
Le Québec obteint une entente asymétrique
Lessard, Denis; Bellavance, Joël-Denis
La Presse jeudi 16 septembre 2004
18 MILLIARDS POUR LA SANTÉ
Ottawa - Confrontés à la sombre possibilité que leur rencontre au sommet hautement médiatisée se solde par un échec retentissant, le premier ministre Paul Martin et ses homologues provinciaux ont multiplié les compromis hier, afin de conclure une entente qui permettra aux provinces d'obtenir quelque 18 milliards de dollars de plus d'Ottawa en six ans pour la santé. Cette entente, dont les détails étaient toujours en cours de rédaction au moment de mettre sous presse, a finalement été conclue, à l'arraché, après plusieurs heures de négociations intenses entre les premiers ministres et leur équipe de fonctionnaires.
Pour empocher cette somme d'Ottawa, les provinces ont dû s'engager à élaborer d'ici le 31 décembre 2005, à l'aide d'experts médicaux, un tableau précisant les délais d'attente acceptables pour divers actes médicaux. Elles devront aussi déterminer des moyens pour respecter les exigences de ce tableau.
Dans le cadre de cet accord, le Québec obtient, comme il le réclamait depuis quelques semaines, un statut particulier. Le gouvernement fédéral ne lui impose aucune condition pour obtenir sa part des nouveaux investissements fédéraux en santé une particularité qui a fait grincer des dents chez les provinces de l'Ouest. Mais ultimement, insistait-on tant du côté fédéral que du Québec, toutes les provinces pourront profiter de ce traitement distinct, que les mandarins fédéraux se plaisaient hier soir à qualifier " d'asymétrie canadienne ".
Déséquilibre fiscal
Malgré les réticences initiales du gouvernement Martin, le Québec a aussi arraché la tenue d'une deuxième conférence fédérale-provinciale sur la péréquation. Québec compte profiter de cette rencontre pour discuter en profondeur du déséquilibre fiscal qui existe entre Ottawa et les provinces.
Après avoir encaissé les attaques soutenues de ses homologues provinciaux devant les caméras pendant deux jours, Paul Martin a mis de côté sa promesse de conférence publique et choisi de régler derrière des portes closes le gouffre qui séparait Ottawa et les provinces. C'est à huis clos que l'on régla finalement le contentieux sur le financement requis du fédéral pour régler les problèmes qui affligent le régime de soins de santé pour " une génération ", la formule fétiche de M. Martin en campagne électorale.
M. Martin s'était engagé à tenir toute cette rencontre au sommet devant les caméras. Mais ses conseillers ont compris, après deux jours de discussions où les provinces n'ont pas hésité à faire le procès du fédéral, qu'il était préférable d'utiliser la même stratégie que son prédécesseur, Jean Chrétien, afin d'éviter l'humiliation d'un échec.
En début de journée, l'écart entre l'offre d'Ottawa et les demandes des provinces semblait impossible à combler. Les provinces, qui réclamaient au départ 36 milliards sur six ans, avaient rejeté la dernière offre de 15 milliards. Elles avaient ensuite fait une contre-proposition à 21 milliards avant qu'un terrain d'entente soit trouvé, à 18 milliards.
Paul Martin a fait son entrée au Centre de conférences pour la première fois vers l'heure du midi afin de faire le point sur les négociations en compagnie de quatre premiers ministres: Jean Charest (Québec), Dalton McGuinty (Ontario), Bernard Lord (Nouveau-Brunswick) et Gordon Campbell (Colombie-Britannique).
Devant les journalistes, M. Martin avait la mine déconfite après avoir passé une partie de la nuit à négocier ferme avec l'ensemble de ses homologues pour éviter que cette première rencontre fédérale-provinciale sous sa gouverne se solde par un échec retentissant.
" Ce qui est important, c'est vraiment d'avoir une entente qui répond aux besoins de Canadiens et des Canadiennes. C'est primordial pour moi. L'argent est une question importante. Mais ce qui m'importe le plus, c'est d'avoir un plan de 10 ans pour renforcer le régime de soins de santé. D'avoir des redditions de comptes, de s'attaquer directement aux délais d'attente, l'embauche de docteurs, les soins à domicile. (...) C'est la question la plus importante ", a dit M. Martin durant un bref point de presse.
Le premier ministre a ensuite laissé entendre que les provinces réclamaient de l'argent sans avoir de véritable plan pour améliorer le régime de soins de santé.
" En ce moment, nous n'avons pas ce plan de 10 ans. Il faut remettre les boeufs devant la charrue. Il faut avoir ce plan, et après avoir élaboré ce plan, nous pourrons nous entendre sur le financement ", a-t-il déclaré. En fait assez rapidement, hier, selon les provinces, Ottawa avait consenti à bonifier l'offre soumise pendant la nuit aux premiers ministres provinciaux. De 15 milliards de dollars, on était passé à 18 milliards sur six ans, un niveau jugé acceptable par les provinces qui avaient ramené leurs attentes de 36 à 20 milliards durant la nuit.
Après avoir constaté quelques progrès, l 'Ontarien Dalton McGuinty, qui est président du Conseil de la fédération, est venu annoncer aux journalistes qui faisaient le pied de grue au Centre de conférences " qu'il y a encore beaucoup de bonne volonté autour de la table " et que les premiers ministres et les fonctionnaires multipliaient les efforts pour trouver une entente. Quelques phrases d'encouragement qu'il est venu répéter quelques minutes avant les bulletins d'information de 18 h.
Quatre comités
D'un commun accord, Ottawa et les provinces ont mis sur pied quatre comités dans le but de débroussailler davantage les sujets de négociations. Ces comités, auxquels siégeaient des premiers ministres et des fonctionnaires des deux ordres de gouvernement, se penchaient sur les finances, le programme de péréquation, le Québec et la rédaction du communiqué final.
Mais en matinée, les premiers ministres des provinces avaient du mal à contenir leur colère après avoir pris connaissance des propos d'un proche collaborateur de Paul Martin selon lequel ce dernier serait prêt à quitter la table des négociations au lieu de " signer une mauvaise entente ".
Après une courte nuit de sommeil, le Manitobain Gary Doer s'est montré le plus lapidaire à l'endroit de son homologue fédéral. " Paul Martin affirme qu'il peut esquiver toute entente si elle est mauvaise. La réalité, c'est qu'il ne peut pas esquiver sa promesse électorale de réparer le régime de soins de santé pour une génération. Et pour faire cela, il faut de l'argent ", a dit le premier ministre néodémocrate.
Un proche collaborateur de M. Martin soutenait que le premier ministre refusait de délier davantage les cordons de la bourse fédérale sans avoir un engagement ferme de la part des provinces qu'elles utiliseraient cette somme pour atteindre certains objectifs.
" Nous avons signé des accords en 2000 et 2003 et nous n'avons rien obtenu en retour même si nous avons investi des sommes colossales dans la santé. Nous voulons avoir l'assurance que les nouveaux investissement serviront à quelque chose ", a déclaré le collaborateur.
Les ententes de septembre 2000 et de février 2003 prévoyaient des fonds ciblés pour les soins à domicile et l'achat d'équipement de pointe par exemple, mais aucun mécanisme de contrôle n'a depuis vérifié si l'argent avait été aiguillé au bon endroit, a-t-on expliqué.
Cette fois, Ottawa tenait à la mise en place de "repères " établis par la communauté scientifique pour que les citoyens de tout le pays aient une base de comparaison commune de l'efficacité du système de santé dans leur province. Mais ces balises ne seront pas contraignantes. Une province qui ne pourrait fournir des interventions dans les délais souhaitables sur le plan médical ne sera pas pénalisée par une réduction de fonds, d'expliquer les fonctionnaires fédéraux.
Ottawa tenait aussi à ce que les provinces fixent entre elles des objectifs communs au chapitre des délais d'attente et uniformisent leur méthode visant à mesure l'efficacité de leur système de santé.

Romanow en faveur d'une entente assortie de conditions
Pascale Breton
La Presse jeudi 16 septembre 2004
Ottawa - Peu importe le résultat de la conférence fédérale-provinciale sur la santé, ce qui est certain aux yeux de Roy Romanow, c'est qu'Ottawa ne doit pas dicter dans le menu détail les objectifs aux provinces en matière de réforme.
Par contre, a-t-il martelé hier, le fédéral ne peut se permettre de donner un chèque en blanc aux provinces sans l'assortir de conditions. " Nous avons besoin d'une réforme du système des soins de santé, mais aujourd'hui, elle requiert des conditions ", a-t-il déclaré en entrevue à La Presse.
Depuis le début de la conférence, le premier ministre du Québec, Jean Charest, n'a cessé d'affirmer qu'il n'entend pas se faire dicter par le fédéral ses priorités en matière de santé, d'autant plus qu'il s'agit d'un champ de compétence provinciale.
Par contre, Ottawa n'a pas le choix d'agir de la sorte puisqu'il doit s'assurer que les fonds seront dépensés à bon escient, argumente M. Romanow.
" Si vous me donnez 100 millions de dollars pour que j'aille me faire couper les cheveux et qu'à la place, j'organise une grosse fête et que je dépense tout l'argent, à la fin, j'ai toujours besoin d'une coupe de cheveux ", illustre-t-il.
M. Romanow, qui a sillonné le pays pendant un an avant de pondre un rapport publié en 2002 sur la viabilité des soins de santé au Canada, reconnaît toutefois qu'il est primordial de respecter les caractéristiques propres à chacune des provinces. Il y a là un avantage important, souligne d'ailleurs cet ancien premier ministre néo-démocrate de la Saskatchewan. Chacune des provinces peut se servir de ce qui fonctionne bien ailleurs pour l'implanter chez elle.
La collaboration devient alors une clé de la réussite. " Chaque juridiction, au Québec, en Saskatchewan ou ailleurs, peut aider les autres, explique M. Romanow. Votre modèle de CLSC est un bon exemple, une bonne idée qui pourrait peut-être être appliquée en Saskatchewan. "
Selon lui, cette collaboration nécessaire peut aussi s'étendre au Conseil canadien de la santé- mis sur pied cet été par l'ensemble des provinces et des territoires- et ce, même si Québec refuse d'en faire partie parce que son propre Conseil santé et bien-être remplit une mission similaire.
Par ailleurs, alors que la journée d'hier s'éternisait en discussions sur le montant des transferts que pourrait consentir Ottawa aux provinces, M. Romanow a reconnu " que cette conférence aura probablement démontré à quel point une telle rencontre nécessite beaucoup plus d'organisation avant de commencer ". L'impasse d'hier " montre que quelqu'un gouverne et c'est le premier ministre fédéral ", a-t-il ajouté.
Bien au fait
Il faut dire que M. Romanow est bien au fait des discussions, lui qui a passé la majeure partie de la conférence sur les ondes de la télévision anglaise de Radio-Canada à titre d'analyste exclusif. Il a répété à plusieurs reprises- et encore une fois en entrevue à La Presse- que l'offre d'Ottawa comblait " l'écart Romanow " qu'il dénonçait lui-même dans son rapport.
Les fonds promis par le fédéral ramèneraient le niveau de transfert à 25 % des dépenses pour les soins médicaux et hospitaliers. Le problème, c'est que les provinces veulent faire grimper la facture en incluant aussi dans le financement la prévention et les soins en santé mentale notamment, ce qui n'a jamais fait partie de l'entente ", a-t-il affirmé. Des propos utilisés à maintes reprises au cours des derniers jours par le fédéral.

Un pacte de 18 milliards $ et une clause "Québec"
Martin et les PM concluent une entente à l'arraché
Raymond Giroux
Le Soleil jeudi 16 septembre 2004
Ottawa - Ottawa versera 18 milliards $ sur six ans pour financer le régime de santé canadien, dont 4,5 milliards $ reviendront au Québec, et le premier ministre, Jean Charest, a obtenu la reconnaissance qu'il recherchait pour l'État québécois dans le cadre d'une entente particulière.
Le Québec obtient ainsi dans la foulée d'un fédéralisme "asymétrique", une première constitutionnelle, tous les avantages financiers de cette entente, mais ne rend de comptes à personne d'autre qu'à son futur Commissaire à la santé et au bien-être.
La "clause Québec", selon son appellation technocratique du jour, émet un certain nombre de grands principes qui sont déjà en vigueur, selon les autorités québécoises, et ne modifient en rien leurs politiques.
Même le fonds ciblé destiné à réduire les délais d'attente ne fait pas exception à cette règle : comme Québec ne se plie à aucune condition, cible ou repère fixés ou négociés entre les provinces et le fédéral, il pourra disposer à sa guise de sa part de ce fonds de 4 milliards $.
Les documents officiels détaillant le nouveau pacte sur la santé n'étaient toutefois pas disponibles au moment de mettre sous presse, en début de nuit, le gouvernement ayant refusé de les dévoiler, même sous embargo.
Le gouvernement fixera lui-même ses objectifs et les façons de les atteindre, et utilisera les transferts fédéraux de la manière de son choix. Québec explique qu'il a déjà augmenté ses dépenses de santé depuis deux ans, plus que la hausse prévue dans la nouvelle entente.
L'entente aura une valeur totale de 41,2 milliards $ au bout de 10 ans, compte tenu de son indexation, et les neuf autres provinces comme les trois territoires acceptent de respecter un certain nombre de conditions, dont la reddition de comptes par des méthodes comparables.
Ces objectifs devront être définis d'ici décembre 2005 par des experts scientifiques indépendants, selon cette entente, dans une procédure qui contourne les critiques préalables des provinces contre toute tentative présumée d'intervention fédérale.
La conférence des premiers ministres sur la santé s'est ainsi terminée hier soir par une entente à l'arraché après trois jours de négociations ardues et qui se sont étirées de longues minutes après l'heure prévue.
M. Paul Martin et ses 13 homologues des provinces et des territoires devaient longuement et tour à tour exprimer leur point de vue en fin de soirée avant de répondre à quelques questions.
La cérémonie de signature de cette entente a été toutefois retardée à plusieurs reprises au cours de la soirée, notamment en raison de nombreux problèmes de traduction pour tous les termes porteurs d'éventuelles conséquences légales.
Le dossier de la péréquation a été le plus long à ficeler, ont admis les participants aux pourparlers, mais au bout du compte, Ottawa ne met pas à exécution sa menace de priver les provinces du rehaussement du programme pour l'année en cours.
Les montants prévus à ce chapitre, dont environ 370 millions $ iront au Québec, seront protégés jusqu'à la négociation d'une prochaine conférence des premiers ministres sur le sujet, le 26 octobre.
Ottawa a de plus accepté de hausser le taux d'indexation proposé de 5 à 6 %, de même que d'intégrer le fonds spécial pour réduire les temps d'attente de 4 milliards $ au régime de base après cinq ans. Cette décision ajoutera 500 millions $ par année à l'enveloppe santé du gouvernement fédéral, un montant également protégé à l'avenir par la formule d'indexation.
Le chef conservateur, Stephen Harper, s'est réjoui de cette entente qui correspond à première vue, selon lui, plus au programme électoral de son parti qu'à celui du premier ministre.
Sans en connaître le contenu en détail, M. Harper a choisi de "donner la chance au coureur et de donner le bénéfice du doute à toute entente. Les Canadiens préfèrent une entente à pas d'entente", a-t-il dit.
Sur la "clause Québec", le chef du PCC a dit avoir discuté avec M. Charest à plusieurs reprises pour lui dire qu'il trouvait "important que toute province qui le désire ait le choix d'avoir leur propre statut. On parle ici d'un champ de compétence provincial, et c'est naturel que les provinces aient le droit d'être différentes".

Le joueur des séries
Michel David
Le Devoir jeudi 16 septembre 2004
Jean Charest fait penser à ces joueurs de hockey, que les anglophones appellent parfois money players, dont la nonchalance fait enrager les amateurs durant la saison régulière, mais qui ont le don d’élever leur jeu d’un cran quand arrivent les séries éliminatoires.
Pendant cinq ans, il a réussi à convaincre pratiquement tout le monde qu’il n’avait rien du sauveur qu’on avait supplié de quitter Ottawa pour barrer la route aux séparatistes.
Chacune de ses interventions semblait plutôt confirmer sa médiocrité. Sa performance durant la campagne électorale du printemps 2003, notamment lors du débat télévisé entre les chefs de parti, n’en a paru que meilleure.
Depuis qu’il est devenu premier ministre, M. Charest a encore constitué une immense déception, autant sur le fond que sur la forme. Personne ne conteste ouvertement son leadership, mais les spéculations vont bon train sur l’identité de son éventuel successeur.
Force est cependant de constater qu’il a offert une performance digne d’un Vincent Lecavalier au cours de la conférence des premiers ministres. Il a certainement été le meilleur joueur sur la glace depuis le début de cette série. Les partisans libéraux, qui commençaient à s’inquiéter sérieusement des prochaines élections, vont se remettre à espérer : leur capitaine semble encore capable de compter le gros but.
L’entente intervenue hier soir est un indéniable succès pour lui. Si ses prétentions à défendre les intérêts du Québec semblent souvent contredites par les actions de son gouvernement, on ne peut pas l’accuser d’avoir fait preuve de mollesse cette semaine. Visiblement, Paul Martin ne s’attendait pas à se voir accuser aussi brutalement d’être directement responsable du sous-financement chronique des services de santé. C’est pourtant ce que disait déjà M. Charest à l’époque où il était chef du Parti conservateur.
Si M. Martin s’était imaginé qu’il serait un interlocuteur plus compréhensif que ses prédécesseurs péquistes, il a commis une grave erreur. Pour un premier ministre canadien, il est bien plus difficile de faire face à un authentique fédéraliste qu’à un souverainiste, dont la moindre objection peut être attribuée à la mauvaise foi. La dernière chose que souhaitait Pierre Elliott Trudeau en 1981 était de voir Claude Ryan devenir premier ministre du Québec.
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Au-delà de son image, M. Charest a tout lieu d’être satisfait du rôle joué par le nouveau Conseil de la fédération, qui constitue en quelque sorte sa contribution — et celle de Benoît Pelletier— au renouvellement du fédéralisme. Il n’avait peut-être pas tort de croire que le Conseil pourrait contribuer de façon significative à modifier la dynamique des relations fédérales-provinciales. L’introduction du principe de l’asymétrie dans un domaine aussi important que la santé pourrait marquer un tournant dans l’évolution du fédéralisme canadien.
Un des reproches que M. Charest adressait régulièrement au PQ était d’avoir abandonné à l’Ontario le leadership que le Québec avait exercé dans le passé au sein de la fédération. S’il y a un dossier où il s’est personnellement investi depuis qu’il est premier ministre, c’est bien celui-là. À Ottawa, il a incontestablement fait figure de leader.
Certes, la situation minoritaire de son gouvernement plaçait M. Martin, d’un naturel déjà plus conciliant que son prédécesseur, dans une position de faiblesse inhabituelle. Il n’en demeure pas moins qu’Ottawa n’a jamais eu affaire à un front commun des provinces aussi solide.
Un point d’interrogation subsistait pourtant en début de semaine. Lucien Bouchard et Bernard Landry avaient réussi tant bien que mal à tempérer les ardeurs centralisatrices de Jean Chrétien grâce à l’appui du premier ministre de l’Ontario, Mike Harris, mais le gouvernement Charest était très sceptique sur la capacité de son successeur libéral, Dalton McGuinty, de résister aux pressions fédérales.
Même à Toronto, on a apparemment été surpris de la nouvelle fermeté de M. McGuinty, qui avait affiché une attitude très conciliante envers Ottawa au cours des dernières semaines. «Il a peut-être du nerf, après tout», écrivait hier un columnist du Globe and Mail. «Encore un peu, on va le voir attacher le premier ministre Martin sur une voie ferrée». L’image est peut-être un peu forte, mais l’attitude de M. McGuinty a sûrement constitué une agréable surprise pour la délégation québécoise.
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Malgré les cocoricos sur le respect des compétences du Québec, le chef d’un gouvernement qui a promis de faire de la santé sa grande priorité pouvait difficilement se permettre de revenir les mains vides. À l’exception de Ralph Klein, qui pourrait s’offrir ce luxe ?
Après toutes les promesses qu’il a faites, Paul Martin aurait eu encore plus de mal à expliquer aux Canadiens qu’Ottawa reste assis sur ses surplus budgétaires, sous prétexte que les provinces étaient trop gourmandes ou refusaient de partager sa vision nationale de la santé.
Dès lors, il était inévitable qu’on oublie les belles résolutions de transparence pour revenir à ces interminables séances de marchandage à huis clos qui sont devenues une véritable tradition au Canada. S’il y a une résolution que devrait prendre M. Martin, c’est de cesser de promettre n’importe quoi sous le coup de la panique.
On peut s’attendre à ce que Bernard Landry dénonce l’insuffisance des sommes accordées au Québec, de même que la présence d’indicateurs de performance et de points de repères communs. Certes, le problème du déséquilibre fiscal est encore loin d’être réglé, mais la convocation d’une autre conférence sur la péréquation permettra de maintenir le sujet à l’ordre du jour.
Le chef du PQ devrait avoir la grâce de reconnaître que M. Charest a bien joué. Il devrait aussi se rappeler qu’à la veille de la conférence de février 2003, lui-même se disait disposé à accepter des conditions «rationnelles» et «facilement gérables dans l’intérêt des malades», trop heureux qu’il était de mettre la main sur de l’argent frais à quelques mois des élections. Il est vrai qu’à l’extérieur du PQ, personne ne le soupçonnait de vouloir renouveler le fédéralisme.

«Place aux citoyens» - Des forums à un partenariat
Laurent Levasseur,
Chibougamau
Le Devoir jeudi 16 septembre 2004
Il faut maintenant placer le citoyen au coeur de l'inévitable processus de changement
Depuis quelques mois, le gouvernement du Québec tient des forums dans chacune de ses 19 régions administratives sous le thème «Place aux citoyens». Pour mettre la table, quelques ministres et un éminent spécialiste nous exposent la gravité de la situation dans laquelle se trouve le Québec d'aujourd'hui et sa difficile perspective si les tendances actuelles se maintiennent.
Avant de donner la parole aux citoyens, la table est bien garnie de nos différences plus ou moins appétissantes. D'un côté, un aperçu de la situation critique des finances publiques; de l'autre, un portrait sommaire de nous, citoyens :
- «Nous dépensons plus en services publics que les autres provinces canadiennes, même si nous sommes collectivement moins riches.»
- «Le rythme de croissance de nos dépenses est plus élevé qu'ailleurs au Canada.»
- «Nos dépenses croissent plus vite que nos revenus.»
- «Le poids de la dette publique n'a cessé de s'alourdir au cours des dernières années.»
- «Nous sommes déjà les plus imposés au Canada.» [...]
- «La population vieillit et le taux de natalité est à son plus bas.»
- «En 1971, il y avait huit personnes en âge de travailler pour une personne âgée de plus de 65 ans; en 2001, le Québec n'en comptait plus que cinq pour une.»
- «Suivant cette tendance, dans 25 ans, le rapport ne sera plus que de deux pour une. Deux tiers de la population vont devoir supporter la retraite du premier tiers.»
- «S'ici 2026, en une génération, la population de certaines régions aura diminué du tiers.»
Quelle table ! Voilà pourquoi le premier ministre nous invite à constater que le statu quo est désormais impossible et qu'il faut réduire notre tour de taille le plus rapidement possible. En termes clairs, cela signifie la plupart du temps : moins de syndicats, moins de fonctionnaires, moins de lois et de règles, moins de subventions aux entreprises, etc.
En se présentant devant les citoyens, les représentants du gouvernement réclament également secours et assistance : vous, citoyens, vous qui brillez parmi les meilleurs, accepteriez-vous d'être moins gourmands ? Accepteriez-vous de vous impliquer davantage dans la confection de votre diète ? Accepteriez-vous de vous responsabiliser davantage ?
Un puissant choc culturel
La question et le défi sont gigantesques, herculéens ! Depuis les débuts de la Révolution tranquille, voilà un peu plus de 40 ans, les politiciens et fonctionnaires de tout ordre nous servent la même salade : soyons maîtres chez nous et servons-nous de l'État comme maître d'oeuvre, comme levier de développement du Québec.
Ce fut, en partie, une réussite, mais en partie également une exceptionnelle stratégie de diversion car, dans le monde réel, le gouvernement est aussi devenu maître chez nous. C'est lui qui nous dicte depuis des lunes ce qu'il faut faire ou ne pas faire, ce qu'il faut manger ou ne pas manger, ce qui est bien et pas bien. Ce faisant, il nous a généralement dépouillés de nos responsabilités, face à nous-mêmes d'abord mais aussi face aux autres, et il a lourdement hypothéqué nos ressources, y compris notre sens de la créativité et de l'entrepreneurship.
Et pour bien s'assurer que chacun de nous suive religieusement les consignes et absorbe la nourriture prescrite, il a généré une masse inimaginable de lois et de règlements et mis sur pied une armée de cuisiniers. Il y en a dans tous les coins. Ce sont des cuisiniers professionnels qui suivent la recette du «grand chef». Faim ou pas faim, il faut bouffer...
Aujourd'hui, après s'être en général adaptés à cette cuisine providentielle, voilà que le statu quo est impossible et qu'il faut désormais, pendant que le «grand chef» se départira d'une importante partie de ses cuisiniers, que nous, citoyens, apprenions à cuisiner, à jardiner aussi pour que ça coûte moins cher, à s'entraider pour soutenir les plus faibles d'entre nous, etc. Et ça presse ! [...]
L'ère des curés-providence est passée. Avec les ingrédients qu'il y a sur la table, celle des politiciens-providence est-elle en train de passer ? Si tel est le cas, à quel Dieu vouerons-nous dorénavant notre destinée ? Revenir aux curés ou à d'autres politiciens qui prétendront savoir où se trouve le paradis ? Ou bien miserons-nous davantage sur nous-mêmes ?
Être et faire autrement
Ce qui est sans doute limpide pour un grand nombre de personnes, c'est que nous ne pourrons pas, comme collectivité, nous gaver encore très longtemps de nos différences sans nous étouffer. L'état de la situation décrite précédemment n'est pas le fruit d'une pensée partisane ou alarmiste. Ce sont des constats vérifiables et à la portée de tous. [...]
Dans tous les cas, il ne s'agit pas de réinventer le monde. Il s'agit plutôt de l'adapter aux nouvelles réalités et de placer le citoyen au coeur de cet inévitable processus de changement. Pour ce faire, ne serait-il pas opportun, au delà des forums, de conclure un contrat socioéconomique entre le gouvernement et les citoyens du Québec ? Cette convention formelle pourrait intervenir entre le gouvernement et chacune des MRC du Québec.
La négociation de cette entente serait cependant réalisée, du côté des MRC, par un groupe de sept éminents citoyens issus de chaque MRC et identifiés par celles-ci. Ce serait des personnes qui ont largement démontré leur appartenance à la communauté, leur loyauté, et qui ont généreusement contribué à sa progression, à son mieux-être. Idéalement, ces personnes proviendraient de chacune des sphères d'activité suivantes : affaires, culture, monde politique, éducation, santé, religion et secteur sociocommunautaire.
Cette entente contiendrait, entre autres, la vision de chaque communauté d'appartenance (MRC), soit les ambitions collectives, à court, moyen et long terme, et les valeurs humaines à privilégier. Elle contiendrait aussi les grandes priorités de l'effort collectif de changement, les stratégies d'intervention (faire, faire faire, aider à faire, voie centralisée ou décentralisée, etc.), la stratégie de traitement des résistances, les mécanismes de contrôle et d'évaluation, notamment les indicateurs de réussite, et, en cas de difficultés, les autres avenues de dégagement. Cet effort collectif permettrait à terme de dégager les mêmes éléments pour l'ensemble du Québec.
La vision serait centrale et son expression ne devrait pas être décrite en des termes vagues, incolores, insipides et inodores. Elle devrait au contraire toucher le coeur plus que la raison, rejoindre l'âme plus que le corps et mobiliser la lumière de chacun plus que l'ombre. La vision serait la tête et l'âme du projet d'être et de faire autrement, mais elle serait aussi la lumière qui éclaire et donne le sens et du sens à l'action.
N'est-il pas l'heure de briller ensemble ?
Pour beaucoup de Québécois, les arguments pour ne rien faire et laisser faire sont légion : «Si ça va mal, c'est à cause du fédéral; si on avait notre pays, ça irait bien mieux; ce projet de contrat socioéconomique est infaisable, c'est du pelletage de nuages; il n'y a rien à faire, les choses se placeront d'elles-mêmes, etc.» Ce sont malheureusement, la plupart du temps, autant d'arguments qui démontrent justement l'effet pervers des gouvernements-providence et qui, en bout de piste, favorisent le statu quo.
Pour d'autres, le statu quo n'est plus vivable et le changement est incontournable. Ce ne sont toutefois pas uniquement des forums, on le constate très clairement, qui rallieront l'ensemble ou une majorité substantielle des Québécois autour d'ambitions et de valeurs communes. Voilà pourquoi il me semble opportun et approprié de proposer aujourd'hui une démarche collective qui aboutirait à la conclusion d'une sorte de partenariat entre le haut et le bas, entre ceux qui dirigent et ceux qui sont dirigés, entre ceux qui sont élus et ceux qui élisent, dans le but ultime et combien souhaitable de briller ensemble parmi les meilleurs.

Duceppe dénonce l'arrogance du fédéral
Mylène Moisan
Le Soleil jeudi 16 septembre 2004
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s'est indigné hier que des représentants du gouvernement fédéral lui aient confié la veille que "les surplus à Ottawa, ça n'existe pas vraiment".
"Ils sont mal préparés, c'est de l'improvisation et encore de l'arrogance", a fulminé le chef bloquiste en conférence de presse aux côtés de Bernard Landry, quelques minutes avant le début du caucus conjoint entre bloquistes et péquistes. Au moment où il prenait la parole, en fin d'avant-midi, les discussions à Ottawa étaient dans un cul-de-sac et rien ne laissait présager l'entente survenue en fin de journée.
La façon dont s'est déroulée la rencontre réunissant Paul Martin et les premiers ministres des provinces et des territoires à Ottawa illustre, selon M. Duceppe, la suffisance d'un gouvernement qui fait fi du scrutin du 28 juin. "Je prends pour exemple l'attitude de M. Goodale, qui a rejeté du revers de la main les demandes des provinces. M. Goodale a répondu de la même façon que lorsqu'il était ministre d'un gouvernement majoritaire. Ils ont besoin d'une leçon d'humilité, de constater qu'ils sont minoritaires, de cesser de jouer avec les chiffres, de cesser d'avoir cette attitude prétentieuse comme passer des documents pendant que le premier ministre de l'Alberta parle."
Niant avoir été encouragé à ménager Jean Charest pendant la conférence de trois jours, le chef bloquiste a toutefois indiqué avoir "rencontré certaines personnes (représentant le gouvernement fédéral) me disant que les surplus, ça n'existe pas vraiment. Quand on est rendu au deuxième jour à nous dire ça, ça fait preuve de leur suffisance et de leur arrogance".
Alors que les échanges entre premiers ministres ne semblaient conduire nulle part, MM. Landry et Duceppe rappelaient "l'obligation de résultat" de M. Charest. "Travailler, c'est une chose. Réussir, c'en est une autre. La population veut des résultats", a tranché M. Landry, qui commentera aujourd'hui l'issue de la conférence.
Le chef péquiste estime que tout l'argent doit aller à la santé. "Une des illusions de la présente discussion, c'est qu'Ottawa va nous donner son argent. Ce n'est pas ça, c'est notre argent qui revient. Une fois que cet argent est revenu, si notre premier ministre s'est battu pour la santé, il doit mettre l'argent en santé. (...) Ce ne serait pas acceptable qu'il baisse les impôts sans s'acquitter d'abord de ses engagements en services publics."
M. Duceppe, lui, a promis de lever son chapeau à M. Charest s'il revient d'Ottawa avec "une entente qui respecte les intérêts du Québec. On va être heureux. On fait partie de l'unanimité au Québec. Pourquoi on serait malheureux ?" M. Duceppe réagira aujourd'hui.
MMoisan@lesoleil.com

Docteurs en affaires
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir jeudi 16 septembre 2004
Trois médecins de l'urgence de nos hôpitaux ont décidé de se retirer du régime public d'assurance-maladie pour offrir des services entièrement privés. Il n'y a là rien de bien extraordinaire, sinon le fait de constater qu'au salaire que ces hommes croient pouvoir empocher, aucun système ne pourrait survivre.
Petit calcul : à raison de 100 $ par patient, trois patients à l'heure, 40 heures par semaine et 45 semaines par année, nos trois médecins découragés du système public seraient en mesure d'empocher annuellement 540 000 $ chacun. Évidemment, il y a le loyer, la secrétaire, l'infirmière (rare en cabinet privé), mais si tout va bien, il en restera suffisamment pour l'épicerie de la petite famille du docteur.
Depuis toujours, les médecins sont libres d'adhérer on non au régime d'assurance-maladie. Si la quasi-totalité des médecins du Québec préfèrent travailler dans le cadre des règles et conditions négociées avec le gouvernement par leur fédération, c'est qu'ils y trouvent des avantages importants, notamment en ce qui a trait aux équipements et à l'accessibilité pour les patients.
Quiconque a fréquenté l'urgence d'un hôpital comprend qu'un professionnel de la santé, médecin ou autre, en vienne un jour à se demander s'il n'existerait pas aussi de la vie à l'extérieur de l'hôpital. De toutes les composantes du système, les urgences sont certainement celles qui ont le plus souvent été montrées du doigt depuis une dizaine d'années, et le personnel qui y oeuvre n'y est pour rien. Au contraire, comme les patients, celui-ci est victime des lacunes qui subsistent dans l'organisation des services de première ligne.
La clinique qu'ouvriront bientôt les trois médecins peut difficilement porter le nom d'urgence puisqu'il faudra téléphoner avant de s'y présenter et que seules des interventions très mineures y seront pratiquées. Si les médecins la qualifient d'urgence et non de clinique, est-ce pour justifier le tarif élevé ou pour ne pas avoir à assurer le suivi médical à long terme des patients ? Quoi qu'il en soit, on aura compris que la formule, toute privée qu'elle soit, ne vient combler aucune des lacunes de notre système.
Avec le ministre Philippe Couillard, on peut s'attrister du fait que ces médecins abandonnent le navire hospitalier. C'est leur choix, et il est moins dramatique que l'exil. Toute personne a le droit de quitter son emploi pour lancer son entreprise. D'ailleurs, s'il faut trouver du bon à cette initiative, c'est qu'elle pourrait faire comprendre aux usagers de nos urgences publiques que les services qu'ils reçoivent ont une grande valeur, humaine et financière.
De leur propre aveu, ces médecins ont profité de la conférence des premiers ministres pour annoncer leur projet. Bien sûr, toute entreprise privée a besoin de publicité, mais avouons que la tactique fait perdre un peu de crédibilité à la critique du système fournie comme motif de leur décision.
Il faudra suivre cette expérience, mais on peut d'ores et déjà affirmer que le Québec ne pourrait pas se permettre de payer de tels salaires à ses omnipraticiens tout en fournissant les médicaments et l'équipement indispensables à une médecine de pointe. Si des personnes sont à ce point pressées qu'elles sont disposées à payer 100 $ pour être vues rapidement par un médecin non spécialiste, libre à elles. Mais on comprendra que pour le moment, il vaille mieux souhaiter le succès de la réforme du système public, avec la participation du privé si nécessaire, pour que chacun ait accès à «son» médecin dans un délai raisonnable, quels que soient ses moyens.
jrsansfacon@ledevoir.ca

Une réforme électorale favoriserait la souveraineté
Norman Delisle
La Presse jeudi 16 septembre 2004
La souveraineté du Québec serait plus facile à obtenir si on procédait à une réforme électorale, estime l'universitaire Henry Milner.
Presse Canadienne Québec - «Dans l'éventualité où les Québécois seraient prêts à se prononcer sur la souveraineté, l'option souverainiste pourrait l'emporter plus facilement si le Québec optait pour un système électoral mixte compensatoire», estime le professeur Henry Milner, dans une étude que vient de publier l'Institut de recherche en politique publique (IRPP).
M. Milner enseigne les sciences politiques au Collège Vanier, à l'Université Laval et à l'Université Umeà, en Suède. Il a publié plusieurs études sur les différents systèmes électoraux utilisés à travers le monde.
M. Milner a déjà été aussi un candidat du Parti québécois, défait dans Westmount au scrutin d'avril 1981.
Cet universitaire admet que la «crainte que l'effet qu'une réforme électorale aurait sur l'option souverainiste est un facteur important qui explique la réticence des péquistes à accepter des changements».
Il pourra en effet devenir plus difficile pour le Parti québécois de prendre le pouvoir d'une façon majoritaire avec seulement 40 ou 45 pour cent des suffrages.
Mais si le Parti québécois réussissait à former et à maintenir une coalition de partis souverainistes parmi les députés élus sous un scrutin proportionnel, il pourrait agir plus facilement en faveur de la souveraineté du Québec. Le PQ pourrait, à cette fin, jouir de l'appui d'élus provenant de l'Union des forces progressistes ou du Parti vert.
M. Milner cite à cet égard l'exemple de l'Écosse. Les résultats de l'élection de 2003 «ont effectivement montré que le système électoral mixte compensatoire pouvait favoriser la cause de l'indépendance».
Ce système a permis à deux petits partis politiques, les Verts et le Parti socialiste écossais, tous deux en faveur de l'indépendance, de recueillir ensemble 13 sièges au Parlement d'Édimbourg. Avec les sièges du Scotish National Party, le nombre d'élus favorables à l'indépendance de l'Écosse atteint maintenant 41, un nombre inégalé jusqu'à maintenant.
Le Parlement écossais compte 129 élus, soit 73 députés choisis selon le mode traditionnel uninominal au premier tour, comme au Québec, et 56 députés régionaux élus au scrutin proportionnel, soit sept pour chacune des huit régions électorales.
Les électeurs écossais reçoivent deux bulletins le jour du scrutin, un pour élire leur député de circonscription et l'autre pour choisir des députés régionaux.
Il apparaît évident au professeur Milner que le Parti libéral du Québec de Jean Charest tentera de faire adopter par l'Assemblée nationale un régime électoral mixte compensatoire avant les prochaines élections générales prévues pour 2007.
«La cote de popularité du Parti libéral est faible et le PLQ a besoin de tout l'appui qu'une réforme du système électoral pourra lui apporter», dit-il.
La réforme électorale s'inscrit dans la mouvance qui a réussi en Nouvelle-Zélande et en Grande-Bretagne et des initiatives en ce sens sont prises ailleurs au Canada, notamment par les gouvernements d'Ottawa, de Victoria, de Charlottetown de Toronto et de Fredericton, conclut Henry Milner.

Pauline Marois juge inacceptable la rétrogradation de Nicole Léger
Gilles Normand
La Presse jeudi 16 septembre 2004
Québec - Le contentieux entre Pauline Marois et Bernard Landry est loin d'être réglé.
La députée de Taillon a en effet blâmé sévèrement le chef du Parti québécois, hier, pour la rétrogradation qu'il a imposée à sa collègue de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, après qu'elle eut donné son appui à Mme Marois dans sa croisade pour une course à la direction du parti.
" Ce qu'il a fait à Nicole est inacceptable et injustifié. Surtout de la façon dont il l'a fait et surtout quand on exerce un droit de parole dans une formation politique ", a affirmé Mme Marois à quelques journalistes, peu avant la réunion des députés du Bloc québécois et du Parti québécois, où elle s'est présentée accompagnée de Mme Léger.
Le 9 septembre, quelques jours après que les deux députées se furent prononcées pour une course à la direction, contestant ainsi ouvertement le leadership de Bernard Landry, celui-ci a démis Mme Léger de ses fonctions de whip adjointe, lui soustrayant ainsi une prime annuelle de 15 777 $.
" Mme Léger a le droit de dire ce qu'elle veut, mais elle ne pourra plus le dire comme officier du caucus des députés ", a expliqué par la suite M. Landry. Le chef du PQ avait alors indiqué qu'il n'avait pas eu le choix, puisque la députée de Pointe-aux-Trembles s'était exprimée à l'encontre du consensus des députés de la formation.
Quant à Pauline Marois, elle n'a pas été punie par Bernard Landry et elle continue d'être critique de l'opposition officielle en matière d'éducation. Mme Léger, elle, reste critique dans le dossier des relations avec les citoyens.

COMMISSION GOMERY : Chuck Guité était l'homme d'Ottawa
Gilles Toupin
La Presse jeudi 16 septembre 2004
Ottawa - Le fonctionnaire Chuck Guité était l'homme que le gouvernement libéral avait choisi pour diriger la politique gouvernementale de commandites après le référendum d'octobre 1995 sur la souveraineté du Québec, a-t-on appris hier à la commission Gomery, qui enquête sur le scandale des commandites.
Selon des documents cités par l'avocat adjoint de la commission Gomery, Neil Finkelstein, Charles Guité a été recommandé par le bureau même du ministre des Travaux publics de l'époque, David Dingwall, pour diriger ce qui allait devenir, entre 1997 et 2002, le programme de commandites doté d'un budget de 250 millions de dollars.
La vérificatrice générale, Sheila Fraser, a estimé que 100 millions de ces 250 millions ont été payés en commissions et en frais douteux à des agences de communication proches des libéraux.
Dans une lettre du 23 novembre 1995 signée par le chef de cabinet du ministre Dingwall, Warren Kinsella, et adressée au sous-ministre des Travaux publics, Ran Quail, M. Kinsella affirme qu'une révision de l'ensemble du système gouvernemental des communications " a établi clairement la nécessité de créer un système centralisé qui permettra de coordonner les produits gouvernementaux de commandites, de publicité et de sondages ".
M. Kinsella affirme dans sa lettre que le bureau du Conseil privé et le cabinet du premier ministre partagent cet avis.
Il ajoute que le service que dirige Charles Guité aux Travaux publics est le mieux placé pour réviser les politiques anciennes de commandites et d'en mettre de nouvelles en place. " Selon moi, écrit M. Kinsella, M. J. C. Guité, le directeur actuel de ce service, devrait être engagé à ce poste pour mener sa révision du programme à temps plein. "
M. Kinsella recommande également que l'on confie à M. Guité un poste " qui lui permettra de mener à bien ces tâches et qu'on lui confie les ressources qui conviennent à ces activités ".
Me Finkelstein a suggéré au témoin interrogé hier, le secrétaire du Conseil du Trésor, James Judd, qu'il était inhabituel que du personnel politique, en l'occurrence un chef de cabinet, fasse parvenir directement à un sous-ministre de telles directives. M. Judd a admis qu'un tel procédé représentait une situation difficile pour un sous-ministre.
Tâches inhabituelles
D'autres documents cités par Me Finkelstein ont démontré hier le rôle extraordinaire que jouait Charles Guité dans le programme de commandites. Une lettre du 5 mai 1995 du sous-ministre adjoint aux Travaux publics, R. J. Neville, à Marc Lafrenière, sous-ministre aux Affaires intergouvernementales, précise que le contact au ministère pour les commandites est M. Charles Guité.
Une autre lettre adressée à M. Guité par Marc Lafrenière (sur laquelle le " Monsieur " habituel a été rayé et remplacé par " Chuck "), et datée du 29 septembre 1995, demande au fonctionnaire de faire signer au ministre une présentation demandant " d'utiliser 5 millions de dollars qui restent du montant réservé aux activités pour l'unité canadienne ". La lettre ajoute qu'" en raison du caractère délicat de ce document ", M. Guité doit s'assurer qu'il soit " distribué le moins possible " au ministère. Me Finkelstein a suggéré à M. Judd qu'il était plutôt " inhabituel " qu'un employé du niveau de Charles Guité soit chargé de faire signer un ministre.
Par ailleurs, dans une lettre de Jean Chrétien à tous ses ministres, citée également à la commission et datée du 9 mai 1994, le premier ministre exprime la nécessité de faire du programme de commandites un programme rigoureux et " concurrentiel ".

L'ALENA doit-il encore servir de modèle?
Dorval Brunelle, Directeur de l'Observatoire des Amériques, Université du Québec à Montréal
Le Devoir jeudi 16 septembre 2004
Après dix ans d'application - L'ALENA doit-il encore servir de modèle? - La diffusion du modèle de l'accord a connu de sérieux ratés au cours de la dernière année
Cet article fait état des arguments qui expliquent la tenue d'un colloque organisé par le Réseau québécois sur l'intégration continentale et Common Frontiers du Canada sur le bilan social et les perspectives de l'ALENA à l'UQAM les 17, 18 et 19 septembre 2004.
Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) poursuivait deux grands objectifs: le premier visait à mettre sur pied la plus importante zone commerciale au monde alors que le second consistait à créer un modèle dans toutes les négociations commerciales à venir aux niveaux régional et multilatéral.
Or, si le Canada, les États-Unis et le Mexique forment encore toujours la plus importante zone commerciale au monde, en revanche, la diffusion du modèle de l'ALENA a connu de sérieux ratés au cours de la dernière année, comme en témoigne l'échec de la cinquième Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce à Cancún, en septembre 2003, suivi de l'échec de la huitième réunion des ministres du Commerce des Amériques à Miami, en novembre de la même année.
Dans ces conditions, la question se pose de savoir si les échecs dans les négociations commerciales multilatérales ne sont pas un reflet du bilan plus que mitigé qu'on peut tirer de l'ALENA lui-même.
Après dix ans d'application, peut-on dire que les trois partenaires de l'ALENA sont mieux intégrés aujourd'hui qu'hier sur les plans économique, politique, social, juridique et environnemental? Cette question est à la fois déterminante et fondamentale car, ou bien l'ALENA est un succès, et ses promoteurs ont raison de vouloir en étendre l'application, ou bien ce n'en est pas un, et ils abusent leurs partenaires quand ils prétendent que l'accord peut servir de modèle de développement.
Aux fins de l'analyse, nous allons appliquer trois critères choisis parmi ceux que s'étaient fixés les promoteurs du projet au départ. En vertu du premier critère, l'ALENA devait permettre de conjurer les menaces de dislocation économique et politique qui pesaient sur le Canada et le Mexique à l'époque; en vertu du second critère, l'accord devait améliorer les conditions de travail et le niveau de vie; enfin, en vertu du troisième, l'accord devait renforcer les liens privilégiés d'amitié et de coopération entre les trois partenaires.
Menaces qui perdurent
À propos du premier critère, force est de constater que, loin d'avoir été conjurées, les menaces de dislocation ont été à la fois accentuées et démultipliées. En effet, alors que le passage à une stratégie de développement basée sur la promotion des exportations à travers le régime de zones franches appelées maquiladoras devait permettre de tirer l'ensemble de l'économie nationale vers le développement, cette stratégie a eu l'effet inverse de multiplier les fractures profondes entre le Nord et le Sud, entre les villes et les campagnes, entre les côtes et l'intérieur du pays, entre l'agriculture traditionnelle et l'agrobusiness, etc.
Au Canada, contrairement aux prédictions de la commission Macdonald, le marché canadien est plus balkanisé aujourd'hui qu'hier et l'intégration dans l'axe nord-sud est tel que les provinces échangent de moins en moins entre elles par rapport aux échanges qu'elles entretiennent avec les États-Unis. Mais le pire n'est pas là, sinon dans le creusement des inégalités à l'intérieur des provinces, entre régions et à l'intérieur des régions, entre villes et à l'intérieur des villes.
À propos du deuxième critère, force est de constater, ici encore, qu'aussi bien les conditions de travail que les niveaux de vie ont encaissé de sérieux revers depuis dix ans. On doit rappeler à ce propos que les États-Unis, le plus riche des trois pays, sont actuellement aux prises avec les plus hauts niveaux de pauvreté de leur histoire.
Quant au troisième critère, le moins que l'on puisse dire, c'est que les liens d'amitié et de coopération entre les trois pays se sont sérieusement distendus, un phénomène encore aggravé non pas tellement par les événements du 11 septembre 2001 eux-mêmes mais surtout par la manière dont la Maison-Blanche a choisi de passer outre toute forme de consultation avec ses deux partenaires au nord au sud pour se rabattre sur la voie de l'unilatéralisme agressif dans laquelle nous sommes encore plongés aujourd'hui.
Cadre dépassé?
En attendant, quoi qu'il en soit des bilans à tirer et des échecs rencontrés aux tables de négociations, plusieurs intervenants et autres parties prenantes défendent l'idée que l'ALENA est un cadre dépassé et qu'il faut passer à une «intégration en profondeur» (deep integration) en Amérique du Nord. Plusieurs projets sont avancés, parmi lesquels on peut mentionner celui du président Vicente Fox du Mexique, repris par le Brookings Institute, pour qui il faudrait tenter de rapprocher le modèle nord-américain d'intégration de celui qui est en cours d'institutionnalisation au sein de l'Union européenne, qui sanctionne la mobilité de la main-d'oeuvre et dispose d'un fonds régional de développement et d'institutions politiques communautaires.
On peut aussi citer, plus près de nous, le projet présenté par Thomas d'Aquino lors d'une conférence prononcée devant le Canadian Council of Chief Executives (CCCE) le 14 janvier 2003. Cette présentation, qui avait pour titre «Security and Prosperity - The Dynamics of a New Canada-United-States Partnership in North America», développait son argumentation à partir de deux grands principes, à savoir que l'intégration nord-américaine était irréversible et que la sécurité économique et la sécurité physique étaient désormais indivisibles. Et puisque ni l'ALE ni l'ALENA n'étaient parvenus à réduire les dysfonctionnalités (dysfunctional differences) entre les lois et les règlements appliqués de part et d'autre des frontières, et puisqu'ils n'avaient pas réussi non plus à mater le pouvoir des intérêts particuliers (special interests) d'interférer dans les relations économiques, il fallait alors reprendre les négociations, à deux, sans le Mexique, et veiller cette fois à ce que «des soucis démodés à propos de la souveraineté ne [viennent] pas embrouiller la vision de nos leaders politiques».
Font également partie des scénarios envisagés, directement ou indirectement, aussi bien les politiques dites de «frontières intelligentes», la construction d'un bouclier antimissile ou la mise en chantier du plan Puebla-Panama.
Pour conclure, nous voyons que, même si le modèle de l'ALENA semble en panne au niveau multilatéral, il n'en demeure pas moins un modèle de référence incontournable à l'intérieur même de l'espace nord-américain, et c'est la raison pour laquelle il est important qu'un bilan critique de l'accord soit tiré à l'occasion de ses dix ans.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
VERS L'ÉCLATEMENT DE L'EMPIRE
René Marcel SAUVÉ, Géographe
TRIBUNE LIBRE 16 septembre 2004
« Je crains une guerre civile aux États-Unis si Bush l’emporte »
Que le monde préfère Kerry à Bush est sans importance. Ce qui importe pour nous, c'est ce qui est en train de se passer aux États-Unis. La déchirure est réelle et les conséquences à prévoir sont redoutables.
Kerry est une nature faible, un homme dont une femme peut dire de lui : “C'est moi qui l'ai fait. Sans moi, il ne serait rien du tout". Il est "monsieur Heinz".
Bush est l'homme de l'Establishment, le serviteur des oligarques, qui disent en parlant du Président :
« George aint much but he does what he is told ». « George n'est pas grand-chose mais il fait ce qu'on lui dit de faire », ce qui n'est pas du tout un compliment.
Pour moi, c'est l'Establishment qui va gagner, parce qu'il possède un contrôle quasi absolu sur les communications, tout comme l'Establishment canadian concentré à Toronto possède un contrôle quasi absolu sur les communications partout au Canada et au Québec. Avec l'arrivée en force de l'Internet, cependant, ce contrôle est maintenant menacé.
Je crains une guerre civile aux États-Unis si Bush l'emporte. Et je ne suis pas le seul à le voir de cette manière.
En effet, nous recevons des États-Unis voisins des quantités massives d'informations de toutes origines et il faut un certain temps avant de déchiffrer tout ce qui arrive de l'autre côté de la frontière.
Les États Unis ne sont pas un pays simple à saisir, contrairement à une croyance répandue. Nous en savons quelque chose, nous Québécois, qui avons presque tous des familles aux États Unis, depuis l'annexion par Washington des territoires du Vermont, du Maine, de l'Ohio et du Michigan, avec le traité de 1856. Une grande partie des membres de ma famille maternelle vit au Vermont, tandis que ceux de ma famille paternelle vivent en Ohio… (En raison de ces liens de parenté, nous n'avons aucune difficulté à passer la frontière. D'ailleurs, il y a aux États-Unis plus de 14 millions d'Américains de descendance québécoise, soit deux fois plus que de Québécois au Québec).
Passons maintenant à l'essentiel.
Les deux plus grandes forces qui provoquent les révolutions et la chute des régimes en place, surtout des puissances, est l'inertie et l'entropie.
Aux États-Unis, l'inertie a atteint des proportions titanesques et elle est centrée à Washington et autour de la Supreme Court, avec ses juges conservateurs pour qui rien ne doit changer et rien ne changera. Ces juges sont comme les Archontes de la Grèce ancienne. En fait, leur pouvoir d'enrayer est énorme et ils peuvent tuer dans l'oeuf toute initiative venant d'en bas et qui pourrait nuire aux gros intérêts des oligarques qui dominent la scène économique (on parle de macro-économies) et politique des États-Unis.
Bush, s'il est réélu, doit remplacer quatre juges de la Cour Suprême, devenus trop vieux pour continuer à exercer leurs fonctions. Il nommera bien sûr des juges conservateurs – avec un petit c –, de sorte que la loi de l'inertie qui maintient les fortunes en place va poursuivre son chemin sans entrave, du moins sans entrave connue.
Il faut connaître la politique américaine pour réaliser l'importance de cette nomination, qui pourrait paraître anodine ailleurs mais est loin de l'être aux États-Unis. C'est le gouvernement par les juges, ce que Chrétien et ses sbires ont tenté d'instaurer au Canada.
Compte tenu des deux derniers siècles d'évolution aux États Unis, le temps n'est pas au conservatisme mais à l'adaptation rapide à des conditions nouvelles.
Entre autres, les États demandent des pouvoirs avec un grand P; les classes moyennes demandent plus de pouvoirs, surtout les nouvelles classes moyennes qui ont failli à la tâche de se mobiliser contre l'Establishment.
Le « Northeast Midwest Coalition for Economic Advancement », fort de son mouvement coopératif, est en guerre contre le Sud, appelé Southern Belt, et dont la puissance économique est égale à celle de l'Europe actuelle.
Les États de la côte de l'océan Pacifique cherchent de nouvelles alliances économiques avec l'Extrême Orient. À cette fin, ces États sont en train de s'allier avec les provinces canadiennes de l'Ouest. L'Alaska, qui tend vers l'indépendance, se dirige dans le même sens.
Les États de la Nouvelle Angleterre, en perte de pouvoirs économique et politique, cherchent à s'allier aux provinces maritimes canadiennes : Nouvelle Écosse, Terre Neuve, Ile du Prince Edward, pour constituer une force capable d'imposer sa loi à Washington.
Je passe sous silence les syndicats dont je ne sais ce qu'ils trament.
En revanche, les pauvres et les illettrés sont assez nombreux pour troubler la conscience américaine, exception faite des oligarques qui vivent pour le maintien de leurs colossales fortunes.
En face de ces problèmes, la Cour Suprême, qui a le pouvoir de trancher tous les litiges, se fera attendre et tranchera en faveur du conservatisme étroit, celui des grosses entreprises.
Vous n'êtes pas sans savoir que les États-Unis sont le pays au monde où tous les problèmes, ou presque, se traduisent devant les tribunaux. La loi au pied de la lettre l'emporte sur toute autre considération.
Voilà pour l'inertie.
L'entropie est assez facile à déceler et les Américains la connaissent bien. Elle se manifeste par les gaspillages gigantesques de ressources dans les domaines public et privé. Je pourrais vous trouver des tonnes de matériaux cinématographiques révélant des enquêtes fouillées sur ces gaspillages incroyables, dans tous les domaines, notamment la défense. Vous n'en avez aucune idée.
Même Pierre Elliott Trudeau, pendant qu'il était premier ministre du Canada, a fait remarquer que les États-Unis vont se ruiner par leur gaspillage de ressources et d'efforts.
La tension est énorme et perceptible aux États Unis actuellement. Tout le monde est nerveux et tendu. Les conflits potentiellement explosifs entre tous ces intérêts sont déjà en place et une étincelle peut mettre le feu aux poudres.
Si Bush est réélu, et il le sera, à cause de l'énorme capacité des mass media des États Unis dont le contrôle quasi absolu est exercé par l'oligarchie, alors la Cour Suprême, vers laquelle les Américains ont l'habitude de se tourner pour leurs problèmes, n'offrira aucune solution de rechange. La situation deviendra de plus en plus explosive.
Les éléments d'une guerre civile sont en place. Lorsque cette guerre éclatera, elle ne fera que suivre le cours des événements qui l'ont déjà engendrée.

TRIBUNE LIBRE
De vrais hommes qui se tiennent debout, quoi...
Marianne Vaucouleurs
TRIBUNE LIBRE 16 septembre 2004
Monsieur Serge
Savard
http://www.tmsa.com/ *
Contact@tmsa.com
Objets :
http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/9-14.html#tllg et
http://www.soreltracy.com/liter/2004/septembre/13s.html
Je suis
extrêmement déçue de la « vie publique » de M. Savard.
Mais devrais-je plutôt
écrire : Mr. Canada Day...?
Cet homme se conduit en
effet comme un bon vieux French Canadian des années d'avant la
«Révolution tranquille».
Manière Jean Pelletier ou André Ouellet, par
exemple.
Et puis votre fils Marc qui s'installe dans les mêmes ornières.
«Papa a raison», quoi... Décidément, c'est à désespérer tout à la fois de
l'amour propre et de toute réflexion politique sérieuse.
Vous n'êtes
pourtant pas un imbécile, j'en suis certaine.
Désolant que tout
ça.
L'ivresse au volant n'a rien, vous le comprendrez (bien que pour moi
ce ne soit pas du tout l'essentiel), pour redorer votre armure. Il est vrai au
reste que le manque de jugement n'est pas forcément étanche entre les multiples
dimensions de la vie d'un individu. Par conséquent, vu sous cet angle, vous êtes
cohérent...
Vous voyez bien que vous avez aussi des qualités, fort peu
preux Chevalier de l'Ordre du Québec !
De la part d'une Québécoise
qui estime noble une nation qui se prend tout simplement en main - comme tous
les peuples de la Terre le font. Ou le désirent ardemment... Mais vous, vous
préférez visiblement la sécurité des chaînes, fussent-elles plus ou moins
dorées.
Comme un enfant qui craint les responsabilités de la vie
adulte.
Marianne Vaucouleurs
15-09-04
* Le
triumvirat « québécois » - Thibault, Messier, Savard et Associés - qui s'affiche
spontanément (prioritairement) en anglais... Mais qui s'en étonnera, n'est-ce
pas...? Eh oui! de bons French Canadians... pour qui leur langue
maternelle (fût-elle la langue officielle du Québec) reste de toute évidence une
langue seconde. Et secondaire. Comme au Château Champlain of Mount Tray
All. De vrais hommes qui se tiennent debout, quoi...
