
Course à la direction du Parti québécois
- Encore une année perdue
Nicole Léger
Membre et militante du Parti québécois, députée de la circonscription de Pointe-aux-Trembles
Le Devoir mercredi 1er septembre 2004
Le Conseil national du Parti québécois de la fin de semaine dernière a donné lieu à plusieurs analyses et interprétations à la suite de la demande de Pauline Marois d'une course à la direction du parti. Ayant moi-même réclamé cette course quelques jours auparavant, mon appui à cette déclaration de Pauline Marois ne surprendra personne.
Je demeure convaincue que cette course à la direction aurait constitué le meilleur choix pour le Parti québécois. Même si le chef Bernard Landry a décidé de rester à la tête du parti et d'envoyer aux oubliettes une course possible, ce qui est tout à fait son droit comme chef, il n'en demeure pas moins qu'elle existe dans l'ombre et qu'il aurait été plus constructif pour le parti et pour l'ensemble du Québec de la mettre au grand jour.
Se cantonnant derrière les statuts du parti qui indiquent qu'une course n'est possible que si le chef décède ou démissionne ou encore à la suite d'un vote de confiance moins glorieux, Bernard Landry se retrouve au même point, c'est-à-dire avec une course dans l'ombre.
Trop longue réflexion
Après un an et cinq mois d'attente quant à son avenir à la tête du parti, Bernard Landry exprime enfin son désir de rester. Ce n'est pas sa réflexion qui m'indispose puisqu'elle est compréhensible après une défaite électorale et un taux d'appui de 33 % des électeurs, mais plutôt ce temps si long qui paraît une décennie pour du militantisme s'appuyant sur un échéancier électoral de quatre ans.
Chaque année, chaque mois, chaque semaine et même chaque jour est un temps précieux pour un combat électoral. Utiliser ce temps à préparer la succession, ce qui est productif et fort louable pour un parti sain et prêt au combat, et le refermer ainsi après un an et cinq mois en donnant une directive de loyauté au chef actuel est assez paradoxal, vous en conviendrez.
La loyauté au chef est incontournable, mais lorsque celui-ci laisse entendre qu'il partira, tout militant actif et visionnaire qui exerce un certain leadership se met à l'ouvrage pour soutenir une candidature et faire déployer sa prestance lors du grand jour. À la suite de notre défaite électorale du 14 avril 2003, Bernard Landry se préparait à quitter, mais fort du consensus des ministres et des députés qui lui demandèrent de rester au moins pour la transition du gouvernement et pour la rentrée parlementaire du mois suivant, il devait aider son équipe à bâtir l'opposition officielle. Ce qu'il fit tout au moins.
Je n'hésite pas une seconde à indiquer à Pauline Marois qu'il est temps pour elle de se préparer et de planifier la succession de Bernard Landry. Cette perspective est normale, prévisible et naturelle. Qui peut s'y objecter ? De même pour d'autres candidatures éventuelles, il est sage et intelligent de prévoir la suite des choses. Nous le reprocherait-on aujourd'hui ?
Un an et cinq mois à rester solidaire, à attendre la vision de notre chef, à écouter nos militants qui demandent des actions concrètes pour réaliser la souveraineté, à mobiliser, à livrer des discours, à donner de l'espoir, à se positionner comme l'alternative. C'est une lourde commande à une équipe dans l'attente de l'avenir de son chef.
Préparer la relève
Je suis une militante au Parti québécois depuis mon adolescence. J'ai créé le premier comité des jeunes du Parti québécois en 1973 auprès de mon père Marcel Léger. Je suis une battante pour la souveraineté du Québec depuis fort longtemps, comme plusieurs autres. J'ai compris qu'il fallait profiter de notre passage dans l'opposition officielle pour réajuster notre tir rapidement, comprendre les messages de l'électorat et être davantage à son écoute, ressaisir notre argumentation souverainiste et préparer activement le prochain scrutin. Comment faire cela sans les directives et la vision d'un chef bien en selle ?
Bernard Landry a beaucoup fait pour le Parti québécois et le Québec. Son apport est indiscutable, cela n'est aucunement remis en question, mais son hésitation quant à son avenir a été fort inconfortable pour une leader souverainiste comme moi, impatiente de réaliser la souveraineté comme tant d'autres et prête à des actions concrètes pour convaincre davantage de Québécoises et de Québécois. Entre autres, je nous souhaite une ouverture plus grande de discussion sur la proposition de Jacques Parizeau à l'égard d'une élection référendaire. Il nous faut laisser s'exprimer ceux qui y sont favorables et ceux qui s'y opposent. C'est vital et sain pour notre parti.
Préparer la relève du chef allait donc de soi. Cette fidélité à mon parti, à ses militants, qui ont besoin des leaders qui ont des convictions, du courage, des idées et une vision ne peut pas être désavouée. La loyauté, c'est aussi exprimer ses convictions à son chef.
Certains ont applaudi le cri du coeur de Pauline Marois, d'autres se sont demandé pourquoi elle posait un tel geste. Une leader aguerrie comme elle ne peut rester les bras croisés à regarder son parti en quête d'un leadership sans intervenir. C'est là la réponse.
Pourquoi maintenant ? Parce que chaque jour est trop tard. Doit-on lui reprocher d'exprimer tout haut ce que des milliers de personnes attendent d'elle ? Ce que des dizaines de journalistes lui demandent toutes les semaines ? Ce que des centaines de militants lui demandent d'exprimer ? Pourra t-elle enfin exprimer ses idées sans qu'on lui attribue une course cachée à la chefferie ? Elle est maintenant dédouanée de ce silence.

Bernard Landry met ses députés dans l'embarras, dit Nicole Léger
Tommy Chouinard
Le Devoir mercredi 1er septembre 2004
Québec -- Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, place ses députés dans une position «inconfortable» en exigeant d'eux une loyauté indéfectible, alors qu'il a lui-même permis que se déroule en coulisses, pendant un an et demi, une course larvée à sa succession et que les candidats éventuels, Pauline Marois et François Legault, s'activent toujours sur le terrain.
C'est ce que croit la députée péquiste de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, une partisane de Pauline Marois. Dans une lettre publiée aujourd'hui par Le Devoir en page Idées, elle écrit que cette course officieuse se poursuit bel et bien «dans l'ombre», même si Bernard Landry a obtenu un appui massif au dernier conseil national, où 300 militants ont rejeté une résolution exigeant la tenue d'une élection à la présidence du parti. La députée reproche à son chef d'avoir tergiversé trop longtemps avant de prendre sa décision de rester à la tête des troupes péquistes.
«Il [Bernard Landry] nous demande d'être loyal envers lui, alors qu'il nous a presque dit qu'il quittait son poste après les élections et qu'on a préparé la relève pendant un an et demi. Aujourd'hui, il nous demande de ne plus préparer cette relève parce qu'il reste. Ça nous met inconfortable», a-t-elle expliqué en entrevue téléphonique, hier.
La poursuite de la course officieuse met de la pression sur les partisans de Pauline Marois parmi la députation péquiste. «On voit l'équipe de François Legault qui dit qu'il est derrière le chef mais que son appui est conditionnel [NDLR : à la modernisation du parti]. Est-ce qu'on va laisser l'autre équipe seule sur le terrain ? Ce sont des questions qu'il faut se poser. Il n'y a pas juste la question du chef, il y a la question de laisser ou non d'autres équipes s'installer», a souligné Nicole Léger.
Dans les circonstances, le chef actuel doit-il s'attendre à une loyauté sans faille des députés ? «Il peut la demander, mais dans la situation où il nous a mis, c'est embêtant, en particulier pour ceux qui se sont donnés beaucoup pendant une année et demie pour préparer la relève. Après tout ce travail, je trouve ça paradoxal qu'il nous demande d'être loyal envers lui», a-t-elle répondu.
La première députée à avoir réclamé le déclenchement d'une course au leadership persiste et signe : «une course aurait été le meilleur choix pour le Parti québécois», écrit-elle. Nicole Léger dit avoir besoin d'une «période de recul» avant de déterminer si elle continuera d'appuyer ouvertement Pauline Marois, un geste qui serait vu comme une contestation du leadership de Bernard Landry.
Même si elle est en réflexion, Nicole Léger n'hésite pas à saluer la sortie fracassante de Pauline Marois, qui a réclamé, vendredi dernier, une élection à la présidence. «Doit-on lui reprocher d'exprimer tout haut ce que des milliers de personnes attendent d'elle ? Ce que des dizaines de journalistes lui demandent toutes les semaines ? Ce que des centaines de militants lui demandent d'exprimer ? Pourra-t-elle enfin exprimer ses idées sans qu'on lui attribue une course cachée à la chefferie ? Elle est maintenant dédouanée de ce silence. Soyons fiers des femmes politiques qui n'ont pas peur d'afficher leurs convictions !», écrit-elle.

Le Québec, un pays !
Michel Roberge
Le Devoir mercredi 1er septembre 2004
Lettres: Sillery, le 18 août 2004
En réaction à la déclaration de M. Parizeau, j'aimerais apporter ma contribution au débat.
Je propose la stratégie suivante :
1- Prise du pouvoir par le PQ.
2 - Tenue d'États généraux du Québec sur le thème «Le Québec, un pays», coprésidés par quatre représentants de quatre grandes composantes de la société québécoise (québécois d'origine autochtone, française, britannique et autre), le plus grand brassage d'idées jamais tenu au Québec tant sur le plan local, municipal, régional et national, dans toutes les couches de la société, dans tous les mieux politiques, sociaux, économiques et culturels sur la définition de la future constitution du Québec.
3 - Présentation d'un projet de loi sur la Constitution qui définira dans quel contexte politique, social, économique et culturel le Québec deviendra un pays, loi qui n'entrera en vigueur qu'après la ratification par la population dans un référendum.
4 - Commission parlementaire sur le projet de loi pour en peaufiner le contenu.
5 - Adoption de la loi par l'Assemblée nationale.
6- Référendum : «Voulez-vous faire du Québec un pays, comme défini dans la Loi sur la Constitution du Québec adopté par l'Assemblée nationale ?».
7- Enclenchement du processus.

Zéro!
André Pratte
La Presse mercredi 1er septembre 2004
Le bruit court qu'au sein du gouvernement Charest, certains souhaiteraient faire fi de la contrainte du déficit zéro, de façon à relâcher le carcan imposé aux dépenses de l'État. Le premier ministre ne doit pas céder à ce courant, pas plus qu'à tous les groupes d'intérêt qui le somment de desserrer les cordons de la bourse.
Les Québécois ne réalisent pas combien la situation financière de leur gouvernement est précaire. On leur fait croire qu'en comprimant les dépenses, les libéraux saccagent le modèle québécois. En réalité, la plus grande menace au modèle québécois vient de l'état des finances publiques.
Pour la prochaine année budgétaire, le ministre des Finances, Yves Séguin, et sa collègue du Trésor, Monique Jérôme-Forget, exigent une croissance des dépenses de programme qui ne dépasse pas 2,6 %. C'est moins que la croissance prévue cette année, 2,9 %. Or on sait que pour arriver à ce 2,9 % tout en absorbant la croissance rapide des dépenses en santé, le gouvernement a dû geler le budget de tous les autres ministères. Les sacrifices devront être encore plus grands l'an prochain.
Malgré cet effort, M. Séguin prévoit un déficit de 1,6 milliard. Ce déficit résulte en partie d'une forte baisse de la péréquation, mais aussi des généreuses mais imprudentes mesures fiscales annoncées dans le dernier budget. De plus, le gouvernement libéral doit trouver un milliard supplémentaire s'il veut diminuer les impôts, comme il s'est engagé à le faire (une autre imprudence!) en campagne électorale.
D'où la tentation de certains ministres, nous dit-on, d'abandonner la religion du déficit zéro: " Qu'est-ce qu'un déficit d'un milliard, après tout? " La tentation est d'autant plus forte que le gouvernement est impopulaire.
Il est vrai que pour une année donnée, il n'y a rien de grave à ce qu'un État de la taille de celui du Québec enregistre un déficit de quelques centaines de millions. Le problème, c'est la pente sur laquelle cette première rechute nous amène. Une fois franchie la barrière psychologique du déficit zéro, il sera bien plus facile de succomber à nouveau les années suivantes que de rétablir l'équilibre. Chaque " petit déficit " s'ajoutera à la dette du gouvernement, déjà l'une des plus lourdes au Canada. Dans une étude récente, les économistes Marcelin Joanis et Claude Montmarquette ont montré que, suivant un tel scénario, le gouvernement du Québec enregistrerait un déficit annuel croissant, frôlant les 2 milliards dans 10 ans, et les 4 milliards dans 15 ans.
La période actuelle serait la moins bien choisie pour accepter un déficit. L'économie québécoise se porte bien depuis quelques années et le fait que, malgré cette prospérité, le gouvernement titube au bord du déficit est très préoccupant. On a peine à imaginer dans quel bourbier Québec se retrouvera lorsqu'arrivera la prochaine récession.
Le gouvernement Charest n'a pas le choix: malgré les tentations électoralistes, toujours à courtes vues, il doit rester fidèle à sa philosophie et faire preuve d'une rigueur budgétaire irréprochable. Le Forum national d'octobre donnera au premier ministre une occasion en or de convaincre les leaders de la société que cette politique n'entraînera pas la destruction du modèle québécois; c'est au contraire la seule façon de le préserver.

Landry gambles on confidence vote
Josée Legault
The Montréal Gazette September 1, 2004 Wednesday
Pauline Marois has opened a huge Pandora's box. It might be fun to speculate whether she made a strategical error or showed courage when she challenged Bernard Landry to a leadership race, but the real problems lie elsewhere.
No one should take for granted the massive vote against a leadership race held at this weekend's Parti Quebecois national council. If Marois moved, even clumsily, it's because she knows there are mounting grievances within PQ ranks and they are very real.
One is that Landry refuses to acknowledge the results of the last election, when the PQ got its lowest score in 30 years. Another is that he waited too long to announce his decision to stay or go, thus feeding the uncertainty and infighting in the party.
The PQ's performance as the official opposition has also left many unimpressed. Finally, the "season of ideas" has been mostly about the leader's own ideas. Which brings us to the greatest complaint of all: the leader's attitude toward sovereignty.
And no, this complaint that his position remains murky isn't from a bunch of radical lunatics. To put it bluntly: A growing number of Pequistes are supporting Jacques Parizeau's latest suggestion for a clearer, more pro-active approach because they no longer trust their party establishment to have enough determination to deliver the goods the next time they form a government.
With Lucien Bouchard's winning conditions and Landry's past refusal to invest public funds in the promotion of sovereignty, many members are turning to a Parizeau-style approach. They hope this would force their leader to go into the next election asking for a clear mandate to trigger the process to independence and a quick referendum.
Without this, many fear Landry, Marois or Francois Legault would pull back and, like they did in the past, revel in the joys of governance and power. The party rank and file has come to distrust the establishment to the point of even demanding that the PQ's program exclude any reference to "provincial governance" even though any party must govern the moment it's elected, whether or not it advocates separation.
This mistrust is bound to continue. On Monday's Le Point, Landry refused to say whether he would commit to holding a referendum or if it would be held early in the mandate. "We have a number of years in front of us to define this," he said.
A number of years?
This means he still plans to go into an election without a clear commitment - which, indeed, has always been his position - while pumping up the rhetoric to answer pressure from members and Parizeau. Members who hope to change this by imposing a more Parizeau-style approach on him at next June's PQ convention should think again.
All these grievances add up and explain why a recent CROP poll showed a whopping 40 per cent of Pequistes want Landry to retire.
So why didn't Landry retire? Why did he announce he would stay and even forego running in a leadership race?
His line was that he chose the harder path by going to a confidence vote next June. It would have been a lot easier, he said, to win a leadership race. It sounded logical enough. A confidence vote does run the danger of uniting the clans who want him out with the non-aligned members who mostly want a harder line on sovereignty.
So why is Landry risking to unite his adversaries with a vote in which it could prove impossible for him to get more than 80 per cent of the ballots. Why not divide his opponents in a leadership race? Some whisper that he has a deal with contenders Francois Legault and Gilles Duceppe that they will support Landry in exchange for him continuing to lock out Marois.
Landry knows the PQ is in debt, the membership is low and the party is disorganized, making it easier for him to control the nomination of delegates who will vote. Still, a secret ballot is impossible to predict with certainty.
So the more probable answer is that Landry, being a smart cookie, did, in fact, choose the easier road. While he could lose a leadership race - who knows? - a low confidence vote does not automatically oust him.
According to party statutes, any score of more than 50 per cent keeps him in the job. Only two things can trigger a leadership race: the death or resignation of the leader. What if he has decided to stay regardless of the score he gets? On Monday, Landry did hint repeatedly that he had insisted Bouchard stay in 1996 even after members gave him a 76-per-cent vote at the convention.
But why would Landry stay on with a low confidence vote? Mainly because this whole crisis at the PQ is a manifestation of something bigger than personal power struggles. It reflects a clash of two diametrically opposed visions: the non-committed Landry approach and Parizeau's triggering process.
If he stays past next June, Landry feels he can better defeat Parizeau's way. But that's a mighty big gamble - one that's much too early to call.

PQ: un débat byzantin
Paul Cliche
L'auteur est membre fondateur de l'Union des forces progressistes.
La Presse mercredi 1er septembre 2004
Ainsi, au lieu d'entreprendre une consultation intensive de la population québécoise sur le projet de société qu'elle désire et lancer enfin une campagne de promotion systématique pour la convaincre de réaliser la souveraineté, le PQ est revenu à son dada: un débat byzantin sur le processus d'accession à la souveraineté doublé, cette fois-ci, d'une guerre larvée pour la chefferie que se livreront pendant plusieurs mois ses principaux barons et leurs supporteurs.
C'est désolant. Pas seulement pour les militants gravitant en dehors des cercles restreints de l'establishment du parti mais surtout pour l'ensemble du peuple québécois qui risque de sortir grand perdant de cette énième crise de nombrilisme péquiste. La récurrence du phénomène troublait jadis; mais elle surprend de moins en moins maintenant. C'est comme une seconde nature.
Il faut être pas mal déconnecté de la réalité pour ne pas réaliser que la souveraineté du Québec dépend avant tout d'un choix de société suscitant l'adhésion du plus grand nombre possible de citoyens; pas du processus référendaire le plus apte à déjouer les obstacles dressés par Ottawa. Ce genre de démarche ne se fait pas dans la précipitation. Elle prend du temps et nécessite, en plus de multiples et persévérants efforts, une ouverture d'esprit aux idées des non convertis à l'idée souverainiste qu'on ne trouve malheureusement pas dans les rapports issus de la " saison des idées ".
Un dogme ou un moyen?
Pas d'autocritique notamment permettant de rajuster le tir au sujet de comportements ayant suscité bien des résistances dans le passé dans des secteurs qui auraient pu être favorables au " OUI ". Car si, pour certains, la souveraineté est un dogme qui peut occulter les valeurs sociales, elle demeure pour la plupart un moyen de se donner une société plus juste; mais un moyen dont le contexte historique de la nation québécoise indique la nécessité jusqu'à preuve du contraire.
Souvenons-nous qu'au début de 1995, quelques mois avant la tenue du référendum, le gouvernement Parizeau avait mis sur pied des Commissions sur l'avenir du Québec dans les 18 régions pour faire participer la population au projet de souveraineté en définissant " les valeurs fondamentales et les objectifs principaux " que devrait se donner la nation québécoise une fois devenue un pays. (...) Après le référendum, le gouvernement péquiste avait en main un formidable instrument pour relancer sa campagne en faveur de la souveraineté. Mais, il l'a mis sur une tablette comme s'il s'était agi d'un simple exercice de relations publiques pour hausser la cote du " OUI ". (...)
Le parcours suivi par le Parti québécois depuis quelques années indique que cette formation semble de plus en plus difficilement capable de demeurer un véhicule politique porteur d'avenir. C'est un parti qui, tout comme l'Union nationale de la fin des années soixante, doit de plus en plus sa place comme membre du tandem bipartiste alternant au pouvoir aux vices d'un mode de scrutin que son fondateur, René Lévesque, qualifiait de " démocratiquement infect ".

Réinventer la roue
Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 1er septembre 2004
Un système de santé intégrant mieux les soins hospitaliers, primaires, communautaires et à domicile, accordant plus d'importance à la protection et la promotion de la santé et assurant une diffusion plus efficace de l'information, telle est la promesse contenue non pas dans le programme électoral 2004 du Parti libéral du Canada, mais dans le premier accord sur la santé signé par tous les premiers ministres en septembre 2000. Juste avant la campagne électorale fédérale de la même année, faut-il le rappeler.
En février 2003, les premiers ministres avaient réitéré leur engagement et l'avaient détaillé en y incluant des échéanciers et des objectifs précis, y compris en matière de diffusion de données comparables sur les réformes.
Les promesses faites par Paul Martin en mai dernier ne dévient pas vraiment de ces deux plans, si ce n'est qu'elles sont nettement moins précises que les engagements pris dans l'accord de 2003 et qu'elles visent davantage quelques secteurs où Ottawa voudrait concentrer les efforts et les investissements.
Le problème est que les libéraux ont élaboré leur proposition sans avoir dressé un bilan exhaustif des réformes entreprises en vertu des deux derniers accords, ni avoir pris en compte de façon réaliste toutes celles qui ont été amorcées ou réalisées par les provinces, chacune de son côté. Parce que réformes il y a eu depuis une décennie, et ce, d'un bout à l'autre du pays.
Elles ont d'ailleurs eu lieu malgré le frein mis par Ottawa, avec ses compressions budgétaires imposées unilatéralement durant la deuxième moitié des années 1990. Ces transformations auraient même pu progresser plus rapidement, n'eût été de ces compressions fédérales, a indiqué une étude publiée l'hiver dernier. On se demande donc ce que le fédéral voudrait que les provinces fassent qu'elles n'ont pas encore tenté ou entrepris.
Mais le public se plaint encore, et quoi de mieux pour gagner une élection que de promettre de prendre les choses en main même quand la gestion du système ne relève pas de la responsabilité fédérale ? Paul Martin s'est donc présenté en sauveur, invoquant le rôle de «garant du système de santé» qui revient, selon lui, au gouvernement canadien.
Paul Martin est aujourd'hui pris dans cette logique, d'où son insistance à présenter son plan comme base des discussions, lors de la conférence des premiers ministres qui aura lieu à Ottawa du 13 au 15 septembre. D'où aussi son refus de prendre en considération la proposition des provinces de confier au fédéral toute la responsabilité de l'assurance-médicament, sauf au Québec.
Ottawa trouve d'abord que la facture serait trop salée et ensuite que toute discussion sur l'assurance-médicament doit s'inscrire dans un plan d'ensemble capable d'assurer la viabilité du système pour une génération. Les provinces, elles, ne cachent pas qu'elles veulent, avec leur proposition, se délester d'un programme coûteux pour ensuite financer leurs réformes avec les économies réalisées.
L'enjeu, tant pour les provinces que pour le fédéral, est financier, bien sûr, mais aussi lié aux champs de compétence. Ottawa veut avoir son mot à dire dans l'orientation des réformes que seules les provinces peuvent réaliser. Les provinces, elles, voudraient bien qu'on reconnaisse, au-delà des généralités habituelles, le travail qu'elles ont fait pour tenter de résoudre le casse-tête de la santé.
Encore faudrait-il être capable d'en faire un portrait précis, ce qui n'est pas évident. En vertu de l'accord de 2003, les provinces devaient s'entendre dès septembre de la même année sur des indicateurs de rendement, un travail qui a pris du retard. Elles avaient par contre toute l'année 2004 pour réaliser les rapports d'étape exigés dans l'entente.
Les provinces auraient toutefois intérêt à ne pas attendre la fin de l'année pour dresser un bilan des réformes accomplies de leur propre chef ou en vertu des accords passés. Cela risquerait, évidemment, d'exposer leurs forces et leurs faiblesses, mais cela leur permettrait aussi de démontrer qu'elles n'ont pas attendu le fédéral pour passer à l'action et qu'elles ont déjà fait les compromis nécessaires en 2003 sur le front de la coopération fédérale-provinciale.
Qu'Ottawa soutienne financièrement les provinces tout en veillant au respect de la Loi canadienne sur la santé, aucune province ne le conteste. Mais le rôle de gardien que le fédéral dit jouer ne peut équivaloir à celui de chef d'orchestre de réformes que seules les provinces peuvent mettre en oeuvre. L'entourage du premier ministre estime avoir la population de son bord. Mais s'il était clair qu'Ottawa ne cherche qu'à faire réinventer la roue aux provinces, il est bien possible qu'elles soient les premières à gagner au jeu de la transparence.

Acadie : Réflexion sur une fête nationale
Marc Ouimet
Candidat à la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal
Le Devoir mercredi 1er septembre 2004
Libre opinion: L'Acadie a 400 ans et fête, avec raison, son succès à préserver tout ce temps, malgré la déportation et les tentatives d'assimilation, son identité et sa langue. Cette réussite ne va cependant pas sans bémols, comme en témoignent les difficultés économiques de la région et le manque flagrant de reconnaissance de cette nation par le gouvernement fédéral.
Le fait que le gouvernement reconnaisse le «préjudice» causé aux Acadiens en 1755 relève ainsi davantage, à mon avis, de la rhétorique (on s'est bien gardé d'évoquer de possibles réparations ou dédommagements par rapport à ce «préjudice») que d'une véritable volonté politique de réparer le tort passé.
Profitant de l'occasion, la SRC a ainsi diffusé il y a quelques semaines un documentaire mettant en vedette, entre autres personnalités, l'Acadienne Isabelle Cyr, et traitant des différents accents de la francophonie canadienne. Louangeant les «parlers» locaux, ce documentaire s'attache donc à évoquer la diversité et la couleur de la langue française en Amérique (le documentaire était parallèlement diffusé sur TV5). Or, un tel choix, s'il peut aux premiers abords s'avérer typique et sympathique, m'apparaît moins innocent qu'il ne le semble a priori.
Quelle meilleure façon, en effet, d'éviter de parler de la situation socio-économique, voire politique, d'un peuple (d'une nation !) minoritaire que de se cantonner à admirer son accent ! S'est-on penché sur les conditions de la survie du français acadien, et par ailleurs des Acadiens eux-mêmes, dans le contexte canadien ? A-t-on glissé un mot (ou davantage qu'une seule phrase) des luttes que ce peuple a dû mener afin d'avoir des droits minimaux d'existence, comme celui d'avoir des livres scolaires dans sa propre langue ? Et ce, sans parler des autres minorités francophones du pays !
En se restreignant à contempler les seuls accents du français d'ici, ce documentaire (ce qui l'accorde d'ailleurs parfaitement au credo de Radio-Canada) a ainsi évacué toutes considérations historiques, sociales et politiques concernant les francophones du Canada. Or, comment considérer une langue en occultant la situation des gens qui la parlent ?
Si un constat de cet ordre ressort du documentaire, et ce, sans doute, malgré la volonté des auteurs, c'est que les minorités francophones hors-Québec semblent être des groupes quelque peu acculturés, la forte présence de termes anglais dans leur vocabulaire témoignant assez clairement de la force assimilatrice de la culture anglo-saxonne majoritaire, et cantonnés à la périphérie un peu rustique, voire folklorique, d'une société et d'un pays qui, dans les faits, refusent toujours d'accorder une véritable reconnaissance à leurs minorités nationales francophones (le Québec et l'Acadie, entre autres).
Ce constat est certes exagéré, voire blessant pour certains, mais tel n'est pas son but. Je ne doute aucunement que l'Acadie soit une société moderne et dynamique, mais le genre d'approche véhiculée par le documentaire aboutit nécessairement, pour l'observateur extérieur et peu au fait de la situation, à une conclusion de ce genre.
La fête nationale des Acadiens, comme la Saint-Jean-Baptiste pour les Québécois, est certes le lieu par excellence pour célébrer la nation et l'identité acadiens, dont la couleur de la langue est un des traits caractéristiques. Au-delà de la célébration, il importe aussi de mettre en avant la situation économique, sociale, politique et culturelle de la nation. Cette dernière n'est pas qu'un drapeau, mais bien une réalité, toute politique, produit d'une histoire propre et engageant des enjeux et des débats bien présents, que les célébrations ne devraient pas occulter, au contraire, puisque ce sont eux qui resteront lorsque les feux d'artifice se seront éteints.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Alors là! notre PRATTE national
se surpasse... ''tout simplement'' !!!
Bruno DESHAIES
TRIBUNE LIBRE 1er septembre 2004
Cher Bernard,
Mes félicitations pour avoir signalé l'édito de ce matin d'André Pratte dans La Presse ( « Maigre récolte » ). Nous avons là un bijou et un condensé magnifique de la pensée fédéraliste. Le problème, c'est que les péquistes ne parviennent pas à ébranler ce discours répandu dans la population. Je dis bien « dans la population » et non l'opinion publique et les sondages. C'est dommage.
Pratte écrit : « Aiguillonné par François Legault, le parti [québécois] tentera de pousser plus loin l'argumentaire concret. » Sur ce point, Pratte rétorque : « Il s'agira [pour les péquistes] de prouver que les malades, les étudiants, les ouvriers, les femmes, les familles, les fonctionnaires, etc. tireront profit de la souveraineté. L'exercice aura un effet pervers : un portrait paradisiaque de la vie dans un Québec souverain ne serait pas crédible. »
Les Québécois rêveront à des jours meilleurs, le jour où ils comprendront que l'indépendance est le bien suprême de l'agir par soi collectif sous la gouverne d'un État souverain à l'interne et à l'externe. Conséquemment, la « maquette » indépendantiste de demain ne sera pas si cet objectif ne se réalise pas.
Quant à la vie de la société québécoise de demain (cf. les paradoxes du temps dans « Le passé devient notre présent » http://www.vigile.net/04-4/21-bd.pdf ), elle sera faite avec d'anciennes convergences conditionnant une situation présente, des convergences actives créant une situation actuelle et de nouvelles convergences préparant une situation en devenir. Dans le cas de la souveraineté du Québec, ce devenir a un nom précis : l'indépendance. Et la question se pose : qu'est-ce que l'indépendance?
Les fédéralistes auront toujours beau jeu contre les péquistes, tant et aussi longtemps que ces derniers ne clarifieront pas leur pensée sur le principe d'indépendance nationale du Québec. L'indépendance du Québec est autre chose des projets de société à jet continu ou des discours vaporeux sur la nation québécoise ou des débats théoriques de politique fiction sur l'accession du Québec à l'indépendance.
Les Québécois auront à franchir le Rubicond pour affirmer leur indépendance collective. La société québécoise d'aujourd'hui ne se transformera pas par un coup de baguette magique comme Moïse faisant jaillir l'eau du rocher. Et ce ne sera pas non plus les noces de Cana où l'eau a été transformé en vin.
Si, d'un côté, le fédéraliste Pratte se « surpasse », il faudrait, de l'autre côté, que les péquistes se « surpassent » aussi. Or, ils sont englués dans des « crises » sans fin sur les moyens, les stratégies, les tactiques, les luttes internes, mais surtout le relais de leur ambition sur le dos de la population qui ne pousserait pas assez fort dans le « dos » du parti québécois.
Il serait grand temps que le PQ entreprenne lui-même de faire son travail de transformateur de la société nationale québécoise pour qu'elle exprime ouvertement son indépendance. Mais non. Le PQ attend. Le BQ attend. La population attend. Plus tout le monde attend, moins les temps changent.
Pourquoi pas un autre « bon gouvernement provincial » qui préparera encore par étape l'indépendance du Québec ? Une élection, un référendum, une constitution avant, pendant et après... Et un jour, peut-être, l'indépendance -- si les conditions le permettent.
Qu'est-ce que la population peut penser de tout cela ? Elle n’y comprend plus rien depuis longtemps. Donc, elle laisse braire les politiciens qui croient profondément travailler pour elle. Elle se répète inconsciemment : « À la prochaine fois ! »
Bruno Deshaies -- bd@rond-point.qc.ca
Directeur
Le Rond-Point des sciences humaines
http://www.rond-point.qc.ca

TRIBUNE LIBRE
Les vrais adversaires de Bernard Landry
Christian Gagnon, Montréal
TRIBUNE LIBRE 1.9.2004
En deux semaines de manchettes négatives à la une de journaux en quête de primeurs sensationnelles, une poignée de militants semblent être momentanément parvenus à semer le doute chez 47% des Québécois sur le leadership de Bernard Landry. C’est en tout cas ce que suggère le sondage CROP du 27 août dernier. Mais ce qui est plus révélateur, c’est que ces électeurs dubitatifs incluent 69% des partisans libéraux et 70% des sympathisants adéquistes ayant exprimé une opinion à ce coup de sonde.
Autrement dit, au Québec, plus on est de droite et fédéraliste, plus on rêve de se défaire de Bernard Landry. Et pour cause !
Effectivement, ces deux formations de droite ont raison de craindre celui qui est le plus crédible pourfendeur de leurs programmes d’État minimaliste, de laisser-faire néo-libéral, voire de populisme crasse. Oui, ces deux partis fédéralistes ont raison de redouter celui qui est non seulement le plus susceptible de redonner le pouvoir au PQ dès 2007, mais aussi le plus déterminé à faire du Québec un pays souverain et le plus apte à convaincre ses concitoyens d’y adhérer.
Voilà, pour l’ADQ et le PLQ, d’excellentes raisons d’espérer le départ de Bernard Landry. Et à l’inverse, voilà, pour les souverainistes et les progressistes, d’excellentes raisons de vouloir qu’il reste.
