
Ottawa propose une réforme majeure en péréquation
Lessard, Denis; Bellavance, Joël-Denis
La Presse lundi 13 septembre 2004
Les premiers ministres confiants d'en arriver à une entente sur la santé
Ottawa - Désireux d'en arriver à une entente globale mercredi avec les provinces, le gouvernement Martin acceptera de consacrer plus d'argent à la péréquation, avec une toute nouvelle formule qui éliminera l'incertitude liée aux soubresauts de l'économie à l'avenir.
Les premiers ministres provinciaux jouaient de prudence hier à la veille de la conférence sur le financement de la santé qui s'ouvre aujourd'hui. Très impatient devant " le flottement " des chiffres qu'avait fait circuler Ottawa parmi les provinces, le premier ministre Charest s'est néanmoins dit confiant de voir la réunion produire des résultats concrets.
Selon les provinces, Ottawa fait une offre variant entre 12,2 et 13,4 milliards sur 6 ans pour la santé et la péréquation, bien en deçà de leurs attentes. " On est loin ", s'est contenté de dire Jean Charest, en fin de soirée à l'issue du souper offert par Paul Martin à sa résidence du 24, Sussex.
Parlant au nom du Conseil de la fédération, l'Ontarien Dalton McGuinty, a soutenu comme bien de ses collègues, " qu'il reste énormément de travail à faire " avant de parler d'entente, mais s'est montré confiant.
" Les chiffres (fédéraux) sont meilleurs ", a souligné John Hamm, de Nouvelle-Écosse, confirmant qu'en dépit d'un écart toujours important, les positions des provinces et d'Ottawa s'étaient rapprochées.
Ainsi, comme le réclamait depuis des semaines le gouvernement Charest, Ottawa accepte de jeter du lest sur la péréquation. Sa proposition de départ est de hausser de 9,2 à 10 milliards pour 2004-2005, ces transferts aux huit provinces moins riches, une décision qui accorderait au Québec environ 400 millions de plus.
Mais du même souffle, Ottawa met de l'avant une réforme majeure de ce programme, changeant complètement les règles de calcul de façon à générer entre 5 et 10 milliards de plus de revenus aux provinces sur 6 ans, une idée qui a pris de court les fonctionnaires québécois. La nouvelle formule éliminerait aussi les fluctuations de ces transferts d'une année à l'autre.
Sur le financement de la santé, personne, hormis l'Albertain Ralph Klein, n'a osé fournir de détails sur les fonds supplémentaires promis par Ottawa, au-delà de l'engagement de 9 milliards sur six ans fait par les libéraux de Paul Martin en campagne électorale.
" On parle maintenant de 13,4 milliards sur cinq ans ", a laissé tomber M. Klein, soulignant qu'un fossé existait toujours entre les attentes des provinces et les solutions évoquées par Ottawa. " On est encore loin du compte, on demande 50 ou 60 milliards ", a-t-il ajouté.
Selon les informations obtenues par La Presse, Ottawa proposera d'injecter plus de 3 milliards supplémentaires, ciblant encore une fois la réduction des délais d'attente, en plus des 9 milliards promis jusqu'ici.
En outre, le fédéral propose une formule d'indexation de 5 % par année, qui entrerait en vigueur à partir de l'exercice financier 2005-2006.
" C'est une entente fort alléchante que nous faisons aux provinces. Cela permettra de mettre fin au spectacle ridicule des batailles annuelles au sujet de la contribution financière du gouvernement fédéral ", a affirmé un proche collaborateur de Paul Martin sous le couvert de l'anonymat.
Mais l'incertitude demeurait sur la durée de la proposition d'Ottawa. Si des sources fédérales parlaient de 10 ans, les provinces restaient sur un horizon de six ans. Ces incertitudes persistantes ont d'ailleurs fait rugir le premier ministre Charest. " Ce sont des chiffres qui bougent, il y a un flottement. Cela me dit qu'Ottawa n'est pas encore fixé sur ses intentions ", déplorait-il. Pour Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique, les indications fournies par Paul Martin divergent passablement des propositions soumises par les fonctionnaires. " J'espère que c'est M. Martin qui dirige la barque ", a-t-il lancé. M. Martin a parlé à tous les premiers ministres et leur a donné des chiffres qu'il a fallu " concilier, et cela continue de bouger ", constatait de son côté M. Charest.
Selon M. Charest, Ottawa propose, grosso modo, de hausser de 2 % sa contribution à la santé sur six ans, la moitié de ce que souhaitent les provinces. Ottawa soutient avoir avec son offre comblé le Romanow gap, soit l'écart entre les 20 % des coûts de la santé qu'il assume et les 25 % donnés comme cible par le rapport Romanow. Pour Jean Charest, il faut plutôt parler d'un reality gap pour décrire le fossé entre les propositions fédérales et le quart des 81 milliards que dépensent chaque année les provinces pour l'ensemble des soins de santé. Sur six ans, Ottawa devrait verser 27 milliards de plus pour éponger le quart de la facture réelle, explique-t-on en coulisses.
Toutefois, il restait optimiste. " Personne ne s'attend à ce qu'on règle tout sur la péréquation et la santé ici, mais je suis ici pour arriver à des progrès réels ", a souligné M. Charest.
Pour Jean Charest, Ottawa ne peut plaider l'indigence compte tenu qu'il a sous-estimé de 73 milliards ses revenus au cours des 10 dernières années. En outre, le Conference Board prédit qu'Ottawa accumulera 166 milliards de surplus budgétaires au cours de la prochaine décennie.

Les chiffres valsent ; la confusion règne
Raymond Giroux
Le Soleil lundi 13 septembre 2004
Encore un écart "énorme" entre offres et demandes
Ottawa - La confusion la plus totale régnait hier à la veille de l'ouverture de la conférence des premiers ministres sur la santé, ce matin, dans ce qui pourrait être un effort du gouvernement fédéral de jouer les provinces les unes contre les autres, selon un représentant de la délégation du Québec.
Les chefs des gouvernements des provinces ont en effet directement reçu de Paul Martin, samedi, des propositions fondées sur des montants d'argent différents selon l'interlocuteur. Les hauts fonctionnaires, de leur côté, se voient confrontés à d'autres séries de chiffres qui varient selon le jour et l'heure depuis samedi dernier.
La rencontre des premiers ministres à la résidence officielle de M. Martin, hier soir, se voulait plutôt "sociale", selon un porte-parole de ce dernier, et n'a pas permis d'éclairer la lanterne des participants sur cette question cruciale. Mais le gouvernement, de son côté, soutient que sa proposition est "extrêmement claire" même si elle est "complexe" et ne laisse aucune place à la confusion, ajoute ce même porte-parole sur un ton narquois et hautain à la fois lors d'un breffage technique.
Dans tous les cas, disent les premiers ministres provinciaux, les propositions demeurent loin du seuil de 25 % de contribution pour la santé attendu d'Ottawa, un objectif sur lequel a insisté le premier ministre québécois Jean Charest.
Selon les provinces, le fédéral devrait accroître ses versements de 3,9 milliards $ cette année, et de 4 % du total des dépenses chaque année subséquente. Sur cinq ans, elles évoquent un montant minimal de 20 milliards $, alors que selon le premier ministre de l'Alberta, Ralph Klein, Ottawa n'offre que 13,4 milliards $ sur cette même période.
"Il faudrait qu'Ottawa démêle ses propres chiffres pour commencer", a lancé M. Charest, à la suite d'une rencontre avec ses homologues des autres provinces. "Ce sont des chiffres qui bougent et là-dessus, il y a un flottement, a-t-il dit. Cela me dit que la partie fédérale n'est pas encore fixée sur ses positions, et tous les premiers ministres ont constaté la même chose".
Pourtant, Ottawa a déjà sur la table un projet de texte final qui, selon des sources québécoises, ne mentionne aucune contribution financière de sa part et ne tiendrait pratiquement pas compte des priorités énoncées par le Conseil de la fédération.
Le Québec a même l'impression que les offres verbales du fédéral ne comprennent plus le fonds ciblé de 2 milliards $ pour les soins à domicile, cet argent ayant été intégré à une nouvelle formule d'indexation dont personne ne saisit les contours pour l'instant.
Les experts québécois ont même du mal à retrouver dans ces propositions l'engagement électoral du Parti libéral fédéral d'ajouter 9 milliards $ pour la santé, certains calculs évoquant même une hausse de seulement 7 milliards $.
Mal préparé
"Il semble qu'à chaque heure, les calculs changent, a également soutenu le Néo-Brunswickois Bernard Lord. Le gouvernement fédéral n'a pas pu préciser ses propositions jusqu'à maintenant, il y a un travail de préparation qui manque du côté d'Ottawa".
Les provinces se sont présentées dans la capitale fédérale en ordre dispersé, chaque premier ministre rencontrant les médias à sa guise, tandis qu'une salle de presse tout fin prête pour une rencontre commune est demeurée vide, en fin d'après-midi.
Klein sceptique
Du côté de l'Alberta, Ralph Klein, qui ne restera qu'une seule journée, a même déclaré qu'il n'y avait aucune chance que la rencontre découle sur une entente dans l'état actuel des choses. "Croyez-moi, rien ne sera signé. Nous sommes très, très éloignés", a-t-il dit. Et si un miracle se produit, je serai au bout du fil à Calgary et je dirai 'allez-y'".
M. Charest ne partage pas cette attitude : "Je suis venu ici pour conclure une entente, pour faire réussir la conférence parce que c'est important pour les citoyens, et on s'attend à ce que la partie fédérale fasse également son travail", a-t-il dit.
Ce dernier a toutefois ajouté qu'il ne s'attend pas à "régler tout cela en trois jours, mais je m'attends à des résultats, à ce que le fédéral augmente son financement de base pour la santé".
M. Klein est toujours frustré d'avoir servi de tête de Turc aux libéraux de Paul Martin en toute fin de campagne électorale, ces derniers faisant un amalgame entre sa présumée volonté de privatiser les services de santé et le programme conservateur de Stephen Harper. "Ottawa ne peut rien faire d'autre ( pour la santé ) que de donner plus d'argent, a-t-il dit. Il s'agit d'une compétence provinciale" à quelques exceptions près, "et le fédéral n'a rien à y dire".
L'écart entre les propositions fédérales et les demandes provinciales demeure énorme, selon tous les premiers ministres, mais ces derniers ne peuvent s'entendre sur des chiffres communs et refusent même, sauf dans le cas de M. Klein, d'en discuter publiquement.
La conférence télévisée débute ce matin et aborde dans un premier temps la question de la santé chez les autochtones, un sujet qui relève de la compétence du fédéral, tandis que le débat de fond sur le financement de la santé et le rehaussement de la péréquation à son niveau de 2000-2001 se tiendra mercredi.
Les premiers ministres auront tenu la veille leur deuxième dîner privé à la résidence du premier ministre, après celui d'hier soir qui s'est tenu à leur demande, dans un effort pour en arriver à une entente de principe que les technocrates peaufineront par la suite.
RGiroux@lesoleil.com

Les conditions gagnantes
Vincent Marissal
La Presse lundi 13 septembre 2004
Au début de chaque rencontre au sommet entre Ottawa et les provinces, comme celle qui commence ce matin sur le thème de la santé, il se trouve toujours un journaliste pour poser la même question: est-ce que cette rencontre changera quoi que ce soit pour les Canadiens?
Question en apparence anodine, mais qui, pourtant, va à l'essentiel. Après tout, ce sont les premiers ministres, Paul Martin et Jean Charest en tête, qui martèlent depuis des mois que la " santé est la première priorité de la population ". Ce sont les mêmes premiers ministres qui se sont fait élire en promettant de guérir le système de santé de ses maux les plus graves, notamment de son engorgement chronique. Voilà une belle occasion de passer des promesses aux actes. Ou, du moins, de commencer à marcher dans la bonne direction. Régler tous les problèmes du système public de santé pour 10 ans, comme l'a promis Paul Martin, ça faisait un beau slogan électoral, mais c'est parfaitement irréaliste. Il y a rarement de solution aussi simple pour des questions aussi complexes.
Une chose à la fois: si Ottawa et les provinces arrivent à s'entendre sur une formule de financement pour les deux ou trois prochaines années, ce sera déjà un énorme progrès. Cela permettrait d'aborder le reste du dossier dans un cadre beaucoup plus serein. À première vue, on n'est pas très loin d'une telle entente.
On a souvent dit, au cours de la dernière campagne électorale, qu'un gouvernement minoritaire pourrait s'avérer salutaire au pays. On pourrait en avoir une première démonstration cette semaine dans l'enceinte du Centre des conférence d'Ottawa, un endroit surtout connu (mais ne le dites pas trop fort, ça pourrait porter malheur) pour la mort de Meech.
Les astres semblent mieux alignés cette fois-ci: pour la première fois depuis des temps immémoriaux, toutes les conditions sont réunies pour un accord fédéral-provincial.
D'abord, les fédéraux ont devant eux un interlocuteur québécois fédéraliste disposé à trouver un terrain d'entente. Au cours des dernières années, la compétence de Lucien Bouchard et de Bernard Landry n'a jamais été mise en doute (elle servait même plutôt bien le front commun provincial le temps que celui-ci durait), mais on se méfiait toujours des motivations profondes des leaders souverainistes. Pour le front canadien, c'était perdu d'avance: si Ottawa donnait raison à Québec, c'était la preuve, pour les péquistes, que le Québec peut très bien se gouverner seul; si Québec, au contraire, n'obtenait pas ce qu'il demandait, alors c'était la preuve de la faillite du fédéralisme. À la sortie de ces rencontres, l'exaspération des autres premiers ministres provinciaux envers leur collègue du Québec était toujours palpable.
Ensuite, Ottawa nage une fois de plus (quelle surprise!) dans les surplus, ce qui devrait faciliter les discussions. L'Albertain Ralph Klein, le doyen de tous les premiers ministres réunis aujourd'hui, a bien résumé la situation, la semaine dernière. " Toute la question du système de santé est bien simple: qu'Ottawa augmente tout simplement son financement, même si le fédéral ne finance pas un régime de médicaments, qu'il augmente sa part de financement de 16 à 25 % et la majorité des premiers ministres seront satisfaits. " Paul Martin aurait intérêt à saisir la perche tendue par celui qui peut, avec Jean Charest, lui faire payer le plus cher un refus obstiné de ramener les transferts aux provinces à un niveau acceptable.
D'ailleurs, Paul Martin peut s'estimer chanceux de trouver devant lui des premiers ministres aussi dociles. C'est à croire que 11 ans de régime Chrétien auront profondément traumatisé les provinces, qui n'ont pas été bien méchantes envers le grand frère fédéral. Va falloir montrer les dents pour arracher le morceau, Paul Martin ne va pas l'offrir sur un plateau d'argent.
C'est ici qu'entre en jeu un autre condition gagnante pour une entente: la fragilité du gouvernement minoritaire. Paul Martin a péniblement gagné les élections de juin en promettant de sauver le système de santé public. Il a aussi promis le réchauffement des relations fédérales-provinciales basé sur la consultation. C'est lui qui a placé la barre si haut, il a donc tout à perdre d'un échec cette semaine, à sa première rencontre avec les provinces.
Avec un minimum de bonne volonté (et un peu d'argent), les premiers ministres ne sont pas si loin d'une entente, en autant qu'ils ne s'accrochent pas dans les fleurs du tapis des compétences exclusives.
S'il plaît à Paul Martin de faire circuler sur Internet des tonnes d'informations inutiles pour comparer les provinces, si ça peut lui permettre de sauver la face, soit, en autant qu'il transfère plus d'argent, ce ne sera pas cher payé. S'il est prouvé qu'il peut être efficace de transférer des patients d'une province à l'autre pour certains traitements, soit (en autant que le droit des francophones d'être traités dans leur langue soit respecté). Que tous les premiers ministres s'entendent pour réduire les listes d'attente, c'est une évidence. Comment y arriver reste toutefois de compétence provinciale.
Si Paul Martin et ses invités devaient ne pas arriver, d'ici mercredi, à une entente finale, ce n'est pas la fin du monde, en autant qu'ils avancent dans la bonne direction.
Mais si le tout devait achopper sur des futilités, on reprend l'idée originale de Paul Martin de réunir de nouveau tout ce beau monde devant les caméras de télévision tant et aussi longtemps qu'ils n'arrivent pas à quelque chose de constructif.
Mais, cette fois, on les séquestre dans la salle d'attente des urgences d'un hôpital et on troque leur complet-cravate pour une jaquette d'hôpital (pas le modèle politically correct, la bleue, celle qui est tout ouverte en arrière). Ces messieurs parlent beaucoup de la nécessité de réduire l'attente dans le réseau de la santé; une bonne dose de réalité leur permettrait de bien saisir l'urgence de trouver des solutions.
Pour joindre Vincent Marissal: vincent.marissal@lapresse.ca

Lettre des pm au PM
Chantal Hébert
Le Devoir lundi 13 septembre 2004
En juin dernier, vous avez remporté in extremis les élections fédérales en vous faisant fort de remettre le régime d'assurance-santé d'aplomb «pour une génération». Laissez-moi d'abord vous souhaiter la bienvenue dans le club de ceux qui ont promis de rétablir le système à coups de miracles pour se faire élire.
Avant d'aller plus loin, je voudrais d'ailleurs vous remercier au nom de mes collègues provinciaux pour tout ce que vous avez fait pour nos carrières politiques respectives. Sans vous, plusieurs d'entre nous ne seraient peut-être pas ici aujourd'hui.
La crise du système de santé déclenchée par votre fameux budget de 1995 et le fait que nos prédécesseurs aient fini par s'épuiser à la tâche de chercher à faire la quadrature du cercle vicieux des coûts qui augmentent deux fois plus vite que les revenus qui rentrent, ont été pour beaucoup dans nos victoires électorales.
Comme ministre des Finances, il faut dire que vous avez été d'une constance remarquable. Aussi bien pendant les années de vaches grasses que pendant celles de disette budgétaire, la santé vous tenait beaucoup moins à coeur qu'aujourd'hui. Il faut dire que, pendant longtemps, votre principal adversaire présumé au leadership, Allan Rock, était titulaire de la Santé.
Toujours est-il que quand l'occasion s'est présentée d'ouvrir les goussets de la bourse fédérale, vous avez préféré mettre en chantier des baisses d'impôt. Non pas que l'argent laissé ainsi dans la poche des contribuables ait pu pallier la carence des soins de santé, puisque le système l'interdit. Mais la part du lion des économies d'impôt des particuliers a certainement servi à payer la note d'augmentations de tarifs généralisées, que ce soit pour les parcs, les transports en commun ou les fournitures scolaires.
Au fil des dix dernières années, nous avons affamé nos universités, criblé nos étudiants de dettes, privé des milliers de familles de places de qualité abordables en garderies et peuplé nos centres-villes de sans-abri, tout cela pour empêcher nos hôpitaux de sombrer dans la médecine de brousse.
À l'époque de votre guerre contre le déficit, vous étiez d'ailleurs moins soucieux des dommages collatéraux en santé qu'aujourd'hui. Pendant les années 90, vous avez pris l'initiative de nous transférer l'argent prévu pour la santé, l'éducation supérieure et l'aide sociale dans une seule et même envelope pour nous donner, disiez-vous alors, une plus grande flexibilité pour déterminer nos priorités.
Dans les circonstances, il faut pardonner à ceux parmi nous qui ont le aujourd'hui le cynisme de souligner que vous semblez nettement plus désireux de nous demander des comptes en santé maintenant qu'il y a du crédit à récolter pour remettre le système d'aplomb, qu'à l'époque où le public cherchait qui blâmer pour l'avoir démoli.
Cela dit, nous n'allons pas vraiment passer la semaine à vous remettre votre engagement de reconstruire Rome en trois jours sous le nez. Après tout, vous n'êtes pas le seul ici à avoir promis n'importe quoi pour vous faire élire. En campagne électorale, certains des plus influents d'entre nous ont même juré qu'ils pourraient baisser les impôts, mettre les bouchées doubles en éducation et en santé et équilibrer le budget de leurs provinces en criant lapin. Quand nous nous regardons dans le miroir ces jours-ci, nous aussi constatons que nos nez allongent à vue d'oeil.
Nous comprenons bien que, au fond, vous ne voulez pas gérer le système à notre place. Quand on considère le bilan de santé lamentable des populations autochtones dont vous avez la charge, on voit bien que vous n'avez pas besoin de tâches supplémentaires. Et puis, vous devez bien en avoir plein les bras avec votre registre d'armes à feu, vos forces armées exsangues et les obligations internationales en environnement que vous avez contractées sans trop savoir comment vous en acquitter.
Comme politiciens, nous sympathisons également avec votre appétit de contrôle des fonds publics. Si un seul d'entre nous avait présidé à un scandale du genre de celui qui a affligé votre programme de commandites, nous aussi serions obsédés par les notions de base de la comptabilité. Peut-être pourrions-nous vous en communiquer quelques-unes?
Chose certaine, si nous n'arrivons pas à une entente cette semaine, ce ne sera pas faute d'expérience autour de la table. Certains d'entre nous en sont à leur troisième ou quatrième accord prétendument historique sur la santé. D'autres n'ont même jamais participé à une rencontre fédérale-provinciale où il était question d'autre chose. Notre consolation au moment d'aborder cette semaine, c'est que, contrairement aux négociations constitutionnelles d'antan, les accords en santé sont d'autant plus fréquents qu'ils ne valent généralement pas le papier sur lequel ils sont signés.
chebert@thestar.com
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

Le talon d'Achille
Gilbert Lavoie
Le Soleil lundi 13 septembre 2004
Éditorial - Jean Charest a mis beaucoup d'efforts dans la préparation de la conférence sur la santé, qui débute aujourd'hui à Ottawa. Le Québec arrive dans la capitale fédérale avec un bon dossier, et dans un contexte politique favorable. Mais la séance d'information technique, donnée vendredi par les fonctionnaires, a montré une faille majeure dans cette opération. Comment peut-on sérieusement faire la preuve qu'Ottawa doit délier les cordons de sa bourse pour éviter la catastrophe en santé, alors que l'on se prépare à réduire les impôts d'un autre milliard $ en 2005 ? Cette promesse électorale des libéraux sera un véritable boulet aux pieds de M. Charest dans ses efforts pour empêcher Ottawa de poser des conditions à l'octroi de nouveaux fonds dans la santé. Vendredi encore, l'entourage de Paul Martin, s'interrogeait sur sa capacité de satisfaire les demandes du Québec, sans créer de précédent dans un contexte canadien. En coulisses, le gouvernement Martin se dit prêt à financer les priorités en santé choisies par la province, et sans réédition de compte ailleurs que devant l'électorat québécois. Mais le gouvernement Charest fait valoir, avec raison, que la santé ne se limite pas aux hôpitaux et aux cliniques médicales. L'élimination de la pauvreté, l'activité physique et la qualité de l'environnement sont tout autant de domaines qui ont une incidence sur la santé. Le ministre Philippe Couillard a besoin d'un autre investissement de 600 millions $ sur deux ans, pour compléter le travail amorcé dans la réduction des listes d'attente. Québec est persuadé de pouvoir atteindre cet objectif sans avoir à se lier les mains sur des projets financés à même des subventions fédérales non récurrentes qui pourraient disparaître dans deux ou trois ans.
Le gouvernement québécois a désespérément besoin des fonds fédéraux pour alléger la croissance des coûts de la santé et investir un peu dans les autres ministères. Le premier ministre Charest a une fiche à peu près impeccable. Mais sa promesse de baisses d'impôt affaiblit sa cause. Sans s'ingérer dans la gouverne québécoise, Paul Martin ne serait pas déraisonnable en lui demandant une garantie que l'argent pour la santé ne sera pas détourné au profit d'un engagement électoral du Parti libéral du Québec.
GLavoie@lesoleil.com

Le bloc fédéral-provincial
Claude Morin, journaliste indépendant.
Le Devoir lundi 13 septembre 2004
L'entrevue - Selon le politologue Alain Gagnon, nationalisme québécois et démocratie canadienne font malgré tout bon ménage
Le politologue Alain G. Gagnon estime que l'élection d'un gouvernement minoritaire à Ottawa, en juin dernier, sert bien la démocratie et pourrait favoriser la mise sur pied de mesures sociales bénéfiques pour les citoyens. Titulaire de la chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, établie au département de science politique de l'UQAM, il constate également que, malgré des divergences politiques bien campées de part et d'autre, il ne serait pas du tout impossible de voir se former certaines alliances stratégiques entre libéraux et bloquistes au cours des prochains mois.
Pour se maintenir au pouvoir, l'équipe de Paul Martin devra opter pour un virage à gauche, observe le professeur Gagnon : «Le gouvernement actuel sera probablement obligé de diriger le pays avec des programmes sociaux plus équitables, une volonté accentuée de répartition de la richesse collective et des programmes sociaux relativement avant-gardistes, sinon il sera rapidement défait en Chambre.» À la lumière des résultats compilés dans son ouvrage, Partis politiques et comportement électoral au Canada (Boréal), Alain Gagnon perçoit plusieurs éléments positifs dans la gouvernance minoritaire aux Communes.
«Les gouvernements Pearson, par exemple, ont donné au Canada en 1963 et 1965 un pays plus ouvert à la symétrie, donc à un partage distinct des compétences selon les responsabilités des provinces. Et de 1972 à 1974, M. Trudeau a élaboré un programme gouvernemental tout à fait satisfaisant avec l'appui des néo-démocrates.
«C'est à ce moment-là, d'ailleurs, que l'État a fait l'acquisition de Pétro-Canada. Il y avait une politique d'affirmation nationale assez forte, surtout en réaction à l'américanisation. Ce sont des gouvernements qu'on dit instables, mais, sur le plan politique, ils ont fait des compromis qui ont permis au Canada de se maintenir et de passer au travers de crises majeures.»
Le politologue considère que les gouvernements élus avec une forte majorité ont déçu le public au cours des dernières décennies. «Ces premiers ministres se croient à peu près tout permis et cela ne donne pas une démocratie en très bonne santé. L'inverse force le leadership du parti ministériel à être beaucoup plus près de la volonté générale.»
Une alliance bloquiste-libérale?
Même s'il est encore difficile de prévoir comment s'exercera la balance du pouvoir à Ottawa, le professeur Gagnon demeure convaincu que le Bloc québécois y jouera un rôle significatif, conscient de la responsabilité qui lui incombera. «Il est certain que les bloquistes vont agir autant dans l'intérêt de l'ensemble des Canadiens que de celui des Québécois parce que ces intérêts, à maints égards, sont convergents. Ce n'est pas parce qu'ils défendent le Québec que cela va nécessairement à l'encontre du pays.»
Le politologue déplore les propos tenus par son ex-collègue et nouveau ministre de l'Environnement, Stéphane Dion, qui, au lendemain des élections fédérales, déclarait qu'un gouvernement libéral, même minoritaire, n'accepterait pas de s'allier avec les députés bloquistes: M. Dion a oublié qu'en politique, «tout est possible», même les alliances les plus inusitées. «À mon sens, ce fut un discours fort malhabile et, dans une certaine mesure, réactionnaire.»
Pour le professeur, le Bloc va continuer de talonner le gouvernement sur des sujets comme l'assurance-emploi ou les dossiers de compétence provinciale, mais la possibilité de trouver des terrains d'entente existe réellement entre des partis politiques d'opinions très distinctes.
Selon ses observations ici et dans des pays comme la France et l'Espagne, les formations politiques aux objectifs semblables ont de la difficulté à s'entendre, tandis que les partis à l'opposé réussissent souvent à travailler ensemble. «Même si cela paraît étrange aujourd'hui, il est possible d'imaginer une alliance entre bloquistes et libéraux, des fédéralistes et des nationalistes perçus comme fort éloignés dans leur vision du pays mais qui pourraient tout de même avoir des échanges très constructifs sur divers sujets.»
Alternance et courage politique
Il est intéressant de constater, tant au Québec que dans les autres provinces, le principe du «poids-contrepoids» au sein de l'électorat. Les gens des provinces de l'Atlantique élisent des gouvernements conservateurs au provincial et des députés libéraux au fédéral. «C'est perceptible dans tout le pays, à presque toutes les époques. Cela fait partie de la tradition démocratique canadienne.» Au Québec, l'électorat a opté pour le Parti libéral fédéraliste sur la scène provinciale et se fait représenter par des députés souverainistes à Ottawa.
«Actuellement, la présence des bloquistes à Ottawa est extrêmement forte. Il s'agit en quelque sorte d'une police d'assurance que se donnent les Québécois, mais, en même temps, c'est un manque de courage politique. C'est-à-dire que l'électorat n'est pas prêt à voter OUI à un référendum pour faire la sécession ou du moins revoir le fonctionnement de la fédération. Mais lorsque vient le temps d'élire des souverainistes à Ottawa, on est très courageux.
«Cependant, on ne veut pas aller plus loin, pour l'instant du moins. Il y a là un manque de maturité politique et peut-être qu'un jour, lorsque les Québécois prendront la mesure du défi, ils décideront, au lieu de simplement voter pour des députés souverainistes, d'opter pour former un pays à la hauteur de leurs passions, de leurs émotions et de leurs valeurs.»
Jeunes et politique
Comme plusieurs observateurs, Alain Gagnon se dit préoccupé du désintérêt des jeunes de moins de 35 ans à l'égard de la politique et surtout de leur hésitation à se présenter aux urnes. Mais il retient aussi que cette réalité s'accompagne d'un autre phénomène de société: «On a raison de s'inquiéter. Par ailleurs, on constate que les jeunes s'impliquent de façon différente aujourd'hui. Au lieu d'aller voter, ils s'engagent dans la lutte altermondialiste et le mouvement écologiste. À certains égards, ils n'ont pas tort de se méfier de la classe politique parce que les décideurs ont beaucoup déçu.»
Pourtant, la question québécoise devrait susciter l'intérêt des jeunes: «Le Québec est devenu un acteur incontournable sur la scène internationale.» Des nations comme l'Écosse, la Wallonie, la Catalogne, la Galice, la Corse ou les Pays basques perçoivent le nationalisme québécois comme «porteur de libertés, un nationalisme émancipé qui défend des valeurs sociales très avancées. On réalise aujourd'hui que libéralisme et nationalisme peuvent être considérés comme des thèmes interconnectés qui s'alimentent mutuellement et qui ne sont pas nécessairement en contradiction.
«Pendant des années, on s'est fait dire par les Canadiens, hors Québec surtout, que le Québec ne peut pas être porteur d'un nationalisme libéral. Or la preuve a été faite, au cours des 40 dernières années, qu'il y a ici un véritable mouvement nationaliste porteur de valeurs libérales tout en étant un modèle pour plusieurs sociétés à travers le monde.»
Selon lui, la situation politique québécoise demeurera à l'avant-scène au cours des prochaines années et continuera de susciter de l'intérêt ici et ailleurs. «À ma connaissance, il n'existe pas, dans le monde, présentement, de situation aussi avancée que celle du Québec au niveau d'une volonté populaire autonomiste. C'est la nation la plus prête et la plus proche de réaliser son projet de souveraineté pleinement assumée. À ce chapitre, le renvoi à la Cour suprême demandant si le Québec avait le droit de faire sécession a causé une certaine surprise dans plusieurs États du monde.
«En fait, la cour confirme le droit des Québécois de faire sécession à condition que la question et la réponse soient claires. Au chapitre de la jurisprudence, cela sort de l'ordinaire puisque la cour a en quelque sorte légitimé le mouvement souverainiste québécois dans la mesure où les valeurs défendues sont des valeurs libérales.»
Le credo politique du professeur Gagnon pourrait se résumer ainsi: «Mon projet a toujours été de mieux comprendre et faire comprendre le Québec, que je considère comme un modèle de démocratie extrêmement avancée.»

Un messager du Québec
Michel Venne
Le Devoir lundi 13 septembre 2004
J'ai rencontré Ingo Kolboom la première fois à Moncton, en 1999. J'étais en conversation avec un historien acadien, dans le cadre d'un reportage sur le Sommet de la Francophonie. Mon interlocuteur vomissait sa rage contre le nationalisme québécois.
M. Kolboom s'est approché. Avec son fort mais charmant accent allemand, il s'est poliment glissé dans notre échange. En trois minutes, il avait désarçonné son collègue acadien (Kolboom est lui aussi historien). Il parlait avec compétence, clarté et discernement des raisons de l'émergence d'une nation québécoise, comme si ce fut sa patrie. Aussi convaincant que René Lévesque, sans le complexe d'infériorité.
Le professeur était venu au Québec en 1990, invité par le Collège militaire royal de Saint-Jean pour prononcer une conférence à l'occasion de la réunification allemande. Il tombe «en amour» avec le Québec dont il découvrira plus tard la littérature avant de fonder, à Dresde, dans l'ex-Allemagne de l'Est, un centre d'études québécoises.
«Ce qui m'a frappé lorsque j'ai découvert le Québec, dit-il à Jean Paré, pour une entrevue parue dans L'actualité de janvier 2003, c'est l'incertitude quant à l'identité, un sentiment que je connais bien. Né après la guerre, explique-t-il, j'ai grandi dans un imaginaire allemand qui ne collait plus avec la réalité, celui de l'Allemagne de mes parents. Ma génération a été en rébellion contre les pères soldats; ici, c'était contre les pères curés.»
Le noeud de la question est là: «La capacité d'assumer son propre pays, de l'aimer, d'en accepter de la même manière la joie et le fardeau, et de le modifier en conséquence. Normaliser sans oublier. Devenir normal et se souvenir malgré tout», explique-t-il dans Pièces d'identité, paru chez Fides.
M. Kolboom a fortement contribué à faire connaître et reconnaître la production littéraire québécoise en Europe, en particulier en Allemagne, où le Centre interdisciplinaire de recherches franco-canadiennes/Québec-Saxe (CIFRAQS), basé à l'Université de Dresde, fondé par lui en 1994, a déjà publié trois ouvrages à ce sujet, dont une anthologie.
La contribution de cet homme de culture et de loyauté s'appuie sur une connaissance profonde du Québec, construite non seulement sur des contacts officiels mais sur des liens d'amitié forts et sincères. Cet homme franc et sensible fait son effet. L'écrivain Gilbert Dupuis en a fait un personnage de son roman La Chambre morte (VLB, 2002): «Je l'imaginais plus grand. En fait, il est petit et d'une stature qui contraste de manière amusante avec celle de De Legrave. Le savant prend le temps de respirer, d'évaluer le public. Un silence se fait. Ce type, à coup sûr, en impose.»
***
Ingo Kolboom est un passseur: qui fait passer la culture des uns vers les autres et vice versa. À lui seul il a bâti un pont entre le Québec et l'Allemagne, et encore davantage.
L'un de ses apports particuliers est d'être situé au centre d'un triangle entre le Québec, l'Allemagne et la France. Son engagement dans diverses instances franco-allemandes lui permet en effet de favoriser les contacts entre les acteurs des trois pays. Il se fait le promoteur de l'autre Amérique incarnée par le Québec, «là où l'on écrit autrement».
Il comprend mal la réticence des Québécois à approfondir leurs relations en Europe avec d'autres nations que la France. «Pourquoi les Québécois qui se plaignent tant de l'incompréhension du reste du monde à leur endroit, me demande-t-il lors d'une entrevue en 2000, négligent-ils de développer des relations constructives et suivies avec ceux qui s'intéressent à lui?»
Kolboom enfonçait encore le clou, au début de l'année, lors du passage du premier ministre Jean Charest à Munich et à Berlin. «Les Québécois ignorent les liens tissés entre nos deux pays, l'Allemagne étant le premier marché d'exportation du Québec en Europe et le deuxième dans le monde après les États-Unis (chiffres de 2002), et le Québec réalisant à lui seul la moitié des exportations canadiennes vers l'Allemagne.»
Kolboom enrage lorsqu'il constate l'intérêt mitigé que portent les Québécois à des gens comme lui, «messagers bénévoles qui portent le Québec en eux» et ouvrent à ses créateurs, ses entrepreneurs, ses scientifiques, des sentiers diversifiés dans tous les pays du monde. L'Association internationale des études québécoises a répertorié en effet plus de 2600 experts du Québec dans près de 50 disciplines et plus de 65 pays. Quelque 20 % de ces experts sont membres de l'association, le quart sont Européens, et 20 % travaillent dans les Amériques (en dehors du Québec). En 2003, le site Internet de l'AIEQ (www.aieq.qc.ca) a reçu 41 000 visiteurs.
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Kolboom vient de quitter la présidence de cette association après cinq ans. Dans son dernier rapport annuel, il constate amèrement que «confrontée à la nécessité de faire plus avec moins, en raison notamment des réductions budgétaires qui l'ont affectée, l'Association a dû faire des choix. Ainsi, l'Association a connu un ralentissement de sa croissance, notamment en matière de recrutement de nouveaux membres. En revanche, elle a répondu à un nombre sans précédent de demandes d'aide de la part de ses membres.»
Une association qui répond à un besoin évident mais dont le travail paradiplomatique, pourtant essentiel, n'est pas reconnu à sa juste valeur. À la fin de sa présidence de l'AIEQ, Ingo Kolboom a été décoré Officier de l'Ordre des Palmes Académiques... de la République française.
Merci à ce messager du Québec.
michel.venne@inm.qc.ca

Les évêques disent non au bouclier antimissile
Alain Ambeault, csv
Le Devoir lundi 13 septembre 2004
Monsieur le Premier ministre,
La Conférence religieuse canadienne (CRC), représentant plus de 22 000 religieuses et religieux au Canada regroupés dans 230 congrégations religieuses, vous demande instamment de ne pas collaborer avec les États-Unis dans leur projet de déploiement d'un bouclier antimissile (BAM).
Depuis très longtemps le Canada est reconnu dans le monde comme un pays favorisant la paix et promouvant les moyens de résoudre pacifiquement les conflits. Le respect de la vie sous toutes ses formes et la recherche de la paix dans le monde sont des valeurs auxquelles nous croyons profondément.
Or, de multiples études d'experts, autant américains que canadiens, y compris des généraux de l'armée des États-Unis, montrent que ce projet de bouclier anti-missiles est inefficace sur le plan balistique. De plus, ce projet relancera la course aux armements, y compris les armements nucléaires, mettant ainsi en péril les traités START I et II (Strategic Arms Reduction Treaty), traités ratifiés en 1993 et 2001 et ayant pour but de réduire les arsenaux nucléaires des deux pays de 25 %.
Déjà la Chine et la Russie ont annoncé l'augmentation de leur force de frappe militaire. Le président Vladimir Poutine a réagi en affirmant que la Russie déchirerait les traités START I et II si les États-Unis allaient de l'avant avec leur projet. Or, il a été clairement démontré que l'argument des nations délinquantes ou des groupes terroristes ne justifie pas la mise en place d'un tel arsenal destiné à occuper l'espace. Cela va à l'encontre de la politique du Canada.
La véritable intention de l'administration Bush ne serait-elle pas de prétexter la défense contre le terrorisme dans le but de relancer la course aux armements et de satisfaire l'appétit insatiable du complexe militaro-industriel américain dont le secrétaire à la Défense, Ronald Rumsfeld est le principal porte-parole?
Il est prévu que les USA dépensent de 60 à 100 milliards pour ce projet. Deux milliards ont déjà été votés et 10,5 milliards sont sous la loupe du Sénat; 725 millions en intercepteurs de missiles sont promis au Japon alors que Taiwan a placé une commande d'un montant indéterminé. L'industrie de guerre canadienne aurait-elle donc flairé la «bonne affaire»?
Le Canada a su résister à l'administration Bush quand celle-ci a décidé d'envahir l'Irak en prétextant la recherche d'armes de destruction massive alors que le véritable motif était de sécuriser les immenses réserves de pétrole irakien. Nous vous prions aujourd'hui, Monsieur le Premier ministre, de résister encore et de dire non à ce projet de bouclier antimissile qui n'a pour but que de relancer l'industrie de guerre aux États-Unis.
Les efforts du gouvernement canadien doivent toujours porter vers la promotion des relations harmonieuses entre les peuples, vers le règlement pacifique des différents, vers la protection des populations innocentes et non vers la prolifération des armes nucléaires. Ces dernières seront toujours une menace à la vie sur terre et non le chemin vers la détente entre les peuples et l'établissement d'une paix durable. Si les gouvernements du Canada et des États-Unis ont des milliards à dépenser, ils peuvent le faire au moyen de multiples projets internationaux visant à éradiquer la pauvreté, la maladie et l'injustice dans le monde.
Au nom des valeurs évangéliques qui nous motivent et de celles qui ont fait la marque de notre pays sur le plan international, nous vous prions, Monsieur le Premier ministre, de ne pas souscrire à l'intention américaine et de préserver ainsi la sagesse canadienne anti-militariste.
Alain Ambeault, csv : Président, Conférence religieuse canadienne

La déconstruction libérale du Québec
Un terrible constat d'échec du gouvernement actuel
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 11 et dimanche 12 septembre 2004
La déconstruction libérale du QuébecTitre VO : Ambitions libérales et écueils politiques
Description : Réalisations et promesses du gouvernement Charest - Gérard Boismenu, Pascale Dufour et Denis Saint-Martin - Athéna - Outremont, 2004, 184 pages
Notre chroniqueur Michel David, il y a deux semaines, se servait du cas de Pierre Reid pour illustrer la confusion du gouvernement libéral qui sévit à Québec depuis un peu plus d'un an.
Le printemps dernier, lors de la grande manifestation syndicale du 1er mai 2004, Gilles Paquette, de la FTQ, résumait en ces termes le seul effet positif de l'équipe Charest : «Ce gouvernement a ceci de bon : il nous oblige tous à remettre nos convictions à la bonne place et à nous mobiliser.» Les gars de Loco Locass, eux, se veulent encore plus clairs et n'hésitent pas à lancer leur retentissant «Libérez-nous des libéraux !». L'opinion publique, pour sa part, ne fait pas exception à ce courant de mécontentement. Soixante-dix pour cent des citoyens, en effet, seraient insatisfaits de ce gouvernement.
«Qu'est-ce qui explique cette apparente coupure entre le gouvernement et l'opinion publique ?», demandent Gérard Boismenu, Pascale Dufour et Denis Saint-Martin dans un petit ouvrage plus qu'instructif intitulé Ambitions libérales et écueils politiques. L'amateurisme libéral ? L'aveuglement idéologique de ce gouvernement ? Son parti pris patronal ? Un peu de tout ça, répondent les trois politologues de l'Université de Montréal, en s'appuyant sur une analyse qui, quoique non partisane, s'avère franchement critique.
La technique du TINA
Obsédé par la taille de l'État, le gouvernement, dès ses premiers pas, a opté pour la technique thatchérienne du TINA («There Is No Alternative») afin de justifier son projet de réingénierie. Le trou budgétaire de 4,3 milliards, «découvert» par l'ancien vérificateur général, Guy Breton, aura essentiellement servi à instaurer «une forme de pensée unique où le gouvernement dit ne plus avoir aucune marge de manoeuvre» (sic). Conclusion libérale : il faut moderniser l'État. De quelle manière ? En s'inspirant de la phrase fétiche de Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du trésor, empruntée à l'économiste anti-interventionniste Milton Friedman : «Less Government Is Better Government.»
Le concept de réingénierie, importé de l'univers du management, est pourtant, précisent les auteurs, déjà discrédité dans les écoles de gestion et il repose, de plus, sur une prémisse plus que douteuse, selon laquelle il ne faut «pas impliquer [sic] la base dans le développement des projets de réingénierie, car on soupçonne cette dernière de résistance face au changement». Ce «caractère top-down» du processus explique donc le recours aux consultants en gestion du secteur privé, qui ne seraient pas, eux, en conflit d'intérêt. Pourtant, écrivent Boismenu, Dufour et Saint-Martin, «les consultants externes ne sont ni plus ni moins désintéressés que les ressources internes. Les consultants sont des colporteurs d'idées dont la survie dépend de leur capacité à générer des profits.»
Qu'un des plus grands experts britanniques en matière de réingénierie, Christopher Pollitt, ait conclu qu'«il n'existe tout simplement aucune preuve irréfutable de changements dans les performances du secteur public» soumis à ce processus, qu'on sache, «depuis les travaux de Michel Crozier», que l'on ne «change pas la société par décret», cela n'aura pas empêché le gouvernement Charest d'opter «pour une vision poussiéreuse ou dépassée de la gestion publique», qu'il a rebaptisée «modernisation».
L'obsession des partenariats public-privé (PPP), d'ailleurs, constitue une autre démonstration d'aveuglement idéologique qui se drape dans le manteau de la recherche d'efficacité. L'idée, dit-on, serait de faire entrer la dynamique de la concurrence dans l'administration publique. Dans les faits, toutefois, les choses ne sont pas si simples : «Autrement dit, il n'y a souvent qu'un petit nombre de firmes ou d'entreprises disposant des connaissances recherchées par le gouvernement. À cet égard, la recherche montre très clairement que la dynamique de la concurrence ne s'applique pas.» Plus encore, compte tenu du fait que la responsabilité gouvernementale continue de s'appliquer (une chance !) même à des projets qui fonctionnent en PPP, ceux-ci «sont producteurs de réglementation et de paperasse -- un effet qui va pourtant à l'encontre de l'objectif du gouvernement Charest de créer un État plus mince».
Un gouvernement qui s'oppose
Ce qui semble, au fond, fatiguer le plus le gouvernement Charest -- et c'est ce qui expliquerait que, même au pouvoir, sa formation se comporte comme un «parti d'opposition qui démantèle les politiques avec lesquelles il n'était pas d'accord, sans définir, en termes positifs, les actions à prendre» --, c'est ce que plusieurs ont appelé le modèle québécois, c'est-à-dire «des pratiques institutionnalisées et des instruments publics au Québec, qui ont pour suprême défaut de ne pas correspondre à une image simplifiée du modèle libéral incarné aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, ou encore à quelques diktats d'un univers libéralo-conservateur stylisé».
Adhérant à une vision atomiste de la société québécoise qui porterait «7 millions d'ambitions», le gouvernement Charest méprise la pratique de la concertation propre au Québec et met tout en oeuvre afin de marginaliser les acteurs collectifs, surtout les syndicats et les groupes communautaires, au profit d'une parole citoyenne individuelle à laquelle on donne 30 secondes pour s'exprimer lors de forums de consultation ou que l'on envoie se perdre sur Internet en lui chantant les vertus du gouvernement en ligne. En d'autres termes, on casse les médiateurs légitimes au nom d'un individu désincarné dont la parole, privée de relais collectif, se joue aux «lotos-forums» ou se perd dans le cyberespace. On comprend, dans les circonstances, que la société civile retrouve, plus que jamais, le goût de la solidarité.
Au chapitre de la question identitaire, le bilan, on le devine, n'est guère plus reluisant. «Rarement aura-t-on vu, constatent les politologues, un gouvernement québécois entretenir une pareille vacuité pour la désignation de la société québécoise, prise comme une communauté nationale, et sur les conditions de réalisation et de développement de son identité.» Qu'on en juge : interprovincialisme naïf, cafouillage dans les programmes de francisation des immigrants, silence embêté sur la question de l'avenir du français au Québec et promotion de l'anglais dès la première année du primaire, incertitude à l'égard de Télé-Québec, immobilisme dans la gestion du patrimoine bâti, liquidation de l'Observatoire québécois de la mondialisation, politique internationale qui se noie dans l'ordre du jour fédéral, etc. «Nous sommes ce que nous sommes», affirme Jean Charest pour nous définir. Du petit provincialisme pur jus, quoi.
Certains ont expliqué les déboires de ce gouvernement par sa maladresse à faire passer son message. Fausse piste, répliquent les auteurs de ce petit ouvrage éclairant et absolument indispensable. Le problème a trait au contenu et à la direction d'ensemble de ce gouvernement : «Une définition de problème peu convaincante, des solutions posées uniquement en termes négatifs et une alternative floue et peu crédible seront toujours à la source de problèmes de communication; les artifices ne sauraient qu'être des trompe-l'oeil pour celui qui y a recours.» Voilà ce à quoi ils étaient prêts.
louiscornellier@parroinfo.net
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Radio-Pravda-Canada
L'éternel marathon
de la SRC contre l'identité québécoise
Jean Dunois
TRIBUNE LIBRE 13 septembre 2004
Hier, le 12 septembre, Radio-Canada annonçait que la Canadienne Nicole Stevenson remportait la palme féminine
du Marathon international de Montréal.
Mme Stevenson est pourtant une
Québécoise, de Montréal qui plus est.
Or même dans la métropole du
Québec, au coeur de la nation, une Québécoise est toujours, envers et contre
tout, une Canadienne... pour la Société Radio-Canada.
Une société d'«
État » qui m'endoctrine à même mes propres impôts.
Certes, on le
savait depuis longtemps - grosso modo depuis que le PLC a pris le pouvoir en
1993 (vous vous souvenez...? MM. Jean Chrétien, Alfonso Gagliano, Stéphane Dion,
Denis Coderre, Jean Pelletier, Charles Guité, André Ouellet, Pierre Stewart
Pettigrew et... Paul Martin) - pour ce qui regarde le politique
québéco-canadien.
Mais dorénavant, le sport n'y échappe plus : la
propagande radio-canadienne ne connaît vraiment plus de limites...
Vous
êtes plus qu'imbuvables
(http://www.imperatif-francais.org/dossiers/dossiers.php?id_dossier=3171,
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-25.html#tlmg,
http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=303&page=0, etc.),
gens de Radio-Canada : vous avez carrément perdu toute crédibilité
journalistique et intellectuelle.
Jean Dunois
Citoyen du
Québec
13-IX-04
Services
concernés : "Liza Frulla,
ministre de Patrimoine Canada" frulla.l@parl.gc.ca, sportnm@radio-canada.ca,
adrenaline@radio-canada.ca, manon_gilbert@radio-canada.ca,
auditoire@radio-canada.ca, nouvelles-internet@radio-canada.ca, "Robert
Rabinovitch, PDG de la SRC" robert_rabinovitch@cbc.ca,
nouvellesweb@radio-canada.ca

TRIBUNE LIBRE
ASYMÉTRIQUE, LE FÉDÉRALISME?
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 13 septembre 2004
Amusant de voir les premiers ministres des provinces crier au génie, face à l’idée d’appliquer un fédéralisme asymétrique soutenu par Jean Charest. À l’aube de la réunion du 13 au 15 septembre à Ottawa concernant le financement fédéral du système de santé, il serait permis de croire que le gouvernement canadien ainsi que les provinces anglophones fassent preuve de souplesse et laissent Québec faire bande à part.
Bernard Lord, premier ministre du Nouveau-Brunswick, était tout sourire : « voilà de quelle manière Ottawa devrait toujours se comporter avec les provinces. » Pour lui, une nouvelle ère de collaboration vient de débuter avec l’État fédéral!
Pas le moindre mot cependant sur le fait que le gouvernement minoritaire de Paul Martin n’ait tout simplement pas le choix que d’obtempérer, s’il veut survivre. Un refus d’allouer aux provinces ce qu’elles veulent entraînerait irrémédiablement sa chute. Ce n’est donc que sous haute pression politique qu’Ottawa daigne écouter les provinces, et non pas parce qu’animé d’une soudaine flexibilité.
D’ailleurs; L’État canadien ne cèdera pas sur toute la ligne. À preuve : aucun ordre du jour n’a encore été envoyé aux provinces en vue de la prochaine réunion dans la capitale fédérale. C’est que les conseillers de Paul Martin cherchent assurément une façon d’intégrer subtilement la contribution en paiement de péréquation dans la même enveloppe budgétaire qui sera consentie en santé. Ce qui risque de faire dérailler la rencontre. Les représentants des provinces riches attendront de Jean Charest qu’il jette du lest au chapitre de la péréquation, en échange de son droit de se soustraire du programme fédéral d’assurance-médicament. Assisterons-nous à l’imposition d’un nouveau concept de transfert social canadien? Espérons que non car ce mécanisme de financement global fédéral se traduit toujours par un manque à gagner pour le Québec.
Également, il est loin d’être certain qu’Ottawa voudra se montrer réceptif dans le dossier du déséquilibre fiscal. Paul Martin ne l’a d’ailleurs jamais reconnu. Pour lui, les difficultés financières des provinces se résument à l’augmentation des coûts de fonctionnement du système de soin de santé. Ce qu’il veut justement régler, à la réunion d’Ottawa. Déjà, des rumeurs proviennent du Parlement canadien concernant l’annulation d’une rencontre qui devait aborder le litige fiscal, après celle touchant la santé. Le Bloc québécois devra maintenir la pression aux communes, tout en affirmant que cette situation n’existerait pas, dans le pays du Québec. Il serait étonnant de voir Jean Charest défendre l’entourloupette du gouvernement fédéral. Voilà une partie de bras de fer qui risque fort d’être pédagogique pour l’option souverainiste.
Finalement, rien n’a changé sur les bords de la rivière des Outaouais. Bernard Lord aura montré au grand jour, une fois de plus, à quel point il n’est qu’un spectateur insignifiant face au rouleau compresseur fédéral. Ce n’est que lorsque assiégé, menacé et affaibli que celui-ci ralentit; point. Ces trop rares occasions sont les seules qui permettent aux provinces de souffler un peu. Asymétrique à s’y méprendre, ce fédéralisme…

TRIBUNE LIBRE
1759 - 2004 (Celebrating the Great British Victory over France 245 years ago)
Kenneth T. Tellis
TRIBUNE LIBRE 13 septembre 2004
Celebrating the 245th Anniversary of the conquest and surrender of Quebec
City, by the French army and members of the Canadien (Mongrel) Militia on
September 13-15, 1759 to British General James Murray, Commander of the
British Army and Regiments from Britain's American colonies.
Gone were the dreams of a French Empire on North America soil, and
gone are the dreams of their Mongrel offspring of creating a Canadien
(Quebecois) Nation. Louis-Joseph Marquis de Montcalm butcher of men,
women and children at Fort Oswego and Fort William Henry died as he lived
from his own cruelty and savagery on September 15, 1759, his last words to
the British representative of British General James Murray: "Spare my
people!"
This coming from the butcher of Fort Oswego and Fort William Henry was
hypocritical. He was verily a cruel and evil man till his death, asking
for forgiveness from his enemies the British for his crimes. But General
JameWolf's dying words says it all: "Now God be praised. I will die in peace!"
==============
L'autre version de l'histoire... - Vigile
"L'histoire de la Nouvelle-France
se ferme sur cette image
d'immense détresse." - Lionel Groulx
