Actualité







Par delà la désinformation

Robert Laplante
L'Action nationale septembre 2004

Éditorial - Il n’est pas certain qu’on puisse établir que l’été morose que nous avons connu ait quelque chose à voir avec les désordres climatiques provoqués par les gaz à effet de serres. Une chose est certaine cependant, la Saison des idées du Parti Québécois a subi durement les effets toxiques de la désinformation distillée par Gesca. La lettre publiée dans La presse par Jacques Parizeau a été rien moins que détournée par un titre erroné qui ne pouvait avoir – et qui n’a pas eu d’autre effet – que de tenter de faire dérailler le débat sur la révision du mode d’accession à l’indépendance. En laissant entendre que Jacques Parizeau mettait de l’avant une formule qui consisterait à rabaisser les standards démocratiques pour autoriser un gouvernement du Parti Québécois à tenter de faire l’indépendance sans l’appui de la majorité de la population, les Pratte et autres scribes à gages de Gesca façonnaient une chimère : l’élection référendaire comme manœuvre pour piéger l’électorat.

Il n’en fallait pas davantage pour que sévisse avec fureur l’affligeante médiocrité du commentaire politique médiatique. Rien qui n’aura pas été dit sur les cages à homard, les astuces et autres raccourcis pour mieux s’inventer un adversaire méprisable et se donner le rôle de protecteur vertueux de la Démocratie et du « pôvre » peuple. C’est toujours la même histoire avec ce genre de récit : il sous-entend toujours que le peuple du Québec est à ce point fragile et niais que des séparatistes pourraient envisager de le manipuler sans vergogne. Heureusement que nous avons Ottawa, Gesca et de savants politologues pour nous préserver de ces manœuvres !…

Jacques Parizeau n’a jamais proposé de rabaisser les standards démocratiques. La synthèse des débats en cours qu’il a fait ne visait qu’à redire l’importance d’aller au fond des choses. Pour la millième fois, ce grand homme aura dû subir les réflexes de lynchage qui montent vite à l’esprit étroit des petits caporaux qui plastronnent dans la bourgade.

Pour peu qu’on les examine avec intégrité et bonne foi, les positions en présence sont pourtant limpides et faciles à comprendre. Convaincus d’avoir affaire à un État voyou qui ne reculera devant rien pour faire échec à notre libération nationale, les souverainistes cherchent la meilleure voie pour canaliser les forces et recueillir la légitimité nécessaire – c’est-à-dire l’appui de la majorité de la population – pour qu’un prochain mandat du Parti Québécois nous conduise à l’indépendance. Deux grandes avenues sont explorées, chacune d’elle donnant lieu à deux options.

La voie électorale simple, tout d’abord. Une première position soutien (sic) qu’un gouvernement du Parti Québécois ayant obtenu 50 % plus une voix pourrait déclarer l’indépendance. Une seconde variante propose qu’une coalition de partis souverainistes dont le total des appuis recueilleraient la majorité des voix autoriserait à proclamer l’indépendance. Un pacte devrait être conclu entre ces partis avant l’élection.

La voie référendaire, pour sa part, comporte aussi deux options. La voie étapiste du référendum consultatif est celle qui a été proposée par le rapport du chantier « Pays » du Parti Québécois. Le PQ se ferait élire avec l’engagement de tenir un référendum consultatif dont le résultat engagerait une négociation avec le Canada. C’est une version légèrement améliorée du statu quo, reconduisant avec quelques modifications les approches antérieures. Le référendum porterait sur une demande d’appui à la souveraineté. Cette approche vise à forcer une reconnaissance canadian. La seconde option référendaire est celle du référendum de ratification. C’est la proposition de « Revoir le cadre stratégique ». Le P.Q solliciterait le mandat d’utiliser l’État pour préparer les institutions du Québec indépendant. Une constitution serait élaborée par une commission spéciale de l’Assemblée nationale. C’est cette constitution dont l’article premier établirait que le Québec est un pays souverain qui serait soumise à référendum. Si le projet de constitution obtient la majorité des voix ce référendum devient exécutoire. Le Québec accède à son indépendance. Cette approche est centrée exclusivement sur le Québec, c’est un acte d’autodétermination.

Ce débat ne vise pas seulement à repenser la manière d’affronter l’État canadian. Pour beaucoup de militants, en effet, le renouvellement est aussi nécessaire pour surmonter la méfiance qu’ils ont à l’égard d’un PQ dont l’approche provinciale et la présence au gouvernement n’ont pas suffi à contrer les intrusions et les exactions d’Ottawa et dont la gouverne velléitaire a fait douter de la volonté et du courage à prendre l’offensive pour briser le carcan canadian. Le débat comporte donc un enjeu supplémentaire : combler le déficit de crédibilité d’une élite politique qui a creusé un écart considérable entre les appuis au PQ et les appuis à l’indépendance.

L’orientation retenue ramènera ou écartera les militants abstentionnistes. Ils sont très nombreux à ne plus vouloir assister au spectacle désolant d’un gouvernement dirigé par des souverainistes qui se lamentent, impuissants. La crainte de voir les efforts des quarante dernières années se noyer dans la consolation d’une rhétorique grandiloquente multipliant les incantations pour mieux reporter le passage à l’acte, joue très fort. Tout comme celle de voir le PQ s’abolir dans une espèce d’Union nationale post-moderne, devenir un parti d’autant mieux disposé à donner préséance à toute sorte de bonnes causes (écologie, altermondialisme, etc.) qu’il sera tenté d’y dissoudre la conscience de se défiler devant les exigences de sa raison d’être.

C’est au congrès de 2005 que les militants feront un choix qui risque bien de sceller le sort du mouvement indépendantiste pour la prochaine génération. Il faut souhaiter que ce choix sera celui du courage, de l’audace et de la confiance en soi. Après quatre ans de régime Charest le Québec aura subi des torts considérables. L’asphyxie fiscale aura fait son œuvre, le Canada aura poussé plus avant ses intrusions. Il faudra en sortir au plus vite pour préserver la cohésion sociale et notre capacité d’agir en conformité avec nos intérêts nationaux. Un mandat de bon gouvernement ne voudrait dire qu’un mandat pour continuer à disloquer le Québec. Il faut une approche qui permettra de réaliser la souveraineté selon un échéancier court, dans un seul mandat. Sur tous les domaines des affaires publiques, il faudra des gestes qui témoigneront du refus de se résigner, ne serait-ce que deux années de plus, à gérer le Québec avec les moyens que le Canada lui laisse.





L'asymétrie; quelle asymétrie?

Réjean Pelletier
Professeur au département de science politique, Université Laval
Le Devoir lundi 20 septembre 2004

Libre opinion: Les médias ont salué, généralement avec enthousiasme, la victoire du premier ministre Charest à la suite de la dernière conférence fédérale-provinciale sur la santé tenue à Ottawa. Il faut reconnaître que M. Charest a défendu avec vigueur la position du Québec, en particulier en ce qui a trait à l'accroissement des dépenses fédérales dans le secteur de la santé et à la reconnaissance d'un fédéralisme asymétrique à l'endroit du Québec.

Je laisse à d'autres le soin d'évaluer les besoins financiers du Québec en matière de santé et de voir si la valse des milliards réussira à apaiser les maux «chroniques» qui affligent le secteur de la santé. Aujourd'hui comme hier, et ce, de plus en plus, la santé apparaît comme un gouffre sans fond qui gruge une part grandissante du budget provincial.

Ce qui m'intéresse davantage dans ce court article, c'est la victoire, saluée par tous, d'un fédéralisme asymétrique. Qu'en est-il véritablement ?

Il importe tout d'abord de souligner qu'il ne s'agit nullement d'une asymétrie constitutionnelle.

Asymétrie de nature administrative

En d'autres termes, l'accord ne touche aucunement à la constitution qui n'a pas été amendée pour satisfaire les réclamations du Québec. Il s'agit plutôt d'une asymétrie de nature administrative consignée dans un accord politique, ce qui veut dire que cette asymétrie peut être facilement modifiée (selon les besoins de la conjoncture politique) dans les prochaines années. Elle peut aussi ne pas être modifiée, mais en même temps ne pas servir de précédent pour d'autres ententes de même nature. Dans un cas comme dans l'autre, la victoire aura été de courte durée.

Je ne souhaite évidemment pas que ce soit le cas. Surtout, je crois que le premier ministre Martin est davantage prêt que son prédécesseur, Jean Chrétien, à se montrer flexible sur la conception du fédéralisme canadien.

En ce sens, on peut dire que Paul Martin pourra probablement mettre fin à l'ère Trudeau dont Jean Chrétien, comme Clyde Wells ou Sharon Carstairs également, était le plus fidèle héritier.

Pas de catastrophe appréhendée pour le Canada

Ce ne sera alors certainement pas la catastrophe appréhendée pour le Canada. Encore que Paul Martin devra convaincre la haute fonction publique canadienne qu'il faut tirer un trait sur la vision trudeauiste, ce qui signifie que le combat n'est certainement pas fini.

Mais il y a plus encore. L'asymétrie, dont on parle dans le communiqué final sur l'entente conclue avec le Québec, est plutôt de nature négative (ou simplement défensive). Qu'est-ce à dire ?

Le communiqué reconnaît la pleine compétence du Québec sur la planification, l'organisation et la gestion des services de santé, comme le plan de réduction des temps d'attente, la gestion des ressources humaines en santé, la réforme des soins familiaux et des soins à domicile, ou la prévention des maladies chroniques. À ma connaissance, ce sont là des domaines de compétence provinciale.

Le communiqué «Québec» vient donc reconnaître la compétence du Québec en ces matières -- ce qui est déjà reconnu par la Constitution -- alors que les autres provinces acceptent que le gouvernement fédéral puisse établir des normes et des critères dans ces domaines de leur compétence.

Un fédéralisme asymétrique de nature positive (ou plus offensive) aurait donné d'autres résultats. Tel est le cas, par exemple, de l'entente Cullen-Couture (conclue sous un gouvernement péquiste), suivie de l'entente McDougall-Gagnon-Tremblay (conclue sous un gouvernement libéral) en matière d'immigration où le Québec obtient certains «pouvoirs», comme la sélection et l'intégration des immigrants, que les autres provinces n'ont pas.

Tel est le cas également de l'entente sur la formation de la main-d'oeuvre où le Québec (sous un gouvernement péquiste), en compagnie d'autres provinces, mais pas de toutes les provinces, a obtenu un transfert complet de responsabilités relatives au marché du travail permettant ainsi de tenir compte des différences marquées entre les systèmes d'éducation des provinces.

Ce sont là des exemples de fédéralisme asymétrique positif dans le sens où le Québec obtient plus que ce qu'il a déjà. L'entente conclue récemment reconnaît tout simplement les compétences du Québec en matière de santé, sans rien y ajouter, alors que les autres provinces acceptent que le fédéral puisse y intervenir en établissant ses normes et ses critères auxquels elles doivent se soumettre.

Cette entente ne constitue donc pas un recul pour le Québec, ni d'ailleurs une avancée. Fédéralisme asymétrique, certes; mais une asymétrie qui reconnaît tout simplement la situation existante ou le statu quo. Si ce fédéralisme asymétrique a déclenché tant d'enthousiasme, c'est probablement parce que l'on s'attendait à un recul ou à un compromis de la part du gouvernement Charest qui ne nous avait pas habitué jusqu'ici à une défense aussi vigoureuse de la position du Québec de sa part.





Charest compte exporter l'entente "asymétrique" dans d'autres secteurs

Lessard, Denis; Bellavance, Joël-Denis
La Presse vendredi 17 septembre 2004

Santé - Un précédent susceptible d'ouvrir d'autres portes

L'encre de l'entente " asymétrique " qui confirme la compétence du Québec en santé est à peine sèche que déjà Jean Charest songe à l'exporter dans d'autres secteurs.

Et la percée obtenue en matière de santé risque d'avoir un impact sur la représentation internationale du Québec, soutenait hier le premier ministre du Québec dans une entrevue accordée à La Presse.

L'accord signé mercredi par les gouvernements du Québec et d'Ottawa en santé constitue un précédent, susceptible d'ouvrir la porte à d'autres avancées, a soutenu M. Charest.

" C'est un précédent qui va servir, il n'y a aucun doute là-dessus, a dit M. Charest. On avait déjà des ententes à géométrie variable, et maintenant on établit un principe, une matrice qui sera utile pour l'avenir. On voulait ce précédent pour l'avenir, on l'a maintenant, c'est pourquoi on tenait à ce que cette entente soit signée ", a expliqué le premier ministre.

À quoi pense-t-on? " Les relations internationales par exemple. L'entente d'hier est certainement un modèle, un principe qu'on fera valoir dans nos négociations ", a dit M. Charest.

En entrevue à Radio-Canada hier soir, la ministre des Affaires intergouvernementales du Canada, Lucienne Robillard, donnait d'autres exemples. Des ententes distinctes " pourraient certainement s'appliquer à l'avenir dans tous les domaines où le Québec agit avec nous dans l'ensemble canadien ". La question des municipalités, par exemple, où les provinces ont juridiction.

Pour Benoît Pelletier, ministre québécois des Affaires intergouvernementales, il est clair que l'entente conclue cette semaine " établit un principe qui pourra éventuellement s'appliquer ailleurs ". Il donne l'exemple des congés parentaux: une entente de principe est déjà conclue entre Ottawa et Québec et elle se finalisera par un accord asymétrique, prédit-il.

Sur la question internationale, déjà l'ex-ministre des relations fédérales-provinciales pour le gouvernement Martin, Pierre Pettigrew, s'était dit ouvert à une plus grande place du Québec sur des organismes internationaux. Or, M. Pettigrew est passé depuis aux Affaires extérieures. En mai, de passage à Paris, M. Charest avait indiqué que son gouvernement était en négociation avec Ottawa sur la place du Québec dans les organismes internationaux comme l'UNESCO. M. Pettigrew avait convié Philippe Couillard à une conférence internationale sur la santé, et, tout récemment, Liza Frulla et Line Beauchamp, ont fait une mission commune au Mexique.

Ressac?

L'enthousiasme rapide de Jean Charest quant au potentiel de l'entente particulière obtenue à Ottawa est susceptible de soulever un ressac au Canada anglais. Tout juste après avoir signé l'entente du lac Meech en 1987, Robert Bourassa avait soulevé une réaction dans le reste du pays en soutenant à l'avance qu'il comptait obtenir davantage encore du gouvernement Mulroney.

C'est précisément à ce type d'inquiétudes qu'a dû hier faire face, à Ottawa, le premier ministre Paul Martin. Se disant " fier " de l'entente sur la santé, M. Martin a senti le besoin de, prestement, balayer du revers de la main l'idée que l'asymétrie consentie au Québec par Ottawa, puisse réveiller de vieux démons dans les provinces de l'Ouest. À l'époque de l'entente du lac Meech, l'égalité absolue entre les provinces restait un dogme intouchable pour plusieurs gouvernements.

Ayant misé gros sur les succès d'une conférence fédérale-provinciale sur l'avenir des soins de santé au pays, Paul Martin a été accueilli en véritable héros hier matin par ses ministres à l'occasion d'une réunion de son cabinet, même s'il a été malmené par les premiers ministres des provinces pendant une bonne partie de la conférence et qu'il a dû faire de nombreuses concessions pour conclure une entente.

" Le Québec est une société distincte "

Mais, à l'issue de la réunion de son cabinet, M. Martin a dû rendre des comptes et justifier devant les journalistes sa décision de parapher une entente spécifique pour le Québec.

" C'est une entente qui reflète vraiment la réalité du Canada. Et j'en suis très fier. Le Québec a joué un rôle très important pour forger un consensus national. C'est cela la force du Canada. Nous sommes un pays très riche. Le Québec est une société distincte. Il est important pour le Québec de protéger ses compétences. Et cela fait partie de cette entente ", a déclaré M. Martin.

Le premier ministre a toutefois nié avoir accordé un traitement de faveur au Québec qui soit inaccessible aux autres provinces. Il a insisté sur le fait que le Québec avait souscrit aux objectifs globaux énoncés dans le communiqué de presse final signé par le gouvernement fédéral et les autres provinces et que celles-ci auraient aussi pu parapher une entente semblable à celle conclue entre Ottawa et le Québec. Il a souligné que le Québec avait créé son propre conseil de la santé, qui collabore avec le Conseil canadien de la santé.

" Chaque premier ministre a donné son accord à l'atteinte de grands objectifs nationaux. Je crois que c'était un grand jour pour le Canada. (...) Les neuf autres premiers ministres, tous, étaient d'accord avec le fédéralisme asymétrique. (...) Nous endossons la réalité contemporaine de notre pays. Cela nous rend tous plus forts. Mais n'oubliez qu'il y a des buts et des objectifs communs ", a affirmé le premier ministre.

Pour Lucienne Robillard, titulaire des Affaires intergouvernementales, la signature d'une entente spécifique avec le Québec confirme la promesse solennelle de Paul Martin d'établir une nouvelle ère de collaboration entre Ottawa et les provinces. " C'est un grand pas pour la fédération canadienne, pour le Québec, mais aussi pour toutes les autres provinces. Le fédéralisme asymétrique existe dans notre pays. C'est ce pourquoi nous avons d'ailleurs une fédération. (...) C'est un gain pour tous et chacun de reconnaître la diversité ", a déclaré Mme Robillard, qui a déjà été ministre dans le gouvernement libéral de l'ancien premier ministre Robert Bourassa à l'époque du naufrage de l'accord constitutionnel du lac Meech.

Le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, qui a agi comme conseiller de Claude Ryan du temps où ce dernier dirigeait le Parti libéral du Québec, s'est aussi félicité de constater la plus grande ouverture d'Ottawa face au Québec. " C'est une excellente nouvelle pour les Québécois. Je suis ravi de ce fédéralisme asymétrique, qui a donné tellement de boutons à tellement de monde longtemps dans cette capitale. On voit, après des années de travail de plusieurs d'entre nous, que nous sommes capables de parler d'une réalité qui est nécessaire ", a-t-il commenté.

L'ancien bras droit de Jean Chrétien dans le dossier de l'unité nationale, Stéphane Dion, a déclaré qu'Ottawa et les provinces ont donné " une légitimité explicite à une pratique qui était un peu moins admise dans les paroles autrefois ". " Cela va beaucoup faciliter les relations entre le gouvernement du Canada et toutes les provinces, notamment le Québec ", a-t-il dit.

Mais le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a minimisé l'importance de l'entente distincte obtenue par Jean Charest, affirmant qu'il aurait été impensable de laisser Ottawa dicter au Québec les priorités en matière de santé.

En point de presse, M. Duceppe a affirmé que M. Charest a été " à la hauteur " durant la conférence, mais que le véritable test sera la prochaine rencontre fédérale-provinciale portant sur le déséquilibre fiscal le 26 octobre.

Autres réactions

Au sujet de cette prochaine rencontre, le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, a dit souhaiter que M. Martin " va reconnaître l'existence " du déséquilibre fiscal et qu'il va se préparer mieux avant la rencontre pour l'éliminer ".

Le chef du NPD, Jack Layton, a tenu à féliciter les provinces d'avoir forcé M. Martin à bonifier son offre initiale de 12 milliards de dollars.





Le "jour de l'asymétrie"

Denis Lessard
La Presse vendredi 17 septembre 2004

Québec - " En bas du peuple... on ne règle pas! " Devant ses conseillers un peu perplexes, Jean Charest y était allé d'une de ses formules souvent nébuleuses...

À ce lunch du début de juillet où son équipe devait penser à la stratégie de la joute fédérale-provinciale qui s'annonçait, on se demandait bien où le patron voulait en venir. C'est en pleine nuit, mercredi, que tout devint clair. " Au nom de la population du Québec, je tiens à vous dire que nous marquerons sur notre calendrier pour toujours cette journée du 15 septembre 2004 comme étant une journée importante dans l'histoire de notre peuple ", de lancer Jean Charest, bien après minuit, à la clôture de la conférence fédérale-provinciale sur la santé.

Comme à la fin d'un bon film, tout tombait en place. Le décor d'abord, dans la même salle où, en novembre 1981, René Lévesque s'était trouvé isolé- les provinces anglophones avaient alors unanimement cautionné le rapatriement unilatéral de la Constitution. C'était encore au même endroit où, en 1987 et en 1990, Robert Bourassa avait vu son rêve de faire reconnaître le caractère distinct du Québec s'évanouir en fumée.

Après le décor, les acteurs. Les visages ont changé, mais la cohorte des premiers ministres forme toujours la même troupe, imprévisible. Finalement un thème, un moteur, pour cette pièce: ce ne sera pas l'amour ou la vengeance, mais l'honneur retrouvé, l'appel au " peuple " du Québec.

" Dire le mot peuple à cet endroit et à ce moment précis, disons que ce n'était pas neutre ", expliquait hier M. Charest dans un entretien accordé à La Presse. Pas question toutefois de " réparation, même si dans cette salle beaucoup d'espoirs québécois ont été laissés en plan ".

" Je vois là-dedans une nouvelle ère pour le Québec ", disait-il, particulièrement rayonnant dans un point de presse pourtant convoqué après 15 heures de négociations ardues.

15 septembre: jour férié?

Les experts soulignaient hier à l'unisson que ce genre d'accord marquait une rupture par rapport au mouvement de centralisation du fédéralisme canadien, constaté depuis le rapatriement de la Constitution. " Trudeau doit se retourner dans sa tombe, et les fonctionnaires fédéraux doivent faire des boutons ", disait hier Jacques Frémont, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Montréal. Toutefois, comme son collègue Gérald Beaudoin, d'Ottawa, M. Frémont sent le besoin de remettre les pendules à l'heure. Cet accord est important, mais n'est en rien une entente constitutionnelle.

Les Québécois ont déjà la Saint-Jean comme jour férié, et la fête des Patriotes est à leur éphéméride; mais ce n'est pas demain la veille qu'on y ajoutera le " jour de l'asymétrie ".

Le gain est politique et Jean Charest en est parfaitement conscient. Déjà, hier, un expert en sondages, Claude Gauthier, de CROP, prédisait que la cote de Jean Charest allait grimper dans les prochaines semaines, une tendance déjà constatée depuis ses sorties plus nationalistes de l'été.

Déclaration après déclaration, M. Charest prend ses distances de l'image de fédéraliste dogmatique qu'on avait accolé à ce transfuge d'Ottawa. Ce n'était pas banal de voir en marge de la conférence les députés bloquistes Yvan Loubier et Réal Ménard louanger le travail du premier ministre libéral. Et, bénéfice non négligeable, avec cette stratégie, Jean Charest soulage chaque fois ses propres troupes, les libéraux provinciaux resté nostalgiques du nationalisme discret mais têtu d'un Robert Bourassa.

Pourtant, il l'admettait hier, Jean Charest a eu bien peur " d'échapper " son accord distinct sur la santé. Paul Martin s'y était bien engagé verbalement, il se disait d'accord avec l'asymétrie, et comprenait qu'il devrait y avoir des dispositions particulières pour le Québec dans le texte général où les provinces acceptaient la mise en place d'un système d'évaluation de la performance de leur système de santé. Mais le texte devenait à chaque version plus contraignant.

" À un moment donné, en après-midi mardi, j'ai demandé que notre négociateur, Yves Castonguay, se retire des discussions sur le texte général ", a confié hier M. Charest.

" Cela a eu son effet, ils se sont rendu compte qu'on était sérieux ", a-t-il expliqué.

Pagaille

Quelques heures plus tard, en soirée mardi, dans une pagaille indescriptible, plus de 60 fonctionnaires de toutes les provinces se retrouvaient entassés au 24, Sussex, tandis qu'au premier, dans le bureau de travail de M. Martin, les gens des Finances décortiquaient les maigres concessions financières d'Ottawa. On furète dans les immenses bibliothèques où un ouvrage, Comment gérer les catastrophes, fait sourire. Paul Martin, en manches de chemise, paraît un peu condescendant. Débonnaire, il ajoute ou retire les centaines de millions d'un trait de plume sur les tableaux de ses fonctionnaires.

" Ce n'est pas moi qui serai en campagne électorale dans 18 mois ", lui aurait lancé, cinglant, Jean Charest. Exaspéré par l'immuabilité de l'offre financière d'Ottawa, Bernard Lord, du Nouveau-Brunswick, perd patience et menace de claquer la porte.

C'est aussi le moment où, dans le corridor, au premier étage du 24, Sussex, Paul Martin et Jean Charest conviennent d'aller au bout de leurs conversations téléphoniques des dernières semaines. Pour bien marquer que le Québec veut conserver les coudées franches dans son champ de compétence, un texte distinct accordera au gouvernement Charest toute latitude requise pour atteindre l'objectif commun, " améliorer les soins et réduire les délais d'attente ".

Puis, convoquant son sous-ministre, le greffier du conseil privé, Alex Himelfarb, M. Martin " a placé la commande, a donné les instructions et dit: je veux une entente ", a raconté M. Charest. Un moment qui pour lui fut, " clairement, un tournant ".

Tout à coup, dans les dernières heures de la négociation, mercredi, nouvelle embardée. Inquiet de la montée dans sa province d'un nouveau parti ultraconservateur, Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique, fit cette fois la moue à l'idée texte distinct pour le Québec. Mais les représentants de autres provinces- acquises à l'idée- le firent rentrer dans le rang.

Il faut dire que le Conseil de la fédération, formé de l'ensemble des premiers ministres des provinces, a instauré un tout nouvel équilibre entre les deux ordres de gouvernement. " Il y a maintenant une position canadienne qui n'est pas celle du gouvernement fédéral ", confiait hier un proche collaborateur de M. Charest.

Fin octobre, dans une ville qui reste à déterminer, la partie risque d'être passablement différente quand on parlera de péréquation. Déjà, à Ottawa, quelques provinces grinçaient des dents quand, d'une seule voix, les provinces ont décidé de demander une solution intérimaire pour régler le litige sur la péréquation. Ottawa avait, bien conscient de son effet, mis sur la table un pactole de 12 milliards en six ans.

Promise sur tous les tons par Paul Martin, la " nouvelle ère " des relations fédérales-provinciales risque de ressembler aux habituelles parties de souque à la corde entre les gouvernements.

L'ABC de l'entente

Quelles sont les principaux éléments de l'entente?

Elle prévoit que le gouvernement fédéral versera 18 milliards de dollars aux provinces pour la santé au cours des six prochaines années. En retour, les provinces doivent convenir, d'ici le 31 décembre 2005, à l'aide d'experts médicaux, des délais d'attente acceptables pour divers actes médicaux. Elles doivent aussi déterminer elles-mêmes les meilleurs moyens d'atteindre les exigences de ce tableau.

Qu'obtiendra le Québec en vertu de cette entente?

Dans le cadre de cet accord, le Québec obtiendra 4,3 milliards pour la santé en plus de toucher 2,8 milliards de plus en paiements de péréquation. En outre, le Québec a paraphé une entente asymétrique qui fait qu'Ottawa ne lui impose aucune condition pour obtenir sa part des nouveaux investissements fédéraux.

Cette asymétrie accorde-t- elle un traitement spécial au Québec?

Non. Le Québec obtient sa juste part des fonds fédéraux tandis que les autres provinces auraient pu aussi profiter d'un traitement distinct si elles l'avaient réclamé.

Les provinces se verront-elles imposer des pénalités par Ottawa si elles n'atteignent pas les objectifs en matière de réduction des délais d'attente?

Non. Mais elles devront remettre chaque année à leurs citoyens des rapports sur les progrès qu'elles auront réalisés pour atteindre leurs objectifs annuels concernant les temps d'attente. Au Québec, c'est le commissaire à la santé qui s'acquittera de cette tâche et il collaborera avec l'Institut canadien d'information sur la santé à ce chapitre pour permettre au fédéral d'avoir un portrait pancanadien des délais d'attente au pays.





Conférence sur la santé : Ils ont dit

La Presse vendredi 17 septembre 2004

Paul Martin
premier ministre du Canada
" C'est une entente qui reflète vraiment la réalité du Canada. Et j'en suis très fier. "

Stephen Harper
chef du Parti conservateur du Canada
" Cet accord prévoit un niveau de financement que notre parti avait proposé en compagne électorale et qui pourra assurer la viabilité des systèmes de santé provinciaux. "

Gilles Duceppe
chef du Bloc québécois
" L'entente sur la santé est une bonne nouvelle pour les Québécoises et les Québécois. Mais il est important de mettre ces chiffres en perspective. Le Québec obtient environ 500 millions de dollars de plus pour la première année sur un budget annuel en santé de plus de 20 milliards. La rencontre d'octobre sur le déséquilibre fiscal sera donc le véritable test. "

Jean Charest
premier ministre du Québec
" Nous marquons aujourd'hui une étape très importante de l'histoire du Canada. Nous avons tracé une voie nouvelle dans le fédéralisme canadien grâce à la reconnaissance de l'asymétrie par l'ensemble des partenaires de la fédération. "

Dalton McGuinty
premier ministre libéral de l'Ontario
" Il s'agit d'un bon plan qui appuie nos efforts visant à réduire les temps d'attente. (...) Nous avons mis de côté nos différences régionales. Nos allégeances politiques étaient invisibles. "

Bernard Lord
premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick
" C'est une bonne entente. Cela ne permettra pas de régler tous les problèmes pour tout le monde. Mais c'est une bien meilleure entente que l'offre qui était sur la table. "





L'entente avec le Québec ne choque pas dans l'Ouest

Gilles Toupin
La Presse vendredi 17 septembre 2004

Ottawa - Étonnamment, l'Ouest n'a pas sourcillé à l'entente fédérale-provinciale conclue sur la santé, en particulier devant l'accord séparé obtenu par le premier ministre Jean Charest, ce fameux " fédéralisme asymétrique qui respecte les compétences des provinces ".

C'est tout juste si un chroniqueur de l'Edmonton Journal, Graham Thomson, a évoqué au passage hier ses réminiscences des pourparlers du désormais triste accord du lac Meech, se contentant de mentionner que la réunion des premiers ministres mardi soir et mercredi- alors que tout semblait sombrer- lui avait rappelé l'enfer de ces journées de l'année 1990.

" Oui, écrit Thomson à propos des discussions de cette semaine, vous pouviez entendre Ralph Klein à 3000 kilomètres en Alberta dire: je vous l'avais bien dit. "

Pourtant, le premier ministre albertain, qui a quitté la rencontre lundi soir en haussant les épaules et en se dirigeant au premier guichet bancaire pour passer la soirée au Casino de Hull, confiant que la conférence était vouée à l'échec, n'a pas hésité après coup à qualifier l'accord de " geste positif ", même s'il affirme que l'entente est loin de résoudre les maux dont souffre le système de santé au Canada. " On est loin de ce que voulaient les premiers ministres des provinces, a-t-il commenté, mais on a réduit l'écart entre nous et Ottawa. "

Ralph Klein, qui a laissé le soin à son ministre de la Santé, Gary Mar, de parapher l'entente, n'a pas commenté l'accord particulier obtenu par le Québec. Il aurait été mal placé pour le faire, lui qui, mercredi, clamait qu'il ne voulait rien, qu'il voulait seulement qu'on le laisse tranquille " afin de poursuivre la réforme de (son) système de santé et de le rendre viable ". Il s'est bien gardé cependant de préciser de quelles réformes il s'agissait.

Gary Mar a néanmoins tenu à dire à Ottawa que le concept de la fédération asymétrique était " bien " pour le premier ministre Klein. " La province de l'Alberta est satisfaite de la définition que nous a livrée le premier ministre Charest de cette asymétrie ", a ajouté M. Mar, précisant qu'elle ne remettait pas en question l'ordre constitutionnel actuel.

Bien sûr, Jean Charest a clamé que cette entente distincte pour le Québec allait marquer " une nouvelle maturité du système fédéral canadien ".

Est-ce l'avis de l'Ouest? " Il n'y a jamais eu beaucoup d'enthousiasme dans l'Ouest pour un fédéralisme asymétrique ", répond à La Presse Roger Gibbins, le président de la Canada West Foundation, un groupe de recherche non partisan en politiques publiques. " Mais le gouvernement de l'Alberta semble traiter cela comme un précédent qui pourrait être appliqué à d'autres provinces, poursuit M. Gibbins. Je soupçonne que c'est la façon dont cet accord séparé sera interprété dans l'Ouest et non pas comme un traitement spécial ou une reconnaissance spéciale du Québec. "

En fait, l'asymétrie dont parle M. Charest est au contraire pour le gouvernement de l'Alberta la possibilité d'une symétrie. Le premier ministre du Québec veut régler à sa façon le problème des listes d'attente, sans ingérence du gouvernement fédéral; Ralph Klein aussi. " Je crois que M. Klein utilisera cela pour avancer ses propres idées sur la réforme du système de santé albertain ", soutient M. Gibbins.

En Colombie-Britannique, l'accord est aussi reçu avec enthousiasme. Le premier ministre, Gordon Campbell, affirme qu'il consacre " la fin de la plus longe des listes d'attente ", celle de la demande de financement accru.

Ujjal Dosanjh, ancien premier ministre de la Colombie-Britannique, aujourd'hui ministre de la Santé dans le gouvernement Martin, ne voit pas dans l'accord asymétrique un document constitutionnel. " C'est un document qui démontre que cette fédération est asymétrique, dit-il, qu'elle a de la diversité. Ainsi, par la nature même de la fédération que nous avons, nous devrions être flexibles pour accommoder les besoins de provinces comme le Québec. Le Québec a signé les deux accords, l'accord principal et l'accord séparé. Le Québec s'est ainsi engagé à se rapporter à son Conseil de la santé. Ces rapports seront ensuite remis au Conseil national canadien de la Santé. Nous aurons un portrait global de la situation au Canada. "

Si les réactions dans l'Ouest sont plutôt favorables aux accords conclus avant-hier, c'est que les mentalités ont changé, soutient Roger Gibbins. " J'ai remarqué un phénomène ces dernières années, commente le politologue. Au cours des années 70, 80 et 90, le Québec était une référence puissante pour les Canadiens de l'Ouest lorsqu'ils réfléchissaient sur le monde. Ils essayaient toujours de se définir par rapport au Québec et c'est pourquoi le statut constitutionnel du Québec fut si problématique lors du lac Meech. Je crois que la comparaison avec le Québec ne fait plus partie du langage politique dans la région. On porte de moins en moins d'attention et on est de moins en moins sensibles à ce que pourraient ou ne pourraient pas être les arrangements avec le Québec. Je pense que c'est très sain. "





Cap sur les baisses d'impôt

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 17 septembre 2004

Le réseau de la santé ne verra pas la couleur des 502 millions versés par Ottawa

Québec - S'appuyant sur les nouveaux fonds obtenus d'Ottawa au terme de la conférence fédérale-provinciale-territoriale qui s'est terminée dans la nuit d'hier matin, le premier ministre Jean Charest est maintenant prêt à respecter sa promesse électorale de diminuer les impôts des contribuables québécois.

L'encre à peine sèche de l'entente qui accorde aux provinces 18 milliards en six ans pour le financement de la santé, dont 4,2 milliards au Québec, M. Charest a indiqué au cours d'une conférence de presse qu'il entend respecter son engagement de diminuer les impôts. «La réduction des impôts, ça fait partie de ce pour quoi on s'était engagés parce qu'on veut créer de l'emploi, parce qu'on veut créer de la croissance économique. Ce n'est pas une idée, une affaire doctrinaire», a-t-il dit.

M. Charest a confirmé que les 502 millions versés au Québec par Ottawa pour la santé dès cette année, en vertu de l'entente signée hier, seront absorbés par le fonds consolidé. Le réseau de la santé n'en verra pas la couleur. «On l'a déjà investi en santé», a-t-il dit. Son gouvernement a déjà consacré plus de un milliard supplémentaire à la santé en 2004-05, a-t-il rappelé. Les 702 millions qu'il recevra l'an prochain du gouvernement fédéral pour la santé seront toutefois dépensés à cette fin, a assuré le premier ministre.

À la faveur de cette entente qui plaquait des sourires sur le visage des membres de la délégation québécoise, fatigués mais ravis, le Québec recevra pour l'année en cours et l'an prochain non seulement 1,24 milliard pour la santé mais aussi 1,1 milliard de plus en péréquation, pour un total de 2,34 milliards. Si on tient compte de l'augmentation des transferts fédéraux pour la santé déjà prévue dans l'arrangement signé par Jean Chrétien en février 2003, le gouvernement Charest peut compter sur une hausse des transferts fédéraux de près de 2,9 milliards en vue du prochain budget.

Mais il ne faut pas penser que cette manne ira pour l'essentiel à la santé, ce que promettait le programme électoral du Parti libéral du Québec. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard a confirmé hier au Devoir qu'un investissement supplémentaire de 1,3 milliard l'an prochain, soit la hausse annuelle des coûts du système de santé de 5,1 %, ou un milliard, et 300 millions pour le développement et l'amélioration des soins, est plutôt envisagé. Lors de la campagne électorale de 2003, les libéraux promettaient d'injecter dans le réseau 2,77 milliards de plus en 2005-06.

Plutôt que d'investir de fortes sommes pendant un an pour freiner les dépenses l'année suivante, Philippe Couillard privilégie une hausse régulière et prévisible des budgets. «Nous voulons asseoir un plan de développement stable», a-t-il livré. Selon une analyse de son ministère, les hausses annuelles des dépenses de santé ont évolué en dents de scie depuis 1994: réduction des budgets, hausse substantielle, hausse modeste ne couvrant pas l'inflation, autant de fluctuations qui ont causé des maux de tête dans le réseau de la santé. Or, a fait remarqué M. Couillard, si le gouvernement lui avait consenti des hausses régulières de l'ordre de 5 ou 6 % par année, il ne se serait pas dépensé plus d'argent dans le réseau. Ces hausses suffisantes et prévisibles auraient stabilisé le réseau.

M. Couillard a rappelé que l'investissement massif dans les hôpitaux du budget Marois de 2001-02 - élimination de leur déficit accumulé et relèvement du financement de façon ponctuelle - n'avait pas empêché les hôpitaux de retomber dans l'ornière déficitaire. La raison: le gouvernement n'avait pas couvert par la suite ce qu'on appelle, dans le jargon, les coûts de système spécifique, notamment les coûts croissants des technologies de pointe et des nouveaux médicaments onéreux.

Par ailleurs, il existe une limite à l'efficacité d'une injection ponctuelle d'argent dans le système de santé, et ce sont les ressources humaines, a rappelé M. Couillard.

À titre d'exemple, le gouvernement a consacré cette année 47 millions à la diminution des délais d'attente pour diverses chirurgies, avec des résultats probants bien que toujours modestes. Si le ministère avait dépensé le double ou le triple de ce montant cette année, les résultats n'auraient pas été tellement plus significatifs compte tenu des ressources limitées en main-d'oeuvre, a expliqué M. Couillard. Il faut travailler en amont, former du personnel, et c'est donc un effort à long terme.





Jean Charest écrit une page d'histoire

Carol Néron
Le Quotidien vendredi 17 septembre 2004

Éditorial - Jean Charest vient de réaliser une performance historique. En forçant la main à Paul Martin dans le financement de la santé, le chef du gouvernement québécois frappe de plein fouet un objectif que tous ses prédécesseurs, incluant René Lévesque, ont visé dans plusieurs dossiers majeurs sans jamais parvenir à l'atteindre.

C'est bien d'un "statut particulier" pour le Québec dont il est question ici. Aujourd'hui, c'est la santé; demain, ce sera les impôts, les relations internationales, le commerce extérieur... Tout ou presque devient maintenant possible. Les principaux acteurs évoluant depuis plus de quatre décennies sur la scène des querelles fédérales-provinciales n'osent pas encore utiliser cette expression tabou pour décrire l'avancée réalisée par Jean Charest. Ils préfèrent plutôt parler de "fédéralisme asymétrique". En bout de ligne, le résultat est cependant le même. Le plus beau de l'affaire, c'est que rien n'empêchera les autres provinces de se prévaloir, selon leurs besoins, de cette distinction.

Le Premier ministre québécois a percé une brèche énorme dans le mur fédéral qui, d'abord avec Pierre Trudeau et ensuite Jean Chrétien, représentait un obstacle carrément infranchissable pour les provinces, dont le Québec, aspirant à plus d'autonomie.

Depuis 1970, dans le cadre des conférences fédérales-provinciales, le Québec servait, au mieux, de faire-valoir; au pire, et c'était le cas la plupart du temps, il devait se contenter d'un rôle de bouc-émissaire. Cette époque apparaît maintenant révolue. Une ère nouvelle débute, susceptible de transformer en profondeur le fédéralisme canadien tel que pratiqué jusqu'à présent. En prime, la Belle province se voit octroyer un rôle de leader. Du jamais vu.

Précédent et jurisprudence

Avec le déséquilibre fiscal, une réalité que refuse toujours obstinément de reconnaître Paul Martin, le dossier de la santé représentait jusqu'à cette semaine un facteur majeur de discorde entre Ottawa et les provinces, incluant évidemment le Québec. À cet égard, la reddition presque inconditionnelle du gouvernement fédéral, face à l'offensive menée au nom de ses collègues par Jean Charest, ne représente pas seulement un précédent, elle est aussi appelée à faire jurisprudence dans d'autres débats.

L'événement est à ce point remarquable que même Le Devoir - le quotidien montréalais se montre généralement peu enclin à lancer des fleurs aux Premiers ministres québécois fédéralistes - n'a pas manqué, dans son édition d'hier, de souligner de façon élogieuse le gain de Jean Charest. Ce dernier, avec un tel coup fumant, ne se démarque pas seulement de ceux qui, depuis l'époque de Duplessis, ont tenté sans succès de rapatrier "leur butin" au Québec, il peut être considéré désormais comme un leader de premier plan au sein du club fermé réunissant les chefs de gouvernements provinciaux.

Le front commun résiste

La première bataille livrée contre Ottawa par le Conseil de la fédération prend donc fin sur une victoire éclatante. Les Premiers ministres des provinces et des territoires n'ont pas fléchi, leur front commun a résisté. Encore là, il s'agit d'un événement rare dû en grande partie, selon les observateurs pour une fois unanimes, au leadership assumé par Jean Charest - rappelons que c'est à l'initiative du chef du gouvernement québécois qu'est né ce "syndicat" de leaders provinciaux.

La prochaine rencontre fédérale-provinciale aura lieu à la fin du mois d'octobre sur le thème du déséquilibre fiscal (Paul Martin préfère parler de péréquation, une définition passe-partout que réfute Jean Charest). Ce deuxième round promet lui aussi sa part de surprises. Le chef du gouvernement canadien ne pourra s'autoriser, en un peu plus d'un mois seulement, une deuxième retraite face à une autre offensive des provinces gonflées à bloc par une première victoire. Cette fois, il devrait se présenter dans le ring avec une stratégie moins bâclée que celle ayant permis à Jean Charest de triompher, mercredi, par K.O. technique.

Il reste maintenant à savoir si la performance du Premier ministre québécois permettra à sa cote de popularité personnelle et à celle de son Parti de reprendre du poil de la bête dans les sondages.





L'ouragan Charest

Maurice Cloutier
La Tribune vendredi 17 septembre 2004

Les provinces ont arraché à Paul Martin 18 milliards de dollars sur six ans pour la santé. C'est beaucoup et peu en même temps pour répondre aux besoins immenses des Québécois et des Canadiens en santé.

Surtout lorsque le premier ministre Jean Charest avoue candidement que la part du Québec, du moins cette année, a déjà été engagée et est déjà dépensée, ce qui vient couper court aux attentes légitimes de tout le réseau de la santé et à l'appétit des centrales syndicales qui négocient cette année avec l'État. Il n'y aura donc ni hausse spectaculaire des chirurgies, ni baisse marquée des délais dans les salles d'urgence.

Cette douche froide et le désir maladif de plusieurs à disséquer les chiffres réels par rapport aux espoirs et aux positions initiales d'une grande négociation ne doivent pas faire perdre de vue que la donne politique semble avoir bel et bien changé et que Jean Charest doit en recevoir tout le mérite.

Avec des appuis fermes des syndicats au Québec et des autres provinces par l'entremise du Conseil de la fédération, qui les unit, l'ouragan Jean Charest a secoué tout autant Ottawa cette semaine que Ivan en Floride. Paul Martin a bien failli y laisser sa chemise.

Les coups portés devant les caméras par Jean Charest et Bernard Lord, qui ont éclipsé leur homologue ontarien Dalton McGuinty, ont fait très mal à un Paul Martin dont l'entourage semblait mal préparé pour la conférence. Ces coups ont forcé la main d'un premier ministre canadien à la tête d'un gouvernement minoritaire, qui ne pouvait s'offrir le luxe d'un échec cuisant dans le dossier de la santé. Surtout que M. Martin avait promis de réparer le système de santé canadien pendant la dernière campagne électorale.

Par contre, Paul Martin a affiché une capacité de récupération et d'adaptation qui a permis de laisser une tout nouvelle impression, fort rafraîchissante, de ces fameuses conférences fédérales-provinciales. Enfin! N'est-il pas préférable d'avoir un premier ministre canadien apparemment désorganisé mais capable de souplesse et de compréhension pour conclure une entente plutôt qu'un premier ministre arrogant qui demeure enfermé dans certains dogmes assurant des querelles interminables? M. Martin n'a pas fait preuve de faiblesse.

L'entente finale assure que le Québec gère les fonds alloués en fonction de son propre plan d'amélioration des soins de santé et que le gouvernement fédéral respecte les compétences du Québec dans le secteur de la santé. L'entente prévoit des "arrangements adaptés à la spécificité du Québec". À première vue, le Québec a donc gagné sur toute la ligne avec une nouvelle notion de fédéralisme asymétrique, comme se plaît à répéter M. Charest.

Il ne faut pas négliger non plus l'obtention d'une conférence fédérale-provinciale sur le déséquilibre fiscal le 26 octobre prochain.

Plusieurs diront que l'élection d'un gouvernement minoritaire est un facteur déterminant de la nouvelle ouverture du gouvernement fédéral. En aucun moment il ne faudra oublier le rôle déterminant de Jean Charest qui a fait preuve d'un grand leadership. Il a bien joué ses cartes. Incidemment, le mécontentement de Bernard Landry laisse sceptique.

Il est évident que les Québécois ont apprécié la détermination de Jean Charest à défendre les intérêts du Québec. Cette prestation pourrait lui permettre de rebondir dans le coeur des Québécois, après une série de sondages dévastateurs. Comme un chroniqueur du Devoir l'écrivait hier, M. Charest est un joueur des séries. Il sait mieux que quiconque relever son jeu lorsque la situation l'impose.

Grâce à lui, le Québec a repris un rôle prépondérant dans le déroulement de ce type de rencontre alors que l'Ontario avait pris l'habitude de mener le jeu.





The ghost of Chrétien is banished

John Ibbitson
The Globe and Mail Friday, September 17, 2004

Ottawa ONT - Minutes after signing his name to yesterday's landmark agreement on health-care funding, Quebec Premier Jean Charest invoked the ghosts that haunt Ottawa's Conference Centre from failed summits past.

What he did not say was that Paul Martin, sitting beside him, had banished his own ghost, the ghost of Jean Chrétien.

There's a difference between policy and politics. As a work of policy, the agreement that all first ministers signed yesterday may prove ephemeral. Major issues -- what to do with private clinics, how to keep funding increases from being swallowed by salary increases, whether and how to encourage competition among service providers -- were not addressed. Any improvements that result from this accord could be temporary, at best.

But politically, the agreement was a triumph. It was a triumph for the premiers, who proved that the new Council of the Federation is actually able to preserve provincial unity, giving them genuine parity with the federal government at the bargaining table.

It was a triumph for Paul Martin, who -- despite dangerous missteps that almost cost him the game -- negotiated the most important federal-provincial deal since the Constitution came home.

This is the Paul Martin people had been waiting for, the Paul Martin who slew the deficit, rescued the Canada Pension Plan, forged the G-20 group of finance ministers. This is the Paul Martin who had been missing in action for nine months.

Most important, it was a triumph for Canadian federalism. With all its flaws, imbalances, encumbrances, this country's political system can work, by achieving consensus rather than imposing solutions.

The political class of this country is so steeped in cynicism -- defeatism, really -- that successes are dismissed out of hand. In doing so, we do ourselves and our country a disservice. After three failed summits stretching back to 1999, Canada's first ministers finally came together and established a framework for health reform that respected provincial jurisdiction and Quebec's sensibilities, while establishing pan-Canadian goals to reduce waiting lists and improve service. If that does not constitute a success of co-operative federalism, then please define what would be required.

Ontario Premier Dalton McGuinty and New Brunswick Premier Bernard Lord played key roles in brokering the deal. And Jean Charest had, as one Quebec observer put it, his three best days as Quebec Premier, bringing home a substantial infusion of cash, while getting both Ottawa and the other provinces to agree that in this asymmetrical federation, the rules must be different for Quebec.

As Mr. Charest reminded us, Robert Bourassa failed in similar quests involving the Constitution; Lucien Bouchard abandoned the negotiations leading up to the (failed) social-union agreement. But this time, Ottawa and the other provinces agreed that Quebec had to be allowed to do things its own way, while Quebec agreed that it would profit everyone if its way was roughly the same as everyone else's. That is how asymmetricality is supposed to work.

By the way, if Alberta wants the same rules as Quebec, it should have them. (It could have had them from the start, had Ralph Klein not been so bone lazy that he went home after the first day.) Asymmetricality has to be symmetrical. And yes, it is a strange country.

But above all, it was Paul Martin's day. He proved that he could manage that feline gaggle of conflicting interests and personalities, without resorting to the bullying and conniving tactics that marked Jean Chrétien's relations with the provinces. To that extent, he has banished the impression that he was an amateur succeeding a professional. The time for disparaging comparisons is past.

Forget what the cynics tell you: There will not be another first ministers meeting on health-care reform this decade.

The premiers' endorsement of this deal was too emphatic for them to subsequently renege. The first ministers do, however, need to get to work on lowering interprovincial trade barriers and creating a national securities regulator.

But they're entitled to a couple of days off, first. They did good this week.

jibbitson@globeandmail.ca





Les nouveaux riches

Gilbert Lavoie
Le Soleil lundi 20 septembre 2004

Éditorial - On l'a vu dès le retour de Jean Charest d'Ottawa, l'annonce d'une entente sur la santé a relancé les pressions sur le gouvernement en faveur d'un relâchement dans les dépenses. C'était prévisible, mais il est illusoire de penser que la manne fédérale permettra au gouvernement du Québec d'enlever le pied sur le frein des finances publiques. D'abord, cette manne ne comble pas l'impasse budgétaire déjà identifiée pour l'année en cours. De plus, on ne connaît pas l'issue des négociations à venir sur la péréquation. La prudence est donc de mise.

Le maintien, cette semaine, de la cote de crédit du Québec par la firme Standard and Poor's, illustre bien la faible marge de manoeuvre du gouvernement Charest en matière de dépenses. Au premier coup d'oeil, la cote A-plus du Québec est excellente. Mais ce que l'on oublie parfois, c'est que nous sommes en septième position parmi les provinces canadiennes à ce chapitre. L'Alberta mène le bal avec une cote 3A, l'Ontario suit avec 2A, la Colombie Britannique, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan nous devancent avec une cote 2A négative. Piètre consolation, le Québec devance la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard, et Terre-Neuve.

La cote de crédit n'est pas une donnée qui fait les manchettes de la presse populaire. Mais elle a une importance considérable sur le service de la dette du gouvernement, des municipalités, et même d'Hydro-Québec. À titre d'exemple, une simple décote de A-plus à A, coûterait 415 millions $ de plus sur cinq ans en frais d'intérêt. Une autre décote à A-négatif nous prive d'une somme similaire. Si jamais le gouvernement du Québec perdait le contrôle de sa dette et tombait de sa cote actuelle à la meilleure des cotes B, c'est 1,5 milliard $ de plus en frais d'intérêt sur la dette qu'il nous faudrait payer en cinq ans. Ce serait catastrophique.

On a beau dire que le gouvernement ne fait plus de déficit et que tout va bien, ce n'est pas aussi simple. Dans son dernier bulletin, Standard and Poor's signale que le principal facteur de risque pour l'économie du Québec demeure la santé de l'économie américaine et des autres provinces canadiennes. Ce sont là des facteurs sur lesquels nous n'avons aucun contrôle. Même si les perspectives économiques actuelles sont plus favorables qu'elles ne l'étaient le printemps dernier, nous ne sommes pas à l'abri d'un autre ralentissement. En termes budgétaires, le succès de Jean Charest à Ottawa la semaine dernière, demeure relativement modeste. Ne faisons donc pas l'erreur de nous comporter en nouveaux riches.

GLavoie@lesoleil.com





Un accord à la Harper

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 20 septembre 2004

, Comme un poulet qui échappe à la marmite après avoir été plumé, le premier ministre Paul Martin n'a peut-être pas de raisons de s'admirer dans le miroir ces jours-ci, mais il en a d'excellentes d'être soulagé d'avoir réussi à négocier une entente fédérale-provinciale sur la santé. L'accord qu'il a conclu le couteau des provinces sur la gorge, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, n'a rien d'historique sur le fond, mais sa forme va donner à son gouvernement la chance de continuer à respirer.

À défaut d'exempter le Québec de ses menées en santé, M. Martin n'aurait pas seulement été obligé de faire son deuil d'une entente sur le sujet, il aurait également été forcé de faire une croix sur les autres grandes têtes de chapitre de son récent programme électoral. Au cours de la campagne, le premier ministre s'est engagé à un grand activisme en matière sociale et municipale, mais ses initiatives sur tous les autres fronts de compétence provinciale se seraient heurtées au même mur québécois que sur la santé.

Et alors que la voie d'une majorité libérale passe mathématiquement par le Québec, ces affrontements prévisibles à répétition l'auraient éloigné plutôt que rapproché de sa future cible électorale tout en mettant la survie de son gouvernement minoritaire en danger aux Communes. En signant un accord séparé avec le premier ministre Jean Charest, Paul Martin a implicitement reconnu que la meilleure façon de se faire apprécier au Québec d'ici aux prochaines élections fédérales consistait à lui épargner l'essentiel de son programme. Il dispose désormais d'une formule pour évacuer le Québec de ces équations.

***

La dernière fois qu'un chef du Parti libéral du Canada a entrepris de casser le moule des relations fédérales-provinciales pour offrir du sur-mesure à une ou des provinces, il y a laissé sa peau. Comme Paul Martin aujourd'hui, John Turner avait suivi les premiers ministres libéraux de l'Ontario et du Québec de l'époque sur la pente de la société distincte et des Accords du lac Meech.

Mais, contrairement à Paul Martin, M. Turner n'était pas premier ministre. Pierre Trudeau était alors en pleine possession de ses moyens. Surtout, M. Turner devait compter avec un rival, Jean Chrétien, qui allait mobiliser derrière la vision de son mentor les forces vives du PLC. Par comparaison, la mouvance centralisatrice canadienne semble aujourd'hui singulièrement dénuée de champions. Après avoir remporté tant de batailles, elle semble également menacée de perdre la guerre.

À l'époque, le ressac anti-Meech n'avait pas seulement balayé le leadership de John Turner; il avait eu raison des ambitions au leadership de Paul Martin. Aujourd'hui, le premier ministre affirme que l'entente asymétrique conclue la semaine dernière est une manifestation de la vision du fédéralisme qu'il a défendue au péril de sa carrière il y a presque 15 ans. Mais si le résultat en ce qui a trait au Québec s'apparente à ce que Paul Martin défendait en 1990, la manière n'a plus rien à voir avec celle en vogue au lac Meech.

***

Si M. Martin avait fait de son approche asymétrique un de ses chevaux de bataille plutôt que de livrer un lot de phrases creuses sur la question le printemps dernier, sans doute aurait-il récolté de meilleurs résultats au Québec aux élections. Mais sans les lunettes d'un gouvernement minoritaire, on peut se demander s'il aurait vraiment vu les choses de la même façon.

Si Paul Martin avait fait campagne sur le thème du fédéralisme asymétrique, il n'aurait certainement pas pu passer une partie de son temps à accuser le chef conservateur Stephen Harper de vouloir s'installer au pouvoir pour servir de laquais à l'Alberta. Car, loin de ressusciter la formule de Meech, pour offrir au Québec des arrangements particuliers la semaine dernière, le premier ministre a plutôt récupéré à son compte l'approche prônée successivement par les partis réformiste, allianciste et maintenant conservateur.

En 1990, M. Martin était prêt à reconnaître que le Québec, par sa nature, avait intérêt à pouvoir évoluer en marge des forces centrifuges de la fédération canadienne. Aujourd'hui, il étend cette notion à l'ensemble des partenaires de la fédération. Si le Parti conservateur a pu souscrire à son entente sur la santé, c'est justement parce qu'elle ouvre la porte à la négociation du même genre d'accords particuliers avec n'importe quelle province plutôt qu'à un statut distinct pour le seul Québec.

Dans les circonstances, si M. Harper avait été assis à la place de Paul Martin la semaine dernière, on ne peut pas douter qu'il aurait adopté la même approche. Mais si M. Martin avait été assis à la place de Stephen Harper, on peut se demander s'il aurait appuyé le résultat ou s'il ne serait pas plutôt parti en guerre sainte contre les infidèles conservateurs.

Dans le même esprit, dans l'opposition, les libéraux avaient mené une bataille de tous les instants contre les efforts du gouvernement Mulroney pour équilibrer les finances publiques. Pour arriver au pouvoir, ils avaient ridiculisé les propositions de déficit zéro de leurs adversaires réformistes. Pour y rester, ils avaient pourfendu leurs propositions de baisses d'impôt et leur projet de baliser le processus d'accession à la souveraineté du Québec. On connaît la suite.

Jusqu'à preuve du contraire, le gouvernement de M. Martin continue, comme celui de Jean Chrétien, d'emprunter ses idées maîtresses à ses rivaux conservateurs, quitte à embrasser aujourd'hui ce qu'il dénonçait implicitement hier.

chebert@thestar.com
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.





Député, poste convoité

Michel Venne
Le Devoir lundi 20 septembre 2004

On a fait aux hommes et aux femmes politiques une mauvaise réputation. On les croit tous menteurs, corrompus et incompétents. Les citoyens boudent les élections. La méfiance s'est installée. Dans ce contexte, il devrait être difficile de trouver des candidats pour occuper une fonction, celle de député, qui ne jouit ni de prestige ni d'estime.

Le rôle du député est ingrat. Chaque geste qu'il fait suscite autant de mécontentement que de satisfaction. Il doit respecter la ligne de parti et obéir à son chef. Il dispose de moyens restreints face à la bureaucratie. Il doit sacrifier une partie du temps généralement consacré à la famille pour répondre à ses commettants. La campagne électorale est elle-même une dure étape à franchir qui demande une disponibilité de tous les instants, une santé de fer et un sens de l'abnégation assez rare.

Or aujourd'hui même ont lieu des élections complémentaires dans quatre circonscriptions du Québec. Pour quatre sièges disponibles, on compte 29 candidats. Il y en aurait encore davantage si chaque parti politique pouvait en présenter plus d'un. Même dans Nelligan, une circonscription située dans l'ouest de Montréal, où le PQ n'a virtuellement aucune chance de l'emporter, trois personnes ont proposé leurs services pour porter les couleurs de ce parti. C'est une jeune femme d'origine libanaise, Sahar Hamili, qui a été choisie.

Notez les termes de la phrase précédente: jeune; femme; d'origine étrangère; et candidate pour un parti souverainiste. On pourrait penser à une anomalie, si l'on s'en tenait aux préjugés. Depuis quand les jeunes s'intéressent-ils à la politique? Les femmes ne sont-elles pas réticentes à poser leur candidature? Les personnes issues de l'immigration n'ont-elles pas tendance à s'éloigner des partis politiques et encore plus du PQ?

Mme Hamili ne représente toutefois pas une exception. La moyenne d'âge des candidats portant les couleurs des trois partis déjà représentés à l'Assemblée nationale est de 32 ans. Et ils ne sont pas là comme figurants. Des quatre qui ont le plus de chance d'être élus, la plus âgée, Voula Neofotistos (PLQ, Laurier-Dorion), n'a que 39 ans (son adversaire péquiste Elsie Lefebvre a 25 ans) et la plus jeune, Yolande James dans Nelligan, 26. Deux des quatre porte-couleurs de l'Union des forces progressistes ont moins de 30 ans.

Cinq des douze candidats des trois principaux partis sont des femmes, trois libérales dont deux ont une forte chance de l'emporter et deux péquistes qui se présentent toutefois dans des bastions libéraux. L'ADQ offre un visage strictement masculin. Les candidats adéquistes sont également parmi les plus âgés de la cohorte. L'UFP présente deux hommes et deux femmes.

Le fait que trois des quatre sièges à pourvoir soient situés dans l'ouest et dans le nord de Montréal explique par ailleurs sans doute la forte représentation de candidats dont le patronyme est d'une consonance autre que canadienne-française: la moitié des douze candidats des trois principaux partis et douze candidats au total sur les 29 à briguer les suffrages. Deux des quatre candidats de l'UFP, parti ouvertement souverainiste, sont issus de l'immigration.

***

La politique n'a pas dit son dernier mot. Les jeunes y reviennent. Ils s'y intéressent cependant par des voies différentes de celles empruntées jadis par les notables du Old Boy's Club dont le monopole sur la classe politique ne sera plus bientôt qu'un souvenir. Les jeunes entrent en politique par le social, par la culture, par l'environnement et par l'international. Non seulement les jeunes y reviennent, mais les femmes s'en rapprochent et les Québécois tricotés serrés mais de laines étrangères, vont y occuper, parce qu'ils sont mieux intégrés que jamais à la majorité de langue française, une place grandissante.

La poussée combinée des jeunes, des femmes et des Québécois de toutes couleurs et de tous les accents va donner un nouveau sens à la politique et changer sa nature. Le virage va se négocier lentement, mais sûrement. Rien n'est plus difficile à changer qu'une institution. Mais on finira par voir apparaître des dirigeants politiques perspicaces qui sauront harnacher ces volontés de rupture avec les platitudes de la politique ancienne (notamment celle caricaturée dans Bunker, le cirque).

Un jour, on lira à la Une de L'actualité, un titre du genre: «Le retour de la politique». L'article décrira les nouvelles instances de démocratie participative adoptées par nos villes. Il évoquera les quelques référendums tenus sur divers sujets. Il évaluera l'impact du nouveau mode de scrutin proportionnel-mixte-régional en vigueur depuis peu.

Dans ce portrait de la démocratie nouvelle, le député tiendra de nouveau un rôle central. Car, dans la redécouverte de la politique, on réalisera la nécessité d'élire des représentants qui, en notre nom, trouvent les compromis qui définissent le bien commun. La démocratie représentative a encore de beaux jours devant elle.

Les 29 hommes et femmes qui briguent les suffrages aujourd'hui témoignent de la conviction qu'on peut faire triompher sa vision du bien en s'engageant dans la vie politique. J'invite les lecteurs de cette chronique qui habitent dans Gouin, Laurier-Dorion, Nelligan ou Vanier à prendre une petite demi-heure, aujourd'hui, juste après souper, par respect pour ceux et celles qui osent l'engagement, pour aller voter.

michel.venne@inm.qc.ca





Les chaises vides

Jean-Marc Salvet
Le Soleil lundi 20 septembre 2004

Éditorial - Après avoir boudé les forums "Place aux citoyens", les centrales syndicales se tâtent: doivent-elles participer au grand forum national devant clôturer cette série d'exercices ? La FTQ a annoncé qu'elle y sera. La CSQ, la CSN et d'autres organisations hésitent encore. Mais maintenant que les forums régionaux sont derrière nous, et à moins d'un mois du rendez-vous national, il faut leur dire qu'elles doivent y prendre part. On ne peut pas réclamer davantage de dialogue et, en même temps, tourner le dos aux occasions qui se présentent. La politique de la chaise vide ne mène qu'à des impasses.

Il est vrai que les forums régionaux ont été lancés de façon maladroite par le gouvernement libéral. Il est vrai aussi qu'il y a eu et qu'il y a toujours dans cette opération une volonté de déminer le terrain politique et social. Est-ce condamnable ? C'est un peu trop facile de rester sur le trottoir en criant au coup fourré et en affirmant qu'on refuse de se laisser enfermer dans une stratégie de propagande gouvernementale... Ce genre de guerre préventive ne peut rien produire de constructif.

Il est bien évident que le gouvernement de Jean Charest ne rendra pas les armes - pas toutes en tout cas - à l'issue du forum national des 13 et 14 octobre. Il est évident que les libéraux ne tourneront pas le dos à l'ensemble de leur programme électoral. Mais tout le monde est à même de constater que le gouvernement avance maintenant beaucoup plus prudemment qu'il ne l'avait fait l'automne dernier.

Jean Charest ne se promène plus en rabâchant que son parti a reçu un mandat de changement le 14 avril 2003 - comme si cette élection l'avait autorisé à foncer n'importe où et n'importe comment. Ce discours témoignait d'une grave erreur d'appréciation.

S'il y a une vertu qu'il nous faut pratiquer dans nos démocraties, c'est bien celle du dialogue. On peut et on doit être méfiants devant les intentions gouvernementales, mais on n'a pas le droit de préjuger des résultats. Personne n'a la naïveté de croire qu'un grand consensus québécois émergera du forum national du mois d'octobre. Mais les corps constitués de la société ont le devoir d'être autour de la table et de participer au dialogue qu'ils ont réclamé, même si ce n'est pas celui qu'ils auraient souhaité. Il n'y a pas de honte à discuter de finances publiques et de démographie.

En ayant récemment accepté de prendre part au groupe consultatif mis sur pied en prévision de ce fameux grand forum, la CSN, la CSQ et d'autres ont, pour la première fois, entrouvert la porte à leur participation pleine et entière. Tant mieux. Mais contrairement à la FTQ, ces organisations réservent encore leur réponse finale. Il faut aujourd'hui leur rappeler une évidence toute bête : les absents ont toujours tort.

JMSalvet@lesoleil.com





À Paris - Louise Beaudoin honorée

Éric Clément
La Presse Le samedi 18 septembre 2004

Francophile d'âme et de coeur, Louise Beaudoin, devenue récemment citoyenne française, recevra jeudi à Paris le titre de commandeur de l'Ordre de la Légion d'honneur, trois jours avant son anniversaire.

Informations complémentaires Lisez toute l'entrevue

Si l'ex-ministre des Relations internationales du Québec estime que le titre qu'on lui conférera en France est un peu le «couronnement de (sa) carrière franco-québécoise», l'obtention de la citoyenneté française il y a quelques jours à peine est pour elle une suite logique.

«Avoir la citoyenneté française, c'est d'abord pour travailler en France, car cela me facilite les choses. Et puis, comme je me sens européenne, c'est venu concrétiser tout ça, dit Louise Beaudoin, en entrevue dans son appartement d'Outremont, avant son départ pour Paris. Je n'ai pas encore mon passeport, c'est tellement récent! C'est sûr que je conserve ma citoyenneté canadienne, car c'est ici que je vis le plus clair de mon temps. Mais j'ai des contrats là-bas et je veux circuler en Europe sans difficulté. Pour moi, c'est d'abord pratico-pratique. Et puis c'est vrai que c'est symbolique. Moi, j'aime la France, j'aime l'Europe.»

L'histoire d'amour entre Louise Beaudoin et la France date d'une trentaine d'années. En 1972, elle achève son mémoire de maîtrise en histoire à l'Université Laval sur les relations France-Québec au 19e siècle. Puis, à l'École nationale d'administration publique, elle invite des stagiaires français. Ce sera ensuite ses responsabilités politiques qui la tiendront proche de l'Hexagone, notamment en tant que déléguée générale du Québec de 1983 à 1985.

Ses relations avec la France sont uniques dans la classe politique canadienne. Son réseau de connaissances dans le milieu politique français, elle l'a tissé malgré les changements de gouvernement, se jouant des alternances gauche-droite en France.

«Mes premières amitiés ont été gaullistes, dit-elle. Quand je suis entrée au Parti québécois en 1970, Alain Peyrefitte est devenu un ami personnel. Mais j'avais dit à René Lévesque qu'il fallait que la question québécoise soit le plus consensuelle possible en France et je lui avais demandé de rencontrer François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste. J'ai eu ensuite d'excellentes relations avec M. Mitterrand, devenu président. C'est grâce à lui que j'ai été nommée déléguée générale du Québec parce que René Lévesque hésitait beaucoup: je n'avais pas 40 ans, j'étais une femme... Mais Mitterrand a dit que ce serait une bonne idée si c'était Louise! Après, il y a eu Michel Rocard, un ami très cher, un intime.»

Louise Beaudoin sait que sa nouvelle citoyenneté française va en irriter certains: «Que cela soit mal perçu par des Québécois, certainement, dit-elle. Je le fais en toute connaissance de cause et en toute conscience. Je sais qu'il y a des vieux restes des relations tumultueuses entre le Québec et la France, mais ça fait longtemps que je suis rendue au-delà de ça.»

Des souverainistes pourraient-ils penser que si Louise Beaudoin, qui fait partie des chantres de l'indépendantisme québécois, devient française, c'est un peu la fin d'un rêve? «Absolument pas, dit-elle fermement. Moi, je crois de la même façon qu'il est bien qu'un individu soit trilingue, je me sens citoyenne du monde. Avant d'être citoyenne du monde, je suis citoyenne de quelque part, je suis québécoise. Cela étant, avoir une double nationalité ne change rien au fait que je souhaite avoir une citoyenneté québécoise qui se greffe à ça. Mais l'Europe, c'est grand. C'est 25 pays, maintenant.»

Mme Beaudoin passe beaucoup de temps en France. L'automne dernier, à Lyon, elle a enseigné l'évolution du fédéralisme canadien. Elle a vécu deux mois entre Rhône et Saône avec son mari, français. «Ce fut formidable, une vraie belle découverte», dit-elle. Mais elle n'a pas l'intention de vivre en France. Elle aime son chez-soi à Outremont, son travail à l'UQAM et sa maison dans Charlevoix, où elle veut passer ses étés.

Devenue officier de l'Ordre de la Légion d'honneur en 1986, Mme Beaudoin recevra la semaine prochaine un honneur que peu de Québécois ont reçu, comme Lucien Bouchard, Hubert Reeves et Jean Drapeau. Cette récompense pour son action en faveur de la France et de la francophonie, elle la doit à son ami «de 30 ans», Pierre-André Wiltzer, ancien ministre français responsable de la francophonie.

«Les Français savent que j'aime la France. Il y a tout un débat identitaire au Québec, à savoir si l'on est des Nord-Américains parlant français ou si l'on est, comme disait le général de Gaulle, des Français du Canada. Qu'est-ce qu'on est? Qu'est-ce qu'on veut être? Moi, c'est sûr que je me sens plus européenne que la plupart des Québécois. Tout en étant d'ici. Mais ma sensibilité intellectuelle, elle, est européenne. Mon attirance naturelle, elle est vers l'Europe. Je m'y sens chez moi. La France en particulier, mais aussi l'Italie ou la Grèce, où la mairesse d'Athènes vient de m'inviter à un colloque.»





La Presse rencontre Louise Beaudoin

Éric Clément
La Presse Le samedi 18 septembre 2004

Madame Louise Beaudoin, ex-ministre d'État aux Relations internationales du gouvernement de Bernard Landry et battue aux élections provinciales l'an dernier, sera élevée la semaine prochaine à Paris au titre de Commandeur de l'Ordre de la Légion d'honneur après avoir été faite Officier de l'Ordre de la Légion d'honneur en 1986.

Les prestigieux insignes lui seront remis par le président de l'Assemblée nationale française, Jean-Louis Debré.

À cette occasion, Mme Beaudoin, chercheure et professeure d'histoire à l'Université du Québec à Montréal, a accordé une entrevue à La Presse, au cours de laquelle elle a confirmé qu'elle a récemment obtenue la citoyenneté française. Voici quelques extraits de cette entrevue:

- Commandeur dans l'Ordre de la Légion d'honneur, cela fait un petit velours, non, trois jours avant son anniversaire?

- Oui, c'est vrai, je suis très heureuse de ça. J'étais très contente parce que c'est un peu comme le couronnement de ma carrière franco-québécoise. Ça fait 30 ans que sous une forme ou sous une autre...j'ai commencé d'ailleurs à faire ma thèse de maîtrise en histoire, que j'ai terminée en 1972 à l'université Laval sur les relations France-Québec au 19ème siècle.

Et depuis ce temps-là, j'ai fait venir des stagiaires français à l'ÉNAP. Après ça, au gouvernement, comme directrice de cabinet puis comme déléguée générale puis à Téléfilm Canada. Il y a toujours eu au cours de ma carrière une dimension franco-québécoise avec bien sûr en apothéose quand je suis devenue ministre des Relations internationales du Québec.

- Qu'est-ce qui a motivé la France de vous élever au titre de Commandeur de l'Ordre de la Légion d'honneur?

- Les Français savent que j'aime la France, ce n'est pas un secret. J'ai toujours été très ouverte là-dessus que je me sentais très européenne. Il y a au Québec un débat intéressant, intellectuel, un débat identitaire à savoir si l'on est des Nord-américains parlant français ou si l'on est, comme disait le général de Gaulle, des Français du Canada.

Alors qu'est-ce qu'on est? Qu'est-ce qu'on veut être? Moi, c'est sûr que je me sens plus européenne que la plupart des Québécois, à beaucoup d'égards. Tout en étant d'ici. Mais ma sensibilité intellectuelle, elle est européenne. Mon attirance naturelle, elle est vers l'Europe. Je m'y sens chez moi. La France en particulier mais aussi l'Italie, l'Espagne ou la Grèce où la mairesse d'Athènes m'a invitée à un colloque.

- D'où viennent vos relations serrées avec la France?

- Mes premières amitiés ont été gaullistes. Quand je suis entré au Parti québécois en 1970, Alain Peyrefitte est devenu un ami personnel. J'avais dit à René Lévesque qu'il fallait que la question québécoise soit le plus consensuel possible en France et je lui avais demandé de pouvoir rencontrer François Mitterrand qui n'était pas encore président de la République mais premier secrétaire du Parti socialiste.

J'ai eu ensuite d'excellentes relations avec François Mitterrand, devenu président. C'est grâce à lui que j'ai été nommée déléguée générale du Québec à Paris parce que René Lévesque hésitait beaucoup : je n'avais pas 40 ans, j'étais une femme. Mais Mitterrand a dit que ce serait une bonne idée si c'était Louise! Après, il y a eu Michel Rocard, qui est un ami très cher, un ami intime. Et puis il y a eu aussi les Alain Juppé, Philippe Séguin, Jean-Pierre Chevènement...

- Est-il exact que vous avez reçu la citoyenneté française?

- Alors, oui, depuis deux semaines. Je n'ai pas fait de communiqué de presse. Vous êtes le premier, là. Je ne l'ai pas dit publiquement. Oui, je vous le confirme.

- Est-ce que ça vous fait plaisir? Quelle signification cela a pour vous?

- Avoir la citoyenneté, d'abord c'est pour travailler en France, cela me facilite les choses. Je n'ai pas encore mon passeport, c'est tellement récent. Et puis, je me sens citoyenne européenne alors c'est venu concrétiser tout ça. C'est sûr que je conserve ma citoyenneté canadienne car c'est ici que je vis le plus clair de mon temps et que je paye mes impôts. Mais j'ai des contrats là-bas, je veux circuler en Europe sans difficulté. Pour moi, c'est d'abord éminemment pratico-pratique. Et puis c'est vrai que c'est symbolique. Moi, j'aime la France, j'aime l'Europe.

- Pensez-vous que cela puisse être mal perçu, notamment par certains souverainistes?

- Souverainistes, je ne sais pas, mais Québécois, certainement. Je le fais en toute connaissance de cause et en toute conscience mais je sais qu'il y a des vieux restes des relations tumultueuses entre le Québec et la France mais moi, ça fait longtemps que je suis rendue au-delà de ça.

- Mais certains souverainistes peuvent penser que si Louise Beaudoin, chantre de l'indépendantisme, devient française, c'est un peu la signification de la fin d'un rêve?

- Absolument pas. Je crois que de la même façon qu'il est bien qu'un individu soit trilingue, je me sens citoyenne du monde. Mais avant d'être citoyenne du monde, je suis citoyenne de quelque part, je suis Québécoise. Ceci étant, avoir une double nationalité ne change rien au fait que je souhaite avoir une citoyenneté québécoise. Mais l'Europe, c'est grand. C'est 25 pays, maintenant. Alors, c'est extraordinaire et cette citoyenneté française me permet cette circulation sans entrave.

- La politique québécoise vous passionne-t-elle toujours?

- Toujours. Honnêtement, quand j'ai été battue, l'an dernier, je me suis dis : je prends une pause, temporaire ou définitive. Sincèrement, j'ai cru qu'elle serait définitive. Mais je vais vous raconter une anecdote qui est assez amusante qui date d'octobre, l'an dernier. Je suis à Paris. Huit heures le soir. Le téléphone sort. C'est Bernard Landry. Il ne me dit même pas bonjour mais seulement « As-tu lu Le Devoir? » Non (rires). Il y avait un article sur la diversité culturelle. Il me dit « Ça n'a pas de bon sens ce qu'ils ont écrit, il faut que tu fasses quelque chose » (...) Alors, de fil en anguille, je me suis aperçue que c'est ma famille, ma famille politique, mes amis. Les liens sont encore forts. Je n'ai pas perdu le contact.

Il n'y a pas eu de rupture mais il faut que cette pause ait le temps de donner ses fruits. En ce moment, j'en profite, je suis au Centre d'Études internationales et Mondialisation, à l'UQAM, avec des gens formidables. On a toutes sortes de projets. Alors, il faut que je fasse cette pause-là, avec des choses intéressantes et qui auront été utiles.

- Avez-vous suivi les débats récents au sein du PQ? Qu'est-ce que ça vous inspire?

- Honnêtement, je n'ai pas du tout été mêlée à ça. Je pense que Bernard est là et qu'il a ma confiance. Tout simplement.

- Croyez-vous toujours en l'idée d'indépendance?

- Je crois encore à l'indépendance du Québec, justement à cause de la mondialisation. Je sais que c'est un lien qui n'est pas évident à faire pour la population mais le Québec est souvent un allié inutile à bien des égards car on ne peut pas avoir d'influence directe sur les choses. Par exemple, sur la diversité linguistique et culturelle, je veux bien que Lisa (Frulla) soit plus gentille que Sheila Copps et qu'elle laissera à l'occasion son siège dans la délégation canadienne pour Lyne Beauchamp, pour qu'elle puisse s'exprimer mais ce n'est pas pareil que de parler en notre propre nom, comme pays indépendant.

C'est vrai que les pays partagent maintenant leur souveraineté avec les ONG, la société civile, les entreprises, mais on est encore dans un système de pays souverains qui sont les décideurs. Franchement, être une province d'un pays, là! On peut être un petit pays par la taille ou démographiquement et faire sa marque comme le font les pays nordiques.

- Pour vous, y a-t-il de la place pour une situation intermédiaire, au cas où les Québécois préféreraient demeurer au sein d'une communauté économique canadienne?

- Je ne suis pas fermée aux aménagements. De toute façon, on serait dans l'ALÉNA. Il y aurait peut-être des virgules à discuter et peut-être une renégociation même si je pense que non. Il y aura peut-être une zone de libre-échange des Amériques mais il faut voir laquelle on nous proposera. Moi, si c'est pour assurer la position éternelle de domination des Etats-Unis sur le continent, je suis contre. Mais il y a toutes sortes d'aménagements possibles avec le Canada d'une part, les Etats-Unis et le Mexique d'autre part. Mais un pays souverain c'est un pays souverain même si on peut partager des souverainetés. Mais avant d'être interdépendant, il faut être indépendant.

- Suivez-vous les élections américaines?

- Oui, je les suis. Je crois que les Américains, comme société, n'ont jamais autant été divisés. C'est très frappant de voir cette division très profonde. Même la dernière fois, entre Bush et Gore, ce n'était pas comme ça. Comme Bush arrivait, on ne savait pas trop ce que ça donnerait. Mais moi, cette droite bigote, de preacher (prédicateur), qui est au pouvoir, cette droite morale, ça me dérange franchement beaucoup. Et puis, il y a tout le reste, l'unilatéralisme, cette espèce de repli sur eux, malgré les apparences puisqu'ils font la guerre au bout du monde. Je voterais Kerry des deux mains si je pouvais!

- Mais vous n'avez pas cette citoyenneté-là!

- Non, je n'ai pas celle-là! (rires)

- Le choix des électeurs américains peut-il avoir des conséquences sur la convention sur la diversité culturelle de l'Unesco qui doit être signée d'ici un an et sur laquelle vous travaillez en tant qu'envoyée spéciale de la francophonie? La position des deux candidats est-elle la même selon vous?

- À mon avis, le choix n'aura pas de conséquences. D'abord, depuis un an, les Américains ont signé une trentaine d'accords bilatéraux de libre-échange avec divers pays, des accords dans lesquels ils libéralisent le secteur de la culture, alors cela fait déjà 30 pays qui sont déjà en dehors de cette convention. Je crois que John Kerry reviendrait à un plus grand multilatéralisme. Je le crois sincèrement. Il le dit, il le pense et je pense qu'il le ferait.

Mais il ne faut jamais oublier que sur cette question d'entertainment, puisque dans leur esprit c'est de cela qu'il s'agit, Hollywood est démocrate. Donc, ceux qui portent ce dossier aux Etats-Unis, qui disent que c'est le deuxième poste d'exportation, que c'est du gros cash, sont démocrates. Je ne vois pas comment Kerry pourrait avoir une position à ce point différente qui ferait que les Américains signeraient une convention significative. Car ils sont très très près des milieux d'Hollywood. On voit les artistes d'ailleurs faire campagne pour lui.

- Donc, c'est mal parti pour cette convention?

-Moi, j'ai toujours dit, dès octobre l'an dernier, qu'ou bien il y aura une convention significative que les Américains ne signeront pas ou bien ce sera une coquille vide que les Américains auront signée mais ce sera comme s'il n'y avait pas de convention. Mais, bon, la négociation commence. C'est un gros point d'interrogation.





Oui, il faut une course !

Joseph Facal, ministre dans le gouvernement du Parti québécois. Il est aujourd'hui professeur invité à HEC Montréal.
La Presse Le samedi 28 août 2004

La patrie passe avant les destins personnels

Pauline Marois a finalement dit tout haut ce que des milliers de membres du PQ pensent tout bas. Je suis moi aussi d'avis qu'une course à la présidence du PQ est nécessaire pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'estime personnelle dont jouit M. Landry ou la reconnaissance de ses exceptionnels états de service. J'estime en effet que la seule tenue d'un vote de confiance, à l'occasion du congrès de 2005, n'est pas suffisante pour régler une indéniable problématique de légitimité qui est indépendante des personnes.

Quand le PQ était au pouvoir et que nous fûmes tous pris de court par la démission inattendue de M. Bouchard, on pouvait très raisonnablement plaider les avantages de s'épargner un exercice toujours difficile. Quand on est dans l'opposition, ces raisons ne tiennent plus. Il est extrêmement difficile de justifier que non élu par l'ensemble des membres lors de son accession à la tête de notre formation, M. Landry ne suive pas en plus les précédents établis par tous les premiers ministres défaits depuis 1960. J'avoue me surprendre moi-même d'être en accord avec M. Yves Michaud qui évoquait récemment dans La Presse des précédents limpides à cet égard.

Je reconnais parfaitement le droit à M. Landry de vouloir demeurer chef, mais la présidence du PQ n'appartient en propre à personne. Rien ne l'empêche de tenter de se succéder à lui-même. De toute façon, si M. Landry recueillait l'an prochain un niveau d'appui insuffisant lors du vote de confiance, il devrait se plier à la tenue d'une course, et nous aurions perdu un an pour rien, alors que le gouvernement libéral sera déjà dans la dernière moitié de son mandat. Comment nier sérieusement qu'un chef élu par l'ensemble des membres dispose d'une légitimité incomparablement renforcée, et d'une autorité politique et morale en conséquence?

Pire dégelée

Il faut voir les choses en face. Nous avons subi lors des dernières élections notre pire dégelée en trente ans, pour des raisons dont M. Landry n'est certes pas le seul responsable. Mais cette défaite exigeait à tout le moins une sérieuse et sincère autocritique. Rien de tout cela n'est survenu. Nous préférons faire semblant de croire que cette raclée était une victoire morale. Il a fallu que Lucien Bouchard sorte exceptionnellement de sa réserve pour que soient évoquées certaines de nos erreurs que nous semblons être les seuls à refuser de voir. Il n'y a jamais de moment idéal pour soulever des questions pénibles mais nécessaires.

Les Québécois sont en droit d'attendre de l'opposition officielle, surtout quand elle est porteuse d'un projet comme le nôtre, qu'elle tire sa force d'autre chose que de l'impopularité du gouvernement et qu'elle ne se contente pas d'attendre que l'alternance joue en sa faveur. Je ne vois pas de meilleure manière qu'une course ouverte pour forcer tous les prétendants à exposer leur vision respective du parti et du Québec en général? Comment croire que le jugement collectif de dizaines de milliers de membres au terme de celle-ci serait aberrant, même s'il pourrait ne pas être celui que l'on souhaite? Il est parfaitement illusoire de penser que l'on peut dissocier le débat d'idées du débat sur les personnes les mieux placées pour les incarner.

Ceux qui évoquent le sort de Pierre-Marc Johnson pour plaider qu'une course ne renforce pas nécessairement l'autorité d'un chef oublient que ses problèmes sont nés de sa politique de mise en sourdine de l'option souverainiste et non de la tenue d'une course. Nous serions un bien drôle de parti si nous n'acceptions pas, pour des motifs autres que des calculs personnels, de remettre la question du leadership entre les mains de membres qui n'ont pas connu de course depuis vingt ans.

Quelle présomption aussi dans cet argument qui consiste à dire qu'une course est inutile parce que M. Landry serait à l'évidence tellement supérieur aux autres prétendants! Si c'est le cas, pourquoi craindre le verdict des membres? On m'a jadis enseigné que la patrie passait avant les destins personnels. Je continue de le penser.



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Une occasion manquée...

Nicolas Forget
TRIBUNE LIBRE 20 septembre 2004

Bernard Landry n'a pas encore assimilé le message qui lui a été envoyé par ceux qui cherchent à renouveller le discours souverainiste. Ça viendra, avec l'insistance. Alors que tout le monde a félicité Charest (avec raison ou pas, peu importe), et que le réseau de santé a bien besoin de cet argent, le commentaire de Landry a paru frustré, partisan et mesquin.

Nous devons arrêter de commenter chaque soubresaut du fédéralisme! C'est ça aussi, le provincialisme. C'est un vieux réflexe que nous devons éliminer. C'est de la vieille stratégie, de celle qui ne fonctionne pas parce qu'elle se heurte à la démagogie libérale en passant par le filtre des médias fédéralistes. Chaque petit gain du Québec, même s'il couvre à peine le recul précédent, donne ainsi l'impression d'être en contradiction avec le message souverainiste. Le Québec doit être un pays, peu importe les conditions du fédéralisme. Il faut assimiler ça d'abord, et changer de discours en conséquence.

Les discussions sur le système de santé canadien, sur la péréquation canadienne, sur la centralisation, sur la droite conservatrice, sur le Conseil de la fédération, etc., NE NOUS CONCERNENT PAS! Cessons de les commenter et construisons notre propre projet. C'est ce que les québécois attendre pour voter oui, un projet emballant. Pas de la petite critique au jour le jour. Au lieu de chipoter mesquinement sur les chiffres en disant "nous, on a fait mieux", Landry aurait dû définir concrètement en quoi l'indépendance nous aurait donné la possibilité de faire les choses différemment.

Changer de stratégie, ça veut dire que les chefs souverainistes doivent définir concrètement, à chaque occasion, les modalité d'un Québec indépendant. Ça veut dire aussi et surtout que nous devons cesser de réagir aux soubresauts désespérés du fédéralisme canadien, envisager dès maintenant l'inévitable : la construction du pays à venir. Qu'est-ce qui sera différent dans le domaine de la santé, de l'éducation, des communications? Quels seront les pouvoirs des régions? Ceux des villes? Comment protègerons-nous l'environnement et les droits individuels? Quels rapports avec les États-unis, avec l'Europe, avec l'Amérique latine? Quels rapports avec le Canada? Quelle influence peut avoir dans le monde un petit pays progressiste et prospère collé sur la frontière américaine?

C'est de ça dont il faut parler pour convaincre. Amenons le débat à un autre niveau. Laissons les fédéralistes ressortir leurs vieux fantasmes bourrassiens et construisons quelque chose de concret.

Il ne faut plus parler de la nécessité de la souveraineté mais du pays à venir.




TRIBUNE LIBRE

Le combat pour l'indépendance du Québec sera long et ardu

Marc M. Boutin
TRIBUNE LIBRE 20 septembre 2004

Au sujet de l'article de M. Deshaies du 16 septembre, voici mon commentaire.

Montréal, 17 septembre 2004

Monsieur Deshaies,

Pour répondre à votre Vigile, je retiens que le combat pour l'indépendance du Québec sera long et ardu. Malgré le désir réel de tous les intervenants, nous sommes placés dans un cul-de-sac politique.

Le fédéral embarque la population du Québec à coup de millions, péréquation, etc. etc. Les Québécois ne réalisent pas vraiment l'importance d'un changement profond. Être Fédéraliste ou Indépendantiste pour eux, le choix regarde leur bien-être personnel avant et contre tout ...

Le Fédéral et les Fédéralistes – comme ceux dont vous avez fait mention – se chargent de faire miroiter PUBLICITÉ ET ARGENT. LES QUÉBÉCOIS ONT TOUJOURS EU CETTE DIFFICULTÉ D'AVANCER VERS UN AVENIR SÛREMENT TRÈS PROMETTEUR.

ÇA VA PRENDRE BEAUCOUP DE GENS COMME VOUS POUR LEUR MARTELER CES IDÉES QUI, D'APRÈS MOI, SONT DEVENUES NÉCESSAIRES.

JE VAIS CONTINUER À LIRE VOS TEXTES.




TRIBUNE LIBRE

Les Châteaux d'un Chevalier servant

Étienne LaHire
TRIBUNE LIBRE 20 septembre 2004


(From Cuba to Montreal)


En complément, sur le sujet « Serge Savard » (SS pour les intimes ?), je propose la lecture du court texte suivant: http://www.action-nationale.qc.ca/bulletin/23.htm

Cet article aura déjà cinq ans dans quelques mois. Mais hélas ! il demeure toujours d'actualité. Du reste, la réflexion de M. Robert Laplante se révèle toujours éclairante. Au surplus, L'Action nationale est une revue intéressante, peu dispendieuse au demeurant et toujours bienvenue dans le paysage réflexif québécois.

Dans la foulée, je suggérerai du même auteur l'ouvrage tout récent (Chronique de l'enfermement : http://www.action-nationale.qc.ca/revue/abonnement.html) dont s'est d'ailleurs inspiré M. Jacques Parizeau dans ses récentes déclarations.

Plus précisément, concernant ce fameux Château Champlain (http://www.soreltracy.com/liter/2004/septembre/13s.html et http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/9-14.html#tllg), j'ai déniché l'information suivante dans la grande Toile numérique:

«Serge Savard, l'un des principaux actionnaires (à 49%) de l'hôtel Marriott Château Champlain au centre-ville de Montréal [on parle donc ici de plusieurs dizaines de millions de dollars].» (http://www.ainfos.ca/04/may/ainfos00180.html)

J'introduis d'autre part l'extrait d'un article de Réjean Tremblay concernant l'ex-hockeyeur Michel Goulet, texte qui remonte maintenant à... février 1981:

«Lacroix et Goulet, deux clients du célèbre avocat nationaliste Guy Bertrand, ont créé tout un émoi en refusant de signer le contrat écrit en anglais de la ligue Nationale: «C'est un droit pour un Québécois francophone vivant au Québec de signer un document qu'il peut comprendre; je ne vois pas pourquoi des gars comme Serge Savard ont dit qu'on risquait de se faire boycotter; allons donc! Peut-être qu'ils avaient honte de ne pas l'avoir exigé eux-mêmes; faut pas avoir peur de demander la reconnaissance de ses droits.»» (http://members.tripod.com/~kkkimo/mg1981.htm)

Bien entre nous, on ne peut pas dire que monsieur SS (contact@tmsa.com) ait beaucoup évolué depuis 23 ans.

Eh voilà ! c'est ça... un French Canadian : «Écrase-toi et ferme-la, le Québécois, sinon les Anglais vont s'occuper de toi.» Il y en a des mannes dans ce style, des Québécois, à la House of Commons of Ottawa. Ou à la Chambre haute, où de vieilles gens font la sieste aux frais du Trésor public. On les nomme «sénateurs»...

Comme quoi on peut faire 6'3", faire osciller le pèse-personne à 240 lbs (je conserve les unités anglaises afin de rester dans la cohérence), avoir une opinion de soi haute au point de redonner son propre prénom à son propre fils et persister tout de même, sa vie durant, à se conduire comme un laquais.

Et on présente ça à nos enfants comme un « modèle ».

A Servant, undoubtedly.


Étienne LaHire
LaHire@Q-bec.com
17 sept. 2004

* http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/7-3.html#tljd