Actualité







Un début...

Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 17 septembre 2004

Il aura fallu trois jours et deux longues nuits de discussions aux premiers ministres fédéral et provinciaux pour définir un nouveau cadre financier pour le système de santé. Ce fut une rencontre difficile, d'où les provinces, contrairement au modèle habituel des conférences fédérales-provinciales, sont reparties satisfaites. Serait-ce le début d'une nouvelle ère? Cela reste à voir.

Les chantres du fédéralisme diront de cette conférence qu'elle illustre la souplesse de notre système politique. Non seulement tous ont concouru à l'entente, mais au surplus on aura fait l'exception qu'exigeait le Québec quant à la reconnaissance de ses compétences constitutionnelles. Ne soyons pas naïfs. Cette souplesse aura été avant tout inspirée par le rapport de force nouveau issu des dernières élections fédérales.

S'il est un fait que tous ont pu observer durant cette conférence, c'est bien l'état d'instabilité, sinon de faiblesse, dans lequel se trouve le gouvernement Martin. Deux mois et demi après l'élection, celui-ci se cherche encore. À de multiples reprises, on l'aura vu bafouiller et cafouiller, alors que le premier ministre disait une chose et ses ministres le contraire. Ayant promis en campagne électorale un nouveau pacte sur la santé, il avait une obligation de résultats, dont l'opposition aux Communes lui aurait fait payer cher l'absence.

Durant ces trois jours, les premiers ministres provinciaux auront eu le mérite pour leur part de rester unis. Depuis cinq ans, ils attendaient l'occasion d'aborder avec Ottawa la question du déséquilibre fiscal. Leur réussite est le résultat d'une mobilisation que le Québec a inspirée à l'origine et que, depuis son élection, le premier ministre Jean Charest aura contribué à maintenir.

Pour le Québec, les résultats de ces trois jours sont heureux puisque, pour une fois, il n'aura pas été isolé. Tout au contraire, on aura reconnu comme légitime sa volonté de suivre une voie différente de celle des autres provinces. Cela marque un changement d'attitude qui laisse entrevoir la possibilité, à confirmer, de pratiquer un fédéralisme asymétrique. Après avoir vu M. Charest à l'oeuvre durant cette conférence, les Québécois ne devraient plus douter de sa capacité et de sa volonté de défendre les intérêts du Québec face à Ottawa.

***

Le redressement accordé par Ottawa pour le financement de la santé apporte un début de réponse à la question du déséquilibre fiscal. Toutefois, beaucoup reste à faire pour que les provinces disposent des ressources financières correspondant à leurs responsabilités. Le prochain rendez-vous sera la conférence que le premier ministre Martin a accepté de tenir, le 26 octobre, pour discuter de péréquation et de paiements de transfert. On verra alors si vraiment Ottawa est disposé à mettre de côté sa pratique du fédéralisme autoritaire à la Jean Chrétien.

Cette prochaine conférence sera plus difficile que celle qui vient de se terminer. Les effets du sous-financement de la santé sont facilement observables. Ils sont souvent dramatiques pour qui n'a pas accès à des soins adéquats. La pression publique sur Ottawa et les provinces pour s'entendre était grande. Celle-ci sera moins forte lorsqu'on abordera le mois prochain des questions comme le financement des services sociaux ou du système d'éducation. Personne ne meurt de ne pas avoir de bibliothèque scolaire bien garnie, mais cela affecte la qualité de l'éducation dispensée. Il faut souligner avec force que celle-ci conditionnera la vie adulte de ceux qui sont aujourd'hui à l'école.

Le sous-financement de l'école publique est aussi réel que celui du système de santé. Un rapport de l'OCDE publié cette semaine le démontre clairement. Parmi les pays développés, le Canada se situe au 19e rang pour le financement de ses écoles primaires et secondaires. On n'y consacre que 3,4 % de notre PIB, alors que la moyenne pour les pays de l'OCDE est de 3,8 %. Un tel tableau devrait nous convaincre qu'il faut aller au bout de ce débat sur le déséquilibre fiscal. Après le succès de cette semaine, Jean Charest ne doit surtout pas désarmer.





Un fédéralisme asymétrique qui respecte les compétences du Québec

Le Devoir vendredi 17 septembre 2004

Communiqué officiel signé des premiers ministres Paul Martin et Jean Charest à l'issue de la conférence fédérale-provinciale sur la santé et portant spécifiquement sur la situation du Québec.

Le Québec souscrit globalement aux objectifs et principes généraux énoncés par les premiers ministres fédéral, provinciaux et territoriaux dans le communiqué du 15 septembre 2004, dont l'objectif concernant l'accès en temps opportun à des soins de qualité et celui visant à réduire les délais d'attente.

Reconnaissant la volonté du gouvernement du Québec d'exercer lui-même ses responsabilités à l'égard de la planification, de l'organisation et de la gestion des services de santé sur son territoire, constatant que son engagement à l'égard des principes qui fondent son système public de santé -- soit l'universalité, la transférabilité, l'intégralité, l'accessibilité et l'administration publique -- coïncide avec celui de l'ensemble des gouvernements du Canada et se fondant sur un fédéralisme asymétrique, c'est-à-dire un fédéralisme flexible qui permet notamment l'existence d'ententes et d'arrangements adaptés à la spécificité du Québec, le premier ministre du Canada et le premier ministre du Québec ont convenu que l'adhésion du Québec au communiqué conjoint émis à l'issue de la rencontre fédérale-provinciale-territoriale des premiers ministres doit être interprétée et mise en oeuvre de la manière suivante.

- Le Québec applique son propre plan de réduction des temps d'attente, en fonction des objectifs, des normes et des critères établis par les autorités québécoises compétentes, et ce, notamment à l'égard de la gestion des ressources humaines en santé, de la réforme des soins familiaux et communautaires, des soins à domicile, des stratégies visant l'accès aux médicaments et des stratégies de promotion de la santé et de prévention des maladies chroniques. En ce qui concerne les délais d'attente, des points de repère fondés sur la preuve scientifique, d'ici au 31 décembre 2005, aideront le Québec à avoir une action plus efficace. Par ailleurs, le Québec poursuivra son objectif de couvrir de soins à domicile post-hospitaliers de courte durée en santé physique et mentale et en soins palliatifs à partir du premier dollar, en tenant compte de sa capacité financière.

- Le gouvernement du Québec fera lui-même rapport à la population québécoise des progrès accomplis en vue de l'atteinte de ses objectifs, et il entend, à cette fin, favoriser l'utilisation d'indicateurs comparables, mutuellement convenus avec les autres gouvernements. À cet égard, le Québec continuera de collaborer avec les autres gouvernements au développement de nouveaux indicateurs comparables.

- Le commissaire à la santé du Québec a la responsabilité de faire rapport au gouvernement du Québec sur le système de santé québécois. Il collaborera avec l'Institut canadien d'information sur la santé.

- Le financement rendu disponible par le gouvernement du Canada sera utilisé par le gouvernement du Québec pour mettre en oeuvre son propre plan de renouvellement du système de santé québécois.

- Le gouvernement du Québec continuera de faire rapport à la population québécoise sur l'usage de l'ensemble des fonds destinés à la santé.

Dans le domaine de la santé, le Québec entend continuer à collaborer étroitement avec les gouvernements provinciaux et territoriaux et avec le gouvernement fédéral en partageant l'information et les meilleures pratiques.

Les premiers ministres reconnaissent que des citoyens attendent trop longtemps pour obtenir des services de santé. Le Québec, au cours des dernières années, a déployé des efforts pour permettre aux Québécois d'accéder plus rapidement à ses services. Les premiers ministres conviennent que, pour obtenir des résultats, le financement de la santé doit être stable et prévisible afin de permettre l'amélioration des services actuels et d'en développer de nouveaux.





Robillard et Dion vantent les vertus du fédéralisme asymétrique

Manon Cornellier
Le Devoir vendredi 17 septembre 2004

Les ministres québécois de Paul Martin jubilaient hier, au lendemain de la conclusion de l'entente sur la santé et d'un accord particulier avec le Québec. Mais cette asymétrie soulevait déjà des questions sur un éventuel ressac, un scénario que le premier ministre Martin a rejeté.

Un grand jour pour le Québec. L'expression revenait volontiers sur les lèvres de plusieurs ministres québécois de Paul Martin qui ne cachaient pas leur plaisir d'avoir eu raison de la résistance au fédéralisme asymétrique qui sévit encore dans certains milieux fédéralistes.

«Je suis ravi que le terme de fédéralisme asymétrique, qui a donné tellement de boutons à tellement de monde pendant longtemps, puisse, après des années de travail de plusieurs d'entre nous, [s'imposer], que nous soyons capables de parler d'une réalité qui est nécessaire pour le Québec», s'est exclamé le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, à sa sortie d'une réunion du conseil des ministres hier.

«Nous avons des besoins particuliers, une réalité comme peuple québécois qui doit être reconnue. Je suis très heureux qu'enfin le gouvernement libéral dont je fais partie accepte les mots "fédéralisme asymétrique"», a-t-il poursuivi.

Bien des journalistes s'interrogeaient cependant sur un éventuel ressac dans le reste du pays. Quand la question a été posée au premier ministre Paul Martin, il a esquivé, préférant rappeler que la notion de fédéralisme asymétrique avait reçu l'appui de tous les chefs de gouvernement. «Ça reflète la réalité du Canada. [...] La société québécois est distincte. C'est très important pour le Québec de protéger ses compétences exclusives et ça se reflète dans cet accord.»

Le ministre de l'Environnement, Stéphane Dion, a aussi rejeté ce scénario. «Il y aurait un ressac si l'accord avait limité cette possibilité [d'entente particulière] au Québec et l'avait refusée aux autres provinces. Ce n'est pas du tout le cas.» Telle est, selon lui, la grande différence avec l'accord du Lac-Meech.

La ministre des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, n'a pas exagéré la portée de l'entente. Elle a rappelé en entrevue au Devoir qu'il ne s'agit pas d'un texte constitutionnel et que d'autres accords particuliers ont déjà été signés par le passé.

Cependant, a-t-elle insisté, «ce qui est nouveau» dans les textes adoptés dans la nuit de mercredi et hier, c'est qu'une entente intergouvernementale reconnaisse ce principe par écrit, de façon explicite, et que cette entente soit signée par tous les chefs de gouvernement canadiens.

«Il y a eu parfois par le passé des accords spécifiques ou asymétriques pour le Québec et on pouvait entendre, par exemple, des provinces de l'Ouest chialer», a-t-elle rappelé. Cette fois-ci, elles ont toutes signé. «C'est très important car c'est un engagement à respecter cette philosophie du fédéralisme, à la mettre en application et à ne pas exiger le lendemain que tout soit pareil au Canada.» «Certains fonctionnaires ont dû avaler de travers [hier] matin ?», a-t-on demandé. «Oui», a répondu Lucienne Robillard avec fermeté et amusement.

Selon le ministre de l'Environnement, Stéphane Dion, cette «légitimité explicite» du fédéralisme asymétrique et la fin des accords particuliers réduits au rang d'astérisque en bas de page faciliteront les relations fédérales-provinciales.

Le chef bloquiste Gilles Duceppe ne partageait pas l'enthousiasme des libéraux, imitant en ce sens le chef péquiste Bernard Landry. «Quand on nous parle d'entente, d'arrangement adapté à la spécificité du Québec, il faut rappeler qu'on parle d'une entente dans un domaine de compétence québécoise, la santé. Il faut relativiser tout ça un peu.» Il a noté qu'un accord administratif peut changer au gré des gouvernements.

Il a jugé insuffisantes les sommes acceptées, notant qu'elles sont inférieures à celles de l'entente de 2003. Il a aussi refusé de dire si Jean Charest a bien défendu les intérêts du Québec. «M. Charest a été à la hauteur du consensus québécois», a-t-il répondu avant de décrire la position commune des syndicats, des partis et du réseau de la santé. «Il avait alors une obligation de résultats. Il y a une partie du chemin de faite. L'obligation de résultats va se confirmer avec le déséquilibre fiscal et la péréquation.» Ces derniers feront l'objet d'une conférence fédérale-provinciale le 26 octobre, «le véritable test», selon M. Duceppe.

La réaction de M. Duceppe tranchait avec celle des autres chefs de parti d'opposition. «D'une manière générale, c'est un accord que le Parti conservateur peut soutenir», a dit Stephen Harper, contrairement à l'accord du Lac-Meech, qui était un texte constitutionnel de portée plus large. Dans ce cas-ci, «c'est cohérent avec les principes conservateurs puisque le gouvernement fédéral a reconnu les compétences des provinces en appuyant la capacité de n'importe quelle province de se retirer de l'accord avec une compensation financière, comme le Québec l'a fait», a-t-il dit. Satisfait du niveau de financement offert, il a souhaité que M. Martin reconnaisse maintenant l'existence du déséquilibre fiscal pour chercher à l'éliminer.

«Nous sommes bien contents de l'accord avec le Québec, a confié le néo-démocrate Jack Layton en entrevue. Le fédéralisme asymétrique est une politique forte que le NPD appuie.» Il était cependant déçu qu'il n'y ait eu aucune discussion durant la conférence sur la place grandissante du privé dans le système de santé, une avenue qu'il rejette.





Cap sur les baisses d'impôt

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 17 septembre 2004

Le réseau de la santé ne verra pas la couleur des 502 millions versés par Ottawa

Québec -- S'appuyant sur les nouveaux fonds obtenus d'Ottawa au terme de la conférence fédérale-provinciale-territoriale qui s'est terminée dans la nuit d'hier matin, le premier ministre Jean Charest est maintenant prêt à respecter sa promesse électorale de diminuer les impôts des contribuables québécois.

L'encre à peine sèche de l'entente qui accorde aux provinces 18 milliards en six ans pour le financement de la santé, dont 4,2 milliards au Québec, M. Charest a indiqué au cours d'une conférence de presse qu'il entend respecter son engagement de diminuer les impôts. «La réduction des impôts, ça fait partie de ce pour quoi on s'était engagés parce qu'on veut créer de l'emploi, parce qu'on veut créer de la croissance économique. Ce n'est pas une idée, une affaire doctrinaire», a-t-il dit.

M. Charest a confirmé que les 502 millions versés au Québec par Ottawa pour la santé dès cette année, en vertu de l'entente signée hier, seront absorbés par le fonds consolidé. Le réseau de la santé n'en verra pas la couleur. «On l'a déjà investi en santé», a-t-il dit. Son gouvernement a déjà consacré plus de un milliard supplémentaire à la santé en 2004-05, a-t-il rappelé. Les 702 millions qu'il recevra l'an prochain du gouvernement fédéral pour la santé seront toutefois dépensés à cette fin, a assuré le premier ministre.

À la faveur de cette entente qui plaquait des sourires sur le visage des membres de la délégation québécoise, fatigués mais ravis, le Québec recevra pour l'année en cours et l'an prochain non seulement 1,24 milliard pour la santé mais aussi 1,1 milliard de plus en péréquation, pour un total de 2,34 milliards. Si on tient compte de l'augmentation des transferts fédéraux pour la santé déjà prévue dans l'arrangement signé par Jean Chrétien en février 2003, le gouvernement Charest peut compter sur une hausse des transferts fédéraux de près de 2,9 milliards en vue du prochain budget.

Mais il ne faut pas penser que cette manne ira pour l'essentiel à la santé, ce que promettait le programme électoral du Parti libéral du Québec. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard a confirmé hier au Devoir qu'un investissement supplémentaire de 1,3 milliard l'an prochain, soit la hausse annuelle des coûts du système de santé de 5,1 %, ou un milliard, et 300 millions pour le développement et l'amélioration des soins, est plutôt envisagé. Lors de la campagne électorale de 2003, les libéraux promettaient d'injecter dans le réseau 2,77 milliards de plus en 2005-06.

Plutôt que d'investir de fortes sommes pendant un an pour freiner les dépenses l'année suivante, Philippe Couillard privilégie une hausse régulière et prévisible des budgets. «Nous voulons asseoir un plan de développement stable», a-t-il livré. Selon une analyse de son ministère, les hausses annuelles des dépenses de santé ont évolué en dents de scie depuis 1994 : réduction des budgets, hausse substantielle, hausse modeste ne couvrant pas l'inflation, autant de fluctuations qui ont causé des maux de tête dans le réseau de la santé. Or, a fait remarqué M. Couillard, si le gouvernement lui avait consenti des hausses régulières de l'ordre de 5 ou 6 % par année, il ne se serait pas dépensé plus d'argent dans le réseau. Ces hausses suffisantes et prévisibles auraient stabilisé le réseau.

M. Couillard a rappelé que l'investissement massif dans les hôpitaux du budget Marois de 2001-02 -- élimination de leur déficit accumulé et relèvement du financement de façon ponctuelle -- n'avait pas empêché les hôpitaux de retomber dans l'ornière déficitaire. La raison : le gouvernement n'avait pas couvert par la suite ce qu'on appelle, dans le jargon, les coûts de système spécifique, notamment les coûts croissants des technologies de pointe et des nouveaux médicaments onéreux.

Par ailleurs, il existe une limite à l'efficacité d'une injection ponctuelle d'argent dans le système de santé, et ce sont les ressources humaines, a rappelé M. Couillard.





Les leaders souverainistes font baisser la popularité de leur option

Presse Canadienne Le jeudi 16 septembre 2004

Montréal - Les leaders souverainistes font baisser la popularité de l'option qu'ils défendent, indique un sondage CROP-L'Actualité publié dans la plus récente édition du magazine.

Le sondage indique que 35 pour cent des répondants sont en faveur de la souveraineté lorsqu'ils répondent à une question générale sans référence au Parti québécois (PQ).

Mais les personnes interviewées se sont aussi fait demander si elles voteraient «oui ou non à un référendum sur la souveraineté du Québec» en fonction du chef à la tête du PQ.

Selon le sondage, l'option souverainiste récolterait 31 pour cent d'appuis si les péquistes sont dirigés par Bernard Landry. Dans le cas où Gilles Duceppe serait chef du PQ, le résultat serait de 29 pour cent. Avec Pauline Marois, il serait de 24 pour cent, alors qu'avec Jacques Parizeau, 23 pour cent des répondants ont dit qu'ils voteraient oui.

Finalement, l'option souverainiste recevrait 22 pour cent d'appuis si François Legault dirigeait le PQ.

«Dès qu'on se retrouve dans un contexte de référendum envisagé ou de controverse au sein du Parti québécois, les intentions de vote pour le PQ chutent», a constaté Claude Gauthier, vice-président de CROP.

Le sondage CROP-L'Actualité a été mené du 2 au 5 septembre 2004 auprès de 500 personnes. Sa marge d'erreur est de plus ou moins 4 pour cent, 19 fois sur 20.



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Les fourberies de Martin

Christian Gagnon, Montréal
TRIBUNE LIBRE 17 septembre 2004

L’origine des exhubérants surplus budgétaires d’Ottawa ne fait pas mystère. La part fédérale des dépenses en santé, jadis de 50%, est tombée aussi bas qu’à 14% sous le ministre des finances Paul Martin. Ajoutez à cela les coupures draconniennes aux paiements de péréquation aux provinces et la dilapidation de la caisse d’assurance-emploi et c’est le lucre. Pour calmer les gouvernements provinciaux pris à la gorge, Jean Chrétien a institué la commission Romanow qui a recommandé d’élever à un minimum de 25% la participation fédérale au financement des soins de santé, soit l’équivalent de 36 milliards $ d’argent neuf pour les six prochaines années. C’est donc cette somme que les provinces ont exigé dès le début de la récente conférence fédérale-provinciale, arguant qu’il s’agissait du stricte nécessaire. De son côté, Ottawa a démarré sa négociation très bas, à 9 milliards $, pour finalement régler à 18 milliards $.

Une semaine auparavant, le Conference Board rendait pourtant publique une étude commandée par le ministre fédéral des Finances Ralph Goodale estimant que les surplus fédéraux des 10 prochaines années totaliseraient 166 miliards $ ou quelques 75 milliards $ d’ici 2010-2011. Ainsi, Paul Martin savait qu’il engrangerait 75 milliards $ de surplus en six ans mais a accepté de n’en céder que 18 pour régler les problèmes de sous-financement des réseaux de santé dont il est généralement convenu qu’il en aurait fallu 36. Et on cherche à nous convaincre qu’il faille s’extasier devant le fait que ce Premier ministre, qui jure faire sa «première priorité» d'éliminer les listes d'attente et l'engorgement des urgences «pour une génération», ne règle que la moitié du problème pour six longues années alors qu’il avait amplement les moyens de faire beaucoup plus. Quel misérabilisme ! La part québécoise de 4,3 milliards $ sur six ans ne représente que le cinquième du déséquilibre fiscal décrié par la commission Séguin mais il s’agit d’une victoire «historique». Quelle fourberie !




TRIBUNE LIBRE

Le fédéralisme canadien est une nuisance pour le Québec

Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 17 septembre 2004

« Hey, le screw,
Screw you le screw,
Sors-moé du trou »
Richard Desjardins, Le screw

L’entente sur la santé entre le fédéral et les provinces va être une occasion supplémentaire pour nos fédéralistes asymétriques de faire l’éloge du système fédéral, que c’est la preuve que le Québec peut avoir ce qu’il veut dans la fédération canadienne, que ça peut marcher, etc. Ce n’est pas le fait que ça marche ou non que je questionne, c’est l’utilité du fédéralisme pour le Québec. En fait, je suis de plus en plus convaincu qu’il est plus nuisible que profitable et qu’il faut s’en débarrasser au plus vite. Mais cette évidence met du temps à faire son chemin ; certains, comme la confrérie éditoriale de Gesca, n’oseront jamais remettre en cause le régime qui les fait vivre, d’autres veulent à tout prix éviter les « chicanes » et d’autres encore préfèrent écouter Jeff le moron et défendre sa « liberté d’expression » que celle de leur peuple.

Est-il besoin de rappeler que les Québécois n’ont pas donné leur aval à l’adhésion du Québec dans la « confédération » canadienne, ni même été consultés sur ce projet de réaménagement des colonies anglaises d’Amérique du Nord. Ils l’ont accepté parce qu’ils ont été mis devant le fait accompli par des politiciens opportunistes comme le traître George-Étienne Cartier, qui pensaient à leurs intérêts avant ceux du peuple. Ils me font rire, ceux qui présentent l’histoire du Canada comme celle de deux peuples fondateurs qui ont choisi de vivre ensemble malgré leurs différences. Ils transforment une conquête par les armes de Sa Majesté britannique, un véritable viol, en un mariage avec l’Acte d’Union et le British North America Act comme contrat. Un contrat enfoncé dans la gorge au lendemain de la répression de nos « partenaires » de vie commune.

Et John Charest de présenter son entente avec son supérieur fédéral comme un « événement historique pour notre peuple ». Il n’y a pas grand-chose d’historique à simplement récupérer notre argent, comme si les « scrous » d’Ottawa nous faisaient un cadeau. C’est le fait de ceux qui acceptent d’être réduits à l’état d’esclaves de remercier ainsi les maîtres pour faveurs obtenues. Les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons américaines de Guantanamo et de Bagdad devront-ils remercier leurs geôliers si ceux-ci décident de faire preuve d’ « humanisme » à leur endroit ? Les détenus palestiniens qui font la grève de la faim dans les prisons israéliennes devront-ils négocier avec leurs gardes-chiourmes s’ils veulent « adoucir » leurs conditions de détention ? « L’argent d’Ottawa », comme disent certains, n’est pas le sien, justement, c’est l’argent des Québécois et on n’a pas à ramper devant les fédéraux pour le récupérer, encore moins dire merci, comme si on nous avait fait une faveur. Même les chiens en laisse ne disent pas « merci » quand le maître leur donne à manger. Mais nos chiens savants libéraux ont depuis longtemps l’habitude de lécher la main du maître qui leur donne un bon gros os en récompense de leur docilité.

Pour les fédéralistes asymétriques, nous avons remporté une « grande victoire » parce qu’on a amélioré nos conditions de détention dans la prison fédérale, parce que nos « scrous » fédéraux ont reconnu la « spécificité » québécoise ! Attitude normale pour des gens qui aménagent la dépendance à la petite semaine, qui se contentent de petites victoires, de miettes lancées par Ottawa. Si Charest et le PLQ continuent sur leur lancée, ils vont bientôt réclamer l’abolition du poste de lieutenant-gouverneur et pourquoi pas (on peut toujours rêver !) réclamer l’indépendance ?

Loin d’être une preuve de la flexibilité, du bon fonctionnement et des bons côtés du fédéralisme canadien, cette conférence sur la santé est la preuve de son inutilité pour le Québec. Quand il faut demander la permission pour récupérer ce qui nous appartient, il y a un problème. Nous sommes aux prises avec divers problèmes dans différents secteurs (santé, éducation, logement…) mais nous ne pouvons tous les régler parce que nous ne contrôlons pas la totalité de nos finances. Une nation qui se respecte ne peut accepter une pareille situation de dépendance et de soumission dans un pareil régime néo-colonial. C’est notre tâche de convaincre les Québécois du caractère nuisible, néfaste, étouffant du fédéralisme canadien dans le plein développement du Québec et de la nécessité de se débarrasser de cette tutelle néo-coloniale anachronique en ce début de 21e siècle. Contrairement à ce que prétendent certains pour justifier la mainmise fédérale sur notre peuple, l’indépendance n’est pas incompatible avec la période actuelle de mondialisation. Le besoin de liberté a toujours été et sera toujours présent pour l’être humain comme pour les nations.




TRIBUNE LIBRE

L’ENTHOUSIASME DES MENDIANTS

Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 17 septembre 2004

C’est qu’ils étaient contents, nos quêteux du Québec, au sortir de quatre jours de négociation marathon avec l’État canadien. Des pourparlers ardus qui ont eux-mêmes été l’objet de nombreuses réunions préparatoires afin de mieux rapatrier du gouvernement fédéral de Paul Martin un maximum d’argent expédié d’abord à Ottawa, sous forme d’impôt.

C’est le torse bombé donc, que le premier ministre du Québec Jean Charest est revenu du front, en claironnant avoir bouclé une entente historique avec Ottawa! L’asymétrie qu’il prétend avoir instaurée avec Paul Martin dans les relations fédérales-provinciales fut cependant le résultat de la situation minoritaire que vit le gouvernement libéral du Canada aux Communes, plutôt que la conséquence d’une soudaine souplesse. De plus, cette asymétrie ne vaut pas grand chose. À preuve; les provinces anglophones qui pouvaient également s’en prémunir ont plutôt préféré se plier aux règles d’Ottawa, voyant bien que le « gain » du Québec ne veut rien dire, sinon d’essayer de duper les Québécois que le fédéralisme canadien entre dans une nouvelle ère de collaboration...

On a comparé la performance de Jean Charest à celle d’un hockeyeur de talent! Pourtant; il n’a eu qu’à pousser la rondelle dans un filet désert, après que le Bloc québécois ait rappelé à Paul Martin sa situation politique précaire à Ottawa. Tout de même étonnant que ce dernier ait eu malgré tout le culot d’avoir tenté d’empiéter dans les champs de compétences québécoises! Tous savent évidemment à quoi s’attendre, lorsque la situation au Parlement canadien reviendra « à la normale », après la prochaine élection générale.

Le « plus meilleur » système fédéral canadien, aux yeux de Jean Charest, se résume finalement à d’éternelles séances de quémandage. Le premier ministre du Québec refuse de l’admettre et piaffe même d’impatience à l’idée de remettre ça le 26 octobre prochain où cette fois-ci, il mendiera à Ottawa d’autres sommes au chapitre de la péréquation. Puis; ce sera le même manège honteux sur la question du déséquilibre fiscal. Pour la nouveauté, on repassera : il en a toujours été ainsi!

Que le chef de l’État québécois aime se livrer à cet humiliant exercice, au nom de son dogme fédéraliste, passe. Ce qu’il ne semble pas vouloir constater; c’est qu’une majorité de Québécois ne peut plus supporter d’assister à ces spectacles avilissants où temps, énergie et argent sont inutilement gaspillés. Il n’y a qu’entre nous, rassemblés naturellement autour d’un État national, que se règlera efficacement des dossiers urgents comme celui de la santé. C’est ce qu’on appelle le gros bon sens que des situations ridicules comme celle observée dernièrement à Ottawa, transforment en désir souverainiste.




TRIBUNE LIBRE

L’Équipe Mario Dumont et le Green Party of Québec

Sylvio Le Blanc, Montréal
TRIBUNE LIBRE 17 septembre 2004

La liste[1] des partis politiques autorisés par le Directeur général des élections du Québec en vue des élections partielles du 20 septembre, est instructive à plus d’un titre.

On y apprend par exemple que la dénomination officielle de l’ADQ est «Action démocratique du Québec / Équipe Mario Dumont». Un chef est important, certes, mais pas au point de greffer son nom à celui du parti. Enfin, j’espère. Qu’en sera-t-il lorsqu’il aura trépassé?

On peut y lire aussi «Parti vert du Québec / Green Party of Québec» (de même que «Parti Égalité / Equality Party» et «Parti libéral du Québec / Quebec Liberal Party»). J’ai de la sympathie pour le Parti vert, mais pour la seule raison de sa dénomination bilingue (il aura au moins conservé l’accent aigu à «Québec», contrairement au Parti libéral), il a perdu mon appui. Un parti peut être vert, mais d’abord bleu.

Félicitations aux six autres partis qui n’ont pas traduit en anglais leur dénomination : le Bloc Pot, le Parti démocratie chrétienne du Québec, le Parti marxiste-léniniste du Québec, le Parti Québécois, l'Union des forces progressistes, sans oublier bien entendu l’Action démocratique du Québec / Équipe Mario Dumont. Les Anglo-québécois qui voteront pour eux ne seront pas légion, mais tant pis!

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[1] Le Devoir, le mercredi 8 septembre 2004, p. B 3. Publicité du DGÉ.




TRIBUNE LIBRE

Radio-Canada radiocanadianise

Marianne Vaucouleurs, Lévis
TRIBUNE LIBRE 17 septembre 2004


=>  http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/9-15.html#tlnsg (auditoire@radio-canada.ca)

Et Philippe Crépeau qui en remet sur-le-champ ! : http://radio-canada.ca/url.asp?/sports/formule_un/nouvelles/200409/16/003-040916VillEssais.shtml

L'individu travaille pour Radio-Canada et rédige ses textes à l'attention d'un auditoire francophone. C'est dire que 98% (voire plus...?) de ses lecteurs sont des Québécois.

Mais ce Québécois qui s'adresse à des Québécois au sujet d'un Québécois préfère considérer Jacques Villeneuve comme... un Canadien.

Monsieur est-il colonisé, monsieur obéit-il servilement à Robert Rabinovitch (dont l'«amitié» de Jean Chrétien lui valut le poste de PDG de Radio-Canada dès le début de son mandat il y a une dizaine d'années), monsieur a-t-il un revolver sur la tempe tenu par quelque Stéphane Dion, Jean Pelletier ou Denis Coderre ou bien, enfin, monsieur utilise-t-il tout simplement ses fonctions de journaliste pour mousser ses opinions politiques personnelles auprès de cette bonne chaire à propagandes - qualité par ailleurs fort bien connue de nos Alfonso Gagliano et de nos Charles Guité de service, ainsi que des nombreux André Pratte de l'Empire Gesca - que sont ces dits Québécois???

Radio-Canada... chue pu kapab de vous encaisser.
Vous allez finir par faire de moi une felquiste du XXIe siècle.

Marianne Vaucouleurs,
Lévis, Québec