il s'agit d'un opuscule servant à lancer la discussion. Les 25 collaboratrices et collaborateurs ont vécu toutes sortes de cheminement. Certains n'étaient pas nés lors du référendum de 1980. Toutes ces personnes auraient été obnubilées par le charisme d'une des rares personnes qui ont accepté de parler de leur passé marxiste-léniniste pour le film Québec rouge ? Elles devraient être excommuniées parce qu'elles constatent que chez les 40 % de Québécois qui ont voté oui en 1980 et les 60 % qui ont voté non, plusieurs auraient préféré un fédéralisme asymétrique ? Idem pour 1995, mutatis mutandis ? Est-ce que Yvon Deschamps a inventé, dans sa tour d'ivoire, la blague : «Les Québécois veulent un Québec fort dans un Canada uni» ?

Selon le découpage de Pierre Dubuc, les seuls vrais souverainistes seraient ceux qui basent leur discours sur «[...] la défaite des Plaines d'Abraham [...], la défaite des Patriotes, l'Acte d'Union, la Confédération, la pendaison de Riel, les crises de la conscription, la Loi des mesures de guerre de 1970, le coup de force constitutionnel de 1982». Je laisse aux historiens le débat sur ce découpage. Il me semble que celui-ci exclut beaucoup de souverainistes.

Petit rappel

Plusieurs penseurs canadiens-anglais ont décrit la société canadienne-française comme «a priest-ridden society». Il serait difficile de nier que le clergé et les communautés religieuses ont organisé les systèmes de santé et d'éducation. Avec le développement technique, chaque soeur économe d'un hôpital découvrait que pour obtenir une subvention pour un appareil de radiologie :

- on risquait d'attendre longtemps, si l'hôpital se situait dans une circonscription libérale;
- on obtiendrait une petite table, si l'hôpital se situait dans une circonscription d'un simple député de l'Union nationale;
- on obtiendrait une table moyenne, si l'hôpital se situait dans une circonscription d'un ministre sans portefeuille de l'Union nationale;
- on obtiendrait «la Cadillac», si l'hôpital se situait dans une circonscription d'un Paul Sauvé ou d'un Johnny Bourque.

La nécessité de rationaliser ce système est née des «pores de la société duplessiste». Mutatis mutandis, pour les laboratoires et les bibliothèques. La Commission Parent était dirigée par... Mgr Parent.

Pendant les cent jours de Paul Sauvé et les années Lesage, le gouvernement du Québec a négocié des ententes avec compensations. L'entêtement de Pierre Trudeau a mis fin à ce mouvement. Ce blocage a donné un envol au mouvement souveraineté-association, refusé par... le Parti libéral du Québec. Est-ce renier Louis Riel que de croire que le rapatriement de l'État-providence par le Québec, aurait pu donner satisfaction aux Québécois ? Est-ce renier Louis Riel que de dire aux Québécois que si le Canada anglais nous faisait une offre acceptable, nous l'accepterions ?

À partir de Paul Sauvé, le nationalisme québécois a remplacé le nationalisme canadien-français. Les principales institutions de cette société étaient administrées par le gouvernement québécois. Seuls les trudeauistes ont refusé de voir ce mouvement. Les descendants des 60 000 colons français de 1760 se reconnaissaient dans ce mouvement (cf. la chanson La Bitte à tibi de Raoul Duguay). Chacun de nous a ergoté sur le «Nous avons perdu à cause de quoi ? L'argent et le vote ethnique !» de Jacques Parizeau. Peut-on espérer que ce deuxième cycle soit terminé et constater qu'un Québec tricoté «lousse», c'est bien mieux ?

La fracture sociale

Je rappelle à ceux qui l'ignoreraient qu'il y a, au Québec, des personnes vivant avec 533 $ par mois. Certaines de ces personnes ont des baccalauréats, d'autres tentent de terminer leur secondaire. Il n'y a personne qui voit un gâchis là-dedans ? Devrons-nous attendre le cinquième référendum pour «switcher» ces personnes ? Il serait, bien évidemment plus facile de régler ce problème si le gouvernement du Québec administrait 100 % de ses impôts, la caisse d'assurance-chômage et ses traités commerciaux. Cependant, après nous être appuyés sur Rodrigue Biron en 1980, Lucien Bouchard et Mario Dumont en 1995, jusqu'où irons-nous à droite pour dépasser 50 % des votes ? Avons-nous le droit de nous poser ces questions avant de rédiger un programme ?

À défaut d'entente sur l'Europe sociale, la Communauté Économique Européenne a choisi la monnaie commune. Le traité de Maastricht imposait des politiques de rigueur pour maintenir une monnaie stable. Les petites sociétés comme les pays scandinaves et la Suisse, ont résisté à cette instrumentalisation du politique par l'économique. Il est pour le moins cocasse que Henri Lamoureux nous rappelle que «Bernard Landry a répété à maintes reprises qu'il signerait un traité semblable à Maastricht n'importe quand». Je suis sans doute candide, mais il me semble que, si mon premier choix est la souveraineté, ce n'est pas pour faire disparaître les pouvoirs des gouvernements nationaux.





Nés au Québec

Louis Cornellier
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 août 2004

Essais québécois - Les historiens et les commentateurs, le cas est trop exceptionnel pour qu'on ne le mentionne pas, sont unanimes à son sujet: Louis Jolliet (1645-1700) fut un véritable héros. Marcel Tessier, par exemple, le qualifie de «héros authentique que l'on devrait présenter aux jeunes Québécois à la recherche de modèles». Lionel Groulx en parle comme du «prince des explorateurs» et se désole du peu de cas que nous en faisons: «Toute cette gloire est à nous et nous le savons à peine. La statue du père Marquette est au Capitole de Washington. Celle de son compagnon est au Jolliet High School de l'Illinois; elle n'est nulle part sur nos places publiques. Et pourtant Louis Jolliet fut le premier Canadien qui connut la gloire.» Louis-Guy Lemieux, dans Nouvelle-France: la grande aventure, va dans le même sens: «Jolliet est l'un des rares explorateurs du XVIIe siècle né en Nouvelle-France. Il mériterait d'occuper la première place dans la mémoire collective de ses compatriotes.» Véronique Larin, enfin, dans son récent Louis Jolliet: le séminariste devenu explorateur, en faisait un portrait digne d'un héros.

Déjà, en 1933, le grand poète québécois Alain Grandbois avait vu juste. Dans sa toute première oeuvre intitulée Né à Québec, il faisait de Jolliet le prototype d'une nouvelle race de découvreurs et d'aventuriers que l'histoire, ensuite, allait transformer en peuple minoritaire et trop tranquille. Îuvre épique rédigée avec grâce et élégance, ce travail d'historien de grand style demeure, toutefois, méconnu, même s'il en existe une édition récente dans la collection «Bibliothèque du Nouveau Monde», et c'est la raison pour laquelle il faut se réjouir de sa réédition (sans présentation malheureusement) dans la collection de poche «Bibliothèque québécoise».

Je n'avais, à ce jour, jamais lu ce Né à Québec que j'imaginais être une sorte de biographie littéraire de Jolliet. Ce beau et fort ouvrage est beaucoup plus que ça. Il raconte, en fait, la naissance d'un peuple, le nôtre, dont les rêves de grandeur, et c'est là la beauté de la chose, ont été réalisés par de modestes et héroïques individus.

Des Français, écrit Grandbois, ont fantasmé sur la Nouvelle-France, terre de promesses; ils sont venus, ont appris à la dure le nouveau pays et, ce faisant, ont inventé une nation. Né à Québec, c'est d'abord tout cela : la difficile, voire impossible, oeuvre d'évangélisation des jésuites («Brébeuf, écrit par exemple Grandbois, était un puissant et doux hercule. Les Indiens l'admirèrent pour sa haute taille et pour sa barbe fluviale où se jouaient les teintes fauves de l'or. Cette admiration ne les empêcha point de le piller avec ardeur»), les affrontements incessants avec les valeureux mais cruels Iroquois, le courage de Dollard des Ormeaux, le génie de Talon, les Filles du Roy et, oui, l'apparition et la conscience d'une réalité nationale distincte de la France.

En 1668, Louis Jolliet, formé en philosophie par les jésuites, revient d'un voyage en France : «Ces villes de pierre l'avaient déçu, charmé. Ces hommes brillants, ces abbés parfumés l'avaient étonné. Il songeait alors aux prodigieuses profondeurs des forêts de son pays, à son père le charron, au jésuite botté de cuir. Et il se sentait d'une race et d'un sol différents. Né à Québec...»

Ses grandes expéditions, racontées par Grandbois avec un souffle délicat mais inspirant qui fait une grande place aux multiples tribus amérindiennes occupant alors le territoire, suivront. Celle des Grands Lacs, d'abord, mais surtout celle du Mississippi, avec le père Marquette surnommé «Robe-de-la-douceur» par les Indiens, qui aboutira en 1673. L'incertain Cavelier de La Salle, personnage fantasque et manipulateur qui finira assassiné, revendiquera cette découverte, mais l'affaire ne fait pas de doute : ce n'est que neuf ans plus tard qu'il rééditera l'exploit des Jolliet et Marquette. À lui, pourtant, à l'époque, les honneurs et les récompenses.

Devenu seigneur des îles Mingan et Anticosti, alors qu'il rêvait d'un établissement dans les pays du Sud qui lui sera refusé, Jolliet explorera encore la baie d'Hudson et le Labrador pour se consoler. «Il songeait encore, écrit Grandbois avec une finesse qui annonce le poète à venir, au pays des Illinois. Mais sans regrets, et avec cette sorte de douceur nostalgique que crée le souvenir d'une femme autrefois chérie, dont la vie nous a séparés, et que d'autres amours nous ont rendue étrangère.»

Au printemps de 1700, le patriote (il avait refusé d'être acheté, à gros prix, par les Anglais) et explorateur Louis Jolliet disparaissait en mer. C'était un Québécois.

La Nouvelle-France ordinaire

La Nouvelle-France épique a été, à juste titre, souvent racontée. L'autre, celle du quotidien, des petites joies et des petites misères, n'intéresse les historiens que depuis quelques décennies. L'une, pourtant, ne va pas sans l'autre. Derrière les héros, en effet, se trouvent les hommes et les femmes de l'ordinaire des jours sans lesquels les premiers s'activeraient en vain. Marie Morin fut de cette multitude des sans-grade qui forment, aussi, l'étoffe d'un peuple.

Une femme de ce nom fut, au XVIIe siècle, la supérieure des Dames religieuses hospitalières de Montréal, communauté fondée par Jeanne Mance. Ce n'est pas à celle-là que s'intéresse Marcel Myre dans L'Autre Marie Morin, un essai de généalogie lauréat du prix Septentrion 2004. Il s'agit plutôt, ici, d'une femme qui ne revendique aucun titre de gloire, sinon celui d'être l'ancêtre de cet ingénieur de formation recyclé, à la faveur de sa retraite, en historien amateur.

Née à Montréal en 1667 et morte, au même endroit, en 1748, Marie Morin n'a pas eu une vie de tout repos. D'abord mariée, en bas âge, à un bigame déserteur, elle fut injustement accusée, plus tard, de prostitution, avant de voir son deuxième mari mourir de la fièvre. Son troisième et dernier mariage lui aura permis, au moins, malgré la perte de plusieurs de ses enfants, de vivre dans une très relative sérénité.

Généalogiste consciencieux et sensible, Marcel Myre -- et c'est ce qui rend son travail intéressant -- cultive aussi le souci de restituer le quotidien de la Nouvelle-France naissante en s'inspirant, entre autres, des excellents ouvrages de l'historien André Lachance. Sa généalogie, en d'autres termes, est incarnée. De plus, détail amusant, les événements qu'il rapporte recoupent ceux évoqués dans Marie Brazeau, femme en Nouvelle-France et dans L'Allemande, deux oeuvres récentes du généalogiste Rémi Tougas. Preuve, s'il en est, que Ville-Marie, en 1700, n'était qu'un gros village.

Même sortie des limbes de notre histoire, Marie Morin n'a rien à voir avec la grandeur de Louis Jolliet. Elle aussi, cependant, est née au Québec.

louiscornellier@parroinfo.net

Né à Québec
Alain Grandbois
Bibliothèque québécoise
Montréal, 2004, 232 pages


L'autre Marie Morin
Une femme abandonnée en Nouvelle-France, 1667-1748
Marcel Myre
Septentrion





Michel Garneau - La colère d'un homme joyeux

Suzanne Giguère
Le Devoir samedi 7 et dimanche 8 août 2004

Titre VO : Discrète parade d'éléphants
Description : Michel Garneau, Lanctôt éditeur, Montréal, 2004, 160 pages

Au coeur de l'été paraît Discrète parade d'éléphants chez Lanctôt éditeur, le 37e livre du poète Michel Garneau. Un recueil où il remue les souvenirs doux de l'enfance et raconte des histoires d'amour et de désir dans des poèmes empreints d'une émotion brute, écrits dans un langage joyeux et une folie très douce et très tendre. Encore abasourdi par la disparition de son émission Les Décrocheurs d'étoiles à la Chaîne culturelle de Radio-Canada, il s'est confié à notre collaboratrice Suzanne Giguère. Colères et chagrins.

«C'est un massacre ! Que la direction de Radio-Canada prenne ce genre de décision sans consulter les artisans de la radio ni les auditeurs demeure extrêmement troublant. Pas un mot, pas une lettre, même pas un merci.» Le 18 juin dernier, le rideau tombait sur Les Décrocheurs d'étoiles, une aventure radiophonique unique consacrée à la poésie d'ici et d'ailleurs. Dans cette foulée, l'annonce de la transformation de la Chaîne culturelle de Radio-Canada en chaîne musicale a consterné le milieu culturel et un grand nombre d'auditeurs. On a pu lire de vives réactions de mécontentement dans les journaux.

Le poète-animateur Michel Garneau, à la barre de l'émission depuis neuf ans, raconte que, «fâché noir», il a protesté de toutes ses forces. «Il est évident qu'on ne touchait pas un million de personnes. Aucune radio culturelle ne rejoint un aussi large auditoire. C'est insensé. Après tout, je n'étais pas en compétition avec La Fureur !» Il a ressenti une tristesse «vidante», une colère impuissante, une immense rage. Une blessure à l'âme.

«J'ai eu quelques jours flous où je n'arrivais pas à me défâcher, où j'étais tout mêlé, désorienté. J'ai bu deux, trois bouteilles de Jack Daniel's, mon remède préféré, puis je me suis remis au travail d'écriture. Mais je me sens orphelin. Pendant neuf ans j'ai essayé de me mettre bien humblement au service de la poésie nationale et mondiale et de lui donner sa place dans ce média merveilleux qu'est la radio, le média de l'intimité. J'ai lu Les Élégies de Duino de Rilke au complet. Denise Boucher rapportait de ses voyages des douzaines d'enregistrements de poètes. Dans le paysage radiophonique actuel, où pouviez-vous entendre ailleurs qu'aux Décrocheurs d'étoiles une poète macédonienne lire de la poésie dans sa langue et nous ouvrir à sa pensée poétique et à sa culture ? Envolés à jamais, ces moments d'épiphanie !»

Le plus frustrant pour le créateur, c'est d'avoir accumulé des notes et du matériel pour dix ans. Après la lecture de La Divine Comédie de Dante, il projetait de nous faire entendre L'Épopée arménienne de David de Sassoun, le poème épique finnois Le Kalevala et le scénario de La Fin du monde de Blaise Cendrars écrit pour un film d'Abel Gance qui ne fut jamais réalisé.

Défaite de la pensée

Michel Garneau vit la disparition de son émission comme une défaite de la pensée. «Comme des milliers d'auditeurs, j'ai été élevé en partie par la radio de Radio-Canada. D'un seul coup, cette source d'information culturelle n'existe plus. Le plus grave, c'est qu'il n'y a pas d'autre espace. C'est un deuil épouvantable. Dans une lettre publiée dans votre journal, Jacques Godbout écrivait qu'il aura beau raconter à ses petits-enfants que la Chaîne culturelle de Radio-Canada a été vitale pour les écrivains, ceux-ci ne le croiront pas. On assiste de plus en plus dans notre société à un processus de "bêtification", d'abêtissement général quasiment systématique. Après la télévision, on s'attaque à la radio. C'est une tragédie.»

Pour lui, l'avenir de la radio culturelle passe par une prise en charge par les Québécois de leur destin. «En nous enlevant notre radio culturelle publique, le message qu'on nous envoie est clair : la Société Radio-Canada est un organisme fédéral. Cette institution ne nous appartient pas. On est toujours en porte-à-faux avec elle. Seule l'indépendance du Québec nous permettra de reprendre notre culture en main, de protéger les créateurs québécois et de les aider. Les politiciens ne feront pas l'indépendance. C'est aux créateurs de donner le goût de l'indépendance, de créer un mouvement qui met le monde en état d'enthousiasme.»

L'immense poète et dramaturge a érigé au cours des quarante dernières années une véritable cathédrale de papier et de mots avec près de quarante livres. Il rêve d'écrire une oeuvre de maturité, «ce que je pourrais faire de mieux pour le Québec». Il s'avoue malgré tout chanceux dans son malheur. «On peut tout enlever à l'écrivain que je suis. Pourvu qu'on me laisse un crayon et du papier, je vais survivre.» De nouveau son regard s'obscurcit. «Au Québec, l'oeuvre de maturité n'est pas encouragée, ni soutenue. Une espèce d'âgisme s'est développé dans la culture québécoise. On se fout des créateurs qui ont bâti une oeuvre depuis trente ou quarante ans. Je viens d'avoir soixante-cinq ans et on décrète que je suis fini ! Partout dans le monde où la culture est prise au sérieux par les politiques, des bourses de 100 000 $ ou 200 000 $ permettent à des créateurs d'approfondir leur oeuvre sans s'inquiéter matériellement.»

L'écrivain qui n'a jamais fait qu'une chose, soit défendre la poésie dans la jubilation de l'écriture, s'est déjà remis au travail. «Comme un chat de ruelle, je retombe toujours sur mes pattes, lance-t-il dans un grand éclat de rire. Et puis, c'est une manière de jouer un tour à la bêtise.» Il a en chantier un vaste projet d'écriture s'étalant sur dix ans : un hommage à toutes les formes de la poétique et de la rhétorique. «J'ai un grand modèle, les sonnets d'Alfred Desrochers. Ils font partie des plus beaux sonnets écrits au XXe siècle en langue française. Ils sont d'une modernité renversante.»

Le navigateur des mots

Michel Garneau poursuivra donc sa navigation au coeur du langage, lui qui n'a cessé d'enfreindre tout au long de ses poèmes narratifs et de ses pièces de théâtre toutes les règles, laissant les lecteurs émerveillés par ses débordements langagiers, ses appropriations merveilleuses et ses trouvailles fantastiques. «À seize ans, quand j'ai lu le grand poème de Blaise Cendrars La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, j'ai pleuré. Je n'avais jamais rien lu d'aussi beau. En refermant le livre, j'ai vu cette note qui apparaît dans tous ses volumes : "En préparation : 33 livres".»

Michel Garneau répondrait-il, à son insu, à la même ambition de démiurge qui anima l'écrivain bourlingueur : créer en secret l'écriture de l'éternel retour ? Chose certaine, leur oeuvre respective célèbre avec une rare authenticité et une langue qui leur ressemble la liberté de l'écriture. Un continent à eux seuls. Deux poètes océaniques.



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Michel Garneau et l'avenir du Québec

René Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 9 août 2004

Le pouvoir est complètement dans ses communications et a peu à voir avec la loi inique du nombre.

Cet axiome, central en géopolitique, les Québécois ont beaucoup de difficultés à le comprendre. Nous devons saisir les communications, toutes les communications, non pas demander permission dans le genre "vous voulà tu là là soupla tsébin" Assez fait, les pleutres.

Les communications nous appartiennent, alors qu'on les prenne sans demander permission.

Les temps sont favorables. CRTC est en difficulté et il faut pousser Liza Frulla à se décider à transférer les communications aux provinces, du moins à ne pas intervenir lorsque nous prendrons la décision unilatérale de le faire, car c'est ce à quoi nous devrons en venir.

Exploitons au maximum les possibilités que nous offre l'histoire de CHOI-FM. Ces gredins vont nous rendre service sans le savoir et nous ne leur devrons rien.

C'est cela, le machiavélisme. Nous ne sommes pas assez "méchants" et cela nous coûte cher.

Agir, agir, agir, de l'audace, de l'audace et encore de l'audace.Nous devons saisir les communications (Clauzewitz)




TRIBUNE LIBRE

Pierre-Louis Mallen ou l'épopée québécoise la plus française

Gilles Rhéaume
TRIBUNE LIBRE 9 août 2004

La mort de ce français émérite me suggère cette réflexion en guise d'hommage que je m'empresse de vous partager.

Je me souviens de ma dernière rencontre avec lui, dans son appartement de la rue Breteuil à Paris, derrière les Invalides. Il avait 90 ans et il était lumineux comme un phare. Il avait le Québec dans les tripes. Il a fait quelques coups de téléphone pour m'ouvrir certaines portes...

Ses yeux pétillaient quand il parlait de notre pays...

C'était un des Québec Boys du Général... Comme Philippe Rossillon, Jurgensen, Martial de la Fournière, Xavier Deniau, Pierre Maillard et quelques autres toujours actifs, comme Bernard Dorin, il a voulu soutenir le mouvement québécois. Sa définition d'un Québec Boy : ''Quelqu'un qui, sans y être obligé, donne un coup de main à la cause du Québec''. Ce que cette poignée d'homme a fait pour l'indépendance du Québec est encore trop souvent méconnu. Il y a bien les livres d'histoire qui parlent de l'espion Rossillon que Trudeau a voulu expulser du Canada et les médias qui, à l'occasion, signalent cerrtains faits et gestes auxquels les Québec Boys auraient été associés. Mais c'est si peu quand on connaîtra dans le détail le travail au quotidien de certains d'entre eux qu'ils ont consacré à renforcer notre pays, le Québec. Un jour viendra où les historiens se bousculeront pour colliger une documentation qui ne cessera de les surpendre et qui montrera que durant des décennies, des artisans à Paris démarchaient pour que la nation québécoise puisse faire des pas dans la direction de sa pleine autodétermination. Mallen fut un de ceux-là. Un militant du Québec vient de mourir. Le Général avait demandé à Roger Peyrefitte d'ouvir une porte vers le Québec. Le ministre, qui restera un fier défenseur jusqu'à sa mort, mandate Pierre-Louis Mallen, l'ORTF, la radio française, aura pignon sur rue chez nous.

C'est lui qui a fait connaître René Lévesque en France... Ici seulement il y a matière plusieurs thèses...

Lors du voyage du Général en 1967, il était aux premières loges. Son témoignage sur ce voyage historique a été publié en volume. C'est la meilleure source sur l'événement... Contrairement à Jean Drapeau qui ne cessera d'affirmer que de Gaulle a improvisé ce fameux soir de juillet devant l'Hôtel de ville de Montréal, Mallen, témoin privilégié et fin connaisseur des aspirations françaises, a mis les pendules à l'heure. Charles de Gaulle savait très bien ce qu'il faisait, tout avait été soigneusement préparé...

Plus indépendantiste que quiconque, il s'impatientait de nos hésitations tout en les comprenant. Le Québec vient un perdre de ses plus précieux alliés. La cause du pays québécois était aussi sa cause.

Lors de cette ultime rencontre de l'automne 1999, que je me rémémore aujourd'hui, pendant plus de trois heures, il m'a entretenu avec passion de cette longue fidélité qui le caractérise. Que de gestes posés patiemment par ce militant singulièrement constant.

Je préparais à ce moment le mémoire que j'ai déposé à l'ONU : ''Les violations par le Canada des droits politiques des Québécois'' qui signale que le référendum a été volé par Ottawa. Il m'a aidé de ses judicieux conseils. Toute ce qui pouvait servir la cause lui agréait.

Une bien grande perte.

Une de ses dernières préoccupations: S'assurer que la célébration du ''Vive le Québec libre'' puisse se perpétuer.

Il s'est beaucoup investi aussi afin que la France imprime un timbre sur le fameux voyage de 1967. L'affaire était dans le sac et avait traversé avec succès les 1ères étapes. Même le ministre avait donné son accord. Mais Jean Chrétien a fait pression sur Jacques Chirac... Pas besoin de vous dire ce qu'il en pensait...

Que le Québec se souvienne, le temps venu, des grands militants qui, de Paris, ont tant fait pour les droits des Québécois.

Pierre-Louis Mallen a bien mérité de la patrie !




TRIBUNE LIBRE

André Ouellet - La quintessence de la corruption du fédéralisme canadien

Hélène PISIER, Rimouski
TRIBUNE LIBRE 9 août 2004

Lettre ouverte à André OUELLET
Ex (???) - PDG, Société canadienne des postes
service@canadapost.postescanada.ca
http://www.postescanada.ca/personal/corporate/
about/contact_us/customerservice-f.asp

Référence : «André Ouellet, l'apparatchik libéral à la tête de la Société des postes, suspendu avec salaire depuis février pour avoir été «au coeur du scandale des commandites», a affirmé qu'il était «parfaitement normal» pour lui d'avoir réclamé, au cours des huit dernières années, deux millions de dollars pour des dépenses «de voyages et de loisirs sans les justifier» [...] «À 400 000 $ par année, il est déjà le fonctionnaire le mieux payé au pays.» [...] Que Ouellet, lui, n'y voie rien de mal ne prouve qu'une chose: «Les membres les plus importants du Parti libéral croient vraiment que tout leur est permis.» Ce sentiment d'impunité vient du fait «qu'ils ont joui dans la dernière décennie d'un pouvoir quasi total». [...] Autres choses «typiquement libérales»: que Postes Canada ait «octroyé des contrats à des firmes qui contribuaient au parti» ou que cette société d'État ait envoyé cinq fois Alfonso Gagliano en Italie pour que le ministre «voie prétendument à ses intérêts».» (tiré d'un article paru dans Le Devoir du 7 août 2004: http://www.ledevoir.com/2004/08/07/60854.html)

Ce 8 août, une pensée aimante pour toi, Félix

Il était temps, plus que temps, que cet homme se retrouvât sous les projecteurs éthiques du politique. Ça fait plus d'un tiers de siècle que cet individu joue les despotes au sein de l'appareil d'État comme si cet État même, et notamment le Trésor public, constituait une propriété privée, personnelle.

À l'instar des Jean Pelletier, des Michel Vennat et autres Alfonso Gagliano ou Denis Coderre, ma répulsion pour les personnalités publiques de cette catégorie - spécialité du Parti Libéral - ne connaît pas, ne connaît plus chez moi de balises.

En outre, c'est précisément ce type de personnages qui de façon générale déconsidère puissamment l'activité politique (pourtant essentielle, incontournable, dans toute société - même dite non «civilisée») auprès de l'ensemble de la population. Ces gens-là sont rien moins que d'authentiques sapeurs de la démocratie.

Et ici en l'occurrence, en la personne d'André Ouellet, arrogant jusqu'au bout des ongles, un sapeur ô combien «pompier». Qui plus est, le voilà donc notre pédégé de la Canada Post qui - à l'exemple de ses amis Gagliano et Charles «Chuck» Guité il y a quelques mois à peine - ajoute l'insulte à l'injure en estimant qu'il n'a rien. Non, rien... à se reprocher.

Ajouter l'insulte à l'injure. Comme une seconde nature. Voilà manifestement la Trade Mark de monsieur. Vraiment il faut se mettre les deux mains sur la bouche, à la fin, pour ne pas rendre gorge.

André Ouellet ...?
La quintessence de la corruption du Federal State of Canada.

Et Jean Chrétien, pour sa part bien peinard dans ses pantoufles, qui s'en tire indemne...

À vous dégoûter du Canada pour quatorze générations. Nonobstant les guiliguilis d'André Pratte dans les journaux de Toronto. Qui n'y changeront goutte.

Sauve qui peut, Québécois !




TRIBUNE LIBRE

Pourquoi en arrive-t-on là ?

Robert Bertrand, Québec
TRIBUNE LIBRE 9 août 2004

Il faut en convenir, le système de santé, tantôt ce sera le système d'éducation, un autre tantôt, les affaires culturelles, et encore un autre tantôt ce sera le réseau routier, l'aqueduc, les affaires extérieures et encore et encore.

Pourquoi en arrive-t-on là ?

On n'a pas d'argent ! Ça peut se comprendre quand on fait un effort de compréhension.

On a permis, par des lois dûment votées au parlement d'Ottawa, de soustraire des sommes colossales pour offrir aux riches de ce monde, de pouvoir placer leurs avoirs dans les "paradis fiscaux".

Si vous gagnez un million et plus par année, parfois beaucoup moins, on vous ouvre un compte dans un paradis fiscal. Les banques à charte du Canada, dépendantes des lois du Canada, donc du gouvernement d'Ottawa, ont ouvert des succursales dans différents pays qui reçoivent les sommes d'argent pour déposer dans des paradis fiscaux, exempts de taxes, exempts d'impôts à payer tant au Québec, tant au Canada, tant dans l'un ou autre État du Continent Canadien.

Plusieurs centaines de milliards de dollars ont quitté ce "beau grand Canada" pour permettre aux profiteurs de profiter encore davantage et de leurs avoirs et de leurs sommes d'argent à l'abri des impôts. Cela se fait grâce à des lois votées au Parlement d'Ottawa sous l'habile direction du Ministre des Finances de l'époque : Paul Martin devenu premier Ministre de leur Canada.

Il a agi sciemment pour ses propres besoins et ceux de sa famille proche, des amis et amies du Parti Libéral du Canada et des financiers qui ont su profiter d'exemptions d'impôts tant dans leur pays Canadian que dans l'État Québécois.

Les Premiers Ministres qui gouvernaient sous le règne de la création et le passage de ces Lois perverses pour l'économie tant de leur Canada que du Québec, étaient nuls autres que Jean Chrétien et Lucien Bouchard. Est-ce un hasard de voir Lucien Bouchard défendre l'option d'une "deuxième vitesse" ?

Que font-ils maintenant, ces Premiers Ministres "dévoués" ?

Pour qui travaillent-ils ?

Ne sont-ils pas dans des bureaux d'avocats ?

Au service de qui travaillent ces grands bureaux d'avocats ?

Ils sont au service des multinationales qui possèdent des avoirs et dont les présidents et les directeurs des Conseils d'administration gagnent des salaires que nous ne pourrons jamais égaler à moins de gagner un gros lot à la loto.

Quand tout État doit payer les services de santé, les services de l'éducation, les services reliés à la culture, aux autoroutes, aux aqueducs, aux affaires extérieures et tous les autres services, c'est nous tous, contribuables à petits revenus, qui devons assumer les frais et laisser les "grosses poches" bénéficier des systèmes en place comme nous en bénéficions, nous, les "petites gens". Ces "grosses poches" se servent des petits pour être bien servis.

Voilà que ces "grosses poches" voudraient se montrer généreux en nous disant, par l'intermédiaire d'un valet à leur service, qu'ils sont prêts à bénéficier d'un système à deux vitesses. Bien sûr. La deuxième vitesse leur est bien connue à ces "grosses poches" ! Ils ne paient pas d'impôt et ils seraient prêts à payer une certaine part pour les services de santé, et d'autres services. Ils bénéficient des plages, des hôtels des grandes maisons près des océans, des mers, des lacs avec leurs bateaux, leurs yachts, leurs pédalos féeriques et leurs petits avions personnels. Ils peuvent bien ne pas payer d'impôts, ils sont obligés de "se payer" tous ses autres services que nous ne sommes pas capables de bénéficier nous-même parce que nous, nous payons nos impôts !

Alors, dans sa générosité, dans sa volonté de vouloir nous faire comprendre que l'État du Québec comme les États de l'Ontario, comme ceux du Nouveau-Brunswick et les autres ne peuvent pas "rejoindre les deux bouts" puisque les sommes d'argent n'arrivent plus dans les coffres des Ministres des Finances de ces États puisque les "riches" avec leurs avoirs et leurs sommes d'argent sont à l'abri du paiement d'impôts, monsieur Lucien Bouchard veut bien qu'on parle publiquement, dans un débat ouvert, des "paradis fiscaux" ... non... non... des "services à deux vitesses.

Quelle âme généreuse !

Ces Premiers Ministres -- Chrétien et Bouchard et Mulroney, et Johnson -- bien sûr ils sont de bons portes-parole pour les multinationales, pour les richissimes de ce monde. Ils veulent nous faire comprendre qu'il y a d'autres gens qui sont différents de nous parce qu'il y a d'autres gens qui ne paieront jamais d'impôt mais qui doivent bénéficier des services dans les hôpitaux, les bénéfices pour les pensions de vieillesse et autres, les bénéfices pour les aéroports pour leurs besoins personnels.

L'important, c'est de comprendre ce qui se passe autour de nous.

Il y a ceux qui travaillent pour nous, les gens du peuple ordinaire et il y a ceux qui travaillent au bénéfices des "riches" de ce monde qui sont les exploiteurs des petits et qui comprennent que les "petits" doivent rester "petits" et payer leurs impôts.

Et l'État doit comprendre qu'il doit continuer à faire des LOIS pour favoriser ceux qui ne paient pas d'impôt.

Les Premiers Ministres servent-ils les "grosses poches" de meilleures façons que les "petites gens" que nous sommes ?

Les députéEs éluEs comprennent-ils l'importance d'être "attaché" à un Parti politique surtout quand ce Parti politique est LIBÉRAL ou CONSERVATEUR ? À comprendre les agirs des promoteurs et les défenseurs de leurs options, on se rend compte que les "riches" paient bien "leurs serviteurs".

Le rôle du Bloc Québécois n'est-il pas de faire comprendre, pédagogiquement, à tous les citoyens et citoyennes du Pays du Québec comme à celui de leur Canada, les tenants et aboutissants des LOIS protectrices des "voleurs" du système ? Il ne sera pas interdit au Parti Québécois de faire de même. Il faut dénoncer les "vautours", les "profiteurs", les "abuseurs" et tous les acolytes qui travaillent nécessairement pour la classe des super riches de la société qui en veulent et en veulent encore et encore !

"Ne pas en demander plus à l'État" dixit Lucien Bouchard
http://www.ledevoir.com/2004/08/07/60849.html