Actualité







Laurier-Dorion : Les immigrants n'ont pas voté pour le PQ

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 22 septembre 2004

L'issue de l'élection a donné lieu à une interprétation hâtive

Si le Parti québécois a soutiré aux libéraux la circonscription de Laurier-Dorion lors des élections partielles de lundi, ce n'est pas parce qu'il a réussi une percée auprès des Québécois issus de l'immigration. Les électeurs du quartier multiethnique de Parc Extension ont voté à 83 % pour les libéraux, comparativement à 9 % pour le PQ. L'appui péquiste est plutôt venu de Villeray, la portion francophone de ce comté.

Comme Le Devoir l'a constaté en vérifiant les votes exprimés dans chacun des 160 bureaux de vote - auxquels s'ajoutent les 12 bureaux de vote par anticipation et de vote hors Québec -, les électeurs de Laurier-Dorion ont voté massivement pour le PQ ou pour le Parti libéral du Québec selon qu'ils habitent à l'est ou à l'ouest du parc Jarry. C'est un comté avec deux réalités, l'une bleue, l'autre rouge. Dans Villeray, la députée Elsie Lefebvre a recueilli 61 % des voix. Mais à l'ouest, dans Parc Extension, un des quartiers les plus pauvres du pays, seulement 397 électeurs (9 %) qui se sont rendus à l'un ou l'autre des 54 bureaux de vote ont accordé leur soutien à Mme Lefebvre.

Ainsi, les données du Directeur général des élections ne donnent pas raison aux prétentions de Bernard Landry qui, au moment de la victoire de sa collègue Elsie Lefebvre, parlait d'une «avancée certaine» auprès des communautés culturelles. «Après avoir rêvé d'un appui substantiel des immigrants, il est là. Le PQ n'est plus seulement à l'est de la rue Saint-Laurent. C'est la clé de l'avenir et d'une réélection», avait alors commenté M. Landry.

Malgré les faits, la nouvelle députée continuait de marteler hier que le PQ a fait des gains déterminants pour son avenir. «C'est un tournant. On a réussi à ébranler des assises solides chez les Québécois issus de l'immigration. Les principes progressistes du Parti québécois pénètrent maintenant cette faction de l'électorat qui, auparavant, restait froide à nos idées», a soutenu Mme Lefebvre.

Le directeur de campagne de la jeune députée de 25 ans, Nicolas Brisson, a également fait valoir que les résultats du PQ ont triplé dans Parc Extension depuis les dernières élections générales, en avril 2003, passant de 2,47 % à 9 %. Or le nombre d'électeurs qui s'étaient prévalus de leur droit de vote en 2003 était beaucoup plus élevé, faussant peut-être ainsi l'interprétation péquiste. Lundi, les électeurs de Laurier-Dorion se sont rendus aux urnes dans une proportion de 35 %, comparativement à 64 % au scrutin général d'il y a 18 mois. Et dans le seul quartier Parc Extension, le taux de participation s'est établi à 27 % lundi.

«L'onde de vote est encore inférieure à ce qu'on pouvait penser dans Parc Extension, mais ça s'en vient. On a trois ans pour consolider ces appuis et les transposer en votes pour les prochaines élections», a précisé M. Brisson, qui croit que les enfants de la loi 101 peuvent faire la différence.

Toujours sur l'adrénaline des dernières semaines, M. Brisson a ajouté, de façon quelque peu enflammée: «Les immigrants ont besoin d'une députée social-démocrate qui pense que c'est important que les immigrants aient leur place au Québec, qu'il y ait des cours de francisation pour se trouver un emploi et que leurs compétences soient reconnues. Les libéraux ne font rien. Depuis un an, ils ont coupé 45 classes en francisation et il y a 900 immigrants qui sont sur le carreau. Ces gens-là votaient libéral massivement et ils se faisaient fourrer. C'est ça qu'on est allés leur dire.»

De son côté, l'organisateur en chef des libéraux, Benoît Savard, ne croit pas qu'il faille voir un vote de mécontentement derrière les résultats. Mais il est conscient que «le vote d'appui au gouvernement ne s'est pas manifesté non plus».

Si M. Savard reconnaît que la machine péquiste a mobilisé ses partisans et fait «sortir le vote» dans Villeray, il ne voit pas d'ouverture du côté des immigrants. «Il n'y a pas eu de gros virage. Chez les communautés culturelles, on a toujours la cote. Le problème, c'est qu'elles ne sont pas allées voter en aussi grand nombre qu'on l'aurait souhaité. [...] Le message péquiste [selon lequel] les libéraux tiennent pour acquis les immigrants n'a pas eu nécessairement d'effet pour inciter à voter pour le PQ, mais ç'a peut-être encouragé une certaine abstention», a avancé M. Savard.

Pour la députée de Laurier-Dorion, l'abstention de beaucoup d'immigrants est un signal important. «Ils ne sont pas encore prêts à voter pour le Parti québécois mais ils sont réceptifs à nos idées. On les a ébranlés assez pour qu'ils n'aillent plus voter automatiquement pour le Parti libéral. Le vrai travail commence aujourd'hui», a lancé Elsie Lefebvre.

La nouvelle députée a aussi affirmé que les libéraux ont été complètement balayés du coeur de Villeray. Mme Lefebvre et son organisateur croient que les élections fédérales de juin dernier ont donné un élan aux souverainistes pour aller voter. Après avoir réduit la majorité du libéral Pierre Pettigrew à moins de 500 voix, «ils ont réalisé qu'il est possible de changer les choses», a laissé tomber M. Brisson.

C'est une hypothèse, sans plus, selon Benoît Savard. Tout comme il se montre sceptique devant un certain ressac consécutif au départ, en juin, du libéral Christos Sirros. Après 23 ans comme député, M. Sirros, identifié à l'aile gauche du PLQ, n'avait pas été invité à se joindre au conseil des ministres. Qu'il y ait eu une certaine déception dans la circonscription n'explique pas la victoire péquiste, selon M. Savard. «On assume le verdict. On ne se défile pas: ça ne peut pas être la faute de tout le monde autour. Mais une partielle, ce n'est jamais un moment agréable pour un gouvernement», conclut-il.





Pas de quoi pavoiser

Vincent Marissal
La Presse mercredi 22 septembre 2004

On dit souvent que les élections partielles permettent aux électeurs d'envoyer des messages clairs au gouvernement. Celles de lundi distribuent équitablement les mauvaises notes et de sérieux avertissements aux trois principaux partis.

La prudence élémentaire voudrait que l'on évite de tirer des conclusions définitives à partir de quatre élections complémentaires (surtout à 30 mois environ des générales), mais cela n'a pas empêché certains excès d'enthousiasme chez les trois principaux partis depuis hier soir.

Ainsi, selon certains péquistes, la victoire inattendue dans Laurier-Dorion démontrerait que les " enfants de la loi 101 " (la deuxième génération d'immigrants qui ont obligatoirement étudié en français) ne sont plus, comme leurs parents, automatiquement fédéralistes. Voilà une conclusion quelque peu hâtive.

En regardant de plus près les résultats dans Laurier-Dorion, on constate que le pourcentage du PQ a, en fait, diminué lors des récentes élections générales, passant de 35 % en 1994 à 32 % en 2003. Les 46 % obtenus lundi par la péquiste Elsie Lefebvre pourraient reposer sur des explications beaucoup plus superficielles que sur un profond changement d'allégeance parmi les communautés culturelles. D'abord, le taux de participation, qui se situe entre 65 % et 80 % aux générales, a chuté lundi à 35 %. Dans les élections partielles, c'est bien connu, il est plus facile de mobiliser les électeurs en colère contre le parti au pouvoir.

Il se pourrait donc que la déconfiture du Parti libéral soit d'abord due à un fort taux d'abstention de ses électeurs, faute de trouver un enjeu et persuadés que le PLQ allait gagner quoi qu'il arrive.

Après tout, tout le monde, y compris les péquistes, prévoyaient une victoire libérale.

Il se pourrait aussi que les électeurs d'origine grecque, plus portés vers le PLQ, soient toujours froissés du traitement réservé à leur ancien député Christos Sirros, un vétéran laissé de côté par Jean Charest.

Autre élément favorisant le PQ : la machine électorale bloquiste, qui a chauffé sérieusement le ministre fédéral Pierre Pettigrew en juin, tournait encore à plein régime et n'allait pas manquer une si belle occasion de prendre sa revanche. À l'inverse, la machine libérale avait visiblement de l'eau dans le gaz. C'est le problème des circonscriptions " gagnées d'avance " : le parti dominant a tendance à dormir sur ses lauriers et oublie de huiler sa " machine à sortir le vote ". Voyez ce qui est arrivé aux élections fédérales du 28 juin à Pierre Pettigrew, mais aussi à ses collègues Liza Frulla, Jean Lapierre et Nick Discepola, qui, lui, s'est fait ravir Vaudreuil-Soulanges à la surprise générale.

Chose certaine, les fédéralistes devront revoir leur liste de châteaux forts, mais il faudra attendre le résultat d'au moins deux autres élections générales (ou un référendum, ce qui est encore plus précis puisque chaque vote compte) avant de vérifier la valeur de la théorie des " enfants de la loi 101 ".

Au chapitre des conclusions hâtives, Mario Dumont s'est aussi laissé emporter au cours des dernières heures. Selon lui, la victoire de l'ADQ dans Vanier marque le début de la reconstruction de son parti. Ce serait aussi, dit-il, la victoire du " vrai monde ". À en juger par les résultats minables de l'ADQ dans les trois autres circonscriptions, il ne doit pas y avoir beaucoup de vrai monde à Montréal.

À moins que Mario Dumont ne veuille devenir premier ministre de Vanier, il va devoir regarder en face la performance de son parti lundi soir. En recul partout, sauf dans Vanier où elle a été portée par une formidable vague de colère, l'ADQ semble davantage vouée à la marginalisation qu'à la reconstruction. D'autant qu'il devra maintenant vivre avec son nouvel allié, le polémiste Jeff Fillion, une carte de visite douteuse en dehors de Québec.

L'ADQ a terminé quatrième dans Gouin, Laurier-Dorion et Nelligan, ne récoltant en tout que 2255 voix, soit une ridicule moyenne de 4,9 %. Mario Dumont s'est dit hier " renversé " par les critiques contre ses liaisons dangereuses avec CHOI, mais ce qui est plus renversant encore, c'est la rapidité de la chute de crédibilité de l'ADQ dans des circonscriptions qu'elle croyait " prenable " il y a deux ans à peine. À cette époque, tous les sondages plaçaient l'ADQ loin devant le PLQ et le PQ, au point où Mario Dumont et certains de ses proches rêvaient à voix haute aux inaccessibles étoiles, telles Gouin ou Laurier-Dorion.

L'Union des forces progressistes (UFP) demeure une formation marginale, mais, à tout prendre, elle a mieux fait que l'ADQ à Montréal, terminant troisième dans Gouin et Laurier-Dorion (en augmentant modestement ses pourcentages). Mais encore là, le vrai test viendra aux prochaines élections générales.

En fait, il n'y a qu'une conclusion indéniable à tirer de ces partielles : les libéraux ont été punis pour leur bilan des 18 premiers mois au pouvoir, ce qui, finalement, est la conclusion classique de toute partielle. Jean Charest a encore beaucoup de temps devant lui, l'opposition péquiste est affaiblie par ses querelles internes, en principe donc, il ne devrait pas trop s'en faire. Et pourtant, il fallait voir Jean Charest lundi soir dans Laurier-Dorion pour comprendre que le coup a lourdement porté. Quel contraste avec l'homme rayonnant de la semaine dernière à Ottawa. Quel brutal retour sur terre pour un premier ministre qui disait (imprudemment) vendredi que l'entente sur la santé " tombait très bien " juste avant les partielles.

Comme quoi, être populaire à la grande table canadienne n'est pas une garantie d'être accueilli en héros au Québec.

vincent.marissal@lapresse.ca





Leçons électorales

Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 22 septembre 2004

ÉDITORIAL - Les quatre élections partielles de lundi ne se sont pas déroulées comme prévu. Les électeurs avaient en réserve quelques surprises pour les trois grands partis qui prétendaient obtenir leurs faveurs. Leur message: ne jamais rien tenir pour acquis.

Celui qui aurait certainement le plus apprécié les résultats de ces partielles est René Lévesque, à qui la victoire de la jeune candidate péquiste dans Laurier-Dorion aurait sans doute arraché un sourire. Ce comté, qui fut le sien pendant les années 60 (sous le nom de Montréal-Laurier), le renia aussitôt qu'il fonda le Parti québécois. L'ancien premier ministre aurait apprécié comme une douce revanche l'élection d'Elsie Lefebvre.

Cette victoire péquiste dans Laurier-Dorion ne marque pourtant pas ce retournement inattendu du comportement des communautés ethniques dont on a fait état dans un premier temps. L'analyse serrée des résultats montre que Parc-Extension, la partie multiethnique du comté, n'a voté péquiste que marginalement. On y a voté libéral, mais on s'est surtout abstenu. À des élections générales, Laurier-Dorion redeviendrait fort probablement un comté libéral. Prétendre que la dynamique du vote ethnique a radicalement changé est exagéré. Néanmoins, l'élection de Mme Lefebvre pourra être une occasion d'ouvrir un dialogue porteur de changement.

La perte de Laurier-Dorion constitue en revanche une défaite amère pour Jean Charest, à qui les électeurs de ce comté reprochaient de les avoir abandonnés en ne faisant pas entrer Christos Sirros, leur député depuis plus de 20 ans, au conseil des ministres. Celui-ci était le seul, au Parti libéral, à pouvoir être le porteur des préoccupations des immigrants et des quartiers populaires du centre de Montréal. L'insensibilité du premier ministre à certaines réalités montréalaises lui coûte cher aujourd'hui.

Pour les libéraux, cette défaite dans Laurier-Dorion devrait être reçue comme un puissant signal d'alarme. Elle est bien plus significative que leur défaite dans Vanier, où l'Action démocratique a largement déclassé le candidat libéral, qui a malgré tout terminé en deuxième position, devant le péquiste. Le vrai perdant ici est le Parti québécois, qui aurait dû emporter ce comté qui, traditionnellement, suit le vent. Étant en tête dans les sondages, il aurait à tout le moins dû finir bon deuxième. Pour son chef, Bernard Landry, il s'agit d'une défaite qui pourra nourrir les critiques à l'endroit de son leadership.

La victoire adéquiste dans Vanier est due à des facteurs qu'on pourrait qualifier d'exogènes. Le débat a porté moins sur les grands enjeux politiques que sur le comportement des politiciens, la toile de fond étant le non-renouvellement de la licence de CHOI-FM et l'enquête sur la prostitution juvénile. L'ADQ a prétendu et fait accepter l'idée qu'elle était le seul parti à pouvoir représenter le «vrai monde».

D'une certaine façon, les électeurs de Vanier ont été cohérents avec eux-mêmes puisque le député libéral qu'ils avaient élu en avril 2003, Marc Bellemare, était un politicien populiste qui se faisait fort de défendre lui aussi le «vrai monde». Plus proche de l'ADQ que du Parti libéral sur le plan idéologique - d'où sa démission -, on peut penser qu'il avait ouvert la voie au résultat d'hier.

Ces quatre élections partielles auront par ailleurs montré que l'ADQ demeure plus que jamais confinée à la grande région de Québec. Les électeurs des trois comtés montréalais ont totalement ignoré ses candidats, ceux de l'Union des forces populaires prenant même la troisième place dans Laurier-Dorion et dans Gouin. De toute évidence, ce parti n'est pas perçu comme étant urbain et n'aura pas d'avenir dans la région métropolitaine s'il ne sait pas s'adapter aux réalités montréalaises.

bdescoteaux@ledevoir.ca





Deux perdants

André Pratte
La Presse mercredi 22 septembre 2004

Deux chefs sortent perdants des élections partielles de lundi : Jean Charest et... Mario Dumont.

Il faut toujours interpréter les résultats de tels scrutins avec de la prudence. Pour toutes sortes de raisons, la dynamique y est fort différente de celle qui est à l'oeuvre lors d'élections générales. Cela dit, on aperçoit dans le vote de lundi des indices de l'ampleur du mécontentement des électeurs à l'endroit du gouvernement libéral. Laurier-Dorion, un comté multiethnique considéré comme une forteresse rouge, est passé au Parti québécois. S'agit-il d'un simple accident de parcours, comme il s'en produit souvent lors d'élections partielles ? Ou bien assiste-t-on à l'" avancée certaine " du PQ au sein des minorités ethniques, comme le soutenait Bernard Landry lundi soir ? Difficile à dire. Par rapport à son score lors des générales d'avril 2003, le PQ a obtenu 2200 votes de plus dans Laurier-Dorion, une performance intéressante compte tenu de la chute du taux de participation. Par contre, le vote libéral s'est littéralement effondré, la candidate Voula Neofotistos obtenant près de 9000 votes de moins que son prédécesseur, Christos Sirros. Comme si un grand nombre d'électeurs libéraux avaient manifesté leur déception en restant à la maison.

Il reste que la nouvelle députée, Elsie Lefebvre, a reçu l'appui de certains leaders des communautés culturelles du comté. De plus, il faut noter que le comté de Laurier-Dorion recoupe le comté fédéral de Papineau, lui aussi considéré comme un château fort libéral, que Pierre Pettigrew a failli perdre en juin dernier. Deux accidents de parcours en trois mois ?

Dans un comté sûr, Nelligan, le Parti libéral l'a facilement emporté. Mais là aussi, la colère des électeurs s'est manifestée : des milliers de libéraux se sont abstenus, faisant chuter le taux de participation à un rachitique 28 %.

La grogne suscitée par les 18 premiers mois des libéraux au pouvoir a donc pénétré à des profondeurs qu'on croyait inaccessibles. Le fédéralisme asymétrique, qui a beaucoup excité les journalistes, a laissé les électeurs de glace. Il faudra que le premier ministre trouve autre chose pour regagner l'estime des électeurs.

De son côté, Bernard Landry s'en tire honorablement. La victoire inespérée dans Laurier-Dorion lui permettra, à court terme du moins, de consolider son leadership. Dans Gouin, le PQ a maintenu ses acquis. Dans Vanier, le PQ a terminé troisième, comme lors des générales. Un mauvais score, mais M. Landry peut se consoler en se disant que des trois chefs, il est le seul qui a eu le courage de prendre ses distances de l'animateur Jeff Fillion.

Mario Dumont a gagné dans Vanier. Il est quand même perdant : cette victoire lui a coûté sa crédibilité. Il fut un temps où M. Dumont prétendait faire de la politique " autrement " ; on sait maintenant qu'il n'hésitera pas à fouiller au plus creux de la poubelle démagogique s'il le faut pour sauver les meubles. En appuyant sans réserve la station CHOI et la fondation Scorpion, le chef de l'ADQ a flatté les pires préjugés populaires.

La victoire dans Vanier ne change rien au fait que jusqu'à nouvel ordre, l'ADQ est un parti marginal. D'ailleurs, dans les trois autres circonscriptions, la formation a subi une véritable raclée, obtenant au total moins de 2300 votes. Dans Gouin et Laurier-Dorion, le candidat adéquiste a été devancé par celui de l'Union des forces progressistes, et chauffé par celui du Parti vert.

M. Dumont a parlé lundi soir d'une première étape dans la reconstruction de l'ADQ. Peut-être. Cependant, les fondations du nouvel édifice sont extrêmement fragiles.





Il y a déséquilibre et déséquilibre

Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 22 septembre 2004

L'encre était à peine sèche au bas de l'accord sur la santé que Paul Martin faisait face à de nouvelles demandes d'argent. En provenance des villes, cette fois. Leur appel: que le gouvernement Martin mette en oeuvre sa promesse d'un nouveau pacte avec les municipalités et qu'il le fasse plus rapidement que prévu.

Jugeant urgente leur situation, les villes voudraient qu'Ottawa s'entende rapidement avec les provinces pour leur transférer une portion de la taxe fédérale sur l'essence, soit 2,5 ¢ le litre, l'an prochain, et que ces versements atteignent 5 ¢ le litre, ou au moins deux milliards par année, dès 2007. Les libéraux visaient ce seuil en 2010. Le scénario des villes aurait un effet important sur le trésor fédéral. La facture de cinq milliards en cinq ans prévue dans le programme du PLC passerait à dix milliards.

On peut sourciller devant la gourmandise des villes et comprendre le refus d'Ottawa d'obtempérer. Mais le plus intéressant est que tout le monde reste attaché à cette idée d'un transfert d'une portion de la taxe fédérale sur l'essence. On juge donc normal qu'Ottawa cède une portion de son assiette fiscale aux villes pour leur assurer, comme l'indiquent le programme libéral et le dernier budget, «une source de financement stable et prévisible de façon à permettre aux municipalités de s'engager financièrement à long terme pour réaliser de nouveaux projets d'infrastructures importants».

Le projet de transfert d'une portion de la taxe sur l'essence figure en tête des projets de Paul Martin depuis la course au leadership. Une nuance est apparue durant la campagne électorale, soit qu'Ottawa pourrait transférer une portion de la taxe «ou son équivalent», mais peu importe cette précision, l'intention originale démontre que Paul Martin a toujours été disposé à corriger le déséquilibre fiscal qui affecte les villes.

Il n'a jamais manifesté la même ouverture à l'égard des provinces. En fait, il a toujours nié l'existence d'un tel déséquilibre dans leur cas, et ce, peu importe les démonstrations de la commission Séguin et les multiples rapports du Conference Board. Pas question, par conséquent, de songer à leur céder des sources de revenus.

Il est pourtant le premier à espérer que les provinces et lui n'aient pas à se retrouver pour discuter du financement de la santé. Si, au lieu de leur céder des sommes déterminées, il leur cédait une portion de son assiette fiscale, c'est-à-dire des points d'impôt ou une portion de la TPS, les provinces ne pourraient plus venir cogner à sa porte. Elles devraient se débrouiller. Elles auraient toutefois l'avantage de ne pas être à la merci d'un virage budgétaire comme celui qu'il leur a imposé en 1995.

Paul Martin ne pourra pas esquiver ce débat éternellement, mais on peut prédire qu'il résistera fortement aux pressions des provinces le 26 octobre prochain, lors de la conférence des premiers ministres sur «les pressions financières» subies par les provinces, un euphémisme utilisé par le fédéral pour éviter de prononcer les mots «déséquilibre fiscal».

***

Au delà de ses intérêts financiers, le gouvernement fédéral cherche, avec sa résistance, à défendre son rôle de gardien de l'identité canadienne et des programmes qui symbolisent celle-ci, la santé étant, à ce chapitre, une vache sacrée. Il aura des alliés, si on se fie aux commentaires suscités par l'accord sur la santé. Pour les partisans d'un gouvernement fédéral interventionniste, peu importe que la gestion du système de santé relève des provinces ou que celles-ci aient déjà entrepris les réformes souhaitées: l'accord manque de dents pour assurer son respect et impose trop peu d'obligations aux provinces. L'accord séparé avec le Québec sème aussi une certaine inquiétude car on craint que l'Alberta ne s'en prévale. Ancien candidat au leadership libéral, l'ex-ministre John Manley s'est même interrogé sur le précédent créé par un accord particulier dans un domaine «où la culture et la langue ne sont pas un enjeu».

Tous constatent que sans les provinces, Paul Martin ne peut pas respecter plusieurs de ses promesses, dont celles sur la santé et les villes. Malgré cet aveu implicite d'ingérence, ils estiment en général que cela se justifie car Ottawa doit démontrer sa raison d'être.

Dans un essai récent, le professeur Thomas Courchesne, de l'université Queen's, parlait d'un «fédéralisme du sablier» qui, soit dit en passant, a été bien servi par les compressions budgétaires fédérales de 1995. Contraint dans ses actions par des pratiques et des accords internationaux, le gouvernement fédéral «a découvert que la clé de son attrait électoral et de sa politique de "nation building" dans une économie du savoir était de devenir un joueur dans les sphères des provinces, écrit M. Courchesne. Cela a pris la forme [du] fédéralisme du sablier: affamer les provinces de façon à ce qu'elles doivent détourner les dépenses discrétionnaires de tous les autres secteurs pour nourrir l'appétit vorace du système de santé, au point où les citoyens et les villes en viennent à accueillir favorablement certaines et même toutes les dépenses fédérales qui y sont destinées. Le fédéralisme du sablier n'est pas seulement un autre nom pour le déséquilibre fiscal vertical mais celui du déséquilibre fiscal vertical avec un but» (traduction libre).

Reconnaître le déséquilibre fiscal que subissent les villes est peut-être incohérent, mais ce n'est en somme pour Ottawa qu'une autre façon de se mêler d'un domaine de compétence provinciale. Cependant, avant de pouvoir en discuter, il devra traverser la conférence du 26 octobre, qui portera sur la situation des provinces et personne d'autre. L'avantage des provinces sera alors le même qu'elles ont eu pendant la conférence sur la santé. Paul Martin est minoritaire et a besoin de réaliser ses engagements pour espérer faire mieux aux prochaines élections. Il a donc besoin des provinces.

mcornellier@ledevoir.com





Agences de publicité: Guité faisait à sa guise

Isabelle Rodrigue, PC
Le Devoir mercredi 22 septembre 2004

Commission Gomery - Ottawa - Sous la gouverne de Charles Guité, le choix des agences de publicité pour les commandites ou autres contrats de publicité sortait de l'ordinaire et ne suivait aucune règle ou critère, s'est appliqué à démontrer hier le coprocureur de la commission Gomery, Neil Finkelstein.

Pendant quelques heures, exemples documentés à l'appui, l'avocat a décortiqué les étapes qui ont mené à la présélection de sept agences de publicité désignées pour Patrimoine Canada, au début de 1995. Il a souligné à grands traits les lacunes du processus, dont l'absence même de représentants de Patrimoine Canada lors de la deuxième vague d'entrevues avec cinq agences.

Or, malgré tout, ces cinq agences ont été retenues par M. Guité, l'ancien gestionnaire du programme de commandites. Un an plus tard, ces agences étaient étendues au ministère des Travaux publics, sans autre forme de concours, pour réaliser les premiers contrats de commandites. Ce transfert allait à l'encontre des politiques. «Laissez-moi vous faire cette suggestion, a lâché M. Finkelstein. Il n'y a jamais eu de critères [de sélection] et ce, jusqu'en 2001. Il y avait des ébauches, mais aucun critère ferme.»

La commission présidée par le juge John Gomery a le mandat d'enquêter à la fois sur le programme de commandites et sur les activités publicitaires du gouvernement fédéral.

Hier, devant les faits présentés par le procureur de la commission, les hauts fonctionnaires des Travaux publics qui témoignaient n'ont pu que confirmer les faits.

«J'aurais tendance à être d'accord avec vous sur cette question, sur le fait qu'il y avait des ébauches mais que les critères n'ont jamais été formalisés», a affirmé l'actuel directeur général des politiques des Travaux publics, George Butts.

Ces fonctionnaires, qui n'étaient pas en poste à l'époque des commandites, ont dit estimer que les façons de faire de M. Guité et son équipe étaient «inhabituelles», «uniques» et «spéciales».

La commission n'aura pas fait là une grande découverte. Dans son rapport déposé au printemps de 2004, la vérificatrice générale soulignait que «la sélection des agences de communications contrevenait aux règles». La nouveauté, cependant, découle du fait que des documents viennent maintenant appuyer ces affirmations.

D'autres documents ont également permis à la commission d'avoir une idée des raisons qui poussaient l'ancien gestionnaire des commandites à agir de la sorte. Le procès-verbal d'une réunion de novembre 1994 du Secteur de la publicité et de la recherche sur l'opinion publique, dont M. Guité était le directeur, rapporte des propos plutôt surprenants.

«Chuck [Guité] affirme que ça lui a pris deux semaines avant de convaincre le Conseil du trésor que le prix ne devrait pas être un critère dans le processus de sélection des agences publicitaires», lit-on dans le procès-verbal. Un peu plus loin, on apprend que, de l'avis du directeur, il est impossible de monnayer la créativité.

Habituellement, dans les processus d'appel d'offres, pour un service égal, l'entreprise qui offre le prix le plus bas remporte le contrat.

L'accumulation de tous ces exemples aura finalement fait sortir de sa réserve habituelle le juge John Gomery. «Il est plutôt paradoxal que cet homme ait été responsable d'un processus concurrentiel alors qu'il ne croyait même pas en ce processus», a déclaré le juge Gomery.





«Etre francophone en Amérique, c'est un exploit»

Claire Derville
Le Figaro mercredi 22 septembre 2004

ENTRETIEN : Liza Frulla est ministre du Patrimoine et ministre responsable de la Condition féminine du Canada. Comme bon nombre de ses homologues dans les pays membres de l'Unesco, elle participe actuellement au débat sur l'avant-projet de convention sur la diversité culturelle, qui se déroule cette semaine au siège parisien de l'Unesco.

LE FIGARO. - Que pensez-vous de l'avant-projet de convention sur la diversité culturelle ? Liza FRULLA.

Au Canada, la diversité culturelle est une préoccupation ancienne. Jacques Chirac lui a donné ses lettres de noblesse en la plaçant dans le cadre de l'Unesco, et en lui donnant un échéancier. Aujourd'hui, je me réjouis de voir que de plus en plus de pays rejoignent le projet.

La discussion va dans le bon sens. Tout comme la société civile, nous désirons qu'elle aboutisse à une déclaration forte, qui soit contraignante, c'est-à-dire qui ait une valeur juridique à opposer à l'OMC au moment des négociations. En revanche, je pense qu'il est trop tôt pour se lancer dans un débat article par article, car tous les pays ne sont pas aussi avancés que la France ou le Canada dans ce dossier.

Pour amener un maximum de pays au projet, on doit s'en tenir, pour l'instant, à l'intention globale. Pensez-vous qu'un tel projet soit nécessaire pour la sauvegarde de la culture canadienne ?

Absolument. Avec 32 millions d'habitants dont une petite minorité de francophones répartis sur un territoire immense, le Canada est un pays vulnérable. Pour faire vivre notre culture dans ses diversités, nous n'avons pas d'autres choix que d'être interventionniste ! Tous les ans, nous dépensons un peu plus de 3 milliards de dollars canadiens (2 milliards d'euros) pour soutenir les expressions artistiques.

C'est grâce à cette politique que nous avons notamment pu faire vivre la langue française au Québec, et faire naître une véritable pépinière d'artistes, dont certains s'exportent en France. Etre francophone, en Amérique du Nord, cela relève de l'exploit ! Or les biens culturels sont placés, pour l'instant, dans un no man's land juridique.

Demain, on pourrait très bien nous accuser de concurrence déloyale. C'est pourquoi il est important de se doter de règles claires qui régissent les expressions culturelles. Avec un texte fort, nous serons protégés.

Quelle est, à votre avis, la position des États-Unis sur ce sujet ?

Je viens tout juste d'assister, à Mexico, à un sommet réunissant les ministres responsables de la Culture des États américains. Nous avons pu constater que les Américains étaient présents, et qu'ils ont signé, avec tous les autres États, une lettre d'intention en faveur de la protection de la diversité culturelle.

Aussi, j'aime mieux penser que les Américains sont avec nous, plutôt que contre nous. De toute façon, ils ont déjà tout : le talent, l'argent, les réseaux... Comment pourraient-ils se sentir menacés ?

Propos recueillis par Claire Derville



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

Vanier: La haine

René Marcel Sauvé, géographe,
Spécialisé en géopolitique et auteur de Géopolitique et avenir du Québec
TRIBUNE LIBRE 22 septembre 2004

Je connais Vanier et les gens de Vanier. Officier au Royal 22e Régiment pendant plus de vingt ans, j''ai vécu plusieurs années à Québec. Les soldats du régiment venaient en grande partie de la basse ville, dont Vanier. La plupart des officiers venaient de la haute ville. Montréalais, j'étais un "outsider" au régiment.

Nous avons au moins deux régiments célèbres à Montréal, le Fusilliers Mont Royal et le Régiment de Maisonneuve mais Ottawa n'a jamais voulu qu'aucune de ces unités n'entre en service régulier. Cet honneur a été dévolu au Black Watch de la rue Bleury, de sorte que les Montréalais qui font carrière dans l'infanterie doivent aller au R22eR et vivre à Québec. C'est au contact avec les simples soldats et les sergents que j'ai appris à connaître Vanier et les autres secteurs de la basse ville.

Il y a deux mois, je suis allé passer quelque temps à Vanier, pour les funérailles d'un vieil oncle, religieux OMI. J'ai bien reconnu Vanier et son atmosphère de milieu pauvre, mais rempli de gens authentiques, vrais et sans artifices. Je dirais que leur lutte se rapproche davantage d'une lutte de classe qui aurait fait le bonheur de Karl Marx, toujours en quête de modèles.

Méprisés, ils se révoltent et expriment leurs frustrations comme ils le peuvent. Les André Arthur, Jeff Filion et l'ADQ sont pour eux une soupape de sûreté contre le fait qu'ils sont traités comme s'ils n'existaient pas.

Leur légitime colère n'a rien à voir avec la haine. Les pauvres ne connaissent pas la véritable haine, faite de mépris et de froid rejet des autres.




TRIBUNE LIBRE

Laurier-Dorion a refusé de virer à droite

Christian Gagnon, Montréal
TRIBUNE LIBRE 22 septembre 2004

Depuis 23 ans, Laurier-Dorion était représentée par Christos Sirros, humble représentant de la modeste aile gauche du Parti libéral de Robert Bourassa, puis de Daniel Johnson. Aujourd'hui, s'il existe encore une aile gauche au sein du PLQ de Jean Charest, elle est sûrement minuscule et malheureuse. Pour expliquer la dégringolade de son parti dans cette circonscription très multiethnique, monsieur Charest devrait peut-être chercher ailleurs que dans la rapidité des réformes entreprises par son gouvernement. Quelles que soient leurs origines, les électeurs progressistes de Laurier-Dorion auront vu en la péquiste Elsie Lefebvre davantage qu'en sa rivale libérale une digne successeure de monsieur Sirros.

Depuis que Jean Charest en est le chef, le PLQ est méconnaissable. Le temps est venu pour un changement de cap : d’abord dépenser les 500 millions d'Ottawa pour 2004-2005 dans la santé plutôt que dans les baisses d'impôt, ensuite abandonner le projet du Suroît, puis mettre fin aux hausses de tarifs des services publics et enfin, remplacer le faux plan de lutte contre la pauvreté du ministre Claude Béchard. On peut toujours rêver.




TRIBUNE LIBRE

La démarche de Robert Laplante est fondée sur la lucidité

Hugo Saint-Hilaire
Président de La Ligue pour l'indépendance du Québec (LIQ)
TRIBUNE LIBRE 22 septembre 2004

Dans son texte de septembre 2004 dans L'Action nationale, Robert Laplante fonde sa démarche sur la lucidité, à savoir que, dans les faits, le Parti québécois ne travaille pas pour l'indépendance : depuis longtemps déjà, le PQ se « défile devant les exigences de sa raison d'être » : « La crainte de voir les efforts des quarante dernières années se noyer dans la consolation d’une rhétorique grandiloquente multipliant les incantations pour mieux reporter le passage à l’acte, joue très fort », écrit-il.

Voilà pourquoi de plus en plus de groupes indépendantistes prennent vie, et voilà pourquoi, il y a un an, La ligue pour l'indépendance du Québec a été formée : soit pour essayer de contrer le virus de l'électoralisme et l'hypocrisie idéologique. Dans notre présentation sur le site web de la LIQ www.independance-quebec.org il est mentionné :

« À cause de la déformation de la notion d'indépendance par les hommes et les femmes politiques, par l'élite intellectuelle et par les médias, des indépendantistes convaincus souhaitaient maintenir à l'ordre du jour le sens véritable de l'indépendance pour agir et faire oeuvre d'éducation dans la population, tout en l'approfondissant à la lumière de la pensée nationale du grand historien Maurice Séguin (1918-1984). Étudier et juger la situation du Québec actuel dans l'optique indépendantiste et faire la promotion collective de l'indépendance pour qu'advienne enfin le Québec indépendant: là se trouve la mission de La ligue pour l'indépendance du Québec. »

Dans un de ses efforts pour faire avancer la cause de l'indépendance, la LIQ rend maintenant disponible sur son site web www.independance-quebec.org les archives de Vigile-Hebdo qui peuvent être consultée en tout temps.




TRIBUNE LIBRE

Il y a anguille sous roche

Sylvio Le Blanc, Montréal
TRIBUNE LIBRE 22 septembre 2004

Quand je vois Paul Martin, Pierre Pettigrew, Lucienne Robillard, Stephen Harper et Jack Layton louanger de concert l’accord particulier avec le Québec compris dans l’entente sur la santé conclue avec les premiers ministres provinciaux à l’occasion de la dernière conférence fédérale-provinciale sur la santé, je m’étonne. Mais quand je vois Stéphane Dion exulter, je me dis qu’il y a anguille sous roche.




TRIBUNE LIBRE

«Ciao Bella» en français (!)

Sylvio Le Blanc
TRIBUNE LIBRE 22 septembre 2004

La télésérie «Ciao Bella», débutant tout juste à Radio-Canada et portant sur une famille italienne de Montréal, a été tournée directement en français, ce qui est invraisemblable, voire ridicule (comme cela le serait avec les communautés chinoise ou juive ou anglaise de Montréal). En outre, les deux jeunes sœurs parlent français sans accent (il est à noter que plus on est jeune dans cette série moins on a l’accent, comme si le français gagnait tu terrain). Même le cousin d'Italie parle français.

Une convention veut que nous acceptons les films tournés ou doublés en français même si la logique en prend parfois pour son rhume. Mais dans ce cas-ci, cela ne fonctionne pas, et c’est dû à la proximité de la communauté italienne. Le réalisme aurait dû être au rendez-vous. De la sorte, nous aurions eu beaucoup d’anglais et d’italien, tandis que le français aurait été cantonné au bas de l’écran, où nichent les sous-titres. Car il faut se promener dans Montréal pour se rendre compte que ce sont l’anglais et l’italien les langues de communication privilégiées par les représentants de la communauté italienne, et non le français. Une communauté, il faut s’en souvenir, qui a été parmi les plus farouches opposants à l’affirmation du fait français au Québec, vers 1970.

Les anglophones qui verront la même série à CBC, eux, seront en terrain connu (la série a été tournée dans les deux langues).

«Ciao Bella» a été produite à même le fonds dit «transculturel» (un mot qui fait peur), créé par Robert Rabinovitch, président de Radio-Canada, pour développer des projets soi-disant conjoints pour les deux réseaux. Que veut nous faire accroire la maligne chaîne (qui ne fait jamais rien pour rien) avec cette série? Que le français n’est plus menacé à Montréal? Il l’est pourtant.




TRIBUNE LIBRE

Constitution et décentralisation :
la capitale judiciaire du Québec en région ?

Charles Courtois
TRIBUNE LIBRE 22 septembre 2004

La nécessité de rédiger une constitution de la République avant de soumettre la question de l’indépendance du Québec au référendum s’impose de plus en plus aux esprits. Cette démarche est nécessaire pour montrer les implications concrètes de l’émancipation des Québécois. Les Québécois en ont besoin pour se mobiliser et pour montrer au monde quelle est la nature de leur projet démocratique. Comme les républiques baltes et bien d’autres, les Québécois refusent l’annexion pour mieux participer au monde : la libération doit leur permettre d’entrer de plein pied dans les affaires mondiales. Ce qu’ils ont à offrir est un modèle de démocratie, un modèle d’intégration des immigrants et une incarnation dynamique de la diversité culturelle qui refuse l’abdication : une trilogie humaniste.

Le Québec peut devenir une véritable Cité-État qui améliore notre pratique de la démocratie. Cette participation démocratique de la nation à la gouverne de son destin ne peut se passer d’une certaine décentralisation. Il faudra d’abord reconnaître les entités régionales et les premières nations du Québec dans la constitution. Il s’agit d’examiner ici quelles formes peut prendre cette décentralisation bénéfique aux régions et au Québec dans son entier et de soumettre quelques propositions pratiques.

Notre modèle d’immigration, misant sur l’échange interculturel dans le cadre de la charte québécoise, serait un juste milieu entre la ségrégation du multiculturalisme anglo-saxon et les rigidités de l’intégration républicaine à la française. Une des meilleures manières de décentraliser l’immigration serait de l’ouvrir aux étudiants de CEGEP et d’université, ce qui favorise aussi à merveille l’intégration. Voilà un changement important pour les régions, leurs institutions et leur vitalité démographique.

La décentralisation implique de renforcer plusieurs centres québécois en dehors de Montréal. On compare souvent l’Ontario au Québec pour mesurer les succès ou les retards du Québec en matière de développement. L’Ontario est plus riche depuis sa naissance grâce à de meilleures terres, la proximité des industries américaines et grâce à son caractère central dans le système canadien qui y concentre pouvoir et richesse.

La population de l’Ontario augmente deux fois plus vite que celle du Québec depuis 25 ans. Or, une des facettes de la prospérité ontarienne est l’existence de plusieurs pôles dans la province, où l’on retrouve un plus grand nombre de villes moyennes et un plus grand nombre de villes universitaires, qui retiennent jeunes et immigrants. C’était déjà le cas il y a 25 ans. Comme la poule et l’œuf, est-ce une cause ou une conséquence de la richesse et de la démographie ontarienne ? Un peu des deux ; une ville moyenne est d’ailleurs plus propice à la conciliation travail-famille ! On sait quel bénéfice une ville comme Sherbrooke tire de ses institutions de savoir et de culture. Elles aident à faire de l’Estrie une région avec moins de chômeurs, plus de médecins, plus de jeunes et plus d’immigrants que la plupart des régions du Québec. Plus il y aura de régions du Québec se portant aussi bien, plus le Québec en sera grandi, comme sa métropole et sa capitale.

Le Québec possède tout de même une richesse exceptionnelle en ce qui a trait aux régions, par rapport à ses gros voisins comme l’Ontario et l’Empire State : la vigueur des identités régionales. Reflet de sa spécificité culturelle, l’identité québécoise passe par une panoplie d’identités régionales bien typées. Ces régions bien identifiées font la richesse culturelle du Québec, comme la vigueur des attachements favorise l’implication citoyenne. C’est une réalité des pays européens et latins plutôt rare dans l’Amérique anglophone. Cette réalité est un bon point de départ pour la participation populaire aux affaires locales et pour l’attachement aux institutions régionales, fondations solides pour la santé de la démocratie et de la culture.

Comment organiser le Québec de façon à renverser l’atrophie des régions, y attirer des jeunes, des immigrants, de l’emploi, du tourisme, des centres de décision ? Dynamiser les régions, c’est grandir le Québec. Une bonne façon serait d’établir une grille de développement des centres régionaux. Établir un chef-lieu de MRC et une capitale régionale, avec un minimum d’institutions et de services attribué à chacun. A l’échelon régional, établir un conseil régional et une enveloppe budgétaire modeste mais utile, visible dans un édifice du centre. MRC (le nom pourrait changer !) et région pourront se doter de symboles représentatifs.

Ensuite, il faut dégager un nombre de pôles du Québec, en plus de Québec et Montréal. La démographie démarque les villes de plus de 100 000 habitants, Gatineau, Saguenay, Sherbrooke, Trois-Rivières, auxquelles il faut ajouter Rimouski et Rouyn-Noranda, distinguées par une université, leur situation géographique et les responsabilités qui en découlent.

Il faudrait doter ces pôles d’institutions d’envergure nationale. La moitié du budget qui dote le Québec de nouvelles institutions de savoir et de culture comme la Grande Bibliothèque devrait leur être consacrée. Ils abriteront alors qui une médiathèque, qui un jardin botanique, un institut national de recherche, un orchestre national, un musée national, etc. Il faudrait aussi y délocaliser certains organismes et certains bureaux en conformité avec leur domaine d’action. Comme pour les chef-lieu de MRC et les capitales régionales, il ne faudrait pas oublier d’étoffer en priorité les centre-villes : nouvelles institutions, restaurations et expansions des centres feront des petites et moyennes villes des centres vivants, attirants pour les jeunes et les immigrants. Avec des emplois disponibles, le cadre naturel magnifique des régions sera ainsi enrichi de vie culturelle et urbaine.

Voici pour finir une proposition très concrète et très symbolique de décentralisation pour la constitution d’un Québec indépendant : placer sa Cour suprême (ou l’équivalent) à Trois-Rivières. Géographiquement, Trois-Rivières est bien située entre Québec et Montréal. Historiquement, elle était la troisième capitale du Québec, siège d’un gouverneur, avec Montréal et Québec sous le régime français. Démographiquement, elle fait partie des villes qui peuvent se distinguer comme un des pôles régionaux du Québec.

C’est pourquoi je suggère à tous ceux qui veulent appuyer cette suggestion de le manifester en l’indiquant au Conseil de la souveraineté. Le rêve d’un Québec riche de plusieurs centres dynamiques n’a rien de chimérique. Nous avons tous à y gagner.




TRIBUNE LIBRE

La victoire d’Elsie Lefebvre dans Laurier-Dorion
une belle leçon de politique

Jasmin Sauvé
TRIBUNE LIBRE 22 septembre 2004

La victoire d’Elsie Lefebvre dans Laurier-Dorion le 20 septembre dernier lui revient de droit. Durant toute la campagne elle était sur le terrain matin et soir au téléphone dans les rues et les stations de métro. Elle n’a pas eu peur de traverser la track et d’aller voir la macédoine de communautés culturelles qui s’y trouvent. Pour avoir eu le plaisir de m’entretenir avec elle lors de mon adhésion à L'institut du nouveau monde, je suis à même de dire qu'elle a une qualité innée, l’écoute.

Elle croit en la justice sociale pour tous. Pour ceux qui disent qu’il s’agit d’un coup de chance, je répondrai que si c’est le cas alors elle a su la saisir. A ceux qui lui ont donné sa chance comme candidate, pour qu’elle fasse ses classes en campagne électorale, elle a donné une belle leçon de politique.

Dans les sports on entend souvent les entraîneurs parler de revenir à la base du jeu, en politique c’est la même chose. Une campagne électorale ça se gagne dans la rue avec les gens, pas dans des cocktails élitistes à se regarder le nombril rempli de satisfaction.

Le PQ doit sa victoire dans Laurier-Dorion à Elsie Lefebvre. Si lors de la prochaine élections il y a une majorité de candidats du calibre d’Elsie Lefebvre, le PQ pourrait se retrouver au pouvoir. Un vent de fraîcheur a soufflé sur Laurier-Dorion et il se dirige vers l’Assemblée nationale, c’est le vent de la jeunesse. Que les vieux loups lui fassent la place qui lui revient.